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Évaluation des effets des additions minérales

L'article présente une méthodologie expérimentale pour évaluer l'effet des additions minérales sur le besoin en eau et l'adjuvantation des mortiers. Les résultats montrent que la finesse et la quantité d'additions influencent significativement ces besoins, avec des additions microniques réduisant le besoin en eau et en adjuvant, tandis que les additions submicroniques tendent à l'augmenter. Environ 93% des cas montrent une relation proportionnelle entre la modification du besoin en eau et celle du besoin en adjuvant.

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Évaluation des effets des additions minérales

L'article présente une méthodologie expérimentale pour évaluer l'effet des additions minérales sur le besoin en eau et l'adjuvantation des mortiers. Les résultats montrent que la finesse et la quantité d'additions influencent significativement ces besoins, avec des additions microniques réduisant le besoin en eau et en adjuvant, tandis que les additions submicroniques tendent à l'augmenter. Environ 93% des cas montrent une relation proportionnelle entre la modification du besoin en eau et celle du besoin en adjuvant.

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net/publication/233145874

Méthode d'évaluation de l'effet des additions minérales sur le besoin en eau


et l'adjuvantation des mortiers

Article in Revue européenne de génie civil · March 2004


DOI: 10.1080/12795119.2004.9692602

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3 authors, including:

Jean-Philippe Bigas Jean-Louis Gallias


CHRYSO France Cergy-Pontoise University
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Méthode d’évaluation de l’effet des
additions minérales sur le besoin en eau et
l’adjuvantation des mortiers

Anissa Bessa — Jean-Philippe Bigas — Jean-Louis Gallias

Laboratoire de Modélisation, Matériaux et Structures, Université de Cergy-Pontoise


5, mail Gay-Lussac Neuville-sur-Oise
95031 Cergy-Pontoise cedex
{[Link], [Link], [Link]}@[Link]

RÉSUMÉ. Par une méthodologie expérimentale originale, basée sur la comparaison du


comportement des mortiers à structure granulaire similaire et à consistance égale, nous
avons pu évaluer d’une part l’effet granulaire des additions sur le besoin en eau et d’autre
part l’action de l’adjuvant fluidifiant sur l’effet granulaire et corréler ainsi la modification
du besoin en eau à celle du besoin en adjuvant. Les résultats obtenus montrent que la finesse
et la quantité d’addition sont les principaux facteurs déterminant la variation du besoin en
eau et celle du besoin en adjuvant. Les additions microniques permettent, à faible teneur,
d’optimiser l’empilement granulaire des mortiers et réduire le besoin en eau et le besoin en
adjuvant indépendamment du dosage et du type de ciment employé. Les additions
submicroniques provoquent généralement une augmentation du besoin en eau et du besoin
en adjuvant sauf lorsque le dosage en ciment est faible. Dans 93% des cas, la modification
du besoin en eau induite par une quantité donnée d’une addition est proportionnelle à celle
du besoin en adjuvant nécessaire pour contenir la variation du besoin en eau.
ABSTRACT. By an original experimental methodology, based on the comparison of the
behaviour of the mortars with similar granular structure and equal consistency, we have
evaluated both the granular effect of the mineral admixtures on the water requirement and
the action of the superplasticizer on the granular effect and thus correlate the modification of
the water requirement with that of superplasticizer requirement. The results show that the
fineness and the quantity of the admixture are the principal factors determining the variation
of the water requirement and that of the superplasticizer requirement. The admixtures with
micronic particles allow, with low content, optimising of the granular packing of the mortars
and reducing of the water requirement and the superplasticizer requirement, independently
of the quantity and the type of cement employed. The admixtures with submicronic particles
generally cause an increase in the water requirement and the superplasticizer requirement
except when the cement quantity is low. In 93% of the cases, the modification of the water
requirement induced by a given quantity of admixture is proportional to that of the
superplasticizer requirement necessary to constrain the variation of the water requirement.

MOTS-CLÉS : Additions minérales, adjuvant fluidifiant, besoin en eau, ciment, mortier


KEYWORDS: mineral admixture, superplasticizer, water requirement, cement, mortar.

Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004, pages 181 à 201


2 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

1. Introduction

L’incorporation des additions minérales dans le squelette granulaire des bétons


suit deux objectifs, en premier lieu, remplir les porosités entre les particules et, en
second lieu, bénéficier des éventuelles réactions chimiques des additions avec le
ciment pour former des produits à caractère liant. La réduction de la porosité du
béton par les additions a pour effet principal de diminuer la quantité d’eau de
gâchage nécessaire à l'obtention d'une consistance compatible avec les conditions de
mise en œuvre sur chantier, et d’améliorer en conséquence les performances telles
que les résistances mécaniques et la durabilité, indépendamment d’une éventuelle
activité chimique.
Toutefois, le remplissage du squelette granulaire des bétons par les additions
dépend de la capacité de dispersion des particules dans l’eau de gâchage et de la
densité de leur empilement avec les autres composants du squelette granulaire. Les
interactions avec l’eau et les autres particules peuvent parfois compromettre le
bénéfice granulaire des additions. Plusieurs études montrent, en effet, que
l'incorporation d'additions minérales dans un mélange cimentaire ne conduit pas
systématiquement à une réduction de la quantité d'eau nécessaire au gâchage
[(Shannag et al., 1995), (Zhang et al., 1995), (Bai et al., 1999), (Collins et al.,
1999), (Dhir et al., 1988), (Gallias et al., 2000)]. En pratique, cette augmentation du
besoin en eau est maîtrisée par l’utilisation d’adjuvants fluidifiants [(Zhang et al.,
1995), (Bai et al., 1999), (Collins et al., 1999), (Aoune-Séghir et al., 1998), (Nehdi
et al., 1998)]. Bien que l’utilisation combinée d’adjuvants fluidifiants et d’additions
minérales ait permis le développement des bétons à hautes performances, la maîtrise
de ces comportements reste empirique. Peu d'études, à ce jour, ont essayé
d'approfondir les effets combinés des additions minérales et des adjuvants
fluidifiants sur le besoin en eau des matériaux cimentaires. La principale difficulté
réside dans le fait que les principaux paramètres de formulation (dosage en ciment,
rapport E/C, consistance) varient au gré des modifications apportées sur les
caractéristiques du squelette granulaire et consécutivement sur les propriétés
physiques des mélanges frais rendant difficile une comparaison directe des résultats.
Nous proposons d'aborder ce problème par une méthodologie expérimentale
originale permettant l’évaluation d’une part de l’effet granulaire des additions et
d’autre part de l’action de l’adjuvantation sur l’effet granulaire des additions afin de
dégager les paramètres déterminant le comportement des mélanges frais. Dans notre
approche, nous avons pris en compte l’influence du dosage et du type de ciment.
Cette approche validée sur une centaine de formulations de mortier devrait être
parfaitement transposable aux bétons.

