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Limitations des droits en lutte antiterroriste

Le document examine les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux États-Unis, soulignant les dérives potentielles de ces mesures. Il met en lumière l'usage d'états d'urgence et de pouvoirs exceptionnels pour contrer le terrorisme, tout en questionnant la hiérarchie entre la répression du terrorisme et la protection des droits fondamentaux. L'étude souligne que, malgré la nécessité de protéger les citoyens, les garanties des droits doivent rester intactes dans un État de droit.

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Limitations des droits en lutte antiterroriste

Le document examine les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux États-Unis, soulignant les dérives potentielles de ces mesures. Il met en lumière l'usage d'états d'urgence et de pouvoirs exceptionnels pour contrer le terrorisme, tout en questionnant la hiérarchie entre la répression du terrorisme et la protection des droits fondamentaux. L'étude souligne que, malgré la nécessité de protéger les citoyens, les garanties des droits doivent rester intactes dans un État de droit.

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Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

LES LIMITATIONS DES DROITS FONDAMENTAUX EN PERIODE DE LUTTE


CONTRE LE TERRORISME AU BURKINA FASO ET AUX ETATS-UNIS.

Kibessoun Pierre Claver MILLOGO


Docteur en Droit public
Chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (C.N.R.S.T.)
à l’Institut des Sciences des Sociétés (IN.S.S.)

RÉSUMÉ Mots clés : Terrorisme-Libertés-droits


Le terrorisme est une menace très ancienne fondamentaux-Limitations-pouvoirs
qui existe depuis le premier siècle de notre exceptionnels-Etat de siège-Etat
ère. Mais ses formes actuelles ont varié et d’urgence-extrémisme violent.
aujourd’hui on parle plutôt de terrorisme
de masse ou d’hyper-terrorisme. Pour
affronter cette menace, les Etats ont
recours à divers procédés juridiques dont
l’état de siège, l’état d’urgence, les
pouvoirs exceptionnels des Chefs d’Etats
et les législations d’exceptions.
Mais la question de la limitation des droits
fondamentaux en période de lutte contre le
terrorisme est problématique. Elle entraine
bien souvent des dérives ainsi que les cas
burkinabè et américain le démontrent.
Au total, il n’existe pas de hiérarchie entre
les deux impératifs que sont la répression
du terrorisme et la protection des droits
fondamentaux. Dans un Etat de droit, les
garanties sont les mêmes pour tous et les
règles de l’Etat de droit visent à protéger la
liberté des citoyens.

27
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

INTRODUCTION spécifiques dans les pays de Common law.


Il en résulte de nombreuses violations des
L’État moderne doit faire face à de droits fondamentaux qui sont relevées le
nombreux défis contemporains parmi plus souvent par les activistes ou les ONG
lesquels figure le terrorisme national et de défense des droits humains 3 présents
international1. Un peu partout à travers le dans de nombreux pays à travers le monde.
monde, de nombreux Etats doivent Mais la question prend un relief particulier
affronter cette nouvelle menace qui affecte lorsque ce sont les autorités
leur existence même. On peut mentionner, gouvernementales qui prônent en même
au titre des régions concernées depuis la temps le discours de l’Etat de droit qui sont
nuit des temps, l’occident et des pays en même temps à l’origine de ces
comme la France, les Etats-Unis ou encore violations des droits fondamentaux. La
le Royaume Uni. Au Sahel, la menace question donc des limitations des droits
concerne désormais outre des pays tels que fondamentaux en période de lutte
l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte et la antiterroriste n’est pas la question des
Mauritanie, le Niger, le Mali et le Burkina limitations habituelles des droits
Faso ou encore la Cote d’Ivoire et plus fondamentaux. Elle est problématique.
récemment le Togo et le Bénin. La limitation des droits fondamentaux
Mais les Etats ne sont pas démunis face au renvoie à l’idée de restreindre dans le but
terrorisme. Ils essayent de l’affronter en de priver certains individus ou tous les
encadrant les droits fondamentaux et en les individus du bénéfice de certains droits. La
limitant allant même parfois à contre- limitation des droits est un pouvoir
courant des principes parfois souverain de l’Etat sous réserve des
fondamentaux de l’Etat de droit2. Selon le Conventions internationales lesquelles
système de droit auquel se rattachent les mentionnent certains droits intangibles qui
différents Etats, ils peuvent ou bien user ne peuvent faire l’objet de restrictions
des dispositions constitutionnelles comme quelque soient les circonstances y compris
dans les pays de tradition romano- la lutte contre le crime organise ou la lutte
germanique ou bien user des législations contre le terrorisme national et
international4. Selon la Convention
1
Pierre Claver Millogo, Le droit au procès
équitable à l’épreuve de la répression du
terrorisme international : apports et influences de
la Cour européenne des droits de l’Homme, 3
Human Rights Wathch, Amnesty International, la
Ouagadougou, Harmattan, octobre 2017, 216p. FIDH, le MBDHP notamment.
2
Jacques Chevallier, L’Etat de droit, Paris, P.U.F., 4
Cf la loi du 6 juin 2022 portant habilitation du
1992, 160p. gouvernement de la Transition du Burkina à

28
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

européenne des droits de l’Homme et des de droits fondamentaux n’a rien de simple.
libertés fondamentales 5 et la Charte Son apparition dans le langage juridique
africaine des droits de l’Homme et des français est plutôt récente8. La notion de
peuples 6 a laquelle le Burkina Faso est droit fondamental est d’origine allemande.
partie, les droits intangibles quelque soient A ce sujet, les auteurs rappellent très
les circonstances sont : le droit à la vie, souvent la filiation qui existe entre les
l’interdiction de la torture et des peines et droits fondamentaux et les Grundrechte
traitements cruels, inhumains et allemands. C’est ainsi que Louis Favoreu
dégradants, l’interdiction de l’esclavage et expliquait que cette expression avait un
la non rétroactivité de la loi pénale. Selon sens précis prévu par la Constitution en
ces conventions internationales, en aucun Allemagne fédérale9. Il s’agit de l’idée que
cas les procès ne devraient être les droits fondamentaux représentent une
inéquitables même en matière de lutte catégorie générique, une catégorie
antiterroriste. La notion de droits de regroupant l’ensemble des droits et libertés
l’Homme a fait l’objet d’une littérature constitutionnellement protégés. C’est une
immense7. La notion contemporaine est acception différente de celle retenue en
celle des droits fondamentaux. Le concept Allemagne où tous les droits
constitutionnels ne sont pas qualifiés de

prendre des mesures dans le cadre des sujétions Grundrechte par la Loi fondamentale10. En
liées aux nécessités de la défense nationale.
5 droit allemand, la qualification de droit
Art 6 de la Convention Européenne de sauvegarde
des Droits de l’Homme et les libertés fondamental entraîne une protection
fondamentales (C.E.D.H.).
6
art 7 de la Charte Africaine des Droits de spécifique caractérisée par le recours de
l’Homme et des Peuples (C.A.D.H.P.).
7
David Capitant, Les effets juridiques des droits l’art.93 al.4a de la Loi fondamentale,
fondamentaux en Allemagne, Paris, LGDJ, coll.
« Biblio. Constitutionnelle et de science politique », recours qui permet à toute personne lésée
t.87, 2001, p.3 ; Louis Favoreu, « Rapport général
dans l’un de ses droits de saisir la Cour
introductif », in Cours constitutionnelles
européennes et droits fondamentaux, Louis Favoreu constitutionnelle. Dans ce pays, les droits
(dir.), Paris, Aix-en-provence, Economica, Presses
universitaires d’Aix-Marseille, 1982, p.41 ; Michel
Fromont, « Les droits fondamentaux dans l’ordre 8
Ils remontent à la Déclaration des droits de
juridique de la République fédérale d’Allemagne », l’Homme et du citoyen de 1789.
Recueil d’études en hommage à Charles 9
Louis Favoreu, « Rapport général introductif », in
Eisenmann, Paris, Cujas, 1975, pp.49-64 ; François Cours constitutionnelles européennes et droits
Goguel, « Objet et portée de la protection des droits fondamentaux, Louis Favoreu (dir.), Paris, Aix-en-
fondamentaux », in Louis Favoreu (dir.), Cours provence, Economica, Presses universitaires d’Aix-
constitutionnelles et droits fondamentaux, op. cit., Marseille, 1982, p.41.
1982, p.236 ; v. aussi Etienne Picard, 10
C’est le cas de la liberté de constituer des partis
« L’émergence des droits fondamentaux en politiques consacrée à l’art.21 al.1 de la Loi
France », AJDA numéro spécial, Les droits fondamentale qui n’appartient ni à la liste des droits
fondamentaux : une nouvelle catégorie juridique ?, fondamentaux ni à celle des droits identiques ou
1998, pp.6-42 ; Andreas Auer, « Les droits assimilable à des droits fondamentaux de l’art. 93
fondamentaux », in Pouvoirs n°43, 1987, p.87. al.4a..

29
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

fondamentaux sont vus avant tout comme lui proposer des dons, présents ou
catégorie spécifique de droits subjectifs avantages quelconques ou encore de la
constitutionnels et qualifiés comme tels par menacer ou de faire pression sur elle pour
la Loi fondamentale11. Selon le lexique des qu’elle participe à un groupement formé ou
termes juridiques, le terrorisme est une entente établie pour réaliser des actes
l’ensemble d’infractions limitativement terroristes ou qu’elle commette un des
énumérées dans le Code pénal, qualifiées actes de terrorisme alors même que cette
ainsi, lorsqu’elles sont en relation avec une provocation ne serait pas suivie d’effet14.
entreprise individuelle ou collective ayant
pour but de troubler gravement l’ordre
14
public par l’intimidation et la terreur 12. Serge Guinchard, Thierry Debard, Lexique des
termes juridiques op. cit., p.916 ; Confère aussi
L’effet essentiel de cette qualification est, Code pénal français, arts. 421-1 et 421-2-1 à 421-
2-4; Code de procédure pénale, arts. 706-16 s. ; Cf.
d’une part, d’augmenter d’un degré dans aussi Section IV-3 et annexe8 II de la loi de 2000 ;
définition Onusienne en 2005 par Koffi ANAN :
l’échelle des peines les sanctions privatives «Tout acte outre les actes déjà visés dans les
conventions en vigueur sur les différents aspects du
de liberté encourues, d’autre part, de terrorisme, les Conventions de Genève et la
soumettre ces infractions à des règles de résolution 1566 (2004) du Conseil de sécurité,
commis dans l’intention de causer la mort ou des
procédure particulières (compétence, garde blessures graves à des civils ou à des non
combattants, qui a pour objet, par sa nature ou son
à vue, détention provisoire13, etc.). Sont contexte, d’intimider une population ou de
contraindre un gouvernement ou une organisation
également incriminées la provocation et internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de
le faire. ». A noter ici le caractère vague de la
l’apologie du terrorisme. Il en est de même caractéristique retenue : « par sa nature ou son
du fait de participer à un groupement contexte ». Cette définition est issue de l’art. 2 de la
Convention onusienne pour la répression du
formé ou une entente établie en vue de la financement du terrorisme de 1999. L’affaire
Ayyash et autres jugée par le Tribunal spécial pour
préparation d’un acte de terrorisme ou le Liban le 18 août 2020 donne des esquisses de
définition de la notion de terrorisme mais recèle des
encore de le financer. Plus récemment, une mêmes difficultés de définition. Il y a également
une difficulté à élaborer une définition strictement
loi française du 21 décembre 2012 relative
juridique du terrorisme dont on sait que de son
à la sécurité et à la lutte contre le étendue dépendront les effets juridiques qui en
découleront. C’est ce que relate Edward Peck
terrorisme a incriminé le fait d’adresser des (ancien chef de mission américain en Irak et
ambassadeur en Mauritanie dans une interview du
offres ou des promesses à une personne, de 28 juillet 2006: « En 1985, quand j’étais directeur
adjoint de la Task Force sur le terrorisme de
Reagan, […] ils nous ont demandé de produire une
11
David Capitant, Les effets juridiques des droits définition du terrorisme qui pourrait être utilisée par
fondamentaux en Allemagne, Paris, LGDJ, coll. tout le gouvernement. En effet, à un moment ou un
« Biblio. Constitutionnelle et de science politique », autre, les gouvernements se sont eux-mêmes livrés
t.87, 2001, p.3. à des activités pouvant être qualifiées de terroristes
12
Serge. Guinchard, Thierry. Debard, Lexique des suivant l’une ou l’autre des définitions existantes
termes juridiques 21e éd., Paris, Dalloz, 2014, d’où la difficulté d’établir une définition
p.916. universelle », Interview du 28 juillet 2006,
13
Les procédures ainsi décrites sont particulières en [Link]/2006/7/28/national_exclu
ce sens qu’elles sont dérogatoires au droit commun. sive_hezbollah_leader_hassan_nasrallah.

