Fabrice Bonvin
La Science de l’Intuition
Guide pratique de vision à distance
« Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la Science
finiront un jour par comprendre qu’un Esprit se manifeste
dans les lois de l’Univers, un Esprit immensément
supérieur à celui de l’homme »
Réponse de Einstein à un enfant qui lui demande si Dieu existe
« Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose
apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie »
William Blake, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer
« Chaque être humain vit dans une prison. La prison, c’est lui-même
et il est son propre gardien. Puisque le gardien est le prisonnier
et la prison, il n’est pas surprenant qu’il y ait si peu d’évasions
et que les délivrances soient si rares »
Idries Shah
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« La Science de l’Intuition »
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Préface
L’intuition est un phénomène à la fois banal et extraordinaire. Chacun de nous vit des
intuitions plusieurs fois par jour et s’y conforme plus ou moins, en suivant ou non les
orientations qu’elles indiquent en termes d’attitude, de comportement, d’action ou de prise de
décision. Dans une acception basique, il s’agit d’informations qui parviennent à notre
conscience sans qu’elles soient le fruit d’un questionnement ou d’un raisonnement direct. On
peut dès lors considérer que c’est notre cerveau qui travaille en « arrière-plan » : il traite
l’information qui se présente à nos sens et effectue une mise en relation avec des souvenirs,
des aspirations profondes, des projets à court ou long terme, puis il livre spontanément le
résultat sous forme d’une idée ou d’une injonction à faire quelque chose. Cette idée ou cette
injonction n’ont pas forcément de rapport avec ce que nous étions en train de faire ou de
penser, mais il se trouve qu’elles ont du sens, dans un contexte donné, et nous apportent une
aide à la décision ou à l’action. La thèse d’un « inconscient cognitif » est très intéressante
parce qu’il a été démontré au-delà de tout doute possible que nous avions en effet une activité
mentale inconsciente capable de traiter l’information jusqu’à un niveau sémantique, c’est-à-
dire qui concerne la signification des mots ou même la valeur des nombres. Il est donc tentant
d’attribuer au travail de cet inconscient cognitif les « intuitions » qui parviennent à notre
raison sans que celle-ci, en quelque sorte, l’ait cherché. Cependant, si l’on pense avoir levé
une part du mystère, il reste à expliquer par quel mécanisme le produit du traitement
d’information par l’inconscient cognitif parvient en effet au niveau conscient. Qu’est-ce qui
fait que cette intuition surgit à cet instant t, et entre dans notre « espace de travail conscient »
comme par effraction ?
Mais le mystère s’épaissit quand on considère l’intuition dans une acception plus large.
Parfois l’intuition nous sauve la mise (« j’ai oublié de fermer la porte à clé », « j’ai oublié
mon portefeuille »…), parfois elle nous sauve la vie (« je préfère ne pas prendre cet avion, ce
train… »), et d’autres fois encore elle apporte la solution à des problèmes difficiles sur
lesquels des scientifiques butent depuis des semaines ou des mois. Cette « grande intuition »
qu’évoquent de nombreux mathématiciens – comme Alain Connes ou Cédric Villani – ou
physiciens – comme Albert Einstein, rejoint l’inspiration des artistes. Ces derniers ont souvent
le sentiment d’être « reliés » à quelque chose qui les dépasse, qui déborde en tout cas le cadre
de leur boîte crânienne. J’ai évoqué dans un ouvrage1 consacré au sujet la piste d’un « sixième
sens » qui serait le sens du cœur, tel qu’illustré dans la célèbre série de tapisseries médiévales
de La Dame à la Licorne. Ce sens du cœur est l’ouverture à la dimension spirituelle de l’être.
Transpersonnelle par définition, cette dimension nous est accessible lors de certains états
modifiés de conscience qui relèvent parfois d’un simple lâcher-prise, une simple attention au
moment présent, un instant de pleine conscience dans lequel nous réalisons l’interdépendance
de toutes choses.
Quand l’intuition ou l’inspiration conduit à réaliser de grandes œuvres, scientifiques ou
artistiques, il devient irrationnel de ne pas envisager qu’elle nous relie en fait à un champ
d’information qui n’est pas seulement confiné à l’individu. Que ce champ corresponde au
vide quantique non-local, aux mondes des Idées de Platon, à la noosphère de Teilhard de
Chardin, à l’inconscient collectif jungien, aux annales akashiques des traditions ésotériques,
ou encore un « mix » de tout cela, reste à éclaircir et peut-être qu’il est vain à ce stade de
spéculer sur sa nature et son origine. En revanche, il est sain et nécessaire de constater ses
manifestations et en particulier les plus extraordinaires, car elles pointent vers la réalité
ontologique de cette notion. Un seul exemple suffit à faire taire les critiques les plus
virulentes de l’interprétation du phénomène de l’intuition selon cette grille de lecture. Il s’agit
de l’histoire du mathématicien indien Srinivasa Ramanujan (1887-1920). Issu d’un milieu très
pauvre, il n’avait fait aucune étude mais se passionnait pour les mathématiques. Il avait étudié
en autodidacte quelques livres déjà largement dépassés à l’époque et s’était mis à écrire
spontanément de nombreuses formules mathématiques. N’ayant pas retenu l’attention des
quelques mathématiciens indiens auxquels il avait pu les montrer, il avait envoyé quelques-
uns de ses documents à un mathématicien respecté de l’université de Cambridge, Godfrey
Hardy. Celui-ci a d’abord cru à un canular, puis a invité le jeune Ramanujan à Cambridge,
mais le jeune Indien n’ayant pas la formation mathématique nécessaire, il était incapable de
démontrer les résultats de ses formules. Hardy l’aida à en démontrer quelques-uns, et
Ramanujan se retrouva, à 31 ans, membre de la Royal Society en 1918. Il mourut deux ans
plus tard en Inde, très affaibli du fait de ses difficultés à se nourrir en Angleterre. Mais
Ramanujan a laissé 3 900 formules, dont moins d’une centaine ont été démontrées depuis
comme contenant des erreurs. En outre, certaines formules sont extrêmement complexes et
contiennent, selon les mathématiciens eux-mêmes, des nombres qu’il est impossible de
deviner. Devant l’impossibilité d’expliquer rationnellement comment Ramanujan parvenait à
ses équations et résultats, comment ne pas considérer, ne serait-ce qu’un instant, la façon dont
lui-même expliquait son mode de fonctionnement ? C’est « tout simplement » la déesse qu’il
priait, Namagiri Thayar, qui lui soufflait ces formules, lesquelles exprimaient la pensée de
Dieu (Vishnou dans ce cas).
Il raconte ainsi : « Pendant le sommeil, j’ai eu une expérience hors du commun. Il y avait
un écran rouge formé par du sang qui coule. Je l’observais. Soudain, une main a commencé à
écrire sur l’écran. Cela a attiré toute mon attention. Cette main a écrit un certain nombre
d’intégrales elliptiques. Elles se sont incrustées dans mon esprit. Dès que je me suis réveillé,
je me suis mis à les mettre par écrit. »
Pour un Occidental rationnel du XXIe siècle, il s’agit là bien sûr d’une explication naïve
qui procède d’une pensée magique, si ce n’est pas du délire pur et simple. À charge pour
celui-ci d’en produire une plus satisfaisante ! Car pour spectaculaire qu’il soit, le cas de
Ramanujan n’est pas complètement unique, hormis par sa « magnitude » puisque nombre de
ses formules ont joué depuis un rôle majeur dans des domaines qui n’existaient pas à son
époque, comme l’étude des trous noirs, l’intelligence artificielle, la cryptographie, etc.
Lorsqu’il a évoqué le cas de Ramanujan lors d’un colloque à Paris en 2017, le Dr Raymond
Moody, pionnier de l’étude des Expériences de Mort Imminente, l’a mis en regard de deux
autres cas, qui sont rien moins que fondateurs de la rationalité occidentale. Le premier est
celui de Parménide, philosophe grec présocratique qui a écrit le premier texte portant sur la
déduction logique (De la Nature), après avoir été « enlevé par une déesse » qui lui a dicté ce
poème en vers. Le second cas est celui de Descartes, qui « a été visité trois fois par la déesse
de la vérité » au cours de la même nuit après avoir prié Dieu de lui envoyer quelque méthode
pour découvrir la vérité ; expérience de laquelle il a tiré son fameux Discours de la Méthode.
Ainsi, ce qu’il y a de plus rationnel en l’homme, le raisonnement logique, la quête de la
vérité, la déduction mathématique, peuvent être rattachés à des expériences qui ont finalement
consisté à mettre des individus en relation avec « l’autre côté du réel ».
Si l’on y ajoute l’immense corpus de données qui concerne les calculateurs prodiges, les
personnes atteintes du syndrome du savant (mémoire prodigieuse, capacités de reproduction
parfaite, etc.), ou encore les phénomènes de petite et grande voyance, ne sommes-nous pas
conduits, rationnellement, à envisager que l’intuition soit la porte d’accès à un savoir illimité,
à quelque chose qui existe déjà en dehors de l’esprit, et que nous ne faisons que « capter » lors
de certaines fulgurances ?
Naturellement, le livre que vous tenez entre les mains va vous en apprendre bien
davantage. Car après avoir exposé le cadre théorique à peine esquissé ici et les nombreux
domaines d’application pratique de l’intuition, après avoir présenté les pistes de réflexion qui
ressortissent aussi bien aux neurosciences qu’à la physique quantique, Fabrice Bonvin entre
de plain-pied dans le phénomène de la vision à distance et nous en livre les clés. La vision à
distance est en effet la technique qui a fait l’objet du plus grand nombre de recherches et
d’applications, aussi bien dans le domaine civil que militaire, et qui offre aujourd’hui
plusieurs protocoles de mise en pratique de l’intuition, en activant les bons mécanismes de
l’esprit. Les résultats proprement incroyables présentés dans ce livre ne peuvent qu’emporter
la conviction quant à la réalité du phénomène et l’efficacité des techniques. Par-dessus tout,
l’auteur innove ici en proposant à ses lecteurs, non seulement un véritable travail d’enquête
journalistique sur l’intuition et ses différents visages, de même qu’une réflexion sur les liens
qui unissent science et spiritualité, mais aussi et surtout un guide pratique qui permet
d’expérimenter. Car comme le dit le Maître Dögen dans le bouddhisme zen, « s’étudier soi-
même, c’est s’oublier soi-même », et mettre en œuvre la réalité de l’intuition appliquée
permet de dépasser la personne, l’individu, pour comprendre à quel point nous ne sommes pas
des êtres isolés, mais les parties d’un tout extraordinairement vivant et riche. Mieux connaître
notre véritable nature relève d’une spiritualité en action qui ne peut que profiter à la
transformation du monde que beaucoup appellent de leurs vœux.
Jocelin Morisson
Journaliste et auteur, mai 2018
Introduction
« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux »
Inscription placée sur le fronton du temple de la Pythie de Delphes
Nos ancêtres, exposés aux caprices de la Nature, étaient constamment reliés à l’intuition.
Dans un environnement globalement hostile et souvent imprévisible, c’était une question de
survie.
De nos jours, l’intuition est tout autant sollicitée, particulièrement dans les contextes de
prise de décision et de résolution de problèmes. Nos contemporains – qu’ils soient dirigeants
d’entreprise, juges, policiers ou entrepreneurs – recourent quotidiennement à leur faculté
intuitive, notamment à l’occasion d’un événement inattendu ou d’une situation sans
précédent. La carence ou la surabondance d’informations, sinon l’urgence conduisent aussi
fréquemment à s’en remettre à l’intuition.
L’intuition n’est pas un don. Comme tout processus cognitif (mémoire, langage,
attention), l’intuition est présente à des degrés divers en chacun d’entre nous. Autrement dit,
nous possédons tous cette compétence. Ce potentiel s’exerce, se développe et se mobilise, de
la même manière que nous avons tous la capacité d’apprendre à faire du vélo ou à jouer de la
guitare. À l’image d’un muscle, plus vous exercez votre intuition, plus elle se développera, se
manifestera et vous guidera dans votre vie, et cela toujours plus efficacement.
Durant deux décennies, le gouvernement américain a investi des dizaines de millions de
dollars pour développer une méthode qui entraîne l’intuition. En charge de ce mandat, le
Stanford Research Institute – l’un des plus prestigieux instituts de recherche au monde – a
développé une série de protocoles appelés « controlled remote viewing » (vision à distance).
Fruit de l’application de ces recherches scientifiques, cette méthode permet d’extraire et de
décrire intuitivement de l’information au-delà des contraintes de l’espace et du temps. Elle fut
enseignée avec succès au personnel militaire et permit de développer leurs capacités intuitives
à des fins d’espionnage psychique. Parce qu’elle a des fondements scientifiques et qu’elle a
fourni d’excellents résultats, cette méthode est considérée comme étant la plus efficace pour
entraîner l’intuition.
Applications et bénéfices de la méthode
Au-delà du développement de l’intuition, les applications pratiques de la vision à distance
sont nombreuses. Au cours de ces dernières décennies, des individus, organismes privés ou
étatiques ont utilisé cette méthode dans des contextes de récolte de renseignement stratégique
(économique ou militaire), d’investissement boursier, de recherche archéologique ou de
personnes portées disparues, etc.
Pour de nombreux bénéficiaires de la méthode, la vision à distance est avant tout un
formidable outil de développement personnel. Appliquer cette méthode, c’est apprendre à
mieux se connaître car se mettre à l’écoute de son intuition est une voie de transformation
intérieure, pour ensuite mieux agir sur le monde.
Comme elle favorise la prise de conscience des schémas de fonctionnement de l’intellect,
cette méthode permet de mieux maîtriser ce qui relève du mental et d’apprendre à le dissocier
de l’intuition. En outre, la vision à distance exige de mobiliser les facultés attentionnelles,
intentionnelles et de concentration. Elle conduit l’intuitif à davantage porter attention à ses
ressentis corporels, à mieux poser et soutenir une intention tout en cultivant ses capacités de
concentration sur les protocoles. Somme toute, cette méthode propose d’exercer et de
développer cette capacité naturelle qu’est l’intuition.
Ce développement personnel amènera, à son tour, une appréhension plus fine et plus
subtile des personnes et des situations. Il garantira également des prises de décisions assurées
et confiantes, notamment en autorisant une coopération bénéfique entre l’intuition et le
mental. Aussi, il stimulera la créativité et la capacité à trouver des solutions innovantes –
intuition et créativité se nourrissant l’une de l’autre. Pratiquer la vision à distance, c’est
finalement faire soi-même l’expérience de la perception non-locale et adopter une conception
de la nature de l’Homme et de la réalité s’affranchissant du cadre dogmatique des paradigmes
scientifiques dominants.
Face au progrès exponentiel de l’intelligence artificielle annonciateur d’une quatrième
Révolution Industrielle, les compétences qui permettront d’affirmer la suprématie de
l’Homme sur la Machine prendront toujours davantage d’importance. Parmi celles-ci,
l’intuition figure en bonne place au rang des aptitudes que les robots ne pourront jamais
développer, car il leur manquera toujours cette part d’humanité. Pour cette raison, l’intuition
est une compétence appelée à être valorisée et davantage recherchée.
Mon expérience
En 1995, le gouvernement américain a révélé l’existence du programme secret de vision à
distance. Cette nouvelle a immédiatement retenu mon attention. Le fait que des individus,
formés par l’intermédiaire d’un institut de recherche renommé, espionnent par l’esprit les
ennemis des intérêts stratégiques des États-Unis bousculait mon esprit cartésien. Si la vision à
distance ne fonctionne pas, comment expliquer la longévité de vingt-trois ans du
programme ? Quels résultats concrets furent obtenus par ces espions psychiques ? Que nous
dit la vision à distance sur notre conception de la réalité et de la conscience ?
Au fil des années, le gouvernement américain a déclassifié des milliers de documents sur
la vision à distance2. La lecture attentive de ces documents (comptes rendus de séances
intuitives, recherches scientifiques du Stanford Research Institute, etc.) m’a conduit à
conclure que la vision à distance fonctionne et qu’avec de l’entraînement, tout le monde est
capable d’obtenir des résultats.
C’est alors que j’ai mis en application cette affirmation de Hal Puthoff, le directeur
scientifique du programme : « Quand on parle de vision à distance, il existe deux catégories
de personnes : ceux qui en ont fait l’expérience et qui savent que cela fonctionne et ceux qui
ne l’ont pas fait et pour lesquels cela ne marche pas ». C’est ainsi que je me suis formé auprès
de Paul H. Smith, l’un des espions psychiques du programme, tout en complétant ces
enseignements avec les apports de Lyn Buchanan et Lori Williams.
En pratiquant la vision à distance, j’ai découvert un espace dont je ne soupçonnais pas
l’existence, celui de la non-localité. En séance intuitive, l’espace et le temps n’ont pas de prise
sur les événements. Les possibilités d’exploration sont infinies et les capacités de la
conscience ne connaissent pas de limites. La vision à distance est une pratique qui porte en
elle le potentiel de modifier votre vision du monde, celle du fonctionnement de la réalité et de
votre place dans l’Univers.
L’expérience de la non-localité m’a propulsé à la place d’un enfant de deux ans, au
moment précis où il est plongé dans l’apprentissage du langage et dans l’appréhension du réel
par ses cinq sens. Le protocole de vision à distance exige à peu près la même chose d’un
adulte : il s’agit d’expérimenter la non-localité via le subconscient, d’interpréter et de traduire
le langage du subconscient vers le conscient par l’intermédiaire des ressentis kinesthésiques.
Ma tâche fut donc d’apprendre à décoder le langage du subconscient ainsi qu’à reconnaître les
perceptions subtiles qui vont au-delà de mes cinq sens. En mobilisant ces capacités, cet
apprentissage a considérablement exercé et développé mon intuition, celle qui est désormais
sollicitée régulièrement dans mon quotidien.
La vision à distance m’a aussi enseigné le pouvoir de l’instant présent, cette faculté à être
« ici et maintenant ». C’est en portant pleinement attention sur son expérience, sur ses
ressentis du moment présent que l’on prépare un terrain favorable à l’expression de son
intuition. Susciter cette disposition d’esprit, c’est adopter une posture d’accueil et d’ouverture
favorable aux moments d’intuition. Cette capacité à vivre intensément l’instant présent est à
nouveau illustrée par les jeunes enfants, eux qui ont les sens constamment en éveil, prêts à
capter une infinité d’informations sur leur environnement. Ils portent un regard neuf sur le
monde, la psyché n’est pas encombrée d’attentes ou d’idées préconçues. Pour convoquer la
réussite en vision à distance, il s’agit peut-être de se déconditionner, de retrouver le regard
d’enfant d’autrefois.
En fin d’ouvrage, vous trouverez la retranscription intégrale d’une séance intuitive que
j’ai menée il y a quelques années. Elle donne une idée du niveau de résultat qu’un individu
lambda, doué d’un capital intuitif naturellement moyen, peut obtenir en exerçant
régulièrement son intuition à l’aide du protocole décrit dans cet ouvrage. Cette retranscription
fait également office de récapitulation des chapitres précédents, illustrant la manière dont le
protocole doit être suivi.
L’apprentissage
Cet ouvrage vous offre une base théorique solide en vision à distance mais ne remplace
pas la pratique : vous ne développerez ni vos capacités en vision à distance, ni votre intuition
en vous contentant de lire ces pages. Il sera indispensable de compléter ce savoir avec une
pratique régulière et constante. De la même manière, vous n’apprenez pas à conduire un
véhicule en lisant le Code de la route. Connaître le Code de la route est nécessaire, mais pas
suffisant. Tôt ou tard, vous devrez vous mettre au volant.
Vous pouvez apprendre à conduire seul, tout comme vous pourrez mener vos premiers pas
en vision à distance par vous-même. C’est possible, mais déconseillé. En l’absence d’un
moniteur d’auto-école à vos côtés, vous vous exposez à développer de mauvaises habitudes
au volant, voire à provoquer un accident de la route. De même, en vision à distance, vous
naviguez sur le Web cosmique à la recherche d’informations et, ici aussi, les obstacles sont
légion : cherchez-vous les informations au bon endroit et au bon moment ? Comment
interprétez-vous tel ou tel ressenti ? Respectez-vous la structure du protocole à la lettre ?
En vision à distance, l’équivalent du moniteur d’auto-école s’appelle le « facilitateur ».
Son rôle est d’accompagner l’intuitif dans son apprentissage et de le guider, de l’assister
durant sa séance. Ses tâches principales consistent à fournir les instructions nécessaires à la
recherche des informations intuitives et à donner un feedback immédiat pour corriger les
erreurs et renforcer les bonnes pratiques. Par conséquent, l’action de coaching et de feedback
constitue un facteur de réussite primordial dans l’apprentissage de la vision à distance.
Le facilitateur joue aussi un rôle équivalent au copilote d’un rallye automobile. Le
copilote se concentre sur la navigation et le parcours, communique l’information au pilote,
permettant à celui-ci de se focaliser pleinement sur la conduite. De même, en vision à
distance, le facilitateur dirige l’intuitif dans ses actions afin que ce dernier se libère des
sollicitations du mental et puisse au maximum porter son attention sur ses perceptions
intuitives.
Le coaching dispensé par le facilitateur est un acte formateur : ses interventions
mobilisent l’attention et stimulent l’apprentissage par un jeu de questions-réponses. Il veille à
introduire les concepts et les pratiques essentielles à la vision à distance à un rythme
respectant les besoins de l’apprenant et l’amène à tirer lui-même les leçons indispensables à
son apprentissage. Sa mission est également d’accompagner et de superviser les séances
intuitives, en fournissant un feedback immédiat à l’intuitif, afin que celui-ci apprenne à
identifier ce qui relève du mental et de l’intuition. En définitive, s’adresser à un facilitateur est
vivement recommandé pour adopter immédiatement les bons réflexes, accélérer
l’apprentissage ainsi que bénéficier de l’accompagnement et de l’expérience d’un expert dans
le domaine.
Présentation des chapitres
L’ouvrage se divise en deux parties : la première propose un panorama à trois cent
soixante degrés sur les questions de l’intuition et de la vision à distance tandis que la
deuxième fournit une description du protocole de vision à distance (controlled remote
viewing), étape par étape.
Le premier chapitre explore le monde de l’intuition et décrit les trois courants de pensée
qui se sont approprié le phénomène intuitif. Le lecteur découvrira que l’école de pensée de
l’intuition extrasensorielle permet de penser et d’introduire la vision à distance comme un
outil de développement de l’intuition. Une brève présentation de la vision à distance et de ses
applications clôt ce chapitre.
Le deuxième chapitre établit un survol du programme « Stargate », cette initiative secrète
qui a mis l’intuition au service des intérêts stratégiques des États-Unis. C’est dans le cadre de
ce programme que le Stanford Research Institute a développé les protocoles de vision à
distance structurée afin de former des espions psychiques. J’illustrerai l’histoire et le succès
de ce programme par plusieurs exemples tirés de documents déclassifiés. Le mot de la fin de
ce chapitre consistera à donner deux exemples récents d’application de la vision à distance
dans le domaine civil, l’un dans le cadre de la recherche de personne, l’autre dans
l’environnement de la recherche en microbiologie.
Le troisième chapitre suggère des pistes pour rendre compte du fonctionnement de la
vision à distance. J’amènerai le lecteur sur le terrain de la mécanique quantique et de la
philosophie, deux disciplines à même d’apporter un éclairage précieux sur les mécanismes
présidant à la perception extrasensorielle. Nous constaterons que la physique de pointe, celle
qui formalise la structure fondamentale du réel en termes d’informations, donne plusieurs
clefs de compréhension du phénomène intuitif. Quant à la philosophie, elle nous autorisera à
prendre de la hauteur en démontrant que la vision du monde matérialiste en cours repose
davantage sur un système de croyances institutionnalisées que sur des fondements
scientifiques solides.
Le quatrième chapitre aborde la question de la préparation à une séance de vision à
distance. Quelle est la posture mentale optimale pour pratiquer et comment s’y préparer au
mieux ? Il sera question des ondes cérébrales, du rôle des deux hémisphères du cerveau, et
surtout de pratiques favorisant un état de réceptivité à l’intuition. Deux exercices de relaxation
essentiels à la pratique de la vision à distance seront proposés.
Le cinquième chapitre passe en revue les principes fondamentaux de la vision à distance.
Celui-ci constitue la fondation de votre apprentissage en répondant aux questions
essentielles, telles que : comment fonctionne le mécanisme de connexion à son intuition ?
Quels sont les facteurs de réussite ? Comment gérer les interférences du mental ? Comment
poser une intention ? Que contiennent les étapes du protocole ? Il est recommandé de bien
maîtriser ce chapitre afin de tirer le meilleur profit du protocole en lui-même.
Le sixième chapitre marque le commencement de la deuxième partie du livre, vous
guidant au travers des six étapes du protocole de la vision à distance. Comme chaque étape est
décrite au sein d’un chapitre dédié, le protocole se déroule jusqu’au onzième chapitre.
Le douzième chapitre fait office de conclusion et s’interroge sur les enseignements de la
vision à distance. Que nous dit cette pratique sur nous-mêmes ? Quel message fondamental
délivre-t-elle sur la nature de la réalité ?
Je souhaite que ce livre soit un compagnon dans votre cheminement de développement
personnel et qu’il vous permette d’injecter du sens, de la confiance et de l’équilibre dans
toutes les facettes de votre vie. Avant d’aborder le premier chapitre, gardez à l’esprit que la
lecture de cet ouvrage ne remplace pas la pratique et remémorez-vous cette phrase de
Sénèque : « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce
que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ».
Chapitre I. La Science de l’Intuition
« L’intuition est un don sacré et la rationalité en est le loyal serviteur »
Albert Einstein
Vivre son intuition
Ceci est une histoire vraie. En février 2015, le Taïwanais Lin Ming-Wei, son épouse et
leur nourrisson embarquent à bord d’un vol TransAsia reliant l’aéroport de Songshan à l’île
de Kinmen. Peu avant le décollage, le père de famille perçoit un « drôle de bruit » provenant
de l’aile gauche de l’avion. Mal à l’aise et tourmenté par ce bruit, il exige un autre siège
auprès du personnel navigant. Déplacé en famille sur le flanc droit de l’appareil, il a le
pressentiment qu’il a « agi pour le bien des siens ». À peine décollé, l’avion pique au sol,
heurte une autoroute surélevée avant de s’abîmer dans une rivière. Plus de vingt-cinq
passagers périssent, dix-sept sont portés disparus et seize survivent au crash.
Au moment de l’impact, Lin Ming-Wei et sa compagne s’extraient de la carlingue et
viennent au secours de leur fils unique s’enfonçant dans les eaux troubles de la rivière
Keelung. Le père administre au nourrisson, récupéré dans un état critique, un massage
cardiaque salvateur.
Le protagoniste de ce tragique fait divers aurait pu ignorer son intuition, dont la fulgurante
irrationalité n’avait d’égale que la désagréable sensation qui la précédait. Or, instinctivement,
il se fia d’emblée à ce ressenti. Lui et sa famille tirés d’affaire, Lin Ming-Wei dira plus tard
aux journalistes venus recueillir son témoignage qu’« il faut savoir écouter sa petite voix
intérieure ».
Cette petite voix intérieure, c’est l’intuition. Elle se manifeste ici et là, de manière
spontanée et inattendue, tant à l’occasion de situations anodines que critiques, comme illustré
par cet effroyable fait divers. L’intuition est garante d’une meilleure capacité à la prise de
décision, convoque la créativité et l’innovation et facilite l’adoption des bonnes réponses aux
multiples questions de la vie quotidienne.
Or, qu’est-ce que l’intuition ? Étymologiquement, le mot « intuition » puise ses racines
dans le terme latin intueor, intueri. Intuition se décompose en « in » et « tuition ». Le préfixe
« in » signifie « dans » ou « à l’intérieur » et « tuition » provient du mot latin « tueri » voulant
dire « regarder attentivement » ou « contempler ». L’intuition désigne donc l’acte de regarder
attentivement à l’intérieur de soi.
Le Petit Larousse, quant à lui, définit l’intuition comme une « une forme de connaissance
immédiate qui ne recourt pas au raisonnement ». Elle représente une forme de compréhension
directe et spontanée, qui ne s’appuie ni sur l’expérience, ni sur la raison, ni sur des indices
sensoriels extérieurs. Il est important de souligner qu’elle est indépendante de la raison : elle
ne découle ni de l’analyse, ni de la pensée, ni du calcul. L’intuition semble procéder d’un
mode d’accès particulier à l’information, à une connaissance qui proviendrait de l’intérieur de
nous, comme l’indique son étymologie.
Socrate et son daïmon
Chacun d’entre nous est doué d’intuition, il s’agit d’une capacité naturelle et innée que je
vous invite à convoquer, explorer et surtout développer afin de cultiver son fantastique
potentiel. À l’image d’un torrent, le flux intuitif est incessant et constant, disponible ici et
maintenant. Parce qu’il est subtil et délicat, tout l’enjeu est d’apprendre à se relier, à établir la
connexion à ce flux. L’universalité de la faculté intuitive rend compte du fait qu’un esprit tel
que Socrate, considéré comme l’un des pères du rationalisme occidental, fut accompagné et
inspiré, toute sa vie, par une « voix intérieure », qu’il nommait daïmon (δαίμων/daímôn). Ce
génie familier – que Socrate considérait comme une émanation de la divinité et qui ne doit
pas être confondu avec le « démon » contemporain – lui suggérait ses résolutions, le stimulait
ou le mettait en garde. Par exemple, c’est cette voix qui le met sur le chemin de Phèdre,
rencontre à l’origine du « Dialogue sur l’amour » : « Lorsque j’étais, bon ami, sur le point de
repasser la rivière, j’ai senti ce signal divin et familier qui m’arrête toujours au moment où je
vais accomplir une action. J’ai cru entendre ici même une voix qui me défendait de partir
avant de m’être astreint à une expiation, comme si j’avais commis quelque faute à l’égard de
la divinité », rapporte Platon dans son dialogue intitulé Phèdre.
L’intuition ou le mental ?
À l’instar de Platon, certains considèrent l’intuition comme « un guide intérieur ». Le
dicton populaire n’affirme-t-il pas que « la première impression est toujours la bonne » ?
C’est que celle-ci a les qualités de l’intuition, à savoir un caractère d’immédiateté, de rapidité
et d’évidence, tout en étant ressentie comme juste. Le « guide intérieur » s’exprime toujours
plus vite que le mental.
Pour apprendre à distinguer l’intuition de votre mental, un exercice simple consiste à tenir
un journal. Dès qu’une question vous vient à l’esprit, notez les réponses. Si la réponse est
immédiate et brève, c’est une intuition. Si la réponse s’accompagne d’un raisonnement ou
d’une justification, c’est du mental. Toujours dans votre journal, consignez les réponses que
vous avez suivies ainsi que votre ressenti au moment de recevoir les réponses. En relisant a
posteriori les réponses aux questions, vous apprendrez à mieux reconnaître votre ressenti en
fonction du type de réponse (intuition/mental). Aussi, vous découvrirez que l’intuition, par
définition, ne se trompe jamais. Si la réponse à la question est fausse ou mauvaise, c’est qu’il
ne s’agissait pas d’intuition, mais de mental.
L’intuition dans le monde des affaires
Depuis une dizaine d’années, principalement aux États-Unis, une part croissante du
monde des affaires cherche à apprivoiser l’intuition afin d’en faire une précieuse alliée. Dans
un environnement où tout s’accélère, dans un contexte toujours plus complexe et
imprévisible, l’enjeu est souvent de prendre la meilleure décision au meilleur moment.
De nombreux dirigeants, entrepreneurs et décideurs s’appuient sur l’intuition pour enrichir
leur intelligence rationnelle, en particulier lors de situations nouvelles ou inconnues. Ils
commencent généralement avec une intuition et la valide avec des données. Si l’intuition est
l’étincelle, les données sont le combustible nourrissant le feu. « Laissez à l’intuition les
décisions importantes » a récemment conseillé Tim Cook, le directeur général d’Apple en
ajoutant : « ensuite, mettez tout en œuvre pour prouver qu’elle est correcte ».
Selon un sondage récent de la Smith School of Business Executive, les leaders font
fréquemment appel à l’intuition en tant qu’outil à la prise de décision, que ce soit pour la
gestion de crises et d’équipes. Et ils auraient tort de s’en priver : de nombreuses études
scientifiques, à l’instar de celles du Dr Gerd Gigerenzer, directeur du Max Planck Institute for
Human Development de Berlin3, indiquent que les décisions prises sur un mode intuitif sont
qualitativement meilleures que celles générées par des processus rationnels. Autrement dit, en
favorisant la vision globale d’une situation et de ses enjeux, en permettant d’aller à l’essentiel
et en faisant remonter une évidence enfouie au fond de soi, l’intuition confère un avantage
compétitif qui vaut de l’or.
Une étude de la fin des années 90 menée par Jagdish Parikh, chercheur à la Harvard
Business School, révèle que parmi 13’000 cadres supérieurs interrogés, 80 % d’entre eux
attribuent leur succès en affaires à l’intuition. Plusieurs études scientifiques leur donnent
raison. Mentionnons brièvement celle du professeur John Mihalasky du New Jersey Institute
of Technology : cette étude, menée sur 385 PDG (CEO) sur une période de dix ans, a mis en
évidence une forte corrélation entre l’intelligence intuitive et les résultats financiers de
l’entreprise. Plus précisément, 81 % des dirigeants dotés d’une forte capacité intuitive ont
doublé leurs profits en cinq ans alors que le score tombe à 25 % pour les dirigeants pourvus
d’une faible intuition. La corrélation était tellement flagrante qu’il fut possible de déterminer
la capacité intuitive d’un PDG par la seule lecture de ses résultats financiers.
L’intuition joue aussi un rôle important dans les processus d’innovation et de création.
Pour ne citer qu’un exemple, le projet de la voiture autonome « Waymo » développé par
Google trouve son origine dans une intuition de Sebastian Thrun, professeur à l’Université de
Stanford. Il développa l’idée de la voiture autonome avant même que la technologie ou les
infrastructures ne le permettent.
Selon une étude menée par Burke et Miller4, conduite sur soixante managers expérimentés
aux États-Unis, la plupart des managers se fient à l’intuition dans un contexte de carence ou
de paralysie informationnelle. L’intuition dicte la décision dans 80 à 95 % des cas en
situations d’urgence, ambiguës ou de trop grande complexité, confirme une autre étude5. Pour
deux tiers des managers, l’intuition mène à d’excellents résultats en termes de qualité et de
rapidité de prise de décision. Plus récemment, Dane, Rockman et Pratt6 ont montré que la
prise de décision de type analytique est indiquée dans un environnement structuré tandis que
l’intuition est plus efficace dans un contexte où, à l’inverse, règnent l’incertitude et l’absence
de structure.
Sur le plan interpersonnel, l’écoute et l’ouverture à son intuition apporte d’innombrables
avantages dans la conduite des affaires : mentionnons la capacité à « sentir » ses
interlocuteurs et les situations, à anticiper des tendances, à adopter ou éviter des orientations
stratégiques. Le développement de l’intuition autorise également une sensibilité accrue ainsi
qu’une vision globale, périphérique et fine des situations, en les envisageant sous des angles
différents.
Trois déclinaisons de l’intuition
Au carrefour de la psychologie, des neurosciences, de la philosophie et de la spiritualité,
l’intuition ne se présente nullement sous la forme d’un bloc monolithique mais arbore
plusieurs visages en fonction des disciplines qui se l’approprient. Présentement, le phénomène
intuitif est investi par trois écoles de pensée offrant des explications pourvues d’une certaine
complémentarité entre elles :
1. L’école de l’inconscient neuronal qui s’appuie sur les recherches menées en
neurosciences. D’après ce courant représenté par les neuropsychologues et les théoriciens du
management, l’intuition est le fruit d’une mécanique cognitive. Ici, notre cerveau traite de
manière complexe des informations enfouies dans notre inconscient. L’intuition des
neurosciences est donc logique et rationnelle, se fonde sur l’expérience, la maîtrise et la
connaissance.
2. L’école de l’intuition spirituelle qui se dessine comme l’une des voies royales au Soi,
à son être supérieur. Verticale et transcendante, l’intuition relie l’individu à sa part immortelle
ou « divine ». Dans cette métaphysique de l’Inconscient, celui-ci est assimilé au Soi, en écho
aux traditions orientales (Hindouisme, Védas). L’intuition facilite la communication entre le
Moi et le Soi, c’est-à-dire la relation de la conscience à sa part créatrice.
3. L’école de l’intuition extrasensorielle qui envisage la capacité de capter des
informations par-delà les cinq sens ordinaires, via un « sixième sens ». Il est ici question de
perception extrasensorielle, illustrée entre autres par des phénomènes de précognition ou de
télépathie, et étudiée par les parapsychologues.
L’inconscient neuronal et les neurosciences
L’école de pensée de l’inconscient neuronal, à savoir l’intuition étudiée à travers le
prisme des neurosciences, représente le courant majoritaire au sein du monde scientifique et
universitaire. C’est également la vision dominante du fonctionnement de l’intuition, telle que
diffusée par les médias de masse.
Historiquement, la recherche académique sur les phénomènes intuitifs fut très éparse. À
l’époque du courant behavioriste, l’intuition était considérée inadaptée à l’étude scientifique
puisque qualifiée d’irrationnelle, échappant à la mesure et ancrée dans l’inconscient. Dans ce
contexte, rares étaient les chercheurs se hasardant à étudier les processus intuitifs, sujet snobé
par le monde scientifique. C’est finalement durant les années 80, avec l’introduction d’outils
issus de la psychologie cognitive déployés dans le cadre d’études sur les phénomènes
inconscients, que les psychologues ont envisagé d’explorer l’intuition avec l’attention et la
rigueur qu’elle mérite7. C’est ensuite une avancée technologique, celle de l’imagerie
médicale, qui a permis de progresser dans la compréhension des phénomènes intuitifs, en
retraçant les circuits empruntés par l’intuition dans le cerveau. Grâce aux IRM fonctionnelles,
on peut désormais provoquer des mouvements dans le cerveau et observer l’activité qui en
découle. De cette façon, les neuroscientifiques ont identifié de nouvelles connexions
cérébrales confirmant que certaines « informations » parviennent à notre conscience sans
emprunter les voies sensorielles traditionnelles.
Au sein de la communauté scientifique, il n’existe pas de véritable consensus sur la
définition du terme « intuition » et la littérature académique l’associe aux notions suivantes :
immédiateté, charge émotionnelle, processus préconscient, connaissance instinctive,
sentiment d’exactitude, etc.8. À titre d’exemple, Bowers et collaborateurs, bien connus pour
leurs études sur l’intuition, la définissent comme un « mode de traitement de l’information
distinct, par lequel l’information logée dans l’inconscient est utilisée comme un guide à la
décision et à la résolution de problèmes ». Pour ces chercheurs, l’intuition est une
« perception préliminaire non-consciente empreinte de cohérence (schéma, signification,
structure) guidant la pensée vers un pressentiment ou une hypothèse portant sur la nature de la
cohérence en question ».
Pour les neuroscientifiques, l’intuition est un « inconscient d’adaptation », une sorte
d’intelligence inconsciente alimentée par l’ensemble des informations enregistrées par notre
cerveau. Ils évoquent une « mémoire implicite » qui capterait l’intégralité des souvenirs,
ressentis, sensations, données routinières de notre vécu. Selon ce mécanisme inconscient,
notre cerveau enregistrerait en permanence tous les ressentis sensoriels que nous éprouvons
pour alimenter une base de données sensorielles, représentant un million de milliards de bits
d’information. Si, dans une situation connue, un détail change, notre intuition s’active via la
mémoire sensorielle. En un millième de seconde, l’intuition surgit de la mémoire sensorielle
et se manifeste par un ressenti corporel. Comme ces informations sont enfouies dans notre
inconscient et ne parviennent pas à notre conscience, le cerveau nous fait prendre des
décisions sans que nous ayons conscience des perceptions originelles. En d’autres termes, le
cerveau arrive directement à des conclusions en court-circuitant leur élaboration. Le
surgissement de l’intuition s’accompagne d’une modification du système neurovégétatif –
battements de cœur, sensation de chaleur, mains moites – et provoque une sensation physique
de bien-être ou de mal-être. Elle s’exprime par une émotion et passe de l’implicite à
l’explicite quand nous mettons des mots sur ce qu’elle nous dit.
Signalons que de grands noms des neurosciences – tels que David Eagleman, Michael
Ray, Antonio Damasio – soulignent que l’intuition libère la créativité par la levée des
connexions habituelles, des blocages intellectuels ainsi que par un glissement vers un état
mental plus primitif. Une sorte de déclic fulgurant, en quelque sorte, qui permet au cerveau de
traiter des informations à notre insu, et donne accès à des éléments inaccessibles par la pensée
rationnelle ou déductive. Une majorité d’études scientifiques démontrent que l’intuition, si
elle est utilisée dans un contexte favorable, peut mener à des prises de décision de qualité
supérieure à celles qui découlent d’un traitement analytique standard.
Remarquons que les spécialistes de l’intuition en entreprise favorisent l’école de pensée
de l’inconscient neuronal, postulant que l’intuition est produite par une prodigieuse
mécanique synaptique inconsciente, puisant dans la mémoire implicite. On retrouve cette idée
que l’intuition puise dans un vaste réservoir d’expériences stockées dans le cerveau sous la
forme d’ensembles d’informations associatives et de probabilités préalables. C’est d’ailleurs
ce que semble confirmer une étude scientifique récente menée au Japon.
La tête-chercheuse de l’Inconscient
Un groupe de neuroscientifiques japonais ont demandé à des joueurs expérimentés de
Shogi – un jeu d’échecs local – de déplacer une pièce du jeu en moins d’une seconde, en
mode « intuitif » de manière à ce que le processus analytique n’ait pas le temps de se
déployer. Mesurés par l’imagerie par résonance magnétique (IRM), les mouvements des
joueurs se traduisent par l’activation de certaines zones du cerveau. Les ganglions de la base
du cerveau, qui comprennent le noyau caudé, le putamen et le globus pallidus, ont été
identifiés comme acteurs du mécanisme intuitif. Ces ganglions jouent traditionnellement un
rôle dans les processus d’apprentissage, de mémorisation et d’exécution de comportements
routiniers9.
Les ganglions de la base n’étaient pas activés quand les joueurs expérimentés étaient en
mode analytique, quand ils avaient davantage de temps pour déplacer la pièce du jeu. Les
chercheurs ont fait l’hypothèse que le cortex est associé à la perception et l’analyse
conscientes alors que le noyau caudé abrite l’expertise hautement spécialisée, permettant
d’apporter une solution en court-circuitant la pensée consciente. Ceci serait l’intuition, une
sorte de tête chercheuse scannant de manière ultra-rapide la base de données d’expériences
enfouies dans l’inconscient, afin de proposer une réponse à une situation donnée10.
Expertise ou apprentissage implicite ?
En parlant d’expériences, l’exploit réalisé par le pilote Sully, en 2009, illustre le fait
qu’intuition pourrait bien rimer avec expertise.
Le 15 janvier 2009, Chesley Sullenberger, alias « Sully », commandant de bord
expérimenté, décolle de l’aéroport de La Guardia, New York, pour relier Charlotte, Caroline du
Nord. À bord de l’A320, 150 passagers. Deux minutes après le décollage, à 900 mètres
d’altitude, il communique à la tour de contrôle que des oies viennent de heurter les réacteurs de
l’avion. L’avion en perte de puissance, le pilote s’en remet à son intuition et amerrit sans
encombre sur l’Hudson River, au large de Manhattan, alors que les normes et les procédures de
vol exigeaient de toutes autres manœuvres.
En plus d’être un pilote de planeur expérimenté, Sully est un vétéran de l’US Air Force
qui avait déjà fait face à de multiples situations critiques alors qu’il volait pour l’armée de
l’air. Il avait, entre autres, appris à reconnaître les signes qu’un réacteur ne fonctionne plus.
Ce sont ces quarante années d’expériences pratiques, à l’origine de son expertise et de la
maîtrise parfaite de son métier, qui auraient fait émerger cette intuition.
Ici, l’intuition serait l’aboutissement d’un processus cognitif rationnel renforcé par une
multitude de situations vécues alimentant l’énorme base de données de l’intelligence
inconsciente. Plus l’expertise dans un domaine progresse, plus l’intuition se renforce. Pour
cette raison, les prises de décision intuitives des spécialistes expérimentés seraient plus fiables
que celles de généralistes « touche à tout ».
Or, les plus récentes études en neurosciences cognitives tendent à nuancer le poids de
l’expérience dans le phénomène intuitif et suggèrent plutôt que les processus de décision
intuitifs sont semblables à ceux alimentant l’apprentissage implicite. Autrement dit, la
structure neurale et les processus cognitifs impliqués dans l’intuition et l’apprentissage
implicite seraient identiques11. En définitive, cela ne serait pas tant l’expertise que
l’apprentissage implicite qui faciliterait l’intuition.
Pour résumer le paradigme neuroscientifique en vigueur, disons que l’intuition est
envisagée comme un phénomène rationnel s’alimentant à la source de l’expertise, de
l’apprentissage et de l’expérience, par le biais d’une multitude de données glanées de manière
routinière par le cerveau12.
