Déterminants du tabagisme étudiant à Ziguinchor
Déterminants du tabagisme étudiant à Ziguinchor
Par
Insa SANE
Doctorant en Économie, Université Assane SECK de Ziguinchor.
i.sane1566@[Link]
Mamady DIEME
Doctorant en Sociologie, Université Assane SECK de Ziguinchor.
mamadydiem20@[Link]
Assaendi FAHAD
Doctorant en Économie, Université Assane SECK de Ziguinchor.
fahadassa@[Link]
Résumé
Le tabac est une des principales causes de mortalité dans le monde et particulièrement
chez les jeunes. L’objectif de cet article est de faire une analyse économétrique sur les
déterminants de la consommation du tabac chez les étudiants de l’Université Assane SECK de
Ziguinchor (UASZ).L’étude a été réalisée du 05 Mars au 12 Avril 2021 sur l’ensemble des
étudiants consommateurs de tabac inscrits de la Licence au Master dans cette université. Nous
avons interrogé 54 étudiants consommateurs de tabac dont 27 fumeurs réguliers et 27
occasionnels. Grâce à la régression sur un modèle logistique binaire, les résultats obtenus ont
1
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
révélé que le genre féminin, l’inscription au niveau licence, la pratique d’une activité
physique ou le fait d’être marié sont les facteurs qui influencent le plus à la consommation de
tabac à l’UASZ.
Mots clés : Déterminants, Tabagisme, Etudiants, Université.
Abstract
Tobacco is one of the leading causes of death in the world and particularly among young
people. The aim of this article is to carry out an econometric analysis of the determinants of
tobacco consumption among students at the Assane SECK University in Ziguinchor (ASUZ).
The study was carried out from 5 March to 12 April 2021 on all tobacco using students
enrolled from Bachelor's to Master's level in this university. We interviewed 54 students who
used tobacco, 27 of whom were regular smokers and 27 occasional smokers. Through
regression on a binary logistic model, the results obtained revealed that female gender,
undergraduate enrolment, physical activity or being married are the factors that most
influence smoking at the ASUZ.
Keywords : Influence, Smoking, Students, University.
2
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Introduction
Le tabagisme constitue un problème de santé publique. Il est la cause de plusieurs
maladies et de décès dans le monde. De plus, il affecte la qualité de vie des fumeurs et
engendre des coûts considérables en matière de santé. Prévenir son initiation reste donc le
meilleur moyen de le contrer et les problèmes de santé qui y sont associés. Compte tenu de
l’ampleur de la problématique du tabagisme et de ses effets néfastes sur la santé des
populations, de nombreux efforts contre sa lutte ont été entrepris. De fait, en 2003, la
Convention-cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la lutte antitabac a été
acceptée par un ensemble de pays afin de reconnaître ce fléau et entreprendre les mesures
nécessaires pour le combattre (OMS, 2015). Dans le même ordre d’idées, la plupart des États
(dont le gouvernement canadien) ont convenu des stratégies nationales de lutte contre le
tabagisme 2001-2011 puis 2012-2017, afin d’atteindre des objectifs en matière de protection,
de prévention et de réduction du tabagisme (Santé Canada, 2013).
Considérant qu’entre 80% et 90% des adultes fumeurs se sont initiés au tabac à
l’adolescence (Sims et al., 2009), les efforts de prévention devraient avant tout cibler les
jeunes. Au Sénégal, des mesures législatives ont été adoptées afin de dénormaliser l’usage du
tabac et de protéger la santé des non-fumeurs dans les lieux publics. La taxation des produits
du tabac demeure une des mesures de prévention importante, puisque l’augmentation du prix
des cigarettes peut être un des facteurs décourageant la consommation de tabac chez les
jeunes. Les programmes de prévention en milieu scolaire, les efforts auprès des familles et de
l’environnement immédiat du jeune, ainsi que les campagnes médiatiques faisant la
promotion d’un mode de vie sans fumée sont entrepris afin de contrer l’adoption de ce
comportement et le développement de la dépendance.
