Femmes et Mawlid à Kiota : enjeux sociaux
Femmes et Mawlid à Kiota : enjeux sociaux
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L’une des dernières confréries à avoir le jour notamment en Afrique au 18 sicle. Elle tire son nom de son
fondateur qui est le cheikh Ahmed Tidjani. « Il s’instaure l’une des voies les plus éclectiques, parce qu’elle
représente la somme, ou la quintessence, de toutes les tourouq (pluriel de tariqat) qui l’ont précédée depuis
l’apparition de l’islam » A. Hampâté Bâ (1980, p.230)
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année que Dieu fait. Nous avons connu notre première expérience à la 67è édition qui s’est
déroulée en 2019 lors de laquelle nous avons pris des photos en guise de souvenir. C’est dans ce
sens que nous aimerons « immortaliser » cette culture de chez « nous » grâce au « pouvoir de
l’image » à travers le septième art, le cinéma, en réalisant un film documentaire/ethnographique.
1. Raisons objectives
En ce qui concerne les raisons objectives, premièrement il s'agit d'une exigence académique,
c’est dans l’objectif de soutenir un mémoire en Anthropologie Visuelle. Deuxièmement, elle est
d'une utilité sociale dans ce sens que la célébration du Mawlid à Kiota attire une foule immense
venant de toutes les contrés du Niger mais aussi de la sous-région (Studio kalangou, 2021) ainsi
que des pays maghrébins. Dès lors, la ville de Kiota se transforme en une foire périodique.
Troisièmement, le sujet tourne autour d’une controverse religieuse, en effet la fête du Mawlid fait
partie parmi des fêtes nationales au Niger (M. Zakari, 2019). Sa célébration est critiquée par les
adeptes du mouvement religieux « izala2 » qui prône le retour à un islam orthodoxe salafiste 3qui
la perçoivent comme une innovation blâmable (bid'a4) dans la religion (F. Bouchiba et M.
Laakili, 2024 ; M. Zakari, 2019 ; R. Rich, 2017, M. Holmes Katz, 2007, A. Moussaoui, 2002 ; J.
Knappert, 1988,).
C’est ainsi que nous voulons étudier ce phénomène religieux scientifiquement, notamment
sous l’angle socio-anthropologique. Aussi, nous voudrons modestement contribuer à
l'avancement de la science théoriquement à travers un texte de mémoire, et
cinématographiquement en réalisant un film documentaire (ethnographique) sur ce sujet afin de
mieux le comprendre. En effet, « la recherche anthropologique devrait servir la postérité et être
bénéfique pour les personnes avec qui je travaille, qu’elles soient ‟grandes’’ ou ‟petites’’ »
(Lisbet cité par J. Laouli Salaou, 2024, P. 5).
2. Revue de la littérature et filmique
Cette partie de revue est composée de deux points qui sont : la revue de littérature et la revue
filmique.
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Adeptes du mouvement « izalatul bid'a wa iqamutu sunna » (extirpons les innovations blâmables pour restaurer la
sunna)
3
« Relatif au salafisme- partisan du salafisme (doctrine prônant le retour aux valeurs fondamentales de l’islam) »
selon le dictionnaire Le Robert
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Mot arabe qui veut dire innovation dans son sens premier. Dans la tradition islamique, il est usité dans deux sens
(positif et négatif)
2
2.1. Revue de la littérature
L’islam a connu plusieurs époques de conflits idéologiques comme ses deux prédécesseurs à
savoir le christianisme et le judaïsme. Dés à la mort du prophète Mohamed (PSL5) le monde
musulman était divisé en deux blocs par rapport à l’adaptation de son calife6 (successeur) à savoir
les sunnites7 et les chiites8. Depuis ce temps l’avènement des conflits idéologiques ne fait que
naitre. Selon M. Bello Adamou (2023), ces affrontements idéologiques se trouvent également
chez les chrétiens que chez les musulmans également. En effet, notre sujet qui porte sur la
célébration de la fête du Mawlid à Kiota n’échappe pas à un conflit idéologique entre les
soufistes9 qui la fête et les wahhabites 10
qui la considèrent comme une bid’a (innovation)
blâmable.
Beaucoup d’auteurs (M. Bello Adamou, 2023 ; B. Samirou Abdoulahi, 2019 ; A. Ali Boukari,
2019 ; T. Ramadan, 2015, M. Weber, 2003 ; E. Durkheim, 1960) ont étudié la religion qui est
indispensable dans la compréhension du fonctionnement de la société afin de mieux appréhender
le phénomène religieux. Nous avons consulté des documents pour savoir les différents points de
vue des auteurs pour mieux cerner notre étude dans le but d’apporter notre apport. Les lectures
que nous avons effectuées sont loin d’être exhaustives. En effet, selon M. Augé et J. P. Colleyn
(2021, P. 59) « le métier d’anthropologue ne se borne pas à vivre une aventure de terrain en
essayant de comprendre une société de l’intérieur, car le chercheur voyage avec, en tête, une
bibliothèque vive ». Dès lors il est lieu d’évoquer les différents points autour desquels notre revue
de littérature s’articulera : Historique de la célébration du Mawlid ; Mawlid, deux points de vue
différents entre musulmans ; Mawlid entre une fête canonique et populaire ; Femmes et Mawlid.
De prime abord, il est bien de savoir qu’il est difficile de retracer l’historicité de la célébration
5
Paix et Salut sur Lui
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Souverain musulman, successeur de Mahomet, investi du pouvoir spirituel et temporel selon le dictionnaire Le
Robert
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Première grande branche de l’islam qui reconnait les quatre premiers successeurs du prophète de l’islam comme
suit : Aboubakar, Omar, Ousmane et Ali
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Deuxième grande branche de l’islam qui reconnait Ali (gendre du prophète) et ses descendances comme les
successeurs du prophète
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Relatif au soufisme qui est un courant ascétique et mystique de l’islam, qui vise au pur amour de Dieu
10
Relatif au Wahhabisme du nom de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab qui est une doctrine puritaine islamique,
intégrisme musulman selon Le Robert
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de la fête du Mawlid car, il y a plusieurs manières de célébrer le Mawlid. Le sens que les
musulmans donnent à ce dernier est polysémique d’une idéologie à une autre. D’aucuns pensent
(les soufistes) que Dieu est le premier à célébré le Mawlid pendant la veille de la nuit de la
naissance de son prophète bien-aimé, Mohamed (PSL), à travers la manifestation de plusieurs
miracles, car « la religion est définie par le surnaturel et le mystérieux » (E. Durkheim, 1960), en
posant la préexistence de la lumière prophétique (nûr muhammadî) à partir de laquelle Dieu créa
le monde (R. Rich, 2017). C’est dans ce sens que R. Rich (2017) a cité le verset 15 de la sourate 5
du Coran : « Une lumière et un Livre clair vous sont venus de Dieu », dans son étude sur la
célébration de la naissance du prophète pour appuyer son argumentation.