L’intuition spirituelle et la psychologie des profondeurs
Quittons maintenant le terrain des neurosciences et de la rationalité pour investir
l’univers de la métaphysique et de la spiritualité. L’école de pensée de l’intuition
spirituelle décline principalement des notions issues de la psychologie analytique pour
rendre compte du phénomène intuitif. Ici, le Soi, concept synonyme de pleine et pure
conscience, donne accès à une dimension plus vaste, plus riche de nous-mêmes. Il
transcende l’univers local du Moi et pénètre les multiples dimensions de l’être, au-delà de
l’espace et du temps. Lorsque le Moi communique et s’harmonise avec le Soi, les fonctions
analytiques s’enrichissent de processus intuitifs.
Carl Gustav Jung (1875-1961), médecin psychiatre suisse, est le fondateur de la
psychologie analytique. Sa pensée explore la dimension spirituelle de l’homme, en relation
avec son âme, et a marqué les sciences humaines du XXe siècle. On lui doit, entre autres, les
concepts d’« inconscient collectif », d’« archétype », d’« individuation » et de
« synchronicité ».
Pour Jung, nous utilisons tous quatre fonctions psychiques qui structurent tant nos actes
quotidiens que notre rapport aux autres, tout en participant au développement de notre
personnalité :
– la sensation, c’est-à-dire l’usage des informations sensorielles captées par nos cinq sens
– la pensée, c’est-à-dire l’identification, l’analyse, la classification des informations
traitées par la réflexion intellectuelle
– le sentiment, c’est-à-dire le ressenti affectif relié aux informations ou expériences
vécues
– l’intuition, c’est-à-dire la capacité à envisager les choses de manière globale, à percevoir
le sens caché, à capter des informations inaccessibles à nos cinq sens. Il est question d’une
« fonction psychique irrationnelle » mais complémentaire à la raison.
Jung résume ainsi l’articulation de ces différentes fonctions : « la sensation vous dit que
quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est ; le sentiment vous dit si c’est
agréable ou non ; et l’intuition vous dit d’où il vient et où il va ».
Selon la psychologie jungienne, un individu habité d’une forte intuition fait la
démonstration d’un esprit de synthèse, comprend les choses de manière implicite et n’a pas
besoin de longues explications pour saisir ce qui se passe. Peu enclin à la routine et à la
bureaucratie, l’intuitif est réceptif aux symboles, au sens caché tout en étant à la recherche
permanente d’opportunités.
Dans les années 60, deux analystes, Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs, se
sont basées sur ces quatre fonctions psychologiques pour créer le MBTI (Myers Briggs Type
Indicator), un test de personnalité de référence dans le monde des entreprises. Selon le MBTI,
ceux qui ont une préférence pour un mode de fonctionnement intuitif ont une vision holistique
des situations, s’intéressent au sens et explorent davantage les scénarios que les autres. Selon
cette grille de lecture jungienne du MBTI, 30 % de la population aux États-Unis fonctionne
de manière préférentielle sur ce mode intuitif.
L’intuition extrasensorielle et le sixième sens
Le dernier courant de pensée s’appropriant le phénomène intuitif est l’école de l’intuition
extrasensorielle. Celle-ci rejette tant le neurocentrisme qui anime l’approche
neuroscientifique qu’elle prend ses distances avec la dimension métaphysique du courant
spirituel de l’intuition. Pour les tenants de l’intuition extrasensorielle, l’intuition n’est pas le
produit d’une mécanique cognitive mais relève davantage de capacités psychiques ignorées
par la Science mainstream.
Les phénomènes psychiques ou « psi » désignent toutes les formes de perceptions
extrasensorielles, telles que la perception d’objets situés au-delà du champ ordinaire des sens.
Ces phénomènes regroupent, entre autres, la télépathie (l’échange d’information à distance
entre deux esprits sans l’usage des sens ordinaires), la psychokinèse (la capacité de l’esprit à
affecter la matière) ou encore la précognition (la perception d’événements futurs). On parle
donc de sixième sens.
Depuis 150 ans, d’innombrables études scientifiques menées en laboratoires ont démontré
que la perception psi opère entre les esprits ou entre les esprits et la matière, en
s’affranchissant des contraintes spatiales et temporelles. Ces expériences excluent de manière
catégorique le hasard, la sélection partiale (mettre en avant les réussites plutôt que les échecs)
ou les vices de procédures ou défauts méthodologiques.
Pour caractériser le phénomène de la télépathie, certains scientifiques évoquent une
« intuition d’esprit à esprit ». La télépathie est sans aucun doute le type de perception
extrasensorielle qui a fait le plus l’objet d’études. Entre 1974 et 1997, on décompte plus de
2’500 séances Ganzfeld menées dans le monde entier, dont les résultats ont été publiés dans
plus de quarante publications différentes. Parmi ces études, une méta-analyse13 datant de 1985
a mis en évidence une moyenne de 33 % de réponses convergentes entre émetteurs et
récepteurs alors que la probabilité que le récepteur devine correctement le message envoyé
mentalement par l’émetteur n’était que d’une chance sur quatre (25 %). La probabilité que cet
effet soit lié au hasard correspond à une chance sur un milliard.
En utilisant la technique de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf),
des études récentes ont montré que le cortex visuel du receveur s’active de manière
significative au moment où l’émetteur, à distance, observe un motif clignotant sur un écran.
D’autres expériences, menées par le docteur en psychologie Dean Radin, ont identifié et
mesuré une forme de précognition intuitive. Le protocole plaçait des sujets face à un écran
noir avant qu’une image – soit à charge émotionnelle neutre, soit effrayante – ne surgisse.
L’activité électrique cérébrale, la réaction électrodermale et la dilatation pupillaire des sujets
étaient mesurées avant, pendant et après l’apparition des images générées de manière
aléatoire. Les résultats ont montré une activation de l’activité électrodermale cinq secondes
avant le surgissement d’une image émotionnellement chargée, par comparaison avec une
image neutre. L’auteur de l’étude a conclu que le système psychophysiologique des sujets a
connaissance ou anticipe la survenue des images désagréables en lançant une sorte d’alerte
physiologique qui se déclenche quelques secondes avant l’apparition du danger. Le
pressentiment sensoriel est non seulement enregistré au niveau du cerveau mais aussi au
niveau du cœur (variation du rythme cardiaque), lequel répond 1,3 seconde avant le cerveau.
Il semblerait que le cœur avertisse le cerveau, lequel décode cette information et la convertit
en imagerie mentale, sentiments et sensations diverses14.
Par analogie, imaginons un bout de bois que l’on promène dans l’eau. Le déplacement du
bout de bois provoque des ondulations alors qu’il se déplace de droite à gauche. Ici, le bout de
bois représente l’image projetée aux sujets tandis que les ondulations représentent l’impact (la
réaction du système psychophysiologique) sur les sujets. Comme on peut le voir sur l’image
ci-dessous, les ondulations se présentant devant le bout de bois sont plus discrètes et moins
prononcées que celles qui le suivent. De même, la réaction psychophysiologique aux images
émotionnellement chargées est plus subtile avant leur projection qu’après celle-ci.
Le pouvoir de l’intuition à l’épreuve du temps
Une étude singulière, menée par le Center for Applied Intuition (CAI) s’est employée, à la
fin des années 70, à interroger un groupe de sujets reconnus pour leur faculté intuitive sur des
sujets scientifiques ou techniques qui ne leur étaient pas familiers. L’objectif était d’obtenir
des réponses claires, par le truchement de l’intuition, permettant ensuite d’orienter la
recherche dans une direction ou une autre sur des sujets dont même les experts étaient
ignorants. On a, par exemple, demandé à six intuitifs d’identifier la cause de la dépression
bipolaire. Dans la mesure où les réponses concordaient sur plusieurs points, elles furent
analysées à la lumière des découvertes récentes. Quelque trente années plus tard, les résultats
indiquent que les sujets intuitifs avaient fourni un nombre impressionnant d’observations qui
se sont révélées correctes selon la recherche en psychiatrie sur les désordres bipolaires. Le
niveau de détail est impressionnant : « les sujets intuitifs ont correctement identifié les
chromosomes 6 et 13 dont on connaît maintenant l’implication dans les sous-types de la
maladie, lesquels correspondent à différents stabilisateurs d’humeur », note un rapport du
CAI15.
Le CAI est dirigé par William H. Kautz, un scientifique expérimenté, employé par le
Stanford Research Institute (SRI) durant 34 ans. Fondé en 1946 et situé au cœur de la Silicon
Valley en Californie, le SRI est un institut de recherche prestigieux qui mène ses activités
dans différents domaines technologiques et scientifiques au profit du gouvernement des États-
Unis ou du secteur privé. On lui doit l’invention de l’environnement de bureau de nos
ordinateurs actuels, de la souris d’ordinateur ou encore d’Arpanet, l’ancêtre d’Internet. À
l’origine de plus de 4’000 brevets depuis sa création, le SRI occupe actuellement plus de
2’000 employés.
C’est au sein de ce même institut qu’un groupe de scientifiques élaborèrent, dès le début
des années 70, une série de protocoles visant à convoquer l’intuition. Développés sur une
période d’une vingtaine d’années et couverts par le secret-défense, ces protocoles agrégés
forment une méthode appelée « Controlled Remote Viewing », la vision à distance
structurée16.
Intuition et vision à distance sont donc intimement liées. Elles se renforcent mutuellement
par la pratique et alimentent des processus psychiques communs. À ce jour, la vision à
distance est reconnue comme étant la méthode la plus efficace et la plus adaptée pour
développer ses capacités intuitives de manière pérenne. En proposant une approche
rigoureuse et scientifique à l’aide de protocoles, elle permet de convoquer et de mobiliser le
potentiel intuitif de chacun de manière objective, mesurable et structurée.
Des trois écoles de pensée que nous avons explorées plus haut, toutes apportent un
éclairage précieux sur les phénomènes intuitifs. Les neurosciences fournissent une fantastique
compréhension de l’intuition du point de vue de la mécanique cérébrale. Quant à la
psychologie des profondeurs, sa contribution principale est d’articuler élégamment l’intuition
avec la dimension spirituelle de l’Homme. Finalement, penser l’intuition comme une forme
de perception extrasensorielle permet de l’extraire du cadre réducteur défini par l’orthodoxie
scientifique et rendre compte des facultés inexplorées de l’être humain.
Ces trois écoles de pensée ne sont donc pas pires, ni meilleures, elles sont seulement
complémentaires en fonction de la perspective que l’on adopte. Si l’une d’elles peut
expliquer un épisode intuitif, une autre peut tout aussi rendre compte d’un autre événement
intuitif. L’affaire du crash du vol de TransAsia, présentée en début de chapitre, se situe
clairement dans le cadre de la perception extrasensorielle, du sixième sens. L’intuition de
Lin Ming-Wei flirte avec le pressentiment, voire la précognition. Son expérience ne
s’insère pas dans les modèles produits par les neurosciences, car il n’est nullement
question d’expertise inconsciente ou d’apprentissage implicite. De même, les modèles
théoriques issus des neurosciences ne sont pas équipés pour expliquer la vision à distance.
Autrement dit, en l’état actuel de nos connaissances, seule la perception extrasensorielle
fournit un cadre explicatif à la vision à distance ainsi qu’à son articulation avec l’intuition.
Maintenant que nous avons un panorama à 360 degrés de l’intuition, nous pouvons
explorer, avec confiance et sérénité, celle qui l’alimente mais qui se nourrit aussi d’elle : la
vision à distance.
La vision à distance
La vision à distance consiste à décrire une cible d’une quelconque nature (lieu, personne,
événement) par l’unique usage de ses capacités intuitives, à l’exclusion de tout autre moyen.
La mise en pratique et le développement de ces capacités dans un strict cadre protocolaire lui
valent la réputation d’être une véritable « science de l’intuition ».
Tout au long de la recherche scientifique sur la vision à distance, plusieurs définitions
en ont été données, soit par les chercheurs à l’origine des différentes méthodes, soit par les
nombreux utilisateurs et bénéficiaires de l’outil. Ainsi, au début des années 70, le Stanford
Research Institute évoquait « l’acquisition et la description, par des processus mentaux,
d’informations inaccessibles à la perception ordinaire en raison de la barrière de l’espace ou
du temps ». Quant à la Central Intelligence Agency (CIA) et la Defense Intelligence Agency
(DIA), elles parlent d’une « compétence acquise permettant de percevoir des individus, des
lieux ou des objets à distance, au-delà des contraintes spatiales ou temporelles, et de
recueillir et de rapporter des informations les concernant ». Enfin, Joseph W. McMoenagle,
considéré comme l’un des meilleurs intuitifs en activité, décrit la vision à distance comme
« la capacité à rapporter correctement de l’information sur un lieu, un événement, une
personne, un objet ou un concept, lesquels se situent dans n’importe quelle dimension
spatiale ou temporelle, et desquels ni l’intuitif, ni quiconque impliqué dans le processus de
collecte d’informations ont une quelconque connaissance préalable ».
À titre d’illustrations, un intuitif peut être amené à décrire un endroit inconnu à l’autre
extrémité de la planète, un événement s’étant déroulé au cours d’une époque lointaine ou
encore une photographie contenue dans une enveloppe scellée, tout cela sans aucun indice et
par le seul pouvoir de l’intuition.
La vision à distance structurée
La vision à distance – « controlled remote viewing » (CRV) en anglais – est une méthode
de vision à distance développée sous la direction conjointe du physicien Hal Puthoff et de
l’intuitif Ingo Swann au sein du Stanford Research Institute (SRI), entre 1976 et 1986. Cette
approche structurée et protocolaire fut enseignée au personnel militaire chargé de missions
d’« espionnage psychique » dans le cadre des programmes « secret-défense » du
gouvernement des États-Unis.
De nombreuses fausses idées circulent sur la vision à distance structurée, l’assimilant à
tort à toutes sortes de pratiques ésotériques, telles que la voyance ou autres disciplines
apparentées. Or, ce qui rend la vision à distance unique sont les éléments distinctifs suivants :
– son développement s’est inscrit dans un cadre de recherche strictement scientifique.
– l’utilisation de protocoles qui dictent la manière dont sa pratique doit s’exercer, en
proposant un ensemble de règles structurantes qui constituent la charpente, l’essence même de
la discipline.
– l’application de protocoles scientifiques en double aveugle, garantissant un degré élevé
d’objectivité et de fiabilité des résultats.
– l’intuitif rapporte l’intégralité de ce qu’il perçoit de manière écrite, par des mots, des
croquis, des dessins, voire sous la forme de modélisations. Toute la séance est enregistrée,
consignée par l’intuitif et peut faire l’objet d’une évaluation sous la forme d’analyses
statistiques.
– les séances sont reproductibles, dans la mesure où une même cible peut faire l’objet de
séances répétées.
– cette discipline se prête particulièrement bien aux projets opérationnels, tels que la
collecte d’informations à des fins commerciales ou de renseignement, facilitant la prise de
décisions stratégiques. Parce qu’elle est bâtie autour d’une structure, la vision à distance
autorise des résultats offrant un niveau de précision et de détail inégalé.
– l’utilisation de séries numériques ou alphanumériques pour « connecter » l’intuitif avec
la cible
L’observation rigoureuse et l’analyse détaillée de sujets intuitifs naturellement doués se
livrant à des exercices « spontanés » de vision à distance ont permis d’identifier les multiples
processus mentaux et intuitifs à l’œuvre. En isolant ces processus, les ordonnant et les
structurant en plusieurs étapes, l’équipe du SRI a non seulement développé une méthode
convoquant l’intuition, mais surtout enseignable à quiconque. Cette technique a débouché sur
des résultats spectaculaires, inversant un rapport initial de 80 % d’informations erronées pour
20 % d’informations correctes à une proportion inverse (80 % correct contre 20 % incorrect),
selon un compte rendu du SRI datant de 1985.
En fonction des capacités naturelles de l’intuitif et d’une multitude de facteurs liés au
déroulement de la séance, le niveau d’exactitude et de précision des informations reportées
peut atteindre 80 %. Pour les intuitifs expérimentés, il est admis une précision de 65 % en
moyenne. « L’analyse des transcriptions par des sujets expérimentés indique que, pour une
cible donnée, à peu près deux tiers du matériel produit par le sujet s’avère être une description
précise du site, tandis qu’un tiers reste ambigu, général, voire faux »17, détaille un rapport
statistique.
Isoler le mental
La vision à distance consiste à convoquer l’intuition en se reliant à son flux intuitif, lequel
est ininterrompu, disponible ici et maintenant. Selon le modèle théorisé au SRI, il existerait un
« flux d’informations » (« signal line », en anglais) accessible au subconscient, transférable au
niveau conscient et, finalement, décodable sous une forme intelligible. L’essence de la vision
à distance est de faciliter le transfert des informations intuitives du subconscient au conscient
tout en éliminant les interférences causées par l’activité du mental.
Comme il est impossible de réduire le mental au silence, la méthode de la vision à
distance vise à l’isoler pour empêcher toute interférence dans la récolte des perceptions
intuitives. Cet isolement s’opère principalement par le tri, en organisant et caractérisant les
informations venant à la conscience selon leur nature, qu’elles soient intuitives ou produites
par le mental.
Au cours du développement de la méthode, les scientifiques du SRI se sont aperçus que
les perceptions intuitives remontées à la surface de la conscience sont parcellaires,
fragmentées, s’exprimant sous la forme de ressentis, d’émotions, d’impressions de formes ou
de couleurs. On observe qu’inévitablement le mental entre en jeu et s’affaire à assembler les
pièces ou à combler les vides du puzzle perceptif afin d’« identifier » la cible. À titre
d’illustration, dans l’hypothèse d’une cible désignant un cycliste sur son vélo, imaginons que
l’intuitif perçoive une forme circulaire, du mouvement ainsi qu’une personne. Cherchant à
remplir le vide, son mental pourrait être amené à assembler ces éléments perceptifs et à
conclure à tort, par un processus déductif inapproprié, que la cible désigne une grande roue de
foire occupée.
De plus, des fragments mémoriels ou d’imagination peuvent surgir à n’importe quel
moment, contaminer le flux intuitif et faire échouer une séance de vision à distance. Par
conséquent, les scientifiques du SRI ont développé une méthode pour neutraliser les
innombrables processus mentaux qui polluent le flux intuitif, que ce soient des déductions,
des interprétations, des projections, désirs ou jugements et lui ont donné un nom : l’« Analytic
Overlay », que nous traduisons ici par « bruit mental ». Un bon intuitif est avant tout capable
de distinguer les impressions sensorielles de ses constructions mentales, tout en étant capable
de se relier à de vastes catégories d’informations intuitives.
Les étapes de la vision à distance
La vision à distance est essentiellement une activité non-analytique consistant à se
connecter à son intuition tout en identifiant et isolant les productions du mental. Une séance
de vision à distance s’organise en six étapes durant lesquelles l’intuitif se connecte au flux
d’informations propres à la cible avant de graduellement ouvrir les « vannes » du flux pour
récolter des informations toujours plus fines et sensibles sur celle-ci.
Étape 1 : impression générale et grossière sur la nature et les propriétés de la cible, de son
gestalt principal
Étape 2 : perception sensorielle grossière de la cible, telle que couleurs, luminosité,
textures, températures, sons, etc.
Étape 3 : perception des qualités dimensionnelles du site s’accompagnant d’une
perception sensorielle plus fine du site. Lors de cette étape, l’intuitif réalise ses premiers
croquis et dessins
Étape 4 : perception de plus en plus fine et détaillée de la cible. Emergent des
impressions relatives aux propriétés abstraites, intangibles ou conceptuelles de la cible
Étape 5 : l’intuitif est en mesure d’« interroger » les informations afin d’en extraire les
éléments les plus pertinents
Étape 6 : l’intuitif améliore et détaille ses croquis et dessins, voire produit une
représentation en trois dimensions de la cible.
Au fil de ces six étapes, le subconscient est encouragé à communiquer avec le conscient
par le biais de ressentis corporels et kinesthésiques, d’ouvrir progressivement les vannes du
torrent intuitif et de décoder les informations, tout en utilisant le mental pour hiérarchiser et
trier les informations.
Un processus créatif
L’un des objectifs recherchés de la méthode est de garantir à quiconque –
indépendamment de sa prédisposition naturelle à l’intuition – l’atteinte de résultats
satisfaisants en matière de vision à distance et, par ricochet, de développement de l’intuition.
Il s’agit donc d’un enseignement accessible à tous et au cours duquel l’ouverture d’esprit, la
qualité attentionnelle et intentionnelle, la confiance en soi ainsi qu’une pratique régulière sont
autant de facteurs de réussite. Les scientifiques à l’origine de la méthode soulignent que les
modalités d’apprentissage de la vision à distance sont semblables à celles qui commandent
l’apprentissage de compétences nouvelles mobilisant des processus interprétatifs conscients,
eux-mêmes en prise avec le développement de capacités engageant la neuromotricité.
Le développement des compétences en vision à distance s’apparente à l’apprentissage
d’un instrument de musique : investissement personnel, discipline et constance dans la
pratique sont les clefs du succès. Après des années de pratique, certains musiciens atteignent
des niveaux de performance convenables permettant de reprendre, avec plaisir et une certaine
aisance, des morceaux connus, lors d’une soirée entre amis. D’autres deviennent virtuoses,
remplissent des salles de concert et font fortune de leur art. Ce qui fait la différence ? La
combinaison entre l’assiduité dans la pratique et la capacité naturelle de l’individu, c’est-à-
dire le talent. L’intuitif Joe McMoneagle estime que les facteurs déterminants pour devenir un
bon visionneur à distance sont la résultante de ces trois éléments, et ceci à importance égale :
la motivation, la qualité et l’intensité de la formation ainsi que les capacités naturelles.
Si la vision à distance s’appuie sur des protocoles validés scientifiquement, la pratique
relève essentiellement d’un processus créatif, voire artistique. Le mental s’affaire à déduire,
classer, trier, hiérarchiser mais il est incapable de créer. L’acte de créer, la capacité à générer
de la nouveauté est la signature de l’intuition. « C’est avec la logique que nous prouvons et
avec l’intuition que nous trouvons » affirmait le mathématicien Henri Poincaré.
Au cours des six étapes de la vision à distance, l’intuitif est appelé à objectiver ses
impressions aussi bien au moyen de mots que de croquis, en les assujettissant au filtre de ses
ressentis corporels et de sa représentation du monde. En outre, signalons que l’intuitif est
constamment aux commandes : au cours des différentes étapes, il peut se déplacer ou se
positionner où bon lui semble vis-à-vis de la cible, la seule contrainte étant les limites qu’il se
pose à lui-même.
La vision à distance est souvent comparée à un art martial, tant les similitudes entre les
deux disciplines sont nombreuses. Plus précisément, un art martial de l’esprit. Pour exceller à
un art martial, discipline et pratique régulière sont indispensables. Dans la pratique d’un art
martial, il est courant de répéter un mouvement des centaines de fois pour atteindre la
perfection. En vision à distance, on pratique la répétition intensive (drill) d’« idéogrammes »
au cours de la première étape afin d’ancrer et de fixer les « gestalts ». Bruce Lee lui-même
affirmait : « je ne crains pas un homme pratiquant 10’000 mouvements différents, mais celui
qui a pratiqué 10’000 fois le même mouvement ». À l’instar d’un art martial, la vision à
distance est une discipline qui engage corps et esprit, exigeant une collaboration parfaite entre
ces deux composantes fondamentales de l’être humain. Dans le cadre de la vision à distance,
il s’agit d’utiliser le ressenti corporel comme un médiateur et un traducteur entre l’inconscient
et le conscient. Comme ces derniers ne communiquent pas clairement entre eux mais que tous
deux s’adressent très bien au corps, il s’agit de faciliter la communication entre les deux, par
le biais de l’entraînement et de la pratique.
Et comme il s’agit d’un art martial, certes psychique, la recette du succès est de
s’entraîner, s’entraîner et encore s’entraîner. Vous pouvez lire tous les ouvrages sur la
question mais si vous ne pratiquez pas, vous ne progresserez pas. L’essentiel est aussi de ne
pas se fixer de limites car votre conscience est capable de choses dont vous ignorez même la
possibilité : « si vous fixez des limites à ce que vous faites, cette limite s’étendra à votre
travail et à votre vie. En fait, il n’y a pas de limites. Il n’y a que des plateaux que vous devez
dépasser » constatait Bruce Lee.
Des méthodes cousines
La vision à distance est particulièrement indiquée pour décrire des événements, des
individus ou des artefacts. Elle est également adaptée à la prise de décision, en particulier en
situation de choix binaire (« oui/non »). Par contre, elle n’est pas recommandée pour
recouvrer des chiffres, des numéros ou des mots, lesquels se traduisent difficilement sous
forme de ressentis18. Quant aux éléments plus abstraits tels que les concepts ou les idées, ils
ne s’objectivent généralement pas avec un niveau élevé de détail, la perception demeurant
assez grossière.
Au commencement du programme de recherche du SRI, l’un des principaux critères de
sélection des participants était d’être un sujet naturellement doué en intuition. Ces intuitifs,
que ce soient Pat Price, Hella Hammid ou encore Ingo Swann, pratiquaient tous une forme
naturelle ou libre de vision à distance. L’étude scientifique de ces sujets et la mise en place de
protocoles ont permis de développer la technique de la vision à distance (« controlled remote
viewing »), telle que décrite dans cet ouvrage. Ce livre enseigne la méthode officielle
employée pour la récolte de renseignements dans le cadre de missions d’« espionnage
psychique », celle qui a fait ses preuves auprès des différentes agences de renseignement.
Quand le programme d’espionnage psychique – nom de code « Stargate » – prit fin en
1995, certains membres de l’équipe développèrent, cette fois-ci dans le secteur privé et à des
fins commerciales, leurs propres méthodes de vision à distance en modifiant le contenu ou la
structure du protocole ou en adoptant une terminologie différente.
A ce jour, rien n’indique que ces méthodes alternatives donnent de meilleurs résultats que
la méthode originale présentée dans cet ouvrage, ces alternatives capitalisant avant tout sur
l’effet de la nouveauté en guise d’argument commercial. Parmi ces méthodes dérivées, citons
le « Technical Remote Viewing » du Major Ed Dames ou le « Scientific Remote Viewing »
développé par le Dr Courtney Brown du Farsight Institute.
De manière moins anecdotique, signalons l’existence d’une méthode cousine à la vision à
distance structurée : l’Extended Remote Viewing (ERV)19. Cette méthode met la dimension
émotionnelle au centre de l’expérience perceptive. Le principe est d’induire un état
hypnagogique chez l’intuitif, lui-même confortablement installé dans une pièce à faible
luminosité. Sous la conduite d’un moniteur guidant et balisant la séance d’une durée
maximale de trois heures, l’intuitif vocalise ses ressentis et matérialise ses impressions au
moyen de croquis.
Mentionnons encore l’Associative Remote Viewing (ARV) qui permet d’interroger des
informations discrètes, telles que les chiffres, les nombres ou les lettres et d’anticiper la
réalisation d’un scénario ou d’un événement parmi une série de résultats possibles. Ceci est
rendu possible en associant une cible à un scénario prédéterminé, suivi d’une séance de vision
à distance classique. L’ARV n’est pas une méthode de vision à distance en soi mais désigne
une série de protocoles permettant d’associer une cible à un événement probable à venir. Elle
est aujourd’hui utilisée pour prédire les mouvements boursiers (à la hausse ou à la baisse), les
paris sportifs, etc.
Les applications
Si les applications de l’intuition et de la vision à distance sont potentiellement infinies,
elles peuvent néanmoins être regroupées en trois catégories :
– La recherche d’informations : pour l’intuition, donner une réponse à une question. Pour
la vision à distance, il peut s’agir de localiser une personne disparue, un objet de valeur,
revisiter un événement historique ou encore pratiquer l’« archéologie intuitive ».
– L’innovation : l’intuition est synonyme de créativité, elle sollicite notre potentiel créatif,
mobilise notre capacité à trouver des solutions échappant aux automatismes du mental.
– La prise de décision : dans un contexte de carence ou de surabondance informationnelle,
ou encore en situation d’urgence, le recours à l’intuition s’impose. Quant à la vision à distance
ou à l’Associative Remote Viewing, ces méthodes permettent d’identifier intuitivement la
meilleure option parmi plusieurs choix possibles. Qu’il s’agisse, par exemple, d’investir dans
un placement boursier, un terrain à bâtir ou dans le développement d’une technologie, les
applications se conjuguent à l’infini.
Dans les pages suivantes, j’invite le lecteur à visiter un chapitre méconnu et controversé
de l’histoire du renseignement et de l’espionnage : le projet « Stargate », littéralement « Porte
des Étoiles ». Derrière ce nom de code protégé par le « secret-défense » œuvre une équipe
d’intuitifs et de scientifiques rompus à l’espionnage psychique dans le cadre d’opérations
ultrasensibles du gouvernement états-unien. C’est dans ce contexte que l’intelligence
collective réunie sous l’égide du Stanford Research Institute a développé la science de
l’intuition, la vision à distance.
Chapitre II. La Porte des Étoiles
« Pensez-vous vraiment que les militaires américains auraient mené des recherches durant des décennies et dépensé des
millions de dollars si tout ceci n’avait été qu’une absurdité ?»
Hal Puthoff, directeur de recherche du programme Stargate
En chiffres, le programme de recherche sur la vision à distance représente un
investissement de 20 millions de US$, vingt-trois années de recherche et développement ainsi
qu’une quarantaine de collaborateurs (intuitifs, moniteurs, analystes) engagés dans une
aventure absolument unique dans l’Histoire. Et c’est dans le cadre de ce programme que fut
élaborée la méthode de la vision à distance (« controlled remote viewing »), celle-là même
qui est enseignée dans cet ouvrage.
Reconstituer l’histoire d’un programme aussi long que compartimenté passe
inévitablement par la mise en perspective de points de vue divergents, alimentés par des
milliers de documents officiels déclassifiés. Néanmoins, la version historique proposée dans
ce chapitre se veut la plus objective et factuelle possible. Surnommé « Stargate », ce
programme est constitué d’une succession de huit projets pris en charge par différents
organismes gouvernementaux, tels que la CIA, la DIA, l’Armée de l’Air ou encore l’Army
Intelligence and Security Command (INSCOM).
D’un point de vue opérationnel, la vision à distance ainsi que les différentes méthodes
cousines déployées par une vingtaine de sujets intuitifs, appelés « espions psychiques »,
visaient la récolte d’informations sur un vaste spectre de cibles et de situations
potentiellement hostiles : sites ou armements stratégiques, installations de recherche et
développement, groupements terroristes, situations de prise d’otage ou opérations de
narcotrafic, prise d’informations sur des leaders politiques ou encore sur les avancées
technologiques ennemies. La vision à distance intervenait généralement en complément des
méthodes conventionnelles de récolte de renseignement, voire en dernier recours, quand
celles-ci avaient échoué.
Vers une guerre psychique
Lors d’un colloque scientifique organisé en Californie en 1969, un scientifique russe
présente à ses homologues américains une étude synthétisant les efforts entrepris de l’autre
côté du rideau de fer sur l’« influence à distance », entre autres facultés extrasensorielles. La
communauté du renseignement américain comprend alors, avec effroi, que les services secrets
soviétiques investissent l’équivalent de plusieurs dizaines de millions de dollars dans la
recherche sur la perception extrasensorielle, elle-même répartie dans une dizaine de centres de
recherche dédiés, à l’image du laboratoire de parapsychologie de l’Université de Leningrad
dirigé par le scientifique Leonid Vassiliev, abritant ses travaux sur l’influence à distance.
Conscients de l’avantage stratégique pris par les Russes en matière de perception
extrasensorielle, les militaires américains, et en particulier la CIA, décident d’investir ce
domaine. Laisser le monopole de la recherche dans ce domaine aux Russes, en pleine guerre
froide, revenait à hypothéquer la sécurité nationale.
Au moment même où le renseignement américain s’active sur le front de la guerre
psychique, un jeune scientifique, du nom de Harold Puthoff, diplômé en physique de
l’Université de Stanford, intègre le Stanford Research Institute (SRI), à Menlo Park,
Californie. L’une de ses premières missions au sein du prestigieux institut est d’étudier le
processus de la vie des plantes à la lumière de la physique quantique. C’est ce projet, par un
improbable concours de circonstances, qui amènera Hal Puthoff à diriger le programme
Stargate.
Tout commence quand il entre en relation avec un ex-agent de la CIA, Cleve Backster,
féru d’expérimentations en bio-communication animale et végétale. C’est par son
intermédiaire que Puthoff fait la connaissance de Ingo Swann, celui qui deviendra le « père »
de la vision à distance.
Hal Puthoff (à gauche) et Ingo Swann (à droite)
au début du programme « Stargate »
Diplômé en biologie, vétéran de la guerre de Corée et artiste peintre, Ingo Swann (1933-
2013) est un sujet psychique new-yorkais particulièrement doué. Ses capacités hors normes se
manifestant dès l’enfance, il compulse la littérature sur les phénomènes psi et se construit une
solide culture générale en la matière. Dès 1969, il s’engage activement dans la recherche en
parapsychologie, notamment au sein de l’American Society for Psychical Research, autant
dans un rôle de chercheur que de sujet psi.
C’est au cours d’expériences réussies de psychokinésie (usage de l’esprit pour agir sur la
matière) qu’il fait la connaissance de l’agent Backster, lequel, impressionné, met en relation le
sujet prodige avec Puthoff. Peu après, dans un courrier adressé au physicien, Swann propose
de se substituer aux plantes comme sujet d’expérimentation. Puthoff accepte la proposition et,
en juin 1972, Swann est accueilli dans les locaux du SRI.
La genèse du programme
Le 6 juin 1972, Hal Puthoff organise une expérience pilote pour mettre à l’épreuve les
facultés extrasensorielles de Swann, au sein du Varian Physics Building de l’Université de
Stanford. Swann prétendait pouvoir influencer à distance le fonctionnement d’un équipement
électronique sophistiqué par le seul pouvoir de l’esprit. Puthoff lui demande de perturber le
fonctionnement d’un détecteur de quarks, qui a la particularité d’être imperméable aux
influences externes.
Swann réussit à perturber le fonctionnement de la machine, attesté par les tracés erratiques
de l’enregistrement d’activités du magnétomètre. Or, quelque chose d’inattendu se produisit :
Swann projeta son esprit à l’intérieur du détecteur afin de le visualiser et d’être à même de
perturber son fonctionnement. Il reproduisit un schéma représentant le mécanisme interne de
la machine doté d’un design unique, lequel n’avait d’ailleurs jamais fait l’objet de
publications. Par conséquent, Swann n’avait aucun moyen de connaître l’agencement des
pièces à l’intérieur de la machine.
Suite à ce succès, Puthoff rédige une lettre à l’attention de ses collègues décrivant
l’expérience et ses résultats. Une copie atterrit sur un bureau de la CIA. Après quelques
semaines, deux hommes frappent à la porte du bureau de Puthoff, l’un d’eux muni d’une
copie du rapport. « C’est vous qui avez écrit cela ? », demanda l’un des agents. La réponse du
physicien lança le programme « Stargate », en janvier 1973.
Mis en confiance par le pedigree de Puthoff, les agents lui confient leurs inquiétudes de
voir les Russes prendre un avantage stratégique dans la recherche en parapsychologie. Sans
perdre de temps, la CIA exige de mettre à l’épreuve les capacités de Swann. Après qu’il eut
décrit des objets dissimulés dans une boîte avec un niveau de détail et de précision
satisfaisant, la CIA suggéra que Puthoff prenne la direction d’un programme de recherche
pilote, en allouant une enveloppe de 49’909 US$. L’étude, sobrement intitulée « Biofield
Measurements Study » pour ne pas éveiller de soupçons, devait durer huit mois.
Il faut dire que le choix du SRI était particulièrement judicieux de la part de la CIA, pour
laquelle des recherches sur un sujet aussi controversé que la perception extrasensorielle ne
pouvaient être menées que de la manière la plus confidentielle et discrète possible, en dehors
des cercles académiques habituels.
Tandis que les premières expérimentations consistent à décrire des objets sellés dans des
enveloppes ou des boîtes, celles-ci prennent rapidement une dimension plus opérationnelle,
une orientation plus pratique. L’un des protocoles, mené en double aveugle et sous la
supervision d’agents de la CIA, prévoit d’envoyer une personne à un endroit déterminé au
hasard tandis que l’intuitif, installé dans les locaux du SRI en présence d’un moniteur, a pour
tâche de décrire ce qu’observe la personne physiquement présente sur le site. Au terme de la
séance, l’intuitif est conduit sur le site-cible afin de comparer sa description intuitive à
l’endroit-cible.
Vision de Jupiter
Ce type d’expériences s’apparentent à celles menées par Ingo Swann pour le compte de
l’American Society for Psychical Research, peu avant sa collaboration avec le SRI, au cours
desquelles le protocole en double aveugle prévoyait de décrire les conditions météorologiques
de villes éloignées. Le 8 décembre 1971, alors que Swann avait pour objectif de décrire la
météo de Tucson, Arizona depuis New York City, il inventa le terme « Remove Viewing »
(vision à distance). « L’objectif, c’est de percevoir la météo de villes éloignées… distantes.
On devrait appeler ce protocole “vision à distance” » avait suggéré Swann.
Frustré et ennuyé par les protocoles répétitifs et peu ambitieux mis en place par le SRI,
Swann lance toutes sortes d’initiatives pour développer les protocoles expérimentaux afin
qu’ils exploitent de la manière la plus optimale le potentiel de ses capacités psychiques.
Un jour de 1973, Swann propose à Puthoff de travailler sur des cibles très éloignées, ce
qui laisse le physicien songeur. Puthoff lui suggère de visionner à distance Jupiter, sachant
que la NASA entamait son programme spatial Pionner 10 et 11 et que les résultats seraient
disponibles quelques mois plus tard. La séance terminée, Swann transmet ses perceptions à
différents organismes scientifiques, avant que la NASA ne dispose elle-même des
informations fournies par les sondes Pioneer. C’est ainsi que Swann réussit à communiquer
treize propriétés inconnues du monde scientifique, toutes confirmées les unes après les autres.
Mentionnons l’existence d’un manteau d’hydrogène (confirmé en 1975), la présence de
tempêtes et de vents violents (validée en 1976), de puissantes émissions infrarouges (attestées
en 1974) ou encore la forme et les couleurs des nuages ainsi que l’existence d’un système
d’anneaux (confirmés en 1979).
Extrait des notes et croquis effectués par Ingo Swann décrivant
les anneaux de Jupiter, six années avant leurs découvertes
Scanate
En plus de ses impressionnantes capacités intuitives exercées au fil d’innombrables
séances de vision à distance, Swann est continuellement force de propositions et d’idées
innovantes, que ce soit sur le terrain de la recherche fondamentale, de l’enseignement ou de
l’application opérationnelle. Au bénéfice de solides connaissances théoriques en matière de
perception extrasensorielle, Swann a plus que quiconque contribuer au développement de la
vision à distance au sens large, en s’inspirant notamment des travaux de l’ingénieur français
René Warcollier datant des années 1920 et en les combinant à d’autres études pour créer une
méthode hybride, la vision à distance structurée (« controlled remote viewing »).
C’est Swann qui propose d’utiliser des coordonnées géographiques plutôt qu’un sujet-
cible servant de « balise » pour décrire un site. Avec cette modification protocolaire, une
nouvelle méthode vient d’être inventée : le « coordinate remote viewing », un prototype de
son successeur, le « controlled remote viewing », discipline consistant à percevoir
psychiquement des sites et à les décrire en utilisant des coordonnées géographiques, telles que
latitudes et longitudes, minutes et secondes.
Le premier projet du programme Stargate, appelé « Scanate », – contraction de
« Scanning by Coordinates » -, consiste à décrire les lieux le plus précisément possible avec
comme seule information une coordonnée géographique. Mandaté par la CIA, le SRI conduit
sa première opération-test fin 1973, en employant les intuitifs Ingo Swann et Pat Price.
L’objectif du test est de déterminer l’efficience de la vision à distance dans des conditions
proches d’une situation réelle.
Au cours de l’une de ces expériences, il est demandé à l’intuitif Pat Price de percevoir à
distance le domicile d’un agent de la CIA, avec comme seules informations des coordonnées
géographiques. Au lieu de décrire cette cible, Pat Price dirige son attention vers une
installation la jouxtant et dont les caractéristiques sont bien plus intéressantes. Il s’agit, en fait,
d’une installation ultrasecrète de la National Security Agency (NSA) que l’intuitif réussit à
décrire par le menu détail, de ses propriétés architecturales à sa fonction. Price pénètre
psychiquement une pièce sécurisée, allant jusqu’à lire les noms de code ou les identités du
personnel de l’installation sur des documents top-secret. Bien que certaines informations se
révèlent inexactes, les résultats globaux de cette expérience impressionnent la CIA.
Dans la foulée, en juillet 1974, la CIA confie une nouvelle mission aux membres du projet
Scanate : décrire une cible distante de 15’000 kilomètres, toujours à partir de seules
coordonnées. Après une minute de silence, Price commence à décrire ce qu’il voit : « je suis
couché sur le dos, sur le toit d’un bâtiment en brique de deux ou trois étages. La journée est
ensoleillée. Il fait bon. Il y a des choses stupéfiantes. Un énorme portique roulant, d’une
hauteur d’environ 40 mètres, va-et-vient au-dessus de ma tête. Je m’élève en l’air et je regarde
vers le bas. La chose semble se déplacer sur une voie dont les rails se situent de part et d’autre
du bâtiment. Je n’ai jamais rien vu de pareil ». L’intuitif trace un croquis du site et dessine le
portique. C’est alors que la CIA révèle à l’équipe du SRI qu’il s’agit du laboratoire soviétique
nucléaire ultrasecret de Semipalatinsk.
Croquis du site de Semipalatinsk par l’intuitif Pat Price
Croquis du portique roulant par l’intuitif Pat Price
Reconstitution du portique et de son environnement
réalisée par la CIA à partir d’une photo satellite
À gauche : portique décrit par l’intuitif.
À droite : portique reconstitué par la CIA.
Les descriptions sont d’une telle exactitude et d’une telle précision que certains suspectent
une fuite et, par extension, une atteinte à la sécurité nationale. Le Congrès diligente une
enquête au terme de laquelle il conclut qu’aucune irrégularité n’est commise. En
conséquence, le programme Stargate reçoit un soutien politique accru ainsi que qu’un
financement supplémentaire.
À l’époque, tous les regards sont braqués sur la CIA, prise dans la tourmente du scandale
du Watergate et des révélations autour de ses expériences clandestines de contrôle mental.
Embourbée dans ces affaires, la CIA se déleste du programme Stargate en 1975 qu’elle
associe à un risque de réputation supplémentaire.
Tant les résultats prometteurs du programme que le vif intérêt de la communauté du
renseignement pour la perception extrasensorielle incitent l’US Air Force (USAF) et la
Defense Intelligence Agency (DIA) à s’approprier le programme et financer les recherches du
SRI, dès fin 1975.
Gondola Wish
En parallèle, l’Armée américaine, l’U.S. Army Intelligence Support Command (INSCOM)
(chargé du renseignement militaire), met en place son propre programme de contre-
espionnage dont l’objectif initial est de déterminer la vulnérabilité US à la vision à distance.
En septembre 1977, un projet d’une durée de trois ans, intitulé « Gondola Wish » et dirigé par
le Lieutenant F. Holmes Atwater, est initié sous la responsabilité du Major Général Edmund
Thompson. Le plan stratégique triennal prévoit de consacrer la première année au
développement d’une méthode d’entraînement à l’espionnage psychique, la deuxième à une
phase de test et la troisième à l’évaluation et au reporting. Rapidement, avec l’aide de Puthoff,
le Lieutenant Atwater constitue une équipe de six militaires intuitifs formés au SRI et opérant
depuis deux bâtiments (T-2560 et T-2561) sur les installations de Fort Meade, Maryland.
Le Lieutenant F. Holmes Atwater, en charge des opérations militaires
Grill Flame
Après cinq mois d’activité éclate la crise des otages en Iran, contraignant le
commandement américain à revoir complètement son plan stratégique et à donner une
orientation opérationnelle au projet. Les premières phases de l’exercice de contre-espionnage
étant couronnées de succès, un virage à 180 degrés est entamé en procédant à la collecte
d’informations sur des cibles hostiles. La première mission d’espionnage psychique consiste à
assister le renseignement dans cette crise majeure où soixante-quatre ressortissants américains
sont pris en otage sous le régime du guide de la Révolution, Khomeiny. Changement
stratégique oblige, le programme reçoit un nouveau nom de code, en juillet 1978 : « Grill
Flame ». La prise d’otage de l’ambassade des États-Unis à Téhéran génère 227 séances de
vision à distance et la rédaction de 183 rapports aux autorités concernées, en particulier au
National Security Council (NSC, Conseil National de Sécurité). L’un des objectifs assignés
aux intuitifs est de déterminer qui, des 400 Américains présents en Iran au moment de la prise
d’otage, figurent parmi les soixante-quatre détenus de l’ambassade. L’équipe obtient des
résultats satisfaisants et repère également trois ressortissants américains détenus dans un
endroit distinct de l’ambassade. Cette mission conférant une certaine visibilité et réputation à
l’équipe, ce sont désormais une multitude d’agences, telles que la NSA, la CIA, la DIA, le
FBI ou les Services Secrets, qui sollicitent les intuitifs pour de multiples missions de
renseignement.
