Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
compte quelques 1480, dont 60 grossistes. Elle est dotée aussi de 2 marchés
municipaux et 24 souks hebdomadaires dont 5 non exploités.113
Les lieux d’approvisionnement en produits alimentaires et manufacturés
sont variés (Ouarzazate, Casablanca, Marrakech, Agadir, Safi, Meknès…).
L'artisanat à Zagora est essentiellement orienté vers le travail de cuivre, de
la poterie, du fer et des palmes. Son rayonnement est très limité et ne dépasse pas
le cadre local. La production est destinée essentiellement à la satisfaction des
besoins locaux. Seule la poterie de Tamgroute célèbre par la production d'émail
vert, se distingue des autres poteries locales par sa renommée nationale et la
diversité de ses produits notamment les chandeliers, les lampes à huile, les bols et
les plateaux.
L’activité minière dans la Province de Zagora concerne l’extraction de la
barytine et du fer oligiste par le biais de 142 permis de recherche, 41 permis
d’exploitation et 2 concessions. La production est estimée à 13444 tonnes de
barytine et 265 tonnes de fer oligiste.114
Le secteur industriel, quant à lui, occupe une place plutôt secondaire dans
l’activité économique de la Province. Cette situation est due, d’une part, à
l'éloignement et à l’enclavement de la Province et, d’autre part, au manque
d’investissement dans ce domaine. La zone compte une seule unité industrielle
« Coopérative HALIB DRÂA ».
113
- Monographie de la Province de Zagora, 2012- p23.
114
- Monographie de la Province de Zagora, 2012.p27.
94
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°11: Taux de pauvreté par communes de la Province de Zagora.
Source : HCP-2014- Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz - Mai 2017.
95
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
La Province de Zagora dispose d’autres facteurs prometteurs qu’elle
n’arrive pas à exploiter pleinement. Le plus important est sa capacité d’apports
financiers qu’elle emmagasine aussi bien de la part des immigrés (MRE ou
travailleurs dans les grandes villes nationales) que des activités parallèles qui s’y
développent et dont le caractère informel ne permet pas la matérialisation
physique et la participation proche et directe à l’essor de la Province (commerce
ambulant, BTP, …).
De surcroit, notre zone d’étude abrite des produits de terroirs et un capital
territorial, dans ces dimensions matériels et immatériels, que nous présentons ces
principales manifestations dans ce qui suit :
2.3-Patrimoine et produits de terroirs comme potentialités
mobilisables
La position stratégique du Drâa confère à ce dernier un riche patrimoine
génétique « phoenicicole » (palmier dattier), des ressources floristiques,
faunistiques ainsi que des potentialités culturelles très diversifiées (patrimoine
immatériel artistique, sites historiques, savoir-faire traditionnel telles que la
gestion participative des eaux- d’irrigation, et l’architecture millénaire en
pisé…etc.). L’ensemble de ces atouts patrimoniaux représente autant d’éléments
pouvant contribuer à la protection de l’écosystème oasien et par conséquent
promouvoir le développement territorial.
2.3.1- Gravures rupestres et l’architecture locale, deux leviers du
développement moins exploités
La zone recèle des potentialités favorables pour drainer les touristes ayant
le désir de connaitre le monde des qsouriens et de découvrir les qsours et kasbahs
témoignant d’une histoire très riche en symboles culturels et architecturaux. En
effet, les kasbahs dans la Province de Zagora se distinguent d’une architecture et
d’un système de classement de l’habitat unique avec ses particularités sécurisées
par un ensemble de caractéristiques sécuritaires et climatiques spécifique en ce
sens que les kasbahs ne sont pas seulement des constructions pour l’habitation et
la protection contre le climat dur mais aussi pour exprimer l’identité, l’existence
de l’homme qui y vivait et reflètent le plus souvent un mode de vie qui prévalait
96
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
pour une durée quelconque. Et cela peut être interprété à travers la sculpture, les
dessins architecturaux internes et externes qui expriment les savoirs, les
préoccupations, la langue et la civilisation des hommes qui y habitaient dans les
siècles révolus. Tout cela peut être illustré par les outils ménagers et agricoles et
les armes découverts dans les kasbahs où ils ont été conservés avec beaucoup de
soin dans des caves qui ressemblaient à des musées anciens dont quelques-unes
existent jusqu’à présent.
Les ancêtres ont tenu compte de l’aspect archéologique dans la construction
de nombreuses kasbahs. Aussi, celui qui insiste sur la façon de construire des
kasbahs peut-il remarquer plusieurs normes particulières comme les fondations
des constructions, l’épaisseur des murs, les formes des fenêtres et la direction de
leurs portes. Toutes ces particularités constituent une sorte de défense contre
l’influence néfaste des facteurs climatiques : la chaleur, le froid, l’humidité et la
sécheresse. Ces facteurs peuvent créer un microclimat interne doux et différent du
climat externe. Mais ce qui ajoute à ce climat de la douceur, c’est sa création à
l’intérieur d’un milieu naturel spacieux d’arbres ombragés durant toute l’année, et
des jardins de produits naturels qui sécrètent de l’oxygène, purifient l’air et
l’adoucissent.
Par ailleurs, ces dernières années, de nombreuses kasbahs sont exploitées
dans un but touristique par excellence. Quant à la transformation de quelques-
unes en auberges touristiques et en maisons d’hôtes ouvertes aux touristes
étrangers et nationaux, elle n’est pas dépourvue d’intérêt économique
considérable, alors que d’autres kasbahs sont toujours exploitées par les habitants
malgré les évolutions récentes dont elles ont été l’objet, ces dernières années.
Cependant, une autre partie de ces kasbahs a été abandonnée avec beaucoup de
négligence et exposée à la détérioration. En général, les kasbahs demeurent l’un
des éléments essentiels d’attractivité touristique dans la région.
Par ailleurs, l’architecture traditionnelle dans la Province de Zagora est
considérée comme un facteur exprimant le savoir-faire des populations locales qui
s’adaptent avec les circonstances de l’espace présaharien, soit avec leur façon de
construire et d’exploiter l’espace intérieur des maisons d’habitation, soit dans le
97
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
fait de considérer cette architecture à l’époque actuelle comme un facteur
essentiel pour l’attractivité touristique de la région. La Province de Zagora abrite
un nombre important qui dépasse 30 kasbahs d’après les déclarations de la
délégation provinciale du ministère de tourisme en 2017. Cela constitue pour les
acteurs locaux une occasion qui leur permettra de transmettre aux touristes des
messages culturels relatifs au génie des « maâlmines oasiens » (bâtisseurs). Il
s’agit d’expliquer aux visiteurs que cet habitat en pisé qui marque l’image de
désert, constitue un produit d’histoire et de société d’une architecture
traditionnelle. Les techniques de construction utilisées, la morphologie des ruelles
pour profiter des micro-climats locaux, les motifs géométriques, la diversité
linguistique de la population et la stratification socio-spatiale des qsours et
kasbahs ont mis en évidence le génie du savoir-faire des autochtones. Ce mode
d’organisation présaharien a déjà attiré l’attention des touristes chercheurs qui (en
anthropologie, en ethnologie, en sociologie et en géographie, etc…) considèrent
que la disparation de cette architecture vernaculaire en terre constitue une perte
irrécupérable pour le Maroc et pour le patrimoine de l’humanité. Ainsi, la
diversité des paysages, la richesse architecturale, la diversité ethnique et la
lumière exceptionnelle font du Drâa l’un des lieux les plus désirables et attrayant,
notamment, pour les cinéastes. Donc, le patrimoine architectural, peut être
valorisé par la création des circuits touristiques et le développement de l’industrie
cinématographique.
La zone foisonne de gravures rupestres115 très importantes, mais peu
exploitées. En fait, sur les 300 sites rupestres marocains, le Drâa Moyen en
dispose d’une trentaine, éparpillée sur l’ensemble du territoire de la Province de
Zagora et plus particulièrement au niveau des zones de Tazarine (site d’Ait
Ouaaziq), Mirde, Tagounite, Tamgroute et Tinzouline. Les gravures sont
développées aux débouchés des cours d’eau ou sur les versants des collines. Les
roches de grès et de quartzite constituent le fondement idéal pour leur
développement. Les techniques utilisées sont le piquetage et le polissage116. Les
gravures identifiées dans la vallée du Drâa couvrent des périodes à la fois longues
115
- Agence de Développement Social (2010), PCD des Communes N’Kob, Ait Boudaoud, Taghbalte, Tazarine et Ait Ouallal.
116
- ZAINABI Ahmed Toufik, (2004)-Op. Cit.-p55.
98
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
et anciennes. Elles datent de plus de quatre millénaires. Les gravures qui illustrent
des représentations variées (faune sauvage et domestique) et des scènes des
activités diverses (chasse, élevage et guerre, ...) constituent une diversité
culturelle et chronologique. La concentration de ce patrimoine dans le bassin
hydrographique du Drâa et du Maider montre bien le lien des sites archéologiques
avec l’eau et les pâturages dont dépendent la vie des groupes humains et celle de
la faune sauvage et domestique. La valorisation et la promotion de ce patrimoine
très riche permettra, d’une part, aux autochtones d’en profiter à travers des
activités du tourisme culturel, d’autre part, d’apprendre aux touristes que ces
vestiges, symbolisent l’ancienneté de l’existence de la vie humaine dans les oasis
du Drâa, comme en témoignent les gravures rupestres à Foum Chena à
Tinzouline, à Tibaskoutine et la nécropole géante de Foum Larjam à Ighir N’tidri
à M’hamid El Ghizlane117.
2.3.2-Patrimoine culturel riche et varié qui a besoin d’un inventaire et de
valorisation
La situation unique stratégique et la succession des civilisations
nombreuses humaines permettent à la Province de Zagora de se distinguer d’un
patrimoine immatériel riche et varié qui puisse se manifester sous forme de
traditions et d’habitudes des groupes sociaux, de pensées et de sentiments qui se
transmettent de génération en génération. Il s’agit également des chansons, des
mythes et des légendes etc. De plus, il ya des arts, des métiers, des styles de
décoration et d’habillement comme patrimoines culturels de nature matérielle,
l’art culinaire et les modes de cuissons, en plus des habitudes, des croyances (les
aïds, les fêtes, les jeux, les croyances religieuses et populaires, les superstitions,
les méthodes de la médecine traditionnelle…) différents arts d’exécution musicale
et danse comme patrimoine culturel de nature immatérielle.
Les arts populaires : les arts populaires se diversifient dans la Province de
Zagora d’une région à l’autre. Cette variété revient à celle des cultures et des
117
- EL-ARABY Abdelaaziz (2018) - Capital territorial, acteurs et enjeux du développement territorial - le cas de la Province
de Zagora in : Capital territorial dans le contexte de la régionalisation avancée- Ouvrage collectif – Première édition- 2017-
Imprimerie ALIRFAN-Agadir-P655.
99
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
références (Amazigh, arabe, les moyens mis en œuvre pour vivre, une population
composée des nomades et des sédentaires). A cet égard, on peut se rappeler de
nombreuses danses populaires et des arts d’exécution répandus dans la Province :
Ahidous, Ahwach, Rokba, dqat sif, Elgadra, Errasma etc.
Les Moussems : la Province de Zagora abrite de nombreux moussems qui
attirent durant toute l’année des touristes étrangers qui y recherchent parfois un
certain exotisme au Maroc. On y distingue des moussems religieux et des
moussems liés aux évènements agricoles. Le tableau ci-dessous résume l’essentiel
des moussems (voir tableau n°18).
Tableau n°18 : les dates et les lieux de la tenue des Moussems de Zagora.
Moussems Lieu de leur tenue Dates
1. Sidi Lhaj Lhanafi Centre de Zagora 5 Dilkiâada
2. Moulay Abdelkader Jilali Tansita Khechâa 19 Rabii I
3. Sidi Bouâassria Zaouïa de Bouâassria Rabii I
4. Sidi Daoud Qsar Sradena 14 Rabii I
5. Tamgrout Lbokhari Zaouïa de Tamgrout 10 Mohram
6. Sidi Hssein Benacer Zaouïa de Sidi Hssein Benacer 18 Rabii I
7. Moulay Abdelkader Zaouïa de Tinjdad 15 Rabii I
8. Sidi âamro Zaouïa de Sidi âamro 12 Rabii I
9. Sidi Mohamed Ossaid Zaouïa de Tafetechna 15 Octobre
10. Sidi Ali o Brahim Douar Tinzouline 17 Aout
11. Sidi Yacoub Zaouïa de Sidi Yacoub 14 Choual
12. Zaouïa Elkadiria Douar Tamsla 18 Rabi I
13. Sidi Abderrahman Zaouïa de Sidi Abderrahman 16 Rabi I
14. Moulay Bouâaza Zaouïa de Moulay Bouâaza 17 et 18 Rabi I
15. Sidi Ali Douar Sidi Ali 17 Rabi I
16. Moulay Msaâd Douar Ait Sidi Msaâd 16 Rabi I
17. Moulay Driss Douar Moulay Driss 17 et 18 Rabi I
18. Sidi Hqi Zaouïa de Ait Ben Hqi 17 et 18 Rabi I
19. Sidi Daoud Douar Ait Ouaâziq 20 Mai
20. Sidi M’hamed Tifaout Zaouïa de Sidi M’hamed Tifaout 12 Rabi I
21. Sidi Osaâden Zaouïa de Sidi Osaâden 18 Rabi I
22. Sidi Tfou Douar Aska 28 Septembre
23. Sidi Hssein Douar Ait Aissa O brahim 15 Rajab
24. Sidi Boukhelifa Douar Ait Aânad 18 Safar
25. Sidi Ali chrqi Douar At Aissa o Brahim 15 Mai
Première semaine
26. Sidi Saleh Zaouïa de Sidi Saleh
d’octobre
27. Sidi hmadi Douar Aarib 19 Rabi I
28. Moulay Abdelkader Douar Mhamid 12 Rabi I
29. Moulay Abdelkader Douar Oulad Mhia 19 Rabi I
30. Moulay Abdelkader Douar Oulad Driss 19 Rabi I
Source (avant modifications) : Plan du développement de la Province de Zagora (PDP)-2016-p36.
On peut ajouter à tout cela d’autres éléments qu’on ne doit pas ignorer
quand on aborde l’exploitation de l’espace oasien. Il s’agit des formes de
100
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
l’exploitation de l’eau et des méthodes uniques liées à son utilisation, entre autres,
les séguias, les Khettaras, les canaux d’irrigation et les méthodes de répartition
des eaux dans ces oasis, c’est un héritage riche qui puisse être un élément
touristiques important s’il est bien exploité. D’où la nécessité de donner des
éclaircissements à l’égard de la gestion sociale de l’eau dans la Province de
Zagora à travers le cas de l’oasis de Tinzouline que nous jugeons pertinent
comme exemple représentatif des pratiques ancestrales en question.
2.3.3- La gestion sociale de l'eau d'irrigation, un héritage social à valoriser
Depuis une longue histoire et jusqu’à nos jours, la région est connue par ses
règles de gestion de l’eau en fonction des coutumes et des traditions héritées de
génération en génération. Du fait que les oasis du Drâa moyen appartiennent au
domaine désertique, caractérisé par la rareté et l’irrégularité des précipitations
d’une année à l’autre, avec une intensité de l’aridité vers le sud, la population a
été obligée de pratiquer au départ une agriculture irriguée basée sur les eaux de
l’oued Drâa. Cet usage de l’eau a exigé la construction d’un réseau de séguias. En
se référant aux techniques de transfert et de distribution de l’eau pratiquées dans
la région, on comprend que les techniques anciennes de l’aménagement hydro-
agricole dans les oasis du Drâa se sont adaptées aux conditions locales, du milieu
naturel et de la nature des ressources en eau. Ces techniques sont les mêmes dans
les régions voisines à savoir : plaine de Sousse et Tafilalet, où la séguia constitue
le pivot des opérations de l’aménagement hydro-agricole dans les oasis, dont une
seule personne appelée (Aimal) est chargée de sa gestion. La séguia est ainsi
considérée comme une institution sociale, à part son entretien, est réalisée par
plusieurs qsours qui mettent à leur tête une ou deux personnes qui veillent au suivi
et à la distribution de l’eau depuis la source jusqu’aux champs irrigables. Le
« Aimal » qui se charge de la gestion de la séguia est nommé par les notables de
la tribu et il doit remplir plusieurs conditions pour accomplir une telle tâche :
Être propriétaire d’une importante part de l’eau afin d’être soucieux
quant à l’économie de l’eau
Être propriétaire d’une importante superficie agricole
101
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Être une bonne personne, de confiance chez toute la tribu
Avoir de la rigueur contre ceux qui ne respectent pas les coutumes de
la gestion de l’eau et aussi avoir la connaissance suffisante des droits de
l’eau et des parts des bénéficiaires avec des critères du sérieux et de la
disponibilité à cette tâche.
Le « Aimal » reçoit une contrepartie financière et parfois en nature selon
l’accord conclu avec les notables de la tribu. En cas de conflit pendant la
répartition, les bénéficiaires remédient à leur conflit par le biais d’une réunion, par
la suite ils retiennent la gestion en vue d’éviter tout détournement de l’eau118.
On peut dire que ces populations ont été ingénieuses dans l’exploitation et
la distribution de l’eau et aussi de sa canalisation vers leurs champs en utilisant
différentes techniques, entre autres : la construction de barrages traditionnels avec
des pierres et des branches dans les lits des oueds, une technique connue sous le
nom amazigh « Ougougue » qui constitue une tête de prise des séguias.
Par ailleurs, la distribution de l’eau dans la région est très compliquée et
difficile à comprendre, surtout que les outils de mesure différent d’un Qsar à
l’autre. L’enquête de terrain effectuée sur plusieurs séguias a démontré la pluralité
des formes de propriété de l’eau, sur la base des données collectées. Ainsi, on a pu
déterminer ces différentes formes par l’Inadéquation entre la propriété de l’eau et
la terre irrigable :
Pour vérifier ce constat nous nous sommes appuyé sur les résultats d’une
enquête réalisée dans le cadre d’un mémoire du master en 2008119. Sur la base de
cette enquête, l’hypothèse de l’inadéquation entre la propriété de la terre et celle
de l’eau est confirmée (voir Figure n°3).
118
- BONABAT Mohamed (2000) Les droits de l’eau au Maroc en comparaison avec les traditions et les coutumes et le droit de
l’eau-Série horizons du droit n°4. P 42.
119
- MAZOUZ Said, (2009) gestion des ressources hydriques dans les milieux secs, exemple des oasis du Drâa moyen, cas de
l’oasis Tinzouline – mémoire pour l’obtention du diplôme du master spécialité Géographie- Faculté des Lettres et des Science
Humaines- Marrakech (Travail non publie). P 62.
102
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n° 3: Conformité entre la propriété de l'eau et celle de la terre dans
l’oasis de Tinzouline en 2008 selon les données de l’enquête de terrain.
Source : MAZOUZ S, 2008, [Link]. P 65.
De l’analyse du graphique ci-dessus, on constate que la propriété de la terre
dans l’oasis de Tinzouline ne permet pas à son propriétaire de bénéficier de l’eau
d’irrigation. Par définition, ceci est confirmé par plus de 68% des interviewés. La
propriété de l’eau est équivalente à une richesse, plus que cela, c’est un pouvoir,
ce qui fait de cette propriété un grand enjeu. Ainsi, l’eau est une source de
plusieurs conflits. De ce fait, la propriété de l’eau est basée sur la Chariaa et les
coutumes qui sont reconnues par la loi 95.10. La propriété de l’eau est la propriété
d’une part d’eau d’une séguia, dont la quantité dépend du débit de l’oued ou de la
séguia. Mais en cas d’une séguia collective, exploitée par plusieurs qsours, cette
dernière dépend du site géographique du barrage traditionnel, de la tête de prise
de la séguia en amont ou en aval de l’oued, et aussi en fonction de l’existence ou
non d’une source en amont du barrage (Ougougue) sans oublier les conditions
sociales des populations exploitant la séguia (la main d’œuvre, l’entretien du
réseau, …).
103
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Photo n° 4: barrage de dérivation traditionnel « Ougougue » - Dourat :
Oasis de Tinzouline-Drâa moyen.
Source : Cliché personnel-2018.