30
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

La question des limitations des droits de faire face au phénomène. En France, en


fondamentaux dans le cadre de lutte contre Allemagne16, aux Etats-Unis et au Burkina,
le terrorisme sera abordée dans le cadre du les dispositifs juridiques que sont l’Etat de
Burkina Faso en raison du fait que le pays siège depuis 1848, l’Etat d’urgence depuis
est confronté à ce fléau dont il peine à se 1955 en France, aux Etats Unis depuis les
débarrasser depuis plusieurs années et que attentats de New York en 2001 et au
la question y est d’une actualité brulante. Burkina depuis fin 2014 avec la chute du
Le cas américain s’explique par le fait que régime Compaoré, ces différents Etats ont
ce pays a été confronté aux plus graves eu recours à ces mesures restrictives des
attaques terroristes enregistrées par un Etat droits fondamentaux qui n’ont pas été
à ce jour et que les réactions juridiques et exclusives d’autres mesures telles que les
judiciaires des autorités américaines pour restrictions de la liberté d’aller et de venir,
contrer la menace, et en particulier les de réunion, de manifestation, de la presse,
atteintes aux droits fondamentaux ont été d’expression, d’opinion17. Il convient de
inédites. L’étude portera sur ces deux pays mentionner aussi les pouvoirs
principalement. Mais des références au exceptionnels du Chef de l’Etat qui ont été
droit comparé notamment français seront utilisés une fois en 1962 en France.
faits en cas de besoin. Cette étude portera Il existe plusieurs textes qui encadrent la
sur la période qui va des débuts du question de la limitation des droits
terrorisme à l’époque actuelle et cela pour fondamentaux dans le cadre de lutte contre
mieux cerner l’évolution, l’ampleur du le terrorisme. En France, au Burkina, aux
phénomène afin de comprendre davantage Etats-Unis, les Constitutions de ces pays
les réactions inédites des Etats étudiés pour prévoient des dispositifs pour encadrer la
faire face au phénomène à travers la question. Par exemple, l’Etat de siège,
restriction des droits fondamentaux. l’Etat d’urgence et les pouvoirs
La question de la limitation des droits exceptionnels du Chef de l’Etat sont
fondamentaux face au terrorisme n’est pas encadrés par les Constitutions française et
nouvelle15. En effet, depuis que le
terrorisme se présente comme une menace
pour la survie même de l’Etat, les Etats 16
Michel Fromont, « Les droits fondamentaux dans
n’hésitent pas à recourir aux mesures l’ordre juridique de la République fédérale
d’Allemagne », Recueil d’études en hommage à
restrictives des droits fondamentaux afin Charles Eisenmann, Paris, Cujas, 1975, pp.49-64.
17
Etienne Picard, « L’émergence des droits
fondamentaux en France », AJDA numéro spécial,
15
Andreas Auer, « Les droits fondamentaux », in Les droits fondamentaux : une nouvelle catégorie
Pouvoirs n°43, 1987, p.87. juridique ?, 1998, pp.6-42.

31
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

burkinabè18. Dans le cas américain, la droits fondamentaux. Enfin, et c’est l’angle


Constitution ne prévoit pas expressément d’attaque choisi, il est possible d’envisager
le dispositif mais suite aux attentats de la question sous l’angle de l’impact de la
New York en 2001, le Président de répression du terrorisme sur le respect des
l’époque Georges W. Bush avait réussi à droits fondamentaux. Cette étude est plus
convaincre le Congrès américain de voter pertinente et juridiquement justifiée parce
le USA Patriot Act qui permettait de qu’elle permet de comprendre comment les
prendre toute une série de mesures pour besoins de sécurité nationale et de
faire face à la situation. Dans le cas protection de l’ordre public peuvent
burkinabè, c’est une loi du CNT de 2015 justifier la prise de mesures liberticides
qui encadre la lutte antiterroriste au parfois inédites dans l’histoire de certains
Burkina. Mais plus récemment, en juin pays. Elle permet de confronter les
2022, la junte militaire au pouvoir a impératifs de sécurité nationale et de
réinstauré l’Etat d’urgence dans certaines protection des droits fondamentaux.
régions du pays avec des mesures comme Quelles sont les limitations des droits
le couvre-feu mais surtout elle a obtenu le fondamentaux en période de lutte contre le
vote d’une loi d’habilitation législative afin terrorisme ? Comment les Etats encadrent-
de créer des zones dites d’intérêt militaire ils sur les plans législatif et constitutionnel
dans le Sahel et dans l’Est du pays pour les droits fondamentaux dans le cadre de la
faire face au phénomène. lutte contre le terrorisme ? Quelles sont les
Cette étude peut être menée sous plusieurs violations des droits fondamentaux qui
angles : d’abord, la question peut être résultent de cette lutte contre le
étudiée sous l’angle des théories terrorisme ?
développées pour justifier les limitations Il est intéressant à plus d’un titre de mener
aux droits fondamentaux dans le cadre de cette étude plutôt qu’une autre. Sur le plan
la lutte contre le terrorisme. Ensuite, théorique, elle permet de comprendre les
l’étude peut être menée pour déterminer le justifications et les différentes théories qui
rôle des droits fondamentaux en période de ont été développées pour justifier les
lutte contre le terrorisme. En outre, il est interventions des Etats dans le domaine des
possible d’envisager l’étude sous l’angle droits fondamentaux en justifiant les
des répercussions de la répression du restrictions apportées à ces droits 19. Elle
terrorisme sur la sécurité intérieure et les
19
François Goguel, « Objet et portée de la
18
Art.158 et 159 de la Constitution burkinabè par protection des droits fondamentaux », in L.
exemple. FAVOREU (dir.), Cours constitutionnelles et droits

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Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

permet aussi de comprendre pourquoi les s’intéresser aux violations des droits
théories de la raison d’Etat, de la sécurité fondamentaux qui nécessairement en
nationale et de préservation de l’ordre résultent car comme le dit l’adage « il est
public occupent une place importante dans difficile de faire des omelettes sans casser
les choix gouvernementaux en matière de des œufs ». Ces violations sont l’œuvre de
répression du terrorisme. Sur un plan dispositifs juridiques qui dans leurs
pratique, cette étude permet de mesurer applications sont sources d’atteintes aux
l’impact réel des interventions de l’Etat droits fondamentaux (II).
dans la vie privée des individus et
notamment les effets sur la vie de tous les I- Les règlementations
jours. Elle permet de confronter les constitutionnelles et législatives des
théories de la raison d’Etat à l’aune droits fondamentaux dans le cadre de
d’autres impératifs tout aussi importants la lutte antiterroriste au Burkina
qui sont la protection des droits Faso et aux Etats-Unis
fondamentaux même dans le cadre de la
Les limitations des droits fondamentaux en
lutte contre le terrorisme international.
période de lutte contre le terrorisme sont
Il est donc important au regard de ce qui
juridiquement encadrées. Il existe divers
précède de porter l’attention sur les
mécanismes à cet effet mais il convient de
moyens utilisés par les Etats pour
s’intéresser particulièrement aux
restreindre les droits fondamentaux dans le
règlementations d’ordre constitutionnel (A)
cadre de la lutte contre le terrorisme 20. Ces
et aux règlementations d’ordre législatif
moyens peuvent être légaux ou illégaux
(B). Il convient de préciser que même si
mais il convient de s’intéresser aux
l’étude porte sur les droits du Burkina Faso
moyens légaux qui sont propres au droit et
et des Etats-Unis d’Amérique, des
qui consistent en des encadrements
références seront faites en droit comparé
constitutionnel et législatif des droits
notamment français.
fondamentaux (I). Ensuite, il sied de

fondamentaux, op. cit., 1982, p.236 ; Cf. aussi


Etienne Picard, « L’émergence des droits
fondamentaux en France », AJDA numéro spécial,
Les droits fondamentaux : une nouvelle catégorie
juridique ?, 1998, pp.6-42.
20
Thomas Meindl, La notion de droit fondamental
dans les jurisprudences et doctrines
constitutionnelles françaises et allemandes, Paris,
LGDJ., coll. “Biblio. Constitutionnelle et de science
politique”, t.112, 2003, pp.72-73.

33
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

A- Les règlementations situation où il est confié aux civils


constitutionnelles (Gouvernement23 ou Chef de l’Etat24).
Il s’agit ici d’étudier les législations Mais la notion même de législation
d’exceptions21. Elles concernent des d’exception n’a rien de simple et elle
situations où les droits fondamentaux font mérite d’être étudiée de même que son
l’objet de restriction ; une restriction champ d’application.
prévue et organisée par la Constitution.
Selon le degré de la menace et l’ampleur
des restrictions, on distingue entre la
situation où l’essentiel des pouvoirs est
confié aux autorités militaires22 et la

