Bulletin Orthodoxe d'Octobre 2012
Bulletin Orthodoxe d'Octobre 2012
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Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S. B.
454
1 Mgr. Nicolas archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce
NOUVELLES
TABLE DE MATIERE
Ce bulletin est un peu maigre mais L’ENTRÉE DE LA MÈRE DE DIEU AU
faute d’aide et de temps, je le publie TEMPLE
quand même.
LA MISSION AU TOGO
Plaise à Dieu, je ferai ces jours-ci une
tournée en France et en Suisse pour LA RESSEMBLANCE SUR L’ICONE
ensuite revenir en Grèce. LE 25 DECEMBRE DE L'AN 1, JESUS
J’attends toujours les clergés d’Afrique NAQUIT À BETHLEEM
mais l’obtention de leurs visas ne se fait
SAINT SPYRIDON, EVEQUE DE
pas sans difficulté. Un ermitage — plaise
à Dieu — futur monastère se construit TRIMYTHONTE
au Cameroun pour un nouveau moine, DIEU AVEC NOUS
et il se peut que je doive donc y aller. TOMOS INEDÎT DE 1180 CONTRE
En Grèce je vis dans mon petit
MAHOMET
monastère en peignant des fresques.
Heureusement les fidèles font des SCIEMMENT J’ATTENDS LE SEIGNEUR
commandes et ainsi je peux gagner un LA GÉNÉALOGIE D’ADAM AU DÉLUGE
peu d’argent pour l’Afrique.
Il y a eu les sacres des trois évêques
depuis le dernier bulletin : Antony de
New York, Eustache de Patras et
Stephan de Vresthène. Espérons qu’ils Le dénominateur commun pour toutes les
aideront à relancer le Synode qui stagne
un peu ! hérésies : l’Antichrist, et son précurseur :
l’oecuménisme.
Vôtre en Christ,
archimandrite Cassien
Archimandrite Cassien
, [Link]
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L’ENTRÉE DE LA MÈRE DE DIEU AU TEMPLE
SAINT TIKHON DE ZADONSK
D’après les écrits des Saints Pères et des auteurs dignes de foi
Lorsque la toute-pure et toute-bénie Vierge Marie et Mère de Dieu atteignit l’âge de trois ans, ses parents,
les justes Joachim et Anne, se souvinrent que du temps de leur stérilité, ils avaient promis à Dieu de Lui
consacrer l’enfant qui allait naître. Ils décidèrent donc de réaliser leur promesse et invitèrent tous leurs
parents dans leur demeure de Nazareth. Et c’est ainsi que se rassemblèrent les membres de la race royale de
Joachim et ceux de la lignée sacerdotale d’Anne, accompagnés d’un choeur de jeunes filles réuni pour
l’occasion. On prépara des cierges en grand nombre et la toute-pure Vierge Marie fut revêtue d’ornements
royaux.
Mandez les pures jeunes filles juives, avec des cierges allumés (Ps 65,13&19) dit Joachim par la bouche de
saint Jacques, le premier archevêque de Jérusalem. Et, saint Germain, Patriarche de Constantinople,
d’ajouter au nom de sainte Anne : je m’acquitterai envers Toi des voeux que ma bouche a prononcé dans ma
tribulation et pour cela, voici que je rassemblerai un choeur de jeunes filles avec des cierges, que j’appellerai
les prêtres et que je réunirai mes parents, disant : réjouissez-vous tous avec moi, car aujourd’hui, je me
réalise comme mère en conduisant ma fille, non pas à un roi terrestre mais à Dieu Lui-même, le Roi céleste,
pour la Lui offrir !
Il convenait de surcroît, comme le fait remarquer saint Théophylacte de Bulgarie, que la divine enfant fît
au temple une entrée digne de sa condition. Il fallait qu’une perle si pure et si limpide fût présentée dans un
autre écrin que des haillons de pauvre. Il advint donc qu’elle fut parée d’habits royaux, qui vinrent encore
rehausser sa gloire et sa beauté.
Tout ayant été organisé pour une entrée au temple toute de gloire et d’honneur, le cortège se mit en
marche pour les trois jours de voyage qui devaient le conduire de Nazareth à Jérusalem.
Parvenu à Jérusalem, il pénétra solennellement dans le temple, avec en son sein le Temple vivant de Dieu,
la toute-pure Vierge Marie. En tête se tenait le choeur des jeunes filles aux cierges allumés, comme dit saint
Taraise, archevêque de Jérusalem, à qui sainte Anne adressa ces mots : allez en tête, vierges porteuses de
cierges et précédez-nous, la jeune enfant divine et moi ! Et voici que les saints parents conduisirent avec
douceur et dignité la fille que Dieu leur avait accordée, la tenant chacun par une main. La multitude des
parents, des voisins et des connaissances suivait avec allégresse, portant aussi des cierges et entourant la
Vierge toute-sainte comme les étoiles du ciel entourent la lune lumineuse. Quel étonnement dans
Jérusalem !
Mais citons de nouveau saint Théophylacte : la fille oublie la maison de son père quand elle est conduite
au Roi qui désire sa perfection. On la mène au temple, non sans honneur et sans gloire, mais au sein d’un
cortège lumineux. Elle quitte glorieusement la maison paternelle, sous les applaudissements des parents, des
voisins et de tous ceux qui lui sont unis par les liens de l’amour. Les pères se réjouissent avec Joachim et les
mères avec Anne. Le cortège des vierges porteuses de cierges précède la jeune et rayonnante enfant, comme
le cercle des étoiles précède la lune. Et tout Jérusalem accourt pour voir cette enfant de trois ans entourée
d’une telle gloire et de tant de cierges. Non seulement les citoyens de la Jérusalem terrestre, mais aussi ceux
de la Jérusalem céleste, c’est-à-dire les saints anges, affluent pour assister à l’entrée au temple de la toute-
glorieuse et toute-pure Vierge Marie. L’Eglise chante d’ailleurs aujourd’hui, à la neuvième ode du canon des
matines : Devant l’entrée au temple de la Vierge, les anges s’émerveillent, étonnés de la voir avancer
jusqu’au Saint des Saints ! Et c’est merveille en effet de voir uni au choeur terrestre des vierges pures celui
des esprits invisibles et incorporels pour participer à l’entrée au sanctuaire de la toute-pure Vierge Marie et
entourer sur l’ordre du Seigneur ce vase élu de Dieu.
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Ecoutons saint Georges de Nicomédie : alors même que ses parents conduisaient la Vierge vers les portes
de Temple, les anges l’entouraient et les puissances célestes se réjouissaient. Sans être en mesure de
comprendre la force de ce mystère, les anges servirent cette entrée au temple comme de bons serviteurs
obéissant aux ordres du Seigneur. Ils s’étonnèrent de voir en cette enfant le vase immaculé des vertus,
marqué du sceau de l’éternelle pureté, portant une chair que nulle souillure n’allait atteindre. Ils
accomplirent la volonté du Seigneur, exerçant leur diaconie. L’enfant toute-pure fut ainsi dignement
conduite au temple du Seigneur, dans l’honneur et dans la gloire, par les hommes et par les anges. Au temps
jadis, l’arche d’alliance de l’Ancien Testament, qui contenait la manne, fut conduite dans le temple du
Seigneur en toute solennité, devant tout Israël rassemblé. Ce n’était là qu’une préfiguration de l’Arche
Vivante, la toute-sainte Vierge, qui devait porter en elle la Manne véritable, c’est-à-dire le Christ. On
comprend pourquoi il fallait pour le moins la participation des hommes et des anges pour la fête
d’aujourd’hui, qui glorifie la Vierge toute-bénie appelée à devenir la Mère de Dieu.
