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Déterminants de l'addiction en médecine générale

Cette étude qualitative examine les déterminants de l'évocation de l'addiction en médecine générale du point de vue de 11 patients souffrant d'addiction dans le département de l'Hérault. Les résultats mettent en lumière les facteurs influençant la discussion sur l'addiction lors des consultations médicales. L'étude vise à améliorer la compréhension et la prise en charge des patients en situation d'addiction.

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Déterminants de l'addiction en médecine générale

Cette étude qualitative examine les déterminants de l'évocation de l'addiction en médecine générale du point de vue de 11 patients souffrant d'addiction dans le département de l'Hérault. Les résultats mettent en lumière les facteurs influençant la discussion sur l'addiction lors des consultations médicales. L'étude vise à améliorer la compréhension et la prise en charge des patients en situation d'addiction.

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Les déterminants de l’évocation de l’addiction en cabinet

de médecine générale : point de vue des patients


souffrant d’addiction : étude qualitative réalisée auprès
de 11 patients du département de l’Hérault
Morgane Viol

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Morgane Viol. Les déterminants de l’évocation de l’addiction en cabinet de médecine générale : point
de vue des patients souffrant d’addiction : étude qualitative réalisée auprès de 11 patients du départe-
ment de l’Hérault. Médecine humaine et pathologie. 2022. �dumas-03694779�

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UNIVERSITE DE MONTPELLIER
FACULTE DE MEDECINE MONTPELLIER-NIMES

THESE

Pour obtenir le titre de


DOCTEUR EN MEDECINE

Présentée et soutenue publiquement


par

Morgane VIOL

le 17 Mai 2022

Les déterminants de l’évocation de l’addiction en cabinet de


médecine générale : point de vue des patients souffrant
d’addiction :

Etude qualitative réalisée auprès de 11 patients du département de


l’Hérault

Directeur de thèse : Monsieur le Docteur Olivier PAUWELS

JURY

Président :

Monsieur le Professeur Philippe LAMBERT

Assesseurs :

Madame le Docteur Hélène DONNADIEU-RIGOLE


Madame le Docteur Béatrice LOGNOS
Monsieur le Docteur Olivier PAUWELS
UNIVERSITE DE MONTPELLIER
FACULTE DE MEDECINE MONTPELLIER-NIMES

THESE

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DOCTEUR EN MEDECINE

Présentée et soutenue publiquement


par

Morgane VIOL

le 17 Mai 2022

Les déterminants de l’évocation de l’addiction en cabinet de


médecine générale : point de vue des patients souffrant
d’addiction :

Etude qualitative réalisée auprès de 11 patients du département de


l’Hérault

Directeur de thèse : Monsieur le Docteur Olivier PAUWELS

JURY

Président :

Monsieur le Professeur Philippe LAMBERT

Assesseurs :

Madame le Docteur Hélène DONNADIEU-RIGOLE


Madame le Docteur Béatrice LOGNOS
Monsieur le Docteur Olivier PAUWELS

1
2
PERSONNEL ENSEIGNANT
ANNEE UNIVERSITAIRE 2021-2022

Professeurs Honoraires

ALBAT Bernard BRUNEL Michel HUMEAU Claude NAVARRO Maurice


ALLIEU Yves CANAUD Bernard JAFFIOL Claude NAVRATIL Henri
ALRIC Robert CHAPTAL Paul-André JANBON Charles OTHONIEL Jacques
ARNAUD Bernard CIURANA Albert-Jean JANBON François PAGES Michel
ASENCIO Gérard CLOT Jacques JARRY Daniel PEGURET Claude
ASTRUC Jacques COSTA Pierre JOURDAN Jacques PELISSIER Jacques
AUSSILLOUX Charles D’ATHIS Françoise KLEIN Bernard PETIT Pierre
AVEROUS Michel DEMAILLE Jacques LAFFARGUE POUGET Régis
François
AYRAL Guy DESCOMPS Bernard LALLEMANT Jean PUJOL Henri
Gabriel
BAILLAT Xavier DIMEGLIO Alain LAMARQUE Jean- RABISCHONG Pierre
Louis
BALDET Pierre DUBOIS Jean Bernard LAPEYRIE Henri RAMUZ Michel
BALDY-MOULINIER DUJOLS Pierre LEROUX Jean-Louis REBOUL Jean
Michel
BALMES Jean-Louis DUMAS Robert LESBROS Daniel RIEU Daniel
BANSARD Nicole DUMAZER Romain LOPEZ François ROCHEFORT Henri
Michel
BAYLET René ECHENNE Bernard LORIOT Jean ROUANET DE VIGNE
LAVIT Jean Pierre
BILLIARD Michel FABRE Serge LOUBATIERES SAINT AUBERT
Marie Madeleine Bernard
BLARD Jean-Marie FRAPIER Jean-Marc MAGNAN DE SANCHO-GARNIER
BORNIER Bernard Hélène
BLAYAC Jean Pierre FREREBEAU Philippe MARTY ANE Charles SANY Jacques
BLOTMAN Francis GALIFER René Benoît MATHIEU-DAUDE SEGNARBIEUX
Pierre François
BONNEL François GODLEWSKI Guilhem MEYNADIER Jean SENAC Jean-Paul

BOURGEOIS Jean- GRASSET Daniel MICHEL François- SERRE Arlette


Marie Bernard
BOUSQUET Jean GUILHOU Jean- MION Charles SOLASSOL Claude
Jacques
BRUEL Jean Michel GUITER Pierre MION Henri TOUITOU Isabelle
BUREAU Jean-Paul HEDON Bernard MIRO Luis VIDAL Jacques
HERTAULT Jean VISIER Jean Pierre

3
Professeurs Emérites Docteurs Emérites

ARTUS Jean-Claude LANDAIS Paul ZANCA Michel PRAT Dominique


BASTIEN Patrick LARREY Dominique PUJOL Joseph
BLANC François LE QUELLEC Alain
BONAFE Alain MARES Pierre
BOULENGER Jean-Philippe MAUDELONDE Thierry
BOURREL Gérard MAURY Michèle
BRINGER Jacques MESSNER Patrick
CLAUSTRES Mireille MILLAT Bertrand
COMBE Bernard MONNIER Louis
DAURES Jean-Pierre MOURAD Georges
DAUZAT Michel PREFAUT Christian
DAVY Jean-Marc PUJOL Rémy
DEDET Jean-Pierre RIBSTEIN Jean
ELEDJAM Jean-Jacques SCHVED Jean-François
GROLLEAU RAOUX Robert SULTAN Charles
GUERRIER Bernard TOUCHON Jacques
GUILLOT Bernard UZIEL Alain
JONQUET Olivier VOISIN Michel

Professeurs des Universités - Praticiens Hospitaliers

PU-PH de classe exceptionnelle

ALRIC Pierre Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire (option chirurgie


vasculaire)
BACCINO Éric Médecine légale et droit de la santé
BEREGI Jean-Paul Radiologie et imagerie médicale
BLAIN Hubert Médecine interne ; gériatrie et biologie du vieillissement, médecine
générale, addictologie
BOULOT Pierre Gynécologie-obstétrique ; gynécologie médicale
CANOVAS François Anatomie
CAPDEVILA Xavier Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-opératoire
CHAMMAS Michel Chirurgie orthopédique et traumatologique
COLSON Pascal Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-opératoire
COSTES Valérie Anatomie et cytologie pathologiques
COTTALORDA Jérôme Chirurgie infantile
COUBES Philippe Neurochirurgie
COURTET Philippe Psychiatrie d’adultes ; addictologie
CRAMPETTE Louis Oto-rhino-laryngologie
CRISTOL Jean Paul Biochimie et biologie moléculaire
CYTEVAL Catherine Radiologie et imagerie médicale

4
DE LA COUSSAYE Jean Médecine d'urgence
Emmanuel
DE WAZIERES Benoît Médecine interne ; gériatrie et biologie du vieillissement, médecine
générale, addictologie
DELAPORTE Éric Maladies infectieuses ; maladies tropicales
DEMOLY Pascal Pneumologie ; addictologie
DOMERGUE Jacques Chirurgie viscérale et digestive
DUFFAU Hugues Neurochirurgie
ELIAOU Jean François Immunologie
FABRE Jean Michel Chirurgie viscérale et digestive
HAMAMAH Samir Biologie et Médecine du développement et de la reproduction ;
gynécologie médicale
HERISSON Christian Médecine physique et de réadaptation
JABER Samir Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-opératoire
JEANDEL Claude Médecine interne ; gériatrie et biologie du vieillissement, médecine
générale, addictologie
JORGENSEN Christian Thérapeutique ; médecine d’urgence ; addictologie
KOENIG Michel Génétique
KOTZKI Pierre Olivier Biophysique et médecine nucléaire
LABAUGE Pierre Neurologie
LAFFONT Isabelle Médecine physique et de réadaptation
LEFRANT Jean-Yves Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-opératoire
LEHMANN Sylvain Biochimie et biologie moléculaire
LUMBROSO Serge Biochimie et biologie moléculaire
MARIANO-GOULART Denis Biophysique et médecine nucléaire
MERCIER Jacques Physiologie
MEUNIER Laurent Dermato-vénéréologie
MONDAIN Michel Oto-rhino-laryngologie
MORIN Denis Pédiatrie
PAGEAUX Georges-Philippe Gastroentérologie ; hépatologie ; addictologie
PUJOL Pascal Biologie cellulaire
QUERE Isabelle Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire (option médecine
vasculaire)
RENARD Eric Endocrinologie, diabète et maladies métaboliques ; gynécologie
médicale
REYNES Jacques Maladies infectieuses, maladies tropicales
RIPART Jacques Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-opératoire
ROUANET Philippe Cancérologie ; radiothérapie
SOTTO Albert Maladies infectieuses ; maladies tropicales
TAOUREL Patrice Radiologie et imagerie médicale
VANDE PERRE Philippe Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
VERNHET Hélène Radiologie et imagerie médicale
YCHOU Marc Cancérologie ; radiothérapie

5
PU-PH de 1ère classe

AGUILAR MARTINEZ Patricia Hématologie ; transfusion


ASSENAT Éric Gastroentérologie ; hépatologie ; addictologie
AVIGNON Antoine Nutrition
AZRIA David Cancérologie ; radiothérapie
BAGHDADLI Amaria Pédopsychiatrie ; addictologie
BLANC Pierre Gastroentérologie ; hépatologie ; addictologie
BORIE Frédéric Chirurgie viscérale et digestive
BOURDIN Arnaud Pneumologie ; addictologie
CAMBONIE Gilles Pédiatrie
CAMU William Neurologie
CAPTIER Guillaume Anatomie
CARTRON Guillaume Hématologie ; transfusion
CAYLA Guillaume Cardiologie
CHANQUES Gérald Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
CORBEAU Pierre Immunologie
COULET Bertrand Chirurgie orthopédique et traumatologique
CUVILLON Philippe Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
DADURE Christophe Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
DAUVILLIERS Yves Physiologie
DE TAYRAC Renaud Gynécologie-obstétrique, gynécologie médicale
DE VOS John Histologie, embryologie et cytogénétique
DEMARIA Roland Chirurgie thoracique et cardio-vasculaire
DEREURE Olivier Dermatologie - vénéréologie
DROUPY Stéphane Urologie
DUCROS Anne Neurologie
DUPEYRON Arnaud Médecine physique et de réadaptation
FESLER Pierre Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement, médecine générale, addictologie
GARREL Renaud Oto-rhino-laryngologie
GENEVIEVE David Génétique
GUILLAUME Sébastien Psychiatrie d’adultes ; addictologie
GUIU Boris Radiologie et imagerie médicale
HAYOT Maurice Physiologie
HOUEDE Nadine Cancérologie ; radiothérapie
JUNG Boris Médecine intensive-réanimation
KALFA Nicolas Chirurgie infantile
KLOUCHE Kada Médecine intensive-réanimation
KOUYOUMDJIAN Pascal Chirurgie orthopédique et traumatologique
LACHAUD Laurence Parasitologie et mycologie
LAVABRE-BERTRAND Thierry Histologie, embryologie et cytogénétique
LAVIGNE Jean-Philippe Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
LE MOING Vincent Maladies infectieuses ; maladies tropicales
LECLERCQ Florence Cardiologie
MATECKI Stéfan Physiologie

6
MORANNE Olivier Néphrologie
MOREL Jacques Rhumatologie
NAVARRO Francis Chirurgie viscérale et digestive
NOCCA David Chirurgie viscérale et digestive
PANARO Fabrizio Chirurgie viscérale et digestive
PASQUIE Jean-Luc Cardiologie
PEREZ MARTIN Antonia Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire
(option médecine vasculaire)
PERNEY Pascal Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement, médecine générale, addictologie
PRUDHOMME Michel Anatomie
PUJOL Jean Louis Pneumologie ; addictologie
PURPER-OUAKIL Diane Pédopsychiatrie ; addictologie
ROGER Pascal Anatomie et cytologie pathologiques
TRAN Tu-Anh Pédiatrie

PU-PH de 2ème classe

BOBBIA Xavier Médecine d'urgence


BOURGIER Céline Cancérologie ; radiothérapie
CANAUD Ludovic Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire
(option chirurgie vasculaire)
CAPDEVIELLE Delphine Psychiatrie d'Adultes ; addictologie
CLARET Pierre-Géraud Médecine d'urgence
COLOMBO Pierre-Emmanuel Cancérologie ; radiothérapie
COSTALAT Vincent Radiologie et imagerie médicale
DAIEN Vincent Ophtalmologie
DORANDEU Anne Médecine légale et droit de la santé
FAILLIE Jean-Luc Pharmacologie fondamentale ; pharmacologie
clinique ; addictologie
FUCHS Florent Gynécologie-obstétrique ; gynécologie médicale
GABELLE DELOUSTAL Audrey Neurologie
GAUJOUX VIALA Cécile Rhumatologie
GODREUIL Sylvain Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
GUILPAIN Philippe Médecine Interne, gériatrie et biologie du
vieillissement ; addictologie
HERLIN Christian Chirurgie plastique, reconstructrice et
esthétique, brulologie
IMMEDIATO DAIEN Claire Rhumatologie
JACOT William Cancérologie ; Radiothérapie
JEZIORSKI Eric Pédiatrie
LALLEMANT Benjamin Oto-rhino-laryngologie
LATTUCA Benoît Cardiologie
LE QUINTREC DONNETTE Moglie Néphrologie
LETOUZEY Vincent Gynécologie-obstétrique ; gynécologie médicale
LONJON Nicolas Neurochirurgie
LOPEZ CASTROMAN Jorge Psychiatrie d'Adultes ; addictologie
LUKAS Cédric Rhumatologie
7
MENJOT de CHAMPFLEUR Nicolas Radiologie et imagerie médicale
MILLET Ingrid Radiologie et imagerie médicale
MURA Thibault Biostatistiques, informatique médicale et
technologies de la communication
NAGOT Nicolas Biostatistiques, informatique médicale et
technologies de la communication
OLIE Emilie Psychiatrie d’adultes ; addictologie
PARIS Françoise Biologie et médecine du développement et de la
reproduction ; gynécologie médicale
PELLESTOR Franck Histologie, embryologie et cytogénétique
POUDEROUX Philippe Gastroentérologie ; hépatologie ; addictologie
RIGAU Valérie Anatomie et cytologie pathologiques
RIVIER François Pédiatrie
ROGER Claire Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
ROSSI Jean François Hématologie ; transfusion
ROUBILLE François Cardiologie
SEBBANE Mustapha Médecine d'urgence
SIRVENT Nicolas Pédiatrie
SOLASSOL Jérôme Biologie cellulaire
STERKERS Yvon Parasitologie et mycologie
STOEBNER Pierre Dermato-vénéréologie
SULTAN Ariane Nutrition
THOUVENOT Éric Neurologie
THURET Rodolphe Urologie
TUAILLON Edouard Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
VENAIL Frédéric Oto-rhino-laryngologie
VILLAIN Max Ophtalmologie
VINCENT Denis Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement, médecine générale, addictologie
VINCENT Thierry Immunologie

Professeurs des universités

1 ère classe :

COLINGE Jacques Cancérologie, Signalisation cellulaire et


systèmes complexes
LAOUDJ CHENIVESSE Dalila Biochimie et biologie moléculaire
VISIER Laurent Sociologie, démographie

Professeurs des universités - Médecine générale

1 ère classe :

LAMBERT Philippe
AMOUYAL Michel

8
Professeurs associés - Médecine Générale

CLARY Bernard
GARCIA Marc

Professeurs associés - Médecine

BESSIS Didier Dermato-vénéréologie


MEUNIER Isabelle Ophtalmologie
MULLER Laurent Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
PERRIGAULT Pierre-François Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
QUANTIN Xavier Pneumologie
ROUBERTIE Agathe Pédiatrie
VIEL Eric Soins palliatifs et traitement de la douleur

Maîtres de Conférences des Universités - Praticiens Hospitaliers

MCU-PH Hors classe - Echelon Exceptionnel

MARTRILLE Laurent Médecine légale et droit de la santé


RICHARD Bruno Médecine palliative

MCU-PH Hors classe

BADIOU Stéphanie Biochimie et biologie moléculaire


BOULLE Nathalie Biologie cellulaire
CACHEUX-RATABOUL Valère Génétique
CARRIERE Christian Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
CHARACHON Sylvie Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière
FABBRO-PERAY Pascale Epidémiologie, économie de la santé et
prévention
GIANSILY-BLAIZOT Muriel Hématologie ; transfusion

MCU-PH de 1 ère classe

BERTRAND Martin Anatomie


BOUDOUSQ Vincent Biophysique et médecine nucléaire
BRET Caroline Hématologie biologique
BROUILLET Sophie Biologie et médecine du développement et de la
reproduction ; gynécologie médicale
COSSEE Mireille Génétique
GIRARDET-BESSIS Anne Biochimie et biologie moléculaire
9
HERRERO Astrid Chirurgie viscérale et digestive
LAVIGNE Géraldine Hématologie ; transfusion
LESAGE François-Xavier Médecine et Santé au Travail
MATHIEU Olivier Pharmacologie fondamentale ; pharmacologie
clinique ; addictologie
MOUZAT Kévin Biochimie et biologie moléculaire
PANABIERES Catherine Biologie cellulaire
RAVEL Christophe Parasitologie et mycologie
SCHUSTER-BECK Iris Physiologie
THEVENIN-RENE Céline Immunologie

MCU-PH de 2 ème classe

BARATEAU Lucie Physiologie


BERGOUGNOUX Anne Génétique
BOETTO Julien Neurochirurgie
CHIRIAC Anca Immunologie
DE JONG Audrey Anesthésiologie-réanimation et médecine péri-
opératoire
DESHAYES Emmanuel Biophysique et médecine nucléaire
DU THANH Aurélie Dermato-vénéréologie
FITENI Frédéric Cancérologie ; radiothérapie
GATINOIS Vincent Histologie, embryologie et cytogénétique
GOUZI Farès Physiologie
HERBAUX Charles Hématologie, transfusion
HUBERLANT Stéphanie Gynécologie-obstétrique ; Gynécologie médicale
LEVEQUE Maude Parasitologie et mycologie
MAKINSON Alain Maladies infectieuses, Maladies tropicales
MARIA Alexandre Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement ; addictologie
PANTEL Alix Thérapeutique ; addictologie
PERS Yves-Marie Thérapeutique ; addictologie
ROUBILLE Camille Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement ; addictologie
SZABLEWSKY Vanessa Anatomie et cytologie pathologiques

Maitres de Conférences des Universités

Maîtres de Conférences hors classe

BERNEX Florence Physiologie


CHAZAL Nathalie Biologie cellulaire

10
Maîtres de Conférences de classe normale

BECAMEL Carine Neurosciences


CHAUMONT-DUBEL Séverine Sciences du médicament et des autres produits
de santé
DELABY Constance Biochimie et biologie moléculaire
GUGLIELMI Laurence Sciences biologiques fondamentales et cliniques
HENRY Laurent Sciences biologiques fondamentales et cliniques
HERBET Guillaume Neurosciences
LADRET Véronique Mathématiques appliquées et applications des
mathématiques
LAINE Sébastien Sciences du Médicament et autres produits de
santé
LE GALLIC Lionel Sciences du Médicament et autres produits de
santé
LOZZA Catherine Sciences physico-chimiques et technologies
pharmaceutiques
MAIMOUN Laurent Sciences physico-chimiques et ingénierie
appliquée à la santé
MOREAUX Jérôme Science biologiques, fondamentales et cliniques
MORITZ-GASSER Sylvie Neurosciences
MOUTOT Gilles Philosophie
PASSERIEUX Emilie Physiologie
RAMIREZ Jean-Marie Histologie
RAYNAUD Fabrice Sciences du Médicament et autres produits de
santé
TAULAN Magali Biologie Cellulaire

Maîtres de Conférences des Universités - Médecine Générale

MCU-MG de 1 ère classe MCU-MG de 2 ème classe

COSTA David FOLCO-LOGNOS Béatrice


OUDE ENGBERINK Agnès CARBONNEL François

Maîtres de Conférences associés - Médecine Générale

CAMPAGNAC Jérôme PAVAGEAU Sylvain


LOPEZ Antonio REBOUL Marie-Catherine
MILLION Elodie SERAYET Philippe
MINET Mathilde

11
Praticiens Hospitaliers Universitaires

CAZAUBON Yoann Pharmacologie fondamentale ; pharmacologie


clinique ; addictologie
DAGNEAUX Louis Chirurgie orthopédique et traumatologique
DUFLOS Claire Biostatistiques, informatique médicale et
technologies de la communication
GOULABCHAND Radjiv Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement ; addictologie
MIOT Stéphanie Médecine interne ; gériatrie et biologie du
vieillissement ; addictologie
ROCH Benoît Pneumologie, addictologie
SARRABAY Guillaume Génétique
SOUCHE François-Régis Chirurgie viscérale et digestive

PH chargés d'enseignements

ABOUKRAT BRINGER- DJANIKIAN Flora LE MOINE DONY RIDOLFO Jérôme


Patrick DEUTSCH Sophie Marie-Christine
AGUILHON Sylvain BRINGUIER DONNADIEU- LETERTRE Simon RIPART Sylvie
BRANCHEREAU RIGOLE Hélène
Sophie
AKKARI Mohamed BRISOT Dominique FAIDHERBE LOPEZ Régis RONGIERES
Jacques Michel
ALRIC Jérôme BRONER Jonathan FATTON Brigitte LUQUIENS ROULET Agnès
Amandine
AMEDRO Pascal CADE Stéphane FAUCHERRE MANZANERA Cyril RUBENOVITCH
Vincent Josh
AMOUROUX Cyril CAIMMI Davide FAURE Elsa MARGUERITTE SANTONI Fannie
Paolo Emmanuel
ANTOINE Valéry CARR Julie FILLERON Anne MARTIN Lucille SASSO Milène
ARQUIZAN CARTIER César FILLOLS Mélanie MATTATIA Laurent SCHULDINER
Caroline Sophie
ATTALIN Vincent CASPER Thierry FITENI Frédéric MEROUEH Fadi SEGURET
Fabienne
AYRIGNAC Xavier CASSINOTTO FOURNIER MEYER Pierre SENESSE Pierre
Christophe Philippe
BADR Maliha CATHALA Philippe GAILLARD Nicolas MICHEL Moïse SERRE Jean-
Emmanuel
BAIS Céline CAZABAN Michel GALMICHE Sophie MILESI Christophe SKALLI El Medhi
BARBAR Saber CHARBIT Jonathan GENY Christian MORAU Estelle SOLA Christelle
Davide
BASSET Didier CHEVALLIER GERONIMI Laetitia MORQUIN David SOULLIER Camille
Thierry
BATIFOL CHEVALLIER- GINIES Patrick MOSER Camille SOUKSI MEDIONI
Dominique MICHAUD Josyane Isabelle

12
BATTISTELLA COLIN Olivier GRECO Frédéric MOUSTY Eve STOEBNER
Pascal DELBARRE Anne
BAUCHET Luc CONEJERO Ismael GUEDJ Anne Marie MOUTERDE Gaël TEOT Luc
BELL Ariane CONSEIL Mathieu GROSSIN PANSARD Nicole THIRION Marina
Delphine
BENEZECH Jean- CORBEAU GUYON Gaël PERNIN Vincent TUNEZ Virginie
Pierre Catherine
BENNYS Karim COROIAN Flavia- HEDON Christophe PERRIGAULT VACHIERY-
Oana Pierre François LAHAYE Florence
BERNARD COUDRAY Sarah HENRY Vincent PEYRON Pierre- VERNES Éric
Nathalie Antoine
BERTCHANSKY CRANSAC JAMMET Patrick PICARD Éric VIALA Maurice
Ivan Fréderic
BIBOULET Philippe CUNTZ Danielle JEDRYKA François PICOT Marie- VINCENT Laure
Christine
BIRON-ANDREANI DARDALHON JREIGE Riad PIERONI Laurence WAGNER Laurent
Christine Brigitte
BLANC Brigitte DAVID Aurore KINNE Mélanie POQUET Hélène WALTHER
LOUVIER Ulrike
BLANCHARD DE BOUTRAY LABARIAS Coralie PUJOL Sarah-Lise ZERKOWSKI
Sylvie Marie Laetitia
BLANCHET DE LA LABORDE Caroline PUPIER Florence
Catherine TRIBONNIÈRE
Xavier
BLATIERE DEBIEN Blaise LACAMBRE QUANTIN Xavier
Véronique Mathieu
BOBBIA Xavier DELPONT Marion LANG Philippe RAFFARD
Laurence
BOGE Gudrun DENIS Hélène LAZERGES Cyril RAPIDO Francesca
BOURRAIN Jean DEVILLE de LE GUILLOU RIBRAULT Alice
Luc PERIERE Gilles Cédric
BOUYABRINE DI CASTRI Alberto LEGLISE Marie- RICHAUD-MOREL
Hassan Suzanne Brigitte

13
REMERCIEMENTS

A Monsieur le Professeur Philippe LAMBERT,


Vous me faites l’honneur de présider ce jury de thèse. Soyez assuré de ma plus grande
reconnaissance et de mon profond respect.

A Madame le Docteur Hélène DONNADIEU-RIGOLE,


Je vous suis reconnaissante de l’honneur que vous me faites en prenant part à ce jury
de thèse. Recevez mes sincères remerciements et le témoignage de ma profonde
considération.

A Madame le Docteur Béatrice LOGNOS,


Vous avez permis le maintien de cette soutenance. Je vous remercie de l’honneur que
vous me faites en acceptant de juger mon travail, et du temps que vous lui avez accordé.
Soyez assurée de ma respectueuse gratitude.

A Monsieur le Docteur Olivier PAUWELS,


J’espère que ce travail sera à la hauteur de la grande confiance que tu m’as accordée
tout au long de mon parcours. Je te remercie pour tout ce que tu m’as appris lors de mon
premier stage en médecine générale à la fois médicalement, humainement et
botaniquement ! Trouve en cette page l’expression de mes sentiments amicaux les plus
sincères.

A Madame le Docteur Nathalie MOLINIER,


Vous m’avez accueillie le temps d’un stage et l’idée de ce travail est venue à la suite de
notre rencontre. Vous n’avez pas hésité à m’épauler lors de la période de recrutement,
et je vous en suis sincèrement reconnaissante.

A Madame Agnès GARTNER,


Vous m’avez offert votre aide lors de la correction de ce travail, et vos conseils avisés ont
été précieux. Recevez mes sincères remerciements.

14
A mes parents, pour leur soutien tout au long de ces années.
Merci d’avoir cru en moi, je sais à quel point vous êtes fiers aujourd’hui.

A ma sœur Anaïs, qui m’a permis de mener à bien ce travail et m’a motivée à avancer.
Souviens-toi que j’ai lu ton mémoire un nombre incalculable de fois et qu’à l’avenir les
demandes d’avis seront rémunérées !

A Guillaume, sur qui j’ai pu m’appuyer depuis maintenant 9 ans. A toi qui as su me
tempérer tant dans mon envie frénétique de travailler que dans ma procrastination. Le
meilleur est à venir.

A ma grand-mère, à mes grands-parents partis trop tôt, à Kiki qui m’en aurait presque
voulu de l’appeler Christine ici, aux membres de ma famille.

A ma belle-famille, qui a su m’accepter dans leur cercle comme si j’en avais toujours fait
partie.

A mes amis, à Oude et notre soutien mutuel, à César, à Mel, Julio, Antonin, Véro, Adèle
et les autres. Aux belles rencontres que j’ai faites en m’installant dans le sud. A Yacine
et Sélène, merci pour ce trio. A Clémence sans qui Béziers n’aurait pas été pareil. A
David, Ludo, et Coco 4C. A Maria, Alex et leur tribu qui s’agrandit.

A mes confrères et collègues. Au Dr FRUSTIN qui m’a fait découvrir sa vision de la


médecine générale et qui m’a confortée dans cette voie, je vous en suis profondément
reconnaissante. A mes maitres, les Dr PAUWELS, Dr PEREZ, qui ont su me transmettre
une partie de leur savoir, et au Dr VERNIER qui incarne l’image du médecin à qui j’aimerai
secrètement ressembler.
Aux différentes personnes que j’ai pu croiser en stage, aux médecins, à Céline la co-
interne que je n’ai jamais eu, aux IDE, aux AS, aux secrétaires auprès de qui j’ai tant
appris. A toute la MSP de Lodève, au cabinet de Clermont l’hérault, et surtout à Anne et
Mélissa qui ont su me faire confiance en me confiant leurs patients pendant presque un
an.

Aux patients ayant accepté de participer à ce travail, et à ceux que j’ai croisé au fil de
mes études et qui m’ont permis de devenir celle que je suis aujourd’hui.

15
LISTE DES ABREVIATIONS

AUDIT : Alcohol Use DIsorders Test

CAST : Cannabis Abuse Screening Test

CIM : Classification Internationale des Maladies

CSAPA : Centre de Soin, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie

DSM : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders

(i)ECN : Epreuves Classantes Nationales

FACE : Fast Alcohol Consumption Evaluation

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

TSO : Traitement de Substitution des Opiacés

16
17
TABLE DES MATIERES

I. INTRODUCTION .................................................................................................................. 20
A. Qu’est-ce que l’addiction ?............................................................................................................. 20
1. Définitions .................................................................................................................................. 20
2. Critères de diagnostic ................................................................................................................. 20
B. La prise en charge des addictions, une prise en charge multidisciplinaire .................................... 21
C. Le médecin généraliste................................................................................................................... 22
1. Rôle du médecin généraliste dans le cadre de la prise en charge des addictions ..................... 22
2. Dépistage/Repérage : à l’occasion de quoi ? Comment ? .......................................................... 24
3. Les freins évoqués à la prise en charge des patients souffrant d’addiction(s) par les médecins
généralistes ........................................................................................................................................ 25
4. Qu’en est-il du ressenti des patients ? ....................................................................................... 26
II. MATERIEL ET METHODES .................................................................................................... 27
A. Caractéristiques de l’étude ............................................................................................................ 27
1. Type d’étude et objectifs............................................................................................................ 27
2. Population .................................................................................................................................. 27
3. Echantillonnage .......................................................................................................................... 27
B. Méthodologie utilisée .................................................................................................................... 28
1. Méthodologie du recueil de données ........................................................................................ 28
2. Guide d’entretien ....................................................................................................................... 28
C. Gestion et analyse des données ..................................................................................................... 28
D. Aspects réglementaires et éthiques ............................................................................................... 29
1. Confidentialité ............................................................................................................................ 29
2. Information et consentement .................................................................................................... 29
3. Archivage des données............................................................................................................... 29
4. Aspects éthiques ........................................................................................................................ 29
III. RESULTATS ......................................................................................................................... 30
A. Caractéristiques des entretiens...................................................................................................... 30
B. Caractéristiques des interviewés ................................................................................................... 31
C. Analyse des verbatims .................................................................................................................... 33
1. L’addiction constitue en elle-même un obstacle à son évocation ............................................. 35
2. La nécessité du rapport à l’autre apparaît comme cruciale....................................................... 42
3. Il faut trouver le bon interlocuteur pour évoquer le sujet ......................................................... 43
4. Différents facteurs influent sur la volonté de se soigner ........................................................... 45
5. Le médecin généraliste tel que perçu par le patient ................................................................. 51
18
6. Le repérage, un véritable enjeu pour le médecin généraliste ................................................... 56
IV. DISCUSSION ........................................................................................................................ 57
A. Les principaux résultats de notre étude......................................................................................... 57
1. Les obstacles à l’abord des consommations en cabinet de médecine générale ....................... 57
2. Comment faire pour faciliter le dialogue médecin-patient autour du sujet de l’addiction ? .... 61
B. Les forces et les faiblesses de notre travail .................................................................................... 67
1. Les forces de l’étude................................................................................................................... 67
2. Les faiblesses de notre travail .................................................................................................... 68
C. Les changements déjà observés et les perspectives ...................................................................... 69
1. La formation des étudiants en médecine générale évolue ........................................................ 69
2. D’autres acteurs de santé pourraient jouer un rôle majeur dans l’initiation du dialogue
médecin traitant-patient à l’avenir .................................................................................................... 70
3. Qu’en est-il des addictions sans substance ? ............................................................................. 71
V. CONCLUSION ...................................................................................................................... 72
VI. BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................... 73
VII. ANNEXES ............................................................................................................................ 75
A. Annexe n°1 : Guide d’entretien ayant servi de base à la 1ère interview ......................................... 75
B. Annexe n°2 : Guide d’entretien ayant servi de base à la dernière interview ................................ 77
C. Annexe n°3 : Retranscription des entretiens ................................................................................. 78
1. Entretien numéro 1 .................................................................................................................... 78
2. Entretien numéro 2 .................................................................................................................... 89
3. Entretien numéro 3 .................................................................................................................... 92
4. Entretien numéro 4 .................................................................................................................... 96
5. Entretien numéro 5 .................................................................................................................... 99
6. Entretien numéro 6 .................................................................................................................. 110
7. Entretien numéro 7 .................................................................................................................. 118
8. Entretien numéro 8 .................................................................................................................. 125
9. Entretien numéro 9 .................................................................................................................. 129
10. Entretien numéro 10 ................................................................................................................ 139
11. Entretien numéro 11 ................................................................................................................ 147
D. Annexe n°4 : Arbre conceptuel .................................................................................................... 156
VIII. LISTE DES TABLEAUX ET DES FIGURES ................................................................................. 158
A. Tableaux ....................................................................................................................................... 158
B. Figures .......................................................................................................................................... 158
IX. SERMENT D’HIPPOCRATE ................................................................................................... 159
X. ABSTRACT .......................................................................................................................... 160

19
[Link]’est-ce que l’addiction ?

1.Définitions

Le psychiatre américain Aviel Goodman, propose en 1990 une définition de l’addiction


dans son article « Addiction : definition and implications » paru dans le British Journal of
Addiction. Il caractérise l’addiction comme « l’impossibilité répétée de contrôler un
comportement et la poursuite de ce comportement en dépit de ses conséquences
négatives » (1).

[Link]ères de diagnostic

La classification des troubles liés à une substance (Substance Use disorders) a


commencé au début du 19e siècle, avec la classification des pathologies psychiatriques.
Le but est alors d’établir les critères diagnostiques de chaque maladie. Il existe
aujourd’hui deux principaux systèmes de classification en psychiatrie : la CIM et le DSM.
La Classification Internationale des Maladies de l’OMS propose six critères pour
diagnostiquer la dépendance. Le diagnostic est possible si au moins trois critères ont été
présentés par le patient au cours des 12 derniers mois (2). Sa onzième version est entrée
en vigueur en janvier 2022 et introduit le trouble lié au jeu vidéo.

Critères de la CIM-10
1. Un désir puissant ou compulsif d'utiliser une substance psychoactive
2. Difficultés à contrôler l’utilisation de la substance (début ou interruption de la
consommation ou niveaux d’utilisation)
3. Syndrome de sevrage physiologique quand le sujet diminue ou arrête la
consommation d’une substance psychoactive, comme en témoignent la survenue d’un
syndrome de sevrage caractéristique de la substance ou l’utilisation de la même
substance (ou d’une substance apparentée) pour soulager ou éviter les symptômes de
sevrage
4. Mise en évidence d’une tolérance aux effets de la substance psychoactive : le sujet
a besoin d’une quantité plus importante de la substance pour obtenir l’effet désiré
5. Abandon progressif d’autres sources de plaisir et d’intérêts au profit de l’utilisation
de la substance psychoactive, et augmentation du temps passé à se procurer la
substance, la consommer, ou récupérer de ses effets
6. Poursuite de la consommation de la substance malgré ces conséquences
manifestement nocives. On doit s’efforcer de préciser si le sujet était au courant, ou s’il
aurait dû être au courant, de la nature et de la gravité des conséquences nocives

Tableau 1 : Critères diagnostiques de la dépendance selon la CIM-10

20
Les critères du DSM-V permettent en sus du diagnostic une évaluation de la gravité de
la maladie en précisant si les symptômes sont légers, modérés ou sévères.

Critères du DSM-V
1. Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ou de jouer (craving)
2. Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou au
jeu
3. Beaucoup de temps consacré à la recherche de substances ou au jeu
4. Augmentation de la tolérance au produit addictif
5. Présence d’un syndrome de sevrage, c’est-à-dire de l’ensemble des symptômes
provoqués par l’arrêt brutal de la consommation ou du jeu
6. Incapacité de remplir des obligations importantes
7. Usage même lorsqu'il y a un risque physique
8. Problèmes personnels ou sociaux
9. Désir ou efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activité
10. Activités réduites au profit de la consommation ou du jeu
11. Poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques

Tableau 2 : Critères diagnostiques de la dépendance selon le DSM V

Si le patient présente au moins deux critères, on considère qu’il présente un trouble


addictif.
Si deux à trois critères sont présents, les symptômes sont faibles, s’il présente quatre à
cinq critères les symptômes sont modérés et si le malade présente six critères ou plus
les symptômes sont sévères.

B. La prise en charge des addictions, une prise en charge


multidisciplinaire

La prise en charge des problématiques d’addiction relève d’une pluridisciplinarité, tant le


phénomène de dépendance est multifactoriel. Le plan de soins a pour objectif de soigner
le patient dans sa globalité, en explorant les différents déterminants ayant conduit à sa/ses
consommation(s), son/ses comportement(s) addictif(s) ou à leur poursuite.
Ainsi, c’est bien souvent le cumul des difficultés rencontrées par la personne souffrant
d’addiction qui entretient ce phénomène.

La prise en charge médicale doit donc s’entremêler avec les prises en charge
psychologique, psychiatrique, sociale, voire éducative et judiciaire.

21
[Link] médecin généraliste

1.Rôle du médecin généraliste dans le cadre de la prise en charge


des addictions

Le médecin généraliste est communément le premier recours du patient lorsqu’il présente


un problème de santé. Dans le cadre des addictions, le médecin peut, aux travers des
différents symptômes constatés en consultation, s’enquérir de l’influence possible d’un
usage de substance sur l’état de santé du patient. C’est par exemple le cas lors du
diagnostic d’une thrombose veineuse profonde, d’une cirrhose ou d’une BPCO, à la suite
desquels les consommations doivent être systématiquement interrogées par le praticien.
La HAS recommande ainsi d’évoquer une éventuelle consommation de cocaïne chez tout
malade de moins de 50 ans, présentant une douleur thoracique, même atypique (3).

Le médecin généraliste joue un rôle dans la prévention des maladies. Il peut, par ses
conseils et les informations qu’il délivre, favoriser les comportements exerçant une
influence positive sur la santé et tenter de limiter ceux exerçant une influence négative.
Cette mission est particulièrement importante au regard de la jeune génération puisque
les consommations à l’adolescence sont un facteur de risque majeur dans le
développement d’une conduite addictive à l’âge adulte.

Le praticien doit aussi s’appliquer à informer les patients sur le risque de mésusage d’une
substance prescrite dans le cadre d’un traitement. Cela semble être le cas puisqu’une
étude récente montre qu’une large majorité des praticiens interrogés (81%) déclarent
informer systématiquement leurs patients faisant l’objet d’une prescription d’antalgiques
opioïdes des risques de mésusage et de dépendance (4).

Le repérage précoce et le dépistage font partie des missions majeures du médecin


traitant dans le cadre des addictions. Nous verrons dans le chapitre suivant comment ils
sont réalisés et dans quel cadre ils interviennent.

Le praticien effectue le suivi des malades souffrant d’une affection chronique et les aide
à apprendre à vivre avec cette maladie au travers de l’éducation thérapeutique.
Il est le pivot du système de soins car il coordonne les différents acteurs de soins
participant à la prise en charge du patient.

22
Une fois abordée la question de l’usage des substances psychoactives, le médecin
généraliste peut proposer différents types de prise en charge adaptés en fonction de la
sévérité de la dépendance du patient, de ses ressources, de son environnement, de ses
envies, des conséquences de ses comportements…
Si le patient n’est pas d’emblée dans une dynamique de sevrage, les médecins peuvent
réaliser des interventions brèves de quelques minutes, avec évaluation des
consommations, rappel des différents risques encourus, et mise en place optionnelle
d’objectifs à atteindre par le patient.
L’efficacité de l’intervention brève a été démontrée dans plusieurs études, avec une
réduction significative des consommations (5).

Plusieurs modes de substitution existent comme les substituts nicotiniques dans le cadre
d’une dépendance à la nicotine, et le médecin peut recourir à certains médicaments pour
aider son patient à diminuer ses consommations. Les médecins généralistes sont les
principaux prescripteurs de médicaments de substitution des opiacés délivrés en ville, et
ils sont près des 2/3 à déclarer prescrire de la buprénorphine chaque année (4). Dans le
cadre des traitements de substitution des opiacés, le médecin généraliste intervient plutôt
en deuxième ligne puisqu’il est moins souvent à l’origine de l’initiation du traitement (18%
des praticiens) que pour les substituts nicotiniques (4).

Le médecin généraliste a donc un rôle de suivi, puisqu’il accompagne le patient dans sa


réduction de consommation, son sevrage ou le maintien de celui-ci.
Une prise en charge psychologique à l’aide de séances de thérapies cognitivo-
comportementales ou d’entretiens motivationnels peut être proposée au patient.

Le médecin généraliste a également une fonction d’orientation puisque la prise en charge


des maladies addictives est bien souvent multidisciplinaire et s’articule en réseau. Ainsi,
91% des médecins généralistes déclarent avoir contacté un CSAPA ou un service
hospitalier spécialisé durant l’année précédente (4).

23
2.Dépistage/Repérage : à l’occasion de quoi ? Comment ?

On estime que 75% des plus de 18 ans en France ont consulté un médecin généraliste
au cours de l’année écoulée (6), et le nombre moyen de consultations réalisées en
France par habitant par le médecin généraliste est de 4,1 par an (7). D’autre part, il a été
montré que les patients présentant une addiction ou un mésusage d’une substance
consultent plus que les autres (8).

Le médecin généraliste a donc une place privilégiée pour effectuer le repérage des
conduites addictives chez ses patients, car la consommation n’est bien souvent pas le
premier motif de consultation.

L’enjeu du repérage précoce de ces consommations est de limiter les conséquences


néfastes sur la santé du patient (morbidité/décès) et son environnement (difficultés
financières, rejet de l’entourage…), en parallèle des campagnes de sensibilisation. Ainsi,
la HAS recommande d’effectuer chez tous les patients une évaluation de la
consommation de tabac, d’alcool et de cannabis au moins une fois par an, et lors des
situations considérées à risque (grossesse, stress important, précarité, conduite de
véhicule…) (9).

Pour réaliser ce repérage, le médecin peut s’appuyer sur les différents questionnaires et
échelles standardisées existants afin d’évaluer la consommation ou le degré de
dépendance du patient (Test de Fagerström, questionnaires AUDIT, CAST…). Bien que
recommandés, ces questionnaires ne sont pas toujours usités. En effet, ces outils ne sont
utilisés que par un peu moins de la moitié des généralistes dans le cadre de la recherche
d’un mésusage de l’alcool (4).

Aidés de questionnaires ou non, les deux tiers des médecins généralistes interrogés
disent effectuer un repérage systématique de la consommation tabagique chez tous leurs
patients (4) mais plusieurs études montrent que les repérages de la consommation
d’alcool et de cannabis sont plutôt réalisés auprès des patients considérés à risque par
le praticien (10).

24
[Link] freins évoqués à la prise en charge des patients souffrant
d’addiction(s) par les médecins généralistes

La plupart des patients considèrent normal que le médecin généraliste leur pose des
questions sur leurs conduites addictives (11), et les médecins généralistes considèrent
en très grande majorité que c’est d’ailleurs leur rôle de parler des addictions avec le
patient (4).

Pour autant, l’évocation du tabac apparaît plus facile que celle des autres substances
puisque près de 90% des médecins généralistes considèrent que l’abord du tabagisme
est relativement simple contre quasiment 61% pour l’alcool et 57% pour l’usage de
drogues (10).

Cette plus grande difficulté à parler de la consommation d’alcool se retrouve aussi chez
les internes en médecine générale, futurs médecins généralistes. Néanmoins la facilité à
parler de l’usage de cannabis se rapproche de celle du tabac pour ces étudiants (12).

Certains freins à cette discussion ont été décrits par les praticiens.
Les médecins évoquent ainsi le manque de formation, confortant les résultats de
plusieurs travaux qui montrent que les praticiens ayant reçu une formation
complémentaire dans ce domaine effectuaient un repérage plus systématique des
consommations chez leurs patients (4,13).

Les généralistes citent aussi deux autres freins : le déni des patients et le sentiment de
ne pas être assez efficaces dans ce type de prise en charge.
Le manque de temps dont ils disposent lors des consultations constitue une raison
mentionnée pour ne pas aborder l’usage des substances psychoactives. Ainsi 91,4% des
généralistes souhaiteraient disposer de plus de temps pour effectuer leurs missions de
prévention et d’éducation (10).

Dans les différentes études réalisées sur le sujet, la question du manque de réseau et
l’absence de connaissance de professionnels qualifiés sont également évoquées. Les
médecins ne sachant pas à qui adresser les patients en cas de besoin n’évoquent pas la
question des addictions avec leur patient craignant que leur prise en charge ne soit pas
adaptée. Les délais de prise en charge parfois trop longs en structures spécialisées
constituent également un frein pour les généralistes.

Enfin les représentations péjoratives liées aux consommations de substances font que
certains médecins généralistes sont réfractaires à la prise en charge des patients touchés
par l’addiction. Ils craignent ainsi d’altérer leur image ou celle de leur patientèle du fait de
la fréquentation de leur salle d’attente par des patients alcooliques ou toxicomanes (14).