l’état de droit ordinaire un état exceptionnel


21
Il s’agit ici de législations mais qui sont contenues s’adaptant, lui, aux nécessités de l’heure et aux
dans les Constitutions. C’est pourquoi elles sont circonstances anormales qui le provoquent,
mentionnées dans les règlementations forcement l’amènent, et indubitablement le
constitutionnelles. Il en va ainsi de l’Etat de siège et justifient » ; Recueil CE, p.278.
de l’Etat d’urgence. 23
L’article 58 de la Constitution burkinabè de 1991
22
En France, il s’agit de la loi du 9 août 1849 dispose que le Président du Faso décrète, après
relative à l’état de siège. Cette loi est étudiée parce délibération en Conseil des ministres, l'état de siège
qu’elle a considérablement renforcé les pouvoirs du et l'état d'urgence ; Kourita Sandwidi, « Les
gouvernement français de l’époque. L’adoption des juridictions d’exception en Haute Volta », Revue
législations d’exception traduit une volonté du voltaïque de droit, n°5, février 1984, pp.7-25 : le
législateur ou du Constituant d’affronter les crises tribunal spécial a été créé par l’ordonnance n°67-24
dans la légalité quoique d’exception22. Les entorses PRES du 6 mai 1967 ; la Cour de sureté de l’Etat a
fréquentes à la loi de 1849 pendant la grande été créée par l’ordonnance n°75-19 PRES-J du 18
guerre22 que le juge a validées dans sa avril 1975 et la Cour spéciale du Conseil de Salut
jurisprudence des circonstances exceptionnelles du Peuple a été créée par une ordonnance du 18 mai
montrent que la capacité d’action des gouvernants 1983 ; Cf. aussi Pierre Rosanvallon, La contre-
est considérablement élargie sous l’empire des démocratie. La politique à l’âge de la défiance,
législations d’exception. Ces dernières apportent Paris, Editions du Seuil, 2006; Carl Rossiter,
une réponse ponctuelle à un péril précis. Ces (1948), Constitutional Dictatorship. Crisis
mesures sont adoptées soit dans l’évidente nécessité Governement in the Modern Democracies, Library
ou pour l’évidente nécessité. L’affaire Delmotte de of Congres, 2009.
1915 illustre la quasi disparition de toute limitation 24
Cf. Marie Voisset, L’article 16 et la Constitution
de l’administration qui a agi en vertu de la loi de du 04 octobre 1958, 1969 qui traite des pouvoirs
1849. L’autorité militaire avait fermé un débit de exceptionnels du Chef de l’Etat. Il faut souligner
boissons au motif qu’il pouvait interdire les que toutes les décisions de fond prises en vertu de
« réunions qu’elle juge de nature à exciter ou à l’article 16 pendant son application (23 avril- 29
entretenir le désordre ». Cette fermeture était peut- septembre 1961) ont été suspensives ou
être nécessaire, mais le moyen qu’offrait la loi modificatives de règles législatives gouvernant les
aurait semblé notoirement insuffisant sans la libertés publiques de l’ensemble des citoyens ou
conviction du Conseil d’Etat qu’elle l’était, à des seuls agents publics. Par ailleurs, la
l’image de son commissaire du gouvernement Constitution comme la pratique montrent que le
(Corneille) qui conteste « formellement la méthode seul contrôle réel de l’application de l’article 16 est
consistant à interpréter l’étendue des pouvoirs la mise en accusation du Président de la République
exceptionnels conférés par l’art.9 de la loi du 9 août devant la Haute cour. C’est pour la permettre en
1849 au moyen d’une référence à la législation du toute hypothèse que, pendant la durée d’application
temps de paix, du temps normal ». Loin de de l’art.16, l’Assemblée nationale ne peut être
« s’adosser aux autres lois sur les garanties dissoute (Gerard Berlia, « Le contrôle du recours à
individuelles », une loi extraordinaire « a pour but l’article 16 et de son application », RDP. 1962,
de contrecarrer ces textes en bloc, en substituant à p.288)

34
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

1-Les législations d’exception et leurs recours à la législation déléguée. Elle


contenus25 résulte aussi du constat fait dans les années
Les législations d’exception renvoient aux 1960 du pouvoir du Président de la
états de nécessité qui eux-mêmes renvoient République de qualifier une situation de
aux circonstances exceptionnelles, mais à crise et d’estimer lui-même la durée
l’échelon supérieur de la hiérarchie des d’application des pouvoirs y correspondant
normes. Il n’existe pas de formule précise qui sont prévus par l’art.16 de la
en Droit constitutionnel pour rendre Constitution. L’état de nécessité ne doit
compte de l’état d’exception 26. Les cependant pas être confondu avec les
constitutionnalistes se préoccupent législations d’exception compte tenu de la
essentiellement des moyens juridiques de nécessité de fixer des bornes aux pouvoirs
contrôle des pouvoirs de crise. Ils exceptionnels27. En cas de péril, la mise en
admettent qu’il existe des situations où une œuvre des pouvoirs exceptionnels prévus
marge de manœuvre plus ou moins large par les textes ne donne lieu à aucune
doit être aménagée aux gouvernants. Leur violation, il s’agit de l’exercice normal des
problématique consiste à tracer une compétences exceptionnelles. Lorsqu’on
nouvelle limite entre impératifs d’efficacité théorise l’état d’exception, cela suppose
et contrôle des pouvoirs étendus. Cette qu’il n’existe pas de disposition juridique
limite existe et sa découverte est à la portée autorisant l’extension exceptionnelle des
du juriste. Cette prise de position de la pouvoirs dans le cas considéré. Lorsque le
doctrine fait suite au constat fait pendant la législateur adopte des dispositions
première guerre mondiale de d’exception, il suppose que la Constitution
l’accroissement souvent illégal des l’y autorise28.
pouvoirs de l’exécutif illustré par le L’état de nécessité suppose toujours une
situation non prévue par la Constitution ; il
25
Ces législations d’exception sont contenues dans est imprévisible par définition. Il est aussi
les Constitutions et sont utilisées à ce titre comme
armes juridiques de lutte contre le terrorisme dans souvent défini de manière très vague. Par
les pays étudiés.
26
L’expression la plus fréquemment employée est
celle de « nécessité ». Joseph Barthelemy emploie
27
parfois seul ce mot (Joseph Barthelemy et Paul Carl Schmitt rappelle la différence de nature
Duez, Traité de droit constitutionnel (1933), Paris, entre l’état de nécessité et l’art.48-2 de la
Economica, 1985, p.242 et svts. Léon Duguit Constitution de Weimar dans Die Diktatur des
préfère « règlements de nécessité » lorsqu’il évoque Reichspräsident nach Artikel 48 der Weimar
l’empiètement de l’exécutif sur la fonction Verfassung, dans Die Diktatur, p.213-259, cité par
législative (Traité de droit constitutionnel t.3, Paris, F. Saint-Bonnet, L’état d’exception, Paris, PUF.,
Fontemoing, 1921-1925, p.748 et svts). Géneviève 2001,p.16
Camus parle d’ « état de nécessité » (Géneviève 28
Ce n’est pas toujours le cas. Par ex. l’art.106 de
Camus, L’état de nécessité en démocratie, thèse, la Constitution de 1848 prévoit l’adoption d’une loi
Paris, R. Pichon, R. Durand-Auzias, LGDJ., 1965). sur l’état de siège.

35
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

définition imprévisible, l’état de nécessité considérablement élargie sous l’empire des


ne peut être défini de manière précise 29. législations d’exception. Ces dernières
L’état de nécessité suppose la conjonction apportent une réponse ponctuelle à un péril
d’une infraction aux règles précis. Ces mesures sont adoptées soit dans
constitutionnelles, d’une circonstance de l’évidente nécessité32 ou pour l’évidente
crise et la poursuite d’une finalité jugée nécessité33. Il y a une difficulté à distinguer
supérieure. Dans cette configuration, ce entre « lois de police et de sureté » et les
sont les droits fondamentaux protégés par autres. La situation devient plus complexe
la Constitution qui sont susceptibles d’être lorsqu’on intègre la conception de la loi
violés dans un premier temps. Il y a une lors de son adoption. La patrie en danger 34
concentration excessive des pouvoirs entre est un décret encadrant l’état d’exception,
les mains de l’exécutif dans un second la loi sur le maximum de grains et de
temps30. Plus largement, on évoque une farines35 est une simple mesure et le plan
action contraire aux règles positives Vigipirate36 est règlementaire et son
formulées pour régir le fonctionnement contenu classé confidentiel défense même
normal des pouvoirs publics. s’il organise un dispositif exceptionnel.
Mais qu’en est-il du contenu des Les lois d’exception prises dans l’état
législations d’exception ? L’adoption des d’exception comprennent la quasi-totalité
législations d’exception traduit une volonté des mesures prises sous la Révolution sous
du législateur ou du Constituant d’affronter forme de décrets ou de lois37. On y rajoute
les crises dans la légalité quoique également les mesures qui donnent des
d’exception. Les entorses fréquentes à la pouvoirs élargis à l’exécutif ou tendent à
loi de 1849 pendant la grande guerre31 que réprimer immédiatement aux XIXe et XXe
le juge a validées dans sa jurisprudence des siècles. C’est le cas du Sénatus-consulte,
circonstances exceptionnelles montrent que
32
la capacité d’action des gouvernants est Mesure de crise en forme de loi
33
Dispositif d’encadrement des crises
34
11 juillet 1792
29 35
Carl Schmitt, Théologie politique I, p.17 4 mai 1793
30 36
Léon Duguit, op. cit., t.3, p.753 ; Géneviève T. Chetrit, « Le plan Vigipirate : une illustration
Camus, op. cit., p.23 de la coopération civilo-militaire dans le domaine
31
Dans l’arrêt CE 6 août 1915, Delmotte, le juge se de la sécurité », Droit et défense n°4, 1995, p.58
37
livre à une interprétation très extensive justifiée par Par ex. les lois du 11 août 1792 (les
les circonstances exceptionnelles de l’art.9 de cette municipalités sont chargées de la « police de sureté
loi. Cet arrêt montre que, au motif de la théorie de générale », c'est-à-dire des crimes et délits contre la
l’Etat d’exception, le juge ne sanctionne pas une chose publique, Cf. Duv, t.4, p.348-349) et de la
violation d’une loi elle-même d’exception. même date sur la réparation des faits de guerre
L’administration aurait-elle agit sans que la loi de (principe de la responsabilité de l’administration
1849 ne lui serve de paravent, la jurisprudence des qui viendrait à violer les droits fondamentaux de
circonstances exceptionnelles eût suffi pour que le l’individu et sur le secours dû aux victimes de faits
juge s’en interdise toute sanction. de guerre, Ibid, p.350-351).

36
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

décision du Sénat prise sans le concours 2-Des habilitations constitutionnelles 41 à


des autres assemblées et qui a été édicté géométries variables
pour la première fois sur ordre de Lorsque l’essentiel des pouvoirs est exercé
Bonaparte suite à l’attentat royaliste de la par des autorités civiles, on parle soit d’état
rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800. Il y d’urgence soit d’exercice par le chef de
a aussi les lois de 1834 contre les crieurs l’Etat des pouvoirs exceptionnels. Par
de journaux et les associations38 et la loi de contre, lorsque ce sont des militaires qui
sureté générale du 27 février 1858 qui à la exercent l’essentiel des pouvoirs, on parle
suite de l’attentat d’Orsini contre Napoléon plutôt d’état de siège. L’état de siège est
III donne au ministre de l’intérieur le droit régi en France par la loi du 9 août 1849.
de déporter ou d’interner sur simple Son institution en France à l’époque dans
décision administrative. un autre contexte traduisait la volonté du
Les lois adoptées pour l’état d’exception Gouvernement français de renforcer ses
sont également nombreuses39. Parfois pouvoirs. L’adoption des législations
l’exécutif a été habilité à intervenir dans le d’exception traduit une volonté du
domaine législatif40. législateur ou du Constituant d’affronter
Les habilitations constitutionnelles les crises dans la légalité quoique
permettent ainsi selon des géométries d’exception42. Les entorses fréquentes à la
variables de confier divers pouvoirs aux loi de 1849 pendant la grande guerre43 que
autorités habilitées. le juge a validées dans sa jurisprudence des

41
C’est la Constitution qui mentionne les états de
siège et d’urgence et par conséquent habilite les
autorités investies des pouvoirs de ces états
d’exception à les mettre en œuvre lorsque certaines
circonstances se présentent.
42
Armel Le Divellec, « Le gardien de la
38
Loi du 10 avril 1834 sur les associations , Cf. Constitution de Carl Schmitt. Eléments sur les
Duv., t.34, pp.58-64 paradoxes d’une “théorie” constitutionnelle
39
Le décret des 21 octobre-21 novembre 1789 dit douteuse », in Olivier Beaud, Pasquale Pasquino
« loi martiale », la loi du 10 fructidor an V « qui (dir.), La Controverse sur “Le Gardien de la
détermine la manière dont les communes de Constitution” et la justice constitutionnelle. Kelsen
l’intérieur de la République pourront être mises en contre Schmitt, Paris, L.G.D.J. / Editions Panthéon-
état de guerre ou de siège », la loi du 09 août 1849 Assas, 2007, pp. 33-79.
sur l’état de siège, l’art.12 de la Constitution du 14 43
Dans l’arrêt CE 6 août 1915, Delmotte, le juge se
janvier 1852 modifiant l’autorité compétente pour livre à une interprétation très extensive justifiée par
l’appréciation de la déclaration de l’état de siège. les circonstances exceptionnelles de l’art.9 de cette
40
Loi du 5 août 1914 qui accorde des crédits à loi. Cet arrêt montre que, au motif de la théorie de
ouvrier « par décrets pour les besoins de la défense l’Etat d’exception, le juge ne sanctionne pas une
nationale » ; la loi du 10 février 1918 qui dispose violation d’une loi elle-même d’exception.
que « pendant la durée de la guerre, des décrets L’administration aurait-elle agit sans que la loi de
pourront règlementer ou suspendre, en vue 1849 ne lui serve de paravent, la jurisprudence des
d’assurer le ravitaillement national » ; la dictature circonstances exceptionnelles eût suffi pour que le
de Cavaignac du 23 au 26 juin 1848. juge s’en interdise toute sanction.