Quand autrefois, on mena l’arche d’alliance dans le temple du Seigneur, c’est David, le roi terrestre qui
régnait alors sur Israël, qui conduisait le cortège. Mais aujourd’hui, ce n’est plus un roi terrestre qui mène au
temple l’Arche vivante, la Vierge immaculée, mais le roi des cieux Lui-même, que nous invoquons chaque
jour en disant : «Roi céleste, Consolateur, Esprit de Vérité !» Et la sainte Église témoigne bien que ce Roi fut
le Chef de cette fille de roi quand elle chante : «Sainte et immaculée, elle est introduite en l’Esprit saint dans
le Saint des Saints».
David voulut jadis qu’on introduisît l’arche au son des hymnes et des instruments innombrables. Les
lévites durent pour ce faire préparer les chants, les cithares, les harpes, les cymbales et les psaltérions et
annoncer les réjouissances. Mais lors de l’entrée au temple de la Vierge immaculée, ce ne furent pas les
chants de la terre et les instruments qui se firent entendre, mais bel et bien les cantiques joyeux des anges
qui servaient invisiblement le mystère. De leurs voix célestes, ils clamaient à l’adresse de la jeune fille les
paroles du kondakion : «Voici qu’elle apporte la grâce de l’Esprit divin, voici le Tabernacle des cieux !» Et
pourtant, l’entrée au temple de la Toute-Pure ne se fit pas sans les voix humaines, comme le rapporte saint
Taraise, puisqu’Anne s’adressa aux jeunes vierges qui ouvraient le cortège : «Chantez-lui des louanges,
chantez-la au son des harpes, acclamez-la de vos chants spirituels, exaltez-la sur la harpe à dix cordes !» Et
l’Eglise de nous rappeler que «Joachim et Anne se réjouissent en esprit avec le choeur des vierges, chantant
le Seigneur et la Mère de Dieu aux accents des psaumes». Le choeur des vierges entonne les psaumes de
David et le canon de la fête lui demande d’ailleurs : «Commencez à chanter, ô vierges, tenant en vos mains
les cierges !»
Comme le rappelle saint Taraise, les saints et justes parents Joachim et Anne avaient eux-mêmes à la
bouche les paroles de leur ancêtre David : «Ecoute, ma fille, regarde et incline l’oreille, oublie ton peuple et
la maison de ton père, alors le Roi désirera ta beauté, car Il est ton Seigneur, et à Lui convient
l’adoration !» (Ps 14,11-12).
Et voici que sortirent à la rencontre de la glorieuse et divine enfant, (selon le récit de Théophylacte), les
prêtres qui servaient le temple, accueillant celle qui devait devenir la Mère du Grand Sacrificateur venu des
cieux. Et sainte Anne dit alors, selon saint Taraise : «Va, ma fille, vers Celui qui t’a donnée à moi ! Va, Arche
de Vie, vers le Maître miséricordieux ! Va, Porte de la Vie, vers le Donateur miséricordieux ! Va, Tabernacle
du Verbe, vers le temple du Seigneur ! Entre dans le temple, toi la joie et l’allégresse du monde !»
Quant à Joachim, il s’adressa à son parent Zacharie, ce grand hiérarque et prophète : «Reçois, ô Zacharie,
ce Tabernacle pur ! Reçois l’Arche sainte et immaculée ! Reçois, ô prophète, l’encensoir de la braise
immatérielle ! Reçois, ô juste, l’encens spirituel !» Et Anne la juste ajouta, d’après le récit de saint Germain :
«Reçois, ô prophète, ma fille accordée par Dieu ! Reçois-la, fais-la entrer en ce lieu choisi par Dieu pour
l’élever au pinacle de la sainteté et n’exige rien d’elle tant que Dieu Lui-même ne l’aura pas appelée à réaliser
son dessein !»
Saint Jérôme fait remarquer qu’on accédait jadis au temple de Salomon par quinze marches. Les prêtres et
les lévites qui se rendaient à leur service y lisaient chacun des quinze psaumes de l’ascension.
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Quand les justes ancêtres du Seigneur Joachim et Anne arrivèrent au temple, ils mirent leur enfant
immaculée sur la première marche et celle-ci gravit promptement tous les degrés jusqu’au dernier, sans
l’aide de personne, fortifiée par l’invisible force de Dieu. Le Seigneur montra en effet sa puissance sur
l’enfant dès son plus jeune âge, laissant ainsi augurer les grâces bien plus grandes qu’Il devait lui prodiguer
quand elle atteindrait l’âge adulte. Tous furent surpris de voir une enfant si jeune gravir aussi vite les
marches et particulièrement le grand prêtre et prophète Zacharie qui, émerveillé, comprit par une révélation
divine ce que l’avenir réservait. Envahi par l’Esprit saint, il s’exclama, selon le récit de saint Taraise : «Ô,
enfant immaculée, vierge sans péché et belle jeune fille ! Tu es l’ornement des femmes et la parure des jeunes
filles ! Tu es bénie parmi les femmes, glorifiée pour ta pureté, marquée du sceau de la virginité ! Tu vas lever
la malédiction qui pèse sur Adam !» Et, s’adressant à sainte Anne, selon le témoignage de saint Germain : «Ô
femme, le fruit de tes entrailles est béni ! Ton sein dépasse tous les autres par l’honneur et par la gloire !
Celle que tu nous as amenée est glorieuse et combien agréable à Dieu !» Ayant prononcé ces paroles, il prit
joyeusement la jeune enfant par la main et la conduisit jusqu’au Saint des Saints en disant : «Viens,
aboutissement de ma prophétie, viens, accomplissement des promesses du Seigneur, viens, sceau de la
Nouvelle Alliance, viens, manifestation du Conseil Divin, viens, accomplissement du mystère, viens, miroir
des prophètes, viens, renouvellement de ce qui est vétuste, viens, lumière de ceux qui sont dans les ténèbres,
viens, don nouveau et divin ! Entre avec joie dans le temple de ton Seigneur ! Tu es à présent terrestre et
accessible aux hommes, mais bientôt tu seras céleste et inaccessible.» La jeune enfant exulta et marcha dans
la maison du Seigneur comme dans un palais. Jeune par l’âge, elle était déjà adulte par la grâce de Dieu, elle
que Dieu avait élue dès la création du monde.
