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Milieux Diélectriques en Électricité III

Ce document traite des milieux diélectriques, en expliquant leur rôle en tant qu'isolants électriques et thermiques, ainsi que leur utilisation dans les condensateurs. Il définit des concepts clés tels que l'électrostatique, le moment dipolaire et le vecteur polarisation, tout en abordant les aspects macroscopiques de l'étude des diélectriques. Enfin, il présente les relations entre les champs électriques et les charges de polarisation dans ces milieux.

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Milieux Diélectriques en Électricité III

Ce document traite des milieux diélectriques, en expliquant leur rôle en tant qu'isolants électriques et thermiques, ainsi que leur utilisation dans les condensateurs. Il définit des concepts clés tels que l'électrostatique, le moment dipolaire et le vecteur polarisation, tout en abordant les aspects macroscopiques de l'étude des diélectriques. Enfin, il présente les relations entre les champs électriques et les charges de polarisation dans ces milieux.

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Faculté des Sciences Aïn Chock

Département de Physique
Année universitaire (2020-2021)

COURS DÉLECTRICITÉ III


Filière SMP-S4

Prof. Reda Moubah et Hassan Lassri


1
Chapitre I: Milieux diélectriques

Introduction sur l’utilisation des diélectriques

- Les diélectriques étant de bons isolants électriques et thermiques, et sont donc


utilisés pour gainer les câbles électriques afin d'éviter des contacts avec d'autres câbles
ou des personnes.

- Les diélectriques sont utiles dans les condensateurs. Dans le cas, très simple, du
condensateur plan, on peut rapprocher les plaques sans risque de contact ou de
claquage. On insère ainsi des couches de diélectriques dans les condensateurs
industriels, ce qui permet d'augmenter la capacité en diminuant l'encombrement.

I) Définitions

- L'électrostatique est l'étude des propriétés de l'espace environnant les charges fixes
dans un référentiel R. Un observateur lié à ce référentiel constate l'existence d'un
champ électrostatique E dérivant d'un potentiel électrostatique V :
E   grad V

- Un champ est uniforme s'il ne dépend pas des coordonnées d'espace. Un champ est
constant (ou permanent) s'il ne dépend pas du temps.

- Un milieu est diélectrique si la matière possède des charges liées

Les isolants (verre, plastiques,….) sont de bons diélectriques.

- Un dipôle électrostatique est un ensemble de deux charges -q et +q situées à une


distance d très petite par rapport à la distance du dipôle au point d'observation (point
où on évalue le potentiel V et le champ électrostatique E créés par le dipôle.
 
Le moment dipolaire est : p  qd

Le potentiel crée par un dipôle électrostatique en un point M est:



V (M )  p.r / 40r 3

Champ créé par un dipôle électrostatique : E   grad V


2
Potentiel créé par un dipôle électrostatique, approximation dipolaire

+q
NP = d
-q

⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ = 𝑞𝑑𝑢
On définit le moment dipolaire, noté 𝑝⃗, par 𝑝⃗ = 𝑞𝑁𝑃 ⃗⃗𝑧 . En utilisant le théorème de
superposition. Le potentiel crée par ce dipôle en un point M est donné par l’expression
suivante.

3
II) Aspect macroscopique de l'étude des diélectriques

Un milieu diélectrique est un milieu dans lequel il n'y a pas de charges électriques
libres. Toutes les charges sont liées et se déplacent difficilement sous l'action d'un
champ électrostatique extérieur.

Un milieu conducteur est caractérisé par la présence de charges électriques dites libres
qui se déplacent facilement sous l'action d'un champ électrostatique appliqué.

1) Vecteur polarisation P

On appelle vecteur polarisation P , le moment dipolaire par unité de volume :
 
P  d p / d


P est une grandeur vectorielle qui caractérise le degré de polarisation du diélectrique.

2) Potentiel créé par un diélectrique en un point extérieur

Fig. 1. Potentiel créé par



un diélectrique
Soit un diélectrique polarisé de polarisation P de volume D. Un élément de volume d
 
placé au point N se comporte comme un dipôle de moment dp  Pd et crée en M un
potentiel donné par :
𝑑𝑝⃗ . 𝑟⃗ ⃗⃗ 𝑑
𝑃⃗⃗ . 𝑢 𝑟⃗
𝑑𝑉(𝑀) = = ; 𝑟
⃗ = ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑁𝑀 et 𝑢
⃗⃗ =
40 𝑟 3 40 𝑟2 r

1 ⃗⃗
𝑢 1 ⃗⃗
𝑢
Rappel: ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑔𝑟𝑎𝑑𝑀 ( ) = − ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
2 et 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑁 ( ) =
𝑟 r 𝑟 r2

4
1
𝑔𝑟𝑎𝑑𝑁 (𝑟) 𝑑
𝑃⃗⃗ . ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
d'où 𝑑𝑉(𝑀) =
40
𝑃⃗⃗ 1 1
Or 𝑑𝑖𝑣𝑁 ( ) = 𝑑𝑖𝑣𝑁 (𝑃⃗⃗) + 𝑃⃗⃗. ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑔𝑟𝑎𝑑𝑁 ( )
𝑟 𝑟 𝑟

Le potentiel crée en M par l'ensemble du diélectrique polarisé D est alors :


 
V ( M )   divN ( P / r )d / 40   divN ( P)d / 40 r
D D

En utilisant le théorème de Green-Ostrogradsky ( D div X d  S X d S ) pour la


première intégrale,
  
V ( M )   P( N ' ).ndS / 40 r '  divN ( P)d / 40 r
S D

r  NM et r ' N ' M

Ce potentiel s'exprime sous la forme de deux intégrales, l'une surfacique, l'autre


volumique, faisant apparaître des décroissances en 1/r. Tout se passe donc comme s'il
existait une distribution de charges, dites de polarisation, placées dans le vide, et dont
les densités s'expriment en fonction du seul vecteur polarisation P :
 
Densité surfacique :  P ( N ' )  P ( N ' ).n

Densité volumique :  P ( N )  divN P( N )

n est la normale extérieure au diélectrique

Fig. 2 : Une sphère polarisée uniformément

5
3) Champ électrostatique créé par un diélectrique polarisé en un point extérieur

Le champ électrostatique crée par les charges surfaciques et volumique du milieu


diélectrique polarisé st donné par :

  
E (M) = 
S
[Link] r / 40r3+ D Pd r / 40r3.