2. Matériaux

Les matériaux utilisés pour la formulation des mortiers sont :


Méthode d’évaluation de l’effet des additions 3

- un ciment Portland CEM I 52,5 N et un ciment au laitier CEM III/C 32,5 N


(tableau 1) (NF EN 197-1), désignés dans la suite respectivement par C1 et C3 ;
- un sable normal, siliceux, roulé 0/2 mm (NF P 15-433) ;
- un adjuvant fluidifiant (superplastifiant) à base de poly-naphthalene sulphonate
pur, en poudre (NF P 18-330) ;
- quatre additions minérales d’origine, de composition minéralogique et de
propriétés texturales et granulaires différentes (Tableau 2).

constituants Masse Surface Résistance à


volumique spécifique 28 j du mortier
(%)
absolue Blaine (m²/g) normal (MPa)
(kg/m3)
CEM I 98% clinker 3100 0,382 65,5
52,5 N
2% filler
calcaire
CEM 15% clinker 2910 0,465 43,0
III/C 32,5 N
85% laitier

Tableau 1 : Caractéristiques des ciments.

Addition Nature Masse Diamètre Surface Forme des


minérale volumique median des spécifique grains
composition
absolue grains (µm) BET (m²/g)
minéralogique
(kg/m3)
CA Calcite 2700 3,0 3,3 Arrondie
QZ Quartz 2650 2,2 3,5 Angulaire
CP Calcite 2710 0,07 20 Irrégulière
précipitée
FS Silice 2240 0,15 15 Arrondie
amorphe

Tableau 2 : Caractéristiques des additions minérales.

Les additions minérales peuvent être distinguées en deux groupes : celles


obtenues par broyage de dépôts naturels comme la calcite CA et le quartz QZ et
4 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

celles obtenues par un process industriel spécifique comme la calcite précipitée CP


et la fumée de silice FS. La finesse des additions d'origine naturelle est
considérablement inférieure à celle des additions d'origine industrielle (Tableau 1).
En effet, le diamètre médian des particules des premières est au moins quinze fois
supérieur à celui des secondes alors que la surface spécifique est au moins quatre
fois inférieure. Pour cette raison, nous désignerons dans la suite de cette étude la
calcite CA et le quartz QZ comme additions fines et la fumée de silice FS et la
calcite précipitée conne additions ultrafines. Toutes les additions rentrent dans le
cadre de la normalisation spécifique relative aux additions minérales pour le béton
prêt à l’emploi (NF 18 502, NF 18 508, NF 18 509 et NF 18 305).

3. Méthodes

La méthodologie expérimentale suivie consiste à évaluer l’effet des additions


minérales et l’action des adjuvants en deux étapes successives dont la démarche est
schématisée sur la figure 1 :

1ère étape

Introduction
∆E d'une quantité
Besoin en eau A d'adjuvant
du mortier, E

2ème étape

Quantité d'addition, F

Figure 1 : Représentation schématique de la méthodologie expérimentale.

– Dans une première étape, nous déterminons la modification du besoin en eau


des mortiers à consistance constante, engendrée par l’incorporation de quantités
croissantes d’additions en substitution volumique du ciment et en l’absence
d’adjuvant fluidifiant. Ainsi, nous pouvons quantifier l’effet granulaire des additions.
– Dans une seconde étape, nous réduisons la quantité d’eau des mortiers
précédents à une valeur fixe et déterminons le dosage en adjuvant nécessaire à
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 5

maintenir la consistance constante. Ainsi, nous pouvons quantifier l’effet combiné


additions – adjuvant sur la formulation des mortiers.
Dans le cadre de nos essais, nous définissons comme besoin en eau d’un mortier
la quantité d’eau E, exprimée en kg/m3, nécessaire pour obtenir une consistance
fixée, correspondant à un temps de maniabilité de 10±1 secondes au maniabilimètre
LCL, mesuré selon la procédure normalisée NF P 18 437.
Dans la première étape de notre méthodologie, nous avons choisi trois mortiers
de référence dont les paramètres de formulation figurent dans le tableau 3.
Le premier mortier de référence (C1 H), à base de ciment CEM I 52,5 N,
présente une composition très proche du mortier normal (NF EN 196.1) avec un
rapport sable - ciment égal à 3 et une quantité d’eau ajustée de manière à atteindre le
temps de maniabilité fixé. Ainsi, le rapport E/C est égal à 0,527 au lieu de 0,50 pour
le mortier normal. Le deuxième mortier (C3 H), est obtenu en substituant le volume
du ciment CEM I 52,5 N par un volume égal de ciment CEM III 32,5 N, et en
ajustant la quantité d’eau afin d’obtenir la même consistance. Le troisième mortier
(C3 B) est obtenu en réduisant la quantité de ciment du mortier précédent de 40%
environ, en augmentant en conséquence la quantité de sable et en ajustant la quantité
d’eau de manière à conserver la même consistance.