Parmi les six intuitifs impliqués dans la crise des otages, nommons Mel Riley, Ken Bell
et, en particulier, le fameux intuitif Joe McMoneagle qui reçut la Légion du Mérite pour son
travail d’intuitif sur plus de 200 missions, en fournissant plus de 150 éléments d’information
essentiels. D’une importance capitale, inaccessibles par d’autres moyens, les renseignements
décisifs de McMoneagle furent envoyés aux plus hauts échelons de l’Armée et du
gouvernement, en ajoutant aux agences de niveau national citées auparavant, le Comité des
chefs d’états-majors interarmées et la Drug Enforcement Administration (DEA).
Croquis réalisé par un intuitif dans le cadre de la crise des otages en Iran
En septembre 1979, le Conseil National de Sécurité demande à Joe McMoneagle de
porter son attention à l’intérieur d’un grand bâtiment au sein du complexe de chantiers navals
de Severodvinsk, au nord de la Russie. Un satellite espion avait photographié des
constructions suspectes à une centaine de mètres d’un bras de mer. Sur la seule base des
coordonnées géographiques, l’intuitif décrit des bâtiments comportant une tour de
refroidissement, au bord de l’eau. Comme cette vision est exacte, on lui montre des photos en
lui demandant d’y pénétrer. Il décrit un immense atelier dans lequel est assemblé un
gigantesque sous-marin. Il dessine un pont plat et long, avec des rampes pour 18 ou 20
missiles étrangement disposés, un nouveau genre de propulsion et une double coque. Les
membres du NSC estiment d’abord que l’intuitif se trompe en imaginant un submersible aussi
étrange. Toutefois, on lui demande s’il peut savoir quand l’objet serait lancé. McMoneagle se
concentre sur l’avenir, mois par mois, et détermine que, quatre mois plus tard, les Russes
creuseront un canal jusqu’à la mer, afin de mettre le sous-marin à l’eau. En janvier 1980, un
satellite photographie le plus grand submersible jamais construit se déplaçant dans un canal
artificiel. Ce sous-marin, de la classe Typhon, est effectivement pourvu d’un pont de grande
envergure, avec vingt rampes de missiles.
Croquis réalisé par Joe McMoneagle du sous-marin soviétique « Typhon » alors inconnu
et inconcevable pour le renseignement américain
Le Typhon, vu de profil et de haut. Notez l’allure générale du submersible ainsi que la
rampe de missiles située à l’avant du sous-marin, deux éléments correctement décrits par Joe
McMoneagle
Alors que la vision à distance assoit sa réputation dans le monde du renseignement
émergent des complications de nature politique, organisationnelle et budgétaire. Tandis que le
SRI s’affaire au développement de protocoles scientifiques, l’INSCOM se concentre
exclusivement sur ses opérations, sans que l’une et l’autre de ces structures ne communiquent
efficacement et régulièrement entre elles, par exemple sous l’auspice d’un directeur de projet
unique, point de contact chargé de coordonner la recherche et l’application. Inévitablement,
un fossé apparaît entre le développement scientifique et la performance opérationnelle. Autre
bouleversement qui intervient en 1980, le budget dédié au programme est réaffecté à d’autres
projets jugés moins controversés, plus visibles et plus consensuels. C’est alors que l’influent
Major General Bert Stubblebine de l’INSCOM, qui commande 16’000 hommes, intervient
pour s’approprier le programme, en court-circuitant la chaîne d’approbation budgétaire. À ce
programme qu’il supervisera lui-même, il donne un nouveau nom de code adopté dès 1983 :
« Center Lane ».
Center Lane
Dès 1981, Hal Puthoff et Ingo Swann développent la méthodologie et l’architecture en six
étapes de la vision à distance structurée. L’objectif est désormais le développement d’une
technique de vision à distance enseignable à quiconque afin que cesse la dépendance aux
intuitifs naturellement doués (Swann, Price, McMoneagle). Dès juillet 1982, le programme
démarre sous les meilleurs auspices quand l’INSCOM et le SRI signent plusieurs contrats
amenant l’équipe de Grill Flame et plusieurs civils travaillant pour le département de la
défense à se perfectionner et s’entraîner à la vision à distance au sein des bureaux du SRI.
En 1985, Thomas M. McNear, Lieutenant Colonel de l’US Army, rédige le premier
manuel de vision à distance structuré, sur la base de son propre entraînement avec Ingo
Swann. Destiné à l’Armée, ce document sera finalement utilisé par de nombreux organismes
pour la formation de militaires et d’agents. McNear est le premier militaire formé par Swann
et probablement le plus talentueux, à en croire son formateur. C’est à cette époque que des
noms bien connus de la vision à distance sont formés, tels que Ed Dames, Bill Ray ou Paul
Smith, lesquels instruisirent, à leurs tours, d’autres membres du programme, dont Lyn
Buchanan ou encore David Morehouse.
Une partie de l’équipe du projet « Center Lane » en 1985 : les intuitifs Paul H. Smith, Lyn
Buchanan et Bill Ray, ainsi que Fred Atwater et le lieutenant-Colonel Brian Bruzby (de
gauche à droite)
Sur le plan organisationnel, c’est en juillet 1984 que le Brigadier Général Harry Soyster
remplace le Major General Stubblebine en qualité de commandant de l’INSCOM, avec
comme incidence l’arrêt du programme Center Lane. En janvier 1986, le programme et le
personnel tombent dans le giron de la DIA, plus précisément au sein du Directorate of
Science and Technology (DS & T) qui rebaptise le programme : Sun Streak.
Sun Streak
Sur une période de plusieurs mois, le protocole de vision à distance structuré est testé,
amélioré, affiné jusqu’à la rédaction d’un deuxième manuel en 1986 par l’espion psi Paul
Smith, rédigé en étroite collaboration avec Puthoff et Swann et toujours sous la direction
opérationnelle de Fred Atwater.
Consécutivement à plusieurs années de recherche et développement, la technique évolue
et parmi les innovations notables, une suite de chiffres arbitraires remplace désormais les
coordonnées géographiques. À titre d’illustration, on demanda, en mars 1986, à ce même
intuitif, Paul Smith, de percevoir à quelle cible renvoyait l’identification arbitraire
« 184901 317289 », en utilisant le dernier protocole en date de la vision à distance. C’est en
fixant son intention sur cette succession de chiffres, elle-même reliée à la cible, que Smith fut
capable de décrire avec justesse une ogive d’un missile intercontinental soviétique.
Il se trouve que cette ogive avait la particularité de contenir plusieurs sous-ogives pouvant
chacune être programmée pour atteindre et détruire plusieurs cibles, villes ou complexes
militaires sur une zone étendue.
Croquis par Paul H. Smith du mécanisme rotatif permettant d’éjecter les ogives
individuelles
Croquis par l’intuitif du même mécanisme, vu de haut
Stargate et le rapport Air
En 1990, la DIA donne le mandat à un organisme du secteur privé, le Science
Applications International Corporation (SAIC), d’administrer le programme de vision à
distance, lequel est affublé d’un ultime nom de code : Stargate.
Au terme de l’exercice de revue budgétaire de la Défense de 1994, le Congrès ordonne à
la DIA de transférer le programme Stargate à la CIA. L’agence prend la décision de procéder
à l’évaluation complète de l’efficacité du programme en mandatant un think tank basé à
Washington, l’American Institute for Research (AIR).
L’AIR met sur pied un groupe de travail composé de quatre scientifiques : le Dr Ray
Hyman, professeur à l’Université de l’Oregon, le Dr Jessica Utts de l’Université de Californie
à Davis ainsi que deux employés de l’AIR, Michael Mumford et Andrew Rose, en charge des
aspects méthodologiques.
Publié en septembre 1995, le rapport conclut que la vision à distance n’est d’aucune utilité
pour la récolte de renseignements. À y regarder de plus près, les conclusions du rapport de
l’AIR sont ambiguës, mettant en évidence, d’une part, des effets statistiquement significatifs
prouvant la réalité de la vision à distance tout en, d’autre part, recommandant des analyses
supplémentaires pour les valider.
Ses lacunes et ses limites étant multiples, le rapport essuie de nombreuses critiques.
L’Histoire retiendra l’improbable participation du Dr Hyman à l’évaluation du programme,
celui-ci étant connu pour ses préjugés et prises de position négatives à propos des perceptions
extrasensorielles. Deuxième anomalie, l’évaluation se limite aux réalisations des deux
dernières années du programme, sur une durée totale de vingt-trois ans. Autrement dit, les
conclusions du rapport se basent sur seulement 2 % de l’ensemble des données produites par
les intuitifs. Alors qu’on estime à environ 2’500 le nombre de séances opérationnelles menées
au cours du programme Stargate, le rapport AIR s’est borné à étudier quarante d’entre elles.
Quoi qu’il en soit, la statisticienne de l’équipe, Jessica Utts, conclut que, sur la base de ses
propres analyses, un mécanisme cognitif non-conventionnel alimente le phénomène de la
vision à distance. Cette prise de position contredit celle de Hyman, lequel recommande des
études supplémentaires pour valider les effets statistiques identifiés par Utts. Dans un
communiqué ultérieur à la communication des résultats, le Dr Utts insiste sur la validité et la
solidité des données : « en utilisant les standards appliqués à tout autre domaine scientifique,
on en conclut que l’existence de facultés de perception extrasensorielle est prouvée. Les
résultats statistiques des études examinées vont bien au-delà de ceux auxquels on s’attend par
le hasard seul. L’argument selon lequel ces résultats pourraient être dus à des défauts
méthodologiques expérimentaux doit être fermement rejeté ».
Les conclusions de la statisticienne Utts font d’ailleurs écho à l’étude secrète de la DIA
conduite en 1989. Cette année-là, le Congrès demanda à la DIA de mener une analyse
exhaustive sur l’efficacité du programme Stargate, pour la période allant de 1972 à 1988.
L’analyse des séances de vision à distance menées dans les plus strictes conditions a montré
une probabilité de une chance sur 612’000’000’000’000 que les succès obtenus soient le fruit
du hasard.
Il est aujourd’hui convenu que la raison d’être du rapport AIR était de donner une caution
scientifique et morale à la CIA l’autorisant à se délester d’un programme jugé politiquement
encombrant et scientifiquement embarrassant. À cet égard, le Dr Ed May, qui supervisa le
programme Stargate au cours des dernières années, déclara : « au-delà des conclusions
discutables du rapport, la méthodologie employée contenait de telles lacunes que je fus amené
à conclure que les conclusions du rapport avaient été rédigées bien avant que ne débute
l’évaluation proprement dite ».
On se souvient que si la CIA, à nouveau dans le collimateur de l’opinion publique au
milieu des années 90, décida d’abandonner le programme en 1975, elle continua néanmoins à
recourir aux services des intuitifs avant d’en organiser sa liquidation en 1995. Si la vision à
distance avait été inefficace et inapte à produire des résultats exploitables, pourquoi la CIA
persista-t-elle à consulter des intuitifs sur une période de vingt années ? Durant ses vingt-trois
ans d’existence, le programme Stargate a travaillé sur 504 missions d’espionnage, générant
plus de 2’500 séances opérationnelles. Sur les dix-neuf agences gouvernementales qui eurent
recours au programme, dix-sept étaient de très bons « clients », revenant sans cesse avec de
nouvelles demandes. Si le programme ne produisait aucune information utile pour la récolte
de renseignements, alors pourquoi les agences s’obstinaient-elles à solliciter continuellement
et régulièrement les intuitifs du programme Stargate ?
En fait, le programme était perçu, dans les cercles du renseignement, comme une « patate
chaude » : tout le monde voulait bénéficier de cette technologie mais personne ne souhaitait y
être associé, de près ou de loin. Les facteurs explicatifs sont multiples : la peur du ridicule
alimentée par le paradigme matérialiste, l’association possible aux programmes polémiques
antérieurs (MK-Ultra) ou encore les superstitions religieuses assimilant ces pratiques à
l’occultisme, croyances solidement ancrées dans l’esprit de certains hauts fonctionnaires. En
demandant à un organisme privé d’évaluer l’efficacité du programme Stargate, la CIA visait
cet objectif unique : se débarrasser définitivement de cet encombrant fardeau. La chronologie
des événements de l’époque valide pleinement cette interprétation : le programme Stargate fut
arrêté le 30 juin 1995, et son équipe démantelée. Or, l’étude de l’AIR n’a commencé le travail
d’analyse que le mois suivant. Autrement dit, la CIA mit fin au programme avant même que
l’équipe de l’AIR ne commençât le travail d’analyse. Il est donc historiquement avéré que le
rapport de l’AIR est une « étude alibi ».
Depuis l’arrêt définitif du programme Stargate circulent des rumeurs, non-étayées,
insinuant que les conclusions du rapport AIR cherchaient, tant bien que mal, à discréditer la
technique de la vision à distance afin d’en prévenir l’usage par des services de renseignement
étrangers. Une autre rumeur affirme que le programme connaîtrait une seconde vie, cette fois-
ci clandestine, après que la CIA l’eut terminé officiellement. Cette rumeur est désormais en
partie vérifiée avec l’aveu de l’Office of Naval Research de l’existence d’un programme de
recherche sur la prémonition et l’intuition, lancé en 2014 et doté d’un budget de 3,85 millions
de dollars US. À l’instar du programme Stargate, ce programme ambitionne d’étudier les
processus intuitifs et de maximiser les capacités de perception subtile des troupes sur le
théâtre des opérations.
Une chose est néanmoins sûre : en matière de récolte de renseignement, le rapport coût-
bénéfice de la vision à distance est imbattable. Cet argument économique est à mettre au
crédit de ceux qui soutiennent que la vision à distance est encore amplement utilisée dans le
monde du renseignement, à l’instar du scientifique Dean Radin de l’Institut des sciences
noétiques qui affirme que « toutes les agences de renseignement ont travaillé et travaillent
toujours avec des espions psychiques parce que certains d’entre eux obtiennent des résultats
incroyables ».
Le 29 septembre 1995, le rapport final de l’AIR est présenté au Congrès, mettant
officiellement fin au programme Stargate, à la plus grande satisfaction de Robert Gates, le
directeur de la CIA. Le 28 novembre 1995, l’émission d’information Nightline de la chaîne
ABC révèle à des millions d’Américains ainsi qu’au monde entier l’existence du programme
Stargate, en diffusant des entretiens avec des administrateurs et des intuitifs du programme.
Enfin, à partir de 1995, ce sont près de 90’000 pages de documents répartis dans 12’000
fichiers qui sont déclassifiés par le gouvernement américain et rendus accessibles au public,
année après année, en vertu de la loi sur la liberté d’information (FOIA).
La vision à distance aujourd’hui
Dès 1995, dégagés du secret militaire, plusieurs intuitifs du défunt programme Stargate
créent leurs propres structures à des fins de recherche et de formation, enseignant la vision à
distance à des milliers d’individus dans le monde.
De nos jours, l’application de la vision à distance n’est plus limitée au monde de
l’espionnage mais profite à une vaste palette de domaines, que ce soit dans la recherche,
l’aide à la prise de décision ou le monde de l’entreprise et, avant tout, s’est imposée comme la
voie royale au développement de l’intuition.
Mentionnons deux exemples, parmi tant d’autres, de projets menés dans le secteur privé,
l’un dans le cadre du renseignement, l’autre dans celui de la recherche médicale :
En novembre 2003, le chercheur Stephan A. Schwartz anime un séminaire de vision à
distance avec 47 étudiants à l’Atlantic University, en Virginie. Il leur soumet l’exercice
suivant : « décrire la localisation de Saddam Hussein lorsqu’il sera découvert et capturé par
les forces de la coalition ». Dès la séance terminée, les documents sont photocopiés et les
originaux placés dans un coffre. Ensuite, l’ensemble des données sont analysées à l’aide de
protocoles utilisés par la police pour reconstituer un événement à partir de plusieurs
témoignages. Elles consistent notamment à identifier les éléments récurrents dans les
données, ce qui fait « consensus », et exclure les informations marginales. La synthèse de
l’analyse est formulée ainsi : « Saddam sera dans un souterrain ou une cave, que l’on atteint
par un tunnel. Il sera derrière une maison ordinaire dans les abords d’un petit village proche
de Tikrit. La maison fera partie d’un petit complexe, bordé d’un côté par une route et de
l’autre par une rivière. Il y aura de la végétation, notamment un grand palmier. Hussein
ressemblera à une personne sans abri, avec des vêtements sales et abîmés, et une barbe grise.
Il aura seulement deux ou trois partisans avec lui au moment de sa découverte, ainsi qu’une
arme et beaucoup d’argent. Au moment de sa capture, son attitude sera provocatrice mais,
découragé, il n’opposera aucune résistance ».
Le 14 décembre, soit quinze jours plus tard, la presse internationale annonce l’arrestation
de l’ancien dictateur irakien. Il se cachait dans un trou de souris de deux mètres de
profondeur, au sein d’une ferme située dans la région d’Al-Daour, à 30 km au Sud de Tikrit. Il
était en possession de 750 000 dollars et d’un pistolet. Il était accompagné de deux partisans
armés de kalachnikovs. Une vidéo le montre hirsute, barbu, l’air hagard et résigné…
Croquis d’un intuitif décrivant le lieu de capture de Saddam Hussein
Le lieu de capture photographié par les troupes US
Le deuxième projet a pour cadre la recherche en virologie. En 2012, un collectif de
scientifiques et d’administrateurs mobilise trente-neuf intuitifs pour un projet visant à décrire
le mécanisme de reproduction du bactériophage. Le bactériophage, qui ne peut être observé
qu’au travers d’un microscope électronique, est un virus n’infectant que les bactéries et dont
le mode de reproduction reste partiellement mystérieux pour la communauté scientifique.
L’un des objectifs du projet est donc de renseigner le monde scientifique sur les mécanismes
de reproduction des phages.
Les séances de vision à distance étant conduites en double aveugle, les intuitifs n’ont
aucune idée de la nature de la cible. Au fil des séances, quatre-vingt-trois comptes rendus
totalisant plus de 3’263 termes ont été produits. Les comptes rendus et les croquis sont ensuite
analysés et évalués par cinq scientifiques spécialisés dans les bactériophages.
De manière globale, l’analyse statistique basée sur les 3’263 termes a déterminé
qu’environ 70 % du contenu rapporté par l’ensemble des intuitifs était en rapport avec ce qui
est connu sur les phages. Autrement dit, les scientifiques ont observé une concordance élevée
entre les descriptions intuitives et les connaissances scientifiques actuelles sur ces virus
bactériens. Les résultats définitifs ont montré que les comptes rendus obtenant les meilleures
évaluations sont produits par les intuitifs les plus expérimentés, certains accumulant plus de
1 000 heures de pratique et exerçant leur intuition au minimum dix heures par semaine.
Représentation du bactériophage T-4 Croquis d’un intuitif
Socle (base) du bactériophage vu de haut Croquis d’un intuitif
Le bactériophage phiX174 Croquis d’un intuitif
Certains comptes rendus étaient si précis et pertinents qu’un scientifique chargé de
l’analyse affirma qu’il aurait pu concevoir qu’ils provenaient directement de confrères
spécialisés. Au sujet de croquis délivrés par un intuitif en particulier, le Dr Julian Charles
Roberts, spécialiste en biologie moléculaire, rédigea ce commentaire : « je suis convaincu que
ces croquis décrivent des bactériophages et leurs fonctions. C’est mon opinion de
professionnel, de scientifique et d’observateur impartial ».
Ce projet a établi que la vision à distance est un outil apte à fournir une quantité
d’informations pertinentes sur des organismes aussi microscopiques que les bactériophages, à
même de contribuer potentiellement au diagnostic et au traitement de maladies20.
Chapitre III. Un champ d’informations
« Les frontières de la science sont toujours un mélange bizarre de vérité nouvelle, d’hypothèse raisonnable et de
conjecture extravagante »
Jean-Pierre Luminet, Directeur de recherche au CNRS
Les exploits des espions psychiques, la longévité exceptionnelle du programme
« Stargate » ainsi que les conclusions des études indépendantes, tels que rapportés dans le
chapitre précédent, illustrent de manière magistrale la réalité de la perception extrasensorielle
libérée des contraintes de l’espace et du temps. Ici, la conscience individuelle se connecte à
un ensemble plus vaste via un mode de perception non-locale, lequel autorise une connexion
immédiate ne se dégradant pas avec l’accroissement des distances. Les expériences menées au
sein du SRI ont rapidement conduit les scientifiques du programme à déterminer le caractère
non-local de la vision à distance. Ainsi, pour le physicien Russel Targ, « la découverte qui
m’a laissé le plus perplexe, c’est qu’il n’est pas plus difficile de décrire un événement en
Sibérie, à 7’000 kilomètres d’ici, que d’identifier un objet dissimulé dans ma poche ».
La nature de ces ressentis intuitifs ne s’insère pas dans les modèles théoriques déployés
par l’école de pensée de l’inconscient neuronal, chère aux neuropsychologues, qui rend
compte de l’intuition par une mécanique cognitive puisant dans l’inconscient. La vision à
distance procède manifestement d’un mécanisme distinct faisant appel à une forme de
perception extrasensorielle, une faculté non-locale. La référence à la non-localité suggère une
parenté avec la mécanique quantique.
Au cours du développement du programme « Stargate », les efforts se concentraient tant
sur la recherche et le développement que sur l’application opérationnelle de la vision à
distance, à l’exclusion et au détriment de l’exploration d’hypothèses explicatives. Dans les
sphères militaires, l’approche est traditionnellement pragmatique : ce que le monde du
renseignement veut, c’est que la méthode garantisse des résultats fiables, rapides, exploitables
et à un moindre coût. Et c’était le cas. Savoir pourquoi la méthode fonctionne ne les
intéressait aucunement. Durant des décennies, l’aspirine fut utilisée pour ses effets
analgésiques, sans que l’on ne comprenne son fonctionnement. Il en va de même pour la
vision à distance, même si les dernières découvertes en physique quantique de l’information
permettent d’envisager un cadre explicatif.
Par conséquent, à l’époque, peu s’aventuraient sur le terrain glissant des modèles
théoriques. Néanmoins, les rares théories en circulation gravitaient autour d’interprétations de
modèles quantiques ou empruntaient des notions (« inconscient collectif », « archétype ») à la
psychologie analytique. La « théorie de l’Univers holographique » de David Bohm occupait, à
l’époque, les espaces de discussion. Le physicien Bohm proposait une modélisation
hologrammique de l’Univers, selon laquelle chaque point de l’espace contiendrait l’Univers
dans son entièreté et dans lequel tout serait interconnecté via des connexions non-locales. Le
fonctionnement du cosmos se soumettrait à « l’ordre implié », un néologisme exprimant à la
fois « implicite, impliqué et plié ».
Un litre et demi de protéine
Tout indique que les phénomènes de la conscience jouent un rôle clef dans le processus de
vision à distance. Le terme « conscience » recouvre plusieurs sens, selon les disciplines qui se
l’approprient : tantôt « état de vigilance », « capacité à l’introspection », « processus mental
traitant des informations sensorielles en provenance du monde extérieur et intérieur ». Au-
delà du mental, le mot conscience fait référence à la production de sensations et
d’interprétations subjectives, ce que certains appellent les « qualia » : cette conscience dite
« phénoménale » des choses perçues, la sensation que cela fait de voir du blanc ou d’avoir
chaud.
Pour le philosophe australien David Chalmers, grand spécialiste de la conscience, celle-ci
est avant tout une « expérience subjective de l’esprit ». Pour Chalmers, la conscience, qu’il
conçoit comme « universelle », pourrait être un objet fondamental de l’Univers, au même titre
que l’espace et le temps. Il observe que les neuroscientifiques s’intéressent à l’accès à la
conscience par la mesure de signaux électriques ou chimiques transmis entre les neurones en
activation ou en synchronisation. La mémoire, la vision, les émotions, l’apprentissage
permettent d’observer indirectement la conscience en établissant des corrélations avec
l’activité cérébrale. C’est ce que les scientifiques appellent les « corrélats neuronaux de la
conscience », lesquels sont observés lorsque, par exemple, une prise de conscience provoque
des changements neuronaux, phénomène enregistré par les techniques d’imagerie cérébrale
sous la forme d’une signature neuronale21. En étudiant l’activité des signaux électrochimiques
au sein des aires perceptuelles primaires et corticales, les scientifiques cherchent soit à
localiser la conscience dans le cerveau, soit à prouver qu’elle « émerge » de l’activité
complexe des cellules du système nerveux.
Cette approche, purement matérialiste, ne permet pas d’expliquer l’expérience subjective.
Celle qui fait que le moi intérieur a conscience de voir, de penser, d’agir, d’entendre, qui fait
l’expérience ontologique d’une couleur, d’une émotion ou le ressenti d’une douleur. Elle
n’explique pas comment des impulsions électrochimiques produisent l’expérience subjective
alors que cette dernière reste totalement inaccessible par les instruments scientifiques. Car
l’activité neuronale mesurée n’est pas la conscience mais seulement le phénomène physique
matériel associé.
Pour les neuroscientifiques, la conscience serait une sorte de « sécrétion cérébrale » et la
pensée pourrait être réduite à un litre et demi de protéines organisées par l’évolution
biologique. Solidement arrimé au matérialisme, ce modèle physicaliste est de plus en plus
contesté, y compris au sein même du monde scientifique. À l’instar du cardiologue
néerlandais Pim Van Lommel, certains scientifiques font l’hypothèse que le cerveau
fonctionnerait comme une interface permettant de faire l’expérience de la conscience dans le
corps, de la même manière qu’un poste de radio permet de capter une station radio mais ne la
contient pas. La conscience ne se situerait pas dans le cerveau et serait localisée dans une
dimension au-delà de l’espace-temps contenant une conscience globale.
La substance primordiale de l’Univers
Dominante, la vision matérialiste de la conscience – l’esprit émerge de la matière – n’est
que le reflet du dogme physicaliste et déterministe qui habite le monde scientifique. Plutôt
qu’un dogme, il s’agit d’un système de croyances certifiées, basées sur le matérialisme
mécanique, relevant d’un postulat essentiellement métaphysique, sans aucune valeur
scientifique.
Depuis la Renaissance, au moment où la science s’est distanciée de la religion et
qu’émergeait la Révolution Industrielle, le matérialisme s’est imposé comme la vision
dominante et exclusive à travers laquelle nous entrons en relation et interprétons le monde. En
deux siècles, les progrès scientifiques et technologiques, le succès du Darwinisme (sapant la
doctrine du Dieu architecte) ont fait du matérialisme la seule vision légitime du Réel, en se
déclinant à plusieurs niveaux : le matérialisme scientifique, pour lequel seule la matière existe
et l’esprit n’est qu’une production du cerveau ; le matérialisme dialectique de Karl Marx en
opposition à la posture idéaliste défendue par le philosophe allemand Hegel ; le matérialisme
du capitalisme selon lequel le sens de la vie est dans la circulation des échanges et le profit.
Mentionnons également René Descartes, le principal défenseur de la conception
mécaniste de la nature. Fasciné par les machines telles que les horloges ou les métiers à tisser,
il considérait l’âme comme un minuscule personnage contrôlant la glande pinéale de son
intérieur afin d’actionner la plomberie du cerveau. À l’époque, l’Univers était considéré
comme une grande machine. Un Être Suprême avait conçu le monde machine, l’avait créé,
mis en mouvement, puis laissé tourner automatiquement.
La question de la relation entre l’esprit et la matière a occupé de nombreux philosophes
depuis l’Antiquité. La philosophie de l’esprit s’est employée à expliquer comment la
conscience subjective s’insère dans le monde objectif. De ces réflexions, deux monismes –
système de croyance pour lequel l’Univers n’est composé que d’une seule substance – ont
émergé : le matérialisme et l’idéalisme.
La position matérialiste – défendue par Démocrite, Epicure, Marx ou Bertrand Russel –
pose qu’il n’y a rien d’autre dans le monde que la matière et, par extension, que l’esprit est un
produit de la matière. Selon ce système de pensée, le cerveau sécrète l’esprit comme la bile
est sécrétée par le foie. À l’inverse, la posture idéaliste – représentée par Platon, Hegel,
Teilhard de Chardin – pose que l’esprit est le substrat de la matière. La nature ultime de la
réalité repose sur la conscience, l’esprit est l’essence de l’univers et le monde matériel est la
forme la plus extérieure sous laquelle l’esprit s’apparaît à lui-même.
À mi-chemin entre les monismes matérialistes et idéalistes se situe le positionnement
dualiste pour lequel il existe deux mondes, celui de la matière et celui de l’esprit. Aucun
d’eux n’est la cause de l’autre. Ce sont les deux composantes fondamentales de l’Univers.
Pour expliquer comment les processus neurobiologiques du cerveau causent le phénomène de
la conscience, un certain nombre de scientifiques adoptent une posture dualiste. Ainsi, le
physicien Roger Penrose fait l’hypothèse que nous ne vivons pas dans un monde unifié mais
qu’il existe un monde mental distinct qui se « fonde » sur le monde physique. Selon lui, nous
vivons même dans trois mondes distincts : un monde physique, un monde mental et un monde
d’objets abstraits comme les nombres et d’autres entités mathématiques.
Le Noos
Au départ simple postulat métaphysique, le matérialisme s’est imposé dans la vision, le
discours et l’action scientifique, accouchant d’une science matérialiste. Par un mécanisme
réductionniste socio-psychologique, la Science officielle considère la conscience comme le
produit de processus physiologiques, dissociée des autres consciences et résidant
exclusivement dans le continuum espace-temps.
La conséquence logique de l’adoption du paradigme matérialiste est l’exclusion du champ
des possibles et le rejet de l’ensemble des phénomènes de perception extrasensorielle, ceux-là
mêmes qui mettent en exergue la propriété non-locale de la conscience, ses mécanismes
d’interconnexion et de non-déterminisme. Pour sauvegarder le paradigme en vigueur, on
impose aux faits d’obéir aux lois plutôt que d’exiger des lois qu’elles ne se plient aux faits.
Ainsi, les études et observations prouvant la réalité de la vision à distance n’ont pas d’autre
issue que d’être balayées d’un revers de la main puisqu’elles ne s’insèrent pas dans le
paradigme dominant, voire menacent les fondations de l’édifice de la Science matérialiste.
Durant l’Antiquité, Platon, fortement influencé par le pythagorisme, imaginait un monde
immatériel d’Idées ou de Formes, hors du temps et de l’espace, donnant son ordre au Cosmos.
Il utilisait le terme grec « noos » pour désigner la part rationnelle et immortelle de l’âme grâce
à laquelle nous pouvons connaître les Formes. Selon Werner Heisenberg, l’un des fondateurs
de la physique quantique, « la physique moderne a définitivement opté pour Platon, car les
plus petites unités de matière sont des Formes, des structures ou au sens platonicien, des
Idées, dont on ne peut parler sans ambiguïté qu’en langage mathématique ».
Vers une « théorie du tout »
À mesure que les connaissances progressent, l’Unicité s’impose : des phénomènes en
apparence différents trouvent des causes communes. Selon la conception d’Aristote,
différentes lois régissaient la Terre et le Ciel avant que Newton ne démontre que la gravité est
universelle. Ensuite, Faraday et Maxwell unifient l’électricité et le magnétisme,
originellement pensés comme distincts. Plus tard, Einstein fusionne le temps et l’espace que
Newton avait isolés. Aujourd’hui, le problème le plus fondamental des physiciens repose sur
la dichotomie entre, d’une part, la physique relativiste qui décrit la gravitation en termes de
géométrie de l’espace-temps et, d’autre part, la mécanique quantique qui décrit le monde de
l’infiniment petit. Les scientifiques espèrent, un jour, réconcilier ces deux théories qui
s’expriment dans des formalismes différents en une « théorie du tout » décrivant le
fonctionnement du monde avec quelques lois simples d’où découleraient la matière, l’espace
et le temps.
Des constantes ajustées à l’esprit
À l’opposé de la vision newtonienne du monde qui représentait le cosmos comme une
grande machine insensible à toute forme de conscience, la cosmologie moderne a démontré
que les propriétés de l’Univers – constantes fondamentales de la physique et paramètres
cosmologiques – semblent très bien « ajustées » à notre existence. Par exemple, la densité
initiale de matière de l’Univers est d’une précision phénoménale, elle qui autorise
précisément l’émergence de la vie et de la conscience. De nombreux astrophysiciens se posent
désormais la question de savoir si les caractéristiques de l’Univers ne pourraient pas être
directement liées à la présence d’observateurs conscients et, plus généralement, à la
conscience. C’est ce que les physiciens appellent « le principe anthropique ».
Une réalité interconnectée et non-locale
Fondée sur les travaux de Max Planck et de Albert Einstein, la mécanique quantique – qui
décrit le comportement des particules élémentaires (photons, électrons) – est née vers la fin
des années 1920, avec les travaux de scientifiques tels que Heisenberg, Schrödinger, Bohr et
Born.
La physique classique, fondée sur la mécanique de Newton et l’électromagnétisme de
Maxwell, s’appuyait sur trois grands principes : le déterminisme, l’objectivité et la
complétude. Rapidement, la mécanique quantique allait tous les faire voler en éclat en même
temps qu’elle pulvérisait la vision du monde matérialiste.
Tout d’abord, c’est le déterminisme, qui affirme que chaque événement résulte des états
précédents en vertu du principe de causalité, qui est rangé au placard par Max Born en
juin 1926. Dans sa fameuse interprétation de la fonction d’onde, il démontre que la
mécanique quantique prédit uniquement la probabilité des événements, contrairement à la
physique classique qui prédit des événements. Cela signifie, par exemple, que l’on ne peut
proposer qu’une description probabiliste de la localisation des particules. Il est donc
impossible de prédire où se trouve une particule, mais seulement la probabilité de la trouver
en un point précis. En somme, le monde des particules n’est constitué que de probabilités.
En 1927, Heisenberg formule le principe d’indétermination, escamotant au passage la
notion d’objectivité de la physique classique. Selon ce principe fondateur de la mécanique
quantique, il est impossible d’attribuer à une particule, à un instant donné, à la fois une
position et une vitesse déterminées. Plus la position est précisément connue, moins la vitesse
l’est, et vice versa. Si la vitesse d’une particule élémentaire est mesurée, la position qu’elle
avait au même moment ne peut pas être connue parce que le fait d’avoir mesuré sa vitesse a
modifié ses caractéristiques, dont sa position. Et si l’on mesure d’abord sa position, c’est
évidemment la vitesse qu’on ne pourra pas connaître. Cela signifie que, fondamentalement,
la position et la vitesse d’une particule sont dans un état indéterminé.
Un autre principe phare de la mécanique quantique se nomme la superposition d’états :
tant qu’une particule n’est pas soumise à la mesure, elle se trouve dans tous ses états à la fois.
Ce n’est que lorsque l’observation est effectuée que cette superposition se réduit à un seul état
bien déterminé. Ceci implique que les résultats de toute observation sont systématiquement
influencés par les choix expérimentaux effectués par l’observateur. C’est comme si la
particule décide de ses propriétés au moment de la mesure ou, dit autrement, que la mesure la
contraint à faire un choix. L’ensemble de ces principes a fait admettre que le monde des
particules est intimement lié à la notion de conscience.
Encore plus spectaculaire, le phénomène quantique de l’intrication (ou non-localité)
montre qu’il existe des connexions instantanées qui persistent entre des particules
élémentaires ayant interagi physiquement avant d’être séparées, même par des distances
gigantesques. Autrement dit, l’état de deux particules, autrefois en contact, doit être décrit
globalement quel que soit leur éloignement. Si l’on agit sur l’une, il y a une répercussion
immédiate sur l’autre. Même après avoir été séparées, les particules sont capables de
« communiquer » entre elles plus vite que la lumière, dans une sorte d’échange instantané
impossible du point de vue de la physique classique. Tout indique que les deux particules sont
liées sans référence à l’espace et au temps. Il semblerait que l’espace et le temps ne jouent ici
qu’un rôle secondaire, celui de phénomènes émergeant d’une physique fondamentale dénuée
de cadre spatio-temporel. Ce principe suggère qu’au niveau fondamental l’Univers est
interconnecté et non-local.
Du micro au macroscopique
Dans les manuels de physique, il existe donc deux mondes distincts régis par des lois et
des formalismes différents : le monde macroscopique – déterministe, prédictif, spatio-
temporel, local et causal – et le monde microscopique où règnent l’indétermination, la
probabilité, l’acausal et le non-local.
L’introduction du concept de la « réduction du paquet d’ondes » permet d’expliquer
comment le monde microscopique cède le pas au monde macroscopique, et ce via un
processus de « décohérence ». Ce processus décrit l’acquisition d’informations d’un objet
quantique dans son environnement, conduisant à la destruction des états quantiques de
superposition. Ainsi, le simple fait de mesurer ou d’éclairer un système quantique suffit à
provoquer cette décohérence.
Depuis plusieurs années, le mur de cloisonnement entre mondes microscopique et
macroscopique se fissure : les expériences démontrant des effets quantiques à l’échelle
macroscopiques se multiplient. Ainsi, on parle désormais de « biologie quantique » pour
décrire des mécanismes quantiques observés dans le monde du vivant, y compris au niveau
cellulaire humain. Par exemple, la photosynthèse – ce processus bioénergétique complexe qui
permet aux plantes de convertir la lumière du soleil en énergie chimique – pourrait relever du
phénomène quantique de l’intrication. Selon des expériences menées à l’Université de
Californie, seuls des processus quantiques seraient à même d’expliquer le rendement élevé et
l’efficacité parfaite de la photosynthèse.
La cognition, qui rassemble l’ensemble des processus mentaux (mémoire, perception,
attention, apprentissage, langage), semble, elle aussi, impliquer des processus quantiques, à
tel point qu’une nouvelle discipline est née : la cognition quantique. Ainsi, les biais de
raisonnement, le doute, les associations d’idées ou l’incertitude relèveraient de processus
quantiques. Pour décrire un processus de décision, les chercheurs en cognition quantique font
l’hypothèse d’une superposition de plusieurs opinions dans un état indéfini qui se réduirait à
une seule à un moment donné. La conscience traiterait l’information de manière quantique en
superposant et intriquant les idées, les pensées, les opinions pour constituer des réflexions, des
raisonnements ou encore des jugements. Ces propriétés quantiques permettraient à nos
processus mentaux d’être bien plus performants qu’avec un fonctionnement classique.
La détection récente de processus et d’effets quantiques à l’échelle macroscopique se
déployant dans un nombre croissant de domaines amène les physiciens à conclure que les
phénomènes macroscopiques dépendent intimement des règles et des lois du monde
quantique. En d’autres termes, la physique quantique, c’est la nature de la Nature.
Le temps et la permanence du présent
Au-delà des interrogations sur l’espace et la matière, la question du temps est au centre de
l’attention de la physique moderne. De nombreux physiciens estiment que l’objectif de
l’unification de la relativité générale avec la physique quantique ne peut faire l’économie
d’une réflexion en profondeur sur la variable « temps ».
En 1915, Albert Einstein formule sa théorie de la relativité générale qui énonce que la
gravitation déforme le temps. Un siècle plus tard, c’est l’existence même du temps qui est
débattue parmi les théoriciens. Beaucoup estiment qu’au niveau fondamental, le temps
n’existe pas mais qu’il émerge de constituants élémentaires de l’Univers, de la même manière
que la solidité d’une chaise n’est qu’une propriété émergente de la combinaison de particules,
elles-mêmes constituées essentiellement d’espace vide. Pour un nombre croissant de
physiciens, les problèmes rencontrés en physique découlent du postulat de l’existence du
temps alors que celui-ci n’existe fondamentalement pas.
Il faut dire qu’en 1967, l’équation de Wheeler-DeWitt, qui cherchait à unifier les aspects
gravitationnels et quantiques de la matière, démontra que le paramètre « temps » n’était pas
indispensable à sa bonne exécution. Depuis, de nombreux physiciens ont porté une attention
toute particulière à l’épineuse question du temps : ainsi, pour Julian Barbour, physicien en
gravité quantique, le temps est une illusion. Il serait constitué de « moments présents » (ou
capsules du temps) indépendants que notre cerveau assemblerait pour donner l’impression de
mouvement ou de changement, à l’image d’instantanés qui, déroulés à 24 images par seconde,
donnent l’illusion du mouvement et de l’animation. Quant au physicien Carlo Rovelli, ses
conclusions sont identiques : le temps serait une illusion. Ce que l’on considère comme du
« temps qui passe » est, en fait, des superpositions de temps propres.
À l’évidence, le « temps qui passe », celui de l’expérience humaine est très différent du
temps de la physique. Le physicien Etienne Klein insiste sur le fait de procéder à un nettoyage
verbal à propos du temps. Il propose d’abandonner l’idée d’attribuer au temps une définition
pour lui attribuer une fonction : celle de garantir la permanence du présent. Chaque instant
présent doit laisser sa place à un nouvel instant présent, de manière ininterrompue. Ainsi, le
temps ne passerait pas, le temps ferait passer le présent.
La physique de l’information
Einstein, avec sa relativité générale, avait établi que l’espace et le temps sont relatifs, à
défaut d’être absolus. Plus tard, la physique des particules a démontré que la matière, l’espace
et le temps n’existent pas tels que nous les percevons. Cette découverte avait amené Einstein à
affirmer que « l’espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les
conditions dans lesquelles nous vivons ». À l’échelle de l’infiniment petit, la matière et
l’espace s’apparentent à une vibration. Quant à l’expérience humaine du « temps qui passe »,
elle s’apparenterait à une illusion puisque le temps fonctionnerait à l’image d’une succession
d’« instants présents », une sorte d’éternel présent.
Pour penser les défis posés par la physique quantique, de nombreux physiciens intègrent
désormais la notion d’« information » comme une grandeur physique, au même titre que la
masse ou l’énergie. L’information est devenue un concept de premier plan et remplace
désormais les notions d’espace, de matière et de temps, comme en témoigne le cheminement
de la pensée du physicien John Wheeler : « j’ai d’abord cru que tout était fait de particules.
Dans la seconde période de ma vie, que tout était fait de champs. Dans la troisième, ma
conclusion est que tout est fait d’informations ».
Cette « physique de l’information » permet de concevoir notre réalité comme un champ
d’informations, réduisant la matière, l’espace et le temps à des perceptions. Quelle est la
nature de cette information ? Il y a plus de deux mille ans, Platon faisait déjà l’hypothèse que
la nature de la réalité fondamentale résidait en dehors de l’espace et du temps, dans un monde
de formes éternelles accessibles grâce aux mathématiques, à l’astronomie et à la musique.
Plus tard, l’astronome Galilée avança l’idée que le « livre de la Nature est écrit en langage
mathématique ». De nos jours, les cosmologistes font l’hypothèse que des lois mathématiques
simples gouvernent notre Univers, et ceci depuis son apparition. Selon un scénario
déterministe, l’Univers aurait d’abord connu un état immatériel et porteur d’informations,
structurant le scénario cosmologique selon une partition logique et finement orchestrée, avant
de se manifester sous sa forme matérielle actuelle. Remarquons également que les théories en
vogue qui ambitionnent de percer la nature ultime de la réalité, telle que la théorie des cordes,
suggèrent que les constituants élémentaires, les briques ultimes de la matière sont des objets
ou des structures mathématiques.
Outil d’exploration indispensable des mondes de l’invisible et de l’infiniment petit, les
mathématiques ont convaincu certains scientifiques, à l’image du cosmologiste Max
Tegmark, que notre monde physique serait d’essence mathématique ou
l’aboutissement d’algorithmes (chaîne d’instructions), selon le modèle de l’« Univers-
ordinateur quantique ». Cette école de pensée se situe manifestement dans un courant
matérialiste et évacue sans ménagement le phénomène de la conscience, élément pourtant au
cœur des principes de la mécanique quantique, comme le faisait remarquer Max Planck, l’un
des pères de la physique quantique : « je considère la conscience comme quelque chose de
fondamental. La matière est un dérivé de la conscience. Tout ce dont nous parlons, tout ce que
nous considérons comme existant, postule la conscience ».
Encore une fois, les expériences menées en laboratoires ont montré que lorsqu’un système
physique (au niveau des particules) développe une certaine entropie (il tend vers
l’indéterminisme et le désordre), la conscience et les intentions d’un observateur peuvent
remettre de l’ordre (néguentropie) dans ce système. Sur la base de ce constat, certains
physiciens affirment que la « conscience prend le relai de la mécanique » car la conscience
produit un effet sur la matière. La conscience aurait donc un pouvoir, elle serait active et
créatrice. Et ce sont avant tout les intentions d’un sujet qui sont au cœur de la mécanique
conscientielle, brisant la conception mécaniste, les chaînes déterministes ainsi que la
séparation matière/esprit chères à la physique classique.
