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Degré topologique en dimension finie

Introduction au degré topologique

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Université Clermont Auvergne

Laboratoire de Mathématiques Blaise Pascal

Mémoire de TER

Construction du degré topologique en dimension


finie

Encadré par Réalisé par

— GILETTI Thomas — LEVY Quentin


— NALLET Jules

Mai 2025
Table des matières
1 Introduction 1
1.1 Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2

2 Unicité du degré topologique 3


2.1 Passage de C(Ω̄) à C̄ ∞ (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2 Passage des valeurs singulières à régulières . . . . . . . . . . . . . 5

2.3 Passage des applications C aux applications linéaires . . . . . . 7
2.4 Conclusion sur l’unicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

3 Construction du degré 9
3.1 Degré topologique en les valeurs régulières . . . . . . . . . . . . . 9
3.2 Passage des valeures régulières à singulières . . . . . . . . . . . . 11
2
3.3 Passage des fonctions C (Ω) à celles de C(Ω) . . . . . . . . . . . 14
3.4 Validité du degré construit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

4 Applications 19
4.1 Point fixe de Brouwer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.2 Théorème de la boule chevelue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1 Introduction
Dans le cadre de ce TER, nous allons nous pencher sur les équations de la
forme f (x) = y où y ∈ Rn et f désigne une application définie sur une partie Ω
de Rn et à valeurs dans Rn . Une première question se posant sur ce problème
est l’existence de solutions et, s’il y en a, combien. Plus précisément, posons Ω
un ouvert borné de Rn , f : Ω → Rn une application continue et y un point
de Rn qui ne soit pas dans l’image par f de la frontière de Ω (C’est à dire :
y∈/ f (∂Ω) ). L’enjeu est alors de trouver une condition suffisante à l’existence
d’une solution dans Ω à l’équation f (x) = y. Pour se faire, nous allons définir
une application prenant pour variables f , Ω et y, que nous appellerons degré
topologique et qui nous fournira une telle condition.

Nous nous sommes appuyés sur le livre Nonlinear functional analysis de


Klaus DEIMLING. Ainsi que, et surtout, sur l’aide de notre encadrant Tho-
mas GILETTI, que nous tenons à remercier pour sa disponibilité et ses conseils
tout au long du semestre.

Commençons par observer quelques propriétés nécessaires à la bonne défini-


tion du degré d. Tout d’abord, lorsque f = id, on a pour y ∈ Ω que l’équation
f (x) = y a pour unique solution x = y. Ainsi :

d(id, Ω, y) = 1. (d1)

Dans un deuxième temps, si Ω1 et Ω2 des ouverts disjoints de Ω tels que y ∈ /


f (Ω \ (Ω1 ∪ Ω2 )) et si f (x) = y possède un nombre fini de solutions dans Ω1 ∪ Ω2 ,
alors :
d(f, Ω, y) = d(f, Ω1 , y) + d(f, Ω2 , y) (d2)
Plus formellement, puisque y n’est pas dans l’image de Ω \ (Ω1 ∪ Ω2 ) par
f , les seules solutions de l’équation seront nécessairement dans Ω1 ∪ Ω2 . Ces
deux ouverts étant disjoints il vient la propriété susmentionnée. Cette seconde
condition est primordiale car c’est elle qui nous fournit une condition suffi-
sante pour l’existence de solutions. En effet, si nous supposons que f −1 (y) = ∅.
D’après (d2) avec Ω1 = Ω et Ω2 = ∅ nous savons que d(f, ∅, y) = 0, donc
nous obtenons que d(f, Ω, y) = d(f, Ω1 , y) quand Ω1 est un sous-ensemble ou-
vert de Ω tel que y ∈ / f (Ω \ Ω1 ). Par conséquent f −1 (y) = ∅ implique que
d(f, Ω, y) = d(f, ∅, y) = 0. En particulier, si d(f, Ω, y) ̸= 0 alors l’équation
f (x) = y admet au moins une solution dans Ω.

En suite, pour des raisons pratiques, dans le cas où l’on aurait une application
f compliquée, on voudrait pouvoir se ramener à une seconde fonction g rendant
les calculs plus simples. Si h : [0, 1] × Ω → Rn est continue, si y : [0, 1] → Rn est

1
continue et si quel que soit t ∈ [0, 1], y(t) ∈
/ h(t, ∂Ω) alors

∀(t1 , t2 ) ∈ [0, 1]2 , d(h(t1 ), Ω, y(t1 )) = d(h(t2 ), Ω, y(t2 )). (d3)

C’est à dire que : s’il est possible de déformer de manière continue la fonction f
de sorte à ne jamais avoir de solutions sur la frontière, alors le nombre de solu-
tions à l’équation dans Ω sera indépendant de la déformation.

Enfin, nous admettrons que d(A, Br (0), 0) est uniquement déterminer par A
une application linéaire avec det(A) ̸= 0. Et que d(A, Ω, 0) = sgn(det(A)), le
signe de det(A).

Dans la suite nous allons montrer qu’il existe une unique application d
posée sur l’ensemble des triplets (f, Ω, y) où Ω est un ouvert borné de Rn ,
f ∈ C(Ω, Rn ), y ∈ Rn \ f (∂Ω) qui vérifie (d1), (d2) et (d3).

1.1 Notations
Commençons par voir quelques notations que nous serons amenés à utiliser
dans ce qui va suivre.
En posant ρ une distance sur un espace métrique X, les boules ouvertes et
fermées de centre x0 ∈ X et de rayon r > 0 seront notées comme suit :

Br (x0 ) = {x ∈ Rn : ρ(x − x0 ) < r} et B r (x0 ) = Br (x0 ).

Dans la suite, ρ désignera toujours la distance euclidienne.

Nous utiliserons également librement le coefficient de Kronecker :



1 si i = j
δij =
0 si i ̸= j

En considérant C k (Ω) l’ensemble des applications f : Ω → Rn qui sont k


fois continûment différentiables sur Ω, nous noterons :
\
C̄ k (Ω) = C k (Ω) ∩ C(Ω̄) et C̄ ∞ (Ω) = C̄ k (Ω).
k⩾1

Enfin, pour f ∈ C 1 (Ω), nous noterons Jf (x0 ) le déterminant de la matrice


jacobienne de f prise au point x0 ∈ Ω. Dès lors, on dira que x ∈ Ω est un point
critique de f si Jf (x) = 0. On note Sf (Ω) l’ensemble des points critiques de f ,
c’est-à-dire :
Sf (Ω) = {x ∈ Ω : Jf (x) = 0}.

2
Définition 1.1: Valeurs régulières

On dira que y ∈ Rn est une valeur régulière de f : Ω → Rn si :

f −1 (y) ∩ Sf (Ω) = ∅.

Dans le cas contraire, y sera dite valeur singulière.

