Toponymie et routes du Gharb al-Andalus
Toponymie et routes du Gharb al-Andalus
Santiago Macias
(Directeur du Panthéon National, Lisbonne)
Abstract: Written medieval sources giving information on the roads in the Gharb al-
Andalus remain scarce. However, some texts have crossed several centuries, namely those of
Ibn Ḥawqal, al-Idrīsī and al-Ḥimyarī. Although these texts do not always coincide with each
other, their main information proves to the existence of ancient roads, known from the text of
the Itinerary of Antoninus, resumed in the Islamic period.
Moreover, the geographical descriptions were reviewed and the toponymic
correspondences between the ancient and current sites checked. The latter are often
“established” for a long time, from attributions whose authenticity can sometimes be arguable.
A new proposal for the roads in the Gharb al-Andalus has, therefore, been established from
the available data (despite the lack of physical infrastructures of Islamic chronology) and
from new interpretations of the toponymy.
Keywords: Gharb al-Andalus, Toponymy, Itineraries, Historical Geography.
Introduction
L’identification des lieux mentionnés dans les sources médiévales antérieures à
la “Reconquête” continue d’être, fréquemment, un jeu de puzzle. Faire correspondre
les toponymes anciens aux établissements actuels ou aux sites dépeuplés repérés est
difficile, tant pour le haut Moyen Âge que pour la période islamique. Les termes
préromains se devinent à leur sonorité étrange, qui n’ont rien à voir avec ce que nous
sommes habitués à entendre. La latinisation des toponymes préromains, d’abord, le
remplacement de la langue latine par l’arabe, plus tard, et, finalement, la “Reconquête,”
ont modifié les noms, rendant la toponymie ancienne parfois irreconnaissable à partir
des données disponibles aujourd’hui. Très souvent, du fait de la christianisation du
territoire, amplifiée par le culte marial et par le renouveau de l’hagiographie pendant
la période moderne, il est impossible d’établir des rapports entre les noms anciens et
actuels, non plus que de présenter des propositions crédibles d’identification de lieux
dont la localisation précise reste inconnue.
La toponymie se base, fréquemment, sur une nomenclature préromaine ou
romaine, pour beaucoup très différente de l’actuelle. Il est vrai que, en plusieurs
cas, les noms se sont lentement et progressivement adaptés à la langue en usage à
chaque moment. Voyons par exemple le cas de Pax Iulia, dont la phonétique s’est
graduellement transformée jusqu’à atteindre la forme actuelle de Beja. Normalement,
l’évolution est stable, s’adaptant d’abord à la langue arabe, puis au portugais. Parfois,
comme nous verrons plus bas dans le cas du nom de lieu Marsā Hāshim, une solution
de compromis fait joindre un mot arabe à un autre d’origine latine.
Les sources écrites répètent souvent les mêmes noms, parfois de façon
contradictoire. Il n’est pas rare non plus, spécialement dans les textes tardifs et chez
les auteurs non-péninsulaires, que l’information soit tronquée ou qu’elle contienne
des erreurs. Il faut ajouter que, outre de répéter souvent les dires de l’un ou l’autre de
ses prédécesseurs, aucun de ces auteurs ou presque n’avait une connaissance de visu
des territoires qu’il décrivait.
Nous constatons aussi, pour le Gharb comme pour l’ensemble d’al-Andalus
et du Maghreb, le manque d’études modernes sur les routes, et la rareté des
propositions de reconstruction des itinéraires en vigueur durant la période islamique,
par opposition avec la multiplicité des travaux et des propositions résultantes pour la
période romaine. Cependant, c’est dans les voies anciennes que nous devons trouver
une partie substantielle de la raison d’être des réseaux routiers d’al-Andalus.
Une donnée essentielle est celle de l’unité de mesure employée. La plus
fréquemment utilisée n’est pas physiquement évaluable, les textes nous parlant
d’“un jour,” de “trois jours,” de “deux journées,” etc. Al-Idrīsī, pour sa part, fait
référence aussi bien à des journées qu’à des milles. Des doutes continuent d’exister
aussi sur cette dernière mesure et les adaptations à notre système métrique sont
incertaines. Ni les valeurs sont uniformes, ni ne se fait l’unanimité dans ce qui nous
est présenté. Nous pouvons, cependant, cerner des valeurs fiables par approximation,
variant de 1 660 mètres à 1 995 mètres pour un mille.1 Ce dernier chiffre est établi
par Eliseo Vidal Beltrán, selon qui une parasange peut être estimée à environ 5 985
m, chaque parasange correspondant à 3 milles.2 Dans le manuscrit d’Ibn al-Jayyāb,
de la fin du XIIIème siècle, cité par Joaquín Vallvé Bermejo, celui-ci indique 1 857 m
pour équivalent du mille rashshashí.3 Ce même auteur mentionne aussi des petites
différences entre les milles des itinéraires décrits par al-ʿUdhrī (Alméria, XIème siècle)
et les distances d’aujourd’hui.4
Il n’est pas possible d’établir des unités de mesure de distances rigides car, dans
un même texte, les auteurs se servent de modèles et de valeurs différentes, comme l’a
1. 12 milles = 20 km selon Jassim Abid Mizal: Al-Idrīsī, Los caminos de al-Andalus en el siglo XII,
étude, édition, traduction et notes Jassim Abid Mizal (Madrid: CSIC, 1989), 172
2. Al-Bakrī, Geografía de España (Kitāb al-masālik wa-l-mamālik), intr., trad., notes et index Eliseo
Vidal Beltrán (Saragosse: Anubar Ediciones, 1982), 42 (note 167). 4 260 m selon Mohammed Hadj-
Sadok, “Kitāb al-Dja‘rāfiyya. Mappemonde du calife al-Maʾmūn reproduit par Fazārī (IIIe/IXe s.),
rééditée et commentée par Zuhrī (VIe/XIIe s.),” [texte arabe établi avec introduction en français par
Mohammed Hadj-Sadok] Bulletin d’Études Orientales XXI (1968): 46.
3. Joaquín Vallvé Bermejo, “Al-Ándalus: avances tecnológicos en medidas y comunicaciones.”
Academvs 9 (extra) (2005): 120.