37
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

circonstances exceptionnelles montrent que en sourdine, l’« ersatz » d’état de siège


la capacité d’action des gouvernants est dépend totalement du pouvoir
considérablement élargie sous l’empire des discrétionnaire du Gouvernement47.
législations d’exception. Ces dernières L’intervention du Parlement déjà tardive
apportent une réponse ponctuelle à un péril risque d’être privée d’effets. L’état de
précis. Ces mesures sont adoptées soit dans siège en droit burkinabè est déclaré en cas
l’évidente nécessité44 ou pour l’évidente de péril imminent résultant d’une guerre
nécessité45. Il y a une difficulté à distinguer étrangère ou d’une insurrection armée. Il
entre « lois de police et de sureté » et les implique l’accroissement des pouvoirs
autres. L’intérêt d’examiner cette loi se règlementaires et de police mais aussi le
situe dans le renforcement des pouvoirs du transfert à l’autorité militaire des pouvoirs
Gouvernement qu’elle a occasionné. En de maintien de l’ordre normalement
France, dans les zones où l’état de siège dévolus à l’autorité civile. L’autorité
entre en vigueur, l’autorité militaire se voit militaire est en outre investie de certains
conférer tous les pouvoirs de police qu’elle pouvoirs dont ne disposerait, pas en temps
décide d’exercer 46. Les militaires disposent normal l’autorité civile : possibilité de
de compétences nouvelles limitativement perquisitions de jour comme de nuit au
énumérées : ils peuvent procéder à des domicile des citoyens, l’interdiction des
perquisitions de jour comme de nuit au publications et des réunions jugées de
domicile des particuliers, éloigner les nature à exciter ou à entretenir le désordre,
individus non-résidents des zones soumises la possibilité de mettre en place des
à l’état de siège, récupérer les armes et tribunaux d’exception qui pourraient se
interdire les publications et réunions qui voir confier la compétence de juger
paraissent de nature à troubler l’ordre certains crimes et délits commis pendant
public. Certains crimes ou délits commis cette période. L’Etat d’urgence a été créée
par des civils sont jugés par les tribunaux par une loi du 03 avril 1955 et est déclaré
militaires dont la compétence est plus pour tout ou partie du territoire par le
étendue en cas de guerre étrangère qu’en Gouvernement soit « en cas de péril
situation insurrectionnelle. L’état de siège imminent résultant d’atteintes graves à

44
Mesure de crise en forme de loi 47
Art. 17 als. 6 et 7 de l’ordonnance du 7 janvier
45
Dispositif d’encadrement des crises 1959 qui constitue une véritable charte de la
46
Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie. La défense nationale et permet au Gouvernement de
politique à l’âge de la défiance, Paris, Editions du prendre toutes les mesures nécessaires ; Cf. Otto
Seuil, 2006; Carl Rossiter, (1948), Constitutional Mayer 1903, Le droit administratif allemand, préf.
Dictatorship. Crisis Governement in the Modern Henry Berthélemy, Paris, C. Giard & E. Brière, t. 1,
Democracies, Library of Congres, 2009. 1906, 318 p., t. 4, 405 p..

38
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

l’ordre public », soit lorsque des mais peut être prorogé au-delà de ce délai à
évènements présentent « le caractère d’une la seule autorisation de l’Assemblée
calamité publique ». Il ne peut être nationale qui se réunit de plein droit en
prorogé au-delà de douze jours que par une session extraordinaire si elle n’est pas
loi et cesse de s’appliquer soit à la date réunie. L’état d’urgence est déclaré lorsque
prévue par cette loi, soit quinze jours après des atteintes graves mettent en péril l’ordre
la démission du Gouvernement ou la public, que les menées subversives
dissolution de l’Assemblée nationale. Le risquent de compromettre la sécurité
maintien de l’ordre revient aux autorités intérieure ou lorsque surviennent des
civiles. Elles reçoivent des compétences évènements présentant un caractère de
nouvelles selon que l’état d’urgence est calamité publique. Dans ce cas l’autorité
déclaré ou appliqué. Dans les zones où il civile reste compétente mais elle bénéficie
est déclaré, le préfet du département ou le de pouvoirs accrus. Les autorités
ministre de l’Intérieur, selon les cas, administratives sont investies du pouvoir
peuvent apporter de nombreuses de restreindre les libertés d’aller et de venir
restrictions à la liberté de circulation et de ou encore la liberté de réunion. Elles
séjour des particuliers, prescrire la remise peuvent décider de la fermeture des lieux
des armes ou même exercer un contrôle sur publics, de réquisitionner les personnes et
les « mass-media » ou l’organisation des les biens. Dans certains cas, le décret
spectacles. La déclaration d’état d’urgence déclaratif de l’état d’urgence peut conférer
ouvre en outre le droit de réquisition, aux autorités administratives le droit de
prolonge les délais de garde à vue et contrôler l’information, de procéder à des
permet aux tribunaux militaires de perquisitions et même de prononcer
revendiquer le cas échéant, la poursuite des l’internement administratif. En droit
crimes et délits relevant des cours d’assises burkinabè, les pouvoirs exceptionnels du
et commis par des civils, l’assignation à Chef de l’Etat burkinabe sont régis par
résidence, la fermeture des lieux ouverts au l’art.59 de la Constitution burkinabè qui
public. dispose : « Lorsque les institutions de la
L’état d’urgence est visé par l’art. 58 de la République, l’indépendance de la nation,
Constitution burkinabè. Les mesures l’intégrité du territoire ou l’exécution de
prises sont décrétées par le Chef de l’Etat ses engagements sont menacés d’une
en Conseil des ministres. Comme l’état de manière grave et immédiate et/ ou que le
siège, c’est un régime restrictif des libertés fonctionnement régulier des pouvoirs
et est décrété en principe pour quinze jours publics constitutionnels est interrompu, le

39
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

Président du Faso prend, après délibération publics soit interrompu. Lorsque ces deux
en Conseil des ministres, après conditions sont réunies, le Chef de l’Etat
consultation officielle des présidents de peut mettre en œuvre les pouvoirs spéciaux
l’Assemblée nationale et du Conseil dont il dispose après consultation officielle
constitutionnel, les mesures exigées par ces des présidents de l’Assemblée nationale et
circonstances. Il en informe la nation par du Conseil constitutionnel. Il en informe la
message. En aucun cas, il ne peut être fait nation par message. Les mesures prises par
appel à des forces armées étrangères pour le Président du Faso doivent être inspirées
intervenir dans un conflit intérieur. par la volonté d’assurer aux pouvoirs
L’Assemblée nationale se réunit de plein publics constitutionnels, dans les plus brefs
droit et ne peut être dissoute pendant délais, les moyens d’accomplir leur
l’exercice des pouvoirs exceptionnels ». mission. La Constitution interdit
Cette disposition de la Constitution formellement la perpétuation de la
burkinabè répond à une double nécessité concentration de la puissance publique
de doter le Président du Faso de pouvoirs entre les mains d’une seule et unique
exceptionnels propres à garantir la personne comme ce fut le cas sous les
sauvegarde de la République en cas de régimes de parti unique. Un contrôle
crise grave menaçant ses institutions, et politique est exercé par le Parlement qui se
d’écarter l’exercice abusif et prolongé de réunit de plein droit en session
ces pouvoirs par l’entremise de extraordinaire et ne peut être dissout.
l’Assemblée nationale et le cas échéant par L’Assemblée nationale fixe dans ce cas un
la juridiction constitutionnelle. délai au-delà duquel le Président de la
Le recours aux pouvoirs exceptionnels par République ne pourra plus exercer ses
le Chef de l’Etat est subordonné à la pouvoirs exceptionnels. Ce sont là les
constatation d’un état de crise dans le pays seules limitations aux pouvoirs
et à l’accomplissement de certaines exceptionnels du Chef de l’Etat.
conditions de forme par le Chef de l’Etat : L’Assemblée nationale et le Conseil
il faut d’abord que les institutions de la constitutionnel ne peuvent pas participer
République, l’indépendance de la nation, aux décisions de nature législative prises
l’intégrité du territoire ou l’exécution de par le Président ou juger de leur
ses engagements internationaux soient opportunité48.
menacés d’une manière grave et
immédiate. Il faut ensuite que le 48
Décision DCC 27-94 de la Cour constitutionnelle
béninoise du 24 août 1994 : « La décision de mise
fonctionnement régulier des pouvoirs en œuvre des pouvoirs exceptionnels est un pouvoir

40
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

Il existe aussi des encadrements législatifs violences sur le territoire national, réprimer
en plus des dispositifs constitutionnels. une insurrection et assurer le respect de la
législation fédérale. Toutefois ces
B- Les encadrements législatifs dispositions constitutionnelles n’autorisent
pas l’exécutif à suspendre ou à entraver le
Ces encadrements consistent en des fonctionnement normal des autres
législations qui sont votées dans les composantes du Gouvernement fédéral (le
différents pays étudiées pour régir les Congrès et l’ordre judiciaire), ni à déroger
modalités de la limitation des droits aux droits fondamentaux. En fait, à une
fondamentaux dans le contexte de la lutte exception près le droit d’« habeas corpus »
contre le terrorisme car les Constitutions que le Congrès peut suspendre
ne peuvent prévoir jusque dans les détails temporairement lorsque la sécurité
les aspects opérationnels et matériels de publique l’exige, les droits constitutionnels
cette lutte. L’objet de ces législations est demeurent effectifs en permanence. Au
de préciser les modalités pratiques de la niveau des Etats et au niveau local, il existe
limitation des droits fondamentaux. Les une grande diversité des pouvoirs en vertu
deux pays qui seront étudiés ici sont les desquels l’exécutif (gouverneur de l’Etat,
Etats-Unis (1) et le Burkina (2). maire, conseil de comté) peut prendre des
mesures d’exception. Ces pouvoirs se
1- Les législations antiterroristes fondent sur la compétence générale de
aux États-Unis police que la Constitution fédérale
Les Etats-Unis ne connaissent pas de reconnaît à chacun des Etats. Il faut
régime juridique applicable spécialement préciser à ce niveau que tout Etat peut, à
aux situations d’exception. Certes au condition de ne pas agir de manière
niveau fédéral, la Constitution américaine déraisonnable ou arbitraire, porter atteinte
et la législation fédérale d’application à des droits qui, normalement, sont
autorisent le Président, dans certaines protégés par la Constitution, si cela
circonstances définies, à faire intervenir les apparaît nécessaire pour sauvegarder la
troupes fédérales pour maîtriser des santé et la sécurité publiques, ainsi que le
bien-être général, dans une situation
discrétionnaire du Président de la République. Par
conséquent, le recours à l’application de l’article exceptionnelle.
68, dès lors qu’il a été exercé dans les conditions
prescrites par la Constitution est un acte de L’usage de la législation déléguée pour
gouvernement qui n’est pas susceptible de recours
devant la Cour constitutionnelle » qui se fonde sur lutter contre le terrorisme résulte dans ce
la jurisprudence du Conseil d’Etat français Rubin
de Servens du 02 mars 1962 pays des évènements du 11 septembre

