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Techniques chirurgicales des récessions gingivales

Le document traite des récessions gingivales et des techniques chirurgicales de correction, en mettant l'accent sur l'esthétique et la stabilisation parodontale. Il aborde les indications de traitement, l'examen clinique, et les facteurs étiologiques, tout en soulignant l'importance de la réévaluation avant toute intervention chirurgicale. Les techniques de lambeau, notamment le lambeau positionné coronairement, sont présentées avec leurs avantages et inconvénients.

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Techniques chirurgicales des récessions gingivales

Le document traite des récessions gingivales et des techniques chirurgicales de correction, en mettant l'accent sur l'esthétique et la stabilisation parodontale. Il aborde les indications de traitement, l'examen clinique, et les facteurs étiologiques, tout en soulignant l'importance de la réévaluation avant toute intervention chirurgicale. Les techniques de lambeau, notamment le lambeau positionné coronairement, sont présentées avec leurs avantages et inconvénients.

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1.

Pris en charge thérapeutique des récessions :

De nos jours, la chirurgie-muco gingivale nous offre de nombreuses possibilités pour y


parvenir. En effet, de nombreuses techniques se sont succédées au cours du temps et le
recouvrement radiculaire dans le but de stabiliser une situation parodontale à risque est à
présent bien maîtrisé et facilement atteint. Mais au fil du temps et des techniques, les
exigences ont évolué, l’objectif étant aujourd’hui, d’obtenir un recouvrement complet de la
récession avec la meilleure intégration esthétique qu’il soit.

Après avoir exposé les indications de traitement des récessions gingivales et défini les
grands objectifs de la chirurgie plastique parodontale dans cette partie, nous intéresserons
plus particulièrement aux différentes techniques chirurgicales existantes, en présentant leurs
avantages, mais aussi leurs inconvénients vis-à-vis des exigences esthétiques actuelles de la
chirurgie muco-gingivale.

1.1. Examen Clinique :

Les récessions gingivales représentent un important motif de consultation. L’anamnèse du


patient complétée par un examen clinique rigoureux nous permettra de décider de la mise en
place d’une thérapeutique de correction de ces lésions.

1.2. Indications du traitement des dénudations radiculaires :


 L’esthétique

Lors de l’anamnèse, le patient parle de « déchaussement » et n’aime pas cet aspect de dent
allongée. Il craint à long terme de perdre sa dent.

Notre rôle sera donc de lui faire comprendre que ce type de lésion n’entraine que très
rarement la perte des dents et qu’il existe des moyens chirurgicaux capables de renforcer la
qualité des tissus et pouvant mettre un frein à la progression de la récession. Dans le meilleur
des cas, si la récession correspond à une classe I ou II de Miller et si certaines conditions sont
réunies on pourra espérer un recouvrement complet de la récession. Cette amélioration
restante, bien sûr, dépendante de la qualité des tissus, du choix de la technique, de
l’expérience du praticien et surtout du potentiel de cicatrisation propre à chaque patient.
Dans la littérature, la demande esthétique représente la principale indication des
techniques chirurgicales de recouvrement radiculaire (DE SANCTIS et ZUCCHELLI, 1996).

Figure : Récessions gingivales inesthétiques généralisées.

Hypersensibilité radiculaire

Les surfaces radiculaires dénudées par la récession gingivale peuvent être hypersensibles
aux variations thermiques ou au toucher. Les doléances du patient pourront alors varier d’une
gêne légère lors de la consommation de boisson froide à des manifestations douloureuses
vraies pouvant limiter le contrôle de plaque (ADDY et WEST, 1994).

Lors de l’examen clinique, les zones de récession peuvent être localisées à l’aide d’une
sonde ou principalement par application d’un jet d’air froid. Généralement, le patient dirige le
praticien sur les zones sensibles.

Si la consultation est uniquement motivée par cette sensation désagréable, il faudra


d’abord proposer au patient de tenter un traitement de désensibilisation des collets ou d’avoir
recours à la dentisterie restauratrice (AUBERT, 1993).

Si cette thérapeutique s’avère insuffisante, le recours à la chirurgie muco gingivale est


alors proposé tout en expliquant au patient que les sensibilités peuvent malgré tout persister
après recouvrement.

 Lésions dentaires cervicales carieuses ou non carieuses


Exposée dans la cavité buccale, la fine couche de cément qui recouvre la surface
radiculaire est plus vulnérable à l’agression mécanique et bactérienne. A l’examen clinique,
la récession peut laisser place à une surface radiculaire parfaitement propre et polie en cas
d’abrasion, ou à un tissu mou carieux. Ravald (1994), pense qu’il est préférable d’avoir
recours à la dentisterie restauratrice pour traiter ces lésions, les techniques chirurgicales étant
plus invasives. Forel en 1982, préconisait un recouvrement chirurgical, après éviction du tissu
pathologique. Dans le cas où ces lésions entraîneraient également un préjudice esthétique
important pour le patient, le recours à la chirurgie serait alors plutôt indiqué.

Figure : Caries radiculaires après récession parodontale

 Lésion évolutive

En dernier lieu, lorsqu’on note visuellement ou par sondage une augmentation de la


profondeur de la récession entre deux consultations et que l’inflammation perdure malgré
l’absence de facteurs évidents, la récession gingivale est dite évolutive. Celle-ci met alors
réellement en jeu le devenir de la dent ; l’indication d’une intervention s’impose (AUBERT,
1993).

1.3. Traitement étiologique :

L’indication d’un traitement étant posée, le praticien doit ensuite identifier puis gérer les
facteurs ayant entraîné l’apparition de la récession (PATEL et coll., 2011).

Un traitement initial non-chirurgical est toujours nécessaire. Il consiste en une mise en


condition des tissus parodontaux afin de prévenir l’évolution ou la réapparition des lésions
après traitement.
Cette première phase nous permet également de juger de la motivation et l’éducation du
patient. En effet, celle-ci débute toujours par un enseignement au contrôle de plaque. Une
méthode d’hygiène non agressive doit être enseignée avant tout traitement chirurgical : on
préconise la méthode dite « en rouleau » pour désagréger la plaque tout en brossant de la
gencive en direction du collet. On réalise également une prescription pour brosse à dents
souple 15/100 ou 20/100 qui préservera l’intégrité des tissus fins et fragiles
(GENONROMAGNA, GENON, 2001).

Le praticien réalise un détartrage et surfaçage soigneux, afin d’éliminer toute source


d’inflammation.