Remarque : les expressions de vecteur E ci-dessus restent valables en tout point de
l’espace.

4) Interprétation qualitative (les flèches représentent le vecteur polarisation) :



a) P uniforme


P = -div P = 0, il n'y a pas de densité volumique de charges de polarisation.
 
P = P . n = P, les densités surfaciques sont opposées aux deux extrémités.


b) P non uniforme

 
Avec P = P uz (l'axe Oz dirigé vers la droite) et P/z <0, ce qui conduit à :
P = -P/z>0. La densité volumique étant la plus importante là où la polarisation
varie le plus rapidement (de 4 à 2 sur le dessin).

P- > P+, la densité surfacique augmente avec l'intensité du vecteur polarisation.
6
5) Remarques

a) Charge totale de polarisation

Le diélectrique est initialement neutre et donc le reste après polarisation; la


conservation des charges liées (de polarisation), particulièrement apparente sur les
dessins ci-dessus supposent donc :

S P(N').dS + D P(N) d = 0 où encore


  
 P( N ' ).ndS S - D divM P (N) d = 0 vérifie d'après Green-Ostrogradsky.
S

 
Le théorème de Green-Ostrogradsky exprime la correspondance entre X et div X
  
 X .ndS
S
= D divM X d.

b) Courant de polarisation

Pour l'instant, il ne s'agit que d'électrostatique; cependant la mise en place des charges
de polarisation pendant la phase d'établissement de la polarisation (régime transitoire)
s'accompagne d'un courant de polarisation jP donné par l'équation locale de
continuité:
  
divN jP + P(N) / t = 0  divN jP =  (divN P ) / t
 
d'où jP =  P / t.

Si P est uniforme le potentiel V(M) est alors :

     
V(M) = D P d u / 40r2 = P D 1 d u / 40r2  V(M) = P E ' (=1).

7
 2
E ' apparaît comme le champ électrique (en 1/r ) crée au point M par une distribution
volumique de charges de densité  = 1 et occupant le même domaine D. Ce résultat est
utile dans certains

exercices ; à noter qu'il s'agit bien de  = 1 (et non de  = 1C.m-3) et
d'ailleurs E ' n'est pas homogène à un champ électrique (il ne s'exprime pas en V/m); il
s'agit simplement de mettre à profit une technique de calcul d'intégrales triples avec
div E ' = 1/0 sur D.

6) Vecteur excitation électrique D .
 
L'équation de Maxwell-Gauss div E =/0 pour le champ macroscopique E reste
valable dans le diélectrique à condition de considérer la densité volumique totale des
charges :  = l+P,

où l est la densité de charges libres qui créent le champ extérieur E0 et P la densité

de charges de polarisation (ou liées) et qui créent le champ Ed .
  
Avec P = -div P , il vient div (0 E + P ) = l.
   
Par définition D = 0 E + P soit div D = l.

D est le vecteur déplacement (ou excitation électrique); son module D, comme P
s'exprime en C/m2 (homogène à une densité surfacique de charge).
Cette

équation indique que pour une distribution de charges

libres donnée, le vecteur
D est le même dans le vide que dans la matière (alors que E est modifié).

Remarque
   
E = E0 + Ed ( E0 champ extérieur de sources éventuellement modifiées par la présence
du diélectrique) on peut écrire :
 
div E0 = l/0 et div Ed = P/0

Le théorème de Gauss pour
D en notant Ql() la charge libre total intérieure à la
surface fermée  : S D dS = Ql()

7) Les conditions aux limites entre deux milieux

On considère une couche d'épaisseur e "infinitésimale" parallèle au plan xOy (figure


3a). Cette couche possède une charge volumique de densité  et sépare deux milieux
notés "1" et "2". 
On envisage un champ électrique E présent a priori dans les deux milieux.
8

Figure 3a : n est dirigé du milieu 1 vers le milieu 2

Calculons le flux φ de 𝐸⃗⃗ à travers la surface d’un cylindre élémentaire dont les bases
sont de part et d’autre de la surface de séparation. Si φlat est le flux à travers la surface
latérale, l
En décomposant la surface S comme ci-dessus (figure 3b) :

Figure 3b
Le flux φ s’écrit φ= S (𝐸⃗⃗ 2- 𝐸⃗⃗ 1).𝑛⃗⃗ dS + φlat. Pour un cylindre aplati (hauteur
négligeable), on peut négliger φlat, on obtient

S (𝐸⃗⃗ 2- 𝐸⃗⃗ 1).𝑛⃗⃗ dS =S /0 dS  est la densité superficielle de charge; on en déduit donc
:
E2n-E1n = /0
On envisage maintenant un contour rectangulaire MNPQ de surface S, perpendiculaire
au plan xOy et tel que MN>>NP (figure 3c). On pose MN= L et NP =a, donc S=La.

- Utilisant tout d'abord la relation de Maxwell - Faraday :

Figure 3c
Calculons la circulation C du champ électrique 𝐸⃗⃗ le long du contour fermé MNPQ.
C = 𝐸⃗⃗ 1. ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ + Clat=0. NP=MO=a  0, le contour est aplati et on peut négliger
OP +𝐸⃗⃗ 2. 𝑁𝑀
la circulation Clat sur les segments latéraux. On obtient alors que (𝐸⃗⃗ 2 - 𝐸⃗⃗ 1). 𝑁𝑀
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ =0.

