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Importance de la Décollation du Précurseur

Le bulletin des chrétiens orthodoxes présente des nouvelles et des réflexions spirituelles, notamment sur la Décollation de saint Jean le Précurseur et l'Exaltation de la Croix. Il souligne l'importance de ces fêtes et les leçons de vie qu'elles offrent, en mettant en avant la foi et le sacrifice de saint Jean ainsi que l'histoire de la découverte de la Croix par sainte Hélène. Le texte appelle à suivre l'exemple de ces saints dans la quête de la vérité et de la pureté spirituelle.

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Importance de la Décollation du Précurseur

Le bulletin des chrétiens orthodoxes présente des nouvelles et des réflexions spirituelles, notamment sur la Décollation de saint Jean le Précurseur et l'Exaltation de la Croix. Il souligne l'importance de ces fêtes et les leçons de vie qu'elles offrent, en mettant en avant la foi et le sacrifice de saint Jean ainsi que l'histoire de la découverte de la Croix par sainte Hélène. Le texte appelle à suivre l'exemple de ces saints dans la quête de la vérité et de la pureté spirituelle.

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ORTHODOXIE

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F O YI M A N D
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F 6 R ORT TE CA octobre 2011 N° 136 vco@[Link]
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0 CH O D O S S I E N
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04 6 ÉPHO
8
061 05633 NE
680 6 OU
Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S. B.
454
1 Mgr. Nicolas archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NOUVELLES

TABLE DE MATIÈRE
Plaise à Dieu, je partirai dans LA DÉCOLLATION DU PRÉCURSEUR
deux semaines pour la Grèce. Je
HISTOIRE DE LA FÊTE DE
n’envisage pas d’y rester
L’EXALTATION DE LA VIVIFIANTE CROIX
longtemps, juste pour participer
à une réunion qui concerne la Saint Naoum de Preslav
mission en Afrique. NOTRE DIEU

LA PAUVRE VEUVE
Ici en France tout va bien, il a
commencé enfin à pleuvoir, après Le Starets Joseph d’Optino
une période de sécheresse, et
l’hiver s’approche peu à peu.
Dimanche prochain on sera un
peu plus nombreux pour la divine
Liturgie, car des fidèles de Paris
seront présents.

Vôtre en Christ,
archimandrite Cassien
«Il importe fort peu de
savoir parler de tout;
mais il importe
«On ne parviendra extrêmement de savoir
jamais à acquérir la se bien conduire».
pureté tant qu'on
recherchera les Saint Isidore de Péluse
délices de la table.»

Saint Isidore de
Péluse

, [Link]
! PAGE 2
LA DÉCOLLATION DU PRÉCURSEUR
Malgré la solennité du dimanche, c’est aujourd’hui un jour de jeûne à cause de
l’importance de la fête qui tombe ce même jour : la Décollation de saint Jean le Précurseur.
C’est un jeûne mitigé. Ainsi l’Eglise a mis sous le même dénominateur les deux fêtes – le
dimanche et la Décollation.
Quelle est l’importance de cette fête de la Décollation ? Il y a tant de martyrs qui ont
laissé leur vie pour le Christ mais auxquels on ne donne pas tant d’importance. D’abord, le
Précurseur fut le plus grand parmi les enfants nés de la femme, comme dit l’Ecriture. Ce n’est
que la Toute-Sainte qui le dépasse en sainteté. Ensuite, librement il s’est présenté au martyr.
Il aurait pu l’éviter en étant plus accommodant, plus diplomatique. Il fut la charnière entre
l’Ancien et le Nouveau Testament. A la fois prophète et apôtre, Jean fut déjà sanctifié dans le
sein de sa mère lors de la Visitation. Il a vécu comme moine et il est considéré comme modèle
pour la gente monastique. Toute sa vie il a vécu dans le désert comme ascète, se nourrissant
des sauterelles et du miel des abeilles sauvages. J’ai eu la chance de vivre deux semaines
dans la grotte, à En Karim, où Elisabeth se réfugia avec son enfant. Selon la Tradition, jamais
il n’a péché, même pas en pensée, comme la Mère de Dieu. Voici en très bref, les mérites et
les exploits de saint Jean.
Quelques mots concernant la
Décollation. Pour sa franchise, le saint fut
emprisonné. Comme j’ai déjà dit, Jean aurait
pu se taire concernant la vie dissolue
d’Hérode et garder ainsi les faveurs de celui-
ci. La vérité et les commandements de Dieu
pourtant lui étaient plus chers, et même les
seules valeurs auxquelles il ne sacrifiait rien.
Hérodiade, cette femme dissolue
n’avait que ses ambitions égoïstes en vue
pour lesquelles elle était prête de tout
sacrifier. A l’opposé de saint Jean, elle ne
reculait devant rien pour faire le mal, comme
Jean ne reculait devant rien pour le bien.
Lors de cette anniversaire d’Hérode,
on mangeait et buvait, et comme
généralement au-dessus de la mesure (Jean
de son côté ne buvait jamais de boisson
fermentée), ce qui a entraîné d’autres
maux : la promesse insensée d’Hérode de
donner jusqu’à la moitié de son royaume à
cette fille sensuelle. Pour ne pas renier son
serment, il sacrifia, à regret, la vie du
Précurseur. Ainsi fut enlevé tout obstacle aux
desseins pervers de ces deux femmes
corrompues. Le choix entre le bien et le mal
ne pouvait être plus clair : Jean récoltait pour
toute l’éternité gloire et honneur et les autres
trois, honte et damnation. Pour son renoncement et sa vie agréable à Dieu, Jean a été jugé
digne de festoyer maintenant dans l’autre vie, tandis que cette triade perverse a été punie
pour son festin sacrilège. Que nous faut-il d’autre comme exemple et leçon ?
Que saint Jean nous rende digne de marcher dans ses traces et nous accorde quelques
miettes du festin qu’il célèbre dans l’autre vie avec les anges et ceux qui ont vécu comme lui !
Archimandrite Cassien

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HISTOIRE DE LA FÊTE DE L’EXALTATION


DE LA VIVIFIANTE CROIX

La vénération de la sainte Croix fut introduite au 4ème siècle sous le saint roi
Constantin et sa sainte mère Hélène. Pendant sa vie, par trois fois le roi eut la vision de la
sainte Croix. La première fois, il vit la Croix lors de la guerre contre l’abject Maxence, le roi de
Rome, qui versait beaucoup de sang pour des prédications et qui sacrifiait un grand nombre
d’enfants, de filles et de femmes enceintes afin de rendre propices ses dieux. Maxence menait
une vie sans retenue et tout Rome le détestait.
Quand Constantin avança contre Maxence il mit tout son espoir en Dieu. Il n’avait que
25.000 soldats et Maxence à peu près 200.000. Comme Constantin savait que Maxence avait
Satan de son côté, il commença à prier le Dieu qui a créé le ciel et la terre et que tous les
chrétiens vénèrent. Il demanda à Dieu un signe pour savoir si la guerre contre Maxence serait
victorieuse.
Lors de sa prière intense, apparu, vers midi, une croix plus claire que le soleil, formée
par des étoiles. En même temps il vit une écriture dans le ciel : «Par ce signe tu vaincras»
c’est-à-dire : par la croix viendra la victoire. Cette vision, tous les soldats la virent et ils furent
étonnés et la crainte les saisit. La plupart étaient des païens pour lesquels la croix était un
signe de malheur et de mort, car en ce temps les criminels étaient crucifiés. Les guerriers
craignaient que la croix leur apportât malheur. Même Constantin fut troublé. Pendant la nuit le
Christ lui apparut et dit : «Fait faire une croix et que les soldats la portent comme étendard,
alors tu vaincras non seulement Maxence mais tous tes ennemis.»
L’empereur raconta ce songe à ses confidents et ordonna qu’une croix fut forgée en or
et ornée de perles et de pierres précieuses. Il ordonna à tous ses soldats de mettre une croix
sur leurs armes et leurs vêtements.
Malgré son avantage, Maxence fut vaincu. Après l’entrée à Rome, Constantin remercia
Dieu pour la victoire, et ordonna d’ériger au centre de la ville une croix sur une colonne de
pierre. On érigea sur la place publique une statue de Constantin qui tenait une croix dans sa
main droite. Constantin fit inscrire dessus en latin : «Par ce signe salvateur, vrai témoin de
courage, j’ai délivré votre ville du joug des tyrans et après la libération j’ai redonné au sénat
romain et au peuple la splendeur d’antan.»
Pour la deuxième fois, Constantin vit la croix dans le ciel quand il assiégeait la ville de
Byzance, la future Constantinople. La troisième fois cela arriva quand il faisait la guerre contre
les Scythes. Tous ces apparitions éclatantes incitèrent Constantin à suivre l’exemple de sa
mère, la reine Hélène, et à se faire baptiser.