Le traitement initial comprend systématiquement une phase de corrections occlusales. Une


occlusion non équilibrée peut être à l’origine de récessions parodontales. Afin d’éliminer cet
éventuel facteur étiologique, le praticien réalise toujours un traitement occlusal adapté avant
d’entreprendre la poursuite d’un quelconque traitement parodontal.

La suite du traitement initial est ensuite adaptée à chaque patient. En effet, nous l’avons vu
précédemment, les récessions parodontales sont d’étiologies multifactorielles. Il conviendra
donc, en fonction de l’étiologie de la lésion, d’éliminer facteurs de rétention de plaque, freins
aberrants, de corriger les malpositions par traitement orthodontique afin de replacer la dent
dans son enveloppe osseuse, de supprimer les habitudes nocives ou tout autre objet source
d’agression pour le parodonte. Le but final étant la suppression totale de tous les facteurs quel
qu’ils soient, pouvant empêcher la stabilité et la santé parodontale avant d’envisager le
recouvrement.

1.4. Réévaluation :

Comme dans tout traitement parodontal, la phase étiologique est suivie d’une réévaluation
; Celle-ci survient quelques semaines plus tard. Cette phase est essentielle car c’est elle qui
nous donne la possibilité d’une intervention chirurgicale. La réévaluation clinique passe par
un sondage, la mesure de la hauteur de tissu kératinisé, la hauteur de la récession et enfin sa
largeur. Mais notre rôle est surtout d’évaluer si le contrôle de plaque est bien acquis par le
patient. On vérifie à nouveau l’ajustement occlusal en veillant à ce que toutes les
interférences travaillantes et non travaillantes aient bien été supprimées. Enfin, l’absence de
poche parodontale et de lyse osseuse est essentielle pour pouvoir passer à la phase
chirurgicale du traitement. Rappelons que seul le traitement chirurgical des Classe I et II de la
Classification de Miller permettra d’espérer un recouvrement à 100%.

Figure : Evaluation clinique de la récession à l'aide d'une sonde parodontale (de gauche
a droite) : 1) hauteur de la récession ; 2) hauteur de gencive kératinisé.

Le traitement chirurgical est mis en œuvre après l’obtention du consentement éclairé du


patient (ROMAGNA-GENON et GENON, 2001).

Il n’est pas indiqué chez le patient fumeur, et de manière générale chez le patient
présentant des contre-indications d’ordre médicale. C’est au cours de l’anamnèse que le
praticien se renseignera sur l’état de santé du patient et qu’il évaluera avec précision sa
consommation de tabac.

Palmer et Coll. démontrent en 2005, que le tabagisme affecte la vascularisation des tissus
gingivaux ainsi que les réponses immunitaires et inflammatoires. Plus qu’un effet
vasoconstricteur simple, le tabagisme entraîne une réduction chronique de l’apport sanguin et
de la saturation en oxygène de l’hémoglobine au niveau gingival. Des études in vitro ont
également démontré les effets néfastes du tabac sur la fonction d’adhérence des fibroblastes à
la surface de la racine (PALMER et Coll., 2005). Ainsi, le potentiel de cicatrisation des tissus
parodontaux s’en trouve déjà réduit chez les fumeurs.
Une revue systématique a été réalisée en 2009, éclairant l’influence du tabagisme sur les
résultats obtenus par les procédures de recouvrement gingivales (CHAMBRONE et Coll.,
2009). Celle-ci confirme que les possibilités de la chirurgie muco-gingivale sont plus
restreintes et les résultats obtenus sont moins bons chez les fumeurs que chez les non-
fumeurs. En effet, on note une plus grande réduction de la récession gingivale et un gain du
niveau d’attache clinique significativement plus élevé pour les non-fumeurs (ANDIA and
Coll., 2008). Cette différence est observée aussi bien avec la technique du lambeau déplacé
corolairement (SILVA and Coll., 2006), que celle de la régénération tissulaire guidée
(TROMBELLI et SCABBIA, 1997) ou de la greffe de conjonctif enfoui (ERLEY and Coll.,
2006).

Quant à l’objectif de recouvrement complet de la récession, il est également moins évident


à obtenir chez les consommateurs de tabac.

Le rôle du praticien sera donc de prévenir le patient de l’influence négative du tabac sur
les chances de succès du traitement et de l’encourager à arrêter de fumer, ou du moins
d’éviter de fumer complètement durant la période entourant la procédure chirurgicale et
surtout pendant la première phase de guérison.

1.5. Objectifs :

La chirurgie muco-gingivale possède deux objectifs distincts.

1.5.1. Stabilisation et prévention

Autrefois le manque de gencive attachée était considéré de façon systématique comme une
situation pathologique. De nos jours, certaines études ont prouvé que la santé parodontale
peut malgré tout être maintenue lorsque le contrôle de plaque est adéquat (DORFMAN et
Coll., 1982). Cependant chez certains patients, la récession peut continuer à évoluer malgré
l’absence d’inflammation ou de tout autre facteur étiologique. On réalise alors une greffe
pour augmenter la hauteur de tissu kératinisé afin de renforcer la qualité des tissus gingivaux
et de prévenir le risque de récession ou de stopper son évolution.

Dans ce cas, la chirurgie muco-gingivale nous permet d’augmenter la quantité de gencive


kératinisée dans le but de restaurer une situation parodontale stable et saine.

1.5.2. Recouvrement radiculaire et esthétique


Durant de longues années, l’objectif de la chirurgie muco-gingivale a donc été avant tout,
celui de stopper l’évolution des récessions. Aujourd’hui aisément maîtrisé pour cette
indication première, les objectifs de cette chirurgie additive ont évolué, se tournant peu à peu
vers deux autres de ces indications : le préjudice esthétique et l’hypersensibilité radiculaire.
De nos jours, on ne se contente plus de stopper la lésion mais on cherche à la recouvrir.
L’objectif étant d’obtenir le meilleur taux de recouvrement possible en espérant recouvrir la
totalité des tubules dentinaires exposés tout en visant la meilleure intégration esthétique qui
soit. L’aspect des tissus, leur texture, leur couleur, et leur épaisseur comptent également dans
la réussite du traitement chirurgical des récessions. On parle ici de chirurgie plastique
parodontale.

Dans cet autre cas, le but est d’obtenir le recouvrement complet de la récession, afin
d’améliorer l’esthétique et d’amoindrir l’hypersensibilité dentinaire qui accompagne souvent
ces lésions.