La propriété collective de l’eau :
Dans ce cas, toutes les unités de mesure sont à oublier et la distribution de
l’eau se fait de manière simple : le droit de l’eau est donné à toute personne
propriétaire de la terre, cela est connu par « le tour d’eau », il est appelé aussi
« Rabta b Rabta », et aussi « Amouli ou Walam ». Ceci signifie que l’irrigation
des champs commence par l’amont de la séguia vers son aval ou par la fin du
dernier tour d’irrigation.
L’eau du Makhzen :
Cette eau est réservée à l’irrigation de certaines terres Makhzaniennes dans
les différentes oasis du Drâa moyen. Le Makhzen avait acquis la propriété d’une
part d’eau par la force à partir des séguias de certaines tribus, il la canalisait par
un grand « Masraf » connu sous le nom de « Masraf Lmakhzen ». En principe,
cette eau est devenue propriété du Makhzen sous ses responsabilités dans la
région. Cette eau n’exige aucun travail en relation avec la séguia. Les tribus qui se
sont occupées des terres makhzaniennes à une époque récente l’ont distribuée, par
104
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
la suite. C’est pourquoi, elle est passée à une propriété privée au centre de l’oasis
Ternata, alors que l’eau makhzanienne de la séguia Ifli et Tinzouline n’a pas
changé de situation, elle est gérée par le service de la mise en valeur agricole de
l’Etat.
L’eau de la propriété privée
Ce type de propriété de l’eau est le plus répandu dans les oasis du Drâa
moyen. En effet, la propriété de l’eau n’a pas de lien avec la propriété de la terre.
La propriété de l’eau est ainsi soumise à toutes les opérations juridiques et la
réglementation islamique (Chariaa), à l’instar des autres biens en matière
d’héritage ; la vente, l’achat et la location. De ce fait, le propriétaire de l’eau a le
choix de faire ce qu’il veut de sa part d’eau sans objection, effectivement on
trouve des agriculteurs qui disposent de larges terres mais sans avoir une goutte
d’eau, ce qui les oblige à en acheter ou à en louer surtout au cours des « Noubas »
d’irrigation.
Méthodes de gestion de l’eau de la propriété privée :
Dans le cas de la propriété privée de l’eau, la distribution de cette matière
est soumise à des mesures diversifiées en fonction de la différence des qsours et
des séguias. L’eau est ainsi sous la propriété privée, et la part appropriée est
appelée « Nouba » ou le tour d’eau d’une séguia. A signaler qu’il ya une
différence entre le tour d’eau d’un propriétaire d’eau et le tour d’eau d’une nuit ou
d’un jour qui commence par le lever du soleil jusqu’au coucher et vice-versa,
selon la « Nouba » qui est subdivisée en une moitié, en un quart, en un tiers et en
huitième de tour. La toute petite unité de mesure généralisée entre la majorité des
séguias est la « Kharouba » qui dure 15 minutes120. On peut définir les lois et les
coutumes appliquées à la distribution de l’eau des séguias comme suit :
Nouba : qui est un tour d’eau qui commence par le lever du soleil jusqu’au
coucher et vice versa. A chaque Nouba sa propre dénomination qui fait référence
120
- EL-ARABY Abdelaaziz & FALEH Ali (2017) – Les mutations sociales, la pénurie d’eau et les changements climatiques
dans les oasis marocaines- Le cas de la Province de Zagora in : Changements Climatiques et Développement Territorial au
Maroc- Publications du Laboratoire de Recherches, d’Etudes Géographiques et Cartographie (LEGAC)- Ouvrage collectif-
éditeur : Faculté des Lettres et des Sciences Humaines-Saïs-Fès. Première édition- 2017. P 16.
105
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
à une histoire ancienne, ou bien prend le nom de la personne qui détient la
majorité d’eau comme Nouba de Had Yiche à Ouled Ayoub.
Selon les subdivisons de ce tour d’eau « Nouba », le 1/4 comprend 3 heures
d’eau d’irrigation, alors que, la petite unité de mesure ; la « Kharouba » soit 1/16
varie entre 10 et 45 minutes de temps d’irrigation par la séguia en fonction de la
quantité d’eau disponible. Pour plus d’explication, on suppose qu’un agriculteur
dispose d’une part d’eau soit une Kharouba et que la séguia qui lui amène son
tour d’eau le desserve seul pendant son irrigation. Dans ce cas la Kharouba varie
entre 10 et 20 minutes, alors que dans le cas de deux agriculteurs qui exploitent la
séguia en même temps (division de la séguia en deux Masraf) la Kharouba varie
entre 20 et 45 minutes. Cette règle s’applique sur toutes les subdivisions de la
Nouba (1/2, 1/3, 1/4 et 1/8). Il en résulte donc que la durée d’exploitation de l’eau
augmente, quant à la séguia, elle est répartie sur un réseau secondaire de
distribution (masref) et diminue dans le cas d’une séguia avec un seul canal
d’évacuation de l’eau et avec un débit important.
Les habitants dans la région de Drâa ont utilisé plusieurs unités de mesure
du temps de chaque Nouba, en utilisant des outils comme :
Tassa : c’est un mot d’origine amazigh, cet outil de mesure est composé de
deux récipients de tailles différentes, le petit récipient est fait souvent de cuivre
avec un petit trou à la base, ce récipient est mis dans un seau plus grand, rempli
d’eau, le temps qu’il lui faudra pour descendre au bas du grand récipient
représente une unité de mesure généralisée de 4 minutes, après chaque
remplissage du petit récipient un nœud se fait sur une corde des feuilles de
palmiers ou un petit caillou est mis à côté pour faire le décompte (8 nœuds ou
petits cailloux égalent à une Kharouba et 16 Kharoubas à une Nouba). Cela se
fait en présence du propriétaire de la part d’eau et du chargé de gestion de la
distribution le « Aimal ».
Les pieds et les étoiles : durant le jour l’ombre est mesurée par les pieds et
chaque pied est une unité de mesure, alors que pendant la nuit, cette tâche est
confiée à des spécialistes qui connaissent les noms des étoiles.
106
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Indemniser le passage des séguias dans les territoires d’autres tribus :
cela est très répandu dans l’oasis de Tinzouline, c’est une rente pour indemniser le
passage des séguias dans le territoire des autres tribus. Il fait l’objet d’un accord
entre la tribu propriétaire de la séguia et la tribu qui laisse passer sur son territoire
l’eau contre une partie d’eau un jour ou deux, chaque semaine, ou selon l’accord
conclu.
On ce qui concerne les types de séguias dans la région du Drâa et d’après
nos enquêtes de terrain, l’eau de l’oued Drâa est conduite aux champs par deux
types de séguias : les séguias traditionnelles en terre qui prennent leur
alimentation sur le bassin des « Ougougues », leur nombre atteint 27 dans l’oasis
de Tinzouline, soit 98% des séguias et permet la canalisation de 280 litres/s121. Le
deuxième type de séguias s’est construit par l’Etat en 1975 (dans le cadre de la
vision d’un million de ha irrigué). Ces séguias ont vu le jour après la construction
du barrage El Mansour Eddahbi. La séguia est appelée Séguia du Makhzen ou
Barrania, parce qu’elle se trouve hors des exploitations de la partie ouest et
distribue une part importante de l’eau avec un débit de 6.77 m3/s 122. Elle s’étend
sur 44 km depuis le barrage de déviation Tanssikht jusqu’à Foum Azlag et
dessert plus de 17 tribus avec de l’eau d’irrigation soit 4800 ha123.
Organisation de l’irrigation et distribution de l’eau par les séguias de
l’oasis de Tinzouline
Les techniques d’irrigation dans l’oasis Tinzouline semblent être aussi
complexes que la propriété de l’eau. Ces techniques montrent les résultats de
longues expériences des groupes de populations qui sont passés par la région du
Drâa. Ce qui peut conforter notre constat est la grande différence dans les
techniques de distribution de l’eau d’une oasis à l’autre voire d’une séguia à
l’autre, en plus de la diversité et de la différence des unités de mesure et des
normes adoptées par chacune des séguias ou des oasis comme la Kharouba, Tassa,
Lkhachba, Lkdah, …etc.
121
- OUHAJOU Lekbir (1996), Espace hydraulique et société au Maroc : cas des systèmes d’irrigation dans la vallée du Drâa,
publication de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines – Agadir série thèses et mémoires n°7. P 98.
122
- OUHAJOU Lekbir - (1996) - Op. Cit. P 98.
123
- Office Régional de la Mise en Valeur d’Ouarzazate (ORMVAO) - Branche Tinzoline-2013.
107
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Nous allons prendre un exemple de distribution de l’eau dans l’oasis de
Tinzouline, à savoir ; la séguia Kaâba, qui est scindée en deux segments ; le
premier fait bénéficier le Qsar Afra et Qsar Ouled Ahmed Ben Ali alors que le
deuxième dessert Qsar Ouled Ayoub :
Le premier segment est exploité en 28 « Nouba », 14 pour Qsar Afra et 14
pour Qsar Ouled Ahmed Ben Ali, chaque « Nouba » est de l’ordre de 12 heures.
Le tour d’eau est de 7 jours pour chaque Qsar, chaque « Nouba » porte un nom
spécifique.
Certes, la distribution de l’eau doit se faire d’une manière égalitaire, mais,
la tribu Ouled Ahmed Ben Ali dispose d’une importante part d’eau réservée à la
tribu Afra. En outre, les éléments non arabes dans la tribu sont marginalisés, par
exemple, les Haratines. En effet, à Qsar Ouled Ahmed Ben Ali, les familles des
Haratines ne détiennent la propriété que d’une seule « Nouba » malgré
l’importance de leur nombre. Cela signifie l’exclusion et la faible accessibilité des
familles pauvres à la propriété de l’eau.
Le deuxième segment est réparti selon 52 « Nouba » et 3/8 huitièmes de
Nouba, le tour d’eau est de 13 jours, il est en moyenne de 4 « Nouba » par jour.
La durée de la Nouba dans ce segment est seulement de 6 heures et celle de la
Kharouba est de 45 minutes.
Au terme de ce sous-axe sur la gestion sociale de l’eau, il importe de
souligner que la richesse des coutumes et des méthodes de la gestion et de la
distribution de l’eau dans les oasis de Zagora est considérée comme un potentiel
technique dont les habitants ne peuvent jamais se passer. Cependant, cet héritage
social a subi des mutations à double impact. En ce qui concerne les techniques de
distribution de l’eau, le changement est dans le sens positif et évolutif, du fait que
les nouvelles techniques comme l’utilisation de la montre, outil de distribution
efficace, ont remplacé toutes les anciennes techniques de mesure des tours d’eau.
Sur le plan de la gestion et la préservation de l’eau et des constructions
108
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
hydrauliques, on note que les mutations sociales touchent le fond du travail
collectif et solidaire.
2.4-Pluriactivité et changement des aptitudes des familles oasiennes
Les changements qui touchent les habitudes des oasiens de Zagora ont un
impact négatif sur les ressources en eau. En effet, le développement du travail
rémunéré et de salariat est l’un des facteurs qui engendrent lesdits changements
d’habitude.
Par ailleurs, l’extension des cultures de rente, dans des plaines utilisées au
préalable comme parcours par les nomades et par les autochtones, avec les
aménagements qui précèdent ces cultures donnent lieu au défrichement de la
végétation.
Dans ce sens, si la culture des pastèques de Zagora intervient dans le but de
diversifier les activités et l’économie du marché, elle contribue, par contre, à
l’accélération du processus de déséquilibres et de dégradations du milieu naturel.
En effet, l’évolution brusque de la culture des pastèques (voir figure n°4)
engendre des impacts néfastes sur l’écosystème oasien en menaçant les eaux
souterraines et le couvert végétal naturel et originel.
Figure n° 4 : évolution de la culture des pastèques dans la Province de
Zagora entre 2008 et 2014 en hectares.
Source : ORMVAO- 2014.
109
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Cependant, les contestations de certains membres de la société civile ainsi
que les essais de réglementation de l’extension de cette culture n’ont pas donné de
résultats escomptés.
Le système de khemassa a subi une régression accrue durant les quarante
dernières années. La régression de ce mode de faire valoir n’a laissé aux paysans
que de recourir au salariat.
À cette époque-là, les paysans cherchaient des khemas ou s’entraidaient ;
solidarité oblige dans les travaux agricoles. Le travail collectif régnait car toutes
les familles étaient dépendantes de leurs terres. Mais, vu la constance des
ressources hydro-agricoles, l’accroissement démographique et l’émancipation des
groupes traditionnellement connus par le travail de la terre, les paysans n’avaient
qu’à chercher des travailleurs salariés.
Les opportunités offertes par l’émigration internationale du travail ont
contribué à la montée de ce genre de travail. Etant donné que les parcelles
représentent une valeur sociale intrinsèque à l’image de celui qui les possèdent,
les émigrés cherchaient des travailleurs qui s’en occupaient et en contrepartie
d’une somme d’argent. Ces arrangements ont sonné le glas de la khemassa qui
régnait auparavant.
Il est à signaler que le système de salariat qui se développe dans les oasis du
Drâa moyen et de Maaider prend plusieurs formes. D’une part, il complète
l’insuffisance des produits récoltés sur les parcelles. Aussi, le travail salarial les
aide-t-il à acheter des produits qui ne se produisent pas dans leurs parcelles.
D’autre part, il ya des gens qui viennent d’autres régions et qui travaillent comme
salariés auprès des moyens et grands propriétaires. Ce dernier cas de figure peut
être trouvé dans les oasis du Drâa moyen où les agriculteurs font appel à la
motopompe parce qu’ils sont généralement des émigrés qui n’ont pas le temps de
s’occuper de l’agriculture. Le développement du travail salarial est le résultat de
l’éclatement de l’esprit de solidarité qui lie les paysans. Devant les charges
financières quotidiennes, les paysans doivent rémunérer une main d’œuvre qui
puisse travailler à leur place.
110
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
La croissance des revenus non agricoles évoquée dans tous les pays du
globe est un indicateur général de la pluriactivité.
L’étude de ce phénomène de pluriactivité est délicate vu l’insuffisance et la
singularité des études qui ont été faites sur l’emploi rural et la pluriactivité des
familles rurales. Selon les enquêtes effectuées à travers les régions du Maroc, la
pluriactivité s’exerce dans 92% des exploitations, 61% des actifs ruraux sont
pluriactifs et 37,7% des chefs des ménages ont une activité principale non
agricole124.
Certes, l’insuffisance des revenus agricoles face aux besoins croissants des
familles (effet de ciseaux en économie) incite à une diversification des activités et
des revenus au sein des ménages, mais en vain, car ce phénomène s’est développé
davantage. Tout d’abord, on peut signaler la pauvreté de la majorité des paysans
liée au manque d’accès à la terre à cause de la concentration de la propriété. Pour
le cas de Drâa moyen et de Maaider, plus de 73% sont des exploitations de moins
de 5 ha. Cette superficie est la même depuis belle lurette et si on prend en
considération l’augmentation de la population et l’héritage, ces terres ne
suffisaient pas à la nourriture des populations. Par conséquent, les populations
faisaient appel à d’autres activités. Ensuite, il ya l’émigration interne et externe et
l’ouverture de la région sur le monde extérieur de l’oasis. Enfin, les facteurs
naturels poussaient les gens à diversifier, et parfois à abandonner leurs terres. La
sécheresse qu’avaient connue le Drâa moyen et le Maider entre 1997 et 2007 a
obligé les gens à quitter la région pour d’autres endroits où ils pouvaient
travailler. Durant cette période, les autorités locales distribuaient 80 litres d’eau
par famille. Dans cette situation de stress hydrique extrême, la majorité des gens,
en âge de travailler, avait quitté la région vers les villes.
Il en résulte que cette pluriactivité forcée, dans la majorité des cas, aurait un
impact sur la gestion sociale de l’eau, ce qui va influencer le maintien et la
durabilité des systèmes hydro-agricoles. Le nombre des Khettaras qui continuent
124-
JENNAN Lahcen, 1994. « La pluriactivité des familles en milieu rural marocain. Quelle approche ? Quelle interprétation ?»,
Université Hassan II, publications de la faculté des lettres et sciences humaines Ben M’sick. Actes du 3 ème colloque des
ruralistes marocains (développement des systèmes ruraux de la Chaouia et questions méthodologiques pour l’étude de l’espace
rural marocain).
111
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
de fonctionner en comparaison avec le nombre d’antan en est un exemple
illustratif.
En effet, la détérioration des rôles des structures traditionnelles comme la
tribu donne lieu à la dominance de l’individualisme et de l’esprit capitaliste. Par
conséquent, l’entretien des canaux d’irrigation pose plus de problèmes surtout que
cette tâche est abandonnée par les populations qui la considèrent comme une
corvée qui relève de la responsabilité de l’Etat (voir Planche photos n° 6). Devant
cette situation l’Etat représenté par l’ORMVAO, est obligé de réserver
annuellement une enveloppe budgétaire consacrée à la curation et au
réaménagement des canaux bétonnés.
Planche Photos n° 5: Problème de négligence des canaux aménagés par
l’Etat (oasis de Tinzouline-2018).
Source: Cliché personnel-2018.
Ce volet consacré aux interactions entre les mutations sociales et la
dynamique de développement territorial révèle, donc, que les aptitudes des
oasiens ont connu des changements concrétisés par l’extension des surfaces
réservées aux cultures à caractère commercial mais qui consomment beaucoup
d’eau comme les pastèques. Par conséquent, le pompage des eaux souterraines se
prolifère d’une manière alarmante. Les mutations sociales vont dans le même sens
que la sécheresse et les changements climatiques, pour faire de ces oasis du sud-
est marocain un milieu très fragile en matière de ressources en eau. De plus, les
112
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
dysfonctionnements structurels et socio-économiques générés par l’exode rural
cumulé depuis de longues années, nous amènent à noter que ces espaces
nécessitent plus que jamais des mesures rigoureuses et efficaces, surtout dans les
domaines d’aménagement et d’urbanisation, pour remédier à ces
dysfonctionnements.
3- L’urbanisation et l’aménagement des oasis de Zagora : Deux
facteurs exigeant une conception territoriale basée sur les CRE
Le territoire de la Province de Zagora est couvert par un ensemble de
documents d’urbanisme comme le Schéma Directeur d’Aménagement Urbain
(SDAU) qui couvre la Province de Zagora tout entière, les Plans d’Aménagement
(PA) et les Plans du Développement des Agglomérations Rurales (PDARs). Le
PA concerne les communes d’Agdz et de Zagora, tandis que les PDARs sont
réservés aux centres de quatorze communes ; 12 sont déjà homologués et 2 en
phase d’homologation125.
Certes, ces documents d’urbanisme sont indispensables pour le maintien et
la maitrise d’urbanisme mais, le plus important c’est l’exécution des prérogatives
de ces documents et le respect des normes qu’ils fixent quant au processus
d’urbanisme et d’urbanisation des territoires concernés.
3.1-L’urbanisme et l’aménagement comme sources des déséquilibres du
territoire de Zagora
Le pourcentage d’approvisionnement en eau potable dans la Province de
Zagora est très important en ce sens qu’il est estimé à 82,6%. De ce fait, il reste
élevé en comparaison avec ce qui a été enregistré au niveau de la région Drâa-
Tafilalet où le pourcentage en question a atteint 81,9% en comparaison avec la
moyenne nationale qui n’a pas dépassé 73%. Malgré ce pourcentage important de
couverture en réseau d’eau potable, plusieurs problèmes persistent. Ils sont liés à
la qualité de cette matière indispensable dans plusieurs communes dont les eaux
contiennent des quantités de sel qui peuvent avoir des effets néfastes sur à la
santé. Cela contraint certains habitants à recourir à d’autres sources d’eau hors du
réseau d’eau potable public. Et plusieurs douars s’appuient sur les distributeurs
125
- Province de Zagora- Plan du Développement de la Province de Zagora (PDP) (2017) - P 101.
113
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
d’eau pour se procurer de l’eau potable (voir planche photos n° 7) alors que les
douars qui n’ont pas été équipés du réseau en question s’appuient sur les puits en
priorités pour se doter de cette matière vitale. Il reste à signaler que ce défi ne se
limite pas au manque lié à la qualité des eaux mais certains douars dotés de réseau
d’eau potable souffrent, plus spécifiquement durant les périodes de sécheresse, de
l’absence de l’eau en quantités suffisantes.