La pieuse Hélène décida d’aller à Jérusalem, munie d’une somme d’argent importante,
afin de chercher la Croix du Sauveur. Sur la route, Hélène visita beaucoup de lieux saints, la
purifia du culte des faux dieux et découvrit les reliques de beaucoup de saints. Le patriarche
de ce temps, Macaire, reçut la reine avec beaucoup d’honneurs. La bienheureuse Hélène, lors
de la recherche de la croix, fit venir des juifs afin de leur demander où la croix se trouvait
cachée. Tous se dérobaient en prétextant ne rien savoir. Finalement on lui désigna un vieux
juif, du nom de Judas, fils d’un prophète considéré, en lui disant que lui risquait de le savoir.
Judas refusa longtemps de désigner le lieu recherché, mais à la fin il amena tout le monde sur
une colline de terre et de pierres, sur laquelle le roi romain Adrien avait fait construire un
temple païen en l’honneur de la déesse Venus. Il affirma que la croix se trouvait sous ce
temple.
Hélène commanda tout de suite que le temple fut détruit et les gravats enlevés. Le
patriarche Macaire lut une prière et une odeur suave se répandit dans l’air. Sur ce lieu, un peu

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plus loin, à l’est, on trouva le sépulcre du christ, le Golgotha, trois croix et aussi les clous de la
crucifixion. Tout le monde fut surpris; personne ne savait laquelle des trois était la vraie croix
du Christ. Il arriva qu’on portait un mort pour l’enterrer. Le patriarche Macaire ordonna aux
porteurs de s’arrêter et on posa les trois croix l’une après l’autre sur le mort. Quand la croix
du Christ fut mise sur le mort, celui-ci se réveilla. L'impératrice Hélène, en joie, toucha la
croix, la baisa et la vénéra. Les militaires, les dignitaires, les guerriers et le reste du peuple en
firent de même. Puisqu’il y avait beaucoup du monde qui voulait voir la Croix, l’impératrice
Hélène ordonna de la montrer à tous. Le patriarche Macaire se mit sur l’endroit le plus élevé,
éleva la croix et la montra à tous. Tous acclamèrent : «Kyrie eleison !»
Depuis, le 14 septembre, on célèbre la fête de l’Exaltation de la Croix.
Hélène emporta une partie de la croix et les clous et donna la croix restante au
patriarche afin de la garder pour les générations futures.
Judas, qui avait montré l’endroit de la croix à l’impératrice Hélène, et une foule de gens
se convertirent au Christ. Il fut baptisé du nom de Cyrique, c’est-à-dire «appartenant au
Seigneur.» Plus tard il devint patriarche de Jérusalem et fut martyrisé sous Julien l’Apostat.

Sainte Hélène
ordonna que des églises
soient bâties sur les
lieux saints de
Jérusalem. Tout d’abord
l’église de la
Résurrection, qui fut
construite au lieu du
sépulcre du Christ et où
sa croix fut découverte.
Elle ordonna aussi
qu’une église fut
construite à l’endroit où
se trouve le tombeau de
la Toute Sainte. L’église
fut consacrée en
l’honneur de la
Dormition. Ensuite la
pieuse Hélène laissa
encore construire dix-
huit autres églises, les
orna avec magnificence,
les dota des ustensiles
nécessaires pour le culte
et ensuite rentra à
Byzance en emportant
une partie de la croix et
les clous.
Il reste encore à
mentionner comment la
croix fut volée par les
Perses au 7ème siècle et
retourna plus tard à
Jérusalem pour la joie des fidèles. En ce temps régnait en Perse Chrosrau, un bon guerrier et
victorieux dans ses combats. Chosrau s’empara de l’Egypte, de l’Afrique, de la Palestine et prit
Jérusalem où il massacra beaucoup de chrétiens. Ses guerriers spolièrent la ville et

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emportèrent les trésors des églises. La chasse avec la Croix du Christ fut également volée. Les
rois byzantins essayèrent de vaincre Chosrau mais subirent des revers. Le roi Herakleios
demanda la paix à Chosrau mais celui-ci la refusa hautainement. Herakleios fut fort attristé et
demanda secours à Dieu. Il demanda aux chrétiens de jeûner, de prier et de veiller, afin que le
Seigneur les délivrât de l’ennemi, qui se vantait d’anéantir tous les chrétiens et qui
blasphémait le Nom de Dieu. Tous prièrent afin que les païens comprissent qu’il n’y a qu’un
seul Dieu et qu’ils ne pussent plus dire : «Nous et nos dieux sommes forts». Ils devaient
comprendre que personne ne pouvait résister à la puissance de notre Dieu. Le roi lui-même
pria en larmes et jeûna. Ensuite il rassembla tous ses soldats et se mit en marche contre les
Perses, avec l’aide de Dieu. Herakleios vainquit Chosrau, le mit en fuite et l’emporta pendant
sept années contre les restes de son armée. Peu après Chosrau fut assassiné par son propre
fils, qui devint roi et qui envoya immédiatement après un messager à Herakleios afin de lui
demander la paix. La paix fut conclue et le roi Herakleios rentra comme vainqueur et rapporta
les restes de la Croix que les Perses avaient emportés. La croix resta 14 ans chez eux. Le roi
Herakleios fut en joie et loua Dieu.
En entrant à Jérusalem, habillé de vêtements de pourpre et richement orné, il prit les
morceaux de la Croix sur ses épaules afin de les déposer à leur ancien lieu. Sur sa tête, il mit
la couronne royale. Arrivé devant le portique qui mène au Golgotha, à sa surprise Herakleios
ne put plus avancer. Le roi était accompagné par le patriarche Zacharie, lui-même
accompagné du peuple portant des rameaux de figuiers. Tout à coup il vit un ange du seigneur
qui se tenait au portique et empêchait le roi d’avancer.
L’ange dit au patriarche :
«Ce n’est pas de cette manière que notre Créateur porta la croix.»
Le patriarche trembla à ces mots et dit à Herakleios :
«Sache que celui qui est habillé richement ne peut porter la croix que porta le Christ
qui s’est fait pauvre et humble pour nous.» «Si tu veux porter la croix, porte-la comme le
Sauveur !» Le pieux roi ôta ses vêtements royaux et revêtit un habit de pauvre. Ensuite, il put
entrer sans obstacle par le portique et porta la croix dans l’église, où les Perses l’avaient
volée, et la remit à son ancienne place.

QUESTION :

Lors des troubles récents en Angleterre, un jeune musulman (parmi d'autres) a été tué.
Comme tout le monde accusait, en plus des tueurs, l'inefficacité de la police et du
gouvernement, on a interviewé le père de la victime, qui a dit avec beaucoup de dignité :
– Je suis musulman. Je n'accuse pas la police, ni le gouvernement. C'était le destin de mon fils.
Tout le monde était admiratif de son attitude.
Je sais qu'un chrétien orthodoxe doit avoir les même calme et dignité en face de la mort de ses
proches, mais dirions-nous : "C'était son destin" ?

REPONSE :

Il y a des choses qui se font selon la volonté de Dieu et d’autres que Dieu tolère, à cause de la
liberté de l’homme, comme mes péchés, par exemple. Que ce jeune homme ait été tué n’était
certes pas la volonté de Dieu, mais que le père ne se venge pas, cela oui, car "œil pour œil et
dent pour dent" n’est pas chrétien. Accepter avec fatalité cet événement n’est pas non plus
sensé. On peut faire le nécessaire pour demander justice de ce mort injuste, que ce soit envers
le meurtrier ou envers la police. Je dis : on peut. Le faire ou non demande du discernement et il
faut envisager l’utilité de l'acte. Rester calme et digne devant la mort d’autrui c’est l’attitude
idéale que le chrétien devrait avoir.