Techniques chirurgicales de correction des récessions :

Le praticien dispose d’un éventail de choix très large pour traiter les récessions
parodontales. Afin de satisfaire ces exigences esthétiques et de recouvrement à 100%, le
praticien devra donc être en mesure de choisir la technique la plus adaptée et la plus
prévisible en fonction de chaque situation clinique.

1.6. Les techniques à Lambeau :

La chirurgie muco-gingivale débute au XXe siècle avec les techniques de lambeaux


déplacés. Le lambeau correspond en fait à un volet de gencive relié à l’organisme par un
pédicule qui entretient une vascularisation continue. Cette technique permet un déplacement
de tissu gingival sur une zone pauvre en gencive kératinisée.

1.6.1. Lambeau positionné coronairement (LPC) :

La première technique chirurgicale de correction est le LPC, proposée par Norberg en


1926. Elle consiste à tracter la gencive en direction coronaire afin de recouvrir la racine
dénudée.

 Technique chirurgicale
Figure : Lambeau déplacé coronairement (de gauche à droite) : incisions tractions
coronaire et sutures.

Pour cela on réalise trois incisions : une intrasulculaire qui suit le contour de la
récession et deux incisions de décharges verticales. Le lambeau est soulevé en épaisseur
totale ou partielle jusqu’à la ligne muco-gingivale, puis on réalise une dissection partielle au-
delà de cette ligne qui libère la muqueuse des plans profonds. Ainsi le lambeau obtient la
souplesse nécessaire pour être tracté coronairement sans tension (ROMAGNA-GENON,
GENON, 2001).

Figure : Lambeau déplacé coronairement (de gauche à droite) : Vue


préopératoire avec récessions sur 12, 13 et 14 ; incisions, traction coronaire et sutures ;
vue à 9 mois post opératoire

 Avantages :

Cette technique ne nécessite donc qu’un seul site opératoire puisque le greffon pédiculé
est juste repositionné plus coronairement.

La base du lambeau permet une vascularisation continue (PATEL et coll., 2011). Ainsi
les complications post opératoires sont minimes et la cicatrisation optimale.
Le rendu esthétique est très appréciable puisque le tissu greffé provient justement de
l’environnement immédiat. Ce type de traitement peut être réalisé pour une ou plusieurs
récessions.

 Inconvénients:

Cependant, cette technique nécessite certaines conditions anatomiques. Elle ne peut être
réalisée qu’en présence d’un biotype parodontal épais, avec une hauteur de tissu kératinisé
qui subsiste sous la récession (minimum 3mm) et un vestibule suffisamment profond pour
pouvoir tracter le tissu (De SANCTIS, ZUCCHELI, 1996). Ce cas est plutôt rare puisque,
nous l’avons vu précédemment, si une récession a pu se développer c’est justement parce que
le biotype parodontal était défavorable.

C’est pourquoi le LPC trouve surtout son application en association avec d’autres
techniques que nous décrirons plus tard (PATEL et Coll., 2011).

D’autre part, il n’y a aucun apport de gencive kératinisée supplémentaire avec cette
technique, puisque celle-ci est simplement déplacée plus coronairement.

1.6.2. Lambeau positionné latéralement (LPL) :

Trente ans plus tard, Grupe et Warren nous proposent le lambeau déplacé
latéralement. Le tissu est cette fois prélevé latéralement à la récession et déplacé selon un
mouvement de rotation pour recouvrir la dénudation.

 Technique chirurgical

Figure : Lambeau déplacé latéralement : de gauche à droite : biseau externe en mésial


du site receveur et tracé d’incision ; traction mésial du lambeau et sutures.
Une première incision à biseau externe est située mésialement à la récession. Elle
élimine l’épithélium et constitue le site receveur cruenté. Puis une incision à biseau interne
est réalisée sur le rebord distal de la lésion, il constitue le front antérieur du lambeau. Une des
clés du succès de cette technique réside dans la coaptation de ces deux berges à suturer, car
elle augmente la zone de vascularisation du pédicule (KRIEF, 2001). La troisième incision
est horizontale, à distance des collets, c’est elle qui détermine la largeur du lambeau.
Finalement, la découpe se termine par une quatrième et dernière incision oblique, parallèle à
la deuxième. Le lambeau est incisé en épaisseur totale jusqu’à la ligne muco-gingivale puis
de façon partielle jusqu’à ce qu’il puisse tourner sans tension sur son axe de rotation et vienne
se plaquer sur la dénudation radiculaire.

Figure : Lambeau déplacé latéralement, de gauche à droite : récession parodontale sur


22 et 23 ; préparation du lambeau, traction mésial et sutures ; vue à 6 mois post
opératoire.

 Avantages

Comme précédemment, le succès d’une bonne cicatrisation est prévisible grâce à la


vascularisation continue apportée par le pédicule.

Les suites opératoires sont minimes, avec des douleurs possibles dans les premières
heures à cause de la plaie laissée à vif au niveau du site donneur adjacent.

Cette intervention ne nécessite qu’un seul site d’intervention et permet ici d’apporter de
la gencive kératinisée.

L’esthétique est assurée car le tissu apporté du site donneur a les mêmes caractéristiques
tissulaires que celui du site receveur.

 Inconvénients
Mais certaines conditions anatomiques sont également requises, notamment la présence
d’une quantité de gencive kératinisée suffisante latéralement à la lésion, égale à une fois et
demie la largeur de la récession à recouvrir (GARDELLA et Coll., 1997). Le tissu osseux
devra également être épais pour éviter de créer des défauts là où l’os reste exposé une fois
l’intervention terminée (SERFATY, 1993). Le vestibule devra être profond. Cette technique
ne peut pas être réalisée pour des récessions multiples, mais trouvera toute son indication
pour les récessions peu profondes, de formes triangulaires.

1.6.3. Technique du lambeau bipapillaire :

Dans certains cas, la quantité de gencive attachée située latéralement ou apicalement à la


récession est insuffisante. Les papilles latérales à la lésion peuvent alors constituer un site
donneur très intéressant. Cohen et Ross, proposent le lambeau bi papillaire en 1968 (COHEN
et ROSS, 1968).

 Technique chirurgicale

Il consiste en 4 incisions : 2 incisions intéressant la gencive marginale qui bordent la


récession. Elles sont réalisées selon des biseaux inversés afin d’éliminer le tissu marginal et
faciliter leur union vasculaire. Et 2 incisions papillaires qui partent de la muqueuse alvéolaire
et rejoignent le sommet de la papille.