25
[Link]’en est-il du ressenti des patients ?

Une étude parue en 2020 montre que huit français sur dix ont consulté un médecin
généraliste au cours de l’année précédente. Parmi ces huit français, 36,7% déclarent que
l’usage du tabac a été abordé en consultation avec leur médecin et 16,8% ont parlé de
leur consommation d’alcool avec lui. Ces évocations se sont faites trois fois plus souvent
à l’initiative du médecin que du patient (11).

Quels sont les facteurs qui expliquent cette moindre évocation du sujet des addictions
par le patient ? Quels sont les déterminants qui influent sur l’abord de la discussion avec
son médecin généraliste ?

C’est pour chercher à répondre à ces questions que nous avons décidé de réaliser ce
travail.

26
[Link]éristiques de l’étude

[Link] d’étude et objectifs

Cette thèse a été réalisée dans le cadre du Diplôme d’Etudes Spécialisées de Médecine
Générale. Il s’agit d’une étude épidémiologique, observationnelle, descriptive,
transversale par analyse qualitative, effectuée à l’aide d’entretiens individuels semi-
directifs, et portant sur les difficultés à aborder le sujet des addictions en cabinet de
médecine générale, du point de vue des patients touchés par l’addiction et vivant dans le
département de l’Hérault.
L’objectif principal de notre travail est de recenser les différents freins ressentis par les
patients souffrant d'une addiction à mentionner leur consommation à leur médecin
traitant. Son objectif secondaire est de montrer s’il existe ou non des leviers d’action pour
rendre cette évocation plus simple en médecine de ville.

[Link]

Bien que les addictions sans substances existent, nous avons choisi ici de nous
concentrer sur les patients présentant une ou plusieurs addiction(s) à un ou des
produit(s).
Pour pouvoir être inclus dans notre étude, les patients devaient être âgés d’au moins 18
ans, présenter au moins une addiction à des substances et accepter librement de
participer à notre travail. Sont exclus les patients qui avaient déjà d’eux-mêmes initié le
dialogue sur la problématique avec leur médecin traitant, tout comme les patients suivis
par le Dr PAUWELS Olivier avec qui nous avions déjà eu des contacts.

[Link]

Le nombre de patients inclus dans l’étude n’a pas été estimé à l’avance, puisque c’est
l’analyse des données qui nous a livré la saturation. La saturation finale a été obtenue
lorsque les entretiens n’ont plus rapporté de matériau nouveau à analyser. A ce stade,
deux entretiens complémentaires ont été réalisés pour que la validité scientifique soit
correcte.

Pour obtenir un maximum de points de vue différents, les patients ont été recrutés pour
une partie en collaboration avec le Dr MOLINIER Nathalie exerçant au CSAPA de
Clermont-l’Hérault, pour une autre partie par l’investigateur lors de la réalisation de
remplacements en cabinet de médecin générale.

L’objectif de l’étude et les modalités d’entretien ont été exposés aux sujets entrant dans
les critères d’inclusion et ne répondant pas aux critères d’exclusion de l’étude.
Une fiche d’information leur a été délivrée et ils ont été invités par la suite, s’ils le
souhaitaient, à réaliser l’entretien permettant de participer à l’étude.
27
B.Méthodologie utilisée

1.Méthodologie du recueil de données

Les entretiens ont été réalisés sur un mode semi-directif.


Ils se sont déroulés avec l’investigateur, à l’endroit choisi par le patient, et ce après recueil
des consentements oral (recueilli lors du recrutement) et écrit (recueilli le jour de
l’entretien).

L’enregistrement des entretiens a été fait à l’aide de deux smartphones. Ces appareils
ont débuté l'enregistrement après l’introduction réalisée par l’investigateur en début
d’entretien et ils ont cessé d’enregistrer lorsque l’interview fut terminée.

L’introduction avait pour but de rappeler le nom de l’étude, son contexte et l’objectif du
travail.

2. Guide d’entretien

Le guide d’entretien a évolué en fonction des interviews et a été modifié après l’analyse
de chaque interview. Le premier guide d’entretien ainsi que le dernier sont disponibles en
annexe (Annexe n°1 et n°2).

Nous avons cherché à ce que les questions soient les plus ouvertes possibles, et que les
relances soient compréhensibles tout en étant le plus neutre possible, de façon à laisser
l’individu s’exprimer librement.

[Link] et analyse des données

Les données ont été retranscrites manuellement, mot à mot, sans reformulation, selon la
méthode du verbatim et dans les jours qui ont suivi chaque entretien à l’aide du logiciel
Microsoft office WORD. Les changements d’intonation, les soupirs, les attitudes, et les
autres composants de la communication non verbale ont été retranscrits entre crochets
[…].
La retranscription des entretiens se trouve dans la partie annexe de ce travail
(Annexe n°3).

L’analyse a été réalisée après chaque entretien à l’aide de la méthode de la théorisation


ancrée. Ce mode d’analyse découle de la grounded theory approach développée par
Barney G Glaser et Anselm Strauss en 1967, et a été décrite par plusieurs chercheurs
dont Pierre Paillé en 1994 (15).

28
La méthode d’analyse par théorisation ancrée a pour but de faire émerger de nouvelles
théories à partir des données empiriques collectées en cherchant à s’affranchir de
postulats de départ, pour coller au mieux à la réalité du terrain. Ce processus rompt avec
les stratégies hypothético-déductives utilisées auparavant où l’investigateur cherche à
expliquer un phénomène observé en construisant des hypothèses préalables à la collecte
de données, et où l’analyse des données sert par la suite à valider ou infirmer la ou les
hypothèses de départ en utilisant les données collectées pour illustrer la démonstration.

L’analyse par théorisation ancrée consiste donc à formuler les premières théories à partir
de l’analyse des données initiales pour faire évoluer les entretiens suivants puis à créer
de nouvelles théories. Le chercheur veillera à effectuer une validation constante de ses
théories au travers des données empiriques collectées lors des entretiens ultérieurs.

[Link] réglementaires et éthiques

[Link]é

Selon le Code de la Santé Publique, toutes les personnes appelées à collaborer ou à


prendre connaissance de l’étude sont tenues au secret professionnel.

[Link] et consentement

Les patients ont été informés de l’étude, des bénéfices, des contraintes dans un langage
clair. Ces informations ont été reprises dans un document qui a été remis au patient le
jour de l’entretien.
Il a été précisé avant chaque début d’entretien que le patient était libre à tout moment
d’interrompre l’entretien, sans avoir à donner de justificatif, et que cela ne modifierait en
rien la relation avec son médecin.
Il a également été notifié que la collecte des données était anonymisée, et qu’en aucun
cas les données récoltées ne seraient transmises à un tiers ne participant pas à l’étude.

[Link] des données

Les diverses données de l’étude ont été anonymisées puis stockées dans l’ordinateur de
l’investigateur dans un dossier dédié à la thèse.

[Link] éthiques

Le projet a été validé par le Comité Ethique du CNGE le 26 janvier 2021.


L’étude a été enregistrée dans le registre des traitements de données à caractère
personnel de l’Université de Montpellier et a fait l’objet d’une analyse d’impact avec l’aide
du Délégué à la Protection des Données de la Faculté.

29
[Link]éristiques des entretiens

Douze patients ont été recrutés au départ mais une des patientes incluses n’a pas pu
être interviewée car elle n’était pas disponible initialement et n’a plus souhaité prendre
part à ce travail par la suite.

Au total onze patients ont été interrogés pour ce travail sur une période de sept mois
s’étalant du 1er mars 2021 au 30 septembre 2021.

Les entretiens ont été menés au sein d’un cabinet de médecine générale pour dix d’entre
eux et un patient a été interrogé à son domicile à sa demande.

La durée moyenne des entretiens est de 38 minutes, le plus court ayant duré 19 minutes
et le plus long 79 minutes.

100
79
DUREE EN

80
MINUTES

62
60 44 45
38 38
40 29
23 21 21 19
20
0
P1 P2 P3 P4 P5 P6 P7 P8 P9 P10 P11

NUMEROTATION DU PATIENT

Figure 1 : Temps d’entretien

Nous nous sommes appuyés sur les réponses obtenues à nos questions principales
(interlocuteur privilégié, freins à engager la discussion, attentes envers le médecin
généraliste, leviers possiblement existants) pour évaluer la saturation ou non des
données. Celle-ci a été obtenue au 9e entretien.
Deux entretiens supplémentaires ont été réalisés par la suite pour valider ce résultat.

30
[Link]éristiques des interviewés

Concernant le mode de recrutement, quatre des onze patients interviewés ont été
recrutés via les consultations d’addictologie, et sept patients ont été recrutés via
l’investigateur lors de périodes de remplacement en cabinet de médecine générale.

L’âge moyen des participants était de 40,6 ans. La majorité d’entre eux faisait partie de
la tranche des 40-50 ans, 2 appartenaient à la tranche des 30-40 ans, 2 à la tranche des
20-30 ans, et 1 participant était âgé d’au moins 60 ans.

20-29 ans 30-39 ans 40-49 ans


ADDICTOLOGUE REMPLACANT 50-59 ans + 60 ans

1
2
4

2
7
6

Figure 2 : Mode de recrutement des participants Figure 3 : Âge des participants

On comptait parmi la population interviewée 7 femmes et 4 hommes.


Un seul patient ne disposait pas de médecin traitant.

FEMME HOMME OUI NON

10

Figure 4 : Sexe des participants Figure 5 : Déclaration ou non d’un médecin


…………………………………………………….traitant

Trois patients exerçaient le métier de soignant.

31
Deux patients n’ont évoqué qu’une seule addiction durant leur entretien, alors que les
neufs autres patients en ont déclaré au moins deux. La dépendance la plus fréquemment
retrouvée est celle liée à l’alcool, mentionnée par huit patients.

9
NOMBRE DE PATIENTS

8
CONSOMMATEURS

8
7
7
6
5
4
3
3 3
2
2
1
1 1
0
Alcool Médicament Nicotine Héroïne Cocaïne Cannabis Alimentation

SUBSTANCES PROBLEMATIQUES

Figure 6 : Consommations problématiques des patients interrogés

Voici un tableau reprenant les caractéristiques des personnes interrogées :

Tranche Médecin Consommation(s)


Sexe d'âge Recrutement traitant Soignant problématique(s)
Alcool, Alimentation,
F 40-49 Remplaçant Oui Oui
P1 Médicamenteuse
P2 M 30-39 Addictologue Oui Non Alcool, Nicotine
P3 M 60-69 Addictologue Oui Non Médicamenteuse
P4 F 40-49 Addictologue Oui Non Alcool, Nicotine
P5 F 40-49 Remplaçant Oui Non Alcool, Nicotine
P6 M 40-49 Remplaçant Oui Non Alcool, Nicotine
P7 F 40-49 Remplaçant Oui Non Alcool, Cocaïne, Héroïne, Nicotine
P8 F 20-29 Remplaçant Oui Oui Cannabis
Alcool, Cannabis, Médicamenteuse,
P9 F 40-49 Remplaçant Oui Non
Nicotine
P10 F 30-39 Addictologue Oui Oui Alcool, Cannabis, Tabac
P11 M 20-29 Remplaçant Non Non Alimentation riche

Tableau 3 : Caractéristiques des interviewés

32
[Link] des verbatims

Pour analyser les données recueillies, nous nous sommes basés sur le concept d’analyse
par théorisation ancrée.
Les étiquettes apposées aux verbatims collectés ont été rassemblées sous forme de
catégories qui, une fois mises en relation, ont permis de faire émerger de nouvelles pistes
de conceptualisation, elles-mêmes validées ou non, par les entretiens suivants.

Voici un exemple cherchant à illustrer la méthode appliquée durant notre travail :

« Si on a un comparatif
avec d’autres personnes
[…] mon ex conjoint et « Quand on en a parlé je
puis ma bande d’amis qui me suis demandé si vous
Exemple de verbatims sont […] grosses sorties, consommiez ou pas par
fêtards […] deux fois par exemple ! » P9
semaine c’est l’apéro, on
boit trois, quatre verres et
ça ne me semblait pas du
tout problématique » P5

Etiquettes Occasion, s’évaluer, Semblables, échanger


s’estimer

Catégorie Avoir un point de Partager avec ses pairs


comparaison

La mise en relation des deux catégories obtenues a permis de faire émerger le


phénomène suivant : L’échange avec d’autres personnes souffrant d’addiction est facilité
et peut permettre de prendre conscience de ses consommations à l’aide de
comparaisons.

33
L’observation de différents phénomènes a donné lieu à l’évolution de notre guide
d’entretien au fil des interviews. Le premier guide d’entretien ainsi que le dernier sont
disponibles en annexe (Annexe n°1 et annexe n°2). Pour reprendre notre illustration, le
phénomène observé, associé à d’autres phénomènes, ont, par exemple, servi à
l’élaboration de la question numéro 8 présente dans le guide du dernier entretien. Cette
question est la suivante : Jugez-vous que la discussion autour de l’addiction soit utile
pour une personne dépendante ? Sous quels aspects ?

A mesure de la réalisation des interviews, nous avons modélisé un arbre conceptuel


schématisant nos résultats. L’arbre conceptuel de cette analyse est disponible en annexe
(Annexe n°4).

Les résultats de cette analyse sont divisés en plusieurs parties.


Les propos des interviewés sont notés entre guillemets et sont référencés par la lettre P
suivie du numéro du patient.
Pour certaines parties les idées principales retrouvées lors de nos entretiens sont
exposées sous forme de tableaux avec, à chaque fois, un(e) ou plusieurs
citations/verbatims explicitant ce point. Chaque idée principale est suivie d’un nombre
entre parenthèse qui indiquera le nombre d’interviewés ayant abordé ce thème.

34
1.L’addiction constitue en elle-même un obstacle à son évocation

Tous les interviewés rapportent des facteurs limitants cette discussion avec le médecin
généraliste (11).

a) L’addiction, un véritable compagnon de vie (7)

 Elle est parfois considérée comme une personne familière avec laquelle on
noue une relation :
« Je vivais avec ça » (P1), « j’ai une relation particulière avec l’alcool » (P10).

 L’addiction peut engendrer une rupture entre le patient et son environnement


avec sentiment d’isolement : « ça a commencé à prendre de la place dans ma
vie » (P2).

Plusieurs composantes de l’addiction sont citées comme pouvant expliquer une réticence
à l’évocation du sujet :

Idées principales Exemples de citations

Une spirale infernale qui « je suis dedans » (P7), « je suis prise


contraint le patient dans son dans un tourbillon » (P10), « je ne pouvais
état pas en parler » (P1)

Le patient est
pris dans un Une perte de contrôle « on ne maîtrise pas tout sur une
engrenage (8) addiction » (P5)

Un véritable besoin de « c’était un besoin » (P1), « j'ai besoin de


consommer sucre » (P11)

L’addiction est vue comme une folie (3) « on n’était pas sur de la psychose mais
c’était… » (P8), « J’étais internée » (P1)

35
Idées principales Exemples de citations

« Je crois qu’on ne le soigne pas, on vit


avec. On ne guérit pas » (P1), « même si
Il existe un certain degré de fatalisme (2) on arrête quelque chose, on reste, quand
même, alcoolique » (P7), « j’ai toujours
l’impression qu’on remplace une
addiction par une autre » (P9)

Des addictions sont moins « je fumais dix grammes par jour, donc
Il y a une graves que d’autres c’était pas énorme » (P9), « j’ai une
gradation de légère addiction » (P11)
l’addiction qui
engendre une
minimisation (7) L’individu se compare aux « ils consomment des drogues plus dures
autres moi c’est juste quelques bières » (P10)

« ça reste encore un peu tabou tout ça et


La manière de L’addiction est taboue (8) c’est pénible » (P6), « la société en
parler des général ne veut pas qu’on parle des
addictions addictions » (P11)
entretient les
non-dits
L’utilisation de termes « repicoler » (P2)
péjoratifs (6)

Il n’y a pas toujours le besoin de sortir de « Le plus dur c’est la motivation » (P11)
l’addiction (3)

« Je ne veux pas faire ces efforts » (P1),


L’aboulie est présente chez plusieurs patients (4) « j’ai pas envie qu’on m’embête pas avec
ça » (P10), « je n’avais pas la volonté de
m’arrêter » (P11)

36
b) Le regard des autres

Le rapport à l’autre est apparu comme un déterminant important influant sur la discussion
autour du sujet des addictions dans nos échanges.

Idées principales Exemples de citations

« Les poivrots dans la rue, ce sont les


L’image de la personne mecs qui tapent leur femme » (P1),
Les présentant une addiction est « les jeunes qui font la fête, qui boivent
représentations négative (4) qui se mettent minables pendant des
des personnes heures, qui ont des relations sexuelles
dépendantes avec plusieurs filles » (P1)
sont
stéréotypées (4)
Certains critères physiques sont « la tête rouge et le nez gonflé » (P2)
considérés comme typiques (2)

Il existe une crainte de coller à cette image « Je ne veux pas qu’on ait l’image de
préconçue (4) moi comme celle de quelqu’un qui boit »
(P4)

Mésestime (4) « On n’est rien » (P7), « j’étais une


bonne à rien dans ma tête » (P1)

Sentiment d’incapacité « c’est pas quelque chose que je vais


L’image de soi est (1) être capable de faire » (P9)
modifiée

Dévalorisation (4) « Ça c’était quand j’étais un jeune con »


(P3), « l’hypocondriaque a encore
frappé » (P5)

37
Idées principales Exemples de citations

« tous les jours, tout le temps, dans


De la part des autres (6) tout » (P7), « tant que les gens jugeront
leurs voisins sans connaître » (P9)
Les patients sont
victimes de jugement et
de stigmatisation (8) « Moi je me suis déjà sentie jugée par
De la part des soignants un médecin généraliste » (P5), « ç’est
(7) pas parce qu’on a affaire à un
professionnel de santé qu’il n’y a pas de
posture de jugement ! » (P8)

« c’est pas une fierté » (P11), « J’ai


En découle un sentiment de honte, freinant le honte, j’ai honte de moi » (P4), « On a
dialogue (8) tous des secrets, des choses difficiles à
raconter, des choses honteuses » (P7)

c) Les craintes

Il existe des craintes à évoquer le sujet :

 Il y a la peur des sanctions : (3)

Plusieurs patientes déclarent craindre de perdre la garde de leur enfant si leurs


consommations venaient à être connues : « on pourrait me retirer mon enfant » (P5), « le
voisin pour un rien peu dénoncer, on nous retire les enfants » (P10), tandis que certains
craignent pour leur travail : « je ne veux pas perdre mon boulot » (P10), « il ne vaut mieux
pas que cela se sache » (P8).
La crainte qu’on rende les consommations publiques est omniprésente : « j’ai en
permanence peur qu’on me dénonce » (P10).

 Certains patients craignent de ne pas pouvoir revenir en en arrière : (3)

« quand on arrête, on a plus jamais le droit de boire » (P2), « j’ai pas envie d’en arriver
au point de me dire il faut que tu arrêtes tout » (P6), « j’ai peur qu’un spécialiste me dise
du jour au lendemain […] qu’il faut arrêter complètement » (P11).
38
 Il y a aussi la peur des soignants : (5)

Il existe une appréhension à se rendre chez le médecin : « il y a une espèce de peur »


(P5).
Certains patients repoussent les soins : « j’ai un petit problème avec les médecins aussi
[…] j’essaie d’y passer le moins de temps possible » (P6), « Moins je les vois et mieux je
me porte » (P11).

d) La volonté de cacher ses consommations

Idées principales Exemples de citations

« je lui ai dit que j’avais tout arrêté » (P3),


Les patients doivent mentir pour ne pas attirer « peut-être que je vous dirai « je consomme un
les regards sur leurs habitudes (6) peu, de façon festive » alors que je vais fumer
tous les jours » (P9)

« Je faisais beaucoup de sport, je paraissais


Le patient se crée en bonne santé » (P1), « je ne veux pas que
une façade cela se voit… sur mon visage, mes
Il y a une volonté de vêtements » (P10), « ils ne connaissent pas
camoufler ses mes problèmes derrière » (P4)
consommations (6)

Son but est de ne pas « Je buvais le soir en cachette » (P1), « Je fais


se faire prendre hyper gaffe avant de faire ma prise de sang,
c’est calculé » (P4)

39
e) L’ambivalence

Plusieurs patients ont décrit une véritable ambivalence à l’idée d’envisager un sevrage.

 Il existe pour le patient de bonnes raisons de consommer : (10)

- Pour l’appartenance à un groupe : « j’ai envie de faire comme tout le monde »


(P2), « pour faire partie du groupe, de l’ambiance » (P3)

- Pour les effets sur le corps : « Ça me donnait un peu la pêche » (P1), « ça me


faisait du bien » (P3)

- Pour éviter les sensations de manque : « l’angoisse revient, faut que je rentre
à la maison et que je boive » (P1), « pour éviter les descentes » (P4)

- Pour le plaisir procuré par la consommation du produit : « le plaisir du goût »


(P11)

2
POUR L'APPARTENANCE
A UN GROUPE

6
POUR LES EFFETS SUR
LE CORPS
4
POUR EVITER LES
SENSATIONS DE
MANQUE
POUR LE PLAISIR

Figure 7 : Les raisons évoquées pour poursuivre les consommations

40
 Il existe également des raisons de stopper les consommations (11)

- Pour préserver ses proches : « je me suis dit que mon fils n’avait pas dix ans,
et que je voulais le voir grandir » (P9)

- Pour les effets sur le corps et la santé : « L’alcool me faisait monter la tension »
(P1), « j’avais des tremblements » (P9)

- Pour les conséquences plus générales : « Ça revenait cher à force » (P3), « je


ne m’alimentais plus » (P8)

4
POUR PRESERVER SES
PROCHES

8 POUR LES EFFETS SUR


LE CORPS ET LA SANTE

POUR LES
CONSEQUENCES PLUS
GENERALES
6

Figure 8 : Les raisons en faveur de l’arrêt de la consommation

 L’échec de la tentative précédente a majoré les consommations : (2)

« je m’en suis sortie toute seule mais quand j’ai replongé, j’ai replongé encore plus » (P7),
« je m’y suis remise avec peut-être moins de quantité. Quoique » (P9).

41
[Link] nécessité du rapport à l’autre apparaît comme cruciale

a) La discussion est utile pour se soigner (5) :

Quatre patients pensent que l’échange est aidant …


« on discute, ça m’aide à tenir » (P3), « Il faut que ça passe par la parole, c’est hyper
important » (P6), « je pense que c’est… je dirai pas cinquante pour cent de gagné mais
presque » (P10)

… et qu’il permet d’avancer : « certaines personnes peuvent avoir un mot et on peut


plus réfléchir » (P11).

Avec soi-même

Dialoguer

Avec les autres

- Il faut dialoguer avec soi-même : (1)

Cette discussion intérieure apparaît pour P3 comme le point de départ de son chemin de
soins : « J’ai commencé à m’en parler, à en parler mais à moi-même dans ma tête » (P3).

- Il faut échanger avec les autres : (11)


INTERLOCUTEURS

7
DIFFERENTS

NOMBRE DE PATIENTS AYANT PARLE DES ADDICTIONS AVEC


CHAQUE INTERLOCUTEUR
UN PROFESSIONNEL DE SANTE LE CONJOINT UN AUTRE MEMBRE DE LA FAMILLE UN AMI UN COLLEGUE

Figure 9 : Interlocuteurs choisis par les patients pour parler de leur addiction

Deux interviewées ont évoqué en premier leur consommation avec un professionnel de


santé, l’une avec un médecin urgentiste, l’autre avec un addictologue.

42
b) Le mur à franchir et la gêne préalable

Les patients semblent décrire un mur symbolique (4) qu’il faut franchir pour libérer cet
échange avec l’autre : « ça met une barrière » (P5), « je pense qu’il y a eu un mur qui
s’est fait » (P6).

Il est également question d’une gêne (7) à l’évocation de cette discussion :


« c’est impossible, je ne pourrais jamais lui dire » (P1), « J’ose pas » (P3), « c’est assez
compliqué d’expliquer… voilà, d’expliquer son parcours, son passé » (P7).

La gêne est réciproque (5), car parait également ressentie par le soignant : « Elle n’osait
peut-être pas » (P1), « Peut-être qu’il s’est dit que si je voulais en parler, j’en parlerai »
(P9).

La mise au pied du mur peut être un déclencheur : (2) « Il m’a dit « mais vous avez
des artères de quelqu’un de 70 ans », j’avais 40 ans à l’époque. » (P9), « on est au pied
du mur donc soit tu continues, soit tu t’enfonces dedans, soit tu fais marche arrière et tu
l’esquives » (P11).

[Link] faut trouver le bon interlocuteur pour évoquer le sujet

 Le psychiatre/psychologue : un partenaire privilégié (5) par les patients

« Je consulte un psychiatre » (P1), « je vois une psychologue avec qui je parle de ça,
entre autres » (P6), « C’est pour ça d’ailleurs que je suis allée chez la psy » (P9).

 Parfois préféré au médecin généraliste (2)

« Je ne la vois plus beaucoup maintenant parce que je vois [le psychiatre] et c’est elle
qui s’occupe de tout » (P1), « tout ce qui touche le mental, le côté psychologique, c’est
plus le psychologue que le médecin généraliste » (P11).

 L’addictologue envisagé (4)

« ils ont l’habitude de voir des gens comme moi, ça ne les choque pas » (P3), « C’est
plus facile pour moi parce qu’elle doit en voir des gens comme ça » (P4),
« l’addictologue, lui il va les poser ces questions puisque c’est ce qu’il cherche » (P10).

43
 Le choix d’un professionnel de santé différent est possible (4)

- Le médecin du travail (1) :


« J’ai plus souvenir d’avoir eu des perches par la médecine du travail » (P5),

Le nutritionniste (1) : « un nutritionniste, un diététicien je pense plus »


-
(P11)
dans le cas d’une problématique alimentaire

- Un professionnel qualifié, sans distinction de spécialité : « un médecin,


un addictologue, un généraliste, peu importe, quelqu’un qui peut
l’aider » (P3).

AUCUN
PROFESSIONNELS

1
DIFFERENTS

LE MEDECIN GENERALISTE 1

N'IMPORTE QUEL PROFESSIONNEL 1

UN AUTRE PROFESSIONNEL DE SANTE 2

L'ADDICTOLOGUE 4

LE PSYCHOLOGUE/PSYCHIATRE 5

0 1 2 3 4 5 6

NOMBRE DE PATIENTS PRIVILEGIANT LE PROFESSIONNEL

Figure 10 : Professionnel de santé privilégié par les interviewés pour évoquer le


sujet des addictions

La proposition « Aucun » retrouvée dans la figure précédente cherche à mettre en


lumière les propos de P8 ayant tenté d’évoquer son addiction avec un
addictologue et un psychiatre sans avoir trouvé de solution à sa problématique
pour préférer rompre le dialogue et se sevrer seule.

44
4. Différents facteurs influent sur la volonté de se soigner

a) Il faut dépasser le stade de déni et se mettre sur la bonne voie

Idées principales Exemples de citations

« ma femme plusieurs fois m’a dit qu’elle


L’entourage (9) partirait » (P2), « Les autres qui me disaient
« fais attention à toi » » (P11)

La crainte d’avoir des « je sens mon corps vieillir aussi » (P6), « Il


Il faut un déclencheur problèmes de santé m’a dit « mais vous avez des artères de
pour initier les soins (6) quelqu’un de 70 ans », j’avais 40 ans à
(11) l’époque. » (P9)

« J’aimerais bien aider des gens en détresse,


Autre motivation (5) j’aimerais bien pouvoir aller avec eux, pouvoir
les soutenir » (P7)

Evénement souvent « Ça, ça m’a fait un choc. C’est là que je me


brutal à l’origine du suis dit qu’il fallait que j’arrête » (P2), « j’ai eu
changement (3) un électrochoc en fait » (P4)

L’amorce du chemin peut être long (7) « C’est un cheminement… on peut pas du
jour au lendemain » (P8)

45
Idées principales Exemples de citations

« je pense que je ne savais pas que ma


Abandonner le déni consommation était problématique » (P5), « Il
(4) faut arriver à se dire, et à accepter qu’on a un
problème à ce niveau-là. » (P9)

Arrêter la fuite en « J’ai préféré profiter tant que j’étais en bonne


La nécessité avant (3) santé plutôt que d’être raisonnable » (P11),
d’avancer dans la « je voulais avoir un cancer parce que je
bonne direction n’arrivais pas à m’en sortir » (P1)

Avoir une feuille de « on est perdu au départ » (P2), « Il faut qu’il


route (2) nous dise qui aller voir » (P2)

Le besoin d’objectifs « j’ai un objectif avec des paliers, ça m’aide à


(4) me projeter plus tard » (P3), « On devait tenir
entre 6 à 9 mois, ça c’est obligatoire » (P2)

b) La temporalité est importante

(1) Le bon timing

 Le patient doit être disponible (4) pour évoquer sa problématique addictive :


« la prochaine fois où j’serai dispo pour venir » (P3), « tout simplement je n’ai pas le
temps » (P10), « j’attends juste que ma dernière soit en âge de partir et là c’est où je
partirai dans le bon sens, plutôt que de me détruire » (P7).

 Le dénouement de la parole peut aussi se faire à un moment inattendu : (3) « je


suis tombée sur vous » (P7), « J’ai eu besoin de le dire à ce moment-là » (P5).

46
(2) Le point de rupture

 L’état de grande détresse peut libérer la parole : (5)


« J’ai été très mal dans cette période-là et c’est là que je me suis dit « stop j’arrête, je
vois quelqu’un » (P4), « Peut-être un jour où je suis vraiment au bout du bout… » (P4).

Pour une patiente, l’aveu sera obligatoirement forcé : (1)


« Elle m’aurait dit « Madame X vous buvez. Maintenant vous me le dites, vous buvez ! »
(P1), « La première fois que j’ai parlé de mes problèmes de boulimie […] j’étais déjà
hospitalisée » (P1).

c) Les facilitateurs de la discussion autour des addictions avec son


médecin traitant :

- Les conditions d’accueil : (6)

 Un accueil chaleureux : « un peu plus de chaleur ça fonctionne mieux » (P5)

 Un endroit propice et calme : « un cabinet dans lequel on se sent bien, dans lequel
on n’entend pas les gamins qui crient dans la salle d’attente » (P11)

 Un endroit connu : « il y a eu pas mal de médecins dans la ville, de changements


successifs, les locaux ont changé aussi, je pense que pour les patients ça fait
beaucoup pour pouvoir lâcher une parole » (P9)

- Les caractéristiques du médecin : (5)

 Moins grande difficulté à évoquer le sujet avec des personnes qui semblent
aussi concernées par l’addiction :
« Quand on en a parlé je me suis demandé si vous consommiez ou pas par exemple ! »
(P9).

 L’âge du médecin serait facilitateur (plus jeune pour certains, plus âgé pour
d’autres) :
« oui, je pense qu’effectivement l’âge joue » (P9), « Est-ce que c’est la jeunesse, le début
du métier... justement j’en sais rien » (P9)
« mon ancien docteur on pouvait lui parler de tout. En plus elle avait un certain âge, elle
avait de l’expérience » (P1)

 Le sexe féminin semble influer :


« Les seules fois où j’ai pu en parler c’est plutôt avec des femmes » (P6), « j’ai toujours
aimé être avec des pairs, entre femmes » (P5)

47
- L’initiation de la discussion par le médecin (5)

Le fait que le médecin aborde en premier le sujet est déclaré par 5 patients comme aidant
dans la poursuite du dialogue :
« si on me demande pas moi je sais que j’irai pas le dire » (P10), « Je pense que c’est
plus simple que le médecin en parle » (P11)

- Les objets facilitateurs : (4)

« il peut y avoir dans la salle d’attente des choses sur ce sujet » (P6), « La psy[chologue]
du CSAPA m’a conseillé de lui écrire une lettre » (P3)

- L’aveu : (4)

Quatre patients ont trouvé que l’aveu pouvait aider la discussion à venir :
« Ça m’a fait vraiment du bien de venir la dernière fois, de lâcher. J’en ai parlé au boulot...
ça a débloqué » (P5), « Après finalement quand les choses ont été dites, c’est beaucoup
plus simple » (P6)

- Le tiers, médecin remplaçant ou confrère (7)

Pour certains patients, l’évocation du sujet avec un tiers, peut aider le dialogue avec le
médecin traitant : « c’est une bonne expérience pour elle […] y’a peut-être des choses
ou même des patients dont elle ne connaît pas les consommations qui vont s’ouvrir avec
vous » (P7)

Quand d’autres pensent l’inverse : « J’en ai vu d’autres des médecins, mais je l’ai jamais
dit » (P3), « qu’en tant que remplaçante ben je suis pas votre patiente.. vous vous en
foutez quoi ! » (P10)

- L’ancienneté de la relation (6)

Elle n’est pas considérée comme facilitatrice pour 6 patients :


« Ça fait 3 mois que je vous connais, 3 ou 4 mois, le Dr O ça fait 5 ans que je le connais,
et il connaît rien de mon passé » (P7)

48
Sur ce graphique, les catégories représentées en vert sont toujours citées comme
facilitant le dialogue, et celles en orange sont citées à la fois comme facilitant ou gênant
le dialogue.

LES CONDITIONS D'ACCUEIL 6


POTENTIELLEMENT
FACILITATRICES

LES CARACTÉRISTIQUES DU MÉDECIN 5


NOTIONS

L'ÉVOCATION DU SUJET PAR LE MÉDECIN 5

LES OBJETS FACILITATEURS 4

L'AVEU 4

LE TIERS 7

L'ANCIENNETÉ DE LA RELATION 6

0 1 2 3 4 5 6 7 8

NOMBRE DE PATIENTS AYANT CITE CHAQUE NOTION

Figure 11 : Les facilitateurs de la discussion avec le médecin généraliste

49
d) La relation aux soins

Idées principales Exemples de citations

Les médecins ne se « ils font semblant parfois » (P10), « je pense que


préoccupent pas des c’est plutôt pour qu’il note qu’un jour il a
patients (8) demandé » (P10)

Un mauvais regard sur Les médecins veulent « d’autres sont plus là pour faire de l’abattage, de
les soins (8) gagner de l’argent (3) la masse » (P11), « on vient, on a tel truc,
examen, résultat, fini, au revoir, payé, bonne
journée monsieur » (P11)

Les médecins sont « vous précisez que c’est pour être sûr, que ça va
intrusifs et devraient dans le dossier et que c’est par exemple pour des
justifier leurs questions futures prescriptions » (P9)
(2)

« entendre toujours les mêmes choses, des gens


Les soins sont stéréotypés (2) qui racontent toujours pareil… non c’est bon »
(P7), « On me dirait qu’il faut limiter telle chose,
remplacer par tel produit » (P11)

Les patients souhaitent une approche « après tout ça dépend des gens » (P6)
individualisée (3)

La place dans la relation de soins est dure à « J’ai gardé ses enfants donc on avait aussi un
trouver, surtout si le patient est soignant (4) lien fort » (P9), « soigner quelqu’un qui travaille
dans le soin c’est beaucoup plus complexe » (P8)

Le patient veut se « Je me suis fait soigner » (P1), « là je suis pas


Il existe une laisser guider (2) bien. Là j’ai une grosse difficulté » » (P9)
ambivalence dans le
statut de patient Il existe une volonté « Il y a quand même une prise de conscience des
d’être partie prenante gens, voilà, vous n’ordonnez plus, nous aussi on
de ses soins (6) décide d’aller voir ! » (P5)

50
[Link] médecin généraliste tel que perçu par le patient

a)La relation médecin-patient

 Une caste médicale condescendante (5)

« On n’est pas sur le même pied d’égalité et pour moi c’est pas une personne à qui je
vais en parler » (P6)
« C’est plus souvent de la part de chirurgiens qu’on a ce côté présomptueux quand
même » (P5)

… Qui entretient un sentiment de dévalorisation : « En plus le médecin, il y a quand


même cette image de… pas d’une personne supérieure […] mais qui a fait des grandes
études » (P5)

Une patiente rapporte avoir plus de facilité à se livrer lorsqu’il n’« y a pas le titre pompeux
de médecin » (P9).

 Un rapport paternaliste (4)

« sa réponse m’a un peu dérangé, parce qu’elle m’a dit « non mais attendez vous en
avez pas besoin » » (P6)

… qui infantilise et encourage à défier l’autorité (2) :


« j’aurais eu peur peut-être du jugement ou de la réaction un peu virulente... » (P9),
« ça ne m’a pas forcément fait réagir, au contraire, ça a peut-être accéléré le processus »
(P11)

 Une relation de confiance avec le généraliste (4)


« J’ai souvenir d’avoir eu une très bonne relation » (P9), « J'avais confiance » (P11)

- Qui peut aider à la libération de la parole : « je pense que le tout c’est


d’avoir confiance, et ça c’est important la confiance, et du moment qu’on
a confiance en notre généraliste, on peut tout dire » (P2)

- Qui est fragile : « C’est la grande confiance que j’avais en elle qui d’un
coup a été émoussée » (P5)

51
b) Le respect du secret médical

 Il est connu par la majorité des patients : (9) « vous êtes tenue par le secret
médical » (P1)

 Mais pas toujours mis en place dans la pratique : (5)


« pas forcément rompre le secret professionnel mais dire « oui au fait et ta fille elle fume
toujours ? » » (P9), « On parle du secret médical, du secret médical, mais on sait très
bien que ça existe pas ! » (P10)

 Y déroger pourrait occasionner des sanctions : (2)


« Moi je porterais plainte si elle disait quelque chose à mon mari ! » (P1)

c) Les rôles du médecin généraliste

- Le médecin généraliste soigne les maladies bénignes ou


saisonnières : (7)
« qu’il soigne mes petits bobos du quotidien » (P10), « les petites maladies de saison »
(P4).

- Il soigne les atteintes d’organes : (6)


« Si j’avais des fuites urinaires, je le dirais tout de suite ! » (P1)

- Il prescrit des arrêts de travail : (1)


« dans mon travail… […] on a besoin de pauses » (P4)

- Il renouvelle les traitements : (1)


« Je ne la voyais que tous les 3 mois pour le traitement. Je venais que pour ça » (P1)

Aucun patient n’évoque la prise en charge des addictions lorsqu’ils sont questionnés sur
les rôles du médecin généraliste.

52
8

NOMBRE DE PATIENTS
7
6 7
5 6
4
3
2
1
1 1
0
SOIGNER LES FAIRE DES SOIGNER LES RENOUVELLER
MALADIES ARRETS DE PATHOLOGIES LES
BENIGNES TRAVAIL ORGANIQUES TRAITEMENTS

LES ROLES DU MEDECIN GENERALISTE

Figure 12 : Les différents rôles du médecin généraliste

d) Les insuffisances du médecin généraliste

- Les médecins ne sont pas préoccupés : (8)


 Par le sujet des addictions : « il ne m’a jamais proposé… je ne me rappelle pas
qu’il m’ait dit « Tu sais, l’addiction au tabac ça peut être un problème, tu veux qu’on
en parle ? » » (P9), « il faut aussi que le généraliste il veuille poser ce genre de
questions et aller là-dedans ! » (P5)

 Par les patients :


« elle ne me proposait même pas un bilan sanguin » (P1), « il me reconduisait
l’ordonnance sans qu’on en rediscute » (P3), « On pourrait se voir une fois par semaine,
si le médecin ne s’intéresse pas à moi et à mon dossier… » (P7)

Les médecins n’ont pas le temps de prendre en charge les patients


-
atteints d’addiction : (5)
« il faut pas que ça traîne non plus » (P6), « si le médecin est en retard, […] j’aurais le
sentiment de devoir me dépêcher et de ne pas pouvoir prendre le temps de parler
tranquillement » (P11)
…. Bien que ce manque de temps ne leur soit pas nécessairement imputable : (1)
« vous essayez de faire rentrer dans une journée, trois jours de patients » (P5)

Le médecin généraliste n’est pas compétent pour prendre en


-
charge les patients atteints d’addiction : (5)
« Mon médecin en plus elle y connaît pas grand-chose » (P7), « les mécanismes,
l’expérience des choses à faire dans ces cas-là, qu’un généraliste n’aurait pas forcément
le temps de savoir-faire » (P11)

53
NOMBRE DE PATIENTS
9
8
7 8
6
5
4 5 5
3
2
1
0
MANQUE DE TEMPS PRATICIEN NON PRATICIEN NON
PREOCCUPE COMPETENT
LES DIFFERENTES CRITIQUES EMISES ENVERS LES
MEDECINS GENERALISTES

Figure 13 : Les différentes critiques émises envers les médecins généralistes

e) Les qualités essentielles que devrait avoir un médecin


généraliste pour prendre en charge les patients dépendants :

 Le médecin doit être capable d’effectuer un accompagnement bienveillant : (8)


« Lorsqu’il me voit, il me demande comment ça va, si j’ai pas repris… et il me félicite »
(P2)
- Il doit avoir de l’écoute : (3)
« Il faudrait qu’il m’écoute, qu’il ait de l’écoute » (P10), « une oreille attentive » (P7)
- Le médecin doit savoir rassurer : (3)
« qui le rassure et qui lui dit qu’il est capable et qu’il va y arriver » (P3)
- Il doit être compréhensif : (3)
« C’est pas le tout de discuter c’est d’être aussi compris » (P10), « vous conseillez, vous
comprenez » (P7)
- Il doit avoir de l’empathie mais savoir rester neutre : (2)
« Essayez de vous mettre à notre place » (P7), « la première fois que je lui ai parlé de
ma dépression elle s’est mise à pleurer donc la prise en charge était compliquée » (P8)

 Le médecin généraliste doit être ouvert au dialogue : (4)


« L’idée c’est de rester le plus ouvert possible et de montrer qu’on l’est. Montrer qu’on
peut en parler, que c’est possible d’en parler ! » (P6)

 Il doit savoir expliquer, informer : (5)


« Il y a plus de 200 maladies en rapport avec l’alcool et ça on n’en parle pas » (P2),
« dire voilà « il y a 25% de personnes qui ont des conduites problématiques, aujourd’hui
j’ai vu 10 patients dans la journée et sur ces 10 patients il y en a au moins […] ». Je sais
pas, être assez pragmatique » (P5), « Est ce qu’on a le droit par exemple de se faire 4
verres par jour ? » (P5)

54
 Le praticien doit être doté de compétences relationnelles spécifiques : (5)
« Y’a peut-être pas la bonne approche, le côté relation » (P11),
« vous avez une délicatesse dans la façon de discuter » (P9),
« Il faut pouvoir se sentir libre de dire à ses patients « vous savez il faudrait peut-être… »
mais pas comme ça ! » (P5)

QUALIFICATIFS UTILES

ETRE BIENVEILLANT 8
AU MEDECIN

AVOIR DES COMPETENCES


DIFFERENTS

5
RELATIONNELLES

SAVOIR EXPLIQUER 5

ETRE OUVERT 4

0 2 4 6 8 10
NOMBRE DE PATIENTS AYANT
EVOQUE CETTE QUALITE

Figure 14 : Les qualités recherchées chez un médecin généraliste soignant des patients
dépendants

55
6. Le repérage, un véritable enjeu pour le médecin généraliste

Idées principales Exemples de citations

L’apparence du patient « J’avais la voix qui traînait » (P1), « je sais pas,


peut faire évoquer la peut être avec mon odeur le matin » (P2)
Il faut s’attacher à situation (5)
décoder les signaux
précoces (6)
Les données collectées « Elle le verrait avec mes prises de sang si y’avait
durant la consultation un problème avec l’alcool » (P4), « il suivait la
sont importantes (3) courbe de poids et il voyait très bien que le poids
augmente » (P11)

Ils sont bien accueillis « Moi je pense que c’est bien » (P5), « Ça peut
par les patients (4) être une bonne idée et une bonne approche
justement » (P6)
Les questionnaires
standardisés peuvent
être utiles au dépistage Ils ont l’avantage de « C’est très pragmatique les questions » (P5),
(4) limiter la sensation de « Y’a pas d’accusation, c’est un constat » (P9)
jugement (3)

Il faut si possible utiliser « En poser quelque unes ok et puis après on voit »


des questionnaires (P10)
courts et précis (3)

Les patients sont en faveur d’évocations brèves « Pour la clope, le tabac, sûrement. En parlant de
et répétées (2) ça et d’autres choses, pour faire la discussion »
(P3)

56
[Link] principaux résultats de notre étude

Notre étude a permis de répondre à notre objectif principal, puisqu’il a été montré qu’il
existe effectivement des freins à l’évocation des addictions par le patient avec le médecin
généraliste. Ce résultat est concordant avec ceux de différentes études réalisées
précédemment (16–18) et pourrait expliquer que le sujet des addictions est abordé
environ trois fois plus souvent à l’initiative du médecin qu’à celle du patient lors des
consultations (11).

[Link] obstacles à l’abord des consommations en cabinet de médecine


générale

a)La dépendance limite les actions menées par le patient pour s’en
sortir

Certains de ces freins sont sous-tendus par les caractéristiques propres de l’addiction qui
font que la personne victime est convaincue d’être incapable de se sortir de l’engrenage
que constitue sa dépendance. Ce phénomène se construit progressivement et le patient
bascule dans une spirale qui contraint ses actions et l’empêche d’en sortir.

Dans notre étude les patients parlent aussi de la notion de perte de contrôle, associée à
un besoin récurrent de consommer, décrivant parfaitement le phénomène de
dépendance. Le craving est d’ailleurs considéré aujourd’hui comme un symptôme central
des troubles liés à l’usage de substances puisqu’il fait partie des critères diagnostiques
décrit dans le DSM-V. (Voir page 21)

L’addiction semble modifier le comportement et le discours des patients dépendants.


Un certain fatalisme se dégage des entretiens, pérennisant cette idée d’être incapable
d’agir sur le phénomène, d’autant plus qu’apparaît une part d’aboulie. Le malade ne
cherche pas à s’extraire de sa maladie puisque tout effort serait vain.

57
b)Pour évoquer sa dépendance dans le but de modifier son
comportement, le patient doit d’abord en avoir conscience

Nous avons remarqué lors de nos discussions que pour sept patients il était question
d’une sorte d’« échelle de l’addiction », c’est-à-dire que certaines dépendances seraient
considérées plus importantes ou plus néfastes que d’autres. Le malade pourrait alors se
sentir épargné par rapport à certaines personnes de son entourage.
Ce phénomène de déni engendre une banalisation, une minimisation des faits ; or une
addiction n’est pas seulement définie par la quantité de substance consommée mais par
la poursuite de ces consommations malgré de possibles conséquences délétères (1).