Formulation ciment sable eau E/C S/C


3 3 3
C (kg/m ) S (kg/m ) E (kg/m )
C1 H 486 1458 256 0,527 3
C3 H 471 1529 232 0,493 3,246
C3 B 276 1695 239 0,865 6,141

Tableau 3 : Composition des mortiers de référence non adjuvantés (à consistance


fixée).

Les quatre additions minérales sont introduites dans les trois mortiers de
référence en substitution volumique du ciment à des taux progressivement croissants
(10%, 20%, 30%, 50%), leur quantité, F, est exprimée en kg/m3. Les trois séries de
mortiers ainsi obtenues ont été désignées respectivement par C1 H+F, C3 H+F et C3
B+F.
La différence du besoin en eau des mortiers avec addition par rapport au
mortier de référence de la même série, désignée par ∆E, (figure 1) quantifie
directement l’effet granulaire de l’addition et caractérise l’efficacité d’insertion de
ses particules dans le squelette granulaire du mortier. En effet, si ∆E est négatif,
l’effet granulaire est favorable et les particules de l’addition viennent remplir mieux
que celles du ciment les porosités du squelette granulaire du mortier. Sinon, lorsque
6 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

∆E est positif, l’effet granulaire est défavorable et les particules de l’addition ne


réussissent pas aussi bien que celles du ciment le remplissage du squelette
granulaire.
La comparaison de la première série de mortiers à la deuxième série permet
d’évaluer l’influence du type de ciment sur le besoin en eau en conservant constant
le volume absolu total du squelette granulaire. La comparaison de la deuxième série
à la troisième série de mortiers permet de déterminer l’influence du dosage en liant
(élevé (H) et bas (B)) sur le besoin en eau.
Dans la deuxième étape de notre méthodologie, nous avons dans chaque série
de mortiers réduit la quantité d’eau E à une valeur fixe (figure 1), en conservant la
consistance constante par introduction d’une quantité, A, d’adjuvant fluidifiant,
exprimée en kg/m3. Nous définissons, au même titre que dans la première étape de
notre méthodologie nous avions défini le besoin en eau, un besoin en adjuvant du
mortier. Les trois nouvelles séries de mortiers ainsi obtenues ont été désignées
respectivement par C1 H+F+A, C3 H+F+A et C3 B+F+A. A chaque série
correspond un nouveau mortier de référence dont les paramètres de formulation
figurent dans le tableau 4. Chaque mortier de référence adjuvanté présente la même
proportion des phases solides du squelette granulaire (rapport S/C) que le mortier
non adjuvanté correspondant. Cependant, le squelette granulaire est plus dense en
raison d’une quantité d’eau plus faible. De plus, les deux premiers mortiers de
référence présentent le même rapport volumique eau-ciment. Toutefois, nous
constatons que le mortier de référence C1 H+A présente un dosage en adjuvant
environ trois fois et demi supérieur à celui du mortier de référence C3 H+A. Ces
résultats corroborent les observations faites par Gao (Gao et al., 2001) qui ont
remarqué une plus grande efficacité de dispersion des grains de laitier par les
adjuvants fluidifiants.

Formulation ciment sable eau superplastifiant E/C


3 3 3 3
C (kg/m ) S (kg/m ) E (kg/m ) A (kg/m )
C1 H + A 501 1504 201 3,57 0,401
C3 H + A 487 1581 211 0,94 0,433
C3 B + A 288 1765 197 3,11 0,684

Tableau 4 : Composition des mortiers de référence adjuvantés (à consistance et


quantité d'eau fixées).

Dans ces conditions, la modification de la quantité d’adjuvant par rapport au


mortier de référence de la même série, désignée par ∆A, en fonction de la quantité
d’addition introduite permet de quantifier pour chaque série de mortiers l’effet des
additions sur l’adjuvantation comme dans la première étape la modification du
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 7

besoin en eau ∆E permet d’évaluer leur effet granulaire. De plus, la confrontation


des résultats obtenus au cours des deux étapes permet de déterminer l’action
combinée des additions et des adjuvants fluidifiants et de dégager un critère
pertinent de l’efficacité de l’adjuvantation en présence d’additions. Ce critère
d’efficacité peut être défini, pour une teneur en addition donnée, par la relation qui
existe entre la modification du besoin en eau ∆E engendrée par l’introduction de
l’addition dans les mortiers non adjuvantés et la modification de la quantité
d’adjuvant ∆A engendrée par l’introduction de cette même addition dans les mortiers
adjuvantés.

4. Résultats

4.1 Effet des additions minérales sur le besoin en eau des mortiers non adjuvantés

4.1.1 Influence de la quantité et des caractéristiques des additions


La figure 2 présente la variation du besoin en eau des trois séries de mortiers en
fonction du dosage en addition minérale. Les résultats obtenus montrent, qu'en
l'absence d'adjuvant fluidifiant, la variation du besoin en eau E permettant le
maintien des propriétés rhéologiques dépend en premier lieu de la quantité et des
caractéristiques de l’addition incorporée et en particulier de sa finesse.
En effet, la composition minéralogique des additions minérales ne permet pas
d’établir un classement de leur comportement. Alors qu’en ce qui concerne la
finesse, il apparaît clairement que les additions minérales ultrafines CP et FS
(comportant des particules de dimension submicronique, environ 100 fois plus petite
que celle des particules du ciment), présentent un besoin en eau qui augmente
significativement avec la quantité d’addition.
En revanche, le besoin en eau des formulations avec additions minérales fines
CA et QZ (comportant des particules de dimension micronique, 5 à 10 fois plus
petite que celle des particules du ciment), varie peu. Le besoin en eau de ces
formulations passe par une valeur minimale lorsque le dosage en addition est
inférieur à 130 kg/m3, indépendamment de la nature et du dosage en liant. Ce
comportement, déjà signalé dans la littérature ( Ferraris et al., 2001), indique une
optimisation du squelette granulaire de la matrice cimentaire. Les particules des
additions viennent remplir une partie de la porosité intergranulaire du squelette
solide du mortier mieux que celles du ciment et libérer l'eau remplissant cette
porosité. Ainsi, la quantité d'eau nécessaire à la lubrification des particules pour
atteindre la consistance fixée se trouve réduite. Dans l'hypothèse où la quantité d'eau
restait constante, la fluidité des mélanges serait alors améliorée. Ce comportement
peut être également observé de manière très atténuée dans le cas des additions
minérales ultrafines pour un dosage en addition inférieur à 50 kg/m3. En règle
8 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