Figure : Lambeau bi papillaire : a et b : incisions de la gencive marginale ; c et d :


incisions papillaires.

Les deux papilles sont suturées et constituent un lambeau unique de recouvrement


radiculaire. Le lambeau est effectué en plein épaisseur jusqu’à la muqueuse alvéolaire, puis
en épaisseur partielle au-delà.
Figure : Lambeau bi papillaire (de gauche à droite) : vue préopératoire ; préparation et
sutures des deux lambeaux papillaires ; vue post-opératoire

 Avantages :

Là encore le rendu esthétique est très appréciable grâce à la fusion du lambeau avec la
gencive adhérente adjacente.

Chaque papille du lambeau maintient son propre approvisionnement en sang et assure


ainsi une vascularisation continue.

Cette technique permet également d’éviter le dommage des structures adjacentes :


certaines études ont montré que les procès alvéolaires inter dentaires sont beaucoup moins
sensibles à l’exposition chirurgicale que les tables osseuses vestibulaires, comme lors d’un
LPL par exemple (ROSS et Coll., 1986). L’exposition des tissus adjacents au niveau des sites
donneurs est cependant minime, réduisant ainsi les séquelles post opératoires.

 Inconvénients

Cette technique nécessite des papilles adjacentes à la lésion intactes et suffisamment


épaisses. Comme pour le LPL, on ne pourra recouvrir qu’une seule récession à la fois.

Les points de suture reliant les deux papilles sont positionnés exactement sur la zone
avasculaire, pouvant rendre la cicatrisation du lambeau plus complexe et le risque d’échec de
recouvrement plus important.

Les lambeaux pédiculés, qu’ils soient bi papillaires, déplacés coronairement ou


latéralement, assurent des résultats esthétiques très satisfaisants ainsi qu’un recouvrement
prévisible grâce à la vascularisation continue apportée par le pédicule. Cependant l’absence
de site donneur à proximité de la récession limite le recours à ces techniques.

1.7. Les techniques de greffes gingivales :


Afin de contourner cette nécessité de gencive kératinisée à proximité de la récession,
Bjorn introduit pour la première fois en 1963, une greffe réalisée au moyen de tissu gingival
prélevé à distance de la lésion. C’est tout d’abord dans le but d’augmenter la hauteur de tissu
kératinisé qu’il propose cette technique (BJORN, 1963.). Par la suite de nombreuses
améliorations ont été apportées dans le but d’obtenir un recouvrement des récessions
parodontales.

1.7.1. La greffe épithélio conjonctive GEC :

C’est une greffe gingivale dite « libre » car à l’inverse des greffes pédiculés ou
lambeaux, le greffon visant à recouvrir la racine dénudée n’est pas relié au site donneur par
un pédicule. Elle consiste à prélever un « morceau » de gencive au palais, qu’on vient suturer
pour recouvrir la racine dénudée. Nabers est le premier à détailler les grandes étapes de cette
technique (NABERS, 1966).

 Technique chirurgicale :

Tout débute par la préparation du lit receveur. On réalise une incision horizontale passant
au niveau de la jonction amélo-cémentaire et qui s’étend de part et d’autre de la zone à traiter.
Les papilles sont conservées et seront source d’ancrage pour nos sutures. Puis on dessine
deux incisions verticales divergentes qui délimitent les bords du lit. Celui-ci est étendu
apicalement et latéralement d’au moins 3 millimètres. La racine étant avasculaire, ce sont ces
zones qui fourniront la vascularisation nécessaire à la survie du greffon. Un lambeau
d’épaisseur partielle est levé puis excisé apicalement.

Figure : Représentation schématique du lit receveur et du greffon.

Le lit receveur est prêt à recevoir son greffon. Celui-ci possède les dimensions exactes
du lit pour une coaptation optimale. On le prélève au palais : la gencive est épaisse, composée
d’épithélium et de tissu conjonctif. Des sutures sont réalisées assurant un contact étroit entre
le greffon, la surface radiculaire et le lit receveur.

Figure : Greffe épithélio-conjonctive : de gauche à droite : Préparation du lit receveur ;


Placage du greffon par le système de sutures ; vue postopératoire à 7J

Une étude a démontré que durant les premières 48 heures suivant l’intervention, la
nutrition des cellules du greffon est assurée grâce à une circulation « plasmatique » provenant
des bords du lit. Par la suite une anastomose a lieu entre les vaisseaux du lit receveur et ceux
préexistant au niveau du greffon. Finalement de nouveaux vaisseaux viennent coloniser le
greffon et il faudra attendre le cinquième jour pour que la circulation soit presque entièrement
rétablie (OLIVER and Coll., 1968).

 Avantages :

Avec cette technique la source de gencive n’est pas impérativement à proximité de la


zone à traiter.

Les qualités du tissu palatin permettent la création d’un excellent bandeau de gencive
attaché et stable à long terme permettant de prévenir ou de stopper l’évolution d’une
récession.

 Inconvénients :

En revanche, l’utilisation de la GEC dans le but de recouvrir une lésion est plus
décevante. On ne pourra que rarement l’utiliser dans les secteurs antérieurs car l’apparence et
la couleur nacrée du tissu greffé lui confèrent souvent un aspect disgracieux.
Cette technique nécessite deux sites d’intervention distincts, rendant les suites
opératoires douloureuses, et entrainant une cicatrisation de seconde intention au palais
(BRASHER and Coll., 1975).

De plus les risques de nécrose de la greffe sont non négligeables puisque la


vascularisation est totalement interrompue durant l’intervention. Nous l’avons dit, lorsque le
greffon est placé sur la zone avasculaire, c’est la circulation collatérale provenant des bords
du lit receveur qui permet le maintien du greffon. Un postage est ensuite obtenu.

Seulement, si la récession est trop large, le pontage peut ne pas avoir lieu et le greffon qui
n’est plus irrigué, nécrose (SULLIVAN et ATKINS, 1968).

Figure 28 : Résultat d'une greffe gingivale libre sur 44 et 45, la greffe est visible et
donne un résultat peu esthétique.