Planche photos n° 6: Approvisionnement en eau potable avec des citernes au
Centre de Tamgroute126 en 2015.
Source : Clichés personnels-Mai 2015.
- L’assainissement liquide et solide
Selon les données du RGPH de 2014, le taux d’accès au réseau
d’assainissement ne dépasse guère 14% de l’ensemble des ménages dotés de ce
service en comparaison avec le pourcentage noté au niveau régional qui dépasse
32,1% et national qui dépasse la barrière de 58,9%, ce qui a contraint les habitants
à creuser des fausses sceptiques 42,9% au total de ceux qui sont concernés. Mais
cela cause beaucoup de problèmes liés à l’évacuation permanente et l’influence
négative que peuvent avoir ces fausses sur la nappe phréatique sans oublier les
odeurs nauséabondes qui en proviennent. Ces problèmes deviennent plus graves
lorsqu’il s’agit d’autres systèmes d’évacuations des eaux usés, y compris les puits
126
- Il est à signaler que le centre de Tamgroute est desservi en réseau d’eau potable. Mais, sa mauvaise qualité oblige la
population de ce centre de s’approvisionner, comme les autres centres, en l’eau douce distribuée auprès des revendeurs.
114
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
perdus et l’évacuation à ciel ouvert dont le pourcentage n’est pas moins important
43,1%.
Tableau n°19 : Comparaison de pourcentage d’accès de la Province de Zagora au
service d’assainissement avec d’autres niveaux territoriaux.
Province de Zagora Région du Drâa-Tafilalet Niveau National
Sceptiques
Sceptiques
Sceptiques
Réseau
Réseau
Réseau
Autres
Autres
Autres
Fosses
Fosses
Fosses
14 42,9 43,1 32,1 28,7 39,2 58,9 23,2 17,9
Source : RGPH-2014.
En ce qui concerne l’assainissement solide, les habitants de Zagora
recourent aux poubelles pour s’en débarrasser avec un pourcentage de 17% contre
7% seulement de ceux qui s’en débarrassent par le biais des camions destinés à ce
service, alors que la plupart des habitants de la Province, 75%, usent d’autres
moyens considérés comme décharges non contrôlées pour se débarrasser de leurs
déchets quotidiens.
La commune de Zagora et celle d’Agdz sont dotées du système de la
collecte des déchets alors que les autres communes, à l’exception de quelques
initiatives ciblant certains chefs-lieux, n’en profitent pas jusqu’à présent. De plus,
on ne trouve dans toute la Province aucune décharge des déchets urbains
contrôlée. On ne parle que des décharges anarchiques de différents volumes
quelques-unes d’entre elles sont dans des oueds ou des rivières comme espace qui
leur a été réservé.
- Pourcentage de branchement d’électricité à la Province de Zagora
En 2014, le pourcentage de branchement d’électricité à la Province de
Zagora a atteint 91,1%. Même si ce pourcentage parait plus élevé, il demeure au-
dessous de la moyenne régionale. Cependant, le pourcentage enregistré au niveau
115
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
du milieu rural de la Province est légèrement élevé en comparaison avec la
moyenne rurale, régionale et nationale. D’autre part, la moyenne générale du
branchement en question à la Province reste approchée à ce qui a atteint 91,1%.
Tableau n° 20 : Comparaison de pourcentage et de l’accès de la Province de
Zagora au réseau d’électrification avec d’autres niveaux territoriaux en
2014.
Province de Zagora Région de Drâa Tafilalet Niveau National
Urbain Rural Total Urbain Rural Total Urbain Rural Total
96,2 90,5 91,2 96,2 89,6 92,2 95,2 84,6 91,6
Source : RGPH-2014.
En général, le secteur d’électricité à la Province de Zagora demeure
exemplaire, à grande limite, par rapport à d’autres Provinces, malgré de
nombreux obstacles qui s’opposent à l’électrification, en question, surtout la
surface territoriale très étendue. Ainsi les responsables de ce domaine ont
déployé de grands efforts pour généraliser l’électrification rurale à travers le
programme national nommé « PERG ».
Quant à la répartition spatiale pour les pourcentages du branchement
de l’électricité on peut remarquer des insuffisances au niveau de chacune des
communes : N’kob, Tensift, Bleida, Ternata, et Ketaoua comme l’éclaire la
carte suivante (voir carte n°12).
Actuellement la Province de Zagora a profité dans le cadre du PERG
de la programmation de 560 douars avec un crédit global estimé à 630
Milliards de dirhams. Cette opération intéresse 28784 ménages où le
pourcentage de branchement selon l’ONEE –Secteur d’électricité- à la fin de
2016 atteint 86,99% des ménages susceptibles d’être branchés.
116
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°12: Taux d’électrification des communes de Zagora en 2014.
Source : RGPH 2014 & Plan du Développent de la Province (PDP) de Zagora-2017- Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz -Janvier 2018.
117
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
3.2- Des efforts d’aménagement renforçant les CRE mais, insuffisants
La Province de Zagora est dotée d’un réseau routier qui atteint 1143 km127
soit 2% de la longueur des routes nationales. Ce réseau routier est composé de
deux routes nationales sur une longueur de 432 km, une route régionale de 126
km et 8 routes provinciales avec une longueur de 583km (voir la carte n°13). On
distingue des routes goudronnées et celles non goudronnées (voir tableau n°21).
Tableau n°21 : Réseau routier de la Province de Zagora.
Numéro
Type de la Non
de la Zone de liaison Goudronnée Total
route goudronnée
route
Route Mohmmadia-Lmhamid
nationale 9 233,230 - 233,230
12 Sidi Ifni-Bouaarfa 84,00 15,607 199,567
Route
108 Taznakhet-Tazarine 126,800 - 126,800
régionale
1515 Agdz-Afla-Ndra 12 - 12,000
Route régionale108-
1518 14,00 - 14,000
Tafetechna
Agdz-Zagora via
1519 10 90,447 100,447
Tanssikht et Beni zouli
Zagora –Aghebar via
1520 46,391 61,609 108,000
Bleida
Route Tinghir-N’kob via
1521 - 44,000 44,000
provinciale Ikniouen
Tagounite- Foum zguit
1522 via Zaouiat Sidi - 80,000 80,000
Abdenbi
Zagora – Tagounite via
1523 30 42,000 72,000
Foum Zguit
Tagounite-Zgdou via
1524 8 145,000 153,000
Zaouiat Sidi Saleh
Total 564,421 544,623 1143,244
Source : Direction Provinciale de l’Equipement et du Transport-Zagora- Mai-2016
La densité des routes goudronnées est estimée à 24,53 km par 1000 km2
ainsi que la répartition de ces routes par habitant ne dépasse pas 1,99 km pour
1000 habitants. Les données du RGPH de 2014 montrent des fluctuations entre les
collectivités territoriales en termes de distance moyenne de la route goudronnée la
plus proche.
127
- Direction Provinciale de l’Equipement et du Transport-Zagora- Mai 2016.
118
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°13: Réseau routier de la province de Zagora.
Source : Plan de Développement de la Province de la Province (PDP) de Zagora-2017- Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz - Novembre 2017.
119
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
En effet, si cette distance est presque nulle dans les communes d’Agdz, de
Mzguita et de Zagora, on constate, par contre, que cette moyenne se situe entre 5
et 14 km dans les communes de l’extrême nord de la Province comme c’est le cas
de N’kob, Tazarine et Ait Ouallal. Ce dernier cas de figure couvre également les
communes de la partie Est (exemple de la commune Ktaoua) et les communes de
la partie Ouest comme c’est le cas de la commune Bleida (voir carte n° 14).
Les chiffres de la direction provinciale de l’équipement et du transport de
Zagora concernant la densité d’utilisation du réseau routier par les automobilistes
montrent que la partie de la route nationale n°9 reliant Zagora et Agdz occupe le
premier rang avec un taux de 1660 véhicules par jour. Elle est suivie par le
tronçon qui relie Agdz et Ouarzazate avec un taux de 1000 véhicules/jour, puis la
partie reliant Zagora et Mhamid en troisième position avec un taux de 798
véhicules/jour et enfin, la partie qui relie Tanssikht et Tazarine appartenant à la
route régionale n° 108 vient en dernière position avec un taux de 511
véhicules /jour. Il est à signaler que le réseau routier de notre zone d’étude souffre
de certains défis ayant des impacts néfastes sur les utilisateurs, en l’occurrence,
l’ensablement qui touche plus spécifiquement la partie située au Sud de Zagora,
les travaux d’arts qui ne sont pas à la hauteur et qui ne prennent pas en
considération la violence de certains cours d’eaux surtout en périodes
d’inondations et l’aménagement des routes entre les constructions placées d’une
manière étroite entravent les travaux d’élargissement et d’entretien desdites
routes.
Quant au parc automobiliste, la Province de Zagora dispose de 1080
véhicules à utilisation personnelle et 1472 véhicules pour les autres utilisations y
compris les camions, les autocars et les transports touristiques.
120
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°14: Distance moyenne a la route goudronnée par communes.
Source : RGPH-2014-Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz -Septembre 2017.
121
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Certes, les territoires des CRE de Zagora sont fragiles mais, ne manques
pas d’atouts qui peuvent être valorisés et permettre ainsi un développement
soutenu vérifié en principe par la matrice suivante (tableau n°22) :
Tableau n° 22 : Synthèse de l’analyse « SWOT » des CRE étudiés.
Forces : Faiblesses :
Milieu naturel diversifié : oasis, Surexploitation des ressources naturelles et
dunes de sables, montagnes … fragilité de milieu
Produits de terroir valorisables Manque en matière de valorisation de produits de
terroir
Existence d’un ensemble de
Taux d’urbanisation faible
centres ruraux susceptibles de Les activités non agricoles moins diversifiées
restructurer le territoire Morcèlements excessifs de la surface agricole utile
provincial Complexité du statut foncier
Potentiel humain riche : la Patrimoine, non valorisé, se détériore de plus en
tranche d’âge 15ans- 59 plus
présente 57,2 %128 de la Manque d’équipements et services de base
L’exode rural et le désengagement des jeunes par
population de la Province
rapport aux activités agricoles
Patrimoine matériel et Taux d’approvisionnement en eau potable non
immatériel très riche et satisfaisant
diversifié Service d’assainissement liquide presque
Espace forestier très inexistant
important : 11179 hectares La plupart des CRE sont dépourvues des services
Réseau routier important
qui s’occupent des déchets solides.
Faible couverture en panneaux de signalisation
Taux d’électrification
routiers.
satisfaisant Déficit en ressources humaines qualifiées et
ressources financières dans les communes.
Opportunités : Menaces :
Emergence des institutions Surexploitation des ressources naturelles
internationales qui financent le
Stress hydrique et aléas liés aux changements
développement (JICA, PNUD,
ANABEL, GIZ…). climatiques
Les Agences de
Faible compétitivité du secteur agricole national
Développement : ADS,
ANDZOA… Fragilité du secteur touristique
L’Initiative Nationale de
L’ensablement de quelques axes routiers.
Développement Humain.
Plan Maroc Vert.
La mise en place des
programmes sociaux : PNRR,
PERG, PAGER…
Source : Construction personnelle sur la base des données du diagnostic territorial de Zagora-Février 2016.
On constate que le jugement porté sur le capital territorial est bien différent
du diagnostic que l’on pouvait effectuer ultérieurement. Des éléments naguère
128
- RGPH-2014.
122
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
ignorés, délaissés ou perçus comme négatifs se voient bien souvent qu’ils sont
susceptibles de jouer un rôle clé dans le développement. Il n’est pas rare qu’un
ancien handicap apparaisse aujourd’hui comme un atout et inversement. En effet,
les éléments de synthèse présentés dans le tableau n°24 nous ont permis de
considérer la construction et le suivi des Centres Ruraux Emergents comme étant
des enjeux majeurs pour le développement territorial de la Province de Zagora.
Conclusion du chapitre :
Le diagnostic des CRE de Zagora révèle certaines conclusions que nous
pouvons reformuler dans les trois points suivants :
Tout d’abord, la rugosité du climat fait de la rareté de l’eau un élément
contraignant le développement de ce territoire. Toutefois le changement des
comportements des populations, particulièrement ceux liés à la consommation et
au mode de vie, a eu un impact néfaste qui s’ajoute à la rareté de l’eau, à la
fragilité du milieu et la récurrence des années de sècheresse qui s’accélère
davantage à cause des effets liés aux changements climatiques. De plus, on
constate aussi des contraintes spatiales : dégradation de l’architecture ancienne
des douars, perte progressive de la spécificité du cachet architectural oasien,
introduction de styles et de constructions modernes même au sein des palmeraies,
ce qui engendre un phénomène d’urbanisation de ces oasis. Cette situation a pour
effet négatif de mener à l’abandon de pratiques adaptées à l’espace oasien, et par
là à une aggravation de l’appauvrissement. En effet, si les flux d’argent provenant
de l’émigration permettent l’entretien des parcelles, l’achat de motopompes,
l’acquisition de nouvelles terres agricoles, la création de projets économiques, la
construction des logements et la consolidation des budgets familiaux, il est aussi à
l’origine des bouleversements socio-économiques et culturels qui ont affecté les
populations et les espaces oasiens. La sécheresse qui sévit depuis plusieurs années
n’est pas le seul facteur explicatif. La fragilité de la base économique et sa
dépendance du secteur agricole tributaire à son tour des aléas climatiques 129 a fait
129 - Indirectement, même si l’agriculture est essentiellement irriguée, c’est la pluie qui alimente les oueds et sources
d’irrigation des terres.
123
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
que le territoire provincial perde de son attractivité vis-à-vis de la population
locale et régionale.
Ensuite, l’économie de Zagora reste fragile malgré les efforts qui visent le
renforcement de la vocation touristique et agricole. En effet, l’effort public en
matière d’infrastructures et de services administratifs et socio-culturels reste
insuffisant pour attirer les investissements du secteur privé dans le domaine
touristique. Si on ajoute à cela l’absence de la mise en place des circuits
touristiques englobant un ensemble de spécificités de ce territoire qui vont
permettre le maintien des visiteurs pour un maximum de jours, on peut
comprendre comment le secteur touristique n’a pas pu contribuer efficacement au
développement des territoires en question. De plus, le morcellement des terres
agricoles, l’inadaptation des cultures aux spécificités du climat et le manque en
matière de valorisation des produits de terroir ce sont des facteurs, entres autres,
qui minimisent la place du secteur agricole dans le tissu économique de la zone.
Enfin, l’urbanisme de ce territoire oasien est le résultat de la volonté
étatique d’intégrer ces zones présahariennes dans l’espace national en visant
l’atténuation des disparités régionales d’une part, et l’adaptation des oasiens à la
réduction de leur espace agricole qui ne suffit plus à leurs besoins en
accroissement constant, d’autre part. Il est devenu indispensable d’agir dans le
sens d’une meilleure adéquation des limites imposées par le milieu et les besoins
réels des populations de la vallée du Drâa. En effet, la position frontalière de la
Province de Zagora a également accentué le mouvement des qsouriens vers des
petites localités que nous avons qualifiées dans ce travail de thèse des CRE. Le
chapitre III qui suit cette conclusion traitera l’identification, le diagnostic et les
mécanismes de fonctionnement de ces derniers.
124
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Chapitre III : Les Centres Ruraux Emergents
comme entités socio-spatiales au cœur du
développement territorial de la Province de
Zagora.
Introduction du chapitre :
Ce chapitre traitera l’identification et l’analyse des caractéristiques des
CRE de Zagora. Il est à préciser que notre travail s’appuie sur des outils de
collecte des données auprès des communes et services concernés par la question
du développement des onze CRE sélectionnés. En effet, des canevas, des fiches et
des guides d’entretien ont été complétés et illustrés auprès des représentants des
différents services administratifs. Cela nous a offert des éléments du diagnostic
externe des entités socio-spatiales : objet de notre recherche.
Par ailleurs, les enquêtes-ménages et l’analyse de nos observations nous ont
servi comme éléments du diagnostic stratégique des CRE ; objet de notre travail
de recherche.
1-De quelques aspects des CRE.
La Province de Zagora compte 496 douars130, nous en avons sélectionné
quelques-uns à étudier à l’aide des entretiens semi-directifs avec les Directeurs de
Services131, les techniciens des communes et les responsables des divisions et
services de la Province. On a eu aussi des entretiens avec les chefs ; de la Division
des Collectivités Locales (DCL), de la Division de l’Urbanisme et
l’Environnement (DUE), de la Division des Affaires Rurales (la DAR), de Service
du Patrimoine, de la Planification et de l'Equipement (SPPE) et de Service du
130
- Ministère de l’Intérieur, l’Agence de Développement Social et 23 communes de la Province de Zagora – 2010-
monographies des communes et les Diagnostics Territoriaux Participatifs (DTP) qui se sont établis en 2010 dans le cadre de la
mise en place des Plans Communaux du Développement (PCD) en faveur des communes de la Province de Zagora.
131
- Dans le dispositif juridique de 2015, plus spécifiquement la loi 13-114, les Secrétaires Généraux sont devenues des
Directeurs de Services.
125
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Développement Rural (SDR). Tous ces intéressés ont des relations directes avec
les communes qui s’avèrent des acteurs incontournables pour le développement
des CRE en question.
Cet exercice, très délicat, nous informe sur la multitude des angles de vue
auprès des acteurs entretenus. Certains d’entre eux considèrent que la dynamique
économique est le critère principal qui distingue des territoires émergents de ceux
non-émergents, et par conséquent, présentent douar Aoujgal, qui fait partie de la
commune de Tazarine, ainsi que douar Tighmar, qui appartient à la commune de
Tamezmoute, comme des CRE, du fait que le premier douar est connu par une
dynamique en matière d’activités agricoles132 et le deuxième connait une
concentration d’activités industrielles artisanales133. Cependant, d’autres avancent
les critères de la densité de la population et les services présentés à cette
population. Dans l’objectif d’opérationnaliser la sélection des CRE, nous avons
opté pour la combinaison des trois critères cités ci-dessus.
Par ailleurs, les entretiens mentionnés ci-dessus nous ont permis d’identifier
15 douars et sous douars (voir tableau n°23).
132
- Douar Aoujgal est l’un des principaux sites de production des pastèques dans la Province de Zagora.
133
- Le souk hebdomadaire de « TLAT-n-Tghmar » est très connu dans la Province de Zagora. La concentration des
« maâlam » (forgerons qui produisent des outils artisanaux utilisés par les agricultures plus spécifiquement dans le labour et la
moisson, soudures, menuisiers…) permit à ce centre de pratiquer une attractivité sur les différentes zones du territoire de la
Province, depuis les années de 1980 à nos jours.
126
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Tableau n°23 : Les Centres Ruraux Emergents de la Province de Zagora.
Douars/sous-douars Commune mère Cercle
1. Tamgroute
2. Tazrout Tamgroute
3. Zaouiat Sid N'asse
4. Centre Tagounite Tagounite ZAGORA
5. M’hamid M'Hamid EL
6. Aarib Ghizlane
7. Bni Zouli (Centre) Bni Zouli
Tafetchna
8. Ait Lahcen TINZOULINE
9. Rbat El Mezouar
Tinzouline
10. El Haddane
11. Tamezmoute (Tighmar) Tamezmoute
12. Tagherout Afella N-dra
13. Tazarine Centre Tazarine AGDZ
14. N'Kob Centre N’Kob
15. Ajmou Ait Oualal
Source : Enquête de terrain-2015.
L’analyse comparative des caractéristiques et potentialités de tous les
douars et centres des communes de la Province de Zagora, basée sur les données
détaillées dans les fiches-douars présentés précédemment, a permis de leur
attribuer des notations par critère, objectivement arrêtées, et une notation générale
résultante.
Cette notation s’est basée sur les critères d’identification et de classement
présentés dans le premier chapitre de cette thèse. La note globale obtenue par
chacun des 15 douars/centres de la Province de Zagora a permis de les classer et
d’en identifier onze CRE (voir carte n°15).
127
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°15: Les Centres Ruraux Emergents de la Province de Zagora.
Source: Fond du Maroc- Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz - Décembre 2017.
128
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Selon le tableau ci-dessous, les CRE de la Province de Zagora sont, par
ordre de notation :
Tableau n°24 : Classement des CRE de la Province de Zagora.