Ce déni est d’ailleurs un frein à l’abord de la discussion autour des addictions pour le
patient, mais également pour le médecin. Une étude réalisée en 2013 a montré que la
majorité des généralistes interrogés citaient le déni comme une entrave au repérage des
consommations et à la prise en charge des patients dépendants (19).

Le discours des interviewés a souvent été teinté d’ambivalence. En effet pour pouvoir
stopper un comportement, il est essentiel d’estimer que l’arrêt est préférable à la
poursuite des consommations, d’autant plus que la volonté de se sevrer est parfois
atténuée par l’échec de précédentes tentatives. On retrouve cette ambivalence dans
notre partie 1-e des résultats avec par exemple la patiente P1 qui perçoit tantôt l’effet de
l’alcool sur son corps comme positif « ça me donnait un peu la pêche » (P1), et parfois le
juge négatif : « l’alcool me faisait monter la tension » (P1).
Cet état correspond au 2e stade du modèle transthéorique du changement de Prochaska
et Di Clemente appelé la contemplation et suit le stade de la pré contemplation ou du
déni. L’ambivalence montre que le patient a amorcé une prise de conscience de ses
troubles, ce qui devrait inciter le généraliste à recourir aux techniques d’entretien
motivationnel (20).

c)Les patients jeunes méconnaissent les conséquences de l’abus


de substance

Dans le discours des interviewés, on retrouve un certain sentiment d’invincibilité avant


l’âge de 40 ans, et ce, malgré les campagnes de sensibilisation (spots télévisés, affiches,
images chocs sur les paquets de cigarettes...), rendant la prise de conscience,
indispensable à la guérison, d’autant plus malaisée. Ce sentiment d’invincibilité est
particulièrement délétère car on sait aujourd’hui que l’usage problématique d’une
substance peut entraîner des conséquences néfastes pour la santé même à un jeune
âge. Westover et al ont par exemple montré en 2007 que l’abus d’amphétamines majorait
le risque d’accident vasculaire cérébral hémorragique chez les personnes de 18-44 ans
(21).

58
d)L’isolement des malades entrave les soins

Durant nos entretiens, nous avons pu constater que l’addiction en elle-même est parfois
perçue comme faisant partie intégrante de la vie de l’individu, se rapprochant d’une
personne familière avec laquelle on partage le quotidien, avec laquelle on noue une
attache, ce qui peut engendrer une rupture entre le patient et son environnement. Le
malade s’isole, rendant l’accès aux soins plus difficile.
Une revue de la littérature a récemment confirmé que les personnes toxicomanes sont
plus solitaires que la population générale (22) et que cette solitude s’accompagne
systématiquement d’un mauvais état de santé. En sus, le mauvais état de santé serait
potentiellement à l’origine d’un plus grand isolement, entretenant la situation. Le patient
ne sachant pas sur qui s’appuyer pour se sevrer et n’étant pas soutenu consultera moins
le professionnel de santé pour évoquer sa dépendance.

e)La stigmatisation, le jugement et le rapport à l’autre favorisent


l’isolement et freine l’abord des consommations

Le regard porté sur l’autre et le jugement sont des facteurs poussant à s’isoler des autres
et à ne pas demander de l’aide comme vu précédemment, d’autant plus que l’individu
craint de se dévoiler pour d’autres raisons (peur des sanctions, crainte des soignants…).
Ce sentiment d’être méjugé entrave la discussion avec n’importe quel interlocuteur, lui
paraissant être « la norme ».
Le rapport à l’autre est apparu comme un déterminant important influant sur la discussion
autour du sujet des addictions, puisque l’individu qui ne se sent pas en confiance
rencontrera nécessairement des difficultés à se livrer.

Progressivement se développe une gêne à se dévoiler comme une personne souffrant


d’addiction, allant parfois jusqu’à la honte, sentiment également exprimé par 8 de nos 11
interviewés. Dans une étude réalisée auprès de 100 patients alcoolodépendants en
circuit de soin, il a été montré que 46% des interrogés éprouvaient de la honte à parler
de leur addiction (18). On peut imaginer que ce pourcentage est plus important encore
parmi la population non suivie pour ses problèmes de dépendance. Cette véritable
barrière au dialogue est retrouvée dans la quasi-totalité des travaux réalisés sur le sujet.

La gêne peut apparaître de façon bilatérale, provenant autant du patient que du soignant,
bien que cette gêne soit variable en fonction du produit consommé, d’après les médecins
généralistes (10).

Le malade, pour ne pas se retrouver dans une situation inconfortable, en sus de ne pas
évoquer la situation, va utiliser des stratégies d’évitement, afin de ne pas attirer l’attention
sur ses consommations, ce qui entrave le repérage par les professionnels de santé.

59
f)Il existe une véritable crainte des soignants pour certains patients

Les interviewés évoquent une certaine méfiance à l’égard des soignants, et ont parfois
une mauvaise représentation des soins. Tantôt les médecins sont perçus comme avides
d’argent, voulant recevoir le plus de patients en consultation dans un temps restreint,
laissant peu de temps aux confidences, et parfois ils paraissent, pour huit patients,
désintéressés par leurs sollicitations.

La majorité des individus questionnés durant notre travail, 9 sur 11, connaissent le
principe du secret médical qui interdit au médecin de divulguer des informations
recueillies à propos du patient à toute autre personne.
Peut-être est-il important d’insister auprès des patients sur la non-divulgation des
informations médicales et de s’y tenir pour faire perdurer la relation de confiance. Cette
réaffirmation nécessaire du secret concorde avec les résultats d’une étude menée en
2015 portant sur les non-dits en consultation de médecine générale (23).

Nous avons aussi pu remarquer que 4 patients sur 11 peinaient à trouver leur place dans
la relation de soins. Ce phénomène a d’autant plus été remarqué chez les patients qui
sont eux même soignants (P8, P10), ce qui accentuait la gêne à consulter.

g)Le médecin généraliste n’est pas l’interlocuteur privilégié pour


parler de sa dépendance

Le psychologue/psychiatre et l’addictologue apparaissent comme les professionnels de


santé favoris des patients pour évoquer le sujet de leur addiction. Le médecin généraliste
quant à lui est rarement cité comme une aide potentielle. Même si la plupart des patients
ont une relation de confiance avec le généraliste, ils ne le considèrent pas comme
l’interlocuteur privilégié pour les addictions. Il peut même pour 3 patients apparaitre
comme « sachant », ayant tendance à faire preuve de condescendance envers les
patients souffrant d’addiction.
Le médecin généraliste est souvent considéré comme incompétent dans ce domaine. Il
est le médecin des banalités, qu’on rencontre ponctuellement ou qui assure un suivi
superficiel.

Il apparait comme peu préoccupé par le sujet des addictions, voire dans des cas
extrêmes peu préoccupé par la santé de ses patients ou par leur environnement. La
question des addictions est d’ailleurs perçue comme évitée par le médecin généraliste,
d’autant plus qu’il est souvent pressé.

Parfois le médecin généraliste est jugé comme non-compétent pour prendre en charge
les patients dépendants et un manque d’expérience et de savoir-faire lui est reproché, ce
qui concorde avec la littérature. Ainsi parmi les patients sous traitement de substitution
aux opiacés (TSO) suivis en CSAPA interrogés par Ellen DUVOID en 2020 et se disant
capables d’évoquer leur addiction avec un médecin généraliste, 27,5% ne l’ont pas fait
60
car ils considèrent que le médecin généraliste n’est pas assez spécialisé (17), tout
comme les patients alcoolodépendants en circuit de soins questionnés par Mohamad
KARA en 2013 qui considéraient que le rôle du médecin généraliste était plus d’informer
sur les structures existantes que de proposer un véritable suivi de leur addiction (44% vs
17%) (18).

[Link] faire pour faciliter le dialogue médecin-patient autour du sujet


de l’addiction ?

La vocation secondaire de notre étude était de montrer s’il existait ou non des leviers
d’action pour rendre cette évocation plus simple en médecine de ville.

a)Il faut ouvrir le dialogue avec le patient

Le dialogue apparaît comme un facteur aidant dans la prise en charge des patients
souffrant d’addiction. C’est d’ailleurs le cas pour 5 des 11 patients à l’étude qui expriment
clairement et s’accordent à penser que la discussion fait partie intégrante du processus
de soin. L’échange permet d’avancer, de faire le point et de réfléchir à sa situation afin
de trouver des pistes pour se soigner. Cet échange peut débuter avec l’entourage, ou
directement avec un professionnel de santé.

La plupart des patients sont favorables à l’initiation du dialogue autour des substances
psychoactives par le médecin généraliste, ce premier pas effectué par le soignant serait
même perçu comme une marque d’intérêt (24).

L’évocation du sujet des addictions, faite en premier lieu par le médecin traitant a
également été plébiscitée durant nos entretiens, par cinq questionnés.

Ainsi l’idée d’être mis au pied du mur par une « preuve irréfutable » -un résultat de
biologie par exemple- et la libération forcée qui en découle sont perçues par plusieurs
patients comme un soulagement, un déclencheur.

De plus, pour une patiente interviewée, cette libération de la parole sera nécessairement
forcée par l’interlocuteur puisque l’aveu ne viendra pas spontanément.

On peut donc penser que le médecin doit savoir initier le dialogue, avec tact, sans
craindre de brusquer son patient s’il pense que le patient est victime de dépendance.

61
b)Il faut informer tous les patients, même ceux sans troubles liés à
l’usage de substances

Le chemin du soin passant par plusieurs étapes, la prise de conscience de la maladie


peut prendre un temps variable, mais certains facteurs semblent pouvoir accélérer le
processus : il peut s’agir de l’entourage qui voit d’un mauvais œil la consommation et qui
alerte, la volonté de protéger un enfant, une crainte pour sa santé…
Ainsi il apparaît bénéfique, en cabinet de médecine générale, de s’attacher à sensibiliser
tous les publics, y compris ceux n’étant a priori pas directement concernés par l’addiction,
puisque cette sensibilisation individuelle pourra certainement aboutir à un échange entre
amis, membres de la famille, collègues, et peut-être déclencher une prise de conscience
chez un malade dépendant.

Cinq patients interrogés ont déploré un manque général d’information sur le rôle du
médecin généraliste dans la prise en charge des addictions, mais également sur les
conséquences de l’usage des substances ou sur la possibilité de soins, malgré les
campagnes de sensibilisation.

Il semble alors essentiel de continuer à informer le public et de briser le tabou autour de


l’addiction pour améliorer la prise en charge des patients qui en sont victimes.

c)L’accompagnement bienveillant est nécessaire à la prise en


charge des patients

Certains malades sont partagés entre l’envie de se remettre entre les mains du médecin
en se laissant guider et celle de s’en sortir seul.
Cette volonté d’empowerment du patient, acteur de sa guérison, semble marquer un
changement d’époque dans la relation médecin-patient, replaçant le patient au centre du
système de soins, alors que le modèle paternaliste était auparavant majoritaire laissant
médecin décider seul de la conduite à tenir.

Cinq patients interviewés se sont montrés en faveur de ce modèle informatif de la relation


médecin-patient où le patient informé est décideur dans sa prise en charge. Le médecin
consulté possède un savoir, acquis lors de sa formation et durant ses années d’exercice,
qu’il partage avec son patient afin de le soutenir dans sa démarche de soin.

Ce rôle de soutien, d’accompagnateur, a été plébiscité lors de notre recherche. Pour


pouvoir prendre en charge un patient souffrant d’addiction, le professionnel doit pouvoir
s’affranchir des représentations négatives qui lui sont liées, et adopter une posture
bienveillante, non culpabilisante. Une des raisons principales de la non-évocation du
sujet des addictions par les patients est d’ailleurs la peur du jugement (17).

62
Dans cette optique, et puisque nous avons montré la moins grande difficulté des patients
à se rapprocher des personnes elles aussi concernées par l’addiction, le rôle du patient-
expert nous semble devoir revêtir à l’avenir une place plus importante dans le système
de santé, étant à la fois un usager des soins ayant acquis des connaissances et un pair
qui a partagé les mêmes interrogations, sentiments, moments de doute que les malades
qui pourront se sentir mieux compris et moins jugés, ceci d’autant plus que le patient-
expert peut intervenir dans la formation des professionnels de santé. Le médecin
généraliste devrait alors disposer des coordonnées de patient-expert, de groupes de
paroles ou de mouvements d’entraide tels que les alcooliques anonymes s’inscrivant
dans une dynamique de pair-aidance.

d)Le médecin généraliste doit être régulièrement formé dans le


domaine de l’addiction et doit pouvoir s’appuyer sur un réseau de
professionnels spécialisés

Une fois le stade de déni dépassé, les patients adhèrent plus favorablement aux soins
s’ils sont inclus dans un vrai projet ; d’où l’intérêt pour les professionnels de proposer un
plan de soins concret avec des objectifs et des étapes intermédiaires. Pour poursuivre le
chemin du soin, les patients ont besoin qu’on les oriente, c’est d’ailleurs l’un des rôles
notables du médecin généraliste dans leur prise en charge, d’après les patients souffrant
d’addiction (18).
L’important pour les interrogés est d’être aidés par la bonne personne ou, du moins, que
leur premier contact les redirige vers un soutien compétent.
Ainsi nous pouvons penser que l’évocation du sujet des addictions pourra être facilitée si
le patient sait que son médecin traitant dispose d’un réseau étoffé auquel recourir s’il ne
se sent pas compétent pour le prendre en charge. Les données de la littérature sont en
faveur de la réciproque de ce constat puisqu’un praticien mieux formé à la prise en charge
des addictions et disposant d’un réseau de professionnels spécialisés sur qui s’appuyer
en cas de besoin, a plus de facilités à aborder le sujet des drogues en consultation (13).

Les patients soulignent également l’importance de la part psychique dans le phénomène


d’addiction, et à quel point ils ressentent le besoin d’être aidés par un professionnel de
santé ayant l’habitude de prendre en charge ces problématiques.

Les deux arguments principaux qui encouragent les patients à se diriger vers
l’addictologue sont que celui-ci a nécessairement déjà pris en charge plusieurs patients
souffrant d’addiction, ce qui limiterait la gêne ressentie par le patient, et que cet
addictologue est sûrement, par cette expérience, compétent dans le domaine. On
pourrait alors conclure que pour prendre en charge de façon adéquate un patient
présentant une dépendance, le médecin généraliste doit être coutumier de cette prise en
charge et avoir dans sa patientèle d’autres malades touchés.

63
e)Le médecin doit savoir prendre le temps nécessaire pour rendre
l’échange possible

La temporalité est fondamentale puisque l’échange autour du sujet des addictions


semble intervenir préférentiellement à certains moments de la vie du patient (détresse
psychologique, rencontre inattendue, disponibilité…). La HAS recommande d’ailleurs,
d’effectuer un repérage des consommations chez les patients au moins une fois par an,
et lors de tout changement de vie pouvant constituer un risque majoré de développer une
dépendance (grossesse, conditions de stress comme un divorce, un changement de
travail…) (9).

Pour pouvoir aborder le sujet des addictions avec son médecin, le patient veut sentir qu’il
est accessible, que la discussion est possible, et le patient ne veut pas avoir l’impression
de déranger lorsqu’il aborde le sujet des consommations ni même se sentir pressé par le
praticien. Ce dernier doit donc se montrer disponible et être capable de prendre le temps
nécessaire à la consultation, même si son emploi du temps est chargé, ou qu’il est en
retard. D’ailleurs ce manque de temps est fréquemment cité dans les études comme un
frein à l’abord de la discussion autour des consommations de la part du patient mais aussi
du médecin, la consultation se limitant souvent au motif de consultation initial (25).

Afin d’améliorer la prise en charge, nous proposons au médecin généraliste de proposer


ponctuellement des plages de consultations plus longues que celles prévues
habituellement, ou des plages dédiées à la discussion autour du sujet de l’addiction.

f)Il existe des facilitateurs de la discussion autour de la dépendance

Plusieurs facteurs pouvant inciter à la discussion ont été décrits lors de nos entretiens. Il
peut s’agir d’un accueil perçu comme propice, d’objets posés dans le cabinet ou utilisés
pour faire passer un message…

Le rôle du tiers a été questionné dans notre étude. Ainsi la place facilitatrice du médecin
généraliste remplaçant reste débattue puisque certains patients considèrent comme
favorable de se confier à une première personne sans le faire directement avec leur
médecin, le dialogue étant rendu plus simple à la suite de la première évocation. A
l’opposé d’autres ne voient pas l’intérêt d’évoquer le sujet avec un médecin non
titulaire qui ne les suivra pas une fois le sujet évoqué.

Il a été montré que le fait que le médecin traitant ne soit pas au courant de l’addiction
constitue un frein pour les patients à aborder leur addiction en consultation (17) ; on peut
donc penser que le dialogue avec le médecin traitant serait facilité si une tierce personne
évoquait leurs consommations à leur place, qu’il s’agisse du tiers médecin généraliste
remplaçant, d’un membre de la famille, d’une connaissance ou d’un autre professionnel
de santé. Pour autant, avant de transmettre cette information, il nous semble important
que le tiers s’enquière de l’accord du patient.
64
g)Il faut s’adapter à chaque patient

Les interviewés attachent également une importance à la prise en charge personnalisée.


En effet pour obtenir un même résultat, diminution des consommations ou sevrage, il
existe plusieurs manières de soigner, plusieurs techniques de communication, plusieurs
chemins de soins et il sera nécessaire de s’adapter au patient et à sa personnalité. La
recette magique n’existe pas, et les patients sont parfois découragés d’entendre les
professionnels qu’ils sollicitent répéter des recommandations identiques qui ne leur
correspondent pas puisqu’ils les ont déjà appréhendées ailleurs sans succès.

Pour réussir à prendre en charge les patients souffrant d’addiction, le médecin généraliste
s’attachera à adapter son discours et ses propositions thérapeutiques à la personne qu’il
soigne, prenant en compte son mode de vie, son entourage, ses ressources (financières,
intellectuelles, matérielles…) et son avancée dans la volonté de changement. Pour cela,
il peut se baser sur le modèle de Prochaska et Di Clemente.

h)Certaines qualités du médecin généraliste sont recherchées par


les patients qui veulent évoquer leur problématique

Pour prendre en charge les patients touchés par l’addiction, le médecin généraliste
devrait être doté de bonnes compétences relationnelles (empathie, ouverture d’esprit,
ouverture au dialogue, sens de la communication…), devrait savoir prendre le temps,
partager ses connaissances et expliquer sa démarche dans le but de ne pas brusquer le
patient ou d’éviter le sentiment de jugement. Les patients recherchent un véritable soutien
dans les soins, à travers quelqu’un qui les encourage et les motive.

Ces qualités ne sont pas nécessairement innées et certaines peuvent se travailler.


Les Facultés de médecine proposent en ce sens de plus en plus d’enseignements portant
sur les techniques de communications, les modalités d’annonce d’une maladie ou d’un
pronostic péjoratif, tout comme la pratique de l’entretien motivationnel, qui sont en
général appréciés par les étudiants car très utiles dans leur pratique future.

65
i)Le repérage précoce est un enjeu majeur dans la prise en charge
des addictions

Puisque les patients expriment des freins à l’évocation du sujet des addictions, l’enjeu
pour le médecin est de déceler le plus tôt possible la dépendance du patient afin de lui
proposer une prise en charge précoce et limiter les complications à long terme.
Pour cela, le médecin généraliste devrait accorder une importance particulière aux
signaux indirects renvoyés par les patients (changement d’apparence, intonation
différente…) car ceux-ci peuvent permettre d’entamer le dialogue autour du sujet de la
dépendance de manière moins frontale.
Dans le but de repérer précocement les consommations, le médecin peut s’aider des
questionnaires standardisés (FACE, CAST…) perçus par les patients comme moins
empreints de jugement que les questions directes qui peuvent être ressenties comme
des accusations.
L’évocation brève du sujet des addictions de façon répétée par le médecin est bien
perçue dans l’ensemble et peut, si elle n’ouvre pas le dialogue, permettre au patient
d’amorcer un processus de questionnement personnel.

66
[Link] forces et les faiblesses de notre travail

[Link] forces de l’étude

Notre travail est original car, d’après nos recherches, peu d’études ont été réalisées sur
ce thème, et surtout peu se plaçaient du point de vue des patients souffrant d’addiction.
En effet, plusieurs études ont cherché à explorer le ressenti des médecins généralistes
concernant les freins à la prise en charge et au suivi des patients dépendants mais peu
se sont attachées aux impressions des malades, pourtant partie prenante de la relation
de soin. De plus, l’évocation primaire du sujet des addictions avec son médecin
généraliste nous a paru être un moment clé de la prise en charge qui méritait qu’on s’y
intéresse puisqu’elle marque bien souvent l’avancée du patient dans sa prise de
conscience et sa motivation à s’informer, voire à se sevrer.

Dans le but de recueillir les ressentis les plus vrais possibles des patients interviewés,
l’approche qualitative par entretien semi-directif nous a paru la plus adaptée pour notre
étude, car permettant de laisser les individus s’exprimer librement.
Ceux-ci ont ainsi pu décrire leurs expériences vécues, leurs émotions, leurs impressions
sans être restreints par un nombre limité de réponses pré établies.

La retranscription « mot à mot » a été utilisée afin d’être la plus fidèle au discours du
patient, sans dénaturer ses propos. L’annotation de quelques rires, silences,
interjections, permet au lecteur d’appréhender au mieux la situation et l’état d’esprit du
patient qui accompagnaient ses paroles.

Les données recueillies ont par la suite été analysées en tentant de se rapprocher au
maximum du concept de la théorisation ancrée.
Cette méthode nous a permis de conceptualiser les différents phénomènes déduits de
nos entretiens pour en faire ressortir des pistes d’amélioration concernant la prise en
charge des patients souffrant d’addiction en cabinet de médecin générale.

Une des difficultés de notre travail résidait dans le fait de questionner des personnes qui
refusaient par définition d’aborder le sujet de leur addiction avec leur médecin généraliste
alors que l’investigatrice avait elle-même le rôle de médecin généraliste dans sa pratique
courante. Les explications données sur la démarche rappelant le concept
d’anonymisation, l’écoute, et l’attitude bienveillante de l’investigatrice ont permis aux
patients de se livrer, tout en mettant au second plan la position de médecin généraliste
de la chercheuse.

67
[Link] faiblesses de notre travail

Notre étude compte un effectif réduit de patients, puisqu’ils sont au nombre de onze,
mais, s’appuyant sur les réponses obtenues à nos questions principales (interlocuteur
privilégié, freins à engager la discussion, attentes envers le médecin traitant, leviers à
actionner) nous avons considéré que la saturation des données a été obtenue au
neuvième entretien. Deux entretiens supplémentaires ont par la suite été réalisés pour
valider ce résultat.

Aucun questionnaire d’évaluation de l’addiction n’a été réalisé lors de notre étude et les
addictions rapportées par les participants ont été simplement déclaratives. Ainsi
l’interviewée numéro 9 a évoqué plusieurs consommations problématiques passées ou
actuelles mais nous avons choisi arbitrairement de n’en conserver que quatre qui nous
ont semblé relever de la dépendance d’après ses propos.

Plusieurs biais sont ressortis de notre étude, dont deux sont propres à la démarche
qualitative.
Il existe un biais d’investigation dans ce travail puisque qu’en interrogeant les patients
ayant pris part à l’étude, l’investigatrice, novice en ce qui concerne le fait de mener de
tels entretiens, a pu induire des réponses par sa façon de formuler les questions ou les
termes employés, qui n’ont pas été toujours aussi neutres qu’espéré.
Pour minimiser ce biais l’enquêtrice a cherché à reformuler les propos émis
précédemment par les patients en début de question et à utiliser si possible des questions
à réponses ouvertes.
Ce mode de recueil de données a pu également générer un autre biais : l’interviewer par
ses caractéristiques propres (sexe, âge, profession, croyances…) a pu influencer les
réponses de l’interviewé, et inversement, l’analyse des verbatims a pu être influencée par
les caractéristiques des interviewés.

Cette thèse ayant été réalisée par une seule investigatrice, il n’y a pas eu de triangulation
des résultats, ce qui aurait pu permettre d’augmenter la validité de notre étude. Il s’agit
là d’un risque de biais d’interprétation.

68
C. Les changements déjà observés et les perspectives

[Link] formation des étudiants en médecine générale évolue

Notre étude a confirmé un des résultats que nous avions retrouvé dans la littérature : une
part importante des patients souhaite que le médecin traitant soit l’initiateur de la
discussion autour du sujet des addictions.
Or, parmi les freins les plus fréquemment rapportés par les médecins généralistes au
dépistage des consommations de substances psychoactives figure le sentiment de ne
pas être assez bien formé à la prise en charge des patients souffrant d’addiction. Aussi
les patients dépendants expriment le souhait d’être soignés par un professionnel de santé
qui a l’habitude de prendre en charge des patients ayant la même problématique qu’eux
et qui est donc à l’aise avec la thématique.

Du point de vue des addictions, la formation initiale des futurs médecins s’est améliorée
depuis quelques années. On dénombre aujourd’hui cinq items (73 à 77) portant sur les
addictions au programme officiel des IECN 2022 contre un item (45) en 2015.

Une fois diplômés les praticiens ont la possibilité de se former à l’addictologie via
plusieurs modes :
- La formation médicale continue est inscrite dans le code de déontologie médicale
à l’article 11 « Tout médecin entretient et perfectionne ses connaissances dans le
respect de son obligation de développement professionnel continu ». Cette
obligation est d’ailleurs légale depuis 1996. Un grand nombre d’organismes
proposent des formations abordant ce thème chaque année.
- En sus des formations entrant dans le cadre du DPC, plusieurs Facultés de
médecine française proposent des formations préparant un Diplôme Universitaire
(DU) d’Addictologie accessibles aux professionnels médicaux mais aussi aux
paramédicaux, travailleurs sociaux…
- Enfin nous citerons comme exemples d’autres modes d’apprentissage et
d’optimisation des pratiques comme la littérature scientifique, l’accueil d’étudiants,
les groupes d’échanges de pratique…

Durant notre recherche, les interviewés ont cité l’importance des compétences
relationnelles des médecins pour prendre en charge les patients dépendants. Là aussi la
formation des médecins semble évoluer dans le bon sens.

Jusqu’en 2019, la première année commune aux études de santé (PACES) comportait
dans son programme une unité d’enseignement nommée « Santé, Société, Humanité »
permettant aux étudiants d’acquérir des connaissances basées sur les relations entre
soignés et soignants et d’aborder les questions de réflexion autour de la psychologie et
l’éthique médicales.

69
La PASS mise en place à la rentrée 2019, prévoit en plus de ces enseignements une
sélection des étudiants en partie via des oraux évaluant l’aisance orale, l’empathie, les
qualités humaines et non plus uniquement les capacités d’apprentissage, preuve que les
compétences relationnelles sont de plus en plus recherchées chez les futurs
professionnels de santé.

Les Facultés de médecine proposent là encore des formations initiales et continues


autour de ces compétences. On prendra en exemple les formations basées sur les
techniques de l’entretien motivationnel fréquemment utilisées dans la prise en charge des
patients dépendants.

Il conviendra de poursuivre ces avancées dans le domaine de la formation des étudiants


en médecine afin de rendre le dépistage des consommations plus systématique et ainsi
faciliter le dialogue médecin-patient autour de ce sujet.

2.D’autres acteurs de santé pourraient jouer un rôle majeur dans


l’initiation du dialogue médecin traitant-patient à l’avenir

Le rôle du médecin généraliste remplaçant n’a pas toujours été considéré comme un
facilitateur de la discussion par les personnes interrogées dans notre étude, et dans un
travail réalisé en 2016 par Mathilde Dupin 62,8% des patients se montraient réfractaires
à consulter un médecin remplaçant si leur motif de consultation était d’ordre
psychologique.
Ce constat est nuancé par le fait que 67,5 % des interrogés dans cette même étude ont
considéré que la consultation avec un médecin remplaçant était l’opportunité d’aborder
de nouveaux sujets (26).

Le médecin remplaçant serait-il alors un interlocuteur possible, voire un premier


interlocuteur approprié pour les patients souhaitant initier la discussion autour du sujet
de l’addiction et qui n’osent pas en parler à leur médecin traitant ?

Une étude réalisée dans la Meuse en 2018 a montré que l’organisation de consultations
d’addictologie dans les MSP menée par des infirmières formées à l’addictologie a
sensibilisé les médecins généralistes du secteur et a amélioré leurs repérages des
patients souffrant d’addiction (27).
Les consultations auprès des infirmières en addictologie libérales sont généralement
réalisées à la suite du repérage par le médecin généraliste.
On peut alors se questionner sur une possible moins grande difficulté des patients
dépendants à aborder ce thème avec une infirmière comme premier interlocuteur
professionnel de santé, qui pourrait amener à échanger par la suite avec le médecin
traitant sur le sujet.

70
[Link]’en est-il des addictions sans substance ?

Nous avons choisi de nous concentrer lors de notre travail sur les addictions avec
substances, mais il nous parait intéressant qu’un travail soit mené à l’avenir sur l’abord
des addictions comportementales et addictions sans substance.
En effet, dans le DSM-V, une « nouvelle catégorie » d’addiction a été caractérisée :
l’addiction sans substance, avec l’entrée dans la classification de la problématique autour
des jeux d’argent (28). La CIM reconnaît quant à elle dans sa nouvelle version, la CIM-
11, le trouble lié au jeu vidéo, qui entre dans la catégorie des troubles dus à des
comportements addictifs, aux côtés de l’addiction aux jeux de hasard. Ceci tend à montrer
un intérêt grandissant de la communauté médicale autour de ce type d’addiction.

L’addiction sans substance possède les mêmes caractéristiques que les troubles de
l’utilisation d’une substance (comportements compulsifs (craving), quantité importante de
temps consacré à l’activité, augmentation de la tolérance, persistance du comportement
malgré les effets négatifs…).

L’addiction comportementale considérée la plus fréquente est celle aux jeux de hasard
et d’argent, comprenant par ordre de fréquence le jeu de loterie (tirage ou grattage), le
pari hippique ou sportif, les jeux de casino et le poker. Le baromètre santé de l’INPES
paru en 2010, estimait à 0,4% la proportion de joueurs excessifs parmi la population
générale française (29), ce qui est non négligeable.

Parmi les addictions sans substance on citera aussi l’addiction au sport, à internet, au
sexe, au shopping, au travail…

71
L’initiation de la discussion autour du sujet des addictions en cabinet de médecine
générale résulte de la rencontre entre un individu souffrant d’addiction et d’un autre
individu, ici médecin généraliste, que le patient considérera comme capable de l’aider à
avancer sur le chemin du soin, et ceci au moment adéquat. S’il aborde de lui-même le
sujet, le patient aura bien souvent amorcé le chemin du soin seul, aidé ou non de son
entourage, et motivé par des objectifs l’amenant à accepter de se soigner.
Dans d’autres cas, c’est le médecin qui décide d’entamer la discussion et le repérage par
le professionnel de santé induit une libération plus ou moins forcée de la parole. La
détection des signaux précoces et l’utilisation d’outils standardisés apparaissent alors
primordiales dans la prise en charge de ces patients.

Dans notre travail certains facilitateurs ont émergé de nos échanges comme le fait pour
le praticien de proposer un accueil propice à l’échange, d’être formé à l’addictologie et
de disposer de bonnes compétences relationnelles.

La poursuite de la sensibilisation du public dès le plus jeune âge à la thématique de


l’addiction, à travers les différentes campagnes de sensibilisations, pourrait permettre de
lever certains tabous persistants dans ce domaine et ainsi rompre le silence.

Enfin, la diversification des acteurs intervenant dans la prise en charge des patients
dépendants semble offrir des opportunités d’accès aux soins pour les patients hésitants
à aborder en premier la question avec leur médecin traitant.

72
1. Goodman A. Addiction : definition and implications. Br J Addict. 1990;85(11):1403‑8.

2. World Health Organization. The ICD-10 classification of mental and behavioural


disorders: clinical descriptions and diagnostic guidelines. Geneva: World Health
Organization; 1992. 75‑76 p.

3. HAS. Prise en charge des consommateurs de cocaïne. HAS; 2010 p. 35.

4. David S, Buyck J-F, Metten M-A. Les médecins généralistes face aux conduites
addictives de leurs patients. Doss DREES. 2021;(N°80):47.

5. Huas D, Rueff B. Le repérage précoce et l’intervention brève sur les consommateurs


excessifs d’alcool en médecine générale ont-ils un intérêt ? Exercer. Janv
2010;21(90):20‑3.

6. Couzigou P, Vergniol J, Kowo M, Terrebonne E, Foucher J, Castera L, et al.


Intervention brève en alcoologie. 2009;38(7‑8):1126‑33.

7. Bras P-L. Les Français moins soignés par leurs généralistes : un virage ambulatoire
incantatoire ? Trib Sante. 2016;50(N°1):67‑91.

8. Baudier F, Joussant S. Prise en charge des problèmes d’addiction Tabac et Alcool.


1999 1998;Baromètre Santé Médecins Généralistes:95‑107.

9. HAS. Outil d’aide au repérage précoce et à l’intervention brève Alcool, Cannabis,


Tabac chez l'adulte. 2021 p. 2.

10. Gautier A, Berra N. Baromètre santé médecins généralistes 2009. INPES. :44.

11. Cogordan C, Quatremère G, Andler R, Guignard R, Richard JB, Nguyen-Thanh V.


Dialogue entre médecin généraliste et patient : les consommations de tabac et d’alcool
en question, du point de vue du patient. Rev Epidemiol Sante Publique.
2020;68(N°6):319‑26.

12. Gambier J. Représentations sociales de l’alcool, de l’héroïne, de l’alcoolique et du


toxicomane chez les internes en Médecine Générale du Languedoc-Roussillon : étude
qualitative par questionnaires d’évocation lexicale. Université de Montpellier; 2014.

13. Couturier A. Profil des Médecins Généralistes qui s’investissent dans la prise en
charge des addictions : Revue de la littérature. Université de Poitiers; 2017.

14. Reynaud M, Bailly D, Venisse JL. Médecine et addictions - Peut on intervenir de


façon précoce et efficace ? Paris: Masson; 2005. 311 p. (Médecine et psychothérapie).

15. Paillé P. L’analyse par théorisation ancrée. Cah Rech Sociol. 2011;(23):147‑81.

73
16. Looze-Renault C. Vécu, attentes et connaissances des patients réalisant une
tentative de sevrage tabagique : recherche qualitative auprès de patients dans le Nord
Pas de Calais. Université de Lille; 2017.

17. Duvoid E. Existe-t-il des freins pour les patients sous traitements de substitution aux
opiacés à aborder leur addiction avec un médecin généraliste ? Etude menée en
centres d’addictologie. Université de Clermont Auvergne; 2020.

18. Kara M. Les patients dépendants de l’alcool et leur vision du médecin généraliste.
Université de Montpellier; 2013.

19. Benkiran L. Le médecin généraliste face aux principales addictions aux produits
(tabac, alcool, cannabis, opiacés, cocaïne): freins au repérage et à la gestion dans la
pratique courante: enquête qualitative réalisée auprès de 20 praticiens de la région
PACA. Université de Nice Sophia Antipolis; 2014.

20. Prochaska J, DiClemente C, Norcross J. In search of how people change :


Applications to addictive behaviors. Am Psychol. 1992;1102‑14.

21. Westover A, McBride S, Haley R. Stroke in young adults who abuse amphetamines
or cocaine : A Population-Based Study of Hospitalized Patients. Arch Gen Psychiatry
Archives of general psychiatry. 2007;495‑502.

22. Ingram I, Peter J K, Deane F, Baker A, Goh M, Raftery D, et al. Loneliness among
people with substance use problems : A narrative systematic review. Drug Alcohol Rev.
2020;447‑83.

23. Vignon E. Le non-dit du patient en consultation de médecine générale. Université


Claude Bernard - Lyon 1; 2015.

24. Laviez C. Médecin généraliste, cannabis, jeune patient : comment s’entendre ? Une
étude qualitative auprès de jeunes consommateurs. Université de Montpellier; 2018.

25. Guechi-Hadi A. L’adolescent consommateur de cannabis: quelle place pour le


médecin généraliste? Enquête qualitative auprès de quinze adolescents consultant en
CJC. Université Nice Sophia Antipolis; 2017.

26. Dupin M. Perception du médecin remplaçant par le patient. Université d’Angers;


2016.

27. Sommé M. Perception de l’intervention d’un(e) infirmièr(e) addictologue au sein des


maisons de santé pluri-professionnelles meusiennes : étude qualitative par entretiens
semi-dirigés auprès de médecins généralistes. Université de Lorraine; 2018.

28. American psychiatric association. DSM-5 : diagnostic and statistical manual of


mental disorders. 5th edition. 2013.

29. Costes JM, Pousset M, Eroukmanoff V, et al. Les niveaux et pratiques des jeux de
hasard et d’argent en 2010. 2011;Tendances(N°77):8.

74
[Link] n°1 : Guide d’entretien ayant servi de base à la 1ère
interview

Bonjour,

Je suis Morgane Viol et je suis étudiante en médecine générale, actuellement en année


de thèse, c'est-à-dire que je suis médecin généraliste et que je n’ai pas totalement
terminé mes études.
Pour valider mon doctorat, je dois passer ma thèse et c’est pour cela que j’effectue des
entretiens.
Je travaille sur le sujet des addictions, et plus particulièrement sur la discussion autour
de ce sujet que peuvent avoir les patients qui ont une ou plusieurs addictions avec leur
médecin traitant.
L’idée est de comprendre ce qui amène ou pas les patients à parler de leur(s) addiction(s)
lors d’une consultation avec le médecin généraliste.
C’est pourquoi j’ai besoin de votre avis. J’aimerais recueillir vos ressentis, vos craintes à
l’idée d’évoquer le sujet, vos attentes concernant votre médecin traitant... tout ce qui vous
passera par la tête lors de notre entretien !
Je vais donc pour cela vous poser des questions, auxquelles vous êtes libres de répondre
ou non.
Je ne suis pas là pour juger vos réponses, d’ailleurs il n’y a pas de bonne ou de mauvaise
réponse.
Le but est que vous vous exprimiez comme vous le sentez. Si vous n’avez pas envie de
répondre à une question, ce n’est pas grave, nous passerons à la suivante.

Je vais enregistrer l’entretien dès que vous serez prêt à commencer.


Une fois la retranscription effectuée sur mon ordinateur, les enregistrements seront
détruits.
Seul mon directeur de thèse et moi relirons vos réponses et celles-ci seront rendues
anonymes au moment de la retranscription. Je serai donc la seule à savoir qui a répondu.

Pouvons-nous commencer ?

75
1) Sujet des addictions
Q1. Pouvez-vous me parler de votre/vos addiction(s) ? Comment cela s’est-il passé ?
Question de relance : Diriez-vous que vous êtes dépendant ? Depuis quand ?
Racontez-moi

Q2. Qui avez-vous contacté en premier pour parler de votre/vos consommations et/ou
votre/vos comportement(s) si vous l’avez fait ?
Question de relance : Etait-ce un ami, un voisin, de la famille, une association, un
médecin ? L’avez-vous fait par vous-même ou vous a-t-on incité ?

2) Médecine générale
Q3. Avez-vous un médecin traitant ? Est-ce un médecin généraliste ?
- Oui : C’était il y a combien de temps environ ? Pouvez-vous me décrire la
consultation ? L’avez-vous vu récemment ?
- Non : Pourquoi ? Est-ce un autre médecin qui vous suit le plus souvent ? Un
spécialiste ?

Q4. Quelles sont pour vous les questions que devrait poser un médecin généraliste la
première fois qu’il rencontre un nouveau patient ? De quelles informations
indispensables a-t-il besoin pour vous soigner ?

Q5. Pensez-vous qu’il y a des sujets qui sont moins abordés en consultation de
médecine générale ?
- Oui : Lesquels ?
- Non : Pourquoi ?
Questions de relances : Parlez-vous de sexualité avec votre médecin ? Discuteriez-
vous avec lui de vos fuites urinaires si vous en aviez ?

3) Relation médecin-patient
Q6. Comment définiriez-vous votre relation avec votre médecin ?
Questions de relance : Depuis combien de temps vous suit-il ? Le rencontrez-vous
souvent ?
Connaît-il beaucoup de choses sur vous ? Votre emploi, vos passions, le nombre de
vos enfants... ? Avez-vous confiance ?

Q7. Avez-vous déjà parlé d’addictions en général avec votre médecin traitant ?
- Oui : De quoi avez-vous parlé ? A quelle occasion, dans quel contexte ? Vous
êtes-vous senti à l’aise avec le sujet ?
- Non : A-t-il déjà essayé de vous en parler ?

Q8. Qu’est ce qui aurait pu rendre la discussion autour du sujet de votre/vos


addiction(s) possible ou plus facile ?
Question de relance : Auriez-vous aimé lui en parler ? Auriez-vous aimé qu’il vous
pose la question ? Était-il/Etiez vous trop… ou pas assez… ?

76
[Link] n°2 : Guide d’entretien ayant servi de base à la dernière
interview

1) La prise de conscience
Q1. Pensez-vous que l’on peut trouver à la fois des aspects positifs et négatifs à
consommer une substance ?
- Si oui : Ces deux éléments peuvent-ils coexister ?
- Si non : Y a-t-il des aspects négatifs dans les consommations ?

Q2. Comment peut-on prendre conscience qu’une consommation est problématique ?


Question de relance : Cela nécessite-t-il quelque chose de particulier, l’intervention
de quelqu’un ?

Q3. Les conséquences négatives, si elles existent, amènent-elles nécessairement à


une prise de conscience ? Sont-elles obligatoires ?

2) L’impact de l’entourage
Q4. L’environnement exerce-t-il une influence sur l’addiction ?
- Si oui : Comment cela se manifeste-t-il ?
- Si non : Pourquoi ?

Q5. A titre personnel, dites-moi comment faire pour aider une personne dépendante à
diminuer ou stopper ses consommations.
Question de relance : Faut-il lui en parler, l’inciter à consulter, ne rien faire ?

3) La place du soin
Q6. Quel(s) professionnel(s) de santé pensez-vous le(s) plus à même de soutenir ces
patients ?

Q7. Comment définiriez-vous la place du médecin généraliste dans ce domaine ?


Existe-t-il une relation idéale médecin-patient ?
Question de relance : Est-il partie prenante des soins en addictologie ? Par quel
biais ?

4) Le dialogue
Q8. Jugez-vous que la discussion autour de l’addiction soit utile pour une personne
dépendante ? Sous quels aspects ?

Q9. Quels seraient pour vous les facteurs favorisant cette discussion avec son médecin
?
Question de relance : Quelles circonstances pourrait permettre d’aborder le sujet ? Y
a-t-il des éléments humains, matériels, temporels à considérer ?

77
[Link] n°3 : Retranscription des entretiens

Dans les retranscriptions qui suivent, les paroles de l’interviewer sont retranscrites en
gras, à la différence de celles de l’interviewé.

[Link] numéro 1

Le premier entretien s’est tenu avec une patiente âgée de 46 ans recrutée par une
collègue médecin généraliste. Cette discussion se déroule plusieurs mois après que
l’échange autour du sujet de son addiction ait pu avoir lieu avec son médecin traitant.
L’interview a duré 1h02. L’entretien débute par le rappel des différents enjeux du travail
de thèse et l’explication du déroulement de celui-ci.

- Merci d’être venue aujourd’hui pour m’aider dans mon travail !


- C’est normal, si ça peut aider. Désolée d’arriver un peu en retard, on a eu du mal à se
garer !

- Ah, vous n’êtes pas arrivée seule ? Je pensais.


- Mon mari est resté dans la voiture, il est pas au courant de notre entretien. Je ne veux
pas, et là il croit que je viens pour un autre sujet.

- Nous avions évoqué rapidement votre médecin traitant lors de notre pré-
entretien...
- Elle est au courant, mais elle, elle est médecin. Non mais Mme B ça ne me dérange
plus dans le sens où maintenant elle est au courant.

- D’accord, sachez que si vous ne voulez pas répondre vous ne répondez pas. En
aucun cas je vous force à dire les choses. Après le but c'est qu'on ait un échange
et qu'on puisse avancer.
- Là franchement maintenant y’a plus de tabou avec les personnes comme vous. Je
bois plus c'est fini, c'est terminé. Je me suis fait soigner et je me soigne encore.

- Est-ce que vous pouvez me parler, de vous, de votre/vos addiction(s) de


manière générale ?
Je ne veux pas forcément que l’on rentre dans les détails parce que ça fait parfois
revivre des choses éprouvantes, mais quel était le contexte global ?
- J’ai un psychiatre, je consulte un psychiatre toutes les 3 semaines. C'était le moral qui
n’allait pas trop et de tout temps ça toujours été comme ça. Depuis la petite enfance j'ai
toujours eu des problèmes avec moi-même, avec mon estime de moi, avec l’école…
J'ai fait une phobie scolaire, j’avais 12 ans. J’ai toujours eu des problèmes d'addiction,
c’était pas l’alcool évidement mais à 12 ans c’était anorexie, boulimie, anorexie,
boulimie, vomissements répétés en cachette de mes parents qui ne l’ont jamais su.

78
On avait une grande maison donc je me faisais vomir en bas dans le garage parce que
y’avait un WC. J’ai toujours des problèmes avec mon poids, des problèmes… voilà.
Après l’alcool, non, l’alcool pouah…

- C’est venu après ?


- C’est venu bien plus tard. Bon j’ai des problèmes d’addiction… après j’ai fait des
dépressions, une grosse d’une trentaine d’années où j’étais internée pendant 2 mois,
voilà, avec une tentative de suicide et puis j’avais surtout des addictions aux
anxiolytiques.
Une addiction énorme [Voix appuyée sur le mot énorme] aux anxiolytiques, j’en prenais
dans la rue, j’en prenais à tout moment, je me demande comment je suis encore en vie.
Je vivais avec ça.

- Et ça vous ne vous en rendiez pas compte à ce moment-là ?


- Je fonçais dans un mur. C'est ce que j'ai toujours fait, parce que j'ai toujours eu des
envies de mort.
La vie pour moi a toujours été très triste. J'en ai toujours voulu à mes parents d'être en
vie. Je me dis pourquoi est-ce qu'on est en vie ? Pour mourir. Moi c'est ma question :
pourquoi est-ce qu'on est en vie ?

- Et ça vous travaillez dessus avec votre psychiatre ?


