Séance IV : la recherche d’une stabilité politique : 1795-1799
Comment installer la République et mettre fin à la Révolution ?
a) Une République bourgeoise et conservatrice.
Après la chute de Robespierre, la Convention met un terme à la Terreur. Une répression s’abat sur les
anciens Montagnards et les sans-culottes.
Les Thermidoriens cherchent à imposer une stabilité politique en France grâce à une République
conservatrice et bourgeoise : le Directoire.
La constitution de 1795 met en place un pouvoir législatif en deux assemblées. Le pouvoir exécutif est confié
à cinq directeurs. Le suffrage censitaire est rétabli, ce qui favorise les propriétaires et la bourgeoisie.
Grâce à cette constitution, les députés ont cherché à équilibrer les pouvoirs afin d’éviter le retour à
la tyrannie.
b) Un régime faible et en guerre.
Le Directoire est un régime impuissant et fragile.
Il fait face à deux oppositions :
- celle des anciens jacobins qui militent pour une République sociale et démocratique. Ils veulent le
retour de la constitution de 1793.
- Les royalistes veulent une restauration de la monarchie. Ils tentent un coup de force le 5 octobre 1795
(13 Vendémiaire an IV) mais sont réprimés par le général Bonaparte.
Ce régime est en état de guerre permanent. Il s’agit de défendre les frontières naturelles de la France (le
Rhin par exemple) mais également de présenter la République comme libératrice auprès des peuples
voisins.
Ainsi, les Généraux ont un rôle politique de plus en plus important : parmi eux, le général Bonaparte se
distingue ( voir biographie Napoléon Bonaparte).
Il est victorieux lors de la campagne d’Italie contre l’Autriche en 1796-1797 (batailles de Rivoli, Arcole, Lodi)
puis lors de la campagne d’Egypte en 1798 contre les positions anglaises.
Le directoire connaît une crise politique : les pouvoirs du Directoire à force de se neutraliser semblent
impuissants. De plus, l'annulation des élections après la victoire des royalistes puis des jacobins achève de
discréditer le Directoire.
La crise est également financière (faillite).
Elle est aussi sociale : les inégalités s’exacerbent entre le luxe ostentatoire de la bourgeoisie et la misère
populaire.
L’armée apparaît comme un recours. Un pouvoir fort semble nécessaire.
Séance V : du consulat à l’Empire, une nation unifiée autour d’un nouvel ordre politique.
La politique d’unification nationale conduite par Napoléon entre-t-elle en contradiction avec les
principes de la Révolution ?
a) L’établissement du Consulat.
Bonaparte organise un coup d'Etat et établit un pouvoir fort grâce à la constitution de 1799.
Le 18 Brumaire (9 novembre 1799), à Saint Cloud, il contraint les chambres et crée le Consulat : un régime
républicain marqué par un pouvoir exécutif fort et autoritaire.
Bonaparte est désigné premier consul.
La République est conservée dans ses symboles (drapeau, calendrier, Marseillaise). Toutefois c’est un
régime autoritaire qui voit le jour :
- Bonaparte affaiblit le pouvoir législatif en le divisant en quatre chambres : le Conseil d’Etat prépare
les lois, le Tribunat les discute, le Corps Législatif les vote. Le Sénat observe la constitutionnalité des
lois.
- Il nomme les juges.
- Si un plébiscite au suffrage universel a été organisé pour valider la constitution de 1799, Bonaparte
limite la souveraineté nationale : les Français votent pour des listes dans lesquelles le premier consul
choisit les membres des assemblées.
b) La construction d’un État centralisé qui assure l’ordre et la paix.
Bonaparte poursuit l’unification de la nation autour d’un État fort et centralisé.
- Une politique d’apaisement intérieur et extérieur :
Le Premier consul souhaite d’abord assurer la paix civile et extérieure après les temps troublés de la
Révolution : - Le conflit avec l’Eglise cesse grâce au Concordat signé en 1801 : le catholicisme est considéré
comme “la religion de la grande majorité des Français”. Les évêques sont proposés par Bonaparte et investis
par le Pape. Le clergé est rétribué par l’Etat et jure fidélité. Le concordat permet une réconciliation entre
l’Eglise et l’Etat.
- Il permet aux émigrés de revenir en France.
- Il signe le traité d’Amiens en 1802 avec l’Angleterre et ramène la paix en Europe.