9
Comme ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑁𝑀 = NM 𝑡⃗, ou 𝑡⃗ est le vecteur tangentielle à Σ, on en déduit que la
composante tangentielle du champ électrique est continue à la traversée de la surface
de séparation des deux milieux 1 et 2  Et2 = Et1
  
Les deux relations de passage précédentes se résument par : E2 - E1 = (/0) n

Dans le cas d'un conducteur parfait, la conductivité , le champ électrique est
nécessairement nul dans le conducteur.
Si on appelle Eext le champ hors du conducteur, et Eint le champ dans le conducteur
(Eint = 0), la relation de passage conducteur  vide est : Eext = /0.

8) Cas d'un milieu diélectrique linéaire, homogène, isotrope (LHI)

Un milieu diélectrique est :

Linéaire si tous les effets (charges de polarisation, P….etc) sont des fonctions linéaires
du champ électrique E.

Isotrope lorsque les phénomènes qui s'y passent sont indépendants de la direction du
champ.

Homogène quand ces propriétés sont identiques en tout point qui le constitue.
 
Dans le cas d'un milieu diélectrique LHI, D   E où  est la permittivité du milieu.
On écrit aussi  = 0r où 0 est la permittivité du vide et r la permittivité relative du
milieu, grandeur sans dimension.
 
Alors P   0  E avec  = r -1 susceptibilité électrique.

9) Densité de force dans un diélectrique



Pour un dipôle de moment dipolaire p soumis à un champ électrostatique E , la force
qui s'exerce sur ce dipôle est donnée par :

 
f = ( p . grad ) E

Dans le cas d'un diélectrique polarisé de polarisation P , chaque élément de volume d


10
 
est un dipôle de moment dp  Pd et subit dans un champ électrostatique E un
élément de force :
 
d f = (d p . grad ) E = ( P . d. grad ) E

d f / d. = ( P . grad ) E

III) Etude microscopique des milieux diélectriques

Parmi les diélectriques à structure moléculaires, il faut distinguer ceux constitués de


molécules ou d'atomes non polaires et dont la polarisation est de type électronique
(dipôles induits) à faible polarisabilité et ceux constitués de molécules polaires
(dipôles permanents) et dont la polarisation est due à un mécanisme d'orientation, à
polarisabilité équivalente plus importante et fonction de la température.

1) Milieu non polaire

Considérons un atome isolé. Sa charge positive, due aux protons qu'il contient, est
concentrée dans le noyau quasi ponctuel; par contre la charge négative, due aux
électrons, est particulièrement répartie autour du noyau. Pour un atome, dans un état
stationnaire comme son état fondamental, le moment électrique dipolaire est nul, c'est-
à-dire que les barycentres des distributions de charges positives et négatives
coïncident.
Sous l'action d'un champ électrique appliqué, le centre de charge du nuage
électronique dans un atome se déplace légèrement par rapport au centre de charge du
noyau. C'est la polarisation électronique. Le déplacement est minuscule même à
l'échelle atomique, typiquement 10-8 fois le diamètre d'un atome. Le moment dipolaire
acquis est appelé moment dipolaire induit car ce moment disparaît des que le champ
appliqué est supprimé.

Exemples : H, Li, Na, O, C, Al, Ar,…



Pour des atomes sans orientation privilégiée, le moment dipolaire induit p possède la
même direction que le champ appliqué. De plus le champ appliqué est toujours faible
devant les champs internes qui lient les électrons au noyau et une approximation
 
linéaire est très bien justifiée : p = e0 E
Où le coefficient de proportionnalité e est appelé : polarisabilité électronique.

11
Figure 4. Polarisation par déformation
2) Milieux polaires

Dans les milieux polaires, les molécules possèdent un moment dipolaire permanent p
même en l'absence d'un champ électrique extérieur. Ceci est dû au fait que dans leur
état normal, les molécules sont antisymétrique et les barycentre des charges positives
et négatives sont distincts (c'est le cas de n'importe quelle molécule diatomique
constituée de deux atomes différents, comme HCl ).
Les molécules polaires s'alignent et se polarisent plus encore dans un champ électrique
appliqué. C'est la polarisation d'orientation. Les collisions dues à l'agitation
thermique détruisent partiellement cet alignement.

Exemples : H2O, NH3, NaCl, HCl….

Un diélectrique polarisé possède son propre champ, qui s'ajoute à celui des autres
charges. Les deux champs peuvent être d'amplitudes comparables.

3) Notion de champ local

Lors de l'étude macroscopique des milieux diélectriques, nous avons défini un champ
macroscopique E à l'intérieur du milieu diélectrique, qui est la somme du champ
extérieur (champ polarisant) E 0 et du champ créé par les charges liées E P .

12
En tout point M du diélectrique, D, le champ macroscopique est alors :

E m = E0 + E P

Mais une molécule du diélectrique n'est pas soumise à E m , mais plutôt au champ réel
où se trouve cette molécule. C'est le champ local noté E L .
La différence entre les champs E m et E L est que dans le calcul de E L , il ne faut pas
tenir compte du champ créé par la molécule se trouvant en M.
On peut montrer que dans certains milieux diélectriques, le champ local a pour
expression : E L = E m + P / 30, et il est appelé dans ce cas : champ de Lorentz.

4) Polarisation d'orientation : théorie de Langevin

Un diélectrique homogène de volume V comporte N molécules polaires identiques de



moment électrique p (dipôles permanents de densité volumique n = N/V). En
l'absence de champ électrique, les orientations sont quelconques à cause de l'agitation
thermique et la polarisation résultante P est nulle. La présence d'un champ électrique
local E L conduit à un état d'équilibre statique où l'intensité du vecteur polarisation est
fonction de l'intensité E L du champ et de la température absolue T.

Dans le cadre de la théorie de Langevin :

- les interactions entre dipôles sont négligées, seule est prise en compte l'interaction

entre le champ local E L et les moments p .
- la loi de répartition de Boltzmann est adoptée d'être à l'énergie U est
proportionnelle à exp(-U/kT) où k est la constante de Boltzmann.

Si le champ local E L est pris uniforme et dirigé suivant l'axe Oz d'un système de
coordonnées sphériques.

13
Figure 5.

L'énergie électrostatique d'un dipôle p dans le champ local est :



U = - p . E L  U() = - p EL cos
xf
Elle est évidemment indépendante de l'angle  (invariance par rotation autour
de l'axe Oz).