archimandrite Cassien

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Saint Naoum de Preslav


Notre saint Père théophore Naoum de Preslav (ou Naoum le Thaumaturge d'Ohrid) était
un prédicateur qui illumina la Bulgarie par la foi du Christ. Son jour de fête est célébrée au 23
décembre.
Saint Naoum prospéra sous le règne de Michel roi des Romains, fils de Théophile
l'iconoclaste, en 842. À ce moment les saints Cyrille et Méthode et Clément vivaient en
Bulgarie, où ils luttaient pour illuminer la nation égarée des Bulgares par la foi du Christ et de
l'Orthodoxie. Naoum suivit en tout ses illustres prédécesseurs. Il prêcha la foi tout en étant
battu, méprisé, et en souffrant les persécutions et les coups des mécréants et des ennemis du
Christ.
Parce que les pères précités, à savoir les saints
Cyrille et Méthode et Clément égaux-aux-apôtres, voulaient
traduire les Écritures du grec en Bulgare en utilisant les
lettres et les mots qu'ils avaient conçus pour être compris
par les Bulgares, ils pensèrent qu'il était raisonnable de
présenter ce travail au pape Hadrien de Rome, afin qu'il
puisse recevoir également l'approbation de son autorité.
Ainsi, Naoum se rendit à Rome avec eux, et le pape
Hadrien les approuva avec honneur et courtoisie. Dieu
produisit beaucoup de miracles à Rome par ses serviteurs.
Les malades qui se hâtèrent d'aller vers eux, furent guéris
d'une façon merveilleuse: dès qu'ils regardèrent les saints
dans les yeux, ils furent libérés de leurs maladies. En
raison de ces miracles (et à partir d'autres révélations), le
pape en vint à comprendre que ce travail de traduction
venait de Dieu. En effet, il compara le texte grec des
Écritures avec celui de la Bulgarie et constata qu'ils
s'accordaient en tout. Ainsi, il approuva et autorisa la
traduction.
Par la suite, saint Cyrille, l'initiateur de la traduction resta à Rome, où il finit par
reposer dans le Seigneur, tandis que saint Méthode emmena ses disciples avec lui. Naoum fut
l'un de ceux qui décidèrent de retourner en Bulgarie. A son retour, il se rendit sur la terre des
Alamans (c'est-à-dire des Allemands), où diverses hérésies se généralisaient, y compris
l'apollinarisme, l'arianisme, et le filioquisme. Là, saint Méthode, avec Naoum, lutta pour
amener les hérétiques à l'Orthodoxie. En retour, les barbares punirent les saints par des coups
et autres tortures et enfin ils les mirent en prison.
Pendant que les saints priaient en prison, il y eut un grand tremblement de terre qui
secoua toute la région. Beaucoup de maisons appartenant à des hommes impies
s'effondrèrent, les liens des saints furent défaits, et les portes de la prison ouvertes. Ainsi, les
saints sortirent et se mirent à marcher dans la rue avec joie, comme les saints apôtres
l'avaient fait, parce qu'ils avaient été jugés dignes d'être disgracié pour l'amour de l'Esprit
saint. Quand ils rentrèrent en Bulgarie, ils furent reçus par Michel, chef des Bulgares, qui les
envoya dans les pays voisins pour prêcher au Nom du Christ et distribuer la traduction bulgare
de la Sainte Écriture. Naoum y alla avec saint Clément, en cheminant avec lui dans toute la
Bulgarie, notamment à Diabya, en Mésie et en Pannonie (Hongrie), tout en prêchant le
message de piété. Saint Naoum ne se sépara pas de sa compagnie jusqu'à son dernier souffle,
l'aidant ainsi qu'Aaron avait aidé Moïse. Ainsi, après que saint Naum soit parti à Diabya déjà
mentionnée et qu'il eut vécu quelques temps d'une manière sainte et agréable à Dieu, il partit
vers le Seigneur, laissant ses saintes reliques comme un trésor infini de miracles pour ceux qui
s'empresseraient d'aller vers lui avec foi.

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NOTRE DIEU
Chaque fois que le prêtre dit
l’ecphonèse : «car Tu es notre Dieu, et
nous Te rendons grâce …», ce «notre Dieu»
me touche profondément. Il ne s’agit pas
d’un dieu abstrait, philosophique, mais
bien du Dieu qui nous est proche, qui nous
est intimement lié. C'est comme lorsqu'une
mère dit : «C’est mon enfant», de cet
enfant avec qui elle n’a fait qu’un, pour
lequel elle a souffert et versé des larmes.
L’apôtre Thomas, l’incrédule, disait
après la résurrection : «Mon Seigneur et
mon Dieu.» (Jn 20,28) Marie Madeleine
disait : «Parce qu’ils ont enlevé mon
S e i g n e u r. » ( J n 2 0 , 1 3 ) C h a q u e f o i s
s’exprime ce lien intime, chargé d’une
histoire que seule la personne connaît.
Parmi les appellations de Dieu, je
préfère : «Christouli» (petit Christ), qui
n’est nullement la même chose que de
dire : «Petit Jésus». «Christouli» c’est
toujours le Christ – Dieu-Homme, pour
lequel je sens plein de tendresse et
d’affection et non ce petit Jésus qui
exprime de la sentimentalité.
Ce dernier est le bambin qu’on voit
sur les images pieuses. Autre chose un
tableau à sujet religieux de Raphaël, par
exemple, et autre chose une icône
byzantine, comme la Vierge de Vladimir. Le
premier est charnel et sentimental, alors
que l’icône est pleine d'une tendresse où la passion n’a pas de place. Ce n’est pas pour rien
que ce type d’icône s’appelle : Vierge de tendresse. Il y a d’autres types d’icône de la Toute-
Sainte, qui expriment d’autres aspects (mais jamais de la sentimentalité, qui est une
passion) : Qui montre le chemin, Joie de tous les affligés, Qui attendrit les cœurs durs, Apaise
mes peines, ou encore : Refuge des pécheurs.
Ce n’est pas de l’austérité, mais l’impassibilité d'où la sentimentalité est bannie et qui
est remplie d’affection et de tendresse. Quand on voit le Christ qui prend les enfants dans ses
Bras et les bénit, ou un saint Séraphim, qui se dérobait devant les visiteurs mais ne savait le
faire devant les enfants…
L’air des montagnes n’est pas austère mais pur. Il n’est austère que pour celui qui est
assis, en pantoufles, devant la cheminée, mais pas pour celui qui est plein de santé et de vie.
Il y a un aspect important dans la spiritualité de l’Église : le penthos (le deuil spirituel).
Quand on y est avancé, les larmes coulent toutes seules, provoquées par la Grâce dont le
cœur attendri est rempli.
Le deuil semble, certes, morbide pour le pécheur, mais pour celui qui s’est défait de ses
passions viciées, c’est la résurrection, car il est passé par la croix qui y amène, et son Dieu
n’est plus un dieu devant lequel il tremble mais «son» Dieu pour lequel il a tout sacrifié et
avec lequel il ne fait plus qu’un pour l’éternité.
Archimandrite Cassien

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! PAGE 8
Nous venons tous d’Adam, le premier, par succession de génération et l’ordre des
événements n’a pas été détruit et rien de ce que Dieu a fait n’a été allégorisé. Adam a en effet
existé, comme les feuilles de vigne, le figuier, l’arbre de la connaissance du bien et du mal,
l’arbre de vie au milieu du jardin, le serpent, la désobéissance, l’obéissance, les rivières, Ève
et la création. «Tout est possible à Dieu» (Mt 19,26) : Changer les choses corruptibles en
choses incorruptibles et faire les choses corruptibles sur la terre et les achever en
incorruptibilité. Que personne ne s’en étonne ! C’est pour cela qu’il est venu et s’est
manifesté, prenant la chair corruptible; il a habillé cette chair en la divinité et l’a manifestée
incorruptible : «Car qui accusera» Dieu (Sg 12,12) ? Mais voyons une autre chose. Il est dit
que Dieu a expulsé Adam et Ève du jardin et a posté des chérubins avec des épées
flamboyantes pour garder l’entrée de l’arbre de vie. Et étant sortis, Adam et sa famille vivaient
en face du jardin. Que personne ne soit trompé par des mythes vides ! «Dieu peut, des pierres
que voici, faire surgir des enfants à Abraham» (Mt 3,9). Dieu peut aussi changer les choses
corruptibles en incorruptibilité et peut faire du jardin terrestre un lieu de repos, s’il veut, car la
terre n’est pas faite par un Dieu et le ciel par un autre, mais toutes choses sont faites par le
même Dieu et comme il veut, il accorde la faveur de l’incorruptibilité à chacun. Car en effet
nous savons que le corps d’Adam a été formé de la terre; de la terre aussi sont nos corps et
nous avons l’espoir de la vie éternelle et de l’héritage incorruptible; nous savons également
que le corps du Sauveur était de Marie et était solidement et spirituellement uni à
l’incorruptibilité du Logos au ciel. Nous avons réuni toutes ces choses ici et nous n’avons rien
mis de côté, ne désirant rejeter rien de ce qui est écrit. Nous désirons plutôt être nommé et
trouvé fidèle envers Dieu en toutes les choses qu’il a en vérité écrites pour nous qui sommes
sur le chemin de la vérité qu’il nous a montré pour notre salut. Par contre, il convient à lui seul
de voir les choses incompréhensibles.

Saint Épiphane de Chypre (Ancoratus ,chapitre 61)

Qui ne sait pas quelle est la différence de signification


entre le mot seul-engendré et le mot premier-né ? En
effet, on ne conçoit pas un seul-engendré avec des
frères, ni un premier-né sans frères. Mais le premier-né
n'est pas seul-engendré, car il est évidemment premier
né parmi des frères, tandis qu'un seul-engendré n'a pas
de frère, car il ne serait pas seul-engendré s'il était
compté parmi des frères. Et qui plus est, quelle que soit
l'essence à laquelle appartiennent les frères du premier-
né, le premier-né aussi possédera à coup sûr la même
essence. Et ce n'est pas la seule signification de ce mot.
Il signifie encore que le premier-né lui-même et ceux
qui sont nés après lui tiennent leur existence du même,
sans que le premier-né ne contribue, en quoi que ce
soit, à la génération des frères puînés.

