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Analyse des Tassements Ferroviaires

Cette étude analyse les tassements sur une plate-forme ferroviaire construite sur des sols compressibles, en utilisant des simulations de type Monte-Carlo pour évaluer les incertitudes géotechniques. Les résultats montrent que ces approches probabilistes permettent une meilleure estimation des risques d'affaissement. Malgré des prévisions de tassements, les mesures réelles dépassent les estimations, soulignant la complexité des interactions entre les paramètres géotechniques.

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Analyse des Tassements Ferroviaires

Cette étude analyse les tassements sur une plate-forme ferroviaire construite sur des sols compressibles, en utilisant des simulations de type Monte-Carlo pour évaluer les incertitudes géotechniques. Les résultats montrent que ces approches probabilistes permettent une meilleure estimation des risques d'affaissement. Malgré des prévisions de tassements, les mesures réelles dépassent les estimations, soulignant la complexité des interactions entre les paramètres géotechniques.

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Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l'Ingénieur - JNGG' 2006 Lyon (France)

UTILISATION DE LA METHODE DES ELEMENTS FINIS POUR L’ANALYSE DES


TASSEMENTS SOUS UNE PLATE-FORME FERROVIAIRE.

Julien Dubost1,2, Alain Denis1, Marc Chanson2 , Christian La Borderie3.

1. Centre de Développement des Géosciences Appliquées (CDGA) – Université Bordeaux1 -


2. SNCF – Direction Régionale Poitou-Charentes Aquitaine – DRI – Pole Ingénierie – Groupe
Etudes Générales ([Link])
3. Laboratoire de Sciences Appliquées au Génie Civil et Côtier (LaSAGeC²) – Université de Pau
et des Pays de l’Adour

RÉSUMÉ – Suite à des tassements survenus sur une plate-forme ferroviaire construite sur des
sols compressibles, une étude a été entreprise pour en analyser les causes. Les calculs de
tassements ont été repris en utilisant des simulations de type Monte-Carlo. Cette étude montre
l’intérêt des approches probabilistes pour prendre en compte de manière simple les incertitudes
qui existent sur les paramètres géotechniques, géométriques et mécaniques de tels projets.
L’utilisation de ces méthodes conduit donc à une meilleure estimation des risques.

1. Introduction

Les tracés et emplacements des voies et des plates-formes ferroviaires sont déterminés en
fonction des objectifs de dessertes et des emprises au sol disponibles. Les aménagements
ferroviaires sont donc souvent implantés sur des sites présentant des contraintes
géotechniques fortes, comme la présence de sols compressibles. Un renforcement de ces sols
est alors nécessaire. C’est dans ce contexte qu’a été implantée une nouvelle plate-forme
ferroviaire de transport combiné sur la façade atlantique. Peu de temps après sa mise en
service, des affaissements sont survenus. Une étude a donc été entreprise pour analyser les
désordres survenus et leurs causes possibles.
Dans un premier temps, le site d’étude, sa géologie et la technique de renforcement des sols
adoptée seront présentés. Les affaissements mesurés sur le site ont conduit à étudier les
calculs de tassements réalisés pour dimensionner le renforcement des sols. Ces calculs
(analytiques et numériques) ont donc été repris avec une approche probabiliste (simulations de
type Monte-Carlo) afin d’évaluer l’influence de la variabilité et l’incertitude des paramètres
géotechniques et de position des couches retenues sur les valeurs de tassement calculées.
L’estimation des tassements ainsi obtenue est plus représentative du site, et permet d’expliquer
l’origine des désordres rencontrés.

2. Site d’étude

2.1. Présentation

La plate-forme de transport combiné occupe une superficie totale d’environ 11ha. Elle est
composée de trois cours d’exploitation, avec un ou deux portiques porte-conteneurs. Chaque
cour a une longueur approximative de 700 mètres pour 40 m de large. Sous chaque portique, la
zone d’exploitation se divise en trois : deux ou trois voies ferrées, une double voie de circulation
des camions et une aire de stockage des conteneurs.
La parcelle retenue pour le projet, d’une superficie de 13 ha, se situe dans une plaine
inondable, à une altitude moyenne de 3m NGF. La zone est drainée par 3 cours d’eau
principaux et de nombreux petits fossés. Le site présentait des avantages économiques et
géographiques, mais la réalisation d’une plate-forme de cette importance dans un milieu

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 113
J. Dubost et al.

marécageux présentait d’importantes contraintes techniques. Plusieurs campagnes de


reconnaissances géologiques et géotechniques ont donc été menées.

