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Modélisation 3D du renforcement des sols

Ce document présente une modélisation numérique tridimensionnelle du renforcement des sols compressibles par des inclusions rigides verticales, visant à réduire les risques de construction sur de tels sols. La technique combine un réseau d'inclusions et un matelas de transfert de charge, et l'étude analyse l'impact de la modélisation du comportement du sol sur les résultats. Les simulations montrent que l'efficacité du transfert de charge vers les inclusions augmente avec la hauteur du remblai, soulignant l'importance de la modélisation précise du comportement des matériaux.

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Modélisation 3D du renforcement des sols

Ce document présente une modélisation numérique tridimensionnelle du renforcement des sols compressibles par des inclusions rigides verticales, visant à réduire les risques de construction sur de tels sols. La technique combine un réseau d'inclusions et un matelas de transfert de charge, et l'étude analyse l'impact de la modélisation du comportement du sol sur les résultats. Les simulations montrent que l'efficacité du transfert de charge vers les inclusions augmente avec la hauteur du remblai, soulignant l'importance de la modélisation précise du comportement des matériaux.

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Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l'Ingénieur - JNGG' 2006 Lyon (France)

MODELISATION NUMERIQUE TRIDIMENSIONNELLE DU RENFORCEMENT


DES SOLS COMPRESSIBLES PAR INCLUSIONS RIGIDES VERTICALES

Orianne JENCK1, Daniel DIAS1, Richard KASTNER1


1 URGC Géotechnique, INSA de Lyon, Villeurbanne

RÉSUMÉ – La technique de renforcement étudiée réduit le risque lié à la construction sur sol
compressible. Elle consiste en la combinaison d’un réseau d’inclusions et d’un matelas de
transfert de charge. Une modélisation numérique tridimensionnelle est proposée, simulant
explicitement les divers éléments du système, afin de prendre en compte leurs interactions.
L’impact de la modélisation du comportement du sol du matelas est notamment analysé.

1. Introduction

Le renforcement des sols par inclusions rigides verticales permet de palier au problème de la
construction sur sol compressible. Cette technique permet de réduire considérablement le
risque de désordre dû à la compressibilité du sol de fondation dans des ouvrages tels que les
bâtiments industriels (Liausu et Pezot, 2001), les réservoirs de stockage ou les stations
d’épuration. Cette technique assure la stabilité de remblais ferroviaires ou routiers face aux
mouvements latéraux, tout en limitant les tassements en surface (Ooi et al., 1987). Elle permet
également d’éviter les tassements différentiels entre deux portions de route lors d’un
élargissement ou du passage d’un remblai d’accès vers la culée d’un pont édifié sur fondations
profondes, ce qui limite les problèmes de fissuration de la chaussée (Lambrechts et al., 2003).
La technique consiste en la combinaison d’un réseau d’inclusions mises en œuvre à travers
le sol compressible jusqu’à un substratum plus rigide, et d’un matelas granulaire intercalé entre
le sol renforcé et l’ouvrage en surface, comme illustré par la figure 1. Ce dernier permet le
transfert partiel des charges vers les inclusions par des mécanismes de voûtes qui se créent
dans le sol granulaire. Les tassements en surface sont ainsi réduits et homogénéisés, assurant
le bon fonctionnement et la pérennité de l’ouvrage. Le frottement le long des inclusions participe
également au renforcement (Combarieu, 1988).

Charge appliquée par l’ouvrage

Remblai ou matelas

Sol compressible
Inclusion rigide

Substratum

Figure 1. Coupe schématique : principe du renforcement.

Les mécanismes mis en jeu présentent des interactions complexes et leur compréhension
nécessite un approfondissement (Briançon et al., 2004). Un Projet National a ainsi débuté en
2005, intitulé ASIRI pour « Amélioration des Sols par Inclusions RIgides ». Dans le cadre du
thème « modélisation numérique » de ce projet, nous proposons une modélisation
tridimensionnelle en milieu continu, utilisant le logiciel en différences finies Flac3D, simulant

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 97


O. Jenck et al.

explicitement les inclusions, le sol compressible et le matelas au niveau d’une cellule


élémentaire du réseau d’inclusions.