41
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

2001 qui vont engendrer une réaction existence qu’à une règle de droit 51 ». Cela
inédite de la part des autorités nous invite naturellement à réfléchir sur les
américaines49. Cette réaction est inédite limites qu’il faudrait imposer aux limites
surtout par son ampleur et met en lumière car le contenu de ces textes
le pas supplémentaire franchi par le gouvernementaux réprimant le terrorisme
Gouvernement américain dans sa volonté est attentatoire aux droits et libertés52.
de réprimer le terrorisme même au prix de Selon l’art.4 de la Déclaration des droits de
la violation des droits fondamentaux 50. l’Homme et du citoyen de 1789 : « La
Les mesures prises par les autorités liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui
américaines qui étaient censées être ne nuit pas à autrui ». Suivant cette
exceptionnelles et d’une durée limitée se définition, aucun droit ne peut s’exercer
sont malheureusement perpétuées dans le sans limites et la théorie des droits
temps remettant en cause l’idée que nous « limités » est à ce jour la meilleure
avions souligné au début de ce chapitre à solution pour mieux rendre compte de la
savoir que « l’exception ne doit son structure des droits fondamentaux 53. Les
droits fondamentaux ne sauraient donc être
absolus car cela conduirait à leur
ineffectivité. En réalité, la question de la
49
Robert Pape, « The strategic logic of suicide
terrorism”, American Political Science Review, limitation des droits fondamentaux dépasse
vol.97 (3), August 2003, pp.323-361; Stephen.
le cadre strictement juridique. Selon l’art.
Holmes, The Matador’s Cape. America reckless
response to terror, Cambridge, Cambridge 29 al.2 de la Déclaration Universelle des
University Press, 2007, Ch.1; Georges. Kepel, The
roots of radical islam, New York, Saqi Books,
51
2005 ; Terreur et martyre, Paris, Flammarion, François Saint-Bonnet, « Exception, nécessité,
2008; A.K. Cronin, « Sources of contemporary urgence », in Dictionnaire de la culture juridique,
terrorism » in A.K. Cronin, J. L. Ludes (éds.), Denis Alland, Stephane Rials (dir.), Paris, PUF.,
Attacking terrorism, op. cit., pp.19-45; John (Quadrige), 2003, p.673.
52
Stevenson, Counter Terrorism: containment and Philip Heymann, Terrorism, freedom and
beyond, Adelphi Papers, Oxford University Press, security. Winning without War, the M.I.T. Press,
2004; Cf. aussi Jack Soppelsa, “Les Etats Unis et le Cambridge, 2003, p.12; Philip Heymann, Juliette
terrorisme international”, Revue Politique et Keyyem, Protecting liberty in an age of terror, The
Parlementaire, 2010; Paul Tavernier, “Terrorisme M.I.T. Press, Cambridge, 2005, p.2; La France face
et droits de l’Homme”, Revue Politique et au terrorisme, Paris, La documentation française,
Parlementaire 2010; Jean-Pierre Filiu, « Al- 2006; David Rapoport, « The four waves of modern
Qaida :le Jiha global », Revue Politique et terrorism », in David Rapoport (éd.), Terrorism.
Parlementaire 2010 ; R-N. Castellani, « Le Critical concepts in political science, 4 vols.,
terrorisme dans l’histoire », Revue Politique et London, Routledge, 2006, vol. 4, The fourth or
Parlementaire 2010. religions wave, p.4
50 53
Cette réaction des autorités américaines peut être Martin Borowski, « La restriccion de los
résumée par des propos d’un éditorialiste du New derechos fundamentales », in Revista espanol de
York Times : « Fight terror as if there were no derecho constitucional, n°59, 2000, p.56. C’est
rules », Thomas Friedman, cité par N. Strossen, aussi dans ce sens que la doctrine allemande a
« Maintaining Human Rights in Time of considéré qu’il existait des « limitations
Terrorism », New York Law School Journal of immanentes » (immanente Schranken) à tous les
Human Rights, n°19, 2003, p.3. droits fondamentaux.

42
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

Droits de l’Homme, les droits sont soumis 2- Les législations anti-terroristes


aux limitations découlant « des justes burkinabè
exigences de la morale, de l’ordre public et La législation antiterroriste burkinabè
du bien-être général de la société ». La actuelle trouve sa source dans une loi de
limitation fait ici référence au bornage, du 2015 du Conseil National de la Transition.
latin « limitatio » et renvoie aux A l’époque, il s’agissait de répondre à
restrictions volontaires et non des entraves l’ampleur inédite que prenait le fléau
engendrées par des phénomènes notamment après la chute de Blaise
d’exclusion, ou résultant de l’ineffectivité Compaoré, l’ancien Président. Auparavant,
des garanties54. Les limitations peuvent c’était une loi de 2006 qui régissait la lutte
résulter deux types d’actions. Elles peuvent contre le financement du terrorisme et le
être d’origine interne par le constituant, le blanchiment de capitaux. Il existe aussi des
législateur ou le juge qui vont confronter moyens inscrits dans la Constitution qui
un droit par rapport à un autre. La seconde permettent de restreindre les droits
restriction peut être justifiée par des fondamentaux en période de lutte contre le
évènements exceptionnels et a été réglée terrorisme. Il s’agit notamment des
par certaines Constitutions européennes55 mécanismes de l’état de siège, de l’état
telles que celles de l’Espagne ou du d’urgence et des pouvoirs exceptionnels du
Portugal. Cette argumentation que nous Chef de l’Etat. Mais il existe un Code
avons faite vise à montrer que la question pénal et un Code de procédure pénale qui
de la limitation des droits fondamentaux régissent la matière.
suite à des évènements exceptionnels n’est Ce sont les articles 361-1 et 361-2 du Code
pas propre aux Etats-Unis seulement et pénal qui régissent les infractions de
même dans ce pays, les attentats de 2001 terrorisme au Burkina56. De manière
ne sont pas le seul cas où cette question spécifique en ce qui concerne les dossiers
s’est posée. terroristes et s’agissent de la garde à vue, il
Il convient maintenant de s’intéresser à la est prévu un délai de quinze (15) jours.
législation burkinabè. Cette durée peut être augmentée de dix
(10) jours57. La prolongation doit être par
faite soit du procureur du Faso par le

56
Il s’agit de la loi n°025-2018/AN portant Code
54
Daniel Lochak, « Les bornes de la liberté », in pénal du 31 mai 2018. C’est l’article 121-1 du titre
Pouvoirs n°84, 1998, p.15. II du livre I
57
55
Art.55 al.2 de la C. espagnole et art. 19 de la C. Article 515-15 Code de Procedure Pénale
portugaise. (C.P.P.)

43
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

président du tribunal de grande instance ou première comparution devant le juge


le juge par lui délégué, soit par le juge d’instruction s’il n’a pas été déjà
d’instruction. Une autre condition est la condamné soit pour un crime, soit à un
présentation de la personne arrêtée. Deux emprisonnement de plus de trois mois sans
conditions sont prévues pour la sursis pour délit de droit commun. La
prolongation. Il s’agit d’une part de la prolongation ne peut excéder un an.
nécessité d’une décision écrite du président Toutefois, le juge d’instruction peut
du Tribunal de Grande Instance (TGI) ou ordonner une prolongation supplémentaire
le juge par lui délégué, soit par le juge de la détention provisoire d’un an en
d’instruction et d’autre part de la matière criminelle pour la traite des
présentions du mis en cause au Magistrat personnes et pratiques assimilées, le grand
en charge de la prolongation. banditisme, la vente d’enfants, prostitution
La détention provisoire a suscité diverses d’enfants et pornographie enfantine, la
inquiétudes dans le contexte de la lutte torture et pratiques assimilées, l’infraction
contre le terrorisme, y compris la à la législation sur les stupéfiants en bande
supervision judiciaire de ce type de organisée, le blanchiment de capitaux.
privation de liberté, le droit de ne pas être L’article 261-83 en son alinéa 3 prévoit
soumis à la torture, le droit d’être informé que par exception aux 261-80, alinéa 2,
rapidement des motifs de l’arrestation et de 261-81, 261-82 et des alinéas 1 et 2 de son
l’existence de chefs d’accusation article, que le juge d’instruction puisse
quelconques et le caractère illégal de toute pour les infractions d’actes de terrorisme et
détention préventive prolongée. de financement du terrorisme, ordonner la
prolongation de la détention provisoire
Le CPP58 pose le principe du caractère
pendant toute la durée de l’information et
exceptionnel de la détention provisoire 59. Il
jusqu’à l’audience de jugement. La
fait une distinction entre les délits 60 et les
procédure pénale burkinabè prévoie
crimes 61. Pour les délits, lorsque le
principalement une disposition relative à
maximum de la peine prévue par la loi est
l’arrestation et la garde à vue. Il s’agit ainsi
inférieur ou égal à un an
de l’article 251-14 du CPP. Il y est indiqué
d’emprisonnement, le mis en examen ne
que « la personne interpellée est
peut être détenu plus de trois mois après sa
immédiatement informée dans une langue
58
Code de procédure pénale
qu’elle comprend :
59
Article 261-79
60
Article 261-80
61
Article 261-81

44
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

1. de l’heure du début de la garde à sont les militaires qui sont en opération au


vue ; Burkina Faso et nul ne sait dans quelles
2. du droit d’être assistée d’un conditions certaines personnes sont
avocat ; appréhendées. La même observation peut
3. de la qualification, de la date et être faite en ce qui concerne la détention
du lieu présumé de l’infraction provisoire. L’essentiel des présumés
qu’elle est soupçonnée terroristes est presque dans l’incapacité de
d’avoir commis ou tenté de définir ce qu’on appelle torture ou
commettre ; traitement inhumain ou dégradant. En tout
4. de l’obligation de déclarer une état de cause, la mise en œuvre de
adresse et de ce que toute l’interdiction des atteintes à l’intégrité
notification, citation ou physique ou morale sous-entend une
signification faite à cette adresse connaissance et une appréciation des
sera réputée faite à sa personne ; évènements. Il apparait nécessaire
en cas de changement qu’autres intervenants impartiaux et
d’adresse, elle doit en aviser la indépendants peuvent être associés au
juridiction par tout moyen laissant processus de répression des infractions
trace écrite ». terroristes.