2 Unicité du degré topologique


Pour montrer l’unicité, il s’agit de mettre en évidence le fait que les valeurs
prises par d ne découlent finalement que des valeurs en les applications linéaires.
Il suffira alors de montrer que d est définie de manière unique sur ces applications
pour conclure. Les paragraphes suivants ont pour but de démontrer ce résultat
en exploitant (entre autres) la condition (d3).

2.1 Passage de C(Ω̄) à C̄ ∞ (Ω)


Cette première étape consiste à montrer que d est déjà uniquement déterminé

par les fonctions de classe C . Pour cela nous utiliserons les deux propriétés
suivantes :

Propriété 2.1: Prolongement

Soit A ⊂ Rn un compact et f : A → Rn une application continue. Alors


f peut être prolongée continuellement sur Rn , c’est à dire qu’il existe une
fonction continue f˜ : Rn → Rn tel que, pour tout x ∈ A, f˜(x) = f (x)

Démonstration. Comme A est un compact, il existe une partie de A dense et


dénombrable {a1 , a2 , ..}. Soit ρ(x, A) la distance d’un point x à A tel que :
ρ(x, A) = inf{|x − a| : a ∈ A} et
 
|x − ai |
φi (x) = max 2 − ,0 ∀x ∈
/A
ρ(x, A)

Puis posons :

f (x), pour x ∈ A
f˜(x) = P −i
−1 P
−i
.
i⩾1 2 φi (x) i⩾1 2 φi (x)f (ai ) pour x ∈
/A

Pour prouver que f˜ est bien un prolongement continu de f sur Rn , nous


allons montrer que, pour toute suite (xn ) ⊂ Rn \ A convergeant vers un point
a ∈ A, on a bien f˜(xn ) → f (a).

Soit a ∈ A, et soit (xn )n∈N ⊂ Rn \ A telle que xn → a.

3
Soit ϵ > 0.
Par continuité de f en a, il existe δ > 0 tel que :

∀x ∈ A, |x − a| ≤ δ =⇒ |f (x) − f (a)| ⩽ ϵ.

Posons :
I := {i ∈ N∗ | |ai − a| ⩽ δ} .
Comme xn → a, il existe N ∈ N tel que, pour tout n ⩾ N , on a |xn − a| ≤ δ 2 .
Alors, pour n ⩾ N et i ∈
/ I, on a :

|ai − xn | ⩾ |ai − a| − |xn − a| ⩾ δ − δ 2 ,

et comme ρ(xn , A) ⩽ |xn − a| ⩽ δ 2 , on obtient :

|xn − ai | δ − δ2
2− ⩽2− < 0.
ρ(xn , A) δ2

Donc, pour n ⩾ N , les φi (xn ) sont nuls pour i ∈/ I, et ainsi :


−i
P
i∈I 2 φi (xn )(f (ai ) − f (a))
|f˜(xn ) − f (a)| = P −i
⩽ ϵ.
i∈I 2 φi (xn )

Cela montre que f˜(xn ) → f (a), donc f˜ est continue sur Rn , ce qui achève
cette démonstration et prouve bien que f˜ est un prolongement continu de f sur
Rn .

Propriété 2.2:

a-) Soient A ⊂ Rn un compact, f ∈ C(A) et ε > 0. Il existe alors une


fonction g ∈ C ∞ (Rn ) telle que :

||f − g||∞,A ⩽ ε.
1
b-) Soient f ∈ C (Ω), ε > 0 et δ > 0 tels que Ωδ = {x ∈ Ω : ρ(x, ∂Ω) ⩾ δ}
soit non vide. Il existe alors g ∈ C ∞ (Rn ) satisfaisant :

||f − g||∞ + max |f ′ (x) − g ′ (x))| ⩽ ε.


x∈Ωδ

Démonstration. En appliquant la propriété précédente, il existe f˜ : Rn → Rn


une application continue prolongeant f .
Posons alors pour α > 0 :
Z
n
fα : x ∈ R 7−→ f˜(z)φα (z − x)dz
Rn

4
où la famille (φα )α>0 est définie comme suit :
 1
c · exp(− 1−|x|2) si |x| < 1
φ1 (x) =
0 sinon

Dans cette expression, c désigne une constante strictement positive telle que
(x)dx = 1. Pour α ̸= 1 on pose φα (x) = α−n φ1 ( αx ).
R
φ
Rn 1
Quel que soit α > 0, φα ∈ C ∞ (Rn ). De plus,
Z Z
x
φα (x)dx = α−n φ1 ( )dx
Rn Rn α

Après un changement de variable, on obtient :


Z Z
φα (x)dx = φ1 (x)dx = 1
Rn Rn

De plus, φα est nulle partout sauf sur Bα (0). Ainsi pour x ∈ Rn :


Z Z
f˜(z)φα (z − x)dz = f˜(z)φα (z − x)dz
Rn Bα (x)

Puisque φα est de classe C ∞ , le théorème de classe C ∞ des intégrales à para-


mètres garantit que f˜ ∈ C ∞ (Rn ).
De plus limα→0 fα (x) = f (x). Ainsi pour α suffisamment petit, l’application
g = fα répond à la partie (a). R
La seconde partie s’obtient en différenciant fα (x) = Rn f (ε + x)φα (ε)dε pour
x ∈ Ωδ et α < δ.

2.2 Passage des valeurs singulières à régulières


Théorème 2.1: Inversion

Soit f ∈ C 1 (Ω) et Jf (x0 ) ̸= 0 pour x0 ∈ Ω. Il existe un voisinage U de


x0 tel que f|U est un homéomorphisme sur un voisinage f (x0 ).

La démonstration de ce théorème ayant déjà été traitée dans l’UE Calcul


Différentiel, nous ne nous y intéresserons pas ici.

Ainsi, si y est une valeur régulière alors nous avons Jf (x) ̸= 0 dès que
f (x) = y, et ce dernier théorème implique que ses solutions sont isolées,
c’est à dire que si x0 ∈ f −1 (y) alors il existe un voisinage U de x0 tel que
f −1 (y) ∩ U = {x0 }.

Par conséquent f −1 (y) doit être finie. Autrement dit il y aurait un point d’ac-
cumulation de l’ensemble des solutions dans Ω, par la compacité de Ω. Puisque
f est continue ça impliquerait que f (x0 ) = y et donc x0 ∈ Ω car y ∈ / f (∂Ω).

5
C’est pourquoi, x0 est une solution isolée, car on a une contradiction.

Maintenant, prenons un point y0 ∈ / f (∂Ω) quelconque. Donc Bα (y0 )∩f (∂Ω) =


∅ pour α = d(y0 , f (∂Ω)) > 0. Ainsi la propriété (d3), avec h(t, x) = f (x),
y(t) = ty0 + (1 − t)y et y ∈ Bα (y0 ), implique :

d(f, Ω, y) = d(f, Ω, y0 ) , ∀y ∈ Bα (y0 ) (1)

Parce que la propriété suivante garantie en particulier que Bα (y0 ) contient des
valeurs régulières de f , il va être suffisant de considérer ces valeurs.