- J’essaye mais c'est toujours dans ma tête. Mais c'est toujours dans ma tête.
Pourquoi ? Je me dis « la vie est tellement triste » et pas que pour moi quand je vois ce
qui se passe autour de moi ! Pardon, mais je vois le Dr A qui a perdu ses 2 enfants…
Je vois tout ça et je me dis « mais ça sert à quoi ça sert à quoi ? ». Et lui encore il a fait
des études ! Comment il fait pour continuer à travailler ? Moi je ne veux pas faire ces
efforts. J'ai tendance à baisser les bras mais à toujours donner l'impression... J’essaye
de m’habiller... - Un peu comme une façade ? - Je ne sors jamais sans me maquiller.
Je veux toujours donner l'impression que je suis bien mais en fait dans ma tête je suis
ravagée.

- Et l'alcool intervient quand alors, plus tard ?


- Ah oui, oulala, oui oui oui.
Il y a une quinzaine d'années je n'acceptais pas du tout l'alcool. Je vais vous dire, j’étais
avec mon premier mari… ah oui, il y a 20 ans maintenant, j’acceptais pas du tout
l’alcool.
Mon père a eu des problèmes d'addiction alcoolique. Mon grand-père aussi, que je
n'aimais pas du tout. Personne ne l’aimait parce qu'il était méchant, parce qu'il gueulait
et parce qu'il buvait. Il buvait, il tapait ses enfants.
Mon papa il buvait, il tapait ses enfants à cause de l'alcool. Il avait sûrement ses raisons
mais bon ce n’était pas la même époque.

- Du coup est ce que ça a joué sur le fait que vous n’osiez pas trop en parler ?
- Oui oui

79
- Il y a peut-être eu ce rapport là à l'alcool derrière qui fait que vous pensez que
l'alcool c'est…
- C’est violent ! C'est la bêtise, la bêtise humaine. Pour moi les gens alcooliques sont
des bons à rien vous voyez

- Et donc d'en parler c'est un peu s'avouer avoir un problème avec l'alcool et se
rapprocher de de cette vision des gens à cette époque-là ?
- S’avouer être comme ça, oui.
J’ai vu ma maman pleurer parce que mon papa à une époque… En plus on habitait à
ce moment-là dans le Beaujolais, donc il y a toujours des gens très très contents de voir
les autres bourrés et qui disent n’importe quoi et ça c’est affreux, et en plus il était
artisan donc il était connu.

- Donc vous avez vu la dégringolade ?


- Oui c’est ça la dégringolade. Ça marchait très bien. Il avait une très belle entreprise.
Heureusement que maman était très costaud et qu’elle l’a sorti de là sinon il aurait fini
clochard mon père. C’est elle qui a tenu la maison.

- Et ça va mieux maintenant ?
- Ouais ça va mieux, elle est toujours en vie, elle a failli mourir du COVID il y a peu.
C’est pour ça que je suis dans un moment, où je n’ai pas repris l’alcool, et il n’en est
PAS QUESTION ! [Haussement de la voix et appui sur ces mots].
Par contre je ne suis pas bien, je ne suis pas bien, je prends mon traitement, j’ai pas du
tout envie de boire. Ça pas du tout. Par contre je recommence à devenir anorexique.
Ça par contre va falloir que j’en parle à mon docteur, parce qu’elle m’a dit « vous avez
beaucoup maigri ! ». Oui j’ai beaucoup maigri et je m’aperçois que je recommence à
réguler beaucoup plus mon alimentation. Donc c’est une forme d’addiction aussi.

- Mais quelque part maintenant vous vous en rendez peut-être plus compte dès le
début, vous avez les signaux ?
- Voilà, je fonce dans le mur quoi, tout le temps, tout le temps, c’est un lent suicide pour
moi et j’en suis consciente.

- Je pense que d'en prendre conscience c'est déjà une bonne chose, non ?
- Et de ne plus en pleurer ! Avant je ne pouvais pas en parler. Je gardais tout en moi,
tout en moi, tout en moi, donc voilà c’est ça.

- A qui vous en avez parlé en premier ? un voisin, un ami, un professionnel ?


- C’était quand j’ai fait le burn out cet été, donc on a beaucoup travaillé à l’hôpital
comme vous pouvez l’imaginer. [Ndlr : La patiente est aide-soignante à l’hôpital]. Avec
le confinement et tout ça. J’ai tenu le coup. J’étais même assez fière de moi parce que
ce n’était pas facile. On avait un foyer infectieux important dans le service. J’en ai vu un
paquet dans les housses. Mais bon j’ai tenu le coup pendant deux mois et demi, trois
mois.

80
Après il y a eu le confinement, le déconfinement. Et c’est là que j’ai craqué. Pendant ce
temps-là je buvais le soir. Ce n’était pas au travail, jamais. Des fois j’arrivais, j’avais
envie de vomir quand même. J’ai souvent eu envie de vomir en arrivant. Je sentais que
je n’étais pas… voilà. Je buvais le soir en cachette. Par contre mon mari voyait mon
changement de santé. Il me disait : « Mais qu’est-ce que tu as ? Ce n’est pas possible,
t’es énervée ». Je dormais beaucoup. Je lui disais, « Oui, je prends des médicaments
parce que ça me fait du bien, je n’ai pas le moral. »
En fait c’était l’alcool. Jusqu’au jour où j’ai fait ma tentative de suicide cet été. Il a
appelé le 15. Le médecin... ; je m’en souviens plus beaucoup parce que je n’étais
vraiment pas bien. J’ai pris de l’alcool, beaucoup d’alcool, du whisky que j’avais caché
et des anxiolytiques que le psychiatre m’avait donnés. Ça je ne l’ai pas encore dit au
psychiatre.

- Et du coup, c’est par la force des choses que vous en avez parlé ? C’est
l’hospitalisation qui a été le révélateur ?
- Quand je suis arrivé à Lapeyronie en urgence, là j’ai pleuré, j’ai craqué. Devant le
médecin, j’ai dit « N’en parlez pas à mon mari, mais voilà ce qu’il se passe. Je suis
alcoolique. J’en peux plus. Je veux mourir [voix basse] »

- On vous a mis devant le fait accompli, vous étiez obligée d’en parler ?
- Je n’avais pas le choix et en même temps ça m’a soulagée d’en parler. Je leur ai dit «
N’en parlez pas à mon mari, il n’est pas au courant, ça reste entre nous ». Il m’a dit
« Madame, je vais vous faire hospitaliser à la Lironde, pour l’addiction, pour le burn out,
pour la fatigue ». C’est là que j’ai commencé à en parler à la psychiatre qui était comme
ça. [Geste de lever le pouce]
De toute façon, on ne vient pas à l’alcool par le goût, parce que, des fois, ça donne
envie de vomir. [Insistance sur la dernière syllabe]

- Ce n’est souvent pas par choix ?


- Non parce que c’était en cachette. Je ne buvais pas quand on était avec des amis ou
je buvais à peine, un doigt, pour leur donner bonne impression. Après par derrière je
buvais trois/quatre verres. Mais c’était un besoin.

- Donc avec vos amis, j’imagine que c’est la même chose ?.. parce qu’ils côtoient
votre mari ?
- Oui. Il y a même ma sœur avec laquelle on est très fusionnelles... Un jour je lui ai dit
au téléphone, un jour où je craquais, je pleurais. Mon mari n’était pas là parce que des
fois il dort à l’hôtel pour son travail. Je lui ai dit « Tu sais, en plus ça ne va pas, je
bois ! », comme ça dans la discussion, « je bois ». Elle m’a répondu « Mais A tu bois ?
Ça veut dire quoi tu bois ? Moi aussi j’aime bien boire un martini de temps en temps ! »
Et puis on est passées à autre chose. Je lui ai tendu la perche.

- Elle n’a pas saisi cette perche là à ce moment ?


- On se connait bien. Et puis des fois je l’appelais et c’est vrai que j’avais la voix qui
traînait.

81
Je suis sûre qu’elle s’en est aperçue mais elle attendait que… voilà. Et après je lui en ai
parlé. Je ne m’attarde pas dessus, parce que maintenant je ne bois plus une goutte
d’alcool. Je ne bois même pas de vinaigre. A la maison, elle a compris, elle est maligne.
Par exemple, on ne boit plus d’apéritif quand j’y vais. D’habitude c’est un petit martini,
tout ça... Mais même elle, elle ne boit plus son Martini. Même avec ma nièce qui a 30
ans elle m'a dit de lui en parler. Je suis très fusionnelle avec ma nièce, sa fille. Elle ne
sort plus une bouteille d'alcool quand je suis là

- Elle vous aide un peu, quelque part, de ce côté-là.


- Voilà on n’en parle pas. De toute façon elle sait. Je lui dis « je ne bois plus une goutte
d'alcool ».
En plus j'ai le foie très gras. Voilà et c'est la bonne excuse pour ne plus boire d'alcool.
Mais le médecin m'a dit que ça ne venait pas que de ça. Ça vient aussi du COVID que
j'ai attrapé très fort. J'ai attrapé un COVID très fort et j'étais très malade. J'ai perdu 10
kilos à cause du COVID et ce n'est pas dû à l'anorexie. À cette époque je mangeais. Ça
été une année horrible.

- Vous avez un médecin traitant. Ça fait longtemps qu’il vous suit ?


- Avant c’était Mme R. Maintenant je suis avec le Dr P qui me suit depuis 2-3 ans.

- Vous la voyez de temps en temps pour les traitements c'est ça ?


- Je ne la voyais que tous les 3 mois pour le traitement. Je venais que pour ça.
Heureusement que j'ai eu mon traitement antidépresseur. Je prenais juste un
antidépresseur. Je prenais même plus d’anxiolytiques, à la fin si parce que j'ai
commencé à faire mon burn-out et que l'alcool ça commençait à plus du tout aller. Je lui
disais que je n'allais pas bien et un jour j'ai craqué j'ai pleuré. Elle m'a dit « Venez me
voir ! Là ça va pas, faut faire quelque chose. » Et là je ne lui ai encore pas dit [tape du
point sur la table], je lui disais que je faisais un burn-out. C'est elle qui m'a envoyé chez
la thérapeute Madame M [Psychiatre]. Elle est géniale !
Elle me prend toutes les 3 semaines.

- Qu’attendez-vous d'un médecin généraliste ?


- Maintenant qu'il suive mes organes, tout ce qui est organique [rires], parce que
maintenant j'ai peur ! Avant à la rigueur je voulais avoir un cancer et mourir. C’est
affreux dire ça ! - Ce n’est pas anodin - Avoir un cancer généralisé, je me disais
j’aimerai avoir un cancer et mourir. En fait je voulais me foutre en l'air. Hier je regardais
Gainsbourg à la télé, parce que j’adore Gainsbourg. C'est ce qu'il faisait aussi quoi,
comme tous les gens qui boivent. Et qu'est-ce que j'attendais ?
Je ne m'occupais plus du tout de moi. Le frottis [Ndlr : Frottis cervico-vaginal dans le
cadre du dépistage du cancer du col de l’utérus], ça ne se voit pas, la mammographie,
ça ne se voit pas.
Ça faisait une dizaine d'années que je n'avais pas vu Madame R, parce que je buvais à
cette période-là. Elle n'arrivait pas à me faire faire [d’examens]… de toute façon elle ne
me proposait même pas. Je faisais beaucoup de sport, je paraissais en bonne santé, je
n'avais pas de tension. Elle ne me proposait même pas un bilan sanguin.
82
- Parce que pour vous, le bilan sanguin c’était « je vais me faire avoir » ?
- Ah non ça va se voir ! C'était une évidence, je buvais tellement le soir. Je buvais des
alcools forts, ça se voit. En fait ce n’est pas que je ne voulais pas être malade, c'est que
je ne voulais pas que ça se voit. Je ne voulais pas qu'on voit que ce soit à cause de ça.

- Et vous en avez faite faire une des prises de sang depuis le temps ?
- Oui plusieurs ! Elle a dû se dire [le médecin] récemment, enfin je pense : « est ce
qu'elle boit encore » ?

- Et du coup l'analyse de sang vous avez réussi à la faire avant l’hospitalisation ?


- Oui je l'ai faite cette prise de sang, mais elle le savait déjà [à propos de la
consommation d’alcool]. C'était juste avant [l’hospitalisation]. C'est là qu'elle m'a dit « on
va faire un bilan sanguin ».

- En fait vous saviez qu'elle savait ?


C'est ça, c'était un peu confus. Elle n’osait peut-être pas, enfin je ne sais pas.

- Oui, j’imagine que ce n'est pas facile d'en parler à quelqu'un, alors qu'on sait et
qu'on se doute que la personne ne veut pas en parler. Sur tous ces sujets là, ça a
été montré que les médecins généralistes ont du mal à en parler et je pense que
les patients ont aussi du mal à en parler...
- On essaie on essaie, petit à petit on avance, on se dit « est-ce qu'elle va le savoir »,
puis en fait non je ne veux pas.

- Après la question est peut-être la suivante : pourquoi l'addiction est-elle plus


taboue que les fuites urinaires ?
- Voilà c'est ça ! Alors que si j'avais des fuites urinaires je le dirais tout de suite, tout de
suite, tout de suite. Si j'avais des saignements, je le dirais tout de suite !
L'addiction c'est parce qu'on n'est pas assez fort, parce qu'on se laisse aller, parce que
voilà... Alors que la fuite urinaire on n'y peut rien c'est organique. Ça on n'y peut rien, on
est victime. Alors que l'addiction, pour moi, on n'est pas victime… Maintenant si je me le
dis qu’on l’est !

- Avant vous vous sentiez un peu actrice ?


- On baisse les bras on était bon à rien. C'est ma faute, je manque de volonté. Pour tout
pareil, la clope, j'ai fumé je me suis arrêtée du jour au lendemain, ça fait très longtemps.
La boulimie, les gens gros et obèses, je me dis qu'ils manquent de volonté. Vous voyez
toutes ces choses-là en fait on manque de volonté.

- On sait finalement que ce n'est pas ça, mais ça vous le comprenez après.
- Voilà c'est ça. Mais bon le cerveau c'est tellement bizarre…. On ne peut pas mettre le
doigt dessus. Le cœur, les fuites urinaires, on voit tout de suite, c’est pas pareil.

83
- Vous pensez qu’il y a de la honte, de la stigmatisation ?
- Oui c’est ça ! Et quand j'étais boulimique, anorexique, c'était pareil ! Je manquais de
volonté dans ma tête de jeune fille/enfant. Je ne valais rien, je manquais de volonté,
j'étais bonne à rien.

- Vous pensez que vous vous pouvez parler de tout avec votre médecin
généraliste maintenant ?
- Maintenant oui, complètement. Parler de rapports sexuels tout ça, je peux, je m'en
fiche tant que la personne devant moi est d'accord. Je n'ai aucun problème. Parce que
le rapport sexuel, la libido, ça joue beaucoup aussi là-dessus l’alcool, la dépression
aussi. Ça j'en parle beaucoup avec mon psychiatre. Je n’ai jamais vraiment eu de
problème avec ça, c'était l'alcool mon problème !

- Pensez-vous qu'elle est ouverte à tout ? Qu’elle peut tout entendre ?


- Elle, oui, je pense qu'elle peut tout entendre. Je n'en aurais pas parlé à tout le monde.
[Interrogation dirigée vers elle-même] Quoi qu'un médecin je me dis aussi…
Mon ancien docteur, on pouvait lui parler de tout. En plus elle avait un certain âge, elle
avait de l'expérience. Elle était un peu cynique des fois, un peu pince sans rire mais si,
si, on pouvait parler de tout.

- Ça aurait été différent avec un médecin remplaçant ?


Non parce qu'elle fait cette transmission, elle l'aurait dit !

- Par exemple hier j’ai eu une patiente qui à la fin de la consultation m'a dit
« j'aimerais parler avec vous de mon problème avec l'alcool ». Je lui ai dit « Est-
ce que vous en avez déjà parlé avec votre médecin traitant ? ». Elle m'a répondu
que non. Du coup ma réponse a été « Pourquoi m’en parler à moi ? » Et sa
réponse a été « Parce que vous je ne vous reverrai pas. Je sais que vous êtes du
corps médical, je vous le dis, mais je ne vous reverrai pas ».
- Vous êtes tenue par le secret médical.

- Exactement ! Il y a un côté indirect de « peut-être tu le diras à mon médecin et


ça m'évitera de lui dire moi-même ». - ça sera plus facile - Généralement je
demande après l'entretien « est ce que vous voulez que je le note dans le
dossier ? », et la plupart me disent « non je ne veux pas ».
Alors je les incite à en parler à leur médecin traitant ou je les oriente vers un
confrère qui pourra les suivre.
- Alors que vous, vous pouvez tout noter. Ce que je viens de vous dire, vous pouvez
tout noter [dans mon dossier]. Après ils ne vous reverront pas… ça sert à rien en fait !

- Il y en a certains que j'ai réorientés vers des addictologues ou d'autres


personnes. J’ai pu faire avancer un peu le truc et essayer d'aider à ma manière en
une seule consultation, mais c'est sûr on ne résout le problème d'une addiction
en une seule séance, c'est impossible. - non, non - Je me dis peut-être qu'il y aura
un cheminement qui va se créer. J'ai lancé l’idée, « on m'a aidé, on ne m'a pas
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jugé ». Je me dis peut-être que ces gens-là vont réfléchir et se dire « Ah oui
mince elle a pu m'aider. Pourquoi mon médecin généraliste ne pourrait pas
m'aider ? ».
- C'est exactement ce que vous dites, c'est un cheminement. On ne peut pas arriver et
dire « bon ben voilà je bois » comme ça ! - Y’en a qui le font - Ah ouais ?
[surprise/admiration] Moi j'ai souffert. Moi je ne pourrais pas.

- Je pense que c’est pareil pour les autres addictions, le cannabis...


- Ça par contre je n'ai jamais été attirée par ça. Je n'ai jamais, jamais... Franchement,
j'ai essayé une fois, ça m'a rendue malade comme une chienne, c'était horrible,
horrible. Je n’ai JAMAIS pu !
Non la cigarette je ne peux plus non plus. J'ai horreur de l'odeur.
Alors que l'alcool, alors qu’à la fin ça me dégoûtait, j'avais envie de vomir. Je me disais
« ça y est je me fais un cancer » parce que j'avais des selles, des diarrhées… et en fait
non. J'ai rendez-vous pour une coloscopie. Maintenant je me fais suivre. J'ai attrapé la
COVID et quelque part, je ne sais pas, ça m'a aidée de parler de plein de choses.

- Toute cette année a été un déclic ?


- Oui c'est ça. Le foie qui était trop gros. Ça m'a rassurée parce que le médecin m'a dit
ça vient aussi du COVID. Vous avez une inflammation du foie parce que vous avez eu
une grosse perte de poids. Dans cette période, j'ai été très très malade, pendant 2
semaines. Donc à ce moment-là je me suis dit « allez, on met tout là-dedans. » Ça a
été le révélateur !

- Comment auriez-vous qualifié la relation que vous aviez avec le docteur R


avant ? Est-ce que c'était une bonne relation ? Vous vous entendez bien avec
elle ?
- Avant quoi ? Avant que je le dise ?
Je la voyais, c'était très superficiel. « Bonjour je viens vous voir pour un renouvellement
traitement », « ça va ? - Oui ça va ». Elle me prenait la tension, ma tension je la prends
chez moi. Mon mari est hypertendu, donc j'ai un tensiomètre à la maison.
Avec l'alcool, par contre, j'appréhendais beaucoup.
L’alcool me faisait monter la tension. Donc moi qui avait une tension avant, très basse.
Là, je lui disais « J'ai toujours peur d'avoir beaucoup de tension, quand je vois un
médecin, les blouses blanches ». Elle disait « En effet vous avez 15, faudrait faire un
peu attention ». J’avais peur de venir et qu'elle me prenne la tension. Alors que
maintenant que je ne bois plus, ma tension est tout à fait normale, elle a baissé.

- Et votre relation, a-t-elle changé maintenant ?


- Je ne la vois plus beaucoup maintenant parce que je vois Madame M [psychiatre] et
c'est elle qui s'occupe de tout, elle me renouvelle mon traitement, elle a changé un peu
mon traitement depuis l’hospitalisation. Maintenant je la vois pour le frottis [le Dr R], elle
me prescrit une échographie du foie, elle me donne le résultat, elle me dit ce qu'elle en
pense.

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- Cet épisode a délié les langues, mais ça n'a pas changé votre relation avec elle,
c’est ça ?
- Parce que je, parce que je n'ai pas de … À côté de ça je ne suis pas malade. Je
touche du bois, je ne suis pas malade, je n'ai pas mal au dos, je n’ai pas mal aux
hanches, j'ai pas mal à la tête.
Après je vais faire une coloscopie, peut être qu'ils vont découvrir un truc, je ne sais pas,
j'aurais peut-être l'occasion de la revoir [rires]. Elle m'a fait faire le test du sang dans les
selles, c'est elle qui me l'a donné, c'est négatif. Maintenant, je vais la voir plus tôt, je fais
plus attention à ma santé. Alors qu'avant je ne voulais pas savoir.

- Vous vous disiez « je voudrais bien avoir un cancer » et maintenant vous vous
faites suivre, ça, ça a un peu changé.
- Oui c'est bizarre, bizarre. C’était à l’époque. Oui ça va mieux. Je voulais avoir un
cancer parce que je n'arrivais pas à m'en sortir en fait. Dans ma tête c'était affreux.
C’était un moyen de mourir, c'était un suicide. Je me suicidais à petit feu, je voulais
qu'on me laisse tranquille.

- Il faudra continuer votre suivi de ce côté-là.


- Oh là là là là ! J'ai toujours des angoisses. Ça remonte à des années, je sais
comment, je sais pourquoi et ça, le psychiatre est au courant. Je crois qu’on ne le
soigne pas, on vit avec. On ne guérit pas (voix faible, air dépité). Je me faisais vomir, je
ne me fais plus vomir. Pendant des années, pareil, je me disais je vais attraper un
cancer de l'œsophage, de l'estomac. Je n’ai rien et c'est là que je me dis que le corps
humain est vachement solide.

- Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire à votre avis votre médecin pour vous aider ?
Est-ce qu'elle aurait dû vous tendre une perche ? Comment aurait-on pu faire,
avant d'en arriver au « mur » de Lapeyronie, au « Je suis au pied du mur, je dois
le dire ! » ? Aurait-elle pu faire quelque chose ?
- Oui oui oui oui ! Elle m'aurait dit « Madame X vous buvez. Maintenant vous me le
dites, vous buvez ! » À la rigueur taper du poing sur la table et me dire que je buvais ! -
Elle aurait dû vous secouer ? - Me secouer carrément ! Me dire « je ne vous juge pas,
je ne peux pas vous soigner, je refuse de vous soigner si vous ne me dites pas la
vérité ». Là je me serais effondrée.

- Et vous, vous aurez pu faire quelque chose différemment ?


- Je lui aurais dit « prenez-moi en charge ». Je pense que là j'aurais craqué et j'aurais
demandé une hospitalisation tout de suite.

- Parce que vous y pensiez finalement à l'hospitalisation ?


- Ah oui oui, je voulais m'en sortir mais je n'y arrivais pas. Je voulais et je ne voulais
pas. Je ne voulais pas que mon mari le sache, je ne voulais pas que ma famille le
sache, j'avais honte, j'avais honte. Pour moi j'étais une bonne à rien. Pour moi ce sont
les bons à rien qui le font, qui boivent. Ce sont les poivrots dans la rue, ce sont les
mecs qui tapent leur femme. Il y a les jeunes qui font la fête, qui boivent qui se mettent
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minables pendant des heures et qui ont des relations sexuelles avec plusieurs filles, ça
m’écœure. Ça me dégoute.

- Il y a ce côté sale de l'alcool ?


- Sale ouais. Je me disais « Je ne suis pas comme ça, moi c'est parce que je n'arrive
plus à vivre je n'y arrive plus ». Ça me donnait un peu la pêche [l’alcool]. En gros, c'est
ce qu'on recherche.

- Il y a l’anxiolyse aussi, on oublie quand on boit ?


- C’est ça ! Je me disais « ça y est l'angoisse revient, faut que je rentre à la maison et
que je boive ». Maintenant je prends de l'espéral. C'est à Lapeyronie qu'ils me l'ont
donné. Ils m'ont bien dit « attention si vous buvez une goutte d'alcool vous serez
malade mais malade ». Et je ne sais pas comment j'ai fait depuis que je suis sortie de
Lapeyronie, je ne bois plus une goutte d'alcool et pourtant il y en a à la maison. Au
début il n’y en avait pas, là il y en a à la maison.

- Ça serait trop compliqué vis-à-vis de votre mari ?


- Mais mon mari est au courant, il sait que je ne bois plus d'alcool ! Non mais ça il le
sait, il a trouvé des bouteilles vides quand même. Il m'a dit « Est ce que ça fait
longtemps ? ». Je lui ai répondu « Oui ça fait longtemps j'en pouvais plus je voulais me
suicider avec cela ». Mais là, il n’y a pas longtemps il m'a dit « Je voudrais te
demander, est ce que cela faisait longtemps que tu buvais ? ». Je lui ai dit « non » j'ai
encore dit « non » j'ai dit « non » ! « Je n’étais pas bien, j'étais en burn-out donc je me
suis mise à boire mais ça ne faisait pas longtemps » Alors qu'en fait ça faisait plusieurs
années. Pas autant que ça, mais ça allait crescendo. Peut-être que je lui dirais que ça
faisait longtemps... depuis que je le connais, régulièrement je bois, enfin je buvais !

- Et votre mari, il est suivi par le même médecin traitant ?


- Oui. Mon mari est quelqu'un qui a vraiment peur de la maladie. Il est hypocondriaque,
les médecins le savent.

- Ça vous bloquée quelque part que ce soit le même médecin traitant ?


- Non parce que quelque part je sais que le médecin est tenu au secret médical et qu'il
ne pourra pas lui dire lui. Il peut poser des questions, elle ne dira rien là. Je sais
comment ça se passe, je travaille à l'hôpital, je connais le milieu, je sais que l'on ferme
nos bouches.

- Ça c'est hyper intéressant. Prochainement je dois voir une autre patiente qui elle
aussi est une soignante. Elle pense complètement l’inverse. Elle se dit qu’elle n’a
« pas confiance en les médecins, ils racontent tout, le secret médical on en parle
mais on sait qu'en vrai… »
- Haaaaan ! [Surprise] Mais vous n’avez pas d’intérêt à raconter... ni pour vous, ni
même pour nous.
En plus même si ce n’est pas à la famille ou même si c’est à la famille... Moi je porterais
plainte si elle disait quelque chose à mon mari !
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- Donc ça ce n'était pas une crainte pour vous ?
- Ah non du tout. De toute façon mon mari, quand je vais voir le psychiatre, il me dit
« Alors ça s'est bien passé ? ». Au début il me disait « alors vous vous êtes parlé de
quoi etc ». Je lui répondais « Alors ça, ça ne te regarde pas ! » Il ne me pose plus la
question quand je reviens ! « Laisse-moi, ça ne te regarde pas, va voir un psychiatre
toi ! - Oh bah non, ce sont tous des cons de toute façon ».

- Ce n'est pas son truc ?


- Non pourtant il en aurait besoin. Il est venu une fois avec moi. Madame M a dit « je
voudrais voir votre mari » parce qu'elle sentait qu’entre nous il y avait des petits
problèmes. Elle a tout de suite compris. Elle m'a dit « Je voudrais vous voir ensemble
tous les deux une fois si vous voulez bien ».
Parce qu’elle voulait voir mon mari avec moi, voir son comportement avec moi. Elle a
compris tout de suite. Il n’est pas méchant mon mari avec moi, pas du tout. Je n'ai pas
un mari qui me frappe. Il ne comprend pas. Pour lui aussi, les gens qui boivent sont des
bons à rien.

- Il vous renvoyait ça aussi


- Oui ! Je me disais « je n'ai pas intérêt ». Alors que lui il ne boit pas une goutte d'alcool.
Il est dégoûté par les gens qui boivent, il ne comprend pas, il est dégoûté par les gens
qui fument, il est dégoûté par les gens qui se droguent, il ne peut pas comprendre non
plus. Ce sont des bons à rien, donc si vous voulez moi j'étais une bonne à rien dans ma
tête. Je me disais c'est impossible, je ne pourrais jamais lui dire.

- Ça vous a donc encore plus enfermée dans votre secret ?


- Alors que peut-être si j'avais eu un mari plus ouvert à ça, j’aurais peut-être pu me faire
soigner plus tôt. On aurait pu aller voir le médecin ensemble. Mais là au contraire, il ne
me tire pas vers le haut.
Après tout ce n'est pas sa faute non plus, parce que j'ai un passé avant de le connaître.
J'avais déjà des soucis émotionnels. Ma sensibilité à fleur de peau. Maintenant c'est ce
que je me dis, les gens qui ont des addictions ce sont des gens hyper sensibles. Il y en
a beaucoup … Beaucoup et ce n’est pas par le goût ! Ce n’est pas bon l'alcool ! Ça fait
mal, peut brûler, franchement non. C’est que pour soulager.

- Merci pour cet échange madame X c'était super intéressant. De toute façon je
prendrai de vos nouvelles via le docteur R vous êtes sur la bonne voie.
- Là franchement je n'ai plus envie de boire. J’avais peur de ne pas y arriver. Bah j'y
suis arrivée !

- C’est super ! Continuez à lui parler de vos problèmes de poids.


- Ça oui oui, parce que je recommence à calculer … Je ne me pesais plus et là j'ai
perdu beaucoup de kilos. Si vous voulez la COVID, ça a été le déclenchement parce
que je ne pouvais plus manger, je me suis dit « on peut perdre vraiment beaucoup de
kilos » et hop dans ma tête ça recommence.

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Mais ça avant je ne pouvais pas en parler. La première fois que j'ai parlé de mes
problèmes de boulimie, d'anorexie, que je me faisais vomir, c'était quand j'avais 25/30
ans et que j'étais déjà hospitalisée. J’ai fait un burn out.

- C’est déjà, à l’époque l'hospitalisation qui vous avait fait en parler.


- Je ne buvais pas d'alcool à cette époque-là. C'était ça vous voyez, et je n'en parlais
pas au médecin !

- Mais là maintenant vous avez cheminé.

[Link] numéro 2

Cet entretien de 23 minutes se déroule avec un interviewé âgé de 37 ans. Le


recrutement a été effectué par un médecin addictologue qu’il consulte pour sa
problématique.

- Pouvez-vous me parler, sans entrer dans les détails de votre addiction ? Quelle
était-elle ? Comment ça s’est passé ?
- Moi c’était l’alcool. J’ai commencé à boire un verre de temps en temps en rentrant du
travail, je suis flic. Et puis je me suis rendu compte que c’était de plus en plus souvent,
jusqu’à finir par boire tous les jours. Là où j’ai vraiment pris conscience c’est quand je
me retrouvais à boire le matin et puis à pas me sentir bien, j’étais dans le gaz, je
tremblais. Et puis je voyais les gens au boulot, les gars qu’on ramassait. Il m’arrivait de
boire, souvent avant le travail pour ne pas trembler pendant ma pause avec les
collègues, ça le fait pas. Et ça a commencé à prendre de la place dans ma vie, j’ai failli
tout perdre, ma femme plusieurs fois m’a dit qu’elle partirait. La pauvre, elle a vécu ça
pendant des années. Et puis même avec mes amis, le reste…

- A qui avez-vous parlé en premier de vos consommations ?


- Mes collègues, mes amis, je l’ai jamais caché, enfin, j’en ai rapidement parlé. Au
travail j’en parlais avec eux, je pense que certains s’en rendaient compte, je sais pas,
peut-être avec mon odeur le matin, peut-être que non. Mais j’en étais pas à avoir la
gueule rouge et les traits physiques hein, ça non. Mon grand-père lui il buvait, l’oncle de
ma femme aussi, d’ailleurs ça l’a rattrapé il y a pas longtemps.
J’ai certains collègues à qui je racontais ça.
Il y a ce centre à Montpellier dont je ne me souviens plus le nom… vous savez celui pas
très loin de la Colombière qui commence par A.D quelque chose [Ndlr CSAPA de
Montpellier], j’y suis allé au début mais je croisais trop de gens que je recroisais dans
mon boulot, y’avait que des Sdf, des alcooliques, c’était pas un endroit pour moi, alors
je suis allé dans une autre ville voir un addictologue.

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- Vous n’avez pas pensé à aller consulter au second centre ? [Ndlr Même équipe
de soin et plus proche de son domicile]
- Non, c’est pas la même population, clairement pas. Je voulais pas, je préférai là où je
vais.
Puis je me suis fait hospitaliser en juillet, c’était y’a un an, j’ai fait ma première cure. J’ai
été suivi par le Docteur D, vous le connaissez le Docteur D ? - De nom, mais pas
personnellement - C’est un mec génial le Docteur D, j’ai appris pleins de trucs avec lui,
on faisait la cure mais y’avait pas que ça, on avait des groupes de parole parce que
y’avait d’autres gens hein. J’avais peur de me soigner, j’avais peur de tout ça parce
qu’on m’a toujours dit que quand on arrête on n’a plus jamais le droit de boire. Ça je
voulais pas. J’sais pas, l’alcool c’est convivial, parfois y’a des occasions... j’ai envie de
faire comme tout le monde. Et lui [le Docteur D] il était pas comme ça. Il nous disait
qu’on devait tenir entre 6 à 9 mois, ça c’est obligatoire, et qu’après on pourrait de
nouveau boire un peu, pas tout le temps.

- Vous passez une sorte de contrat ?


- Oui un genre de contrat. Mais ça c’est normal. Après moi je me suis fixé 12 mois. 12
mois pourquoi ? Parce que c’est l’été 12 mois. Je suis rentré en juillet, et on sait qu’en
été c’est les grillades, le rosé... trop dur pour moi. Mais je vais tenir bon !

- Ok, et votre médecin traitant, à quel moment entre-t-il en jeu ?


- Je me suis jamais caché de mes consommations avec mon médecin traitant, je suis
suivi par le Docteur R, pas loin de chez moi. En fait, il ne m’a jamais posé la question...
mais depuis l’hospitalisation il le sait.

- Vous aviez peur de lui en parler directement ?


- Non c’est même pas ça. Je sais qu’il y a le secret médical et qu’il ne peut rien
raconter, enfin, il a pas intérêt [rires]. - Ce n’est pas dans votre intérêt, ni dans le
sien. - Oui c’est ça !

- Vous n’avez pas eu peur qu’il vous fasse faire des prises de sang et qu’il puisse
se rendre compte de vos consommations ?
- Non, j’en faisais tous les ans des prises de sang et y’a jamais eu de problème. Et puis
s’il s’en rendait compte, c’était pareil, je ne me cachais pas.

- Ça vous gênait parce qu’il connait surement votre famille, votre femme, vos
enfants ?
- Non même pas, ma femme est suivie par sa femme, le Docteur P, ils travaillent
ensemble. Mais peut être que le Docteur R et le Docteur P en parlent le soir, et alors ?
Ils peuvent ça ne me fait rien.

- Aviez-vous l’impression que votre médecin généraliste n’était pas compétent


pour gérer vos problèmes d’alcool ?
- Ben je pense qu’il en voit moins… des gens comme moi. Le Dr D il a l’habitude, il gère
un service rempli de ça. Il sait comment faire.
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- Et le Dr R alors ?
- On en a parlé quand je suis sorti de l’hôpital. Il est pas trop de l’avis du Docteur D
d’ailleurs, lui il pense qu’il faut jamais reprendre l’alcool, mais je préfère suivre l’avis du
Docteur D.

- Vous pensez qu’il [Le Docteur R] participe quand même à votre suivi ?
- Lorsqu’il me voit il me demande comment ça va, si j’ai pas repris… et il me félicite.
Vous savez, moi, j’ai pas repris. Il était étonné le Dr D à la clinique, c’est pas souvent
qu’on arrête après la première cure et il nous l’avait bien dit, qu’on pouvait rechuter et
revenir avec une pancréatite. J’avais un voisin de chambre, ça a pas loupé, il a repicolé,
et il me le disait d’ailleurs !, et il est revenu avec sa pancréatite.

- Pensez vous qu’on peut tout dire à un médecin généraliste ?


- Oui, dans « généraliste » y’a « général », donc je pense qu’on peut lui parler de tout.

- Même de… je ne sais pas… de vos hémorroïdes ou de vos fuites urinaires ?


- Oui, je pense que le tout c’est d’avoir confiance, et ça c’est important la confiance, et
du moment qu’on a confiance avec notre généraliste on peut tout dire. Après faut
trouver le bon, sinon faut changer, mais moi je pense que je suis bien avec le Docteur
R.

- Concernant le sujet des addictions, que faut-il attendre de la part du


généraliste ?
- Je pense que c’est surtout l’information. Moi j’étais pas au courant. J’sais pas. Y’a plus
de 200 maladies en rapport avec l’alcool et ça on n’en parle pas. On parle pas des
conséquences. Enfin, on en voit de plus en plus à la télé, dans les salles d’attente des
généralistes et des spécialistes, des affiches… ça a changé.

- Oui, c’est vrai que ça touche beaucoup de personnes en France, la


surconsommation d’alcool. Vous savez que ça concerne environ 24% des adultes
de moins de 75 ans ?
- Et surement plus, y’en a qui le disent pas ! On parle beaucoup du tabac et de ses
conséquences, moi vous voyez je fume depuis plus de 20 ans et ça va très bien, mais
l’alcool on n’en parle pas.
Il faut aussi qu’il [le généraliste] nous dise qui aller voir. Je sais pas, il connait mieux
que nous les spécialistes, enfin, je pense. Nous on est perdu au départ.

- A votre avis, le médecin généraliste devrait-il aborder systématiquement la


question des consommations ou plus largement des addictions avec les
patients ?
- Moi ça ne me choquerait pas qu’on pose la question, après ça peut braquer des gens,
c’est sûr, mais ça ne me choquerait pas. Vous pouvez. Peut être que ça irait pas à tout
le monde.

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- Vous vous êtes senti stigmatisé dans votre position de consommateur
d’alcool ?
- Non, je pense pas. Moi ça se voyait pas comme je vous le disais avant. C’est surtout
en voyant la population qui consultait à Montpellier... Y’avait que des SDF, et les SDF
eux on sait qu’ils font pas marche arrière, ça, ça m’a fait un choc. C’est là que je me
suis dit qu’il fallait que j’arrête.

- Et dans votre travail ?


- Vous savez, ça a toujours existé dans la police. Moi j’ai connu l’ancienne génération
de flics qui avaient une fiole d’alcool dans la poche et qui ne s’en cachaient pas. Y’en
avait qui avaient la tête rouge et le nez gonflé, on le savait mais c’était normal. C’est
plus pareil.
Là j’ai changé de branche, je revis.

[Link] numéro 3

Patient d’une soixantaine d’années rencontré dans le cadre d’un remplacement de


médecine générale non suivi par le médecin remplacé à ce moment-là et bénéficiant
d’un accompagnement au CSAPA pour une addiction médicamenteuse dont nous
parlerons lors de cet entretien. L’échange a duré 21 minutes.

- Pouvons-nous retracer brièvement le contexte de notre entrevue ? Nous avions


parlé d’addiction lors de notre première rencontre…
- Oui, c’est le Dr A qui me voit depuis environ 2 ans, euh peut être 2-3 ans. Elle me voit
pour les médocs. Je prends des cachets depuis des années, pour le dos. Avant c’était
facile parce que je pouvais en prendre où je voulais, quasiment, maintenant c’est
galère ! Et puis c’est pas terrible.

- C’est-à-dire ?
- Ben au tout début c’était pas une drogue, pas une drogue dure comme on dit. J’ai
commencé à prendre ces trucs là avant la naissance de mon fils, y’a une dizaine
d’années. J’travaille dans le bâtiment, ouvrier d’exécution, alors quand vous avez des
chantiers à l’autre bout du département, que vous vous levez tôt… en plus faut porter
des trucs tout le temps, ça pèse une tonne, toute la journée ! En soulevant un sac j’ai
eu super mal, très [mal] au dos un jour. Bon j’avais déjà mal avant mais c’était pas
pareil. J’ai vu le toubib le soir, ou le lendemain j’sais plus. Il m’a envoyé direct aux
urgences, j’devais lui faire peur ! [Rires] Alors là on vous fait tout un tas d’examens, des
radios, des scanners, tout ça. Et puis « merci, merci monsieur, vous n’avez rien ». Sauf
que moi j’avais mal, alors j’suis retourné voir mon médecin qui m’a donné des médocs
pour aller mieux, pour avoir moins mal.

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- Et ça a marché ?
- Oui ! Ça a peut-être trop bien marché… On va chez le médecin en pensant qu’il va
trouver le médicament pour tout régler, mais c’est plus compliqué que ça. Au départ, un
peu comme tout le monde, ça m’a retourné. Ma femme avait déjà pris de la codéine
donc je connaissais, et elle m’avait dit que ça pouvait donner des problèmes de bide…
de la diarrhées, envie de vomir etc. Moi ça me fatiguait surtout, j’me souviens avoir
passée des journées à dormir ! Faut dire que j’avais des heures à rattraper [Rires]. Et
puis ça me faisait du bien, plus que la kiné[sithérapie]. Alors j’ai continué à en prendre,
et j’ai jamais réussi à m’arrêter, c’est pour bientôt !

- Aviez-vous déjà eu des soucis avec d’autres médicaments dans le passé ?


- Non, j’ai jamais eu de problème avec tout ça. Je viens d’un milieu populaire, mais j’ai
jamais manqué de rien. Plus jeune je trainais avec des copains fêtards c’est vrai, c’était
les jeunes de mon quartier, on se connaissait depuis tout petit. Vous savez comment
c’est les jeunes, en grandissant ils ont commencé à prendre deux/trois rails qu’ils
coupaient parce que l’héro c’était trop cher. J’ai jamais voulu en prendre. Et puis pour
faire partie du groupe, de l’ambiance, vous vous laissez embarquer là-dedans. C’était
facile, on habitait dans une grande ville alors fallait pas aller bien loin ! Ça c’était quand
j’étais un jeune con. Mais sinon, non, jamais consommé de drogues, jamais d’alcool,
jamais de médocs, j’voulais pas de toutes ces cochonneries.

- D’accord. Nous avions parlé du sujet de ma thèse avant cet entretien et je vous
disais que je cherchais à explorer les phénomènes qui amenaient à ne pas parler
du sujet de l’addiction avec un médecin généraliste…
- Justement il est pas au courant.

- Il n’est pas au courant, c’est à dire ?


- Oui, il ne sait pas que c’est devenu un problème en fait, il est même pas au courant du
CSAPA, du fait que j’en prends toujours. Il m’a toujours prescrit les médicaments pour
mon dos. On se voyait souvent, fallait prolonger mon arrêt, j’pouvais pas reprendre le
travail. Y’a toujours un autre truc à voir pendant la visite, un jour c’était le pied, l’épaule,
faut faire vite. Au fur à mesure il me reconduisait l’ordonnance sans qu’on en rediscute,
c’était comme ça. Ça a commencé à déconner après, le petit a eu son accident, j’avais
plus le temps d’aller le voir. A l’époque on pouvait en acheter à la pharmacie, y’avait
pas besoin d’ordonnance, pas besoin de consultation. J’allais le voir de temps en
temps, et je lui demandais de m’en rajouter des boites, parce que sinon je tiendrai pas
jusqu’à la prochaine fois où j’serai dispo pour venir, sauf qu’entre-temps j’allais dans
une autre pharmacie, j’voyais bien qu’elle me regardait bizarrement. Progressivement
j’en ai pris plus, j’allais dans d’autres pharmacies. Je suis passé de, j’sais pas, 6-8
comprimés par jour à 30, parfois 1 boite et demie, quand vraiment ça allait pas.

- Quelle relation avez-vous avec votre médecin traitant ?


- Il est génial ! Je le vois depuis que j’suis ici. J’habitais dans le Nord avant, mais quand
on a déménagé, on est tombé sur lui. Ça l’a tout de suite fait. Il met à l’aise, en plus je

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pense que c’est un bon doc’. Il a toujours été là, quand ça allait pas, quand ça allait
même. C’est pour ça qu’je peux pas lui dire !

- Vous considérez que maintenant c’est devenu une addiction ?


- Ben vous voulez que ce soit quoi ? C’est comme une drogue… C’EST [insistance] une
drogue. Ça m’aide à m’apaiser, au moins avec ça je dors, j’ai pas mal, je pense à rien,
mais c’est pas terrible pour le foie, et ça bousille la vie. Comme un camé j’allais
chercher mon rail chez le dealeur officiel. Y’en a à tous les coins de rue, c’était facile.
[Rires] Y’a quelques années c’est devenu compliqué parce qu’on avait plus le droit d’en
acheter comme ça de la codéine, fallait forcément une prescription du toubib. J’ai fait le
tour de la région, j’les connais tous les médecins dans le coin ! J’allais jamais voir le
même, j’allais jamais au même endroit, on est des stratèges hors pair pour ça.

- On ne vous posait pas de question ?


- Si ! J’disais que mon médecin était en vacances, qu’il avait pas de remplaçant, il en
avait jamais, et que j’avais trop mal au dos pour reprendre le boulot, alors on me
donnait des médicaments pour deux semaines, un mois et j’allais en voir un autre
quand j’en avais plus. J’avais l’habitude à force, c’est malheureux. Y’en a quelques-uns
qui ont eu des doutes, je pense, mais vous vouliez qu’ils fassent quoi ?

- Comment avez-vous été amené à consulter au CSAPA ?


- Quand ma femme a commencé à se poser des questions, à me faire des remarques.
J’faisais plus rien, elle se rendait bien compte que ça allait pas, vraiment pas, parce
qu’on voyait plus personne, j’avais pas envie de sortir de la maison. Moi j’voyais pas
tout ça, j’avais pas réfléchi que ça allait pas, j’avais juste plus mal, et c’est ce que je
voulais à la base ne plus avoir mal. A c’moment là mon dos était plus important que les
médicaments. J’parlais plus avec les collègues avec qui j’avais gardé des liens après
ma démission, ils avaient du boulot. J’avais trouvé un taff de gardien. Les horaires ça l’a
pas fait, au chômage j’dormais tous les jours, des fois j’sortais pour aller me balader,
acheter les médicaments mais c’est tout. Ça revenait cher à force. C’était pas cher,
mais y’avait beaucoup de boites. Ça s’est pas fait d’un coup.

- Comment avez-vous eu connaissance de l’existence du CSAPA ?