2. Modèle numérique

2.1. Configuration géométrique

Le cas de renforcement envisagé dans cette étude est fictif mais l’ordre de grandeur des
dimensions géométriques est déterminé suite à l’état de l’art rédigé par Briançon (2002) qui
répertorie de nombreux chantiers. Les inclusions en béton ont un diamètre de 0,35m et sont
disposées suivant un maillage carré avec un espacement entre les inclusions s = 2m (Fig. 2).
Le taux de recouvrement, qui est la proportion de la surface à traiter couverte par les inclusions,
est alors de 2,4%. Dans la pratique, cette valeur varie entre 2 et 25% (lorsque les inclusions
sont coiffées de têtes plus larges).
En se situant dans une zone centrale du réseau d’inclusions, on peut déterminer une
« cellule élémentaire », qui est simulée dans le modèle numérique pour des raisons de
symétrie, comme montré sur la figure 2.

« Zone Cellule élémentaire


d’action » d’une Modèle numérique

Inclusion
d = 0,35m

s = 2m

Figure 2. Vue en plan du réseau d’inclusion et cellule élémentaire prise en compte dans le
modèle numérique.

Le modèle numérique mis en œuvre dans le logiciel en différences finies Flac3D est présenté
sur la figure 3. Un horizon de sol à renforcer d’une épaisseur de 5m est considéré, reposant sur
un substratum rigide. L’horizon comporte une couche compressible de 4m et une couche
superficielle hors d’eau de 1m d’épaisseur, généralement plus rigide ou surconsolidée
(Vepsäläinen et al., 1991).
La phase initiale du calcul est constituée de l’horizon compressible et de l’inclusion, dont le
mode de mise en place n’est pas simulé. Le remblai est ensuite mis en place par couches
successives de 0,5m jusqu’à une hauteur de 5m, puis on ajoute une surcharge uniforme en
surface par paliers de 10kPa jusqu’à 100kPa. Le calcul est effectué en conditions drainées : la
consolidation du sol compressible au cours du temps n’a pas été prise en compte. L’équilibre du
modèle est atteint à chaque étape. Aucune interface n’a été prise en compte entre l’inclusion et
le sol compressible. Le modèle numérique ainsi proposé est développé à partir de celui mis en
œuvre par Laurent et al. (2003) lors d’une étude de faisabilité numérique, préliminaire au Projet
National.

I - 98 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel


JNGG’2006

Remblai
H jusqu’à 5m

Couche
1m superficielle

Horizon à
renforcer
4m
Couche
compressible

Inclusion rigide

Substratum rigide

Figure 3. Modèle numérique.

2.2. Matériaux simulés

Les matériaux mis en œuvre dans ce modèle numérique sont issus de la littérature. Le site
expérimental de Muar en Malaisie est choisi pour simuler l’horizon compressible. Il est constitué
d’une couche d’argile marine limoneuse compressible surmontée d’une couche superficielle
plus compacte et surconsolidée (Malaysian Highway Authority, 1989). Indraratna et al. (1992)
ont effectué des simulations numériques de cet horizon utilisant le modèle Cam Clay Modifié
(Roscoe et Burland, 1968) et donnent des paramètres. Les paramètres utilisés dans nos
simulations sont donnés dans le tableau I.

Tableau I. Paramètres du modèle Cam Clay Modifié pour l’horizon à renforcer


Horizon λ κ M N ν pc ini
Couche superficielle 0,13 0,05 1,19 4,07 0,3 110kPa
Couche compressible 0,11 0,08 1,07 2,61 0,3 pini+10kPa
λ : pente de la droite de consolidation normale
κ : pente des droites de déchargement-rechargement
M : constante de frottement
N : volume spécifique à consolidation normale pour la pression de référence p =1kPa
ν : coefficient de Poisson
pc ini : pression de préconsolidation initiale

L’inclusion est constituée de béton armé et son comportement est élastique linéaire. Le
module d’Young est de 10GPa et le coefficient de Poisson égal à 0,2.
En pratique, le remblai est constitué de sol granulaire (graves, sol grossier, ballast). La
modélisation réaliste du comportement de cette partie de l’ouvrage est primordiale afin de bien
prendre en compte les mécanismes de report de charge par effet de voûte. L’impact de la
modélisation du comportement du sol du remblai est alors analysé. Dans cette étude, le
comportement de la grave alluvionnaire décrite et caractérisée par Valle (2001) est simulé. Des
résultats d’essais triaxiaux permettent de déterminer des jeux de paramètres :
- pour le modèle élastique parfaitement plastique avec le critère de rupture de Mohr-
Coulomb (MC), tableau II,