En 1974, Edel propose d’utiliser un greffon de tissu conjonctif simple plutôt


qu’épithélio-conjonctif pour augmenter la hauteur du tissu kératinisé. Partant du principe que
l’épithélium de surface d’une greffe épithélio-conjonctive classique dégénère et
s’épithélialise à nouveau sous l’influence de stimulus issu du tissu conjonctif sous-jacent, une
greffe de conjonctif seul aboutirait également à la kératinisation des cellules puis à la
formation d’un épithélium de surface (EDEL, 1975). Il réalise donc cette greffe en effectuant
un prélèvement selon sa méthode dite de la trappe. L’épithélium ainsi conservé au niveau du
site donneur permet une cicatrisation de première intention (EDEL, 1974). Mais cette greffe
de surface ne révèle pas de différence assez significative en termes de recouvrement et cette
technique ne se répand pas. Huit années plus tard, c’est à travers d’autres indications que la
greffe de conjonctif trouve tout son intérêt.
Figure : Prélèvement du greffon conjonctif après ouverture d'une trappe épithélio-
conjonctive.

1.7.2. La greffe de conjonctif enfoui (SCTG) :

Les conditions biologiques lors d’une greffe épithélio-conjonctive sont donc


défavorables pour la cicatrisation puisque celle-ci doit se faire en partie sur une surface
totalement avasculaire. Afin d’améliorer les chances de survie du greffon durant la première
phase de cicatrisation, Langer et Langer décrivent en 1985, la technique de greffe de
conjonctif « enfoui » pour recouvrir les récessions (LANGER et LANGER, 1985).

Il s’agit en faite d’un lambeau d’épaisseur partielle déplacé coronairement, sous lequel
est glissé un greffon de conjonctif, la technique ayant initialement été proposée en 1982 dans
une publication dédiée à la chirurgie pré prothétique (LANGER et CALAGNA, 1982).
Depuis différentes méthodes ont été proposées.

Toutes les techniques que nous décrirons débutent par la préparation du lit receveur et se
poursuivent par le prélèvement du greffon conjonctif. Celui-ci peut être prélevé au palais le
plus souvent, au niveau des tubérosités et des crêtes édentées (EDEL, 1974). Trois grandes
méthodes de prélèvement ont été décrites au cours du temps : la technique de la trappe
(EDEL, 1974), la technique des incisions parallèles (LANGER et LANGER, 1985) et la
technique modifiée de Bruno (1994). Les modifications ainsi apportées cherchant toujours à
favoriser la cicatrisation au niveau du site donneur, à limiter les douleurs post opératoires et à
faciliter le prélèvement pour l’opérateur.

Figure : Prélèvement du greffon palatin

 Technique chirurgicale :

La technique princeps est détaillée en 1985 par Langer et Langer.

Pour préparer le lit receveur, on réalise une incision intrasulculaire autour de la récession
se poursuivant par des incisions horizontales de part et d’autre de la jonction amélo-
cémentaire. Celles-ci respectent le système d’attache des dents voisines et laissent les papilles
intactes. Pour terminer la réalisation du lambeau, deux incisions de décharge verticales sont
tracées au-delà de la ligne muco-gingivale, le lambeau est disséqué en épaisseur partielle.

Le lit devra avoir une base pédiculée large et dépasser apicalement de 3 mm la récession
afin d’obtenir le meilleur apport vasculaire qui soit.

Le greffon est immobilisé puis suturé au tissu conjonctif sous-jacent à l’aide de fil
résorbable. Puis on vient replacer et suturer le lambeau dans sa position initiale.
Figure : Greffe de conjonctif selon la technique de Langer, (de gauche à droite) : tracé
d'incision du lambeau muco-gingival, adaptation du greffon conjonctif sur le site
receveur, suture du lambeau repositionné in situ.

 Avantages :

Le greffon est ici protégé entre deux plans nourriciers : il se trouve vascularisé sur sa
face interne par le site conjonctive-périosté et sur sa face externe par le lambeau qui le
recouvre. Les chances de survie du greffon sont donc multipliées.

D’autre part, le rendu esthétique est également très appréciable puisque le lambeau vient
recouvrir une grande partie du greffon.

Cette nouvelle technique fait à présent toute la différence puisqu’elle combine l’apport
tissulaire de la greffe libre nécessaire pour renforcer la qualité des tissus, aux avantages
vasculaires et esthétiques d’un lambeau.

 Inconvénients :

Cette méthode présente néanmoins quelques inconvénients puisqu’elle nécessite deux


sites distincts. Un site receveur et un site donneur situé au palais le plus souvent. Des
douleurs post opératoires sont souvent rencontrées à ce niveau, celles-ci variant selon le mode
de prélèvement employé.

Une certaine expérience de la part du praticien sera nécessaire, l’excision du greffon


demandant une certaine dextérité et pouvant ajouter quelques difficultés techniques. Il devra
réaliser des incisions profondes pour réaliser le prélèvement, tout en veillant au risque
hémorragique bien présent dans cette zone avec l’artère grande palatine.

Au départ, le lambeau est simplement repositionné in situ, ainsi la partie du greffon


située sur la surface radiculaire à recouvrir reste exposée. A cet endroit, le greffon n’est donc
ni vascularisé par le lit receveur, ni par le lambeau : il existe donc un risque de nécrose au
niveau de cette portion qui nous importe finalement le plus.

1.7.3. La greffe de conjonctif enfoui associé à un LPC :

Dans une des premières variantes de la technique de Langer et Langer, certains auteurs
proposent en 1987 de recouvrir totalement le greffon pour aboutir à un risque minimum de
nécrose et à un fondu esthétique optimal.

Afin d’obtenir l’enfouissement total du greffon on associe donc cette greffe conjonctive à
un lambeau positionné coronairement.

 Technique chirurgicale:

Figure : Greffe de conjonctif associée à un LPC (de gauche à droite) : Incisions,


suture du greffon, traction coronaire du lambeau

La technique chirurgicale est donc la même que précédemment, la différence se faisant


lors de la dissection du lambeau, il faudra veiller à bien le libérer pour qu’il obtienne
suffisamment de souplesse pour être tracté jusqu’à la jonction amélo-cémentaire et recouvrir
complètement le volume occupé par le greffon. Il doit se positionner passivement, sans
tension Les papilles sont désépithélialisées pour recevoir le lambeau de recouvrement et
contribuer à sa revascularisation. Le greffon est uniquement constitué de tissu conjonctif
puisque totalement enfoui.
Figure: Greffe de conjonctif enfoui (de gauche à droite) : Vue Préopératoire avec
récession sur 31 ; réalisation du lambeau, suture du greffon au site receveur ; Traction
coronaire du lambeau pour recouvrir le greffon et sutures ; Vue à 2 mois
postopératoire.