L’enquête GATS/Sénégal1, conduite en 2015 par l’Agence Nationale de la Statistique et
de la Démographie (ANSD), a montré que 93,9% des adultes pensent que fumer peut
entrainer des maladies graves. À l’Université Assane SECK de Ziguinchor (UASZ), une
analyse descriptive a montré que le milieu social de vie, l’entourage et les médias constituent
les facteurs d’influence dans le début de la consommation de tabac chez les étudiants (Sané
etal., 2021). Par ailleurs, avec l’évolution de la technologie, les outils économétriques sont
jugés scientifiquement plus « fiables » qu’une analyse descriptive. D’où l’intérêt de faire une
1
Cette enquête a été conduite pour la première fois par l’ANSD sous la coordination du Ministère de la Santé et
de l’Action Sociale.
3
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
analyse économétrique pour approfondir cette étude. Dans cet article, il s’agit d’identifier les
facteurs d’influence liés au tabagisme chez les étudiants de l’UASZ en s’appuyant sur les
techniques économétriques. Ainsi, Il s’articule autour de trois sections dont la première
section donne un bref aperçu de la littérature antérieure sur les facteurs d’influence de l’usage
du tabac. La deuxième section traite la méthodologie empirique en examinant les données. La
troisième et dernière section présente les résultats qui font l’objet de discussion.
1. Revue de la littérature
D’après le rapport du Surgeon General des États-Unis publié en 1994 sur la prévention du
tabac, il existerait cinq étapes avant qu’un adolescent ne devienne dépendant physiquement du
tabac (U.S. Department of Health and Human Services, 1994)2.
Durant la première étape, ou étape préparatoire, les croyances et les attitudes au sujet de
l’utilité du tabagisme se développent. Le tabagisme peut être vu, entre autres, comme une
façon de paraître mature, indépendant, comme un moyen de faire face au stress ou encore
d’établir des liens avec un groupe d’amis. La deuxième étape est la période d’essai, celle
durant laquelle le jeune fume ses premières cigarettes, habituellement avec des amis.
L’expérimentation, la troisième étape, est la période durant laquelle le jeune fume de façon
répétée, mais irrégulière, lors de fêtes ou avec ses meilleurs amis. Au cours de la quatrième
étape, il fume chaque semaine et ainsi l’usage du tabac est qualifié de régulier. Finalement, le
jeune deviendrait dépendant physiquement au tabac à la cinquième étape (U.S. Department of
Health and Human Services, 1994)3.
Il est bien connu que plusieurs types de facteurs influencent l’usage du tabac chez les
jeunes.
Certains sont des facteurs sur lesquels il est difficile d'intervenir alors que d'autres peuvent
être modifiés (Brown et Deck, 1999).
Parmi les facteurs difficilement modifiables, il y a :
les facteurs sociodémographiques : âge, revenu, ethnie, structure familiale, etc.;
les facteurs génétiques : prédispositions, sensibilité à la nicotine, métabolisme de la
nicotine, etc. ;
les traits de personnalité : non-conformité sociale, prise de risques ou recherche de
sensations fortes, etc.
2
Cité par Lalonde et Heneman (2004).
3
Ibid.
4
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Les jeunes qui fument auraient une moins bonne estime de soi et une moins bonne image
de soi (Pederson et al., 1998). Ils auraient plus de difficulté à résister aux pressions sociales
les poussant à fumer ainsi qu’aux offres de cigarettes (U.S. Department of Health and Human
Services, 1994).
5
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Le tabagisme serait associé à la dépression. McNeill (2001), dans une recension des écrits,
mentionne que, d'après une étude longitudinale de cinq ans, une histoire de dépression
majeure augmentait de façon significative le risque de fumer et qu'une histoire de tabagisme
quotidien augmentait aussi de façon significative le risque de faire une dépression majeure.
Bien qu'une étude menée auprès d'adolescents n'ait pas identifié que l'humeur dépressive
augmentait le risque de tabagisme (Wu et Anthony, 1999), d'autres études récentes ont
observé que des symptômes dépressifs augmentaient les chances de s'initier au tabac
(Flemming et al., 2002).