C’est ainsi que la toute-pure et toute-bénie Vierge Marie pénétra dans le temple du Seigneur. A cette
occasion, Zacharie le prêtre fit un acte étrange et jamais vu : il fit pénétrer le jeune enfant dans la partie la
plus secrète du temple, derrière le second voile, dans le Saint des Saints, là où se trouvaient jadis l’arche
d’alliance entièrement recouverte d’or et les chérubins de gloire couvrant de leur ombre le propitiatoire. Là,
aucune femme ne pouvait pénétrer, ni d’ailleurs aucun prêtre, si ce n’est le Grand Prêtre une fois l’an. Et
c’est ce lieu qu’il attribua à la Vierge toute-pure comme lieu de prière, alors que les autres vierges qui
résidaient au temple jusqu’à l’âge adulte ne pouvaient se tenir qu’entre le sanctuaire et l’autel, selon saint
Cyrille d’Alexandrie et saint Grégoire de Nysse, à l’endroit même ou Zacharie fut tué par la suite. Aucune des
vierges ne pouvait approcher l’autel, car les prêtres le leur avaient formellement interdit. Mais la Vierge
toute-pure, au contraire, reçut dès le début l’autorisation de pénétrer derrière le second voile, afin d’y prier à
toute heure. saint Théophylacte rapporte que Zacharie agit ainsi sur un ordre mystérieux de Dieu, alors qu’il
était couvert par l’Esprit saint qui lui fit comprendre que la jeune enfant était le temple de la grâce divine et
par là même bien plus digne que lui de se tenir en permanence devant la Face de Dieu. Se souvenant qu’il
était dit du tabernacle qu’il devait toujours se trouver dans le Saint des Saints, il comprit qu’il n’était qu’une
préfiguration de la jeune enfant. C’est pourquoi, libéré de toute espèce de doute, il osa transgresser la Loi et
faire pénétrer la Vierge dans le Saint des Saints. Il reçut la jeune enfant dans ce lieu que ne pouvait visiter
aucun homme, même prêtre, excepté le grand prêtre une fois l’an, afin que celle qui devait se sanctifier par
sa pureté plus que tout être humain avant même de concevoir le Christ et être affranchie par la présence de
Celui-ci dans son sein du fardeau de la Loi imposé à la nature humaine pécheresse, celle en qui agissait non
pas la Loi mais la perfection de la grâce, n’aie pas à travailler comme les autres vierges puisqu’elle était plus
élevée que les anges.
Saint Jérôme rapporte que Joachim et Anne, les justes parents de la Mère de Dieu, n’offrirent pas
seulement leur fille toute-bénie au Seigneur, mais également des dons, des sacrifices, et des holocaustes. Une
fois bénis par le prêtre et le clergé, ils regagnèrent leur demeure en compagnie de leurs parents et donnèrent
un grand festin qui fut de nouveau l’occasion de se réjouir et de rendre grâce à Dieu.
A son arrivée dans la maison du Seigneur, la Vierge toute-bénie fut logée avec les jeunes filles du temple.
Le temple de Jérusalem avait jadis été édifié par Salomon. Par la suite, après avoir été abandonné, il fut
restauré par Zorobabel qui lui adjoignit de nombreuses et vastes habitations, comme en témoigne l’historien
juif Joseph. Les murs d’enceinte furent renforcés sur toute la périphérie de quatre-vingt-dix très belles vastes
chambres de pierre, construites sur trois niveaux superposés. Tels de grands contreforts extérieurs, leur
hauteur était égale à celle de l’enceinte. Diverses personnes logeaient dans ces chambres, mais
principalement les vierges consacrées pour un temps au service de Dieu. A celles-ci s’ajoutaient dans des
habitats séparés les veuves qui avaient promis à Dieu de rester chastes jusqu’à leur mort, comme Anne la
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prophétesse, fille de Phanuel. On trouvait aussi dans un troisième lieu des hommes appelés Nazaréens, qui
vivaient comme des moines. Toutes ces personnes servaient le Seigneur et tiraient leur subsistance des biens
du temple. Il y avait encore des pièces réservées à l’hébergement des pèlerins qui venaient de loin adorer
Dieu dans le temple de Jérusalem.
Comme il a été dit, la jeune enfant de trois ans fut placée dans la demeure des jeunes filles. Auprès de
celles-ci, elle s’initia dès son plus jeune âge à l’art de l’écriture et des travaux manuels. Ses saints parents lui
rendaient visite et principalement Anne, qui venait voir sa fille toute-bénie et l’enseigner. Selon le
témoignage de saint Ambroise, la jeune enfant apprit à la perfection la langue hébraïque, l’écriture et les
travaux manuels. Saint Epiphane ajoute qu’elle avait l’esprit vif et affectionnait l’étude. A côté de
l’apprentissage des saintes Ecritures, elle s’exerçait à filer la laine, tisser le lin, et coudre la soie. Sa sagesse
étonnait tout le monde. Sa préférence allait vers tout ce qui pouvait être utile aux prêtres dans leur service.
Sa maîtrise du travail manuel lui permit par la suite de se nourrir honnêtement quand elle élevait son Fils et
c’est elle qui Lui confectionna de ses propres mains cette tunique qui n’était pas cousue mais tissée d’une
seule pièce.
Saint Epiphane précise aussi qu’à l’instar des autres vierges, elle recevait du temple sa ration de
nourriture, mais pour la donner aussitôt aux pauvres et aux étrangers. Quant à elle, comme le chante
l’Eglise, elle était nourrie du pain du ciel. Saint Germain précise qu’elle demeurait dans le Saint des Saints et
y était nourrie par l’ange et saint André de Crète ajoute que cette nourriture étonnante était incorruptible.
Bien sûr, la Vierge toute-pure avait une place attribuée dans la demeure des vierges, où elle pouvait
s’exercer au travail manuel, mais dès qu’elle eut un peu grandi, elle s’exerçait davantage à l’art de la prière et
passait des nuits entières et la plus grande partie de ses journées derrière le second voile à prier. Pour son
travail, elle retournait dans sa chambre car il ne convenait pas d’apporter quoi que ce fût dans le Saint des
Saints, ni d’y avoir une autre activité que la prière. Tous les Pères s’accordent à dire que la Vierge toute-pure
vécut jusqu’à l’âge de douze ans dans le Saint des Saints, n’en sortant que fort rarement pour regagner sa
chambre.
Saint Jérôme nous a laissé l’emploi du temps de la Toute-Sainte dans le temple. Depuis le matin jusqu’à la
troisième heure du jour, elle se tenait en prière; entre la troisième heure et la neuvième, elle accomplissait
son travail manuel et s’exerçait à la lecture, puis elle retournait prier jusqu’à ce qu’apparaisse l’ange qui lui
apportait sa nourriture. Et c’est ainsi qu’elle grandissait sans cesse dans l’amour de Dieu. Elle vivait dans la
virginité en compagnie des autres vierges, grandissait et se fortifiait en esprit par son exploit quotidien et
l’intensité de sa prière allait aussi croissant. Sa force augmenta chaque jour, jusqu’à ce que la puissance du
Très-Haut vint la couvrir de won ombre.
Saint Georges de Nicomédie témoigne du fait que Zacharie vit de ses propres yeux l’ange lui apporter sa
nourriture : «De jour en jour, elle croissait en âge et en elle croissaient aussi les dons de l’Esprit waint, tandis
qu’elle demeurait avec les anges, ce que Zacharie savait fort bien. Un jour qu’il servait à l’autel, il vit
quelqu’un converser avec la jeune fille et lui présenter de la nourriture. Son aspect était inhabituel, car il
s’agissait d’un ange. Qu’est-ce que ceci, pensa-t-il ? Quelle est cette silhouette d’ange incorporel qui parle à la
jeune fille et lui présente des mets qui nourrissent la chair ? Lui qui par nature est immatériel porte à la
Vierge un panier matériel. L’apparition d’un ange est un événement rare dans la vie des prêtres, et encore
plus inhabituel dans la vie d’une femme, de surcroît si jeune. Il eût été moins surprenant de voir un ange
apparaître à une femme mariée souffrant de stérilité et priant Dieu pour cela, comme wainte Anne. Mais une
jeune vierge n’a pas ce genre de préoccupation et pourtant je vois bien que l’ange lui apparaît constamment.