4. Vallvé Bermejo, “Al-Andalus,” 122.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 93
souligné Jean-Charles Ducène.5 Ceci donne lieu à des estimations très divergentes
ou, dans le meilleur des cas, approximatives.
1. L’Occident péninsulaire: de l’Itinéraire d’Antonin à l’islamisation
L’Itinéraire d’Antonin (fin IIIème ou milieu IVème siècle) est toujours un instrument
d’inestimable utilité pour l’étude des territoires ayant appartenu à l’Empire Romain.
Les chemins qui y sont décrits ont eu une longue vie. Ce texte est une base de travail
très utile pour la période médiévale, au moins jusqu’à la fin de la “Reconquête.”
Notre but, ici, n’est pas de discuter de la source elle-même, ni de son auteur ou de sa
chronologie. Nous voulons seulement saisir la validité d’une partie substantielle des
informations fournies, et que nous considérons, de façon générale, comme base de
travail fiable. Nous pouvons aussi admettre la fiabilité des itinéraires. Nous pouvons
accepter aussi, quoiqu’avec des corrections ponctuelles, les distances qui séparent
les divers points de l’Itinéraire, malgré les imprécisions ou les lacunes que le texte
puisse présenter. Nous poursuivons le débat autour des identifications toponymiques
qui soulèvent toujours des doutes, ou prêtent à discussion.
Il faut souligner que, pour la péninsule Ibérique, la réalité décrite dans
l’Itinéraire d’Antonin (où sont présentées un peu plus d’une trentaine de routes) est
bien établie, malgré des éléments insuffisants qui nous gênent encore. Aussi, très
probablement, il nous faudra encore quelque temps pour que les doutes existants
soient définitivement résolus, grâce à d’éventuelles découvertes épigraphiques
qui permettraient d’éclaircir les zones grises encore incomprises. Pour l’Occident
péninsulaire, l’Itinéraire indique l’existence de sept routes (identifiées par les
numéros XII, XIII, XIV, XV, XVI, XXI et XXII).
Quelles étaient ces routes? Ce texte bien connu les définit de la façon suivante:6
XII – Item ab Olisiponne Emeritam (Aquabona/Catobrica/ Caeciliana/Malateca/
Salacia/Ebora/Ad Atrum Flumen/Dipone/Evandriana/ Emerita)7
XIII– A Salacia Ossonoba (sans lieux intermédiaires)8
XIV– Alio itinere ab Olisiponne Emeritam (Aritio Praetorio/ Abelterio/
Matusaro/Ad Septem Aras/Budera/Plagiaria/Emerita)9
5. Jean-Charles Ducène, L’Afrique dans le Uns al-Muhağ wa rawḍ al-Furağ d’al-Idrīsī (Louvain:
Peeters, 2010), 87-8.
6. José Manuel Roldán Hervás, Itineraria Hispana – Fuentes antiguas para el estudio de las vías
romanas en la Península Ibérica (Valladolid: Universidad de Valladolid – Grenade: Universidad de
Granada, 1975), 35-6. Voir aussi Roldán Hervás, José Manuel et Carlos Caballero Casado. “Itineraria
Hispana: Estudio de las vías romanas en Hispania a partir del Itinerario de Antonino, el Anónimo de
Ravena y los Vasos de Vicarello,” El nuevo miliario 17 (2014).
7. Roldán Hervás, Itineraria Hispana, 64-7.
8. Roldán Hervás, Itineraria Hispana, 68-70.
9. Roldán Hervás, Itineraria Hispana, 71-4.
94 Santiago Macias
Au Xème siècle, al-Rāzī fait une description des territoires du Gharb qui coïncide
presque avec celle de l’époque finale de l’Empire Romain17. Il y a des établissements
présentés comme étant en claire décadence, tels que Idanha-a-Velha, indiqué dans les
textes comme chef-lieu de kūra. Certes, les révoltes des Banū Marwān ont donné une
forte visibilité à l’ancienne Egitania. Cependant, son incorporation dans le système
administratif centralisé sur Cordoue dans la première moitié du dixième Xème siècle,
était surtout un reflet du passé, auquel les campagnes militaires d’al-Jillīqī ont donné
une plus grande visibilité. En vérité, al-Rāzī nous montre une projection ou une
image du passé, plutôt qu’une réalité toujours existante.
Le réseau urbain dans l’Occident péninsulaire est surtout le reflet d’une situation
antérieure.18 Il n’y a aucune fondation de ville nouvelle importante. Les élites locales,
muwalladūn ou mozarabes, ont été préservées et ont gagné de l’espace de manœuvre
politique. L’ancien réseau de contacts entre les villes a aussi été maintenu. Tout au
début du processus d’islamisation, l’élite chrétienne de Séville s’est réfugiée auprès
de ses alliés de Beja. Les permanences sur la longue durée ont eu des reflets aux
niveaux les plus divers. La préservation du réseau routier était l’une de celles-ci, ce
qui reflète les dynamiques économiques et la continuité des circuits commerciaux.
Un tel point de vue, soutenu il y a longtemps par des auteurs comme Robert Durand,
était contesté par Oliveira Marques, qui le considérait prématuré et casuistique,19 sans
éclaircir cependant ses raisons. La carte publiée par Oliveira Marques ne s’appuie
sur aucun document ou explication additionnelle, quoiqu’elle soit intéressante.20
La préservation des connexions routières et la permanence du réseau urbain
sont étroitement liées. Il est peut-être trop aventureux de suggérer une superposition
exacte, mais à la période islamique une bonne partie de l’itinéraire tracé dans
l’œuvre classique d’Antonin devait être encore en fonction.21 Nous n’avons pas
de données claires sur ces permanences, hormis quelques ponts connus hérités de
l’époque romaine (Odivelas, Alter do Chão, Alcantara, etc.). Pour le territoire qui
correspond aujourd’hui au Portugal, nous manquons totalement d’information sur
les infrastructures de chronologie islamique (qu’il s’agisse de chaussées, de ponts,
ou d’autres ouvrages d’art). Il me semble important de souligner que 45 ans de
17. Al-Rāzī. “La description de l’Espagne d’Aḥmad al-Rāzī: essai de reconstitution de l’original
arabe et traduction française par Évariste Lévi-Provençal,” Al-Andalus XVIII (1953).