Saint Grégoire de Nysse (la foi des chrétiens 77)

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LA PAUVRE VEUVE
«Jésus, s’étant assis vis-à-vis du tronc, regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Plusieurs riches mettaient beaucoup. Il vint aussi une pauvre veuve, elle y mit deux petites
pièces, faisant un quart de sou. Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : Je vous le dis
en vérité, cette pauvre veuve a donné plus qu’aucun de ceux qui ont mis dans le tronc; car
tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout
ce qu’elle avait pour vivre.» (Mc 12,42-44)

Qui est cette pauvre veuve, pourquoi avait-elle fait ce geste et pourquoi le Seigneur en
fait-Il mention ? Autant de questions auxquelles nous allons chercher une réponse.
C’était certes une pauvre veuve juive, dont les évangélistes ne mentionnent pas le nom
et qui leur était probablement inconnue. Le Seigneur pourtant savait son nom comme Il savait
le nom de Zachée, le publicain (cf. Lc 19,5). Peu importe, pour nous, de savoir son nom; son
geste reste en mémoire pour les siècles, et son nom est inscrit dans le livre de Vie.
Avait-elle écouté le Christ prêcher et ses Paroles salvatrices lui avaient-elles touché le
cœur ? C’est fort probable, mais les évangélistes le passent aussi sous silence. Le Seigneur lui
avait-Il parlé après qu’elle avait fait son offrande ? C’est possible, mais les témoins n’en sont
plus de cette vie.
Ce qui est sûr, c’est qu’elle était pauvre comme tant de veuves en Israël en ce temps-là.
Elles n’avaient ni pension, ni retraite et elles vivaient juste de ce que les parents ou voisins
leur donnaient par charité, en plus de ce que le Temple leur donnait, précisément de l’offrande
que tout le monde y faisait.

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«C'était une coutume louable chez les Juifs que ceux à qui leur fortune le permettaient
déposaient volontairement leur offrande dans le trésor du Temple destiné à nourrir les prêtres,
les pauvres et les veuves.» (Théophylacte)
L’offrande de la veuve ne valait pas grand-chose, juste le prix d’un pain peut-être,
mais c’était tout ce qu’elle avait et, sans se soucier du lendemain, elle le donnait de tout son
cœur.
«Ce n’est pas la modicité de l’offrande, mais la richesse du cœur que Dieu considère
ici.» (Chrysostome : Hom. 1, sur l’Ép. Héb.)
«Dieu pèse les intentions bien plus que l'objet même de nos offrandes, Il considère
moins la matière de notre sacrifice que la disposition généreuse de celui qui l'offre», dit Bède
le Vénérable.
Cette offrande, elle l’a retrouvée dans l’autre vie, augmentée par sa générosité, qui en a
donné le prix, et surtout par la Générosité de Celui dont la Générosité n’a pas de limite.
Pourquoi Jésus observait-Il, «assis vis-à-vis du tronc», ce que chacun y mettait ? Par
curiosité ? Certes pas ! Mais afin de donner ensuite une leçon à ses disciples, qui attribuaient
peut-être plus d’importance à la somme que chacun offrait qu’à la disposition du cœur. Cette
disposition peut être d’ailleurs mauvaise : on peut donner par vanité, ou d’une manière forcée,
par exemple. L’offrande peut aussi être mal acquise, ce qui est parfois, – pour ne pas dire
souvent, – le cas chez les riches. Dieu rejette ces dons-là comme celui de Caïn.
Parfois on n’a rien pour donner, comme l’apôtre Pierre. «Alors Pierre lui dit : Je n’ai ni
argent, ni or; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et
marche.» (Ac 5,6) Si nous ne pouvons faire un miracle, faisons au moins une prière pour le
demandeur ou un geste charitable.
Dans un sens plus large, il ne s’agit pas seulement d’offrande d’argent, mais d’offrande
de nous-mêmes, de nos possibilités d’aider autrui ou l’Église. Là se vérifie la parole : «Celui
qui sème chichement moissonnera chichement, et celui qui sème abondamment moissonnera
abondamment.» (II Cor 9,6)
Elle était veuve. Le Seigneur le savait, comme Il savait que la Samaritaine avait eu cinq
maris. (cf. Jn 4,18) Probablement on le voyait aussi à son habillement, qui n’était pas pareil à
celui d’une femme qui avait encore son mari ou à celui d’une vierge. Qu’elle était pauvre, cela
se voyait certes aussi à ses vêtements.
Elle était cependant riche, car elle avait pour protecteur le Seigneur, qui «soutient
l’orphelin et la veuve» (Ps 146,9).
Archimandrite Cassien

Le prophète fait précéder sa prédiction de cet exorde : «Dieu lui-même vous donnera un
signe;» il s’agit donc de quelque chose de nouveau et de merveilleux. Mais s’il n’est question
que d’une jeune fille ou d’une jeune femme qui doit enfanter, et non d’une vierge, où est le
miracle ? puisque ce nom n’indique plus que l’âge et non la virginité. Il est vrai qu’en hébreu
c’est le mot Bethula qui signifie vierge, mot qui ne se trouve pas dans cette prophétie; il est
remplacé par le mot halma, que tous les interprètes, à l’exception des Septante, ont traduit
par jeune fille.
Or, le mot halma en hébreu a un double sens, car il signifie jeune fille, et qui est cachée.
Ainsi il désigne non seulement une jeune fille ou une vierge, mais une vierge cachée qui n’a
jamais paru aux regards des hommes, et sur laquelle ses parents veillent avec le plus grand
soin. La langue phénicienne, qui tire son origine de l’hébreu, donne aussi au mot halma le
sens de vierge; dans la nôtre, halma signifie sainte. Les Hébreux se servent de mots que l’on
retrouve dans presque toutes les langues, et autant que je puis consulter mes souvenirs, je
ne me rappelle pas que le mot halma ait été employé une seule fois pour exprimer une
femme mariée; il sert toujours à désigner une vierge, et non pas une vierge quelconque,
mais une vierge encore jeune, car il en est d’un âge avancé. Or, celle-ci était encore dans
l’âge de l’adolescence, ou bien elle était vierge, tout en ayant dépassé cet âge où l’on n’est
pas en état d’être marié.
Saint Jérôme.(Sur Isaïe, chap. 7)

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Le Starets Joseph d’Optino
L’Esprit saint qui vit et agit dans l’Eglise orthodoxe s’est visiblement déposé sur le
staretz et moine du grand schème Joseph, continuateur des traditions des ascètes russes du
siècle passé, les moines du Grand Schème Lev (Léonide), Macaire et Ambroise d’Optino.
Le moine du grand schème Joseph avait rencontré dans l’Ermitage : Dostoievsky,
Constantin Leontiev, Lev Tolstoï.
Lev Tolstoï rendait visite au staretz Joseph et en 1910 il chercha à le rencontrer;
poussé par son désir de repentir avant sa mort, c’est précisément lui qu’il avait convoqué par
télégramme à partir de la station d’Astapovo.
Le grand staretz Ambroise avait prévu la grandeur spirituelle de son fidèle disciple, qui
priait avec lui et qui, pendant trente ans, grandissait sous sa direction. Il disait: «Voilà, je vous
donne à boire du vin avec de l’eau, mais Père Joseph vous donnera à boire du vin pur».
Le moine du grand schème Joseph est un de ceux qui donnèrent leur vie et «leur âme
pour leurs amis» (Jn 15,13), qui ont pris sur eux les faiblesses et les charges de milliers de
gens, les dirigeant sur la voie du Royaume de Dieu, et par les exploits ascétiques et par les
prières desquels existaient le monastère d’Optino Poustine, le monastère dédiée à la Très
Sainte Mère de Dieu de Kazan à Chamordino fondé par le starets Ambroise; c’est par eux que,
jusqu’à présent, existe le monde.
Le moine du grand schème Joseph, dans le
monde Jean Evfimovitch Litovkine, est né le 2
novembre 1837 dans le village de Goroditché du
district de Starobelsky dans le gouvernement de
Kharkov. Ses parents, Evfim Emilianovitch et
Marie Vassilievna, étant des gens simples et
pieux, étaient très charitables. Son père, maire
du village, sa mère, issue du milieu
ecclésiastique, allaient souvent prier à l’église,
lisaient des livres spirituels, surtout la vie des
saints. Il nommèrent leur deuxième fils Jean, en
mémoire de saint Jean le Miséricordieux. Aimant
véritablement leurs enfants, ils ne se
préoccupaient pas tant de leur donner les
richesses du monde, que le trésor céleste, et
c’est pourquoi ils les élevaient dans la crainte de
Dieu, dans la piété et l’obéissance. La mère
conduisait les enfants à l’église et les habituait à
prier avec elle à la maison.
«Je me souviens comme ma mère me
réveillait, parfois, pour aller aux Matines et à la
Liturgie, et moi, je n’avais pas envie de me lever
si tôt. Mais après, à l’église et toute la journée
suivante, j’étais si bien et mon âme si joyeuse.»
Le père mourut soudainement, lorsque le
garçon avait quatre ans. A huit ans, Jean, jouant
avec ses camarades, changea tout à coup de
visage et tomba. Revenu à lui, il raconta avoir vu
dans les airs la Reine des Cieux. «Pourquoi penses-tu avoir vu la Reine ?» lui demanda-t-on.
«Parce qu’elle avait une couronne avec une croix», répondit-il. Après cette vision, l’enfant
devint réfléchi, évita les jeux, dans son cœur s’allumèrent une foi fervente et un amour pour la
Mère de Dieu. Lorsqu’un incendie eut lieu, Jean tendit ses bras vers l’église de la Protection de
la Toute Sainte Mère de Dieu et s’écria: «Reine des cieux ! Laisse nous notre petite maison,