2.2. Géologie – Géotechnique

Trois campagnes de reconnaissances géotechniques (correspondant aux phases APS, APD,


et exécution) ont été réalisées en 1992, 1994 et 1999, au total, plus de 240 sondages ont été
réalisés. Elles ont mis en évidence la présence de tourbes et d’argiles vasardes très
compressibles sur plusieurs mètres d’épaisseur, et sur l’ensemble du site, trois couches de sol
se distinguent (figure 1) : un horizon supposé incompressible, les sols compressibles très
hétérogènes, les remblais anthropiques constitués principalement de matériaux de décharges.

700 m

Emplacement de la future plate-forme


Remblais
Tourbes
Argiles vasardes

Sols
"incompressibles"
N S
Figure 1. Profil Géotechnique type (CETE, 1994).

L’exploitation d’une plate-forme à l’aide de portiques porte-conteneurs nécessite d’obtenir


des tassements totaux et différentiels très faibles. Il a donc été décidé de renforcer le sol en
place par des plots ballastés pilonnés (ou substitution dynamique).

2.3. Technique des plots ballastés pilonnés

La méthode de substitution dynamique emprunte sa technique de réalisation au compactage


dynamique et son principe de fonctionnement à celui des colonnes ballastées (Liausu, 1984).
Son principe est le renforcement du sol par la création de colonnes de 2 à 3 mètres de
diamètre, en matériaux granulaires très compactés. Les colonnes ainsi formées sont appelées
plots ballastés pilonnés. Les plots ballastés vont pénétrer dans le sol par pilonnage.
L'emplacement du plot est préparé par une pré-excavation qui va être partiellement remplie d'un
bouchon de matériaux que le pilonnage fera descendre à la profondeur voulue. Le plot est
ensuite rechargé puis compacté par phases successives (Fiche commerciale Menard-
Soltraitement) (Figure 2).
σc
σs σs

Sol
Module Es

Plots Hauteur
Ø ≈ 2.5m moyenne des
σh Module σh
Ec plots
H ≈ 5m

Sol porteur

Figure 2 : Principe de réalisation des plots Figure 3 : Principe de fonctionnement des


ballastés pilonnés. plots ballastés pilonnés.
La profondeur maximale pouvant être atteinte dépend de la consistance de la couche
compressible, de l’épaisseur du matelas granulaire superficiel, ainsi que de l’énergie unitaire
mise en œuvre (Liausu, 1984). La profondeur moyenne généralement atteinte est de 4-5
mètres, avec un maximum de 7-8 m.

I - 114 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’ 2006 - Lyon

L’énergie de pilonnage sert donc à constituer par « substitution dynamique » de larges


massifs granulaires compacts qui renforcent le sol compressible. Le but de la méthode est de
faire transiter les contraintes apportées par les surcharges, via les plots pilonnés, jusqu’à un sol
porteur. Les plots étant descendus jusqu’au terrain incompressible, les tassements restent alors
limités au raccourcissement des structures et aux tassements induits par les contraintes
résiduelles subsistant entre les plots (figure 3).
Sur le site d’étude, 10ha de terrain ont été renforcé par cette technique, soit plus de 2500
plots ballastés pilonnés disposés selon une maille de 36m².

3. Désordres survenus

Un an après la mise en service du site, des zones d’affaissements ont été signalées sur la
plate-forme. Un nivellement de précision d’une partie des rails de roulement des portiques
porte-conteneurs a été réalisé. Les résultats de cette investigation font apparaître deux zones
où des tassements significatifs sont survenus :
- le quart nord ouest de la plate-forme, où les tassements sont les plus importants (21 cm
maximum), sur une superficie d’environ 8000 m².
- une zone centre, transverse, plus étendue (10500 m² environ), mais avec des valeurs
de tassement moins importantes (7cm maximum).
Dans l’état actuel des connaissances sur les désordres, plus de 20% des rails de roulement
des portiques de la plate forme présentent un affaissement de plus de 2,5 cm par rapport à la
mesure de récolement effectuée à la livraison de la plate-forme en novembre 2001, ou bien un
tassement différentiel supérieur à 2/1000. On peut estimer la surface affaissée à environ
18500 m², mais la totalité de la plate-forme n’ayant pas été nivelée, cette superficie pourrait se
révéler plus importante encore.

