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Développement émotionnel de l'enfant

L'article présente un état des connaissances sur le développement émotionnel de l'enfant, en mettant en lumière des perspectives de recherche récentes qui soulèvent de nouvelles questions. Il aborde des thèmes tels que l'évolution des émotions, l'expressivité précoce, l'impact du stress périnatal et la psychopathologie émotionnelle. Ces recherches contribuent à une meilleure compréhension des comportements émotionnels et de leur rôle dans le développement social et cognitif de l'enfant.

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Développement émotionnel de l'enfant

L'article présente un état des connaissances sur le développement émotionnel de l'enfant, en mettant en lumière des perspectives de recherche récentes qui soulèvent de nouvelles questions. Il aborde des thèmes tels que l'évolution des émotions, l'expressivité précoce, l'impact du stress périnatal et la psychopathologie émotionnelle. Ces recherches contribuent à une meilleure compréhension des comportements émotionnels et de leur rôle dans le développement social et cognitif de l'enfant.

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Introduction.

La vie émotionnelle de l'enfant : nouvelles perspectives et


nouvelles questions
Philippe Brun

Dans Enfance 2001/3 Vol. 53, pages 221 à 225


Éditions Presses Universitaires de France
ISSN 0013-7545
ISBN 2130518966
DOI 10.3917/enf.533.0221

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Introduction.
La vie émotionnelle de l’enfant :
nouvelles perspectives
et nouvelles questions
PHILIPPE BRUN

INTRODUCTION. LA VIE ÉMOTIONNELLE DE L’ENFANT

Philippe Brun1

RÉ SU M É

Nous présentons un état des connaissances relatives au développement émotionnel

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de l’enfant. Ces nouvelles perspectives de recherche posent de nouvelles questions qui
contribuent à approfondir notre connaissance de l’être humain. Certaines de ces nou-
velles perspectives sont présentées ici : dimension évolutionniste des émotions, expres-
sivité précoce et intégration sensorielle de stimuli émotionnels, effets d’un stress péri-
natal sur le comportement émotionnel, psychopathologie de l’émotion, développement
de l’humour, contrôle social de l’expressivité émotionnelle, métareprésentation des
émotions.
Mots clés : Émotion, Développement, Petite enfance.

SU M M ARY

Children, emotions and development

A current state of our knowledge of the emotional development in children is pre-


sented. These new research perspectives of emotions in children contribute to increase
our understanding of human beings. Some of these new questions are presented in this
paper : the evolutionary dimension of emotions, early expressiveness and sensory inte-
gration of emotional stimuli, perinatal stress effects on emotional behaviors, the psy-
chopathology of emotions, the development of humour, social control of emotional
expressiveness, metarepresentation of emotions.
Key-words : Emotion, Development, Infant, Children.

1. Université de Rouen, UFR de psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, Labora-


toire [Link] – UPRES – EA 1780, rue Lavoisier, F-76821 Mont. Saint-Aignan. Phi-
[Link]@[Link].
ENFANCE, n o 3/2001, p. 221 à 225
222 PHILIPPE BRUN

Comment s’organise le développement émotionnel de l’enfant ? Quels


sont les rapports entretenus par l’émotion et la cognition ? La vie émotion-
nelle, comme l’affirmait Wallon (1938), constitue-t-elle chez l’enfant « le
premier terrain des relations interindividuelles de conscience » ? Les états
émotionnels sont-ils susceptibles de structurer la personnalité naissante ? Il
s’agit là de quelques-unes des nombreuses questions désormais abordables
dans le champ scientifique du développement.
Les études de l’émotion chez l’enfant s’articulent autour de l’idée que les
états émotionnels constituent des formes d’activités psycho-biologiques
organisées et complexes, qui évoluent avec l’âge afin d’optimiser les straté-
gies adaptatives de régulation intra- et interpersonnelle de l’individu. Chez
l’enfant, l’émotion n’est plus considérée comme un simple état subjectif sus-
ceptible de parasiter le fonctionnement mental (Brun et Nadel, 1997). Bien
au contraire, l’émotion permet de faire face aux multiples contextes
sociaux, de faire face à des situations sociales sources d’excitation négative
ou positive susceptibles de modifier l’équilibre physiologique ou mental de
l’enfant.
Cette conception de l’émotion donne lieu à de nombreuses études empi-
riques tant sur le plan de l’expressivité émotionnelle que sur celui de la