Voici que l’étonnement, la peur et le doute m’assaillent. Que signifie tout cela ? Qu’est-ce que l’ange vient
annoncer ? Quelle nourriture apporte-t-il, quelle main l’a préparée, de quel grenier provient ce pain ? Les
anges ne se préoccupent pas souvent de ces nécessités matérielles. Les anges nourrissent, il est vrai, de
nombreuses personnes, amis avec des aliments préparés par des hommes. Jadis un ange servit Daniel. Il
pouvait accomplir les ordres du Très-Haut par sa puissance, mais néanmoins, il utilisa Habacuc et une
corbeille pour ne pas effrayer Daniel par sa présence et par une nourriture inhabituelle (Dan 14,33). Et voici
qu’ici l’ange se présente en personne devant la jeune enfant. Ce mystère me laisse perplexe. Être digne dès sa
plus tendre enfance d’être servie par un incorporel ! Qu’est-ce à dire ? Seraient-ce les prophéties qui se
réalisent en elle, serait-ce la fin de notre attente ? Serait-ce de cette enfant que prendra la nature humaine
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Celui qui doit venir sauver le genre humain ? Ce mystère est annoncé depuis longtemps par les prophètes : le
Verbe chercherait-Il qui pourrait Lui permettre de le réaliser ? Et si ce n’était pas une autre qui avait été
choisie pour réaliser le mystère mais bel et bien celle enfant-là ? Heureux es-tu, peuple d’Israël, puisque c’est
de toi qu’a germé une telle semence ! Heureuse es-tu, lignée de Jessé, puisque c’est de toi que doit pousser le
rejet qui doit offrir au monde la fleur du salut ! Glorieuse est la mémoire de ceux qui ont donné naissance à
celle-ci ! Et comme je suis heureux, moi aussi, qui puis me rassasier d’une telle vision, et parer cette Vierge
pour la préparer à devenir la fiancée du Verbe !»
Et maintenant, citons le bienheureux saint Jérôme : «Chaque jour, les anges la visitaient. Si l’on me
demande comment s’écoulait là-bas la petite enfance de la Vierge toute-pure, je répondrai ceci : Dieu seul le
sait, Lui et l’Archange Gabriel son gardien et tous les autres anges qui venaient souvent près d’elle pour
s’entretenir amicalement avec elle. C’est ainsi que la Vierge toute-pure, qui vivait dans le Saint des Saints,
désirait vivre éternellement dans la pureté angélique et la parfaite virginité».
Selon saint Grégoire de Nysse et saint Jérôme, la Toute-Pure fut la première à consacrer à Dieu sa
virginité. Dans l’Ancienne Alliance en effet, les jeunes filles choisissaient toujours le mariage qui était tenu
en plus haute estime que la virginité. La Toute-Pure fut la première à préférer la virginité au mariage, à se
fiancer à Dieu et à Le servir ainsi jour et nuit.
Par la bienveillance du Père, l’Esprit saint prépara en elle la demeure du Verbe. Que gloire et action de
grâce soient rendues à la Trinité, toute-sainte, éternelle et indivisible, ainsi qu’à notre Souveraine la Mère de
Dieu et toujours-vierge Marie, elle qui est louée et honorée par toutes les nations dans les siècles des siècles !
Amen.
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! PAGE 7
LA MISSION AU TOGO
Du 27 juin au 9 juillet
2012 j’étais au Togo
afin de lancer la
mission togolaise. Tout
c’est très bien passé
là-bas. Nous avons
acheté un terrain dans
la ville de Kpalimé et
commencé la
construction d’une
église. Juste l’autel et
la prothèse sont
construits, ce qui a
permis de célébrer, en
p l e i n a i r, l e 7 e
dimanche de Matthieu,
jour de mon départ, la
divine liturgie et de
communier les
néophytes. Pendant
mon séjour, il y a eu
39 baptêmes dans une
petite rivière.
Maintenant le diacre
Daniel, qui dirige la
mission togolaise, se prépare pour son ordination de prêtre. Voici quelques photos de la
mission. Vôtre archimandrite Cassien
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! PAGE 8
DIEU AVEC NOUS
Dieu S’est fait homme afin de nous sauver. Ce dogme, chaque chrétien le connaît ou
devrait le connaître. Il me semble qu’il y a encore une autre raison pour l’Incarnation de Dieu.
Dieu a pris chair afin que nous puissions communiquer bien plus facilement avec Lui. Il est
devenu palpable, visible, a pris une forme, Lui l'Indescriptible, l’Invisible, l'Insaisissable. Ce
n’est plus Yahvé, le Dieu des Juifs et encore moins Allah, un Dieu distancé et lointain. Le
Christ, en qui habite la plénitude de la Divinité, sait maintenant par expérience ce qui est la
souffrance, la tristesse, la faim et la mort même. Il sait mieux compatir avec nous, pour
m’exprimer d’une façon humaine. Il Se nommait Lui-même «le Fils de l’homme» pour bien
montrer qu’Il est vraiment homme, qu’Il a véritablement pris chair dans le sein de la Vierge
Marie. C’est elle qui a donné la nature humaine et l’Esprit saint la Nature divine – qui font le
Dieu-Homme – pour m’exprimer à mon niveau comme un enfant. Une seule personne en deux
natures, comme disent les Pères.
Un des multiples Noms du Christ est bien Emmanuel, qui veut dire «Dieu avec nous».
L’apôtre Jean dit dans une de ses épîtres : «Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu
de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché» (I Jn 1,1 et 1,3).
Dans les Actes des Apôtres il est écrit également : «car nous ne pouvons pas ne pas parler de
ce que nous avons vu et entendu.» Il s’agit bien sûr du Verbe de Dieu, qui a vécu parmi nous,
qui est devenu un des nôtres, qui S’est abaissé à notre niveau par amour pour nous.
Quand on songe, non d’une manière abstraite, mais au fond de nous-mêmes, au
mystère de l’Incarnation, à Dieu qui est si près de nous, on frissonne. C’est comme lorsque je
pense au dernier Jugement où je devrai rendre compte de mes actes vils, ce ne sera pas
tellement la peur de la punition, mais le Regard du Christ, plein de tendresse et de
compassion, que je ne saurai soutenir et qui me fait venir déjà maintenant les larmes aux
yeux.
C'est ce sentiment qu'a dû avoir aussi le larron sur la croix quand il avait, en face de
lui, le Christ qui donna sa vie pour lui, lui dont la vie n’était tissée que de rapines et de crimes.
Quoi dire encore sur ce grand mystère de l’Incarnation ? C’est l’émerveillement seul qui
peut saisir ce que les paroles ne sauront jamais expliquer entièrement.