La physique de la conscience
Nous savons que la matière est essentiellement composée de vide : un atome ne paraît
solide qu’avec le concours de son champ et de la force électromagnétique. La mécanique
quantique enseigne le même ordre d’idées : la matière est réduite à un champ d’ondes et le
vide quantique est plein d’énergie, donc d’informations quantiques qui seraient autant de
potentialités non réalisées. Des informations faites d’ondes, de vibrations et d’énergie
enracinées dans une dimension invisible sans espace, ni temps. D’après cette nouvelle
physique de la conscience, ce vide quantique aurait la propriété d’être excitable par les
intentions individuelles ou collectives, ce qui générerait un déséquilibre entre les différentes
potentialités et aboutirait à objectiver le monde phénoménal dont nos consciences font
collectivement l’expérience. Autrement dit, la conscience viendrait puiser dans ce champ
d’informations situé en dehors de l’espace-temps pour objectiver, co-créer notre réalité
collective.
Selon cette physique de la conscience qui théorise notre réalité comme un champ
d’information, les notions de matière, d’espace et de temps sont réduites à des perceptions,
des constructions de notre conscience. D’un point de vue ontologique, ces notions n’existent
pas et sont extraites d’un champ d’information que la conscience transforme en objet
physique en excitant le vide quantique. Pour ainsi dire, l’expérience du monde phénoménal
n’existe que pour et par une conscience à partir d’une réalité fondamentale qui est
l’information. Cette physique spéculative d’avant-garde nous conduit inévitablement à sa
source, la métaphysique : pour certains, cette information dérive d’une Pensée ou d’un Esprit,
à laquelle rêvait Einstein, et qui aurait organisé les conditions nécessaires à la création de
l’Univers matériel.
Cette notion d’un Univers observable plongé dans un vide quantique baignant dans un
Univers d’informations est proposée par de nombreux physiciens parmi lesquels nous
pouvons citer Philippe Guillemant (théorie de la double causalité), Bernard d’Espagnat
(notion de « Réel voilé »), François Martin (« la psyché quantique ») ou David Bohm avec sa
théorie de l’ordre implicite. Une déclinaison particulièrement connue du concept de champ
d’information est l’œuvre de Rupert Sheldrake qui a théorisé l’existence de matrices
informationnelles invisibles auxquelles chaque unité vivante serait connectée (champs
morphogénétiques).
Finalement, mentionnons le scientifique Ervin Laszlo, auteur du modèle des « champs
akashiques ». Pour baptiser son modèle, il s’est appuyé sur une notion de la philosophie
indienne, l’« akasha », un terme sanskrit qui signifie « éther ». L’askasha est considéré par la
tradition indienne comme le premier et le plus fondamental des cinq éléments (l’air, la terre,
l’eau et le feu). À l’instar du champ d’information des physiciens modernes, il est à l’origine
de tout ce que perçoivent nos sens. Les textes sacrés indiens parlent des « annales
akashiques » comme du registre permanent de tout ce qui s’est produit, se produit et se
produira dans le Cosmos.
Les modèles en physique de pointe tendent à converger vers cette idée, en concluant que
l’écoulement du temps serait une illusion produite par le balayage de l’information par la
conscience dans un « espace » ou le passé, le présent et le futur coexisteraient.
Un immense cerveau cosmique
Selon les modèles de la physique de l’information et de la conscience, le Réel est, au
niveau fondamental, un vaste champ de conscience constitué d’énergie-informations. Ce
champ de conscience aurait la propriété de s’individualiser en une infinité de foyers émetteurs
ou récepteurs de l’information. C’est précisément l’hypothèse formulée intuitivement par
Ingo Swann pour rendre compte du mécanisme de la vision à distance : « bien que chaque
individu puisse être un îlot de conscience, tous ces îlots pourraient bien baigner dans un plus
vaste océan de conscience qui existe indépendamment de chaque individualité humaine ».
Le monde phénoménal et matériel serait une co-création, une production de consciences
individualisées rendue possible par l’objectivation collective de l’information. Dans un Réel
qui fonctionnerait à l’image d’un immense cerveau cosmique, l’information jouerait le rôle de
point de contact entre les espaces conscientiels et le monde phénoménal.
Le physicien Philippe Guillemant explique que « l’on peut considérer notre espace-temps
comme un immense cerveau virtuel dont tous les êtres vivants sont les systèmes afférents ». Il
ajoute qu’un « tel cerveau global est essentiellement mû par la conscience qui se cristalliserait
sous forme de matière mémorisant l’information. Il convient de le considérer comme associé
à un collectif de consciences qui peut être rapproché de l’inconscient collectif de Jung ».
Selon le modèle de la physique de la conscience formalisé par ce physicien, nous
possédons tous un Soi transcendantal capable de nous apporter des informations extérieures
au cerveau. La connexion à ce Soi serait rendue possible par les attitudes de lâcher-prise, de
détachement et de confiance, états débouchant eux-mêmes sur l’intuition, la foi et le don de
soi. Ces attitudes, précieuses pour la pratique de la vision à distance, sont explorées en détail
au chapitre V.
La métaphysique de l’Inconscient
Père de la psychologie analytique et pionnier de la psychologie des profondeurs, Carl
Jung a cherché, à travers son œuvre, à permettre un dialogue avec les énergies inconscientes
en circulation. Il donne à l’inconscient une dimension métaphysique, voire mystique alors que
Freud, lui, ancre l’inconscient dans une biologie matérialiste pensée en termes économiques
sous l’influence des pulsions.
Au sein de la vie psychique de tout individu, Jung identifie le « moi » comme une
instance permettant à celui-ci de fonctionner et de s’adapter aux exigences de
l’environnement extérieur et à l’instant présent. Cette partie est le centre de la conscience, des
sensations et des émotions.
Or, ce « moi » n’est qu’une infime manifestation d’un élément beaucoup plus vaste au
centre de la vie psychique d’un individu : le Soi. Celui-ci serait le véritable centre de notre
personnalité, il s’apparente à l’âme, à notre part divine. Parce qu’il autorise une expérience
transpersonnelle et de la totalité, il donne accès à une dimension plus vaste et plus riche de
l’individu.
Si le « moi » (la personnalité consciente) n’accède au monde phénoménal que de manière
passive (au travers des sensations), le Soi est actif et créateur. Le Soi participerait à la co-
création du monde phénoménal, dans un espace situé hors de l’espace-temps et partagé
collectivement avec les autres Soi. Carl Jung explique que le Soi – qui est relié au divin, à
l’universel et à l’atemporalité – exprime notre véritable essence et que « c’est vers lui que
semblent tendre tous les buts suprêmes d’une vie ». Certains l’appellent l’« âme », l’« Esprit »
tandis que d’autres parlent de « Dieu », d’« ange » ou de « guide intérieur ».
Le Soi est formé de plusieurs strates et l’une d’elles plonge ses racines dans l’inconscient
collectif, cet ensemble de représentations, de symboles et de codes universels de l’imaginaire
humain dont le support sont les « archétypes », des structures préformées et des centres
d’énergie animant notre vie. L’inconscient collectif est donc un héritage commun, une
mémoire collective consignant la somme des expériences humaines à l’image des « archives
akashiques ». Autonome par rapport à l’espace et au temps, le Soi a donc accès à
l’information totale, selon le principe de « non-localité » propre à la mécanique quantique.
Il ne faut pas oublier que le moi n’est que la partie incarnée dans l’espace-temps du Soi,
lequel est le centre psychique et la quintessence de l’individu, cette partie éternelle et
transcendante, ce meilleur de nous-mêmes. C’est en se connectant à son Soi, ou plutôt en
faisant dialoguer son « moi » avec son Soi que les processus intuitifs sont augmentés ou
enrichis. La partie consciente de chacun peut alors progressivement capter des informations
dans l’inconscient, cette terre inconnue qui devient terrain connu, en transcendant la
dimension locale de son « moi ».
Science et traditions orientales
Quand la Science pose l’existence d’un vide quantique, d’un champ conservant et
transmettant l’information, elle rejoint les textes sacrés de la philosophie orientale insistant
sur la « vacuité » de notre réalité fondamentale. Ces mêmes traditions insistent sur l’unicité du
tissu du Réel, en résonance avec les principes de non-séparabilité et de non-localité de la
mécanique quantique. Finalement, les textes mystiques enseignent l’existence d’un champ
akashique, cette mémoire constante et éternelle de l’Univers qui fait écho, à nouveau, à cet
univers d’informations baignant dans un vide quantique.
Plus précisément, la spiritualité bouddhiste décrit différents niveaux de conscience qui
peuvent se rapporter à l’ego ou au moi ainsi qu’au niveau dit de « pure conscience »,
débarrassée de toute impureté et de toute dualité, permettant l’« Éveil ».
Quant à la spiritualité hindoue, elle désigne l’existence d’un Soi individuel (âtman) et
celle d’un Soi universel et absolu (brahman). L’âtman est l’équivalent de l’âme dans la
tradition occidentale, ce principe divin qui réside en chacun de nous. Le brahman, lui,
correspond à l’âme universelle, la base divine de toute existence. Dans les textes, l’âtman est
généralement définie par ce qu’elle n’est pas. Ainsi, un texte philosophique hindou précise
que « l’âtman, que l’on ne peut désigner que par ni ceci, ni cela, est insaisissable, parce qu’on
ne peut pas le saisir ; indestructible parce qu’on ne peut pas le détruire ; il est intenable parce
que rien ne tient à lui ; il n’est pas lié, il est inébranlable, rien ne peut lui nuire ».
Les quatre grands livres du Veda, qui regroupent prières, poèmes, instructions rituelles et
incantations dans une quête spirituelle extrêmement riche, instruisent que l’âtman est le
« souffle vital », se situant au-delà des sens et du mental. Parce que lui seul est permanent,
l’âtman est l’essence profonde de l’individu, sa part immortelle et divine qui le rattache à
l’universel.
Les Vedas insistent sur le fait que seule l’expérience personnelle permet d’accéder au
divin. Si la réalisation ne peut provenir de l’extérieur (au travers de théories ou
d’enseignements), la révélation ne peut être qu’intérieure, via une quête au fond de soi-même,
en se reconnectant à sa part divine. C’est uniquement en décelant la présence du divin au plus
profond de son être, en partant à la rencontre de son Soi, que les plus hautes sphères de la
spiritualité sont atteintes. L’un des textes sacrés énonce : « le Créateur (svayambhū) a percé
les ouvertures du corps de manière qu’elles aillent vers le dehors en des directions diverses ;
c’est pourquoi l’homme perçoit le monde extérieur et non le Soi interne (antar-âtman). Mais
l’homme sage, désireux d’atteindre l’immortalité, tournant ses yeux vers le dedans et l’arrière
(pratyak), aperçoit le “Soi” ».
Au cœur de la pensée chinoise du taoïsme, on retrouve l’idée de « pure conscience » de
soi, animée par la pratique de la connaissance intuitive (le chih) que suscite l’appréhension
immédiate, directe du Réel. Le chih évacue les méthodes analytiques ou déductives et
fusionne le sujet avec l’objet, dans un élan d’interpénétration et de non-séparabilité. Il permet
la prise de conscience de la nature profonde de la réalité, par-delà toutes ses apparences, ses
jugements et ses formes de langage. Pour le Tao, la vraie connaissance est intuitive avant
d’être rationnelle.
L’esprit face à la matière
La vision du monde millénaire de l’idéalisme (prédominance de l’esprit sur la matière),
alimentée par les plus grandes traditions et les plus illustres philosophes de l’Histoire, n’a pas
survécu aux assauts de la doctrine matérialiste propulsée par les progrès scientifiques et
technologiques de ces deux derniers siècles. Or, nous observons, depuis peu, un mouvement
de remise en question, certes timide mais prometteur, de cette doxa matérialiste. Des
scientifiques, tels que Roger Penrose, Philippe Guillemant, Michel Bitbol, Bernardo Kastrup
ou Robert Lanza rejoignent le point de vue formulé par l’Académicien Thibault Damour
(spécialiste de la relativité générale) selon lequel « la notion de Réel est créée par l’esprit
humain et il n’existe pas de réalité en dehors de nous ».
« La vérité ne triomphe jamais, mais ses ennemis finissent toujours par mourir » affirmait
Max Planck, le père de la physique quantique. Il est encore trop tôt pour le dire, mais il est
probable que nous assistons, sous nos yeux, à la lente et inexorable agonie du paradigme
matérialiste, affaibli par un faisceau grandissant de preuves empiriques et par les derniers
modèles théoriques de la physique de pointe. Le déclin du dogme physico-matérialiste
s’accompagne d’un inévitable retour de balancier, celui de la réhabilitation du paradigme de
l’esprit, renaissance qui a pour enjeu la prééminence de l’esprit sur la matière.
La mécanique quantique l’a suggéré : nos pensées, nos intentions et nos états de
conscience créent notre réalité. C’est ce qui a fait dire à Erwin Schrödinger, prix Nobel de
physique, que « la conscience est ce par quoi se manifeste d’abord le monde : ce par quoi,
nous pouvons le dire sereinement, il existe ; le monde consiste en éléments de conscience ».
En physique quantique, l’observateur conscient joue un rôle dans la manifestation du Réel,
par le fait d’observer ou de mesurer. Certaines propriétés du monde subatomique n’existant
pas indépendamment de leur mesure, on en déduit que, fondamentalement, nous sommes
connectés à l’Univers que nous observons. La physique moderne nous parle aussi de causalité
non-locale, d’interconnexion, d’inséparabilité et surtout d’indéterminisme, principes qui sous-
tendent l’idée qu’il n’existerait qu’une seule Conscience, appartenant à un « Réel primaire »
situé au-delà de l’espace-temps, dont notre individualité ne serait qu’une sorte de « point de
condensation » momentané de celle-ci. Cette idée est d’ailleurs formulée par l’écrivain
Eckhart Tolle de cette manière : « vous n’êtes pas dans l’Univers, vous êtes l’Univers. En fin
de compte, vous n’êtes pas une personne, mais un point focal où l’Univers est en train de
devenir conscient de lui-même ».
Du relativisme à la projection
La théorie de la relativité générale enseigne que l’espace et le temps ne sont pas absolus
mais relatifs. C’est ce qui a amené Einstein à dire que « la distinction entre passé, présent et
futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ». Nous savons désormais que l’espace et le
temps n’existent pas ontologiquement parlant, qu’il s’agit de projections, d’illusions générées
par l’interaction de la conscience de l’observateur avec un champ d’informations contenues
dans le vide quantique. Quant à la matière, son expérience n’existe que pour et par une
conscience à partir de la grandeur physique de l’information, elle devient « monde
phénoménal ».
L’ultime leçon de la physique des particules est que l’Univers tout entier, au niveau
fondamental, pourrait bien se réduire à de l’information pure à partir de laquelle nos
consciences, de manière collective, construisent la réalité. Cette information est contenue dans
un champ unifié ressemblant à un vide très dense riche en informations assurant la cohérence,
l’interdépendance et l’interconnexion entre tous les éléments.
Le Cloud de l’Univers
Seule une modélisation de la conscience considérée comme non-locale, interdépendante,
interconnectée et située en dehors du continuum espace-temps est en mesure de fournir un
cadre théorique explicatif à la vaste gamme d’expériences de perception extrasensorielle
vécue par des millions d’individus et dont la réalité est maintes fois prouvée dans les
laboratoires scientifiques du monde entier.
Les exploits des espions psychiques du programme Stargate ne sont qu’une illustration
parmi tant d’autres de la nature non-locale de la conscience, à savoir que celle-ci n’est pas
sécrétée par le cerveau. En s’affranchissant du support physique, la conscience individuelle
des intuitifs se connecte au Cloud de l’Univers, lequel fonctionnerait à la manière des
blockchains, en permettant le stockage et la transmission d’informations dans un cadre
décentralisé.
Selon le philosophe Arthur Schopenhauer, « toute vérité franchit trois étapes. D’abord,
elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme
ayant toujours été une évidence ». L’évidence est manifestement que la matière dérive de
l’esprit et que son corollaire, l’abandon de la doctrine physicaliste-matérialiste, amènera – et
ce n’est qu’une question de temps – la Science mainstream à adopter un nouveau cadre
théorique de la conscience. Et ce n’est qu’à cette condition que la discipline de la vision à
distance pourra être acceptée, pensée et pratiquée dans un climat intellectuel propice à la
recherche, au partage et à la réflexion.
Chapitre IV. Le vide plein
« La connaissance intuitive est un éclair qui jaillit du silence.
Et tout est là, ni plus haut, ni plus profond, en vérité.
Mais juste là, sous nos yeux mêmes, attendant que nousdevenions un peu plus clairs. Ce n’est pas tant la question de
s’éduquer que de se libérer des obstructions »
Sri Aurobindo
Par bien des aspects, la vision à distance s’apparente à un art martial. Constance dans la
pratique, discipline dans l’exécution, persévérance face à l’échec, préparation à l’effort sont
autant de facteurs de réussite pour un art martial que pour la vision à distance.
Il ne viendrait pas à l’esprit d’un judoka de se présenter à un tournoi sans un échauffement
musculaire. L’intuitif doit se soumettre à la même hygiène préparatoire pour tirer le meilleur
profit de sa séance de vision à distance. Il s’agit là de conditionner corps et esprit à l’accueil et
à l’écoute de son intuition, de préparer un terreau mental fertile au déploiement intuitif afin
que germent les jeunes pousses de l’intuition.
Notre mental produit, chaque jour, entre 60 000 et 70 000 pensées. De manière continue,
il analyse, interprète, ressasse des idées ou revit le passé, juge, imagine ou anticipe des
scénarios. Le mental est un allié précieux pour trouver des solutions aux problèmes de tous les
jours et garantir un « fonctionnement » acceptable pour faire face aux exigences du quotidien.
Par contre, aussitôt qu’il est laissé à lui-même, le mental constitue – par son flot incessant de
pensées et ses automatismes incontrôlables – le pire obstacle à l’écoute de son intuition ainsi
qu’à la pratique de la vision à distance. Pour rendre compte de cette caractéristique
ambivalente du mental, il est courant d’entendre que celui-ci est un « serviteur dévoué mais
un maître tyrannique ». L’objectif de ce chapitre est de vous mettre sur les rails de la vision à
distance, de sorte que le mental ne cause le déraillement du train de l’intuition, sinon qu’il
vous propulse à très grande vitesse vers vos plus puissants ressentis intuitifs.
L’ascèse de l’esprit
La vision à distance se situe à mi-chemin entre la science et l’art. La dimension
scientifique émerge de la structure des protocoles, la dimension artistique découle de
l’intuition créative. Chacune étant constitutive du processus de vision à distance, ces deux
dimensions sont interdépendantes. Pour réussir une séance de vision à distance, il s’agit donc
de mettre en place les conditions favorables à l’expression de l’intuition créative.
L’histoire des sciences et de l’art a démontré, au travers d’une quantité innombrable
d’anecdotes, qu’un état de vide mental – un espace psychique désengorgé de toutes pensées,
accueillant et libre de toutes pollutions psychiques – est le terreau fertile de tout acte créatif.
Par exemple, le mathématicien Henri Poincaré a accouché, à plusieurs reprises, de
découvertes mathématiques alors que son esprit se trouvait dans un état de grande quiétude.
Un autre mathématicien, Jacques Hadamard, trouva la solution à l’un de ses problèmes à
l’occasion d’un réveil soudain : « étant réveillé en sursaut par un bruit extérieur, une solution
cherchée depuis longtemps m’est apparue d’un seul coup sans la moindre réflexion de ma part
et dans une direction toute différente de toutes celles que j’avais essayé de suivre
auparavant », témoigne-t-il.
Citons encore le songe de Friederich August Kekulé, lequel permit une découverte
révolutionnaire en chimie organique. « Les atomes gambadaient devant mes yeux, raconte
le chimiste, le tout avec des ondulations et contorsions de serpent. Soudain, l’un des
serpents a saisi sa queue. Comme un éclair, je me réveillai ». L’image du serpent enroulé
fournit la réponse, en suggérant l’idée inédite que les molécules de certains composés
organiques ne sont pas des structures ouvertes mais des chaînes fermées, se présentant sous
forme d’anneaux, identiques au serpent qui se mord la queue.
Ces anecdotes illustrent ce que de nombreuses études scientifiques ont démontré : le
mécanisme créatif ne procède pas de la raison déductive, ni de la pensée rationnelle. Pire
encore, le raisonnement logique a tendance à freiner le processus créatif. La logique ne serait
pas utile à créer, mais à vérifier après coup. À cet égard, le mathématicien Polya affirmait
« quand on est certain que le théorème est vrai, on commence à le prouver ». Mentionnons
encore qu’à l’occasion d’une récente enquête auprès des plus illustres mathématiciens
américains, ceux-ci ont confirmé que la pensée ne « jouait qu’un rôle secondaire à l’étape
brève et déterminante de l’acte créatif lui-même ».
L’écrivain Eckart Tolle, célèbre pour ses enseignements sur la pleine conscience, résume
les enjeux en soulignant que « le mental est une machine à survie. Attaque et défense face à
ses « congénères », collecte, entreposage et analyse de l’information, voilà ce à quoi le mental
excelle, mais il n’est pas du tout créatif. Tous les véritables artistes, qu’ils le sachent ou non,
créent à partir d’un état de vide mental, d’une immobilité intérieure ».
L’idée que le vide est nécessaire à la création n’est pas nouvelle et s’est vérifiée dans
plusieurs disciplines, telles que la physique ou la chimie, laquelle enseigne que les atomes
peuplant l’Univers sont composés de vide à plus de 99,999 %. Il semblerait que l’état de vide
originel, à l’origine de toutes choses et débouchant sur l’élan créatif, trouve une parfaite
résonance dans la psyché humaine, laquelle doit susciter le vide en évacuant le bruit mental
pour, à son tour, exploiter pleinement son potentiel créatif.
Ce vide mental, pré-requis à l’acte créatif ainsi qu’au jaillissement de la nouveauté, est le
berceau des ressentis intuitifs de vos prochaines séances de vision à distance. En d’autres
termes, le vide mental est l’expression d’une préparation réussie à la vision à distance.
Hémisphères cérébraux et intuition
D’un point de vue strictement physiologique et matérialiste, les recherches en
neurobiologie fournissent un éclairage pertinent sur la manière dont le cerveau interface avec
l’intuition.
D’abord, rappelons que le cerveau est divisé en deux hémisphères (le gauche et le droit),
composé chacun de quatre lobes, appelés frontal, pariétal, occipital et temporal. Les
hémisphères cérébraux comportent eux-mêmes plusieurs aires, chacune ayant une fonction
essentielle : aires du langage, de l’émotion, de la sensibilité corporelle, etc.
Un « neuro-mythe » bien connu consiste à dire qu’un individu est du type « hémisphère
gauche » ou qu’un autre fonctionne de préférence avec son « hémisphère droit ». Dans la
conception courante, l’hémisphère gauche est associé à l’objectivité, la logique, le sens du
détail alors que l’hémisphère droit est relié à la subjectivité, la créativité, la globalité. En fait,
les découvertes scientifiques les plus récentes enseignent que le fonctionnement du cerveau
est bien plus complexe et subtil que ne le suggère la croyance populaire. Certes, il est vrai que
certaines fonctions se déroulent davantage dans un hémisphère que dans l’autre. On parle
alors de « fonction latéralisée » : par exemple, le langage mobilise davantage l’hémisphère
gauche alors que la concentration sollicite plutôt l’hémisphère droit. Toutefois, on n’utiliserait
pas systématiquement un hémisphère au détriment d’un autre. Dans la fonction du langage,
par exemple, les deux hémisphères sont sollicités : la formulation et la compréhension du sens
des mots sont plutôt l’affaire de l’hémisphère gauche alors que la connotation émotionnelle
des mots est davantage gérée par l’hémisphère droit. De plus, si une connexion s’établit dans
un lobe de l’hémisphère droit, une autre connexion similaire et de même intensité se produit
dans le lobe équivalent de l’hémisphère gauche, par un système de corrélation cérébrale. En
bref, interdépendants via des connexions qui les relient, les hémisphères travaillent ensemble
par le biais du corps calleux.
Si les processus intuitifs semblent mobiliser plusieurs aires du cerveau, il apparaît que
l’intuition et la créativité se convoquent plus facilement quand le cortex est libéré des
multiples sollicitations habituelles. On retrouve ici la notion fondamentale du « vide mental ».
À ce propos, une étude scientifique récente a démontré qu’un cerveau adulte normal mis dans
des conditions l’empêchant de fonctionner de manière optimale trouve davantage de solutions
novatrices basées sur des intuitions qu’en situation de fonctionnement optimal. Ceci n’est pas
étonnant, dans la mesure où le cortex est ainsi débarrassé d’une partie du « bruit mental »
faisant obstacle à la perception du ressenti intuitif.
Ondes cérébrales et intuition
Au moyen de l’électroencéphalographe, il est possible de déterminer l’intensité de
l’activité cérébrale en mesurant le rythme des pulsations de l’influx neuronal. Ces pulsations
sont ensuite traduites en forme d’ondes à partir desquelles une fréquence, exprimée en hertz
(Hz), est calculée. Les ondes générées par le cerveau sont généralement divisées en quatre
fourchettes, exprimant le degré d’intensité de l’activité neuronale :
– Ondes delta : de 0,5 à 4 Hz, correspondant au sommeil profond.
–Ondes thêta : de 5 à 7 Hz, mesurées dans un état de relaxation profonde, notamment
durant une méditation profonde.
– Ondes alpha : de 8 à 13 Hz, traduisant un état de relaxation légère et d’éveil calme.
– Ondes bêta : 14 Hz et davantage, enregistrées lors des activités courantes ou de sommeil
avec rêve (sommeil paradoxal).
Nous savons désormais qu’un état de vide mental et de relaxation est non seulement
propice à la créativité et à l’intuition, mais est aussi la condition sine qua non d’une séance de
vision à distance réussie. L’objectif est donc d’amener l’intuitif à basculer d’un niveau
d’activité cérébral bêta à un niveau alpha, et ceci peu avant et durant la séance de vision à
distance.
Un état de relaxation légère permet d’optimiser la synchronisation des hémisphères
cérébraux, en mettant l’hémisphère gauche au service de l’hémisphère droit. En séance
intuitive, des enregistrements électroencéphalographiques ont montré une augmentation des
ondes alpha dans l’hémisphère droit ainsi qu’une activation des ondes bêta dans l’hémisphère
gauche. En d’autres termes, l’hémisphère droit sonderait l’inconscient pendant que
l’hémisphère gauche rendrait compte de cette exploration.
L’un des moyens pour atteindre cet état de relaxation manifesté par les ondes alpha est
l’utilisation de sons binauraux. Ces enregistrements auditifs ont la particularité de produire
des sons de fréquences légèrement différentes dans les deux oreilles, facilitant la
synchronisation hémisphérique. Le lecteur trouvera aisément des enregistrements « Hemi-
Sync », libres de droits ou non, sur Internet pour faire l’expérience de cette technique de
relaxation.
Un état de pure conscience
Au-delà des approches purement techniques de relaxation, lesquelles témoignent d’une
efficacité inégale d’un individu à l’autre, ce sont les pratiques naturelles et sans artifice qui
garantissent l’accès au vide mental avec succès.
L’état de pure conscience, qui s’invite quand la conscience est pleinement consciente
d’elle-même, ne peut être atteint que par l’observation attentive et apaisée de l’instant présent.
Cet ancrage dans la présence permet la connexion à l’Essence, à son Soi, qui est
naturellement intuitif. En se montrant présent à ce qui est, l’attention et la sensibilité se
développent. Porter son attention sur la respiration, sur les sensations physiologiques ou
émotionnelles permet d’augmenter sa sensibilité aux ressentis corporels et, in fine, à être
davantage à l’écoute de son intuition.
Cette pratique d’observation neutre et attentive de l’instant présent visant à clarifier et
apaiser son esprit, équilibrer son état émotionnel relève des exercices méditatifs tels que
pratiqués par les bouddhistes. Depuis une dizaine d’années, de nombreuses études
scientifiques ont confirmé les dires des adeptes de la méditation : méditer améliore la capacité
d’attention et de concentration, amplifie le traitement de l’information sensorielle, la mémoire
de travail ou encore la capacité à la prise de décision. En d’autres termes, la méditation
amplifie la conscience. Elle modèle et renforce les circuits neuronaux liés à la concentration
et à la résolution de problèmes, tout en augmentant le sentiment de bien-être et de connexion
empathique.
En 2005, une étude pionnière menée par la neurobiologiste Sara Lazar de l’Université de
Harvard a mis en évidence un épaississement du tissu cérébral du cortex préfrontal gauche –
la région impliquée dans les processus cognitifs et émotionnels – chez des méditants réguliers.
En 2009, la neuroscientifique Eileen Luders de l’Université de Californie a démontré que les
cerveaux de pratiquants expérimentés avaient développé davantage de matière grise que chez
des non-pratiquants, en particulier dans les zones cérébrales impliquées dans les processus
attentionnels, la conscience corporelle et la capacité à moduler ses réactions émotionnelles.
D’autres études ont ensuite confirmé que la méditation de type bouddhiste entraîne un
renforcement des zones cérébrales jouant un rôle dans la mémoire, l’apprentissage, la
perception et la conscience de soi.
L’attention focalisée
La tradition méditative bouddhiste, riche de plus de deux mille cinq cents ans de pratique
monastique, est organisée autour de trois pratiques : l’attention focalisée, la pleine conscience
et la compassion.
L’attention focalisée exige de se concentrer sur un objet, que ce soit sur sa propre
respiration ou encore sur une incantation (un mantra) tout en observant son mental et en
l’invitant à rester concentré sur l’objet d’attention. Quant à la pleine conscience, il s’agit de se
laisser imprégner par l’ensemble des sensations tant intérieures (respiration, douleurs)
qu’extérieures captées par les cinq sens, dans une posture mentale d’accueil, de neutralité et
de non-jugement. Finalement, la compassion consiste à cultiver un sentiment de bienveillance
vis-à-vis d’autrui, notamment par le désir de mettre fin aux souffrances de ses semblables.
Dans la tradition bouddhiste, la pratique méditative est aussi bien la voie royale à la
connaissance de la vraie nature des choses qu’une mise en condition de l’esprit par
l’établissement de l’attention. Le Satipatthana Sutta décrit les quatre applications de la
présence d’esprit, que ce soit l’attention au corps, aux sensations, à l’esprit ou aux objets
mentaux. Selon l’objet d’attention, il peut s’agir de contempler sa respiration, de prendre
conscience de la position de son corps ou de porter son attention sur ses pensées ou ses désirs.
En ce qui concerne l’attention à l’esprit, l’exercice consiste à observer ses pensées de manière
détachée, sans chercher à les chasser, dans un état de quiétude mentale (Samatha) pour aller
au-delà des apparences et accéder à la vision profonde (Vipassana) de tout ce qui existe. Ces
pratiques entretiennent de forts liens de parentés avec les traditions hindoues, lesquelles
enseignent l’art de la concentration de l’esprit (Dharana) ou l’art de la méditation (Dhyana).
La pratique de l’attention soutenue et focalisée est au cœur du dispositif de la méditation
bouddhiste. Ces exercices visant à augmenter la présence d’esprit ont débouché sur la
pratique de la pleine conscience, qui n’est qu’une manière de regarder profondément en soi-
même dans une attitude de patience et de tolérance envers soi. La pleine conscience consiste à
orienter volontairement son attention sur son expérience présente et d’explorer ses propres
pensées, sensations corporelles et perceptions. Elle permet de prendre conscience que les
pensées sont constamment projetées sur la réalité, empêchant de percevoir simplement ce qui
est présent. Par conséquent, grâce à la pleine conscience, les perceptions s’affinent et
deviennent plus subtiles et davantage intégrées. Bien évidemment, ces perceptions
augmentées et aiguisées constituent autant d’aide au développement de l’intuition qu’à la
pratique de la vision à distance.
Une précision importante s’impose : la pleine conscience n’ambitionne pas de vider
l’esprit de toute pensée ou de faire taire le mental. Autant le dire tout de suite, il est
impossible pour un être humain de ne penser à rien. Le cerveau est sans cesse en activité, que
ce soit en état de veille, de sommeil ou de repos, et les pensées conscientes et inconscientes se
bousculent. Pour cette raison, la vocation de la pleine conscience est d’observer, d’examiner
et contrôler le flux de pensées pour apaiser et calmer le mental.
La pleine conscience
À la fin des années 70, ces pratiques méditatives et contemplatives bouddhiques inspirent
un biologiste américain du nom de Jon Kabat-Zinn qui les décline dans une version laïcisée
afin de répondre aux besoins de ses contemporains. En 1979, il inaugure son programme
intitulé « Mindfulness » (état de pleine conscience) à l’University of Massachusetts Medical
School. Son approche est exempte de dimension mystique ou religieuse et ne dépend d’aucun
système de croyance ni d’aucune idéologie. La pleine conscience est essentiellement une
méthode de régulation émotionnelle qui a pour objectif de mobiliser les ressources naturelles
de l’individu pour faire face au stress et à l’angoisse (Mindfulness-Based Stress Reduction
(MBSR)) ou aux états dépressifs (Mindfulness Based Cognitive Therapy (MBCT)).
La méthode de la pleine conscience ne peut s’apprendre qu’en pratiquant : la phase
d’apprentissage et d’entraînement se déroule sur huit semaines, à raison de quarante-cinq
minutes de pratique quotidienne, six jours sur sept. Après cette phase intensive, il est
recommandé de pratiquer régulièrement durant de courtes périodes (par exemple, dix minutes
quotidiennement) plutôt qu’irrégulièrement sur de plus longues périodes (par exemple, une
heure hebdomadairement). La qualité de la pratique est plus importante que la durée des
exercices. Mieux vaut court et centré que long et dispersé. Selon Kabat-Zinn, « ce travail
implique par-dessus tout la pratique régulière et disciplinée de la vigilance et l’appropriation
complète de chaque instant de votre expérience, qu’il soit bon ou mauvais ».
Les bénéfices psychologiques de la pratique de la pleine conscience sont multiples :
amélioration de la régulation des émotions, diminution de la rumination mentale
dysfonctionnelle, augmentation de la tolérance à la détresse psychologique (stress, anxiété),
réduction de la sévérité de la dépression et prévention de la rechute, amélioration des
capacités mentales (meilleure attention, meilleure flexibilité cognitive telle que créativité
verbale, changement de focus attentionnel, décentration de ses pensées) ainsi qu’une
meilleure perception des sensations corporelles. De nombreuses études scientifiques ont
démontré les bienfaits de la méthode, à l’instar de cette étude de l’Université d’Oxford de
2014 mettant en évidence une réduction de 44 % des risques de rechute de dépression.
L’efficacité de la méthode est telle que de nombreuses sociétés multinationales l’utilisent pour
augmenter la productivité de leurs employés tandis que la pleine conscience s’invite dans les
environnements carcéraux et scolaires ou encore chez le corps des Marines pour réduire le
taux de suicide et le stress post-traumatique.
Au-delà de ses bénéfices psychologiques, la pleine conscience favorise un état et une
attitude de laisser-aller, de détente et de contemplation pour son vécu. La méthode développe
également l’ouverture à soi et aux autres puisqu’elle cultive la patience, la persévérance et la
tolérance pour son expérience et celle d’autrui.
Une manière d’être
La pleine conscience est une manière d’être en relation avec sa propre expérience, que ce
soient les perceptions, les pensées ou les sensations corporelles. « C’est un processus qui
consiste à observer le corps et l’esprit de manière délibérée, à laisser vos expériences se
déployer d’instant en instant, et à les accepter telles qu’elles sont » résume Kabat-Zinn. La
méthode revient essentiellement à porter volontairement l’attention sur son expérience
présente et à l’explorer tout en développant une attitude de patience et de tolérance envers soi.
En adoptant la position de témoin impartial de son expérience, l’observateur scrute les
objets mentaux se présentant à son esprit et comprend que le mental a tendance à vagabonder
abondamment et à sauter rapidement d’une chose à l’autre. Il observe également le flot
constant de jugements et de réactions aux expériences intérieures et extérieures. Les pensées,
les jugements, les émotions sont-elles sous contrôle ou est-ce le mental qui nous contrôle ?
Quant aux habitudes, aux automatismes, à quel point dirigent-ils nos existences sans que nous
en soyons complètement conscients ?
« S’identifier au mental, c’est lui donner de l’énergie. Observer le mental, c’est lui enlever
de l’énergie, explique Eckhart Tolle. S’identifier au mental accentue la dimension temporelle.
Observer le mental donne accès à la dimension intemporelle. L’énergie économisée se
transforme en présence ». La pleine conscience est l’art de diriger son attention de trois
manières simultanément : de façon intentionnelle, dans l’instant présent et sans porter de
jugement :
– intentionnelle : c’est un exercice qui demande de la concentration, on est actif, on ne se
laisse pas aller à la rêverie ;
– dans l’instant présent : on est ouvert à ce qui vient, instant après instant, sans chercher à
fuir ce qui est désagréable, ni à essayer de s’accrocher à ce qui est plaisant ;
– sans jugement : on est réceptif et curieux à ce que l’on vit dans le présent, on freine le
réflexe à porter des jugements.
En résumé, l’observateur en pleine conscience reste neutre et silencieux (silence mental)
en examinant l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables,
sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable, ni à rejeter la sensation désagréable.
La conscience de l’instant présent favorise de courtes interruptions dans le flot des
pensées, permettant de calmer le mental. À propos du moment présent, Eckhart Tolle explique
que « plus vous êtes axé sur le passé et le futur, plus vous ratez le présent, la chose la plus
précieuse qui soit. Et pourquoi l’est-elle ? Parce qu’elle est l’unique chose qui soit. Parce que
c’est tout ce qui existe. L’éternel présent est le creuset au sein duquel toute votre vie se
déroule, le seul facteur constant. La vie, c’est maintenant. Il n’y a jamais eu un moment où
votre vie ne se déroulait pas « maintenant » et il n’y en aura d’ailleurs jamais. Par ailleurs,
l’instant présent est l’unique point de référence qui puisse vous transporter au-delà des
frontières limitées du mental. Il est votre seul point d’accès au royaume intemporel et sans
forme de l’Être ».
Le pouvoir de l’intention
Il existe sept attitudes qui sont au cœur de la pratique de la pleine conscience. Seul le
pouvoir de l’intention garantit l’adoption de ces attitudes et seule l’adoption consciente de ces
attitudes garantit une pratique réussie de la méthode. Ces attitudes possédant des affinités
entre elles, cultiver une attitude permet d’adopter les autres avec un moindre effort. Les sept
attitudes sont les suivantes :
– le non-jugement : être témoin impartial de son expérience, devenir conscient du flot
constant des jugements et des réactions aux expériences intérieures ;
– la patience : être ouvert à chaque moment et accepter que les choses ne peuvent se
déployer que selon leur rythme propre ;
– l’esprit du débutant : ne pas laisser ses pensées et ses croyances sur ce que l’on « sait »
empêcher de voir les choses telles qu’elles sont réellement ;
– la confiance : développer une confiance fondamentale en soi et en ses sentiments est un
processus inhérent à la pratique de la pleine conscience ;
– le non-effort : la meilleure façon d’atteindre ses objectifs est précisément d’arrêter de se
fixer des objectifs ou de chercher à obtenir des résultats. La pleine conscience doit être
pratiquée « sans but, ni idée de profit » car on considère que rechercher un bénéfice dénature
l’authenticité de la pratique. La bonne approche est plutôt de commencer à se centrer
soigneusement afin d’observer et d’accepter les choses comme elles sont, en honorant la
réalité telle qu’elle est dans l’instant ;
– l’acceptation : voir les choses comme elles sont réellement dans le moment présent.
Rester réceptif et ouvert à tout ce qui est perçu, ressenti ou pensé et l’accepter parce que
l’expérience est « ici et maintenant » ;
– le lâcher-prise : quand les pensées, les sentiments semblent vouloir camper dans
l’espace intérieur, l’attitude consiste à les inviter à continuer leurs chemins.
Nous allons maintenant explorer deux pratiques de la méthode de la pleine conscience que
vous pourrez mettre à profit afin de préparer et calmer le mental avant chaque séance de
vision à distance. Rappelez-vous qu’effectuer une séance de vision à distance encombrée d’un
mental non-apaisé équivaut à courir un marathon sans préparation, ni échauffement
musculaire. Les deux déclinaisons de la méthode, tant la « pleine conscience du souffle » que
la « méditation du scan corporel », vous permettront de faire le vide mental propice à l’écoute
de votre intuition.
Pour commencer, il est indispensable que toutes les sources de distractions ou
d’interruptions soient éliminées ou réduites à leurs niveaux de nuisance le plus faible possible.
Dans la mesure de vos possibilités, pratiquez la pleine conscience au même emplacement afin
de faciliter l’accommodation de votre corps et de votre esprit à l’environnement. Dans tous
les cas, gardez à l’esprit les mots du maître zen Sekito : « même si le lieu de méditation est
exigu, il renferme l’Univers. Même si notre esprit est petit, il contient l’illimité ». Quant à la
durée, il est recommandé de s’astreindre à un exercice de pleine conscience durant quinze à
vingt minutes avant chaque séance de vision à distance.
La pleine conscience du souffle
Cette méthode peut se pratiquer couché ou assis, l’essentiel étant de privilégier le confort
et la stabilité. Si vous choisissez la position assise, adoptez une posture droite, digne et non
raide, avec la tête, la nuque et le dos alignés verticalement. Cette posture corporelle incarne
l’attitude intérieure de l’ouverture, de la confiance en soi et de l’accueil de soi. Elle permet
aussi au souffle de circuler librement et facilement. Imaginez une corde reliant le sommet de
votre crâne au plafond, cette visualisation vous aidera à tenir une posture adaptée à l’exercice.
La méditation assise se pratique tant sur une chaise qu’au sol. Sur une chaise, asseyez-
vous à distance du dossier, la colonne se soutenant elle-même. Relâchez bien les épaules et
reposez vos mains sur vos genoux. Vos pieds sont posés à plat sur le sol et ne se croisent pas.
Durant l’exercice, vous pouvez choisir de garder les yeux fermés ou ouverts, chaque
approche ayant ses avantages. Les yeux fermés éliminent les distractions visuelles extérieures
mais ouvrent la porte à toutes sortes de distractions internes générées par votre mental, tout en
augmentant le risque de somnolence. Si vous choisissez de garder les yeux ouverts, dirigez
votre regard immobile sur un point fixe au sol en face de vous, à environ 1,50 mètre de
distance.
La pratique de la « pleine conscience du souffle » consiste à diriger son attention sur la
respiration, celle-ci étant le fondement universel de la pratique de la méditation. Il s’agit
d’observer le souffle à plusieurs endroits du corps, que ce soit la narine, la poitrine ou le
ventre. De manière générale, la présence au souffle permet d’apaiser le corps et le mental.
Cette pratique favorise un meilleur degré de discernement de ses pensées et de ses sentiments.
La vigilance et l’éveil sont augmentés, les états profonds de calme et de conscience
concentrée sont décuplés. Finalement, les événements et les productions mentales sont
envisagés avec davantage de clarté et dans une perspective plus globale. Signalons que tous
ces bénéfices sont précisément de précieux alliés pour la pratique de la vision à distance.
Durant l’exercice, ne cherchez pas à forcer votre respiration, ni à contrôler ou modifier
votre rythme. Dirigez seulement votre attention sur le souffle et soyez attentif aux sensations
associées. Si votre esprit vagabonde et n’est plus centré, ramenez-le à votre respiration.
Suivez les étapes suivantes :
1. Installez-vous confortablement assis ou allongé sur le dos.
2. Concentrez-vous sur l’air qui entre et qui sort de vos narines. À l’inspiration, sentez
l’air frais qui passe dans vos narines, puis dans toute la cavité nasale pour descendre ensuite
vers le thorax et les poumons. Puis à l’expiration, portez votre attention sur l’air qui ressort,
l’air s’est réchauffé dans votre corps.
3. Prenez quelques minutes pour observer votre respiration en conscience, c’est-à-dire
pour prendre conscience uniquement du souffle et rien d’autre. Comme si c’était la chose la
plus importante du moment pour vous.
4. Après un certain temps, votre corps ou votre esprit en aura assez et réclamera autre
chose, que ce soit changer de position ou faire quelque chose de tout à fait différent.
Chaque fois que vous remarquez que votre esprit s’est détourné du souffle, notez ce qui
vous a distrait puis ramenez doucement votre attention à vos narines et à la sensation du
souffle entrant et sortant.
En ramenant votre attention au souffle de manière répétée chaque fois qu’elle s’égare,
votre concentration se construit et s’approfondit. En même temps, vous développez la
patience et vous vous entraînez à ne pas juger. Ne tenez pas rigueur à votre esprit quand il
perd l’attention.
Durant l’exercice, toutes sortes de pensées surgissent dans votre esprit. Observez vos
pensées comme des événements distincts qui apparaissent dans le champ de votre conscience.
Évitez d’être pris volontairement dans le contenu des pensées et notez plutôt leur contenu et la
quantité de « charge » qu’elles comportent. Peu importe la charge qu’elles contiennent, laissez
les passer et centrez-vous à nouveau sur votre respiration. Laisser passer les pensées ne
signifie pas les supprimer. Essayer de les supprimer créera davantage de tensions, de
problèmes et de frustrations. Contentez-vous d’observer vos pensées et restez attentif aux
sensations et au moment présent.