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elle est toute neuve !» La prière de l’enfant fut entendue; la maison des Litovkine resta
intacte, tout l’alentour brûla.
En 1847, la mère conduisit sa fille Alexandra au monastère dédié à saint Boris et à la
Mère de Dieu de Tikhvine et l’y laissa, la confiant à la Reine des cieux. Un an plus tard, le
choléra se propagea au village et Jean perdit sa mère. Devenu orphelin, il subit l’épreuve du
froid et de la faim, travailla pour divers maîtres. La prière, seul héritage laissé par ses parents
pieux, fut sa fidèle compagne et l’église de Dieu, son seul lieu de consolation.
Enfin, Jean Evfimovitch échoua chez un riche commerçant nommé Rafaïloff à Taganrog.
A cette époque, sa sœur, la moniale Léonida, envoya à son frère une lettre dans laquelle elle
lui conseillait de prononcer ses vœux monastiques et d’entrer à l’Ermitage du monastère
d’Optino, qui était célèbre par ses startzy expérimentés dans la vie spirituelle. A partir de ce
moment, en lui s’éleva le désir de partir dans un monastère. «C’est toujours ainsi», disait-il
par la suite, «dès que quelqu’un pense prendre le chemin du salut, apparaissent des obstacles
et des tentations.» Le commerçant aimait son ouvrier pour sa piété et son humilité et il décida
de lui donner sa fille en mariage. Lorsque Jean se disposa à aller en pèlerinage à Kiev, le
marchand essaya de le persuader de rester et lui dévoila son désir, mais Jean, prisonnier de
l’amour du Christ, réitéra, sans hésitation, sa demande de le laisser partir en paix.
Pendant son voyage, Jean rendit visite à sa sœur. La moniale Léonida exerçait son
exploit ascétique de prière sous la direction de la moniale du grand schème Alipia, disciple des
startzy Léonide et Macaire d’Optino. Déjà en 1860, la mère Léonida avait confié au staretz
Macaire son souhait de voir son frère devenir moine et elle reçut cette réponse : «Ne sois pas
triste, il sera moine». Ayant vu l’adolescent, la moniale du grand schème Alipia lui dit :
«Abandonne ton idée d’aller à Kiev et va à Optino chez les startzy.» Le lendemain Jean se mit
en route, mais non pas pour aller là où son cœur l’attirait, mais vers le lieu que l’obéissance lui
indiquait. Arrivé à Belev, il entra dans le monastère situé là et les moniales qui se rendaient au
monastère d’Optino le prirent avec elles.
Arrivées à Optino, les moniales allèrent chez le Père Ambroise et lui dirent :
«Batiouchka (Père), nous avons amené avec nous le frère Jean». Le staretz clairvoyant les
regarda attentivement et dit : «Ce frère Jean sera utile et pour nous et pour vous».
Le «frère Jean» se présenta avec crainte devant le staretz, lui raconta sa vie et lui
demanda la bénédiction d’aller à Kiev, mais il entendit en réponse : «Qu’as-tu besoin d’aller à
Kiev ? Reste ici.» Jean accepta ces paroles comme la manifestation de la volonté de Dieu et
dit : «Bénissez !» et pour toujours il se remit entre les mains du staretz Ambroise. Cela se
passa le premier mars 1861, alors que le recteur d’alors était l’archimandrite Moïse. Dans
l’Ermitage, Jean fut nommé aide du cuisinier. Pour le guider dans la vie monastique, il reçut le
livre des enseignements du saint Abbé Dorothée. Le jour précédent le début du carême des
saints apôtres Pierre et Paul, le supérieur de l’Ermitage, Paphnos, demanda : «Frère Jean,
veux-tu aller chez le starets ?» Je fus déconcerté, racontait par la suite père Joseph, et au lieu
de dire : «Bénissez», je dis : «Je le veux». Le lendemain, il déménagea dans la maisonnette
du staretz Ambroise et y vécut exactement 50 ans. A partir de ce moment, il fut l’inséparable
servant (syncelle) du staretz et son aide, l’aimant sans limites et dévoué; chaque parole du
staretz étant pour lui une loi.
Le servant principal était un homme sévère et dur et le novice passa par une école de
patience dans sa pleine mesure. Cela lui servit à acquérir le don spirituel de l’humilité et de se
faire des reproches à lui-même, traits distinctifs, par la suite, du staretz Joseph. Le hiéromoine
Clément Zedergolme, fils d’un pasteur protestant allemand, qui fut reçu dans l’Orthodoxie à
l’Hermitage d’Optino, disait : «Père Joseph est le seul homme contre lequel je ne peux pas, je
ne sais pas me fâcher».
En 1864, le servant prononça ses premiers vœux et reçut le nom de Joseph, en
l’honneur de saint Joseph l’Hymographe. Le 9 décembre 1877, le moine Joseph fut ordonné
hiérodiacre par l’évêque de Kalouga, Grégoire. Peu de temps après, le père Joseph tomba
gravement malade et faillit mourir, mais le Seigneur le guérit par les prières du staretz

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Ambroise. Extérieurement la vie du père Joseph ne changea pas, il dormait comme
auparavant, dans la pièce de réception qui était occupée jusqu’à 11 heures du soir. Il pouvait
s’allonger seulement vers minuit et, s’il était l’officiant de service à l’Ermitage, il devait y aller
à 1 heure du matin pour les Matines.
En 1884, le 1er octobre, eut lieu l’inauguration solennelle du monastère dédié à l’icône
de la Mère de Dieu de Kazan à Chamordino, fondé par le staretz Ambroise à 12 verstes
d’Optino Poustyne. Pendant la Divine Liturgie, l’évêque de Kalouga, Vladimir, fit père Joseph
hiéromoine. A partir de ce moment, il célébra les Vigiles dans la cellule du staretz qui, en
raison de son état de santé, ne pouvait pas aller à l’église, et il lui apportait les Saints Dons.
Devenu le principal servant, le père Joseph considérait comme son devoir de ménager le
staretz. Il aimait l’ordre et la ponctualité (l’exactitude, la précision). Ayant écouté
attentivement le visiteur, il ne disait rien de lui-même, mais s’inclinait et disait :
«Je demanderai», ou «je transmettrai au staretz» et rapportait la réponse mot pour
mot.
En dépit d’une obédience aussi pleine de soucis, le Père Joseph lisait beaucoup
d’œuvres des saints pères, maîtres du monachisme. Il préférait les livres en slavon et
lorsqu’on lui parlait de la difficulté de les comprendre, il répondait : «Ce qui est difficile à
acquérir, c’est cela qui est utile». Au sujet des nouveaux écrits, il disait qu’ils nourrissent
l’intellect, «mais le cœur reste vide, glacé».
Le moine du grand schème Ambroise prévoyait en son disciple son successeur et le
préparait à devenir staretz. Dans les dernières années de sa vie, il bénissait les gens pour
qu’ils confient leurs besoins spirituels au père Joseph, qui avait hérité du charisme de son
maître. Cela se manifestait d’une façon évidente dans les réponses données par père Joseph,
qui correspondaient toujours à celles données par le staretz à la même question.
L’ascète mangeait très peu et, à la question : «Est-ce difficile d’atteindre un tel niveau
d’abstinence ?» il répondait : «Si l’homme ne fait pas d’efforts, alors son ventre dira toujours :
j’ai faim». Avec la communauté, il était toujours égal à lui-même, ne se liait pas et ne rendait
visite à personne. Il ne se différenciait en rien des autres, faisait son travail avec modestie,
observant le silence intérieur, tandis que dans son cœur rayonnait la douce lumière de la
prière. Son amour pour le staretz Ambroise était doux et respectueux, mais il était prêt à
donner sa vie pour lui.
En février 1888, le père Joseph tomba gravement malade et fut transporté à l’hôpital
du monastère. Le 14 février, il reçut le grand schème. Un novice racontait : «Un jour, je suis
entré dans la salle et j’ai entendu quelqu’un dire derrière le paravent : Supporte encore un
peu, mon élu (aimé), cela ne sera plus long. Croyant qu’il y avait quelqu’un, j’ai regardé
derrière le paravent et fus saisi – il n’y avait personne; le père Joseph était étendu, les yeux
fermés.» Par la suite, le staretz Ambroise disait que, pendant sa maladie, le père Joseph avait
été honoré de voir la Mère de Dieu. Après la guérison du père Joseph, l’archimandrite Isaac
nomma officiellement le moine du grand schème Joseph comme aide du starets. Chaque été,
le staretz Ambroise partait à Chamordino et le père Joseph était invariablement son
compagnon. En juin 1890, le staretz ordonna au père Joseph d’emménager dans sa cellule et
lui dit : «Cette fois-ci, je ne te prends pas avec moi, tu dois rester ici, ici est ta place». Ceci
arrivait pour la première fois depuis 30 ans. En partant, le staretz, confiant son disciple et
héritier, et avec lui, toute la communauté à la Mère de Dieu, demanda au père Joseph de
placer son icône à la tête du lit et de placer devant elle une veilleuse qu’il tiendrait allumée
jour et nuit. Le staretz partit pour ne plus revenir. Le père Joseph allait le voir chaque mois. Le
recteur archimandrite Isaac choisit père Joseph comme père spirituel.
En septembre 1891, lorsque le staretz Ambroise tomba malade, le père Joseph
entendit, alors qu’il était éveillé et à trois reprises, ces paroles : «Le staretz va mourir». Le 8
octobre le malade était au plus mal et on alla chercher le père Joseph. Le lendemain matin, il
donna pour la dernière fois au staretz la Sainte Communion. Voyant que celui-ci était en train
de mourir, père Joseph se dépêcha d’aller à la skyte afin de rapporter les vêtements préparés