Plusieurs dispositions du code procédure Peu avant sa chute, c’est-à-dire fin 2014,

pénale posent le principe de l’interdiction l’ancien Président Compaoré avait déjà

de la torture, que cela soit pour rechercher instauré l’état de siège puis l’état

des preuves, soit pour punir. Ainsi, toute d’urgence avant quelques temps plus tard

déclaration obtenue par suite de torture ou de déclarer la vacance du pouvoir. Il

de pratiques assimilées ne peut être utilisée existait déjà à cette époque des raisons de

comme un élément de preuve dans une penser que le pays serait confronté au

procédure, sauf pour établir la terrorisme mais c’est véritablement après

responsabilité de l’auteur de l’infraction 62. l’élection et la prise de pouvoir de Roch

En pratique, la question touchant au Kaboré que le pays va basculer dans la

terrorisme rebat les cartes en ce qui violence. Les premières attaques terroristes

concerne aussi la police judiciaire ou la enregistrées au Burkina sont intervenues en

détention. En ce qui concerne la police Janvier 2016 sur l’avenue Kwamé

judiciaire, il apparait de plus en plus que ce N’Krumah très fréquentée par les ouagalais
et certains expatriés vivant au Burkina. Le
62 Article 251-11

45
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

Splendi Hotel, le Restaurant Café Istanbul Boucle du Mouhoun, l’état d’urgence a été
et le Cappuccino ont tour à tour été visés. instauré, ce qui entraine notamment des
Ce fut ensuite le tour de l’Ambassade de restrictions de la liberté d’aller et de venir
France à Ouagadougou puis de l’Etat- avec l’instauration du couvre-feu, les
major des forces armées. Ensuite, la libertés de manifestation, de réunion.
menace va se déporter à l’intérieur du Toujours dans le cadre des mesures
pays. En plus du foyer originel qui est le restrictives, le Gouvernement Kaboré peu
Sahel burkinabè, d’autres localités telles avant sa chute avait adopté une loi qui
que l’Est, le Centre-Nord, la Boucle du interdit de diffuser notamment de diffuser
Mouhoun, les Hauts-Bassins, la Comoé des informations sur les opérations
sont aujourd’hui touchées. Il faut dire que militaires en cours, les attaques terroristes
quasiment toutes les localités du pays sont et les bilans chiffrés autres que ceux
concernées par la menace qui se rapproche donnés par le Gouvernement. La presse et
chaque jour un peu plus des grandes villes. les organisations de défense des médias
Prenant conscience de l’ampleur de la s’étaient sentis directement visés par ces
situation, le Gouvernement Kaboré va faire mesures liberticides qui selon elles
adopter une loi par l’Assemblée nationale constituent une entrave au libre exercice de
en créant les Volontaires pour la Défense leur métier. Cette législation est toujours
de la Patrie (V.D.P.) qui sont venus en vigueur. La loi de 2015 qui régit la lutte
s’ajouter aux groupes d’auto-défense qui contre le terrorisme au Burkina comporte
existaient déjà dans les localités à fort défi les mêmes caractéristiques que beaucoup
sécuritaire. L’adoption de ces mesures a de législations dans ce domaine. Elle ne
permis d’épauler les forces de défense et donne pas une définition objective du
de sécurité avec des supplétifs civils qui les terrorisme mais se contente de lister les
aident sur les différents théâtres actes susceptibles de constituer des actes
d’opérations à travers le pays. Les attaques terroristes. Cela est problématique dans la
les plus importantes intervenues mesure où un acte à caractère terroriste
récemment ont eu lieu à Sohlan où des peut être posé sans relever de la catégorie
tueries de masses de civils ont été de ceux prévus dans cette liste. Dans ce
enregistrées, à Inata où c’étaient les cas, les Magistrats sont obligés de recourir
gendarmes qui étaient visés puis plus à la qualification d’infraction en relation
récemment à Seytenga non loin de la avec une entreprise terroriste pour atteindre
frontière nigérienne. Dans certaines le seuil criminel pour inclure l’acte en
localités telles que l’Est du pays ou la question dans la catégorie des actes

46
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

terroristes. Pendant longtemps, le Burkina violations. Il convient maintenant de s’y


a constitué un havre de paix, un modèle de intéresser.
pays de tolérance. Mais l’insurrection
populaire de fin 2014, combinée à la chute II- Les violations des droits
puis au départ en exil de Blaise Compaoré fondamentaux en période de lutte
a changé la donne. Depuis le mois de Juin antiterroriste au Burkina Faso et

2022, le nouveau régime militaire qui aux Etats-Unis

dirige le Burkina suite au coup d’état du 24


janvier 2022 a créé des zones dites La lutte contre le terrorisme est une

d’intérêt militaire dans un but de réaction logique de l’Etat pour assurer sa

sécurisation de ces localités dites à fort défi survie. En tant que telle, elle constitue un

sécuritaire. Ces zones d’intérêt militaire se impératif auquel l’Etat et à travers lui les

situent dans le Sahel à proximité de la populations adhèrent dans leur propre

frontière malienne et à l’Est du pays. Il intérêt. Mais des dérives existent et elles

s’agit selon le Commandement des constituent la face cachée de cette œuvre

Opérations du Théâtre National (le étatique. Malheureusement les forces de

C.O.T.N.), la nouvelle structure chargée de sécurité se livrent souvent à des violations

coordonner les actions anti-terroristes sur des droits fondamentaux. Sujet tabou au

le terrain, de libérer ces localités de Burkina (A), la question a été largement

l’emprise des groupes armés. Selon le relayée aux Etats-Unis où il existe des

Commandant de cette structure, la création contre-pouvoirs sont plus forts et la presse

de ces zones et les consignes données aux indépendante plus développée (B).

populations locales pour libérer ces


localités afin de permettre aux forces de A- La face cachée de la lutte

sécurité de mener leurs opérations n’a pas antiterroriste au Burkina

rencontré de difficultés majeures.


Il reste que la lutte contre le terrorisme en Au Burkina peu de médias font cas des

tant qu’impératif pour la survie même de stigmatisations des communautés pour

l’Etat entraîne des contraintes pour ces plusieurs raisons et notamment parce qu’il

mêmes populations dont on doit restreindre s’agit d’un pays multi-ethnique où la

les prérogatives afin d’assurer leur propre cohésion sociale est plus que jamais

survie. Dans cette tâche difficile des forces menacée et surtout parce que l’opinion

de défense et de sécurité, il y a souvent des nationale dans sa majorité y est hostile

atteintes aux droits fondamentaux et des parce que le terroriste a fait beaucoup de

47
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

ravages et a traumatisé les populations. Il ces populations. Les élus locaux, les
convient d’examiner d’abord la question de autorités coutumières et religieuses, les
la stigmatisation des communautés (1). autorités politiques déconcentrées sont
Ensuite, il convient de s’intéresser aux souvent ciblés par ces groupes armés.
autres violations des droits fondamentaux Il s’en est suivi des massacres de masses
(2). dont les plus importants ont eu lieu à
Yirgou, à Kain dans le Nord puis à
1- La stigmatisation des Tawalbougou dans l’Est du pays. Plus
communautés récemment des attaques et tueries de
Au Burkina, la question de la masses ont été enregistrées à Solhan puis à
stigmatisation des communautés n’est pas Seytenga. Dans ces différents massacres,
nouvelle. Elle a toujours existé de manière ce sont des communautés et des ethnies
latente dans la société burkinabè. C’est un bien précises qui étaient visées. Par
pays multi-ethnique avec une ethnie exemple, à Yirgou, c’était la communauté
majoritaire à plus de 60%. Pour plusieurs Peulh qui était visée et suite à ce massacre
raisons, la répartition des richesses et des intervenu un 31 décembre, c’est le
ressources du pays n’a pas toujours été Président Kaboré lui-même qui s’était
équitable et objectives. Les promotions rendu sur les lieux afin d’apaiser les
politiques n’ont pas toujours respecté cette tensions. Mais le dossier Yirgou est resté à
origine ethnique ou régionale chère aux ce jour impuni. Jamais les auteurs de ces
burkinabè. crimes de masses n’ont été poursuivis et
Mais la question a pris un relief particulier traduits en justice. Pourtant, selon les
avec l’arrivée puis de l’expansion du mêmes autorités centrales, la justice est
terrorisme islamiste et de l’insurrection à désormais indépendante suite aux réformes
main armée qui est en cours dans le pays. en cours depuis 2015 et les magistrats sont
Selon le Gouvernement, certains burkinabè à l’écoute des populations. Un collectif
pour des raisons diverses notamment contre la stigmatisation des communautés a
politiques, religieuses, idéologiques, été créé et vise à défendre les droits et
économiques, ethniques ont pris des armes intérêts des minorités brimés dans leurs
contre l’autorité centrale dans le but de le droits sous couvert de la lutte antiterroriste.
renverser. Selon certains médias, des Il en résulte que cette stigmatisation des
communautés sont en conflit contre les populations et de certaines communautés
autorités centrales et les forces de défense apporte de l’eau au moulin des groupes
et de sécurité qui les représentent auprès de armés dont la capacité de recrutement n’a

48
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

cessé de s’accroitre au cours de ces burkinabè qui parle plutôt d’exagération


dernières années. Ces dérives étatiques dans l’analyse faite par le diplomate
permettent aux groupes armés de français. Pourtant, le Gouvernement
convaincre facilement les jeunes burkinabè a bien reconnu que ce sont des
désœuvrés pour des raisons ethniques à Burkinabè pour diverses raisons déjà
s’engager dans la lutte armée contre leur mentionnées dans cette étude qui ont pris
propre Gouvernement. A Seytenga, selon les armes contre leur Gouvernement et les
certaines informations, c’est la Forces de sécurité. Selon des informations
communauté mossi qui était visée et ces de la Ministre du Genre relayées
attaques non seulement ont touché les récemment c’est-à-dire en juillet 2022 par
civils qui ont péri mais se sont déplacés la presse, une tendance inquiétante
massivement mais contribuent à alimenter s’observe désormais dans ce conflit c’est-
les informations qui pointent du doigt la à-dire que des femmes participent au confit
justice accusée de partialité et de aux côtés des groupes armés en leur
traitement diligent seulement de certains apportant de l’aide notamment dans la
dossiers au détriment d’autres dossiers. logistique, le renseignement et sur les
Les massacres de masse relayés par les différents théâtres d’opérations. La
médias nationaux et certains médias tendance à la généralisation du conflit est
internationaux ont créé la psychose, la peur bien réelle et le risque de guerre civile
et la méfiance entre les communautés et au généralisé est aussi une réalité. C’est la
sein de la population. Les populations du conséquence non seulement des difficultés
Sahel, en majorité constituées par l’ethnie rencontrées par les forces de sécurité à
peulh sont souvent associées au terrorisme pacifier les localités à fort défi sécuritaire,
et aux attaques des groupes armés. Selon mais aussi c’est une conséquence de la
des propos tenus récemment c’est-à-dire en stigmatisation de certaines communautés.
juillet 2022 à l’occasion de son audition En réalité, un conflit ethnique est en cours
par le Groupe d’amitié France-Burkina, au Burkina selon les propos mêmes du
l’ambassadeur de France au Burkina, son porte - parole du Gouvernement, le
excellence M. Luc Hallade a déclaré que le Ministre de l’éducation nationale, M.
conflit qui est en cours au Burkina est une Lionel Bilgo. Ces propos vont dans la
guerre civile. Il a expliqué qu’une partie de droite de ligne des affirmations de certains
la population a pris les armes et veut médias qui suite à des investigations ont
renverser le Gouvernement. Ces propos ont révélé qu’une partie des populations qui se
été contredits par le Gouvernement sont constitués en groupes armés se battent

49
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

contre les forces de sécurité burkinabè insurrection à main armée dirigée contre
pour des raisons ethniques. Selon le l’Etat central de la part en grande partie
Ministre Bilgo qui a parcouru la région de d’autres Burkinabè pour des raisons
l’Est et la zone des trois frontières qui est diverses qui ont largement été développées
frontalière avec le Niger, les dans cette étude. Mais on distingue
stigmatisations des communautés sont en également des groupes jihadistes affiliés
grande partie la cause de la guerre qui aux différents mouvements internationaux
oppose le Gouvernement central burkinabè tels que Al Qaida ou l’Etat islamique qui
aux groupes armés qui le combattent à opèrent au Nord Mali avec leurs
l’intérieur du pays. Selon aussi les études implantations et ramifications au Burkina.
menées par le Centre pour la Gouvernance La Convention sur la répression du
Démocratique, 70 % des personnes qui ont financement du terrorisme indique que
pris les armes contre l’Etat burkinabè et ses toute personne placée en détention
forces de sécurité ont agi ainsi suite à des préventive se voit garantir un traitement
dérives dans la lutte contre le terrorisme et équitable et, en particulier, jouit de tous
notamment la stigmatisation des droits et bénéficie de toutes les garanties
communautés à travers les enlèvements, prévues par la législation de l’État sur le
les disparitions forcées, les tortures, les territoire duquel elle se trouve et les
exécutions sommaires. Telle est donc la dispositions du droit international, y
face cachée de la lutte contre le terrorisme compris celles qui ont trait aux droits de
au Burkina. Seuls quelques médias l’homme63.
audacieux relayent ces informations sur les Pour ce qui est du droit à l’assistance d’un
dessous de cette lutte contre le terrorisme défenseur, le Comité des Droits de
qui se mène dans le Burkina profond. Mais l’Homme
ce n’est pas tout. Il existe d’autres s’est inquiété des mesures de lutte contre le
violations des droits fondamentaux qu’il terrorisme qui empêchent le détenu d’avoir
convient d’examiner à présent. accès à un conseil immédiatement après
2- Les autres violations des droits son arrestation. La nécessité d’une mesure
fondamentaux prévoyant un délai, qui doit rester bref,
Aucune guerre par nature n’est propre et pour un tel accès, peut se justifier mais doit
les dérives existent de part et d’autre. La rester en conformité avec les obligations
guerre qui se mène au Burkina contre le imposées par les articles 9 et 14 du Pacte
terrorisme n’échappe pas à cette réalité. Du
côté des groupes armés, on distingue cette 63
Article. 17.