générale, leur grande finesse engendre un besoin en eau élevé nécessaire à la


dispersion des particules ultrafines dans l’eau de gâchage, ce qui en conséquence
masque le bénéfice d’un éventuel empilement granulaire favorable.

450
E (kg/m3)
C1 H+F (a) 450
E (kg/m3)
C3 H+F (b)
400 400

350 350

300 300

250 250
F (kg/m3) F (kg/m3)
200 200
0 50 100 150 200 250 0 50 100 150 200 250

450
E (kg/m3)
C3 B+F (c) CA
CP
400
QZ
FS
350

300

250

F (kg/m3)
200
0 50 100 150

Figures 2 (a,b,c) : Besoin en eau des mortiers non adjuvantés en fonction du


dosage en addition minérale.

Afin de mieux mettre en exergue le rôle de la finesse et de la quantité des


additions sur le comportement des mortiers frais, nous avons représenté sur les
figures 3 (a,b,c) la modification du besoin en eau des mortiers par rapport au mortier
de référence sans addition en fonction de la surface spécifique BET et de la quantité
d'addition introduite dans le mélange, exprimée en taux de substitution volumique du
ciment.
Pour chaque série de mortiers, nous constatons qu'il existe un domaine de valeurs
pour les paramètres de formulation dans lequel l'introduction des additions permet
une réduction du besoin en eau (∆E<0). Pour les séries C1 H+F et C3 H+F,
caractérisées par une forte teneur en liant, cette réduction concerne les additions
fines de surface spécifique environ égale à 3,5 m2/g (cas du CA et du QZ) et dont la
teneur maximale dans la matrice cimentaire est limitée à 20 ou 30% en fonction du
type de ciment. En revanche, lorsque la surface spécifique des additions est
supérieure à 10 m2/g le besoin en eau des mortiers augmente rapidement avec la
teneur en addition sans faire apparaître un domaine présentant un effet granulaire
favorable.
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 9

Pour la série de mortiers à faible dosage en liant (C3 B+F), le domaine où l’effet
des additions est bénéfique vis à vis du besoin en eau s’étend à la fumée de silice de
surface spécifique de 15 m²/g. Elle permet de réduire le besoin en eau pour une
teneur volumique inférieure à 30% correspondant à une quantité de 60 kg/m3. En
effet, dans ce cas, le squelette granulaire est dominé par les gros grains de sable, ce
qui laisse une porosité intergranulaire plus importante dans laquelle les particules de
fumée de silice trouvent leur place malgré leur besoin en eau propre élevé. Il en
résulte que certaines des additions ultrafines peuvent avoir un effet granulaire
favorable significatif dans les formulations pauvres en liant.

160 ∆E C1 H+F (a) 160


∆E C3 H+F (b)
(kg/m3) (kg/m3)
120 120

80 80

40 40

0 0
0 5 10 15 20 25 0 5 10 15 20 25
-40 SS BET (m²/g) -40 SS BET (m²/g)

160
∆E
C3 B+F (c) 10%
20%
120 (kg/m3)
30%
50%

80

40

0
0 5 10 15 20 25
-40 SS BET (m²/g)

Figures 3 (a,b,c) : Influence de la surface spécifique BET des additions sur la


modification du besoin en eau des mortiers.

Nos résultats mettent en exergue la surface spécifique comme facteur de premier


ordre pour appréhender le comportement des additions dans les différentes
formulations de mortier non adjuvantées. Toutefois, dans la littérature, l’effet
granulaire des additions dans les mélanges cimentaires [(Shannag et al., 1995),
(Zhang et al., 1995), (Bai et al., 1999), (Collins et al., 1999), (Dhir et al., 1988),
(Gallias et al., 2000)] est interprété sur la base d’une synergie des caractéristiques
granulaires. Les propriétés texturales et morphologiques des particules peuvent jouer
un rôle important. Il a été, en effet, démontré que pour des surfaces spécifiques
comparables, les additions de forme irrégulière ont un besoin en eau propre deux à
quatre fois supérieur à celui des additions de forme angulaire ou arrondie [7]. Dans
notre cas, c’est la calcite précipitée qui présente des particules à forme irrégulière et
10 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

en même temps la finesse la plus élevée alors que les particules du quartz sont de
forme angulaire et celles de la fumée de silice et de la calcite sont de forme arrondie.
Il est donc difficile de se prononcer quant à l’importance de la morphologie des
particules sur la variation du besoin en eau des mortiers.