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d’avance pour l’ensevelissement : la mantia avec laquelle le novice Alexandre Grenkov avait
été revêtu lors de sa prise d’habit et avait reçu le nom d’Ambroise et la chemise de toile du
staretz Macaire, accompagnée de l’inscription manuscrite du père Ambroise : «A ma mort,
m’en revêtir irrévocablement».
Le 10 octobre à 11 heures 30, le moine du grand schème Ambroise remit son âme au
Seigneur. Il fut enterré le 15 octobre à côté des tombes des grands startzy Lev (Léonide) et
Macaire, devant l’autel de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu, dans la cathédrale
Nicolsky.
Petit à petit, les membres de la communauté du monastère d’Optino commencèrent à
s’adresser au moine du grand schème Joseph pour leurs besoins spirituels. S’occuper du
monastère de Chamordino était un grand fardeau sur les épaules du staretz Joseph. Inachevé,
ne sachant quel avenir lui était réservé, le monastère traversait des moments difficiles. A
cause de lui, le staretz eut beaucoup d’afflictions, mais il surmonta tout par la patience et,
avec l’aide de Dieu, réussit à maintenir des relations sincères et bonnes avec tous ceux qui lui
avaient manifesté de l’inimitié. Il ne disait jamais de mal de personne et tout le monde finit
par reconnaître ses exceptionnelles qualités spirituelles. Le staretz Joseph expliquait, qu’après
la mort du staretz Ambroise, il avait ressenti pour le monastère de Chamordino un sentiment
de compassion tout à fait inattendu. Les sœurs, avec à leur tête l’higoumène Eufrosynia,
commencèrent à demander conseil au père Joseph pour tout ce qu’elles avaient à
entreprendre; dans le monastère, et comme par le passé, rien ne se faisait sans la volonté et
la bénédiction du staretz.
Le staretz Joseph était sévère vis-à-vis de lui-même; il ne refusait jamais de célébrer.
«Nous vivons de cela, comment le refuser ?» Il n’omettait jamais la règle de prière dans sa
cellule. Lorsque certains s’affligeaient de voir le staretz à bout de forces à cause de tout ce
qu’il avait à faire, il citait l’exemple de saint Théodore le Studite qui, emprisonné, réconfortait
les clercs et continuait, malgré les souffrances de ses plaies, à dispenser son enseignement à
ses enfants.
Il ne restait jamais inactif, ne cherchait les bonnes grâces de personne, ne donnait de
préférence à personne. S’il recevait une grosse somme d’argent pour commémorer quelqu’un,
ou si une femme du village apportait en cadeau un essuie-main, ses paroles de remerciement
étaient toujours les mêmes : «Que Dieu vous sauve», il donnait une prosphore, un petit livret
d’enseignement spirituel, une petite icône en bénédiction, et une chaleureuse parole paternelle
comme souhait de bon retour. Ses proches parents avaient le même accueil dans la salle de
réception que les autres invités. Il n’invitait personne chez lui et ne refusait de voir personne.
Accueillant tout le monde, le père Joseph répondait aux questions posées, mais ne parlait
jamais le premier. Il disait : «Celui auquel on pose des questions, ne doit pas parler de lui-
même, mais uniquement répondre à celui qui le demande». Les brèves réponses et les
enseignements du staretz étaient plus efficaces que de longues conversations. De lui émanait
toujours un calme céleste. Les arguments d’amour-propre et d’autosatisfaction se brisaient
contre cette unique parole : «Que faire, il faut supporter !»
Les enseignements du père Joseph, héritier de l’expérience spirituelle du moine du
grand schème Ambroise se différenciaient des enseignements de son maître dans la façon de
les exprimer. Le staretz Ambroise était un homme instruit, il avait un caractère généreux et de
ses paroles coulait une grâce particulièrement puissante. Elles attiraient par la luminosité de la
pensée, le pittoresque, la vivacité et une gaieté «intelligente», derrière laquelle se cachaient
une profonde sagesse «spirituelle» et une connaissance de la vie. Le staretz Joseph était la
concentration même, son discours était discret et empli uniquement des enseignements des
saints Pères. Le staretz Ambroise disait : «Le père Joseph me sera supérieur», sous-
entendant, vraisemblablement, son humilité.
En plus de l’influence mystérieuse qu’il exerçait sur les âmes par sa parole remplie de
la grâce de l’Esprit, le père Joseph avait reçu de Dieu le don de guérir les passions et les
maladies corporelles ainsi que le charisme de la clairvoyance. Grande était la puissance des

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prières du staretz Joseph et ceux qui se remettaient avec foi à ses conseils passaient avec
bonheur leur chemin terrestre.
En janvier 1894, le supérieur de
l’ermitage remit son âme à Dieu ainsi
que le père spirituel des moines, le
moine du grand habit Anatole. Selon le
désir des frères, le moine du grand
schème Joseph fut confirmé supérieur de
l’Ermitage et père spirituel. Le staretz ne
se démit jamais des préoccupations liées
à sa fonction de supérieur, il s’intéressait
à tout, n’oubliant pas qu’il aurait à
rendre compte à Dieu de l’œuvre qui lui
avait été confiée.
Dans les affaires économiques, il
faisait preuve de sens pratique et de
prudence, il n’aimait pas les excès. Il ne
changeait rien, sauf en cas de nécessité
absolue, de ce qui avait été instauré par
les précédents startzy et ses
prédécesseurs à la tête de l’Ermitage. Vis-à-vis des frères, il se montrait ferme, sévère et
exigeant. Il enseignait l’humilité, la patience, l’obéissance sans hypocrisie et de manière
générale ce que doit être la vie monastique. Il savait apaiser, réconforter et conduire toutes les
âmes vers l’obéissance, exigeant que la bénédiction soit demandée pour toute chose.
Parallèlement à ce mode de vie ascétique et son amour pour la simplicité et la
discrétion, le staretz Joseph estimait beaucoup la science et l’activité publique. Tout se qui
touchait le domaine public et la vie de l’église l’intéressait. Ayant de nombreuses relations
dans ces milieux, il les exhortait à ne jamais fuir leurs devoirs. Il considérait que d’avoir
autour de soi des gens actifs et bons était aussi indispensable que d’avoir de bons moines. Un
novice de l’Ermitage entra à l’Académie Ecclesiastique et quelqu’un en exprima le regret : «Il
est plus difficile d’être un bon moine !»
«Non, répondit le starets, être un bon évêque est encore plus difficile et de tels
évêques en ce moment sont nécessaires, – la vie passée dans l’Ermitage n’a pas été vaine,
elle lui sera utile».
Le staretz Joseph rassemblait les lettres de son maître et les faisait éditer dans le
journal intitulé : «Lecture utile à l’âme». Dans le numéro de janvier 1898, ainsi que dans un
tirage à part, avait été publié un extrait de la lettre du staretz Joseph à la rédaction du
journal, sous le titre «Gogol, Kiriéevskii, Dostoievsky et Léontiev et les startzy du monastère
d’Optino Poustine».
Dans le même journal, numéro du mois d’octobre 1901, dans l’article paru sous le titre
«Les chrétiens orthodoxes peuvent-ils prier pour les chrétiens non-orthodoxes ?», avait été
publiée la réponse du moine du grand schème Joseph à une lettre venant de l’étranger, écrite
par une femme orthodoxe russe mariée à un protestant. Dans cette réponse est exposé
l’enseignement orthodoxe concernant la prière pour les hétérodoxes, tant de l’Eglise qu’en
privé.
Pendant douze ans, le moine du grand schème Joseph, qui avait pris sur lui l’exploit
ascétique de la prière pour le monde entier, nourrissait son cœur par la prière incessante et
confessait les moines et le supérieur de l’Ermitage. Arriva l’année 1905, riche en évènements
tragiques. Le staretz fut souvent malade et il s’affaiblissait. A la suite de la maladie qu’il eut à
surmonter en mai, il fut obligé de demander sa démission en tant que supérieur de l’Ermitage
et par la suite de ses fonctions de confesseur. Le moine du grand schème Joseph n’abandonna
ni son ascèse et ni son rôle de staretz jusqu'à la fin de sa vie. L’archiprêtre Paul Levachev,