En outre, il est avéré dans la sunna 11(habitudes, pratiques, et comportements) du prophète de
l’islam qu’il jeunait chaque lundi. F. Gulen (2013) en étudiant la sounna et sa place dans la
jurisprudence islamique, il l’avait catégorisée en quatre (4) catégories qui sont : la sunna verbale,
la sunna pratique, la souna dans le coran, et la sounna dans les hadiths. Cette habitude de jeuner
chaque lundi fait partir de « la sounna pratique ». Le prophète a été questionné par ses sahabas
(compagnons) par rapport à ce comportement. Il leur a répondu en disant qu’il jeunait ce jour en
guise de commémoration de son jour de naissance qui est un lundi (Musilm, 1162). En effet, par
rapport à cette sunna il n’y a pas de divergences sur sa véracité entre les musulmans ; mais c’est
au niveau de sa compréhension qu’il y a eu une divergence. Les réformistes (izalistes, salafistes)
reprochent aux « traditionnalistes » (les soufistes) qu’ils ne se sont pas contentés de jeuner
comme le prophète pour commémorer le jour de sa naissance conformément à sa sunna. Tandis
que les soufistes, quant à eux, reprochent aux réformistes d’avoir se contenter de faire une lecture
simpliste des textes fondamentaux (F. Bouchiba et M. Laakili, 2024 ; M. Zakari, 2019 ; R. Rich,
2017).
La vulgarisation de la célébration de la fête du Mawlid dans le monde musulman a été
favorisée par les pays magrébins notamment l’Egypte, le Maroc et la Tunisie. En Egypte, c’est la
dynastie chiite12 des Fatimides (909-1174) qui en sont les précurseurs (F. Bouchiba et M. Laakili,
2024 ; R. Rich, 2017). En effet,
« Il semblerait que la célébration de cette naissance n’ait débuté qu’assez tardivement. Selon
certains chercheurs on trouverait une première trace historique de cette commémoration en Égypte à
l’époque de la dynastie chiite des Fatimides. » (F. Bouchiba et M. Laakili, 2024, p.15)
11
Mot arabe qui désigne les traditions prophétiques dans le contexte religieux
12
Deuxième grande branche de l’islam qui reconnait Ali et ses descendances comme les khalifes du prophète
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Faire retracer l’historicité de la célébration de la fête du Mawlid est très complexées, comme
nous l’avons mentionné ci-haut. C’est pour cela qu’il y a une pluralité de dates qui sont
considérées comme le début de cette pratique religieuse à savoir le début du VIIe/XIIIe siècle (en
Orient et en Occident), et le début du VIIIe/ XIIe siècle généralement dans le monde musulman
sunnite et en Afrique.
Le Mawlid, deux points de vue différents entre musulmans
Comme cité ci-haut ; il est avéré qu’il y a une pluralité des idéologies en islam. Dès lors le
Mawlid n’échappe pas à des controverses autour de sa légitimation par les musulmans. Ces
derniers se sont subdivisés en deux blocs à savoir ceux (les soufistes) qui l’acceptent comme une
pratique religieuse acceptable, d’une part, et ceux (les réformistes) qui ne l’approuvent pas,
d’autres part. La propagande de la dernière idéologie a été favorisée par le Royaume d’Arabie
saoudite. D’où l’affirmation suivante :
« La création du Royaume d’Arabie saoudite (1932) permet à l’idéologie wahhabite qui prône le
retour à un islam supposé originel, épuré de ses innovations, de se diffuser ; l’État saoudien lance, à
partir notamment des années 1960, une violente campagne pour l’interdiction totale du Mawlid du
Prophète. » (R. Rich, 2017, p.177)
Aussi, cette même idée est partagée par A. Ali Boukari (2019) dans son étude de mémoire qui
porte sur la dynamique du mouvement « izala » dans la commune urbaine de Say. De même, F.
Bouchiba et M. Laakili, (2024) ont évoqué la même analyse dans leur étude qui porte sur la
célébration de la naissance du prophète (al-Mawlid al-nabawi). C’est ainsi que par rapport à
l’influence des pays arabes, M. Bello Adamou (2023), la situe notamment en Afrique également.
Pour faire la promotion de leurs idéologies, « les religieux, des acteurs aux diverses
stratégies » (M. Bello Adamou, 2023, p.18), utilisent les nouveaux canaux de la communication
qui ont joué et continuent de jouer une place importante dans la diffusion de la religion grâce aux
médias traditionnels (la presse écrite, la radio, la télévision, et l’affiche publicitaire), les réseaux
sociaux ainsi que les Nouvelles Technologies de l'Information et de Communication (TIC).
Au Niger, la célébration de la fête du Mawlid est également vue sous deux angles à savoir
comme une innovation approuvable, d’une part, et comme une innovation blâmable, d’autres
part. En effet, le Mawlid au Niger est un point de controverses entre musulmans. C’est dans ce
sens que M. Zakari (2019, p.122) affirme cette idée par rapport au Mawlid. Elle est :
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« considérée comme tout à fait légitime par les musulmans qualifiés de « traditionalistes » (les
adeptes des confréries religieuses tout particulièrement) , il n'en est pas moins perçue comme une
innovation blâmable (bid'a) par les « réformistes » , notamment par ceux que l'opinion publique
nigérienne désigne couramment par le terme de « in izala », c'est-à-dire, les adeptes du mouvement
« izalatul bid'a wa iqamutu sunna » (extirpons les innovations blâmables pour restaurer la sunna),
regroupés au départ, au sein de l'association pour la diffusion de l'islam au Niger (Adini-islam). »
A travers cette affirmation, M. Zakari s’est limité seulement entre les deux courants de
pensées dominés au Niger. Or, les shiites du Niger aussi célèbrent la naissance du prophète de
l’islam comme les soufistes. Ils célèbrent (les chiites) également la naissance du gendre du
prophète (Ali) ainsi que celle de sa fille (Fatima Zahra). Cette idée également partagée par R.
Chih (2019, P.2) que les chiites célèbrent « Celui du Prophète et des autres ahl al-bayt (Alî, Fâtima,
Hasan et Husayn) ».
Toutefois, le lieu de célébration une fête n’est-elle pas caractérisée par des pratiques
‘‘bonnes’’ et ‘‘mauvaises’’ ? D’où l’analyse du point suivant.
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la religion est très difficile surtout s’il est de cas de figure comme dans ce contexte qui concerne
des festivités.
« Je me souviens, en voyant Maurice Béjart danser ce jour-là, d’avoir pensé que son père avait eu
raison de dire qu’être au spectacle d’une danse, c’était danser soi-même […] il avait évoqué une
tradition prophétique que je trouve importante : un jour où Mahomet avait dit à son cousin paternel
Jafar qu’il était frappé par leur ressemblance, au physique comme au moral, celui-ci s’était levé et
s’était mis à danser en tournant autour du prophète. Devant l’étonnement de ce dernier, il lui avait
expliqué qu’il avait vu en Abyssinie cette manière de traduire sa joie par le corps. Lorsque l’on
recevait une faveur du négus, la coutume était de danser autour de lui en action de grâces, il en avait
été témoin. Jafar, qui avait saisi la signification spirituelle profonde des paroles du prophète, avait
jugé que seule la danse pouvait dire sa joie. La danse peut être un mode d’expression du soufisme. »
Parmi ces cultures « populaires », il y a la pratique de la musique/chants religieux surtout avec
l’utilisation des instruments musicaux modernes. C’est l’utilisation de ces dernies qui pose le
débat entre les oulémas de savoir si leur utilisation ne les (la musique et les chants religieux) rend
pas blâmables voire interdites.