18. Beja, Lisbonne, Idanha, Faro et Coimbra sont les principaux établissements de la division de
Wamba: Luis Vázquez de Parga, La división de Wamba. Contribucion al estudio de la historia y
geografía eclesiásticas en la Edad Media Española (Madrid: CSIC, 1943), 80.
19. António Henrique de Oliveira Marques, “A circulação e a troca de produtos,” in Portugal em
definição de fronteiras-do Condado Portucalense à crise do século XIV, coord. Maria Helena Cruz
Coelho et Armando Luís de Carvalho Homem (Lisbonne: Ed. Presença, 1986), 487.
20. Marques, “A circulação,” 488.
21. Voir les intéressantes remarques sur la décadence et le danger des chemins dans: al-Maqqarī,
The History of the Mohammedan Dynasties in Spain. Extracted from the Nafhu-t-tíb min ghosni-l-
Andalusi-r-rattíb wa táríkh Lisánu-d-Dín Ibni-l-Khattíb trad. Pascual de Gayangos (Londres: Oriental
Translation Fund of Great Britain and Ireland, W. H. Allen and Co, 1840), I, 78.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 97
22. Mário Gomes Marques, João Peixoto Cabral et José Rodrigues Marinho, Ensaios sobre história
monetária da monarquia visigoda (Porto: Sociedade Portuguesa de Numismática, 1995) 103 et 277-9.
23. Maria Amélia Fresco de Almeida, “Escultura arquitectónica e funerária dos séculos IV ao VIII
a sul do Tejo,” (II, Mémoire de maîtrise en Histoire de l’Art, Universidade Nova de Lisboa, Lisbonne,
1987), tableau de synthèse.
24. Pour Jiliana et Cantarasaif, nous reprenons la graphie de José Alemany Bolufer.
25. José Alemany Bolufer, “La geografía de la Península Ibérica en los escritores árabes,” Revista del
Centro de Estudios Históricos de Granada y su Reino IX, 3/4 (1919): 135.
98 Santiago Macias
27. Ibn Ḥawqal, Configuration de la terre. Kitāb Ṣurat al-arḍ, intro. et trad. par J. H. Kramers et G.
Wiet (Paris: Maisonneuve et Larose, 1964), I. 114-5.
28. Ana Labarta, Isabel Inacio et Ricardo Pereira, “O eterno retorno da lenda de São Torpes. A
primeira inscrição islâmica encontrada em Sines,” in Memórias da praia de São Torpes. coord. Ricardo
Pereira (Sines: Museu de Sines, 2021), 238-40.
100 Santiago Macias
Il faut prendre en compte, ensuite, les divers textes importants d’al-Idrīsī, où les
références aux routes et aux distances entre lieux sont constantes. Ces descriptions ne
diffèrent pas l’une de l’autre, dans l’essentiel. Nous reprenons ici ces récits, tout en
répétant les données principales. Selon le Uns al-muhaj wa-rawḍ al-furaj, son œuvre
plus tardive, le chemin de Badajoz à Lisbonne passe par Elvas, située à 12 milles,
par le village de ʿUkāsa, à une étape, la ville d’Évora, à une étape; d’Évora à Alcácer
do Sal (Qaṣr Būdānis), 40 milles, et d’Alcácer à Lisbonne, encore 40 milles.29 Plus
avant, le texte ajoute que de Santarém à Lisbonne il faut parcourir 60 milles. Entre
ces deux villes se situe Faḥṣ Balāṭa (les champs de Valada do Ribatejo).30
Selon le même texte, l’embouchure du Guadiana est située entre Saltés et
Cacela. De là au village de Tavira il y a 14 milles, puis 12 milles pour la ville de
Santa Maria do Garbe, 28 milles jusqu’à celle de Silves, 20 milles de Silves à Lagos
(le texte arabe dit expressément Halq al-Zāwiya),31 puis 12 milles jusqu’au cap Saint-
Vincent (Ṭaraf al-ʿUrf), 7 milles de là à Kanīsat al-Gurāb, puis jusqu’à l’embouchure
du fleuve de Setúbal 40 milles, et 30 milles jusqu’au ḥiṣn d’Almada (al-Ma‘din).
D’Almada à Lisbonne le fleuve a 6 milles de large. De Lisbonne à Sintra il y a une
courte étape. De Silves à Alcácer do Sal (Qaṣr Būdānis), deux autres.32
Al-Idrīsī indique également: 25 milles d’Aroche à Serpa, 12 milles à Évora, 40
milles de Beja à Évora, 35 milles de Beja au ḥiṣn de Mértola, 40 milles de Mértola
jusqu’à la mer, en suivant la rive du Guadiana. De Silves à la forteresse de Portela
(Burtala)33 une étape, de Santa Maria do Algarve au ḥiṣn de Portela une courte étape,
de Mértola à Beja 40 milles.34 Ce parcours est très peu linéaire et nous y trouvons
quelques erreurs, mais il nous donne une idée précise des chemins existants au sud-
ouest du Gharb.
Dans le Kitāb Nuzhat al-mushtāq fī’ khtirāq al-āfāq d’al-Idrīsī, les données sont
à peu près les mêmes, quoique généralement présentées de façon moins évidente,
en termes de circulation. Ceci y est clairement expliqué: de Cacela à Tavira, 14
milles. De là à Faro, 12 milles. Ensuite, al-Idrīsī trace un circuit autour de divers
lieux de l’Algarve, tels que Halq al-Zāwiya et Kanīsat al-Gurāb, sur lequel nous
reviendrons plus loin. Quant aux autres lieux, le texte mentionne seulement des
points de départ et d’arrivée, en plus de distances, exprimées en journées, sans
indication d’établissements intermédiaires. Il est pratiquement impossible de tracer
un cheminement précis avec des données aussi diffuses. De Silves à Badajoz, le texte
assure 5 journées. De Silves à Mértola, 4 journées. De Mértola à Huelva, 2 journées
35. Ibn Abī Zarʿ, Rawḍ al-Qirṭas, trad. et notes Ambrosio Huici Miranda (Valence: Anubar Ediciones,
1964) II, 399 et 430-1.