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compréhension des états émotionnels. Actuellement, les auteurs considèrent
que ce n’est qu’à partir de 4 à 8 semaines, que le sourire du bébé, parce
qu’il s’adresse à un objet social, est synonyme d’expression de joie (Muir et
Nadel, 1998). À partir de 2 mois et demi, les bébés manifestent progressive-
ment des expressions prototypiques de joie, de tristesse, de dégoût,
d’intérêt, de surprise, de colère, de peur et différencient leurs expressions en
fonction de la valeur hédonique de l’émotion maternelle (Izard, Fantauzzo,
Castle, Haynes, Rayias et Putnam, 1995). Ce développement de l’ex-
pressivité est concomitant à l’apparition de capacités de discrimination per-
ceptive de stimuli émotionnels dès 8 semaines, et de catégorisation percep-
tive entre 4 et 7 mois (de Haan et Nelson, 1998). À cette période, la
réactivité du bébé aux stimuli émotionnels est manifeste et contagieuse aux
autres nourrissons. Il est fréquent que le bébé, au cours du deuxième
semestre de vie, fasse preuve de réactions empathiques élémentaires, notam-
ment négatives (LaFrenière, 2000). D’autres recherches mettent en évidence
la capacité du bébé de 5 à 7 mois à reconnaître une expression faciale émo-
tionnelle correspondant à son expression sonore : les bébés seraient alors
capables d’extraire des propriétés perceptives amodales communes aux
expressions faciales et vocales des émotions (Walker-Andrews, 1997).
Vers 12 mois, le jeune enfant recherche activement les informations
émotionnelles que fournit son entourage lors d’une situation ambiguë
(i.e. intrusion bruyante d’un objet non familier) et cela afin de s’adapter à
cette situation (Feinman, 1992). Avec ces comportements de référenciation
sociale, on observe des bébés qui discriminent les expressions faciales
maternelles et adaptent leurs conduites en fonction de la valence des
signaux émotionnels. Ces données nous renseignent également sur la capa-
INTRODUCTION. LA VIE ÉMOTIONNELLE DE L’ENFANT 223

cité de l’enfant à ressentir et partager l’état mental émotionnel de l’autre


(Trevarthen, 1993).
Avec le développement du lexique émotionnel, entre 2 et 6 ans, l’enfant
décrit ses propres expériences émotionnelles, explicite celles d’autrui et
affirme que l’expérience émotionnelle de l’entourage peut différer de sa
propre expérience. Certaines recherches anglophones (Bretherton, Fritz,
Zahn-Waxler et Ridgeway, 1986) indiquent notamment que l’identification
verbale par l’enfant de ses propres émotions (ou de celles d’autrui)
s’organise progressivement en termes hédoniques et que l’identification ver-
bale des émotions positives précède la désignation des émotions négatives.
Ce n’est que lorsque cette identification verbale hédonique est maîtrisée,
que l’on voit apparaître vers 4/5 ans des différenciations entre les émotions
négatives (Bullock et Russell, 1986). À partir de 4/5 ans, les enfants recon-
naissent et nomment sans difficulté des expressions de joie, de colère, de
tristesse et neutre et il faut attendre 6/8 ans pour que la surprise et le
dégoût soient nommés correctement (Gosselin, Roberge et Lavallée, 1995).
Entre 3 et 6 ans, l’enfant apprend à exprimer des émotions conformes à
des règles sociales qui imposent notamment l’exercice d’un certain contrôle
sur la motricité faciale (Saarni, 1999). L’enfant découvre par exemple qu’il