Si vous ressentez de l’inconfort, ces sensations d’inconfort font partie de votre expérience
du moment présent et deviennent donc des objets d’observation. La meilleure façon de les
examiner est de les accueillir quand elles se présentent plutôt que d’essayer de les chasser
parce qu’on ne les apprécie pas. En restant assis avec quelque inconfort et en l’acceptant
comme constitutive de votre expérience du moment, vous découvrirez qu’il est possible de se
détendre dans l’inconfort physique.
La méditation du scan corporel
Cette pratique consiste à déplacer votre attention sur les différentes parties de votre corps
et votre souffle, allongé sur le dos. Cette technique développe tant la concentration, la
souplesse de l’attention que la connexion aux sensations corporelles. Durant l’exercice, vous
maintenez une attention vigilante sur votre corps, en « scannant » chaque partie de votre
corps, des pieds au sommet de la tête. Suivez la séquence suivante :
1. Allongez-vous sur le dos, confortablement. Vos mains sont ouvertes, les paumes
tournées vers le haut.
2. Laissez les yeux se fermer doucement.
3. Sentez votre ventre se soulever puis s’abaisser à chaque inspiration et à chaque
expiration.
4. Prenez un peu de temps pour sentir votre corps dans sa « totalité », de la tête aux
orteils, l’enveloppe de votre peau, les sensations associées au toucher aux endroits où vous
êtes en contact avec le sol.
5. Dirigez votre attention vers les orteils du pied gauche. Dirigez votre respiration vers
eux, si bien que vous imaginez inspirer vers vos orteils et expirer depuis vos orteils. Imaginez
que votre respiration voyage dans votre corps en descendant depuis le nez, traverse les
poumons, puis continue au travers de l’abdomen pour descendre dans la jambe gauche
jusqu’aux orteils. Puis, votre respiration remonte en parcourant le chemin inverse et sort par
les narines.
6. Dirigez successivement votre attention vers la plante du pied, le talon, le cou-de-pied
et la cheville, continuant à inspirer et à expirer depuis chaque région, tout en observant les
sensations dont vous faites l’expérience. De cette manière, continuez à remonter lentement
dans votre jambe gauche et dans le reste de votre corps, tout en maintenant votre attention
sur le souffle et sur le ressenti de chaque région que vous abordez, respirez avec elle et
laissez-la vous quitter.
Le scan corporel empreinte généralement ce parcours : commencez par les orteils du pied
gauche, remontez lentement dans le pied et la jambe pour arriver au bassin. Du bassin, allez
aux orteils du pied droit et remontez dans la jambe droite pour revenir au bassin. De là,
traversez le torse, en passant par le bas-ventre et l’abdomen, la poitrine, le haut du dos et les
épaules. Dirigez-vous ensuite vers les doigts et les deux mains et remontez simultanément
dans les deux bras pour revenir aux épaules. Puis, parcourez la nuque et la gorge, finissez par
toutes les régions du visage, y compris l’arrière et le sommet de la tête. Vous terminez en
respirant par un trou imaginaire situé au sommet de la tête, à l’image de l’évent d’une baleine.
Pour cet exercice, le principe de base est le même : à chaque fois que votre esprit s’égare,
ramenez le vers le souffle et la région sur laquelle vous étiez centré.
La vacuité absolue
Au carrefour de la science et de l’art, la vision à distance se nourrit de l’intuition créative.
Seul un ancrage dans cette présence faite de « vide plein » permet la connexion à l’état de
« pure conscience », nous reliant au flux intuitif, celui-là même qui transcende les notions de
temps et d’espace. Cette pure conscience exprime la vacuité absolue, renvoyant au tongpa nyi
de la tradition tibétaine (tongpa : le vide inconcevable ; nyi : la possibilité que tout peut
advenir). Cette vacuité est un vide plein, en écho au vide quantique rempli d’informations et
de potentialités non réalisées. Un vide plein qui fonctionne comme un espace de tous les
possibles dans lequel tout peut apparaître, disparaître ou se transformer en vertu de
l’interdépendance des phénomènes.
Exercer le vide en soi de manière régulière est donc essentiel à la pratique de la vision à
distance sur un terrain mental favorable, aménagé pour l’accueil d’un état de pleine
conscience.
Chapitre V. Les principes fondamentaux
« La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que l’information »
Albert Einstein
Développés par le Stanford Research Institute et déployés par le programme Stargate, les
principes fondamentaux de la vision à distance constituent l’essence et la charpente de la
méthode. Il s’agit essentiellement d’un ensemble de règles et de « bonnes pratiques », mises
au point par « essai-erreur » tant par les scientifiques que par les militaires, qui ont prouvé
leur efficacité en résistant à l’épreuve du temps. Il est donc essentiel d’observer et d’appliquer
ces principes du mieux que vous le pouvez.
Nous sommes tous dotés d’intuition. Présente à l’état latent, il s’agit d’une capacité
naturelle qui ne demande qu’à être développée. À la manière d’un muscle, c’est en sollicitant
l’intuition qu’elle se renforce. Plus vous exercerez votre intuition par la vision à distance, plus
votre intelligence intuitive se développera, ceci améliorera mécaniquement la qualité de vos
séances de vision à distance, alimentant ainsi un cercle vertueux de développement de votre
intuition.
Faire le vide mental
Si le flux intuitif est incessant et constant, il présente l’inconvénient d’être subtil et de ne
transférer qu’une quantité limitée d’informations à la fois. Votre premier défi sera donc
d’établir la connexion à ce flux délicat et de « lire » et « décoder » l’information intuitive avec
précision.
Parce que le signal transmis à la conscience par nos cinq sens est plus fort et grossier que
le flux intuitif, il est primordial de l’affaiblir avant et pendant votre séance de vision à
distance afin que ce signal ne se superpose, ni ne « brouille » la connexion au flux intuitif.
C’est l’une des raisons pour laquelle la pratique de la méditation est fortement recommandée
quelque vingt minutes avant une séance intuitive.
Au-delà de l’aspect sensoriel, la méditation a pour effet de calmer votre mental, comme je
l’ai expliqué dans le chapitre précédent. Elle favorise également la concentration, faculté
indispensable à la mobilisation de votre « conscience intentionnelle », elle aussi essentielle à
la réussite d’une séance de vision à distance. En limitant les monologues incessants de votre
conscient par-dessus votre subconscient, la connexion et le dialogue avec ce dernier en seront
renforcés.
La vision à distance exige de se mettre en état de réceptivité sensitive en incitant vos sens
à regarder, sentir, toucher et écouter en faisant usage de votre subconscient et à retranscrire
votre ressenti avec votre conscient. Inévitablement, la connexion à l’« Essence » s’effectue
par « les sens ».
À l’instar de la télépathie, la vision à distance s’appuie sur la notion de « ressenti » pour
assurer le transfert d’informations du subconscient au conscient. Signalons
qu’étymologiquement le terme « télépathie » se compose du mot « télé » qui signifie
« distance » et de « pathie » qui se réfère à la faculté de ressentir, venant du grec « pathos »,
à savoir « ce que l’on ressent ». Le mécanisme sous-jacent au fonctionnement de la vision à
distance ou de la télépathie est donc ancré dans le ressenti, et non dans la pensée ou
l’intellect.
Désapprendre pour apprendre
L’influence des conditionnements culturels, des dogmes collectifs et des croyances
solidement ancrées depuis l’enfance constituent autant d’obstacles à l’adoption d’une attitude
et d’une posture mentale favorables à la vision à distance. Il est donc conseillé d’en faire
« table rase », de gommer ces conditionnements afin de susciter et d’accueillir l’expérience
intuitive. Remémorez-vous l’enfant que vous étiez, expérimentant dans la spontanéité, la
curiosité et l’éveil, libéré de l’enjeu et de l’obligation du résultat. C’est en cultivant cet
« esprit du débutant », en gardant l’esprit ouvert aux potentialités que vous serez le mieux
disposé à faire l’expérience de la non-localité de votre conscience et à naviguer dans un
espace où numinosité et entropie sont démultipliées. À ce propos, le fameux neuro-psychiatre
italien Roberto Assagioli n’affirmait-il pas que « l’intuition est principalement catalysée par
l’élimination des nombreux obstacles prévenant son déploiement ».
Organiser la collaboration entre les deux hémisphères cérébraux
Lors d’une séance de vision à distance, l’hémisphère gauche est principalement engagé
dans des activités rationnelles, telles que la prise de notes, le respect du protocole, l’évaluation
de la situation. L’hémisphère droit, quant à lui, mobilise les ressentis intuitifs.
Dans la plupart des activités de la vie quotidienne, l’activité de l’hémisphère gauche
étouffe, voire parasite celle de l’hémisphère droit. Le protocole de la vision à distance est
conçu de telle manière qu’il réduit cet effet en mettant l’activité de l’hémisphère gauche au
service de l’hémisphère droit, tout en les faisant travailler alternativement. L’objectif est
d’occuper le mental au maximum (qui ne sait faire qu’une seule chose à la fois) avec le
respect des règles dictées par le protocole afin de réduire au silence ses tentatives
d’interprétations. De plus, en alternant la participation des deux hémisphères par un jeu de
questions-réponses, le protocole permet d’atteindre un état où cerveaux gauche et droit
collaborent et communiquent plus facilement entre eux, améliorant ainsi la qualité de la
séance.
Mentionnons encore que l’observation par électroencéphalogramme (EEG) de l’activité
cérébrale d’un intuitif en séance de vision à distance montre que l’activité de l’hémisphère
droit augmente au fur et à mesure que la séance avance. Ces mesures confirment les comptes
rendus des intuitifs affirmant que la connexion au flux intuitif s’intensifie au fil des six étapes
du protocole. En fin de séance, l’EEG indique que l’activité cérébrale retourne à la
« normale », témoignant de la fatigue mentale de l’intuitif.
Comprendre le mécanisme de connexion au flux intuitif
Une séance de vision à distance s’apparente à une recherche d’informations sur le Google
cosmique ou dans le Cloud de l’Univers. Vous êtes constamment et totalement aux
commandes de votre recherche d’informations. C’est précisément parce que vous contrôlez
les actions et le rythme de votre séance que cette discipline se nomme « controlled remote
viewing » en anglais. Puisqu’en séance intuitive votre conscience est dans un état de
fonctionnement normal (ondes bêta ou alpha) et qu’elle reste fixée à votre enveloppe
corporelle, la vision à distance se distingue des expériences de sortie hors du corps ou de
« voyage de l’âme ». Rappelons également que la spécificité de la vision à distance est de
s’appuyer sur un protocole offrant un cadre pratique structuré, rigoureux et permettant la
description d’endroits, d’événements, d’artefacts ou d’individus au-delà des contraintes
spatiales et temporelles.
Le mécanisme de recherche d’informations intuitives sollicite tout d’abord votre
subconscient. Celui-ci a pour fonction de se connecter au flux intuitif et d’acheminer
directement l’information au système nerveux autonome. À la réception du flux intuitif, le
système nerveux autonome convertit cette information en un mouvement musculaire réflexe,
produisant à son tour un idéogramme (première étape du protocole). C’est la conversion du
flux intuitif en un mouvement réflexe qui permet à l’information de franchir le seuil du
subconscient pour se loger dans les franges inférieures de votre conscient. Votre tâche est
ensuite d’interroger et de décoder cette information pour l’objectiver sur le papier en suivant
les règles du protocole.
Représentation schématique du mécanisme sous la forme d’un iceberg
Lors de la réception de l’information rendue possible par l’exécution de l’idéogramme, le
flux intuitif est systématiquement faible et ténu, à l’image d’une connexion à faible bande
passante. C’est en suivant scrupuleusement les différentes étapes du protocole que vous
maintiendrez le contact avec le flux et que vous renforcerez votre connexion avec lui. Cela
aura pour conséquence d’augmenter la largeur de la bande passante, facilitant le « débit » et
augmentant la quantité d’informations transmises par le flux. En d’autres termes, plus vous
avancerez dans votre séance intuitive, plus les informations seront abondantes et promptes à
se manifester.
Plusieurs rôles, différentes séances
Idéalement, la vision à distance se pratique en équipe. Il est d’usage que plusieurs intuitifs
travaillent en double aveugle sur une même cible et rapportent tant indépendamment
qu’individuellement les résultats de leurs séances à un point de contact unique, généralement
un chef de projet, chargé de la collecte, de l’analyse et de la synthèse des données. Menée en
équipe, une séance de vision à distance mobilise plusieurs rôles :
–L’intuitif : son rôle est de décrire ses ressentis intuitifs en suivant le protocole de vision
à distance.
– L’administrateur : sa responsabilité principale consiste à sélectionner, préparer et
organiser les cibles qui font l’objet des séances intuitives. Ces cibles doivent répondre à des
critères bien précis : elles doivent être pourvues de caractéristiques physiques distinctes
permettant de les identifier. Mentionnons, à titre d’exemple, un paysage jouissant de
propriétés topologiques uniques (par exemple, Monument Valley) ou encore un artefact
possédant des attributs distinctifs (par exemple, la Tour Eiffel). Aussi, on reconnaît une
cible de qualité au fait qu’elle se « détache » de son environnement et qu’elle capte
l’attention de l’intuitif. En condition de « double aveugle », il va de soi que l’administrateur
s’abstiendra de tout contact avec quelconques participants, que ce soit avant ou pendant la
séance.
Cible de bonne qualité : présence de contrastes entre les formes, les lignes et les contours
contenus dans sa structure et présentant des éléments distinctifs captant l’attention.
Cible de mauvaise qualité : absence d’éléments attirant l’attention, le contenu est
uniforme et l’avant-plan se détache indistinctement de l’arrière-plan.
– Le facilitateur : sa tâche est de guider, d’accompagner et d’assister l’intuitif durant sa
séance en s’assurant qu’il adhère à la structure du protocole et en lui donnant du feedback.
Si l’intuitif est le pilote, le facilitateur est le copilote : il s’assure que les règles et le trajet de
navigation intuitif sont respectés.
–L’analyste : il est chargé d’analyser les descriptions de l’intuitif, en les triant, les
organisant et les synthétisant afin de formuler une conclusion sur la nature de la cible.
Comme il n’est pas toujours aisé de mettre en place une équipe, il est tout à fait
envisageable de cumuler soi-même ces rôles afin de mener une séance intuitive en solo,
même si cela n’est pas idéal d’un point de vue méthodologique. Toutefois, afin de garantir un
maximum de rigueur et d’objectivité dans la préparation, la conduite et l’analyse de la séance,
il conviendra de prendre des mesures de précaution méthodologique supplémentaires. Les
types de séances les plus courantes, qui diffèrent selon la présence ou non d’un facilitateur et
de la quantité d’informations fournies à l’avance sur la cible, sont les suivantes :
–Séance menée en solo et conduite en aveugle, la cible est déterminée par un
administrateur ou par un ordinateur (pratique dont les applications sont multiples)
–Séance menée en équipe, avec l’aide d’un facilitateur et en « simple aveugle ». Dans ce
cas, l’intuitif ne connaît pas la cible, le facilitateur la connaît (pratique appliquée en
formation)
– Séance menée en équipe, avec l’aide d’un facilitateur et en « double aveugle »,
signifiant que ni l’intuitif, ni le facilitateur ne connaissent la cible (pratique appliquée en
projet opérationnel)
Les facteurs de réussite
En fin de compte, le succès d’une séance intuitive se mesure principalement à deux
éléments : la faculté à réceptionner et décoder correctement le flux intuitif ainsi que la
capacité à contrôler les productions parasites du mental (déduction, imagination, souvenir).
La maîtrise de la vision à distance repose essentiellement sur ces trois ingrédients :
– L’aptitude naturelle à l’intuition : il s’agit d’une capacité innée. Vous travaillerez votre
intuition en partant de votre capital d’intelligence intuitive. Les moins intuitifs partiront de
zéro, les autres d’un capital plus ou moins important. On parle ici de « don » ou de
« talent », c’est-à-dire de l’art de réussir aisément ce que d’autres envisagent difficilement.
–La persévérance : l’apprentissage de la méthode de la vision à distance ainsi que sa
pratique constituent un véritable voyage aux confins de la conscience. Tout comme dans la
pratique d’un art, celle de la vision à distance n’a pas de fin de en soi et nombreuses seront
les merveilleuses leçons que ce voyage vous enseignera. Même si vous êtes naturellement
intuitif, les protocoles de la vision à distance structureront et renforceront votre musculature
intuitive, puisqu’en vérité un don sans technique n’est souvent qu’une mauvaise manie.
– La pratique : chaque séance intuitive est une opportunité d’apprentissage et de
perfectionnement. Vous apprendrez davantage de vos erreurs que de vos réussites. Plus
vous pratiquez, plus fort et plus rapide sera le développement de votre intuition. Visionner
une vidéo d’exercices physiques ne renforcera pas votre paroi abdominale, pas plus que le
fait de lire cet ouvrage développera votre intuition. Vous devez faire travailler
régulièrement votre intuition. La bonne nouvelle, c’est que la vision à distance est le
meilleur outil pour muscler votre intelligence intuitive. La pratique régulière de la vision à
distance est donc une condition indispensable au développement de votre intuition ainsi
qu’à vos progrès en séance intuitive.
Le processus d’apprentissage de la vision à distance est semblable à celui qui vous
amènera, dans la peau d’un joueur de football, à faire trembler les filets adverses. En
quelques leçons, vous apprendrez à dribbler sur quelques mètres ou à vous démarquer sur un
espace libre. Ensuite, pour atteindre un niveau vous permettant de jouer en troisième ligue, il
sera nécessaire de poursuivre les entraînements et de participer à de nombreuses rencontres.
Finalement, pour jouer en première ligue au niveau professionnel, votre pratique du football
devra s’accompagner d’une discipline conséquente à laquelle s’ajoutent peut-être les
services d’un coach personnel vous amenant à perfectionner votre technique de dribble et de
frappe, à améliorer votre condition physique ou optimiser votre préparation mentale.
L’état d’esprit adéquat
L’état d’esprit joue un rôle capital dans la réussite d’une séance intuitive. Tout d’abord,
vous devez être en résonance avec votre intention de vous ouvrir aux manifestations
intuitives et de vous les approprier. Ces ressentis ne sont pas des abstractions intellectuelles, il
s’agit au contraire de perceptions que vous devez assimiler et expérimenter. Vous êtes seul
responsable de la manière dont vous posez votre intention et de la façon dont vous accueillez
vos propres perceptions.
Lors d’une séance, adoptez la posture de l’observateur, et en aucun cas celle du juge, de
l’évaluateur ou du critique. Le protocole est là pour vous aider à maintenir cette posture
mentale, fiez-vous à sa structure et laissez-vous guider, en toute confiance, au travers des
étapes. L’observation des intuitifs les plus performants a montré que la confiance en soi, le
lâcher-prise et le détachement sont des qualités fondamentales dans l’exercice de la vision à
distance.
En séance, la confiance en soi s’illustre par la capacité à s’extraire de ses habitudes de
pensée, de ses conditionnements et de sa zone de confort. Cela implique typiquement
l’élimination de conditionnements émotionnels latents (tels que la peur ou le doute) faisant
obstacle au mécanisme intentionnel, celui-là même essentiel à la vision à distance. Pour
gagner en confiance en soi, la méthode consiste à reconnaître le caractère illusoire et
irrationnel de ces conditionnements et de prendre conscience que le meilleur moyen de
matérialiser l’impossible est de réaliser que c’est possible. Faites confiance à votre
intelligence intuitive.
Le renforcement de la confiance en soi doit naturellement mener au lâcher prise. Lors
d’une séance intuitive, votre mental cherchera à juger, analyser ou encore rationnaliser vos
actions. Pour l’empêcher, veillez à vous figer dans l’instant présent, sans vous mettre de
pression inutile et sans vous imposer une exigence de résultats. La posture mentale adéquate
consiste à avoir du plaisir et à s’amuser, libéré de toutes obligations de résultat. Le lâcher
prise revient donc à rester à l’écoute de votre intuition, en vous abstenant d’établir des attentes
qui perturberont inévitablement le déroulement de votre séance intuitive. En somme,
contentez-vous de décrire vos perceptions et de suivre le protocole. Soyez dans la posture de
l’observateur, pas dans celle de l’examinateur critique de votre performance.
Une fois la séance terminée, vous serez amené à analyser les descriptions de vos ressentis
en les comparant avec la cible. À ce moment-là, considérez vos échecs comme une richesse :
ils constituent autant de leçons et d’occasions de s’améliorer.
Avant votre séance, certaines pratiques aident au lâcher prise. La meilleure est celle de la
méditation de la pleine conscience, telle que décrite dans le chapitre précédent. Sinon, une
alternative est de s’adonner à un passe-temps qui relaxe, intrigue ou recentre votre attention,
l’essentiel étant que cette activité occupe votre esprit sans le stimuler de manière excessive.
Troisième et dernière qualité, cultiver le détachement permet la prise du recul vis-à-vis
de la perception de soi et de l’attachement que manifeste l’ego à celle-ci. Se détacher de son
« image » favorise l’accueil de nouvelles situations, la prise des risques et l’acceptation du
changement. L’ultime enseignement de la vision à distance est que votre conscience n’est pas
limitée par l’espace et le temps et que vous êtes davantage que votre corps et votre cerveau.
Croyez-moi, vous arriverez à cet enseignement par vous-même, par la pratique de la vision à
distance, en explorant les confins de votre conscience. En somme, la capacité à se détacher
des automatismes égotiques est une condition indispensable à l’exploration et au
développement de votre intuition.
Finalement, signalons que l’attitude d’ouverture et d’accueil propre à l’esprit de la vision
à distance rime avec patience et lenteur. Il n’est pas ici question de lenteur dans l’exécution
de la séance intuitive mais d’une lenteur contrôlée, empreinte d’attention et sollicitant une
absence de jugement ainsi qu’une acceptation de ce qui est. Par conséquent, l’impatience, la
précipitation et l’irrésistible tentation de sauter les étapes du protocole pour nommer et
identifier la cible sont autant d’écueils à éviter.
Pour conclure, retenons que tant l’intuition que la vision à distance demandent de
l’ouverture, de la confiance, du lâcher prise, du détachement, de la patience et de la
détermination.
Précautions
La vision à distance sollicitant vos capacités d’intention et d’attention, vous devez donc
ménager votre corps et votre esprit afin que ces aptitudes fonctionnent de manière optimale
durant la séance intuitive.
Tout d’abord, avant de mener une séance, assurez-vous d’être suffisamment reposé.
Comme la fatigue amoindrit les facultés conscientes, la collaboration du conscient avec le
subconscient est affaiblie à son tour, diminuant la qualité générale de vos ressentis. Ensuite,
prenez garde à être rassasié mais sans exagération. La sensation de faim et celle d’avoir trop
mangé provoquent des signaux que le mental a dus mal à ignorer. Cela aura pour conséquence
de perturber votre capacité attentionnelle. Somme toute, vous fonctionnerez de manière
optimale quand votre corps sera correctement reposé, alimenté et hydraté.
Les substances psychostimulantes qui accélèrent l’activité du système nerveux sont à
proscrire. Le café, la nicotine ou d’autres stimulants plus puissants ne vous aideront pas à
« réussir » votre séance. Il en est de même pour l’usage de médicaments neuroleptiques et
d’antidépresseurs. Toutes ces substances altèrent la capacité à détecter vos ressentis intuitifs,
et ensuite à les décoder de manière appropriée. Parce qu’elles portent en elles une empreinte
chimique, ces substances déforment vos perceptions, votre capacité à traiter l’information
intuitive en sera inévitablement affectée.
L’intensité avec laquelle vous portez de l’attention à vos ressentis joue un rôle déterminant
dans la qualité de la connexion à votre flux intuitif. Votre capacité à l’attention, qui organise la
sélection d’informations sensorielles, peut facilement être amoindrie par des distracteurs
(pensées internes ou stimuli externes) amenant à un phénomène de dispersion de l’attention. Il
est d’autant plus important de veiller à l’intensité de votre attention qu’elle mobilise un réseau
neuronal partageant des structures communes avec les aires impliquées dans la motivation et
la mémorisation.
Les traits de personnalité
Dans le cadre du processus de recrutement des intuitifs pour le programme « Stargate »,
les scientifiques du Stanford Research Institute ont interrogé des dizaines, voire des centaines
de civils et de militaires. Ces entretiens ont permis d’identifier un certain nombre de traits de
personnalité, d’aptitudes ou de prédispositions mentales constituant autant de signes d’une
potentialité élevée à la vision à distance :
–Être capable de concevoir la perception d’informations au-delà des cinq sens,
d’envisager que le monde matériel dérive d’une structure immatérielle et fondamentale ou
encore que le temps, tel que nous le percevons, est une illusion.
– Être au bénéfice d’une curiosité intellectuelle développée, démontrer une aptitude à
l’accueil et à l’exploration de la nouveauté tout en ayant un goût prononcé pour les sentiers
intellectuels les moins fréquentés.
–Être en relation avec sa créativité en prenant le temps et le soin de la cultiver, quelle
que soit la forme d’expression de cette créativité (peinture, écriture, chant, cuisine,
jardinage). Plus vous sollicitez votre créativité, plus vous développez votre intuition, et vice
versa, car ces deux modalités se complètent. L’expression de la créativité est essentielle à
une vie intuitive épanouie.
– Être conscient, réceptif et à l’écoute de son ressenti corporel et de son
fonctionnement mental. La vision à distance exige que vous sachiez regarder à l’intérieur
de vous-même tout en contrôlant certains processus mentaux et corporels. En tant
qu’intuitif, il est capital de pouvoir rapporter de l’information intuitive sans les incessantes
interférences du mental qui n’a cesse d’analyser, de critiquer ou de tirer des conclusions sur
vos ressentis.
En séance, votre subconscient perçoit tandis que votre conscient se charge de traduire ses
perceptions intuitives en images et en mots. C’est ici que l’étendu de votre vocabulaire actif
intervient. Plus votre vocabulaire est riche, fait de nuances et de subtilités, plus vous aurez de
la facilité à décrire les ressentis captés par votre subconscient.
L’étendue et la qualité de votre vocabulaire influencent vos schémas de pensée, à tel point
que si vous ne connaissez pas un mot pour décrire quelque chose, celui-ci échappe
partiellement à votre réalité. Dans un tel cas, quand bien même votre subconscient ressentira
cette chose, votre conscient n’en fera pas l’expérience puisque le terme la désignant vous
échappe. On estime qu’un adulte, en moyenne, utilise 3’000 mots dans la vie de tous les jours.
C’est le vocabulaire dit « actif », différent du vocabulaire dormant qui se compose de 5’000 à
30’000 mots en fonction de la richesse culturelle de chacun. Bref, afin de décrire au mieux
vos ressentis intuitifs (nuances de couleurs, textures, formes, dimensions, etc.), il est vivement
recommandé d’enrichir votre vocabulaire actif en la matière.
Le temps sidéral et le champ géomagnétique
Selon le mathématicien anglais James Spottiswoode, il semblerait que certaines heures
soient plus propices à la vision à distance que d’autres. Pour arriver à cette conclusion,
Spottiswoode a étudié le temps sidéral, différent du temps solaire habituel. Le temps sidéral
est le temps des étoiles, il permet de se repérer indépendamment du mouvement de rotation
autour de la Terre. En astronomie, il est défini par l’ascension droite des objets qui passent au
méridien à un instant donné. Comme le temps sidéral définit les positions des angles horaire
et équatorial, on dit qu’il est davantage un angle sidéral qu’un temps.
En conclusion d’une méta-analyse statistique22, Spottiswoode a montré que le niveau de
performance des perceptions extrasensorielles (mesuré par le degré d’exactitude des comptes
rendus de vision à distance) augmente de 350 % si elles sont menées dans un intervalle de 30
minutes avant ou après 13 h 47 de l’heure sidérale locale. Des outils sur le web proposent de
calculer votre heure sidérale locale en fonction de vos coordonnées géographiques (latitude et
longitude)23.
Autre découverte du scientifique britannique, le champ géomagnétique terrestre
impacterait lui aussi la qualité des perceptions extrasensorielles. Celles-ci seraient meilleures
lorsque l’intensité du champ magnétique est faible (absence d’orages magnétiques).
L’intensité du champ magnétique peut, elle aussi, être consultée sur le web24.
Les clefs de l’apprentissage
Les études scientifiques menées au sein du Stanford Research Institute ont identifié
plusieurs facteurs à même d’accélérer le développement de l’intelligence intuitive ainsi que la
courbe d’apprentissage de la vision à distance :
– Le nombre d’heures et la fréquence de la pratique. L’intuition est comme un muscle :
plus on l’entraîne, plus elle se développe. Tout comme on risque la blessure musculaire à
force de trop solliciter un muscle, on risque de surmener les processus mentaux sous-jacent
à l’intuition en négligeant le repos. Il est donc nécessaire de suffisamment pratiquer, mais
sans excès.
–Le rythme auquel le facilitateur introduit de nouveaux concepts dans le cursus
d’apprentissage ainsi que l’intensité du renforcement pédagogique à l’attention de l’intuitif.
– Le type de cibles utilisées au cours des différentes séances intuitives. Afin de
développer l’intelligence intuitive dans sa totalité, il est recommandé d’exposer l’intuitif à
une variété importante de cibles. En étant confronté à des ressentis intuitifs de natures
diverses faisant intervenir des environnements naturels, artificiels, des émotions ou encore
des concepts différents, on entraîne l’intuition sous tous les angles.
La mise en pratique de ces facteurs suppose un travail d’équipe, entraînant la
collaboration entre un administrateur (qui prend soin de sélectionner des cibles pertinentes et
variées), un facilitateur (qui guide l’intuitif durant sa séance) et un analyste.
La participation du facilitateur est essentielle à l’acquisition graduelle, structurée et
durable des compétences intuitives. Son rôle consiste à s’assurer que l’intuitif possède toutes
les connaissances préalables aux objectifs d’apprentissage, tout en contrôlant la manière et le
rythme d’introduction des nouveaux concepts et d’outils de la vision à distance. Le facilitateur
a la responsabilité de guider l’intuitif dans son parcours d’apprenant en l’amenant à
s’interroger sur son expérience par diverses techniques de coaching. La pratique est
évidemment au cœur du processus d’apprentissage : le facilitateur accompagne et guide
l’intuitif tout au long des six étapes constitutives du protocole de la vision à distance en
s’assurant que l’intuitif respecte la structure du protocole, en communiquant continuellement
ses observations et ses conseils et en injectant des éléments théoriques ou contextuels pour
donner du sens à l’expérience.
Les modalités d’apprentissage de la vision à distance sont similaires à celles de la
conduite d’une automobile. Vous pouvez apprendre la conduite par vous-même, en
autodidacte, ou sous la supervision d’un moniteur d’auto-école. Grâce à son expertise, vous
faites l’acquisition de compétences de manière graduelle et structurée, vous accélérez votre
vitesse d’apprentissage, vous avez la garantie d’adopter immédiatement les bons
automatismes en minimisant le risque d’ancrage de mauvaises habitudes et, surtout, vous
bénéficiez d’un feedback instantané sur chacune de vos actions. Et bien, il en va de même
pour l’apprentissage de la vision à distance.
Pour que l’apprentissage soit efficace, il est impératif qu’un feedback soit donné
immédiatement afin que l’intuitif identifie, sans délai, la perception intuitive à l’origine de la
réponse correcte avec le ressenti qui y est associé. Le feedback instantané permet également
de renforcer la confiance en ses propres capacités intuitives en mettant en exergue les
réponses correctes. Je rappelle que toute séance doit s’acheminer sur un feedback à l’intuitif
(révélant l’identité de la cible) afin que celui-ci apprenne de ses succès, mais surtout de ses
erreurs. Pour cela, il est essentiel que la cible existe ontologiquement et contienne
suffisamment d’éléments distinctifs pour permettre un feedback.
Dans cet esprit d’amélioration continue de votre apprentissage, pensez à conserver
l’ensemble des comptes rendus de vos séances, de les dater et d’y adjoindre la description de
la cible (sous forme de texte ou de photographie). De cette manière, vous serez à même de
mesurer vos progrès sur le moyen et long termes.
Dernière chose, les scientifiques du Stanford Research Institute ont remarqué que les
progrès de l’apprenant sont plus rapides quand une leçon se termine sur un « succès » suivi
d’une pause prolongée précédant la leçon suivante. Cette technique assure une assimilation
plus profonde de la compétence à l’origine du « succès » en la fixant dans la psyché de
l’intuitif.
Ce que vous pourrez accomplir
Comme l’intuition est une capacité naturelle, toute personne est capable de vision à
distance. « Au cours de nos expériences, nous n’avons pas trouvé une seule personne qui ne
soit pas capable d’apprendre à percevoir à distance au-delà des cinq sens, que ce soit des
bâtiments, des routes ou des gens » affirmaient Harold Puthoff et Russell Targ, scientifiques
au SRI25. Cette affirmation date du milieu des années 70 et elle n’a pas été démentie à ce jour.
Un document déclassifié du SRI, rédigé en 1983, confirme que « la capacité à percevoir à
distance n’est pas spécifique aux individus doués. Après avoir étudié ces individus, nous
avons mis en place une formation ainsi que des exercices pratiques qui permettent à tout un
chacun d’exploiter cette faculté avec succès ». Un autre rapport « secret » rédigé par la
Defense Intelligence Agency sur le projet « Grill Flame », datant du 19 octobre 1983, précise
que « les résultats indiquent que la performance augmente au fur et à mesure de la formation.
Avant celle-ci, seulement 22 % des réponses étaient considérées comme « bonne » ou
« excellente » alors qu’après la formation, ce chiffre a grimpé à 66 % ».
Mentionnons également les études du Psychophysical Research Laboratories de
l’Université de Princeton, menées entre 1983 et 1989, qui ont, elles aussi, prouvé que la
vision à distance est une faculté qui se développe avec l’apprentissage et l’entraînement.
Au fur et à mesure que l’intuitif pratique la vision à distance, son intuition se développe.
Ainsi, un débutant devrait être à même de décrire un Gestalt. Si vous utilisez des termes tels
que « je ressens que », c’est l’indication que vous êtes sur la bonne voie.
Arrivé au niveau intermédiaire, un intuitif est capable de ressentir les émotions associées à
la cible. Quelles émotions se dégagent du site ? Quels ressentis émergent de l’événement ?
Appréciez-vous ces ressentis ou, au contraire, cherchez-vous à les fuir ? Globalement,
appréciez-vous la cible ? Que vous inspire-t-elle ?
Au niveau avancé, vous êtes apte à percevoir les différents contextes qui « habitent » la
cible, tout en explorant les idées et les concepts articulés par celle-ci. Il est question ici du
sens et de la signification de la cible. Quels sont les liens entre les différents éléments présents
sur la cible ? Qu’est-ce qui les anime, quelles sont leurs origines et leurs intentions ?
Chaque intuitif est différent. Certains sont sensibles aux dimensions, aux couleurs ou aux
textures tandis que d’autres perçoivent facilement les émotions qui habitent la cible. Ces
préférences ou inclinations sont autant fonctions de vos capacités naturelles que de facteurs
socioculturels. Il est par exemple convenu, à tort ou à raison, que le genre féminin est
davantage sensible à la dimension émotionnelle de la cible que son équivalent masculin. Quoi
qu’il en soit, c’est à vous d’explorer le type de sensations et de perceptions dans lequel vous
excellez et de travailler celles qui contiennent encore un potentiel de développement. Pour
tout intuitif, l’objectif est de tendre vers un équilibre et une harmonie entre les différents
aspects d’une cible que vous êtes amené à percevoir à distance.
Je rappelle ici que la précision et la fiabilité d’une séance intuitive ne se dégrade
aucunement avec l’accroissement de la distance spatiale ou temporelle. L’absence d’impact
des dimensions spatiales et temporelles sur la qualité de la vision à distance a été démontrée à
de nombreuses reprises, y compris par les scientifiques Robert Jahn et Brenda Dunne, de
l’Université de Princeton, qui ont mené une analyse sur un total de 411 séances de vision à
distance sur une période de vingt-cinq ans26.
Un cocktail de perceptions
Vivre une séance de vision à distance est davantage une affaire de ressenti qu’une
expérience purement visuelle. Parce que l’expérience ne se limite pas à la vision mais engage
les cinq sens, le terme de « perception » à distance est certainement plus adéquat que celui de
« vision » à distance. Des impressions ou des sensations auditives, olfactives, gustatives
surviennent généralement de manière indifférenciée tandis que les perceptions visuelles sont
tout autant ressenties que visualisées. En raison de sa faible puissance ou amplitude, le flux
intuitif ne permet pas la communication d’impressions visuelles en « Ultra HD » mais
transmet de brèves perceptions généralement floues, comme recouvertes d’un voile ouateux
ou brumeux. Pour cette raison, il est convenu que la perception d’images nettes est le signe
que celles-ci sont issues de la mémoire ou de l’imagination (du mental) plutôt que de
l’intuition.
Une pratique qui n’est pas infaillible
Tout comme nos cinq sens habituels, la vision à distance est faillible et peut produire des
informations erronées. On estime que le degré d’exactitude et de précision des informations
rapportés par un intuitif se situe généralement entre zéro et 80 %, en fonction du niveau de
compétences et de la forme du moment de l’intuitif, de la nature de la cible, du contexte dans
lequel se déroule la séance.
Pour Joe McMoneagle, l’un des meilleurs intuitifs au monde, « un intuitif doté d’un
niveau intermédiaire obtient des résultats qui sont en moyenne trois fois plus précis et
pertinents que le hasard. Les intuitifs expérimentés établissement le contact avec la cible dans
50 à 60 % des cas et quand ils le font, ils rapportent environ 30 à 80 % d’informations
correctes ». Son collègue Paul H. Smith articule des chiffres semblables : « un intuitif
expérimenté est capable d’établir le contact et de décrire des éléments de la cible de manière
satisfaisante dans 70 à 80 % des cas ».
Tout est dans la structure
Dans la salle occupée par les intuitifs du programme Stargate à Fort Meade, on pouvait
lire une pancarte contenant l’exclamation suivante : “Tout est dans la structure, au diable le
contenu !”. Ces quelques mots forment l’essence de la vision à distance. La structure émerge
du protocole, celui-là même qui rend possible l’apprentissage de la vision à distance et le
développement de l’intuition.
C’est la structure elle-même qui contribue fortement à réduire le « bruit mental » et à
augmenter la qualité de vos ressentis intuitifs. Le contenu de la séance doit, lui, être ignoré.
Pourquoi ? Tout simplement parce que si vous suivez scrupuleusement la structure, le contenu
suivra par lui-même. Par contre, si vous portez votre attention sur le contenu de votre séance,
il y a de fortes chances qu’elle déraille. Représentez-vous le contenu comme un liquide et la
structure comme un assemblage de tuyaux et de pompes par lequel le liquide circule de son
point d’origine (votre subconscient) à sa destination (votre conscient qui objective le ressenti
sur le papier). Ce qui vous intéresse, c’est que les tuyaux et les pompes soient assemblés
correctement afin que le liquide s’achemine correctement du point A au point B.
Le contenu de cette pancarte résonne comme une invitation à adopter une posture de
détachement vis-à-vis du contenu ainsi qu’une attitude de lâcher prise envers les résultats de
la séance. Ce qui compte, ce n’est pas ce que vous couchez sur le papier, mais bien votre
adhérence à la structure du protocole. En cours de séance, plutôt que revenir en arrière pour
analyser le contenu, adoptez l’attitude de l’observateur et faites confiance à la structure en y
adhérant. Le contenu suivra automatiquement.
En pleine séance, évitez une analyse sur le vif portant sur le contenu. Si vous menez une
évaluation du contenu en cours de séance, vous serez inévitablement amené à spéculer sur la
nature de la cible, ceci aura pour effet d’amplifier l’activité de votre mental et de brouiller le
signal intuitif. Au contraire, focalisez votre intention sur la cible, concentrez-vous sur la
structure et détachez-vous du contenu. En maintenant la concentration sur la structure, votre
mental sera moins susceptible de porter un regard analytique sur le contenu. C’est en fixant un
objectif au mental – respecter la structure du protocole – que vous enclencherez un traitement
actif qui mobilise ses ressources. Engagé dans un processus de concentration dite volontaire,
le mental diminue d’autant son pouvoir de nuisance sur le flux intuitif, de même qu’il stabilise
l’activité cérébrale.
C’est en réduisant le bruit mental à son plus faible niveau de nuisance et en cultivant le
lâcher prise, le détachement, la confiance en soi et la patience que vous augmenterez votre
niveau d’écoute et de réceptivité au flux intuitif. À cet égard, le manuel de vision à distance
de la DIA est explicite : « la structure est la clef de la méthode de la vision à distance. C’est
en adhérant à la structure que le bruit mental est contenu et que le flux intuitif émerge
proprement ».
Le bruit mental
Selon la théorie de l’information, tout canal de communication contient un niveau de
« bruit » qui fait obstruction, pollue ou altère le « signal ». En séance intuitive, votre mission
est d’assurer une connexion aussi forte que possible à votre subconscient afin de réceptionner
le flux intuitif (le « signal »). Puisqu’il est impossible de le faire taire, le mental interviendra
dans votre séance en analysant les informations, en proposant des idées, des pensées, en
exprimant des doutes, en faisant émerger des souvenirs ou en produisant des déductions et des
conclusions qui constitueront autant de « bruit » et de parasitage du signal intuitif.
Représentez-vous le bruit mental (« Analytical Overlay » ou « AOL », en anglais) comme le
spam qui sature nos communications et encombre nos boîtes aux lettres électroniques. À
l’image du spam, le bruit mental est non-sollicité, indésirable, dilue l’attention et brouille
l’intention.
Produit majoritairement par l’hémisphère gauche, le bruit mental est la résultante de
processus réflexes cherchant à interpréter et donner une signification aux différents éléments
perceptifs en les articulant entre eux. En début de séance, comme la bande passante
acheminant le flux intuitif est particulièrement étroite, le signal est délicat et le débit
d’informations ténu. Cette situation amène l’hémisphère gauche à multiplier les tentatives
d’interprétations des perceptions sensorielles provenant de l’hémisphère droit, générant ainsi
une activité importante de bruit mental. En général, le bruit mental produit des informations
erronées, en particulier au cours des deux premières étapes du protocole. Au fil des étapes, la
quantité de bruit mental diminuera et il se peut même que votre mental produise des
informations correctes sur la cible, en lien avec le flux intuitif.
Lors d’une séance, maintenez votre concentration sur la structure du protocole et fixez
votre intention sur la cible. Prenez garde à ne pas « sortir » de votre séance pour en évaluer
son contenu, cette démarche revenant à dérouler le tapis rouge au bruit mental. En analysant
vos ressentis intuitifs, celui-ci pourrait les assembler en un ensemble qui a l’apparence de la
cohérence et vous inviter à associer cet ensemble à la cible. À partir de là, vous pourriez être
tenté de considérer cet ensemble – qui n’est que le produit de votre déduction ou de votre
imagination – comme le socle perceptif de votre séance, lui-même suscitant encore davantage
de bruit mental. La conséquence est une spirale infernale de bruit mental faisant
complètement dérailler votre séance intuitive.
Identifier le bruit mental
On reconnaît le bruit mental à plusieurs caractéristiques distinctives. Premièrement, si
votre perception visuelle est nette, statique ou limpide, c’est l’indication que cette image
mentale est le produit de l’imagination (du mental), mais certainement pas de l’intuition. À
l’inverse, le flux intuitif transmet des images en mouvement faites de nuances, de couleurs et
de formes. Au cours des premières étapes du protocole, il est d’ailleurs conseillé de refréner
l’envie de visualiser la cible, celle-ci stimulant la mémoire et l’imagination. Deuxièmement,
si vous utilisez des termes servant à comparer ou à exprimer une similitude tels que « je pense
que c’est », « c’est comme », « cela me fait penser à », « cela ressemble à », c’est le signe que
votre perception provient du mental plutôt que de l’intuition. Troisièmement, si vous hésitez
ou que votre perception tarde à se fixer, c’est là aussi une indication que le mental est aux
commandes.
Gérer le bruit mental (BM)
Quand le bruit mental (BM) survient, il est essentiel de l’objectiver. En l’objectivant, vous
donnez un « reçu » à votre mental, vous lui dites que vous tenez compte de ce qu’il tient à
vous dire. De cette façon, vous donnez satisfaction à votre mental en le purgeant, de la même
manière que vous videz la « mémoire tampon » de données qui saturent les processus de votre
ordinateur. Le bruit mental écarté, vous pourrez plus facilement vous connecter et décoder le
flux intuitif. Au contraire, si vous n’objectivez pas, vous augmentez drastiquement le risque
que le BM en question revienne à la charge durant la séance.
Signalons que l’oubli volontaire d’une perception issue du BM n’est pas une stratégie
adaptée. Oublier intentionnellement une information est un processus actif qui sollicite la
partie ventrale du cortex temporal, une aire du cerveau impliquée dans la mémoire. Autrement
dit, le cerveau doit travailler activement pour oublier volontairement une perception. En
choisissant d’objectiver le BM, vous prenez acte de l’information et, de ce fait, vous épargnez
à votre cerveau ce travail d’oubli mobilisant inutilement vos ressources.