Ou  est l'angle entre la direction du moment dipolaire et celle du champ E L . Libre de


s'orienter, la tendance naturelle du dipôle est d'aligner son moment dipolaire selon le
champ appliqué. Cependant, cette tendance est contrariée par l'agitation thermique qui
tend au contraire à répartir les orientations au hasard. L'équilibre entre ces deux
tendances opposées fait émerger, pour chaque dipôle, une probabilité de réalisation
d'une orientation particulière de son moment dipolaire. Ainsi, la probabilité pour que
le moment dipolaire pointe à l'intérieur d'un angle solide d= sin dd d' autour
d'une direction moyenne définie par les angles sphériques  et  est donnée par

U p 𝐸 𝐿 cos 
1 1
d = 𝑒𝑥𝑝−kT d = 𝑒𝑥𝑝− kT 2sin d .
𝑍 𝑍

Ou Z est une constante de normalisation qui se détermine en sommant sur toutes les
orientations possibles, c’est à dire telle que l’intégration de la probabilité élémentaire
donnée ci-dessus sur tous les angles possibles soit égale à 1,
avec x = p EL/kT :

 d = 1 = 2/Z 
0
exp(-xcos) sin d2/Z (2sinh x)/x  Z =4sinhx/x

Avec cette loi de probabilité, calculons la valeur moyenne du moment dipolaire de


chaque dipôle :

14
Comme la loi de probabilité ne dépend pas des valeurs moyennes de px et de py sont
nulles. Celle de pz est

L(x) est la fonction de Langevin. C'est une fonction positive, strictement croissante,
dont la valeur

Si x   (champ fort et basse température), L(x)  1; l'action d'orientation du champ


l'emporte sur l'agitation thermique et tous les dipôles sont parallèles à EL. (Cette
saturation de polarisation est théorique et non réalisable dans les conditions
habituelles).

Figure 6 : L(a) en fonction de a (a=x)

Pour x<<1 L(x)  a/3 et la polarisation s'écrit P  (np2/3kT)EL.


( cothx = 1/x + x/3 - x3/45 + ……)

15
Les dipôles électriques des molécules polaires s'orientent sous l'action du champ
électrique, alors que sans champ, en moyenne, le moment résultant est nul; cette
orientation est sensible à T car la tendance au désordre augmente avec la température.

L’énergie totale des N dipôles dans le champ EL est :

U = dN W() = -NpEL L(x)

x : U(x)  -NpEL

x0 : U(x)  -NpELx/3

La capacité calorifique à champ constant : CE (T) = (U/T)E = Np2EL2/3kT2.


L L

16
Chapitre II : Milieux aimantés

Rappel sur le magnétisme

 Les pierres magnétiques sont connues depuis l’antiquité. Elles ont été utilisées très
tôt par les marins comme boussole.
 Avant 1600, Gilbert effectue des recherches sur le magnétisme terrestre et émet
l’hypothèse que la terre est un aimant géant.
 1819 : Oersted observe que des fils conducteurs parcourus par un courant
électrique créent un champ magnétique.
 1820 : Biot et Savart puis Ampère é́ tablissent des relations expérimentales sur le
champ magnétique et sa production par des courants électriques

I. Aspect macroscopique de l'étude des milieux aimantés

1) Vecteur aimantation

Certains milieux matériels dits aimantés sont sources de champs magnétiques dont on
constate qu'ils sont de même nature que les champs magnétiques produits par des
courants de charges. Dans un milieu aimanté, chaque élément d possède moment

dipolaire magnétique dm . L'aimantation du milieu peut être alors entièrement
caractérisée (au niveau macroscopique) par le vecteur aimantation M qui représente la
densité volumique du moment dipolaire.

Définition

On appel vecteur aimantation M, le moment dipolaire par unité de volume :

 dm 
M 
d

M est une grandeur vectorielle qui caractérise le degré d'aimantation d'un milieu.

17

2) L'induction magnétique B ( La loi de Biot et Savart)

A proximité d'un circuit électrique C parcouru par un courant stationnaire I il existe un


champ magnétique en un point P de l'espace, comme sur la Fig. 1.

Figure 1. Circuit C parcouru par un courant I. En P l'induction magnétique est B.

De manière générale, le champ magnétique créé par une distribution de courant est
donnée par la loi de Biot et Savart :
 µ0 I dl  u
4 C r 2
B=
Où l'élément dl du circuit est en M et r est la distance entre P et M.

Comme d'habitude, le vecteur unitaire u est orienté de la source vers le point
d'observation P. C'est la loi de Biot et Savart. L'intégration ne peut être effectuée
analytiquement que pour les géométries les plus simples.

Par définition, µ0  4.10-7 wb/(A.m), c'est la perméabilité du vide.

L'unité de l'induction magnétique est le tesla (symbole T).


1T = 1 (V/m) (S/ m) = wb/m2
Un volt - seconde est défini comme un weber.

18
3) Potentiel vecteur créé par un corps aimanté en un point extérieur

Le potentiel vecteur A est introduit en conséquence de l’équation de Maxwell, qui

B
stipule que Div ( )=0.

𝑟𝑜𝑡 𝐴⃗ ) =
En analyse vectorielle, la divergence d'un rotationnel est toujours nulle: Div (⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
  
0, B  ro t A

Mais le potentiel vecteur A n'est pas seulement

un artifice mathématique; il est aussi
important que l'induction magnétique B et le potentiel électrique V.