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est de bon ton de rester souriant lorsque l’on reçoit un cadeau non désiré. Il
distingue les états émotionnels observables des états émotionnels ressentis
(Harris, 1989). C’est également durant cette période qu’il parvient à évo-
quer différentes expressions émotionnelles sur simple demande verbale
(Field et Walden, 1982).
Progressivement, l’enfant se représente non seulement les facteurs sus-
ceptibles de déclencher des situations émotionnelles mais également leurs
conséquences. Vers 3/4 ans, les explications causales de l’enfant relatives à
la manifestation de ses propres émotions – ou des émotions d’autrui – sont
formulées en référence soit au domaine social, soit au domaine physique. À
cet âge, l’enfant peut expliquer que des manifestations de tristesse ont pour
objectif de solliciter des comportements maternels de réconfort. Il peut éga-
lement énoncer quels sont les événements sociaux qui le rendent heureux ou
triste et quelles sont les situations sociales qui le mettent en colère. Vers
5 ans, l’enfant peut indiquer quelles sont les raisons qui le conduisent à
avoir peur de tel ou tel contexte (Denham, 1998).
Ce rapide tour d’horizon nous permet d’estimer les avancées de la
recherche en matière de développement émotionnel chez l’enfant. De nou-
velles pistes sont actuellement défrichées et ce présent volume se propose
d’en situer quelques-unes.
Responsable en bonne partie de l’intérêt pour l’étude des comporte-
ments émotionnels chez l’enfant, la thèse évolutionniste des émotions for-
mulée par Darwin (1872) est l’une des pierres angulaires de la psychologie
des expressions émotionnelles chez l’enfant. Dans cette perspective, le tra-
vail comparatif de Kim Bard et de son équipe rappelle que le registre émo-
tionnel est une donnée phylogénétique incontestable des primates supé-
224 PHILIPPE BRUN

rieurs servant l’adaptabilité. Les auteurs insistent notamment sur le fait que
les conduites émotionnelles des bébés humains et des bébés chimpanzés
durant la période néonatale présentent des similitudes fonctionnelles dans le
sens où elles favorisent la mise en place de comportements sociaux.
Robert Soussignan et Benoît Schaal traitent la question de la genèse et
de la variabilité des réactions émotionnelles aux odeurs chez le bébé et
abordent le problème de l’interdépendance précoce entre processus émo-
tionnels et cognitifs. Certaines de leurs recherches présentées ici soulignent
l’importance de la coaction de l’expérience périnatale et des contraintes
motivationnelles sur l’expressivité émotionnelle du nouveau-né.
La qualité et le déterminisme de l’expérience périnatale sur le dévelop-
pement émotionnel de l’humain sont également questionnés par Brigitte
Lordi, Daniel Mellier et Jean Caston avec la présentation d’un modèle ani-
mal des effets du stress périnatal sur le comportement émotionnel. Les
auteurs montrent que des stress survenant au cours de périodes prénatale et
postnatale induisent chez le rat des altérations émotionnelles et déterminent
des issues développementales distinctes, parfois létales.
Les altérations émotionnelles chez l’enfant sont également abordées
dans ce volume dans la mesure où il s’agit d’une voie d’investigation très

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fréquentée actuellement. Philippe Brun évoque le fait que l’étude psychopa-
thologique de l’émotion chez l’enfant se constitue en omettant de se référer
précisément au développement émotionnel de l’enfant typique. De récentes
conclusions formulées en termes de déficits émotionnels spécifiques chez
l’enfant autiste notamment sont parfois énoncées avec hâte, et il convient
d’être prudent sur leur bien-fondé eu égard à notre connaissance imprécise
du développement émotionnel typique.
Notre méconnaissance de certains domaines du développement émo-
tionnel est clairement mise en évidence par les différents articles de Reddy,
de Bradmetz et Schneider, et de Ceschi et Scherer. Vasudevi Reddy rappelle
à juste titre que l’émotion est un phénomène interpersonnel. Cet auteur
propose une contribution originale sur le développement de l’humour chez
le jeune enfant qui affirme que les clowneries enfantines sont observables
dès le second semestre de vie et présentent des caractéristiques communes
avec les pitreries adultes. L’auteur insiste sur l’origine interpersonnelle,
émotionnelle et sociale des comportements humoristiques.
La question essentielle de l’interaction entre le social et l’émotionnel est
indirectement posée dans l’étude de Grazia Ceschi et Klaus Scherer. Le
contrôle de l’expression faciale issu des conventions sociales est-il suscep-
tible de modifier le ressenti émotionnel de l’enfant en situation sociale ?
Le rôle de la métareprésentation émotionnelle est plus directement
abordé dans l’article de Joël Bradmetz et Roland Schneider. Selon
ces auteurs, le questionnement multiséculaire concernant le dualisme
corps/esprit s’est déplacé vers l’examen de la dualité désir/croyance. Ce
changement de perspective devrait permettre d’envisager la psychologie des
émotions sous un angle nouveau. L’hypothèse porteuse des auteurs est que
INTRODUCTION. LA VIE ÉMOTIONNELLE DE L’ENFANT 225