- Une unification du droit : le droit est unifié par le code civil de 1804. Ce code juridique, dont la
rédaction a été confiée à Cambacérès, regroupe trois grandes rubriques (famille, propriété et contrats). Ce
texte confirme les acquis de la révolution (l’égalité, la propriété privée) mais est aussi marqué par un
conservatisme fort dans la conception de la famille (statut de mineure de la femme mariée) et du travail.
- Une amélioration des rouages administratifs de l’Etat : Pour représenter et exercer l’autorité de
l’Etat dans les 103 départements, un corps préfectoral (les préfets) est créé en 1800.
- Un contrôle plus étroit de l'économie : La banque de France est fondée pour garantir la stabilité
d’une nouvelle monnaie créée en 1803 : le franc germinal.
- Un système éducatif moderne : Les lycées et le baccalauréat sont créés pour former des élites
compétentes.
Ces réformes établissent ainsi des “masses de granit” selon les mots de Bonaparte devant le Conseil d’Etat
en 1802.
c) L’Empire, un nouvel ordre politique entre continuité et rupture avec 1789.
En 1804, afin d’établir un pouvoir permanent et fort, la proclamation de l’Empire puis le sacre
changent la nature du régime : la constitution, votée lors d’un plébiscite, donne aux pouvoirs de la
République une forme personnelle et héréditaire.
Ce régime se place tout à la fois en rupture et en continuité par rapport à la Révolution.
Les éléments de rupture : Napoléon est sacré à Notre-Dame de Paris par le pape Pie VII le 2 décembre
1804 (Tableau de Jacques-Louis David).
- Par ailleurs, Napoléon fonde une noblesse d’empire et restaure le principe de l'hérédité. La légion
d’honneur est un signe distinctif. Il crée une nouvelle aristocratie au service de l’Etat. Il place des
membres de sa famille et ses maréchaux à la tête de territoires en Europe (Joseph Bonaparte roi
d’Espagne / Murat roi de Naples / Eugène de Beauharnais vice-roi d’Italie).
- La liberté d’opinion et la liberté de la presse sont compromises : grâce à son ministre de l’intérieur
Fouché, une surveillance policière s’installe. La liberté de la presse est empêchée. Des journaux
officiels apparaissent : le Moniteur ou le bulletin de la Grande Armée.
- Abolie le 4 février 1794 par la Convention, Napoléon rétablit l’esclavage en 1802. Les esclaves
insurgés de Saint Domingue se révoltent. En 1804, les troupes françaises quittent Haïti qui devient
indépendante.
Toutefois, les convictions républicaines de Napoléon ne peuvent être niées : - Lors du sacre du 2
décembre 1802, Napoléon prête serment de respecter les principes d’égalité et de liberté.
La cérémonie associe des références à un pouvoir personnel absolu (couronne, sceptre) et des symboles
républicains (drapeau tricolore).
- Lorsqu’il déclare “Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée. Elle est
finie” (déclaration de Bonaparte après le coup d’Etat de 1799), il signifie qu’il souhaite inscrire les
principes de la Révolution dans un Etat fort et une nation unifiée.
Ainsi, Napoléon ancre les principes de la Révolution dans le droit tout en établissant un pouvoir
personnel et héréditaire qui ignore la séparation des pouvoirs.
Séance VI : une Europe conquise et transformée.
L’histoire de l’Empire est marquée par un climat de guerre permanent.
Aux guerres défensives de la période du directoire visant à protéger les frontières naturelles de la France se
substitue un projet hégémonique.
Ces guerres transforment l’Europe : elles entraînent la diffusion des principes de la Révolution mais
contribuent à briser la légitimité de l’Empire auprès des peuples européens.
a) La conquête de l’Europe.
-Le retour de la guerre avec l’Angleterre : Depuis 1802, l’Europe est en paix (paix d’Amiens). En 1803, la
guerre est relancée entre la France et l’Angleterre.
Alors que l’Angleterre impose son hégémonie en mer (défaite de Trafalgar en octobre 1805), Napoléon
construit un empire continental.
Il réplique par l’arme économique en imposant un blocus continental. Il s’agit d’asphyxier l’économie
britannique en proscrivant aux pays européens de commercer avec l’Angleterre.
-Napoléon face aux coalition européennes : Une coalition européenne se forme contre Napoléon en
1805. Il marche avec la Grande Armée en direction de l’Allemagne. Le 2 décembre 1805, il remporte la
victoire d'Austerlitz contre les Austro-Russes.
En 1806, il défait la Prusse et la Saxe à Iéna. Napoléon entre à Berlin puis à Varsovie.