Rang Centres Ruraux Emergents Notation Commune mère
1 Tamgroute / Tazrout / Zte Sid
37 TAMGROUT
N'asse
2 Centre Tazarine 35 TAZARINE
3 Centre N'KOB 34 N’KOB
4 Centre Tagounite 33 TAGOUNITE
5 M’hamid El Ghizlane et Douar M'HAMID EL
31
Aarib GHIZLANE
6 Bni Zouli (Centre) 30 BNI ZOULI
7 Rbat El Mezouar / El Haddane 26 TINZOULINE
8 Tamezmoute (Tighmar) 25 TAMEZMOUTE
9 Taghroute 24 AFELLA NDRA
10 Ajmou 24 AIT OULAL
11 Ait Lahcen 21 TAFETCHNA
Source : Enquêtes de terrain-2015.
L’identification et la hiérarchisation des 15 douars (voir tableau n°24)dans
la Province de Zagora a permis de choisir, comme centres émergents, les centres
suivants (voir carte n°15) : Tamgroute et ses environs (Tazrout/Zaouiat Sid
N'asse), le Centre Tazarine, le Centre N'KOB, le Centre Tagounite, le Centre Bni
Zouli, le Centre de M’hamid El Ghizlane et Douar Aarib, le Centre Rbat El
Mezouar/El Haddane, le centre Tamezmoute (Tighmar), le centre Taghrout, le
Centre Ajmou et Ait Lahcen.
Ces Centres ont des potentialités nécessaires pour fixer les migrants dans la
Province de Zagora, atténuer l’intensité de leurs départs vers les centres urbains
avoisinants, constituer des centres d’encadrement et des pôles de développement
d’activités concomitantes à l’agriculture, capter les investissements publics et
recevoir les investissements privés…
Dans ce qui suit, nous allons présenter les typologies et vocations
respectives de ces onze centres émergents, en mettant en évidence leurs capacités
réelles à encadrer la population, à lui assurer des conditions de vie favorables
d’installation, à attirer les investissements et à retenir les flux migratoires etc.
129
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
1.1- Typologie et vocations des CRE identifiés
Bien qu’il constitue un espace de cohérence historique, culturel et un
système d’interdépendance, le rural est un territoire hétérogène et fragmenté tant
au niveau économique, géographique que démographique. Il rassemble des
communes très prospères qui sont en contact direct avec celles moins favorisées et
subissent l’impact de la migration, de l’étalement urbain et des déséquilibres
socio-économiques.
Au regard de ces différences, le Zagora rural possède des atouts indéniables
qui permettent de fonder une forte ambition en matière de politique de
développement spatial pour son ensemble territorial dont voici les critères:
- Des communes importantes et dynamiques dans lesquelles émergent des
espaces de croissance économique porteurs de richesse dont la position
géoéconomique favorise leur évolution et leur urbanisation (voir carte n° 16),
qu’ils soient situés à proximité des villes (Zagora, Ouarzazate…) ou à proximité
de centres de production ou de foyers de consommation, de bassins d’emplois
et de grands projets structurants.
- Une tradition culturelle avec, un patrimoine particulièrement riche qui
reste encore à valoriser et une culture vivante qui a su se prolonger avec des
activités et des produits de terroir.
- Un patrimoine naturel exceptionnel (oasis, vallée du Drâa, désert…) qui
est le support d’une intense valorisation touristique, mais qui est particulièrement
fragile et devrait correspondre à des politiques d’aménagement privilégiant le
développement durable.
- L’enjeu transversal principal du territoire, objet d’étude est donc la
diffusion du développement des centres ruraux relais.
130
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°16: Evolution de l’espace bâti dans la province de Zagora entre 1974 et 2017.
Source : Images Satellitaires 1974 et 2017- Carte digitalisée par EL-ARABY- Abdelaaziz Novembre 2017.
131
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
En effet, la concentration croissante de la population dans les espaces
urbains a conduit les pouvoirs publics à concevoir des politiques destinées à
réduire la migration vers les villes. Ces politiques se justifiaient par le fait que la
croissance rapide des grandes villes est supposée engendrer des effets négatifs,
comme l’augmentation du chômage, du sous-emploi et l’extension de l’habitat
précaire.
Cette situation nous amène à évoquer une des recommandations des
Nations Unies qui considère toujours comme nécessaire de mettre en œuvre des
mesures « to reduce or even to reverse rural-urban migration, with the aim of
controlling the growth of the prime city or other large metropolitan areas »
(United Nations 1998).
La stratégie du développement rural est centrée sur la création d’emplois à
la fois agricoles et non-agricoles, l’amélioration des infrastructures (électricité,
eau, routes, …etc.), l’octroi de crédits aux petits exploitants agricoles, l’appui des
services de santé, l’amélioration de la formation,…etc. De telles interventions
sont motivées par le fait qu’en améliorant le mode de vie et en faisant croître le
revenu dans les zones rurales, on peut réduire la propension à l’émigration. Il
s’agit là d’une stratégie indirecte, dans la mesure où la rétention des populations
n’est généralement pas le premier objectif visé, mais plutôt un effet secondaire de
l’amélioration du bien-être dans les campagnes.
Ainsi, si la crise prolongée du monde rural qui nourrissait, pendant
longtemps, une émigration rurale de plus en plus massive vers les grandes villes
régionales et même nationales avait été derrière certaine évolution de la
population d’un ensemble de chefs-lieux des communes, elle est actuellement à
l’origine de l’apparition de nouveaux centres qui paraissent capables de prendre la
relève des villes. Nous citons à titre indicatif les centres des communes situées sur
les rives d’Oued Drâa (Mezguita, Tamezmoute, Ouled Yahia Lagraire,
Tamegroute…) ou de la route nationale N°9 (Tagounite, Fezouata, Bni Zouli,
Tinzouline, …).
La mixité des fonctions commerciales et religieuses a permis
l’épanouissement et le développement desdits centres, notamment, les plus grands
132
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
de taille, qui ont joué un rôle administratif en abritant les sièges de
commandement du Makhzen. A l’époque coloniale, ces centres abritaient des
sièges de caïds et jouaient, de ce fait, un rôle administratif important134.
La figure ci-après (figure n°5) révèle la typologie des CRE de Zagora selon
la note obtenue d’après mes résultats de l’exercice de classification. En effet, la
courbe résultante permet la distinction entre deux types: embryonnaire et
intermédiaire.
Figure n°5 : Typologie des Centres Ruraux Emergents de Zagora.
Source : Enquête de terrain-Mai 2015.
134
- MARZOUK Abderrahim, Centres ruraux et développement des montagnes au Maroc : Cas du Haut Atlas Central publie in
Organisation et Aménagement de l’Espace Rural au Maroc : Recherches et Actions- A l’occasion du 10ème anniversaire du
GREMR et en hommage au professeur Moussa KERZAZI - Coordination : Mokhtar lakhal et all- Editeurs : FLSH-Rabat, IEA
et INAU-Rabat Imprimerie Elmaârif Al jadida- RABAT-2016- PP 55-69.
133
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°17: Les Souks hebdomadaires de la zone d’étude.
Source : Plan du développement de la province de Zagora + enquête de terrain-2017.
134
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
En somme, les oasis de Zagora étaient encadrées, durant la période
précoloniale, par une armature rurale assez bien diversifiée, qui se compose de
centres « soukiers » (voir carte n° 17 à propos de la situation et le rayonnement
des souks de Zagora), de centres routiers135 (commerce caravanier), des centres
sièges de marabouts et de Zaouïas et des centres symbolisant le pouvoir central.
Parfois, tous ces éléments peuvent se regrouper dans un seul centre comme c’est
le cas des CRE de Tamgroute et Tazarine.
Durant la période coloniale, les actions et les interventions des autorités du
protectorat ont permis la consolidation d’un ensemble de centres ruraux
préalablement existants et l’apparition d’autres. Les bureaux de commandement et
les postes de contrôle, avec tout ce qu’ils ont entrainé comme équipements
publics de base, ont constitué le point de départ pour un nombre important de
CRE (Tazarine, N’kob, Tamezmoute, Tinzouline, Tamgroute et M’hamid).
1.2- Les Centres Ruraux Emergents comme des leviers pour le
développement territorial de la Province de Zagora.
Malgré le faible taux de croissance enregistré depuis 1994 dans la Province
de Zagora, les CRE n’ont pas cessé d’enregistrer une augmentation remarquable
de leur population. Cette dernière est passée de 23.462 habitants en 1994 à 27.035
en 2004. En 2014, cette population a atteint 29.684136 (voir figure n°6), un
pourcentage de 10 % de population totale de la Province de Zagora et 11,6% de sa
population rurale.
135
- MARZOUK Abderrahim, Op. Cit.- P57.
136
- RGPH de 1994, 2004 & 2014.
135
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n°6 : Évolution de la population des CRE de Zagora entre le
RGPH de 1994 et 2014.
Source : Enquête de terrain + RGPH -1994 et 2014
Par ailleurs, la charte communale de 1976 a constitué le point de départ de
la politique de décentralisation et de déconcentration, en contribuant au
renforcement du rôle que jouent les CRE, à travers les équipements publics qui y
sont implantés. Les différents découpages administratifs successifs ont envisagé le
même chemin. Dans ce sens, le découpage communal de 1992 a permis de créer
trois nouvelles communes137 dans la Province de Zagora, en l’occurrence, la
commune d’Afla-N-Dra, d’Ait Ouallal et d’Ait Boudaoud. Par conséquent, le
nombre de communes dans notre zone d’étude est passé de 22 à 25 communes,
soit un taux d’augmentation avoisinant 13%. Les trois nouvelles communes ont
été dotées des chefs-lieux et de principaux équipements de base.
137
- Monographie de la Province de Zagora – 2012 – P 35.
136
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
2-Caractéristiques démographiques et socio-économiques des CRE
enquêtés
Après avoir mené une enquête de terrain dans les CRE, nous remarquons
que les diverses caractéristiques démographiques et socio-économiques peuvent
nous permettre de cibler les éléments essentiels sur lesquels s’effectuent nos
analyses, nos commentaires et nos comparaisons des unités socio-spatiales
étudiées.
2.1. Persistance de la famille nombreuse.
Les résultats de l’enquête de terrain démontrent en général, la résistance de
l’une des caractéristiques rurales des CRE étudiés, il s’agit de la structure
démographique (type et nombre de personnes par ménage). En effet, la famille
étendue continue d’exister fortement malgré les influences poussant au passage à
la famille restreinte. Ainsi, les ménages composés de plus de cinq personnes
représentent plus de 73,8%. Cet état de fait ne va pas de pair avec les tendances
démographiques à l’échelle nationale y compris le milieu rural. Ce dernier connait
une régression des niveaux de fécondité et une prééminence de la famille
nucléaire au détriment de la famille étendue, ce qui s’est accompagné par
l’extension des logements adaptés à l’accueil des ménages restreints.
En relation avec cette situation démographique, il y a lieu de s’arrêter sur la
prédominance du mode de vie traditionnel des CRE étudiés, dans lequel l’individu
est fortement connecté avec les différentes structures socio-spatiales de la famille
jusqu’à la tribu. En fait, l’existence de plusieurs membres dans une famille
explique la pérennité des réseaux sociaux hiérarchisés socialement en fonction du
pouvoir du père, le chef de ménage, et solidaires économiquement en même
temps. Cette organisation sociale considère les familles comme des unités de
production dont chaque membre est responsable d’une tâche au sein de
l’exploitation agricole, dans le cadre d’une organisation économique et sociale
conforme au mode de production traditionnel. De ce fait, la famille est une
structure socioéconomique de production et de consommation, un modèle du
vivre ensemble et de coexistence entre plusieurs générations composées d’enfants
et de jeunes, de conjoints et de grands parents.
137
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n° 7: Nombre de personnes par foyer.
Source : enquête de terrain-2015.
Par ailleurs, ce caractère général cache des disparités entre les CRE étudiés.
En fait, les familles nombreuses sont plus répandues dans le centre Tamgroute, où
les ménages de plus de cinq personnes y représentent presque la moitié et ceux de
plus de dix personnes représentent 13%. Cependant, les deux autres centres
(Taghroute et N’kob) connaissent une dynamique démographique différente,
selon les résultats de l’enquête de terrain. Ce qui nous amène à dire qu’ils ont
tendance vers l’extension de la famille nucléaire. En effet, les ménages de plus de
dix personnes n’existent plus à Taghroute et ne représentent que 5,9% à N’kob.
De même, dans ces deux CRE, il y a une tendance vers l’apparition d’une
indépendance dans le logement. Ceci reflète une mutation dans les relations
familiales renforçant l’individualisme et dépassant les coutumes du vivre
ensemble. Ce qui explique l’émergence de nouvelles formes d’adaptation entre la
famille nucléaire et la famille mère étendue. Cette tendance dans les deux CRE
précités semble refléter des mutations sociales et économiques, caractérisées par
la détérioration de l’économie locale basée sur l’agriculture vivrière qui a
138
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
longtemps considéré la famille étendue comme un de ses piliers, ce qui, par la
suite, conduit à l’apparition de nouvelles formes de logement.
2.2. Habitat et conditions d’acquisition de logement
Statut d’occupation et mode d’acquisition
La proportion des ménages propriétaires est la plus dominante, car les
propriétaires de logement représentent 88.1 % de l’ensemble de la
population de l’espace de l’enquête, en même temps, les locataires ne
représentent qu’une minorité de l’ordre de 7.1%, ce qui est tout à fait
normal dans un espace rural et désertique. L’accès à la propriété est
considéré par les ménages des centres enquêtés comme un objectif
fondamental pour assurer la stabilité et la pérennité du ménage.
Figure n° 8: Statut de l’occupation des logements par les ménages.
Source : enquête de terrain -2015.
Le mode d’appropriation de l’habitat est en général comme le montre le
graphe ci-dessous, dominé par deux types de logement, à savoir, l’héritage (45.2
%) et la construction personnelle (40.5 %).
139
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n° 9: Mode d’accès à la propriété des logements.
Source : enquête de terrain -2015.
Occupation de l’habitat
Le nombre de pièces occupées constitue un indicateur pertinent des
conditions d’habitation des ménages. Aux CRE enquêtés, les ménages disposent
en majorité de plus de trois chambres soit 75.1%, en revanche 3.6 % des ménages
occupent des logements n’excédant pas deux pièces.
Tableau n°25 : Nombre des chambres occupés par ménage
Nombre des chambres Pourcentage Pourcentage cumulé
2 4.7 4.7
3 19 23.7
4 17.9 41.6
5 16.7 58.3
6 7.2 65.5
Plus de 6 34.5 100
Total 100
Source : enquête de terrain -2015.
Le nombre de pièces n’est pertinent que s’il est rapporté à la superficie de
l’habitat (Figure n°10 ci-dessous), ainsi les habitations sont relativement étendues,
à savoir, la moitié (53,5%) s’étend sur une surface de 100 à 200 mètres voire plus.
140
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n°10: La surface de l’habitat par ménage.
Source : enquête de terrain -2015.
En comparant la superficie des habitations avec les matières de
construction, on peut ressortir que l’aspect rural prédomine le paysage
architectural des trois centres, sachant que plus de 40% des logements sont
construits en pisé et pierres comme le montre le tableau ci-dessous.
Tableau n°26 : Matières de construction
Matières de construction Pourcentage Pourcentage cumulé
Pisé 35.7 35.7
Pisé et pierre 7,2 42.9
Béton armé 25 67.9
Partie en béton armé et autre 29.8 97.7
partie en pisé
Mélange du béton armé et 2.3 100
les matières locales
Total 100
Source : enquête de terrain -2015.
141
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
2.3- Niveau d’instruction des chefs de ménages
D’après l’enquête menée au niveau des trois CRE, le niveau d’instruction
des chefs de ménages est assez variable. La part des analphabètes est beaucoup
plus importante de l’ordre de 53.6 %, en même temps, les chefs de ménages qui
ont fait des études primaires est de l’ordre de 16.7 %, alors que seulement 16.6 %
ont un niveau secondaire. En revanche les chefs de ménages ayant un niveau
d’études supérieures n’excèdent pas 13.1 %. Cette situation ne semble étrangère
du milieu rural marocain et surtout dans les zones reculées et montagneuses.
Tableau n° 27 : Niveau scolaire des chefs de ménages.
Niveau scolaire Pourcentage Pourcentage cumulé
Sans 53,6 53,6
Primaire 16,7 70,2
Collège 8,3 78,6
Lycée 8,3 86,9
Université 13,1 100
Total 100 100
Source : enquête de terrain -2015.
Toutefois, de légères différences existent d’un centre à l’autre, le taux
d’analphabétisme atteint respectivement 57,7 % et 57,6 à Tamgroute et à N’kob.
Figure n°11: Niveau d'instruction des chefs de ménages par CRE.
Source : enquête de terrain -2015.
142
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Le niveau d’instruction semble avoir une relation avec l’âge du chef de
ménage. Deux types de ménages se distinguent, ceux dirigés par un exploitant
âgé, le plus souvent analphabète et ceux dirigés par un exploitant jeune, âgé entre
25 et 45 ans, ayant acquis un niveau d’instruction primaire ou secondaire dans la
majorité des cas.
2.4- Professions des chefs de ménages
Compte tenu du niveau d’instruction et de la fonction spatiale des centres
enquêtés, les activités principales des chefs de ménages se répartissent comme ci-
après :
Tableau n°28 : Métier de chef de foyer.
Pourcentage Pourcentage cumulé (100)
Secteur primaire 21.4 21.4
Secteur secondaire 2.4 23.8
Secteur tertiaire 65.5 89.3
Retraité 8.3 97.6
Sans métier 2.4 100
Total 100
Source : enquête de terrain -2015.
Il ressort de ce tableau que 65,5% des chefs de ménages exercent des
activités du secteur tertiaire, cela montre le rôle que jouent ces centres en matière
de commerce et de services (voir la carte n°18) en étant des places centrales du
niveau local vis-à-vis de l’espace environnant.
La prédominance de commerce s’est accompagnée de l’installation de
certaines activités et services qui profitent de l’animation qu’offrent les centres
pour se développer et se faire une clientèle plus ou moins large.
Vient en deuxième position, le secteur primaire ; un cinquième des chefs de
ménages pratique des activités agricoles en dehors du centre et préfère s’installer
au centre en investissant le revenu agricole dans la construction de logements
modernes.
143
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°18: Evolution des activités commerciales138 et économiques locales dans les Centre Ruraux Emergents entre 1994 et 2017.
Source : Monographies des communes concernées, Plan d’actions de certaines communes et enquêtes de terrain-2016-Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz -Octobre 2017.
138
- Nous voulons dire par activités commerciales locales : les petits commerces et des métiers artisanaux (mécaniciens, poteries, forgerons, cordonniers…).
144
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
2.5. Sources de revenus et dépenses des chefs de ménages
Dans quelle mesure les sources des revenus des habitants des CRE ne
répondent pas à leurs besoins et ne couvre pas leurs dépenses parfois excessives ?
2.5.1 –Principales ressources des ménages
Etant donné que les sources de revenus sont diversifiées, composées de
sources principales (activités principales) et de sources complémentaires (revenu
d’une activité secondaire, appui d’un membre de la famille, de descendants ou
autres sources), il importe de signaler que la majorité des chefs de ménages
(73,8%) se déclare insatisfaite de ses revenus. Ceci peut s’expliquer, entre autres,
par la forte contribution des sources complémentaires dans leurs revenus, surtout
que seulement 1,2% d’entre eux ont des revenus basés sur une source principale.
En même temps, les ménages qui bénéficient du transfert d’argent de leurs
enfants immigrés à l’intérieur ou l’extérieur du pays restent limités à 22,6%. Ces
immigrés sont répartis, principalement à l’échelle nationale pour 52,4% des
ménages, dont 1,2% à l’intérieure de la région (voir la Figure n°12 ), or les
ménages qui ont des membres de famille nucléaire à l’étranger (source qui nous
semble pérenne) ne représentent que 9,5%.
Figure n°12: Lieu du travail des chefs de ménage en %.
1%
A l'intérieur de la région
38%
A l'extérieur de la région
51%
A l'étranger
Non concerné
10%
Source : enquête de terrain -2015.