4. Estimation des tassements

Une précédente étude (Dubost et al., 2006) a mis en évidence une relative homogénéité du
sol compressible sur une zone d’étude de superficie limitée. Une forte incertitude portant sur les
propriétés mécaniques et la position du sol compressible persiste néanmoins. D’autre part, la
technique de substitution dynamique présente l’inconvénient que la géométrie (longueur et
diamètre) et les caractéristiques mécaniques des plots ballastés ainsi mis en place est mal
identifiée et n’est contrôlée que ponctuellement par des sondages (Liausu et Juillié, 1990).
Nous avons donc cherché à déterminer l’influence de ces incertitudes sur les calculs de
dimensionnement des plots ballastés pilonnés, afin de montrer que les désordres observés
peuvent avoir pour origine la variabilité naturelle des sols et les incertitudes sur les paramètres
mécaniques et géométriques retenus.

4.1. Calculs analytiques

Les calculs de tassement du sol renforcé par plots ballastés peuvent être menés à partir de
la méthode d’homogénéisation (Cognon, 1991 ; COPREC, 2005). Elle consiste à calculer un
module moyen du sol renforcé (équation 1), puis à calculer le tassement par une approche
élastique du problème (équation 2) :

EC .SC + ES .S S q.h
E= (1) s= (2)
SC + S S E

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 115
J. Dubost et al.

avec :
Aire
E le module moyen du sol renforcé
d’influence Ss EC et ES les modules du plot ballasté et du terrain
naturel
Aire d’un plot SC et SS les sections du plot et de son aire d’influence
ballasté Sc
(figure 4).
q la contrainte en tête
Figure 4 : Géométrie du maillage. h la hauteur de sol compressible

Cette méthode de calcul a donc été appliquée au site d’étude en utilisant des simulations de
type Monte-Carlo, les différents paramètres ont été considérés comme des variables aléatoires
indépendantes suivant une loi normale (tableau I et II).

Tableau I. Paramètres retenus.


Variables q Rayon sol (Rs) Rayon plot (Rc) HS EC ES
Moyenne 45 kPa 3m 1.25 m 5m 55 MPa 1 MPa
CV (%) 5% 10% 10% 10% 10% 20%

Tableau II. Tassements après renforcement du sol.


Tassement (mètres)
moyen maximum minimum écart type étendue CV (%)
6 variables 0,0228 0,0619 0,0063 0,0069 0,056 30,16
Sc 0,0222 0,0486 0,0128 0,0042 0,036 18,99
Ss 0,0217 0,0367 0,0096 0,0039 0,027 17,74
Hs 0,0217 0,0299 0,0139 0,0022 0,016 10,11
Ec 0,0219 0,0322 0,0164 0,0021 0,016 9,38
Es 0,0217 0,0229 0,0205 0,0003 0,002 1,59
q 0,0217 0,0257 0,0176 0,0011 0,008 5,02

Il ressort que, en prenant en compte une incertitude sur tous les paramètres du calcul,
l’étendue des tassements est au maximum de 6 cm. Les paramètres amenant le plus de
variation sur les valeurs de tassement sont les données géométriques. La section du plot (Sc)
et son aire d’influence (Ss) entraînent une variation des tassements supérieure à 15%, alors
que l’incertitude retenue au départ sur le maillage et le rayon des plots ballastés est
relativement faible compte tenu de la technique de réalisation employée.
Dans la méthode de calcul présentée ici, la longueur du plot est considérée égale à
l’épaisseur de sol compressible (Hs). Les résultats montrent que la méthode de renforcement
du sol par plots ballastés perd un peu de son efficacité lorsque l’épaisseur de sol compressible
augmente. Mais ce calcul ne prend pas en compte la possibilité que la longueur du plot soit
inférieure à l’épaisseur de sol compressible.
La valeur du module d’Young du plot a également une influence sur les valeurs de
tassements. Cependant un contrôle rigoureux du matériau constitutif du plot et de sa réalisation
doit permettre de réduire l’incertitude pouvant exister sur ce paramètre.
La valeur du module d’Young du sol compressible a, ici, une influence très faible sur les
calculs. Ceci s’explique du fait que la valeur moyenne retenue est déjà faible et représente un
cas défavorable.
L’utilisation de la méthode de Monte-Carlo fourni donc des résultats très intéressants quant
aux valeurs de tassements ainsi calculées. Elle permet de manière très simple de prendre en
compte les incertitudes existant sur les données géométriques et mécaniques du modèle. Son
application lors d’études pour des projets sensibles aux tassements, sur sites à la géologie
complexe, ne peut être qu’un plus pour l’estimation des risques d’affaissements.
En considérant l’incertitude sur les 6 variables, la probabilité d’avoir des tassements
supérieurs à 2.5 cm est de l’ordre de 20%. Cependant, dans le cas étudié ici, les tassements