 Avantages :

La couverture complète du greffon conjonctif par le tissu gingival initialement présent


donne un résultat très esthétique. De plus, l’apport vasculaire se fait en tout point du greffon,
puisque celui-ci est totalement enfoui. Le risque de nécrose est limité.

Cette technique permet de traiter les cas de récessions multiples.

 Inconvénients :

L’enfouissement complet du greffon grâce au LPC est préféré lorsque du tissu kératinisé
persiste sous la récession (Classe I de Miller).

Cette technique nécessite toujours deux sites d’interventions, pouvant entraîner des
suites post opératoires douloureuses. Le prélèvement du greffon est délicat.

Il faudra veiller aux tractions des brides musculaires qui peuvent être dans certains cas,
une contre-indication au LPC si celles-ci s’avèrent trop importantes. En effet, les tensions
musculaires peuvent empêcher la traction en sens inverse du lambeau ou faire réapparaître la
récession.
1.7.4. La greffe de conjonctif enfoui associé à un LPL :

En 1987, Nelson propose de recouvrir le greffon de conjonctif par un lambeau positionné


latéralement. Son avantage par rapport au lambeau positionné latéralement seul, repose sur le
fait que la récession est recouverte par deux couches tissulaires : le greffon conjonctif et le
greffon pédiculé déplacé latéralement. Il parle de technique bilaminaire en référence à cette
double couche de tissu greffé (NELSON, 1987).

 Technique chirurgicale :

Figure : Greffe de conjonctif associée à une double papille (de gauche à droite) :
incisions, suture du greffon, traction mésial et coronaire des deux lambeaux papillaires

Nelson utilise en fait un lambeau bipapillaire de préférence sur une récession isolée et un
lambeau multi-papillaire sur des récessions multiples. Il réalise donc les incisions
conventionnelles que nous avons décrites précédemment et soulève les deux petits lambeaux
papillaires en épaisseur totale. Plus tard, Harris propose de soulever les lambeaux en
épaisseur partielle, il réduit ainsi l’exposition de l’os (HARRIS, 1992). Les deux papilles sont
suturées entre elles. On vient placer le greffon uniquement constitué des tissus conjonctifs sur
la récession et on le suture sur les berges latérales à l’aide de fils résorbables. Le lambeau
bipapillaire est tracté jusqu’à la ligne amélo-cémentaire et suturé ainsi.
Figure : de gauche à droite : Tracé d’incisions ; suture du lambeau bipapillaire mise en
place du greffon de conjonctif

Figure 36 : de gauche à droite : traction coronaire du lambeau bipapillaire et sutures ;


vue post opératoire

 Avantages :

Les avantages sont les mêmes que pour une greffe de conjonctif associé à un LPC.
L’apport tissulaire de conjonctif permet d’augmenter la hauteur et l’épaisseur du tissu
kératinisé, tandis que le lambeau qui vient recouvrir le greffon permet de conserver un
résultat très esthétique. La double vascularisation est assurée, garantissant d’importantes
chances de survie à la greffe.

Le LPL permet, quant à lui, de contourner l’absence de gencive kératinisée apicalement


à la récession ; En utilisant le tissu kératinisé disponible latéralement, on peut recouvrir le
greffon avec de la gencive attachée.

 Inconvénients
Le lambeau lorsqu’il est déplacé latéralement, laisse une partie d’os exposée pouvant faire
suite à des douleurs sur le site receveur, en plus des douleurs pouvant survenir au niveau du
site donneur.

A l’image de la technique de Langer et Langer, une partie du greffon reste exposée. En


effet, celle-ci déborde latéralement et s’étend sur la zone donneuse. Cette zone va par la suite
s’épithélialiser en laissant toutefois une zone de démarcation avec le tissu environnant. Même
si cette technique reste très acceptable esthétiquement, les résultats ne sont en général, pas
aussi remarquables qu’avec une greffe de conjonctif associé à un LPC.

1.7.5. La greffe de conjonctif enfoui par la technique de l’enveloppe :

En 1985, Raetzke introduit l’idée d’améliorer le potentiel vasculaire de cicatrisation en


proposant la technique de l’enveloppe. Il s’agit en faite, comme pour toutes les techniques
décrites précédemment, d’interposer un greffon de conjonctif entre la surface radiculaire
dénudée et un lambeau épithélio-conjonctif. La différence se faisant lors de la réalisation du
lambeau, puisque effectuée sans incisions verticales.

 Technique opératoire:

Figure : Technique de l’enveloppe : Incision séculaire en épaisseur partielle, mise en


place du greffon dans l'enveloppe, sutures.

On réalise une incision intra-sulculaire suivant le contour de la récession. A partir de


celle-ci, une dissection est réalisée en épaisseur partielle et limitée à la ligne muco-gingivale.
Pour ce faire, la lame doit être orientée vers la table osseuse afin de ne pas perforer le
lambeau. On crée ainsi une véritable enveloppe sous la zone dénudée ou l’on pourra ensuite
venir glisser le greffon et le suturer en place.
Figure : Technique de l'enveloppe unitaire : de gauche à droite : vue préopératoire ;
greffon en place ; vue à 8 jours post opératoire

 Avantages :

L’apport de tissu conjonctif permet, là encore, d’améliorer la qualité des tissus.


L’avantage de cette technique est sans aucun doute l’absence d’incisions de décharges au
niveau du site receveur. Dans la technique princeps les papilles interdentaires ne sont pas
libérées et apportent la vascularisation nécessaire au greffon en plus de celle offerte par la
base de l’enveloppe et de la face interne du lambeau.

Les sutures sont moins nombreuses offrant un résultat encore plus esthétique et sans
cicatrice normalement visible avec des incisions de décharge (MATTOUT et MATTOUT,
2008).

La greffe est réalisée de manière la plus atraumatique possible, laissant peu de douleur
post opératoire. On pourra appliquer cette technique à la récession de classe I et II de Miller.

 Inconvénients :

L’absence d’incision de décharge rend la dissection du lambeau en épaisseur partielle


délicate et augmente les risques de déchirer le lambeau (MATTOUT et MATTOUT, 2008).

De plus, cette technique ne nous permet pas de tracter le lambeau dans le but de
recouvrir le greffon. Une partie reste donc exposée et s’épithélialisera par la suite, pouvant
cicatriser de façon moins esthétique.

Cette technique ne permet pas de traiter les récessions multiples.