Propriété 2.3:

Soit Ω ⊂ Rn un ouvert, f ∈ C 1 (Ω). On a alors µn (f (Sf )) = 0, où µn


désigne la mesure de Lebesgue en dimension n.

Démonstration. Puisque Ω est un ouvert de Rn peut s’écrire comme une union


dénombrable de cubes, c’est-à-dire Ω = ∪i∈I Qi , il est donc suffisant de montrer :

µn (f (Sf (Q))) = 0, (2)

pour un cube Q ⊂ Ω, puisque f (Sf (Ω)) = ∪i∈I f (Sf (Qi )).

Soit ρ la longueur de Q. Par la continuité uniforme de f ′ sur Q, pour tout


ϵ > 0 il existe m ∈ N tel que :
√ ρ
|f ′ (x) − f ′ (x)| ⩽ ϵ ∀x, x ∈ Q tel que |x − x| ⩽ n =: δ (3)
m
et donc :
Z 1

|f (x) − f (x) − f (x)(x − x)| ⩽ |f ′ (x + t(x − x)) − f ′ (x)| · |x − x|dt (4)
0
⩽ ϵ|x − x| ∀x, x ∈ Q (5)

Donc soit notre décomposition Q sur r cubes Qk de diamètre δ, puisque √δn


est la longueur de Qk nous avons r = mn et par un développement limité ainsi
que (4) on a :

f (x) = f (x) + f ′ (x)(x − x) + R(x, x) avec |R(x, x)| ⩽ ϵδ pour x, x ∈ Qk (6)

Maintenant, supposons que Qk ∩ Sf ̸= ∅, choisissons x ∈ Qk ∩ Sf , soit A = f ′ (x)


et g(y) = f (x + y) − f (x) pour y ∈ Q̃k = Qk − x.

Puis nous avons par développement limité :

g(y) = Ay + R̃(y) avec |R̃(y)| = |R(x + y, x)| ⩽ ϵδ dans Q̃k (7)

6
Puisque det(A) = 0 (x ∈ Sf ), nous savons que A(Q̃k ) est continue dans un
espace dePdimension n − 1 de Rn . Donc , il existe b1 ∈ Rn avec |b1 | = 1 et
n
(x, b1 ) = i=1 xi bi = 0 pour tout x ∈ A(Q̃k ).

n
P Etendons b1 dans une base orthogonale {b1 , ..., bn } ⊂ R , nous avons g(y) =
(g(y), bi )bi avec :

|(g(y), b1 )| = |(Ay + R̃(y), b1 )|


= |R̃(y)| · |b1 |
⩽ ϵδ car |b1 | = 1 et d’après (7)

et
|(g(y), bi )| ⩽ |A||y| + |R̃(y)| ⩽ |A|δ + ϵδ pour i = 2, ..., n
qP
n 2 k k k
où |A| = |(ai,j )| = i,j=1 ai,j . Donc g(Q̃ ) = f (x + Q̃ ) − f (x) = f (x + Q −
x) − f (x) = f (Qk ) − f (x), puis f (Qk ) = f (x) + g(Q̃k ) est contenue dans un
cube Jk qui satisfait :

µn (Jk ) = (2(|A|δ + ϵδ))n−1 × 2ϵδ = 2n (|A| + ϵ)n−1 ϵδ n . (8)

Parce que f ′ est bornée dans un grand cube Q, nous avons |f ′ (x)| ⩽ c pour
un certain c, en particulier |A| ⩽ c.

Donc f (Sf (Q)) ⊂ ∪rk=1 Jk avec :


r
X
µn (Jk ) ⩽ r2n (c + ϵ)n−1 ϵδ n
k=1

= 2n (c + ϵ)n−1 ϵ(ρ n)n

C’est-à-dire que f (Sf (Q)) est la mesure nulle puisque ϵ > 0 est arbitraire.
Nous remarquerons que la propriété 2.2 est un cas particulier du lemme de
Sard.


2.3 Passage des applications C aux applications linéaires

Dans cette partie, nous aurons seulement besoin de considérer f ∈ C (Ω)
et y ∈
/ f (∂Ω ∪ Sf ).

Supposons dans un premier temps que f −1 (y) = ∅. D’après d2 avec Ω1 = Ω


et Ω2 = ∅ nous savons que d(f, ∅, y) = 0, donc nous obtenons que d(f, Ω, y) =
d(f, Ω1 , y) quand Ω1 est un sous-ensemble ouvert de Ω tel que y ∈
/ f (Ω \ Ω1 ).

Par conséquent f −1 (y) = ∅ implique que d(f, Ω, y) = d(f, ∅, y) = 0. Dans


ce cas f −1 (y) = {x1 , ..., xn }, nous choisissons un voisinage Ui de xi et nous

7
obtenons par d2 :
n
X
d(f, Ω, y) = d(f, Ui , y)
i=1

Pour calculer d(f, Ui , y), osons A = f ′ (xi ) et notons que :

f (x) = y + A(x − xi ) + o(|x − xi |) tel que |x − xi | → 0

Comme y ∈ / f (∂Ω ∪ Sf ) on a det(A) ̸= 0, donc A−1 existe, et donc |z| =


−1 −1
|A Az| ⩽ |A | · |Az|, c’est-à-dire |Az| ⩾ c|z| dans Rn pour un certain c > 0.
Par cette estimation, nous pouvons observer que y(t) = ty et h(t, x) = tf (x) +
(1 − t)A(x − xi ) satisfaient :

|h(t, x) − y(t)| = |tf (x) + (1 − t)A(x − xi ) − ty|


= |t(y + A(x − xi ) + o(|x − xi |)) + (1 − t)A(x − xi ) − ty|
= |A(x − xi ) + t · o(|x − xi |)|
⩾ c|x − xi | − o(|x − xi |)

Pour tout t ∈ [0, 1] tel que |x − xi | ⩽ δ avec δ > 0 suffisamment petit. Donc
par d3 on a d(f, Bδ (xi ), y) = d(A−Axi , Bδ (xi ), 0). Puisque f (x) = y n’a aucune
solution dans Ui \ Bδ (xi ), nous avons alors par d2 d(f, Ui , y) = d(f, Bδ (xi ), y)
et alors :
d(f, Ui , y) = d(A − Axi , Bδ (xi ), 0) (9)
Comme xi est l’unique solution de Ax − Axi = 0, la propriété d2 implique
alors :
d(A − Axi , Bδ (xi ), 0) = d(A − Axi , Br (0), 0) (10)
pour Bδ (xi ) ⊂ Br (xi ) et A(x − txi ) ̸= 0 dans [0, 1] × ∂Br (0). Donc par d3 on a :

d(f, Ui , y) = d(A, Br (0), 0). (11)

En fin, r > 0 peut être maintenant arbitraire par d2. Donc, nous arrivons a
une solution très simple.