36. Ambrosio Huici Miranda, Al-Ḥulal al-Mawšiyya. Crónica árabe de las dinastías almorávide,
almohade y benimerin (Tétouan: Editora Marroquí, 1951), 103.
102 Santiago Macias
Les informations fournies par les textes arabes, confrontées aux descriptions
de l’époque romaine, soulèvent des questions qui nous permettent de compléter la
trame du réseau routier. Les données que nous avons pu recueillir sont spécialement
importantes pour des chemins non toujours explicitement mentionnés, ou pour
lesquels de nombreuses incertitudes persistent.
Mérida – Idanha
La route de Mérida à Idanha ne figure pas dans les sources écrites romaines et
les textes islamiques ne s’y réfèrent que ponctuellement. Cependant, ce n’était pas une
simple voie secondaire, car elle coïncidait partiellement avec l’axe Coimbra-Coria.
Pour la période romaine, étant reconnue l’existence d’une route unissant les
territoires du centre à Idanha-a-Velha.37 La connexion entre celle-ci et les montagnes
plus au centre était également connue (voir, dans le Muqtabis V la mention explicite
à N.yānī). L’importance de la région nord de la Lusitanie est bien attestée par le site
romain de Bobadela (la Splendissima Civitas de jadis) et par l’église mozarabe de
Lourosa, datée du début du Xème siècle.
On peut supposer que, pendant la période almoravide, les routes anciennes
étaient encore utilisées. En 528/1133-1134, Tashfīn b. ʿAlī b. Yūsuf lança un assaut à
partir d’Alcantara contre les chrétiens à Idanha-a-Velha et les défit.38 L’auteur affirme
que “les gens importants des chrétiens et leurs hauts personnages rassemblèrent des
troupes, comprenant des milliers de leurs hommes les plus vaillants et de leurs héros
et se dirigèrent vers Badajoz, Beja, Évora et au pays de l’Islam dans cette région.”
Les chemins plus au nord étaient parcourus lors des incursions militaires de “razzia”:
Turunkūshuh/Trancoso fut ainsi attaquée en 324/936 et, plus tard, vers 1155. Les
mouvements de troupes à partir de Badajoz indiquent que la “route de l’argent”
était utilisée dans des buts militaires.39 En conclusion, ces routes présentaient une
importance stratégique certaine et continuaient à être empruntées massivement.
Route vers Coria
Al-Idrīsī est catégorique: “de Coria à Coimbra, quatre journées.” Le tracé de
la route n’est pas précisé, mais je propose que cette voie soit passée par Idanha-
a-Velha. Le texte mentionne aussi une connexion entre Mérida et Alcantara.40 Or,
le chemin d’Alcantara à Idanha-a-Velha est, comme nous l’avons vu, attesté par
d’autres sources.
37. Pedro Carvalho et Rui Silva, Bobadela Romana. Splendidissima Civitas. A Esplêndida Cidade
(s.l.: ArqueoHoje, 2018), 26-7.
38. Ibn ʿIdhārī, Al-Bayān al-Mughrib. Nuevos fragmentos almorávides y almohades, trad. et notes
Ambrosio Huici Miranda (Valence: Anubar Ediciones, 1963), 202.
39. Ibn Ḥayyān, Crónica del califa ʿAbdarraḥmān III an-Nāṣir entre los años 912 y 942 (al-Muqtabis
V), trad. et index par María Jesús Viguera et Federico Corriente (Saragosse: Anubar Ediciones, 1981), 285.
40. Voir la même information dans al-Ḥimyarī, La Péninsule Ibérique d’après le ‘=Kitāb ar-rawḍ
al-miʿṭār fī ḫabar al-akṭar d’Ibn ʿAbd al-Munʿim al-Ḥimyarī, éd. Évariste Lévi-Provençal (Leiden: E.
J. Brill, 1938), 197-8.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 103
Ces territoires de la région centrale du Portugal actuel étaient une zone difficile
à contrôler, où des armées commandées par muwalladūn maintinrent longtemps des
noyaux de résistance. Nous connaissons bien les références aux campagnes d’al-
Surunbāqī et Ibn Marwān dans les territoires du centre, dans les montagnes isolées qui
conservent leurs noms, situés entre pays chrétien et musulman et à partir desquelles
ils faisaient la guerre sur deux fronts.41 Ibn Khaldūn affirme qu’al-Surunbāqī attaqua
plusieurs forteresses entre Coimbra et Beja;42 il fait explicitement référence au lieu
d’enterrement d’al-Surunbāqī, situé entre le Tage et la ville de Coimbra.43
Lʼexistence possible d’une autre route, plus au nord, est suggérée par Ibn Saʿīd
al-Maghribī, quand il dit que “dans les montagnes de la Shāna [?], qui s’étendent de
l’est à l’ouest d’al-Andalus, il y a plusieurs châteaux aux noms étranges. Dans cette
région est située la forteresse d’al-Māʾida [deux journées la séparent de Tolède].”44
Badajoz-Évora
Certains éléments absents des textes anciens apparaissent dans les sources de
la période islamique. Parmi ceux-ci, il y a un itinéraire bien indiqué dans l’Uns al-
muhaj wa-rawḍ al-furaj.45 Son auteur indique explicitement les étapes suivantes:
Badajoz-Elvas-ʿUkāsha-Évora.
Il est possible de reconstruire le parcours de façon plus détaillée, en prenant en
compte la toponymie et la logique de l’itinéraire:
1. ʿUkāsha doit correspondre, tant pour la similitude phonétique que pour la
distance qui la sépare de Badajoz (une journée de voyage), à Alconchel (al-ʿUkāsha
> Alconchel). L’hypothèse d’identification de ce nom avec le site actuellement connu
comme Herdade do Agacha ne me semble pas convaincante, car l’on a affaire dans
ce cas à une anthroponymisation évidente et récente du lieu.46
2. L’étape suivante du parcours, quoique absente du texte, devrait être le site
cité dans le Muqtabis II-1 comme la forteresse de Frānksh auprès du Guadiana.47
41. Ibn al-Qūṭiya, Historia de la conquista de España de Abenalcotia el Cordobés, éd. Julian Ribera.
Colección de obras arábigas de Historia y Geografia, II (Madrid: Revista de Archivos, 1926), II, 74; Ibn
Ḥayyān, “Al-Muqtabis de Ibn Ḥayyān,” [trad. José Guráieb]. Cuadernos de Historia de España XIV
(1950), 179.