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 99


O. Jenck et al.

- pour le modèle élastoplastique avec écrouissage isotrope CJS2 (Maleki et al., 2000),
développé à partir du modèle élastoplastique à deux mécanismes CJS (Cambou et Jafari,
1988) pour la simulation des sols granulaires. Ce modèle présente une partie élastique
non linéaire, un mécanisme déviatoire et un mécanisme isotrope, tous deux à écrouissage
isotrope.
Deux niveaux de complexité du modèle MC sont pris en compte :
- une élasticité linéaire avec un module constant durant tout le calcul (E=35MPa),
- une élasticité non linéaire avec un module variable en fonction de la contrainte horizontale
en place dans chacune des zones de sol au début de chaque phase de calcul. Le module
d’Young E est calculé à partir de la formule de Janbu (1963), donnée par l’équation 1, où
Pa est la pression de référence égale à 100kPa, σ3 est la contrainte de confinement, m et
KE sont les paramètres de Janbu, ici déterminés à respectivement 0,5 et 550. Un module
de 35MPa est obtenu pour σ3=40kPa.
m
⎛σ ⎞
E = K E ⋅ P ⋅a ⎜⎜ 3 ⎟⎟ (1)
⎝ Pa ⎠

Tableau II. Paramètres du modèle MC pour le sol de remblai


E ν φ c ψ
35MPa 0,3 39° 27kPa 30°
E : module d’Young
ν : coefficient de Poisson
φ : angle de frottement
c : cohésion
ψ : angle de dilatance

3. Résultats des simulations

Les résultats des simulations sont analysés et confrontés en terme de report de charge vers les
inclusions et de tassements dans le remblai.
Le report de charge vers les inclusions est quantifié par le terme « efficacité » (Hewlett et
Randolph, 1988) qui est la proportion du poids total du remblai et des surcharges qui est reprise
par les inclusions. Il s’agit donc du rapport entre la charge verticale appliquée sur les inclusions
et la charge totale exercée par le remblai et les surcharges de surface. Sans formation de voûte
dans le remblai, l’efficacité est égale au taux de recouvrement (ici égale à 2,4%). Les figures 4a
et 4b présentent l’évolution de l’efficacité en fonction de la hauteur de remblai équivalente H, qui
correspond à la hauteur de remblai réelle jusqu’à H=5m et à une hauteur équivalente de
remblai (γ=20kN/m3) pour H de 5 à 10m, due à l’application de la surcharge uniforme de surface
jusqu’à 100kPa. Ces figures montrent que l’efficacité augmente avec la hauteur de remblai, ce
qui traduit la formation d’une voûte au sein du sol granulaire du remblai. L’efficacité atteint une
valeur de 0,78 pour H=10m. L’augmentation de l’efficacité est particulièrement importante pour
H entre 0 et 4m.
La figure 4a confronte les résultats obtenus pour une modélisation du sol du remblai avec le
modèle MC intégrant une élasticité non-linéaire et avec le modèle CJS2. Les résultats obtenus
par ces deux modélisations sont quasiment identiques. Cependant, la mise en œuvre du
modèle MC non linéaire nous confronte au choix de la loi de variation du module d’Young, ce
qui n’est pas le cas dans le cadre du modèle CJS2.
La figure 4b confronte les résultats obtenus avec les deux simulations mettant en œuvre le
modèle MC : avec une élasticité non-linéaire (modules variables) et avec une élasticité linéaire
(module constant). Des résultats différents en terme de report de charge sont maintenant
observés : l’efficacité atteint 0,78 dans le cas de la prise en compte de l’élasticité non-linéaire et
seulement 0,64 dans le cas d’un module d’Young unique. De plus, dans ce dernier cas,

I - 100 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’2006

l’augmentation initiale de l’efficacité (pour H<2m) est plus importante. Cette différence de
résultats est uniquement due à la prise en compte ou non de la non-linéarité du comportement
du sol du remblai, car les mêmes caractéristiques de résistance au cisaillement sont affectées
dans les deux cas, et l’on sait qu’elles influencent largement l’intensité du report de charge
(Rathmayer, 1975 ; Russell et Pierpoint, 1998 ; Jenck, 2005).

1 1

0,8 0,8

Efficacité
Efficacité

0,6 0,6

0,4 MC 0,4 Module constant


CJS2 Modules variables
0,2 0,2

0 0
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
H (m) H (m)
a. Confrontation des modèles MC et CJS2 b. Confrontation des deux simulations avec le
modèle MC

Figure 4. Efficacité en fonction de la hauteur de remblai.

Le cas du module constant ne prend effectivement pas en compte la redistribution des


rigidités au sein du remblai due à la redistribution des contraintes lors du report de charge vers
les inclusions. La figure 5 est une représentation des contraintes principales au sein du remblai
observées dans le modèle numérique à la fin du chargement. Cette figure indique que les
contraintes se concentrent au niveau de l’inclusion et que la contrainte principale majeure
s’oriente vers la tête de l’inclusion.