- J’ai essayé d’arrêter brutalement, j’étais décidé, après une autre dispute. J’ai tout jeté
dans les toilettes, les médocs et les boites avec et je me suis dit « c’est fini » ! C’était
horrible, j’en ai pas dormi de la nuit, j’avais mal partout, de la tête aux doigts de pieds,
partout, je transpirais, je suais pire que si j’avais couru le marathon, je ne cours pas,
alors j’ai repris. J’ai commencé à m’en parler, à en parler mais à moi-même dans ma
tête. Il y a eu des disputes, encore, beaucoup, on se comprenait pas à la maison. J’ai
cherché sur internet et je suis tombé sur un forum qui parlait de ça, des centres
d’addicto’. Un mec racontait son histoire et comment il avait fait pour arrêter, là-dessus,
sur le forum. C’était drôle parce que son nom sur le chat c’était « codéine » avec un
numéro derrière, me souviens plus lequel. Son histoire m’a vachement aidé, je me suis
lancé.

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- Si à votre tour vous étiez ce « codéine2021 », que conseillerez-vous à une
personne qui consomme de la codéine et qui ne sait pas comment faire ?
- D’aller consulter quelqu’un, de ne pas rester seul, il faut pas être seul. C’est difficile
sans l’histoire mais il faudrait qu’il aille voir un médecin, un addictologue, un généraliste,
peu importe, quelqu’un qui peut l’aider. Quelqu’un qui l’écoute, qui parle avec lui, qui le
rassure et qui lui dit qu’il est capable et qu’il va y arriver. Ici au CSAPA on discute, ça
m’aide à tenir, j’ai un objectif avec des paliers, ça m’aide à me projeter plus tard. On
parle pas que du nombre de comprimés, on parle du reste, on parle de tout, et ça ça
m’aide. J’ai rencontré des gens, des fois on se recroise.
Moi j’ai réussi à réduire à 20 comprimés par jour, mais c’est long, long, ça fait tellement
longtemps. J’aimerais que ça aille plus vite mais je veux pas revivre ce que j’ai vécu,
pas après tout ce que j’ai fait. Je veux tenir bon, diminuer petit à petit et me sortir de
tout ça, j’ai hâte !

- Et votre généraliste ?
- J’aimerais trouver le courage de lui dire, j’y arrive pas. J’ai peur de sa réaction, j’ai pas
envie de le décevoir. C’est affreux de décevoir quelqu’un qu’on connait depuis très
longtemps. J’ai peur qu’il s’en veuille de m’avoir prescrit cette merde, qu’il se dise que
c’est de sa faute et que je suis devenu accro à cause de lui. Et j’lui en veux pas, j’lui en
veux pas. J’pense pas qu’il est au courant, je lui ai dit que j’avais tout arrêté, pour qui il
me prendrait. J’suis pas un drogué à la base, je vous ai dit, j’ai jamais touché le
cannabis, ni le tabac, tout ça.

- Avez-vous peur qu’il change d’attitude à votre égard ?


- Je pense pas, je sais pas. J’suis sûr qu’il ne me laisserait pas tomber pourtant, qu’il
pourrait m’aider, je crois. J’ose pas, c’est difficile à expliquer, je ne peux pas.

- Auriez-vous pu le dire à un autre médecin ?


- Non, franchement. J’en ai vu d’autres des médecins, mais je l’ai jamais dit. Alors que
j’aurai pu ! Au CSAPA c’est différent, ils ont l’habitude de voir des gens comme moi, ça
ne les choque pas. Ils savent comment faire. Je voulais pas forcément aller en cure,
j’en ai entendu parler et on n’en dit pas que du bien. Maintenant j’essaie d’accepter que
je suis malade et que c’est pas moi le problème.

- Souhaiteriez-vous que le médecin qui vous suit au CSAPA en parle, par exemple
dans un courrier entre confrères, à votre médecin généraliste ? Est-ce que ça
vous aiderait ?
- Surtout pas, non vraiment, pour l’instant je peux pas. Peut-être que quand tout ça sera
fini, je lui en parlerai. La psy[chologue] du CSAPA m’a conseillé de lui écrire une lettre,
c’est quelque chose dont il faut que je réfléchisse.

- Pensez-vous que votre généraliste est capable de prendre en charge un patient


souffrant d’addiction ?
- A mon avis oui, je pense qu’il peut, mais pas moi. Le connaissant, il enverrait son
patient vers quelqu’un d’autre s’il ne savait pas. C’est pas un problème de compétence,
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c’est moi. Là pour ma cheville je suis venu chez vous, mais parce qu’il était pas là. Il est
en vacances.

- Vous a-t-il déjà posé la question des addictions en consultation ?


- Ça a dû lui arriver oui, surement. Pour la clope, le tabac, surement. En parlant de ça et
d’autres choses, pour faire la discussion, on est jamais rentré dans les détails.

- Merci pour votre témoignage, comment va votre pied maintenant ?

[Link] numéro 4

Cet entretien se déroule avec une patiente de 40 ans recrutée via les consultations
d’addictologie. L’interview a duré 21 minutes.

- Sans entrer dans les détails, pouvez-vous me raconter brièvement le contexte


qui fait que vous avez été amenée à consulter un addictologue ?
- L’alcool et les pulsions en fait. Les pulsions d’alcool. Ça peut durer quelques jours.
Mon fils. C’est mon fils qui m’a fait une réflexion une fois et à partir de là je crois que,
voilà, j’ai eu un électrochoc en fait. J’ai des crises. Je bois pas tous les jours mais, ça
m’arrive de boire, je bois. Je bois peut-être quatre ou cinq fois dans le mois, je veux
atteindre l’ivresse. Une fois que j’atteins l’ivresse je dors et après je suis en crise,
pendant trois jours je vais boire, pour éviter les descentes.

- Était-ce caché de la vue des autres, de vos proches… ou l’ont-ils toujours su ?


- Non, je cache. Mon fils s’en est rendu compte, oui. Oui parce qu’il grandit. Il a quinze
ans, enfin, il va sur ses quinze ans donc il voit, il grandit, il se rend compte des choses.

- D’accord. Vous ne lui en avez pas forcément parlé en fait, il l’a deviné ?
- Non je ne lui en ai jamais parlé, il s’en est rendu compte, voilà. Après il sait que je suis
une fêtarde, il a toujours vu la famille, nous on a toujours fait des apéros donc il sait que
c’est comme ça. Mais bon, il me l’a toujours dit « écoute maman quand tu bois, ça me
dérange pas, mais ça dure trois jours là ça commence à me déranger ». Il me dit une
fois, moi je dormais, il était quatre heures je dormais, « non tu peux pas me faire ça ».
Voilà, donc c’est parti de là.

- A qui avez-vous parlé en premier de votre consommation ? A l’addictologue ? A


des amis ?
- Je voyais déjà un addictologue il y a quelques années, et c’était… alors je ne sais plus
son nom, j’ai pas les papiers devant moi. J’avais déjà vu quelqu’un oui. Le suivi s’était
arrêté, je m’étais énormément calmée puis c’est revenu suite à un suicide d’une
collègue de boulot où on était quand même proches. Ça m’a retournée et là j’y ai été de

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plus belle et j’ai été très mal dans cette période-là et c’est de là que je me suis dit « stop
j’arrête, je vois quelqu’un ». J’avais besoin d’un suivi psychologique aussi parce que,
voilà, c’est quand même aussi particulier… mon enfance est assez particulière. Le
CSAPA, il y a tout un suivi derrière, c’est plus global.

- Et votre médecin traitant ?


- C’est une femme. Ça va faire cinq ans, à peu près. Je la connais. Elle suit mon fils
aussi.
Oui je la vois quand je suis malade et puis dans mon travail… vous savez des fois c’est
difficile, et on a besoin de pauses, parce qu’il y a quand même des passages à l’acte, il
y a de la violence. [Ndlr : Patiente éducatrice spécialisée]

- Est-elle au courant de votre addiction ? Lui en avez-vous déjà parlé ?


- Pas du tout. Parce que j’ai honte déjà, et d’une, j’ai honte. C’est vraiment un coup de
honte. Et quand je vais au cabinet, je veux pas qu’on m’affiche l’étiquette d’une
alcoolique en fait. C’est-à-dire que moi je peux… j’ai eu des périodes où je peux être
mal avec l’alcool mais bon après voilà, je.. mais quand j’y vais pour quoi que ce soit ou
une gastro, ou un truc comme ça, je veux pas qu’on me mette une étiquette d’une
alcoolique.

- Mais qui vous mettrait cette étiquette ? Le médecin ?


- Ouais. C’est-à-dire que si j’y vais pour n’importe quelle consultation, je ne veux pas
qu’on ait l’image de moi comme celle de quelqu’un qui boit. Voilà, je sais pas si vous
comprenez ce que je veux dire.

- Etes-vous moins gênée par le regard de la secrétaire par exemple ?


Oui, peut-être. Le médecin c’est différent. Après là où je vais y’a pas de secrétaire, c’est
tout par téléphone.

- Qu’attendez-vous de votre médecin généraliste ?


Qu’elle prenne en charge le reste, tout à fait. Les petites maladies de saison… Suite au
suicide de ma collègue j’ai eu complètement un burn out complet, donc elle m’a donné
du xanax, mais j’ai pas parlé de mes problèmes d’alcool, non. Et là dans cette période
je buvais beaucoup, et je ne lui en ai pas parlé non plus.

- Pensez-vous que votre médecin généraliste est ouvert à tous les sujets ?
Je pense, oui, je pense. Mais c’est la médecin généraliste de mon fils aussi alors y’a
tout un truc qui se joue. Je sais pas. En tant que mère je culpabilise d’avoir fait, de faire
subir ça à mon fils.
C’est le regard. Moi c’est plutôt le regard.
C’est un médecin hein, je sais bien, le médecin c’est un professionnel oui… mais je
veux pas qu’on me pose le regard d’une femme qui boit.

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- Il est censé être tenu au secret professionnel votre médecin vous savez, il n’est
pas censé raconter ce que vous lui dites à votre fils, même si c’est votre fils.
- Tout à fait, mais c’est moi, c’est moi qui ait ce blocage. Parce que j’aurais pu parler.
Mon addictologue il me disait « mais votre généraliste elle pourrait vous donner votre
traitement ». Je lui ai dit « non, je demanderai pas, j’ai honte, je veux pas ».

- Et pour autant, en parler avec un addictologue, ne vous gêne pas ?


- Pas du tout, c’est une addictologue. C’est peut-être du fait que c’est une addictologue
qui traite… voilà c’est plus facile pour moi parce qu’elle doit en voir des gens comme ça
et du coup ben peut être que cette étiquette… elle suit des personnes comme moi en
fait.

- Avez-vous d’autres sujets que vous n’abordez pas avec votre médecin
généraliste ? Je prends toujours en exemple les motifs gynécologiques,
urinaires…
- Non, ça, ça ne me dérange pas. Maintenant justement, elle fait des frottis, je dois en
faire un, ça ne me gêne absolument pas. J’en ai déjà fait un. Non, tout ce qui touche à
la gynécologie, ça ne me gêne pas du tout.

- Avez-vous l’impression que dans votre relation avec les autres, vous essayez de
cacher votre consommation, en vous apprêtant par exemple ?
- Non, moi non, je n’ai pas ce problème-là.

- Pensez-vous que votre médecin pourrait faire quelque chose pour vous amener
à parler du sujet de l’alcool avec elle ?
- Moi je pense que oui, elle pourrait. Mais c’est à moi de débloquer le truc.

- Devrait-elle, par exemple, taper du poing sur la table en disant « Bon ça suffit,
dites-moi maintenant ! » ? Devrait-elle vous aider à lui en parler ?
- Oui, peut être que ça serait plus facile… Peut-être un jour où je suis vraiment au bout
du bout… bon ben voilà, elle pourrait se dire « là il se passe ça, ça, ça », mais peut être
que c’est à moi de déclencher le truc parce que je suis sûre qu’à 100% elle serait
d’accord et qu’elle serait à mes côtés.
C’est moi qui doit débloquer ce truc-là. Depuis le début je bloque sur ça, et tant que j’ai
pas débloqué sur ça… enfin, ça va venir. Ça va venir !

- Avez-vous un suivi régulier par prise de sang ?


- Non, honnêtement je n’ai pas de soucis avec les prises de sang, d’ailleurs elle doit voir
pour ma thyroïde donc y’a des bilans… j’ai des bilans à faire, y’a pas de soucis. Elle le
sait pas mais, quand j’ai une prise de sang à faire je fais hyper gaffe avant de faire ma
prise de sang, c’est calculé. Je fais gaffe à mon hygiène de vie pendant une semaine,
oui. C’est pour pas qu’on nous dise quoi que ce soit, qu’on nous dise « y’a un problème
avec l’alcool » ; Elle le verrait avec mes prises de sang si y’avait un problème avec
l’alcool.

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- Vous avez peur d’être trahie par les résultats ?
- Oui, eh oui. Mais comme je disais, moi j’arrive à un âge où peut-être que maintenant, il
faut aussi que je mette tout ça de côté et faire gaffe à ma santé. J’ai vraiment levé le
pied hein, c’est plus pareil, c’est plus comme c’était il y a quelques mois en arrière.

- Vous m’avez dit que votre médecin suivait votre fils. Vous avez la crainte qu’elle
en parle avec lui ?
- Oui, c’est que, je ne veux pas que mon fils, quand il va chez elle… et pourtant je sais
que c’est une professionnelle, je sais qu’elle est pas dans le jugement, et le problème il
vient de moi, mais je veux pas qu’on dise « toi ta mère elle est alcoolique ». C’est idiot
hein, mais…

- Pour autant vous semblez avoir confiance en elle ?


- Tout à fait ! C’est parce que moi j’ai déménagé, ça fait cinq ans qu’elle me suit mais
j’étais dans un autre village où il y avait exactement le même problème, où j’en ai pas
parlé. J’en ai jamais parlé.
Même à mes amis proches, ni à mon compagnon, même autour de moi ça reste quand
même assez tabou. J’ai honte, j’ai honte de moi.
Mes amis savent que je suis une fêtarde, mais ils ne connaissent pas mes problèmes
derrière.

- Et dans votre boulot ?


- J’irai jamais au travail alcoolisée, jamais. Ça se voit pas hein, même physiquement ça
se voit pas attention. Je suis pas à un niveau… J’ai des soucis que je suis en train de
régler mais je suis pas, comment dirai-je, alcoolique où je bois tous les jours, ça c’est
pas moi.
J’en suis pas là et c’est pour ça que je vois l’addictologue, je veux pas en arriver là.

- Avez-vous d’autres addictions ?


- Non je vapote, j’ai la cigarette électronique, c’est tout. Le tabac j’ai arrêté depuis des
années. Ça fait peut-être dix ans que je fume la cigarette électronique.

[Link] numéro 5

Cette interview s’est déroulée avec une patiente de 42 ans rencontrée lors d’un
remplacement en cabinet de médecine générale, qui, le jour de notre rencontre a
évoqué sa consommation d’alcool spontanément en fin de consultation alors qu’elle
n’en avait jamais parlé auparavant. L’entretien a été programmé à la suite de cette
première rencontre. Celui-ci a duré 44 minutes.

- Je suis très contente de cet entretien. J’en ai parlé autour de moi, assez librement.
Bon, pas à mes collègues de travail mais...
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- Rappelez-moi, on avait parlé de votre relation à l’alcool lors de notre précédente
consultation, mais sans rentrer dans les détails ?
- Je vous ai parlé de problèmes passés, plus ou moins passés autour de ça, et vous
m’avait dit « ah c’est marrant, pourquoi vous me parlez de ça ? » Et je vous ai dit « c’est
la première fois que j’en parle à un médecin en fait ».

- Vous pensez qu’il y a un feeling ? Un ressenti ?


- Oui, un peu.

- Moi ce qui m’intéresse justement, c’est « pourquoi ai-je été la première ? »,


« pourquoi n’y a-t-il eu personne avant moi ? ». Parce ce qu’on ne vous avait
jamais posé la question ? Parce que vous avez pris conscience et que je suis
arrivée après cette prise de conscience ?
- Peut-être, un peu.. un peu plein de choses. Après très honnêtement je me suis
questionnée sur ça. Pourquoi n’en ai-je jamais parlé avant ? Parce que je pense que je
ne savais pas que ma consommation était problématique. J’avais quelqu’un dans ma
vie qui est alcoolique et donc du coup le rapport... voilà. Je pense que je me cachais un
peu la vérité aussi. Et puis il y a une espèce de peur. Alors moi je vois pas ça sur
« qu’est ce qu’on va penser de moi ? » je vois plus depuis que j’ai un enfant, à me dire
mais si je… Enfin, je pense, je dis pas que… on pourrait me retirer mon enfant, par
exemple. Par rapport à une consommation… voilà.

- De le dire à votre médecin généraliste, vous avez peur que ça se sache derrière,
c’est ça ?
- Ben qu’il y ait une dénonciation. Je sais que c’est pas possible ça, mais je pense que
c’est des choses, alors je me le suis vaguement dit, je sais très bien que c’est pas vrai
mais il y a ce fond derrière… Et peut-être que si moi je l’ai ressenti un moment donné
peut être aussi ça peut… je suis pas la seule.

- Il existe le secret professionnel. Logiquement, tout ce qui est dit en


consultation, sauf cas exceptionnel, reste dans cette consultation.
- Je le sais

- Alors après il y a des discussions avec les confrères. Par exemple, je travaille
avec un médecin qui travaille en centre d’addictologie, elle suit également des
patients que je reçois au cabinet et lorsqu’on a des soucis, on en discute
ensemble. - Oui mais c’est normal - Mais toujours parce qu’on est dans la même
prise en charge et qu’on prend en charge le même patient.
- Et puis dans n’importe quel métier, qu’on gère de l’humain ou pas, on fait ça. On
discute entre nous, on fait des réunions de partage d’expérience. Ça parait totalement
logique.

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- Ça rentre dans le cadre du secret médical et à aucun moment on n’a le droit,
nous, de dénoncer. Par exemple, si vous me dites « Je suis dealer de drogue
dans un coin de la ville, et je serai là dans cette rue, à cette heure précise » je ne
suis pas sûre que j’ai le droit de le dire.
Votre médecin généraliste suit-il votre famille ?
- Oui, il suit mon fils.

- Avez-vous peur que justement, si vous lui parlez de votre consommation,


qu’elle en parle à votre enfant ?
- Non. Non, non, non, pas du tout. Je vous dis, c’est pas un truc raisonné. C’est un truc
que j’ai en fond de toile, je sais bien après que si je raisonne, je m’explique, je me dis
« non, elle va jamais le dire », mais… voilà, c’est un peu là...

- C’est un mécanisme de défense ? – Sûrement - On verrouille. Je ne suis pas sûre


qu’au final c’est s’aider que de se mettre des verrous. Bien sûr c’est facile à dire
mais le travail du médecin, du psychologue… c’est de faire sauter un peu ces
freins. Que ce soit dans le cadre de l’addiction ou pour autre chose.
- Et après pour avoir réfléchi à tout ça, de me rappeler un petit peu de tout ce qu’on
parle, de nos relations avec les médecins, avec les amis, avec les conjoints etc il n’y a
pas forcément toujours la confiance en fait. Comment dire… [raclement de gorge]. Moi
je me suis déjà sentie jugée par un médecin généraliste. Mon ex-compagnon parlait
beaucoup de condescendance de certains praticiens. Moi j’ai souvenir que lui ayant des
problèmes d’alcool, ça a été. Ça a mis de grosses difficultés dans notre couple et je l’ai
beaucoup incité à aller voir un médecin, un psy etc et un jour... La première fois qu’il a
fait le pas, il a été chez une généraliste qui n’était pas sa généraliste. A Marseille nous
n’avions pas encore trouvé notre généraliste, on avait pas de généraliste attitré. Il est
revenu en me disant « Oh la la je me suis senti super mal à l’aise, tout de suite elle m’a
dit « ça se voit, vous avez le teint cireux » ou un truc comme ça ! Et voilà, c’est ce genre
de…

- Il s’est senti jugé sur ses valeurs ?


- Ouais, ouais. Et puis même si on n’est pas jugé directement par la personne en face,
on l’a peut-être ressenti et ça met une barrière. Vous me disiez pourquoi plus sur un
frottis que sur ça ? Parce que là c’est une addiction donc, même si on sait qu’on
maîtrise pas tout sur une addiction bien sûr mais il y a un espèce de truc… On sait
qu’on fait quelque chose qu’on devrait pas faire ou en tout cas pas dans cette quantité.

- Pensez-vous que certains médecins peuvent se dire « il est responsable de ça,


de son état » ?
- Je ne sais pas si je me le suis déjà dit qu’ils pouvaient penser ça mais moi je me le
suis dit de moi-même. Honte, je sais pas. Je ne sais pas si j’ai déjà ressenti de la honte
parce que j’ai pas non plus eu la sensation d’être vraiment alcoolique profonde, ni avoir
des soucis. Je pense que l’addiction est pas très très loin, mais non je pense pas avoir
ressenti de la honte, mais plus ce dont on a parlé avant. Plus ne pas envie d’être jugée
et quelque part un truc pas fondé qu’on me retire mon enfant.
101
- Il y a peut-être aussi une forme d’étiquette ? L’impression que si un jour on en
parle, on aura un écriteau tatoué sur le front ?
- Peut-être oui, et puis parce qu’aussi ce n’est pas quelque chose qu’on a essayé de
creuser un jour. Enfin qu’un médecin généraliste a essayé de creuser chez moi.

- On ne vous a jamais trop tendu de perche, ou en tout cas vous n’avez jamais eu
l’impression ?
- J’ai plus souvenir d’avoir eu des perches par la médecine du travail. On a des rendez-
vous tous les deux ans, et il y a une batterie de questions dont « Est-ce que vous
fumez ? Est-ce que vous buvez ? ». Je pense que j’ai eu un peu quand je suis arrivée
ici, je pense... c’est pas très loin donc je me rappelle : Le docteur m’avait pris quand
même un premier rendez-vous, et puis c’est quelqu’un qui est hyper… qui va très loin,
qui projette, qui pose plein de questions, je sens qu’elle prend vraiment les choses à
cœur et lorsqu’on lui expose quelque chose elle va jusqu’au bout donc je pense même
vaguement qu’elle m’ait dit « et votre consommation de cigarette ? » etc mais juste la
question, y’a pas eu de suite. Mais bon en même temps si on a un patient en face qui
dit « ça va » … Parce que moi je ne savais pas en fait, c’est assez récent le fait que je
me rende compte que je peux boire trop, ou en tout cas que je buvais trop.

- Vous manquiez d’informations à ce sujet ?


- Ouais je pense et puis si on a un comparatif avec d’autres personnes, donc moi mon
ex conjoint et puis ma bande d’amis qui sont… on vivait en ville à Marseille, grosses
sorties, fêtards, toujours à faire des trucs même en ayant des enfants on sortait tous
chacun son tour, un coup c’était le papa, un coup c’était la maman et on sortait au
moins deux fois par semaine donc à chaque fois deux fois par semaine c’est l’apéro, on
boit trois, quatre verres et ça ne me semblait pas du tout problématique, important et
puis l’arrivée dans la région on s’est retrouvés sans amis et donc les apéros on les a
continué entre nous. Et puis en fait ça a été un déclic quand j’ai rencontré mon nouvel
ami qui buvait moins que moi. Par rapport à lui la différence, je bois plus que lui. J’ai
une amie aussi qui l’été dernier m’a dit ouhla moi je trouve que ta conso ça craint un
peu. Mais ça a été de la part de l’entourage et pas d’un médecin.

- De voir quelqu’un de temps en temps, ou alors dont on sait que l’on ne va pas le
revoir, c’est plus simple d’en parler ?
- Peut-être, je sais pas. Dans tous les cas c’est très pragmatique les questions, c’est
simplement « Est ce que vous buvez ? Combien de verres par jour ? »
Mais j’ai pas souvenir non plus qu’on m’ait dit.. alors c’est pareil, est ce que j’ai dit la
vérité il y a deux ans ? Je pense que j’ai dit la vérité, j’ai minimisé c’est possible, sans
m’en rendre compte, c’est possible. J’ai pas souvenir qu’elle m’ait dit.. enfin c’était..
maintenant c’est plus un médecin qu’on voit c’est une infirmière, donc j’ai vu une
infirmière, maintenant on fait par téléphone, c’est peau de chagrin la médecine du
travail, de plus en plus. J’ai pas souvenir, et pourtant ma consommation il y a deux ans
était autre que celle de maintenant, c’est passé à l’as quoi !

102
- Et si c’est une personne que vous ne connaissez pas, là il n’y a pas cette
histoire de confiance envers le médecin qui rentre en jeu, n’est-ce pas plus
simple de parler de vos consommations qu’avec quelqu’un en qui vous avez
confiance ? Est-ce que c’est plus simple parce que vous savez que vous n’allez
pas le revoir ? On lâche le truc, maintenant on l’a dit et après derrière on pourra
pas revenir dessus ?
- Je sais pas, ça j’ai pas la réponse. Je n’ai pas d’avis.

- La moitié des patients que j’ai recrutés, je l’ai fait en remplaçant des médecins,
alors je ne sais pas encore pourquoi, mais c’est peut-être plus simple de le dire à
« la remplaçante » ?
- Je pense que moi, c’est la première fois que je rencontre un médecin comme vous.

- Qui creuse le sujet ? Qui prend le temps de discuter ?


Qui n’est pas condescendant. Alors, je ne trouve pas que mon médecin actuel soit
condescendant, mais je pense que c’est aussi le fait qu’elle ait derrière elle 20 ou 30
ans de profession, elle n’a pas la même fraîcheur… j’en sais rien, et elle fait
extrêmement bien son travail, il n’y a pas de soucis mais je sais pas, il y a un espèce de
truc... vous êtes très concernée.

- Peut-être que c’est aussi une sensibilité. Peut-être que c’est aussi parce que le
sujet m’intéresse ?
- En tout cas ce qui s’est passé la dernière fois qu’on s’est vues, où je me suis un peu
écroulée, je l’ai fait chez un psychologue/un thérapeute, et j’ai eu cet accueil, alors
qu’en médecine générale non. J’ai toujours été bien accompagnée quand ça n’allait pas
psychologiquement mais c’était assez froid même si je comprends le « on prend en
compte, on pose des questions, on discute » mais voilà, ça manque un peu de… et je
ne sais pas si c’est votre rôle mais en tout cas avec moi un peu plus de chaleur ça
fonctionne mieux. - De relationnel ? - Oui un truc un peu plus dans les couleurs
chaudes et moins dans les couleurs froides [rires]. Après c’est peut-être que… oui, je
pense comme vous c’est une question de sensibilité, selon qui on est on préférera un
médecin comme ci ou un médecin comme ça. En tous les cas c’est sorti là. Là j’ai eu
besoin quelque part de dire j’ai fait un travail sur moi sur l’alcool et peut-être aussi j’y ai
réfléchi à me dire qu’il est pas terminé. C’était « laissé une petite trace », me dire je l’ai
dit ça y est, c’est noté, on en reparlera à un moment.

- Quand ce sera le bon moment ?


- Voilà. Je pense que derrière, en général on dit les choses et ce n’est pas anodin.
Ça chemine. J’ai eu besoin de le dire à ce moment-là. Je pense que ce n’est vraiment
pas anodin.

- C’est bien déjà que vous ayez pu avancer, parce que parfois ça prend du temps,
ça prend des mois, ça prend des années. La personne rencontrée lors de
l’entretien pour la visite médicale du travail était-ce une femme ?
- C’était une infirmière, et c’était une femme il y a 2 ans, oui.
103
- Que ça soit homme ou femme, vous pensez que c’est la même chose
concernant les discussions autour du sujet des addictions ?
- Moi après je suis toujours mieux et je trouve qu’en médecine personnellement, j’ai
toujours aimé être avec des pairs, entre femmes.

- Et l’âge ?
- Après ça va vraiment dépendre du relationnel mais oui j’ai toujours été.. voilà, je ne
sais pas parler de mes douleurs de règles à un homme, alors je ne dis pas qu’il n’a pas
les compétences mais il ne l’a jamais vécu, il ne l’a jamais ressenti.

- C’est vrai, pourtant il serait peut-être très bon dans le traitement des douleurs
de règles ?
Oui bien sûr, mais il ne l’a jamais éprouvé donc naturellement je préfère. J’ai déjà eu un
gynécologue homme, mais je préfère avec des femmes en fait. Mais même généraliste,
je préfère, je suis plus… c’est pas une question d’être à l’aise ! Je ne sais pas, j’ai
l’impression que je serai mieux comprise. Alors j’ai un gastro entérologie que ma
généraliste m’a recommandé d’aller voir, je l’ai adoré et j’y suis retournée deux fois. Oui
après le feeling aussi mais je sais pas j’ai quand même plus... même pour les psy je
suis toujours allée vers des femmes.

- Pour en revenir à la « batterie de questions » de l’infirmière du travail, trouvez-


vous ça choquant si lors de la première rencontre avec un patient, on pose la
question des consommations comme on le fait pour les antécédents, les
traitements, les allergies ? Personnellement je trouve ça plus facile d’aborder la
question des addictions la première fois, mais ça peut, peut-être, mettre une
barrière.
- Oui dans le questionnaire général ! Moi je pense que c’est bien. Mais alors plutôt, moi
la critique que je pourrais avoir par rapport à cette question c’est qu’il faut rentrer un
peu dans le détail parce que si vous dites « est-ce que vous buvez ? » ça veut dire quoi
en fait ? - C’est trop vague ? - Ouais ouais ouais, parce que ça dépend. Je vous dis,
y’a 2 ans je vous aurais dit non non non alors que si ! Donc il faut creuser.

- Plutôt en demandant « quelle est votre consommation ? Combien de verres par


semaine ? »
- Oui ! Moi je pense que par semaine… alors je suis tombée sur Facebook, vous voyez
il y a une campagne en ce moment autour de l’alcool, pour inciter les gens à se tester.
On vous pose des questions : vous êtes un homme, une femme, combien de verres par
semaine buvez-vous, combien d’argent dépensez-vous ? que buvez-vous ? C’est des
clics, c’est très vite fait. Je trouve ça hyper mal foutu dans le sens où... je pense qu’on
peut avoir une addiction à l’alcool où on boit toutes les semaines un peu les mêmes
quantités mais on peut avoir aussi une addiction à l’alcool et ne pas boire pendant X
temps et puis se mettre des grosses murges, et arrêter etc.
C’est peut-être pour simplifier parce que c’est qu’un test mais effectivement ça permet
de mettre des cases sinon ce serait compliqué. Donc moi j’ai répondu par exemple sur
104
la semaine dernière et ce qui me dérange c’est qu’ils ne vous disent pas c’est trop, c’est
pas assez, faites attention c’est vous êtes comme X pourcents de gens, X pourcents
comme les autres. Donc en fait je trouve ça assez culpabilisant d’être comparée. En fait
vous êtes comme 15% des gens... Votre consommation elle est trop parce que y’a 70%
des personnes qui boivent moins que vous… eh ba super !
Ils le mettent dans l’autre sens, vous faites partie des X % qui sont comme vous donc
ça veut dire que vous buvez trop ou vous faites partie des 85% de personnes qui
boivent comme vous donc ça veut dire que vous buvez normalement. Aller plus loin
qu’une semaine et plus qu’une question de verres à mon sens c’est comment on est
lorsqu’on est alcoolisé, qu’est-ce que ça apporte, est-ce que vous avez besoin d’être
alcoolisé… enfin je ne sais pas !

- Ça le problème c’est que pour faire rentrer ces notions dans des cases à cocher
c’est très compliqué. Ça vous l’avez dans une discussion avec quelqu’un qui
creuse un petit peu tout ce qui tourne autour de la relation avec le produit. C’est
rarement simple, ce n’est pas simplement « voilà je bois parce qu’aujourd’hui j’ai
envie de boire une bouteille ». Ce n’est pas la même chose si quelqu’un dit « je
bois parce que c’est la fête et qu’on était bien et que c’était convivial » plutôt que
« J’ai bu la même quantité d’alcool, dans le même endroit mais je me suis mise à
l’écart, j’étais toute seule, je pleurais, je n’étais pas bien » alors que la quantité de
produit est la même ?
- Exactement, et puis vous sortez pour quoi ? Est-ce que vous sortez pour boire ou est-
ce que vous sortez pour voir des gens ? Moi ça c’est un peu mon rapport à la cigarette,
que je fais évoluer. Je m’étais dit « je ne fume plus que lorsque je bois un coup », et
ben je cherchais, et je buvais plus parce que j’avais envie de fumer. Il fallait trouver une
occasion.
Le problème c’est que si on vous dit « vous buvez tant de verres, il faudrait passer à
tant, il faudrait réduire », on ne prend pas en charge le reste, et le contexte. Ça revient
un peu à ce qu’on disait, l’idée de vous connaitre, et de prendre l’autre dans sa
globalité.

- C’est sûr que parfois, régler le problème d’addiction… il y a d’autres choses


avant, ça viendra après. Ces questionnaires en ligne sont des questionnaires de
débrouillage.
- Sans même parler des questionnaires, il y a aussi toutes les campagnes autour de
l’alcool… et pas que de l’alcool. Tout est très culpabilisant, infantilisant. C’est fait pour
faire peur. Oui alors l’alcool vous allez avoir un cancer colorectal, vous allez… bien sûr
sans doute, mais sur moi ça me… dès que je bois un peu trop, que je dépasse les 2
verres je culpabilise à mort. Peut être que c’est le but de faire peur et culpabiliser les
gens, faut qu’ils arrêtent et je ne suis pas sûre que ce soit, que ça fonctionne bien et
que les gens soient bien. Il y a des gens sur qui ça doit marcher.

- Il y a des affiches qu’on retrouve dans les salles d’attentes des cabinets
médicaux qui disent « parlez de vos consommations » sans être violentes. Après
c’est sûr que les campagnes télévisées sont souvent basées sur des gens qui
105
font un AVC ou un infarctus, qui ont un accident de voiture et qui tuent des
cyclistes. Tout un truc de « tu es un assassin, et si tu continues à boire tu vas
tuer des gens ». Environ 8% des adultes en France ont une addiction à l’alcool, et
24% ont une consommation problématique. - oui c’est ça ! - ça veut dire que ça
touche tout le monde et qu’on n’en parle pas assez – non - J’ai l’impression que
c’est plus facile pour le tabac non ? C’est un peu rentré dans les mœurs, les gens
savent qu’ils peuvent consulter, qu’il existe des substituts nicotiniques. La
question du tabac est plus souvent évoquée que la question de l’alcool, et même
des drogues ! Evoquer la question de l’héroïne et de la cocaïne par exemple en
consultation c’est tout de suite, c’est mal perçu. Un étudiant a fait une thèse
d’ailleurs à la Faculté de Montpellier sur les étudiants en médecine, et ce qui
ressort c’est que la cigarette ils arrivent à en parler, et l’alcool ils n’y arrivent pas.
Parce qu’il y a cette barrière, oui c’est plus caché l’alcool. Et j’ai espoir que ça
change !
- Vous travaillez pour en tout cas !

- Qu’attendez-vous de la part du médecin généraliste ? En quoi peut-il vous


aider ?
- Moi c’est plus par rapport à la maladie, à mes angoisses tout ça. Moi ça a toujours été
quelqu’un qui est important. Pas quelqu’un que je vais voir tous les quatre matins, mais
j’ai pas envie de me sentir jugée quand je viens. Par exemple, mon médecin a eu un
mot un jour, alors pas à moi, mais au papa de mon fils lorsque mon fils a eu une
maladie assez importante pour son âge, que la généraliste a voulu suivre fortement et
du coup, on l’amenait comme elle nous demandait de l’amener et je pense qu’elle a dû
à un moment zapper certaines choses et elle a dit à son papa « il faudrait pas trop
médicaliser votre fils ». Alors moi, il faudra que j’arrive à lui dire un jour mais ça m’a
retournée. C’est la grande confiance que j’avais en elle qui d’un coup a été émoussée.
Je me suis dit « Mince, ça veut dire que… » Il faut pouvoir se sentir libre de dire à ses
patients « vous savez il faudrait peut-être… » mais pas comme ça !

- Vous vous êtes sentie comme « je viens trop souvent, elle pense que je viens
pour rien » ?
- Oui… « faudrait faire attention à pas trop médicaliser votre fils ! » c’est quand même
une phrase culpabilisante. C’est « vos peurs, faudrait pas les mettre sur votre fils » et
du coup dès qu’il y a un petit truc de travers, ce que je ne pense pas du tout, être
comme ça, mais je veux lui en parler, mais voilà, je pense qu’il y a eu cette phrase, qui
ne m’a pas visée directement peut être mais le papa l’a prise … entre ce qu’on entend,
et ce qu’on re transmet vous connaissez l’adage mais en tout cas ça m’a… je me sens
moins libre maintenant de me dire de venir. Je pense que j’aurais pas craqué comme
ça devant vous la dernière fois si ça avait été avec elle que j’avais eu rendez-vous.

- Parce qu’il a ce truc là en fond de toile depuis ?


- Pour ma part le médecin généraliste c’est quelqu’un qui m’accompagne et qui est là
tout au long d’une partie de ma vie parce qu’on change de médecin parce qu’on change
de région etc mais moi ça a toujours été et j’ai toujours été à la recherche de personne
106
comme ça, et j’en ai eu dans ma vie. J’ai un médecin que j’avais, je faisais 40 km pour
aller le voir pour un rhume, parce que je ne voulais pas le quitter ! Au bout d’un moment
il a fallu parce que c’était plus possible, c’était galère quoi ! Mais voilà c’est quelqu’un
qui vous connait, qui sait. Vous n’êtes pas obligé de dire à chaque fois « Je suis
quelqu’un d’angoissée », comme vous disiez qui oriente ce qu’il vous dit, son traitement
en fonction de ce qu’il sait de vous.

- Ça c’est le problème du remplaçant, c’est compliqué. Il y a des consultations où


le contexte importe un peu moins. Voilà, vous avez porté quelque chose de lourd,
vous avez mal au dos, vous n’avez pas d’antécédent... « Vous bossez dans
quoi ? » on y arrive ! Mais des fois, il y a des histoires de vie, des contextes
compliqués et parfois de faire ressortir, de reparler…
- Oui mais bon, quelque part on sent que vous vous intéressez aux gens, du coup c’est
aussi une autre façon de voir les choses. La personne l’a dit à son médecin généraliste,
elle vous le dira peut-être à vous d’une autre façon, vous allez le réceptionner
automatiquement d’une autre façon, donc ça peut être difficile pour certaines
personnes, mais pour ma part ça m’a fait beaucoup de bien.

- C’était plutôt une bonne chose pour vous cette qualité de remplaçant ?
- Oui ! Et puis voilà, là je pense que je n’aurais pas pu me lâcher comme ça parce que
j’ai ce petit antécédent que je vais essayer d’évoquer… si j’y arrive. Je suis pas
quelqu’un qui aime le conflit, j’ai du mal et j’aimerais bien pouvoir lui dire que ça m’a
blessée. Et que j’arrive à lui dire dans tous les cas sans avoir peur de sa réaction. En
plus le médecin, il y a quand même cette image de… pas d’une personne supérieure,
ce n’est pas ça que je veux dire, mais qui a fait des grandes études, c’est aussi ça le
jugement, être jugée par son médecin. Alors c’est peut-être plus de la veille école mais
moi je suis pas loin de ça encore, parce que j’ai ce truc là aussi. On a envie d’être
validé quelque part… A l’époque c’était le prêtre, c’était LE [insistance] médecin,
l’instituteur, il y a encore un peu ça qui traîne.

- J’ai une patiente qui m’a dit un jour « vous savez c’est difficile de parler de ça à
des gens comme vous ». Et le « comme vous », j’ai trouvé que ça faisait un peu
« caste ».
- Ben oui mais on se sent déconnectés parfois ! Et puis il y a beaucoup de médecins qui
ont ce côté un peu supérieur, vraiment !

- Ça on nous apprend un peu plus maintenant j’ai l’impression... les nouvelles


générations de médecins maintenant, et c’est un peu le propre de la médecine
générale aussi c’est qu’on essaie au maximum de nous faire travailler sur la
relation à l’autre. Et c’est difficile ! Il y a des livres qui existent…
- Oui mais si on veut être médecin généraliste il faut s’y pencher ! Après si on veut être
chirurgien bon... [Rires] Mais bon c’est plus souvent de la part de chirurgien qu’on a ce
côté présomptueux quand même, que de la part du médecin généraliste. Mais
logiquement on ne devrait pas.

107
- On essaie du moins d’être un peu plus dans le compagnonnage justement, vous
me disiez « je cherche quelqu’un qui me suit et qui m’accompagne dans ma vie ».
- Compagnonnage ? C’est intéressant ! L’accompagnement ?

- Oui ! On essaie de se placer un peu au même niveau que le patient, et d’éviter le


paternalisme. -Ah ouais ! [Soulagement] - Déjà faire une ordonnance, on ordonne.
Maintenant on essaie d’être plus d’être dans le conseil, « on peut essayer ça, et
vous me ferez un retour ensuite ». - C’est très... mais vraiment ! Vous savez moi je
suis féministe et je fais partie de divers groupes et associations etc et on a créé des
cartographies de médecins où on dit « celui-là tu peux aller le voir parce que si t’arrives
et que tu es grosse, il ne va pas te dire « Madame... » sans que tu ne lui demandes rien
« Madame faudrait perdre du poids » ! Il y a quand même une prise de conscience des
gens, voilà, vous n’ordonnez plus, nous aussi on décide d’aller voir !

- Je pense qu’il faut se mettre à côté de la personne et voir ce dont elle a besoin
et de quel accompagnement elle a besoin. C’est difficile.
- C’est pas simple, je veux bien vous croire ! Surtout qu’il y a des personnes qui ne
disent rien, et auxquels j’imagine il faut « tirer les vers du nez ». Moi je suis « un livre
ouvert, vous voyez ma tête vous savez très bien « Oh elle a l’air d’aller bien
aujourd’hui » ou « Oh non, elle va se mettre à pleurer c’est sûr », je le sais, et j’ai
besoin de ça dans mon rapport avec mon médecin, pour être ce que je suis et pouvoir
dire « Bon ben l’hypocondriaque a encore frappé, je suis en crise, je suis pas bien »...
Et non je ne suis pas hypocondriaque, il faut que j’arrête de dire ça, je suis quelqu’un
d’angoissée !

- Oui, vous avez une nature angoissée et vous essayez de faire avec.
- Voilà, c’est ça.

- Y a-t-il quelque chose qui aurait pu rendre la discussion avec votre médecin
généraliste plus facile selon vous ? Aurait-elle pu faire quelque chose pour vous
aider ? Aurait-elle dû vous tendre la main, ou ça n’aurait rien changé ?
- Ah si je pense qu’elle aurait pu ! Et puis il y a 2 ans quand je suis arrivée, j’en aurais
peut-être parlé, enfin je sais pas. Parce que je n’ai pas d’accompagnement encore par
rapport à ça, est-ce que j’en ai besoin, j’en sais rien, j’ai besoin de parler en fait donc
ben ouais je serais peut-être un peu moins dans mon coin à me dire « ben c’est quoi en
fait ? » parce que c’est beau de dire 2 verres par jour et pas tous les jours etc mais est
ce qu’on a le droit par exemple de se faire 4 verres par jour… On est tous différents, un
homme d’1,85 mètre il aurait pas le même rapport qu’une femme [à l’alcool]. Je sais
pas… de pouvoir échanger sur la façon de croquer la vie aussi, parce que ça fait aussi
partie de ça. J’aime bien boire un coup, je bois pas un coup parce que je vais pas bien.
Je [hésitation]… alors ça a pu arriver peut-être avec le confinement mais c’était plus
l’habitude parce qu’on s’emmerde et on boit et puis on a l’impression d’avoir une vie un
peu plus rigolote quoi ! Donc là ouais, c’est là où je me suis dit que c’était pas génial.
Voilà… être accompagnée. Non je pense, être plus frontale ! J’en sais rien.. Enfin
frontale…
108
- Poser les points sur la table et dire « Bon ok, je sais maintenant, on va en
parler ? »
- Non, non, non mais que ça puisse être quelque chose comme le tabac et les autres
drogues parce que dans mon entourage il y a des cocaïnomanes qui sont des amis,
parce que je sais que ça existe ! Enfin je veux dire, y’a énormément de gens qui
prennent du cannabis… Alors effectivement après c’est pas simple parce qu’on a
l’impression... Comme c’est une pratique interdite... alors l’alcool non, mais l’alcool on
n’arrête pas de nous dire qu’il ne faut pas boire parce que c’est mauvais pour notre
santé donc on culpabilise donc voilà. Je pense qu’il faudrait peut-être y aller doucement
mais il faut tâter un petit peu le terrain.

- Donc soit on le fait au début, au moment de la rencontre lors de l’entretien


classique…
- A rassurer peut-être aussi si on fait cet entretien ! « Ce qui se dit ici, n’en sort pas...
voilà. Mais il faut aussi que le généraliste il veuille poser ce genre de questions et aller
là-dedans ! Est-ce que c’est pas aussi pour ça qu’il ne pose pas plus de question ?

- Effectivement, les précédentes recherches qui ont été faites montrent qu’il y a
également des freins du côté des médecins.
- Et les freins c’est pour quoi ? C’est parce qu’eux aussi boivent et du coup ils
culpabilisent ? [Rires]

- Alors ça je ne sais pas ! [Rires] Je pense que parmi les médecins, il y a aussi
des gens qui consomment de l’alcool, comme d’autres qui fument oui.
- Et pourquoi alors ?

- Il y a beaucoup de craintes de casser la relation avec le patient, le fait que


certains médecins ne se sentent pas assez formés...
- Oui mais c’est comme tout ! C’est de la médecine générale, donc il faut connaitre un
peu tout ! Et si vraiment on se sent… on passe la main. Enfin, moi je le vois comme ça
votre métier, on ne vous demande pas d’être expert en tout juste voilà « Je viens vous
voir, j’ai un souci : « ben on peut le régler là ou on va le régler chez un confrère ».

- Ça devrait être pris en charge comme n’importe quelle maladie ?


- Oui.

- Il y a des médecins qui disent ne pas connaitre assez le réseau.


- Y’a plein d’asso partout ! Alors moi je ne vais pas vous donner la solution clé en
mains… [Rires] De toute façon il n’y en a pas. Moi je pense qu’effectivement, s’il y avait
dans une relation bienveillante, un accompagnement… qu’on n’ait pas cette sensation
d’être jugé etc, moi c’est quelque chose dont j’aurais pu parler avec une complète
transparence. Faut peut-être rassurer, dire voilà « il y a 25% de personnes qui ont des
conduites problématiques, aujourd’hui j’ai vu 10 patients dans la journée et sur ces 10
patients il y en a au moins… ». Je sais pas, être assez pragmatique. Mais bon si on sait

109
que la personne elle ne va pas bien, qu’elle est en séparation peut être qu’il y a des
questions à poser.