I - 116 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’ 2006 - Lyon

mesurés sont bien supérieurs à ceux calculés. Le calcul mené par la méthode
d’homogénéisation n’est donc pas suffisamment discriminant pour expliquer que l’ensemble
affaissements survenus ait pour origine l’incertitude existant sur les différents paramètres
entrant dans ce calcul.
Une approche numérique a donc été réalisée, de manière à évaluer de manière plus fine
l’influence de chacun de ces paramètres, et en particulier celle de la présence de sol
compressible sous la base du plot.

4.2. Modélisation par éléments finis

4.2.1. Modèle et paramètres de calcul


La modélisation par éléments finis a été réalisée avec le logiciel CASTEM, en mode
axisymétrique et en élasticité.
Comme précédemment, l’incertitude sur les paramètres du modèle a été prise en compte en
réalisant des simulations de type Monte Carlo et en considérant qu’ils suivaient une loi normale
(Auvinet et al., 2000 ; El Gonnouni, 2004). On a appliqué à chaque variable (aléatoire et
indépendante) du modèle un cœfficient de variation permettant de simuler de manière réaliste
la variation possible des valeurs de chacun des paramètres. Pour limiter le temps de calcul, le
nombre de tirages a été limité à 250 pour chaque simulation.
Les caractéristiques théoriques moyennes des différents éléments de ce modèle sont :
- longueur du plot 5 m,
- épaisseur du sol compressible 5 m,
- épaisseur du sol incompressible 15 m,
- chargement 45 kPa.
Les variables sont données dans le tableau III. Ces valeurs ont été prises identiques à celles
utilisées par le bureau d’étude de l’entreprise titulaire du marché de renforcement des sols.

Tableau III. Valeurs des variables du modèle retenues pour les simulations.
Variables Module Module du sol Epaisseur du sol Module du sol Rayon
du modèle du plot compressible incompressible incompressible du plot
moyenne 55 MPa 1 MPa 15 m 50 MPa 1,25 m
CV 10% 20% 2% 20% 15%

4.2.2. Résultats
Les figures 5 à 14 et le tableau IV présentent les valeurs des tassements obtenues dans
l’axe du plot et leur répartition statistique en fonction de l’incertitude prise sur chacun des
paramètres.

ƒ Prise en compte de l’incertitude sur module du plot :


2,90 1,0

0,9
2,70
0,8
Fréquence cumulée
Tassement (cm)

2,50 0,7

0,6
2,30
0,5
2,10
0,4

1,90 0,3

0,2
1,70
0,1

1,50 0,0
30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 1,7 1,9 2,1 2,3 2,5 2,7 2,9 3,1 3,3

Module du plot (MPa) Tassement (cm)

Figure 5 : Tassement en fonction du module du Figure 6 : Répartition des tassements en


plot ballasté. fonction du module du plot ballasté.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 117
J. Dubost et al.

ƒ Prise en compte de l’incertitude sur module du sol compressible :


1,0
2,50
0,9
2,45
0,8

Fréquence cumulée
Tassement (cm)

0,7
2,40
0,6
2,35 0,5

0,4
2,30
0,3

2,25 0,2

0,1
2,20
0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80 0,0
2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7
Module du sol (MPa) Tassement (cm)

Figure 7 : Tassement en fonction du module Figure 8 : Répartition des tassements en


du sol compressible. fonction du module du sol compressible.

ƒ Prise en compte de l’incertitude sur module du sol « incompressible » :


1,0
3,10 0,9

2,90 0,8

Fréquence cumulée
Tassement (cm)

2,70 0,7

2,50 0,6

0,5
2,30
0,4
2,10
0,3
1,90
0,2
1,70
0,1
1,50
0,0
0,0 10,0 20,0 30,0 40,0 50,0 60,0 70,0 80,0 90,0
1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0
Module du sol (MPa) Tassement (cm)

Figure 9 : Tassement en fonction du module Figure 10 : Répartition des tassements en


du sol « incompressible ». fonction du module du sol « incompressible ».