T. Ramadan (2015), quant à lui, a essayé de montrer la légitimation des instruments musicaux
dans les chants religieux surtout dans son contexte sociétal à lui qui est en occident pour faciliter
le processus de l’intégration des musulmans qui y vivent. Car à travers les chants religieux, on
éduque l’Homme, des caractères tels que la modération et le travail sont prônés (A. Idrissa,
2013).
La poésie était aussi pratiquée en islam dès au début de sa naissance par les compagnons du
prophète qui ont chanté pour lui en lui faisant des éloges lors des différentes occasions. F. Gulen
(2013) en a beaucoup relaté des chants religieux et le rôle qu’ils ont joué et continuent de jouer.
C’est dans ce sens que A. Idrissa (2013) a évoqué cela dans sa thèse de doctorat qui porte sur les
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centres d'études islamiques du l'ouest du Niger du XVI au XIX siècle, avec cette citation des
deux auteurs :
« A l’âge d’or de l’éloquence arabe où la langue atteignit l’apogée de sa pureté et de sa force où les
titres d’honneur étaient décernés solennellement aux poètes et aux orateurs dans les concours
annuels, il a suffi de l’apparition du verbe coranique pour que l’amour acharné de la poésie et de la
prose fut bouleversé, de même que les sept poèmes dorés et suspendus sur le temple d’Al- Ka’ba
furent descendus. Dès lors, toutes les âmes durent se prêter à cette merveille de l’expression arabe.
» (Simozrag et Goasguen, cités par A. Idrissa, 2013, p.186)
En outre, la place prépondérante qu’occupe la poésie jusque de nos jours lors des célébrations
de fêtes du Mawlid est soutenue également par R. Chih en ces termes :
« Les récits de la naissance de Muhammad, qui prennent aussi le nom de mawlid, souvent
en prose rimée, les poèmes de louanges composés pour le Mawlid (mawlidiyyât), les
panégyriques du Prophète (madîh) et les chants récités en cette occasion dans les mosquées,
les zawiyas des soufis, mais aussi dans les maisons privées où se rassemblent familles et
voisins, connaissent jusqu’à nos jours et dans toutes les langues de l’islam un
développement considérable et forment un patrimoine dont la richesse est encore
inexplorée. » (R. Chich ,2017, P.3)
Les chants occupent une place prépondérante dans les sociétés africaines ainsi que dans toutes
les autres sociétés, car la musique adoucit les mœurs, a-t-on coutume de le dire. Aussi, « la
chanson est l’expression du vécu quotidien du peuple » (A. Saibou Adamou, 2011, p.1), elle
« restitue le décor de la vie matérielle, morale et psychologique ; elle témoigne des
préoccupations, des idées et sentiments en cours dans la société » (Christophe Wondji, cité par A.
Saibou Adamou, 2011, p.1). C’est dans ce sens que pour A. Idrissa (2013), les Caw dooni13
(chants religieux) jouent un rôle capital dans la société.
Lors des festivités du Mawlid, les chants religieux sont pratiqués par les fidèles pour
manifester leur joie et reconnaissance envers Dieu de les avoir donnés son bien-aimé prophète
Mohamed (PSL) (F. Bouchiba et M. Laakili, 2024 ; R. Rich, 2017 ; A. Idrissa, 2013). D’où
l’affirmation de A. Idrissa (2013, p.187) qui coïncide avec notre terrain d’étude qui est la ville de
Kiota :
« Au XXe siècle, la Qadriya sera supplantée par la Tidjania au Niger. Cette confrérie va donner à la
chanson religieuse plus d’éclat. La fête de l’anniversaire de la naissance du prophète Mohamed
(Muludh), organisée chaque année à Kiota est l’occasion choisie par les Zakhirou pour exposer
leurs talents. Ceci prouve que la chanson religieuse fait partie de la culture islamique et joue un rôle
moteur dans la diffusion de la religion de Mahomed. ».
13
Ce veut dire Chants religieux en langue Djerma
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Femmes et Mawlid
En islam, la junte féminine a joué et continue de jouer un rôle important dans la vulgarisation
de la religion. En effet, les femmes du prophète de l’islam ont beaucoup contribué au cote de leur
époux dans la transmission du savoir et aussi après sa mort également. Khadîdja, première épouse
du prophète, a beaucoup contribué financièrement dans les moments de crises au de son époux.
Aicha, épouse du prophète, fille du premier calife de l’islam, était une femme savante inégalée.
Avant la mort de Mohamed (PSL), il avait recommandé à sa communauté de demander la moitié
de la connaissance islamique auprès d’elle.
En parlant du Mawlid, il est à noter que la femme est une actrice incontournable dans sa
célébration. Sa participation est vue de plusieurs angles notamment acceptables, d’une part, et
blâmable, d’autres, par rapports à certains de leurs manifestations (F. Bouchiba et M. Laakili,
2024 ; R. Rich, 2017 ; M. Holmes Katz, 2008, 2018). En effet, selon R. Chich (2017, P. 15) :
« La célébration populaire du Mawlid a été peu à peu marginalisée par le pouvoir politique,
mais l’amour pour le Prophète qui agit et intercède pour ses fidèles reste, lui, très vivant, et
la tradition de la récitation du miracle de sa naissance « dans la nacre d’Amina » se
maintient dans les cercles privés, notamment féminins qui donnent, plus que les hommes,
libre cours à leurs émotions, et dans les zawiyas des confréries soufies qui gardent vivante
cette dévotion et cette immense culture littéraire et poétique qui en est le support et
l’expression. »
M. Holmes Katz (2008, 2018) montre comment à Sanaa, au Yémen que la participation des
femmes au Mawlid, notamment les chanteuses professionnelles adoptent des valeurs qui ne
convient pas avec les principes religieux islamiques. Ce qui favorise un « islam populaire ». En
effet, en islam le fait d’entendre de la voix de la femme est très complexée surtout lorsqu’elle est
faite d’une manière éloquente pour impacter son interlocutoire notamment s’ils sont des hommes.
Car, cela est vue comme une chose à blâmer ou à interdire. C’est dans ce sens qu’« elle souligne
que les femmes musulmanes ont souvent été considérées comme une catégorie ayant cultivé des
activités rituelles qui sortent du cadre de l’islam dit « normatif » tel qu’il est défini par les érudits
masculins de l’élite, activités qui sont fréquemment qualifiées de ‘‘populaires’’ » (F. Bouchiba et
M. Laakili, 2024, p. 5).
Apres avoir fait la revue de la littérature autour de notre sujet, nous allons aborder la revue
filmique autour notre sujet pour bien le comprendre dans le point qui suivra.
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2.2. Revue filmique
Le Mawlid est une « fête musulmane » que plusieurs pays islamiques célèbrent chaque année
durant le troisième mois lunaire du calendrier hégirien (musulman). Célébrer un événement
revient à une manifestation des pratiques, des us et coutumes propres à chaque société qui se
différencient d’un lieu à un autre. C’est dans ce sens que nous allons faire un inventaire des films
qui traitent de notre thématique en mettant l’accent sur la force et les limites de ces films par
rapport à notre sujet. Dans un premier, par rapport aux films festifs ou événementiels, et en
second sur des films par rapport des films qui portent sur le Mawlid.