2.4 Conclusion sur l’unicité


Par toutes les propriété que l’on a vu précédemment, nous pouvons prouver
que si d(A, Ω, 0) est une application qui détermine le degré topologique alors
elle est unique et est définie comme étant le signe de det(A)(̸= 0). Ce qui donne
le théorème suivant :

8
Théorème 2.2:
Soit

M = {(f, Ω, y) : Ω ⊂ Rn un ouvert borné, f ∈ C(Ω) et y ∈ Rn \ f (∂Ω)}.

Alors il existe au plus une fonction d : M → Z, avec les propriété de


(d1), (d2) et (d3). En outre ce théorème implique que d(A, Ω, 0) = sgn
det(A) pour A une application linéaire avec det(A) ̸= 0 et 0 ∈ Ω.

3 Construction du degré
Dans le paragraphe précédent, nous sommes partis du cas général et avons
progressé jusqu’à une situation simple. Dans ce second paragraphe, nous ferons
la démarche inverse en définissant le degré topologique dans un cas simple et en
généralisant ensuite cette définition.

3.1 Degré topologique en les valeurs régulières


Définition 3.1:
1
Soit Ω un ouvert borné, f ∈ C (Ω) et y ∈/ f (∂Ω ∪ Sf ). Posons alors :
X X
d(f, Ω, y) = sgn(Jf (x)) avec = 0.
x∈f −1 (y) ∅

Nous vérifierons plus tard que d ainsi définie vérifie (d1), (d2) et (d3). Néan-
moins, les preuves de ces propriétés reposent sur les mêmes arguments que la
généralisation à des fonctions seulement continues ou à des valeurs singulières.
C’est pourquoi elles seront données en fin de section.

La première étape de notre généralisations est de nous débarrasser de l’hy-


pothèse y ∈ / f (Sf ). Puisque nous savons déjà que cet ensemble est de mesure
nulle, il convient de ré-exprimer la somme ci-dessus sous forme d’intégrale. Il
vient alors la propriété suivante.

9
Propriété 3.1:

Soit f , Ω et y tels qu’introduits dans la Définition 3.1. Nous considé-


rerons également les fonctions régularisantes (φε )ε>0 utilisées dans la
démonstration de la Propriété 2.1. Dans ces conditions, il existe ε0 > 0
dépendant de f et de y tel que :
Z
d(f, Ω, y) = φε (f (x) − y)Jf (x)dx pour 0 < ε ⩽ ε0 .

Démonstration. Commençons par traiter le cas f −1 (y) = ∅. Posons alors ε0 =


ρ(y, f (Ω)) > 0. On a, pour x ∈ Ω et 0 < ε ⩽ ε0 :

f (x) − y f (x) − y
⩾ ⩾ 1.
ε ε0
D’où :  
−n f (x) − y
φε (f (x) − y) = ε φ1 = 0.
ε
Ce qui conclut.

Traitons à présent le cas non vide. Soit m ∈ N avec f −1 (y) = {x1 , . . . , xm }


et pour chacun de ces points Bδ (xi ) une boule centrée en xi avec un rayon δ
suffisamment petit de sorte que :
— les boules soient deux à deux disjointes,
— f |Bδ (xi ) soit un homéomorphisme sur un voisinage Vi de y,
— sgn(Jf (x)) = sgn(Jf (xi )) sur Bδ (xi ).
On pose alors,
m
\
r>0 tel que Br (y) ⊂ Vi et Ui = Bδ (xi ) ∩ f −1 (Br (y)).
i=1
Sm Sm
Soit x ∈ Ω \ i=1 Ui et ε ⩽ α = ρ(y, f (Ω \ i=1 Ui )). On a :

φε (f (x) − y) = 0.

D’où : Z m Z
X
φε (f (x) − y)Jf (x)dx = φε (f (x) − y)Jf (x)dx.
Ω i=1 Ui

En utilisant l’égalité sgn(Jf (x)) = sgn(Jf (xi )), on obtient :


Z m
X Z
φε (f (x) − y)Jf (x)dx = sgn(Jf (xi )) φε (f (x) − y)|Jf (x)|dx.
Ω i=1 Ui

10
De plus, Jf (x) = Jf −y (x) et f (Ui ) − y = Br (0).
Ainsi pour 0 < ε ⩽ ε0 = min(r, α) on a :
Z Z Z
φε (f (x) − y)|Jf (x)|dx = φε (f (x) − y)|Jf −y (x)|dx = φε (x)dx = 1.
Ui Ui Br (0)

Ce qui entraine donc :


Z m
X
φε (f (x) − y)Jf (x)dx = sgn(Jf (xi )) = d(f, Ω, y).
Ω i=1

3.2 Passage des valeures régulières à singulières


2
Dans cette seconde partie nous considérerons f ∈ C (Ω) et y0 ∈ / f (∂Ω). Il
s’agira ici de montrer que toutes les valeurs régulières suffisamment proches de
y0 ont le même degré topologique. Nous pourrons alors définir d(f, Ω, y0 ) comme
étant ce degré commun.

Nous noterons ici ∂k la k-ième dérivée partielle . Commençons par démontrer le


résultat suivant :

Propriété 3.2:
2
Soit Ω un ouvert de Rn et f ∈ C (Ω).
Notons alors dij (x) les cofacteurs de f définis comme étant le détermi-
nant de la jacobienne de f en x sur laquelle on aurait retiré la j-ième
ligne et la i-ième colonne, multiplié par (−1)i+j .
Alors, quel que soit j ∈ {1, . . . , n}
n
X ∂dij (x)
= 0.
i=1
∂xi

Démonstration. Dans la suite, j ∈ {1, . . . , n} sera fixé, fxk sera la k-ième colonne
de la matrice jacobienne de f en x sur laquelle on enlèvera la j-ième ligne. Ces
notations nous permettent donc d’écrire dij comme suit :

dij (x) = (−1)i+j det(fx1 , . . . , fxi−1 , fxi+1 , . . . , fxn ).

Par linéarité du déterminant en chaque colonne il vient alors :


n
X
∂i dij (x) = (−1)i+j det(fx1 , . . . , fxi−1 , fxi+1 , . . . , ∂i fxk , . . . , fxn ).
k=1
k̸=i

11
Puis, en changeant l’ordre des colonnes :
n
X
i+j
(−1) ∂i dij (x) = (−1)k−1 σk,i det(∂i fxk , fx1 , . . . , fxi−1 , fxi+1 , . . . , fxk−1 , fxk+1 , . . . , fxn ) .
k=1
| {z }
k̸=i =ck,i

2
Avec σk,i = sgn(i − k). Puisque f ∈ C (Ω), on a ck,i = ci,k . De ce fait :
n
X n
X Xn
(−1)j ∂i dij (x) = (−1)k−1+i σk,i ck,i = (−1)k−1+i σi,k ci,k .
i=1 i,k=1
| {z } k,i=1
i̸=k
=−σi,k ci,k i̸=k

Il vient alors :
n
X n
X n
X
(−1)j ∂i dij (x) = − (−1)k−1+i σi,k ci,k = (−1)k−1+i σi,k ci,k .
i=1 k,i=1 k,i=1
i̸=k i̸=k

C’est à dire,
n
X
∂i dij (x) = 0.
i=1

Propriété 3.3

Avec f et y0 comme définis plus haut. Soit α = ρ(y0 , f (∂Ω)) ainsi que y1
et y2 deux valeurs régulière de f dans une boule ouverte centrée en y0
de rayon α. On a alors :

d(f, Ω, y1 ) = d(f, Ω, y2 ).