42. Osvaldo Machado, “Historia de los arabes de España por Ibn Jaldun,” Cuadernos de Historia de
España XXXIII-XXXIV (1961): 346.
43. Ibn Ḥayyān, “Al-Muqtabis de Ibn Ḥayyān,” 178.
44. Vernet n’identifie pas Almeida: Juan Vernet dans Ibn Sa‘īd al-Maghribī, “España en la Geografia
de Ibn Saʿīd al-Maghribī.” [trad. Juan Vernet)] Tamuda, Año VI, semestre II (1958): 318. Identifié en
revanche, à partir de la lecture d’al-Muqqadasī, par Georgette Cornu, Atlas du monde arabo-islamique
à l’époque classique IXe-Xe siècles (Leyde: E.J. Brill, 1985), 127.
45. Al-Idrīsī, Los caminos, 82.
46. António Rei, “O actual norte alentejano no período hispano-árabe (711 -1230),” Callipole 18
(2010): 130.
47. Ibn Ḥayyān, Crónica de los emires Alḥakam I y ‘Abdarraḥmān II entre los años 796 y 847.
Almuqtabis II-1, trad. et index Mahmud Makki et Federico Corriente (Saragosse: Instituto de Estudios
Islámicos y del Próximo Oriente, 2001), 299.
104 Santiago Macias
L’erreur de cette lecture a été déjà clairement démontrée par Fernando Branco
Correia, qui souligne l’existence d’une mésinterprétation paléographique.48 Il
s’agit de la forteresse de Cuncos.49 Ce ḥiṣn, situé sur le Guadiana, dut jouer un rôle
important depuis le haut Moyen Âge et fut occupé jusqu’à la “Reconquête,” comme
le prouvent les vestiges de sa fortification et sa nécropole.50
À mon avis, la connexion à Évora se faisait en traversant le Guadiana et en
passant par Monsaraz. Dans le Kitāb nuzhat al-mushtāq fı ikhtirāq al-āfāq d’al-Idrīsī,
nous lisons: “[le Guadiana passe par] Mérida, par Badajoz, puis près de Sharysh, et
enfin par Mértola, avant de verser ses eaux dans l’océan.”51 Ce Sharysh a toujours été
identifié comme Jerez de los Caballeros, à 50 km du fleuve, et non comme Monsaraz,
située à moins de 5 km du Guadiana. Christophe Picard, qui attribue le même
nom aux deux lieux,52 n’explique pas les raisons de son choix, quoiqu’il admette
implicitement que cette forteresse de l’Alentejo puisse être le lieu cité par al-Idrīsī.
Deux arguments peuvent être présentés pour défendre cette hypothèse. D’une part,
le microtoponyme Xerez, attribué à un cromlech du début du quatrième-milieu du
troisième millénaire a.C.,53 et à plus d’une douzaine de sites archéologiques situés
dans le voisinage, témoigne de l’importance donnée à ce toponyme dans la région.
D’autre part, l’occupation islamique du château de Monsaraz est attestée, de façon
indirecte, par la référence faite dans la Crónica de D. João I à la porta da çolorquia
(salúquia ou celoquia), nom qui persistait encore au XIVème siècle. Il s’agit sûrement
d’un ḥiṣn communautaire, de structure semblable à celle de Perpunchent (en pays
valencien),54 Moura ou Serpa (au Portugal).55 Ce lieu fortifié, dominant l’espace
alentour et proche du Guadiana, a joué, à mon avis, un rôle important sur la route
entre Badajoz et Évora.
3. Une route peu connue et deux noms de lieu non identifiés jusqu’à présent
Les routes définies dans les ouvrages géographiques correspondent, presque
toujours, à des voies reliant deux établissements principaux. Normalement, les
capitales des kūra-s y jouent un rôle plus important. Dans des textes plus tardifs,
48. Fernando Branco Correia, “Fortificação, guerra e poderes no Gharb al-Andalus (dos inícios da
islamização ao domínio norte-africano),” (Thèse de doctorat, Université de Évora, 2010), 151-2.
49. Fernando Branco Correia, “Maḥmūd ibn ʿAbd al-Jabbār: making and breaking friendships in the
ninth century al-Andalus,” in War, diplomacy and peacemaking in Medieval Iberia. éd. Kim Bergqvist,
Kurt Villads Jensen et Anthony John Lappin (Cambridge: Cambridge Scholars Publishing, 2021), 27.
50. Fernando Valdés et Susana Díaz, “El Castillo de Cuncos: una ciudad islámica desconocida en la
raya hispano-portuguesa,” Al-Madan II série, 11 (2002): 213-8.
51. Al-Idrīsī, Description de l’Afrique et de l’Espagne, éd. Reinhardt Dozy et Michaël de Goeje
(Amsterdam: Oriental Press, 1969), 226.
52. Christophe Picard, Le Portugal musulman (VIIIe-XIIIe siècle). L’Occident d’al-Andalus sous
domination islamique (Paris: Maisonneuve & Larose, 2000), 157.
53. Código Nacional de Sítio 39
54. André Bazzana, Pierre Guichard et José María Segura Martí, “Du ḥiṣn musulman au castrum
chrétien: le château de Perpunchent,” Mélanges de la Casa de Velázquez XVIII, 1 (1982): 449-65.
55. Cláudio Torres, “Povoamento antigo no Baixo Alentejo. Alguns problemas de topografia
histórica,” Arqueologia Medieval 1 (1992): 196.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 105
56. Identification faite, sans plus de justification, par José Domingos Garcia Domingues, “O Garb
Extremo do Andaluz e ‘Bortuqual’ nos historiadores e geógrafos árabes,” Boletim da Sociedade de
Geografia de Lisboa 78 (1960): 344. Elle a été systématiquement suivie: voir l’étude de Jassim Abid
Mizal, qui accepte l’assimilation à Lagos sans aucune justification: al-Idrīsī, Los caminos, 51 et 83.
