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Gestion des Risques Géologiques en Ingénierie

L'article présente l'approche de la SNCF Ingénierie pour gérer les risques géologiques dans les projets d'infrastructure, en soulignant l'importance des investigations géologiques pour minimiser les incertitudes. Il décrit les étapes d'analyse des risques, y compris l'identification et l'évaluation des risques résiduels, ainsi que l'importance d'un dossier géologique détaillé pour informer les entrepreneurs. La conclusion insiste sur la nécessité d'investir dans des reconnaissances géologiques pour éviter des dépassements de coûts significatifs durant la construction.

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Gestion des Risques Géologiques en Ingénierie

L'article présente l'approche de la SNCF Ingénierie pour gérer les risques géologiques dans les projets d'infrastructure, en soulignant l'importance des investigations géologiques pour minimiser les incertitudes. Il décrit les étapes d'analyse des risques, y compris l'identification et l'évaluation des risques résiduels, ainsi que l'importance d'un dossier géologique détaillé pour informer les entrepreneurs. La conclusion insiste sur la nécessité d'investir dans des reconnaissances géologiques pour éviter des dépassements de coûts significatifs durant la construction.

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Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l'Ingénieur - JNGG' 2006 Lyon (France)

L’INGENIERIE DES RISQUES GEOLOGIQUES


Alain BALAN1, Alain DELHOMEL1, Pascal D’HALLUIN1, Bruno LANDES1
1 SNCF Ingénierie, La Plaine Saint Denis, France

RESUME - Le développement de l’ingénierie du risque géologique figure parmi les évolutions


actuelles marquantes dans la maîtrise de la conduite des projets d’infrastructure.
Par ailleurs, dans le cadre de l’évolution des contrats de partenariat (Partenariat-Public-Privé)
pour les projets complexes d’infrastructures autoroutières ou ferroviaires, il est indispensable de
mener à bien l’analyse des données des risques géologiques.
L’objet de cet article est de rendre compte de l’approche de la SNCF Ingénierie pour minimiser
l’impact des risques géologiques sur la conduite d’un projet tel que les lignes RER, les
autoroutes ou les lignes nouvelles à grande vitesse.
La compétence des ingénieurs et des géologues s’exerce dans un contexte incertain,
l’intégration d’une ligne ferroviaire ou d’un axe routier dans un paysage urbain ou rural est
soumise en raison de l’ampleur des ouvrages à construire à de très nombreuses incertitudes :
- incertitudes sur l’environnement géologique ;
- incertitudes sur le comportement des matériaux ;
L’analyse des risques se fait au moyen de deux grilles, l’une par nature d’ouvrage et l’autre
chronologique. Elle est effectuée à partir :
- de la lecture de l’environnement géologique ;
- de l’inventaire détaillé des incertitudes géologiques, géotechniques et hydrogéologiques, et
de l’ensemble des reconnaissances à réaliser à chaque étape du projet ;
- du recensement des risques résiduels pouvant affecter négativement le projet.
Et ce recensement s’appuie sur des arbres d’évènements géologiques qui permettent
d’identifier et d’évaluer les conséquences de risques en délais et en coûts sur le projet.

1. Introduction

Lors de la conception d’un projet d’infrastructure, face aux différentes options qui se
présentent : la prise en compte de la géologie et de ses incertitudes est déterminante car la
géologie est souvent une des causes principales des litiges et des contentieux.
Les problèmes, les risques, les aléas et les imprévus ne doivent pas être une fatalité.
L’étroite interaction entre les ouvrages d’art, les ouvrages en et les horizons géologiques
justifie une approche rigoureuse des incertitudes pour les lever, des risques pour les couvrir,
des aléas et des imprévus pour provisionner leur coût.
L’objectif est de définir le coût à terminaison du projet d’infrastructure à chaque étape de la
conception et de la construction grâce à une bonne maîtrise des incertitudes et de leur
couverture, en partenariat et à la satisfaction des acteurs de la construction : Maître d’ouvrage
et entrepreneur.
La démarche retenue par la SNCF vise à évaluer les incidences potentielles en terme de
délai et de coût liées aux risques résiduels, aléas et imprévus géologiques ainsi que les
solutions de couvertures les plus adaptées.