- Une autre chose qui freine les médecins c’est le temps.


- Ben ouais... Surtout dans des endroits comme ici ou déserts médicaux !

- C’est compliqué de faire des consultations comme celles-là en 15 minutes.


- Ah oui c’est pas possible ! Les maux de l’âme c’est long... Et puis après quand je vois
le docteur qui fait des horaires de ouf, qui s’excuse parce qu’elle a du retard... Ben non,
vous excusez pas, vous essayez de faire rentrer dans une journée, trois jours de
patients, ça va aller.

- Je ne sais pas si la féminisation des médecins, surtout chez les généralistes, ne


favorise pas le dialogue avec les patients...
- De toute façon médecin généraliste si t’aime pas le relationnel il vaut mieux faire autre
chose.
Ça m’a fait vraiment du bien de venir la dernière fois, de lâcher. J’en ai parlé au boulot...
ça a débloqué. Bon après tout n’est pas réglé.

[Link] numéro 6

Le patient ayant permis cet échange a été rencontré en cabinet de médecine générale
lors d’une journée de remplacement. Il était alors venu spontanément me parler de sa
problématique d’addiction sur les conseils d’une personne de son entourage. L’individu
est âgé de 43 ans. La discussion a duré 45 minutes.

- N’ayez pas de crainte concernant ce que vous direz, tout est anonymisé.
- Oui oui, non non mais je sais très bien ce que veut dire le secret médical.

- Pour situer le contexte, est-ce que vous pouvez me raconter brièvement ce qu’il
vous arrive ? Vous m’aviez parlé d’alcool...
- Le tabac aussi. Oui tabac et alcool enfin oui, fin c’est surtout l’alcool qui me pose un
problème, enfin le tabac devrait m’en poser un aussi... mais presque moins.

- Le tabac c’est plus banalisé vous trouvez ?


- Oui, oui, oui bien sûr, on en parle plus facilement.

- Avant notre rencontre, aviez-vous déjà eu une démarche d’arrêt, une démarche
de soin concernant ces consommations ?
- Non, non, j’ai… non. Par contre, je vois une psychologue avec qui je parle de ça, entre
autres. Et puis j’ai commencé à en parler avec mes parents par rapport au reste de la
famille, pour savoir s’il y avait des antécédents du côté de quelqu’un, connaître le
rapport qu’avait mon père avec l’alcool…
110
- A quelle fréquence consommez-vous de l’alcool ? C’est plus tous les jours, à
des occasions précises ? Comment ça se passe ?
- Moi, ça a un peu évolué cette année, en mal [Rires], je consommais de manière
excessive on va dire avec des intervalles de plusieurs jours. Et là le problème c’est que
les intervalles se raccourcissent.

- C’est surtout une consommation excessive un jour à un instant T ?


- Oui voilà. C’est un jour je vais en boire huit et le lendemain zéro, et puis six, ça varie
comme ça.

- Et pour autant, sans qu’il n’y ait d’occasion ?


- Ah ba non ouais ouais. Moi je bois seul sans que ça me pose un problème. Je bois du
pastis. Ça peut être un peu de vin, des alcools forts comme je sais pas… du rhum, des
trucs comme ça. Mais le truc qui est assez régulier c’est le pastis oui.

- Vous trouvez que ça s’est aggravé depuis le confinement ?


- Ouais, depuis le confinement et depuis on va dire… depuis que je me suis séparé de
[mon ex-compagne] aussi. Ce n’est pas vraiment lié à la séparation, mais c’est lié au
fait qu’il y avait une certaine culpabilité venant de [mon ex-compagne]. On s’est séparés
en fait ça m’a complètement … je me suis dit bon ba c’est bon quoi … J’me suis dit ba
c’est bon j’ai pu de … enfaite elle avait ce truc de me dire « attention ! »

- C’est elle qui vous freinait ?


- Oui voilà. Oui et puis c’est la nouvelle vie de célibataire, sortir, enfin voilà. Et plus le
confinement, et puis ces derniers temps moi le confinement ça a pas été forcement la
partie la plus dure mais là avant décembre, début décembre ça m’a vraiment mis une
grosse claque. Le moral a vraiment baissé. Tout d’un coup une grosse chape sur la
tête.

- Vous teniez et puis d’un coup ça a fait beaucoup ?


- Oui voilà tout d’un coup. Mais c’est pas lié à la séparation ! C’est vraiment lié au
confinement, enfin à cette ambiance. Parce que moi je suis avec quelqu’un. C’est le fait
qu’il y ait plus de concert, plus de musique...

- Tout a commencé progressivement si j’ai bien compris ? C’était au début avec


les copains ?
- Moi en fait j’ai une attitude avec l’alcool et les produits assez excessive depuis
longtemps. Quand je fumais du cannabis, j’en fumais beaucoup. Après j’ai arrêté d’un
coup par contre parce que ça me rendait complètement con et parano. Ça a été assez
facile. J’ai arrêté, j’ai réessayé de temps en temps en me disant oula non, et j’ai jamais
… j’ai commencé à fumer du cannabis vers l’âge de 13 ans et je crois vers 22/23 j’ai
arrêté totalement. Par contre l’alcool c’est resté, après je prends d’autres produits mais
c’est occasionnel ça.

111
- Lesquels ?
- MDMA et un petit peu de cocaïne. Donc ça, ça va être genre, une fois tous les 6 mois.
A des occasions festives.

- Pas forcément tout seul ça ?


- Non. D’ailleurs pas tout seul ! L’alcool ça a souvent été, enfin c’est assez excessif. Y’a
un moment donné ou je vois bien que c’est excessif. Mais bon, y’a pu personne qui me
le dit maintenant, c’est moi qui me le dit, moi.

- Avec qui avez-vous parlé en premier de vos consommations ? C’est les autres
qui vous ont dit fait attention, tu bois un peu trop ?
- Ouais, c’est plutôt l’entourage, ouais. Ça a commencé plutôt par les amis.

- C’est avec eux que vous en avez un peu discuté ?


- Oui, mais là j’en parle beaucoup plus depuis quelques temps. Et j’ai commencé avec
mes amis, à en parler, à dire les mots.

- Et qu’est ce qui a débloqué ça ? C’est la psychologue ?


- C’est la psychologue, le fait que je vais avoir 40 balais !

- Oui pensiez-vous être dans le déni avant ?


- Ouais

- Vous me parliez de vos parents ?


- Oui c’était mon grand-père, mes parents ne buvaient pas. C’est pour ça que je leur
avais demandé. Mais après le déclic c’est ça et je sens mon corps vieillir aussi. Je sais
que ça lui fait pas du bien, et je crois que ça aussi ça m’inquiète. Avant je pense c’était
un peu je suis jeune, il va rien m’arriver. Il y a mon fils aussi, puis voila j’ai pas envie
qu’il me voit tout le temps avec un verre à la main.

- Il y a une forme de responsabilité aussi vis à vis de lui ?


- Oui parce qu’en plus on en a parlé avec la psychologue sur la vision des enfants par
rapport au père et à la mère. Le père c’est quand même un modèle, donc j’aimerais pas
que pour lui ce modèle ça soit ça. Mon fils m’a déjà vu en état d’ivresse, mais pas
complètement ivre !

- Vous en avez déjà parlé à un médecin ?


- Non, pour l’instant non. J’ai commencé par la psychologue.

- Vous avez parlé de votre consommation à votre psychologue ?


- Non, pas de ma consommation, parce qu’elle m’en a pas parlé de la manière dont on
en parle là. C’est plus une discussion par rapport à ça. Et moi, c’est plus une façon de
mettre des mots. D’exprimer quelque chose qui me pose pas tout le temps un problème
d’ailleurs, mais qui parfois me pose un problème.

112
- Vous n’en aviez pas ressenti le besoin d’en parler avant finalement ?
- Non, mais parce que, mais oui… non. Justement j’essaie de réfléchir à la question
pourquoi pas avant. Avant je pense qu’il y avait pas mal de déni en fait. Maintenant,
c’est le bon moment je pense, parce que j’ai un entourage dans lequel j’en parle, qui fait
que j’ai plusieurs approches différentes. J’essaie de faire mon chemin là-dedans. Le
tabac ça a même commencé avant, l’addiction au tabac a commencé très tôt. Il faut que
ça passe par la parole, c’est hyper important.

- Là vous m’en parlez à moi, pourquoi ne jamais en avoir parlé avec votre
médecin traitant ?
- Parce que, en fait moi je la vois rarement. Quand je la vois c’est pour des trucs …
voilà, et c’est vrai que j’ai jamais imaginé que ça puisse être la bonne personne pour
parler de ça.

- Et selon vous s’il y a une personne à qui vous devriez en parler, ce serait qui ?
- Pour moi, plutôt un psychologue ou un psychothérapeute.

- Et un addictologue ?
- L’addictologue j’avais pas pensé non

- Parce que vous ne savez pas que ça existe ?


- Parce que oui c’est un peu ça.

- Est-ce que vous vous êtes dit, pour mes problèmes c’est plutôt vers un
psychologue que je dois me tourner et après peut être qu’elle pourra me
réorienter vers quelqu’un si besoin ?
- Oui voilà, en fait moi je l’ai pris par un bout… et comme je sais que c’est le moment je
me suis dit bon aller hop. C’est vrai que tout ça c’est assez nouveau.

- Pour autant, qu’attendez-vous de la part de votre médecin traitant ?


- Il me sert pour les problèmes… Oui après je sais pas, si j’en arrive à faire une cirrhose
ou je sais pas, peut-être que les choses se passeraient autrement.

- Plutôt soigner le corps ?


- Moi j’ai un petit problème avec les médecins aussi. J’ai du mal à avoir un rapport,
j’essaie d’y passer le moins de temps possible. Il écoute le problème et voilà tac c’est
bon basta. Je trouve qu’il y a des fois un niveau qui n’est pas égal. On est pas sur le
même pied d’égalité et pour moi c’est pas une personne à qui je vais en parler. J’en ai
reparlé avec la personne de mon entourage et elle m’a dit : « Tu verras elle est pas
comme ceux que t’aime pas ». On s’est dit qu’il y avait des nouvelles générations de
docteurs et aussi de nouvelles approches.

113
- D’accord. Et si votre médecin généraliste était plus jeune, ça changerait quelque
chose selon vous ?
- Non, c’est pas ça. C’est pas forcement mon docteur, c’est d’une manière générale, il y
a quand même un sentiment de il faut pas que ça traîne non plus. Après moi je
respecte ça. J’ai une tendinite au coude, c’est ça mon problème voilà. Il y a ça et oui
moi je suis tombé sur des médecins que je trouvais un peu fous et condescendants et
un peu fous. Et à la différence, la psychologue que je vois, c’est pas du tout le même
rapport. C’est un rapport, d’échange, d’égal à égal où il y a un jeu de réponses et de
questions. Après avec elle [la psychologue] on parle de plein de choses différentes, une
des premières choses dont je lui ai parlé c’est ça, entre autres... voilà mon rapport à
l’alcool et mon rapport à d’autres choses. Et puis après on échange, c’est des clés de
compréhension, elle situe un peu les choses à certains endroits ce qui permet de les
mettre en rapport, d’en prendre conscience et de pouvoir y réfléchir.

- Pour autant, il y a un problème de confiance en ce qui concerne votre médecin


généraliste ou pas ? Vous la pensez compétente ?
- Oui oui oui, je la pense compétente totalement. C’est pas une histoire de compétence,
c’est plus un rapport au médecin. C’est une histoire de temporalité je crois aussi.

- Vous pensez que votre médecin peut tout entendre ? Qu’elle est ouverte à tous
les sujets en tout cas ? - [Silence] - Par exemple un jour si vous vous sentez mal
parce que votre animal de compagnie est mort est ce que vous pensez que vous
pouvez lui en parler ?
- Non. J’irai pas la voir pour ça ! Ça c’est clair. Par exemple je lui ai demandé il y a pas
très longtemps une prise de sang pour HIV … et sa réponse m’a un peu dérangé, parce
qu’elle m’a dit « non mais attendez vous en avez pas besoin ». J’ai dit mais j’ai eu des
rapports à risque... j’ai trouvé ça bizarre en fait de dire « non mais on va pas faire un
examen à chaque fois » … ba moi si en fait c’est comme ça que je le vois et je vois pas
pourquoi vous me diriez ça ! Moi j’ai pas envie d’être jugé et puis surtout pour le coup
ça je le sais, j’avais besoin de faire un test. J’ai pas besoin ...

- Qu’elle remette en cause votre demande, vos besoins ?


- Voila ! Après j’ai trouvé ça bizarre, parce que je me dis s’il y a quelqu’un de plus jeune
qui vient et qui… je sais pas je trouve ça … C’est la première personne qui me dit ça
parce que moi, quand j’habitais à Marseille, on pouvait y aller sans rendez-vous. Sauf
que là ici, il faut venir chez le médecin ... et j’ai quand même des pratiques multiples et
ouvertes donc je vais souvent avoir besoin de lui demander ça. Bon j’espère pas tout le
temps ! Mais ça peut arriver et j’ai pas envie qu’on me … voilà.

- Qu’on vous quoi ?


- Ba qu’on me dise « oui mais… » ou « non ». C’est plutôt, « oui voilà je vous fais votre
ordonnance », vous allez faire votre truc et si vous voulez en parler on en parle mais
ouvertement et sans qu’il y ait …

114
- Vous vous pensez plutôt capable de parler de tous les sujets avec elle mais
c’est juste qu’elle est peut-être pas capable de tout entendre ?
- Je dis pas qu’elle est pas capable de tout entendre. Moi je dis juste que c’est mettre
un frein dans la discussion. Au lieu d’ouvrir la discussion sur « pourquoi vous venez,
qu’est ce qu’il s’est passé ? » c’est « non mais vous en avez pas besoin ». En fait c’est
fermer une porte sur peut être quelque chose qui permettrait justement de parler de ça
et qui amènerait peut-être à d’autres sujets. C’est pour ça que je pense il y a eu un mur
qui s’est fait.

- Ça c’est une bonne chose de montrer qu’on est ouvert à la discussion et un jour
quand le moment sera le bon, ça viendra un peu au moment opportun ? – Oui -
Qu’est-ce qu’elle aurait pu faire pour que vous lui en parliez justement de tout ça,
des addictions ? Est-ce qu’elle aurait pu faire quelque chose différemment ?
- Non, je vois pas trop.

- Peut-être que si elle vous avait tendu une perche, en vous lançant sur le sujet …
- Oui, ça surement.

- Peut-être à l’occasion d’une prise de sang ? Parce que c’est la crainte de


certaines personnes qui ont une addiction, c’est de se faire « coincer », parce
qu’une fois qu’on a les résultats il va falloir en parler. On veut pas être mis devant
le fait accompli, donc il y a des gens qui reculent la prise de sang parce qu’ils se
disent que ça va se voir.
- Pourquoi ?

- Il y a des marqueurs qui orientent vers une consommation d’alcool sur la prise
de sang par exemple.
- On m’en a jamais parlé ! J’en pense qu’il y a beaucoup de médecins qui ont vu mes
résultats et qui m’en ont jamais parlé. Pour moi le médecin devrait pouvoir en parler à
ce moment-là !!

- Après peut être que ça n’était pas visible sur votre prise de sang. De toute
façon, ce qu’il a été montré c’est qu’il y a des freins des 2 côtés. - Ah ! [Surprise] -
Et les patients ne veulent pas en parler et les médecins veulent pas en parler.
- Je me dis que s’il y a des marqueurs, c’est une bonne ouverture pour parler de ça
justement de manière médicale au début et puis pouvoir bifurquer là-dessus !

- Je trouve ça plus facile d’aborder le sujet la première fois que je vois la


personne, parce que la première fois qu’on fait une consultation on répertorie les
antécédents de la personne, les grossesses, allergies, vaccins… on fait un peu le
bilan de tout. Moi à ce moment-là je pose la question : « Vous consommez du
tabac, vous consommez de l’alcool, oui ? Combien ? Vous consommez de la
cocaïne ? Et les écrans ? »
- Je pense que c’est une bonne idée. Je pense que c’est bien, parce qu’en plus, bon ça
peut être ne pas marcher avec tout le monde. Mais quand on connaît pas une
115
personne, on a aussi plus de facilité à dire plus de choses. C’est moins… Il y a pas de
relation. Ça peut être une bonne idée et une bonne approche justement.

- Vous pensez qu’on peut rompre la relation en évoquant le sujet des addictions ?
- Je pense pas, je crois que en fait c’est pas… vous allez pas casser un lien parce que
en fait c’est la personne qui va avoir peur et qui va peut-être partir. Mais vous en tant
que médecin justement, je pense que c’est aussi une manière d’aborder les sujets. Je
pense que la plupart des gens ont plutôt envie qu’on leur parle de leurs problèmes et si
c’est amené avec humanité et sans condescendance, au contraire. Je pense qu’il y a
toujours ce moment dans un truc qui est difficile à dire un moment c’est le moment
d’avant, c’est le moment juste avant de le dire. Après finalement quand les choses ont
été dites, c’est beaucoup plus simple. Ou pas, après peut-être ça peut complexifier. Y’a
quand même ce moment où quand on dit les choses, on se dit voilà, ça c’est bon c’est
dit, on s’est regardé en face et puis si on est dans une relation de confiance avec
quelqu’un, ce qui est normalement le cas avec votre docteur. Je pense qu’il faut pas
hésiter à l’amener d’une certaine manière, mais après tout dépend des gens.

- J’ai une patiente, qui m’a dit, « Je pense qu’elle s’en doutait, et j’aurais préféré
qu’elle tape du poing sur la table et qu’elle dise, bon aller Mme T, vous arrêtez de
vous fiche de moi je sais que vous avez une consommation d’alcool, maintenant
arrêtez de vous voiler la face ». Il faut s’adapter à la personne en face de soi, à
mon avis, c’était pas la manière qui vous convenait.
- Moi je pense que la meilleure manière c’est d’en parler, c’est de dire les choses, c’est
qu’il y ait des mots. Parce que de toute façon dans le silence il ne se passe rien ! On
n’avance pas. Donc un moment donné… mais que ça soit par des petits bouts,
justement sur la première fois qu’on se voit ou après il peut y avoir aussi et je pensais à
ça, je me disais qu’il peut y avoir dans la salle d’attente des choses sur ce sujet.

- Des affiches ?
- Oui, mais voilà il faut pas que ça soit trop « on vous voit » [Mime quelqu’un pointé du
doigt avec un air réprobateur]. Quand il y a des mots « addiction », du coup vous aussi
quand vous vous présentez vous savez que votre médecin connaît… ça peut être aussi
une manière d’approcher les choses et de se dire ah ba voilà !

- Donc selon vous, il faut ouvrir un peu le débat et montrer à l’autre qu’on peut
l’aider, ou qu’en tout cas c’est possible de le faire ? En faisant comprendre que si
c’est pas le moment pour vous c’est pas le moment mais qu’un jour vous pouvez
revenir vers moi ?
- L’idée c’est de rester le plus ouvert possible et de montrer qu’on l’est. Montrer qu’on
peut en parler, que c’est possible d’en parler !

- Il y a beaucoup de jugement autour de ça vous avez l’impression ?


- Je sais pas moi je vis dans un milieu où ça picole pas mal, et c’est pour ça que
justement j’en parle, et en fait il y a beaucoup de déni de la part de beaucoup de gens.

116
- Vous savez il y a combien de pourcentage de gens qui boivent, enfin qui ont un
problème d’addiction à l’alcool en France, le pourcentage d’adulte ? Vous avez
une idée à peu près ?
- Non

- C’est 8%, c’est 1 personne sur 10 qui a une addiction, et 25% des adultes qui
boivent plus que recommandé.
- En fait moi ce que j’aimerais… je trouve ça dommage de pas pouvoir boire un verre.
Et j’ai pas envie d’en arriver au point de me dire il faut que tu arrêtes tout. C’est
retrouver un peu de légèreté par rapport à ça.

- Est-ce que quelque part ça vous arrangerait que quelqu’un d’autre en parle pour
vous ? Vis à vis de votre médecin ? Par rapport à ma position de remplaçante par
exemple.
- Comme un médiateur ?

- Oui, le fait de ne pas avouer, de ne pas en parler frontalement mais de le dire à


quelqu’un qui à un moment donné possiblement pourra transmettre ? Il y a
toujours le secret médical, puisqu’on prend en charge la même personne si c’est
transmis dans son intérêt.
- Alors là, bonne question, je sais pas du tout. Je sais pas du tout. En fait pour moi non,
mais je vais vous dire pourquoi. Parce que j’ai besoin que ça soit moi qui le dise en fait.
Et je pense que ça fait partie de moi et de mon cheminement.

- D’accord, et que ce soit un homme ou une femme c’est pareil pour vous ? On a
parlé de l’âge...
- C’est marrant parce que la psychologue c’est une femme. Les seules fois ou j’ai pu en
parler c’est plutôt avec des femmes.

- On écoute plus ? [Rires]


- Non, parce que je crois que les médecins hommes que j’ai eus étaient encore pires
que les médecins femmes.

- Au niveau condescendance ?
- Ouais. Et justement il y a quelques années j’ai voulu aller voir un psychologue, j’y suis
allé et ça s’est très mal passé, c’était un homme, et disons que j’ai arrêté le truc parce
que voilà... Et à partir du moment où je l’ai fait avec des femmes, ça s’est mieux passé.
Alors je sais pas pourquoi, j’en sais rien mais en tout cas ça s’avère être le cas.

- Un peu moins de frein ? Un ressenti ?


- Il y a peut-être moins… je me sens peut-être moins jugé finalement par une femme
que par un homme dans le sens où les hommes parfois ont des problèmes pour parler
de ce qui les rabaissent, ce qui les rend plus faibles. Mais oui effectivement je pense
que c’est plus facile d’en parler avec une femme.

117
- Vous pensez que cette féminisation de la médecine va apporter quelque chose
du point de vue des addictions ?
- Je pense. Oui, moi je conseille les discussions à tout le monde, la psychologue aussi.
Mais c’est vrai que ça reste encore un peu tabou tout ça et c’est pénible. Il y a encore
plein de trucs qui sont tabous ça c’est clair. Après moi j’ai tendance à prendre un peu le
taureau par les cornes et à dire un peu voilà. J’ai parlé à mes parents du fait que j’allais
voir un psychologue.

- Ils sont dans l’écoute ?


- Oui ils sont dans l’écoute. Mais justement ça a été un peu compliqué. Là maintenant
ils sont beaucoup plus à l’écoute, je pense ils ont un peu caché des trucs pour pas trop
… du coup c’est un peu problématique là-dessus. Mais bon c’est des trucs de parents.
Rien d’exceptionnel, rien de grave. Mais par contre oui ils sont à l’écoute, mais je pense
ils étaient conscients que j’avais un problème avec l’alcool, mais ils me l’ont pas dit. Ce
qui était bizarre c’est que ça passait par un intermédiaire. C’est à dire que ma mère en
parlait à [ma compagne] ça c’est un peu le problème. Et c’est pour ça que je me suis
dit, je vais mettre des mots là-dessus comme ça voilà.

- Auriez-vous aimé qu’ils vous en parlent ?


- Je pense oui.

- Ça vous aurait fait avancer ?


- Oui je pense ouais. Ils ont très vite su que je fumais des clopes, que je fumais du
cannabis, ils ont pas eu un rapport très prohibitif avec ça.

- Mais quelque part qu’ils vous en parlent, ça vous aurait peut-être fait cheminer
un peu.
- Oui je pense oui.

[Link] numéro 7

Entretien de 31 minutes réalisé avec une patiente rencontrée dans le cadre d’un
remplacement de médecine générale, qui m’évoque ses problèmes d’addiction lors de
sa première consultation. J’ai l’occasion de la revoir les semaines suivantes, et nous
décidons d’approfondir le sujet. Le fait d’en parler ensemble a permis à cette patiente
d’en discuter par la suite avec son médecin traitant. L’entretien a lieu environ 3 mois
après notre première rencontre.

- Mais vous savez moi le Dr O il était pas au courant. Il m’a dit « mais pourquoi vous
m’en avez jamais parlé ? ». Je lui ai dit « Ben parce que… déjà ça allait un peu mieux
et j’étais moins dedans. Et que… Et ben du coup je suis tombée sur vous et voilà ça l’a
fait tout de suite ». Je n’ai pas pris rendez-vous [avec l’addictologue] parce que j’ai pas
d’excellents retours et comme je l’ai dit au Dr O, c’est assez compliqué d’expliquer…
118
voilà, d’expliquer son parcours, son passé, son machin, son… il y a, il y a un regard du
médecin. Il y a le regard humain, il y a le regard professionnel, il y a le regard… Et des
fois on n’arrive pas à se placer !

- Est-ce que le fait d’aller consulter quelqu’un en sachant que c’est un


addictologue finalement n’est pas si rassurant pour vous ?
- Non

- Parce qu’on pourrait se dire qu’il rencontre souvent des personnes avec des
problèmes d’addictions...
- Ben ouais, mais elle va me mettre dans une fiche, comme tout le monde, dans une
case !

- Vous pensez que c’est la même chose avec les médecins généralistes ?
- Je préfère parler avec vous, c’est bête hein, mais voilà. Vous êtes humaine, j’sais
pas… enfin, vous avez un regard humain, vous avez un regard... une oreille attentive,
vous conseillez, vous comprenez, vous recherchez.

- C’est une sorte de ressenti, difficile à expliquer ?


- Voilà. Et du coup le centre d’addictologie, c’est comme aller au CHU, c’est à la chaine
quoi. On prend moins le temps et on vous catalogue pas dans le bon sens.

- Reprendre toute son histoire et expliquer à quelqu’un d’autre, encore, c’est


difficile ?
- Ouais, et puis un regard humain... Moi je suis maman, j’ai trois enfants, je me suis
battue toute ma vie et juste un regard humain... et pas quelqu’un qui juge ou qui
catalogue ou qui… ça moi je peux pas !

- Vous vous bloquez, et j’imagine que c’est compliqué d’avancer ensuite ?


- Quand j’ai eu des problèmes, c’est un autre médecin généraliste que je n’avais pas vu
depuis quinze ans que j’ai rappelé.

- Ce généraliste justement, avait-il aussi « ce truc » qui fait que la discussion est
facilitée ?
- Ah non mais lui c’est un amour, c’est… il a toujours été là pour moi, pour mes enfants,
c’est un humain ! C’est pas le médecin qui regarde son patient avec ses théories à la
con... Excusez-moi du terme. Mais voilà, c’est pas... c’est pas un ami mais c’est un
humain, il me connait, il sait comment me parler, il sait comment écouter, il sait
comment regarder, y’a pas de jugement. C’est important aussi parce que c’est pas
forcément de notre faute, c’est pas voulu.

- Bien sûr, l’addiction est rarement un choix, il y a beaucoup d’histoires de vie


différentes derrière tout ça.
- Ben moi j’ai la clope, les addictions j’en ai plein... Mon médecin en plus elle y connaît
pas grand-chose donc du coup... J’ai beaucoup plus eu de mal à lui en parler, qu’à en
119
parler avec vous. Elle est un peu plus autoritaire [Rires]. Et un peu trop dans ses
cahiers si vous me permettez ! Je ne la critique pas hein, c’est mon médecin, mais je
sais qu’elle n’avait pas l’oreille pour m’écouter, pour comprendre.

- Pensez-vous que le médecin généraliste qui prend en charge les patients


atteints d’addiction doit plus se rapprocher d’un psychologue ?
- Non, des psy j’en ai eu… j’en ai vu plein, j’ai été en HP [Ndlr Hôpital psychiatrique],
donc j’ai parlé à pas mal de psy. Je suis toujours suivie par un psy, Mme A, et en fait,
y’a rien qui avance, on ressort toujours avec ses problèmes.

- Pourquoi ça n’avance pas ?


- C’est toujours la même chose. Eux ils ont tous leurs livres, ce qu’ils ont appris à
l’école, voilà c’est ça, ça et ça, mais en fait ce qu’ils n’ont pas compris c’est que chaque
cas est particulier, et chaque cas a eu un parcours différent et qu’on n’est pas la même
feuille, on est un arbre.

- Il n’y a pas une façon unique de soigner c’est ça ?


- Voilà. Du coup entendre toujours les mêmes choses, des gens qui racontent toujours
pareil… non c’est bon ! Essayez de vous mettre à notre place, essayez de vous ouvrir !
Faut écouter, faut rentrer dans la peau du patient, mais pas en tant que médecin, en
tant qu’humain ! Faut s’intéresser à sa vie privée, à sa vie passée, à son enfance, à sa
vie future, à son projet, à ce qu’il a envie, à un peu tout. C’est pas juste une étiquette,
un patient. C’est un être humain.

- C’est d’abord la rencontre de deux êtres humains qui discutent, avec un qui a
des connaissances médicales et qui aide l’autre dans ce sens, mais les
connaissances ne sont pas le plus important ?
- Voilà, mais c’est pas le médecin qui va sortir ce qu’il a appris dans son livre d’école
quoi. Parce que non... je suis désolée, ça marche pas.

- Pensez-vous qu’un médecin ait besoin d’expérience pour avoir ce recul ? Un


jeune médecin qui sort de l’école est-il capable de le faire ?
- Ah ça… bonne question... bonne chance pour votre thèse ! [Rires] J’imagine que ça
dépend de la personne.

- Et votre famille ?
- Mes enfants m’aident. Moi mon fils il a 20 ans, il me connait, ça fait 20 ans qu’il me
connaît, il connaît très bien mon parcours, il sait très bien. Il prend très soin de moi. La
moyenne c’est pareil, ma grande qui a 18 ans aussi... La dernière elle fait sa crise
d’ado, mais elle fait des efforts ! Je suis bien entourée. Mais, oui c’est le côté familial,
réconfort mais ils peuvent pas le comprendre. C’est pas… je trouverai pas le terme
mais c’est pas… Ils comprennent mais ils peuvent pas le comprendre.

120
- C’est difficile d’appréhender ce que l’autre ressent lorsqu’on ne le vit pas ?
- Oui, on n’est pas à sa place. Et puis les addicts… enfin moi je suis dépendante à
beaucoup de choses, et du coup [souffle], c’est… [souffle] compliqué. Ils peuvent pas le
comprendre, je peux pas… après pour l’alcool j’ai arrêté et tout, et c’est super, mais y’a
des trucs qu’ils peuvent pas comprendre, ils sont… je peux pas tout leur dire. Celui qui
a 20 ans il l’a vécu parce qu’il m’a ramassée dans des états pitoyables mais après voilà,
quand ça va pas, après il y a tout qui remonte. Si je n’avais pas mes enfants, je serais
déjà passée par la fenêtre.

- Pensez-vous qu’on peut se sortir un jour de l’addiction ?


- Ça dépend du médecin. Après moi je sais de ce que j’ai appris, à 16 ans j’étais
alcoolique, après j’ai arrêté mais en fait j’ai travaillé à l’hôpital, j’ai vu des personnes, j’ai
rencontré beaucoup de monde et tout… Je sais quand même que si on arrête de boire,
ou même si on arrête quelque chose, on reste, quand même, alcoolique.

- Même si on ne consomme plus ?


- Voilà, c’est comme si j’arrête de fumer, je ne fume plus mais je suis une fumeuse.

- Qu’est-ce que vous entendez par ça ? Qu’il est possible de rechuter ?


- Non. Si on a la force psychologique et qu’on a un soutien psychologique ça va mais si
on n’a pas ce soutien là, le regard humain, l’attache des gosses… le truc de se lever le
matin... Moi comme je vous dis Dr O elle a un regard de médecin, vous vous avez un
regard humain.

- Donc c’est possible de se soigner si on trouve les bonnes personnes pour


s’entourer ?
- Voilà

- Et tout seul ?
- Alors moi je m’en suis sortie toute seule mais quand j’ai replongé, j’ai replongé encore
plus. Donc après je ne suis pas une généralité. Mais je pense que les humains, ça fait
du bien.

- Peut-on rapprocher les addictions à une prison en quelque sorte ?


- Ouais, c’est psychologique. C’est dans la tête. Après ça se voit aussi dans le corps.
Dès qu’il y a un truc qui va pas, suivant le caractère qu’on a, ben on n’a qu’une envie
c’est de replonger mais pire.

- Est-ce que c’est la même chose pour toutes les addictions ?


- Pour moi oui, il y en a pas une plus facile à gérer que l’autre, c’est pareil.

- Y a-t-il un déclencheur ? Qu’est ce qui fait qu’on a envie de se soigner ?


- Moi c’est mes enfants, c’est la volonté de ne pas me détruire, c’est le fait que j’aie des
projets, je veux acheter un camion, je veux partir, je veux voyager, je veux voir autre
chose qui va m’ouvrir au monde, apprendre d’autres choses. J’aimerais bien aider des
121
gens en détresse, j’aimerais bien pouvoir aller avec eux, pouvoir les soutenir, par
exemple en Afrique. Moi je suis d’origine kabyle et algérienne et du coup je sais que là-
bas il y a beaucoup de détresse. Ma mère est partie en Inde pendant quelques années
donc je sais qu’il y a des personnes qui ont besoin d’aide. Moi j’attends juste que ma
dernière soit en âge de partir et là c’est où je partirai dans le bon sens, plutôt que de me
détruire.
En fait pour moi c’est de se poser un objectif. Il y en a qui disent que c’est au moment
ils sont au bord du gouffre qu’ils voient le couloir et la lumière au bout, moi c’est la vie.

- D’être très mal ça vous a permis de rebondir ?


- Voilà, et je vois la lumière, et je vais la suivre parce que c’est mon objectif !

- Qui serait le plus à même de vous aider ?


- Un médecin qui a des connaissances, mais quelqu’un de très humain. Surtout en ce
moment parce que je suis très fragile.

- Y a-t-il des moments durant lesquels on peut se débrouiller seul et des moments
où on a besoin de soutien ?
- Ben oui… Le Dr A il a pas eu de mes nouvelles pendant plus de dix ans, donc je m’en
suis très bien sortie et ça allait.

- J’imagine que quelque part, vous saviez que si ça n’allait pas vous pouviez
revenir frapper à la porte ?
- Oui ! Je l’ai rappelé en urgence parce que ça n’allait plus ! Il faut laisser la porte
ouverte. Mais voilà, pas le côté bouquin, école. Je suis désolée, le côté humain et
connaître la personne… c’est pas juste un nom dans un fichier, c’est connaître la
personne. Le Dr A il m’a vachement aidée, il a été… même avec les enfants. Il est
super !

- C’est justement une qualité qu’a la médecine générale, le médecin suit son
patient, peut mieux le connaitre.
- Oui mais vous ça fait 3 mois que je vous connais, 3 ou 4 mois, le Dr O ça fait 5 ans
que je le connais, et il connait rien de mon passé. Il ne savait même pas… Et vous en
l’espace de 3-4 mois, je me suis dit « Elle gère ».

- Pourquoi n’avez-vous jamais parlé de vos addictions avec le Dr O ? Aurait-elle


ou auriez-vous pu en parler avant ?
- Non, parce qu’elle est… c’est un médecin ! C’est un médecin, voilà c’est tout ! [Rires]
Mais c’est un bon médecin, attention. Elle est super, y’a pas de soucis, je l’aime et je la
respecte. Mais c’est un médecin. Voilà, quand j’ai été en détresse, j’ai appelé le Dr A.

- Qu’est-ce qu’un bon médecin ?


- Quelqu’un qui ne considère pas les gens comme un numéro dans un fichier. C’est pas
forcément quelqu’un qui connaît tout et qui est très bon. C’est pas quelqu’un qui a
toutes ses études dans la tête, c’est un médecin qui CONNAIT son patient, qui apprend
122
à le connaitre, qui s’investit, qui dit quand ça va pas « t’inquiètes pas, je suis là », c’est
presque un ami, mais un ami… c’est pas un psy, c’est pas un copain… c’est un
confident, c’est un journal intime en fait.

- On peut tout lui dire ?


- Moi je peux vous parler de tout, parce que je sais pas, quand je viens vous voir, je ne
me sens pas comme un chiffre, je me vois pas comme un patient parmi tant d’autres.
Vous m’avez donné du temps, vous m’avez donné de l’écoute, vous avez eu un truc.

- C’est un problème le manque de temps du médecin ?


- C’est pas qu’ils manquent de temps, c’est qu’ils ont leur travail à faire. On pourrait se
voir une fois par semaine, si le médecin ne s’intéresse pas à moi et à mon dossier… Ça
peut durer un quart d’heure ou dix minutes la visite, mais le médecin, les dix minutes
qu’il prend c’est pour son patient. Voilà c’est pour son patient, et parce qu’il veut que
son patient il aille bien. Que ce soit 3 minutes, dix minutes, un quart d’heure, vingt
minutes on s’en fout, c’est juste... je te connais, tu me connais, parle-moi, dis-moi et
voilà. Et si je t’appelle en détresse c’est parce que je suis et détresse et pas parce que
« Ah ben non, c’est pas possible de le voir aujourd’hui ».

- Avez-vous l’impression d’être jugée dans la vie de tous les jours ?


- Ah oui [Appui long sur le « Oui »] ! Oui, oui. Tous les jours, tout le temps, dans tout.
On n’est rien. C’est pour ça que le centre d’addictologie je n’ai pas appelé. On est leur
boulot, c’est tout. Je sais pas comment l’expliquer, on est leur job. Ils gagnent leur vie
avec nous. Quand j’ai besoin d’une aide supérieure et que je me tourne vers un
spécialiste, j’ai pas envie d’arriver et de venir au drive « Oui bonjour, t’as besoin de
quoi ? Voilà, et puis tiens, et puis prends ça, allez tchuss, merci les honoraires, c’est
bien ». Non j’ai pas besoin de ça.

- Quel a été le déclic ?


- A 14 ans j’étais dans le Whisky, après ça a été le lexomil… maintenant c’est interdit
dans mon dossier, je fais n’importe quoi avec. Les médicaments m’ont bouffé le
cerveau. Hero, cocaïne, kéta… j’ai testé plein de trucs et je suis dedans. On peut pas
demander de l’aide à ses enfants pour ça. Après moi mes enfants ils savent. Je suis
addict. Ils le voient. Je peux pas leur mentir, ce serait pas juste si eux ils sont honnête
avec moi. Enfin, quand on va chez un médecin, on n’a pas envie d’arriver chez un
inconnu.

- Vous pensez que les addictions changent la personnalité ?


- Non, je pense pas. Je pense que ça fait ressortir ou le pire, ou le meilleur. Ça dépend
l’humeur en fait, moi si je suis bien, je vais me défoncer et je vais être bien. Si je suis
pas bien, je vais me défoncer, et je peux prendre la voiture et me prendre un mur. On
reste soi, c’est juste décupler les choses. Si on n’a personne à qui se rattacher, comme
un médecin qu’on peut appeler à l’aide, y’a rien qui nous retient...

123
- J’ai pas mal discuté avec d’autres patients de la façon dont on pourrait aborder
le sujet des addictions. Que pensez-vous de la place de médecin généraliste
remplaçant ?
- Ça ne change rien, c’est VOUS, vous.

- On avait discuté la première fois, de ce qui allait être écrit dans le dossier du Dr
O, du secret médical...
- Oui elle me l’a dit, elle sait qu’on parle de ça ensemble, et que vous faites votre thèse
avec des patients qui ont des addictions. Elle m’a dit que vous échangiez. Mais c’est
comme la dernière fois, je lui ai posé une question sur un traitement et elle a pas su me
répondre et je lui en veux pas du tout, c’est pas ça le souci ! Au contraire, c’est une
bonne expérience pour elle, parce qu’elle est pas spécialisée là-dedans, et y’a peut-être
des choses, ou même des patients dont elle ne connaît pas les consommations et qui
vont s’ouvrir avec vous. Après pour le secret, moi je vous fais confiance je vous ai dit.
J’ai pas vu un médecin quand je suis venue vous voir, j’ai vu une personne et je me
suis sentie une personne.

- Est-ce plus facile d’en parler avec le Dr O maintenant que la discussion a été
lancée ?
- Oui, la dernière fois vous n’étiez pas là, j’en ai parlé avec elle ! Et du coup elle me
connaît un peu mieux. Et en plus comme je suis contre les vaccins, elle a rigolé, elle
s’est moqué gentiment, on a rigolé ensemble... elle m’a dit « vous êtes contre les
vaccins ? Ben avec tout ce que vous prenez je comprends pas ! » [Rires] Je lui ai dit
« Moi non plus je comprends pas » [Rires], elle m’a dit « Non, mais il n’y a pas de
soucis, il n’y a pas de jugement ».
Honnêtement, depuis que je vous ai rencontrée, et depuis qu’on en a parlé, son
comportement a changé envers moi. Et ça ça reste entre nous ! Elle me regarde d’une
autre façon et ça j’apprécie.
La conclusion c’est ça, en tant que médecin, n’oubliez pas votre côté humain, vous êtes
des humains avant tout, c’est pas parce que vous avez appris tout bien par cœur que
voilà... vous ne parlez pas avec des numéros. Chaque personne est différente, et
chaque personne a des besoins différents. On a tous des secrets, des choses difficiles
à raconter, des choses honteuses et on a besoin de se faire juger, et on n’a pas besoin
d’avoir un psy, juste une écoute.

124
[Link] numéro 8

Entretien de 19 minutes mené avec une patiente de 29 ans, soignante, recrutée dans le
cadre d’un remplacement en médecine générale qui lors d’une consultation m’avait
évoqué sa consommation de cannabis et sa difficulté à en parler avec son médecin
généraliste. L’interview se déroule environ 8 mois après notre dernière entrevue. Le
remplacement de la médecin généraliste a été par la suite pourvu par un autre
médecin.

- Comment allez-vous ?
- J’ai fait un arrêt brutal le 13 août. Ça a été un sevrage volontaire, que j’ai effectué
seule. Ma consommation était vraiment devenue excessive et m’handicapait au
quotidien. Pendant 3 mois il n’y a pas eu de consommation, du tout. Après c’est reparti
sur une consommation occasionnelle et ensuite je suis passée sur du CBD.
Actuellement j’en suis là, ça n’a rien à voir avec la situation d’il y a plusieurs mois.

- Si je me rappelle bien, à la base vous consommiez du cannabis pour trouver le


sommeil…
- Oui, et j’avais peur qu’au travail cela se passe mal. J’avais peur d’être endormie, donc
je ne fumais presque qu’à la maison, parfois au boulot. Ça s’est bien passé, mais
parfois c’était limite.

- Vous souvenez-vous des raisons qui, à l’époque, faisaient que vous n’aviez pas
évoqué vos consommations avec votre médecin généraliste ?
- Il y en avait plusieurs. La première c’est que je connaissais mon médecin
personnellement, donc déjà ça rentrait en compte. La deuxième chose c’est par rapport
à ma profession [Ndlr patiente travaillant dans la santé], et toutes les représentations
que ça peut engendrer, et la troisième chose c’est la difficulté de reconnaître qu’on a
besoin d’être aidée.

- Pensez-vous que le fait d’être soignant est préjudiciable quand on est touché
par l’addiction ?
- Non, mais il ne vaut mieux pas que cela se sache en tout cas. Après soigner
quelqu’un qui travaille dans le soin c’est beaucoup plus complexe, je pense qu’on est
d’accord là-dessus.

- Pensez-vous que vous auriez une mauvaise image dans votre travail si les gens
savaient que vous consommiez du cannabis ?
- Non ça remettrait pas en cause mes compétences mais j’avais surtout peur du regard
que mon médecin pouvait avoir sur moi en dehors de la patiente parce que je travaillais
quand même dans la même zone donc je ne voulais pas que ma dépendance entre en
compte. Finalement elle l’a su par la suite parce qu’un de votre confrère a dû noter ça
dans le dossier quelque part, peut être le Dr Y…

125
- Vous êtes-vous sentie un peu trahie par cette révélation imposée ?
- [Hésitation] Non, enfin après j’ai juste dit que je ne voulais plus le revoir, c’est tout.
Après le positionnement d’un remplaçant est compliqué aussi parce bon il perçoit des
choses, il doit quand même retransmettre… c’est délicat je l’entends.

- Est-ce que le dialogue a été plus facile par la suite ?


- Non, pas forcément.

- Avez-vous un soutien de la part de vos proches ?


- J’ai eu du mal à en parler à la famille, du coup ils l’ont su après.

- L’entourage n’a pas été une aide à votre prise de conscience ?


- Non j’avais des amis qui me le disait mais j’étais toute seule face à ça.

- N’est-ce pas compliqué d’être seule ?


- Si !

- Qui aurait pu être la personne la plus à même de vous aider selon vous ? Un
médecin ?
- Dans la situation dans laquelle j’étais oui. Oui, oui. Ça devenait une urgence médicale,
je ne m’alimentais plus, je fumais le matin en me levant, je devais être sur la fin... je
dirais… à une dizaine de pétards par jour et je commençais à avoir une perte de
contact avec la réalité, alors très minime bien sûr, on n’était pas sur de la psychose
mais c’était… Ça devenait vraiment médical pour le coup.

- Du point de vue médical, aviez-vous besoin d’un généraliste, d’un psychiatre,


d’un autre spécialiste ?
- Je suis allée voir une addictologue qui m’a dit « Il faudrait que vous notiez sur un
papier le nombre de pétards que vous fumez par jour » et en fait une semaine après
c’était tellement une urgence que je suis montée chez ma mère dans le nord de la
France et là je me suis présentée aux urgences psychiatriques. J’ai vu une psychiatre,
je lui ai expliqué la situation et elle m’a dit « Je ne peux pas vous hospitaliser pour un
sevrage parce que vous allez péter un plomb » mais en fait j’étais complétement seule
face à ça et du coup je suis rentrée chez ma mère et j’ai fait un sevrage, seule. Elle m’a
donné du Tercian, j’en ai pris deux fois mais ça m’a couchée donc je voulais pas de ça.
Les quinze premiers jours ont été difficiles et après ça allait.

- Ah oui, vous avez stoppé toute seule !


- Ouais.

- Feriez-vous autrement s’il était possible de revenir en arrière ?


- Non, je le ferai plus tôt.

- Ça vous a permis de vous libérer quelque part ?