Un domaine D limité par une surface S (figure 2) est constitué d'un milieu magnétique
aimanté (éventuellement par des sources extérieures) : si M représente le vecteur
aimantation en un point M de D, alors l'élément de volume d entourant ce point porte
 
un dipôle magnétique élémentaire de moment dm  Md 

Figure 2

Au point M existe un petit dipôle magnétique qui crée en P un potentiel vecteur
élémentaire (en 1/r2)

 µI dl
A = 0
4 C r
     
d A = (µ0/4) d m  r /r3 = (µ0/4) M  ( r /r3) d r = MP


avec r /r3= - grad P(1/r) = grad M(1/r)

19
 
d'où d A (P) = (µ0/4) M  grad M(1/r) d
  
or rot M( M /r) = (1/r) rot M M + grad M(1/r)  M

Le potentiel crée en P par l'ensemble du domaine aimanté D est alors :


  
A (P) = - (µ0/4) D rot M( M /r) d + (µ0/4) D rot M( M )d/r,

et en utilisant la formule du rotationnel ( Sd S  X  D rot X d ) on a :

   
 µ M n µ rotM M d 
A( P)  0
4 S r dS  40  D r
, r = MP .

 
Le champ B a se déduit alors de A en prenant le rotationnel :
   

Ba (P) = (µ0/4) S J Sa  u dS/r2 + (µ0/4) D J aim,V  ( u /r2) d

Les intégrales obtenues étant, pour des densités de courant bornées, uniformément et
absolument convergentes en tout point.

4) Distributions de courants équivalentes µa l'aimantation


Dès 1821, Ampère avait suggéré que le champ magnétique produit par un milieu
aimanté pouvait avoir pour origine des boucles microscopiques de courant liées à la
structure de ce milieu. L'assimilation de ces courants ampériens à des dipôles
magnétiques permettaient effectivement de rendre compte de la plupart des propriétés
macroscopiques des milieux aimantés. A mesure que se sont affinées nos
connaissances sur les atomes, les particules élémentaires, et leurs agencements dans la
matière, l'hypothèse d'Ampère a été en grande partie confirmée.

Le potentiel (formule en-dessus) s'exprime sous la forme de deux intégrales, l'une


surfacique, l'autre de volume, faisant apparaître des décroissances en 1/r. Tout se passe
donc comme s’il existait une distribution de courants, dits d'aimantation, placés dans le
vide, et dont les densités s'expriment en fonction de seul vecteur aimantation M :
  
Densité surfacique : J sa  M  n
  
Densité volumique : J aim,V  ro tM M

n est la normal extérieur au milieu aimanté
20
Interprétation qualitative


M uniforme
  
J aim,V  ro tM M = 0, il n'y a pas de densité de courant d'aimantation volumique.
  
J sa  M  n est correctement orienté; seul subsiste un courant surfacique de densité J sa =
M (A/m).


M non uniforme


Le vecteur aimantation est colinéaire à u y et sa norme augmente avec x, soit M/x>0
ce qui correspond bien à :
 
- une densité volumique de courant J aim,V dans le sens de u z d'autant plus importante
 
que l'aimantation varie plus rapidement car J aim,V,z= rot M . u z= My/x >0 (de 2 à 4
sur la figure).

- une densité surfacique J sa dont la norme augmente avec l'intensité de vecteur
aimantation.

L'aimantation ne crée pas de courant traversant le milieu ; elle oriente simplement les
boucles de courant dues aux charges liées. La loi des nœuds, particulièrement
apparente sur les dessins ci-dessus suppose donc :

 
D J aim,V(M)d + S J sa dS = 0
 
ou encore D rot (M)d + S M  dS = 0

ce qui est vérifié en utilisant la formule dite de rotationnel pour un vecteur X

21
 d S  X  
S D
rot X d .

 
Si M est uniforme, le calcul de A peut être remplacé par :
   2  
A = (µ0/4) D M  u /r d = µ0 M  D (0 u /40r ) d 
2

  
A = µ0 M  E '(=0)
  2
E ' apparaît comme le champ électrique (en u /r ) créé au point P par une distribution
volumique de charges de densité =0 et occupant le même domaine D. Ce résultat est
utile dans certains exercices ; à noter qu'il s'agit de =0 "sans dimension" (et non en
C/m3) et d'ailleurs E' n'est pas homogène à un champ électrique (il ne s'exprime pas en
V/m); il s'agit

simplement de mettre à profit une technique de calcul d'intégrales triples
avec div E ' =1 sur D.

5) Le vecteur H
 
L'équation de Maxwell - Ampère en régime stationnaire rot B = µ0 j pour le champ

macroscopique B reste valable dans

le milieu

magnétique

à condition de considérer la
densité volumique de courants : j = j l + j aim où j l est la densité d'aimantation et qui

crée le champ B a.
    
Avec j aim = rot M , il vient rot ( B /µ0 - M ) = j l
    
par définition H = B /µ0 - M soit rot H = j l
 
H est le vecteur excitation magnétique ; sa norme H, comme M , s'exprime en A/m
(homogène à une densité de courant surfacique, ou plus simplement à un courant
linéique).
Cette

équation indique que pour une distribution de courants 
libres donnée, le vecteur
H est le même dans le vide que dans la matière (alors que B est modifié).
Le théorème d'Ampère  
pour H s'écrit en notant Il (C) le courant libre total enlacé par le
contour fermé C : C H .dl  I l

6) Relations de passage d'un milieu à un autre

22
Les relations de passage à la surface de séparation de deux milieux (1) et (2) se
déduisent des propriétés locales des champs. Il peut s'agir de deux milieux aimantés ou
d'un milieu aimanté et du vide.
On considère une couche d'épaisseur e "infinitésimale" parallèle au plan xOy. Cette
couche possède une charge volumique de densité  et un courant volumique de densité
j et sépare deux milieux notés "1" et "2". Notons le vecteur unitaire normal à
l'interface, orienté du milieu (1) vers le milieu (2).
On envisage un champ magnétique B présent dans les deux milieux.


Figure 3a : n est dirigé du milieu 1 vers le milieu 2

La couche d'épaisseur e brise la "symétrie" de l'espace uniquement dans la direction


Oz; en conséquence il n'y a aucune dépendance spatiale suivant les variables x et y et
également suivant la variable temporelle t, cette couche étant fixe.
   
div B = 0  D div B d = S B d S

En décomposant la surface S comme ci-dessus (figure 3b) :

Figure 3b
    
S B d S = S2 B 2 n dS2 - S1 B 1 n dS1 + St B n t dSt = 0

La surface transversale St tendant vers zéro, il reste (dS1=dS2=dS) :


 
S2 ( B 2- B 1) n dS = 0  B2n= B1n

23
On envisage maintenant un contour rectangulaire MNPQ de surface S, perpendiculaire
au plan xOy et tel que MN>>NP (figure 3c). On pose MN = L et NP = a, donc S = La.