Les films festifs que nous avons regardés sont loin d’être exhaustifs. A travers ces films
ressortent plusieurs aspects notamment par rapport à la célébration d’une fête. En effet, dans le
film de Y. Moussa Hamani (2025) sur la dynamique de la fête de Bianou d’Agadez dénommé
« l’âme d’Agadez ». Nous avons constaté l’implication de plusieurs secteurs dans son
déroulement/organisation à savoir : l’Etat, le sultanat, les marabouts, les artisans, etc.
L’implication de ces différents secteurs se remarque pratiquement aussi dans le film de M.
Ibrahim Harouna Ousmane (2025) « quand la terre parle aux Arnas » que nous avons regardé. De
même le film, « la fête des masques de Bamanan de Kiram » d’Elisabeth Den Otter (2008), nous
avons constaté la participation des résidents et ressortissants du village dans la célébration de la
fête des masques qui est un rituel. Tous ces films, nous ont permis dans la construction de la
trame narrative de notre film du fait que ce sont des films festifs ou événementiels. Mais, leur
limite par rapport à notre film est dû à la différence d’informateur ou protagoniste vis-à-vis de
notre film qui a comme des informatrices deux femmes.
En ce qui concerne les films qui portent sur la célébration du Mawlid, nous avons constaté
l’implication de l’Etat à l’exception du film bosniaque où nous n’avons pas vu l’implication de
l’Etat. Aussi, dans ce film il avait des « pratiques populaire » que manifestées les personnages à
travers les danses entre les hommes et femmes.
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Quant aux films qui portent sur la célébration du Mawlid notamment à Kiota, ce sont des
reportages que nous avons pu trouver. L’un d’eux qui est réalisé par le Studio Kalangou (2012)
ainsi que les autres reportages, nous avons permis de savoir comment la fête se célèbre sous le
hangar de la mosquée et aussi les différentes activités économiques qui s’exerce lors de la fête du
Mawlid.
Célébrer une fête demande tout un processus d’organisation sur plusieurs plans. Le Mawlid
aussi suit cette logique en tant qu’une fête religieuse pour certains notamment les soufistes d’ici
et d’ailleurs. Kiota, une ville religieuse dominante au Niger accueille chaque année des milliers
de personnes venues de plusieurs localités. C’est dans ce sens que nous allons problématiser notre
sujet sur la participation des femmes au Mawlid à Kiota afin de bien l’appréhender.
3. Problématique
La religion était autour de la réflexion des études scientifique depuis fort longtemps par
plusieurs penseurs. Elle continue d’être étudié sous angle de plusieurs domaines de la science
notamment les sciences humaines et sociales afin d’être mieux appréhender. Elle est
indispensable dans la vie de l’Homme du fait qu’elle est caractérisée par les croyances, rites,
symboles, etc. Ainsi l'homme est un « homo religions » (Dortier, cité par M. Bello Adamou,
2025, P. 1). C’est dans ce sens que les premiers penseurs de la sociologie dite « moderne », E.
Durkheim (1960) et M. Weber (2003), et certains anthologues de l’anthropologie sociale et
culturelle à l’instar de Malinowski, Margaret Mead, Franz Boas, et tant d’autres, ont beaucoup
contribuer à la compréhension du phénomène religieux dans le fonctionnement de la société ainsi
que de son influence sur la vie de l’individu dans ses choix, actions, et interactions. En effet, il est
difficile de parler de société sans parler d’individu, de même qu’il est difficile de parler de
l’Homme sans parler de Dieu. Car,
« L'homme n'existe que pour la société, qui ne le forme que pour elle, il doit donc
employer au service de celle-ci tout ce qu'il a reçu de la nature et tout ce qu'il a reçu de la
société, tout ce qu'il est et tout ce qu'il a. Ainsi on ne peut traiter de la société sans parler de
l'homme, ni parler de l'homme sans remonter à Dieu. » (Louis-Auguste Vicomte de Bonald,
cité par M. Bello Adamou, 2025, P. 3)
La célébration du Mawlid est un phénomène religieux pratiqué dans plusieurs pays musulmans
dans le monde. Cependant, « bien que la célébration du Mawlid dans divers endroits du monde
musulman remonte à très loin dans le passé, il n'en demeure pas moins vrai que celle-ci est
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diversement appréciée au sein de la umma islamique » (M. Zakari., 2019, p.121). De nos jours, le
Mawlid est une fête nationale dans plusieurs pays arabes notamment ceux du Maghreb (F.
Bouchiba et M. Laakili, 2024 ; M. Zakari., 2019, R. Rich, 2017, 2013), et aussi dans plusieurs
pays de l’Afrique de l’ouest. Aussi ces auteurs (F. Bouchiba et M. Laakili, 2024 ; M. Zakari,
2019 ; R. Rich, 2017, M. Holmes Katz, 2007, A. Moussaoui, 2002 ; J. Knappert, 1988,)
expliquent que cela n’empêchent pas que la fête du Mawlid soit critiquée par les réformistes tant
sur sa légitimation par rapport à la jurisprudence de certains savants à travers les textes religieux
qui la perçoivent comme une innovation blâmable (bid'a) dans la religion ainsi que par rapport à
certaines pratiques lors de sa célébration par les manifestants notamment les danses, l’immixtion
entre les hommes et femmes. Contrairement aux réformistes, les soufistes et certains savants de la
communauté, perçoivent la célébration du Mawlid comme une innovation louable (F. Bouchiba
et M. Laakili, 2024 ; M. Zakari, 2019 ; R. Rich, 2017, M. Holmes Katz, 2007, A. Moussaoui,
2002 ; J. Knappert, 1988).
M. Holmes Katz (2007), a étudié en premier lieu le Mawlid en tant qu’une dévotion de piété
en islam sunnite. Ensuite pour mieux appréhender cette pratique socioreligieuse, M. Holmes Katz
(2008) a étudié le rôle que joie les femmes lors de la célébration du Mawlid à Sanaa (capitale de
Yémen) et le rapport de cela en favorisant la construction d’un « islam populaire », afin de mieux
comprendre la contribution de la femme dans le déroulement de cet évènement. A. Moussaoui
(2002) pour comprendre davantage le Mawlid, il l’a étudié en prenant en compte le lien entre
l’espace et le sacré pour expliquer la sacralité de l’espace dans le Sahara algérien à travers deux
cités religieuses (Kenadsa et Timimoune) qui se trouve dans les oasis de ce milieu d’erg. Il a
utilisé trois différentes approches à savoir l’approche fonctionnaliste, l’approche culturaliste et
l’approche évolutionniste afin de mieux cadrer son étude pour comprendre le lien entre
« espace » et « sacré » au Sahara.
Le Niger est un pays fortement islamisé qui ait connu cette religion depuis le VII siècle (M.
Zakari, 1999). Le contact de l’islam avec l’espace nigérien est favorisé par « l’exploration du
conquérant musulman Oqba Ibn Nafi au kawar en 666, soit seulement 35 ans après la mort du
Prophète Mohamed (P.S.L). » (M. Zakari, 1999, p.146). Selon la charte de la refondation du
Niger, « le Niger reconnait l’islam comme religion majoritaire qui cohabite en bonne intelligence
avec les autres confessions religieuses. Il garantit la pratique des cultes dans le respect de l’ordre
public, de la morale et des bonnes mœurs, de la tolérance et du respect d’autrui, de la fraternité,
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de la solidarité, du vivre ensemble et de l’unité nationale 14. ». Il (le Niger) a adopté la fête du
Mawlid comme une fête légale en 1998 (M. Zakari, 2019).