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qui eut la grâce de voir le staretz Joseph éclairé par la lumière du Thabor, certifie : «J’ai visité
le monastère d’Optino Poustyne pour la première fois en 1907. J’ai vu un vieillard d’âge
avancé, fatigué par une ascèse incessante, le jeûne et qui avait du mal à se lever de sa
couche. A cette époque, il était malade. Nous nous sommes salués. Quelques secondes plus
tard, j’ai vu autour de sa tête une lumière extraordinaire à 1m 50 du sol et un large rayon de
lumière qui tombait sur lui d’en haut, comme si le plafond était ouvert. Le rayon venait du ciel
et il était semblable à la lumière qui entourait sa tête; le visage du staretz était éclairé de la
grâce divine et il souriait. Je ne pouvais détacher mon regard d’une vision aussi extraordinaire
et j’ai dit au revoir au père au moins dix fois, continuant à regarder ce visage illuminé par la
grâce, rayonnant d‘un sourire angélique et de cette lumière d’un autre monde. La lumière que
je voyais au-dessus du staretz ne ressemblait à aucune lumière terrestre, comme celle du
soleil, de la lune, du phosphore, de la lumière électrique, etc. autrement dit, dans la nature, je
n’ai rien vu de semblable. Je m‘explique cette vision par le fait que le staretz était plongé dans
une profonde prière et que la grâce de Dieu a du descendre sur son Elu … Je transmets tout ce
qui précède, comme étant la vérité absolue; il n’y a pas l’ombre d’une exagération ou
d’invention, ce que je certifie par le Nom de Dieu et par ma conscience de prêtre».
En février 1911, la Supérieure du monastère de Chamordino, l’higoumène Catherine,
remit son âme à Dieu. Les soucis du staretz
augmentèrent et cela se répercuta sur sa santé; le 11
avril, son état empira. Le 20 avril, l’icône miraculeuse de
l a To u t e S a i n t e M è r e d e D i e u d i t e « D u
Signe» (Znamenie), qui était à l’ermitage, fut apportée
dans la cellule du staretz et un office d’actions de grâce
fut célébré. Du monastère furent apportées l’icône de la
Toute Sainte Mère de Dieu de «Kazan» et la soutane de
saint Séraphin de Sarov. Deux jours plus tard, le staretz
manifesta le désir de faire ses adieux aux moines de
l’Ermitage, et, à leur suite, vinrent les moines du
monastère, les moniales de Chamordino, de Belev, et les
laïcs qui étaient ses enfants spirituels. Lorsque les
moniales, en pleurs, demandèrent à celui qui s’éteignait
devant leurs yeux à qui il les confiait, il répondit : «A
Dieu»; Jusqu’à sa mort, le staretz resta tout à fait
conscient.
Le 9 mai au soir, le visage de celui qui s’éteignait
peu à peu s’éclaira d’une lumière d’un autre monde, une
paix et une profonde sérénité s’y gravèrent, ses lèvres
continuant à prier. A 22h 45, le staretz remit son âme à
Dieu. Cette nuit-là, plusieurs moines le virent en rêve, le
visage éclairé et joyeux. Les jours suivants, il apparut à
plusieurs personnes et à la question : «Comment, père,
est-ce possible, puisque vous êtes mort ?» il répondit :
«Non, je ne suis pas mort, au contraire, à présent je suis
tout à fait en bonne santé».
Le 12 mai furent solennellement célébrés les
obsèques du staretz et moine du grand schème Joseph et
son cercueil déposé au pied de celui du staretz Ambroise;
au dessus de leur tombe fut élevée une croix devant Starets Ambroise
laquelle brûlait une veilleuse à la flamme perpétuelle.
Depuis, par l’intercession du staretz et moine du
grand schème Joseph, qui avait trouvé grâce auprès de Dieu, et qui était vénéré comme un
saint, eurent lieu une multitude de miracles et de guérisons.

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EXTRAITS DES INSTRUCTIONS DU STARETZ JOSEPH

En enseignant la patience, l’humilité et l’absence de méchanceté, le staretz Joseph


donnait le premier l’exemple de l’accomplissement de ces vertus. Pendant le demi-siècle de sa
vie monastique, il eut beaucoup d’afflictions et d’épreuves, qu’il supporta avec une telle
sérénité et une telle tranquillité, que les personnes étrangères au monastère ne pouvaient
même pas les soupçonner. Lorsqu’on lui relatait des actes qui pouvaient troubler, le staretz
disait : «Que faire, il faut supporter; cela ne nous fera pas de tort, au contraire, nous n’en
tirerons que du profit si nous le supportons avec humilité». Si l’on se plaignait de quelqu’un ou
le condamnait, il répondait : «Ah, si nous étions meilleurs, tout irait mieux aussi pour nous».
Lorsqu’on reconnaissait en confession condamner des personnes qui ne lui étaient pas
favorables, il disait : «Il ne faut pas condamner; car ce n’est pas eux, mais l’ennemi qui les
trouble; il faut prier pour eux». Lorsqu’on voulait le persuader de s’adresser à des personnes
qui avaient de l’admiration pour lui, parmi lesquelles se trouvaient des personnes influentes, il
répondait : «Pourquoi vais-je écrire et monter les gens du monde contre le monastère ?» Le
staretz Joseph aimait répéter et gardait toujours cette règle pleine de sagesse : «Si cette
œuvre ne vient pas de Dieu, elle se détruira (Ac 5,38).»
Le staretz priait sans cesse et pratiquait la prière du cœur (l’œuvre intérieure de la vie
spirituelle). Son servant (syncelle) le surprenait souvent en train de prononcer à voix basse,
avec beaucoup de piété et de contrition, la prière de Jésus. Le staretz n’interrompait pas cette
prière même en s’occupant des visiteurs; il pria jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre,
jusqu’à son dernier souffle. Il invitait chacun à pratiquer cette prière, il disait que la prière est
la seule œuvre indispensable pour tout chrétien. Il enseignait de la prononcer clairement, sans
se presser. Le diable habituellement souffle des pensées pour détourner l’attention; alors, à ce
moment, il faut, avec encore plus de ferveur, s’enfoncer dans la prière; les pensées, c’est-à-
dire le diable, fuira, brûlé par le terrible (pour lui) Nom de Jésus. Pour réussir dans la prière de
Jésus, il faut être humble en tout : dans le regard, dans la démarche, dans les vêtements. Le
staretz avertissait sévèrement les impatients et les inexpérimentés de ne pas essayer même
d’effleurer les hauts degrés de la prière. Il enseignait de suivre la voie de la prière
graduellement, en commençant par la prière de Jésus prononcée à haute voix et,
immanquablement avec le chapelet. Voici une de ses instructions écrites : «Vous me
demandez de vous donner des instructions pour cesser d’être distrait pendant la prière. Pour
nous, pécheurs, il n’est pas possible de ne pas être distrait du tout. Mais il faut essayer quand
même, autant que possible, de concentrer son intellect, en l’enfermant dans les paroles de la
prière, c’est-à-dire, en comprenant le sens de chaque mot.
Il ne faut pas être troublé par la froideur et l’endurcissement du cœur, il faut continuer à se
forcer à la prière, reconnaissant être indigne de consolation et d’attendrissement. Si la prière
n’est pas fervente, il ne faut pas en déduire qu’elle n’est pas agréable à Dieu; parfois, une
telle prière est même comptée à l’homme comme un exploit ascétique, si seulement l’homme
s’humilie et se fait, de toutes les manières, des reproches devant Dieu».
Le staretz disait que la prière du cœur vient d’elle-même à mesure que l’on se purifie et
que l’on prend l’habitude de la prière verbale, mais «même si tu n’as pas obtenu
complètement les fruits et la perfection de la prière, et que tu meurs sur la voie qui mène vers
elle, alors cela est bon». «Ne recherche pas ce qui est haut; tout est donné, selon si ce qui
plaît à Dieu». Ayant acquis la patience, le starets conduisait également les autres par cette
voie. «Par votre persévérance, vous sauverez vos âmes (Luc 21,19), étaient ses paroles
préférées.» «Les consolations, même spirituelles, font plus de tort que de bien aux
inexpérimentés», disait-il, «par elles l’âme imperceptiblement s’enorgueillit et, ayant pris cette
habitude, faiblit». A la question, quel est le vrai but que l’on doit avoir en priant, le staretz
répondait : «Le salut, demander d’être pardonné, et non la consolation; prier non par vanité,
mais pour supporter avec reconnaissance toutes les afflictions qui adviennent. Si nous