145
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
En plus des observations précédentes, on peut fouiller d’autres paramètres
relatifs aux sources de revenus des ménages, à savoir, le lieu de travail du chef de
ménage et lieu de son approvisionnement, si cela aura en quelque sorte un
complément à notre analyse. Ainsi, d’après les données de l’enquête, la majorité
(81%) des chefs de ménages, travaille dans le même centre qu’elle habite, alors
que 13,1% exercent un métier/fonction hors de la Province de Zagora et
seulement 3,6% sont à l’étranger et 2,4% dans d’autres communes à l’intérieur de
la Province (voir la Figure n°13).
Figure n°13: Lieu de travail des chefs de ménage en %.
4%
2% 13%
Même centre
Autre commune
Extérieur de la
province
Etranger
81%
Source : enquête de terrain -2015.
Quant aux lieux d’approvisionnement des ménages, on constate que la
majorité soit 91,7% s’en procure des souks hebdomadaires de leurs centres de
résidence.
2.5.2 –Principales rubriques de dépenses
Les résultats de l’enquête de terrain par le biais du questionnaire montrent
que la situation des ménages, par rapport aux dépenses diffère entre ; dépenses
insupportables (grande difficulté), dépenses abordables (difficulté moyenne) et
dépenses à la portée (faible difficulté). Cette différence est liée au niveau de revenu
et des priorités des ménages par rubriques de dépenses. En général, les ménages
146
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
des CRE de la Province de Zagora ont leur particularité, et c’est celle-là qu’on a
relevée par l’analyse des résultats de l’enquête.
La première observation frappante est que la majorité des ménages
(91,7%), trouve une grande difficulté pour subvenir aux besoins de l’alimentation,
en comparaison avec une autre enquête effectuée en 2008 dans le cadre du
mémoire de master, portant sur le centre de Tahnaout, la même tendance a été
observée, sauf que ce constat ne concerne presque que la moitié des ménages
(44%).
Il est fort important de constater que parallèlement à la première
observation, seulement les dépenses relatives aux frais des services de la santé
sont abordables. En effet, plus de la moitié des ménages (54,8%) trouvent que
cette rubrique de dépenses ne leur pose que des difficultés moyennes. Ceci
semble s’expliquer par le faible recours aux services de santé, soit par le manque
de l’offre, et le faible revenu qui les forcent à remettre cette rubrique en seconde
plan, voire la bonne résistance de la population aux maladies (immunité) et
l’existence des alternatives comme la médecine traditionnelle.
Cependant, plus de la moitié des ménages trouvent que les dépenses des
équipements électroménagers et de l’habillement sont à leur portée,
respectivement chez 58,3% et 57,1% des ménages.
Toutefois, les loisirs et les activités culturelles ainsi que le transfert d’argent
ne concernent qu’une minorité des ménages, respectivement, 10,8% et 31%, de
plus, les dépenses de transport ne concernent que 60% des ménages.
Ainsi, on constate que les CRE de la Province de Zagora, se caractérisent
par l’acuité de la pauvreté à cause de la précarité des ménages sous le poids des
dépenses pour subvenir aux besoins quotidiens de première nécessité, sachant que
dans un territoire rural les dépenses de loisirs, culture et transport… sont très
rares, elles ne concernent qu’une minorité des ménages.
147
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n°14: Degré de difficulté rencontrée par les ménages par rapport aux
dépenses en%.
Grande Moyenne
91,7
Faible Non concerné
Valeurs manquantes 83,3
64,3
57,1 58,3
54,8
48,8
45,2
39,3
32,1
22,6 23,8
19
15,5 15,5 14,3
7,1 10,7 7,1 9,5 4,8 10,7
8,3
4,8 6 4,8 3,6 3,6 6 4,8 4,8 6
2,43,6 2,4 2,4 1,2
0 0 0
Source : enquête de terrain -2015.
La lecture des données que nous avons collectées sur les CRE de Zagora,
montre qu’à l’exception des études entamées par l’Agence Urbaine de
Ouarzazate, Zagora et Tinghir (AUOZT) pour la dotation de certains d’entre eux
en PDAR, on se retrouve devant des espaces sans aucune véritable identité sur le
plan administratif et institutionnel. Certes, dans notre cas d’étude des CRE
identifiés sont des chefs-lieux de la commune à laquelle ils appartiennent, ce sont
des données, d’ailleurs, qui renforcent leurs fonctions de services. Mais, les
données socio-économiques et sociodémographiques de notre enquête de terrain
font apparaitre qu’il s’agit d’entités socio-spatiales, embryonnaires et
intermédiaires entre le rural et l’urbain, qui commencent à exercer certaine
148
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
attractivité sur d’autres douars de la même commune et sur d’autres communes de
la Province.
Conclusion du chapitre III :
L’analyse d’une partie des données issues de l’enquête-ménages révéle
certaines particularités quant au statut socio-démographique et socio-économique
des CRE étudiés. En effet, les comportements des populations de ces derniers sur
les plans démograhique, social et économique donnent une certaine impression
qui permetterait de dire qu’il s’agit des territoires qui sont à mi-chemin entre le
milieu rural et urbain.
Certes, ces territoires (les CRE) ne répond pas à nos attentes quant à leurs
capacités d’encadrement et de restructuratrion de la province de Zagora, du fait
qu’ils ne jouissent pas d’une dynamique socio-économique et urbanistique
suceptible d’acceuillir et d’assurer l’intégration des nouveaux immigrés. Mais, ce
constat serverait pour attirer la sonnette d’alarme quant à la déffaillance des
démarches et modes de construction, d’organisation, d’érigition et
d’hiérachisation de nos villes. Tous les acteurs sont invités donc à revoir leurs
démarches d’intervention de sorte à ce que le processus de construction et de
développement des villes soit en harmonie totale avec les besoins des territoires et
de leurs populations sur tous les niveaux. Par conséquent, les CRE semblent être
des espaces pertinent pour la construction des villes futures.
Conclusion de la première partie :
Pour conclure cette première partie, on peut souligner que le Maroc entame
depuis la fin des années 90 un processus d’essai de réadaptation d’une démarche
de gestion des affaires publiques locales aux besoins et spécificités des territoires.
Ce chantier débute par la mise en place d’un nombre de programmes dits
« intégrés », par la création des institutions et des chantiers consacrés au
financement du développement (ADS, ANDPN, ANDZOA, INDH…), par la
mise en place des plans nationaux sectoriels et par des stratégies du
149
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
développement y compris la Stratégie Nationale de Développement Rural
(SNDR) pour arriver en fin de compte au lancement du chantier d’adoption de la
démarche territoriale de 2007. En effet, la constitution de 2011 et les dispositifs
juridiques relatifs aux communes homologués en 2015 confirment cette tendance
à la consécration de la démocratie participative et représentative.
Par ailleurs, Les CRE de Zagora, projet de notre thèse, ont été l’objet des
actions et programmes que nous avons soulignés ci-dessus. Cependant, le
diagnostic territorial présenté dans ce qui précède permet de s’interroger et
d’éprouver un sentiment de doute quant à l’aboutissement de tous les efforts
déployés par rapport à la territorialisation des politiques publiques qui a pour but
l’insertion des projets dans leur territoire pour en faire de véritables leviers du
développement139. De plus, les CRE étudiés n’ont pas pu jouer le rôle de
restructuration, de réorganisation de territoire et de développement dont cet
espace fragile a besoin. Cela nous amène à nous interroger sur le rôle des acteurs
et la nature des actions menées dans ce territoire plus spécifiquement celles qui
abordent directement ou indirectement les CRE de Zagora. De plus, l’exercice
d’intégration des données permet de mieux cerner les obstacles et les marges de
manœuvre dont disposent les acteurs locaux, d’appréhender la faisabilité du projet
de territoire, de comprendre les stratégies adoptées et d’évaluer comment
l’approche territoriale crée de la valeur ajoutée. Cette prise en compte du capital
territorial révèle aussi les stratégies adoptées par les acteurs locaux. Soutiennent-
ils, voire renforcent-ils les dynamiques du territoire, quitte à approfondir les
déséquilibres internes ? A l’inverse, interviennent-ils sur les points faibles de leur
territoire en tentant de réduire les écarts ? Privilégient-ils un thème fédérateur
particulier et spécifique ou envisagent-ils une diversification des interventions ?
Quelles sont les attentes et les aspirations des populations dans le domaine de
développement ? Et en quoi consistent les éléments de la vision stratégique pour
le développement territorial de la zone objet de ce projet de thèse ? Ce sont des
questions auxquelles nous allons présenter des éléments de réponse dans la
deuxième partie de cette recherche.
139
- EL KADIRI Nacer, 2007-Op. Cit. – P25.
150
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Partie II :
Acteurs de développement, vision
stratégique et perspectives du
développement des CRE de Zagora
151
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Introduction de la deuxième partie :
Dans un territoire où la rudesse du climat parait une donnée structurelle et
le caractère rural et la fragmentation des espaces sont une réalité incontestable,
l’étude de l’action publique territoriale s’avère nécessaire.
Ainsi, cette deuxième partie est réservée à la relecture de l’identité et de la
consistance des principales actions mises en place par les différents acteurs dans
notre zone d’étude tout en mettant l’accent sur la position qu’occupent les CRE
dans toute intervention. Dans le but d’éclaircir le degré de satisfaction des besoins
des populations locales, le deuxième chapitre de cette partie est consacré aux
attentes des populations par rapport aux principaux axes du développement. On y
accorde une importance capitale aux mécanismes de fonctionnement des
tendances exprimées par les enquêtés et à l’évaluation de la convergence des
différentes actions.
Par ailleurs, les leçons tirées à travers l’étude des attentes constituent un
point de départ et une plateforme sur lesquels les trois grands axes de la vision
stratégique pour le développement des CRE de Zagora seront conçus et analysés
dans le troisième et dernier chapitre de cette dernière partie de notre projet de
thèse.
152
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Chapitre I : les acteurs du développement, quels
acteurs pour quelles actions ?
Introduction :
Les acteurs du développement des CRE sont les mêmes que ceux du monde
rural. Ils sont nombreux et nous pouvons les classer en trois grands types, en
l’occurrence l’Etat et ses instances, les collectivités territoriales et la société
civile, (ONG internationales et associations locales).
1. L’Etat et ses instances administratives territoriales
L’Etat a un rôle primordial à jouer dans le développement territorial du
monde rural d’une manière générale et dans le développement des CRE plus
particulièrement. Mettre en place des conditions favorables au développement sur
le plan institutionnel et économique, veiller à la mise en place de l’équité sociale,
assurer la mission d’arbitrage et de régulation, garantir l’instauration du concept
de la subsidiarité sont parmi des attributions de l’état à l’égard des territoires. En
effet, le gouvernement et les établissements administratifs constituent des
instruments principaux sur lesquels s’appuie l’Etat dans la conception et la mise
en place de l’action publique territoriale.
1-1- Le gouvernement et la conception des stratégies du
développement rural
La mise en œuvre des projets de développement des centres ruraux
émergents dans le cadre du programme de développement rural intégré repose
fondamentalement sur une responsabilité partagée et concrétisée par un contrat
entre les élus locaux et le gouvernement. Elle nécessite également une
mobilisation et un engagement concrets autant des organisations et des institutions
locales et régionales que des citoyens. Enfin, elle requiert que le gouvernement
assume un rôle stratégique d’accompagnement des communes avec le
convoiement des objectifs de la politique nationale de la ruralité.
153
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Sans doute, le gouvernement est-il conscient de l’importance de son rôle en
matière de développement rural, et ce, sur deux plans : D'abord, par la mise en
avant des politiques, programmes, mesures et budgets pour soutenir, promouvoir
les secteurs d’activité et pour assurer les services aux populations habitant en
territoire rural. Ensuite, on doit appuyer les démarches des communautés rurales,
en les accompagnants techniquement, et parfois financièrement, à travers les
étapes de la réflexion et de l’action directe sur le terrain, en mettant à leur
disposition des moyens et l’expertise de l’appareil public. C’est pourquoi, le
gouvernement est appelé à jouer son rôle d’accompagnateur des collectivités140
tout au long de la mise en œuvre de la stratégie de développement des Centres
Ruraux Emergents.
Par ailleurs, les gouvernements qui se succèdent depuis les années 90 ont
pu introduire une panoplie de stratégies et de mécanismes visant le financement
du développement rural. Mais, avant de passer en revue les principales actions
menées par les services déconcentrés de la Province de Zagora dans le cadre de
l’exécution des programmes et stratégies conçues par le gouvernement, il s’avère
opportun, tout d’abord, de mettre en évidence la philosophie et les objectifs de la
stratégie nationale de développement rural et la stratégie nationale des oasis en
particulier.
D’ailleurs, le lancement du débat national sur l’aménagement du territoire,
dont les synthèses ont été élaborées en 2002, constitue une phase transitoire dans
le mode de conception des politiques publiques. En effet, la détermination des
orientations de l’aménagement du territoire a donné le coup d’envoi pour
l’adoption de la planification stratégique. Ce processus, qui se poursuit
actuellement, est marqué par l’élaboration d’une nouvelle stratégie de
développement rural conçue et pilotée par le secrétariat d’Etat chargé de
développement territorial.
154
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
1-1-1-La stratégie Nationale de Développement Rural (SNRD)
Elle est conçue comme une réponse à la nécessité d’accélérer le processus
de développement rural. Effectivement, l’Etat a déployé des efforts, depuis le
milieu des années 90, dans le cadre d’un ensemble de programmes, en
l’occurrence, le Programme d’Electrification Rurale Globale (PERG), le
Programme National des Routes Rurales (PNRR) et le Programme
d’Approvisionnement Groupé en Eau Potable des Populations Rurales (PAGER).
De ce fait, toutes les interventions ont contribué à l’amélioration des conditions de
vie des populations du monde rural.
Cette stratégie offre un cadre de travail basé sur la dimension territoriale
qui va permettre la création des conditions d’une dynamique continue qui
permettra de corriger les déséquilibres et de valoriser le potentiel des zones
rurales. Elle vise aussi la satisfaction d’une série d’ambitions et d’enjeux
prioritaires en faveur des territoires ruraux que nous pouvons citer dans ce qui
suit141 :
Améliorer l’attractivité du milieu rural et la qualité de vie de la
population (amélioration des conditions de vie et appui à l’urbanisation
intermédiaire).
Promouvoir la compétitivité de l’économie rurale (diversification des
activités non agricoles génératrices de richesses et d’emplois).
Assurer les conditions de durabilité environnementale (préservation
de l’environnement des territoires ruraux et gestion et valorisation du patrimoine
naturel et culturel).
A cet effet, le FDR créé par la loi de finances n°32-93, le 28 février 1994.
Après avoir passé en revue les axes stratégiques de la SNDR, nous allons
voir, par la suite, les modes opératoires de cette stratégie, leurs approches ainsi
que leurs objectifs stratégiques et leurs fondements.
141
- ADIDI Abdelaziz (2009) – De l’aménagement du territoire au développement territorial : Quelle transition et quelle
articulation ? in : Développement local et cohésion territoriale- Actes du colloque international organisé par la Faculté des
Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Mohamed V –Rabat les 19 et 20 juin 2009- P161.
155
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Les modes opératoires142
Il ya six modes opératoires de La stratégie nationale du développement
territorial. Il s’agit des projets de territoire, d’une démarche d’appel à projets,
d’une démarche contractuelle, d’une culture de proximité et de participation ainsi
que des moyens de financement convergents et une gouvernance convenable au
développement rural.
Les approches de la Stratégie Nationale de Développement Rural (SNDR)
La SNDR se base sur une vision territoriale de développement qui s’étale
sur un horizon d’une dizaine d’années. Il s’agit aussi d’une vision qui intègre
toutes les composantes du développement durable (économique, sociale,
culturelle et environnementale). Elle s’appuie sur un développement à géométrie
variable des territoires d’intervention (communes, territoires de projets,
Provinces, régions…).
En effet, la SNDR constitue une vision souple et adaptable selon la nature
des problématiques et les particularités des territoires visés. En plus, elle favorise
une modulation des choix et du rythme de prise en charge des responsabilités en
fonction des priorités et des besoins locaux et régionaux.
Du côté de la gouvernance, la SNDR vise la responsabilisation des élus,
l’application du principe de subsidiarité comme elle se penche sur l’harmonisation
des politiques spécifiques à des territoires particuliers ou encore des politiques
sectorielles à incidence territoriale.
Les finalités et les objectifs stratégiques143
La SNDR a plusieurs finalités. D’abord, elle a une finalité territoriale qui
consiste à réduire la dispersion de l’habitat rural et renforcer l’encadrement
territorial du monde rural. Ensuite, une finalité sociétale qui vise la lutte contre la
pauvreté, la promotion du développement humain et la réduction des disparités
142
- Stratégie Nationale de Développement Rural : Vision, Bilan et Perspectives. Forum sur le développement rural organisé le
12 octobre 2011, à rabat au siège du MHUAE. P.16.
143
- Stratégie Nationale de Développement Rural (SNDR). Op. Cit. p.17.
156
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
villes - campagnes en matière de services à la population, une finalité
économique qui vise la promotion d’une économie rurale compétitive, diversifiée
et génératrice d’emplois, valorisant les potentialités dans différents secteurs
d’activité, une finalité environnementale qui se concrétise dans une gestion
durable des ressources naturelles, respectueuse des particularités territoriales.
Enfin, une finalité institutionnelle vise la mise en place d’un cadre réglementaire
et institutionnel favorisant le processus de développement rural (voir tableau
n°29).
Tableau n°29: Les finalités et les objectifs de la stratégie nationale de
développement rural.
Finalités Objectifs stratégiques
• Lutter contre la pauvreté et promouvoir le
développement humain par la diversification des
emplois ;
Sociétale et • Réduire les disparités villes - campagnes en matière
territoriale de services à la population ;
• Réduire la dispersion de l’habitat rural ;
• Renforcer l’encadrement territorial du monde rural ;
• Promouvoir le développement équilibré des zones
périurbaines ;
• Renforcer l’économie rurale en diversifiant les
Économique activités et les compétences locales ;
Améliorer l’attractivité et la compétitivité des zones
rurales et valoriser leurs potentialités territoriales.
Préserver l’environnement et créer les conditions de sa
Environnementale
durabilité.
Mettre en place un cadre réglementaire et institutionnel
Institutionnelle propre à favoriser durablement le processus de
développement rural.
Source (avant modifications) : Direction de l’Aménagement du territoire (DAT) – Stratégie de développement Rural-2013-
[Link].p39.
Les fondements de la SNDR144
La nouvelle approche de développement rural prônée par le secrétariat
d’Etat chargé du développement territorial se base, d’abord, sur les stratégies et
les politiques intéressant le monde rural (stratégie 2020, SNAT, …). Ensuite, elle
144-
SNDR. Op. Cit. p.16.
157
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
œuvre pour la consolidation de l’action publique en matière de programmes
menés en faveur des zones rurales (INDH, MCA, PNRR, PAGER, PERG, …).
Puis, elle rompt avec l’approche traditionnelle qui considère le développement
agricole comme la seule composante pour toute forme de développement rural.
Enfin, elle prend en considération l’interdépendance entre le milieu rural et le
milieu urbain.
Figure n°15 : les fondements de la Stratégie Nationale de Développement
Rural
Stratégies et
politiques
touchant le
monde rural
Rupture avec Consolidation de
Stratégie Nationale
l’approche l’action publique
du Développement
traditionnelle de dans le monde
Rural
développement rural
rural
L’interdépendance
entre le rural et
l’urbain
Source (avant modifications) : Direction de l’Aménagement du territoire (DAT) - Stratégie du développement Rural-2013-p37.
Cette stratégie cherche, d’ailleurs, la consolidation de la planification
stratégique participative, puisqu’elle s’appuie sur certains instruments dont les
plans communaux de développement, les projets de territoire pour les
intercommunalités et les Schémas Régionaux de l’Aménagement du Territoire
(SRAT) constituent les ressorts puissants de l’organisation de l’espace.
Néanmoins, le recours à ce modèle qui considère le développement rural comme
un tout avec une multitude d’intervenants (voir tableau n°30), soulève le problème
de coordination et de convergence des actions menées par les différents acteurs.
158
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Tableau n°30 : les acteurs de développement rural
Organismes Attributions
Veille à la conduite et la mise en œuvre de la stratégie nationale de
développement agricole, il a une autorité de tutelle sur les projets mis en
Ministère de œuvre dans le cadre de cette stratégie. Ses structures au niveau régional
l’Agriculture et de la (offices régionaux de la mise en valeur agricole (ORMVA) et au niveau
Pêche Maritime provincial (directions provinciales de l’agriculture (DPA)) assurent
l’exécution des actions.