- Oui, complétement.
126
- Pensez-vous qu’on puisse noter un changement de comportement/de
personnalité avec l’addiction ?
- Il y a eu un changement de perception de certaines situations, après non, non, oui,
effectivement ça modifie le comportement sans être dangereux, c’est pas ça. Ça me
permettait quand même de travailler, personne ne s’en est aperçu mais voilà quoi.

- Quelles qualités attribueriez-vous à un généraliste qui aide les patients dans le


suivi de leur(s) addiction(s) ?
- L’écoute, l’empathie, la posture de non-jugement, et je dirais que c’est pas mal déjà.
C’est les plus importantes oui, pour moi, oui.

- Y a-t-il quelque chose qui aurait pu vous permettre de prendre conscience plus
tôt ? D’avancer dans votre démarche de soin plus tôt ?
- Non, parce que… Tant qu’on n’est pas prêt à arrêter, tant qu’on n’a pas le déclic on
peut faire ce qu’on veut… on n’est pas réceptifs ! C’est un cheminement… on peut pas
du jour au lendemain. C’est comme quelqu’un qui veut arrêter de fumer des cigarettes,
tant qu’il est pas décidé ça sert à rien.

- Que penser, par exemple, du fait de mettre des affiches dans la salle d’attente
du professionnel qui pourraient montrer qu’il est ouvert à la discussion, de faire
des interventions brèves auprès de son patient en ouvrant sur le sujet à
l’occasion d’un rendez-vous pour autre chose … ?
- On en vient… après c’est indépendant de la personnalité de chacun mais mon avis
vient du fait que ma profession fait que j’en parle pas facilement.

- Ça vous ne vous aurait pas forcément aidée ?


- Non. D’ailleurs je ne sais pas pourquoi je vous en ai parlé il y a un an, je pense que j’ai
dû venir vous voir dans un moment de grande détresse.

- Pensez-vous qu’il y a une sorte de temporalité dans tout ça ?


- C’est ça. Tout simplement pour être claire, on ne peut pas aider quelqu’un qui n’en a
pas envie.

- Comment se passaient vos journées au travail ? Vous réussissiez à en parler ?


- Pas du tout, encore moins ! C’est trop personnel et puis il faut savoir que ç’est pas
parce qu’on a affaire à un professionnel de santé qu’il n’y a pas de posture de
jugement ! Malheureusement. C’est pire. Je le vois dans mon travail. Chacun a son
domaine de compétence avec une ouverture d’esprit différente et je vois par exemple la
collègue avec laquelle je travaille, elle est très bien sur le somatique mais sur le
psychologique c’est pas possible, je le vois déjà dans nos prises en soins donc… je
peux pas lui parler de ça.

127
- Le fait d’avoir vécu tout ça, est que ça vous a ouvert les yeux sur cette posture
de non-jugement justement ? Vous pensez être plus à même de prendre en
charge « le psychologique » de par ce que vous avez traversé ?
- Ah oui, oui complétement.

- Aurait-ce été différent si la question avait été celle d’une autre pathologie ? Un
problème souvent qualifié de « honteux » comme, par exemple, des fuites
urinaires ? Auriez-vous rencontré des difficultés à en parler du fait de votre
posture de soignante ?
- Non, parce que c’est pas pareil. Si ça avait été un problème somatique, j’aurais été
voir un professionnel de santé compétent mais non, non j’en aurais parlé mais la
drogue est encore un autre sujet.

- Si j’essaie de résumer en très large, il n’y a pas vraiment quelqu’un qui peut
mettre le patient sur la voie du soin, il faut attendre qu’il ait le déclic ?
- Je pense.

- Le déclic peut venir de plusieurs choses ?


- Je pense que c’est quand on touche le fond, qu’on ne peut pas descendre plus bas et
qu’on ne peut que remonter. C’est valable dans beaucoup de situations de la vie
d’ailleurs.

- Comment qualifieriez-vous la relation avec votre médecin traitant à l’époque ?


- Ça va, elle n’était pas mauvaise. Le problème c’est qu’elle n’était pas neutre dans
l’histoire parce qu’on s’appréciait et que la première fois que je lui ai parlé de ma
dépression elle s’est mise à pleurer donc la prise en charge était compliquée parce qu’il
y avait… Je ne vais pas rentrer dans les détails de son histoire de vie mais il y avait un
transfert qui n’était pas sain. La dernière fois que je l’ai vue elle m’a dit « je ne vais pas
te lâcher, je veux te voir tous les 15 jours et tu vas remonter » et en fait elle est en arrêt
depuis donc…
J’avais écrit mon mémoire sur la gestion des émotions, entre autres et il faut vraiment
se sentir bien avec soi-même avant de pouvoir soigner les autres.

- Je crois qu’on avait parlé de ça en consultation d’ailleurs...


- Oui, c’est comme ça que je me suis souvenue de vous !

- Merci d’avoir bien voulu répondre à mes questions, c’est très gentil de votre
part et bonne continuation dans votre changement professionnel !
- Oui, c’est ce qui m’a motivée pour sortir de tout ça.

128
[Link] numéro 9

Entretien de 79 minutes réalisé avec une patiente de 48 ans rencontrée dans le cadre
d’un remplacement de médecine générale. L’interview a lieu après plusieurs
consultations pour d’autres motifs durant les précédentes semaines.

- Nous avions parlé brièvement la dernière fois de la problématique des


addictions, sans entrer dans les détails, pouvez-vous m’en dire plus
aujourd’hui ?
- J’ai fumé du cannabis. J’ai dû commencer la première fois j’étais à la fac donc 19 ans
et j’ai dû arrêter il y a 6 ans avec des pauses notamment pendant ma grossesse et mon
allaitement. Le petit n’avait rien demandé. C'est-à-dire que le jour où j’ai eu le résultat
positif de ma grossesse je me suis dit « bon, je m’en roule un dernier ».

- Oui, d’autant plus que quand on consomme du cannabis il y a bien souvent du


tabac.
- Oui il y a du tabac. Et plus jeune j’ai eu un souci avec l’alcool aussi. Maintenant qu’on
y pense, oui, j’ai pris 2-3 trucs [Rires]. Après la nourriture ça ne compte pas ?

- Tout dépend de votre rapport à la nourriture. C’est vrai que bien souvent les
gens ne connaissent que le versant addiction à la drogue, à l’alcool mais il existe
d’autres formes d’addiction. On peut d’ailleurs souffrir d’addiction sans
substance comme l’addiction au sexe, au sport…
- Aussi alors [Rires]. Là moi ça fait un moment que je suis toute seule mais mes anciens
partenaires m’ont souvent dit « mais euh faut qu’on dorme ! ».

- D’accord. Après pour répondre à cette étude peu m’importe le nombre


d’addictions que vous avez ou que vous avez eues, c’est surtout le cheminement
et la place du médecin généraliste qui compte. Pour vous replacer dans le
contexte, j’ai été amenée à faire un stage avec un médecin généraliste pratiquant
l’addictologie dans le cadre de la préparation à un diplôme complémentaire, et
durant les consultations plusieurs patients m’ont demandé de ne pas transmettre
d’information à leur médecin traitant. C’est comme ça que la problématique s’est
posée. Je considère important de connaitre le contexte global d’une personne, et
encore plus si on est amené à lui prescrire un traitement. On sait que certains
médicaments ne font pas bon ménage avec l’alcool par exemple. Je considère les
addictions comme tout autre antécédent médical, un infarctus, un AVC, une
grossesse avec accouchement compliqué… Il n’y a pas de hiérarchie.
- Ça fait partie de la personne. Le médecin qui me suivait lorsque j’étais à Montpellier,
jusqu’à mes 27 ans c’est le même qui me suivait lorsque j’avais 10 ans, c’était mon
médecin de famille, le médecin du quartier qui se déplaçait quand on était malade. J’ai
gardé ses enfants donc on avait aussi un lien fort. Il connaissait la situation de ma
mère… enfin voilà. C’était le genre de personne qui avait dit à ma sœur, je m’en
rappelle, quand elle a demandé à faire un test HIV parce qu’elle allait se mettre avec

129
son copain de façon officielle… Il lui a dit « mais en fait t’es ni droguée ni homosexuelle,
tu risques rien ».

- Bon ça, c’est pas forcément…


- Oui, mais même à l’époque c’était pas forcément vrai. Ça faisait déjà un moment
qu’on savait qu’il fallait se protéger. Voilà, donc moi il me faisait aussi la gynéco, il me
suivait sur tout ! C’est quelqu’un que je trouvais au demeurant gentil mais c’est quelque
chose [Ndlr les addictions] que je ne lui aurais pas forcément dit parce que peut être
trop proche quelque part et puis je ne savais pas… je pensais quand même qu’il y avait
le secret professionnel donc même au niveau gynéco je pense qu’il n’en parlait pas à
ma mère mais j’étais pas sûre ! Parce qu’il traitait maman aussi. C'est-à-dire que, pas
forcément rompre le secret professionnel mais dire « Oui au fait et ta fille elle fume
toujours ? ». Pourtant le tabac c’était pas tabou dans le sens où de toute façon quand
on fume on pue la clope, et ça se sent et ça se voit, et très rapidement elle l’a su. Après
pour tout ce qui était cannabis ben je ne lui en avais pas parlé et je pense qu’il y a peut-
être des fois où j’ai eu des interactions médicamenteuses qui n’auraient pas dû être.
Une fois j’avais eu du sirop avec de la codéine dedans… j’ai cru que j’allais en crever !

- Oui, et puis on n’est pas forcément au courant, on sait pas qu’il faut faire
attention en étant consommateur.
- Peut être que je savais qu’il y avait un problème mais je ne lui en ai pas parlé. Et c’est
comme avec l’alcool, moi je me rappelle très bien être partie au BAFA vers 19 ans, et
au bout de 3 jours là-bas je me suis dit « je me boirais bien une bière », au bout de cinq
j’avais des tremblements. Je me rappelle avoir les mains qui tremblaient devant moi et
me dire « qu’est ce qui m’arrive ? Je suis pas bien, là, je suis pas bien, mais vraiment je
boirais bien une bière. ». Et là je me suis dit que ça n’allait pas. Quand je suis revenue
et que j’ai retrouvé mes copains avec qui je faisais la fête tout le temps, on était 5-6
jours sur 7 ensemble, en train de faire l’apéro, on m’a dit « mais tu bois pas ? Tu veux
pas mettre un peu de vodka dans ton verre de jus d’orange ? » « Non non, rien, rien ».

- Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience ? Vous m’avez parlé du cannabis
avec la grossesse et l’allaitement…
- Non, parce qu’après je m’y suis remise parce que j’avais mal au dos. Tu te dis « Bon,
c’est bon, je vais tirer trois lattes de pure » et puis tu rigoles pendant trois heures et tu
te dis « ah oui, c’est pour ça que j’aimais bien ». Le cannabis ça a été sevré parce…
mon père a des problèmes cardiaques, diabète etc.… et comme c’est génétique, il
fallait que je me fasse tester au niveau cardiaque donc quand je suis allée chez le
cardiologue je lui ai dit que je fumais et il m’a dit « du tabac ? », « non, pas que du
tabac ». On me pose la question je réponds ! Je ne lui aurais pas forcément dit sinon je
pense. Donc il m’a placé l’électrocardiogramme, m’a dit que le cœur allait bien, et il m’a
dit « on va vérifier les artères ». Il m’a dit « mais vous avez des artères de quelqu’un de
70 ans », j’avais 40 ans à l’époque. J’avoue que lorsqu’il m’a dit ça, je n’avais qu’une
envie c’était de rouler quelque chose sur son bureau, mais vraiment, c’était viscéral.
[Rires]

130
- C’est donc la crainte qu’il vous arrive quelque chose en continuant à
consommer ?
- En fait je me suis dit que mon fils n’avait pas dix ans, et que je voulais le voir grandir.
L’idée est venue de là, j’ai continué à fumer mais plus léger. A l’époque je fumais dix
grammes par jour, donc c’était pas énorme mais c’était tous les jours et tous les jours
j’étais défoncée. Je rentrais du boulot, je fumais, ça me faisait un palier de
décompression entre le travail, la maison où j’avais le petit et une fois que j’y étais je
passais ma journée tranquille, alors pas très haut mais je m’endormais la nuit tranquille
et le lendemain je recommençais ma vie. J’ai fait ça pendant huit ans et après, ça a dû
me prendre à peu près trois semaines-un mois après le rendez-vous cardio[logique], je
me suis rendue compte que systématiquement, même si je fumais peu, j’avais des
crises de tachycardie. Au bout de dix minutes, après avoir fumé, mon ex-compagnon ne
s’en rendait pas forcément compte, j’étais super mal et je me sentais incapable de
bouger, ne serait-ce que de prendre une douche, manger quelque chose pour pouvoir
couper les effets, et ça m’a fait ça pendant une semaine à peu près alors j’ai diminué
les doses, j’ai essayé de voir, et puis j’ai posé et je me suis dit « plus jamais » !

- Personne ne vous a vraiment aidée à stopper la consommation de cannabis ?


Vous avez fait votre sevrage seule ?
- C’est ça. Bon après j’ai passé… peut être une, deux, trois semaines… les rêves ont
commencé à revenir, tu commences à mal dormir, tu cauchemardes beaucoup, tu
bouges beaucoup. Je me suis réveillée une paire de fois en sueurs, à trembler, à
réveiller mon copain de l’époque en lui disant « je vais pas bien ». Et puis au bout d’un
moment c’est passé.

- Ça a été la même chose pour la consommation d’alcool ?


- L’alcool je pense que je me suis rendue compte à un moment qu’à force de picoler ça
devenait un peu plus que festif et effectivement au BAFA y’avait pas ça donc je me suis
arrêtée quasiment du jour au lendemain. Ça a été un sevrage obligatoire d’une semaine
et après j’ai pas voulu reprendre. Il y a d’autres périodes de ma vie où je m’y suis
remise avec peut-être moins de quantité. Quoique. Mais chaque fois il y a eu des
rappels. Je me rappelle une fois j’ai pris une cuite et j’ai vomi pendant trois jours. Au
bout de trois jours tu te dis « mais plus jamais ça ! ». C'est-à-dire qu’après on est aussi
dans une famille où on a un problème d’hyper-contrôle, tout le temps. L’alcool me rend
malade, il est hors de question que je me rende malade pour ça. Maintenant je vais
pouvoir boire un verre ou deux de vin mais… après je sais que ça va être zéro alcool
pendant peut-être deux mois.

- J’imagine que toute seule ça n’a pas été simple effectivement…


- Non ! Après c’est une histoire de vie aussi.

- Vous pensez qu’à ce moment-là vous ne saviez pas vers qui vous tourner ?
- Parce que je pense que je n’ai pas vu l’intérêt de me tourner vers quelqu’un. Parce
que c’est aussi une question éducative. C’est très compliqué d’aller voir quelqu’un,
même notre médecin traitant, et de dire « là je suis pas bien. Là j’ai une grosse
131
difficulté ». C'est-à-dire qu’autant la difficulté physique, j’ai le dos coincé je peux pas
bouger, je peux la dire, la difficulté que ce soit l’addiction, que ce soit une difficulté
intellectuelle… si je vous appelle en tant que médecin et que je vous dit « mais là j’en ai
marre je suis très fatiguée », vous allez me dire « qu’est ce qui se passe ? », je vais
vous dire « non mais là ma vie j’en peux plus », ok, par rapport à d’habitude c’est quoi
qui change ? C’est juste que j’en peux plus, que j’arrive à un moment où moi je me sens
épuisée sauf que dans la voix y’a rien qui va paraitre… c’est pas quelque chose que je
vais être capable de faire en fait !

- Pourquoi ? C’est comme se mettre à nu, se dévoiler ?


- Ça ça doit faire 3-4 ans que je fais une thérapie justement pour pouvoir poser les
choses. C’est une habitude dans la famille qu’on a à se taire « et si ça va pas, tu fais
aller, tu fais un grand sourire et surtout tu parles pas ».

- C’est une question d’éducation ?


- C’est ça. Maman nous a élevés toute seule. Enfin papa était là mais j’ai pas de
souvenirs… enfin pas des bons. C’est quelqu’un qui est gentil mais on ne peut pas
s’entendre bien avec tout le monde tout le temps, voilà. Et j’ai une mère qui maintenant
à 70 ans vient m’aider quand ça va pas. Je me rappelle que quand j’ai eu mon fils, j’ai
fait un début de dépression du post partum. Un jour je l’appelle en lui disant « je suis
fatiguée, je ne dors plus, j’en ai marre là » et elle m’a dit « t’as un enfant merveilleux,
t’as un boulot, que veux-tu demander de plus ? ».

- Mais ça vous savez, des consultations comme celles-là, on en a tous les jours !
- Ah ouais ? C’est pour ça d’ailleurs que je suis allée chez la psy qui suivait mon fils
également et qui nous suit tous les deux et je trouve ça assez bien car elle a les deux
côtés de l’histoire à chaque fois. Elle nous a eus en thérapie familiale.

- Lorsque vous étiez suivie par votre médecin de famille, qui vous connaissait
bien… aurait-il pu faire quelque chose pour vous aider à gérer vos addictions ?
- Non, il savait que je fumais du tabac, mais il ne m’a jamais proposé… je ne me
rappelle pas qu’il m’ait dit « Tu sais, l’addiction au tabac ça peut être un problème, tu
veux qu’on en parle ? »

- Il ne s’intéressait pas ? C’était un problème de connaissance ? Peut-être qu’il ne


ressentait pas le besoin chez vous qu’on fasse quelque chose ?
- S’il me proposait d’en parler, je l’envoyais peut-être gentiment bouler, je sais pas.
Peut-être qu’il s’est dit que si je voulais en parler, j’en parlerai. J’ai pas ce souvenir-là.
J’ai souvenir d’avoir eu une très bonne relation avec mais… A l’époque où j’allais voir
mon précédent médecin, je faisais de la spasmophilie. Quand je suis arrivée et que je
lui ai dit ça, il m’a dit « mais enfin la spasmophilie c’est bon pour les demoiselles de 16
ans qui veulent se montrer !». Je lui ai dit « écoutez, la prochaine fois que je fais une
crise je vous appelle », ça n’a pas manqué 2-3 jours plus tard parce que j’étais à
l’époque sous prozac. J’ai mis un an et demi à me sevrer de cette saloperie parce que
si j’en prenais pas et que j’oubliais, je faisais des crises de spasmo et je tombais HS
132
pour la journée, et si j’en prenais je sentais bien que ça ne m’allait pas. J’étais ni
dépressive, ni chieuse sauf qu’à ce moment là je lui ai dit « vous me prescrivez ça, mais
je fume du cannabis tous les jours ». Et là je lui ai dit parce que vu l’importance du
traitement… C’est là où ma mère a su que je fumais parce que j’étais complétement
fracassée aux cachets, et un jour j’ai fumé devant elle.

- Vous pensez que vous n’étiez pas vous-même quand vous consommiez ?
- Disons qu’avec les cachets c’est un état qui ne me correspond pas du tout. Autant
quand je fumais j’avais l’impression d’à peu près gérer, ça a été pareil lorsque j’ai pris
mes cachets pour mon dos, j’étais complétement à côté, on pouvait me dire n’importe
quoi c’était pareil.

- C’était différent avec l’alcool, le tabac, le cannabis ? Vous n’étiez pas « dans un
état second », vous étiez vous-même ?
- Non, j’ai pas l’impression que ça transforme les gens. Après j’ai souvent cru que j’étais
très étourdie, à perdre mes papiers, à oublier mes rendez-vous, à être toujours à la
bourre à cause de ça, mais le jour où j’ai arrêté de fumer je me suis rendu compte que
c’était juste moi. C’est un peu désespérant ! [Rires].

- Les autres vous ont-ils aidée à prendre conscience ? A se dire qu’il fallait peut-
être arrêter ? Je parle de la famille, des amis…
- Oui. Moi ma mère, même la cigarette, elle me l’a déjà dit. Pareil j’ai toujours trop
mangé etc. Je suis toujours dans l’excès pour ma mère.

- C’était plutôt sous la forme de reproches ?


- Disons que ma mère est quelqu’un de très serviable… mais il faut penser comme
elle ! Elle m’a toujours dit que je mangeais trop, bilan j’ai pas arrêté de faire des
régimes et je fais 30 kilos de plus... Je ne l’incrimine pas. A l’époque elle me disait
« Encore tu fumes ! » dès qu’elle me voyait avec une cigarette. Il y a une notion de
reproche, et j’avoue que si elle est là je vais manger deux fois plus et à l’époque quand
j’étais avec elle je fumais deux fois plus !

- Et les autres ?
- Ma sœur a toujours été très cinglante, elle a dû me sortir des petites piques dont elle a
le don et qui font leur chemin après.

- Pensez-vous qu’à terme on peut se défaire de l’addiction, d’une façon


générale ?
- Moi j’ai quand même l’impression qu’il y a des familles addictives. J’ai un grand-père
qui fumait, mais je ne le savais pas, j’ai su ça sur une odeur. J’ai rencontré quelqu’un un
jour qui fumait et je lui ai dit « Tiens tu sens comme mon grand-père ! », il l’a pas trop
bien pris [Rires]. J’ai fumé des cigarettes, des cigares, j’ai fumé la pipe. J’ai fait le tabac
sous toutes ses formes, parce que j’aime bien les expériences et que c’est toujours le
même produit donc c’est pas trop dérangeant. Après j’ai toujours l’impression qu’on
remplace une addiction par une autre. J’ai un père qui je pense qui est alcoolique, mais
133
qui ne le dira pas. Je pense qu’il y a des familles addictives, mon fils son problème c’est
les écrans, il est beaucoup sur le téléphone.

- Il y a effectivement des études scientifiques qui ont montré qu’il y a une


prédisposition. Ça n’est pas une fatalité mais ça peut jouer.
- C’est ce que je me dis, entre moi et son père, le pauvre il est mal barré.
Disons que là par exemple j’ai tendance à manger, des fois j’abuse, mais là j’ai décidé
que je ne couperai pas parce que j’ai coupé tout le reste. J’ai coupé tous les autres
trucs que je trouvais fun, je vais pas en plus couper la bouffe. Il va falloir quand même
que je perde du poids et je vais faire ce qu’il faut pour manger en me régalant mais… je
refuse d’enlever n’importe quel aliment !

- Vous pensez que ça vous isole ?


- Non ! J’ai toujours eu des addictions conviviales quelque part. Le cannabis quand
j’étais avec le père de mon fils, nous étions en vase clos parce que tous les gens autour
de nous fumaient. Moi je revenais du boulot et je rentrais, il y avait une dizaine de
personnes qui avait passé toute la journée à fumer dans la maison. C’est particulier.
Après il y a eu un moment, surtout dû au comportement de mon ancien compagnon qui
avait un comportement asocial, il était violent, avec violence physiquement et… ça nous
a coupé beaucoup des autres mais plus par son attitude à lui. Je pense que cette
attitude était aussi due au fait qu’on fumait beaucoup, c’était un côté un peu parano,
colère, que je n’aimais pas du tout.

- Je recentre un peu sur le sujet du médecin généraliste. Comment fait-on pour


briser ce tabou, pour faciliter le dialogue autour de tout ça ? On parle beaucoup
d’interventions brèves, de parler rapidement du sujet, ou de poser des questions
simples lors de consultations pour un tout autre motif mais de laisser la porte
ouverte si le moment n’est pas venu.
- Je vous dirai qu’en tant que patiente, de l’autre côté, quelqu’un qui vient me voir et qui
me dit « Vous en êtes où du tabac ? – Je fume tant de clopes par jour – Ok, vous avez
envie d’arrêter ? Non ? Sachez que le moment où vous aurez envie, je serai là - Ok »,
je veux dire, l’info elle y est mais je m’en fous. Disons qu’après si vous devez me
prescrire un médicament, en me le présentant de telle sorte que c’est pour aborder les
interactions médicamenteuses possibles, là je réagirai différemment. Après ça c’est ma
vision parce que je suis quelqu’un qui a besoin de tout comprendre. Si vous me dites,
« voilà, je vais vous prescrire du Dafalgan codéiné, est-ce que vous fumez parce qu’il
peut y avoir des interactions ? ». Là je vais vous dire « ah ben oui, je consomme ».
Alors, peut-être que je vous dirais « je consomme un peu, de façon festive » alors que
je vais fumer tous les jours. Vous voyez ce que je veux dire ? Après à chaque fois qu’on
m’a demandé « est-ce que vous fumez ? » très clairement j’ai répondu oui parce que je
me suis dit que médicalement parlant, il fallait que le médecin s’il posait la question, il
fallait que je réponde. Je n’aurais pas moi amené le sujet. Vous voyez, la question
évasive du « est-ce que, peut-être, éventuellement ? » moi ça ne me correspond pas.
Moi j’ai besoin du « est-ce que tu manges beaucoup ? - Non », mais si on me demande
de quantifier je suis capable pendant une semaine de tout noter, de quantifier etc.
134
- Si je vous dis que le tabac ça donne des cancers du poumon etc. ? Si je vous
donne des informations médicales, est ce que ça influera sur notre
conversation ?
- Oui, même si ça en fait c’est des choses qu’on sait, notamment sur le tabac. Après les
effets négatifs du cannabis peu de gens les mesurent réellement puisque c’est interdit.
Je dirais qu’il y a aussi le côté, par exemple de l’alcool… Je connais des gens qui vont
boire tous les jours un, deux, trois verres. Alors c’est pas énorme, par contre s’ils
viennent à la maison et qu’il n’y a pas une bière, un verre de vin ils vont demander s’il
n’y en a pas. Moi j’appelle ça une forme d’alcoolisme. C’est aussi une habitude de vie.
Si on leur demande s’ils consomment de l’alcool ils vont dire « Non, je bois un verre de
temps en temps », alors que c’est un verre qui est quotidien, et cette régularité va
entrainer d’autres problématiques à mon sens.

- Si on posait la question des addictions, à l’instar de celles concernant les


antécédents médicaux, les traitements, en incluant des quantités… Est-ce que
vous fumez ? Si oui, combien de cigarettes par jour ? etc. Est-ce que ça ne
pourrait pas rentrer dans un « questionnaire de départ », un peu standardisé
qu’on donnerait à tout le monde à la première consultation ?
- Il y a une différence entre « vous en êtes où avec l’alcool ? » : la plupart des gens vont
vous dire « nulle part » en fait, ou « ben je fume » - C’est vague - Disons que quand on
dit « vous en êtes où avec ? », ça sous-entend qu’il y a un problème addictif. Au niveau
de la formulation. Moi si on me dit « Tu en es où avec ton poids ? » Ça veut dire que j’ai
un problème de poids !

- Pourtant je pourrais vous demander « où en êtes-vous avec la psychologue ? »


par exemple.
- Ouais mais justement, c’est pas pareil. Je sais pas, par exemple « tu en es où avec ta
vue ? » je vais vous dire « ben là j’ai des lunettes » ou « j’en ai pas »

- N’est-ce pas justement parce qu’il y a un tabou autour des addictions, et que le
sujet est difficile à aborder que ça pose plus de problème que de poser la
question du port de lunettes ? Est-ce plus gênant ?
- Oui mais en fait disons que si vous me dites « vous en êtes où avec votre psy ? », j’ai
pas de honte à aller voir un psy, j’ai pas de gêne. Il y a des gens qui vous diraient
« Mais ça vous regarde pas », parce qu’ils ont honte. Si vous dites « vous en êtes où
avec l’alcool ? », ça sous-entend que la personne a peut-être un problème d’alcool et
ça c’est gênant par ce que societallement parlant quand on est alcoolique on est le
poivrot du coin, on fume… Avec les drogues ça veut dire qu’on est une droguée, on finit
comme dans les films avec une seringue dans le bras en overdose. Socialement c’est
une représentation qui est très négative en fait.

- Il faudrait changer le regard de la société sur les usagers de drogues, sur les
gens qui consomment de l’alcool… pour qu’on puisse délier les langues ?
- Oui, oui, ben oui. Mais le problème c’est que tant que les gens jugeront leurs voisins
sans connaître… je crois que c’est les Indiens qui disent qu’il faut marcher neuf lunes
135
dans les mocassins de quelqu’un avant de pouvoir le juger. Pourquoi quelqu’un va
boire, pourquoi quelqu’un va fumer, est ce que c’est parce qu’à la base c’était festif et
qu’on garde l’habitude… On m’a proposé des cachets, on m’a proposé de la cocaïne,
chaque fois j’ai dit non parce que je me suis dit : Rien qu’en fumant, j’ai commencé, j’ai
pas su m’arrêter et j’ai pas voulu tester autre chose en me disant ça pourrait être pire
en fait. Si la première personne qui m’a fait fumer m’avait dit « si tu veux on fait un
shoot », j’aurai peut-être dit « ok on essaie », je pense qu’à l’heure qu’il est je ne serai
peut-être pas là à vous parler. J’ai aussi réfléchi à ce qu’on pouvait prendre, ce qui me
semblait dangereux…

- Pour vous, quelles sont les qualités d’un médecin généraliste ?


- Soigner ? [Rires] C'est-à-dire que le médecin généraliste je vais l’appeler parce que
c’est quelqu’un qui va soigner l’ensemble. Si j’ai mal aux pieds je vais vous appeler, si
j’ai mal à la gorge je vais vous appeler par contre si j’ai un problème d’allergie je vais
aller voir un allergo, si j’ai un problème des yeux je vais voir un ophtalmo mais si j’ai un
truc qui est général je vais voir mon généraliste ou je vais appeler mon généraliste en
lui disant « il faudrait que j’aille consulter quelqu’un pour... ».

- Pourquoi ne pas aller voir un addictologue lorsqu’on a une addiction, comme on


pourrait aller voir un cardiologue pour un problème cardiaque ?
- Parce que c’est pas une pensée d’avoir une addiction. La plupart des gens vont vous
dire « je fume, je bois mais je m’arrête quand je veux » ! C’est se mentir, très
clairement. Moi j’ai réagi quand je fumais au moment où je me suis retrouvée sans rien
et je me suis dit « bon, j’ai rien trouvé, ça commence à bien faire » et on commence
vraiment à chercher réellement. Pareil une autre fois, je me suis retrouvée dans un
dilemme où j’avais confisqué un morceau [de cannabis] à un jeune, et moi qui n’en avait
plus, à me demander si je devais faire mon boulot et dénoncer le jeune, ou le garder
pour moi. Si on a pas un problème d’addiction, on se pose pas ce genre de questions.
Par contre ça a pris très longtemps avant que j’accepte et je crois que le problème il est
là aussi. C’est comme un alcoolique qui va boire sa bouteille tous les jours et qui va se
dire « c’est bon, c’est pas grave », en fait si ! Il faut arriver à se dire, et à accepter qu’on
a un problème à ce niveau-là. Le problème il est là. C’est même pas qu’on ne veuille
pas en parler, ou que ce soit vraiment honteux, c’est que déjà il faut accepter le fait
d’avoir une addiction. Ce qui est complexe. Pour moi c’est la base.

- Et là-dessus, le médecin peut il être acteur, et faire quelque chose pour faire
prendre conscience ?
- Ah non, non non. Une question : « est-ce que vous fumez ? – oui, si oui, combien par
semaine/mois/jour ? Est-ce que vous consommez du cannabis ? » oui ou non. Si oui
combien par semaine etc. Moi je comptais par mois parce que j’achetais au mois. Les
cigarettes par exemple je comptais par jour. Je pense que des questions…
effectivement un questionnaire à remplir la première fois qu’on voit un patient, on lui
donne dans la salle d’attente, on lui dit « voilà, je vous laisse 5 minutes pour le remplir,
je le laisse dans le dossier, je l’analyserai, si vous voulez en parler je suis ouverte ». Y’a
pas d’accusation, c’est un constat. Est-ce que tu fumes du tabac ? Oui. C’est un fait. En
136
disant bien, moi tout ce que vous allez marquer, s’il y a des choses dont vous voulez
parler moi je suis ouverte à la discussion, c’est avec plaisir. Vous rassurez à ce niveau
là et vous précisez que c’est pour être sûr, que ça va dans le dossier et que c’est par
exemple pour des futures prescriptions. Je pense qu’à ce niveau là ça peut passer… en
tout cas moi ça serait passé beaucoup plus facilement.

- Montrer que ce n’est pas de l’intrusion, que ce n’est pas juste pour savoir ?
- C’est un dossier, comme vous dites, comme la taille, le poids, les antécédents… C’est
pas intrusif, y’a pas de discussion directe et le patient va vous dire « oui, ça fait 10 ans
que je fume, j’aimerais bien arrêter mais j’y arrive pas »

- Ça peut ouvrir un questionnement chez le patient aussi j’imagine.


- Moi ça m’aurait été peut-être plus… Disons que j’aurais marqué oui ou non et après…
Posez bien la question de « avez-vous », dans le sens d’aujourd’hui parce que si c’est
quelque chose qui est vraiment passé… voilà. Après peut-être que vous pouvez lors
des consultations suivantes dire « est-ce que par rapport au questionnaire que vous
avez rempli, il y a des choses que vous voulez modifier ? ».

- Je me suis posé beaucoup de questions quant à la place du remplaçant en


médecine générale, car j’ai rencontré plusieurs patients qui, j’avais l’impression,
me confiaient des choses parce qu’il y avait ce côté éphémère du remplaçant
qu’on ne reverra peut-être pas. C’est un peu comme si on se délestait d’un poids
mais ça ne pose pas de problème de condescendance, de peur de décevoir son
médecin traitant par la suite…
- Si je peux me permettre, moi la première fois que je vous ai vue c’était pour mon fils,
vous vous êtes présentée, déjà vous avez dit « Je suis Morgane Viol », vous n’avez pas
dit je suis le « Docteur Viol » donc on ne vous assimile pas d’entrée… y’a pas le titre
pompeux de médecin. Après c’est pas du tout le cas, parce que moi je vous appelle
Docteur, c’est pas le problème mais vous donnez votre prénom. Après vous êtes jeune
et avenante, ce qui aide aussi. Est-ce que c’est la jeunesse, le début du métier...
justement j’en sais rien. [Rires] C’est quelque chose qui est en mon sens appréciable,
c'est-à-dire que vous avez une délicatesse dans la façon de discuter et peut être qu’on
vous sent aussi ouverte de ce côté-là. Le fait qu’on vous revoit peut-être pas après ça
peut jouer, mais c’est surtout qu’on vous sent ouverte à la discussion. Y’a certains
docteurs qui sont… mon docteur est quelqu’un que j’apprécie énormément mais la
première fois que je l’ai vue je me suis dit « Wow, c’est carré ! » [Rires]. Aussi il y a eu
pas mal de médecins dans la ville, de changements successifs, les locaux ont changé
aussi, je pense que pour les patients ça fait beaucoup pour pouvoir lâcher une parole,
ou pas, j’en sais rien. C'est-à-dire que si je n’aurai vu mon docteur que comme je l’ai vu
au départ, et que j’avais une addiction, je sais pas si je l’aurai dit parce que j’aurai eu
peur peut être du jugement ou de la réaction un peu virulente...

137
- Est-ce que l’âge aide ? Si votre médecin avait eu votre âge, ça aurait changé
quelque chose ?
- Je la perçois pas si âgée que ça. Est-ce que c’est plus facile de parler... Elle sait, elle
pose un diagnostic, elle est sûre d’elle etc. mais moi j’ai l’impression que si je devais la
voir pour un problème addictif, par exemple pour mon poids… la dernière fois elle m’a
dit « non mais c’est sûr, le poids ça aide pas, il faudrait quand même aller voir un
diététicien ou un nutritionniste », ce que j’ai pas envie de faire ! Je sais qu’il faudra
sûrement que j’y passe, mais j’ai pas envie, n’insiste pas ! Et en fait on n’en parle pas,
parce que j’ai pas envie d’en parler, j’en parle avec ma psy mais…

- Ça vous aiderait d’en parler justement ?


- Je suis pas sûre. Je travaille ça avec ma psy au niveau du corps tout ça, j’ai compris
que j’étais grosse il y a 2 ans à peu près [Rires]. J’ai vu ça avec l’école du dos et l’art
thérapie que je fais avec ma psy. Mais oui, je pense qu’effectivement l’âge joue. Quand
on en a parlé je me suis demandé si vous consommiez ou pas par exemple ! Et je me
serais jamais posé la question avec mon médecin.

- Ah oui ?
- Ben oui, parce que quand on en a parlé, j’ai senti aucun jugement et les seules
personnes que je connais qui ne jugent pas ce genre de choses c’est les gens qui
consomment !

- D’accord. Après c’est peut-être parce que je suis libérée sur ce sujet, je
considère ça comme un problème de santé comme un autre. Alors, c’est souvent
compliqué parce qu’il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu, l’aspect
financier, l’aspect familial, l’aspect psychologique etc.
- Y’a pas de jugement ! C'est-à-dire que quand vous m’avez parlé de votre thèse, je me
suis dit « bon ben aller », et d’entrée je vous en ai parlé parce que j’ai pas la sensation
qu’il y ait un jugement. Par rapport au fait d’avoir arrêté, j’en ai parlé avec un copain qui
m’a dit « Ah ouais t’as arrêté ? ». Moi le fait de fumer, à un moment donné j’avais
intégré que c’était dangereux pour moi, et il y arrive un moment où ça me rendait
malade, donc j’ai arrêté. Peut-être que le produit en question ne me correspondait plus
physiquement et intellectuellement à ce moment-là.

- La question de la temporalité revient beaucoup lors de mes entretiens.


- Moi par exemple pour le tabac, le fait d’être allée chez le cardiologue... il m’a expliqué
les conséquences de la plaque de cholestérol. Lui m’a expliqué « ben en fait, il y a deux
solutions, soit ça bouge pas, soit ça se décolle, et si ça monte c’est un AVC, en bas
c’est un arrêt cardiaque ». A cette époque j’ai pas 40 ans, et dans ma tête ça a été le
choc. Je pense que moi ça a été un déclic parce que j’ai vu l’artère. J’ai changé mon
alimentation, j’ai arrêté, j’ai pas cherché à comprendre. Je pense qu’en tant que
médecin, quelqu’un qui vous dit qu’il fume, vous auscultez tout ça, et vous lui dites «
peut-être que ça serait bien de prendre un rendez-vous chez le cardiologue ». Il analyse
les artères etc, et si ça marche, ça marche. Prendre les gens et les mettre face à leurs

138
réalités, parce que dire « vous allez avoir un cancer » ... y’a des belles photos sur les
paquets de clopes… ils ont créé des boites pour les planquer déjà !

- C’est abstrait ?
- Oui, le poumon de fumeur qu’on te montre sur les photos, c’est pas le tien donc tu t’en
fous ! C’est un truc qui est extérieur à toi, donc tu prends conscience que ça pourrait
être toi mais en fait ben non, toi tu as l’air d’aller bien. Alors oui, tu tousses un peu le
matin, t’as plus souvent mal à la gorge mais c’est ta vie, c’est tous les jours, c’est pas
grave. Ça rentre dans le quotidien si vous voulez. Moi je pense que s’il y a un vrai
danger derrière, on le mesure pas parce que ça touche les autres. On met la ceinture
de sécurité, pour beaucoup parce que les gens ont peur des gendarmes, moi je la mets
parce que si j’ai un accident, ça va peut-être me sauver la vie.

- Vous n’aviez jamais eu cette peur avec le cannabis ?


- Oh vous savez, je faisais les allers-retours au travail… on achetait avec des copains,
on faisait une cagnotte et on se partageait après. Je me rappelle d’une fois avec ma
mère… la pauvre quand j’y repense ! On avait eu un contrôle routier, j’en avais sur moi,
elle ne l’a jamais su parce que sinon elle aurait eu une attaque ! C’était dans ma
normalité à l’époque, on ne testait pas autre chose que l’alcool lors des contrôles, donc
il n’y a jamais eu cette crainte. Après je ne fumais pas au milieu de la rue, c’était en
campagne, à la maison, je ne me baladais pas… y’avait quand même une certaine
conscience !

- Merci beaucoup pour cet échange, très intéressant et très riche, on va s’arrêter
là. Je suis contente qu’on ait pu prendre le temps d’en parler ensemble, un peu
plus que lors d’une consultation.
- Oui, après on ne peut pas toujours tout faire… si vous prenez une heure par patient
parce qu’il y a besoin… le problème c’est que vous êtes aussi soumis au rendement
quelque part, vu le petit nombre que vous êtes ! Sur Montpellier c’est peut-être différent
mais je ne suis pas sûre non plus.

[Link] numéro 10

Cet entretien a été mené avec une patiente de 33 ans recrutée pour cette étude via les
consultations d’addictologie. Après une brève explication du déroulement de ce travail
par téléphone, nous convenons de nous rencontrer pour procéder à l’entretien. Voici la
retranscription de cet échange qui a duré 29 minutes.

- Donc pour résumer, mon travail porte sur les addictions et plus particulièrement
sur la discussion entre les personnes souffrant d’addiction(s) et les médecins
généralistes à ce sujet. Il me semble que vous m’aviez dit par téléphone que vous
n’aviez jamais abordé cette question avec votre médecin…
- Non, je ne lui en ai jamais parlé !
139
- … mais que vous consultiez Mme M pour votre suivi. Pouvez-vous brièvement
retracer le contexte dans lequel vous vous trouvez ? Vous souffrez d’addiction…
- Bah je fume… du tabac quoi. Parfois un peu de cannabis. [Pause]
C’est vrai qu’il m’arrive que boire un peu de temps en temps, j’ai une relation
particulière avec l’alcool.

- C’est-à-dire ?
- Je prends un peu de bière. Eventuellement de la bière. Ça m’arrive d’en boire
quelques-unes le soir quand je rentre… quand je rentre chez moi. Enfin, c’est plus
souvent qu’avant [Baisse du volume vocal]

- C’est dans un contexte amical ? Lorsque vous être avec des gens ? Parfois
seule ?
- Plus souvent seule que… je ne vois pas beaucoup d’amis en fait. Je travaille
beaucoup, trop, peut-être. Je travaille beaucoup… je suis aide-soignante donc je bosse
aussi beaucoup la nuit et c’est vrai que c’est plus sur mes jours de récup. Ça m’arrive
de boire deux ou trois bières dans la soirée, une à deux les autres jours, en gros.

- Vous consommez tous les jours ?


- Bah ça commence à le devenir, ouais. Avant c’était pas le cas. De plus en plus. De
plus en plus depuis quelques années. Quand j’étais plus jeune je consommais pas
hein ! Quand j’étais enceinte je consommais pas, parce que je sais ce que ça fait.

- Et lorsque vous êtes au travail, comment est-ce que ça se passe ?


- Au travail… vous savez le rythme est assez intense, encore pire depuis le Covid donc,
pff, des fois j’ai même pas le temps de manger, j’ai même pas le temps d’aller aux
toilettes donc je ne me pose pas la question des consommations. Parfois je sors fumer
une cigarette avec les collègues mais c’est tout, entre deux chambres. J’évite de boire
avant le travail par contre, je ne veux pas que cela se voit… sur mon visage, mes
vêtements.

- Vos collègues ne vous en ont jamais parlé ? Vous n’avez pas de symptômes de
manque par exemple ?
- Non, euh… Après c’est vrai que certains collègues, des médecins notamment, m’ont
déjà fait des remarques sous forme de blague mais je ne sais pas s’ils rigolaient. On
n’en parle pas. Moi je me méfie des médecins.

- Vous n’avez pas confiance ?


- C’est ça, ‘fin c’est quelque chose qui reste à la maison, j’ai pas trop envie qu’on en
parle au travail. Ça me regarde, j’ai pas envie qu’on m’embête pas avec ça !

- D’accord. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous soigner, d’aller consulter
un addictologue ?
- Bah en fait j’ai surtout peur pour mes enfants, parce que là je me rends bien compte
que je n’ai plus le contrôle en fait. La dernière fois je suis sortie à 3h du mat’ parce que
140
j’avais plus de clopes alors que les enfants dormaient. Et c’est pas normal ça, on peut
pas abandonner ses enfants en pleine nuit. Ça ne va plus, j’ai plus le contrôle. Ma
crainte c’est qu’on me retire la garde de mes petits et alors là ce serait… ce serait le
pire qui puisse m’arriver. J’ai deux enfants et vous savez je les élève seule, c’est pas
simple. Pas simple tous les jours. Ils ont que moi, alors si on me les retire… Le grand a
12 ans et le petit dernier a 7 ans, ils comprennent pas eux. C’est des problèmes de
grands.

- Pourquoi voudriez-vous qu’on vous retire vos enfants ? Vous pensez que ça fait
de vous une mauvaise mère ?
- Si ça se sait, au travail... vous savez moi je ne gagne pas beaucoup d’argent, je fais
pas mal d’heures sup’, mes enfants je ne les vois pas souvent... j’ai un rythme qui est
très [insistance] très très très soutenu et ça m’aide à tenir, ça les autres ne peuvent pas
le comprendre.

- Comment en venez-vous à consulter un addictologue ?


- Ben justement parce que je me rends compte que c’est pas normal. C’est pas normal
ce que je fais. Et j’ai en permanence peur qu’on me dénonce, qu’on donne la garde de
mes enfants à leur père, mais lui c’est pire. Lui il pourrait pas assumer. Après c’est
peut-être pas possible, mais j’ai peur. Alors je vais voir Mme M mais j’ai pas tout le
temps… j’ai pas…. Il faudrait que j’aille la voir plus souvent mais je sais pas.

- Vous n’y aller pas assez souvent ?


- Ouais, j’ai du mal à être assidue. Je voudrais m’en sortir mais je sais pas, j’ai des
blocages.

- Qui vous a conseillé d’aller voir un addictologue ? De la famille ? Des


connaissances ?
- C’est au boulot, c’est une collègue. La seule à qui j’ai réussi à parler de ça. On
travaille ensemble depuis longtemps, elle aussi elle a des gamins et elle se débrouille
toute seule. D’ailleurs elle fume du cannabis aussi, ça l’aide à s’endormir. Peut-être qu’il
faudrait qu’elle aille voir un médecin [Rires]. Je plaisante. J’sais plus très bien pourquoi
on en a parlé au début. J’me rends pas bien compte mais ça doit se voir, ça doit se voir.

- Pourquoi être allé voir un addictologue ? Aurait-ce pu être un autre médecin ?


Quelqu’un d’autre ? Peut-être que vous aviez déjà essayé de vous sevrer seule ?
- Ah ben bien sûr mais je suis prise dans un tourbillon, je dirais ça comme ça. Je suis
prise dans un cycle et je n’arrive pas à m’en sortir toute seule. J’arrive pas à avoir la
volonté seule, il faut que quelqu’un m’aide et c’est pour ça que je suis allée voir
l’addictologue et l’addictologue en particulier parce que je pense que… bah… il a
l’habitude, il sait comment faire. Et puis c’est surtout quelqu’un que je connais pas.
Quelqu’un d’extérieur, à qui j’ai moins de mal à me confier alors que… enfin voilà je le
connais pas du tout.