2. Les investigations géologiques premières

La compréhension approfondie du contexte lithologique, géostructural, hydrogéologique est


donc le premier instrument essentiel pour connaître et gérer à leur origine les incertitudes
géologiques par des reconnaissances. L’absence de ces reconnaissances réfléchies est
toujours à l’origine des éléments potentiels de contentieux avec les constructeurs lors de
l’exécution des travaux.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 145
A. Balan et al.

D’où l’importance d’une évaluation correcte du contexte géologique pendant les phases
préliminaires du projet dans le but d’une bonne définition et estimation des reconnaissances.
Parmi les investigations géologiques, il faut distinguer les investigations premières (études
analytiques des photos aériennes, levés géologiques et hydrogéologiques de surfaces,
investigations géophysiques) des investigations secondaires notamment l’exécution des
forages, sondages, tranchées, puits et galeries de reconnaissance.
Les investigations premières permettent d’identifier les incertitudes et géologiques et les
secondaires de les lever.
Leur combinaison apporte une amélioration indéniable de la fiabilité du modèle géologique
par l’identification des risques prévisibles et la prise en compte des aléas et des imprévus
géologiques.
Le contexte géologique peut-être défini par un modèle géologique de référence fiable
pendant les différentes phases de projet.
Le modèle est lié à plusieurs paramètres :
. Investigations
- études analytiques des photos aériennes ;
- types des levés géologiques de surface et hydrogéologiques ;
- nombre et types d’investigations géophysiques ;
- cartographie des anomalies géophysiques ;
- nombre et type des reconnaissances géologiques ;
- nombre et type des reconnaissances géotechniques.
. Complexité du contexte géologique
- complexité du contexte morphologique ;
- complexité du contexte lithostratigraphique ;
- complexité du contexte structural ;
- degré d’hétérogénéité qui dérive du contexte géologique local.
A titre de recommandation, le montant de ces investigations géologiques premières devrait
être compris entre 1 et 3 % du coût des reconnaissances.

3. L’approche des reconnaissances géologiques

Ces investigations géologiques, qui sont indispensables pour comprendre le contexte


géologique et son impact sur le projet, permettent une définition rigoureuse des
reconnaissances et une intégration correcte des résultats. Elles permettent aussi d’optimiser la
campagne de reconnaissance du fait d’une identification de la nature des incertitudes et de leur
positionnement sur le projet.
Cette reconnaissance reste donc l’outil principal pour la définition satisfaisante du modèle. La
reconnaissance géologique est déterminante pour l’identification des risques, la caractérisation
géologique, géotechnique et hydrogéologique.
Sachant que la définition couramment employée du risque est la mesure d’un danger
associant l’occurrence d’un évènement redouté à une estimation des conséquences qu’il
produit, il paraît nécessaire de préciser que le risque se différencie de l’aléa ou de l’imprévu
selon la possibilité d’identifier ou non l’évènement, de le quantifier ou non, à savoir :
- si l’évènement est non identifiable, on parlera alors d’imprévu ;
- si l’évènement est identifiable et s’il n’est pas quantifiable, on parlera d’aléa ;
- si l’évènement est identifiable et quantifiable, on parlera alors de risques prévisibles.

A l’issue des reconnaissances et malgré leur densité et les imageries géologiques, de


nombreuses incertitudes subsistent. Ces incertitudes résiduelles sont de nature à compromettre
le respect des exigences du projet et sont donc de deux types :
- les risques prévisibles ;
- les aléas et les imprévus.

I - 146 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’2006

Si les risques prévisibles peuvent faire l’objet d’une nomenclature détaillée, le contexte
géologique peut laisser présager plusieurs natures d’aléas :
- les cavités ;
- les sols compressibles ;
- les flexures locales des couches ;
- les systèmes de failles,…
Si ces phénomènes sont prévisibles, leurs localisations et leur ampleur peuvent rester une
inconnue.
Les résultats des reconnaissances présentent donc toujours des imprécisions qui doivent
être prises en compte notamment dans la cinématique des chantiers, les délais et les coûts.
- formations très contrastées et complexes par leur nature de terrain ;
- variations minéralogiques au sein d’un même faciès ;
- hétérogénéités des sols ;
- imprécision sur la position des interfaces entre couches.
Cet ensemble aléas et imprévus géologiques doit faire l’objet d’une provision financière et
d’une marge dans la planification du projet.
Maîtriser les coûts d’un projet au cours de sa réalisation commence donc par la nécessité
d’en maîtriser les incertitudes et les risques géologiques à chaque étape de sa conception et de
sa construction.