50
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

international relatif aux droits civils et des infractions mentionnées aux points 1 et
politiques. Plusieurs dispositions du code 2 de l’article 515-1 de la présente loi
procédure pénale posent le principe de l’exigent, le juge d’instruction peut
l’interdiction de la torture, que cela soit autoriser les officiers de police judiciaire
pour rechercher des preuves, soit pour agissant sur commission rogatoire à
punir. Ainsi, toute déclaration obtenue par procéder à des perquisitions, visites
suite de torture ou de pratiques assimilées domiciliaires et saisies de pièces à
ne peut être utilisée comme un élément de conviction à toute heure du jour et de la
preuve dans une procédure, sauf pour nuit. Il peut notamment le faire :
établir la responsabilité de l’auteur de 1. lorsqu’il s’agit d’un crime ou
l’infraction. Par exemple l’article 518-1 d’un délit flagrant ;
énonce que « Sans préjudice des principes 2. lorsqu’il existe un risque
et règlements régissant la procédure immédiat de disparition des preuves
d’extradition, nul ne peut être extradé, ou des indices matériels ;
expulsé ou refoulé par les autorités 3. lorsqu’il existe une ou plusieurs
burkinabè vers un Etat où il encourt le raisons plausibles de soupçonner
risque d’être soumis à la torture. Dans ce qu’une ou plusieurs personnes
cas, les juridictions burkinabè ont se trouvant dans les locaux où la
compétence pour juger la personne sur les perquisition doit avoir lieu sont
faits faisant l’objet de l’extradition si ceux- en train de commettre des crimes
ci sont prévus et punis par la législation en ou des délits entrant dans le champ
vigueur au Burkina Faso ou s’ils d’application de l’article 515-1 de
constituent un crime international ». De la présente loi ».
manière spécifique, lorsqu’il s’agit de
procédure ayant la qualification de Le recours à la torture est une réalité de la
terroriste l’article 515-16 énonce part de l’armée burkinabè. Sur ce point les
simplement que les perquisitions, visites ONG de défense des droits humains tels
domiciliaires et saisies de pièces à que Amnesty International, Human Rights
conviction peuvent être opérées à toute Watch, la FIDH, le Mouvement Burkinabè
heure du jour et de la nuit. Cette opération des Droits de l’Homme et des Peuples ont
se fait sans contrepartie en termes de toujours attiré l’attention des autorités
garantie. L’article 515-17 complète burkinabè et de l’opinion nationale et
l’exception en ces termes « Si les internationale sur ces violations de ces
nécessités de l’instruction relative à l’une engagements nationaux et internationaux

51
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

du pays. Dans les prisons sécrètes du Toutes ces illustrations qui sont
Burkina, le recours à la torture est avéré et mentionnées dans cette étude ne sont pas
le Collectif contre la stigmatisation des propres au Burkina. Ailleurs dans le
communautés a relayé plusieurs cas. Ce monde, les mêmes dérives existent.
même collectif a aussi mentionné les cas Voyons comment les Etats-Unis qui ont dû
de disparitions forcées de certaines affronter les attentats de New York en
personnes soupçonnées par les forces 2001 et leurs conséquences ont traité la
armées burkinabè d’apporter des soutiens question.
aux groupes armés qui les combattent sur
les différents théâtres d’opérations. Le B- Les limitations spéciales des
problème majeur dans cette situation est droits fondamentaux dans le
que bien souvent, les personnes enlevées et cadre de la lutte antiterroriste
qui sont ensuite portées disparues ou aux Etats-Unis
exécutées appartiennent à l’ethnie Peulh
qui pour certains Burkinabè sont associés Dans ce pays, les attentats terroristes de
au terrorisme et à l’extrémisme violent. 2001, les plus graves jamais enregistrés
D’ailleurs, lors d’un de ses déplacements dans l’histoire, ont entrainé une réaction
dans une base d’opération de l’armée inédite des autorités politiques
burkinabè et notamment à Mangodara dans américaines. Plusieurs mesures juridiques,
la région des Cascades, le chef de la junte politiques et judiciaires ont été prises pour
militaire, le Lieutenant-Colonel Paul-Henri faire face au fléau. La mesure
Sandaogo attirait l’attention des troupes sur emblématique sur le plan juridique a été le
la nécessité de refuser tout recours à la vote par le Congrès américain à la
stigmatisation et à l’indexation d’une demande de l’Exécutif américain du USA
ethnie et d’une communauté comme source Patriot Act, une loi particulièrement
de l’extrémisme violent et du terrorisme. Il restrictive des droits fondamentaux (1).
a insisté sur l’idée que la réussite de la C’est ensuite sur le terrain judiciaire que
mission des forces de sécurité burkinabè les limitations des droits fondamentaux ont
impliquait de travailler en bonne été mises en œuvre (2).
intelligence avec les populations locales et 1- Le Patriot Act par son contenu
avoir leur concours et leur aide afin porte atteinte aux droits
d’identifier les personnes soupçonnées ou fondamentaux
impliquées dans le terrorisme et Après de brefs débats qui ont traduit les
l’extrémisme violent. préoccupations de certains parlementaires

52
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

en matière de libertés et sous la pression qui prévoit une incrimination dont la


des évènements, le Congrès adopte dans motivation est clairement politique :
l’urgence (sans qu’aucune Commission du l’association subversive. Par cette
Congrès ne soit saisie pour en débattre), le incrimination, le Code pénal italien punit
Patriot Act64 le 26 octobre 2001. celui qui assure « la promotion » ou
Le Patriot Act consacre tout d’abord une l’organisation » d’une association
définition très large du terrorisme. Dans sa subversive, une organisation « destinée à
Section 802, il lie notamment la notion de établir violemment la dictature d’une
« terrorisme intérieur » (domestic classe sociale sur les autres » ou « à
terrorism) à toute activité mettant en bouleverser par la violence l’organisation
danger des vies humaines sur le territoire économique ou sociale instaurée par
national en violation des lois des Etats- l’Etat ». L’incrimination permet aussi de
Unis ou d’un Etat et « visant à intimider la poursuivre la simple participation à de
population civile ou infléchir la politique telles associations. Le fait que
du gouvernement par le biais de la l’incrimination d’organisation subversive
destruction massive, d’assassinats ou puisse s’appliquer à des personnes qui
d’enlèvements ». Une telle définition peut pratiquent la désobéissance civile et
s’appliquer à une très large variété l’activisme non-violent montre bien le
d’activités qui ne sont pas liées au caractère subjectif de la notion de violence
terrorisme. utilisée dans cet article. Il n’est pas
Certains dispositifs du Patriot Act ont ainsi nécessaire de passer à l’action pour être
pu être utilisés par les autorités fédérales incriminé puisque l’art.272 s’attaque à la
dans des affaires de droit commun pour propagande. L’Italie utilise trois techniques
obtenir des éléments de preuve dans des d’incriminations du terrorisme : les
cas de chantage, de trafic de drogue, de incriminations classiques, les
blanchiment d’argent, de corruption de incriminations périphériques, qui
représentants d’Etats étrangers développent les circonstances aggravantes
notamment65. On peut ici faire un liées à l’intention de l’auteur de
rapprochement avec la législation italienne l’infraction, lorsque celui-ci poursuit « un
but terroriste ou de renversement de l’ordre
64
Le texte est intitulé « Uniting and Strengthening démocratique66 ». Cette dernière technique
America by providing Appropriate Tools required
to intercept and obstruct Terrorism », USA Patriot est issue d’une loi-cadre qui ne définit pas
Act of 2001, Public Law n°107-56, 115 Stat.272.
65
Erwin Chemerinsky, « Losing liberties : applying
a foreign intelligence model to domestic law
66
enforcement », 51 UCLA Law Review, 1619 (2004). Art. 270 bis du Code Pénal italien.

53
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

ce qu’elle entend par terrorisme. Ces téléphones publics. La principale


techniques d’incriminations illustrent une modification intervenue en droit américain
marge d’appréciation quasi-illimitée à ce niveau concerne la motivation pour
donnée aux juges et aux forces de police. justifier l’opération : il suffit désormais
Ensuite, le Patriot Act élargit le champ des d’invoquer « les nécessités d’une enquête
dispositifs exceptionnels de surveillance criminelle », standard plus laxiste que les
électronique ou de perquisition applicables exigences précédentes de « soupçon
seulement jusque-là à des organisations raisonnable » ou de présomption suffisante
étrangères ou à leurs agents, à des fins (probable cause).
notamment de contre-espionnage67. Les pouvoirs spéciaux accordés par le
Désormais, le Patriot Act permet Patriot Act sont à l’origine des conflits
l’utilisation de tels dispositifs pour toutes potentiels entre dispositifs de prévention et
enquêtes ou procédures de droit commun, de répression du terrorisme et protection
concernant des nationaux comme des des libertés fondamentales dans le système
étrangers à la seule condition qu’elles américain actuel.
puissent être liées à la recherche 2- Les contradictions du juge
d’information concernant des organisations américain à l’épreuve de la lutte
étrangères68. contre le terrorisme
En dernier lieu, le Patriot Act accorde de Après la DDHC de 1789, l’Amérique offre
nouveaux pouvoirs spéciaux de collecte avec son Bill of rights une référence
d’information permettant en particulier première des conquêtes modernes de la
l’identification des sources de liberté. Son système constitutionnel tout
communication par e-mail, des sites entier repose même sur les exigences de
Internet visités, des adresses électroniques protection des libertés individuelles face au
des destinataires, l’écoute et pouvoir politique69. Comme la France, les
l’enregistrement de toute communication Etats-Unis ont été marqués par des
téléphonique y compris à partir de périodes de mises entre parenthèses de
droits ou de violations des libertés lorsque
67
Il s’agit en particulier du FISA (Foreign
Intelligence Surveillance Act) de 1978 amendé en des tensions intérieures ou extérieures
1995 (FISA, Public Law n°95-511, 92 Stat. 1783
placent le pays en situation de crise.
(1978) Codified as amended at So. USC, §1801-
1811 (2000).
68 69
Selon le Département de la Justice, pendant la Bruce Ackerman, « The emergency
seule année 2002, il y a eu 1128 mandats Constitution » 113 Yale Law Journal, 1029 (2004);
d’investigation qui ont été demandés sur la base du Cf. aussi Jacques Soppelsa, “Les Etats Unis et le
FISA amendé par le Patriot Act et accordés par terrorisme international”, Rev. Pol. Et parl. 2010 ;
l’organe judiciaire spécial (FISA Court) qui se Jean-Pierre Filiu, “Al-Qaida: le jihad global”, Rev.
prononce de manière totalement sécrète. Pol. Et Parl. 2010.