Figure 5. Orientation des contraintes principales dans le remblai autour de l’inclusion.

Les résultats sont ensuite analysés en terme de distribution des tassements dans le remblai
dus à l’application de la charge uniforme en surface de 100kPa. On s’intéresse aux tassements
le long de deux lignes verticales, l’une située au dessus de l’inclusion et l’autre à mi-portée
entre deux inclusions, comme illustré par la figure 6.

Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel I - 101
O. Jenck et al.

Au-dessus de l’inclusion Au milieu

Figure 6. Lignes verticales au dessus de l’inclusion et au milieu.

Les résultats sont reportés sur les graphiques de la figure 7, qui représentent les tassements
dans le remblai en abscisse et la distance de la base du remblai en ordonnée. Sans
renforcement par inclusions, les tassements dans le remblai dus à la surcharge de 100kPa sont
de l’ordre de 0,15m. Dans le cas présenté, le renforcement par inclusions permet donc une
importante réduction des tassements, car ceux-ci sont de l’ordre de 0,03m. Les tassements
différentiels sont les plus importants en base du remblai, où le tassement au niveau de
l’inclusion est quasiment nul dû à la rigidité de celle-ci. A partir d’une distance de la base du
remblai de 1,50m environ, les tassements au-dessus de l’inclusion et entre les inclusions sont
identiques, indiquant une homogénéisation des tassements dans le massif, consécutive à la
formation d’une voûte dans le sol de remblai.
La figure 7a montre que les résultats sont quasiment identiques pour les simulations mettant
en œuvre le modèle MC non-linéaire et le modèle CJS2. En revanche, la figure 7b montre
l’impact de la prise en compte de la non-linéarité dans le modèle MC. Les tassements dus à la
mise en place de la surcharge en surface sont plus importants pour le cas du modèle MC
linéaire (module constant), la position du plan d’iso-tassement reste cependant identique dans
les deux cas.
Distance de la base du remblai

5 E constant E variable
5
Distance de la base du

4 MC
4
CJS2
remblai (m)

3
3
(m)

2
2 au dessus de l'inclusi
Inclusion
Milieu
1 au milieu
1

0
0
-0,04 -0,03 -0,02 -0,01 0
-0,05 -0,04 -0,03 -0,02 -0,01
Tassement (m)
Tassement (m)

a. Confrontation des modèles MC et CJS2 b. Confrontation des deux simulations avec le


modèle MC

Figure 7. Répartition des tassements dans le remblai dus à l’application de la surcharge de


100kpa en surface.

I - 102 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel
JNGG’2006

4. Conclusions

La modélisation numérique tridimensionnelle présentée dans cette communication montre que


les mécanismes qui se développent dans le remblai (l’effet de voûte) permettent de transférer
les charges vers les inclusions, qui reprennent jusqu’à 80% de la charge totale dans le cas
étudié, de réduire les tassements dans le remblai par rapport au cas non renforcé, et de les
homogénéiser.
L’étude de l’impact de la modélisation du comportement du sol du remblai montre qu’un
modèle élastique parfaitement plastique mettant en œuvre une élasticité non linéaire conduit à
des résultats similaires à ceux obtenus avec le modèle élastoplastique avec écrouissage CJS2.
Cependant, le choix de la loi de variation du module d’Young peut être difficile dans la première
modélisation, alors que la non-linéarité du comportement est automatiquement prise en compte
dans CJS2.
En revanche, nous avons mis en évidence l’influence de la prise en compte de la non-
linéarité du comportement en confrontant deux utilisations du modèle élastique parfaitement
plastique : l’une mettant en œuvre une élasticité linéaire et un module constant égal à 35MPa
dans tout le remblai, l’autre tenant compte d’un module variable en fonction du niveau de
contrainte. Les résultats en terme de report de charge vers les inclusions et de tassement dans
le remblai sont différents pour les deux modélisations, alors que les caractéristiques de
résistance au cisaillement du sol du remblai sont identiques. Ainsi, la prise en compte du
comportement non-linéaire des matériaux est primordiale afin de simuler correctement les
mécanismes de transfert de charge dans le remblai.
Le modèle numérique ainsi développé pourra être confronté à des résultats expérimentaux in
situ ou en centrifugeuse (essais prévus dans le Projet National), dans l’optique de sa validation
et de son amélioration.

5. Références bibliographiques

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I - 104 Session 1 - Risques géotechniques sur les ouvrages de génie civil et industriel

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