4.1.2 Influence du type de ciment


La comparaison de la variation du besoin en eau en fonction de la quantité de
l’addition entre la série de mortier C1 H+F (figure 2a) et la série C3 H+F (figure 2b)
permet de constater qu’en première approche le type de ciment ne modifie pas le
comportement des mortiers, qui de toute évidence reste très similaire. Le classement
relatif aux différentes additions fines et ultrafines respecte le même ordre pour les
deux ciments étudiés.
Afin d’évaluer l’aspect quantitatif de l’effet granulaire des mortiers avec addition
en fonction du type de ciment, nous avons comparé sur la figure 4 les valeurs ∆E des
deux séries de mortiers pour des teneurs en addition données. Nous rappelons que la
modification du besoin en eau induite par l’addition dans un mortier par rapport au
mortier de référence de la même série permet d’évaluer l’efficacité d’insertion des
particules de l’addition dans le squelette granulaire du mortier. Elle permet aussi de
s’affranchir de la différence de valeurs du besoin en eau des mortiers de référence de
ces deux séries (le besoin en eau du mortier C3 H est 10% environ supérieur à celui
du mortier C1 H, tableau 3 et figure 2).
Nous observons sur la figure 4 que les points expérimentaux des deux séries sont
fortement corrélés. Ils se situent tous dans une zone étroite correspondant à une
variation du besoin en eau de 20 kg/m3 de part et d’autre de la bissectrice du
diagramme. Ceci permet de dire que la variation du besoin en eau engendrée par
l’introduction d’une quantité donnée d’une addition dans un mortier reste
indépendante du type de ciment présent. Il faut toutefois rappeler que les deux
mortiers de référence présentent le même rapport volumique ciment-sable et la
même consistance, c’est à dire que la structure du squelette granulaire et l’intensité
des frictions entre les particules restent similaires. La présence des additions modifie
donc de la même manière la structure et les frictions du squelette granulaire et par
conséquent le besoin en eau du mélange indépendamment du type de ciment.
Une analyse plus fine des résultats précédents montre, cependant, que les points
les plus écartés de la bissectrice concernent systématiquement les mortiers à fort taux
de substitution du ciment par l’addition (50%) indiquant ainsi que les particules de
l’addition interagissent avec celles du ciment et peuvent influencer le comportement
du mortier différemment pour chaque type de ciment à condition que leur teneur
relative soit importante. Force est de constater aussi que ces interactions diffèrent
avec les caractéristiques de l’addition. A forte teneur, le quartz QZ et la calcite
précipitée CP peuvent avoir un effet granulaire plus favorable avec le ciment CEM
III qu’avec le ciment CEM I (ils se situent au dessus de la bissectrice) alors que
l’effet granulaire de la calcite CA et de la fumée de silice est plus favorable en
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 11

présence du ciment CEM I (ils se situent en dessous de la bissectrice). Pour les


faibles teneurs en addition, la quasi-totalité des points se situe dans une zone très
étroite correspondant à une variation du besoin en eau de ±10 kg/m3 par rapport à la
bissectrice, confirmant l’absence de toute influence significative du type de ciment
dans ce cas.

160 3
∆E (kg/m )
C1 H+F+A

120

CA
80 CP
QZ
FS

40
3
∆E (kg/m )
C3 H+F+A
0
-40 0 40 80 120 160

-40

Figure 4 : Influence du type de ciment sur la modification du besoin en eau


engendrée par les additions dans les mortiers non adjuvantés.

4.1.3 Influence du dosage en liant


La comparaison de la variation du besoin en eau en fonction de la quantité de
l’addition entre la série de mortiers C3 H+F (figure 2b) et la série C3 B+F (figure
2c) permet de constater des similitudes dans le comportement, et le classement relatif
des différentes additions comme dans le cas précédent. Nous rappelons que le
rapport des dosages en ciment des mortiers de référence C3 H/C3 B est égal à
471/276 soit 1,7. Donc, la substitution à un taux donné du ciment par l’addition
correspond à un rapport des quantités absolues en addition dans les séries C3 H+F et
C3 B+F qui vaut également 1,7.
La figure 5 présente la comparaison de la modification du besoin en eau induite
par des teneurs données en addition dans ces deux séries de mortiers. Nous avons
également tracé une droite de tendance d’équation y=1,7x, correspondant au rapport
des dosages en addition. Nous constatons que l’ensemble des points expérimentaux
se situe de part et d’autre de cette droite de tendance. Néanmoins, le plus grand
nombre des points se situe au dessus de cette droite. L’écart maximal constaté dans
12 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

ce cas atteint 30 kg/m3. Ceci indique que l’effet granulaire des additions est plus
favorable dans la série à faible dosage en liant (C3 B+F). Cet effet favorable
concerne la quasi-totalité des formulations avec la fumée de silice, la calcite et le
quartz, seules les formulations avec la calcite précipitée sont pratiquement
confondues avec la droite de tendance, indiquant dans ce cas que la modification du
besoin en eau dans des formulations à dosages en liant différents est proportionnelle
au dosage en addition introduite, sans aucun effet granulaire favorable.
Il est à noter que l’effet granulaire bénéfique des additions dans les formulations
à faible dosage en liant est beaucoup plus important que celui observé lorsque le
type de ciment change.

160 3
∆E (kg/m )
C3 H+F+A

120

CA
CP
80 QZ
FS

40

3
∆E (kg/m )
C3 B+F+A
0
-40 0 40 80 120 160

-40

Figure 5 : Influence du dosage en liant sur la modification du besoin en eau induite


par les additions dans les mortiers non adjuvantés.

4.2 Efficacité de l'adjuvantation sur les couples ciment – addition

4.2.1 Influence de la quantité et des caractéristiques des additions


La figure 6 présente la variation du dosage en adjuvant nécessaire au maintien de
la consistance des trois séries de mortiers, à quantité d’eau constante, en fonction du
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 13

dosage en addition minérale. Les résultats obtenus montrent que le dosage en


adjuvant suit une variation très similaire à celle de la quantité d'eau, observée dans le
cas des formulations non adjuvantées (figure 2). En effet, dans le cas où des
additions minérales fines CA et QZ sont incorporées dans un mortier de référence, la
quantité d'adjuvant diminue avec la quantité d’addition, alors que dans le cas où des
additions minérales ultrafines CP et FS sont introduites, la quantité d'adjuvant
nécessaire augmente avec la quantité relative en addition, et ceci d’autant plus que la
surface spécifique est élevée (SS BET CP>SS BET FS).