54
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

Dès 1798, le Congrès adoptant le « Alien exigences du Premier Amendement 73.


and Sedition Act » qualifiait de crime Pendant la seconde guerre mondiale, plus
fédéral toute critique erronée du de cent mille américains d’origine
gouvernement ou de ses représentants70. japonaise ont été internés dans des « camps
Cette loi fut utilisée pour emprisonner des de concentration » sans qu’aucun ne soit
opposants et des peines d’emprisonnement jamais poursuivi pour espionnage ou
manifestement disproportionnées furent atteinte à la sécurité nationale. Dans une
prononcées. Suite à l’élection du Président décision très controversée, la Cour
Thomas Jefferson, la loi fut abrogée en suprême valida les mesures au nom de la
1801 et ce dernier entreprit de gracier les déférence à accorder à l’Exécutif en temps
personnes condamnées. La guerre civile de guerre74. La période du
marqua la seconde période de remise en « McCarthysm » et la chasse aux sorcières
cause des libertés avec la décision du constitue ensuite la période qui a vu se
Président Lincoln de suspendre les recours produire des violations flagrantes des
d’habeas corpus et de faire emprisonner les droits fondamentaux de personnes
individus s’élevant contre la conduite des soupçonnées d’avoir des sympathies pour
opérations par le pouvoir fédéral. Soixante le communisme ou de conspiration contre
ans après Marbury v. Madison, la Cour le gouvernement dans les années 1950. La
suprême réagit et déclara la suspension Cour suprême valida alors les poursuites et
inconstitutionnelle71. Les atteintes à la sanctions contre des personnes à raison de
liberté d’expression d’opposants à la leurs opinions ou expressions, invoquant à
conscription et de pacifistes, condamnés nouveau le standard de « danger clair et
parfois à de lourdes peines de prison, après imminent » au mépris des exigences du
l’entrée en guerre des Etats Unis en 1917 Premier Amendement75.
furent néanmoins validées au moyen du Face à l’histoire qui se répète et aux
standard du « danger clair et imminent » nouveaux défis du terrorisme international,
(clear and present danger test)72. Des les Etats-Unis ont rapidement défini un
atteintes semblables ont été jugées cadre d’intervention aux implications
« scélérates » et déclarées particulièrement lourdes en matière de
inconstitutionnelles comme contraires aux libertés et de droits fondamentaux à travers

73
Laurent PECH, La liberté d’expression et sa
limitation, préf. Guy Scoffoni, Paris, Clermont-
70
Alien and Sedition Act of 1798, 5 Cong. Ch.74, 1 Ferrand, LGDJ-Presses Universitaires de Clermont-
Stat 596 (expired 1801). Ferrand, 2003, pp.454 et svts.
71 74
Ex parte Miligan, 71 US (4 Wall.) 2 (1866) Korematsu v. United States, 323 US 214 (1944)
72 75
Schenck v. United States, 249 US 47 (1919) Dennis v. United States, 341 US 494 (1951)

55
Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

l’adoption et l’application du Patriot Act. organisé, autorisé, exécuté ou soutenu les


Le cadre américain de lutte contre le attaques terroristes du 11 septembre 2001,
terrorisme mérite une attention particulière ou hébergé ces personnes, afin de prévenir
de même que les conflits entre dispositifs toute action future de terrorisme
de lutte contre le terrorisme et droits international contre les Etats-Unis par ces
fondamentaux. nations, organisations ou personnes 78 ».
Il arrive parfois que les procédures de En vertu de la Constitution, les autorités
droit commun soient utilisées dans le cadre fédérales disposent de pouvoirs particuliers
de la lutte contre le terrorisme76 par les en matière d’affaires étrangères, de défense
autorités américaines mais deux séries de nationale et de guerre (War Powers). Le
prérogatives sont souvent aussi invoquées Congrès dispose notamment du pouvoir de
à savoir les pouvoirs exceptionnels et les déclarer la guerre et de constituer des
dispositions particulières de la loi dite du forces armées 79. Le Président, en vertu de
« Patriot Act ». C’est le 14 septembre 2001 son statut de commandant en chef des
que le Président G.W. BUSH proclame forces armées, est chargé de repousser
« l’état d’urgence nationale en liaison avec toutes invasions ou attaques contre les
les attaques terroristes » (Declaration of Etats Unis 80. Par conséquent, les tribunaux
national Emergency by Reason of certain fédéraux sont très respectueux des actions
Terrorist Attacks77) et invoque divers engagées par les autorités politiques
pouvoirs législatifs. relatives à la guerre et à l’utilisation des
forces militaires à l’étranger 81. Par ailleurs,
Quatre jours plus tard, le Congrès adopte
en vertu du précédent de la Cour suprême
une Résolution conjointe autorisant le
dans la célèbre affaire Youngstown, les
Président à engager des actions militaires
tribunaux font preuve d’une déférence plus
utilisant « toute force appropriée et
sensible à l’égard de l’exercice des
nécessaire contre les nations, organisations
pouvoirs d’urgence sur le territoire national
ou personnes qui auraient selon lui
quand le Président agit sur la base d’une

76
Les auteurs de l’attentat contre les ambassades
américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 ont
78
été jugés par une Cour fédérale de district de New Authorization of Use of military force, Public
York (v. United States v. El-Hage, 213 F3d 74 (2nd Law 107-40, 115 Stat. 224 (sept.18, 2001). Le
Cir.), cert. Denied, 531 US 881 (2000). R. Reid Président Bush signa cette résolution le même jour.
arrêté alors qu’il portait des explosifs dans ses 79
Constitution des Etats Unis du 17 septembre
chaussures a été poursuivi devant des juridictions 1787, Article I, §8, cls 10-16.
80
de droit commun également (v. United States v. Constitution précitée, Article II, §2, cl. 1.
Reid, 214 F. Supp. 2d 84 (D. Mass 2002). 81
Cf. La décision de la Cour d’appel pour le
77
Proclamation 7463, 66 Federal register, 48199 quatrième circuit dans l’affaire Hamdi v. Rumsfeld,
(sept.14, 2001). 316 F. 3d 450, 462-470 (4th Cir. 2003).

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Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

autorisation du Congrès82. Sur ce point, détention les terroristes présumés et


nous pouvons nous référer à un cas préparer leur jugement par des tribunaux
célèbre. militaires84. La mesure présidentielle
La Cour suprême a en effet admis la pouvait potentiellement concerner toutes
constitutionnalité des poursuites contre des personnes dépourvues de la nationalité
« combattants ennemis » devant les américaine et suspectées de participation
tribunaux militaires au lieu des juridictions ou complicité avec Al Qaeda ou autres
de droit commun. Dans une décision Ex complots terroristes contre les Etats Unis.
Parte Quirin de 194283, la Cour statuait en D’autres dispositions furent promulguées
urgence sur le recours de six allemands et par la suite par le Département de la
un américain contre la décision défense et qui régissaient les tribunaux
présidentielle en forme de Military Order militaires, leurs compétences et
ordonnant leur jugement par un tribunal procédures85.
militaire à raison d’actes commis sur le Le Patriot Act lui ne renferme aucune
territoire national et portant atteinte à la disposition spécifique prévoyant
sureté de l’Etat, durant la deuxième guerre l’intervention des tribunaux militaires ou la
mondiale. La Cour admit à l’unanimité que détention d’ « ennemis combattants » mais
le Président avait valablement invoqué les il constitue l’élément le plus significatif du
pouvoirs conférés par le Congrès pour nouveau régime américain de lutte contre
organiser de telles instances. Qualifiés le terrorisme et sans doute la plus grande
d’ « ennemis combattants irréguliers » menace pour les libertés.
(unlawful enemy combattants), la Cour
jugea qu’ils pouvaient tous, y compris le CONCLUSION
citoyen américain, relever des tribunaux La question de la limitation des droits
militaires. fondamentaux dans le contexte de la lutte
C’est sur ces bases que le Président Bush
affirma rapidement sa volonté d’utiliser de 84
Military Order, Detention, Treatment and Trial
of Certain Non-Citizens in the War against
tels tribunaux pour juger les terroristes Terrorism, 66 Federal Register 57833 (Nov. 13,
2001).
présumés. Le 13 novembre 2001, il signa 85
Cf. notamment Military Commission Order n°1
(March 21, 2002) et Military Commission
ainsi un Military Order autorisant le Instructions n°1-8 (Arpil 30, 2003). Sur ces
Secrétaire à la Défense à placer en mesures, Cf. Gerard J. Clark, « Military Tribunals
and the Separation of Powers », 63, university of
Pittsburgh Law Review 837 (2002) et Jack
GOLDSMITH and Cass SUNSTEIN, “Military
82
Youngstown Sheet and Tube Co v. Sawyer, 343 tribunals and legal Culture: what a difference sixty
US 579 (1952) et Hamdi, préc. 296 F. 3d art.281 years makes”, 19 Constitutional Commentary 261
83
Ex Parte Quirin, 317 US 1 (1942). (2002).

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Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

contre le terrorisme n’est pas nouvelle. Elle mois d’Avril 2022 est le suivant : « il vaut
date de depuis que le terrorisme se présente mieux perdre sa liberté pour un moment
comme une menace pour la sécurité pour la recouvrer ensuite pour toujours
nationale et la survie même des Etats. plutôt que de continuer en bénéficier
Cependant, elle ne présente pas les mêmes aujourd’hui pour ne plus l’avoir demain et
visages suivant les pays et les régions du pour les générations futures ». Pour cela, il
monde. C’est pourquoi une étude faut selon ses propos, recourir à ces
comparative est toujours intéressante dans limitations qui font du Chef de l’Etat un
ce cadre. « dictateur » à l’image de celui qui existait
Cette étude a permis de constater que les dans l’empire romain d’occident.
justifications qui soutendent le recours à L’autre constante mentionnée dans cette
ces limitations sont nombreuses. Elles sont étude c’est que ces limitations aboutissent
fondées notamment sur l’Etat d’exception, non seulement à des limitations des droits
la raison d’état, les circonstances fondamentaux pour le salut de l’Etat mais
exceptionnelles. Ces limitations prennent des dérives existent. Partout dans le
aussi des formes variées. On peut monde, et même aux Etats-Unis, pays de
mentionner à ce titre l’état de siège, l’état référence et pionnier en matière de droits
d’urgence, les pouvoirs exceptionnels des humains et de liberté, ces dérives ont été
Chefs d’Etats. Parfois même, ce sont des enregistrées. Elles vont des détentions
législations dites d’exception qui secrètes, aux exécutions sommaires en
permettent d’aboutir à ces limitations. passant par les tortures, les viols, les
Dans tous ces cas de figure, les enlèvements et les disparitions forcées. Les
habilitations législatives et ONG de défense des droits humains et
constitutionnelles sont très prisées ainsi certaines organisations de la société civile
que le démontre par exemple le cas se font l’écho des dérives dans la lutte
burkinabè où récemment en 2022, contre le terrorisme. Dans des pays comme
l’Assemblée Législative de la Transition, le Burkina, il s’agit d’un sujet tabou en
le Parlement transitoire a habilité le raison du caractère multi-ethnique du pays
Gouvernement à légiférer par ordonnances et surtout des ravages que le terrorisme a
dans le cadre des nécessités de sujétions fait depuis maintenant 6 ans. Pourtant les
liées à la défense nationale. La justification règles de l’Etat de droit et des droits
ultime de ces limitations ainsi que l’a humains sont formelles. Les règles de droit
mentionné le Lieutenant-Colonel Paul- sont les mêmes pour tous et il n’existe pas
Henri Sandaogo dans un discours durant le de hiérarchie entre la protection des droits

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Les limitations des droits fondamentaux en période de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et aux Etats-Unis.

humains et la lutte contre le terrorisme. Les


limitations aux droits fondamentaux dans
le cadre de la lutte contre le terrorisme
doivent être prévues par la loi et soumises
à un contrôle judiciaire. Les règles de
l’Etat de droit visent à protéger la liberté
des citoyens.

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