En effet, les années 1990 ont favorisé « l’immixtion » (l’implication) de l’Etat et de la religion
grâce à l’avènement de la démocratie dans le pays. Ce qui s’est observé également dans les pays
africains, d’une manière générale, et au Niger, d’une manière particulière (M. Bello Adamou,
2023).
Chaque année durant le mois du Mawlid plusieurs adeptes et fidèles de la confrérie tidjiane se
convergent vers la commune rurale de Kiota qui est l'une des cités religieuses les plus influentes
du pays pour la commémoration de la fête du Mawlid (ONEP15, 2017, 2023, 2024 ; Niger
Diaspora, 2024 ; APN16, 2000 ; Afrique le 360, 2023 ; Routard, 2025). En outre, ce phénomène
religieux a impacté quasiment presque toutes les différentes couches sociales de Kiota en jouant
un rôle important dans les us et coutumes de cette dernière (Studio Kalangou, 2021).
Les études existantes sur ce phénomène religieux par rapport à notre terrain sont
majoritairement de la littérature grise : la presse écrite, les médias audio (la radio) et audiovisuel
(les télévisions) des maisons de presse. C’est dans ce sens que nous étudions le Mawlid sous
l’angle socio-anthropologique des religions. Néanmoins, nous avons trouvé un écrit scientifique
sur la célébration du Mawlid à Kiota qu’avait étudié M. Zakari (2019). Il a retracé l’historicité de
cette fête en soulignant les préparatifs, le déroulement et les dimensions du Mawlid à Kiota à
l’époque de son précurseur qui était le défunt Cheikh Aboubacar Hassoumi.
Quant à nous, notre travail se focalise sur la participation des femmes ressortissant du village
de Kokiri à la célébration du Mawlid de Kiota : Entre représentations sociales et motivations
individuelles. Car nous avons constaté à travers nos lectures que cet angle n’est pas pris en
compte par les écrits existant sur le Mawlid. Le film ethnographique qui accompagne ce mémoire
permet de comprendre ce sujet à travers la participation de deux femmes, qui sont nos
informatrices, à la fête du Mawlid à kiota lors de la pratique de ce phénomène religieux.
Nous allons avoir « une pensée critique et autoréflexive sur ce phénomène religieux car la
façon dont nous voyons les choses et les questions que nous en posons peuvent être influencées
par nos antécédents biographiques, historiques, culturels et religieux/non religieux. » (M. Bello
14
Art. 3 de la charte de la refondation du Niger, 26 mars 2025.
15
Office National d’Edition et de Presse
16
Agence Nigérienne de Presse
13
Adamou (2025, P. 1). Dès lors, c'est ce qui nous conduit à problématiser notre sujet à travers une
question centrale et des questions secondaires. Des hypothèses sont également formulées en guise
de réponse aux questions posées. A ces questions et hypothèses correspondent un objectif général
et des objectifs spécifiques de la recherche.
Questions de recherche
Question centrale : Dans quelle mesure peut-on comprendre la participation des femmes
ressortissantes du village de Kokiri à la célébration du Mawlid de Kiota ?
Question secondaire 1 : En quoi les représentations sociales qu’ont les femmes du village de
Kokiri permettent de comprendre leur participation au Mawlid de Kiota ?
Question secondaire 2 : Quels sont les motivations individuelles qui les poussent à participer à
la célébration du Mawlid de Kiota ?
Les hypothèses de recherche
Hypothèse centrale : Les déterminants religieux, culturel et économique que manifestent
les femmes ressortissantes du village de Kokiri permettent de comprendre leur
participation au Mawlid de Kiota.
Hypothèse secondaire 1 : Le lien spirituel avec le cheikh, les prêches ainsi que la promotion des
produits du marché attirent les femmes du village de Kokiri de participer au Mawlid de Kiota.
Hypothèse secondaire 2 : l’accès facile aux produits du marché ainsi que les rencontres amicales
les motivent d’y participer au Mawlid de Kiota.
Objectifs de recherche
Objectif général : Comprendre la participation des femmes ressortissantes du village de
Kokiri à la fête du Mawlid de Kiota.
Objectif spécifique 1 : Expliquer les déterminants qui motivent les femmes de Kokiri à
participer à célébration du Mawlid de Kiota.
Objectif spécifique 2 : Identifier les raisons individuelles de leurs participations la célébration du
Mawlid de Kiota.
4. Définition des concepts clés
Il s’agit de clarifier les concepts clés utilisés dans le cadre de ce travail afin de mieux
comprendre le sujet. Cette phase est très importante dans la compréhension d’un phénomène
social étudié. Elle a été prise en rigueur par E. Durkheim (1894) et P. Bourdieu, J.C. Passeron,
14
J.C Chamboredon (1968) afin que le cherche puisse bien définir les concepts opératoires de son
étude pour les démarquer de toute confusion qui caractérise le sens commun. Ainsi, selon M.
AUGE et J.P. COLLEYN (2021, P. 5) : « un travail d’enquête particulier amène, en effet,
presque toujours à reconstruire les concepts adaptés pour les faire correspondre aux subtilités des
faits observés ». C’est dans ce sens que nous allons définir les concepts clés de notre travail afin
de faciliter sa compréhension à nos lecteurs.
Déterminants
Le dictionnaire, Le Robert, définit le mot déterminant en tant que « quelque chose qui
détermine, qui décide d’une chose ou d’une action. ». E. Durkheim (1895) a défini ce concept
dans la perspective de la théorie du déterminisme social. Aussi, B. Samirou Abdoulahi (2018, P.
29) entend par déterminant « comme ce substrat, qui sert d’élément incitateur pour les yan agaji à
agir rationnellement, justifient et tentent de légitimer leurs actions. »
En ce qui concerne notre travail, ce concept est utilisé dans le sens de la sociologie
compréhensive par rapport l’approche wébérienne qui donne au déterminant culturel plus de
primat sur les autres déterminants dans l’analyse des comportements des individus. D’où
l’utilisation du sens que nous donnons au mot « déterminants » dans cette étude.
Représentation sociale
Représentation sociale est un concept très utilisé dans les sciences sociales notamment en
sociologie, et en psychologie sociale qui est une sous branche de la psychologie. Elle est une
discipline charnière entre la sociologie et la psychologie.
Dans notre travail, nous entendons par représentation sociale, cette manière de penser et d’agir
manifestée par les femmes ressortissantes du village de Kokiri en lien avec leurs participations à
célébration du Mawlid de Kiota.
15
Religion
La religion était au cœur des études sociologiques du XIX et XX siècle par les sociologues de
l’école française et allemande à savoir E. Durkheim (1960) et M. Weber (2003). En effet, E.
Durkheim (1960, p. 65.) définit la religion comme « un système solidaire de croyance et de
pratique relative à des choses sacrées c'est-à-dire séparé interdit, croyance et pratique qui unissent
à une communauté morale appelée église et tous ceux qui y adhèrent ». Quant à J.P. Etienne, F.
Bloess, J.P. Noreck, J.P. Roux (2004, P. 352) la définissent comme-ci :
« Univers symbolique et pratique, élaboré pour tenter de circonscrire le doute d'une société
qui se suffirait à elle-même, la religion agrège des croyances, des dogmes, une liturgie, des
traditions et des institutions qui entendent donner sens à la vie et à la mort en assurant la
gestion de ce que Weber appelle ‘‘les biens de salut’’ ».