Finalement, le stress a été reconnu dans plusieurs études comme un facteur associé à
l’initiation au tabagisme et au maintien de l’habitude tabagique (Tyas et Pederson, 1998).
Mais, comme pour la dépression, les chercheurs ont de la difficulté à établir le type de
causalité. Bien que fumer soit souvent rapporté par les fumeurs comme un moyen permettant
de faire face au stress, Parrott (1999) affirme au contraire que c'est la dépendance à la nicotine
qui augmente le stress.
tabagisme des parents augmentait de façon significative de celuides adolescents, et ce, plus
chez les filles que chez les garçons (Tyas et Pederson, 1998). Le parent qui fume constitue en
effet un modèle de comportement que le jeune peut suivre et fournit la possibilité à ce dernier
d'obtenir des cigarettes pour expérimenter (U.S. Department of Health and Human Services,
1994). L’influence du statut tabagique des parents serait, toutefois, modulée par d'autres
facteurs. Ainsi, la désapprobation des parents face au tabagisme potentiel de leurs enfants
(Sargent et Dalton, 2001) et la présence de règles et de punitions à la maison réduiraient le
risque de fumer chez les enfants et les jeunes. De plus, l'intention de fumer serait moindre si,
en plus des règles établies, les parents discutaient des risques à la santé des produits du tabac
avec leurs enfants (Henrickson et Jackson, 1998). Ces observations ont été faites dans des
familles où aucun des parents ne fumait tout comme dans des foyers où au moins un des
parents faisait usage du tabac. D'autre part, plusieurs enquêtes suggèrent qu'une interdiction
totale de consommer le tabac à la maison aurait plus d'effets sur le tabagisme des adolescents
qu'une interdiction partielle (Greenlund et al., 1997)4.
La plupart des adolescents sont fortement influencés par leurs amis et leur perception de
ce qui est acceptable ou non dans un groupe. Il en est de même pour l'usage du tabac. Avoir
parmi ses meilleurs amis des consommateurs de tabac est probablement le facteur prédictif le
plus puissant et le plus régulièrement identifié du tabagisme des jeunes de 14 à 18 ans
(Jacobson et al., 2001)5.
2. Méthodologie
Dans cette partie, il s’agit d’analyser empiriquement, à partir d’un modèle économétrique,
les facteurs d’influence liés au tabagisme des étudiants de l’UASZ. Pour ce faire, le modèle
retenu est fonction de la structure des données.
4
Ibid.
5
Ibid.
7
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
[Link]élisation
Dans cette étude, l’analyse des données se fera en trois étapes. La première étape
consistera à créer un score d’influence. Nous avons porté notre choix sur l’ « approche par
inertie ». Cette approche tire son fondement de la mécanique statistique. Cette méthode
permet d’éliminer au mieux l’arbitrage lors de la création du score. Les variables
sélectionnées pour la création du score d’influence au tabac sont catégorielles 6. Par
conséquent, nous utiliserons l’Analyse des Correspondances Multiples (ACM). Lahrizi (2018)
a montré qu’en présence des variables catégorielles, l’ACM est la méthode la mieux adaptée
des techniques de réduction de dimensions. Par la maximisation de l’inertie, l’ACM crée des
6
Influence liée à l’environnement familial, influence liée à l’environnement universitaire, influence liée aux
réseaux sociaux, influence liée aux évènements scientifiques ou communautaires.
8
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
axes factoriels. Dans cette étude, seul le premier axe factoriel sera retenu. Comparé aux autres
axes, il regorge la grande partie de l’inertie totale (Touhami et Faouzia, 2010). De cet indice,
une analyse typologique a été appliquée à la deuxième étape. Plus précisément, il s’agit de la
Classification Automatique Hiérarchisée. Elle permet de créer des groupes homogènes (ici
deux) qui sont représentés dans un dendrogramme. La création de ces groupes nous a permis
d’identifier les individus ayant une forte influence à ceux qui ont une faible influence au
tabac.