ƒ Prise en compte de l’incertitude sur le rayon du plot ballasté :


4,00 1,0

3,50 0,9

0,8
Fréquence cumulée

3,00
Tassement (cm)

0,7
2,50
0,6
2,00 0,5

1,50 0,4

0,3
1,00
0,2
0,50
0,1
0,00 0,0
0 0,4 0,8 1,2 1,6 2 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0
Rayon du plot (m) Tassement (cm)

Figure 11 : Tassement en fonction du rayon Figure 12 : Répartition des tassements en


du plot ballasté. fonction du rayon du plot ballasté.

ƒ Prise en compte de l’incertitude sur la position du toit du sol « incompressible » :


8,00 1

0,9
7,00
0,8
Fréquence cumulée

6,00
Tassement (cm)

0,7
5,00 0,6

0,5
4,00
0,4
3,00
0,3
2,00 0,2

1,00 0,1

0
0,00 0,0 2,0 4,0 6,0 8,0 10,0 12,0
0,0 -20,0 -40,0 -60,0 -80,0 -100,0
Variation de la position du toit de l'incompressible (cm) Tassement (cm)

Figure 13 : Tassement en fonction de Figure 14 : Répartition des tassements en


l’épaisseur de sol compressible présent sous fonction de l’épaisseur de sol compressible
la base du plot ballasté. présent sous la base du plot ballasté.

I - 118 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’ 2006 - Lyon

La figure 13 ne présente que les valeurs de tassement obtenues dans le cas défavorable
d’une surépaisseur de sol compressible sous la base du plot. Lorsque la simulation proposait un
cas favorable positionnant le toit de l’horizon « incompressible » au dessus de la base théorique
du plot, le tassement a été pris égal à celui calculé avec la géométrie théorique du modèle. La
distribution des tassements prend donc bien en compte l’ensemble des tirages.

4.2.3. Discussion
Les valeurs de tassement obtenues (tableau IV) en faisant varier le module du plot et du sol
compressible encaissant confirment le principe de fonctionnement des plots (paragraphe 2.3.).
Les contraintes apportées par les surcharges transitent bien par les plots jusqu’au sol porteur.
Si celui-ci est suffisamment raide, la variation d’amplitude des tassements est très faible. Une
variation du module du plot de plus ou moins 20 MPa ne fait varier l’amplitude du tassement
que de quelques millimètres. La valeur de module retenue pour les calculs est une moyenne
s’appliquant sur tout le volume du plot, et il conviendrait de s’assurer que cette valeur n’est pas
surestimée. Cette remarque se justifie d’autant plus au regard des résultats obtenus en faisant
varier le rayon du plot, où on constate une influence non négligeable de la réduction du rayon
du plot.
La valeur du module du sol encaissant est déjà prise de manière pessimiste, et n’influe que
peu sur le tassement du plot. Elle peut par contre avoir une influence non négligeable sur les
tassements résiduels existant en périphérie de la zone d’influence des plots. La modélisation
axisymétrique réalisée ici est mal adaptée à l’étude de ce problème, la superstructure n’est pas
prise en compte, une modélisation en 3D serait nécessaire.

Tableau IV. Tassements calculés par simulations numériques.


Tassement (centimètres)
Variables du Module Module du sol Position du sol Module du sol Rayon
modèle du plot compressible incompressible incompressible du plot
moyen 2,37 2,35 3,29 2,38 2,08
maximum 2,75 2,48 7,25 2,89 3,65
minimum 2,12 2,24 2,35 2,15 1,49
écart type 0,104 0,040 1,225 0,129 0,293
CV 4,40 1,71 37,22 5,41 14,06

Cependant, c’est bien la position du sol porteur sous la base du plot qui conditionne la
performance de la méthode de renforcement des sols par plots ballastés pilonnées (figures 13
et 14 ; tableau IV). On constate que la présence de 60 cm de sol compressible, aux
caractéristiques identiques à celles du sol encaissant les plots, sous la base de ces derniers,
double les valeurs de tassement.
La présence d’une épaisseur de sol compressible modérée pourrait donc expliquer une partie
des désordres survenus sur le site, en particulier les affaissements inférieurs à une dizaine de
centimètres (zone centre), mais il faudrait une surépaisseur de plus de 1.50 m pour justifier des
tassements de l’ordre de 20 cm (zone nord ouest). Dans ce cas, ce n’est plus l’incertitude sur la
position du sol porteur qu’il faut mettre en cause, mais l’interprétation géologique et
géotechnique initiale réalisée à partir des sondages.
Toujours selon ce seul critère, la probabilité d’avoir des tassements de plus de 2.5 cm est
d’environ 45%, alors qu’en l’état actuel de connaissance du site, environ 20% de la plate-forme
présente un tassement supérieur à 2,5 cm.
Enfin, ces dernières constatations sont à rapprocher des résultats obtenus en faisant varier
le module du sol « incompressible ». En effet, on ne note pas une grande influence de ce
paramètre dans le cas étudié ici, mais la valeur du module retenue lors des études initiales
semble très élevée. Il conviendrait là aussi de vérifier la justesse de cette valeur, car des
valeurs inférieures à 20 MPa, avec les mêmes hypothèses de calcul, amèneraient également à
des tassements supérieurs à 5 cm.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 119
J. Dubost et al.