57. António Rei, “O Gharb al-Andalus em dois geógrafos árabes do século VII/XIII: Yâqût al-
Hamâwî e Ibn Sa´id al-Maghribi,” Medievalista 1 (2005): 6.
58. Mário Varela Gomes et Carlos Tavares da Silva. Levantamento arqueológico do Algarve –
Concelho de Vila do Bispo (Faro: Delegação Regional do Sul-Secretaria de Estado da Cultura, 1987),
65-6.
59. Juan Vernet dans: Ibn Saʿīd al-Maghribī, “España,” 317.
106 Santiago Macias
dans un promontoire qui s’avance sur la mer. Sur le faîte de l’édifice sont dix
corbeaux.”60
Al-Idrīsī indique cette route de façon précise. Il identifie un point de départ,
la ville de Silves, et il nous en dit le point d’arrivée. L’indication des distances, en
milles, nous donne une mesure précise du chemin à parcourir.
De Silves jusqu’au lieu aujourd’hui connu comme le ribāṭ d’Arrifana61 il y a
une distance de plus ou moins 45 km. Nous pouvons admettre que ce fut un chemin
de liaison avec le littoral, passant par Monchique,62 tout en évitant les passages plus
difficiles de montagne.
Suivant la logique de parcours suggéré par le texte (d’un point de départ à un
point d’arrivée), l’étape suivante serait Sagres. Cela veut dire que la route se dirigeait
vers ce village, après être partie de Halq al-Zāwiya. Dans ce cas aussi, l’information
fournie par ce texte s’éloigne peu de la réalité. Al-Idrīsī indique 18 milles, une distance
qui coïncide pratiquement 36 km qui séparent les deux points susmentionnés. À
partir de ce point, les distances indiquées dans le texte deviendraient absurdes, si
nous nous obstinions à identifier Kanisat al-Gurab à un ermitage situé au cap Saint-
Vincent ou aux alentours. Rappelons que notre auteur n’affirme, en aucun moment,
que Kanisat al-Gurab se trouvait au cap Saint-Vincent. Il se limite à faire mention
d’un promontoire où se trouve une église.
La route continue, de Sagres à Cap al-Gharb, sur 12 milles, soit 24 km. C’est
à peu près la distance qui sépare Sagres de Ponta da Piedade – point de référence
important sur la côte de l’Algarve et un cap protecteur car au vent. Un des six phares
aujourd’hui jalonnant l’extrémité sud du Portugal, sur à peu près 170 km de côte, y
est installé.63 À l’époque médiévale, Ponta da Piedade devait être aussi un point de
contact visuel important pour les marins.
En dernier lieu, selon al-Idrīsī, 7 milles (environ 14 km) séparent le Cap al-
Gharb de Kanisat al-Gurab. Dans ce cas, les données sont moins claires, aucun
établissement potentiel ne correspondant à la distance indiquée. Cela nous permet
de suggérer deux hypothèses sur la localisation de l’Église du Corbeau, à condition
d’admettre que le parcours indiqué se faisait non par terre, mais par mer, façon la
plus pratique de se déplacer dans cette zone de l’Algarve. Cela expliquerait alors la
moindre rigueur dans la formulation des distances, avec l’absence d’une définition
précise de la valeur du mille, comme nous l’avons déjà dit.
60. Al-Idrīsī, Description de l’Afrique, 218-9.
61. Rosa Varela Gomes et Mário Varela Gomes, “O ribat da Arrifana (Aljezur, Algarve): resultados
das escavações arqueológicas no Sector 3 (2003/2004),” Revista Portuguesa de Arqueologia 9, 2
(2006): 329-52.
62. Luís Filipe Oliveira, “Caminhos da terra e do mar no Algarve medieval,” in Actas das I Jornadas
– As vias do Algarve da época romana até à actualidade. coord. Angelina Pereira (São Bras de Alportel:
Câmara Municipal de São Brás de Alportel/C.C.D. Algarve, 2006), 34
63. Les autres phares sont ceux de Alganzina, Cabo de S. Vicente, Ponta do Altar, Santa Maria et
Vila Real de Santo António: [Link] [Dernière consultation le 28
juin 2023].
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 107
Quelles sont les raisons qui nous font croire que le ribāṭ d’Arrifana est l’endroit
mentionné par al-Idrīsī comme Halq al-Zāwiya?
1. La distance entre les deux lieux, indiquée par le géographe, est très proche
de la réalité;
2. La référence explicite à une zāwiya, un lieu important du point de vue
religieux.
La possibilité d’associer ou pas ce ribāṭ à Ibn Qasī rebelle aux Almohades (m.
1151) est, dans ce contexte, secondaire. Remarquons cependant, l’hypothèse de
faire de ce personnage le constructeur d’Arrifana64 manque de preuve irréfutable.
Il est vain de soutenir cette possibilité avec pour seule base le fait que le fameux
chef muwallad aurait bâti un ribāṭ, d’autant que le lieu de cette fondation répondait
à un autre nom.65 Quant au ribāṭ d’al-Rayḥana, il aurait été fondé, selon Ibn
Bashkuwāl, en 433 H./1041 d.C.,66 ce qui semble bien compatible avec la présence
d’une stèle funéraire d’époque un peu postérieure à la fondation du lieu. Mais il
serait, en revanche, difficile d’expliquer de façon indiscutable la présence dans un
sanctuaire fondé à l’époque d’Ibn Qasī d’une pierre tombale datée de 461H./1069
d.C., soit quatre-vingt-deux ans avant la mort de ce personnage.67 Rappelons enfin,
pour mémoire, la tradition populaire locale de l’existence passée d’une zāwiya qui
coïnciderait avec le site de la forteresse d’Arrifana, du XVIIème siècle, 2 700 mètres
plus au sud.68
Quelles propositions pouvons-nous faire, ou quelles interprétations, pouvons-
nous proposer pour Kanisat al-Gurab, si nous suivons cette logique de parcours?