Démonstration. Posons δ = α − max{|yi − y0 |; i ∈ {1, 2}} > 0. D’après la


Proposition 3.1, il existe ε < δ tel que :
Z
d(f, Ω, yi ) = φε (f (x) − yi )Jf (x)dx ; pour i ∈ {1, 2}.

Il s’agit donc de montrer que ces intégrales sont égales. Pour cela, posons l’ap-
plication w définie par :
Z 1

w(x) = (y1 − y2 ) φε x − y1 + t(y1 − y2 ) dt.
0
Pn
En exploitant la définition div w(x) = i=1 ∂i wi (x), on remarque alors que :

φε (x − y2 ) − φε (x − y1 ) = div w(x). (12)

12
D’autre part, par construction des applications φε , leur support est défini
comme étant supp φε = Bε (0). Ceci entraîne donc supp w ⊂ Br (y0 ) où r =
α − (δ − ε). Puisque de plus αP= ρ(y0 , f (∂Ω)) > r, on a f (∂Ω) ∩ supp w = ∅.
n
Définissons à présent vi (x) = j=1 wj (f (x))dij (x) pour x ∈ Ω et 0 sinon (où
dij est tel qu’introduit dans la Proposition 3.2). Il découle alors supp v ⊂ Ω car
supp w ⊂ Bα (y0 ). Nous avons d’autre part,
n
X n n
 X  X 
∂i vi (x) = ∂i wj (f (x))dij (x) = ∂i wj (f (x)) dij (x)+ wj (f (x))∂i dij (x) .
j=1 j=1 j=1

En développant la première somme on obtient,


n
X n
X 
∂i vi (x) = dij (x)∂k wj (f (x))∂i fk (x) + wj (f (x))∂i dij (x) .
j,k=1 j=1
Pn
En particulier, en utilisant la Proposition 3.2, et le fait que i=1 dij (x)∂i fk (x) =
δkj Jf (x), on obtient :

n
X
div v(x) = ∂i vi
i=1
Xn n
X n n
  X  X 
= ∂k wj (f (x)) dij (x)∂i fk (x) + wj (f (x)) ∂i dij (x)
j,k=1 i=1 j=1 i=1
| {z }
=0
n
X
= ∂k wj (f (x))δkj Jf (x)
j,k=1
n
X
= Jf (x) ∂j wj (f (x))
j=1
| {z }
=div w(f (x))

Ainsi, l’équation (12) nous donne :


 
div v(x) = Jf (x) φε (f (x) − y2 ) − φε (f (x) − y1 ) .

Revenons
R à notre projet initial, c’est à dire montrer les égalités des intégrales

φε (f (x) − yi )Jf (x)dx avec i valant 1 ou 2. On a,
Z
d(f, Ω, y2 ) − d(f, Ω, y1 ) = (φε (f (x) − y2 ) − φε (f (x) − y1 ))Jf (x)dx.

C’est à dire, Z
d(f, Ω, y2 ) − d(f, Ω, y1 ) = div v(x)dx.

13
Nous avons déjà vu que supp v ⊂ Ω, ainsi en intégrant sur un cube Q = [−a, a]n
contenant Ω, on obtient :
Z Z
div v(x)dx = div v(x)dx.
Ω Q

Or,
Z n Z
X a Z a Z a 
div v(x)dx = ... ∂i vi dxi dx1 . . . dxn = 0.
Q i=1 −a −a −a

D’où d(f, Ω, y1 ) = d(f, Ω, y2 ).


La propriété précédente justifie alors la définition suivante :

Définition 3.2:
2
Soit Ω un ouvert borné de Rn , f ∈ C (Ω) et y ∈ / f (∂Ω).
Il existe y1 une valeur régulière de f telle que |y − y1 | < ρ(y, f (∂Ω)). On
pose alors
d(f, Ω, y) = d(f, Ω, y1 ).

Au vu de ce qui précède, d(f, Ω, y) ne dépend pas du choix de la valeur


régulière de f .
Il ne nous reste à présent qu’à étendre le degré aux applications de classe C(Ω).

2
3.3 Passage des fonctions C (Ω) à celles de C(Ω)
Suivant la même idée que précédemment, nous allons montrer que pour
2
deux applications f1 et f2 appartenant à C (Ω), si f1 et f2 sont suffisamment
proches d’une même application continue, leurs degrés tels qu’introduits dans la
Définition 3.2 sont égaux. Dans ce but considérons le résultat suivant démontré
dans l’UE Calcul Différentiel :

Propriété 3.4: Théorème des fonctions implicites

Soit h : R × Ω → Rn une application continûment différentiable telle que


pour un certain (t0 , x0 ) ∈ R × Ω on ait :
— h(t0 , x0 ) = 0
— Jh(t0 ,.) (x0 ) ̸= 0
Il existe alors un intervalle (t0 − r, t0 + r), une boule Bδ (x0 ) ⊂ Ω et une
application continue x : (t0 − r, t0 + r) → Bδ (x0 ) tels que x(t0 ) = x0 , et
x(t) soit l’unique solution sur Bδ (x0 ) de l’équation h(t, x) = 0.

Utilisons à présent le théorème des fonctions implicites pour démontrer le


résultat suivant :

14
Propriété 3.5:
2 2
Considérons f ∈ C (Ω) et y ∈ / f (∂Ω). Alors, pour g ∈ C (Ω), il existe
δ > 0 dépendant de f , g et y tel que :

∀t ∈ R, |t| < δ =⇒ d(f + tg, Ω, y) = d(f, Ω, y).

Démonstration. Procédons par disjonction de cas :

Premier cas : Commençons par supposer que l’équation f (x) = y n’a pas de
solutions dans Ω, c’est à dire f −1 (y) = ∅. Ainsi, p = ρ(y, f (Ω)) > 0. De plus
puisque g est continue et Ω est compact, il existe M > 0 tel que ||g||∞ < M .
Ainsi pour t un réel de module suffisamment petit, l’application f + tg suffi-
samment proche de f . De sorte que pour x ∈ Ω, f (x) + tg(x) ̸= y. Il vient
alors :
d(f + tg, Ω, y) = 0 = d(f, Ω, y).
Second cas : Supposons que y soit une valeur régulière de f . C’est-à-dire,
pour f −1 (y) = {x1 , . . . , xm } :

∀i ∈ {1, . . . , m}, Jf (xi ) ̸= 0.

Nous noterons, ft = f + tg et h(t, x) = ft (x) − y. Ainsi, pour i ∈ {1, . . . , m} :

h(0, xi ) = f (xi ) − y = 0.