Cette variable « groupe » sera utilisée comme variable dépendante dans la troisième étape.
Enfin, la régression logistique binaire7 nous permettra de retenir les variables qui influencent
significativement la consommation du tabac. En s’appuyant sur l’estimateur du maximum de
vraisemblance, l’algorithme cherche à estimer les probabilités de la réalisation d’un
évènement (ici forte influence) suite à la variation d’une unité d’une variable indépendante.
La régression logistique n’impose pas de restriction quant à la nature des variables de
contrôles. Ensuite, elle offre la possibilité de calculer des rapports de chances (Odds ratios
(OR)) qui facilitent l’interprétation des résultats.
La mise en place de la régression logistique nécessite une spécification du modèle.
2.2.1. Spécification du modèle
Le choix du modèle à utiliser pour identifier les facteurs d’influence liés au tabagisme des
étudiants de l’UASZ est déterminant pour la pertinence des résultats. Ainsi, son expression
générale s’écrit comme suit :
𝑺𝒄𝒓𝑰𝒏𝒇𝒍𝒊 = 𝜷𝟎 + 𝜷𝟏 . 𝑮𝒆𝒏𝒓𝒆𝒊 + 𝜷𝟐 . 𝑫𝒖𝒓𝑪𝒐𝒏𝒔𝒊 + 𝜷𝟑 . 𝑵𝒊𝒗𝑬𝒕𝒖𝒅𝒊 + 𝜷𝟒 . 𝑶𝒓𝒊𝑮𝒆𝒐𝒊
+ 𝜷𝟓 . 𝑷𝒓𝒂𝒄𝒕𝑷𝒉𝒚𝒊 + 𝜷𝟔 . 𝑺𝒕𝒂𝒕𝑴𝒂𝒕𝒓𝒊 + 𝜺𝒊 (𝟏)
Où :
- 𝛽0 , 𝛽1 , 𝛽2 , 𝛽3 , 𝛽4 , 𝛽5 𝑒𝑡 𝛽6 désignent les vecteurs de coefficients de régression ;
- l’indice 𝑖représente les étudiants consommateurs de tabac de l’UASZ pris
individuellement ;
- 𝜀, le terme d’erreur.
7
Puisque notre variable dépendante a deux modalités.
9
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
La régression linéaire simple ou multiple est une méthode statistique très couramment
utilisée dans le traitement des données, en particulier dans une démarche de modélisation.
Cette méthode est cependant limitée aux situations où la variable à expliquer est une variable
quantitative dont la distribution, pour une valeur fixée des variables explicatives, est normale.
Elle ne devrait notamment pas être utilisée lorsque la variable dépendante Y est une variable
qualitative. Pour de telles situations, la méthode indiquée est la régression logistique. Celle-ci
offre plusieurs variantes en fonction du nombre et de la nature des classes de la variable à
expliquer (Gillet, Brostaux et Palm, 2011).
Dans notre étude, nous utilisons la méthode de régression logistique binaire. Cette
méthode correspond au cas où la variable Y comporte deux catégories : les individus étant
décrits par la présence ou l’absence d’un caractère donné. Soit X, le vecteur des variables
explicatives, et Y une variable binaire qui prend la valeur 1 avec la probabilitéP(Y = 1/X) et la
valeur 0 avec la probabilité 1 - P(Y = 1/X).
Notre modèle s’exprime comme suit :
1 𝑒 𝛽0 +𝛽 1 𝑋 1 +𝛽 2 𝑋 2 +𝛽 3 𝑋 3 +𝛽 4 𝑋 4 +𝛽 5 𝑋 5 +𝛽 6 𝑋 6
𝑃 𝑌= =𝜋 𝑋 = (2)
𝑋 1 + 𝑒 𝛽0 +𝛽 1 𝑋 1 +𝛽 2 𝑋 2 +𝛽 3 𝑋 3 +𝛽 4 𝑋 4 +𝛽 5 𝑋 5 +𝛽 6 𝑋 6
π(X) traduisant une probabilité, sa valeur est comprise dans l’intervalle [0,1].