En séance intuitive, votre rôle est similaire à celui d’un opérateur-radio qui cherche à
traiter l’information du web cosmique de la manière la plus efficiente et pertinente. Votre
mission consiste à réceptionner et décoder le flux intuitif (le signal), à contrôler le mental (le
bruit) ainsi qu’à correctement distinguer le signal du bruit. Ce qui différencie l’intuitif
expérimenté du néophyte, ce n’est pas la quantité d’informations intuitives à laquelle il a
accès, mais bien sa capacité à gérer le BM. À force d’entraînement, le volume de bruit produit
par le mental a tendance à diminuer. Chez un néophyte, le bruit mental s’invite dans 80 à
100 % des séances, on le retrouve dans 50 % des séances chez un intuitif confirmé et il se
chiffre à environ 20 % chez un expert de la vision à distance.
On objective le BM en l’énonçant à voix haute et en le fixant sur la feuille de papier. La
règle d’or de la vision à distance est que tout événement de la séance doit être consigné sur le
papier, sinon on considère qu’il ne s’est pas produit. À Fort Meade, on pouvait lire sur une
autre pancarte : « Si cela ne figure pas sur le papier, cela ne compte pas ».
Le BM fait entièrement partie de l’expérience et du processus de la vision à distance. Il est
donc inutile de l’ignorer ou de le rejeter. Il doit être géré, contrôlé et encadré. Il existe
néanmoins des stratégies qui permettent de diminuer son occurrence : premièrement, efforcez-
vous de décrire vos perceptions, résistez à la tentation de les qualifier. Par exemple, si vous
percevez de minuscules particules de couleur jaunâtre, décrivez ces impressions telles quelles
sans conclure précipitamment qu’il s’agit de sable. La description (minuscules particules) est
l’expression du ressenti intuitif, la conclusion (sable) relève du mental (déduction).
Deuxièmement, concentrez-vous continuellement sur la structure du protocole. Cela mobilise
l’hémisphère gauche de votre cerveau et diminue d’autant sa propension à générer du BM.
Troisièmement, faites des croquis de vos ressentis dès que vous le pouvez. Le croquis permet
d’augmenter le degré de connexion à la cible et de fixer votre intention.
Les pauses
Les pauses (« break », en anglais) constituent un outil important de la vision à distance.
Elles permettent de mettre en pause ou de réinitialiser le processus d’extraction de
l’information intuitive quand un élément perturbateur se manifeste. Elles autorisent un
nouveau départ et la reprise de la séance dans une condition mentale favorable.
Une pause peut être prise à n’importe quel moment, sauf quand le flux intuitif est
abondant. En principe, la durée d’une pause est relativement courte, allant de quelques
secondes à cinq minutes. Si vous avez besoin de davantage de temps, il est recommandé de
marquer un arrêt dans la séance et de la reprendre à un moment plus opportun. Vous devez
objectiver tant l’heure et la date de l’arrêt que celles de la reprise sur le papier. De même,
chaque pause doit être objectivée : notez le type de pause, prononcez à voix haute « pause » et
posez le stylo sur la table. Dès que vous êtes prêt à reprendre la séance, saisissez votre stylo,
écrivez et énoncez le mot « reprise » et poursuivez votre séance. En faisant cela, vous
communiquez à la psyché votre disposition à rétablir le contact avec le flux intuitif. On
distingue différentes catégories de pauses :
Pause du Bruit Mental (Pause-BM) : quand un BM apparaît, il est nécessaire de
l’objectiver. Vous énoncez le BM à voix haute et le fixez sur le papier. Ne reprenez la séance
qu’à sa disparition.
Pause du Faux Départ (Pause-FD) : la toute première action d’une séance de vision à
distance consiste à produire un idéogramme, lequel a pour objectif de vous relier à votre flux
intuitif et vous connecter à la cible. À l’énoncer des coordonnées de la cible, il peut arriver
que vous fassiez un faux départ dans l’exécution de l’idéogramme. En faisant une pause,
votre psyché prend acte du faux départ et celle-ci comprend que la connexion au flux intuitif a
échoué. Si vous ne faites pas de pause, vous prenez le risque que votre mental décide que la
connexion a réussi et produise un BM vous induisant en erreur pour la suite de votre séance.
La vision à distance n’est pas une discipline olympique, autorisez-vous autant de faux départs
que nécessaire pour vous connecter à la cible.
Pause de l’Excès (Pause-Excès) : une quantité excessive d’informations peut survenir sur
une durée très brève, saturant votre psyché et vous empêchant de rendre compte correctement
des informations. Dans ce cas-ci, il est indiqué de faire une brève pause et d’objectiver la
situation sur le papier. Votre psyché comprendra d’elle-même la nécessité de diminuer le
volume d’informations, voire la vitesse à laquelle elles sont transmises, afin de vous permettre
de mener à bien votre séance.
Pause de l’Affect (Pause-Affect) : au cours de la séance, il se peut que le contenu
émotionnel inhérent à la cible se décharge massivement ou se révèle inconfortable (en
fonction de la nature de la cible). Si cela se produit, faites une pause afin d’objectiver le
phénomène et évacuez la charge émotionnelle perturbatrice.
Pause du BM récurrent (Pause-BMR) : le même BM peut se glisser, à plusieurs reprises
et de manière insistante, au sein de votre séance et aller jusqu’à en prendre le contrôle. Dans
ce malheureux cas de figure, il se peut que l’intuitif adopte par erreur ce BM récurrent comme
étant le signal. Pour évacuer un BM récurrent, vous adoptez la même procédure que pour un
BM standard, sauf que vous prolongez la pause de manière à assurer son évacuation
définitive.
Pause de la Bilocation (Pause-Bilocation) : lorsque l’intuitif est excessivement absorbé
par les éléments contenus dans la cible, il est possible qu’il expérimente un phénomène de
« bilocation ». Sa conscience se transpose sur le site et l’intuitif fait l’expérience d’être
présent à la fois à l’endroit où il conduit sa séance et à l’emplacement même de la cible. Il se
peut que vous expérimentiez une réaction physiologique correspondant aux caractéristiques
de la cible (température corporelle qui baisse si le site est exposé au froid, nausée si la cible
est mouvante). Lors d’une bilocation, le débit du signal intuitif est élevé et les informations
parviennent à une vitesse si soutenue qu’il est difficile de s’y accommoder. Veillez donc à
noter un maximum d’informations avant d’énoncer une « Pause-Bilocation ».
Pause de la Confusion (Pause-Confusion) : il arrive que les informations contenues dans
le flux intuitif soient enchevêtrées de telle manière qu’il en résulte une confusion au niveau de
la perception intuitive. Il devient alors difficile d’opérer un tri parmi les ressentis. Pour gérer
cette situation, déclarez une « Pause-Confusion ». Vous reprenez la séance en énonçant la
coordonnée liée à la cible et produisez l’idéogramme.
Pause de la Continuité (Pause-Continuité) : si vous produisez un idéogramme qui ne se
présente pas sous la forme d’une ligne continue, une « Pause-Continuité » s’impose.
Accordez-vous une pause, votre psyché regroupera automatiquement les différentes
perceptions intuitives éparpillées en un ensemble cohérent. À la manière du processus de
défragmentation d’un ordinateur, votre psyché a besoin de temps pour réassembler et
structurer les informations sous la forme d’un idéogramme qui soit intelligible.
L’objectivation
Le processus consistant à faire passer les perceptions intuitives de l’état de donnée
intérieure à celui d’une réalité extérieure se nomme « objectivation ». C’est l’une des
techniques essentielles permettant de gérer les productions du mental et de tirer le meilleur parti
du flux intuitif. Rappelez-vous, on objective en énonçant à voix haute la perception alors
qu’elle survient, et en la couchant sur le papier. L’objectivation a plusieurs vertus :
premièrement, elle signale à votre psyché que vous prenez acte de votre ressenti et libère sa
« mémoire vive » – pour utiliser une analogie informatique – afin d’accueillir de nouvelles
perceptions en assurant une connexion optimale au flux intuitif. Deuxièmement, objectiver un
ressenti équivaut à envoyer un feedback positif à votre psyché par un renforcement positif, la
« remerciant » pour sa contribution et l’invitant à maintenir la connexion avec le flux intuitif.
Troisièmement, l’objectivation permet de donner réalité au flux intuitif, ce qui a pour effet de
réalimenter – par un mécanisme rétroactif – la psyché. Finalement, le fait d’objectiver permet
de gérer et d’évacuer le bruit mental, comme je l’ai expliqué plus haut. Pour toutes ces raisons,
le protocole de vision à distance exige que tout événement soit consigné sur le papier. Même si
vous doutez de vos ressentis, couchez tout sur le papier. La seule erreur que vous pouvez
commettre, c’est celle de ne pas objectiver. N’oubliez pas la règle d’or des espions psychiques :
« si cela ne figure pas sur le papier, cela ne compte pas ». Signalons que le dessin ou le croquis
sont probablement la meilleure forme d’objectivation. En fixant une image de la cible dans
votre esprit conscient, le dessin fournit un élément concret sur lequel connecter votre
expérience intérieure.
Interroger le flux intuitif
Le protocole de vision à distance enseigne un certain nombre de techniques utiles à
interroger le flux intuitif afin d’extraire un maximum d’informations tout en améliorant la
qualité et la précision des ressentis. Ces techniques sont autant d’outils que vous utilisez pour
identifier, étiqueter et traduire vos ressentis – en mots et en dessins – se présentant à l’état
brut. Vous endossez ici le rôle d’un traducteur en interprétant le langage du subconscient vers
celui du conscient. C’est un exercice délicat sachant que l’espace sensible et infini du
subconscient s’affranchit des mots et que votre mission consiste précisément à associer des
mots aux perceptions issues de votre flux intuitif. À l’image d’un artiste peintre, vous utilisez
les mots comme une palette de couleurs afin de donner vie à vos perceptions dans un élan
créatif.
Parce que cette discipline s’appelle « controlled remote viewing », votre tâche est de prendre
le contrôle de votre séance afin de faire connaissance avec la cible. À l’instar d’un inspecteur
scientifique qui examine la cible sous tous ses aspects, vous avez plusieurs outils à disposition
pour interroger la cible et en extraire les éléments les plus pertinents. À vous d’utiliser les outils
les plus adaptés en fonction de vos objectifs. Vous interrogez la cible en établissement le contact
avec l’idéogramme ou le croquis que vous avez posés sur le papier. La pointe du stylo posée sur
l’élément qui vous intéresse, posez votre intention et objectivez vos ressentis sur le papier en
mots ou en dessins.
Le premier outil se nomme la « sonde » (“probing” en anglais). Comme son nom l’indique,
la sonde est particulièrement indiquée pour sonder le contenu informationnel de vos ressentis.
On utilise la sonde en touchant délicatement, avec la pointe du style ou le doigt, différentes
zones de l’idéogramme pour convoquer les perceptions intuitives.
Lorsque vous commencez une séance en produisant un idéogramme, les perceptions vous
parviendront de manière parcellaire, par bribes et de manière indifférenciée. Savoir
correctement interpréter ces ressentis est avant tout une affaire d’entraînement. Ces outils
vous accompagneront dans votre apprentissage.
Illustration du sondeur
Cet outil est principalement indiqué pour :
– Établir la connexion avec le flux intuitif en cas d’interruption ou de perte du signal
– Déterminer la consistance de la cible (étape 1)
– Isoler ou séparer les gestalts agrégés (étape 1)
–Renforcer la puissance de la connexion avec le flux, en particulier pour interroger les
caractéristiques sensorielles (étape 2) et dimensionnelles (étape 3) de la cible
La sonde joue un rôle important à la quatrième étape du protocole, au moment
d’interroger les différentes catégories d’informations (sensorielles, émotionnelles, tangibles et
intangibles, etc.) déclinées par les différentes colonnes présentes dans la structure du
protocole. Arrivé à la quatrième étape, la bande passante du signal est plus large et le débit
d’informations plus rapide : saisissez ce momentum pour interroger l’information au moyen
de la sonde. En plaçant la pointe du stylo dans les différentes colonnes, vous stimulez le flux
intuitif et l’encouragez à extraire l’information en rapport avec la catégorie sollicitée.
Le deuxième outil s’intitule le « décodeur » (« decoding » en anglais). Il s’utilise avec
l’idéogramme ou le croquis et permet d’interroger les propriétés de la cible. Avec la sonde, on
applique un toucher délicat tandis qu’avec le décodeur, on retrace méticuleusement les
contours de l’idéogramme ou du croquis de gauche à droite. Alors que la pointe de votre stylo
épouse les contours de l’idéogramme, que ressentez-vous ? Une impression de mouvement,
une sensation ? Et que percevez-vous ? Une forme, un contour ou encore une texture ? Tout
comme la sonde, le décodeur aide à se reconnecter ou à recentrer l’intention sur la cible ainsi
qu’à extraire de nouvelles informations du flux intuitif.
Illustration du décodeur
Que vous utilisiez la sonde ou le décodeur, il est important de maintenir la pointe du stylo
à proximité de la feuille : lever le stylo et mettre de la distance entre celui-ci et le support
d’écriture peut potentiellement interrompre la connexion avec la cible. De même, lorsque
vous sondez ou décodez, abstenez-vous d’analyser ou de comparer vos perceptions avec les
précédentes. Contentez-vous de rester dans l’instant présent, de vous concentrez sur la
structure et de focaliser votre intention sur la cible.
Poser une intention
Le fait de poser une intention joue un rôle déterminant dans le fonctionnement de la vision
à distance. La disposition d’esprit par laquelle on se fixe délibérément un objectif est un
prérequis indispensable à la mise en route de la connexion à son intuition. Il n’est pas
étonnant que l’intention soit le carburant de la vision à distance, l’intention étant sans aucun
doute l’une des forces les plus puissantes à l’œuvre dans l’Univers.
Que vous meniez votre séance en solo ou en équipe, la cible est définie par l’intention (la
vôtre ou celle de l’administrateur ou du facilitateur) de désigner un lieu, un événement ou une
personne comme étant la cible, que ce soit sous la forme d’une coordonnée, d’une
photographie ou autre. Durant une séance en équipe, c’est l’intention du facilitateur – en
communion avec celle de l’intuitif -, qui « excite » et guide la conscience intentionnelle de
l’intuitif vers l’objet de l’attention, à l’image d’un pointeur laser désignant une cible. De
nombreuses études en vision à distance ont démontré que c’est l’intention commune de
l’intuitif et du facilitateur qui conduit à la sélection de la réponse, laquelle constitue une
« photographie » de la plus haute probabilité dans le champ informationnel.
Si chaque séance est unique car influencée par la qualité de la conscience intentionnelle
de l’intuitif à l’instant « T » et par le contexte dans lequel la séance se déroule, le mécanisme
sous-jacent est invariable : l’intention densifie le champ conscientiel des acteurs en présence
en figeant l’espace et le temps comme la longitude et la latitude de celle-ci.
L’intention repose sur trois piliers interdépendants partageant une solidarité de destin.
Pour qu’elle soit puissante et puisse se manifester, la présence et la solidité de chacun de ces
piliers sont requises. Nous parlons ici du pilier du désir, de celui de la pensée et de l’attention.
Quand ces trois piliers sont alignés et en harmonie, le pouvoir de l’intention peut se
manifester. Prenons un exemple : si vous avez le désir de prospérer financièrement mais que
vos pensées et votre attention se portent sur votre indigence, votre intention sera démunie.
Pour que l’intention déploie son potentiel, vous devez cultiver en vous le désir d’être fortuné,
aligner vos pensées avec ce désir en vous percevant comme prospère et portez votre attention
sur les opportunités à même de conduire à cette prospérité. Il en va de même pour la vision à
distance : vous devez alimenter ce désir de découvrir la cible, cultiver un état d’esprit
empreint de confiance tout en focalisant votre attention sur la cible.
La vision à distance exige de l’exactitude dans le processus intentionnel. Il faut
déterminer avec clarté et sans ambiguïté la cible et ce que l’on cherche à savoir à son sujet.
Plus l’intention est claire, plus la cible est déterminée précisément, plus l’intuitif est en
mesure d’extraire une information cadrée et pertinente. Pour apporter de la précision et de la
clarté dans ce processus, le protocole prévoit l’utilisation de balises. Comme le champ
quantique informationnel est quasi infini, l’action de baliser la cible permet de guider
l’attention de l’intuitif vers l’objet d’intérêt, lequel, entraîné dans la dynamique du cercle
vertueux, prend de l’ampleur et gagne en numinosité dans l’espace conscientiel de l’intuitif.
Travailler en aveugle
L’une des règles de la vision à distance est de travailler en « aveugle ». Cela signifie que
l’intuitif ne doit rien savoir sur la cible, tant préalablement qu’au moment de mener sa séance
(« frontloading », en anglais). On évite ainsi d’alimenter le mental (l’imagination, le
mécanisme déductif ou encore des souvenirs) et de polluer le flux intuitif. Il est donc plus
facile de percevoir à distance en ignorant tout de la cible qu’en étant muni d’indices ou
d’informations même génériques.
Si l’intuitif est assisté par un facilitateur ou un administrateur, on s’assure généralement
que ceux-ci soient aussi maintenus dans l’ignorance de la nature de la cible. Nous sommes ici
en situation de protocole en « double-aveugle ». De cette manière, on a l’assurance que ni le
facilitateur, ni l’administrateur n’influencent l’intuitif par leurs attitudes, leurs comportements
non-verbaux ou leurs émotions, de manière consciente ou inconsciente.
Baliser la cible
On balise une cible en suivant un certain nombre de principes. D’abord, vous devez
attribuer un identifiant à la cible. Cet identifiant est le point d’ancrage reliant votre intention à
la cible (ou votre intention à celle de l’administrateur ou du facilitateur). En assignant un
identifiant arbitraire à la cible, vous créez un point focal unique à même de concentrer et
rassembler l’attention et l’intention des acteurs en présence (intuitif, facilitateur,
administrateur), tout en singularisant la cible. Dès que votre cible possède un identifiant qui
lui est propre – à l’image de l’adresse IP d’un site internet -, votre subconscient saura
immédiatement où se diriger dans le vaste web cosmique pour établir la connexion à la cible.
Il est intéressant de signaler que les protocoles de balisage du Stanford Research Institute
ont évolué au cours du temps. Dans un premier temps, le protocole prévoyait que l’intuitif
décrive en direct l’environnement ou le site sur lequel se trouvait un collègue servant de
balise (« outbound experiment », en anglais). Dans un deuxième temps et dans le cadre des
premières expériences d’espionnage psychique du projet « Scanate », les intuitifs furent
amenés à utiliser des coordonnées géographiques, sans que cela ne provoque de baisses de
performance. Finalement, les scientifiques du SRI comprirent que des coordonnées arbitraires
donnaient d’aussi bons résultats. L’usage de chiffres arbitraires, dont la seule fonction est de
différencier les cibles entre elles, fut alors adopté comme un standard.
Actuellement, la pratique courante est d’utiliser deux séries de quatre chiffres sélectionnés
au hasard, généralement disposés de cette manière :
3607
9751
Certains intuitifs utilisent la date à laquelle la séance est menée. Par exemple, pour le
16 juillet 2019, l’identifiant serait :
1607
2019
Je ne recommande pas d’utiliser des dates historiques (1407/1789) ou des lettres pouvant
former des acronymes (TGV, CIA, GPS, etc.) puisque celles-ci peuvent aisément mobiliser le
mental. Vous pourriez aussi trouver utile de systématiquement utiliser le chiffre « 1 » en fin
d’identifiant, comme, par exemple, 4278/9441 puisqu’il est plus facile d’exécuter un
idéogramme (le fameux mouvement réflexe rapide) à la suite de ce chiffre que d’un autre.
Sachez qu’il existe également sur le web des générateurs aléatoires de nombres qui peuvent
vous aider à créer votre identifiant.
Délimiter la cible
Une fois la cible balisée et l’identifiant créé, vous devez délimiter le périmètre de la cible.
Cela permet de poser une intention claire et déterminer précisément ce que vous souhaitez
savoir sur la cible. Souvenez-vous, plus l’intention est claire, plus les paramètres de recherche
au sujet de la cible sont déterminés précisément et plus l’intuitif est en mesure d’extraire une
information cadrée et pertinente. On délimite la cible en posant une instruction.
Imaginons, à titre d’exemple, que votre cible est le tsunami qui a dévasté les côtes au large
de l’océan indien le 26 décembre 2004. Si votre instruction se contente de baliser cette cible
sans la délimiter, tout ce qui s’est produit ce jour-ci – du séisme initial, au tsunami, en passant
par les multiples destructions -, est compris dans la cible. Il convient donc de formuler une
instruction qui soit plus précise, brève et concise, exprimée telle quelle : « l’intuitif se
positionnera de façon optimale dans le temps et l’espace afin de décrire de la manière la plus
détaillée possible le tsunami qui a déferlé sur la ville de Muelaboh, en Indonésie, le
26 décembre 2004. L’intuitif percevra tous les aspects de la catastrophe, comprenant le
déferlement du tsunami sur la ville mais aussi les actions prises par la population sinistrée le
lendemain de la catastrophe ».
En projet opérationnel, il est courant de formaliser l’instruction sur une seule ligne en
utilisant une commande structurée de cette manière :
« cible générique / paramètre / qualificatif / date »
qui répond aux « quoi », « où » et « quand » de la cible. Dans le cas du tsunami de 2004,
la commande serait : « Tsunami / ville de Muelaboh / événement / 26 décembre 2004 et le
jour suivant ». Signalons que si la cible est représentée par une photographie, l’instruction
deviendrait : « Tsunami / ville de Muelaboh / événement / moment de la photographie ».
Il est important de baliser systématiquement la dimension temporelle de la cible, même si
votre intention est de percevoir le moment présent. Pour cela, ajoutez l’indication « moment
présent » à l’instruction ou à la commande. Si vous omettez de préciser la dimension
temporelle, vous courez le risque de rapporter des informations qui soient antérieures ou
postérieures à la cible.
C’est précisément ce qui est arrivé à l’intuitif Pat Price alors qu’il travaillait sur des cibles
assignées par les scientifiques du SRI. L’instruction, qui omettait de spécifier le paramètre
temporel, renvoyait à deux piscines publiques situées dans le Rinconada Park à Palo Alto.
Bien que Pat Price réussit parfaitement à identifier et décrire les piscines, il décrivit également
deux réservoirs d’eau surélevés. Or, ces réservoirs d’eau n’existaient pas, du moins à l’époque
de l’expérience. Les scientifiques du SRI conclurent que Pat Price les avait imaginés. Ce n’est
que vingt et un ans plus tard que l’un des scientifiques, Russel Targ, découvrit qu’en 1913
deux réservoirs d’eau avaient bien été construits à l’endroit même où Pat Price les avaient
dessinés dans son rapport de séance.
Logistique
La logistique pour mener une séance à distance est relativement facile à mettre en œuvre.
Néanmoins, je vous invite à suivre quelques règles toutes simples, qui contribueront à garantir
de bonnes conditions de travail. D’abord, veillez à ne pas exciter vos sens ou stimuler votre
mental inutilement : votre plan de travail doit être exempt de toutes pollutions visuelles et
propice à la concentration. Seuls un stylo et une pile de feuilles de papier (située à votre
droite) doivent occuper votre champ perceptif.
Si possible, occupez une pièce dont la décoration et la couleur n’altèrent pas votre
concentration, préférez une pièce sobre, chichement meublée et décorée. L’environnement
doit être le plus neutre possible afin de réduire au maximum le risque de capture réflexe de
votre attention par celui-ci. Bien sûr, la nuisance sonore est à proscrire et vous travaillerez
dans un environnement silencieux. Toutefois, vous pourriez préférer une musique légère au
silence afin de faciliter la concentration, sachant que le silence laisse le cortex auditif libre de
développer ces petites paroles internes que l’on appelle la « petite voix ».
Vous avez besoin d’une chaise et d’une table, ainsi que de l’assurance de ne pas être
interrompu. Asseyez-vous, tenez-vous droit et assurez-vous d’avoir vos deux pieds
fermement ancrés au sol. La feuille sur laquelle vous vous apprêtez à noter l’identifiant est
vierge et positionnée en « mode portrait ». Vos épaules et vos mains sont détendues, vous êtes
prêt à inscrire l’identifiant sur le papier et à percevoir au-delà de l’espace et du temps.
Pour rappel, le protocole est constitué de six étapes au cours desquelles le degré
d’ouverture à l’information augmente. Sur le graphique ci-dessous, on observe une
augmentation de l’ouverture à l’information au fur et à mesure des étapes ainsi qu’une
accélération notable au terme de la deuxième étape.
Le processus vous amène à vous connecter à la cible pour en extraire des perceptions de
plus en plus subtiles et détaillées au fil des étapes qui reposent les unes sur les autres :
Étape 1 – Gestalt principal
Lors de cette étape, votre objectif est d’établir le contact avec la cible à l’aide de
l’identifiant que vous n’utiliserez d’ailleurs plus au cours des étapes qui suivent. Cet
identifiant est le catalyseur pour l’exécution d’un mouvement réflexe, produisant un
« idéogramme », que vous serez amené à décoder afin de décrire les impressions intuitives
liées aux différents Gestalts du site, que ce soit en termes de consistance physique, de formes
et de mouvements.
Étape 2 – Contact sensoriel
Maintenant que vous avez établi le contact avec la cible, cette étape vous invite à ressentir
intuitivement les sensations émanant du site en termes de toucher, d’ouïe, de goût et d’odorat.
Il est également possible de percevoir les couleurs dominantes du site.
Étape 3 – Dimension, mouvement et mobilité
Capitalisant sur ces deux premières étapes, vous pouvez désormais formuler une
conception générale et grossière du site, alimentée par les perceptions fragmentées et éparses
obtenues jusqu’ici. Comme la bande passante du flux intuitif s’élargit, vous avez maintenant
la possibilité de ressentir les aspects liés à la dimension du site, tels que sa grandeur, sa
surface, sa hauteur ainsi que la distance et la relation entre les différents Gestalts. C’est le
moment d’exécuter vos premiers croquis afin de mettre sur papier la configuration générale
du site, tout en amplifiant le degré d’ouverture à la cible.
Étape 4 – Aspects qualitatifs
La bande passante du signal intuitif étant désormais large et rapide, vous êtes maintenant
en mesure d’interroger des informations subtiles et conceptuelles qui vont au-delà de ce qui
est observable, telles que l’ambiance, les émotions ou les éléments fonctionnels et culturels de
la cible. Lors de cette étape, l’utilisation d’une « matrice » permet d’interroger ou
d’approfondir les informations qui vous semblent les plus pertinentes.
Étape 5 – Interrogation des perceptions
Cette étape permet d’interroger, de détailler et de préciser les perceptions intuitives
glanées au fil des étapes précédentes en appliquant une méthode d’interrogation de ces
informations.
Stage 6 – Représentation tridimensionnelle
Cette dernière étape est essentiellement kinesthésique. L’objectif est de produire une
représentation tridimensionnelle du site (en utilisant généralement de la pâte à modeler), ceci
autorisant une exploration analytique supplémentaire du site.
Chapitre VI. Étape 1 : Établir le contact
« Rien n’existe dans notre intelligence qui n’ait d’abord été dans nos sens »
Démocrite
Cette étape constitue la base et la fondation du protocole. Elle est également la plus
importante et la plus critique des six phases. Ses objectifs sont essentiellement d’assurer la
connexion entre le flux intuitif et la cible ainsi qu’identifier, décoder et objectiver les
principaux Gestalts composant la cible.
Votre défi principal sera d’amener votre conscient au lâcher prise tout en invitant votre
subconscient à s’exprimer. La tension résultante entre conscient et subconscient sera à son
tour atténuée par le protocole, lequel jouera parfaitement son rôle en organisant la
collaboration entre ces deux acteurs de votre psyché.
Pour vous connecter à la cible et ressentir les Gestalts, vous exécuterez un idéogramme,
une sorte de « gribouillis » qui est une représentation graphique de la cible contenant
l’ensemble des informations sur celle-ci de manière compacte et compressée, à l’image d’un
fichier ZIP.
La puissance et le génie du protocole de la vision à distance s’incarnent dans ce concept
d’idéogramme qui se sert du corps comme d’une interface à l’intuition. Une fois l’intention
posée et l’identifiant déclaré, le subconscient se connecte au flux intuitif et achemine
l’information au système nerveux autonome. À la réception du flux, le système nerveux
autonome convertit cette information en un mouvement réflexe qui se traduit par l’exécution
d’un idéogramme. Cette conversion permet à l’information de franchir le seuil du
subconscient pour se loger dans les franges inférieures du conscient. Votre tâche sera
d’interroger et de décoder cette information immanente aux Gestalts du site pour l’objectiver
sur le papier.
Dans l’extrait suivant d’une séance issue du projet « Sun Streak », on observe l’identifiant
« 3242/7070 » suivi d’un gribouillis. Ce coup de stylo est la représentation graphique de la
cible, produite par le mouvement réflexe à la réception du flux intuitif connecté à la cible.
Un identifiant suivi d’un idéogramme
La Gestalt, l’essence des choses
Exprimant l’essence des éléments constitutifs de la cible et émergeant de l’idéogramme,
les Gestalts sont au centre de l’attention de vos premiers ressentis intuitifs. En allemand, le
verbe « gestalten » se traduit par « mettre en forme, donner une structure signifiante ». Le
résultat, le « Gestalt », est donc une forme globale, structurée et prenant sens pour
l’observateur. Selon la psychologie de la forme, telle que développée initialement par les
psychologues Max Wertheimer, Wolfgang Kohler et Kurt Koffka, les processus de la
perception et de la représentation mentale traitent spontanément les stimuli comme des
formes globales et dans leurs formes la plus simples.
À titre d’exemple, lorsqu’on perçoit un élément – un paysage par exemple -, la vision
saisit d’abord les formes globales et saillantes : la colline, la route, la montagne avant d’aller,
au besoin, chercher les détails. La psychologie de la forme est davantage qu’une théorie de la
perception, ses lois s’appliquent aux domaines cognitif, mnésique, comportemental et
évidemment intuitif puisque l’intuition fait appel à une perception globale.
Comme la psychologie de la forme est holiste, elle enseigne que la pensée procède par
une saisie globale de l’information de « haut en bas », en allant du global au particulier. Elle
affirme également que le Tout est supérieur à la somme des parties. La perception d’une
automobile, par exemple, ne renvoie pas à ces composantes individuelles (capot, portière,
pare-brise, roue) mais à la globalité du concept « automobile » dont la signification prend une
tout autre dimension.
Au cours de cette première étape, votre mission est donc de percevoir intuitivement le ou
les principaux Gestalts contenus dans la cible. Autrement dit, vous devez acquérir un ressenti
général des éléments constituant l’essence de la cible. Les Gestalts les plus courants sont
« artificiel » (toute réalisation humaine), la « terre » (tout élément naturel, solide), l’« eau »
(tout élément liquide) mais il existe aussi d’autres catégories, telles que « aérien » (élément
relatif au vide, à l’espace), « mouvement/énergie » et « organique/biologique ».
Points d’un triangle imaginaire : l’ensemble prime sur les éléments qui le composent
L’idéogramme, l’intermédiaire
L’idéogramme permet un dialogue entre votre conscient et votre subconscient en se
servant du corps comme d’une interface et d’un traducteur. Agglomérés sous la forme de
Gestalts, les éléments (choses, concepts ou idées) contenus dans la cible sont amenés du
subconscient au seuil de votre conscient par l’idéogramme.
Les Gestalts expriment l’essence des choses. À titre d’illustration, si vous détectez
l’essence de l’eau, la cible peut tout aussi bien contenir du liquide, de la vapeur que de la
neige ou de la glace. Bref, tout ce qui dérive de l’essence « eau » est susceptible d’être
contenu dans la cible.
Capter les principaux Gestalts constitue l’acte fondateur de votre séance. C’est à partir de
ces Gestalts que vous serez capable de percevoir les sensations présentes sur le site pour
ensuite interroger des informations fines et subtiles au cours des étapes qui suivent. Sans
Gestalts, il n’y a rien à ressentir, ni à décrire.
Il existe principalement deux écoles de pensée sur la manière de travailler avec un
idéogramme. Selon la première, représentée par Ingo Swann et Hal Puthoff, chaque
idéogramme est unique. La deuxième, incarnée par Lyn Buchanan ou Ed Dames, affirme que
le subconscient génère systématiquement la même forme d’idéogramme pour la même
catégorie de Gestalt (par exemple, « artificiel » est représenté par un angle droit).
Pour Ingo Swann, il est crucial que tout intuitif développe ses propres idéogrammes car
ceux-ci sont uniques et idiosyncrasiques à l’individu ; ils sont l’expression du langage du
subconscient spécifique à chacun. Il serait donc contre-productif de s’approprier les
idéogrammes des autres.
Pour d’autres théoriciens, il existe une universalité des idéogrammes. Dans cette optique,
il serait légitime de s’approprier des idéogrammes pré-formatés, empruntés à d’autres
intuitifs. Selon cette école de pensée, comme les idéogrammes sont assimilés à une forme de
langage, il est avantageux d’adopter un standard afin de faciliter le dialogue au sein de la
communauté des intuitifs. De plus, il a souvent été observé que les idéogrammes finissent par
se ressembler, à la manière des symboles ou des mythes qui sont universels. Cette observation
renvoie bien sûr au concept d’« archétype » (« image primordiale », en grec ancien) que Jung
définissait comme des motifs récurrents partagés à toutes les époques et dans toutes les
civilisations, inscrits dans l’inconscient collectif. Ces motifs ou ces structures forment le
support de l’inconscient collectif, lui-même inné, universel et partagé par tous les individus.
De ces deux écoles de pensée, il est à ce jour difficile de déterminer laquelle enseigne
l’approche la plus pertinente, les deux méthodes fournissant de bons résultats. Dans les deux
cas, l’idéogramme remplira sa principale fonction, celle de vous connecter à la cible.
Comment exécuter un idéogramme ? Tout d’abord, vous devez mettre votre main en
mouvement. Aucune force invisible, aucun « esprit » ne le fera pour vous. C’est à vous de
lancer le mouvement dès que vous aurez terminé d’énoncer et de reporter l’identifiant sur le
papier. Il est important de produire l’idéogramme de manière immédiate : cela restreint la
possibilité au mental de brouiller le signal tout en laissant au flux intuitif le champ libre pour
s’exprimer. Rappelez-vous, l’intuition se manifeste de manière spontanée et immédiate.
Par conséquent, exécutez le mouvement de manière rapide de gauche à droite, sans
réfléchir et de manière spontanée. Durant l’exécution de l’idéogramme, la pointe du stylo ne
doit pas quitter le papier. Au début, l’exercice semble moins évident qu’il n’y paraît.
Essentielle à la réussite de l’idéogramme, la spontanéité a un prix : vous devez convaincre
votre conscient d’abandonner toute notion de contrôle en acceptant le lâcher prise, ceci
profitant au subconscient sur lequel vous n’avez d’ailleurs aucun contrôle. C’est ainsi que la
connexion à la cible réussira. Exécuté de manière rapide et spontanée, l’idéogramme
contiendra les Gestalts indispensables à la poursuite de votre séance.
À ce stade, la bande passante du flux intuitif est caractérisée par son étroitesse, laissant
passer peu d’informations et se manifestant de manière fulgurante et fragmentaire. Ce n’est
qu’au cours des étapes suivantes que le flux émergera plus lentement et longuement, servi par
une bande passante plus large.
Si chaque idéogramme se présente de manière différente en fonction du Gestalt qu’il
représente et que l’apparence d’un idéogramme peut (ou pas) varier d’un intuitif à l’autre, on
distingue plusieurs catégories d’idéogrammes :
L’idéogramme simple qui exprime un seul Gestalt, celui que vous rencontrerez le plus
fréquemment.
Mon idéogramme représentant “organique/biologique”
L’idéogramme double qui se présente sous la forme de deux idéogrammes identiques ou
similaires représentant un seul Gestalt.
Exemples : une voie ferroviaire, des routes, des canaux
L’idéogramme composite constitué de minimum trois idéogrammes identiques ou
similaires représentant un seul Gestalt.
Exemples : un verger, un champ d’antennes
L’idéogramme multiple qui est composé de plusieurs idéogrammes reliés entre eux et
exprimant différents Gestalts.
Exemple : une ville située en région montagneuse
Les scientifiques et les militaires du programme “Stargate” ont rapidement adopté la
pratique du “drill” d’idéogrammes, une méthode d’entraînement mécanique consistant à
répéter et automatiser l’exécution d’idéogrammes. De nos jours, les drills sont toujours
utilisés pour développer ses propres idéogrammes ainsi que pour susciter la spontanéité en
invitant le mental au lâcher prise. Souvenez-vous, la vision à distance est assimilable à un art
martial de l’esprit. Dans cette perspective, les drills sont comparables aux katas des arts
martiaux japonais : ils sont là pour fixer des automatismes et parfaire la technique.
Pour effectuer un drill, demandez à un partenaire de prononcer à voix haute et de manière
aléatoire plusieurs Gestalts tels que « terre », « artificiel », « naturel », « aérien »,
« organique », « eau », « mouvement », etc. et produisez immédiatement l’idéogramme. Vous
pouvez également vous entraîner en solo en utilisant l’un des générateurs de Gestalts
disponibles sur le web.
Le tour de génie de l’idéogramme est de matérialiser au niveau du conscient le langage du
subconscient par un mécanisme kinesthésique. Si l’idéogramme est l’outil incontournable de
cette première étape pour déterminer la nature des Gestalts composant la cible, il peut
également apparaître spontanément lors de la deuxième étape et servir à identifier le Gestalt
spécifique à la sensation qu’on interroge. On peut tout autant considérer que la troisième
phase du protocole, qui implique la réalisation de croquis ou de dessins, relève d’un processus
kinesthésique, tout comme la quatrième phase durant laquelle l’intuitif interagit physiquement
avec la « matrice » en interrogeant les catégories d’informations au travers des outils de la
« sonde » et du « décodeur ». Enfin, on retrouve une activité kinesthésique au cours de la
sixième étape durant laquelle l’intuitif manipule de la matière (pâte à modeler, lego, bloc)
pour représenter la cible en trois dimensions, cette activité conduisant, en quelque sorte, à la
modélisation physique d’un idéogramme.
L’équation « I + A = B »
Cette première étape est constituée d’une séquence de trois composantes : « I » pour
l’idéogramme ; « A » correspondant au ressenti associé à la consistance ainsi qu’au contour
du Gestalt au moment même où l’idéogramme est exécuté ; le « B » exprime l’impression tant
spontanée qu’analytique se dégageant de la combinaison du « I » et du « A » du Gestalt
principal, ramenée à un seul terme.
Précisons que le Gestalt principal recouvre l’impression globale et holistique qui émane
des différents éléments présents sur la cible. Autrement dit, c’est le concept ou l’idée qui
exprime l’essence de la cible et la rend unique. Une séance intuitive commence donc par
l’exécution d’un idéogramme – le « I » -, convoquant le subconscient.
La composante « A »
Maintenant que l’idéogramme est couché sur le papier, engagez immédiatement la
connexion avec la cible en détectant et décodant sa forme, ses contours ainsi que sa
consistance à l’aide de la « sonde » et du « décodeur ».
Tout d’abord, écrivez la lettre « A » qui incorpore l’expression de votre ressenti en termes
de forme, de contour ou de mouvement au moment où vous exécutez l’idéogramme. Si
besoin, utilisez la « sonde » ou le « décodeur ». Retracez rapidement l’idéogramme ou
sondez-le brièvement. En touchant l’idéogramme, quelle impression de forme ou de
mouvement s’en dégage ? Pour décrire la perception de mouvement liée à la composante
« A », utilisez des verbes d’action tels que « s’incurve », « se courbe », « monte »,
« descend », « culmine », etc.
Ensuite, intéressez-vous à la consistance du Gestalt. Que ressentez-vous alors que vous
exécutez l’idéogramme ? Quelle est sa consistance ? À nouveau, n’hésitez pas à utiliser la
« sonde » ou le « décodeur », plusieurs fois s’il le faut. On répertorie généralement cinq
catégories de ressentis :
– solidité (dur, dense, solide, mou…)
– liquidité (fluide, liquide, flot, source…)
– état aérien/sensation de légèreté (air, gaz, fumée…)
– énergie (radioactive, magnétique…)
– température (chaud, froid, tiède…)
La composante « A » de tout Gestalt est toujours composée de son « mouvement »
(« motion », en anglais) et de sa consistance (« feeling », en anglais). C’est la perception
intuitive de ces deux éléments combinés qui doit être objectivée sur le papier, car les deux
sont indissociables.
La composante « B »
La composante « A » terminée, passez immédiatement à la composante « B ». La tâche
consiste à objectiver spontanément votre réponse analytique suite à l’exécution de la
composante « A ». Autrement dit, quel est le terme le plus adéquat pour décrire le
Gestalt principal ? Utilisez un terme générique, restez à un niveau de détail qui soit faible.
Est-ce que le Gestalt principal traduit une impression de « structure », de « terre », d’« eau »,
de « forme de vie » ? Bien qu’il soit possible d’utiliser des termes plus spécifiques tels que
« ville », « montagne », « désert », prenez garde à ne pas imaginer ou inventer une réponse.
L’objectif n’est pas de générer inutilement du bruit mental. Avant tout, votre réponse à la
composante « B » doit être spontanée. Si aucune réponse analytique spontanée ne survient,
objectivez « aucun » ou déclarez une « pause du faux-départ » et recommencez la séquence
« I/A/B ». Que vous produisiez un “B” ou non, veillez toujours à vocaliser ce que vous
objectivez sur le papier.
En guise de récapitulation de la séquence « I + A = B », imaginons que la cible soit une
montagne. Consécutivement à l’annonce de l’identifiant, vous produisez un idéogramme,
immédiatement suivi de la lettre « A » et vous objectivez votre ressenti en termes de
mouvement, de forme et de consistance. Vous passez ensuite à la lettre « B » pour formuler
spontanément une réponse analytique. Bien entendu, toute la séquence est objectivée et
vocalisée. Elle se présente de cette manière sur le papier :
Pour décoder un idéogramme, ne vous fiez pas à son aspect visuel. C’est votre ressenti qui
compte, pas son apparence sur le papier. Ingo Swann l’a rappelé à plusieurs reprises :
« l’apparence de l’idéogramme ou son orientation sur le papier n’a aucune incidence sur son
objectivation ».
Considérations
– Dans l’éventualité où la composante « A » vous pose problème, utilisez d’abord la
sonde ou le décodeur pour améliorer votre degré de connexion à la cible. Si vous ne
ressentez toujours rien, déclarez une « pause faux-départ » et reprenez la séquence
« I/A/B » en énonçant l’identifiant.
–Quand vous produisez un idéogramme, vous avez l’obligation de le décoder, même si
vous ne le « sentez » pas et que vous souhaitez enchaîner directement avec un nouvel
idéogramme. Négliger le décodage d’un idéogramme revient à couper l’alimentation du
flux intuitif. Pourquoi ? Parce que le subconscient, qui transmet l’information intuitive, est
perturbé par le fait que le conscient l’ignore. Il en résulte une interruption du dialogue entre
le conscient et le subconscient. Pour donner un feedback au subconscient et le remercier
pour sa collaboration, le conscient doit accuser réception et objectiver tout ce qui se
présente à lui.
–N’hésitez pas à produire autant d’idéogrammes que vous jugez nécessaire pour décrire
les Gestalts principaux. Imaginons une cible faite d’un pont reliant deux berges séparées
par une rivière. Votre premier idéogramme, s’il est exécuté et décodé correctement,
exprimera probablement des informations liées au Gestalt principal, celui du pont. C’est en
exécutant des idéogrammes supplémentaires que vous serez en mesure de recueillir de
nouvelles informations renvoyant aux Gestalts des berges (« terre ») et de la rivière
(« eau »). Pour chaque nouvelle production d’idéogramme, assurez-vous de réaliser la
séquence « I + A = B » dans son intégralité.
–Si l’exécution et le décodage de votre idéogramme n’atteignent pas la cible, le même
idéogramme apparaîtra jusqu’à ce que vous exécutiez la séquence comme il se doit. Ce
n’est qu’à cette condition qu’un nouvel idéogramme, synonyme d’un nouveau Gestalt,
surgira de votre flux intuitif. Dans le cas où un idéogramme identique survient plusieurs
fois à la suite, prêtez une attention particulière à la « composante A » et assurez-vous de
bien décoder le mouvement et la consistance du Gestalt. Recommencez la séquence « I + A
= B » autant de fois que vous le jugez utile et jusqu’à ce que vous avez le ressenti que vous
avez établi le contact avec la cible.
–Gardez à l’esprit qu’un idéogramme multiple peut se présenter sous la forme d’un
idéogramme simple. Il est donc utile de le décoder afin de détecter d’éventuelles
discontinuités révélatrices de la présence de plusieurs Gestalts.
– Comme cette première étape est particulièrement sujette au bruit mental (BM), restez
sur vos gardes et objectivez toutes perceptions ou idées contenant un niveau de détail qui
dépasse le cadre d’un Gestalt. Si, par exemple, vous percevez « une école » au lieu d’une
« structure » pour la « composante B », votre niveau de détail est trop élevé : c’est un BM.