De plus, Jh(0,.) (xi ) = Jf (xi ) ̸= 0. Ainsi, d’après le théorème des fonctions


implicites, il existe un intervalle (−r, r), des boules disjointes Bε (xi ) et des
applications continuesSzi : (−r, r) → Bε (xi ) telles que l’ensemble des solutions de
m
ft (x) = y dans V = i=1 Bε (xi ) soit {z1 (t), . . . , zm (t)}. De plus en choisissant
r et ε suffisamment petit et x ∈ Bε (xi ), on a sgnJf (x) = sgnJf (xi ). Enfin,
puisque sur Ω \ V pour un certain β > 0 tel que |f (x) − y| > β on a le résultat
plus précis :
 
β
∀t ∈ R, |t| < δ0 = min r, ⇒ ft−1 (y) = {z1 (t), . . . , zm (t)} .
||g||∞
Enfin, puisque Jft (x) est continue par rapport aux variables t et x, il existe
δ < δ0 tel que pour |t| < δ et x ∈ V , on ait :

|Jft (x) − Jf (x)| < min{|Jf (z)|; z ∈ V }.

Ainsi :
sgnJft (zi (t)) = sgnJf (zi (t)) = sgnJf (xi )
En exploitant la Définition 3.1 on obtient :
m
X m
X
d(ft , Ω, y) = Jft (zi (t)) = Jf (xi ) = d(f, Ω, y).
i=1 i=1

15
Ce qu’il fallait démontrer.

Troisième cas : Supposons à présent que y est une valeur singulière. Posons
α = ρ(y, f (∂Ω)),et considérons une valeur régulière y0 ∈ Bα/3 (y). Il existe,
d’après le second cas, δ0 > 0 tel que pour |t| < δ0 on ait :

d(ft , Ω, y0 ) = d(f, Ω, y0 ) = d(f, Ω, y).

Enfin, posons δ = min{δ0 , 31 ||g||−1


∞ α}. Pour x ∈ ∂Ω et |t| < δ il vient :

α
|y0 − ft (x)| > .
3
Il vient |y0 −y| < ρ(y0 , ft (∂Ω)), et, par la Définition 3.2, d(ft , Ω, y) = d(ft , Ω, y0 ) =
d(f, Ω, y). Ce qui conclut la démonstration.

Revenons à présent à ce que nous voulons montrer, c’est à dire que le degré
2
est constant sur toutes les applications C (Ω) suffisamment proches d’une même
application continue. Fixons f ∈ C(Ω), y ∈ / f (∂Ω) et α = ρ(y, f (∂Ω)). On
2
considère alors g1 et g2 deux applications C (Ω) telles que pour i ∈ {1, 2} :

||gi − f ||∞ < α.

Soient h(t, x) = g1 (x) + t(g2 (x) − g1 (x)) et, pour t ∈ [0, 1], φ(t) = d(h(t, .), Ω, y).
On commence par faire l’observation suivante ; pour t0 ∈ [0, 1],

h(t, .) = g1 + t(g2 − g1 ) + t0 (g2 − g1 ) − t0 (g2 − g1 ) = h(t0 , .) + (t − t0 )(g2 − g1 ).

Appliquons la Proposition 3.3 avec f = h(t0 , .) et g = g2 − g1 . Il existe δ > 0 tel


que :
∀t ∈ [−δ, δ], d(f, Ω, y) = d(f + tg, Ω, y).
Ainsi, sur un voisinage de t0 , on a :

φ(t) = d(h(t, .), Ω, y) = d(h(t0 , .), Ω, y) = φ(t0 ).

L’application φ est donc constante sur un voisinage de t0 . Il vient alors que


φ est continue sur [0, 1]. En effet dans le cas contraire il existe un point de
discontinuité t1 ∈ [0, 1] et en reprenant le raisonnement précédant avec t0 = t1 ,
φ serait constante et donc continue sur un voisinage de t1 ce qui est absurde.
L’application φ est bien continue sur [0, 1]. Intéressons nous à présent à sa
dérivée en un point t ∈ [0, 1] quelconque. Sur un voisinage de ce point, φ est
constante et donc la dérivée de φ en t existe et est nulle. La dérivée de φ est
donc identiquement nulle, et puisque φ est de plus continue, elle est constante
sur [0, 1]. En particulier on a φ(0) = φ(1). Soit plus explicitement :

d(g1 , Ω, y) = d(g2 , Ω, y).

16
Cette dernière égalité justifie alors la définition suivante.

Définition 3.3:

Soit f ∈ C(Ω), y ∈
/ f (∂Ω) on pose alors :

d(f, Ω, y) = d(g, Ω, y),


2
où g est n’importe quelle application C (Ω) telle que ||g − f ||∞ <
ρ(y, f (∂Ω)).
Ces applications ayant même degré, d(f, Ω, y) est bien définie.

3.4 Validité du degré construit


Avant de nous intéresser à quelques applications du degré topologique, com-
mençons par vérifier que le degré que nous avons construit répond bel et bien
aux critères (d1), (d2) et (d3).

Critère (d1) : Il s’agit ici de montrer que pour y ∈ Ω on a d(id, Ω, y) = 1.


Ce résultat découle directement de la Définition 3.1. En effet on a :
X
d(id, Ω, y) = sgn(Jid (x)) = sgn(Jid (y)) = 1.
x∈id−1 (y)

Ce qu’il fallait démontrer.

Critère (d2) : On veut à présent vérifier que si Ω1 et Ω2 sont des ouvert,


disjoints de Ω tels que y ∈
/ f (Ω \ (Ω1 ∪ Ω2 )). Si on suppose que f (x) = y possède
un nombre fini de solutions dans Ω1 ∪ Ω2 , alors :
d(f, Ω, y) = d(f, Ω1 , y) + d(f, Ω2 , y).
Commençons par observer que le résultat est vrai dans les conditions de la
Définition 3.1. En effet puisque f (x) = y n’a pas de solutions hors de Ω1 ∪ Ω2
et que ces ensembles sont disjoints, il vient que :
X X X
d(f, Ω, y) = sgn(Jf (x)) = sgn(Jf (x)) + sgn(Jf (x)) .
x∈f −1 (y) x∈f −1 (y)∩Ω1 x∈f −1 (y)∩Ω2
| {z } | {z }
=d(f,Ω1 ,y) =d(f,Ω2 ,y)

On considère à présent que y est une valeur singulière tout en gardant les mêmes
conditions sur f . Soit α = mini∈{0,1,2} {ρ(y, f (∂Ωi ))} avec Ω0 = Ω. D’après la
Définition 3.2, il existe y1 une valeur régulière de f telle que |y − y1 | < α. Cette
deuxième inégalité découle de l’inclusion de Ω1 et Ω2 dans Ω. Appliquons alors
la Définition 3.2 et l’égalité que nous avons établie ci-dessus.
d(f, Ω, y) = d(f, Ω, y1 ) = d(f, Ω1 , y1 ) + d(f, Ω2 , y1 ) .
| {z } | {z }
=d(f,Ω1 ,y) =d(f,Ω2 ,y)

17
Enfin si on se place dans les conditions de la Définition 3.3, pour les mêmes
raisons que précédemment, il existe g comme introduit dans la Définition 3.3
tel que ||g − f ||∞ < α. L’égalité précédente et la même définition nous donnent
alors :
d(f, Ω, y) = d(g, Ω, y) = d(g, Ω1 , y) + d(g, Ω1 , y) .
| {z } | {z }
d(f,Ω1 ,y) d(f,Ω2 ,y)

Nous avons alors montré que le critère (d2) est respecté.