16
A (kg/m3)
C1 H+F+A (a) 16
A (kg/m3)
C3 H+F+A (b)
12 12

8 8

4 4

0 0
0 50 100 150 200 250 0 50 100 150 200 250
F (kg/m3) F (kg/m3)

16
A (kg/m3)
C3 B+F+A (c) CA
CP
QZ
12
FS

0
0 50 100 150
F (kg/m3)

Figures 6 (a, b, c) : Dosage d'adjuvant fluidifiant en fonction du dosage en addition


minérale.

Toutefois, la correspondance point par point entre le besoin en eau des mortiers
non adjuvantés et le besoin en adjuvant des mortiers adjuvantés présente certains
écarts qui seront analysés dans les paragraphes suivants. Ces écarts ne
compromettent en aucun cas la distinction très nette de comportement vis à vis de
l’adjuvantation entre les additions fines et celles ultrafines, confirmée par la
littérature en ce qui concerne la comparaison des fillers calcaires à la fumée de silice
[8, 9]. Nos résultats permettent de constater que cette distinction est aussi valable en
ce qui concerne la comparaison du filler quartzeux QZ à la calcite précipitée CP et
de conclure, ainsi, que la composition minéralogique des additions ne joue pas un
rôle prépondérant sur l’adjuvantation. Il en résulte que l’introduction des additions
de surface spécifique BET égale à 3,5 m²/g environ permet une diminution du besoin
en adjuvant des formulations de mortiers au même titre qu’une diminution de leur
14 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

besoin en eau en l’absence de l’adjuvant fluidifiant, indépendamment de leur nature


minéralogique.

4.2.2. Influence du type de ciment


La comparaison de la variation du besoin en adjuvant en fonction de la quantité
de l’addition entre la série de mortier C1 H+F+A (figure 6a) et la série C3 H+F+A
(figure 6b) permet de constater, en première approche, que le comportement de ces
deux séries de mortiers est très similaire. Le classement relatif aux différentes
additions respecte le même ordre pour les deux ciments.

3
∆A (kg/m )
10 C1 H+F+A

CA
CP
QZ
6
FS

2 3
∆A (kg/m )
C3 H+F+A

-2 2 6 10
-2

Figure 7 : Influence du type de ciment sur la modification du dosage en adjuvant


engendrée par les additions dans les mortiers à quantité d’eau constante.

De la même manière que dans le cas du besoin en eau des mortiers non
adjuvantés, nous avons comparé sur la figure 7 les valeurs ∆A des deux séries de
mortiers pour des teneurs en addition données. Nous rappelons que la modification
du besoin en adjuvant d’un mortier avec addition par rapport au mortier de référence
de la même série permet de quantifier l’effet des additions sur l’adjuvantation. De
plus, elle permet de s’affranchir de la différence de valeurs du besoin en adjuvant
des mortiers de référence de ces deux séries (le besoin en adjuvant du mortier C3
H+A est environ quatre fois supérieur à celui du mortier C3 H+A, tableau 4 et figure
6).
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 15

Nous remarquons que les valeurs expérimentales sont situées dans une zone très
limitée autour de la bissectrice (figure 7), indiquant que le type de ciment a une
faible influence sur la modification du besoin en adjuvant engendrée par l’addition.
Toutefois, une analyse plus fine montre bien que de faibles différences existent en
fonction de la finesse de l’addition. Les points concernant les additions ultrafines
(FS et CP) sont très proches de la bissectrice avec un écart maximal de ±1 kg
d’adjuvant par m3 de mortier et confirment pleinement la conclusion précédente. En
revanche, les points concernant les additions fines (QZ et CA) sont tous situés en
dessous de la bissectrice dans un domaine correspondant à une réduction du dosage
en adjuvant des mortiers avec le CEM I et une faible augmentation de celui-ci avec
le ciment CEM III, pour une quantité d’addition donnée. Ceci indique que l’adjuvant
est plus efficace dans les mortiers contenant les additions fines en présence du
ciment CEM I. A notre avis, cette sensibilité de l’adjuvant au couple ciment-addition
doit être reliée, en premier lieu, au fait que le besoin en adjuvant propre du ciment
CEM III est significativement plus faible que celui du CEM I, c’est à dire, à la
différence de dosage en adjuvant des mortiers de référence de ces deux séries.

4.2.3 Influence du dosage en liant


La comparaison de la variation du besoin en adjuvant en fonction de la quantité
de l’addition entre la série de mortiers C3 H+F+A (figure 6b) et la série C3 B+F+A
(figure 6c) permet de constater l’existence d’une similitude comme dans le cas
précédent. Cependant, il est à noter que le classement relatif aux différentes
additions est bouleversé dans la mesure où les mortiers contenant de fortes teneurs
en fumée de silice (teneurs volumiques supérieures à 30%) présentent un besoin en
adjuvant plus élevé que ceux à forte teneur en calcite précipitée lorsque le dosage en
liant demeure faible.
La figure 8 présente la comparaison de la modification du besoin en adjuvant de
ces deux séries de mortiers pour les mêmes teneurs en additions. Nous avons
également tracé une droite de tendance d’équation y=1,7x, correspondant au rapport
des dosages en liant et en additions. Nous rappelons à ce propos que le rapport des
dosages en ciment des mortiers de référence C3 H+A/C3 B+A est égal à 487/288
soit 1,7. Donc, la substitution à un taux donné du ciment par l’addition correspond à
un rapport des quantités de l’addition dans les séries C3 H+F et C3 B+F qui vaut
également 1,7.
Nous constatons que la majorité des valeurs expérimentales se situe dans une
zone délimitée de part et d’autre de la droite de tendance confirmant, en première
approche, que la modification du besoin en adjuvant induite dans le mortier par la
présence d’une teneur donnée en addition dans la matrice cimentaire est
proportionnelle au dosage en addition introduite et peu influencée par le type de
ciment.
Toutefois, certains points expérimentaux s’écartent très significativement de cette
tendance. Il s’agit, en premier lieu, des mortiers à forte teneur en fumée de silice
16 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