À ce stade du protocole, la bande passante du flux intuitif est trop étroite pour transmettre
un niveau d’information aussi discret.
À ce stade du protocole, omettre d’objectiver un BM peut vous amener à l’adopter comme
étant le signal (« AOL Drive » ou « Castle Building », en anglais), ruinant votre séance. Il est
donc particulièrement important d’objectiver le moindre BM.
–Si un idéogramme se présente de manière semblable à un idéogramme qu’il ne suit pas,
c’est l’indication que vous avez identifié les Gestalts principaux de la cible et que vous
pouvez passer à la deuxième étape du protocole. Selon l’illustration qui suit, le 3e
idéogramme est semblable au 1er idéogramme, signifiant que les principaux Gestalts sont
identifiés :
– Il se peut que vous produisiez un nouveau type d’idéogramme de manière
complètement inattendue. Bien qu’il présente une forme que vous n’avez jamais produite
auparavant, il fait désormais partie de votre catalogue d’idéogrammes. Il apparaîtra, ici et
là, en exprimant un Gestalt spécifique qu’il vous reste à identifier. Pour ce faire, utilisez la
« sonde » en le touchant délicatement pour le ressentir intuitivement. Si vous ne ressentez
rien de particulier, objectivez « inconnu » en regard de la composante « B » de l’équation
« I + A = B » et revenez-y quand vous serez en mesure de décrire l’expérience sensorielle
reliée au site (à la deuxième ou la quatrième étape).
Objectiver son état du moment
Parmi la multitude de facteurs qui détermineront le degré de réussite de votre séance, il y
en a deux que vous devez objectiver sans tarder : votre condition physique (CP) et votre état
psychologique (EP) du moment. Vous avez un léger mal de tête, une douleur lombaire ou
vous avez tout simplement faim ? Notez-le. Vous êtes fatigué, stressé ou soucieux ? Notez-le
aussi. Ces états agissent comme autant de filtres, laissant certaines informations intuitives se
présenter à votre conscience au détriment d’autres, ou peuvent colorer votre séance en se
fixant sur votre état émotionnel du moment.
Objectiver les éléments susceptibles de perturber votre niveau d’attention revient à en
accuser réception auprès de votre mental afin d’en prévenir l’apparition durant la séance. Si
vous estimez que ni votre CP, ni votre EP ne sont susceptibles de perturber le déroulement de
votre séance, notez-le aussi, de cette manière : « CP/EP : aucun ». Coucher votre forme du
moment sur le papier permet également à l’analyste de tenir compte de votre état physique et
émotionnel lors de son évaluation, sachant qu’un état émotionnel spécifique (par exemple, la
colère) peut être exacerbé par une dimension émotionnelle correspondante se dégageant de la
cible (un ressenti de colère se dégageant de la cible).
De la même manière, si vous pré-visualisez une cible, avez une idée préconçue sur la
nature de celle-ci ou que vous « ressentez » quelque chose avant de commencer la séance,
vous devez l’objectiver. Si, par exemple, vous visualisez la Tour Eiffel, écrivez :
« Préconception : la Tour Eiffel ». Le fait d’objectiver permettra d’évacuer cette idée, d’éviter
un BM récurrent et de démarrer la séance sur une base saine. Si rien n’occupe votre esprit,
notez-le aussi : « Préconception : aucune ».
Il convient également de “nettoyer” la pollution mentale susceptible de perturber votre
équilibre émotionnel ou d’interférer avec votre flux intuitif, et ceci de manière préventive. Il
peut s’agir de pensées qui trottent dans votre esprit, d’un état émotionnel inadéquat ou encore
d’une appréhension surgissant peu avant votre séance. Ces perturbateurs sont généralement
éliminés en suivant un processus en trois étapes :
1. Objectivez à voix haute le perturbateur en y mettant de la conviction
Exemple : « Je crains d’échouer à identifier la cible. Et si je faisais tout faux ? »
2. Adressez-vous à votre subconscient et passez un accord avec lui, toujours à voix
haute
Exemple : « Pour l’instant, je ne m’en préoccupe pas »
3. Objectivez votre intention de « parquer » le perturbateur le temps de la séance tout en
notant « peur d’échouer » sur la feuille
Exemple : « Pour l’instant, je mets de côté la “peur d’échouer” »
Le format de la page
La manière dont vous organisez les informations sur le papier contribuera au succès de
votre séance puisqu’elle permettra de structurer et décoder le flux intuitif, de parquer les
productions du mental à un endroit dédié et de servir de « boîte noire » à votre séance. En
rapportant correctement l’information selon les règles du protocole, vous ne faites
qu’appliquer les préceptes des espions psychiques de Fort Meade, à savoir que « tout est dans
la structure » et que « si ce n’est pas sur le papier, cela ne compte pas ».
Tout au long des différentes étapes du protocole, naviguez sur votre page de haut en bas,
et de gauche à droite. Sur la première page, commencez par écrire votre nom, votre état du
moment ainsi que la date et l’heure de commencement de votre séance. À la fin de la séance,
revenez sur cette première page et inscrivez l’heure de fin. Numérotez chaque page (en haut à
droite) et, sur chaque page, en guise d’en tête, notez l’étape en cours (par exemple, « Étape
1 »). À droite de chaque page, notez les BM et les pauses associées.
La transition vers la deuxième phase
D’une manière générale, la conduite de cette première étape est plutôt rapide. Les intuitifs
les plus expérimentés l’exécutent en moins de soixante secondes et ne s’arrêtent jamais plus
de trois à quatre secondes. Une fois que vous aurez identifié et décodé plusieurs Gestalts,
autorisez-vous à progresser vers la deuxième étape du protocole.
Il n’existe pas de règles fixes dictant le moment idéal pour organiser la transition de la
première vers la deuxième étape. N’oubliez pas que l’objectif de la première étape est
d’établir le contact avec la cible. Quand vous l’aurez fait, vous le saurez intuitivement. Cela
sera le moment d’expérimenter la deuxième étape en connectant vos cinq sens à la cible et en
décrivant chacun de ses Gestalts d’un point de vue sensoriel.
Chapitre VII. Étape 2 : Ressentir autrement
« Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif
pour la qualifier »
Guy de Maupassant
Le contact avec la cible étant désormais établi, la bande passante du flux intuitif s’élargit.
Davantage d’informations vous parviennent, la durée du signal s’allonge, le flux est ralenti et
se présente d’une manière plus compacte. Cette amélioration tant qualitative que quantitative
du flux autorise à porter votre attention sur les aspects sensoriels du site.
Pour vous propulsez dans cette deuxième étape, représentez-vous vos cinq sens comme un
combustible et votre vocabulaire comme un mécanisme de propulsion. Comme cette étape se
concentre sur les propriétés sensorielles de la cible, votre tâche sera de décrire les sensations
que vous expérimentez comme si vous étiez physiquement présent sur le site. Il s’agit donc de
mettre des mots (le mécanisme de propulsion) sur les perceptions intuitives déclinées à partir
de vos cinq sens (le combustible : la vue, le toucher, l’odorat, le goût et l’ouïe).
Lors de l’étape précédente, vous avez initié et déroulé un processus d’adressage de
l’information en vous connectant à la cible. Ceci étant fait, l’information n’est plus triée,
réduite par le filtre des organes sensoriels et du cerveau. Comme la perception de l’espace et
l’expérience du temps sont libérées de toutes contraintes, la conscience a désormais accès à
une densité d’information illimitée, augmentée en regard de celle caractérisant notre monde
sensible.
Au cours de cette deuxième étape, le flux intuitif communiquera des perceptions
sensorielles éparses, indistinctes et fragmentées, que ce soit en termes de vision ou par le biais
des autres sens. Soyez attentif, vous pourriez également faire l’expérience de ressentis
énergétiques (magnétisme) ou de perceptions impliquant des changements de température.
Plus vous avancerez au sein de cette étape, plus les informations intuitives auront
tendance à surgir et à se regrouper entre elles. Pour utiliser une analogie empruntée à
Internet, les informations intuitives sont transmises en « paquet de données », comme un
ensemble de bits constituant une partie du message. Vos ressentis se manifesteront de
manière regroupée, généralement organisés en fonction d’un organe sensoriel spécifique, par
exemple : « blanc, vert et bleu foncé » (vue) suivi de « rugueux, dur, froid » (toucher). Il
semblerait que la perception intuitive d’un élément (blanc, par exemple) serve de catalyseur à
celle d’autres (vert, bleu foncé) appartenant à la même famille sensorielle. Signalons que les
ressentis peuvent tout aussi bien s’organiser en fonction du Gestalt auquel ils appartiennent.
Puisque les informations intuitives se manifestent par « paquet de données », veillez à ne
pas vous attarder sur chaque ressenti, cela ayant pour effet d’interrompre la transmission de
données, voire de perturber la connexion du flux intuitif à la cible. Idéalement, objectivez – en
couchant sur le papier tout en verbalisant – chaque ressenti à une fréquence n’excédant pas
trois secondes. Plus vous ralentissez la cadence, plus vous prenez le risque que votre mental
génère du bruit mental. Maintenez donc une vitesse de croisière soutenue afin de capitaliser
sur l’effet « paquet de données » et réduire le risque d’apparition du bruit mental.
Pour optimiser la capture d’information, ayez recours à l’outil de la sonde. Référez-vous
sans tarder à l’idéogramme produit au cours de la première étape et interrogez l’information
en touchant brièvement et délicatement l’idéogramme. Que vous disent vos sens ? Si vous
touchez la cible, que percevez-vous intuitivement ? Ressentez-vous une énergie, une
température ? Faites-vous l’expérience de formes, de couleurs, de textures, d’odeurs ou
d’impressions auditives ?
Vous constaterez que les premiers « paquets de données » renseignent généralement sur
les couleurs qui composent la cible. Tandis que vous les notez sur le papier, prononcez-les à
voix haute et restez attentif à vos impressions. Pour décrire vos ressentis, utilisez des termes
simples, réduits à l’aspect le plus fondamental de l’expérience sensorielle, tels que « vert »,
« chaud », « doux », etc. Soyez généreux avec vous-même et notez autant de mots que
possible, donnez-vous comme objectif de remplir au minimum trois pages.
Sur le papier, certains intuitifs organisent les ressentis par catégorie sensorielle afin de
s’assurer qu’aucune dimension ne soit négligée. La structure peut se présenter de cette
manière, suivant globalement la séquence d’apparition des catégories sensorielles :
Vue : Couleurs/Luminosité/Contrastes ?
Toucher (en main) : Texture/Consistance/Température ?
Odorat : une odeur se dégage-t-elle de la cible ?
Toucher (en bouche) : Texture/Consistance/Température ?
Ouïe : avez-vous une impression auditive ?
Énergie : ressentez-vous une énergie ?
Organiser les informations sensorielles n’est pas une obligation, sentez-vous donc libre de
noter vos ressentis de manière libre, non-structurée.
Une question de vocabulaire
Le défi principal de cette deuxième étape est de posséder un vocabulaire suffisamment
riche pour exprimer toute la nuance et la subtilité de vos ressentis sensoriels. Pour un peintre,
plus sa palette de couleurs est fournie, plus il sera en mesure de réaliser une toile réaliste,
« vivante » et faite de nuances. Considérez votre arsenal lexical comme une gamme de
couleurs qui donnent vie à vos perceptions intuitives avec un maximum de précision et de
délicatesse. Il est donc avisé d’exercer votre vocabulaire sensoriel dans la vie de tous les jours
afin de l’enrichir. Les occasions ne manquent pas. Une connaissance se présente à vous avec
un T-Shirt violet ? Saisissez cette occasion pour qualifier la nuance de ce violet : s’agit-il de
mauve, de lilas ou de prune ? Pratiquez ce type d’exercices pour les autres sens.
Pour soutenir un niveau d’attention élevé vis-à-vis de vos ressentis et entretenir un fort
degré d’intentionnalité, n’hésitez pas à verbaliser l’identifiant de la cible autant de fois que
nécessaire. De même, vocalisez chaque ressenti afin de maintenir le contact avec votre flux
intuitif et susciter la manifestation de ressentis supplémentaires.
Bruit mental et impressions visuelles
Souvenez-vous que lors de cette étape, votre champ lexical sensoriel agit comme un
mécanisme de propulsion. Il en résulte que vous devriez produire très peu de bruit mental, le
vocabulaire que vous utilisez – réduit à sa dimension la plus fondamentale – ne suscitant pas
l’analyse ou l’interprétation de la part du mental.
Au cours de cette étape, il se peut que des impressions visuelles se manifestent. Dans ce
cas, produisez un rapide croquis et sondez-le immédiatement pour en extraire des ressentis
additionnels. Effectuer un croquis permet de décrire ce qu’il serait difficile d’exprimer avec
des mots. À l’inverse, annoter votre croquis permet d’objectiver avec des mots des ressentis
qui ne peuvent l’être avec un dessin.
Soyez attentif à la qualité de vos impressions visuelles. Sont-elles brouillées, indistinctes
et en mouvement ou bien se manifestent-elles de manières claires, distinctes et statiques ?
Dans le premier cas de figure, vous avez affaire à un ressenti intuitif alors que dans le
deuxième, c’est l’indication qu’un bruit mental s’est immiscé dans votre séance. Si tel est le
cas, objectivez-le aussitôt et reprenez votre séance.
Manifestation de l’aspect dimensionnel
Alors que cette deuxième étape est en cours, portez votre attention sur le fait que des
termes se répètent ou que vous êtes toujours plus enclin à produire des croquis plutôt que
d’écrire des mots. C’est le signe que vous êtes désormais prêt à embarquer pour la troisième
étape du protocole.
Tout au long de cette deuxième étape, vous avez renforcé votre connexion à la cible,
élargissant la bande passante du flux intuitif. Les informations qui se présentaient de manière
holistique et gestaltique sont maintenant disponibles de façon plus distincte et discrète. À ce
stade, vous êtes à même de ressentir des informations relatives aux dimensions de la cible,
celles-ci s’exprimant essentiellement selon six modalités : horizontalité, verticalité, angularité,
espace, volume et masse.
La dimensionnalité s’exprime par des termes tels que « grand », « large », « léger »,
« long », « imposant », etc. Ce type de mots indique que le débit d’informations est
suffisamment soutenu pour aborder la troisième étape du protocole avec confiance et sérénité.
Réaction émotionnelle
Les ressentis liés à la dimensionnalité de la cible conduisent à une réaction émotionnelle
(« aesthetic impact », abrégé « AI » en anglais), laquelle peut être subtile ou prononcée. Il
s’agit de l’impact émotionnel ressenti par l’intuitif, se dégageant de la cible. Il n’est plus
question ici de décrire vos ressentis sensoriels mais d’exprimer ce que vous expérimentez
d’un point de vue de vos émotions : êtes-vous bouleversé, avez-vous une impression de
beauté et de grandeur ? Appréciez-vous la cible ou, au contraire, provoque-t-elle une réaction
de répulsion ?
Objectivez votre réaction émotionnelle sur le papier et à voix haute au moyen d’une
« Pause de l’Affect » (Pause-Affect). Cette pause, qui clôt votre deuxième étape, permet à
votre mental de « digérer » l’émotion et de prévenir sa résurgence au cours des étapes
suivantes, les émotions pouvant perturber ou influer sur votre séance. Cette « pause » est
d’autant plus importante qu’elle constitue un jalon essentiel dans le processus du protocole en
six étapes. Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on considère que la bande passante est
suffisamment large pour fournir des informations à haute valeur ajoutée à l’intuitif.
Le format de la page
Lorsque vous avez terminé la première étape, passez à la deuxième en écrivant « E2 »
(abréviation de « Étape 2 ») pour signifier que vous commencez cette nouvelle étape. Il est
inutile de démarrer la deuxième étape sur une feuille vierge, vous pouvez le faire en
continuation de celle en cours. Ensuite, notez vos ressentis sensoriels en procédant de haut en
bas tout en restant au centre de la page. Si une impression visuelle se manifeste, exécutez
votre croquis à gauche de la page. Quant au bruit mental, objectivez-le à droite de votre page.
N’oubliez pas de systématiquement numéroter vos pages. L’extrait ci-dessous vous permet de
visualiser la manière dont est disposée l’information :
Disposition des informations sur la page
Dans l’extrait suivant, tiré d’une séance issue du projet « Sun Streak », observez la
manière dont l’information est organisée sur la page. Les ressentis figurent au centre de la
page tandis que la « Pause de l’Affect », suivie d’une description de la réaction émotionnelle,
est parquée à droite. Notez également les ressentis exprimant la dimensionnalité de la cible
(« tall », « narrow », « wide ») précédant la « Pause de l’Affect ».
Organisation spatiale de la deuxième phase
Chapitre VIII. Étape 3 : Sonder la dimensionnalité
« Je demande à un croquis d’être libre, rapide, incisif, mordant, forcé. Je lui
demande de passer la mesure, d’outrer la vérité pour la faire mieux sentir »
Anatole France
Tandis que la deuxième étape permet de percevoir intuitivement les éléments physiques
de la cible, cette troisième étape se concentre sur sa dimensionnalité. Clôturant l’étape
précédente, la réaction émotionnelle a pour effet de ralentir la vitesse de transmission
d’informations en même temps qu’elle augmente le volume de données accessibles. Les
conditions sont désormais favorables à l’exécution de croquis illustrant les aspects
dimensionnels de la cible.
À ce stade, le fait de produire des croquis et des dessins a plusieurs effets positifs, tels que
le renforcement qualitatif du contact avec la cible au travers de l’interaction kinesthésique
avec celle-ci. La bonne exécution de cette étape favorise également l’élargissement de la
bande passante du flux intuitif, la résolution de la réaction émotionnelle survenue lors de
l’étape précédente ainsi que la gestion des informations portant sur la dimensionnalité de la
cible.
À l’instar de la première étape, cette étape recouvre une dimension kinesthésique. Tant les
idéogrammes que les croquis doivent être exécutés spontanément, se manifestant comme
l’expression du flux intuitif. Une nuance importante s’impose ici : si les idéogrammes de la
première étape fournissent une idée très vague et générale sur la nature de la cible, les croquis
produisent des informations plus détaillées et à caractère spatial, en mettant en exergue la
dynamique ainsi que la relation entre les différents Gestalts en présence.
Vos croquis sont une mine d’informations que vous pouvez exploiter en utilisant l’outil de
la sonde. Apposez la pointe de votre stylo sur le croquis, portez votre attention sur vos
ressentis sensoriels et reportez-les en suivant la structure propre à l’étape précédente.
Néanmoins, gardez à l’esprit que l’objectif de cette troisième étape n’est pas de produire une
représentation détaillée de la cible mais de saisir ses aspects dimensionnels, en vous
concentrant sur vos perceptions globales plutôt que sur des éléments spécifiques.
Croquis et bruit mental
La bande passante étant désormais plus large, la probabilité que les productions de votre
mental – objectivées sous la forme de croquis – soient en résonance avec la cible est en
augmentation. À ce stade, il est donc possible que votre mental, tout autant que votre
intuition, décrive correctement la cible. Pour distinguer une production du mental de celle de
l’intuition, observez attentivement la façon dont se manifestent vos perceptions. Est-ce que
l’image mentale est statique ou est-elle en mouvement ? L’image se présente-t-elle clairement
à l’esprit ou est-elle floue ? Dans tous les cas, gérez et évacuez le bruit mental de la même
manière que lors des deux premières étapes, c’est-à-dire en le vocalisant, l’objectivant sur le
papier et en observant une courte pause.
Exploration de la cible par le “déplacement”
Cette étape suppose que l’intensité de la connexion de votre flux intuitif à la cible est
suffisamment élevée pour vous autoriser à l’explorer en effectuant des déplacements. C’est ici
que l’expression « controlled remote viewing » prend toute sa signification : vous êtes LA
personne aux commandes de la séance et, à ce titre, vous décidez de vos propres mouvements
autour de la cible. Assisté d’un facilitateur ou non, libre à vous de modifier votre
positionnement relatif à la cible si vous estimez qu’un point de vue alternatif est à même de
fournir des informations supplémentaires sur la cible. L’instruction doit être formulée de la
manière la plus neutre possible et systématiquement contenir une distance et une orientation,
par exemple de cette manière : « quelque chose doit être perceptible à 100 mètres au-dessus
de la cible ». Les possibilités d’exploration étant illimitées, les « déplacements » peuvent,
entre autres, impliquer la temporalité, sinon des attributs spécifiques à la cible. Imaginons que
votre intention est de percevoir intuitivement la cible quelque six mois plus tard, posez votre
instruction de cette manière : « quelque chose doit être perceptible six mois à compter du
moment d’origine ». Si votre séance met en lumière une structure (par exemple, un bâtiment)
et que vous souhaitez percevoir ce qu’il renferme, formulez : « quelque chose doit être
perceptible à l’intérieur du bâtiment ».
Il peut être particulièrement utile d’instruire un « déplacement » quand le flux intuitif
s’affaiblit. Par exemple, prendre de la hauteur peut vous aider à vous reconnecter ou renforcer
votre connexion à la cible. De même, si les informations intuitives se répètent ou que vous
êtes sujet à une décharge émotionnelle, un bruit mental récurrent ou à une bilocation,
considérez un « déplacement » pour vous dégager de cette situation. Le processus de
déplacement suppose l’objectivation de l’instruction sur le papier, la production d’un
idéogramme, suivi de son décodage, l’extraction des perceptions sensorielles et la réalisation
de croquis. En d’autres termes, chaque déplacement est suivi des trois premières étapes du
protocole. L’extrait ci-dessous illustre un déplacement :
Un « déplacement » effectué au cours de la troisième étape
Chapitre IX. Étape 4 : Explorer la matrice
« Quand on cesse de reconnaître ses émotions,
on cesse de comprendre le sens de ses expériences »
Nathaniel Branden
Servie par une bande passante élargie, cette quatrième étape jouit d’une connexion plus
fine et subtile à la cible. Tandis que les trois premières étapes renseignent sur les Gestalts, les
dimensions et les aspects strictement physiques et matériels de la cible, cette étape permet de
capter des informations qui échappent au monde physique. L’énergie du lieu, les activités et
les émotions humaines qui se dégagent du site, l’ensemble des éléments intangibles sont
désormais détectables.
À ce stade du protocole, les informations intuitives, manifestant une accélération et se
présentant en plus grande quantité, sont davantage détaillées et précises. Pour permettre une
gestion efficace du flux intuitif, les scientifiques du Stanford Research Institute ont développé
une matrice pour organiser et interroger l’information. Cette matrice est parfaitement outillée
pour traiter un maximum d’informations de manière structurée et ordonnée, même surgissant
de manière véloce.
Comme les perceptions continueront à se manifester d’une façon regroupée, la matrice
contient huit catégories d’information organisées d’après la séquence suivante :
– Étape 2 (E-2) : dans cette colonne, notez vos impressions sensorielles telles que couleurs,
textures, températures, goûts, sons, etc. Décrivez les sensations que vous expérimentez en
adoptant la même démarche qu’au cours de la deuxième étape. Comme l’ouverture de la
bande passante est élargie, les sensations que vous êtes maintenant à même de capter sont plus
fines, détaillées et spécifiques qu’à l’occasion de la deuxième étape.
Exemple : “bleu, rugueux, amer”
– Dimensions (D) : sous cet intitulé, décrivez les dimensionnalités perçues. Tant bien même
vous recyclez les aspects dimensionnels (verticalité, horizontalité, masse, densité, etc.) de la
deuxième étape, vous avez désormais accès à un niveau de détail et de complexité plus élevés.
Profitez-en pour peaufiner vos descriptions liées aux dimensions de la cible ! Remarquez que
la dimensionnalité est, cette fois-ci, traitée séparément des sensations via une catégorie
dédiée. Intentionnelle, cette séparation met en place les conditions favorables à la détection
d’informations à caractère immatériel dans les catégories qui suivent.
Exemple : « grand, massif, étendu »
– Réaction émotionnelle (RE) : de même qu’au terme de la deuxième étape, soyez attentif
à toute réaction émotionnelle se manifestant spontanément et évacuez-la en faisant une
« Pause de l’Affect ». Vocalisez votre impression, notifiez-la dans la colonne dédiée, posez
votre stylo, observez une courte pause et reprenez votre séance intuitive.
Exemple : « ce site me donne des frissons »
– Empreinte émotionnelle (EE) : cette catégorie d’information, nouvelle, recueille les
perceptions afférentes aux émotions qui imprègnent la cible. De manière générale, quelles
sont les émotions humaines qui habitent le site ? Il ne s’agit pas ici de votre réaction
émotionnelle mais de celle des éventuels individus qui occupent le site. Puisqu’il n’est pas
question directement de vos émotions et que vous n’avez pas de tensions à décharger, il est
inutile d’observer une pause pour cette catégorie d’information. Si vous détectez une présence
humaine sur le site, il peut être utile d’interroger cette catégorie d’informations pour mieux se
représenter les activités ou la fonction de la cible. L’empreinte émotionnelle de la cible se
caractérisant par un débit d’informations particulièrement lent, assurez-vous de dédier
suffisamment de temps à la détection et au décodage de cette catégorie d’informations.
Exemple : « joie, colère, tristesse, peur »
– Tangibles (T) : les ressentis d’objets physiques, « touchables », tangibles sont à consigner
dans cette colonne. Au début, contentez-vous de reporter ces perceptions dans leurs
expressions la plus fondamentales : « terre », « structure », « forme de vie », de la même
manière que vous avez renseigné la composante « B » de la première étape. Au fil du temps,
des perceptions plus élaborées et complexes se manifesteront : n’hésitez pas à exécuter un
croquis (toujours dans la colonne « T »), lequel peut d’ailleurs servir de tremplin à la
manifestation d’impressions sensorielles (E-2), de dimensions (D) ou d’aspects tangibles (T)
supplémentaires. Pour cette catégorie d’informations, faites particulièrement attention au bruit
mental : plus le niveau de détail est élevé, plus vous invitez le bruit mental à se manifester. Par
exemple, percevoir du bois, de la mousse, des plumes relève du tangible. Par contre, percevoir
un lit – qui combine ces éléments tangibles en y attribuant une fonction –, trahit un bruit
mental.
– Intangibles (I) : cette catégorie regroupe les caractéristiques abstraites ou les concepts en
relation avec la cible. Pour un « tangible » décrivant un navire, l’« intangible » correspondant
pourrait être « historique », « commercial », « de guerre », « de pêche » ou « de tourisme ».
– Bruit Mental (BM) : cette colonne accueille l’ensemble des bruits mentaux se
manifestant durant cette quatrième étape. Traitez-les en conséquence, en les objectivant
(« Pause-BM ») et en observant une courte pause. À ce stade du protocole, la fréquence du
bruit mental est moindre, celui-ci devrait donc moins vous importuner.
– Bruit Mental Analogique (BMA) : vous consignez dans cette colonne les perceptions
qui s’expriment sous la forme d’analogie de choses connues. Il est généralement question
d’images mentales fragmentées, flottantes, tournoyantes ou granuleuses. Puisqu’il ne s’agit
pas fondamentalement d’un bruit mental dans sa pure expression, il est inutile de faire une
pause.
Le format
Pour marquer le début de cette quatrième étape, écrivez « E4 » au sommet de la page et
n’omettez pas la numérotation des pages. Ensuite, faites figurer les intitulés de chaque
catégorie d’informations en respectant la séquence « E-2/D/RE/EE/T/I/BM/BMA » que vous
prendrez soin de noter, de gauche à droite, sur chaque nouvelle page.
Votre matrice est désormais prête à accueillir l’information : remplissez la feuille de haut
en bas et de gauche à droite en naviguant entre les différentes catégories. Il est important que
vous soigniez la qualité de la connexion entre votre flux intuitif et la cible en engageant un
contact physique entre la pointe de votre stylo et les différentes colonnes de la matrice.
Vocalisez et notez sur le papier tout ce que vous percevez intuitivement.
Alors que vous interrogerez les différentes catégories pour extraire et décoder
l’information, il est fort probable que celle-ci se présente en « paquet de données ». Il s’agit
généralement d’une suite de trois à cinq termes ou qualificatifs suscités par la catégorie
d’informations interrogées.
Illustration
Illustration du format de la quatrième étape
Considérations
– Initiez systématiquement votre interaction avec la matrice en interrogeant et décodant les
sensations (E-2), puis passez aux dimensions (D). Il est recommandé de suivre la séquence
« E-2/D/RE/EE/T/I/BM/BMA » et de vous abstenir de papillonner d’une catégorie à l’autre.
En procédant de gauche à droite (de « E-2 » à « BMA »), passez en revue les huit catégories
d’information. Posez la pointe de votre stylo dans la colonne « E-2 » et reportez-y vos
ressentis. Dès que le flot d’informations s’arrête, passez à la catégorie suivante (« D »).
Procédez ainsi jusqu’à la catégorie d’informations « BMA ». Il va de soi que les catégories
d’information « RE », « BM » et « BMA » ne doivent pas être interrogées. Ces colonnes
servent uniquement à consigner l’information si elle apparaît spontanément.
– Si rien n’est détecté dans l’une ou plusieurs catégories, ne vous affolez pas et enchaînez
avec la catégorie suivante, à droite. Une fois que vous avez interrogé et décodé l’ensemble des
catégories mais que vous souhaitez capter davantage d’informations, soyez libre de
recommencer, et ceci autant de fois que vous le souhaitez, en conservant la catégorie « E-2 »
comme point de départ. Signalons que le fait de porter votre attention sur les catégories « S-
2 » et « D » permet de réinitialiser ou de renforcer le contact avec la cible. À l’inverse,
éloigner la pointe du stylo du papier affaiblit, voire interrompt la connexion du flux à la cible.
– Lorsque vous interrogez ou sondez l’information d’une catégorie, ne vous attardez pas
plus que huit à dix secondes dans chaque colonne. Vous attarder davantage de temps dans une
colonne, c’est susciter du bruit mental.
– Seule l’information pertinente à sa catégorie d’information est consignée dans la colonne
dédiée. En d’autres termes, si vous interrogez la catégorie « T » et qu’une information relative
à la catégorie « I » survient, vous devez ignorer cette information. Elle se manifestera à
nouveau d’elle-même quand vous interrogerez la catégorie « I ». L’important, c’est de
procéder de manière structurée et d’éviter toute diversion.
– Dans la mesure du possible, saucissonnez les concepts ou les motifs complexes en
éléments plus fondamentaux. Vous percevez une surface lisse ? Objectivez “lisse” dans “E-2”
et “surface” dans “T”.
– Si le flot d’informations diminue, voire s’interrompt dans plusieurs catégories, interrogez
les catégories restantes de manière aléatoire.
– Cette étape se prête bien aux « déplacements ». Après avoir passé en revue toutes les
catégories d’information (idéalement, de gauche à droite), considérez la possibilité d’exécuter
un déplacement afin d’explorer des aspects encore inconnus de la cible. Sur une page vierge,
écrivez les intitulés de chaque catégorie d’informations et objectivez l’instruction de
déplacement, comme par exemple : « quelque chose doit être perceptible à 500 mètres au-
dessus de la cible ». Produisez ensuite un idéogramme et décodez-le en plaçant les différentes
perceptions directement dans les colonnes correspondantes.
Extrait d’un document déclassifié. Observez les intitulés des catégories d’information (en
haut) ainsi que la disposition générale des perceptions intuitives sur la page, dessinant une
diagonale
partant en haut à gauche et terminant en bas à droite.
Récapitulatif intermédiaire
À ce stade, il peut être utile de rédiger un texte récapitulatif et intermédiaire de votre
séance. Disposez devant vous les feuilles que vous venez de remplir lors de cette quatrième
étape et commencez par considérer les réactions émotionnelles (RE) et les empreintes
émotionnelles (EE). Que disent-elles sur la cible ? Ensuite, récapitulez les éléments tangibles
(T) et intangibles (I) : les informations convergent-elles ? Une cohérence émerge-t-elle de ces
catégories d’informations ? Finalement, faites une synthèse des impressions sensorielles (E-2)
et dimensionnelles (D) : observez-vous des perceptions ou des thèmes récurrents ? Lors de ce
récapitulatif, mettez en exergue les éléments qui vous semblent les plus importants et
pertinents. Contentez-vous de synthétiser vos impressions, sans conclure quoi que ce soit. Ce
récapitulatif est un travail de synthèse, pas d’analyse. Analyser votre séance, c’est
précisément le rôle de… l’analyste.
La transition vers la cinquième étape
Quand les mêmes perceptions se répètent au sein de plusieurs catégories ou que ces
dernières ne produisent plus de ressentis, c’est le signe que vous êtes prêt pour la transition
vers la cinquième étape du protocole.
Chapitre X. Étape 5 : Interroger les émanations
« La logique de l’art, c’est la logique de l’association des idées, et l’impression artistique est d’autant plus forte, que la
complexité des associations d’idées conscientes et subconscientes de l’artiste se communique, par l’entremise de son œuvre,
d’une façon plus intense et plus complète. L’art, c’est la transmission des associations d’idées »
Albert Schweitzer
Cette cinquième étape du protocole occupe une place absolument unique dans la manière
dont est extraite l’information : il n’est ici plus question de se connecter au flux intuitif, sinon
d’interroger des perceptions enfouies dans le subconscient. Le travail de connexion au flux
mené au fil des étapes précédentes a permis d’entreposer au sein de votre subconscient des
informations auxquelles vous n’avez pas forcément prêté attention. Cette étape consiste à
interroger ces informations précédemment négligées afin d’enquêter sur certains aspects de la
cible.
Pour utiliser une analogie informatique, lorsque vous naviguez sur le Web, votre
navigateur Internet garde en mémoire et enregistre toutes les pages que vous avez consultées.
Au fil de votre navigation, certains éléments affichés sur les pages ont davantage retenu votre
attention que d’autres. Il est même probable que certaines informations aient été ignorées. Or,
ce n’est pas le cas de votre navigateur Internet qui garde en mémoire l’ensemble des
informations, que ce soient l’historique de navigation, les cookies, le cache mémoire ou
encore les mots de passe enregistrés. De la même manière, au cours de cette étape, vous ne
vous connectez pas au Web (le flux intuitif), mais vous consultez l’historique de votre
navigateur Internet (votre subconscient) pour récupérer de l’information extraite lors de vos
précédentes navigations (les étapes précédentes).
De l’avis de certains intuitifs, cette étape relève d’un travail de détective ou de mineur
analogue à de l’extraction de données. D’autres l’assimilent à la rétro-ingénierie, cette activité
consistant à étudier un objet pour en déterminer le fonctionnement interne. À titre d’exemple,
imaginons que la notion de « mariage » – figurant dans la catégorie « Intangible » – est
détectée au cours de la quatrième étape : ce concept recouvre les notions d’« engagement »,
de « cérémonie » ou encore de « rituel ». Bien que ces notions furent extraites du flux intuitif
au cours de la quatrième étape, elles n’ont pas eu l’occasion d’émerger au niveau conscient
car elles n’ont pas été objectivées. Cette étape fournit les outils pour remonter à la source et
extraire les notions qui ont donné naissance au concept de « mariage ».
Signalons que ces outils n’ont pas une vocation analytique, ceci afin de prévenir la
production du bruit mental. Analyser le contenu de perceptions antérieures mobiliserait
immédiatement le mental, l’invitant à deviner ou tirer des conclusions sur la nature de la
cible. Pour extraire l’information entreposée dans le subconscient sans exciter le mental,
l’approche consiste à utiliser une technique appelée « émanations » dont le mécanisme
s’apparente à la méthode de l’« association libre » de la psychanalyse freudienne.
L’association libre est un procédé utilisé pour explorer les processus psychiques
inconscients au cours duquel l’individu est invité à exprimer spontanément tout ce qui vient à
l’esprit sans rien censurer de ses pensées, de ses émotions ou de ses visualisations. On dit que
l’association est « libre » parce que ce procédé permet de neutraliser l’inhibition régulatrice
qui s’exerce d’ordinaire sur les pensées. En association libre, la libération du flot de paroles
provenant de l’inconscient permet au thérapeute de faire progresser le travail d’analyse.
Organiser la sélection d’informations
Parmi l’ensemble de perceptions que vous avez glanées au fil des étapes précédentes,
certaines renferment davantage d’information que d’autres. Il s’agit de sélectionner celles
ayant le meilleur potentiel informationnel pour l’extraction de données que vous êtes sur le
point d’effectuer.
L’approche classique consiste à consulter les ressentis de la précédente étape (la
quatrième) catégorisés comme « Intangibles ». Une fois reportés l’ensemble des
« Intangibles » sur une page vierge, votre tâche est de choisir ceux qui vous semblent les plus
pertinents. Pour ce faire, faîtes indifféremment appel à vos capacités d’analyse qu’à votre
intuition.
Si vous n’avez pas listé d’« Intangibles » au cours de la quatrième étape, référez-vous à la
deuxième étape, il se peut qu’un « Intangible » s’y soit glissé. Sinon, une ultime option – qui
ne fait pas consensus – est de sélectionner un « bruit mental » qui vous interpelle et de le
traiter de la même manière qu’un « Intangible ».
La sélection analytique des « Intangibles » peut s’effectuer en groupant les perceptions
qui partagent une similarité, une correspondance sémantique entre elles. Dans l’exemple qui
suit, j’ai constitué un premier groupe en reliant les perceptions intangibles « travail »,
« fatigue », « hiérarchie » et « méthode ». J’ai également créé un deuxième groupe en
associant « charité » avec « générosité ». Les perceptions isolées – « solennel », « spirituel »
et « nationalisme » – sont éliminées.
Plus un groupe contient d’éléments, plus la probabilité est élevée que ces éléments
contiennent des informations pertinentes sur la cible. Néanmoins, au lieu de focaliser
directement l’attention sur les groupes les plus fournis, il convient d’analyser succinctement
les groupes les plus petits afin d’assurer l’efficacité du processus d’élimination. Par
conséquent, une fois les groupes constitués, passez en revue les perceptions individuellement
en commençant par le groupe contenant le moins d’éléments. Dans notre exemple, je porte
donc mon attention en priorité sur « charité » et « hiérarchie » afin d’évaluer leurs potentiels à
fournir des informations pertinentes sur la cible. Pour chaque perception, posez-vous la
question : « est-elle importante pour mieux connaître la cible ? » et, intuitivement, retenez ou
éliminez le terme en question. Concentrez-vous ensuite sur les groupes plus importants et
procédez de la même manière. Au terme de l’exercice, seuls quelques termes subsisteront : ce
sont les perceptions desquelles vous allez extraire des informations.
Exemple de sélection de perceptions parmi les « Intangibles »
Le format de la page
Sur une page vierge, écrivez “Étape 5” à son sommet, au centre. Dans notre exemple,
admettons que le terme « travail » est retenu. À partir de la perception « travail »,
l’information extraite est organisée en fonction de quatre catégories d’information : « objet »,
« attribut » « sujet » et « thème » dont les définitions respectives sont les suivantes :
–Objet : toute chose matérielle, occupant un espace physique, susceptible d’être
observée ou touchée.
– Attribut : la caractéristique ou la qualité d’une personne ou d’une chose. Un
« attribut » appartient, est produit par, résulte ou provient d’un individu ou d’un artefact.
– Sujet : la nature, l’essence, la fonction de la cible ou les activités qui y ont lieu.
– Thème : ce sur quoi s’exerce l’activité ou la réflexion. Généralement, un « sujet »
comprend des « thèmes ». Par exemple, le sujet de l’« économie » se décline sur les thèmes
de la « consommation », de l’« inflation », de la « politique monétaire », etc.
Signalons que les catégories d’information « Objet » et « Attribut » relèvent du tangible,
s’agissant de choses ou de caractéristiques observables ou manipulables. À l’inverse, les
catégories « Sujet » et « Thème » sont intangibles puisqu’elles revêtent une dimension
conceptuelle.
Puisque, dans notre exemple, nous travaillons sur le terme “travail”, nous l’écrivons en
haut à gauche sur la page. En dessous, nous inscrivons la catégorie d’information recherchée,
suivi de la question « émanations ? ». Mobilisez votre conscience intentionnelle et donnez-
vous pour objectif d’extraire les « objets » rattachés à la perception « travail » en lien avec la
cible. Placez votre stylo sous « émanations ? » et listez les informations qui se présentent à
votre conscient. En procédant ainsi, votre subconscient, à la manière d’un « navigateur
Internet » interne, vous laissera extraire les informations qui vous intéressent. Vous
procéderez ainsi pour les catégories d’information restantes (attribut, sujet, thème) pour le
terme « travail ». Ensuite, répétez l’exercice pour les autres « Intangibles » que vous aurez
retenus. Efforcez-vous d’objectiver intégralement les émanations, en les énonçant à voix
haute.
La perception « travail » passée au crible des catégories d’information
Considérations
– Sur la page, procédez de gauche à droite en vous assurant d’avoir interrogé jusqu’au
bout chaque catégorie avant de passer à la suivante. Une fois de plus, les émanations se
présenteront de manière groupée en réponse à la catégorie d’information interrogée. Si la
cadence d’extraction diminue ou qu’aucune émanation ne se manifeste durant plusieurs
secondes dans une catégorie donnée, interrogez la catégorie suivante (à droite). Il est
important de conserver une cadence ne dépassant pas cinq secondes entre chaque mot pour
assurer la fiabilité des informations extraites. Retourner à une catégorie interrogée
précédemment pour y reprendre le travail d’extraction est proscrit, cette manœuvre allant à
l’encontre du principe de fonctionnement de cette étape.
–Généralement, les catégories de l’« Attribut » et du « Thème » génèrent davantage
d’émanations que celles de l’« Objet » et du « Sujet ». Si aucune catégorie ne fournit
d’émanations pour un terme donné, c’est probablement que vous tentez d’interroger un
bruit mental qui s’est glissé parmi les « Intangibles ».
– Rappelez-vous, cette étape ne sollicite pas le flux intuitif. Par conséquent, elle ne fait ni
appel aux diverses pauses explorées dans les chapitres précédentes, ni aux déplacements et
laisse très peu de place au bruit mental. Soyez toutefois attentif aux catégories subjectives
« Attributs » et « Thèmes », davantage susceptibles de générer du bruit mental que les
catégories objectives de l’« Objet » et du « Sujet ».
– Il est possible qu’une émanation se manifeste dans une catégorie d’information à
laquelle elle n’appartient pas. Ce « glissement » (« switch », en anglais) est généralement
l’indication que la catégorie en question n’a plus d’émanations à offrir et que c’est le
moment de passer à la prochaine catégorie. Si un « glissement » se produit, enchaînez
directement avec la catégorie suivante. Voici un exemple avec la perception « maison » :
Quand les émanations « douillet » et « intimité » apparaissent – lesquelles ne relèvent pas
d’un « objet » mais d’un « attribut » – passez directement à la catégorie « attribut » et
objectivez les immédiatement.
–Le processus d’extraction peut aussi s’appliquer aux bruits mentaux (BM) apparus au
cours de la quatrième étape. Consultez les bruits mentaux objectivés dans la colonne
« BM » et portez votre choix sur l’un d’eux. L’extraction permettra d’identifier les éléments
qui sous-tendent ce bruit mental, en dehors de toute considération catégorielle. Imaginons
que le bruit mental consiste en la perception « cabane ». Tout en énonçant le tout à voix
haute, écrivez :
Dans l’exemple ci-dessous tiré du Programme « Stargate », l’intuitif interroge les
perceptions « temple » et « important » (« significant », en anglais). Notez que certaines
émanations sont incorrectement catégorisées. Par exemple, on observe le terme « foreign »
(étranger) sous la catégorie « objet » alors qu’il devrait figurer sous la catégorie
« Attribut ».
Chapitre XI. Étape 6 : Percevoir par le toucher
« Le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique »
Roland Barthes
Jusqu’ici, vos ressentis sont devenus « réalité » et se sont exprimés exclusivement sur le
support papier, générant une représentation de la cible en 2D. Cette dernière étape du
protocole vous propose d’entreprendre une modélisation de la cible en 3D, en ayant recours à
de la matière malléable.
On peut affirmer que cette étape constitue la continuation et la conclusion de la troisième
étape, celle qui explorait précisément la dimensionnalité de la cible via l’exécution de croquis.
Ici, l’interaction kinesthésique avec la cible ne s’effectue plus au moyen d’un stylo mais par
l’intermédiaire de matière malléable, comme de la pâte à modeler.
Souvenez-vous, si le subconscient ne s’adresse pas directement au conscient, il se sert du
corps comme d’une interface pour organiser ce dialogue. Pour cette raison, la vision à
distance fait appel à différentes activités kinesthésiques telles que la production
d’idéogrammes ou de croquis pour faire émerger les ressentis intuitifs au niveau conscient.
Au cours de cette sixième étape, manipuler de la matière pour construire une représentation
de la cible participe à cet effort kinesthésique. La modélisation de la cible est, en quelque
sorte, un idéogramme en 3D. Il est désormais possible de toucher, sonder ou décoder certaines
parties de la matière pour en extraire de l’information.
Gardez à l’esprit que l’objectif de cette étape n’est pas de reconstituer fidèlement la cible.