Critère (d3) : Soit h : [0, 1] × Ω → Rn est continue, si y : [0, 1] → Rn est


continue et si quel que soit t ∈ [0, 1], y(t) ∈
/ h(t, ∂Ω) alors

∀(t1 , t2 ) ∈ [0, 1]2 , d(h(t1 ), Ω, y(t1 )) = d(h(t2 ), Ω, y(t2 )).

Il suffit en fait de vérifier que d(h(0, .), Ω, y(0)) = d(h(1, .), Ω, y(1)). En effet,
supposons que les degrés en les points 0 et 1 soient toujours égaux dans les
conditions de (d3). Pour t ∈]0, 1[ , on pourra considérer la restriction de h
à [0, t] × Ω. Les applications ht : [0, 1] × Ω telle que ht (θ, x) = h(θt, x) et
yt (θ) = y(θt) répondent aux conditions de (d3) et donc par hypothèse :

d(ht (0, .), Ω, yt (0)) = d(ht (1, .), Ω, yt (1)).

C’est à dire :
d(h(0, .), Ω, y(0)) = d(h(t, .), Ω, y(t)).
Montrons à présent que notre hypothèse est juste.
1
Premier cas : Supposons que f = h(0, .) et g = h(1, .) soient de classe C (Ω), et
y(0) ∈
/ f (∂Ω ∪ Sf ), y(1) ∈
/ g(∂Ω ∪ Sg ). Au vu des conditions sur h :
X X
d(f, Ω.y(0)) = sgnJf (x) = sgnJg (x) = d(g, Ω.y(1)).
x∈f −1 (y(0)) x∈g −1 (y(1))

1
Second cas : On suppose f ∈ C (Ω) et y(0) une valeur singulière de f . Nous
garderons les mêmes hypothèses sur g et y(1). Soit y0 une valeur régulière comme
introduit dans la Définition 3.2. Considérons alors :
(
2ty(0) + (1 − 2t)y0 , pour t ∈ [0, 12 ]
Y (t) = .
y(2t − 1) pour t ∈ [ 21 , 1]

et (
h(0, x), pour t ∈ [0, 21 ], x ∈ Ω
H(t, x) = .
h(2t − 1, x) pour t ∈ [ 12 , 1], x ∈ Ω
Les applications H et Y répondent aux conditions de (d3). De plus, on s’est
ramené au cas 1, donc :

d(H(0, .), Ω, Y (0)) = d(H(1, .), Ω, Y (1)).

18
Puis en utilisant la Définition 3.2, et les expressions de H et Y :

d(h(0, .), Ω, y(0)) = d (h(1, .), Ω, y(1)) .


| {z } | {z }
=d(h(0,.),Ω,y0 ) =d(H(1,.),Ω,Y (1))

Troisième cas : On suppose f ∈ C(Ω) et y(0) ∈ Rn \ f (∂Ω). Nous garderons


2
les mêmes hypothèses sur g et y(1). On considère l’application f0 ∈ C (Ω)
comme introduite dans la Définition 3.3, et on pose :
(
2th(0, x) + (1 − 2t)g0 (x), pour t ∈ [0, 21 ], x ∈ Ω
H(t, x) = .
h(2t − 1, x) pour t ∈ [ 21 , 1], x ∈ Ω
Ainsi que : (
y(0), pour t ∈ [0, 21 ]
Y (t) = .
y(2t − 1) pour t ∈ [ 21 , 1]
Les applications H et Y répondent aux conditions de (d3). De plus, on s’est
ramené aux premiers cas, donc :

d(H(0, .), Ω, Y (0)) = d(H(1, .), Ω, Y (1)).

Puis en utilisant la Définition 3.3, et les expressions de H et Y :

d(h(0, .), Ω, y(0)) = d (h(1, .), Ω, y(1)) .


| {z } | {z }
=d(g0 ,Ω,y(0)) =d(H(1,.),Ω,Y (1))

Ce qui conclut le troisième cas.


En appliquant un raisonnement strictement analogue sur g = h(1, .), il vient
que dans les conditions de (d3) :

d(h(0, .), Ω, y(0)) = d(h(1, .), Ω, y(1)).

Ce qui, comme vu précédemment, suffit à montrer le résultat.

Le degré topologique d tel que nous l’avons construit dans cette partie répond
donc bel et bien aux critères (d1),(d2) et (d3).

4 Applications
4.1 Point fixe de Brouwer
Un autre aspect essentiel de l’étude des fonctions est la recherche de point
fixes. C’est à dire de points x tels que f (x) = x. Dans le cadre de ce TER, cela
revient à étudier d(f − id, Ω, 0). Nous verrons qu’en exploitant les propriétés
du degré topologique, il est possible de démontrer un théorème de point fixe
important.

19
Avant d’aller plus loin, passons par quelques rappels. Les résultats suivants ayant
été vus dans l’UE Analyse Fonctionnelle, ils ne seront pas détaillés ici.

Définition 4.1: Enveloppe convexe

Soit E un espace vectoriel et A une partie de E. On appellera enve-


loppe convexe de A, notée Conv(A), la plus petite partie convexe de E
contenant A.

Il est facile de voir que Conv(A) est en fait l’intersection de toutes les parties
convexes de E contenant A. La propriété suivante donne une autre écriture de
cet ensemble.

Propriété 4.1:

Soit E un espace vectoriel et A une partie de E. On a :


( n n
)
X X
n
Conv(A) = αk xk : n ⩾ 1; (xk , αk )k∈J1,nK ∈ (A × [0, 1]) ; αk = 1 .
k=1 k=1

Considérons à présent le théorème suivant.

Théorème 4.1: Point fixe de Brouwer


Soit D ⊂ Rn , une partie non vide, compacte et convexe. Si f : D → D
est continue, alors elle admet un point fixe.

Démonstration. Supposons dans un premier temps que D = Br (0). S’il existe


x ∈ ∂D tel que f (x) = x, la propriété est vérifiée. Considérons donc que cela ne
soit pas le cas. On pose h(t, x) = x − tf (x). Ainsi h : [0, 1] × D → Rn est une
application continue. De plus on a d’une part, pour t ∈ [0, 1[ et x ∈ ∂D :

|h(t, x)| = |x − tf (x)| ⩾ | |x| −t |f (x)|| ⩾ (1 − t)r > 0.


|{z} | {z }
=r ⩽r

et d’autre part si t = 1, et x ∈ ∂D, h(t, x) ̸= 0 car f (x) ̸= x. Ainsi, 0 ∈


/ h([0, 1]× ∂D),
et en appliquant les critères (d1) et (d3), il vient

d(id − f, D, 0) = d(id, D, 0) = 1.