(point P1 sur la figure 8). Dans ce cas, le mortier à faible dosage en liant présente une
modification du dosage en adjuvant aussi importante que celui à fort dosage en liant
malgré le fait que la quantité absolue de fumée de silice introduite dans le premier
est environ 60% de celle introduite dans le second (figures 6b et c)

3
∆A (kg/m )
C3 H+F+A
10
CA
CP
QZ
PF1S
6

P2, 3
3
2 ∆A (kg/m )
P4, 5 C3 B+F+A

-2 2 6 10
-2

Figure 8 : Influence du dosage en liant sur la modification du dosage en adjuvant


engendrée par les additions dans les mortiers à quantité d’eau constante.

Ce comportement singulier du mortier à faible dosage en liant et à forte teneur en


fumée de silice vis-à-vis de l’adjuvantation remet en cause le constat général, validé
dans tous les autres cas, selon lequel la modification du besoin en adjuvant
engendrée par l’addition est d’autant plus grande que sa surface spécifique BET est
élevée. Il remet aussi en cause la bonne correspondance observée entre la
modification du besoin en eau et celle du besoin en adjuvant des mortiers avec
additions. Les autres points expérimentaux qui s’écartent significativement de la
droite de tendance mais moins que le point précédent concernent les mortiers à forte
teneur en quartz et calcite (désignés respectivement par P2, 3 et P4, 5 sur la figure 8).
Ils présentent un comportement inverse à celui des mortiers à forte teneur en fumée
de silice. En effet, les mortiers à faible teneur en liant présentent une réduction de la
quantité d’adjuvant (de l’ordre de – 1,5 kg/m3) par rapport au mortier de référence
lorsqu’une forte teneur de quartz ou de calcite est introduite, alors que dans les
mortiers à forte teneur en liant la quantité d’adjuvant augmente légèrement avec
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 17

l’introduction des additions par rapport au mortier de référence. Il faut constater que
les mortiers à forte teneur en calcite précipitée (CP) restent très proche de la droite
de tendance montrant que les constatations précédentes ne sont pas valables dans
tous les mortiers à forte teneur en addition.
En résumant, la comparaison du comportement des mortiers à fort et faible
dosage en liant permet de conclure que la modification du besoin en adjuvant induite
par une teneur en addition faible suit de près (à ±1 kg/m3) une tendance de
proportionnalité avec le dosage en addition alors que la modification induite par une
forte teneur en addition peut pour certaines additions diverger considérablement de
cette tendance. Nous rappelons qu’une forte teneur en addition dans les mortiers non
adjuvantés avait fait surgir des interactions addition-ciment s’écartant de la tendance
principale lorsque le type de ciment était différent (figure 4). Toutefois, les écarts
constatés étaient plus faibles que ceux étudiés ci-dessus dans le cas des mortiers
adjuvantés.
D’une manière générale, nos résultats sur les mortiers adjuvantés permettent
d’affirmer que le dosage et la finesse d’une addition incorporée dans un mortier en
substitution du ciment sont des paramètres de premier ordre pour évaluer la
modification induite sur le besoin en adjuvant d’un mortier à consistance et quantité
d’eau constantes indépendamment du type de ciment présent et de son dosage. La
nature de l’addition intervient éventuellement lorsque le dosage en ciment est faible
et le taux de substitution par l’addition est supérieur ou égal à 30%.
Il en résulte que si nous souhaitons appréhender avec une précision satisfaisante
l’effet combiné addition-adjuvant sur les paramètres de formulation des mortiers,
nous devons respecter un dosage minimal en ciment et une teneur maximale en
addition.

4.3. Relation entre la réduction de la quantité d’eau et le dosage en adjuvant

La comparaison du comportement des mortiers non adjuvantés avec additions


avec ceux adjuvantés avec les mêmes additions (figures 2 et 6) montre l’existence
d’une forte correspondance entre la variation du besoin en eau et la variation
d’adjuvant induites par les additions. Nous avons représenté sur la figure 9 cette
correspondance entre la modification de la quantité d'eau (∆E) des formulations non
adjuvantées en fonction de la modification du dosage en adjuvant (∆A) par rapport
aux mortiers de référence respectifs.
18 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

160
∆E C1 H+F / C1 H+F+A
(Kg/m3)
120

80
(a)
40
P1

0
-2 2 6 10
3
-40 ∆A (Kg/m )

160
∆E C3 H+F / C3 H+F+A
(Kg/m 3 )
120

80

(b)
40

0
-2 2 6 10

-40 ∆ A (Kg/m 3 )

160
∆E C3 B+F / C3 B+F+A
(Kg/m3)
120

80
CA
(c)
CP
40 QZ
FS

0
-2 2 6 10
3
-40 ∆A (Kg/m )

Figures 9(a,b,c) : Modification du besoin en eau en fonction de la modification du


besoin en adjuvant engendrées par les additions dans les mortiers.
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 19