la représentation émotionnelle peut être considérée comme une évaluation


de la réalisation du désir et non de la croyance.
Ce numéro se veut une contribution aux nouvelles perspectives et aux
nouvelles questions développementales dont témoigne l’explosion des
recherches ontogénétiques, phylogénétiques, psychopathologiques et com-
paratives sur l’émotion.

RÉFÉRENCES

Bretherton, I., Fritz, J., Zahn-Waxler, C., & Ridgeway, D. (1986). Learning to talk about
emotions : A functionalist perspective. Child Development, 57, 529-548.
Brun, Ph., & Nadel, J. (1997). Les jeunes enfants face aux émotions. Revue de Psychologie de
l’Éducation, 2, 2, 75-86.
Bullock, M., & Russell, J. A. (1986). Concepts of emotion in developmental psychology. In
C. E. Izard & P. B. Read (Eds), Measuring emotions in infants and children (vol. 2,
p. 203-237). Cambridge, UK : Cambridge University Press.
Darwin, C. (1872). The expression of emotion in man and animals. Chicago : University of
Chicago Press, 1965.
De Haan, M., & Nelson, C. A. (1998). Discrimination and categorisation of facial expres-

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sions of emotion during infancy. In A. Slater (Ed.), Perceptual development : Visual, au-
ditory and language perception in infancy (pp. 287-309). London, UK : University College
London Press.
Feinman, S. (1992), Social referencing and the social construction of the reality in infancy. New
York : Plenum Press.
Field, T. M., & Walden, T. A. (1982). Production and discrimination of facial expressions by
preschool children. Child Development, 53, 1299-1300.
Gosselin, P., Roberge, P., & Lavallée, M.-F. (1995). Le développement de la reconnaissance
des expressions faciales émotionnelles du répertoire humain. Enfance, 4, 379-396.
Harris, P. L. (1989). Children and emotion. Oxford, UK : Blackwell Publishers.
Izard, C. E., Fantauzzo, C. A., Castle, J. M., Haynes, O. M., Rayias, M. F., & Put-
nam, P. H. (1995). The ontogeny and significance of infants’ facial expressions in the
first 9 months of life. Developmental Psychology, 31, 6, 997-1013.
LaFrenière, P. J. (2000). Emotional development : A biosocial perspective. Belmont, CA :
Wadsworth.
Muir, D. W., & Nadel, J. (1998). Infant social perception. In A. Slater (Ed.), Perceptual deve-
lopment : Visual, auditory and language perception in infancy (pp. 247-285). London, UK :
University College London Press.
Saarni, C. (1999). The development of emotional competence. New York, NY : Guilford Press.
Trevarthen, C. (1993). The function of emotions in early infant communication. In J. Nadel
& L. Camaioni (Eds), New perspectives in early communicative development (pp. 48-81).
London, UK : Routledge.
Walker-Andrews, A. S. (1997). Infants’ perception of expressive behaviors : Differentiation of
multimodal information. Psychological Bulletin, 121, 3, 437-456.
Wallon, H. (1938). La vie mentale. Paris : Éditions sociales.

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