Il s’agit plutôt d’approfondir le contact kinesthésique afin d’extraire des informations qui
n’auraient pas été disponibles jusqu’ici. Une séance de vision à distance du Projet Stargate
illustre précisément ce point : nous sommes en 1983, Ingo Swann supervise le Lieutenant-
Colonel Tom McNear dans son apprentissage de la vision à distance. La cible est la centrale
nucléaire de Oconee et Tom McNear fonctionne en « aveugle », avec pour seule information
une coordonnée à huit chiffres. Au terme de la quatrième étape, McNear passe directement à
la sixième et manipule la pâte à modeler. Il ne le sait pas encore, mais ses ressentis intuitifs
sont en plein dans la cible : une mini centrale nucléaire faite de pâte à modeler prend forme
sous ses yeux et ceux de Swann. Les similitudes entre la cible et la modélisation sont
frappantes.
Toutefois, un élément échappe à l’intuitif : une tour de refroidissement située à l’arrière de
l’installation atomique. Jusqu’à cette sixième étape, aucune perception intuitive de McNear ne
faisait référence à cette tour. C’est alors qu’intuitivement il place sa main à l’arrière de la
structure miniature et commence à modeler une tour, tout en disant à Swann : « je sens qu’il y
a quelque chose ici ». Celui-ci lui répond : « alors, bien, pose-la à cet endroit ! ». L’intuitif
objective son ressenti en écrivant sur une feuille : « un œuf fixé à un bâton », perception qui
n’avait pas de sens pour lui, du moins à ce moment. Une fois la modélisation terminée,
McNear rédigea son compte rendu avant que Swann ne lui révèle la cible. C’est alors qu’il
découvre que son « œuf fixé à un bâton » est en fait la fameuse tour de refroidissement. Cette
tour est d’ailleurs l’un des éléments distinctifs de cette centrale nucléaire. Quel enseignement
tiré de cette séance de vision à distance ? Sans cette interaction kinesthésique avec la cible,
prenant la forme d’une modélisation en 3D, McNear serait probablement passé à côté de la
tour de refroidissement.
La cible : la centrale nucléaire de Oconee, la flèche désigne la tour de refroidissement
La modélisation en 3D, la flèche désigne l’« œuf fixé à un bâton »
détecté au moyen de l’interaction kinesthésique
Dynamique de l’étape
La modélisation de la cible s’accompagne d’une prise de notes structurée. Alors que vous
organisez votre plan de travail, vous avez également en face de vous une feuille sur laquelle
vous objectivez vos ressentis. Rappelez-vous que tout est consigné en vision à distance. Sur
cette page, les informations sont organisées de manière identique à la quatrième étape, sous la
forme d’une matrice. N’omettez pas d’écrire « Étape 6 » en-tête de page et d’ajouter le
numéro de page.
Avant de commencer à manipuler la matière, consultez brièvement vos croquis (troisième
étape) ou encore les aspects « Tangibles » de la cible figurant dans la matrice de la quatrième
étape. Il s’agit maintenant de porter un regard global sur votre séance : intuitivement, quels
sont les éléments susceptibles d’apporter un maximum d’information supplémentaire s’ils
sont modélisés en 3D ?
Avant de débuter la modélisation, malaxez de petites quantités de pâte à modeler afin de
vous familiariser avec sa texture, sa robustesse et son élasticité.
Tandis que vous manipulez la matière et modélisez vos perceptions en 3D, prêtez
attention à vos ressentis : est-ce que les formes, les dimensions sont intuitivement « justes » ?
Quand de nouvelles perceptions se manifestent, reportez les informations dans la matrice. Il
s’agit aussi d’utiliser cette matrice pour interroger les différentes catégories d’informations –
colonne par colonne, de gauche à droite et de haut en bas – tout en alternant votre interaction
kinesthésique avec votre modèle en construction. Autrement dit, vous détectez l’information
intuitive par votre interaction kinesthésique et la décoder dans les colonnes de la matrice.
Gardez à l’esprit que la modélisation est un moyen, pas une fin en soi. Continuez de poser
votre intention sur la cible et votre attention sur vos perceptions intuitives. Je rappelle que
l’objectif n’est pas de représenter la cible de manière précise mais d’extraire de l’information
au travers de la modélisation.
Documents tirés d’une séance du projet Stargate, datant d’octobre 1991.
À gauche, une matrice utilisée pour organiser la récolte d’informations.
À droite, des croquis illustrant les perceptions reportées dans la matrice.
Aspects pratiques
Préférez une pâte à modeler malléable et robuste, si possible réutilisable. Si vous
souhaitez conserver votre création, optez pour une pâte séchant à l’air libre ou encore une pâte
polymère qui se prête à la cuisson au four.
Prévoyez un support en carton sur lequel reposera votre modélisation. N’hésitez pas à
réaliser des croquis sur ce support afin de matérialiser des éléments en périphérie des objets
modélisés. Vous pouvez également prévoir des cure-dents pour assembler des modélisations
ou garantir la robustesse d’une structure particulièrement imposante.
Considérations
–Traditionnellement, cette étape suit la quatrième ou la cinquième étape. Si, au cours de
l’une de ces étapes, le flux intuitif diminue en intensité, songez à entreprendre la
modélisation. De manière identique, si vous ressentez le besoin de lâcher votre stylo et de
décrire certains aspects de la cible à l’aide de vos mains, considérez la possibilité de passer
à sa modélisation en 3D. Finalement, si un aspect de la cible a retenu votre attention au
cours de la quatrième étape et que celui-ci a fait l’objet d’une réaction émotionnelle suivie
d’une Pause de l’Affect, le moment est probablement propice à une modélisation.
–La bande passante du flux intuitif étant maintenant la plus large possible, une quantité
importante de ressentis sont susceptibles d’émerger. N’hésitez donc pas à faire des croquis
de vos perceptions visuelles, directement sur la matrice (sous la colonne « Tangible ») ou
sur une page séparée comme sur l’exemple ci-dessus tiré des archives Stargate. Prenez la
liberté d’interroger vos croquis en utilisant votre « décodeur » et annotez-les.
– L’interaction kinesthésique mobilisant en partie le mental, celui-ci générera
potentiellement du bruit. Objectivez le bruit mental dans la colonne dédiée « BM » de la
matrice. Signalons que le processus de modélisation est aussi à même de produire une
réaction émotionnelle, preuve que l’activité kinesthésique aide bien à récolter des
informations supplémentaires sur la cible.
–Les éléments « Tangibles » et « Intangibles » figurant dans la matrice de cette sixième
étape peuvent, à leur tour, être interrogés en utilisant le procédé de la cinquième étape. Il
peut être aussi opportun d’instruire un « déplacement » spatial ou temporel si la situation
s’y prête.
Le récapitulatif final
Une fois cette étape terminée, écrivez « fin de séance » en bas de la dernière page pour
vous déconnecter symboliquement du flux intuitif. Ensuite, notez l’heure tant sur cette page
que sur la première page, à l’endroit prévu à cet effet. Vous jugerez peut-être utile
d’immortaliser votre modélisation en la photographiant sous plusieurs angles, ces photos
pouvant ensuite être jointes aux pages constituant la séance.
Le moment est venu de rédiger votre compte rendu définitif. Faites-le immédiatement
après votre séance, celle-ci étant encore fraîche dans votre esprit. Pour établir votre
récapitulatif final, procédez de manière identique au récapitulatif intermédiaire rédigé au
terme de la quatrième étape. L’objectif est de compléter et d’enrichir le compte rendu
intermédiaire avec les informations glanées au cours de la cinquième et sixième étapes. Portez
une attention particulière aux informations contenues dans les catégories « réaction
émotionnelle », « empreinte émotionnelle », « tangible » et « intangible » de la matrice de la
sixième étape. Identifiez-vous des perceptions ou des thèmes récurrents ? Contentez-vous de
récapituler les informations et de mettre en évidence les éléments saillants de votre séance.
Abstenez-vous de nommer ou d’identifier la cible, cette activité est prise en charge par
l’analyste.
Le verdict
Si vous avez mené votre séance en solo, prenez maintenant connaissance de la cible et
procédez vous-même à l’analyse de votre séance. Pour minimiser les risques de biais cognitif
– y compris d’interprétation biaisée – et évaluer le degré d’exactitude de vos perceptions
intuitives, il peut être utile d’utiliser un formulaire d’auto-évaluation, tel que celui mis à votre
disposition sur le site [Link].
Le feedback désormais sous les yeux, passez en revue votre séance de la première à la
dernière page. Quels sont les éléments que vous avez réussi à percevoir ? A contrario,
lesquels ne donnent pas satisfaction ? Avez-vous mieux réussi une étape qu’une autre ? Quelle
est la dynamique générale de la séance ?
Alors que vous vous posez ces questions, replongez-vous mentalement dans la séance et
interrogez-vous : comment avez-vous géré le bruit mental ? Avez-vous respecté
scrupuleusement la structure du protocole ? Remémorez-vous le ressenti associé à telle ou
telle perception : quelles étaient la qualité et l’intensité du ressenti sur le moment ? Ces
informations vous permettront d’identifier le ressenti correspondant à la perception qui vous
intéresse. C’est aussi de cette manière que vous apprendrez à distinguer le ressenti intuitif du
bruit mental, améliorer la qualité de vos séances et muscler votre intuition.
Conclusions
« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle.
Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine »
Pierre Teilhard de Chardin
Aussi ingénieux et puissant qu’il soit, le protocole de vision à distance structuré n’est
qu’un outil, un moyen de révéler en chacun d’entre nous des potentialités dont nous ignorions
l’existence. En maîtrisant ce formidable instrument de navigation du vaisseau de l’intuition,
nous devenons des spéléologues de l’espace intérieur, des pèlerins dans les paysages de l’âme.
Notre esprit voyage à la vitesse de la lumière au milieu de mille potentialités et autant de
mondes insoupçonnés dans un espace intérieur qui est infiniment le nôtre mais que nous
connaissons pourtant si peu.
Une interconnexion profonde
L’expérience de la vision à distance nous offre un premier enseignement, celui qu’au
niveau fondamental de la réalité, il existe une interconnexion profonde tant dans l’animé que
dans l’inanimé. Présente depuis des millénaires dans les traditions orientales, cette idée se
manifeste aussi en mécanique quantique par le phénomène d’intrication quantique. Dans cette
perspective, la séparation serait l’exception, l’unité serait la règle. C’est peut-être Einstein lui-
même qui, dans une lettre rédigée en 1950, exprime le mieux cette notion et son implication
pour les rapports humains : « un être humain est une partie d’un tout que nous appelons :
Univers. Une partie limitée dans le temps et l’espace. Il s’expérimente lui-même, ses pensées
et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste, une sorte d’illusion d’optique
de la conscience. Cette illusion est une sorte de prison pour nous, nous restreignant à nos
désirs personnels et à l’affection de quelques personnes près de nous. Notre tâche doit être de
nous libérer nous-mêmes de cette prison en étendant notre cercle de compassion pour
embrasser toutes créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté ».
Cette pensée d’Einstein entre en résonance avec les modèles théoriques avant-gardistes
développés en physique quantique, concevant le tissu du réel comme un vaste réseau de
champs d’énergie inter-reliés constituant un « vide plein ». Un vide plein d’informations
s’exprimant sous la forme de schémas probabilistes, d’un support consignant toute
l’information présente dans l’Univers.
Une perception nouménale
Le deuxième enseignement de la vision à distance est que notre essence, notre nature
s’étend bien au-delà de notre simple enveloppe corporelle. Nous sommes faits de matière,
mais notre identité fondamentale dépasse le cadre limitant et réducteur de notre corps
physique, de la matérialité. La pratique de la vision à distance amène à dialoguer avec la part
de nous-mêmes qui n’est pas aux prises avec l’Univers matériel. Ce dialogue ne passe ni par
l’observation, encore moins par l’analyse. Il exige plutôt d’être acteur en s’impliquant
personnellement et profondément, en vivant l’expérience par soi-même. À ce propos, le
psychanalyste humaniste Erich Fromm observait qu’« aussi longtemps que l’individu se
cantonne dans l’habitude détaché d’un observateur scientifique qui se prendrait comme le
propre objet de ses recherches, il n’entrera pas en contact avec son inconscient, si ce n’est par
la réflexion. Il ne parviendra pas à l’expérience d’une réalité intérieure plus riche et plus
profonde ». Il ajoutait aussi la chose suivante : « découvrir son inconscient n’est absolument
pas une démarche intellectuelle, mais une expérimentation affective qui peut difficilement,
sinon pas du tout, se traduire en paroles. Cela ne signifie pas que réflexion et spéculation ne
peuvent pas précéder le fait de la découverte. Mais la découverte est toujours en elle-même
une expérience totale est caractérisée par sa soudaineté et sa spontanéité ».
Ce deuxième enseignement rejoint les conclusions toujours plus nombreuses et
convergentes de scientifiques sur l’existence de différents niveaux de conscience et modes de
perceptions, certains niveaux se soustrayant à l’emprise de la matière et de la localité.
Selon la synthèse proposée par Philippe Solal, épistémologue et philosophe des Sciences,
il existerait deux modes de perception chez l’être humain : la première est une perception
ordinaire – passant par nos cinq sens – qui serait atrophiée, notre champ de conscience ne
recevant qu’une quantité infime d’informations. « Cette perception-là, explique Solal, est
appelée en philosophie “perception phénoménale”, car elle porte sur le monde manifesté à nos
sens (en grec “phainomenon” désigne ce qui se manifeste à notre conscience par l’entremise
de nos sens).
Le deuxième mode de perception, lui, fonctionne sans le support des sens et sans le filtre
du cerveau : il s’agit d’une perception extraneuronale. « Celle-ci peut se définir comme une
circulation de l’information directe (sans médiation) entre le Moi et le Soi ou entre le moi et
l’âme collective, comme si chacun d’eux était un poste informatique connecté en réseau. On
peut aussi qualifier cette perception de “perception nouménale”, d’esprit à esprit (en grec, le
“noûs” désigne l’intelligence spirituelle) » explique le philosophe.
Du point de vue de la philosophie de l’esprit, le monisme idéaliste propose une grille
conceptuelle qui s’accorde élégamment avec les résultats récoltés sur le terrain de la vision à
distance, et ceci en considérant le monde extérieur comme une production de la conscience.
Ici, le monde extérieur à la conscience serait « phénoménal », dans le sens où il devient le
champ où se déploie la réalité. Le monde du nouménal serait le Réel véritable, avec en toile
de fond l’espace intérieur de l’Inconscient. Dans la conception idéaliste, c’est de la seule et
unique réalité - l’Esprit – qu’émerge l’extériorité. La matière n’est qu’information ou données
sensorielles. En adoptant cette posture, on inverse la causalité : la conscience n’est pas
produite ou sécrétée par le cerveau ; au contraire, la conscience est une composante
fondamentale de l’Univers, permettant à la vie de l’Esprit de se réaliser, que ce soit dans un
atome, un être humain ou à l’échelle cosmique. À ce sujet, Hal Puthoff, le directeur
scientifique du programme Stargate, remarquait que « la vision à distance enseigne que les
potentialités humaines sont bien plus vastes que nous ne l’imaginions. Nous ne pouvons faire
l’économie de ces découvertes pour modéliser une représentation impartiale de la structure de
la réalité ».
En faisant l’expérience de l’interconnexion et de la non-localité, chacun est invité à se
questionner sur sa véritable nature, sur sa place dans l’Univers et prendre la mesure de ce que
ce nouveau paradigme implique en termes de responsabilité individuelle pour l’évolution de
notre civilisation. En cela, la pratique de la vision à distance constitue une porte d’entrée vers
le Spirituel.
Un appel à la verticalité
Deux événements ont marqué l’Histoire récente de l’humanité : la révolution agricole et la
révolution industrielle. L’intelligence artificielle sera le troisième événement, mais la
transition sera beaucoup plus brutale et soudaine.
Aujourd’hui, le progrès exponentiel de l’intelligence artificielle est annonciateur d’une ère
d’industrialisation de l’intelligence. Chaque année, la productivité de l’intelligence artificielle
est multipliée par cent. Demain, l’intelligence sera gratuite et abondante. Les robots
raisonneront, calculeront et résoudront les problèmes mieux que le plus intelligent des êtres
humains.
L’avènement d’une intelligence artificielle forte est synonyme de risques et
d’opportunités. Pour contrer le risque de déclassement par les robots, l’Homme doit
désormais saisir l’opportunité de développer les qualités qui essentialisent son humanité, à
savoir sa propension à créer, à innover, à faire preuve de curiosité, d’esprit critique,
d’empathie et d’intuition. Ce qui distinguera l’homme de la machine intelligente, ce sont
précisément ces qualités ; c’est sa conscience. Nous devons arrêter d’apprendre à devenir des
robots pour cultiver les qualités qui font de nous des humains.
Dans ce contexte, l’intuition est une compétence du futur, vouée à un avenir radieux. Elle
préfigure ce que les prochaines générations auront pour défi de développer afin d’organiser la
réunification du domaine du subtil et de l’invisible avec celui du manifesté et du visible dans
un continuum de conscience. En se manifestant ici et là, l’intuition a la grâce d’injecter de la
verticalité dans notre quotidien, rappelant que l’Homme – tant et si bien qu’il expérimente la
matière – est relié au sacré et au Divin. L’essayiste Abdennour Bidar a parfaitement résumé
cet enjeu : « notre crise majeure n’est ni économique, ni financière, ni écologique, ni
sociopolitique, ni géopolitique : c’est une crise spirituelle d’absence radicale – dans les élites
et dans les masses – de vision d’un sublime dans l’homme qui serait partageable entre tous,
athées, agnostiques, croyants ».
Il y a de bonnes raisons de penser que cette crise spirituelle n’est pas insurmontable.
Étymologiquement, le mot « crise » (du grec, krisis) désigne un moment charnière qui
commande un choix ou une décision. La crise ne serait donc qu’une étape dans un processus
d’évolution.
À partir de ce constat, il y a deux manières d’envisager la gestion de cette crise : la
première, en l’ignorant pour mieux la subir ultérieurement. C’est la voie de la facilité, mais
aussi celle du lâche. La deuxième manière, elle, demande du courage et mobilise l’effort :
celle-ci consiste à reconnaître cette crise pour en faire une opportunité de changement en
terrassant ses résistances, ses conditionnements et ses peurs.
Je n’ai aucun doute, l’humanité possède les ressources pour surmonter cette crise
spirituelle. Les outils catalyseurs du changement sont légion et se déclinent sous différentes
formes. En tant qu’outil de développement personnel, la vision à distance participe à ce
changement. Cet outil est ici, entre vos mains, et ne demande qu’à être utilisé. Je vous
souhaite les plus belles intuitions.
Annexe I. Glossaire
Administrateur : la personne en charge de sélectionner, préparer et organiser les cibles
qui font l’objet des séances intuitives.
Ame : concept désignant l’essence profonde de l’Homme, la part d’immortalité en chaque
individu. Dans la tradition indienne, l’équivalent est l’âtman, ce qui, au-delà de toute
existence, subsiste dans l’individu, constituant la substance spirituelle non seulement de
l’Homme mais aussi de toutes choses. L’âtman représente l’unité dressée derrière une
diversité et une dualité apparentes.
Attention : en vision à distance, ce terme désigne la capacité à détecter, sélectionner et
organiser les informations sensorielles (ressentis intuitifs). L’attention joue un rôle primordial
dans la qualité de la connexion au flux intuitif.
Bande passante : concept désignant le degré d’ouverture à l’information intuitive. Au fur
et à mesure des étapes du protocole, la bande passante s’élargit, laissant passer davantage
d’informations avec une accélération du débit.
Bruit mental : éléments majoritairement produits par l’hémisphère gauche et résultant de
processus réflexes (raisonnement déductif, imagination, souvenir) qui altèrent la connexion au
signal (le flux intuitif). Non-sollicité et indésirable, le bruit mental dilue également l’attention
et brouille l’intention. Le protocole de la vision à distance est construit de telle manière qu’il
permet d’identifier et d’évacuer le bruit mental.
Cible : un lieu, un objet, un événement ou un individu faisant l’objet d’une recherche
d’informations par l’intuitif, que ce soit dans le passé, le présent ou le futur. On identifie
généralement une cible par un identifiant unique garantissant le caractère distinctif de celle-ci.
Concentration : en vision à distance, cela désigne la capacité à mobiliser ses facultés
mentales dans le but de respecter la structure du protocole. Le fait d’engager un processus de
concentration volontaire ayant pour objet la structure du protocole diminue d’autant la
manifestation du bruit mental.
Conscient : notion désignant l’espace de la psyché accueillant les perceptions de
l’environnement extérieur et celles du monde des pensées. L’un des principes de la vision à
distance est de faire circuler les informations intuitives du subconscient au conscient en ayant
recours à des mécanismes kinesthésiques.
Déterminisme : postulat ou théorie selon laquelle tout ce qui arrive dans l’espace-temps
est parfaitement déterminé mécaniquement par le principe de causalité.
Double aveugle : méthode qui exige de l’intuitif et de l’ensemble des personnes en
contact avec celui-ci d’ignorer tout de la nature de la cible, tant avant que durant la séance.
Autrement dit, l’intuitif ne reçoit ni indice, ni information préalable sur la cible, que ce soit
avant ou pendant sa séance. Tous les participants ignorent l’identité de la cible, afin de ne pas
influencer l’intuitif volontairement ou involontairement. La plupart des séances de vision à
distance, en particulier pour les projets opérationnels, sont effectuées en « double aveugle ».
Entropie : mesure du degré de désordre d’un système, correspondant à un manque
d’informations, selon la théorie de l’information et la thermodynamique.
Facilitateur : la personne dont la tâche est de guider, d’accompagner et d’assister
l’intuitif en le guidant au fil des six étapes du protocole, en s’assurant qu’il adhère à la
structure du protocole et en lui donnant du feedback.
Feedback : en vision à distance, cela désigne la réponse (texte, photographie) donnée à
l’intuitif au terme de sa séance. L’un des principes de la vision à distance est que toute séance
se termine par un feedback révélant l’identité de la cible.
Flux intuitif : concept désignant la source d’information à laquelle le subconscient se
connecte.
Ganzfeld : terme allemand qui signifie « champ unifié ». Il s’agit d’un protocole utilisé
dans les expériences de télépathie permettant de placer une personne dans un environnement
qui le prive de perceptions et d’excitations sensorielles afin d’induire un état de « réceptivité
psi » durant lequel les impressions subtiles, habituellement submergées par l’activité des sens
ordinaires, sont décelées avec une acuité augmentée.
Gestalt : l’identité fondamentale, l’essence de la cible. Il s’agit des éléments qui, pris
dans leur ensemble, confèrent à la cible son caractère unique, distinctif.
Idéogramme : représentation graphique d’un Gestalt résultant d’un mouvement réflexe
de la main. Ce mouvement est lui-même l’expression de la réaction musculaire provoquée par
la réception du flux intuitif auprès du système nerveux.
Inconscient : contenus et activités psychiques qui sont inaccessibles au champ actuel de
la conscience.
Intention : disposition d’esprit par laquelle on se fixe un objectif. En vision à distance, les
processus intentionnels jouent un rôle déterminant dans le protocole.
Intuitif (remote viewer) : individu recourant à ses capacités intuitives pour percevoir et
obtenir de l’information à laquelle il a ni connaissance préalable, ni aucune autre possibilité
d’accès à propos d’individus, de lieux, d’événements ou d’objets distants dans l’espace et le
temps.
Mental : espace englobant les pensées, conscientes ou inconscientes, telles que
réflexions, analyses, souvenirs, jugements de valeur, projections, souvenirs, fantasmes, peurs.
Les pensées se présentent sous forme de mots, d’images ou de sensations de manière
ininterrompue et imprègnent le conscient comme l’inconscient.
Moi : ce qui constitue l’identité personnelle, caractérisé par l’intégration de facteurs
externes à la réalité psychique d’un individu. C’est, en quelque sorte, la centrale de
commandement de la pensée, de la perception et de la volonté.
Neurocentrisme : positionnement idéologique qui réduit l’homme au fonctionnement de
son cerveau.
Non-localité : principe fondamental de la mécanique quantique mis en évidence par le
phénomène de l’intrication quantique et illustré par la persistance et l’instantanéité de la
connexion entre deux particules élémentaires ayant interagi physiquement avant d’être
séparées. Ce principe suggère qu’au niveau fondamental l’Univers est interconnecté et non-
local.
Objectivation : en vision à distance, cela désigne l’acte d’énoncer ou de coucher sur le
papier les différents événements (ressentis intuitifs, bruits mentaux) survenus durant la
séance. Principe fondamental en vision à distance, l’objectivation permet de consigner les
perceptions intuitives, de gérer le bruit mental et, avant tout, de suivre scrupuleusement la
structure du protocole.
Pause : en vision à distance, procédé permettant d’effectuer une interruption quand un
dysfonctionnement se présente. La pause sert à isoler, neutraliser le bruit mental et gérer
toutes perturbations psychiques. En cours de séance, elle permet de repartir sur des bases
saines.
Préconception : toute image mentale ou idée préconçue sur la nature de la cible
survenant durant la période de relaxation mentale ou se présentant en début de séance de
vision à distance.
Sonder : l’acte de toucher un idéogramme ou un croquis avec la pointe du stylo afin de
détecter et d’extraire l’information intuitive. Sonder permet de rassembler son attention sur un
aspect particulier de la cible qu’on cherche à interroger.
Réduction (quantique) : phénomène par lequel une particule quantique, dont l’état est
indéterminé ou en « superposition d’états », subit une réduction d’état quantique, encore
appelée « effondrement de sa fonction d’onde », qui détermine son état de façon unique
lorsqu’elle est observée. Il est démontré que l’état ainsi observé n’existe pas avant d’être
observé, raison pour laquelle un grand nombre de physiciens considère que la conscience
intervient dans la réduction d’état.
Soi : en psychologie analytique, le Soi désigne l’archétype de l’entièreté psychique, c’est
l’essence de l’être qui va au-delà du Moi.
Structure : c’est la raison d’être du protocole de la vision à distance. La structure permet
à l’intuitif de convoquer son intuition de la manière la plus optimale possible. Elle procède du
général au spécifique dans une séquence d’activités qui suscitent une ouverture grandissante à
l’information intuitive.
Subconscient : concept qui relève de l’inconscient mais qui se situe « à la limite » de la
conscience.
Annexe II. Exemple de séance intuitive
Cette annexe contient la retranscription d’une séance intuitive que j’ai conduite en solo et
en aveugle. Cette retranscription est proposée à titre d’illustration et de récapitulation du
guide pratique.
La seule information à ma disposition était l’identifiant « 9290/8641 », indispensable pour
me relier à la cible. L’instruction était : « Décrivez la cible “9290/8641” au moment de la
photographie ».
Souvenez-vous, le contenu n’importe pas ; seul le respect de la structure compte. En
consultant cet exemple, portez votre attention sur la manière dont j’ai organisé, trié et
structuré l’information, de l’étape 1 à l’étape 5. Par exemple, observez l’organisation spatiale
des informations. À quel moment du protocole est apparu le bruit mental ? Comment l’ai-je
traité ? Quant aux ressentis intuitifs, quel niveau de détail est objectivé et à quelle étape du
protocole ? À quel moment ai-je décidé de passer d’une étape à l’autre ? Ai-je instruit un ou
plusieurs déplacements ?
Ce sont ce type de questionnements que vous êtes invité à poser en prenant connaissance
de cette séance illustrative. Gardez à l’esprit que la dynamique de chaque séance est
différente et varie en fonction de la nature de la cible, de la présence ou non d’un
facilitateur, de votre condition physique et forme psychologique du moment, etc.
En fin de retranscription, la cible est révélée. Je vous invite à comparer le contenu de la
séance avec le feedback de la cible. Selon vous, ai-je établi le contact avec la cible ? Est-ce
que la description intuitive correspond globalement au feedback ? Repérez les concordances
et les discordances ainsi que les catégories d’informations qui ont été mieux perçues que les
autres.
Rappelez-vous, l’intuition est comme un muscle : plus vous la sollicitez, plus elle se
renforcera. Il ne s’agit donc pas d’un effort isolé, mais d’un processus, d’une expérience de
vie. Une pratique constante et régulière, mobilisant des cibles variées et de préférence avec un
facilitateur-coach, garantira le développement de votre potentiel intuitif.
Feedback de la cible 9290-8641 : le pont Hans-Wilsdorf
La cible est un pont routier et piéton enjambant la rivière de l’Arve, situé dans le canton de
Genève et reliant deux quartiers de la ville de Genève, en Suisse.
Inauguré le 30 août 2012, le pont présente une structure de forme tubulaire d’une
longueur de 85.40 mètres pour 15.50 mètres de largeur recevant deux voies de circulation
pour les voitures, ainsi que deux pistes cyclables et deux larges trottoirs.
La structure, légèrement courbe, combine des éléments métalliques pour la plupart
elliptiques, formant un large treillis asymétrique. Le pont est constitué de 1’500 tonnes d’acier
et de 1’500 tonnes de béton armé.
Vue aérienne du pont Hans-Wilsdorf
Illustration de la structure du pont
Pont vu de côté
Pont vu de face
Pont vu de l’intérieur
Pont vu de l’intérieur
Pont vu de dessous
Annexe III. Votre première séance intuitive
« Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends »
Nelson Mandela
Dans sa forme la plus pure, la vision à distance est une discipline qui engage plusieurs
acteurs. Rappelez-vous que la cible est préparée par l’administrateur, qu’un facilitateur est
mobilisé pour guider l’intuitif en cours de séance et que l’analyste se charge d’analyser les
productions de l’intuitif pour tirer les conclusions sur la nature de la cible. Or, dans la vie de
tous les jours, il n’est pas forcément aisé de réunir tous ces acteurs. Pour cette raison, l’intuitif
doit fréquemment cumuler les rôles d’administrateur, de facilitateur et d’analyste. Si ce cumul
de casquettes n’est pas idéal d’un point de vue méthodologique, il répond néanmoins à une
nécessité pratique qui s’explique par la quantité importante de séances menées
traditionnellement en « solo ». La phase de la sélection de la cible et celle de l’analyse de
votre séance comportant un certain nombre d’écueils, je livre ici quelques conseils que vous
serez bien avisé de suivre.
Sélection de la cible
Idéalement, vous avez établi une relation de confiance avec un autre intuitif, lui-même
préparant des cibles à votre attention et peut-être vice-versa. Pour rappel, une cible valable –
que ce soit un lieu, un événement -, présente les aspects suivants :
– un ou plusieurs gestalts se détachent de l’ensemble et suscitent l’attention
– des spécificités ou caractéristiques uniques permettant d’identifier la cible sans
ambiguïté
– un balisage précis de la cible, comprenant un identifiant, une instruction ou une
commande
– une dimension temporelle déterminant précisément le moment de la collecte
d’information sur la cible
– une existence avérée qui permet de comparer de manière détaillée les descriptions de
l’intuitif avec l’ensemble des caractéristiques inhérentes à la cible (on évitera donc les cibles
ésotériques dont la vérification est impossible).
Lorsque vous construisez votre échantillonnage de cibles, choisissez des cibles riches en
éléments sensoriels, tangibles et intangibles afin d’entraîner et de mobiliser toutes les facettes
de l’intuition. La cible présente-t-elle des formes ou des couleurs variées, voire des sons ?
Comporte-t-elle des activités humaines ? Si oui, de quelle nature et de quelle importance ?
Est-ce que la cible est chargée historiquement, symboliquement ou émotionnellement ?
Pour constituer votre échantillonnage, n’hésitez pas à avoir recours aux banques d’images
sur le web. Faites le pari de la variété dans votre sélection d’images : choisissez des cibles tant
naturelles qu’artificielles, présentant ou non des formes de vie, neutres ou chargées
émotionnellement, etc. De la même manière qu’un bodybuilder entraîne un muscle plutôt
qu’un autre pour renforcer sa musculature globale, le fait que votre cible comporte certains
éléments spécifiques musclera tel ou tel aspect de votre intuition. Autrement dit, c’est le type
de cibles sur lesquelles vous travaillez qui détermineront votre apprentissage et les leçons que
vous tirez de celles-ci.
Une règle d’or est de n’utiliser que des photographies de lieux, d’événements ou de
personnes authentiques. Évitez les photographies fantaisistes qui font l’objet de montage, les
images générées par ordinateur ou encore les peintures ou les dessins. Il s’agit là de
représentations chargées de l’empreinte énergétique de leurs auteurs.
Une fois que vous avez sélectionné une cible, rédigez une brève description de celle-ci, en
n’omettant pas d’y ajouter la dimension temporelle. Imprimez ou découpez la photo (si elle
provient d’un magazine), adjoignez le texte descriptif et collez ou consignez le tout sur une
feuille de papier vierge. Ensuite, insérez cette feuille dans une enveloppe scellée et attribuez-
lui un identifiant. Précisons encore que la cible est l’endroit, l’événement ou la personne
figurant sur la photo au moment où la photographie a été prise ; la cible n’est pas la
photographie scellée dans l’enveloppe.
Si vous souhaitez améliorer la qualité du feedback à votre partenaire et faciliter son travail
d’analyse, vous avez la possibilité de joindre à la photographie et au texte une liste des
attributs de la cible. Imaginons que la cible est la Tour Eiffel. Sur une feuille séparée, vous
dressez une liste d’une cinquantaine d’attributs en rapport avec la consistance, la dimension,
la forme, la dimension historique ou énergétique de la cible, tels que « solide », « fierté »,
« grandiose », « symbole », « élévation », « vertige », « pyramidale », « enchevêtré ». Une
fois la séance terminée, votre partenaire pourra se référer à cette liste d’attributs pour la
comparer avec ses propres descriptions de la Tour Eiffel, afin d’évaluer le niveau de justesse
et de précision de sa séance.
Si vous n’avez pas de partenaire à disposition, abstenez-vous de créer vos cibles pour
vous-même. Même en constituant un échantillonnage conséquent de cibles (disons entre 50 et
100), votre mental ne pourra pas s’empêcher d’imaginer ou de conjecturer la cible au moment
de la tirer au sort, et la situation ne fera qu’empirer au fur et à mesure de la séance. Référez-
vous plutôt aux pages web mettant gratuitement à disposition des cibles accompagnées de
leurs feedbacks.
Si, malgré ces avertissements, vous souhaitez administrer votre séance vous-même,
assurez-vous de constituer un échantillonnage d’au moins 200 cibles différentes afin de
décourager au maximum votre mental de conjecturer sur la cible. Insérez la photographie
accompagnée de la description dans une enveloppe opaque que vous prenez le soin de
fermer. Puis, mélangez les enveloppes de manière aléatoire afin de vous assurer de ne pas
pouvoir déterminer quelle enveloppe contient quelle photographie. Pour mener une séance,
tirez une enveloppe au hasard et assignez-lui un identifiant. Une fois votre séance terminée,
ouvrez l’enveloppe et procédez à l’analyse de celle-ci.
Analyse de la cible
De même qu’il revient idéalement à l’administrateur de sélectionner la cible, c’est à
l’analyste qu’il incombe d’analyser le compte rendu de l’intuitif. Impliquer une tierce
personne dans l’analyse permet d’identifier des mécanismes et des habitudes propres à
l’intuitif que lui-même, par manque de recul, ne peut reconnaître. De plus, le fait d’analyser
soi-même son compte rendu est susceptible de renforcer la tendance naturelle de l’intuitif à
formuler des postulats ou à tirer des conclusions prématurées sur la cible, chose qu’il s’est
efforcé d’éviter durant la séance. Finalement, tenir à la fois le rôle de l’intuitif et de l’analyste
affaiblit l’objectivité et la fiabilité de l’analyse, puisque l’intuitif pourrait être tenté de valider
ce qu’il l’arrange, en vertu du biais de confirmation en étant juge et partie.
Il est conseillé que l’analyste possède une bonne culture générale. Son rôle est
d’interpréter, donner du sens et conscientiser les perceptions que l’intuitif a mises sur le
papier. Si les objets, les notions ou les concepts perçus et restitués par l’intuitif se situent en
dehors de la grille d’analyse ou du champ de la réalité de l’analyste, celui-ci aura toutes les
peines du monde à intégrer ces descriptions et à leur attribuer une signification. Si l’intuitif
peut tout percevoir, l’analyste ne peut pas forcément tout analyser.
Si, malgré l’avertissement qui vient d’être formulé, vous décidez d’analyser vous-même
votre séance, saisissez cette opportunité pour vous remémorer les sensations associées à vos
perceptions correctes ou incorrectes. Notez les subtiles différences des ressentis intuitifs entre
les perceptions correctes et celles qui sont incorrectes.
Pour évaluer quantitativement votre séance, il peut être utile d’attribuer une note à vos
principales perceptions ainsi qu’une note globale à votre séance. Le scientifique Russell Targ,
impliqué dans les travaux au SRI, propose une échelle à huit points pour mesurer le degré de
correspondance entre les perceptions intuitives et la cible page suivante :
Annexe IV. Bibliographique Sélective
Livres
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Sciences & Avenir, HS, N° 141, 2005, “Les 3 constantes de l’Univers”
Sciences & Avenir, N° 810, 2014, “Dieu et l’univers”
Science & Vie, N° 1177, 2015, “On pense tous quantique”
© éditions JMG 2018
ISBN PAPIER : 2-35185-278-1
SAS JMG éditions
8, rue de la mare
80290 Agnières
tel. 03 22 90 11 03
email : contact@[Link]
Sites : [Link]
[Link]
Notes
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Intuition et 6e Sens, voir bibliographie en fin d’ouvrage
[←2]
Les documents sont disponibles sur le site web de la CIA :
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Science.
[←12]
Kahneman, D., Klein, G. (2009). Conditions for intuitive expertise: A failure to
disagree. Am. Psyc. Vol 64(6). P. 515-526.
[←13]
Honorton C., 1985 : “Meta-analysis of psi ganzfeld research : A response to
Hyman”, in JP, numéro 49, pp. 51-91.
[←14]
Radin D. (1997). Unconscious perception of future emotions: an experiment in presentiment, Journal of
Scientific Exploration, 11, pp. 163–180
[←15]
Grof, P., & W. H. Kautz (2010). Bipolar disorder: Verification of insights obtained
by intuitive consensus. Journal of Transpersonal Psychology, 42, 171-191
[←16]
Par souci de simplification, le terme générique de “vision à distance” désigne la
méthode de la “vision à distance structurée” (“controlled remote viewing”) dans cet
ouvrage.
[←17]
J. Dunne, Y.H. Dobyns, S.M. Intner et Edwin C. May, “Direct Perception of
Remote Geographical Locations”, in Mind at Large ; Table 3.3, p. 96-97, 2002.
[←18]
L’explication est de nature neurophysiologique. La gestion cérébrale des chiffres,
des nombres et des noms est le fait de l’hémisphère gauche du cerveau, celui-là même
à l’origine du bruit mental (imagination, déduction, souvenir) brouillant le signal
intuitif.
[←19]
Le terme “extended” désigne la durée étendue d’une séance qu’implique cette
méthodologie, plus longue que celle d’une vision à distance structurée. L’ERV fut
également utilisée par les militaires américains, en particulier au cours des premières
années du programme Stargate, période durant laquelle les protocoles de la vision à
distance structurée n’avaient pas encore été créés.
[←20]
Beem, Lance William & Lynn Katz, Debra, “Explorations into Remote Viewing
Microscopic Organisms”, Aperture Magazine, Fall/Winter 2015, issue 26, pp 42-49.
[←21]
Parmi les outils de neuro-imagerie fonctionnelle, mentionnons l’électroencéphalographie (EEG) qui
mesure les minuscules fluctuations de potentiel électrique (de 10 à 100 microvolts) qu’engendre l’activité
électrique à travers le néocortex, la surface externe du cerveau responsable de la perception, de l’action,
de la mémoire et de la pensée.
[←22]
James Spottiswoode, “Apparent Association between Effect Size in Free Response
Anomalous Cognition Experiments and Local Sideral Time”, Journal of Scientific
Exploration, Vol. 11, No. 2, 1997, p. 1-16.
[←23]
Voir [Link] ou
[Link] (consultés en novembre 2017)
[←24]
Voir [Link] (consulté en novembre 2017)
[←25]
Russell Targ & Harold Puthoff Harold, Mind Reach : Scientists Look at Psychic
Abilities, 1978, Dell Publishing, p.5
[←26]
Brenda Dunne, Robert Jahn, “Information and Uncertainty in Remote Perception
Research”, Journal of Scientific Exploration, Vol. 17, No. 2, 2003, pp. 207-242.
Table des Matières
Préface 3
Introduction 6
Applications et bénéfices de la méthode 6
Mon expérience 7
L’apprentissage 8
Présentation des chapitres 9
Chapitre I. La Science de l’Intuition 11
Vivre son intuition 11
Socrate et son daïmon 12
L’intuition ou le mental ? 12
L’intuition dans le monde des affaires 12
Trois déclinaisons de l’intuition 14
L’inconscient neuronal et les neurosciences 14
La tête-chercheuse de l’Inconscient 15
Expertise ou apprentissage implicite ? 16
L’intuition spirituelle et la psychologie des profondeurs 17
L’intuition extrasensorielle et le sixième sens 17
Le pouvoir de l’intuition à l’épreuve du temps 19
La vision à distance 21
La vision à distance structurée 21
Isoler le mental 22
Les étapes de la vision à distance 23
Un processus créatif 24
Des méthodes cousines 25
Les applications 26
Chapitre II. La Porte des Étoiles 28
Vers une guerre psychique 28
La genèse du programme 30
Vision de Jupiter 31
Scanate 32
Gondola Wish 36
Grill Flame 36
Center Lane 39
Sun Streak 40
Stargate et le rapport Air 41
La vision à distance aujourd’hui 43
Chapitre III. Un champ d’informations 47
Un litre et demi de protéine 48
La substance primordiale de l’Univers 48
Le Noos 49
Vers une « théorie du tout » 50
Des constantes ajustées à l’esprit 50
Une réalité interconnectée et non-locale 51
Du micro au macroscopique 52
Le temps et la permanence du présent 52
La physique de l’information 53
La physique de la conscience 54
Un immense cerveau cosmique 55
La métaphysique de l’Inconscient 56
Science et traditions orientales 57
L’esprit face à la matière 58
Du relativisme à la projection 58
Le Cloud de l’Univers 59
Chapitre IV. Le vide plein 60
L’ascèse de l’esprit 60
Hémisphères cérébraux et intuition 61
Ondes cérébrales et intuition 62
Un état de pure conscience 63
L’attention focalisée 63
La pleine conscience 64
Une manière d’être 65
Le pouvoir de l’intention 66
La pleine conscience du souffle 67
La méditation du scan corporel 69
La vacuité absolue 69
Chapitre V. Les principes fondamentaux 71
Faire le vide mental 71
Désapprendre pour apprendre 72
Organiser la collaboration entre les deux hémisphères cérébraux 72
Comprendre le mécanisme de connexion au flux intuitif 72
Plusieurs rôles, différentes séances 74
(Sans titre) 76
Les facteurs de réussite 76
L’état d’esprit adéquat 77
Précautions 78
Les traits de personnalité 79
Le temps sidéral et le champ géomagnétique 79
Les clefs de l’apprentissage 80
Ce que vous pourrez accomplir 81
Un cocktail de perceptions 82
Une pratique qui n’est pas infaillible 83
Tout est dans la structure 83
Le bruit mental 84
Identifier le bruit mental 84
(Sans titre) 84
Gérer le bruit mental (BM) 85
Les pauses 86
L’objectivation 87
Interroger le flux intuitif 88
Poser une intention 90
Travailler en aveugle 91
Baliser la cible 91
Délimiter la cible 92
Logistique 93
Chapitre VI. Étape 1 : Établir le contact 96
La Gestalt, l’essence des choses 97
L’idéogramme, l’intermédiaire 98
L’équation « I + A = B » 101
La composante « A » 102
La composante « B » 102
Considérations 103
Objectiver son état du moment 105
Le format de la page 106
La transition vers la deuxième phase 107
Chapitre VII. Étape 2 : Ressentir autrement 108
Une question de vocabulaire 109
Bruit mental et impressions visuelles 110
Manifestation de l’aspect dimensionnel 110
Réaction émotionnelle 110
Le format de la page 111
Chapitre VIII. Étape 3 : Sonder la dimensionnalité 114
Croquis et bruit mental 114
Exploration de la cible par le “déplacement” 115
Chapitre IX. Étape 4 : Explorer la matrice 117
(Sans titre) 118
Le format 118
Considérations 119
Récapitulatif intermédiaire 121
La transition vers la cinquième étape 122
Chapitre X. Étape 5 : Interroger les émanations 123
Organiser la sélection d’informations 124
Le format de la page 125
Considérations 127
Chapitre XI. Étape 6 : Percevoir par le toucher 131
Dynamique de l’étape 132
Aspects pratiques 134
Considérations 134
Le récapitulatif final 135
Le verdict 135
Conclusions 137
Une interconnexion profonde 137
Une perception nouménale 137
Un appel à la verticalité 139
Annexe I. Glossaire 141
Annexe II. Exemple de séance intuitive 144
Feedback de la cible 9290-8641 : le pont Hans-Wilsdorf 158
Annexe III. Votre première séance intuitive 162
Sélection de la cible 162
Analyse de la cible 163
Annexe IV. Bibliographique Sélective 165