4. Les spécificités de la géotechnique

La géotechnique est la discipline qui étudie le comportement des terrains en relation avec la
méthode constructive.
Pour cela elle s’appuie sur les différentes sciences de la Terre : géophysique, hydrologie,
mécanique des sols, mécanique des roches, géodynamique, géochimique, rhéologie de
géomatériaux.
Sa complexité résulte de l’essence même de son sujet : la géologie.
Cette dernière est non visible, n’est reconnue que ponctuellement et ainsi dans tout projet, la
part du connu géotechnique reste modeste et s’accroît progressivement par des campagnes de
reconnaissances successives et au cours du suivi géotechnique en cours de travaux.
Les incertitudes résiduelles pèsent fortement dans la stratégie des matériaux et du
mouvement des terres, les calculs de stabilité des ouvrages en terre, la maîtrise de la
construction des remblais et des déblais, et le choix de la méthode de construction d’un tunnel,
la définition de la nature de fondation d’un ouvrage d’Art…
Identifier le risque consiste donc en l’établissement d’une liste aussi exhaustive que possible
sur la base des reconnaissances effectuées. Ces risques peuvent être représentés sur le
modèle géologique identifiant les principales caractéristiques.
L’ensemble indique clairement les points ou zones d’incertitudes, les variabilités des
caractéristiques, les interprétations et les extrapolations des paramètres géotechniques.

5. Le dossier Géologique, Géotechnique et Hydrogéologique

Les conditions géologiques ont une très grande incidence sur la réussite d’un projet tant en
ce qui concerne la conception que les méthodes constructives des ouvrages linéaires et quelles
que soient la consistance et la qualité des études de sol pour l’établissement du projet, il peut
subsister des incertitudes géologiques portant sur la nature des terrains, leur répartition spatiale
et leur comportement.
La démarche d’analyse de risques, notamment géologiques, doit donc être prise en compte
pour la réalisation des pièces du dossier de consultation des entreprises.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 147
A. Balan et al.

D’où l’objet du dossier Géologique, Géotechnique et Hydrogéologique (DGGH) de présenter


l’ensemble des connaissances géologiques, géotechniques et hydrogéologiques qui ont été
acquises aux différentes étapes de l’étude du projet.
Le DGGH a pour objectif d’attirer notamment l’attention des Entrepreneurs sur les
incertitudes et les risques géologiques, géotechniques et hydrogéologiques.
Etabli par le Maître d’œuvre, il doit être une pièce de référence claire et précise notamment
en cas de litige. Il tiendra donc compte de toutes les données fiables et il ne retiendra parmi les
données brutes que celles utilisées pour l’interprétation.
Ce dossier comprend 3 cahiers :
Le cahier A est un recueil de données factuelles à travers notamment les rapports de
reconnaissances des sols, loi sur l’eau, données antérieures au projet ….
Le cahier B constitue le mémoire de synthèse géologique, géotechnique et hydrogéologique
proprement dit, il donne l’interprétation que fait le maître d’œuvre de l’ensemble des données
factuelles, avec notamment une caractérisation des terrains.
Le cahier C expose à titre d’information les méthodes constructives proposées par le Maître
d’œuvre pour l’exécution des travaux qui ont permis d’établir le Détail Estimatif.
Mais aussi, une maquette géotechnique de synthèse des données
Il est donc recommandé que les différentes pièces d’un marché permettent de traiter de
manière équitable les conséquences de ces événements géologiques et de faciliter ainsi le
règlement des travaux tout en minimisant les risques réclamatoires.