Assure la sécurité territoriale, veille à l’exécution des actions de l’INDH, gère
les terres collectives et participe au développement local. Les représentants
locaux dudit ministère jouent un rôle très important du fait qu’ils président
Ministère de l’intérieur plusieurs comités au niveau provincial et régional.
Les divisions des collectivités locales siégeant au sein des Province s jouent
un rôle primordial en matière d’élaboration des PCD des communes rurales.
Ministère du Tourisme S’occupe de la promotion et développement de l’activité touristique dans le
monde rural.
Ministère de la Santé S’occupe de l’amélioration de dispositif relatif à la santé en milieu rural à
travers l’amélioration de l’accès aux soins de santé et aux infrastructures et
équipements sanitaires.
Office National de Par le biais de PAGER et de PERG, les deux programmes ont participé à
L’Electricité /Office l’électrification du monde rural et à l’approvisionnement en eau potable des
National de l’eau Potable populations rurales.
Par exemple, le PAGER a permis une augmentation du taux d’accès à l’eau
dans les zones rurales de 14% en 1995 à 61% en 2004 et 77% en 2006.
Ministère du A travers les programmes de l’aménagement des routes rurales (PNRR1 et
l’Equipement et du PNRR2), le ministère de l’Equipement et du Transport a réussi à désenclaver
Transport plusieurs régions du Maroc.
La politique des barrages a permis la mobilisation des ressources hydriques.
Ministère de l'Education Améliore l’accès à l’infrastructure et les équipements scolaires.
nationale, de veille à l’amélioration de la qualité de l’enseignement dans le monde rural
l'enseignement supérieur, pour lutter contre la déperdition scolaire.
de la formation des
cadres et de la recherche
scientifique
Ministère de l’Habitat, à travers le secrétariat d’État chargé du développement territorial, il a pour
de l’Urbanisme et de mission, entre autres, d’élaborer et de mettre en œuvre la politique de
l’Aménagement de développement rural
l'Espace
Assure l’élaboration et la mise en œuvre de la politique du gouvernement
Le Haut-commissariat dans les domaines de la conservation et du développement durable des
aux Eaux et Forêts et à la ressources forestières, alfatières, sylvo-pastorales dans les terrains soumis au
Lutte contre la régime forestier, ainsi que le développement cynégétique, piscicole
Désertification continental et des parcs et réserves naturels.
Elle participe à la lutte contre la pauvreté, la vulnérabilité et l’exclusion
L’Agence de sociale. Son intervention se fait à travers la consolidation du capital humain et
Développement Social social grâce à des actions de formation et de renforcement des capacités des
acteurs du développement local, la promotion et le développement des
activités génératrices de revenus et créatrices d’emplois, ainsi que
l’amélioration des conditions de vie des populations ciblées.
Les agences de Elles élaborent et mettent en œuvre des projets d’investissement de grandes
développement régional envergures. La promotion et le développement des activités génératrices de
(Agence de l’Oriental, revenus et créatrices d’emplois, ainsi que l’amélioration des conditions de vie
Agence du Nord, Agence des populations ciblées.
du Sud et l’Agence des
Oasis)
Source : Construction personnelle à partir des documents décrivant les attributions et les activités des ministères et des
institutions en question.
159
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
La lecture des attributions confiées aux différents acteurs montre un
chevauchement des domaines d’intervention. Cela exige un travail de
coordination entre ces intervenants, et par conséquent une véritable volonté de
dépasser la vision sectorielle vers une vision globale.
1-1-2-Programme de la lutte contre les déséquilibres sociaux 2017-2023.
Le message Royal adressé au 3ème Forum parlementaire tenu à Rabat le 19
février 2018 autour de la thématique de l’équité et la justice sociale, déclare « la
défaillance du modèle de développement suivi, actuellement, par le Maroc. Ce
message pousse tous les acteurs concernés à travailler en étroite collaboration
dans le but de concevoir un nouveau modèle du développement qui permette de
diminuer la pauvreté et la précarité toute en ciblant l’équité socio-spatiale entre
les régions et les différentes catégories sociales. De plus, le modèle espéré doit
contenir des idées et des nouvelles démarches susceptibles de promouvoir
l’économie sociale et solidaire avec certains mécanismes d’intervention de l’Etat
en vue de soutenir les pauvres »145. Le programme de la lutte contre les
déséquilibres sociaux est l’une des actions ayant comme objectif la mobilisation
des fonds et la construction de nouveaux partenariats et des cadres de coopération
entre les différents acteurs pour pouvoir trouver des financements aux projets qui
prennent en considération les aspirations et les besoins des ciblés. Il s’agit d’un
programme qui concernera, dans cette première étape, 22.000 douars146, au niveau
national y compris les CRE et quelques douars de Zagora qui intéressent notre
étude, avec un montant de 50 Milliards de Dirhams dont 30 Milliards comme
contribution des différents établissements de l’Etat et le reste (20 Milliards
dirhams) sera mobilisé par les régions.
Dans ce sens, le conseil régional du Drâa-Tafilalet a précisé dans un
communiqué rédigé et approuvé en date du 07 Mars 2018 qu’un montant de 60
Milliards de dirhams sera réservé à la qualification des Centres chefs-lieux des
145
- Pour plus de détails voir le texte du message de Sa Majesté le Roi Mohamed VI. Il est accessible sur le site internet
suivant :
[Link] - Dernière consultation :
21 Juillet 2018.
146
- Pour plus de détails voir le site internet suivant : [Link] dernière consultation: le 20
Septembre 2019.
160
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
communes de la région. D’après ce communiqué, la contribution de l’Etat à
travers le ministère de l’Habitat et de la politique de la ville est de l’ordre de
50.000.000 dirhams tandis que la part du conseil régional est fixée à 10.000.000
dirhams, ce financement est destiné à toutes les communes à caractère rural dans
la région qui seront éligibles d’après les critères fixés préalablement 147. Ces
derniers font apparaitre que les préoccupations électorales des élus restent
dominantes sur la logique de la répartition des fonds entre les espaces urbains et
ruraux.
1.2. Les services déconcentrés et le manque de convergence
1-2-1-L’aménagement et l’urbanisme : efforts de conception importants mais
leur concrétisation fait défaut
L’aménagement du territoire est confié au Ministère de l'Aménagement du
Territoire, de l'Environnement, de l'Urbanisme et de l'Habitat (MATEUH) au sein
duquel est constituée la Direction de l’Aménagement du Territoire (DAT) qui a
quatre missions principales, visant à garantir l’intégration et la cohérence de
l’action publique pour un développement durable de l’ensemble du territoire
national :
• Observer et anticiper
• Mener des réflexions stratégiques
• Accompagner et appuyer les initiatives de développement
• Participer à l’évaluation des politiques et des actions publiques
La multiplication des acteurs, en matière d’urbanisme facilite la dilution
de la responsabilité. C’est toujours l’autre qui est responsable, et toute critique est
versée sur le compte de l’utopie ou du moins de l’idéalisme. Au nom du
pragmatisme, le réalisme s’efface devant l’opportunisme. Le fait urbain n’est plus
ainsi un produit, un lieu de l’histoire, et une exigence du futur, mais une simple
contrainte du présent à gérer au présent, en termes de besoins et de réalisations
chiffrables.
147
- Pour plus de détails voir le communiqué rédigé et approuvé en date du 07 Mars 2018 par le conseil régional du Drâa-
Tafilalet, accessible sur le lien suivant : [Link] Dernière consultation: le
25 Juin 2018.
161
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Le pays souffre également de la faible mise à profit du développement de
la réflexion locale sur l’urbanisme et la consécration d’une pensée urbanistique
fortement attachée à des fondements dépassés dans les pays où ils ont été
développés... « La logique dominante reste une logique de défense de son
territoire d’élection auprès d’administrations susceptibles d’allouer des
ressources. Les élus locaux agissent ainsi sur la répartition territoriale des
ressources plus que sur la définition des principes et des normes du
développement local »148.
L’Agence Urbaine de Ouarzazate, Zagora et Tinghir (AUOZT) œuvre
depuis sa création, par décret n°203.221 du 4/5/2004149, pour la maitrise de
l’urbanisme et de l’évolution urbanistique des CRE de la Province de Zagora.
Toutefois l’intervention de l’AUOZT dans les CRE ne peut être complète sans
l’interaction et la collaboration avec les collectivités territoriales, la division de
l’urbanisme dans la Province et l’agence provinciale de l’office National d’Eau et
d’électricité (ONEE).
Avant l’arrivée de l’AUOZT, ses fonctions étaient remplies par la
délégation provinciale de l’habitat et de l’urbanisme d’Ouarzazate. La mise à
disposition de tous les fonctionnaires de cette délégation au service de l’AUOZT
suite à l’arrêté ministériel n°11866/310 du 25/6/2004, a permis à l’agence de
commencer ses activités au milieu de l’année 2005.
Parmi les missions de l’AUOZT, on note la dotation des CRE en
documents d’urbanisme, plus spécifiquement les PDARs pour notre cas d’étude.
En effet, un total de neuf PDAR est homologué en faveur des CRE de notre zone
d’étude.
D’après nos recherches antérieures, les efforts déployés en matière de
conception et de réalisation des documents qui régissent l’urbanisme et
l’aménagement des territoires en question nous semblent considérables : tous les
documents prévoient des normes, des équipements et des aménagements qui ne
148
- DOUILLET Anne-Cécile, « Les élus ruraux face à la territorialisation de l'action publique », Revue française de science
politique, 2003/4 (Vol. 53), p. 583-606. DOI : 10.3917/rfsp.534.0583. URL : [Link]
[Link].
149
- Bulletin Officielles n°5212 du 13/05/2004.
162
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
peuvent être que satisfaisants et prometteurs quant aux besoins de ces territoires et
leur population. Cependant, la réalisation des actions et des projets programmés
dans ces documents affronte des entraves énormes. L’aménagement hydro-
agricole, à son tour, est l’un des axes intéressants dans le développement
territorial de l’espace de notre étude. Le paragraphe qui suit présente des éléments
clés, dans leur ordre général, qui intéressent ce secteur de l’aménagement hydro-
agricole des oasis de Zagora.
1-2-2 -L’aménagement hydro-agricole, des efforts insuffisants
En plus de nombreux barrages de dérivation, le Drâa Moyen dispose du
barrage El Mansour Eddahbi. Ce grand barrage est construit en 1972 sur l‘oued
Drâa au sud-est de la ville de Ouarzazate. C’est un projet d’envergure qui a
contribué à la création d’autres barrages de dérivation et d’un réseau de canaux
qui permettent l’accès, à l’eau, aux populations des oasis. La totalité des
aménagements hydro-agricoles réalisés dans cette région est formée de :
5 barrages de dérivation localisés au long de l’oued du Drâa Moyen, en
l’occurrence barrage d’Agdz, qui permet l’irrigation de l’oasis de Mezequita,
barrage de Tanssikht pour l’irrigation de l’oasis de Tinzouline, barrage de Ifli qui
alimente l’oasis de Ternata et de Fezouata, barrage Azaghar pour l’irrigation de
l’oasis Ketaoua et barrage Bono pour l’irrigation de l’oasis de M’Hamid (voir la
carte n°18).
200 km de canaux principaux.
200km de canaux secondaires.
Le barrage El Mansour Eddahbi est d’une capacité de 560 M. m3, il permet
de régulariser une quantité d’eau de 250 Mm3, mais dernièrement cette quantité a
diminué à cause du problème d’envasement. Ainsi, la retenue du barrage n’a pas
dépassé les 120 M.m3. Généralement la construction de ce barrage a permis la
mobilisation des eaux durant les périodes pluvieuses, et la réduction de la
récurrence des inondations. Ce barrage constitue une source d’approvisionnement
en eau surtout en été, ceci, bien entendu, dans les saisons normales. Cependant,
163
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
durant les périodes de sécheresse, il enregistre un grand déficit, et par la suite ne
satisfait pas les besoins des habitants (voir tableau n°31).
Planche photos n°7: Quelques exemples d’aménagements hydrauliques
réalisés dans les oasis de Drâa Moyen
Source : ORMVAO-2008
Tableau n°31 : Les moyennes mensuelles des importations en eau du barrage
El Mansour Eddahbi durant la période 1978-2005
Mois Jan Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Aout Sept Oct. Nov. déc.
Moyenne
d’importation 109,9 75,1 84,2 64,2 31,2 21,8 14,8 9,6 6,2 29,8 5,8 5,3
(en M m3)
Pourcentage
24 16,4 18,4 14 6,9 4,7 3,2 2,1 1,3 6,5 1,3 1,2
%
Source : ORMVAO -2008
Selon les données de l’ORMVAO (tableau n°31), les premiers mois de
l’année (janvier, février et mars) connaissent une concentration des eaux
avoisinant 58%, contrairement aux mois de la période sèche qui ne représentent
que 10%. À partir de cette réalité, le barrage El Mansour Eddahbi joue un rôle
pertinent toute l’année à travers le stockage des eaux qui seront utilisées dans les
périodes d’étiage, en plus de la réduction du risque d’inondations dans la période
pluvieuse. Cependant, l’analyse du bilan de 36 ans depuis la construction de ce
barrage a fait preuve d’une faiblesse dans sa fonction de stockage hydrique. D’un
164
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
cumul total de sa retenue depuis sa construction de 12724 M. m3, seulement 9000
M. m3 d’eau ont été régularisés, soit une moyenne annuelle de 250 M. m3. La
quantité d’eau qui reste est de l’ordre de 3724 M. m3, soit 29,26% des
importations.
La construction du barrage El Mansour Eddahbi a été, d’abord, conçue par
des considérations politiques et sociales. En outre, cette infrastructure s’inscrit
dans la politique des barrages qui a marqué la politique agricole du Maroc, tout en
créant des facteurs contribuant à la stabilité des familles et luttant contre l’exode
rural. Ceci a été conçu à travers la réorganisation de l’espace, la promotion des
activités économiques, l’amélioration des conditions de vie de la population par le
biais de l’extension des superficies agricoles, l’introduction de nouvelles cultures
et la modernisation du secteur agricole en général. Certes, cette politique a été
orientée vers le secteur agricole (irrigation d’un million d’hectares) et a oublié les
autres espaces du développement dans le milieu rural. Ce qui va engendrer un
grand retard social et économique de la région d’une part, et provoquera des
déséquilibres dans le système biologique oasien, d’autre part.
En ce qui concerne les oasis N’kob, Tazarine et Taghbalte et en vue de
permettre aux agriculteurs une quantité d’eau suffisante, un barrage de dérivation
a été construit au cours des années quatre-vingt-dix du dernier siècle dans la zone
de Taghia à Tazarine. Puis, un deuxième barrage de dérivation est construit à
Taghbalte en 2013, mais il n’a pas pu résister aux fortes inondations de novembre
2014 et s’est écroulé totalement150. Ceci interpelle une autre problématique, celle
liée à la réception des marchés publics comme l’indique une personne de la
population de Taghbalte151. Les Centres d’Ait Ouallal et de N’Kob connaissent
actuellement (janvier 2017) les travaux de construction de deux barrages
collinaires (voir la carte n°19) financés par l’ORMVAO. La population espère une
bonne perspective de ces projets qui vont permettre l’alimentation des Khettaras
d’Ait Ouzine et de N’Kob et par la suite le stockage de l’eau pour les périodes les
plus sèches.
150
- La population locale dénonce l’absence de transparence lors de l’attribution des marchés publics. Elle insiste sur le fait que
la mauvaise qualité des travaux est la seule cause qui est derrière l’effondrement du barrage en question.
151
- EL-ARABY Abdelaaziz & FALEH Ali (2017) – Op. Cit. P 25.
165
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°19: Les équipements et les Aménagements hydro-agricoles dans la Province de Zagora en 2018.
Source: Royaume du Maroc- Agence du Bassin Hydraulique de Souss Massa (ABHSMA), 2010. [Link]. P37. + Enquête de terrain 2016-2018. Carte digitalisée par EL-RABY Abdelaaziz.
166
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
La figure ci-dessous trace l’évolution des surfaces de terres agricoles
équipées en goutte à goutte de 2008 au mois de mars 2018.
Figure n°16 : Évolution des surfaces équipées en goutte à goutte dans la
Province de Zagora entre 2008 et 2018
Source : ORMVAO-Mars 2018.
La figure n° 16 ci-dessus dévoile l’importance des efforts déployés par
l’ORMVAO en vue d’équiper les terres agricoles dans les oasis de Zagora en
goutte à goutte ; les surfaces équipées sont multipliées 65 fois en espace de 10
ans.
L’évaluation de n’importe quel projet devra se faire à partir de ses
résultats sur le plan social, économique et environnemental. À partir de ces
résultats, les aménagements hydro-agricoles dans la région depuis 1975 n’ont pas
eu d’impacts réels sur son développement social et économique. Plusieurs
facteurs sont derrières cette situation ; pauvreté et faible capacité financière des
agricultures ainsi que la rigidité des procédures administratives liées à la livraison
des équipements152 en question hormis quelques-uns. En réalité, ces
aménagements, surtout au niveau des zones enregistrant un grand déficit d’eau,
152
- D’après nos enquêtes de terrain, les agricultures dénoncent la lourdeur et l’inadéquation de la procédure administrative
appliquée à l’octroi des subventions : à titre indicatif l’ORMVAO exige à ce que l’agriculture procède aux travaux
d’équipement de son parcelle en goutte à goutte avant le déblocage des sommes nécessaires.
167
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
n’ont fait qu’alléger les problèmes récurrents à travers une gestion technique de
l’eau153. Cette gestion est connue par la coexistence de deux systèmes différents :
une gestion traditionnelle caractérisée par le droit coutumier et une autre moderne
dans le cadre de nouveaux aménagements hydro-agricoles. Par ailleurs,
l’intégration du réseau d’irrigation traditionnel dans le réseau moderne a provoqué
des conflits impactant négativement la région et ancrant le caractère traditionnel
de son système d’irrigation.
2-Les collectivités territoriales et le manque des moyens.
Les communes concernées qui représentent l’acteur clé dans la stratégie
de développement des CRE, les différents ministères et organismes
gouvernementaux doivent prendre des engagements concrets afin d’appuyer
lesdites communes dans la concrétisation des objectifs de la politique de
développement rural intégré et la mise en œuvre des actions de développement
des centres ruraux émergents. Les engagements de ces ministères et de ces
organismes comprennent un ensemble de mesures ciblées qui s’intègrent sous
diverses formes aux mandats des communes identifiées.
A la lumière des faiblesses constatées, le législateur, lors de la révision de
la charte communale154, a précisé que le plan d’actions communal est préparé par
le président, pour une durée de six ans (article 78). Il peut être mis à jour à partir
de la troisième année jusqu’à la première année du mandat suivant, d’où une
certaine continuité qui se révèle indispensable. Le législateur ne s’est pas limité à
ces précisions, il a émis des obligations quant au contenu du plan. Il doit
obligatoirement comporter un diagnostic sur les potentialités de la commune, les
besoins prioritaires identifiés en concertation avec la population, les
administrations et les acteurs. Il doit comporter aussi les ressources
prévisionnelles pour les trois premières années de mise en œuvre.
La révision de la charte est également novatrice au niveau des concepts
utilisés, puisqu’elle explicite que le mode d’élaboration du plan doit se faire
153
- OUHAJOU Lekbir -(1996) Op. Cit. - p 37.
154
- Dahir n°1-15-85 du 20 ramadan 1436 (7juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n°113-14 relative aux
communes. Bulletin Officiel N° 6440 du 09 Joumada I 1437 (18 Février 2016).
168
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
« dans une perspective de développement durable, sur la base d’une démarche
participative prenant en considération l’approche genre, les actions du
développement dont la réalisation est prévue sur le territoire » (l’article n°36 de
l’ancienne charte communale 78-00155). C’est ici qu’il ya autant de réponses à des
faiblesses mises en avant comme contraintes de développement de l’économie
locale de manière globale. L’enjeu, aujourd’hui, est de renforcer la capacité des
collectivités locales pour qu’elles puissent opérationnaliser leurs prérogatives
stratégiques, cruciales pour le processus de développement et de décentralisation
engagé par le Maroc. Ce défi concerne toutes les communes marocaines.