Puisque d(id − f, D, 0) ̸= 0, comme vu en introduction on a nécessairement


Ker(id − f ) ̸= ∅. C’est-à-dire, f admet un point fixe.
On suppose à présent que D est compacte et convexe. D’après la Proposition 2.1,
il existe f˜ : Rn → Rn une extension continue de f . On rappelle que f˜ était dé-
finie comme :

20

f (x), pour x ∈ D
f˜(x) = P −i
−1 P
−i
.
i⩾1 2 φi (x) i⩾1 2 φi (x)f (di ) pour x ∈
/D

où(di )i∈N désigne une suite dense dans D et


 
|x − di |
φi (x) = max 2 − ,0 ∀x ∈
/ D.
ρ(x, D)

On commence par remarquer que f˜(Rn ) ⊂ Conv(f (D)). En effet, si x ∈ D,


Pm −i −1
˜
f (x) = f (x) ∈ f (D). Sinon, il existe k tel que φk (x) > 0, et donc i=1 2 φi (x)
est bien définie pour m ⩾ k. On a alors, d’après la Proposition 4.1 :

k
!−1 k
X X
−i
2 φi (x) 2−i φi (x)f (di ) ∈ Conv(f (D)).
i=1 i=1

En passant à la limite on obtient donc,



k
!−1 k 
X X
f˜(x) = lim  2−i φi (x) 2−i φi (x)f (di ) ∈ Conv(f (D)).
k→+∞
i=1 i=1

Puisque de plus, f (D) ⊂ D, et D est compact et convexe,

f˜(Rn ) ⊂ Conv(f (D)) ⊂ Conv(D) = D = D.

On considère à présent une boule Br (0) contenant D. D’après la première


étape , f˜ admet un point fixe x sur cette boule. Cependant, on a vu que
f˜(Rn ) ⊂ D. Ainsi x = f˜(x) ∈ D, et donc f˜(x) = f (x). Le point x est alors
un point fixe de f , ce qui conclut.
En vérité, nous pouvons nous permettre des conditions légèrement moins
strictes sur D.

Corollaire 4.1
Soit D ⊂ Rn , homéomorphe à une partie non vide, compact et convexe.
Si f : D → D est continue, alors elle admet un point fixe.

Démonstration. Soit D = h(D0 ) où D0 est un compact convexe, et h est un


homéomorphisme entre D et D0 . Considérons l’application h−1 f h : D0 → D0 .
Elle est continue et donc, admet un point fixe x d’après le Théorème 4.1. On a
alors f (h(x)) = h(x), c’est à dire que f admet h(x) comme point fixe.

21
4.2 Théorème de la boule chevelue
Dans cette seconde application, nous allons voir une conséquence plus indi-
rect du degré topologique.

Théorème 4.2: Théorème de la boule chevelue


Soit n un nombre entier impair, et Ω ⊂ Rn un ouvert borné contenant 0.
Si f : ∂Ω → Rn \ {0} est continue, alors il existe x ∈ ∂Ω et λ ̸= 0 tel que
f (x) = λx.

Démonstration. Tout d’abord en appliquant la Proposition 2.1 à f on peut


étendre f à une fonction continue sur Rn . Supposons donc que f ∈ C(Ω). De
plus puisque n est impair, on a :
d(−id, Ω, 0) = sgn(J−id (0)) = −1.
Supposons alors que d(f, Ω, 0) ̸= −1. Considérons
h(t, x) = (1 − t)f (x) − tx,
si h n’avait pas de zéros sur ]0, 1[×∂Ω, alors la condition (d3) s’appliquerait
et on aurait d(f, Ω, 0) = d(−id, Ω, 0) = −1 ce qui est absurde. Il existe donc
(t0 , x0 ) ∈]0, 1[×∂Ω tel que h(t0 , x0 ) = 0. C’est à dire :
t0
f (x0 ) = x0 .
1 − t0
| {z }

Ce qui montre la propriété dans ce premier cas.

On suppose à présent que d(f, Ω, 0) = −1. On sait que d(id, Ω, 0) = 1. On


peut donc raisonner de la même manière mais cette foi-ci avec
h0 (t, x) = (1 − t)f (x) + tx.
Par un raisonnement analogue au précédant, il existe (t0 , x0 ) ∈]0, 1[×∂Ω tel que
h0 (t0 , x0 ) = 0. Et on obtient,
t0
f (x0 ) = − x0 .
1−t
| {z 0}

Ceci conclut la démonstration.


On peut également considérer l’énoncé suivant :

Théorème 4.3: Reformulation du théorème de la boule chevelue


Soit n un nombre entier impair, et Ω ⊂ Rn un ouvert borné contenant 0.
v
Considérons f : ∂Ω → Rn \ {0} et χ(v) = f (v) − ⟨f (v)|v⟩ ||v|| 2 . Si l’ap-

plication f est continue alors, il existe v0 ∈ ∂Ω tel que χ(v0 ) = 0.

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Démonstration. Puisque f est continue, d’après le Théorème 4.2, il existe v ∈ ∂Ω
et λ ̸= 0 tels que f (x) = λx. Tout d’abord, on remarque que puisque 0 ∈ Ω,
l’élément nul ne peut pas appartenir à ∂Ω. En particulier, ||v|| =
̸ 0 et donc :

v
χ(v) = f (v) − ⟨f (v)|v⟩
||v||2
v
= λv − ⟨λv|v⟩
||v||2
 
2 v
= λ v − ||v||
||v||2
=0

Ce qui conclut la démonstration de ce théorème.

Nous remarquerons cependant que ces énoncés sont équivalents. En effet nous
avons vu dans la démonstration précédente que s’il existait λ ̸= 0 et v ∈ ∂Ω tel
que f (v) = λv alors χ(v) = 0. Voyons à présent que la réciproque est également
vrai. Soit v0 ∈ ∂Ω tel que χ(v0 ) = 0. C’est à dire :
v
f (v) − ⟨f (v)|v⟩ =0
||v||2
⟨f (v)|v⟩
f (v) = v
||v||2
| {z }

Voici une interprétation très connue du théorème de la boule chevelue (inter-


prétation si connue que le nom du théorème lui ait dû). Considérons une sphère
recouverte de cheveux souples, non frisés. Et où chaque point de la sphère est
racine d’un cheveu. Pour chaque cheveu, on considère sa projection sur le plan
tangent à la sphère en sa racine. Le but est à présent de coiffer ces cheveux en
les aplatissant à la surface de la sphère tout en évitant les discontinuités, c’est à
dire des changement brusques de directions des cheveux les uns par rapport aux
autres. Le théorème de la boule chevelue nous dis alors qu’il n’est pas possible
d’aboutir à un résultat parfait. On observera toujours la formation d’un épi.

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