Utilisant tout d'abord la relation de Maxwell-Ampère:

Figure 3c
  
rot B = µ0 j + µ00  E /t on obtient sans difficulté :

(Bt2-Bt1)L - µ00SE/t dS = µ0S [Link]

Sachant que a  0, le flux de -E/t s'annule, il reste :

(Bt2-Bt1) L  µ0 L S [Link] = µ0 L jS avec jS =  [Link] densité de courant surfacique. Il en


résulte la discontinuité :

Bt2-Bt1 = µ0 j S

Les deux relations de passage précédentes se résument par :


   
B 2- B 1 =µ0 jS  n

Dans le cas d'un conducteur parfait, la conductivité , le champ électrique est
nécessairement nul dans le conducteur donc j = E = 0; l'équation de Maxwell -
Faraday, conduit dans le conducteur, à B/t = 0 donc B=0 puisque l'on exclut les
solutions constantes.
 
Si on appelle B ext le champ hors du conducteur, et B int le champ dans le conducteur, la
relation de passage conducteur  vide est :
  
B ext =µ0 jS  n .

5) Milieux magnétiques et aimantation induite

a) Aimantation induite
24
La plus part des corps acquièrent une aimantation lorsqu'ils sont soumis à un champ
magnétique externe. C'est le phénomène d'aimantation induite. Cette aimantation
créant elle-même un champ magnétique. Il s'ensuit que le champ magnétique initial est
modifié par la présence de ces corps.
Quelque soit la situation, l'aimantation M acquise par la matière en un point est
fonction du champ magnétique total B en ce point. Le lien entre M et B est
caractéristique du matériau et de l'état physique dans lequel il se trouve (température,
pression, …).
Expérimentalement, les matériaux se partagent, en ce qui concerne le magnétisme
induit, en deux classes :
pour la plupart des substances, l'aimantation induite M est faible, c'est-à-dire que le
champ Bd créé par cette aimantation est partout négligeable devant le champ d'origine
externe B0. Pour certaines de ces substances, l'aimantation induite M est de même sens
que le champ B0, ce sont les corps paramagnétiques; pour les autres l'aimantation est
de sens opposé à celui du champ, ces corps sont dits : diamagnétiques.
Par contre, certains corps, appelés ferromagnétiques, perturbe profondément la carte
du champ magnétique dans lequel ils sont plongés. Le fer métallique pur en est le
prototype. Le lien entre M et B est alors souvent complexe, en général non linéaire
sauf pour les faibles champs.
En résumé, pour chaque matériau le lien entre M et B décrit la réponse de la matière
au champ magnétique appliqué.

b) Susceptibilité et perméabilité magnétiques

Pour les corps diamagnétiques et paramagnétiques, on constate expérimentalement que


la relation entre M et B est linéaire, en excluant toutefois pour les paramagnétiques les
situations de champ magnétique extrêmement intense et celles de température très
basse (on peut adopter comme critère B(tesla)/T(kelvin)  0.3).
Pour des raisons à la fois historiques et expérimentales, c'est le coefficient de
proportionnalité entre M et H qui est appelé : susceptibilité magnétique, nombre sans
dimensions que nous désignons par m. Par définition :
 
M  m H

De la relation de définition de H : B=µ0(H+M), on déduit :

B = µ0(1+m) H = µH

25
Le coefficient µ est appelé : perméabilité magnétique du matériau, et le rapport sans
dimensions µr = µ/µ0 : perméabilité relative : µr = µ/µ0 = 1+m

matériaux diamagnétiques : m (négative)  - 10-5;


matériaux paramagnétiques : m (positive)  10-3;
La susceptibilité des corps ferromagnétiques est très élevée, allant de 10 2 à 106 pour
certains matériaux.

II. Aspect microscopique de l'étude des milieux aimantés

1) Moments magnétiques

a) Origine du magnétisme de la matière

A l'origine du magnétisme de la matière, se trouve le moment magnétique atomique.


Celui-ci provient essentiellement du mouvement des électrons autour d'eux même (le
moment magnétique dû au noyau est négligeable devant celui des électrons).
Le moment magnétique des électrons est la résultante de deux termes : le moment
orbital qui provient du mouvement de gravitation des électrons autour du noyau et le
moment magnétique de spin qui provient du mouvement des électrons autour d'eux-
mêmes.

26
b) Moment magnétique orbital

Soit un électron de charge (-e) et de masse m décrivant à la vitesse v son orbite


circulaire de rayon r.
Le moment cinétique orbital de l'électron par rapport à O est :
  
 = mvr u z = mr  u z
2

où  = 2/T est la vitesse angulaire de l'électron.

Figure 3
27
Le moment magnétique de cette boucle de courant de surface S est orienté par
i = e/T (charge traversant une surface par unité de temps, la période T du mouvement)
  
m = - iS u z = - e (S/T) u z = -er2/2 u z

car S/T est la surface balayée par unité de temps et vaut r 2/2 (constante des aires ou à
défaut vitesse aréolaire moyenne sur une période).

d'où m =   avec  = - e/2m.
Le signe - est dû au fait que le courant électrique est de sens opposé au déplacement de
l'électron.
    
Rappelons les définitions :  = r  m v et m =1/2 r  q v .

Il vient immédiatement m = (q/2m)  et ceci quelle que soit la trajectoire de la charge
q de masse m.

c) Moment magnétique de spin

Le moment cinétique de spin s à une projection quantifiée comme le moment cinétique


orbital
sz = ms  avec ms  [-s,….,s], soit ici ms = 1/2 pour une particule de spin s = 1/2, d'où
les projections du moment magnétique de spin avec m = -s,

mz = -e/m (  /2) = µB où µB = e  /2m est le magnéton de Bohr

AN : µB = 0,93.10-23 A.m grandeur "faible", mais à résultante macroscopique pour une


mole (N = 6.1023 mol-1) où tous les moments seraient alignés.
Le moment cinétique de spin d'un couple d'électrons appariés dans une case est nul
(ms = +1/2 -1/2 = 0).