Archimandrite Cassien
Les raisonnements de l'homme, dit l'Ecriture, sont timides, et ses pensées incertaines.
(Sag 9,14) Accueillons donc la parole divine avec une humble déférence, sans
dépasser les bornes de notre intelligence, ni rechercher curieusement ce qu'elle ne
saurait atteindre. Mais les ennemis de la vérité ne connaissent point ces règles, et ils
veulent apprécier toutes les oeuvres du Seigneur selon les seules lumières de la
raison. Insensés ! ils oublient que l'esprit de l'homme est trop borné pour sonder ces
mystères. Et pourquoi parler ici des oeuvres de Dieu, quand nous ne pouvons même
comprendre les secrets de la nature et des arts ? car dites-moi comment l'alchimie
transforme les métaux en or, et comment le sable devient un cristal brillant. Vous ne
sauriez me répondre; et lorsque vous ne pouvez expliquer les merveilles que la bonté
divine permet à l'homme d'opérer sous vos yeux, vous présumeriez, ô homme, de
scruter curieusement les ouvrages du Seigneur !
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! PAGE 9
«La Vérité a chancelé dans le monde, le mensonge est devenu la norme et le fondement de la
vie humaine. La parole humaine a perdu tout rapport avec la vérité, avec la Verbe qui était
avant tous les temps, elle a perdu tout droit à la confiance et au respect. Les gens ont eux-
mêmes perdu toute sincérité et confiance réciproque, ils se sont enfoncés dans un abîme
Vérité. Entièrement enlisés dans le mensonge, accablés de mensonge, les gens savaient qu’il
est un lieu inaccessible à ces eaux troubles, qu’il est un autel où la Vérité a établi son règne,
où les mots ne sonnent pas comme de la fausse monnaie, mais comme l’or pur.
N’est-ce pas la raison pour laquelle tant de cœurs, saisis d’un frémissement de foi, se
sont dirigés vers elle, alors qu’ils s’en étaient éloignés par de longues années d’indifférence et
dernier rempart de la Vérité rejetée par le monde, du haut de l’ambon retentissent les mêmes
mensonge a remporté son ultime victoire sur le monde et qu’où brillait pour eux la lumière
infinie, image de la Vérité incarnée, ricane, dans une grimace répugnante, la figure du père
du mensonge ? De deux choses l’une. Ou bien, réellement, l’Église est l’immaculée et la pure
Fiancée du Christ, le Royaume de la Vérité, et alors, la Vérité est l’air sans lequel on ne
peut respirer, ou bien, à l’instar de ce monde qui gît dans le mal, elle vit dans le mensonge
et par le mensonge; alors, tout est mensonge, chaque mot est mensonge, chaque prière,
chaque sacrement»
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! PAGE 10
LA RESSEMBLANCE SUR L’ICÔNE
Sur l’icône byzantine est représentée théologiquement et symboliquement la réalité de
l’au-delà.
La réalité historique du saint ou de l'événement n’est que le point de départ, le support
qui est ensuite transfiguré et qui n’a en lui-même qu’un rôle secondaire à jouer.
C’est la lumière thaborique qui transcende la nature, comme le feu qui rend le fer étincelant.
Les apôtres ont vu sur le mont Thabor le Christ en gloire, comme Motoviloff a
contemplé autrefois saint Séraphin de Sarov ou les moniales saint Nectaire d’Égine et toute la
nature transfigurés.
Ce n’était pas le Christ qui avait changé, ni les saints, mais les yeux de la foi des
apôtres se sont ouverts.
C’est ainsi que l’icône rend présent le monde céleste, autant que cela est possible à
l’art, par les couleurs et les formes, et la grâce fait le reste. L’icône sert de tremplin pour ainsi
dire.
Ce n’est donc pas la nature déchue qui est représentée mais la nature restaurée dans
son innocence, et plus encore – la nature déifiée.
La photo d’un saint ne peut que montrer l’aspect purement extérieur, et tout au plus
suggérer la vie intérieure, tandis que l’icône rend présente cette vie spirituelle qui se dévoile
au croyant et reste cachée à l’homme charnel.
Pour peindre l'icône d'un saint, il est suffisant à l’iconographe de savoir son nom et son
genre (moine,
martyr etc.).
Je viens de
peindre une fresque
de saint Niphon, un
saint local d’Égypte
qui ne se trouve
même pas dans les
synaxaires grecs. Je
savais son nom et
qu’il était évêque de
Constantiane, en
Égypte. À partir de
là, j’ai pu composer
la fresque; n’ayant
pas eu un
prototype, ces
données m’ont
cependant permis
de le faire. L’aspect
«photographique»
aurait pu m’aider
mais d’une manière
p u r e m e n t
secondaire, juste
pour la longueur de
la barbe, car le
visage n’est pas
«portraitique» mais
symbolique, stylisé
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et transfiguré.
Néanmoins, sur les icônes de tel ou tel saint connu, comme saint Nicolas de Myre par
exemple, on reconnaît bien le saint, alors que chaque icône de lui est différente. Sur toutes les
icônes de la Toute-Sainte, le visage n'est pas identique non plus. Cependant on sait que c’est
bien elle qui est présente dans l’icône.
Dans l’autre vie, notre corps ne sera plus comme il est maintenant mais transfiguré.
Nous reconnaîtrons bien pourtant chaque personne avec laquelle nous partagerons
éternellement la félicité céleste. Comment ? Précisément comme sur l’icône; cette fois-ci non
d’une manière symbolique mais d’une manière qui dépasse notre entendement : comme il est
écrit, ce sont «des choses que l’oeil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne
sont point montées au coeur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui
L’aiment.» (I Cor 2,9)
Archimandrite Cassien
En 1995, le savant israélien Shemaryahu Talmon a publié une étude sur le calendrier
liturgique découvert dans la grotte 4 de Qumrân (4Q321). Il y trouva incontestablement
les dates du service au Temple que les prêtres assuraient, à tour de rôle, encore au temps
de la naissance de saint Jean le Précurseur et de Jésus. Selon ce document, copié sur
parchemin entre les années 50 et 25 av. J.-C., donc contemporain d'Élisabeth et de
Zacharie, la famille des Abiyya à laquelle ils appartenaient (Lc 1,5; cf. 1 C 24,10) voyait
son tour revenir deux fois l'an, du 8 au 14 du troisième mois du calendrier essénien, et du
24 au 30 du huitième mois. Cette seconde période tombe vers la fin de notre mois de
septembre, confirmant le bien-fondé de la tradition orthodoxe immémoriale qui fête la
"Conception de Jean" le 23 septembre.
Or ce fut, comme l'écrit saint Luc, le «sixième mois» de la conception de Jean que
l'ange Gabriel apparut à la Vierge Marie. À compter du 23 septembre, le «sixième mois»
tombe très exactement le 25 mars, en la fête de l'Annonciation. Dès lors, Jésus est bien
né le 25 décembre, neuf mois plus tard. Noël n'est donc pas «la consécration religieuse et
cultuelle d'un évènement cosmique, le solstice d'hiver qui marque la régression de la
nuit». Non ! le 25 décembre est l'anniversaire de la naissance du Christ, tout simplement
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Notre saint Père Spyridon vivait dans l'île de Chypre, à l'aurore du quatrième siècle, et exerçait
paisiblement la simple profession de berger. De moeurs rustiques et peu cultivé, il n'avait
pourtant pas son pareil quant à l'amour de son prochain, quant à la douceur, à la délicatesse,
à l'aumône, à l'hospitalité et à la pratique de toutes les vertus. Tel le patriarche Abraham, il
accueillait avec empressement dans sa demeure tout homme qui s'y présentait, et il lui
montrait la même sollicitude que si c'était le Christ Lui-même qui était venu lui rendre visite. Il
n'y avait pas non plus de pauvre ou d'indigent qui ne trouvât chez lui quelque secours.