Plus tard, certains auteurs ont proposés une technique modifiée de l’enveloppe dans
laquelle les papilles interproximales sont libérées afin de pouvoir glisser le greffon sur
plusieurs lésions dans le cas de récessions contiguës.
1.7.6. La tunnelisation :

En 1994, Allen reprend la technique de l’enveloppe et y apporte quelques modifications


dans le but de la rendre applicable aux récessions multiples sans libérer les papilles cette fois.

 Technique chirurgicale :

On réalise un lambeau muqueux supra-périosté, à l’aide d’incisions intra-sulculaires


suivant le contour de chaque récessions. On crée ainsi de multiples « enveloppes »
apicalement aux différentes zones d’expositions radiculaires sans toutefois libérer les
papilles. Afin de relier toutes ces poches entre elles, on réalise un tunnel muco-gingival en
réalisant des fenêtres latérales passant sous les papilles interdentaires. Le greffon de
conjonctif est ensuite glissé sous ce tunnel et suturé une fois en place.

Figure : Technique de la tunnelisation : Vue clinique initiale ; vue clinique de la


tunnelisation ; mise en place du greffon ; vue à 4 mois postopératoire

 Avantages :

Cette technique présente les mêmes avantages que celles de l’enveloppe mais se trouve
améliorée car elle permet de traiter les cas de récessions multiples tout en conservant l’apport
vasculaire provenant des papilles. L’apport nourricier obtenu en direction coronaire grâce à
leur préservation permet une revascularisation rapide du greffon et accélère le processus de
cicatrisation. Le plus gros avantage résidant toujours dans l’absence d’incisions de décharges
permettant d’obtenir un environnement vasculaire très favorable ainsi qu’un très bon rendu
esthétique.

 Inconvénients :

Comme pour la technique de Raetzke, le plus gros inconvénient de cette technique se


trouve dans sa difficulté de réalisation. En effet, la réalisation du tunnel est faite à l’aveugle et
demande une dissection en épaisseur partielle sur un seul et même plan. Le risque de
perforation du lambeau est grand et la mise en place du greffon délicate.

Cette technique nécessite toujours deux sites opératoires distincts pouvant entrainer des
douleurs postopératoires importantes.

Cette technique ne permet pas de tracter le lambeau afin de recouvrir le greffon, celui-ci
reste donc partiellement exposée au niveau des récessions et présente un risque de nécrose.
Là encore la technique a été modifiée par la suite, afin de pouvoir tracter le lambeau et
recouvrir entièrement le greffon.

1.8. La régénération tissulaire guidée (RTG) :

La greffe de conjonctif enfoui ayant donnée grande satisfaction clinique grâce à cette
innovation de double vascularisation, sa difficulté de réalisation et la nécessité d’intervenir
sur deux sites opératoires distincts amènent certains auteurs à réfléchir à d’autres solutions de
remplacement (ROAMAGNA-GENON et GENON, 2002).

Le concept de régénération tissulaire guidée proposé par Nyman en 1982 est fondé sur la
génération du complexe parodontal ad integrum (NYMAN et Coll., 1982). Celui-ci connaît
un engouement général dans les années 90, et Gottlow est le premier à démontrer son
application possible pour le traitement des récessions gingivales sur le singe.

La RTG réside en faite sur un principe de recolonisation sélective de la surface dentaire


(CATON et Coll., 1987). Il a été démontré que les cellules parodontales, suivant leur nature,
présentent des comportements différents lors du processus de cicatrisation. Les cellules
épithéliales puis conjonctives, sont les premières à venir coloniser le site et gênent l’arrivée
des cellules desmodontales et osseuses, véritables actrices de la régénération du système
d’attache (GREENSTEIN et CATON, 1993). C’est ainsi que jusqu’alors, les techniques de
lambeau pédiculé et de greffe gingivale permettaient de recouvrir les récessions mais la
cicatrisation des tissus ne pouvait laisser place qu’à la formation d’un épithélium de jonction
long apposé le long de la racine dentaire (MAGNUSSON et Coll., 2006).

Gottlow et son équipe ont démontré qu’en interposant une « barrière » physique entre le
tissu gingival épithélio-conjonctif et la surface radiculaire, les cellules issues du desmodonte
seraient ainsi en mesure d’intervenir et permettraient alors la régénération du système
d’attache (GOTTLOW and Coll., 1986).

Figure : Régénération tissulaire guidée : interposition d'une barrière entre le tissu


gingival et la surface radiculaire.

Cette barrière microporeuse est constituée par une membrane qui doit :

 Être occlusive aux cellules épithéliales et conjonctives tout en restant perméable aux
fluides.

 Maintenir un espace entre la surface radiculaire et le lambeau pour la formation d’un caillot
et permettre une régénération.

Les premières barrières épithélio-conjonctives utilisées sont des membranes non


résorbables. Tinti et ses collaborateurs sont les premiers à les utiliser chez l’homme en 1992.
Ils démontrent une réduction de la récession et un gain d’attache (TINTI and Coll., 1992).
Mais l’utilisation de matériaux non résorbables rend finalement le traitement chirurgical
presque aussi lourd que celui de la greffe de conjonctif enfoui car une deuxième intervention
pour déposer la membrane est toujours nécessaire 4 à 6 semaines après l’intervention.

Pour contourner ce problème, Pitaru et son équipe expérimentent sur un chien, le


principe de RTG avec une membrane de collagène. L’intérêt résidant dans la suppression de
l’étape de dépose de la membrane puisque celle-ci est dégradée par les tissus au cours du
processus de cicatrisation (PITARU and Coll., 1989). Le matériau donne également de bons
résultats et par la suite de nombreuses études confirment le potentiel de régénération obtenu
avec ce type de membrane. Divers protocoles opératoires ont été proposés au fil des années,
mais la plus acceptée reste celle présentée par Pini Patro et ses collaborateurs en 1992.

 Technique opératoire:

Figure 41 : Régénération tissulaire guidée à l'aide d'une membrane non résorbable

On réalise une incision intra-sulculaire au niveau de la dent présentant la récession puis


deux incisions de décharges obliques sont tracées jusqu’à la ligne muco gingivale. Une
dissection en épaisseur totale est réalisée et se poursuit en épaisseur partielle au-delà de la
ligne muco-gingivale. On obtient un rabat de forme trapézoïdale avec une large base
pédiculée apportant la vascularisation nécessaire et permettant la traction du lambeau.