5. Conclusions

L’analyse des résultats précédents montre la grande sensibilité de la méthode de


renforcement des sols par substitution dynamique à la position et aux caractéristiques
mécaniques du sol sur lequel doivent s’appuyer les plots ballastés pilonnés. Une longueur des
plots ballastés pilonnés insuffisante, ou la présence d’une surépaisseur de sol compressible
sous la base des plots, la variabilité et l’incertitude de ces paramètres, peuvent donc expliquer
la majeure partie les désordres survenus sur la plate-forme. De nouvelles investigations
géotechniques et/ou géophysiques permettraient de s’en assurer.
Par conséquent, avant la mise en œuvre de cette méthode, il est nécessaire de positionner
et caractériser de manière très précise le sol sur lequel doivent s’ancrer les plots. Des
investigations géophysiques permettraient par exemple de repérer par des mesures continues
la position du sol incompressible recherché. Une analyse statistique des données
géotechniques disponibles pourrait aussi fournir une estimation de la probabilité de rencontrer
une « anomalie » géologique (approfondissement localisé du sol porteur notamment)
susceptible d’engendrer des tassements. Un renforcement des contrôles est ensuite à
envisager. Compte tenu de la sensibilité de cette méthode de renforcement des sols à une
faible épaisseur de sol compressible sous la base des plots, il faut s’assurer que les plots sont
bien descendus jusqu'au sol porteur.
Les densités des sondages de reconnaissances et des contrôles pourront être estimées en
fonction des résultats de l’analyse statistique proposée.
Enfin, l’application de simulations de type Monte-Carlo aux calculs servant à dimensionner le
renforcement des sols, permet de prendre en compte l’incertitude existant sur certains
paramètres. Cette méthode permet de proposer une estimation des tassements comprise dans
un intervalle de confiance, il est alors possible d’estimer la probabilité que surviennent des
tassements incompatibles avec le fonctionnement de l’infrastructure envisagée. La finalité est
donc de pouvoir proposer un indice de fiabilité prenant en compte la variabilité naturelle des
sols, l’incertitude existant sur les paramètres mécaniques et géométriques du sol et du
renforcement à réaliser, et d’estimer, selon les objectifs de fonctionnement de l’infrastructure
défini par le maître d’ouvrage, un niveau de risque.

6. Remerciements

Nous remercions la SNCF pour la mise à disposition du site d’étude, l’ANRT pour le
financement de ces travaux et le CEA pour la mise à disposition du logiciel CASTEM.

7. Références bibliographiques

Auvinet, G., Mellah R., Masrouri F., Rodriguez J.F. (2000) La méthode des éléments finis en
géotechnique. Revue Française de la Géotechnique, n°93, 4ième trimestre 2000.
Cognon J. M., Liausu P., et Juillie Y. (1991) Comportement de réservoir fondés sur sols
améliorés. 10th European Conference on Soils Mechanics and Foundation, pp 377-380.
COPREC et SOFFONS (2004) Recommandations sur la conception, le calcul, l'exécution et le
contrôle des colonnes ballastées sous bâtiments et ouvrages sensibles au tassement.
Dubost J., Denis A., Breysse D., Chanson M. (2006) Analyse des désordres affectant une plate-
forme ferroviaire. Approche statistique et modélisation. Actes des rencontres Universitaires
de Génie Civil, La Grande Motte.
El Gonnouni M. (2004) Analyse des incertitudes dans l’évaluation des tassements lors de
travaux souterrains en site urbain, Thèse de doctorat, Université de Nantes.
Liausu P. (1984) Renforcement de couches de sol compressible par substitution dynamique.
Actes du Colloque International sur le renforcement en place des sols et des roches. Paris,
vol. 1.
Liausu P., Juillie Y. (1990) Procédures de contrôles sur un chantier de plots ballastés, Voies
ferrées ELA 3 à Kourou (Guyane française). Travaux, n° 655, pp 9-14.

I - 120 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel

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