141
- D’accord, parce que vous connaissez trop votre médecin généraliste ? Quelle
est votre relation ?
- C’est mon médecin généraliste depuis mon enfance. Oui, j’ai une très bonne relation
et j’ai l’impression que si je lui parle de ça son regard changerait, enfin, j’ai besoin
d’aller voir quelqu’un à part qui s’occupe que de ça et qui ne me connaît pas. J’ai pas
envie d’inclure cette histoire dans mon histoire, dans ma vie quoi.

- J’imagine qu’avec le temps votre addictologue vous connait un peu plus, est-ce
un frein à continuer le suivi ?
- Oui, mais c’est une personne EX-TERIEU-RE [Accentuation des syllabes]. C’est ça
qui me dérange, aux consultations, vous savez on sait jamais « Ah ben j’ai vu votre
mère, j’ai vu votre tante. – Ah bon ben vous l’avez vue pour quoi ? ». On parle du secret
médical, du secret médical, mais on sait très bien que ça existe pas ! Moi la dernière
fois que je suis allée voir mon généraliste il m’a dit « Ah j’ai vu Mme truc ! » donc après
il va leur en parler et j’ai pas du tout envie que ma famille soit au courant parce que si
ma famille est au courant après ils vont en parler et puis… ça va bien finir par se savoir.
C’est sûr même.

- L’idée du secret médical, c’est justement le fait qu’on ne puisse pas révéler une
quelconque information recueillie lors d’une consultation à quelqu’un d’autre,
même à votre famille. Et ça ce n’est pas quelque chose qui vous rassure ?
- Non, moi je me méfie. Vous savez aux urgences la dernière fois, y’a un SDF qui est
venu parce qu’il avait du mal à respirer ! Il a fallu que je me batte avec une collègue
pour que les médecins acceptent de le voir en consultation. Vous savez la clinique c’est
pas comme le CHU, si t’as pas d’argent tu les intéresses pas ! Il a quand même été mis
dans un box… à force qu’on râle. Ben il est parti à la coro [coronarographie] après ! En
fait je préfère aller voir un addictologue, je sais que personne de ma famille ne va le
voir, c’est une personne qui ne me connaît pas depuis que je suis née et… je préfère
détacher les deux.

- De peur de ternir la relation avec votre médecin ?


- Ouais je pense, il ne me regarderait plus pareil après. Oui, c’est vrai, je pense.

- Et votre médecin généraliste a-t-il déjà essayé d’évoquer le sujet des addictions
avec vous, ne serait-ce que par une petite phrase ?
- Non, non, il pose pas la question. Enfin, pour le tabac on me demande mais pas à
chaque consultation hein… Je pense que quand on va les voir ils remplissent leur
dossier, ils notent « tabac » et puis voilà ils sont contents, ils ont coché leur case et puis
voilà ils ont rempli leur dossier et puis c’est bon. Ils se soucient pas trop, ils ont
d’autres… Si par exemple on vient les voir pour un rhume et qu’au décours de la
consultation on leur dit « je fume cinq cigarettes » ils vont soigner le rhume et puis voilà,
ça passera au second plan, ils le noteront dans le dossier et puis ils en feront rien.

142
- D’accord. Ils ne creuseront pas plus, c’est ça ?
- Ben non, il s’occupera déjà de soigner mon rhume. Ils vont pas… Ils ont pas le temps,
on rentre et on est déjà dehors.

- Vous me dites que vous n’avez pas forcément le temps, ou en tout cas que vous
ne voyez pas assez l’addictologue, pourquoi ?
- Les rendez-vous c’est compliqué, et puis moi entre mes enfants, mon travail… c’est
difficile. Je ne mets pas ce sujet-là dans mes priorités, voilà c’est mes enfants ma
priorité donc euh. J’ai envie hein ! J’ai envie de faire bien pour mes enfants mais j’y
mets pas assez le temps parce que tout simplement je l’ai pas le temps.

- Pensez-vous que les consultations vous aident dans votre démarche ?


- Ben j’ai pas l’impression mais c’est sûrement parce que j’y vais pas assez.

- Concernant votre médecin généraliste, peut-être pourrait-il assurer le suivi ?


Bien souvent les amplitudes horaires des consultations sont plus importantes,
un peu plus souples.
- Ouais mais moi vous savez le médecin j’y vais quand je suis malade. Si je suis pas
malade, je n’y vais pas, j’ai pas le temps.

- Comment fait-on pour arrêter ?


- J’aimerais bien. Je ne sais pas comment faire. Mais j’ai pas envie d’en parler à mon
médecin.

- Pensez-vous que votre médecin généraliste pourrait faire quelque chose pour
débloquer la situation ? Pourrait-il faire quelque chose pour vous donner envie
d’en parler avec lui ?
- J’ai l’impression que c’est pas sa place, c’est pas son rôle en tant que généraliste.

- Qu’attendez-vous de lui ?
- Ben qu’il soigne mes petits bobos du quotidien, qu’il fasse… ouais c’est ça, c’est
surtout ça.

- Etes-vous entourée dans la vie ?


- Ben j’ai des collègues. J’ai des collègues et puis je vois des mamans à la sortie de
l’école mais vous savez quand on travaille la nuit, on travaille les week-ends, on a un
rythme qui est décalé par rapport aux gens donc c’est difficile. J’ai peu de soutien, une
grande partie de ma famille n’habite plus dans la région, mon frère est sur Toulouse,
mon autre frère à Pau. C’est difficile.

- Pensez-vous qu’aborder le sujet des addictions est plus difficile lorsque l’on est
soignant ?
- Oui parce que… Oui ! Oui parce que, de par le métier on a encore moins le droit et
puis on se sent jugée et puis…

143
- Vous pensez que c’est pire d’avoir une addiction quand on est soignant ?
- Oui. Mais en même temps je pense que c’est le métier qui conduit à avoir des
addictions. Comme ma collègue je fume avant de dormir et c’est pas pour rien, je
pense. On voit beaucoup de choses difficiles, enfin, vous savez. On travaille beaucoup,
je suis seule, c’est dur, la vie c’est dur et quand on n’a pas de soutien, quand on a pas
d’aide on prend ce qu’on trouve. Je fais ce que je peux. Ça doit faire à peu près… le
tabac ça a commencé à l’adolescence et l’alcool c’est plus récent, ça a commencé il y a
quoi, il y a quatre cinq ans quand mon deuxième est arrivé et que j’ai divorcé.

- Depuis combien de temps l’addictologue vous suit il ?


- Oh ça fait deux trois mois

- Quel a été le déclic, pourquoi maintenant ?


- C’est lorsque ma collègue m’en a parlé que je me suis dit, elle elle arrive à en parler,
et surtout si elle le voit, ça doit se voir. Les autres vont peut-être aussi le remarquer, et
je veux pas perdre mon boulot. Je me dis que si elle l’a vu, les autres vont le voir aussi
et puis après ça va parler… enfin vous voyez quoi. Mais je bois pas au travail hein !

- Imaginons que vous changiez de ville, et que vous changiez de médecin traitant.
D’après vous quelles seraient les qualités de ce médecin pour que vous puissiez
poursuivre vos soins avec lui ?
- Ben il faudrait qu’il m’écoute, qu’il ait de l’écoute. Peut-être qu’il prenne des rendez-
vous un peu plus longs justement, qu’on n’ait pas cette sensation de déranger avec ces
problèmes-là quoi. Lui il doit surtout soigner les maladies, il a pas le temps de parler et
d’écouter.

- Pensez-vous que vous faites perdre son temps au médecin en venant le voir
pour ça ?
- C’est pas moi qui pense c’est l’impression que j’ai et par rapport à ce que les
médecins dégagent. Par exemple si je vais aller chez lui par rapport à un problème, une
pathologie, lui il va pas chercher plus loin, il va régler la pathologie puis il va me dire
merci aurevoir, il va pas me dire « est-ce qu’il y a autre chose ? », non ça y est le quart
d’heure est passé donc... aurevoir. Puis moi je vais pas revenir spontanément si j’ai rien
en fait. Il faudrait que ce soit un médecin qui prenne le temps d’écouter et qui pose
aussi les bonnes questions, je pense que ça…

- Le généraliste est capable de réaliser le suivi d’une pathologie dans le temps,


pourquoi cela serait différent avec les addictions ?
- Ils ne suivent pas grand-chose, ils font semblant parfois.

- Pensez-vous que la discussion fait partie de la thérapie ?


- Oui je pense que c’est… je dirais pas cinquante pour cent de gagnés mais presque.
C’est pas le tout de discuter c’est d’être aussi compris. C’est important d’être compris.

144
- Je me mets à ma place de médecin généraliste remplaçant. Ça peut se
rapprocher un peu du cas de figure de tout à l’heure où vous déménagiez et
changiez de médecin, mais pas exactement. Auriez-vous trouvé plus simple d’en
parler avec le remplaçant de votre médecin généraliste ?
- Je pense que la réponse est un peu double. Dans un sens oui parce que je pense
qu’en tant que remplaçante vous allez reposer des questions, peut être que mon
médecin qui me connaît bien ne reposerait pas ces questions là. Mon médecin ne va
pas me demander quatre fois par an si je vais le voir quatre fois par an si je fume. Vous
voyez ce que je veux dire ? Donc peut-être que vous allez me reposer certaines
questions que lui me poserait pas forcément et puis il y a aussi cette idée que je vous
connais pas donc c’est un peu ce que je disais tout à l’heure avec l’addictologue qui est
une personne extérieure, y’a surement moins de jugement, moins de honte à le dire
quand on connaît pas. La seconde partie de la réponse ce serait peut-être non parce
qu’en tant que remplaçante ben je suis pas votre patiente... vous vous en foutez quoi !

- Je considère comme vous que c’est très intéressant d’en parler pour avancer
dans la démarche de soin. Comment le médecin pourrait-il faire pour évoquer le
sujet, ou en tout cas « lancer la perche » pour montrer qu’il est ouvert à la
discussion ?
- C’est vrai que les affiches dans la salle d’attente c’est pas mal, je regardais celle pour
la vaccination en arrivant. Ça laisserait une porte ouverte au sujet et à la discussion et
puis même tout simplement poser les questions parce que si spontanément… si on me
demande pas moi je sais que j’irai pas le dire donc faudrait, ouais, déjà qu’on me pose
la question.

- Comment devrait on poser la question justement ?


- Le problème il est là, c’est ça que je vous dis, je pense que le généraliste il est pas
forcément bien placé, parce que l’addictologue, lui il va les poser ces questions puisque
c’est ce qu’il cherche, c’est comme le dentiste qui va vous poser des questions sur les
dents… alors que le généraliste lui il doit s’occuper de tellement de tout qu’en fait il les
pose pas ces questions là. Et puis c’est vrai que je le vois mal, à chaque fois que je vais
le voir me poser les questions de si je fume ou si je bois. Je vais commencer à me
sentir un petit peu ciblée.

- Si on vous posait la question directement, par exemple en disant « Madame, est


ce que vous fumez ? » vous répondriez oui ?
- Je répondrai oui, mais le problème sera surtout que le sujet ne sera pas approfondi.
Sachant qu’il n’y aura rien derrière, je vois pas pourquoi il me poserait la question à part
remplir son dossier.

- Et si justement le fait de poser cette question engendrait une autre consultation


qui parlerait exclusivement du tabac ?
- Ça ne m’est jamais arrivé.

145
- Vous m’avez dit que vous vous sentiriez ciblée par ces questions, c’est-à-dire ?
- Peut-être que ça m’aiderait à lancer le sujet c’est vrai, mais faut pas faire une liste de
questions non plus. En poser quelque unes ok et puis après on voit. C’est sûr que si on
pose pas la question on sait pas.

- Pensez-vous que c’est quelque chose d’important pour votre médecin de savoir
si vous avez certaines consommations ?
- Non, moi je pense que c’est plutôt pour qu’il note qu’un jour il a demandé.

- Par exemple certains médicaments ne font pas bon ménage avec l’alcool, donc
lorsque le médecin fait une prescription c’est plutôt intéressant pour lui et pour
vous qu’il soit au courant…
- Ah bon ? Bah à ce moment-là oui, ça pourrait être intéressant et j’aurai l’impression
qu’il en a quelque chose à faire, ouais. Ça serait pas juste pour cocher ces cases, il y
aurait un but et dans ce cas-là oui ce serait peut-être un moment clé pour soulever le
sujet.

- Ce qui vous manque c’est surtout l’information à ce niveau-là, et la justification


de la question. Et par rapport au fait que vous soyez soignante, si en vous
demandant « est-ce que vous fumez ? » le médecin vous rappelait que c’est un
facteur de risque cardiovasculaire, que ça peut favoriser le cancer du poumon ça
changerait quelque chose ?
- Ça à la limite tous les risques moi je les connais en tant que soignante, en plus je
bosse dans un service où je suis consciente de tous ces risques là mais en fait c’est si
y’a rien derrière que je ne vois pas l’intérêt de lui en parler si c’est juste pour qu’il me
fasse la morale. Ça ne va pas m’aider, moi j’ai besoin de quelque chose au bout et pas
juste du « Vous fumez ? C’est pas bien madame ! ».

- De quoi manquent les médecins généralistes pour bien prendre en charge les
patients souffrant d’addictions ?
- De temps ! En premier. Ils courent tout le temps. Enfin, je sais pas s’ils courent mais
ils donnent l’impression de traiter un problème à la fois parce qu’ils ont pas le temps !
Moi sachant mon train de vie j’ai pas le temps de revenir une autre fois pour en
rediscuter, c’est ça le problème.

- Pensez-vous que la discussion autour du sujet des addictions était plus facile il
y a 50 ans, quand il n’y avait pas l’informatique, les réseaux sociaux… Peut-être
auriez-vous moins eu peur de la dénonciation ?
- Il y a 50 ans ça paraissait normal que tout le monde boive ! Deux verres de vin par
jour c’était normal. Là maintenant c’est tabou, on est l’alcoolo du coin. On a un peu
honte et puis c’est tout ce qui peut se passer derrière, maintenant le voisin pour un rien
peu dénoncer, on nous retire les enfants… enfin voilà. On nous croise dans une salle
d’attente, ça peut vite se savoir.

146
- Discutez-vous au centre d’addictologie avec des patients qui ont les mêmes
addictions que vous ?
- Non, parce que moi j’ai pas l’impression d’être comme eux. Eux ils viennent parce
qu’ils consomment des drogues plus dures moi c’est juste quelques bières, deux trois
joints et ça s’arrête là. J’suis pas une camée, je bois un peu pour essayer de tenir au
quotidien. C’est pour ça j’aime pas trop aller là-bas, j’ai surtout peur qu’on me voie sortir
de la consultation. J’vais pas au centre le plus proche pour ça, je prends la voiture pour
y aller. J’ai cherché sur internet et j’ai pris le centre le plus connu.

- Merci pour cet entretien. J’espère que vous réussirez à poursuivre votre suivi et
que vous trouverez l’aide dont vous avez besoin.

[Link] numéro 11

Il s’agit d’un patient d’une vingtaine d’année rencontré lors d’un remplacement en
cabinet, qui consultait à la base pour des douleurs abdominales répétitives. Cet
entretien se déroule à la suite de plusieurs consultations durant lesquelles nous avions
évoquées ces douleurs. L’enregistrement a duré 34 minutes.

- Pouvez-vous me rappeler le contexte de notre entretien ? Nous avions


précédemment parlé d’une possible addiction vous concernant…
- Oui, j’ai une légère addiction au sucre, au soda, et à la « malbouffe » [mime des
guillemets avec ses doigts]. J’ai été capable dans le passé de boire 1,5L de soda,
facilement par jour et d’enchainer avec des repas industriels, des pillons de poulet, des
glaces, des sucreries… parfois sans pouvoir m’arrêter, des plats préparés… par facilité.
Avant je buvais oui, 1,5L de soda, c’est-à-dire une bouteille de soda classique.
Maintenant c’est plus le cas, beaucoup moins. J’ai tendance à revenir parfois à mes
anciens démons.

- Considériez et considérez-vous ça comme une addiction ?


- Oui parce que… la malbouffe moins parce que je suis capable de ne plus mal manger
même si l’envie de manger gras est présente, revient de temps en temps, mais le soda
j’ai souvent la petite envie de la petite boisson, ou le petit verre en soirée, un truc
comme ça. La malbouffe, oui c’est quand même une addiction pour moi, tout ce qui
n’est pas considéré comme « healthy » maintenant, tout ce dont les médecins vont
parler comme pas bon à la santé, qu’il faut limiter dans les repas, moi c’est ce que je
peux manger à outrance. Pour moi une addiction c’est quand on n’est pas capable…
quand c’est une pulsion qui revient régulièrement et qu’on n’arrive pas à gérer
forcément.

147
- Vous avez du mal à vous arrêter lorsque vous avez commencé à consommer
c’est ça ?
- Au début je n’avais pas la volonté de m’arrêter, c’était la facilité des plats rapides et
bons et maintenant surtout le plaisir du goût.

- Aviez-vous une vision plutôt positive, négative, ou les deux de tout ça ?


- Je savais que ce n’était pas bon pour moi. Je savais clairement que ce n’était pas bon
pour la santé mais… j’ai joué avec le feu. A long terme c’est ce qui va causer de la
tension, du diabète, de la prise de poids, tout ce qu’il ne faut pas en fait ! J’ai préféré
profiter tant que j’étais en bonne santé plutôt que d’être raisonnable dès le début.

- Y avait-il des aspects positifs à tout ça ?


- A l’époque, je ne me posais pas la question en fait. C’était rapide, je rentrais du boulot
et je me faisais rapidement à manger, j’ouvrais le frigo et je prenais n’importe quoi.
C’était fait. La bouteille, je prenais la bouteille et j’avais la boisson à portée de main en
permanence. C’était la facilité mais aussi le plaisir.

- Y a-t-il quelque chose ou quelqu’un qui vous a permis de prendre conscience


que ça n’allait pas ?
- La prise de poids surtout, tant que je faisais du sport, je n’avais pas le sentiment de
manger vraiment beaucoup parce que je me dépensais dans la journée donc au final je
me disais quelque part que je compensais par la quantité de sport que je faisais dans la
semaine, sauf qu’à chaque petite blessure ou l’intersaison, quelque chose comme ça,
c’était rapidement dix kilos de pris sans que je m’en rende compte et qui au fur et à
mesure sont durs à perdre. Là je commence à avoir ce que moi j’appelle des crises de
foie. Si j’ai trop bouffé pendant une semaine, je peux passer deux jours sur les toilettes
à être mal quoi.

- D’accord, ce sont plutôt les effets sur votre corps qui vous ont permis de vous
en rendre compte ?
- Oui.

- Les autres, amis, familles, ont-ils eu de l’influence sur vos consommations ?


- Inconsciemment oui, parce que je sais que jeune… depuis tout petit j’adore la
malbouffe, les sodas, les pâtisseries… et jeune vivant chez mes parents, c’est ma mère
qui faisait à manger donc c’est plus ou moins elle qui régulait mes repas. Si elle
n’achetait pas à boire, y’avait pas à boire à la maison. Mais lorsque je me suis retrouvé
tout seul dans mon appartement c’est là que j’ai, quelque part, j’ai vraiment dérivé.
Après en se mettant en couple, tu fais plus attention à ce que tu manges mais…. En
dehors de ça les autres n’ont pas vraiment eu d’influence. Les autres qui me disaient
« fait attention à toi », tout ça, ça m’a pas freiné.

- La prise de conscience n’a pas été immédiate, c’est venu petit à petit ?
- Oui. Au fil du temps. Et j’en suis conscient mais on va dire que j’en suis pas guéri
quelque part.
148
- Vous en parliez avec les autres ?
- Oui, oui. Mon médecin indirectement me mettait de temps en temps en garde parce
que j’ai un père diabétique, une grand-mère diabétique. Il m’a dit « génétiquement y’a
une forte chance que t’y sois » sachant que depuis tout jeune je suis en surpoids donc
ça n’aide pas non plus mais j’ai toujours dit « tu seras diabétique donc profites-en tant
que tu peux et après tu devras te priver de tout le sucre ! ». J’ai peut-être accéléré le
processus, mais j’ai profité on va dire !

- Votre médecin était-il au courant de votre mode d’alimentation ?


- Non, on n’en a jamais réellement parlé ensemble. Après il était… il le savait parce que
tous les ans pour le sport ou des choses comme ça il suivait la courbe de poids et il
voyait très bien que le poids augmente. Et je me suis jamais caché d’être gourmand
mais après les quantités exactes de ce que je mange ou de ce que je bois, ça, peu de
personnes sont au courant, même maintenant.

- J’ai l’impression que vous étiez plutôt informé par les risques encourus…
- Oui ! Oui, oui, je savais clairement je que je faisais.

- Comment fait-on pour réduire ? En général c’est l’étape qui suit la prise de
conscience.
- Oui, c’est essayer de trouver la motivation, essayer de trouver un… se mettre un but
pour y arriver, et après les autres qui ont des addictions je ne sais pas comment ils font
mais pour moi c’est dire « avant telle période tu dois essayer de perdre tant de poids »
et essayer de le maintenir. Pas juste dire ça y est j’ai fait moins dix kilos, et d’après tout
reprendre parce qu’on tient pas. Ça je sais que ça n’est pas bon. Le plus dur c’est la
motivation, oui. Passer de mon plat est prêt en cinq minutes à je mets une heure à me
faire à manger mais je mange mieux. C’est compliqué.

- C’est quelque chose qu’on fait seul ?


- Ben plus ou moins aidé aussi parce qu’on peut se faire préparer les repas par
exemple, ou se forcer parce que l’entourage fait des remarques sur mon alimentation et
alors là je me prive parfois quand je mange avec eux.

- Qui peut aider selon vous ?


- Je ne suis pas ultra convaincu par les régimes parce que sais que dans mon cas un
rééquilibrage alimentaire suffirait et le mot régime me fait peur. Mais… j’adore trop le
sucre en fait, j’ai peur qu’un spécialiste me dise du jour au lendemain, enfin, peut être
pas du jour au lendemain qu’il faut arrêter complétement le soda, arrêter les gâteaux
sucrés… et d’avoir une trop grosse frustration. Pour l’instant j’essaie tout seul après oui,
peut être que si dans quelques mois, années, je vois que je n’y arrive pas, peut être que
se faire suivre par un spécialiste sera une solution mais pour l’instant c’est pas
envisagé.

149
- Pourrait-on vous aider, à ce moment-là, à gérer votre frustration afin de pouvoir
vous soigner ?
- Pour l'instant je ne vois pas pourquoi. Je ne vois pas pourquoi il m'aiderait. Je ne sais
pas quelles solutions il pourrait trouver pour m'aider. Après on va dire que j'ai un peu
une phobie du médecin. Moins je les vois et mieux je me porte. Être dans un hôpital,
même si c'est pour rendre visite à quelqu'un qui vient d'accoucher par exemple, je ne
me sens pas bien. C'est pas un endroit où je prends plaisir à aller. Oui, moins je les vois
et mieux je me porte.

- Pensez-vous que le fait d'ouvrir la discussion peut permettre de faire avancer le


cheminement d'une personne atteinte d'addiction ?
- Un peu. Le jugement de l'autre. Même si je... mon surpoids je m'en suis toujours un
peu moqué, enfin je me moque de ce que les gens pensent de moi maintenant. Au
début non mais maintenant oui, j'en joue. Concernant le physique, concernant... tout le
monde sait que je suis un gros mangeur voilà, que je mange pour deux ou des choses
comme ça. Ça me fait rire, j'en joue. Mais des fois en parler, c'est vrai que certaines
personnes peuvent avoir un mot et on peut plus réfléchir. Après c'est le cheminement
personnel quoi.

- Le jour où vous vous direz « là je n'y arrive pas seul, j'ai besoin d'être aidé »,
vous vous dirigerez vers qui ?
- Ben, un nutritionniste, un diététicien je pense plus. Quelqu'un qui connaît réellement
l'alimentation. Pas quelqu'un qui prône des régimes fait pour lui et qui veut l'appliquer à
tout le monde, pas un mec comme ceux qu’on voit souvent sur YouTube.

- Quel rôle pourrait avoir le médecin généraliste, s'il en avait un ?


- Peut être le rôle d'alerter. C'est généralement ce qu'ils ont essayé de faire, enfin
surtout mon médecin de famille, que j'ai connu tout petit et qui m'a toujours alerté
concernant le poids en me disant de faire attention. Mais je ne sais pas si eux ils sont
compétents. Peut-être lui, peut-être ce médecin au moment où je me sentirai avoir le
besoin, peut-être que lui saurait me diriger vers la bonne personne. Vu que pour
l'instant je ne vois pas ce besoin, j'ai pas le besoin d'en parler au médecin généraliste.

- Y a-t-il un bon moment pour en parler ?


- Quand je serai prêt psychologiquement.

- Comment définiriez-vous votre relation avec votre médecin généraliste ?


- Tout petit jusqu'à mes dix-huit ans j'ai toujours eu le même médecin, le médecin de
famille. J'avais confiance mais n'ayant jamais eu de problème de santé réel j'allais le
voir une fois par an pour faire le bilan et avoir mon certificat médical. Sinon je n'ai pas
eu trop besoin. Il a été remplacé par un autre médecin avec lequel je m'entendais bien.
J'ai déménagé et maintenant je prends un peu le médecin le plus disponible du coin, j'ai
pas vraiment... j'ai pas retissé un lien avec un médecin pour l'instant. Vu que je ne suis
pas malade, et que je m'y rends juste pour, à la rigueur, une ordonnance pour suivre
mon possible diabète, parce que je sais qu'un jour ou l'autre ça tombera et je préfère le
savoir avec une prise de sang plutôt que de le savoir parce que je vais avoir des effets.
De temps en temps je vais demander une prise de sang, mais j'ai pas vraiment de
relation avec un médecin pour l'instant.

- Vous aviez déjà évoqué ce problème de « crise de foie » avec eux ?


- Non. Non, parce que je ne sais même pas si c'est une crise de foie en fait. Je sais
qu'un coup on m'a dit que j'avais les symptômes d'un foie un peu malade et qu'en
150
faisant attention à mon alimentation ça devrait repartir, ça allait se régénérer et que je
ferai attention. Je fais attention. Après des fois j'ai des petites crises où j'ai besoin de
sucre et là je sais que derrière j'ai mal au ventre et que je suppose que c'est le foie qui
ne supporte pas vraiment ce changement d'alimentation brusque. Je ne sais même pas
si c'est mon foie qui déconne ou si c'est juste psychologique, si c'est un autre organe.
J'en ai jamais parlé à un médecin, non.

- Qu'attendez-vous de votre médecin généraliste ?


- En général ? Avant c’était le suivi, c’était un peu… J’y allais, il me disait que tout allait
bien et inconsciemment je me disais « eh ben c’est bon, je suis reparti pour un an
tranquille ». Vu que là je n’ai pas retissé de lien, j’ai pas vraiment d’attente. Je sais que
ce n’est pas terrible mais pour l’instant je ne ressens pas le besoin. Et pour le sucre, vu
que je pense m’en sortir tout seul pour l’instant je pense… En fait je sais que l’addiction
c’est plus que du psychologique maintenant, l’envie de sucre, l’envie de soda, l’envie de
manger c’est psychologique. C’est moi qui décide d’avoir envie de ça et si je me dis
qu’il ne faut pas, je suis capable de ne pas manger sans être sur les nerfs. C’est du
psychologique…. Pour l’instant je ne vois pas une autre personne à part éventuellement
un psy qui pourrait éventuellement faire quelque chose mais le médecin généraliste je
ne vois pas à quoi il pourrait servir dans mon cas.

- Auriez-vous peur d’en parler avec un autre professionnel de santé ?


- Peur non, parce que je sais plus ou moins ce qu’on va me dire et qu’on peut me le dire
et me le répéter, pour le moment ça n’aura pas d’effet sur moi. On me dirait qu’il faut
limiter telle chose, remplacer par tel produit. Là je l’écoute, je le sais plus ou moins mais
l’envie de l’appliquer c’est par phase.

- Vous ne vous pensez pas réceptif en ce moment ?


- Oui je pense que je ne suis pas dans la période où ça pourrait me servir. Peut être
que dans un mois on se reparle et je vous dirai « c’est bon, j’ai besoin d’être suivi »,
mais pour l’instant je ne suis pas prêt.

- Auriez-vous peur de certains reproches, de remarques qu’on pourrait vous


faire ?
- Non, de toute façon je pense que le médecin, le nutritionniste, le psy s’ils font la
remarque ils le feront avec de la bienveillance et pour aider la personne. Pour moi j’ai
pas besoin d’aide donc c’est pas la peine.

- Pourquoi vous dirigeriez-vous plus vers un psychologue si jamais vous aviez


besoin d’aide ?
- Parce que pour moi tout ce qui touche le mental, le côté psychologique, c’est plus le
psychologue que le médecin généraliste, qui n’a pas forcément le temps en quinze
minutes de détecter que j’ai une addiction, que je dois, que je connais les règles mais
que j’ai pas envie de les appliquer, que c’est parce que c’est comme ça… Peut être que
si j’avais continué à être suivi par un de mes anciens médecins qui me connaissaient
bien, peut être qu’avec eux j’aurais pu en parler mais c’est sûr qu’aujourd’hui je ne me

151
vois pas arriver chez un généraliste et dire « bonjour, j’ai une addiction » et qu’en
quinze minutes il trouve le remède miracle.

- Serait-ce différent avec un psychologue qui ne vous connaitrait pas ?


- La séance durerait plus longtemps je pense. Et si je prends rendez-vous chez un
psychologue je saurai déjà pourquoi et peut-être que lui aurait peut-être déjà les
mécanismes, l’expérience des choses à faire dans ces cas-là, qu’un généraliste n’aurait
pas forcément le temps de savoir faire. Je sais pas.

- Pensez-vous que certains médecins généralistes savent prendre en charge les


addictions et d’autres non ?
- Oui, ah oui oui oui. N’ayant pas de médecin fixe, je vois les différentes façons de
soigner ou d’aborder le patient. Il y en a certains c’est presque l’usine et d’autres
essaient de tisser des liens avec la personne pour vraiment apprendre à connaitre la
source du problème, mais quinze minutes, vingt minutes ça suffit pas.

- Nous parlions tout à l’heure du fait que vous n’aviez jamais eu cette discussion
avec un médecin généraliste. Ces médecins auraient ils pu se rendre compte de
vos consommations ?
- Je pense qu’indirectement ils doivent s’en douter. Surtout les médecins que j’avais
avant. Ils doivent s’en douter parce que lorsque tu suis quelqu’un depuis très jeune, que
tu le vois évoluer, qu’il est en surpoids depuis très tôt et qu’il reste en surpoids, je pense
qu’indirectement ils doivent s’en douter mais y’a peut-être un « on dit pas », je te fais
passer le message rapidement, mais si tu n’es pas réceptif, je ne vais pas chercher à
avoir plus d’informations ou plus creuser.

- De votre côté vous aviez la sensation qu’il existait peut-être un frein du côté du
médecin à en parler ?
- Pas forcément un frein mais il n’avait peut-être pas mis le doigt sur l’importance de la
situation même si pour l’instant c’est pas dramatique. Plus tôt on m’aurait dit ou fait
comprendre que le sucre c’était dangereux, j’aurais peut-être été moins « accro » entre
guillemets et je ne serais peut-être pas actuellement avec mes kilos et ma passion pour
les sodas.

- La discussion faisant partie prenante des soins, comment fait-on pour initier ce
dialogue en sachant qu’il existe vraisemblablement des freins des deux côtés ?
Peut on faire mieux, peut-on faciliter les choses ?
- [Silence]

- Serait-ce plus simple que le médecin fasse le premier pas ou doit-il attendre que
le patient en parle par exemple ?
- Je pense que c’est plus simple que le médecin en parle parce que même si j’en ai pas
honte, c’est pas une fierté, je ne vais pas écrire sur mon CV que j’adore le sucre. Alors
que si le médecin lance le sujet mais en essayant réellement d’aller chercher
l’information, et pas juste en disant « fais attention, t’es un peu trop gros, il faudrait
152
perdre du poids » en demandant par exemple « pourquoi t’as pris du poids depuis la
dernière fois qu’on s’est vus ? », peut être qu’en approfondissant les choses viendraient
plus facilement.

- Si votre médecin vous avait posé ces questions, tournées en ce sens, auriez-
vous perçu ces questions comme intrusives ?
- Ben vu que ce n’est pas une honte, je n’aurais pas forcément été gêné. Ça ne m’aurait
pas gêné de dire « oui je bois 1,5 litre de soda, oui je mange 3 cordons bleus par
repas », ça ne m’aurait pas gêné parce que je sais déjà… Moi en tout cas en faisant ça,
je savais que ce n’était pas bon pour la santé, et qu’un médecin n’allait pas dire
« continue comme ça c’est très bien ». Je pense qu’à l’époque il m’aurait dit… enfin en
vrai il me l’a dit : « attention avec ton surpoids tu risques d’être diabétique, tu as des
gros facteurs de risque », et ça ne m’a pas forcément fait réagir, au contraire, ça a peut-
être accéléré le processus.

- Devrais-je à votre avis, dans ma pratique future, poser systématiquement la


question du mode d’alimentation à toutes les personnes qui viendront me
consulter en surpoids ?
- [Hésitation] En fait je pense que tout le monde ne réagit pas pareil. Moi c’est un
surpoids plus parce que c’est un amour du goût. J’adore le sucre. Y’a peut être des
personnes qui sont en surpoids parce qu’il y a un mal être personnel et indirectement le
médecin en posant la question du pourquoi, en tournant la question d’une manière
moins brusque et moins frontale, pourra trouver d’autres causes à son problème. Peut-
être du harcèlement scolaire chez un jeune ou via les réseaux sociaux, peut-être autre
chose chez un adulte… Moi vu qu’il n’y a rien derrière, ça ne m’aurait pas gêné. Je
peux comprendre que certaines personnes puissent l’être et que le pot de glace que
ces personnes mangent devant la télévision sont peut-être un réconfort, et qu’elles en
ont besoin pour se sentir mieux. Oui je pense qu’en posant la question, même
indirectement ça peut permettre de creuser.

- Y a-t-il des conditions optimales pour faciliter le dialogue autour des addictions,
quelles soient matérielles, humaines… ?
- Un cabinet calme déjà, un cabinet dans lequel on se sent bien, dans lequel on entend
pas les gamins qui crient dans la salle d’attente parce qu’ils n’en peuvent plus
d’attendre, déjà ça faciliterait la discussion. Pour le moment… moi je sais qu’à chaque
fois que les médecins lançaient brièvement le sujet c’est lorsqu’ils me faisaient monter
sur la balance pour me peser et me mesurer. Je savais qu’à ce moment là j’étais face à
mon poids et je ne pouvais plus mentir. On sait tous les deux le vrai poids que tu pèses.

- Tu ne peux plus te à mentir à toi-même et tu ne peux plus me mentir ?


- C’est ça, oui.

- Dans votre cas, l’objet facilitateur du débat aurait été la balance ?


- C’est ça.

153
- Y aurait-il pu y avoir autre chose ?
- Peut être que maintenant l’était de mes prises de sang pourrait aider. Oui je pense
que c’est devant une preuve irréfutable… par exemple dans mon cas, si mes dosages
du foie ne sont pas bons, c’est l’occasion de me dire « fait attention ». Je m’imagine
déjà Pierre Ménès. C’est quelque chose de psychologiquement peut-être dur à recevoir
mais qui marque. C’est la preuve irréfutable qui fait qu’on est au pied du mur donc soit
tu continues, soit tu t’enfonces dedans, soit tu fais marche arrière et tu l’esquives.

- A votre avis quelles sont les défauts et les qualités des médecins généralistes
pour prendre en charge les patients souffrant d’addiction ?
- Le fait que ce soit tabou. Je pense que la société en général ne veut pas qu’on parle
des addictions donc indirectement le médecin faisant partie de la société a plus ou
moins ce tabou et n’ose pas en parler. Le patient a peur d’être jugé ou ne s’en rend pas
compte. Ne se rend pas compte de ce qu’il fait, qu’il joue avec sa vie. Peut-être une
formation, je sais pas. Je ne sais pas trop comment on pourrait être formé là-dessus
mais avoir des notions peut-être un peu plus de psychologie ça serait bien. Comment
expliquer… le talent oratoire que certains médecins n’ont pas du tout en fait. Ils n’ont
pas de tact, ils sont froids, ils sont là : on vient, on a tel truc, examen, résultat, fini, au
revoir, payé, bonne journée monsieur. Y’a peut-être pas la bonne approche, le côté
relation. Le temps aussi. Le temps déjà de quinze minutes, ou vingt minutes ça dépend
des médecins, est assez court. Et pour ma part, si le médecin est en retard, que j’ai
attendu une demi-heure pour passer dans la salle d’attente, lorsque ce sera mon tour,
j’aurai le sentiment de devoir me dépêcher et de ne pas pouvoir prendre le temps de
parler tranquillement avec la personne.

- Est-ce un sujet qui nécessite plus de quinze minutes pour être évoqué ?
- Oui. Et même je pense que tout ça ne permet pas d’être ouvert à la discussion, et que
le médecin peut le ressentir. Peut être que lui, ayant du retard, il aura envie d’accélérer
pour rattraper. Après je suis conscient qu’on ne peut pas faire de consultation d’une
heure, et je n’aurai peut-être pas envie de raconter ma vie pendant une heure. Le
temps joue énormément je pense, et des deux côtés.

- Y a-t-il un défaut de formation des médecins ?


- Alors ça la formation, je sais pas. Je ne l’ai pas suivie la formation mais oui je pense
que certains médecins sont plus aptes à découvrir les addictions de leurs patients, de
prendre en charge le côté psychologique, social et que d’autres sont plus là pour faire
de l’abattage, de la masse. Après ça dépend aussi du caractère de chacun. Est-ce que
tout le monde peut discuter, s’intéresser aux gens, je ne sais pas.

- Que pensez-vous du secret médical ?


- Je n’ai jamais eu de problème avec ça. C’est toujours le même problème, vu que je
n’ai pas de honte avec ça, même si le médecin allait raconter ça à son frère, à son
enfant, à son voisin ça ne changerait rien. Oui je bouffe, ça se voit je suis gros, donc
pour moi ça n’est pas un problème. Je ne me suis jamais dit « je ne vais pas en parler à

154
mon médecin parce qu’il va pouvoir le raconter », c’est plus que je n’ai pas envie
d’entendre ce qu’il va me dire, même si je le sais déjà.

155
[Link] n°4 : Arbre conceptuel

Besoin de Besoin
validation d'information/
Médecin des de concret
Médecin décideur Délation et renouvellements
/ Autoritaire / secret
Sachant / Défier médical
l'autorité ? Médecin des
généralités / des Médecin des
arrêts de travail organes
Figure du
médecin
Médecin
Caste généraliste /
Confession médicale Ecueil / Attentes Objectifs
professionnalisée
Orientation

Condescendance Médecin
Médecin non
non Chemin
compétent
préoccupé du soin

S'en remettre Rite initiatique /


à l'autre Amorcer le
Mains chemin du soin
tendues

Proches
Se laisser
aidants
guider

Secret Arbre
de généalo
famille Entourage gique
Trouver sa place /
dans la relation Impulsion
de soin Déclencheur

Préserver
Proches
ses
alarmants
proches
Etre actif

S'affirmer dans
Empowerment/ la démarche de Psychiatre = Bon Autre
S'en sortir seul/ soins Interlocuteur interlocuteur 156
interlocuteur
Sentiment de privilégié privilégié
solitude
Dépasser le stade de la Ne pas se
faire Feeling /
contemplation / capacités Besoin
Questionnaire prendre Libération Se montrer
Prendre conscience / Façade / relationnelles d'écoute
standardisé forcée ouvert et
Déni Se disponible
camoufler
Repérage Thérapeute Médecin qui
Sevrage idéal déculpabilise
professionnel Seconde Repérages Décoder les
personnalité précoces signaux
Médecin soutien /
Interventions Empathie
brèves Médecin
Mensonges Fuite en avant / compréhensif
Foncer dans le
mur
Tenir jusqu'au
point de Se déculpabiliser
rupture Epoque
intransigeante Trouver des Confiance en
Déprogrammation
Relation de des soins raisons pour se soi
Approche individualisée soigner
confiance / / personnalité du patient
Bonne relation Temporalité
/ Déshumanisation Se
Ambivalence soigner Résister à la
Occasion tentation /
Craintes / peur Relations pour en Changement
Souhait d'une Toujours se
des soignants / aux soins parler d'époque
prise en charge se laisser soigner
Difficultés d'être globale Equilibre
couler /
soignant précaire
refuser les
soins
Relation
culpabilisante /
Sentiment d'intrusion / Conflictuelle Médecin qui Objets
Agression / Réassurance Dialoguer avec les aborde la facilitateurs
/ Justification de la Mauvais autres discussion
demande regard sur les
soins Fuir le
dialogue
Thérapie (par Facilitateur Endroit
la discussion) Tiers propre
Pas de facilitateur
Avoir un point
retour en Partager avec
de
arrière ses pairs Aveu facilitateur
Bonnes comparaison
Se délier d'un Acceuillir dans de ou non
raisons de
poids bonnes conditions
consommer
Craintes
Termes
Peur des tabous et Jugement
Embrigadement Gradation de sanctions tabous /stigmatisati Image
Manque
l'addiction on réfléchie
de
Addiction = volonté Honte
compagnon
Fatalité Freins Regard
des Descente
autres sociale 157
Effets Mur à
Gêne
néfastes franchir Mésestime Personnificatio
Addiction = préalable
Dégoût du et n de l'image Le malheur
folie produit des uns
dépression préconcue
[Link]

Tableau 1 : Critères diagnostiques de la dépendance selon la CIM-10 ……………………… p 20

Tableau 2 : Critères diagnostiques de la dépendance selon le DSM V ………………………. p 21

Tableau 3 : Caractéristiques des interviewés …………………………………………...………. p 32

[Link]

Figure 1 : Temps d’entretien ………………………………………………………………………. p 30

Figure 2 : Mode de recrutement des participants ……………………………………………….. p 31

Figure 3 : Âge des participants ……………………………………………………………………. p 31

Figure 4 : Sexe des participants …………………………………………………………………... p 31

Figure 5 : Déclaration ou non d’un médecin traitant …………………………………………….. p 31

Figure 6 : Consommations problématiques des patients interrogés ………………………..… p 32

Figure 7 : Les raisons évoquées pour poursuivre les consommations ……………….………. p 40

Figure 8 : Les raisons en faveur de l’arrêt de la consommation …………………………..…… p 41

Figure 9 : Interlocuteurs choisis par les patients pour parler de leur addiction …………….… p 42

Figure 10 : Professionnel de santé privilégié par les interviewés pour évoquer le sujet des
addictions ………………………………………………...………………………………………….. p 44

Figure 11 : Les facilitateurs de la discussion avec le médecin généraliste ………………..…. p 49

Figure 12 : Ce que les patients attendent du médecin traitant …………...……………………. p 53

Figure 13 : Les reproches adressés aux médecins généralistes …………………...…………. p 54

Figure 14 : Les qualités recherchées chez un médecin soignant des patients dépendants .. p 55

158
« En présence des Maîtres de cette école, de mes chers condisciples et devant l’effigie
d’Hippocrate, je promets et je jure, au nom de l’Etre suprême, d’être fidèle aux lois de
l’honneur et de la probité dans l’exercice de la médecine.

Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de


mon travail.

Admise dans l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe, ma
langue taira les secrets qui me seront confiés, et mon état ne servira pas à corrompre les
mœurs, ni à favoriser le crime.

Respectueuse et reconnaissante envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants


l’instruction que j’ai reçue de leurs pères.

Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois
couverte d’opprobre et méprisée de mes confrères si j’y manque. »

159
INTRODUCTION Une étude parue en 2020 montre que huit français sur dix ont consulté
un médecin généraliste au cours de l’année précédente. Parmi eux, 36,7% déclarent que
l’usage du tabac a été abordé en consultation et 16,8% ont parlé de leur consommation
d’alcool avec le praticien. Ces évocations se sont faites trois fois plus à l’initiative du
médecin, que du patient (1). L’objectif principal de notre étude était de recenser les
différents freins ressentis par les patients souffrant d'une addiction à mentionner leurs
consommations auprès de leur médecin traitant. Dans un deuxième temps, nous avons
tenté de faire émerger des leviers à actionner pour rendre cette évocation plus simple en
médecine de ville.
MATERIEL ET METHODES Un total de onze patients recrutés en cabinet de médecine
générale ou au sein d’un CSAPA ont été interrogés entre le 1e mars 2022 et le 30
septembre 2022 lors d’entretiens semi-directifs. Leurs verbatims ont été analysés sur le
modèle de la théorisation ancrée.
RESULTATS Il a été montré qu’il existe des freins à l’évocation du sujet des addictions
par le patient avec le médecin généraliste. Les entraves à cette mention peuvent être
directement liées aux caractéristiques de la dépendance comme le déni de la maladie, la
stigmatisation des personnes dépendantes et la gêne qui en découle, ou être plus
générale comme un manque d’information sur les conséquences néfastes des
consommations, ou la crainte des soignants. Parfois le médecin généraliste n’est pas le
professionnel privilégié par le patient souhaitant échanger autour de l’addiction. Certaines
pistes d’améliorations existent telles que l’abord du sujet en premier lieu par le médecin,
une information plus large du public autour de la thématique des addictions, le
perfectionnement des compétences relationnelles des professionnels de santé, une
amélioration de la formation des médecins avec exercice des techniques de repérage ou
la généralisation des réseaux d’addictologie.
CONCLUSION La prise en charge des patients présentant des conduites addictives reste
un véritable problème de santé publique en France, mais les actions visant à faciliter la
communication patient-médecin semblent se multiplier à l’instar de l’évolution de la
formation des futurs médecins ou la diversification des acteurs de santé œuvrant dans le
domaine de l’addictologie.

1. Cogordan C, Quatremère G, Andler R, Guignard R, Richard JB, Nguyen-Thanh V. Dialogue


entre médecin généraliste et patient : les consommations de tabac et d’alcool en question, du
point de vue du patient. Rev DÉpidémiologie Santé Publique. 2020;68(N°6):319‑26.

Mots clés :
« Addiction », « Dépendance », « Relation médecin-patient », « Echange »,
« Substance » ; « Généraliste », « Médecin traitant »

160

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