𝑝
Soit la fonction logit définie par : 𝑔 𝑝 = ln 1−𝑝 . Lorsque nous appliquons la fonction logit
à π(X), l’expression devient :
𝑔 𝜋 𝑋 = 𝛽 0 + 𝛽1 𝑋1 + 𝛽2 𝑋2 + + 𝛽3 𝑋3 + + 𝛽4 𝑋4 + + 𝛽5 𝑋5 + 𝛽6 𝑋6 (3)
10
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Les résultats présentés dans le Tableau 2 sont-ils fiables ? Pour répondre à cette question,
nous procédons par la validation d’un test post-estimation : la qualité de l’ajustement.
Le test utilisé pour valider la qualité de l’ajustement est le test de Hosmer-Lemeshow.
Lorsque la probabilité associée à ce test est supérieure au seuil de 1% ou 5% ou 10%, le
modèle s’adapte raisonnablement bien. Au cas contraire, l’ajustement n’est pas bon.
Les hypothèses se présentent comme suit :
H0 : l’ajustement est bon
H1 : l’ajustement n’est pas bon
Le Tableau 3 présente les résultats sur la qualité de l’ajustement de notre modèle.
Les résultats présentés dans le Tableau 3 indiquent que la probabilité associée au test est
de 0,738 supérieure au seuil de 5%. Nous ne pouvons pas rejeter l’hypothèse H0. Par
conséquent, nous admettons que l’ajustement est bon.
Le test post-estimation de la qualité de l’ajustement étant validé. Ce qui implique que les
résultats du modèle logistique binaire sont fiables. Nous passons donc à l’analyse et
l’interprétation des résultats.
3. Résultats et Discussion
11
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
𝜋 𝑥𝑖 + 1 ̸ ⦋1 − 𝜋 𝑥𝑖 + 1 ⦌
𝑂𝑅 = = 𝑒𝛽 (4)
𝜋 𝑥𝑖 ̸ ⦋1 − 𝜋 𝑥𝑖 ⦌
Le Tableau 4 présente les résultats de l’estimation du modèle logistique binaire avec les Odds
ratios.
Tableau 4 : Résultats de l’estimation
Variables explicatives Coefficient Prob>|z| OR
s
Genre 2,314** 0,012 10,110
Durée de consommation 0,264 0,111 1,303
Niveau d’étude 2,184** 0,027 8,879
Origine géographique -0,119 0,857 0,888
Pratique d’activité physique 2,456** 0,017 11,662
Statut matrimonial 20,890* 0,056 1,182*109
Constante -22,121 0,090 3,33*10-15
Nombre d’observations = 54
Pseudo-R2 = 0,307
Prob> Chi2 = 0,028
Note : La variable expliquée est : Intensité d’influence. La significativité à 5% est représentée
par (**) et 10% par (*).
Source : Auteurs, résultats obtenus à partir du traitement économétrique des données.
12
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Avec une probabilité (Prob>Chi2 = 0,028) inférieure au seuil de 5%, nous pouvons alors
conclure qu’au moins une des variables du modèle a un effet significatif sur l’intensité
d’influence. Donc, le modèle est globalement significatif.
Compte tenu de la caractéristique de la variable à expliquer codée en 0 ou 1, le coefficient
de détermination R2n’est pas interprétable en termes d’ajustement du modèle, c’est pourquoi
on utilise une statistique appelée le pseudo-R2. Il s’agit du rapport de vraisemblance encore
appelé le Pseudo- R2et qui vérifie la qualité du modèle. Plus il est proche de 1, meilleur est le
modèle. Toutefois, ce Pseudo-R2est souvent faible et difficile à interpréter ; il est
généralement considéré comme correct si sa valeur est supérieure à 0,2(Pseudo-R2>0,2)
(Chesneau, 2016). Ainsi, le Pseudo-R2de notre estimation a une valeur de 0,307 supérieure à
0,2. Donc, nous pouvons dire que le modèle est pertinent.