Selon B. Samirou Abdoulahi (2018, P. 29) la religion désigne « dans le Coran le terme Dîn,
qui est équivalent à celui de “religion” désigne un ensemble de prescriptions de Dieu pour une
communauté. »
Dans notre étude, nous évoquons comme une sorte d’institution qui régisse les comportements
des individus d’une manière socio-anthropologique.
Mawlid
Le vocable mawlid signifie plus généralement « anniversaire ». Cependant, aujourd’hui, quand
il est précédé de l’article défini al, il s’agit de la fête célébrant l’anniversaire de la naissance du
Prophète. Le même substantif devient un qualificatif, mûlûdiya, pour désigner les odes et poèmes
dédiés au Prophète et récités notamment à cette occasion (A. Moussaoui, 2002).
Sacralisation
H. Abdoulahi (2019, P. 6) avance que : « les choses sacrés sont celles que les interdits
protègent et isolent ; les choses profanes sont celles auxquelles ces interdits s’appliquent et qui
doivent se tenir à distance des premières. ». Celles que « la société elle-même a élaboré la
16
représentation ». Selon le théologien luthérien R. Otto (cité par A. Moussaoui, P. 12) « Le sacré
est tout d’abord une catégorie d’interprétation et d’évaluation qui n’existe, comme telle, que dans
le domaine religieux ». Il (le sacré) « est une force mystérieuse » (H. Abdoulahi, 2019, P. 6). En
effet, « le sacré est une sorte de principe actif permettant au monde connu d’entrer en
communication avec l’inconnu (A. Moussaoui, p.17).
C’est dans ce sens que la ville de Kiota est considérée comme une ville « sainte » par la
majorité des fidèles qui assistent à la célébration de la fête du Mawlid de Kiota.
Rite
Pour Émile Durkheim, « règles de conduite qui prescrivent comment l’homme doit se
comporter avec les choses sacrées » (cité par C. Dollo, J-R. Lambert, S. Parayre, 2017, P. 512). Il
ajoute que le rite est « une pratique périodique à caractère public assujettie à des règles précises,
et dont l’efficacité s’exerce en particulier dans le monde de l’invisible » (cité par C. Dollo, J-R.
Lambert, S. Parayre, 2017, P. 512). Dès lors, pour ces auteurs C. Dollo, J-R. Lambert, et S.
Parayre (2017), il existe quatre caractéristiques du rite qui sont : sa répétition, sa codification des
conduites, sa charge symbolique, et son efficacité d’accomplissement.
Dans notre travail, nous entendons par rite lorsque les comportements des femmes ressortissantes
du village de Kokiri répondent à ces critères de rites face à un individu ou à un espace donné lors
de leurs participations à la célébration de la fête du Mawlid de Kiota.
Espace
Le mot espace est utilisé dans ce travail sous deux angles à savoir géographique (physique) et
symbolique (sacral). Car « Contrairement à une vision géographiste assez répandue chez les
historiens des établissements humains, les villes ne sont pas toujours le produit de logiques
physiques, elles sont même très souvent le résultat de croyances et d’attitudes spirituelles. » (A.
Moussaoui, 2002, p. 7). L’espace occupe une place importante dans la religion. Il influence le
comportement des individus qui le sacralise. De ce fait, « l’homme, de peur de perdre le temps, a
préféré le conserver dans l’espace. C’est ainsi que l’espace devient réservoir d’immortalité. » (A.
Moussaoui, 2002, p. 18). La ville de Kiota est perçue par les fidèles qui assistent au Mawlid
comme une « construction spirituelle », d’où l’objet de sa sainteté/sacralité par eux.
« Les représentations sociales portent la marque de l’appartenance sociale des individus qui
en sont porteurs et garantissent leur identité, elles permettent à ces individus de se
distinguer ‘‘des autres’’, ceux qui ne partagent pas les mêmes représentations et qui leur
apparaissent au mieux comme différents, au pire comme ennemis. En effet, tous les individus
ont quotidiennement recours à des connaissances et à des attributions « naïves » pour expliquer
et comprendre le monde qui les entoure. »
Dans l’étude de notre recherche, la théorie des représentations sociales trouve toute son utilité
dans ce sens qu’elle nous aide à mieux appréhender la perception que les femmes ressortissantes
du village de Kokiri ont par rapport à la célébration du Mawlid de Kiota voire du lien qui existe
entre le défunt cheikh et la ville en tant que telle.
18
la sociologie notamment la sociologie compréhensive. Elle s’inspire de la démarche inductive au
même titre que l’anthropologie. Car elles (la sociologie compréhensive et l’anthropologie) partent
du micro au macro pour comprendre le fonctionnement sociétal d’une société donnée. D’où le
choix porté sur la méthode qualitative par ces deux disciplines très proches. Aussi, elles se
veulent de « comprendre par interprétation » (P. Bréchon ,2000), les comportements des
individus dans leur milieu social.
M. Weber, à travers l’usage de « l’idéal-type » fait comprendre que les comportements des
individus peuvent être classés dans quatre types idéaux d’actions qui sont : « l’action
traditionnelle », « l’action affective », « l’action rationnelle en valeurs », et « l’action rationnelle
en finalités ». C’est dans ce sens que nous voudrions comprendre à travers « l’action rationnelle
en valeurs », et « l’action rationnelle en finalités » les comportements manifestés par les femmes
ressortissantes du village de Kokiri en lien avec leurs participations à célébration du Mawlid de
Kiota afin de mieux l’expliquer. Par ces différents types idéaux d’actions nous allons découvrir
« le sens visé subjectivement » (P. Bréchon ,2000) par les acteurs lors de cette fête.
Apres avoir fini d’inscrire notre problématique dans ces deux modèles d’analyse bien précises,
le prochain chapitre fera l’objet du cheminement méthodologique de notre étude pour mieux le
contextualiser davantage.
CHAPITRE 2 : CHEMINEMENT MÉTHODOLOGIQUE
Dans ce chapitre, il s’agit d’aborder le cheminement méthodologique de la recherche qui
consiste à faire cas des aspects suivants qui sont : la méthode, les techniques et les outils utilisés
pour la collecte des données. Aussi, il englobe l’après terrain qui consiste à faire le dépouillement
et le traitement des données ainsi que les difficultés rencontrées.
La méthode convoquée en Anthropologie visuelle est purement qualitative. Elle s’inscrit dans
une démarche ethnographique.
19
consiste dans l’observation et l’analyse de groupes humains considérés dans leur particularité et
visant à la restitution, aussi fidèle que possible, de la vie de chacun d’eux ». (Claude Lévi-Strauss
cité par C. Dollo, J-R. Lambert, S. Parayre, 2017, P. 237). Dès lors, elle met beaucoup l’accent
sur les collectes des données (témoignages, notes de terrain, vidéos, etc.). Lors des analyses des
données, la méthode qualitative permet d’« extraire le sens plutôt que les transformer en
pourcentage ou en statistique ». C’est dans ce sens qu’elle est appropriée pour répondre aux
questions de recherche et aux objectifs de cette recherche.