Un atome n'aura de moment magnétique de spin total que si sa configuration


électronique conduit à des électrons célibataires.

III. Origines de l'aimantation

Les propriétés magnétiques de la plupart des corps ne se manifestent que lorsqu'on les
place dans un champ magnétique provenant d'une source externe. Ils acquièrent alors
une aimantation, source d'un nouveau champ magnétique modifiant le champ
appliqué. Il s'agit d'un phénomène d'aimantation induite.
Les matériaux peuvent être classés en deux catégories. Pour les uns, matériaux
diamagnétiques et paramagnétiques, les effets magnétiques sont faibles : la
28
perturbation relative du champ appliqué va de 10-5 à 10-3 seulement. Pour les autres,
matériaux ferromagnétiques et ferrimagnétiques, la modification du champ appliqué
est par contre considérable, par un facteur qui peut être de l'ordre de 103 à 104.

1) Diamagnétisme

a) Approche qualitative Précession de Larmor

Considérons un électron en mouvement sur une orbite circulaire autour d’un atome.
On applique progressivement un champ magnétique dans la direction perpendiculaire
au plan de l’orbite. Pendant la phase d’établissement de 𝐵 ⃗⃗ apparait un champ
électromoteur 𝐸⃗⃗

Pour un champ magnétique uniforme aligné selon Oz, le potentiel vecteur


𝐴⃗ est donné par :

où ˙u
⃗⃗ est le vecteur unitaire des coordonnées cylindriques. Durant l’établissement du
courant, l’électron subit, en plus de la force due au champ magnétique, une force
tangentielle.

Tant que le champ magnétique reste faible, la force normale à la trajectoire


× (qv ⃗⃗) est
⃗⃗B
négligeable et celle-ci reste inchangée.
En projetant la relation fondamentale de la dynamique sur ˙u
⃗⃗, on trouve

Soit

29
On en déduit une variation de moment magnétique

Le moment magnétique crée par le champ magnétique a une direction qui lui est opposée.
b) Susceptibilité diamagnétique

Considérons une substance dont les atomes ou molécules qui la composent ne


possèdent pas de moment magnétique permanent :
- ni de spin, ce qui suppose que tous les électrons soient appariés (pas d'électron
célibataire).
- ni orbital, ce qui suppose que les sous-couches (s,p,d,…) soient ou remplies ou à
moitié remplies (ml=0).
En plaçant ces atomes dans un champ magnétique extérieur, il est possible d'induire un
tel moment par modification des trajectoires électroniques (théorème de Larmor); la
résultante macroscopique qui apparaît est très faible (Ba opposé à B0 etBa<<B0) :
c'est le diamagnétisme.

On peut montrer que M = -[µ0 nZe2<r2>/6m]H de type M = H avec  = -µ0


nZe2<r2>/6m

La susceptibilité diamagnétique est négative, pratiquement indépendante de la


température.

30
3) Paramagnétisme

Lorsque les atomes (ou ions ou molécules) possèdent un moment magnétique


permanent, le diamagnétisme, toujours présent, est masqué par le
paramagnétisme. En l'absence de champ magnétique les moments magnétiques
sont orientés au hasard, toutes les directions sont équiprobables et l'aimantation
du milieu, somme des moments magnétiques par unité de volume, est nulle :

M = m i =N< m >

Où <m> désigne la valeur moyenne des moments magnétiques individuels mi,


tous identiques, au nombre de N par unité de volume.

Paramagnétique

Si nous traitons mz comme une variable classique, pouvant prendre toute valeur
comprise entre -m et +m, le calcul de l'aimantation induite est identique à celui
effectué au chapitre précédent (sur les milieux diélectriques) pour la polarisation
d'orientation en remplaçant p par m et E par B.

M = N < mz> = N m <cos> = N m L(a),

où L(a) est la fonction de Langevin : L(a) = coth a - 1/a avec a = mB/kT.

Figure 4

A température ordinaire et pour des champs pas trop élevés, a << 1 et un


développement limité de L(a) donne :

31
M  Nm2B / 3kT pour mB << kT

D'où une susceptibilité paramagnétique, positive, inversement proportionnelle à


la température (loi de Curie) :

m = µ0Nm 2 / 3kT.

On a supposé que les interactions entre des moments magnétiques entre eux
étant négligeable; B est alors égal au champ externe appliqué et on peut prendre
B  µ0 H.

A très basse température et pour des champs élevés, tous les moments
magnétiques sont pratiquement orientés dans la direction du champ;
mathématiquement. L(a)  1 pour les très grandes valeurs de a et l'aimantation
devient : MS = N m, qui est appelée "aimantation à saturation" car c'est
l'aimantation maximale que la substance peut posséder.

4) Ferromagnétisme

a) Corps ferromagnétiques

On désigne par ferromagnétisme la propriété qu'on certains corps de s'aimanter


très fortement sous l'effet d'un champ magnétique extérieur, et très souvent de
garder par la suite une aimantation importante même en champ nul; ils sont
devenus des "aimants".
Ces aimantations sont de très loin supérieures à celle observés avec les corps
paramagnétiques. En conséquence ces corps modifient de façon considérable le
champ magnétique dans lequel ils sont plongés.
Les substances qui, comme le fer, acquièrent ou possèdent des aimantations très
importantes sont appelées ferromagnétiques.

Exemples : fer, nickel, cobalt, alliages d'éléments ferromagnétiques….


32
b) Courbe de première aimantation

La figure 5 reproduit la courbe de "première aimantation" d'un ferromagnétique.