6. L’analyse des risques

Cette analyse est entreprise par le Maître d’œuvre au stade de la conception du projet
finalisé puis validée par le Maître d’ouvrage dans le cadre du DGGH.
Elle comporte deux étapes :
- l’identification des risques
Les risques sont en relation directe avec le degré des incertitudes subsistantes et la
survenance d’aléas et d’imprévus ;
- l’évaluation des risques
Chaque risque identifié doit faire l’objet d’une évaluation prenant en compte :
- les actions préventives retenues au stade du projet pour maîtriser et minimiser ce risque,
donc son impact potentiel : par exemple, amélioration du sol support ;
- les actions curatives définies préalablement et mises en œuvre seulement si le risque se
réalise afin de limiter l’impact : par exemple, traitement des sols.
Cette analyse peut se faire au moyen de deux grilles :
l’une par nature d’ouvrage :
- fondations ouvrages d’art ;
- méthode de construction des tunnels ;
- déblais ;
- remblais ;
l’autre chronologique :
- risques de conception ;
- risques de construction.
L’analyse est effectuée à partir :
- des données géologiques, géophysiques, géotechniques et hydrogéologiques ;
- du recensement des évènements pouvant affecter négativement le projet.
Ce recensement peut s’appuyer sur des arbres d’événements des projets antérieurs
permettant d’identifier les conséquences de tous les événements ultérieurs possibles donnant
naissance aux risques. Et ainsi pourront être établis des arbres de défaillance qui retraceront
les causes à l’origine de chaque risque pour le projet considéré.
Cette approche permet de maîtriser ainsi les risques et d’assurer l’atteinte des exigences du
client.

I - 148 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’2006

7. MERP ®

Le Mémoire d’Evaluation des Risques Prévisibles, développé par Lucien Guttières, qui
consiste, pour le Maître d’oeuvre, à identifier les risques résiduels non couverts par la
conception et la méthode constructive, est un véritable outil de gestion prévisionnelle des
risques pendant la phase de construction.
L’Entrepreneur, en phase d’appel d’offres, doit naturellement compléter cette liste et
quantifier l’impact financier. Il a ainsi associé sa compétence à celle du maître d’œuvre et a agit
en véritable partenaire pour minimiser l’impact des risques géologiques sur le coût des travaux.

8. Conclusions

Les conditions de réussite, c’est à dire la maîtrise des événements géologiques, sont basées
sur la préparation amont du projet par la conduite des investigations, reconnaissances, analyse
des risques géologiques en :
- établissant un arbre de défaillance ;
- définissant un projet géologique ;
- mettant en place, dès l’origine, un Comité d’Experts ;
- associant les compétences AMO et Mœ pendant la phase de conception ;
- recourant à un contrat de partenariat avec l’Entrepreneur.
Il convient donc que chaque acteur du projet s’engage dans son domaine de compétence en
apportant sa contribution pour la maîtrise du « flou » géologique. Ce « flou » restera quels que
soient les nombreux efforts faits pour le réduire par des investigations et des reconnaissances.
La conséquence de cette situation est que, tant la conception que la construction doivent
conserver une flexibilité dans l’adaptation du projet au terrain et des provisions suffisantes pour
faire face aux conditions inattendues.

La recommandation finale pourrait être que le montant des reconnaissances soit compris
entre 5 % et 10 % du coût objectif de l’ouvrage. Ce coût est naturellement fonction de sa nature
et de son intégration dans le paysage géologique.
Et l’expérience montre, sans équivoque, que la dérive des coûts d’un projet au cours des
travaux est inversement proportionnelle à l’investissement développé au cours des études,
notamment en matière de reconnaissances géophysiques, géologiques, hydrogéologiques et
géotechniques.
Et dans le cas des ouvrages souterrains, un montant des reconnaissances pouvant atteindre
que 2 % peut induire un dépassement du coût objectif des travaux de 100 à 150 %.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 149
A. Balan et al.

Bibliographie

Balan A., André D., (Géoline 2005) La prise en compte des aléas géologiques dans la
conception du tunnel Eole :
Balan A. (ENPC 2005) Le risque construction, le coût du sol, les recommandations en génie
civil
Balan A., Mudet M., Poitout M.J. (Géoline 2005) Le dossier Géologique, Géotechnique et
Hydrogéologique
Lombardi G. (AFTES N°173) Les risques géologiques dans l’évaluation financière des tunnels
non urbains :
Robert J. (AFTES 2002) L’analyse des risques par la maîtrise des incertitudes lors de la
construction d’un tunnel
Venturini G.,Bianchi G.W., Delle Piane L., Demattais A., Perello P., Botte J., (AFTES 2005) Les
investigations géologiques indirectes : outil économique et efficace mais sous estimé dans le
cadre de la planification et construction des ouvrages souterrains
Balan A., Guttières L Risque et Maîtrise d’œuvre : un nouveau concept.
Balan A., Guttières L., Trannoy P., Application du MERP aux travaux souterrains et son
intégration aux marchés publics.

I - 150 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel

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