Spyridon déposait son argent dans un coffre qu'il laissait toujours ouvert, à la disposition de
tous, et jamais il ne se souciait s'il était plein ou vide, ou si ceux qui y avaient puisé étaient
dignes ou indignes de ses bienfaits. Vivant de manière chaste et pieuse dans le mariage, il
obtint de Dieu une fille, Irène; mais, au bout de peu d'années, son épouse décéda. Alors
dégagé des soucis de la chair, Spyridon ne se préoccupa plus que de progresser dans la vertu
et de s'enrichir des dons éternels de la Grâce.
Il acquit ainsi, sans le vouloir, une grande renommée dans l'île et, à la mort de l'évêque de la
petite ville de Trimythonte, près de Salamine, les fidèles le désignèrent unanimement pour
prendre sa place et devenir ainsi le pasteur du troupeau spirituel du Christ. Malgré cette
dignité, l'humble berger n'abandonna rien de son mode de vie : il portait les mêmes pauvres
vêtements, se déplaçait toujours à pied, aidait aux travaux des champs et continuait, comme
auparavant, à garder son troupeau. Une nuit, des maraudeurs pénétrèrent dans sa bergerie
pour dérober des brebis; mais lorsqu'ils voulurent sortir avec leur butin, ils se sentirent
comme liés et cloués sur place par une force invisible. Quand Spyridon les découvrit, au petit
matin, pleins de honte, ils lui confessèrent leur forfait. Pris de compassion, le saint les délivra
de leurs liens invisibles et les exhorta à vivre désormais honnêtement. Mais il ne les laissa pas
partir sans leur faire don de deux moutons, en leur disant avec le sourire que c'était en
compensation de la peine de cette veillée nocturne.
Austère envers lui-même, Spyridon montrait toujours de la compassion pour ses frères et une
grande condescendance à l'égard de leurs faiblesses. Pour soulager quelque voyageur, par
exemple, il n'hésitait pas à rompre le jeûne. Comme le Christ, le bon Pasteur, il était toujours
prêt à donner sa vie pour ses brebis spirituelles afin de les mener paître dans les pâturages de
la grâce. Par sa douceur, son humilité et sa simplicité, il acquit une telle faveur auprès de Dieu
qu'il accomplit d'innombrables miracles pour le salut et la consolation de son Eglise.
Lorsque l'île de Chypre fut affligée d'une terrible sécheresse, laissant présager les affres de la
famine, Saint Spyridon ouvrit les cieux grâce à sa prière, et il obtint de Dieu une pluie
bienfaisante qui allait rendre à la terre sa fécondité. Comme certains riches avaient engrangé
de grandes quantités de grains pour profiter de la pénurie et les revendre à des prix
démesurés, l'ardent évêque fit s'effondrer leurs réserves par sa prière et distribua
équitablement aux habitants les produits de la terre, délivrant ainsi l'île de la disette. Une
autre fois, tel Moïse dans le désert, il changea un serpent en or pour venir en aide à un pauvre
homme. Puis, le secours opéré, il fit revenir la bête à son état normal, afin que la faveur divine
ne devienne pas occasion d'avarice. Toujours prompt à courir au secours des infortunés et
s'étant un jour mis en route pour aller délivrer un condamné à mort, il arrêta le cours d'un
torrent tumultueux, qui lui barrait le passage, et traversa son lit à pied sec.
Vivant dans le Christ par les saintes vertus et le Christ agissant en lui par le saint Esprit,
Spyridon acquit aussi le pouvoir sur la mort elle-même. A la prière d'une pauvre femme
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barbare, il ramena à la vie le cadavre de son enfant qu'elle avait déposé à ses pieds. Quand sa
fille Irène vint à mourir elle aussi, sans avoir eu le temps de révéler à une personne qui lui
avait confié sa fortune l'endroit où elle l'avait cachée, le saint évêque se pencha au-dessus du
tombeau et interrogea la défunte qui répondit aussitôt en indiquant où se trouvait le trésor.
Ayant obtenu un tel miracle de Dieu, Spyridon repoussa pourtant tout souci de consolation
humaine pour lui-même, et il ne demanda pas au Seigneur de ressusciter sa fille bien-aimée.
Sa vertu était si lumineuse qu'elle perçait comme l'éclair le secret des consciences et poussait
les pécheurs à venir confesser leurs fautes et à commencer une vie de repentir. Comme cette
femme qui, à l'exemple de la pécheresse de l'Evangile, se jeta aux pieds de l'homme de Dieu,
qui avait posé sur elle son regard compatissant, et les baigna de ses larmes en confessant ses
péchés. Spyridon se pencha alors pour la relever et lui dit : «Tes péchés te sont
pardonnés» (Luc 7,48), comme si c'était le Sauveur Lui-même qui parlait par sa bouche. Puis
il la renvoya en paix, en se réjouissant comme le bon pasteur qui a retrouvé la brebis égarée
et qui convoque ses amis et voisins en disant : «Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvée
ma brebis qui était perdue» (Luc 15,6).
Ignorant de la science humaine, mais riche des dons de clairvoyance et de prophétie, l'évêque
de Trimythonte avait également une connaissance profonde des saintes Ecritures, grâce à
laquelle il confondit un jour un évêque vaniteux qui voulait faire preuve de son éloquence en
changeant certains mots de l'évangile, trop communs à son goût.
Après la mort de Constantin, son fils Constance, qui avait hérité la partie orientale de l'empire,
montra de la sympathie pour l'arianisme. De séjour à Antioche, il tomba gravement malade et,
malgré les efforts des médecins, on désespérait de le voir survivre. A la suite d'une vision de
l'empereur, saint Spyridon fut convoqué au palais, en compagnie de son disciple saint
Triphyllios (mémoire le 12 juin). A peine parvenu au chevet du souverain, il le guérit de sa
maladie corporelle, en l'engageant à garder la santé de son âme par la fidélité à
l'enseignement orthodoxe et par la miséricorde envers ses sujets. Chargé d'or et de présents,
il s'empressa de distribuer dès son retour toutes ces richesses aux habitants de Chypre.
Détaché des choses de la terre et tout absorbé par l'attente des biens éternels, saint Spyridon
célébrait la sainte Liturgie et les offices de l'Eglise comme s'il se trouvait déjà devant le trône
de Dieu, en compagnie des anges et des saints. Un jour, alors qu'il célébrait dans une église
isolée et négligée par les fidèles, et qu'il se retournait vers le peuple absent en disant : «Paix à
tous! » son disciple entendit les voix d'une foule d'anges répondre : «Et à ton esprit», puis
continuer à accompagner le service divin de leurs célestes mélodies.