En étudiant ce phénomène religieux qui est le Mawlid, la méthode qualitative a été privilégiée
dans ce sens qu’elle permet de mieux comprendre le sens que les femmes ressortissantes du
village de Kokiri qui participent à la célébration de la fête du Mawlid de Kiota donnent à leurs
comportements. D’où le choix de son l’utilisation dans cette recherche, car elle permet de :
Cette partie s’est déroulée en deux étapes qui sont : les entretiens exploratoires et la recherche
documentaire.
La phase exploratoire est une très important dans les étapes de la recherche en sciences
sociales et humaines. Selon J. Marquet, R. Quivy et L.V. Campenhoud (2022) elle constitue la
deuxième étape dans les six étapes en sciences sociales, elle nous permet d’avoir une rupture
avec le sens commun, c’est-à-dire « rompre » avec lui. En effet, elle « est une phase de terrain
assez précoce dont les buts essentiels sont d'aider à constituer une problématique plus précise et
surtout à construire des hypothèses qui soient valides, fiables, renseignées, argumentées et
justifiées » O. Aktouf (1987, P. 102). De ce fait, tous ces auteurs que nous avons évoqués dans
cette partie ont parlé de deux opérations indispensables qui la composent à savoir : les lectures et
les entretiens exploratoires.
Les lectures
20
Cette opération « consiste à répertorier et à consulter des documents, les plus spécifiques et les
plus spécialisés possibles sur le sujet de la recherche. » A. Omar (1987, P. 103). C’est dans ce
sens que nous avons lis et relis des documents et également des documents audio-visuels afin de
mieux comprendre notre sujet pour pourvoir le délimiter.
Entretiens exploratoires
Les entretiens exploratoires ont été menées auprès personnes clés pour la compréhension du
Mawlid à kiota. L’une d’elles a été effectuée avec le professeur M. Zakari au niveau de son
bureau. Il a étudié la célébration du Mawlid de Kiota sous l’angle historique dans l’un de ses
livres que nous avons pu acheter et nous avons reçu une dédicace de lui lors de cette rencontre.
Les autres entretiens exploratoires ont eu lieu avec des personnes qui ont plusieurs fois assister au
Mawlid de Kiota. Ces rencontres nous ont permis d’avoir des informations sur notre sujet. Ce qui
nous a permis d’enrichir davantage notre problématique.
La phase pré-test est la deuxième phase de préparation de l'enquête selon O. Aktouf (1987) en
effet, « il s'agit, à proprement parler de pré-tester l'instrument de mesure ou d'observation que l'on
compte utiliser. C'est une véritable mise à l'épreuve, un essai contrôlé et rigoureux du
fonctionnement de l'outil que l'on vient de construire. » O. Aktouf (1987, 105). Dans notre
travail, cette phase nous permis de tester les outils que nous avons utilisés qui est l’outil audio-
visuelle (une caméra Sony et une caméra GoPro) en réalisant des entretiens. L’utilisation de cet
outil nous a conduit à changer de procédure de faire les entretiens lors de notre étude de terrain
avec sans l’utilisation de la caméra. Les changements ainsi que la réadaptation de cet outil à
faciliter le bon de déroulement de nos entretiens.
Cette partie est constituée de trois points à savoir : la recherche documentaire, les entretiens, les
observations (observation directe, observation filmique), le récit de vie et technique audiovisuelle
tout en parlant respectivement de leurs outils de collecte des données.
Nous avons effectué des visites dans plusieurs bibliothèques dont entres autres la bibliothèque
centrale de la FLSH (faculté des lettres et sciences humaines), celle du CESA (club des étudiants
21
en sociologie et anthropologie), celle du CLEH (club des étudiants en histoire), celle de l’IRSH
(institut de recherche en sciences humaines), ainsi que la médiathèque du CCN-MA (centre
culturel nigérien Moustapha Alhassane -ex CCFN (centre culturel franco-nigérien) Jean Rouch.
Aussi, nous avons eu chance de lire certains livres utilisés dans le cadre de ce travail grâce à notre
cercle de lecture dénommé, le cercle des férus du livre. La recherche des documents imprimés a
été complétée par la recherche en ligne à travers des sites web et des pages web dédiées.
La recherche documentaire a été fait au même que la lecture des documents afin de mieux
faciliter la recherche. En effet, la recherche documentaire nous a été beaucoup utile dans ce sens
qu’elle nous a permis d’explorer les documents afin de mieux spécifier notre sujet et de
déterminer les auteurs crédibles. Nous avons utilisé la technique d’un regard minutieux au niveau
des références bibliographiques de nos lectures pour contextualiser davantage nos lectures sur
notre thématique étude.
Comme outils à cette technique de collecte des données, nous avons utilisé la fiche de lecture.
Elle est faite à la fin de chaque lecture pour pouvoir maitriser les grandes idées, car un bon
crayon vaut mieux qu’une bonne mémoire, a-t-on coutume de le dire. Cet adage nous explique
l’importance de faire des prises de notes notamment en lisant ou écoutant. Les fiches de lectures
étaient utilisées dans la revue de littérature, la problématique, ainsi que tout au long de notre
travail.
2.4.2 Entretien
Les entretiens compréhensif, directif, semi-directif ont été utilisés par rapport à la situation de
nos enquêtés. En effet, l’entretien compréhensif est :
« Méthode qualitative d’enquête qui vise à comprendre comment pense le sujet interviewé.
Elle est inspirée de l’ethnographie constitutive et de l’ethnométhodologie, et préconisée
notamment par Jean-Claude Kaufman. L’entretien est mené de façon interactive et
empathique : il faut « casser la hiérarchie » de l’entretien traditionnel, instaurer une relation
de confiance et de confidence. » (C. Dollo, J-R. Lambert, S. Parayre, 2017, P. 2020).
Nous avons fait usage de l’entretien directif lors de nos entretiens lorsque nous utilisons la
caméra. Et pour les entretien compréhensif et semi-directif, lorsque nous n’utilisons pas la
caméra. La majorité de nos entretiens étaient de l’entretien compréhensif du fait de sa qualité de
22
donner des données qui sont de nature qualitative. Pour les entretiens directifs, c’était lors du
tournage de notre film de mémoire.
L’observation est une technique phare de la méthode qualitative. Elle est la technique
privilégiée en anthropologie notamment l’observation participante. Dans notre cadre étude, nous
avons utilisé l’observation directe à l’aide d’une grille d’observation afin de mieux regarder et
décrire notre sujet d’étude. Aussi, nous avons fait de l’observation filmique pour filmer les
interactions lors du tournage sur notre terrain d’étude.
Les outils de collectes de données qui ont été utilisés sont la caméra, l’appareil photo, le
magnétophone, et la grille d’observation. En effet, la caméra est un outil principal qui est utilisé
en anthropologie visuelle, elle est « l’œil de l’anthropologue visuel » selon Jean Rouch.
Les récits de vie que nous avons amenés nous ont permis de recueillir auprès de nos
informatrices des renseignements par rapport à leurs expériences à la participation de la
célébration du Mawlid à Kiota. L'utilisation de cette technique de collecte de données nous a
surtout permis de comprendre les expériences qu'avaient nos informatrices en lien avec ce
phénomène religieux. Ce qui a favorisé leurs représentations sociales et motivations individuelles
vis-à-vis à cette fête à Kiota.
23
avec cet outil a fait en sorte qu'on nous qualifiait de « journaliste » notamment sur notre terrain
d'étude plusieurs voulaient que nous les filmions pour qu’on puisse les voir à la télévision.