Dans le cas des séries des mortiers C1 H+F et C1 H+F+A (figure 9a),
caractérisées par un dosage élevé en liant à base de ciment CEM I, la modification
du besoin en eau est fortement corrélée à celle du besoin en adjuvant. A l’exception
d’une formulation de mortier à forte teneur en quartz (point P1 sur la figure 9a), tous
les points expérimentaux se situent dans une zone délimitée à 20 kg d’eau environ
par m3 de mortier pour une quantité d’adjuvant donnée de part et d’autre de la droite
de tendance ou réciproquement à 1,5 kg d’adjuvant environ par m3 de mortier pour
une quantité d’eau donnée. Si la teneur en addition des mortiers reste inférieure à
30% la zone de fluctuation des valeurs se limite à ±5 kg d’eau ou ±0,3 kg d’adjuvant
par m3 de mortier autour de la droite de tendance.
Un comportement similaire est observé pour les modifications du besoin en eau
et du besoin en adjuvant des séries des mortiers C3 H+F et C3 H+F+A (figure 9b)
caractérisées par un dosage élevé en liant à base de ciment CEM III. Si nous
considérons la dispersion des points expérimentaux autour de la droite de tendance
précédente, nous constatons que tous sont situés dans la zone délimitée à 20 kg par
m3 de mortier pour une quantité d’adjuvant donnée de part et d’autre de la droite ou
réciproquement à 1,5 kg d’adjuvant environ pour une quantité d’eau donnée.
Cette similitude de comportement des quatre séries de mortiers permet de
conclure que quel que soit l’effet granulaire d’une addition sur le squelette solide
d’un mortier (favorable pour les additions fines et défavorable pour les additions
ultrafines), la modification du besoin en eau qui en résulte (négative et positive
réciproquement par rapport au mortier de référence) est proportionnelle à la
modification du besoin en adjuvant nécessaire pour s’affranchir de cet effet
granulaire et maintenir une quantité d’eau constante sans modifier les propriétés
rhéologiques du mortier.
Dans le cas des séries de mortiers C3 B+F et C3 B+F+A (figure 9c) caractérisées
par un faible dosage en liant à base du ciment CEM III, la modification du besoin en
eau par rapport à celle du besoin en adjuvant paraît beaucoup plus fluctuante que
dans les cas précédents. En effet, les mortiers à forte teneur de fumée de silice
supérieure ou égale à 30% et dans une moindre mesure ceux à forte teneur de quartz
s’écartent sensiblement de la droite de tendance. En revanche, tous les autres points
suivent la tendance.
Afin de mieux illustrer l’ensemble des similitudes et des divergences entre les
différentes séries de mortiers vis à vis de l’effet combiné addition – adjuvant sur le
besoin en eau, nous avons reporté sur la figure 10 les 48 points expérimentaux de
notre étude. Il en résulte clairement que les conclusions précédentes quant à la
proportionnalité des modifications du besoin en eau et du besoin en adjuvant
induites par les additions sont valables dans plus de 93% des cas. Notons que les
points écartés de cette proportionnalité concernent les additions siliceuses (fumée de
silice et quartz) à forte teneur.
20 Revue française de génie civil. Volume 8 – n°2-3/2004

160
C1 H+F / C3 H+F / C3 B+F
∆E
(Kg/m3)

120 C1 H+C A
C1 H+C P
C1 H+QZ
C1 H+F S
80 C3 H+C A
C3 H+C P
C3 H+QZ
C3 H+F S
40 C3 B +C A
C3 B +C P
C3 B +QZ
C3 B +F S

0
-2 2 6 10 14

3
-40 ∆A (Kg/m )

Figure 10 : Modification du besoin en eau en fonction de la modification du besoin


en adjuvant engendrées par les additions dans les mortiers.

5. Conclusion

Par une méthodologie expérimentale originale, basée sur la comparaison du


comportement des mortiers à structure granulaire similaire et à consistance égale,
nous avons pu évaluer d’une part l’effet granulaire des additions sur le besoin en eau
et d’autre part l’action de l’adjuvant fluidifiant sur l’effet granulaire et corréler ainsi
la modification du besoin en eau à celle du besoin en adjuvant.
L’effet granulaire des additions minérales sur les formulations de mortier dépend
en premier lieu de la finesse et de la quantité de l'addition introduite. La nature et la
composition minéralogique de l'addition ne semblent pas influer de manière
significative.
En l’absence d’adjuvant fluidifiant, l’introduction à faible taux de substitution du
ciment (≤ 30%) d’additions minérales fines dont la dimension des particules est
micronique et la surface spécifique limitée à 3,5 m²/g, permet l’optimisation de
l’empilement granulaire des mortiers et la réduction du besoin en eau nécessaire à
atteindre une consistance donnée. La fumée de silice dont la taille des particules est
submicronique et la surface spécifique de 15 m²/g permet aussi cette optimisation du
squelette granulaire seulement lorsque le dosage en liant est faible (< 300 kg/m3) et
sa teneur limitée (≤ 30%). Dans tous les autres cas, l’effet granulaire des additions
Méthode d’évaluation de l’effet des additions 21

est défavorable et conduit à une augmentation plus ou moins importante du besoin en


eau des mortiers.
Par ailleurs, l’effet granulaire des additions ne dépend pas du type de ciment. Des
interactions ciment-additions de faible ampleur influant sur le besoin en eau se
manifestent uniquement lorsque le taux de substitution du ciment par l’addition est
élevé (50%).
Lorsque l’adjuvant fluidifiant est utilisé pour s’affranchir de l’effet granulaire des
additions et maintenir constante la quantité d’eau sans modifier la consistance des
mortiers, le comportement des additions microniques et celles submicroniques se
différencie de la même manière que dans le cas des formulations non adjuvantées,
indépendamment du type de ciment employé. En général, la modification du besoin
en eau induite par l’effet granulaire de l’addition (que ce soit favorable pour les
additions microniques et défavorable pour les additions submicroniques) est
proportionnelle à la modification du besoin en adjuvant nécessaire pour contenir
l’effet granulaire. Cette proportionnalité est de 13 kg d’eau par kg d’adjuvant
fluidifiant de type PNS quel qu’il soit le ciment employé. Uniquement lorsque le
dosage en liant est faible (< 300 kg/m3) et la teneur en addition élevée (≥ 30%)
certaines additions présentent un comportement singulier dépendant de leur finesse
et de leur composition minéralogique.

6. Bibliographie

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