Pour se prononcer sur la significativité individuelle des variables, nous considérons la
probabilité associée à |z|. Si cette dernière est inférieure au seuil de 5% ou 10% alors le
coefficient lié à la variable est significativement différent de zéro; au cas contraire, ilest
significativement égal à zéro au seuil de 5% ou 10%.
Sur l’ensemble des variables explicatives, seulement quatre sont significatives. Il s’agit du
genre, du niveau d’étude, de la pratique d’activité physique et du statut matrimonial.
La variable « Genre » a une probabilité, égale à 0,012, inférieure au seuil de 5% ; donc
celle-ci a un effet significatif sur l’intensité d’influence. Avec le signe positif du coefficient,
elle augmente les risques d’avoir une forte influence au tabac chez les étudiants de l’UASZ.
Autrement dit, les femmes ont 10,110 fois plus de risque d’avoir une forte influence au
tabagisme que les hommes. Donc, le genre féminin est un facteur de risque de l’influence au
tabagisme.
La variable « Niveau d’étude » a une probabilité, égale à 0,027, inférieure au seuil de
5% ; donc celle-ci a un effet significatif sur le niveau d’influence. Avec le signe positif du
coefficient, elle augmente les risques d’avoir une forte influence. Autrement dit, deux
étudiants qui ont les mêmes caractéristiques sauf le niveau d’éducation, celui qui est en
licence a plus de risque d’avoir une forte influence par rapport à celui qui est en master. Plus
précisément, l’étudiant en licence a 8,879 fois plus de risque d’avoir une forte influence au
tabac que celui qui est en master.
13
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
Les résultats de notre analyse ont montré que le genre féminin, le faite d’être inscrit au
niveau licence, la pratique d’une activité physique ou le fait d’être marié sont les facteurs qui
ont une influence significative à la consommation de tabac à l’UASZ.
En Afrique, le tabagisme est avant tout un comportement masculin. Cependant, la
consommation du tabac chez les filles est en nette progression. Cette croissance pourrait
s’expliquer par la modernisation de la société. Avec l’occidentalisation des sociétés africaines,
allant de pair avec la libération des mœurs, de plus en plus de femmes trouvent dans le tabac
un moyen d’affirmation de soi, d’émancipation (Hermalin et Lowry, 2010 ; Lopez, Collishaw
et Piha, 1994)8. De plus, le tabagisme féminin est l’apanage des femmes instruites. Cela
pourrait s’expliquer par le fait que les femmes instruites sont plus facilement en contact avec
l’extérieur et sont donc plus exposées à l’impact négatif de la publicité des industries du
tabac. Ces femmes étant au-devant des luttes d’émancipation féminine et l’égalité des sexes,
elles adoptent facilement des comportements d’hommes (Kouassi et al., 2013). En outre,
Ouattara et al., (2016) dans une étude sur le tabagisme à l’Université Felix Houphouët Boigny
de Cocody ont montré que les filles aiment beaucoup s’accompagner avec des consommateurs
8
Cité par kouassi et al., (2013).
14
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
de tabac. Un étudiant âgé de 25 ans inscrit en licence 3 affirme ceci : « Quand tu fumes, les
fumeurs t’approchent pour partager ta cigarette et tu te fais des [Link] nous voit
en responsable. C’est comme si tu peux affronter toutes les difficultés de la vie et c’est ce que
les filles aiment. Je vous le dis, beaucoup de filles aiment les fumeurs » (Ouattara et al., 2016,
p.41).
L’initiation au tabagisme est de plus en plus précoce partout dans le monde. Dès leur
entrée à l’université, les plus jeunes commencent à fumer par imitation. De plus en plus, l’âge
ne constitue plus une barrière. En effet, l’étudiant inscrit en licence est animé par un désir de
s’affranchir et d’affiner sa personnalité. Ainsi, ces jeunes consomment le tabac souvent pour
affirmer leur maturité, s’intégrer à un groupe ou afficher leur indépendance vis-à-vis de la
famille (Wayzaniet al., 2014).