En matière de finance, le conseil communal examine et vote le budget et
les comptes administratifs. Il décide de l’ouverture des comptes d’affectation
spéciale, de nouveaux crédits et du relèvement des crédits et des virements
d’article à article. Il fixe les taux des taxes, des tarifs des redevances et des droits
divers perçus au profit de la commune. Il décide des emprunts à contracter et des
garanties à consentir. Par rapport au patrimoine, le conseil veille à la gestion, la
conservation et l’entretien des biens communaux. Il procède au classement,
déclassement et délimitation des biens du domaine public communal. Il statue sur
les acquisitions, les aliénations et toutes les transactions portant sur ces biens. Les
ressources financières des collectivités locales sont un facteur déterminant dans
l’élaboration des politiques locales adaptées et répondant aux besoins de la
collectivité. Certes, des efforts ont été consentis, ces dernières années, pour
améliorer les moyens financiers des collectivités locales, mais globalement, ces
moyens restent en deçà des besoins réels au regard des missions que les
collectivités locales doivent assumer de nos jours et dont elles doivent prendre
l’entière responsabilité. Ceci dit, les attributions, dont sont chargées les
communes, ne peuvent être mises en œuvre dans de bonnes conditions que si elles
disposent d’un personnel qualifié, de moyens financiers adéquats et d’un système
de fonctionnement moderne et efficace. Aussi, l’autonomie des communes ne
155
- Dahir n° 1 - 08-153 du 22 Safar 1430 (18 février 2009) portant promulgation de la loi n° 17 -08 modifiant et complétant la
loi n° 78-00 portant charte communale, telle que modifiée et complétée. (Bulletin Officiel n° 5714 du Jeudi 5 Mars 2009)-
Article 36.
169
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
peut-elle exclure l’accompagnement et l’assistance technique et financière de
l’Etat.
Par ailleurs, l’étude de cas de la province de Zagora, par rapport à
l’expérience de l’instauration de la démarche territoriale à travers l’élaboration
des Plans Communaux de Développement (PCDs), révèle les conclusions
suivantes :
La totalité des communes ciblées (23 communes) ont pu élaborer
leurs PCDs.
3 communes sur 23 : ont établi une évaluation à mi–parcours (après
3 ans de mise en œuvre). Elles ont actualisé leurs PCDs avec un
taux de réalisation de 60%.
12 communes sur 23 : elles n’ont pas actualisé leurs PCDs et le taux
de réalisation estimé à 30 %.
8 communes sur 23 : elles n’ont pas actualisé leurs PCDs avec un
taux de réalisation qui ne dépasse pas les 5 %.
Le manque de ressources humaines et financières dans les
communes, la divergence des enjeux et la volonté des acteurs
limitent l’efficacité de la mise en place de la démarche territoriale
dans la conception et la mise en œuvre des projets de
développement communal.
Vu les entraves et les défaillances affrontées par l’application de la charte
communale citée ci-dessus, une nouvelle loi organisationnelle156 a été adoptée en
2015, en remplaçant les plans communaux de développement par les plans
d’action communaux. Par rapport à l’ancienne charte, la loi actuelle a enregistré
plusieurs points positifs. Dans l’ancienne charte (loi n° 78-00), le législateur
distinguait les compétences internes et externes, la commune doit élaborer un
plan de développement qui comprend les ressources propres ainsi que celles
156
- Loi organique relative aux communes Dahir n°1-15-85 du 20 ramadan 1436 (7juillet 2015) portant promulgation de la loi
organique n°113-14 relative aux communes Bulletin Officiel N° 6440 du 09 Joumada I 1437 (18 Février 2016). Document
téléchargeable via le lien suivant :
[Link]/fr/Publication/regle/.../loi%20organique%[Link] – dernière consultation - le 26 Mars 2018.
170
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
susceptibles d'être mobilisées parmi les autres acteurs, ce qui a amené les
communes dans leur travail sur la planification collective des intérêts extérieurs et
le reste des acteurs et donc la construction d’un plan avec des objectifs géniaux et
difficiles à concrétiser et audacieux sur le terrain.
En ce qui concerne la loi actuelle, elle s'efforce d'imposer des objectifs
plus réalistes. Elle a souligné la nécessité d'établir des mécanismes de consultation
et de dialogue dans le processus d’élaboration du plan d’actions communal (PAC)
et permet aux citoyennes et aux citoyens de participer et de suivre l'état du plan
d’actions. Elle a également fixé un délai de 30 mois pour l’homologation des
textes d’application et parle de la mise en œuvre obligatoire des actions prévues.
- La région et la Province
Sous la pression de nouvelles données de l’économie et de la société, la
région apparaît de plus en plus comme un cadre adéquat d’élaboration et de mise
en œuvre des stratégies globales de croissance et de développement. Le
renforcement de la décentralisation par l’érection de la région en collectivité
locale au côté des Provinces, préfectures et communes, le confirme. En effet, on a
attribué à la collectivité régionale un rôle important, notamment, en matière de
développement économique et social et de planification.
Conscient de cette nécessité, le Maroc fait de la politique de
développement régional une option majeure et un catalyseur de la croissance
économique. A l’appui de cette option, le discours royal du 06 novembre 2008,
porte décision sur le lancement de « la dynamique d’une régionalisation avancée
et graduelle, englobant toutes les régions du Maroc… ». Ce discours a donné le
feu vert à la constitution d’une commission consultative pluridisciplinaire chargée
de proposer une conception générale de ce grand projet de régionalisation, et ce,
dans le but d'amorcer une nouvelle phase dans le processus continu des réformes
globales conduites par le pays. Cette initiative nationale favorisera l'ancrage de la
bonne gouvernance locale, consolidera la politique de proximité vis-à-vis du
citoyen et permettra de réaliser le développement socio-économique et culturel
intégré escompté pour les douze régions opérationnalisées depuis l’année
171
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
2015. Dans ce discours, sa Majesté a insisté sur la nécessité « de doter les
institutions régionales des prérogatives nécessaires pour leur permettre de
s'acquitter pleinement des missions de développement qui leur sont dévolues, et
ce, dans le respect des impératifs de rationalisation, d'harmonie et de
complémentarité ».
Les orientations stratégiques de la nouvelle politique de régionalisation
commencent déjà à se concrétiser sur le territoire de la région du Drâa Tafilalet.
Avec l'émergence de deux nouvelles Provinces (Midelt et Tinghir), la région
semble être impliquée dans la quête d'un découpage efficient qui prenne en
considération les caractéristiques du territoire et mette en valeur ses ressources
spécifiques. Afin d'honorer ses missions et concrétiser ses attributions en
programmes et projets de développement, le conseil régional bénéficie
d'importantes ressources financières, provenant essentiellement du produit des
impôts, taxes et redevances institués à son profit par la loi n°30-89 relative à la
fiscalité des collectivités locales, ainsi que du produit des impôts ou parts
d’impôts d’Etat qui lui sont affectés par les lois de finances.
Parmi les projets phares initiés et réalisés par le conseil régional de
l’ancienne région du Sous-Massa-Drâa, nous citons :
- Le fond d'investissement Igrane, créé en 2005 dans le but de financer des
projets ou des entreprises susceptibles d’avoir un impact structurel sur la Région
au niveau de l’emploi, de la croissance économique, ou encore du développement
des exportations.
- Agro-technologies, association créée en 2006 à l'initiative du conseil
régional dont les missions sont la promotion de la recherche aussi bien dans le
public que dans le privé, l'implantation d'entreprises spécialisées dans la recherche
appliquée et les activités de test et de production ainsi qu'à l'encouragement de la
création d'un tissu de PME technologique opérant dans le domaine des
installations, du conseil et de la certification.
Par ailleurs, l’ancienne région de Souss Massa Drâa a fait l’objet de
plusieurs programmes et projets de développement du monde rural. Le
172
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
programme 2006-2010 a consacré, environ, plus d’un milliard de dirhams pour
certains projets de la région. Il s’agit de programmes et projets portant sur la lutte
contre la précarité, de projets générateurs de revenus, de promotion touristique, de
développement agricole, de lutte contre la désertification…Le programme
comporte, entre autres, des projets de mise à niveau de 94 communes et 14
quartiers. Par ailleurs, les projets et programmes ambitieux de l’Initiative
Nationale de Développement Humain (INDH), du Plan Maroc vert, du
programme national des routes rurales, … et bien d’autres, sont venus renforcer la
capacité des territoires de la région à exploiter leurs propres ressources et à les
mettre en valeur. Dans ce sens, de nombreux partenariats ont été signés en
collaboration avec des associations locales et d’autres acteurs institutionnels et
locaux dans le but d’impliquer davantage ces derniers dans la conception de leur
avenir.
Dans ce cadre, le territoire provincial de Zagora a bénéficié, ces dernières
années, d’un ensemble de programmes et projets structurants visant à valoriser ses
potentialités et accompagner son développement. Ils portent sur :
La promotion touristique dans la zone Ouarzazate-Zagora, par le
développement de l'animation touristique, la réhabilitation du patrimoine, la
promotion des évènementiels, la valorisation du potentiel naturel et artistique et la
contribution aux projets intégrés de la région… ;
le développement agricole, dans le cadre du plan Maroc Vert, par
l’aménagement et la réparation des Séguias et Khettaras, l’extension de la culture
des dattiers, la lutte contre la maladie du Bayoud,… ;
l’aménagement et la création des routes, dans le cadre du programme
national des routes rurales… ;
L’amélioration des conditions de vie des habitants, par la généralisation de
l’électrification et d’approvisionnement en eau potable des douars… ;
La plateforme aéroportuaire de Zagora, fruit de convention de partenariat
conclue en 2005 entre le conseil régional et l'Office National Des Aéroports
173
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
(ONDA). Cette plateforme, située à 14 km de la ville de Zagora, vise la
contribution au désenclavement et la promotion du développement dans la zone.
De plus, des cadres de partenariats entre certaines communes de la
province et la nouvelle région du Drâa-Tafilalet vient de voir le jour.
L’aménagement des routes communales est l’un des domaines concernés par ces
partenariats (voir photo n°9).
Photo n°8: Panneau illustrant la convention de partenariat entre la Région
du Drâa-Tafilalet et la commune de Tazarine en 2018.
Source : Cliché personnel-Mars 2018.
Par ailleurs, le renforcement de l’accessibilité des CRE est l’un des axes
susceptibles d’améliorer l’attractivité de ces derniers au sein de leur espace
communal. La section qui suit décrit les principales caractéristiques des
organismes de la société civile et leur contribution dans le développement du
territoire objet de notre recherche.
174
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
3 - La société civile et les organismes internationaux, des
alternatives potentielles.
La Province de Zagora compte actuellement plus de 600 associations157.
Elles se caractérisent par la multitude de champs de leurs interventions, par leur
jeune âge de création et par des paradoxes en termes de réseautage et de
dynamisme.
3.1- Une société civile en quête d’équilibre entre authenticité et
modernité.
C’est dans un mode moderne que la société essaye de trouver une
identité non loin de l’histoire de son territoire et de son patrimoine culturel et
matériel.
3.1.1- champs et zones d'interventions hétérogènes.
Les associations de la Province de Zagora se distinguent par la dimension
de leurs zones d'action : certaines associations opèrent sur l'ensemble du territoire
provincial (23 associations), d'autres se limitent à des échelles très réduites : Qsar
ou quartier (409 associations) tandis que d'autres exercent à des niveaux
intermédiaires : commune, palmeraie, secteur d'irrigation (168 associations).
De même, une distinction s'impose entre les associations qui travaillent en
milieu rural et celles œuvrant en milieu urbain (voir tableau n°32). Si les
associations rurales se distinguent par la prédominance de personnes âgées, de
sexe masculin et dont le niveau d'instruction est souvent bas, les associations des
milieux urbains sont composées essentiellement de jeunes diplômés avec une
proportion plus élevée de femmes. Les préoccupations sont également différentes:
les premières s'adonnent essentiellement à des activités liées à l’agriculture et
l'approvisionnement en eau potable, les secondes s'intéressent davantage aux
actions culturelles, sportives et à l'hygiène158.
La répartition des associations de proximité par CRE révèle l’importance
des effectifs concentrés dans ces territoires avec des différences entre les CRE en
question (voir carte n°20).
157
- EL-ARABY Abdelaaziz -Enquête de terrain -Avril 2017.
158
- OUHAJOU Lekbir et ZAINABI Ahmed Toufik (2005) : Portée et limite d’une participation citoyenne au développement :
les ONG de la vallée du Drâa Moyen/ Sud Est marocain in l’environnement au Maroc, données historiques et perspectives de
développement : le cas de la région du Drâa, publication de l’IRCAM, Série colloques et séminaires n° 9, P18.
175
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°20: Répartition des associations par Centres Ruraux Emergents de la Province de Zagora.
Source : Enquête de terrain-2016. Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz - Octobre 2017.
176
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Tableau n° 32: Répartition des associations de la Province de Zagora selon le
milieu d'intervention.
Milieu d’intervention Nombre %
Rural 490 81,66
Urbain 87 14,5
Rural et Urbain 23 3,84
Total 600 100
Source : Enquête personnelle et ZAINABI Ahmed Toufik (2010) - Op. Cit. P132.
En général, la zone d'intervention de l'association est définie selon des
facteurs multiples dont le plus important est l'appartenance des membres à la zone
définie. Quand il s'agit d'espace bien localisé (Qsar, quartier) et de groupe réduit,
relativement homogène, l'association arrive à agir correctement. Toutefois, quand
il s'agit de zone relativement vaste (commune, Province etc.) et d'une population
importante, la délimitation de la zone d'intervention n'a de signification que sur
les statuts de l'association du fait que les moyens humains et matériels disponibles
ne permettent pas à l'association d'intervenir de manière efficace et efficiente et
d’atteindre l'ensemble des populations habitant sa zone d'intervention.
L'ADEDRA n'arrivait pas, en dépit des moyens dont elle disposait entre 1997 et
2005 à intervenir dans l'ensemble des qsours relevant de sa zone d'intervention et
encore moins l'AFDES et l'association des Amis de l’Environnement.
Tableau n°33: Les associations de la Province de Zagora selon le domaine
d’intervention.
Nombre
Domaine d’intervention Pourcentage %
d’associations
Associations de développement 220 36,67
Associations et fédérations des
97 16,17
Usagers de l’Eau Agricole (AUEA)
Associations des parents d’élèves et
91 15,17
de gestion des Dour Ettalib
Associations d’approvisionnement
93 15,5
en eau potable et d’électrification
Associations sportives, culturelles et
37 6 ,17
artistiques
Associations féminines 19 3,16
Autres 43 7,16
Total 600 100%
Source : enquête de terrain et ZAINABI Ahmed Toufik (2010) -Op. Cit. P 125.
177
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Sur les 600 associations qui opèrent dans la Province de Zagora 36,67%
travaillent dans le domaine du développement, 16,17% dans le domaine de
gestion des eaux d’irrigation, 15,17% dans l’appui à la scolarisation, 15,5% dans
l’approvisionnement en eau potable et l’électrification et 6,17% dans les
domaines sportif, culturel et artistique (voir tableau n°33).
Les associations sont réparties sur l’ensemble des communes de la
Province de Zagora avec, toutefois, une légère concentration au niveau de la
commune urbaine de Zagora et la commune rurale de Tinzouline159.
En se référant aux 600 associations répertoriées dans la Province de
Zagora, on constate, en effet, que l’écrasante majorité d’entre elles 77% est créée
après 1998. De ce fait, 464 associations sont apparues il ya moins de 11 ans.
3.1.2-Des associations nouvellement créées.
Le développement de l’action associative dans le sud-est Maroc et plus
spécifiquement dans la Province de Zagora depuis 1980 a été étroitement lié à des
programmes spécifiques et à leurs dynamismes. Les programmes en question
peuvent être présentés en cinq groupes (Ahmed Toufik ZAINABI (2010) p 124) :
• Les programmes de l’initiative Nationale de Développement Humain
(INDH).
• Le programme « réparation communautaire » soutenu par le conseil
consultatif des droits de l’homme (la période de 2007-2011).
• Les programmes soutenus par des fondations et ONGs régionales,
nationales et internationales comme l’Association TICHKA (1995-2005) , la
Fondation Mohammed V, l’AMSED (Association Migration Solidarité et
Echanges pour le Développement) (2003-2006) et HKI (Helen Keller
International) (1998-2005).
• Les programmes soutenus par les institutions et les administrations
publiques centrales et provinciales, notamment le Ministère de l’Education
Nationale dans le cadre de la lutte contre l'analphabétisme et de l’éducation non
formelle (depuis 1998), le Ministère de l’équipement dans le cadre du programme
d’approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER) et
159
- Pour plus de détails voir : ZAINABI Ahmed Toufik (2010) –[Link]. p 126.
178
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
l'Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Ouarzazate (l'ORMVAO) dans
le cadre de ses activités relatives à la gestion des eaux d'irrigation (depuis 1990).
• Les programmes de coopération bilatérale et multilatérale comme l'agence
américaine de coopération internationale (GIZ), la coopération technique belge
(ancienne CTB et l’actuelle ENABEL), le Fonds pour l'Environnement Mondial
et l'UNICEF.
Par ailleurs, l'évolution de l'action associative dans la Province de Zagora
a été liée depuis 1992 aux efforts déployés par quelques associations qui ont joué
le rôle de locomotive.
A noter aussi qu'à partir de 2003, on a assisté à l'émergence de plusieurs
associations locales qui assurent à une échelle réduite le rôle de locomotive telles
que l'association Ajmou, l'association salam, l'association AFDES160, l'association
Smara, l'association Had Tamezmoute, l'association Attadamoune et l'association
Ennahda.
3.1.3- La société civile dans la Province de Zagora, des dynamiques
différentes.
Les associations de Zagora peuvent être classées en trois grandes
catégories :
- La première grande catégorie est composée d’associations de base agissant
directement au service de leurs membres et bénéficiant d’une cohésion
communautaire qsourienne ou inter-qsourienne. Cette catégorie englobe
principalement les associations dont l’activité s’est développée, et parfois même,
s’est diversifiée, autour d’un élément d’infrastructure tel que l’électrification,
l’eau potable etc. Ces associations, mêmes locales, ont été parfois initiées de
l’extérieur et certaines d’entre elles bénéficiaient d’appui d’organismes extérieurs.
- La deuxième grande catégorie est constituée d’associations d’autopromotion et
d’appui œuvrant au profit de toute une partie de l’autopromotion et d’appui
œuvrant au profit de toute ou d’une partie de la population d’un espace donné.
Cette catégorie couvre principalement les associations locales œuvrant pour la
défense des droits de l’homme, la promotion des droits des femmes et la
160-
L’Association Féminine pour le Développement et la Solidarité.
179
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
protection de l’environnement. Les associations représentant cette catégorie sont
l’association des amis de l’environnement, l’AFDES et la section locale de
l’AMDH.
- La troisième grande catégorie englobe, entre autres, des associations ADEDRA et
RAZDED161. Ces associations, disposent de moyens matériels et humains
relativement importants, œuvrant au profit de la population de la Province de
Zagora, servent de structure d’appui aux jeunes associations et tiennent parfois le
rôle d’intermédiaire entre la population et les institutions nationales et
internationales.
L’action associative locale est basée principalement sur le bénévolat. Le
salariat est appliqué à une échelle très réduite.
[Link]-Le bénévolat
Les motivations des bénévoles varient d’un cas à l’autre. Les uns,
interviennent en se sentant solidaires avec une cause à laquelle ils croient, les
autres pour des fins cachées (préparation des élections par exemple) ou tout
simplement suite à un effet d’entrainement.
Les bénévoles sont composés le plus souvent de personnes natives de la
région. Dans certains cas, on rencontre des volontaires étrangers émanant
généralement de France, des Etats Unies et du Canada. Ces bénévoles sont
composés, le plus souvent, de jeunes stagiaires ou de retraités envoyés dans le
cadre des programmes de coopération des associations canadiennes, des
universités françaises et du Corps de la Paix Américain. Leur appui est axé
essentiellement autour des aspects des informations comptables.