Une membrane est appliquée au niveau de la jonction amélo-cémentaire coronairement et


recouvre 2 mm d’os crestal vestibulaire. Puis le lambeau est tracté coronairement et suturé
ainsi afin de recouvrir entièrement la membrane.
Figure : Régénération tissulaire guidée (de gauche à droite) : Vue préopératoire ; levée
du lambeau et mise en place de la membrane résorbable ; traction coronaire du
lambeau et sutures ; vue post opératoire à 6 mois.

 Avantages:

Cette technique est préférentiellement utilisée pour les dents maxillaires dont le vestibule
est favorable au déplacement coronaire du lambeau. Celui-ci nous permettra d’ailleurs
d’obtenir un résultat tout à fait esthétique.

Pini Prato et son équipe ont démontré dans une étude en 1992, que cette technique
procure un plus grand recouvrement radiculaire en cas de récession profonde qu’avec une
chirurgie muco-gingivale classique. En effet, lorsque la perte d’attache était supérieure à
5mm, la RTG offrait un recouvrement de la récession plus élevé (PINI PRATO, 1992).

L’utilisation de membrane résorbable rend la technique chirurgicale plus confortable


pour le patient et ne nécessite qu’un seul site d’intervention (LAURELL et GOTTLOW,
1998). On pourra également traiter les cas de récessions multiples.

 Inconvénients :

Nous l’avons vu, l’inconvénient majeur de cette technique réside dans la nécessité
d’intervenir une deuxième fois pour déposer la membrane si celle-ci est non résorbable.
Certains cas rapportent même une perte du tissu régénéré lors de cette dépose.

La mise sur le marché de membrane résorbable a donc permis d’éliminer cette deuxième
étape, mais leur coût très élevé limite tout de même leur utilisation.
Il existe également des risques d’exposition des membranes qui constituent une porte
d’entrée aux bactéries et peuvent être source d’infection (DANESH-MEYER et WIKESJO,
2001).

Certaines études ne révèlent finalement qu’une régénération parodontale partielle.

Tableau récapitulative des différentes techniques chirurgicales :

Technique Avantages Inconvénients



  Ne nécessite qu’un seul site
opératoire.
Lambeau   La base du lambeau permet une
positionné vascularisation continue.  Nécessite un biotype parodontal
coronairement   Les complications post opératoires épais, et un vestibule suffisamment
LPC sont minimes et la cicatrisation profond.
optimale.
  Peut être réalisé pour une ou
plusieurs récessions.
Les
Techniques
De Lambeau  Certaines conditions anatomiques
sont requises :
Lambeau  Bonne cicatrisation - gencive kératinisée suffisante
positionné  Les suites opératoires sont minimes latéralement à la lésion.
latéralement LPL
 Ne nécessite donc qu’un seul site - tissu osseux épais
opératoire. -Le vestibule devra être profonde
 L’esthétique est assurée Ne peut pas être réalisée pour des
récessions multiples
 Rendu esthétique est très  Nécessite des papilles adjacentes
appréciable à la lésion intactes et suffisamment
 Assure une vascularisation épaisses
continue.  Ne pourra recouvrir qu’une seule
 Permet d’éviter le dommage des récession à la fois.
structures adjacentes  Points de suture sur la zone
avasculaire

Technique Avantages Inconvénients

 Rarement utiliser dans les secteurs


 La source de gencive n’est pas antérieurs, confèrent souvent un
impérativement à proximité de la aspect disgracieux.
Greffe zone à traiter.  Nécessite deux sites d’intervention,
épithélio-  Les qualités du tissu palatin rendant les suites opératoires
conjonctive GEC permettent la création d’un douloureuses.
excellent bandeau de gencive  Risques de nécrose de la greffe sont
attaché non négligeables.

 Les chances de survie du greffon  Nécessite deux sites distincts.


sont multipliées.  Des douleurs post opératoires sont
La greffe de  Le greffon est protégé entre deux souvent rencontrées
conjonctif enfoui plans nourriciers.  Une certaine expérience de la part
(SCTG)  Le rendu esthétique est très du praticien sera nécessaire.
appréciable il existe donc un risque de nécrose
 Couverture complète du greffon  Préféré lorsque du tissu kératinisé
conjonctif par le tissu gingival persiste sous la récession (Classe I de
Greffes donne un résultat très esthétique. Miller).
gingivales
La greffe de  L’apport vasculaire se fait en tout  Nécessite toujours deux sites
conjonctif enfoui point du greffon, d’interventions.
associé à un LPC  Le risque de nécrose est limité.  Des suites post opératoires
Permet de traiter les cas de douloureuses
récessions multiples.  Tractions des brides musculaires
peuvent être dans certains cas une
contre-indication.

 Les mêmes que pour une greffe de  Laisse une partie d’os exposée :
La greffe de conjonctif associé à un LPC. Faire suite à des douleurs sur le site
conjonctif enfoui + Le LPL permet, quant à lui, de receveur + des douleurs au niveau du
associé à un LPL contourner l’absence de gencive site donneur.
kératinisée apicalement à la
récession.

 La dissection du lambeau en
épaisseur partielle délicate, et
 L’absence d’incisions de augmente les risques de déchirer le
La greffe de décharges au niveau du site Lambeau.
conjonctif enfoui receveur.  Ne nous permet pas de tracter le
par la technique de  Les sutures sont moins lambeau dans le but de recouvrir le
l’enveloppe nombreuses offrant un résultat griffon
encore plus esthétique.  Pouvant cicatriser de façon moins
 Atraumatique laissant peu de esthétique.
douleur post opératoire.  Ne permet pas de traiter les
récessions multiples.

Techniques Avantages Inconvénients


Les mêmes avantages que celles  Difficile a réaliser.
de l’enveloppe.  Le risque de perforation du lambeau
+ Permet de traiter les cas de est grand
récessions multiples.  La mise en place du greffon délicate.
La Tunnelisation Absence d’incisions de décharges  Nécessite toujours deux sites
permettant d’obtenir un opératoires distincts.
environnement vasculaire très  Entraine des douleurs
favorable. postopératoires importantes.
 L’inconvénient majeur de cette
 Un résultat tout à fait esthétique. technique réside dans la nécessité
La régénération
 Procure un plus grand d’intervenir une deuxième fois pour
tissulaire guidée recouvrement radiculaire en cas de déposer la membrane
(RTG)
récession profonde  Risques d’exposition des
 L’utilisation de membrane membranes qui constituent une porte
résorbable rend la technique d’entrée aux bactéries et peuvent
chirurgicale plus confortable être source d’infection
 Certaines études ne révèlent
finalement qu’une régénération
parodontale partielle.

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