A l'issue d'une longue vie, menée avec l'assistance constante du saint Esprit, saint Spyridon
remit paisiblement son âme à Dieu, le 12 décembre 348, à l'âge de 78 ans, après avoir eu le
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temps d'encourager une dernière fois ses proches à suivre le Christ et à se soumettre à son
joug doux et léger.
Son saint corps devint une source inépuisable de miracles et de guérisons pour les fidèles de
Chypre, jusqu'au VIIe siècle, où, sous la menace de l'invasion arabe, on le transféra à
Constantinople, dans une église située près de Sainte-Sophie. Après la prise de la ville par les
Turcs, la précieuse relique fut transportée clandestinement à Corfou (1456), où elle est gardée
depuis, miraculeusement incorrompue. Elle y a accompli tant de miracles pour les particuliers
comme pour l'ensemble de la population – délivrant l'île d'une épidémie de choléra et de
l'invasion étrangère – que saint Spyridon est vénéré comme le premier protecteur de Corfou.
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Les signatures, et au verso : Ma majesté impériale, satisfaite des décisions du divin et
sacré synode sur l'objet du présent tomos et les approuvant, a signé au mois d'avril de
l'indiction 13, de l'année 6688.
Il y avait en lettres rouges : Manuel en Christ Dieu fidèle empereur et autocrator des
Romains Comnène.
Il y avait aussi la signature de chaque évêque ainsi : Un tel, sur tel sujet, a décidé et
signé.
(Catéchèses 15)
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LE SOUS-PRODUIT DU PARADIS
L’attente d’un paradis terrestre caractérise les tendances religieuses et les tendances
politiques, qui en substance, se confondent. Nous les chrétiens «nous n’avons pas ici de cité
permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir» (Heb 13,14)
Le diable n’aime pas que l’on désire la cité future et que l’on œuvre pour elle, mais que
l’on s’installe sur cette terre périssable, comme si nous devions y vivre éternellement, et qu’on
l’améliore, et qu’on la rende le plus possible, permanente et confortable.
Il nous trompe en nous faisant croire qu’un paradis est possible sans la résurrection,
sans le renouvellement de toute chose, sans l’incorruptibilité, en d’autres termes, sans le
Christ ressuscité.
Le paradis que nous avons perdu, nous nous efforçons de le remplacer par la
civilisation. Nous avons abandonné Dieu et sa création pour servir les œuvres de nos mains
auxquelles nous nous sommes asservis pour notre perte. Toute l’activité humaine, tout le sang
et toute la sueur répandus par les hommes ne visent qu’un but : Comment bien s’installer
dans notre prison obscure et sans soleil.
Les hommes n’ont pas cru au Christ, parce qu’Il ne leur a pas apporté des biens
terrestres mais célestes, et qu’il leur a même demandé de renoncer aux biens terrestres et
tangibles, afin d’atteindre les biens céleste et impalpables. Et même ceux qui ont cru
attendent qu’Il leur donne, en échange de leur foi et de leur obéissance, des biens terrestres.
Ils veulent que tout aille bien dans leur vie. Ils veulent la Loi de Dieu observée par tous, afin
que le bonheur temporel règne sur toute la terre. Ils veulent un sous-produit du royaume de
Dieu et non le Royaume lui-même. Tout sous-produit contraint l’homme à la perte de sa
capacité de recevoir et de vivre la chose vraie elle-même. Quand le diable tentait le Christ au
désert, il lui demandait, justement, de donner aux hommes ce bonheur terrestre, sachant très
bien que ce bonheur leur apporterait la mort éternelle. Les hommes utilisent le christianisme
comme un moyen en vue d’un monde meilleur; ils se croient chrétiens et se trompent eux-
mêmes.
Alexandre Kalomiros
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SCIEMMENT J’ATTENDS LE SEIGNEUR
Dans cette pauvre vie on soupire après la tranquillité, mais à peine un peu d'accalmie,
d’autres tempêtes se lèvent. Au début de la vie spirituelle, ce sont nos passions qui nous
tiraillent. Une fois l’impassibilité atteinte, les tracasseries viennent de l’extérieur. Sans aller
aussi loin que de dire avec Sartre : «L’enfer, c'est les autres,» on se dit, comme le Christ :
«Jusques à quand vous supporterai-je ?» (Mc 9,19) et on chante comme le psalmiste : «Si
j’avais les ailes de la colombe, je m’envolerais, et je trouverais le repos; voici, je fuirais bien
loin, j’irais séjourner au désert.» (Ps 55,6-7)
Étant impassibles, à quoi nous servent-elles, ces tracasseries ? À nous maintenir dans
la vertu et à nous orienter vers Dieu, en qui se trouve la seule véritable paix; en d’autres
termes, à ne pas nous permettre de nous bercer dans une fausse tranquillité et à nous
aiguillonner vers Celui qui a dit : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je
vous donnerai du repos.» (Mt 11,28) Si ce n’est pas à cause de nos péchés que nous sommes
accablés, c’est pour le salut du prochain. Portons donc le joug du Christ, et nous trouverons le
repos. Comme dit l’Apôtre : «Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi
la loi de Christ.» (Gal 6,2)
À quoi servent les intempéries ? À faire enraciner solidement et à faire croître l’arbre
afin qu’il porte beaucoup des fruits.
La paix parfaite sera pour l’autre vie. Dans cette vie-ci pourtant nous goûtons déjà les
arrêts, au fur et à mesure que nous avançons dans la vertu. Si nous supportons les épreuves
passagères ici-bas, alors «Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il
n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.» (Apo 21,4)
Tout passe finalement et les épreuves que nous avons supportées autrefois, et que
nous croyons insurmontables, ont finalement trouvé une issue avec l’Aide de Dieu, et nous ont
fait mûrir un peu plus.
Quand nous aurons appris de ne compter que sur Dieu seul et non sur les hommes
versatiles, alors la sérénité descendra en nos coeurs comme une rosée matinale.
L’or passe au feu pour être épuré, non pas une fois seulement, mais sept fois (chiffre
symbolique qui signifie la perfection). De même le Seigneur nous fait passer par des épreuves
afin d’ôter de nous les impuretés et la scorie, de nous rendre pur et précieux comme l’or.
Le diamant brut ne montre sa beauté qu’une fois poli. Dieu, – comme le tailleur de
diamants, – nous polit également et rien ne nous arrive par hasard mais nous sert pour notre
bien.
Pour terminer ces considérations et revenir à ce que j’ai dit au début : Si on s’agite,
se révolte, s’impatiente, le fruit n’arrivera jamais à maturité mais se gâte. Supportées pour le
Seigneur patiemment et avec science, nos peines auront la paix pour fruit.
Archimandrite Cassien
Si Dieu vous a donné cette vie, ce n’est point pour que vous la passiez dans
l’oisiveté, dans la mollesse, à l’abri de toute adversité, mais pour vous conduire à
la gloire par l’épreuve et la souffrance.
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LA GÉNÉALOGIE D’ADAM AU DÉLUGE
Après avoir été chassés du paradis, par suite de leur chute, nos premiers parents, Adam et
Ève, s’unirent et de leur union naquit Caïn. «Adam connut Ève sa femme, qui, ayant conçu,
enfanta Caïn» (Gn 4,1) L’expression biblique : connaître sa femme, me semble une référence
à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’arbre de la connaissance du bien et du mal
semble être le sexe, pensent certains Pères, si j’ai bonne souvenance. Le péché originel serait
donc le péché de la chair, fruit de la désobéissance dont la racine est l’orgueil.