Lorsqu’il n’existe pas d’interdiction totale, l’industrie exploite toutes les brèches que lui
laisse laloi, pour atteindre le public. L’exposition de nombreux présentoirs du tabac, souvent
associés à des images de sports extrêmes dans les lieux de vente, en est un exemple (Lalonde
et Heneman, 2004). Cette forme de promotion est vraisemblablement efficace en termes de
marketing puisque les compagnies de tabac y investissent des sommes importantes en
rémunérant les détaillants pour l’installation de ces présentoirs et autres formes de publicité
déguisée. Une partie importante du marketing se faisait par l’entremise de la presse écrite et
des activités promotionnelles (distribution d’échantillons gratuits dans les écoles, concours
organisés dans les écoles, commandite d’équipes de sport professionnelles). De plus, selon
l’industrie du tabac, la commandite permet de conférer le tabac les attraits d’une
personnalité sportive (Pollay, 2002)9. La commandite d’événements comme la course
automobile et les sports« extrêmes » pratiqués en solo est valorisée par l’industrie du tabac
puisque ces activités sportives évoquent le courage, l’indépendance, l’esprit d’aventure et
l’audace.
Le tabagisme est lié aux habitudes. Les difficultés dans les couples ont un effet significatif
sur le comportement tabagique. Elles peuvent influencer les comportements de santé tels que
le tabagisme, et entrainent des changements permanents ou temporaires, visibles bien avant et
parfois bien le passage à une configuration familiale différente. Ainsi, le taux de
consommation augmente pendant les périodes où le couple rencontre des difficultés, avec des
différences selon le sexe. En effet, les femmes commencent à fumer de façon anticipée,
9
Cité par Lalonde et Heneman (2004).
15
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
jusqu’à deux ans avant la séparation. Pour elles, le risque d’initiation au tabac est multiplié
par 2,5 deux ans avant la séparation et par plus de quatre un an avant cet évènement. Les
hommes quant à eux se mettent à fumer immédiatement au moment de la séparation avec un
risque d’initiation au tabac multiplié par plus de deux à ce moment (Bricard, Legleye et Khlat,
2018).
Conclusion
Le tabagisme reste fréquent chez les étudiants de l’UASZ et touche toutes les tranches
d’âge. Cette étude nous a permis d’identifier les facteurs qui influencent le comportement
tabagique des étudiants de l’UASZ.
Quelques limites ont été révélées dans cette étude, notamment le refus de certains
consommateurs de participer à l’étude.
En raison de ces facteurs qui influencent le comportement tabagique des étudiants de
l’UASZ, les efforts doivent être faits et soutenus par l’université, les parents et les
collectivités locales. Une politique publique saine dans ce domaine pourrait consister à
contrôler les prix du tabac, à restreindre la publicité et les opérations de promotion et à
soutenir les efforts d’abstinence. Toutes ces mesures parmi d’autres peuvent renforcer les
messages diffusés à l’université. Une étude prenant en compte les différentes universités du
Sénégal permettrait d’voir un échantillon plus important et par conséquent des résultats plus
précis et extrapolables au niveau national.
Bibliographie
[1] ANSD/GATS :«Enquête Mondiale sur le Tabagisme chez les Adultes : Rapport principal,
Sénégal», 2005.
[2]Bricard, D., LegleyE, S., et Khlat, M. :«Mise en couple, Naissance, Séparation : quelle est
l’Influence de ces Evènements sur les Comportements Tabagiques ?», Communiqué de
presse, Institut National d’Etudes Démographiques (INED), Paris, 2018.
[3]Brown, K.J., et Deck, D.D. : «RMC Research Corporation. Addressing Adolescent
Tobacco use in Current School-based ATOD Programs: Recommendations for Washington's
16
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
18
[Link] ISSN: 2458-6250
Revue Économie, Gestion et Société Vol 1, N°34 février 2022
19
[Link] ISSN: 2458-6250