La courbe comporte d'abord pour les faibles valeurs de H une courte portion
sensiblement rectiligne (zone 1), suivie d'une partie à croissance nettement plus
rapide (zone 2); enfin, pour les valeurs élevées de H, elle tend vers une
asymptote horizontale. Cette limite Msat, appelée "aimantation à saturation" est
spécifique des matériaux, très sensible à l'état de pureté de l'échantillon et
dépend de sa température. Le tableau I donne les valeurs de M sat et µ0Msat pour
le fer, le cobalt et le nickel, à la température de 20°C.

Figure 5: Courbes de première aimantation M(H).

L'aimantation à saturation dépend de la température; elle décroît régulièrement


si l'on chauffe le matériau, puis diminue rapidement et s'annule pour une
température Tf, appelée "température de Curie ferromagnétique", au-delà de
laquelle le matériau n'est plus ferromagnétique mais paramagnétique (fig.6) :

33
Figure 6. a) Variation de l'aimantation à saturation en fonction de la température
pour T<Tf. b) Inverse de la susceptibilité paramagnétique en fonction de la
température pour Tf<T.

Msaturation (µB) à 4K Tf (K)


Fe 2,14 1043
Co 1,76 1400
Ni 0,6 631

Tableau I. Les aimantations à saturation et températures de Curie.

Pour des températures nettement supérieures à Tf, la susceptibilité


paramagnétique  suit une loi de Curie-Weiss :

 = C / T-Tp,

où C est une constante et Tp une température appelée "température de Curie


paramagnétique"; elle est légèrement supérieure à Tf (figure 6b); les
températures Tf sont données dans le tableau I pour le fer, le cobalt et le nickel.

c) Perméabilité magnétique

Par définition la perméabilité magnétique µ est égale, pour les matériaux


isotropes, au quotient B/H.
On utilise de préférence la perméabilité relative : µr = µ/µ0

Pour les ferromagnétiques, la non - linéarité importante de la relation entre B et


H rend cette grandeur d'intérêt secondaire; elle doit être maniée avec précautions
car µr varie considérablement avec H.

d) Interprétation du ferromagnétisme

Domaines d'aimantation spontanée

L'interprétation du ferromagnétisme est basée sur l'hypothèse, effectuée en 1907


par Pierre Weiss, qu'un matériau ferromagnétique, même monocristallin, est
divisé en domaines, que chacun de ces domaines est aimanté, c'est-à-dire que les
dipôles magnétiques qu'il contient sont tous orientés dans la même direction;
l'aimantation Mspontanée d'un tel domaine est appelée : aimantation spontanée.

Lorsque l'échantillon n'est pas aimanté, les différents domaines ont des
orientations très diverses et l'aimantation macroscopique résultante de

34
l'échantillon est nulle; cela est vrai pour un monocristal et a fortiori pour les
alliages ou matériaux polycristallins.

Les frontières entre domaines, appelées "parois", sont des zones ou l'aimantation
change de direction, les moments magnétiques élémentaires tournant
progressivement pour passer d'une orientation préférentielle à un autre. Ces
parois ont une épaisseur typique de 0,1 µm soit de l'ordre de grandeur de
quelques centaines de distances interatomiques.

Figure 7 : Schéma d'une paroi séparant deux domaines d'aimantations opposées.

Phénomène d’hystérésis

Après avoir décrit la courbe de première aimantation jusqu’à la saturation,


faisons décroître l’intensité du courant électrique dans la bobine magnétisante ;
H décroît et l’on constate que le champ B, donc aussi l’aimantation M, ne
reprennent pas, pour un même champ H, les valeurs obtenues en champ H
croissant ; elles sont supérieures et la courbe de désaimantation B(H) est
différente. On dit qu’il y a hystérésis. Ce retard à la désaimantation est la
conséquence de l’irréversibilité du déplacement des parois entre domaines
(Figure 8).

Pour une certaine valeur HC du champ H, dit « champ coercitif », le champ


magnétique B s’annule. Au delà, l’aimantation s’aligne sur le champ H jusqu’à
atteindre en module la valeur de saturation.

35
Figure 8 : Courbe d’hystérésis

L’étude de l’hystérésis magnétique permet de classer les substances


ferromagnétiques en deux grandes catégories :

- les matériaux ferromagnétiques « doux » sont caractérisés par un faible champ


coercitif HC inférieur à 100 A/m et parfois à 1A/m ; leur aimantation peut donc
être facilement modifiée. Ils possèdent en général une grande perméabilité, en
particulier une forte perméabilité initiale.
Lors d’aimantations et de désaimantations successives, l’hystérésis est cause de
pertes énergétiques ; minimiser les pertes est essentiel pour de nombreux
appareils où le champ magnétique varie, tels que les transformateurs, relais,
écrans magnétiques, bobines téléphoniques, etc. d’ou l’emploi pour ces
applications de matériaux « doux ».

- les matériaux ferromagnétiques « durs » sont caractérisés par un fort champ


coercitif supérieur à 103 A/m et qui atteint 106 A/m ; leur magnétisme rémanent
est alors assez difficile relativement à supprimer et ces matériaux sont donc
utilisés pour faire des aimants permanents.

Pertes par hystérésis

La connaissance des cycles d’hystérésis est importante pour évaluer les pertes
énergétiques des matériaux soumis à des champs magnétiques alternatifs.
A partir de l’expression de la densité électromagnétique,
   
duem  [Link]  H .dB,

On détermine la densité d’énergie perdue par cycle de l’hystérésis :


 
W   H .dBd
Cycle

36
Or l’intégrale précédente est exactement l’aire du cycle d’hystérésis tracée en
coordonnées (B,H). Mais c’est aussi l’aire du cycle (M,H).
Finalement, pour tous les matériaux,
 
W 
matériau
[
cycle
H .dB]d

Les pertes par hystérésis vont occasionner l’échauffement du matériau. En outre,


en régime variable, il apparaît des courants de Foucault qui vont eux aussi
chauffer le matériau par effet Joule, surtout à haute fréquence.
En pratique, ces courants de Foucault se traduisent par l’élargissement du cycle,
ce qui est en accord avec l’augmentation des pertes en énergie.

37
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