«Ensuite elle enfanta son frère Abel,», que Caïn tua par jalousie. Après la mort d’Abel, Ève
enfanta encore un fils du nom de Seth.
L’Écriture sainte ne donne pas les noms de leurs filles, comme nous voyons aussi pour
Noé au moment du déluge plus loin. (Gn 7,13)
Également lors de la multiplication des pains, l’évangile dit simplement : «Ceux qui
avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants.» (Mt
14,19)
Caïn engendra Énoch dont la descendance fut Gaïdad, Malalehël, Mathusala et Lamech.
De Seth, de son côté, naquit Énos, qui eut pour descendance Caïnan, Malalehel, Jared,
Énoch et Mathusalem. De Mathusalem naquit un autre Énoch et Lamech, le père de Noé. Cet
autre Énoch fut transféré par Dieu dans le paradis et, selon l’Apocalypse, il reviendra avec Élie,
au temps de l’Antichrist, pour témoigner. (cf. chap. 11 de l’Apocalypse).
Abel n'a pas eu des enfants, à ce qu'il paraît.
Caïn le fratricide, Énoch le meurtrier et leur descendance ne furent pas agréables à
Dieu et on les appelait «fils des hommes», c’est à dire des hommes charnels.
Par contre, Seth et sa descendance furent agréables au Seigneur et l’Écriture les
nomme «Fils de Dieu».
Au temps de Noé, ces «fils de Dieu» s’unirent aux «filles des hommes» : «Or, les fils de
Dieu, ayant vu que les filles des hommes étaient belles, prirent pour femmes, parmi toutes,
celles dont ils firent choix.» (Gn 6,2) Leurs choix fut uniquement déterminés par la beauté
charnelle et non par des motifs moraux, religieux ou autre. Cela avait déplu au Seigneur, qui
purifia alors la terre par le déluge.
Revenons un peu en arrière. Ceux qui prétendent que ces «fils de Dieu» étaient des
anges, se trompent selon saint Jean Chrysostome. «Il faut, en effet, discuter avec soin ce
passage, pour détruire les fables que l'on a faites avec irréflexion sur ce sujet. Voici d'abord la
plus audacieuse, dont nous allons vous montrer l'absurdité, en présentant à votre
recueillement le vrai sens de l'Écriture pour ne pas vous laisser ouvrir l'oreille à ceux qui
profèrent de tels blasphèmes et qui osent parler contre eux-mêmes. Ils disent qu'il ne s'agit
pas ici d'hommes, mais d'anges, et que ce sont les anges qu'on appelle fils de Dieu. D'abord
c'est à eux de montrer où les anges sont appelés fils de Dieu, mais jamais ils n'ont pu le
trouver; les hommes ont été appelés fils de Dieu; mais les anges, jamais. … Mais il ne faut pas
consacrer trop de temps à cette discussion; les réflexions que je viens d'offrir à votre charité
suffisent sans doute pour vous prouver qu'une pareille opinion ne se peut
soutenir.» (Explication de la Genèse ch. 22)
Dans le Livre d’Énoch, un livre apocryphe, donc rejeté par l’Église, malgré le fait qu’il
est d’Énoch (le père de Noé, dont nous avons parlé plus haut), mais qui fut falsifié par la suite
par des hérétiques qui y interpolaient leurs hérésies, il est écrit : «Et lorsque les anges, les
enfants des cieux les eurent vues, ils en devinrent amoureux; et ils se dirent les uns aux
autres : choisissons-nous des femmes de la race des hommes, et ayons des enfants avec
elles.» (chap. 7) L’écrit énumère ensuite les noms de ces anges et détaille plein d’autres
extravagances.
Noé, sa femme, ses trois fils : Sem, Cham, Japhet et leurs femmes seuls furent sauvés
à travers le déluge. Par la suite cette purification ne dura pas longtemps mais cela nous
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amènerait trop loin. «Car l'important n'est pas que je vous dise beaucoup de choses, mais que
vous reteniez ce que je vous dis.» Saint Jean Chrysostome (Homélie sur la Genèse 13)
Archimandrite Cassien
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Ils nous disent : «Puisque vous vous prosternez devant la Croix parce que le Christ a
été crucifié sur elle, pourquoi ne vous prosternez-vous pas devant un âne, puisque le Christ
est monté sur l'un d'eux ?»
Ce n'est pas à proprement parler parce que le Christ a été crucifié sur elle que nous
nous prosternons devant la croix. En fait, il y a une coutume qui consiste à porter honneur à la
chose qui a permis de parvenir à ce que l'on désire le plus ; et cette chose doit d'autant plus
être honorée qu'elle est moins remarquable, puisque c'est par elle qu'un gain si important a
été obtenu. On peut tout à fait observer ceci chez les joueurs d'échec. Lorsqu'un joueur va
sacrifier un pion de sorte que par-là même il va pouvoir prendre une pièce importante de son
adversaire et mettre le roi mat, il prend le pion, lui porte un baiser, l'élève devant ses yeux
comme pour lui rendre hommage, puisque c'est par cette pièce qu'il parviendra à la victoire.
Dans le même ordre d'idée, étant donné que c'est par la croix – qui est le déshonneur
suprême – que le Christ nous a sauvé de la mort, nous a délivré de l'esclavage de Satan, et
nous a rétabli dans la félicité du Paradis, nous nous prosternons devant la croix, pour l'honorer
et non pour l'adorer. Par contre, en ce qui concerne l'âne, ce n'est pas par son moyen que
nous avons été sauvés.
Si tu dis que la comparaison ne va pas et qu'il n'y a aucune nécessité d'agir de la sorte,
quand bien même les joueurs d'échec le feraient, laisse-moi attirer ton attention sur l'opposé,
de sorte que tu puisses ainsi comprendre par l'exemple contraire. Chacun ne sait-il pas que
t o u t h o m m e voya n t l ' é p é e ave c
laquelle son père a été tué détruira
cette épée s'il en a la possibilité ? De
même, s'il trouve la coupe avec
laquelle on a donné du poison à son
père pour le tuer, ne va-t-il pas briser
cette coupe s'il le peut ? Et l'on peut
multiplier les exemples. Si tu contestes
ceci, c'est alors le prophète David qui
te blâmera, puisque c'est précisément
pour cette raison qu'il a maudit les
montagnes sur lesquelles le roi Saül fut
tué. S'il en est donc ainsi, la croix, au
moyen de laquelle nous avons obtenu
la délivrance précédemment
mentionnée de la mort et de
l ' e s c l ava g e d e S a t a n e t d e s e s
conséquences, est digne du plus grand
des honneurs, lequel est le
prosternement et l'offrande.
Par ailleurs, c'est uniquement
d e va n t l a c r o i x q u e n o u s n o u s
prosternons, car Satan l'a préparé pour
le Christ, et cherchait par elle, à le
tuer. Mais la sagesse du Christ retourna
la situation à l'opposé des desseins de
Satan de sorte que la puissance de ce
dernier a été anéantie au moyen de la
croix.
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