La première hypothèse est Ponta do Altar, près de l’embouchure de la rivière
Arade, à 14 km de Ponta da Piedade. Elle manque cependant, d’arguments matériels
64. Mário Varela Gomes, “Ibn Qasī. Vida e obra do mestre sufi da Arrifana,” in Ribāt da Arrifana.
Cultura material e espiritualidade (Aljezur: Associação de Defesa do Património Histórico e
Arqueológico de Aljezur, 2007), 41-2.
65. Ibn al-Khaṭīb indique explicitement que ce ribāṭ avait été implanté au village de Jilla, dont la
localisation actuelle est inconnue, mais qui devait se trouver dans les environs de Silves: Wilhelm
Hoenerbach, Islamische Geschichte Spaniens. Übersetzung der A‘mal al-A‘lam und ergänzender Texte
(Zurich: Artemis Verlag, 1970), 448; Josef Dreher, “L’imamat d’Ibn Qasi à Mértola (automne 1144-été
1145). Légitimité d’une domination soufie?,” Mélanges de l’Institut Dominicain d’Études Orientales
du Caire 18 (1988): 200; Picard, Le Portugal musulman, 92-4.
66. Picard, Le Portugal musulman, 200-1 et António Rei, “Azóias/arrábidas no Gharb al-Andalus e o
movimento dos muridin,” Xarajib 2 (2002): 58, note 37, indiquent explicitement le nom du fondateur:
ʿAbd Allāh b. Saʿīd ibn Lubbāj al-Umawī al-Shantajiyālī (370/980-436/1044) et affirment que le lieu
dépendait de Silves.
67. Carmen Barceló, Rosa Varela Gomes et Mário Varela Gomes, “Lápides islâmicas da necrópole do
Ribāt da Arrifana (Aljezur).” O Arqueólogo Português Série V, 3 (2013): 305-23; Mário Varela Gomes
et Rosa Varela Gomes, “A necrópole do ribat da Arrifana (Aljezur, Portugal),” AL-KITĀB-Juan Zozaya
Stabel-Hansen. coord. Carmelo Fernández Ibáñez (Madrid: Asociación Española de Arqueologia
Medieval, 2019), 343-52.
68. Valdemar Coutinho, Dinâmica defensiva da Costa do Algarve – do período islâmico ao século
XVIII. Instituto de Cultura Ibero-Atlântico (Portimão: Atlântica, 2001), 91.
108 Santiago Macias
69. Carlos Pereira Callixto, “Apontamentos para a história das fortificações do Reino do Algarve-o
mapa das fortificações do Algarve desenhado por José de Sande Vasconcelos,” Anais do Município de
Faro XII (1982): 323.
70. Manuel Justino Maciel, “O território de Balsa na Antiguidade Tardia,” in Tavira-território e
poder. coord. Maria Maia (Lisbonne, Tavira: Museu Nacional de Arqueologia, Câmara Municipal de
Tavira, 2003), 119.
71. António Rei, “Descrições árabes do espaço algarvio, entre os séculos III h/ X d.C. e VIII h/XIV
d.C,” Promontoria 2, 2 (2004): 30.
72. Mário Varela Gomes, João Luís Cardoso et Francisco Alves, Levantamento arqueológico do
Algarve – Concelho de Lagoa (Lagoa: Câmara Municipal de Lagoa, 1995), 94.
73. Gomes, Cardoso et Alves, Concelho de Lagoa, 23.
74. Teresa Gamito, “As muralhas de Faro e os vestígios bizantinos da ocupação da cidade e do seu
sistema defensivo,” in Miscellanea em homenagem ao Professor Bairrão Oleiro. coord. M. Justino
Maciel (Lisbonne: [Link], 1996), 263.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 109
corbeau passe sa tête par la porte et croasse bruyamment le nombre de fois équivalent
au nombre de musulmans qui entrent dans la mosquée: un cri pour un pèlerin, deux
pour deux, dix pour dix, etc.”75
Divers éléments soulignent l’importance historique du lieu. À très courte
distance se situe le château de Porches.76 Un peu devant l’église du Corbeau il y a
une mosquée où les musulmans se déplacent et plus au nord, nous trouvons Porches
Velhos, où a été signalée depuis longtemps la présence de “fondations d’édifices
anciens, ce qui suggère que le peuplement initial se trouverait là.”77 Cette affirmation
manque de base scientifique, mais la présence de matériaux romains, médiévaux et
modernes est cependant bien attestée.78 Mais aucune fouille archéologique n’y a
été pratiquée. Souvenons-nous aussi que le roi Dom Denis a octroyé une charte de
libertés municipales à Porches, dès 1286, qui y est nommé Castrum Porches.79
J’ai écarté dans ce qui précède, l’éventualité d’une correspondance entre le cap
saint-Vincent et l’Église du Corbeau.80 Il s’agit d’une construction sur la longue durée
sans aucun soutien ni indices probants. À ce propos, un thème de réflexion future
pourrait être celui de la construction de l’identification du “Promontoire Sacré” à
l’Église du Corbeau. Nous sommes donc amenés à souligner les arguments suivants:
1. Lʼexistence d’un parcours, dont sont donnés le point de départ (Silves) et
celui d’arrivée (Kanisat al-Gurab);
2. L’indication des distances en milles, en dépit de l’imprécision relative de ces
mesures;
3. La correspondance entre deux toponymes médiévaux et un site archéologique:
al-Rayaḥna, cité par Ibn Bashkwal et fondé au XIème siècle, Halq al-Zāwiya, village
et port mentionnés par al-Idrīsī et le ribāṭ récemment fouillé, où l’on a mis au jour
une pierre tombale de la seconde moitié du XIème siècle;
4. L’identification de Kanisat al-Gurab comme l’ermitage de Senhora da
Rocha, identification basée sur la présence d’un espace religieux sur un promontoire,
l’ancienneté du lieu, la permanence d’une église ainsi que sur l’existence d’un espace
fortifié de la période islamique, mentionné comme Castrum Porches.
75. José Luís de Matos, “Portugal Islâmico. O território e as gentes,” Xarajib 2 (2002): 18-9.
76. Ce toponyme dérive de l’arabe burj (tour, fortin). Le lieu est situé 150 m au nord-ouest de
l’ermitage: CNS 10.846.