Au-delà de leur enthousiasme et bonne volonté, les bénévoles locaux
présentent faiblesses, leur engagement est irrégulier et varie en fonction de leur
disponibilité. Aussi, leurs travaux manquent-ils, souvent, de perfection,
d’organisation et de rentabilité. Leur calendrier de travail est souvent mal
programmé : soit, il est trop chargé, ce qui conduit à leur épuisement rapide, soit il
est léger et par conséquent peu rentable. Il est très difficile de compter sur eux
161-
Réseau Associatif de Zagora pour le Développement et la Démocratie.
180
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
quand il s’agit d’urgences. Leurs compétences et profits ne sont pas forcément
adaptés aux besoins de l’action associative de plus en plus complexe et aux
exigences des partenaires en termes de résultats à atteindre et d’approches à
mettre en place. En général, ils manquent d’expérience et maitrisent peu les outils
et techniques nécessaires à un bon fonctionnement. De fait, on assiste souvent à
des pertes de temps et d’énergies.
De plus, les devoirs et obligations des bénévoles ne sont pas précisés. A
part quelques indications mentionnées le plus souvent d’une manière générale au
statut, c’est le vide absolu. On ne peut pas demander des explications à un
volontaire qui n’a pas accompli ses tâches162.
Par ailleurs, aucun système de fidélisation des bénévoles n’est instauré, ce
qui conduit automatiquement, dans la plupart des cas, à leur déception et par la
suite, soit à leur départ soit au gel de leurs activités.
Enfin, l’action des bénévoles n’est pas comptabilisée dans la plupart des
cas, et quand elle fait l’objet de comptabilisation, elle est souvent sous-estimée.
[Link]-Le salariat
La consistance des programmes d’action de plusieurs associations a
imposé le recours à un personnel tantôt occasionnel tantôt permanent en mesure
de suivre quotidiennement la conception, la mise en œuvre et le suivi des projets.
Sur les 70 associations interviewées, 30% disposent au moins d’un salarié.
Certaines associations arrivent par moment à embaucher plusieurs dizaines de
salariés notamment l’ADEDRA qui employait en 2002 plus de 90 personnes. La
plupart de ces salariés sont employés dans des programmes d’alphabétisation,
d’éducation non formelle ou comme agents de développement.
Les permanents des associations locales dont les salaires sont modestes,
excepté ceux appliqués par l’ADEDRA entre 2000 et 2004, souffrent d’instabilité,
ils sont tantôt déclarés, tantôt non. Leur contrat, quand il existe, est souvent de
courte durée et ne dépasse pas dans le meilleur des cas deux ans. De même, des
162
- HAMUNNA T. - (1998): L’action associative entre le bénévolat et le professionnalisme. In Espace Associatif : L’action
associative au Maroc : éléments de diagnostic, P109.
181
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
tensions se développent de temps à autre entre les salariés et les membres des
associations. Cette instabilité explique en partie le départ prématuré des salariés
dès que la première occasion se présente. De 1996 à 2006, l’ADEDRA a perdu
neuf de ses meilleurs cadres dont sept ont été formés sur place163.
3.2-La contribution des associations dans le processus du
développement territorial de la Province de Zagora
Devant l’impossibilité de dresser un bilan exhaustif, concernant l’apport
des associations au processus de développement de la Province de Zagora, notre
analyse se focalisera sur quatre domaines clés. En effet, le premier paragraphe
présentera la contribution des associations de proximité dans la mise en place de
la démarche participative de planification. Le deuxième paragraphe traitera
l’apport des associations dans les domaines de l’amélioration de la situation de la
femme et de la protection de l’environnement. Enfin, le troisième paragraphe met
en exergue le rôle des associations dans la promotion du patrimoine culturel.
3.2.1- L’appui à la mise en place d’une démarche participative de
planification
En général, le processus participatif a été conduit au départ de manière
spontanée. La quasi-totalité des membres des associations locales s’est lancée
dans l’action associative sans formation spécifique dans le domaine de l’approche
participative. La volonté, l’engagement et le zèle ont constitué leurs seuls atouts.
Or, ce dévouement n’allait pas de pair avec la diversité et la complexité
grandissantes des champs d’intervention ni, par conséquent, avec les nombreuses
compétences requises par les partenaires principaux. Des insuffisances
qualitatives et méthodiques ont été observées, la conviction ne permet pas de
mettre en place une véritable participation.
Pour remédier à ces insuffisances, les premières formations ont été lancées
depuis 1996, avec l’appui de la coopération allemande, des membres de
l’ADEDRA ont été envoyés en Allemagne pour bénéficier d’une formation
approfondie sur l’approche participative (ADEDRA 1996-2006). Il faut dire que
163
- ZAINABI Ahmed Toufik (2010) - [Link]. p131.
182
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
cette première série de formations ne s’inscrivait pas dans une vision stratégique
de l’association bénéficiaire. Il s’agit plutôt de réactions à des offres de la
coopération internationale. Il fallait attendre le début des années 2000 avant que
les associations pionnières de la Province de Zagora ne soient convaincues de la
nécessité d’intégrer la formation aux techniques de travail en groupe, notamment
l’approche participative, dans leurs plans d’actons. Ainsi, des séries de formations
ont été dispensées avec l’appui de plusieurs partenaires nationaux et
internationaux.
L’analyse des formations dispensées dans le domaine de l’approche
participative permet de distinguer entre deux types de formation :
- Le premier, d’une durée maximale de trois jours a été dispensé le plus
souvent avec l’appui de l’Agence de Développement Social, l’association
Marocaine de Solidarité et de Développement, la Near Est Fondation et Hellen
Keller International. Il s’arrête au niveau de la clarification du concept et se limite
à une présentation sommaire des principales techniques de modération
participative. Selon GILLET T., « une formation de trois jours est une
sensibilisation plus qu’une formation. Elle ne peut atteindre ni le niveau du
savoir-faire, ni celui du savoir-être ». Il constate aussi que : « la durée de la
formation ne permet pas aux participants ni d’assimiler, ni de s’approprier la
démarche »164. Malgré ses limites, ce type de formation de courte durée a le
mérite de toucher un maximum de personnes et de forger légèrement des acteurs
locaux.
- Le deuxième type, de longue durée, est mis en place par l’ADEDRA, la
GIZ (ex GTZ) et INWENT (ex DES). Il s’agit d’une formation de quatre
semaines dont le contenu porte essentiellement sur la maîtrise de la modération
participative en travaillant le savoir-faire et le savoir être des participants. La
formation est organisée en trois étapes : deux sessions de formation proprement
dite et une période d’opérationnalisation des acquis. La première session de
formation d’une durée de deux semaines est consacrée aux modules introductifs à
l’approche participative. Ces modules portent, d’une part, sur la participation, le
164
- ZAINABI Ahmed Toufik (2010) [Link]. p171.
183
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
développement local, l’apparition et l’évolution de l’approche participative, les
outils de base nécessaires pour l’animation d’un processus participatif et, d’autre
part, sur l’élaboration d’un plan d’opérationnalisation de la première session de
formation. Après la première session, les participants disposent de deux mois pour
mettre en exécution en milieu réel les acquis de la formation. La deuxième session
de formation, d’une durée de deux semaines aussi, est consacrée au travail de
maîtrise de la démarche participative et ses outils avec les participants sur la base
de l’expérience d’opérationnalisation.
En effet, ce processus de renforcement des capacités de la société civile de
la Province de Zagora leur permet de s’impliquer dans le processus de la
planification stratégique au niveau des douars entre 2000 et 2008 et puis au
niveau communal depuis 2009 à nos jours. Par conséquent, l’expérimentation
d’une démarche de planification stratégique a permis de mettre sur pied une
nouvelle forme de planification en rupture totale avec les approches adoptées tant
par les communes que par les services décentralisés de l’Etat. En dépit des limites
susmentionnées, cette nouvelle approche donne plus de sens au développement
local et permet beaucoup plus son appropriation par les concernés.
3.2.2-Amélioration de la situation de la femme et protection de
l’environnement.
Depuis la deuxième moitié des années 90, on assiste à la création de
plusieurs associations qui s’intéressent, selon des degrés différents, à la situation
de la femme. Ces associations développent leurs actions au profit de groupes de
femmes défavorisées, habitant le plus souvent en milieu rural. Leurs domaines
d’intervention sont focalisés sur quatre axes principaux : le renforcement des
capacités (Démarche de travail, formation et organisation), l’éducation
(alphabétisation et scolarisation), l’autonomisation financière (petits projets
générateurs de revenus) et la santé (planification familiale, hygiène et formation
des accoucheuses traditionnelles). Le travail des associations a été relativement
favorisé suite à deux principales actions antérieures. La première, a été
enregistrée, de manière très localisée à l’échelle du centre de Zagora, dès la fin
des années cinquante. Les familles relativement aisées, de petits fonctionnaires,
184
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
de militaires et de M’rabtine, ont accepté d’inscrire leurs filles aux écoles.
Quelques années plus tard, plus précisément vers la fin des années soixante, ces
mêmes familles ont autorisé leurs filles douées à accéder aux écoles de formation
des infirmières et des institutrices. La deuxième a été enregistrée au début des
années 70 avec la création des foyers féminins supervisés par l’Entraide
Nationale. Ces foyers, en dépit de toutes les critiques qu’on peut formuler à leur
égard, ont permis à toute une catégorie socio-culturelle de filles qui n’a pas eu la
chance de fréquenter l’école de rattraper en partie et de bénéficier des
programmes d’alphabétisation et d’initiation à la couture et à la broderie. Elles
étaient encadrées par des femmes pionnières expérimentées et des jeunes filles
ayant défié toute une société conservatrice pour accomplir une tâche très difficile
et souvent laborieuse. A l’image de l’ensemble du Maroc, ces clubs féminins ont
été gérés par des femmes et l’encadrement a été assuré par des animatrices165.
Ainsi, les efforts déployés par les associations de Zagora, en dépit de l’hostilité du
milieu, commencent à être payants. Le travail réalisé a permis de créer des
espaces institutionnels adaptés permettant de répondre aux intérêts spécifiques du
genre et de libérer progressivement les femmes du contrôle des hommes exercé
jusqu’à lors dans les modes d’organisation en place. Il s’agit donc d’un travail
préparatoire qui devrait être relayé et consolidé par d’autres intervenants,
associatifs ou étatiques.
En ce qui concerne le domaine de la protection de l’environnement, les
efforts déployés par la société civile de la Province de Zagora sont axés sur la
sensibilisation, la formation, la mobilisation de partenariats, la mise en œuvre
d’actions concrètes de préservation des ressources naturelles, le lobbying et le
plaidoyer. En fait, les actions menées dans ce domaine peuvent être présentées en
six points :
- L’organisation de séances de sensibilisation auprès des acteurs
locaux et des touristes.
- La mobilisation de partenaires institutionnels.
165
- ZOUAOUI M. (2006) Genre, développement et politique publique : de la théorie à la pratique. In Espace Associatif : Genre
politiques publiques. Rabat- Imprimerie Dar Essalam, PP43.
185
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
- La Mise en œuvre des actions de protection des ressources naturelles.
- La Médiatisation des actions de destruction des ressources naturelles.
- Le blocage de l’opération d’arrachage des acacias radianas.
- La contribution aux actions visant l’arrêt de l’arrachage du palmier
dattier.
- Le plaidoyer contre la pollution minière.
3.2.3-Promotion du patrimoine culturel et artistique.
Pour faire face aux risques menaçant le patrimoine culturel et artistique de
Zagora, des initiatives locales soutenues par des partenaires nationaux et
internationaux ont vu le jour. Ces initiatives sont développées par deux types
d’associations :
- Le premier, composé d’associations d’appui, est stimulé par un désir des membres
de contrecarrer les chants et danses dominants, de revaloriser le patrimoine
artistique local, et de jouir du droit à la différence culturelle. Ce groupe dont le
chef de fil est la RAZDED est composé d’associations polyvalentes. Il s’intéresse
au patrimoine dans sa globalité, les chants et danses constituent une composante
parmi d’autres (architecture, gravures rupestres, tumuli etc.). Il développe
principalement des actions transversales de recherches, d’informations, de
formations et d’organisations d’événements festifs à une échelle relativement
vaste.
- Le deuxième groupe est composé d’associations de base. Certaines troupes
artistiques se sont constituées en associations pour défendre leur survie et celle de
leurs chants et danses, pour faire bloc et plaider selon des formes différentes
auprès des instances concernées. Leur constitution en association leur permet
également de mieux s’adapter aux exigences de l’administration et du marché.
Les membres de ces associations de base sont composés principalement
d’agriculteurs dans leur majorité. Ils vivent sur place et quittent rarement leurs
qsours. Ils animent des festivités du Qsar et participent sur demande aux
cérémonies nationales organisées localement.
L’inscription des deux groupes aux actions de promotion culturelle
s’intègre dans deux logiques à la fois différentes et complémentaires. Pour le
186
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
premier groupe, il s’agit de préserver une identité dans un contexte national et
international menaçant. Pour le deuxième groupe, il s’agit de sauver une partie du
soi et de faire perdurer son gain pain. Les deux groupes travaillent dans une
perspective dynamique intégrant le culturel et l’économique. Leurs premiers
travaux réalisés en commun se rapportent à l’organisation d’un diagnostic détaillé
et au développement d’une série d’activités de promotion des chants et danses
locaux en l’occurrence : l’organisation du festival des chants et danses des oasis,
la couverture médiatique des arts populaires et le recueil des chants.
Conclusion du chapitre I :
Au terme de ce chapitre consacré aux acteurs, nous ne constatons que
toutes les actions menées par les acteurs en question n’ont pas pu aboutir aux
résultats souhaités en matière de développement territorial des CRE de la
Province de Zagora. En effet, si les actions réalisées sont considérables
quantitativement, leurs résultats mettent en cause le comportement de ces acteurs
quant à la démarche de conception et de réalisations des actions dans le territoire.
C’est dans cette optique que nous jugeons l’analyse des attentes de la population
des CRE pertinente.
187
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Chapitre II : Attentes des populations conçues
comme éléments de feuille de route pour le
développement de la Province de Zagora
Introduction :
Ce chapitre s’intéresse aux attentes de la population des CRE étudiés, aux
mécanismes qui les orientent et aux points de vue des enquêtés à propos des
acteurs et leurs actions.
Nous tenons à rappeler que les enquêtes-ménages dépouillées et analysées
dans les paragraphes ci-après n’ont ciblé qu’un échantillon des ménages de trois
CRE à savoir les CRE de N’kob, de Taghroute et de Tamgroute et ses environs.
Le choix des trois CRE en question est délibératif du fait qu’ils représentent les
différentes particularités du territoire étudié. Par conséquent, les analyses, les
propositions et les orientations issues de ces enquêtes ont été généralisées sur les
onze CRE, objet de nos recherches.
1. Attentes des populations liées au développement
L’étude des attentes des enquêtés est déclinée en trois domaines
principaux : économie, urbanisme et environnement et infrastructures de base et
socioculturelles.
1.1- Domaine économique
La dimension économique est d’une importance particulière pour tout
développement. Ainsi, notre analyse des attentes de la population portera en
premier lieu sur ce volet. Les interviewés ont présenté à travers la réponse au
questionnaire, un classement de cinq priorités identifiées auparavant, en matière
de développement économique des CRE de la Province de Zagora (Figure n° 17).
188
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n° 17 : Attentes de la population dans le domaine économique
Source : enquête de terrain -2015.
La figure n° 17 ci-dessus démontre que
La priorité en matière de développement économique pour les deux tiers de la
population interviewée est d’encourager les investissements dans les domaines :
agricole et touristique, respectivement de l’ordre de 34% et 31% ;
L’investissement dans le domaine de l’artisanat vient en deuxième position selon
26% des interviewés ;
L’investissement dans les domaines : commercial et industriel est moins
prioritaire respectivement de l’ordre de 8% et 1%, par opposition à ce qui
précède.
Cette priorisation semble s’expliquer par le caractère rural des CRE de la
Province de Zagora, ce dernier est connu par la domination de l’activité agricole
relative à la culture du palmier dattier et des cultures adaptées à la région comme
le henné. En outre, l’absence des savoir-faire industriels et de la volonté chez la
population, les pousse à considérer l’investissement dans le domaine commercial
et industriel comme une priorité secondaire par rapport au développement
économique des CRE (voir carte n° 21 à propos des vocations des CRE de
Zagora).
189
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°21: Les vocations économiques des CRE de Zagora.
Source : Analyse des données du diagnostic externe des CRE de Zagora-2015-2016-Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz -Septembre 2018.
190
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
1.2. Urbanisme et environnement
L’analyse des attentes de la population en matière d’urbanisme et de
l’environnement est d’ordre capital pour la planification urbaine. L’enjeu de ce
volet consiste à s’assurer de la mise en place des conditions d’un écosystème
urbain, organisé d’une manière permettant l’étalement et la croissance urbaine
sans porter atteinte à l’image esthétique de la ville et à son épanouissement.
Quatre éléments ont été identifiés comme priorités en matière d’urbanisme
(Figure n°18) et huit éléments en matière d’environnement (Figure n° 19).
Figure n°18 : Attentes de la population dans le domaine de l’urbanisme
Source : enquête de terrain -2015.
D’après la figure n°18 ci-dessus, les attentes de la population des CRE de
la Province Zagora favorisent principalement le lancement dans des opérations de
restructuration selon 58% de la population enquêtée. L’élargissement de la trame
viaire (voies, rues et avenues) occupe la deuxième position dans les attentes de la
population selon 28% de la population enquêtée. Tandis que la création des
jardins publics et la lutte contre l’habitat insalubre ne représentent pas pour
l’instant leurs priorités, en même temps ces deux éléments n’ont suscité de
l’intérêt, respectivement, que seulement chez 11% et 3% de la population
enquêtée. Ce résultat tout à fait normal, reflète les aspirations de cette population
qui espère d’abord l’amélioration de ses conditions d’habitat et particulièrement
du cadre de vie.
191
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Planche photos n°9: les constructions en pisé en phase de détérioration.
L’habitat au Centre de Tazarine Forme de persistance de l’habitat en
pisé dans le centre de N’kob
Source : Cliché personnel- Mai 2015.
Malgré la diversité de l’habitat traditionnel dans les palmeraies du Sud-est
Marocain, force est de constater que le Qsar, dans sa version dégradée actuelle,
est voué à la disparition car il est devenu synonyme de pauvreté pour les
populations qui y résident encore. Il existe encore des Qsours occupés par ce que
leurs résidants ne peuvent gère émigrer vers d’autres endroit où ils peuvent vivre
mieux. Il est malheureux que la survie des qsours, composante essentielle de
l’identité culturelle marocaine, maghrébine et africaine, soit liée à la pauvreté et à
la précarité dans laquelle vit une frange de la société oasienne. Et il est plus
malheureux encore de dire que les Qsours subsisteront tant qu'il y aura des
populations en dessous du seuil de pauvreté.
En matière d’environnement les huit éléments identifiés et proposés
comme priorités possibles sont des éléments qui contribuent au maintien de
l’équilibre écologique et à l’amélioration de l’hygiène des CRE par rapport à
l’étalement urbain.
192
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Figure n°19 : Attentes de la population dans le domaine de l’environnement
Source : enquête de terrain -2015.
La figure n°19 ci-dessus représentant la priorisation des attentes de la
population en matière d’environnement démontre que les priorités du premier
ordre concernent principalement l’assainissement solide et liquide (voir la carte
n°22). Ainsi, la priorité n° 1 pour la population est la création des décharges
contrôlées selon 50% de la population enquêtée. La deuxième priorité concerne le
renforcement du réseau de l’assainissement liquide selon 26,2% suivi du
ramassage des déchets solides de 23,8%.
Malgré la superficie réduite des CRE, il convient de signaler l’existence
des points noirs de déversement des déchets ménagers et des eaux usées à ciel
ouvert, les marges des CRE et les terrains nus en constituent des exemples
convaincants. De plus, le manque de réseaux d’assainissement et parfois la faible
couverture expliquent cette priorisation. En effet, le taux de branchement aux
réseaux d’assainissement dans les CRE reste faible de l’ordre de 10%.
193
Les Centres Ruraux Emergents, aménagement et enjeux du développement territorial- Cas de la Province de Zagora-
Carte n°22: Taux d’équipement des Centres Ruraux Emergents en eau potable, en électricité et en assainissement (2017).
Source : Services techniques des communes concernées -2016- Carte digitalisée par EL-ARABY Abdelaaziz - Octobre 2017.
194