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recevons quelques consolations dans la prière, nous devons nous considérer encore plus
fautifs et redevables, les ayant reçues gratuitement».
Toutes les instructions du staretz sont emplies de l’esprit des enseignements des pères.
Pour les moines, il considérait que l’obéissance et le fait de se faire des reproches à soi-même
sont les plus hautes vertus, car elles font naître l’humilité, qui établit Dieu dans l’âme.
Le staretz ne permettait à personne de refuser une obédience, en disant que celui qui
jusqu’à la fin remplit l’obédience qui lui a été désignée, devient digne d’une fin bienheureuse.
Lorsque quelqu’un se plaignait de la difficulté de son obédience et des afflictions qui y étaient
liées, il répondait avec un tendre amour paternel : «Et alors, pour la peine, vous serez
martyrs», et essayait de faire comprendre que chaque homme doit avoir de la patience en
tout, à la place qui lui est allouée et, ceci, jusqu’à la fin. «Ce que tu as entrepris, disait-il, tu
dois le garder et supporter tout ce qui advient; n’abandonne seulement pas le lieu où Dieu t'a
placé et fais toi toujours des reproches; ainsi, tu trouveras le salut».
On disait au staretz : «Voilà, à nouveau une mauvaise récolte». «Oui, disait-il, il y a
pénurie en tout, mais pas en péchés; Dieu envoie les mauvaises récoltes, parce qu’à présent
on a cessé de respecter les jeûnes, même dans le peuple; alors ainsi, on est obligé de jeûner
bon gré-mal gré».
On demandait : «Père, serons-nous avec vous dans l’autre monde ? Nous aiderez-vous
et, en général, allez-vous répondre pour nous ?» «Oui, répondait le staretz, mais avec moi
ne seront que ceux et je ne répondrai que pour ceux qui m’ont obéi en tout sans discuter».
Quelqu’un disait : «Il aurait été préférable pour moi que, dans le monde et pendant le carême,
je mange une demi-livre de viande, plutôt que de me rassasier de pain ici au monastère». Le
staretz objecta : «Même si tu manges deux livres de pain, tu ne pèches pas contre l’Ordo de la
Sainte Eglise».
Une personne voulait prouver que Dieu peut pardonner un suicide. Le staretz dit : «Ce
n’est pas notre affaire de discuter sur ce sujet; le Seigneur peut pardonner, mais à nous il
appartient de faire ce que la Loi prescrit. Comme les juges doivent condamner les criminels
aux châtiments, le Roi peut aussi gracier».
Le staretz disait : «Si on ne fait pas pousser un arbre, comment s’attendre à avoir des
fruits ? L’arbre sur lequel pousse le moine en son for intérieur est : – le carême, toutes formes
d’abstinence, assister aux offices, le travail corporel, – alors il donnera des fruits.»
«Comme le rayon de soleil ne peut pénétrer à travers le brouillard, ainsi les discours
(ou paroles) d’un homme uniquement instruit, mais qui n’a pas vaincu ses passions, ne
peuvent agir sur l’âme. Celui qui lui-même a vaincu ses passions et a acquis l’intelligence
spirituelle, celui-là, même sans instruction, a accès au cœur de chacun.» «Cherchez avant tout
le Royaume de Dieu et Sa justice, et tout le reste vous sera donné de surcroît» (Mt 6,33).
«Les anciens moines agissaient dans cet esprit et le Seigneur leur fournissait l’indispensable et
même davantage. Ils donnaient toutes leurs forces dans l’accomplissement des offices et de
leurs obédiences, et le Seigneur pourvoyait à tous leurs besoins. Si, par contre, l’on entre dans
un monastère et que l’on ne pense qu’aux habits et à la nourriture, le Seigneur n’envoie rien,
à nous pécheurs.» «Il est bon pour nous d’être bousculés. L’arbre qui est balancé par le vent,
fortifie ses racines, tandis que celui qui est à l’abri tombe rapidement». «Faites une réserve de
patience ! Il est dit: Par votre patience, vous sauverez vos âmes». (Luc 21,19). «Sans
patience, même une maison provisoire ne peut être construite, d’autant plus la vie éternelle.
Et nous, nous cherchons ce qui est le plus facile. Ce qui est facile pour le corps n’est pas bon
pour l’âme, et ce qui est bon pour l’âme est difficile pour le corps. C’est ainsi qu’il faut par
l’effort aller vers le Royaume céleste». «Les afflictions – c’est notre voie – nous suivront tant
que nous ne parviendrons pas jusqu’à la patrie qui nous a été fixée, c'est-à-dire, l’éternité …
Ce qui est triste, c’est que nous pensons peu à l’éternité et que nous ne pouvons donc pas
supporter même un petit reproche verbal. Nous augmentons nous-mêmes nos peines, lorsque
nous commençons à murmurer. Il faut de la patience et de la magnanimité en tout, comme

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une ancre l’est pour le navire, afin que lors d’une tempête, il ne se brise pas contre les
rochers».
Le staretz écrivait à un prêtre : «Vous écrivez que certains chez vous traitent, par les
prières, les morsures de serpents. Il serait bon que vous regardiez ces prières. Car il y a des
prières sans aucun sens, ou même avec un soupçon de blasphème. De telles prières ne
peuvent que réjouir les démons, même s’il se peut qu’une certaine aide soit quand même
apportée. Il faut prier à l’aide des prières utilisées et reconnues par la sainte Eglise et, en plus,
il convient mieux qu’elles soient lues par des prêtres de Dieu, et non par le simple peuple».
On demanda un jour au staretz : «Il arrive qu’on rencontre un homme qui a tout l’air
d’être clairvoyant, mais on a le sentiment que quelque chose n’est pas tout à fait juste.
Comment savoir si sa clairvoyance vient de Dieu ?» «De telles personnes doivent être
reconnues d’après leur humilité», répondit le staretz, car l’ennemi peut donner à l’homme la
clairvoyance, mais il ne donne jamais l’humilité, car elle le brûle.»
Citons des extraits du journal d’un moine. «Père, dis-je, je suis vaincu par la paresse;
je sais que cela n’est pas bien mais je suis vaincu à nouveau». Le staretz dit à cela : «Il est dit
dans l’Evangile : Le Royaume de Dieu est conquis par ceux qui se font violence (Mt 11,12). Il
faut donc se forcer en tout; les passions doivent être retranchées dès le début, lorsqu’elles
sont jeunes, car à ce moment elles sont comme des petits chiots qui aboient – tu leur fais
peur et ils se sauvent. Si on leur permet de se fortifier, elles vont, comme des lions, s’élever
contre toi et tu ne pourras pas lutter avec elles.» J’ai demandé : «En quoi, mon père, faut-il
davantage se forcer ou s’abstenir ?» Le staretz : «Dans le sommeil, la nourriture, la boisson,
la parole; surtout, il ne faut pas parler à l’église».
«Mon père ! La pensée me dit depuis longtemps : Ne possède rien, ainsi que
l’enseignent les saints pères.» Le staretz répondit à cela : «Possède ce dont tu as besoin et ce
qui est indispensable, mais n’amasse rien de superflu, car si tu n’as rien et que tu en es
affligé, à quoi bon ? Maintiens-toi plutôt dans le juste milieu. On peut posséder, mais il ne faut
surtout pas s’attacher à quoi que ce soit; il faut être comme celui qui n’a rien; ainsi étaient les
saints».
«Père ! Comme j’aurai voulu être toujours accompli dans mon état, dans l’exécution de
mes promesses de moine et en général devant Dieu, dans toutes mes œuvres et mes actes.
Parfois le cœur semble brûler pour Dieu et je suis prêt à accomplir sa volonté, mais dès que la
décision est prise de mener une vie attentive, l’ennemi immédiatement me dépossède; mon
âme est affligée d’une telle négligence. Quand est-ce que je commencerai à vivre
correctement ? Le temps passe».
Le staretz : «Que faire ? Nous sommes fautifs devant Dieu; il faut prier pour cela. Tu sais ce
qui est écrit chez saint Macaire le Grand : Il faut instamment crier vers Dieu, afin qu’Il nous
prenne en pitié et nous vienne en aide Lui-même, car par, nos propres forces, par nous-
mêmes nous ne pouvons rien faire de bon. Si nous prions souvent Dieu, L’importunons,
clamons notre peine avec beaucoup d’humilité, alors le Seigneur nous aidera.»
Un jour, le père me dit : «Beaucoup pleurent, mais non pas sur ce qu’il faudrait; il y en
a beaucoup qui paraissent humbles, mais ne le sont pas vraiment».
Une fois, quelqu’un dit au staretz : «Pourvu que vous viviez, père !» Le staretz répondit
à cela : «Nous vivrons encore. Tant qu’une nouvelle arme n’est pas préparée, le Seigneur ne
reprend l’ancienne». Il faut nous efforcer nous-mêmes de vivre selon les commandements,
sinon le Seigneur reprend les startzy et nous laisse orphelins.»

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