77. João Baptista da Silva Lopes, Corografia ou memória económica, estadística e topográfica do
reino do Algarve (Lisbonne: Typografia daAcademia Real das Ciências, 1841), 299.
78. CNS 917.
79. Gomes, Cardoso et Alves, Concelho de Lagoa, 24 et 82.
80. Dans son étude, Isabel Rosa Dias traite de ce thème très minutieusement. Je tiens à souligner
l’absence d’éléments matériellement identifiables, malgré l’importance du lieu: Isabel Rosa Dias,
“Culto e memória textual de S. Vicente em Portugal (da Idade Média ao século XVI),” (Thèse de
doctorat, Universidade do Algarve, Faro, 2011).
110 Santiago Macias
94. Fernando de Almeida, Arte visigótica em Portugal (Lisbonne: Empresa Tipográfica Casa
Portuguesa, 1962), 232.
95. Santiago Macias, José Gonçalo Valente et Vanessa Gaspar, “Lacalt e Laqant: da toponímia antiga
à islamização,” in O sudoeste peninsular entre Roma e o Islão (Mértola: Campo Arqueológico de
Mértola, 2014), 166-77.
96. Ibn Ḥayyān, Crónica de los emires, 20.
97. Félix Hernández Giménez, “Estudios de geografia histórica española XII. Ragwal y el itinerario de
Musa, de Algeciras a Mérida,” Al-Andalus XXVI (1961): 69 et 111-2.
98. Félix Hernández Giménez, “La kura de Mérida en el siglo X,” Al-Andalus XXV (1960): 368.
99. Révolte d’al-ʿAlā b. Mughīth al-Yaḥṣubī: Picard, Le Portugal musulman, 30. Laqant a été, comme
Firrīsh, un établissement important de l’ouest d’al-Andalus: Ibn Ḥayyān, Crónica de los emires, 20.
100. Ibn ʿIdhārī, Histoire de l’Afrique et de l’Espagne intitulée Al-Bayano l-Mogrib, trad. et notes
Edmond Fagnan, II (Alger: Imprimerie Orientale Pierre Fontana, 1904), II, 82.
101. Ibn Ḥayyān, Crónica de los emires, 299-302.
102. Reinhardt Pieter Anne Dozy, Recherches sur l’histoire et la littérature de l’Espagne pendant le
Moyen Âge (Paris: Maisonneuve-Leyde: E.J. Brill, 1881), II, 260.
Chemins du Gharb al-Andalus: Relecture des données toponymiques et des sources 113
103. Adel Sidarus, “Um texto árabe do século X relativo à nova fundação de Évora e aos movimentos
muladi e berbere no Ocidente Andaluz,” A Cidade de Évora 71-76 (1988-1993): 17.
104. Selon notre hypothèse, le lam a été remplacé par le dal au début du mot, entraînant ainsi une lecture
erronée.
105. Luis Molina (éd., trad. et notes), Una descripción anónima de al-Andalus (Madrid: CSIC,
1983), I, 75.
106. Luis Molina (éd., trad. et notes), Una descripción anónima de al-Andalus (Madrid: CSIC,
1983), II, 63.
107. Macias, Gonçalo Valente et Gaspar, “Lacalt et Lacant,” 166-77.
108. Torres, “Povoamento antigo,” 194.
109. Évariste Lévi-Provençal, L’Espagne musulmane au Xe siècle (Paris: Larose, 1932), 176; António
Borges Coelho, Portugal na Espanha Árabe (Lisbonne: Seara Nova, 1972), I, 38.
110. Macias, Gonçalo Valente et Gaspar, Castelo de Moura, 27-8 et 30.
114 Santiago Macias
Ce dernier est cité comme voie navigable par Ibn Sa‘īd al-Maghribī. Cet auteur le
voit comme une grande rivière, et précise que la marée haute s’y fait sentir jusqu’à
60 milles en amont.111 Le Sado figure aussi dans les sources comme navigable: on
trouve ainsi des références à l’embouchure de la “rivière Būdānis [Sado],” où se
trouve la forteresse du même nom (Qaṣr Būdānis > Alcácer do Sal).112 En dernier
lieu, nous trouvons des mentions à l’Arade, navigable jusqu’à Silves, et au Mira,
depuis la côte de l’Alentejo.
Conclusion
L’objet de notre recherche nous apparaît reflété par un miroir voilé. Au-delà
même de la permanence des voies romaines du Gharb, dont beaucoup ont survécu
pendant des siècles, force est de constater que la période islamique a entraîné des
modifications sensibles.
Ainsi, certaines de ces routes antérieures au Moyen Âge, peut-être alors
relativement délaissées, n’ont pas fait l’objet d’une attention explicite de la part des
auteurs arabes.
Ibn Ḥawqal ou al-Idrīsī font expressément référence à une partie de ces
chemins, soit en énumérant les étapes ou les établissements les jalonnant, soit en
les signalant comme points de passage de troupes lors de campagnes militaires. Ces
données indirectes sont d’autant plus pertinentes qu’elles nous révèlent des réseaux
que, d’une autre façon, nous n’arriverions jamais à connaître.
Dans les pages qui précèdent, nous avons mentionné et discuté plusieurs
propositions de chemins qui semblent avoir graduellement perdu de leur importance
au profit des parcours nord-sud, décisifs pour la consolidation du nouveau royaume
du Portugal.113
Quels sont les chemins dont nous pouvons assurer qu’ils étaient pratiqués en
époque médiévale islamique et, parmi ceux-ci, quelles auraient été les voies majeures
du Gharb al-Andalus? Nous retenons avant tout:
1. Route de l’embouchure du Guadiana jusqu’à Mértola et de là à Beja.
2. Route longeant la côte, depuis l’actuelle Andalousie, au fil de laquelle
Shantmariyya al-Gharb (Faro) constituait un point crucial.
3. Route de Shantmariyya al-Gharb vers le nord en direction d’Alcácer puis de
Lisbonne.
4. Routes à partir d’Alcácer do Sal: vers le nord, jusqu’au Tage, vers Évora et
vers Beja.
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