Face à la contre-offensive du roi de Prusse François II et du Tzar Alexandre Ier, il remporte la victoire d’Eylau
marquée par la charge de cavalerie de Murat, l’une des plus grandes de l’histoire.
-Napoléon impose son hégémonie : En 1807, il vainc les Russes à Friedland.
Un traité est signé à Tilsit sur le fleuve Niémen entre Alexandre et Napoléon. La Russie consent à appliquer
le blocus contre l'Angleterre. Afin d’affaiblir la Russie et la Prusse, deux nouveaux Etats sont créés : le
Grand-duché de Varsovie et le royaume de Westphalie.
Après son entrée dans Vienne et sa victoire de Wagram en 1809, il impose la paix à l’Autriche. Cherchant
un héritier que l’impératrice Joséphine de Beauharnais ne peut lui donner, il divorce et se marie avec Marie-
Louise, fille de l’empereur d’Autriche, qui donne naissance à un enfant.
Soumise à l’hégémonie française, l’Europe est transformée par Napoléon.
b) La transformation de l’Europe.
Une nouvelle carte de l’Europe : Après Austerlitz, Napoléon dissout le Saint-Empire romain Germanique
et crée la confédération du Rhin : Napoléon devient le protecteur de cette fédération de 35 petits États du
Sud et de l’Ouest de l’Allemagne qui sert à affaiblir la Prusse et l’Autriche.
Pour diminuer ses adversaires russes et prussiens et s’assurer du soutien des Polonais, il crée deux Etats:
le royaume de Westphalie et le duché de Varsovie confié à son frère Jérôme Bonaparte.
Une organisation concentrique : L’empire de Napoléon est composé d’un centre qui regroupe les 130
départements français (une partie de la Suisse, les régions rhénanes, la Belgique, les Pays-Bas, le Piémont
sont devenus des départements français). Il repose aussi sur des périphéries vassales (la confédération
du Rhin, le royaume d’Italie, le royaume de Naples, l’Espagne). De nombreux maréchaux ou membres de la
famille impériale reçoivent ces territoires vassaux. Enfin, par les traités, Napoléon a contracté des alliances
: Norvège, Danemark, Prusse, empire autrichien, grand-duché de Varsovie.
Une diffusion des principes de la révolution en Europe. Lors de la Révolution, à partir de 1792, les
armées de la Révolution apparaissent auprès des peuples comme des libérateurs contre les rois. Des
Républiques-sœurs sont créées par le Directoire.
Sous l’Empire, dans les territoires conquis, le code civil et les principes révolutionnaires (libertés, égalité
civile, abolition du servage) se diffusent.
Napoléon a réalisé la première forme d’unité européenne.
c) La chute.
L’occupation des territoires et le blocus contre l’Angleterre sont de moins en moins supportés par les peuples
européens.
L’erreur de la guerre d’Espagne (1808-1812): Alors que le Portugal refuse d’appliquer le blocus continental,
la Grande Armée traverse l’Espagne. Napoléon décide alors d’évincer du trône de Madrid les Bourbons
d’Espagne au profit de son frère Joseph qui devient roi d’Espagne.
Cette attitude déclenche la révolte des Espagnols. De 1808 à 1812, une guérilla est menée contre la France.
La campagne de Russie (1812) : la Russie ne peut supporter plus longtemps le blocus continental. Les
tensions montent. Napoléon engage la Grande armée en direction de la Russie en juin 1812. Il entre dans
Moscou vidée de ses habitants et du gouvernement. Pris dans les flammes, Napoléon quitte Moscou et
engage la retraite. Le froid et la faim déciment les troupes (plus de 500 000 morts).
Des révoltes éclatent contre la France partout en Europe. Les Anglais, Autrichiens et les Russes entrent en
France. Napoléon abdique à Fontainebleau en avril 1814 et est envoyé sur l'île d’Elbe.
Les Cents-jours : Alors que les monarchies européennes se réunissent au congrès de Vienne pour décider
du sort de la France et réorganiser l’Europe, Napoléon débarque à Golfe Juan le 1er mars 1815. C’est le
début des Cents Jours durant lesquels il remonte à Paris sans coup férir pour reprendre le pouvoir. Louis
XVII, frère de Louis XVI, revenu pour restaurer la monarchie, doit quitter Paris.
Toutefois, vaincu à Waterloo le 18 juin par Wellington et Blücher, Napoléon abdique à nouveau. Il est
envoyé sur l’île de Sainte-Hélène au Sud de l’Atlantique. Il meurt le 5 mai 1821.