Pour faire le tournage de notre film, nous avons utilisés tout un dispositif de tournage qui
sont : une caméra Sony, une caméra GoPro, un disque de stockage de 1 Téra, une clé USB de 128
GB, et un bloc-notes. En effet, les deux caméras étaient utilisées pour filmer les interactions de
nos informatrices sur le terrain. En ce qui concerne les disques de stockage, nous les ont utilisés
pour faire le dérochage de nos rough cut. Quant au bloc-notes, c’était pour écrire les différentes
séquences à filmer une fois sur le terrain.
Cette partie qui consiste à expliquer les conditions et stratégies de réalisation du film est
composée de deux points : la négociation du terrain et le choix du collaborateur principal
(protagoniste, informateur).
Négociation du terrain
La Négociation du terrain avec nos informatrices ne nous a pas causé de difficultés. Que soit
sur l’acceptation d’effectuer le terrain que lors du tournage. Car, étant donné que nous vivons
ensemble depuis fort longtemps, nous nous sommes familiarisés avec elles. En effet, elles sont
nos mères. Aussi, dès le début de notre postulation à ce master nous les avons fait savoir que le
film de notre sujet portera sur leur participation à la célébration du Mawlid de Kiota. Chose
qu’elles ont beaucoup aimé. En outre, nous avons effectué un voyage, le 05 septembre 2024 à
Kiota pour aller rencontrer le Calife ainsi que le chef de Canton de Kiota pour demander
l’autorisation de mener notre étude sur leur terrain. En effet, nous avions apporté avec nous la
fiche d’autorisation donnée par le département de Sociologie et Anthropologie. Cette fiche
d’autorisation nous a beaucoup aidé lors de notre tournage sur le terrain. Elle nous a permis
d’avoir des badges d’accès à plusieurs endroits.
Comme nous l’avons dit ci-haut, nos deux informatrices sont nos mères. Elles sont nos deux
collaboratrices principales. Le choix porté sur elles, n’est pas le fruit d’un hasard. Nous voulons
« immortaliser » leur participation à la célébration du Mawlid de Kiota à laquelle elles participent
24
chaque année. C’est à travers leur participation que nous voulons faire connaitre aux spectateurs
de notre film d’avoir une idée de comment se célèbre le Mawlid à Kiota.
3. Echantillonnage
Ici nous allons parler sur la technique de l’échantillon que nous avons utilisé. L’échantillon
par choix raisonné a été utilisé car c’était l’échantillon qui convenait aux caractéristiques des
individus que nous étudions. Cette technique est utilisée lorsque « le chercheur veut orienter sa
recherche sur un type de phénomène ou d’individus qui se distinguent des autres selon certaines
caractéristique. » (Depelteau cité par N. Ado Tamo, 2024, P. 33). En effet, nos enquêtés se
distingues par rapport aux autres individus qui participent au Mawlid parce qu’ils remplissent les
critères liés à nos hypothèses. Nous avons réalisé quatorze (14) entretiens avec des individus qui
répondent aux critères de la technique de l’échantillon par choix raisonnée par rapport au
phénomène que nous étudions. Nous nous sommes arrêté à ce nombre parce que nous avons
atteint le seuil de saturation. C’est l’accroissement presque des mêmes reposes lors des entretiens.
4. Déroulement de l’enquête
Ici, nous allons parler sur le déroulement de la collecte des données, de comment nous nous
sommes pris face à notre objet d’étude sur le terrain. Cette partie est constitué de deux points à
savoir : la descente et installation sur le terrain et la phase de collecte
La descente et l’installation sur notre terrain a été facile du moment où que nous connaissons
notre terrain avant même d’envisager de mener notre étude. N’empêche, nous avons expliqué et
réexpliqué à nos collaboratrices l’objectif de notre recherche. C’est ainsi qu’elles nous ont
beaucoup aidé dans la sensibilisation de leurs compagnons lors de nos tournage sur le terrain afin
de bien mener notre recherche.
Cette phase de la recherche a été réalisée en plusieurs séquences. Elle a d’abord été effectuée
auprès des individus que nous connaissons qui participent au Mawlid à Kiota chaque année dès
que l’occasion se présente. Ensuite, du 14 au 16 septembre 2024 qui avait coïncidé avec le mois
du Mawlid de l’an 1446 du calendrier hégirien, était le mois de la collecte des données
empiriques. C’était à ce temps que nous (moi et Mamane Bachir, un promotionnel) avons
25
effectué le tournage durant trois (3) jours à Niamey et Kiota. Aussi, nous avons effectué pour la
deuxième fois le tournage sur notre terrain d’étude qui est la ville de Kiota du 4 au 5 septembre
2025 qui avait coïncidé avec le mois du Mawlid de l’an 1447 du calendrier hégirien lors la
célébration de la fête du Mawlid.
Le dépouillement des données a été fait à deux niveaux, il s’agit du texte et du dérushage.
En ce qui concerne le texte, cette partie de la recherche qui consiste à faire un examen
minutieux des données a été faite à travers la transcription des entretiens et le recensement des
éléments observés lors de nos observations notamment à travers la grille d’observation.
Quant au dérochage, il a été fait par l’utilisation des disques de stockage à savoir un disque de
1 Téra et une clé USB de 128 GB afin de bien préserver nos données de rushs.
Dans cette partie, nous allons parler des traitements des données au niveau du texte et au
niveau du film, d’où la spécificité de l’anthropologie visuelle.
Le traitement des données brutes recueillies sur le terrain a été possible grâce aux entretiens et
à l’observation directe que nous avons faits. Elles nous ont permis de bien analyser notre sujet
d’étude en structurant les différentes données en plusieurs chapitres afin de bien harmoniser notre
travail.
6.2. Montage
Le montage de notre film a été fait par le logiciel Wandareshare Filmora 13. La machine
utilisée pour le montage était notre machine (PC Thinkpad Lenovo T490) la plupart de fois à la
maison et parfois dans la salle de montage des étudiants en anthropologie visuelle. Nous avons
fait le traitement des rushs dans ces deux lieux avec un bloc-notes qui nous servait de noter le
numéro de chaque rush détenu pour nous faciliter leur sélection lors du montage. Aussi, lorsque
nous rencontrons des difficultés lors du montage nous sollicitons l’assistance et la supervision de
nos camarades des temps à autres. La construction de la trame narrative de notre film a été faite
grâce aux différentes suggestions faites lors de nos différentes projections par nos camarades et
nos ainés académiques du centre d’anthropologie visuelle.
26
En effet, c’est dans ce sens que M. Augé et J.P. Colleyn (2021, P. 44) affirme que :
Les films qui nous ont motivé pour construire notre film sont : « l’âme d’Agadez » de Y.
Moussa Hamani (2025), « quand la terre parle aux Arnas » de M. Ibrahim Harouna Ousmane
(2025), « les maitres fous » de Jean Rouch (1954), « les blessures encore ouvertes : la désillusion
de Yanga » de Guiyame Juvintus, « Espoir-Voyage » de Michel K. Zongo (2011).
Il ne point de recherche sans difficultés. La plupart des difficultés auxquelles nous avons fait
face étaient par rapport à l’utilisation de la caméra d’ici à Niamey, à kiota et surtout lors du trajet
de notre voyage notamment à la gare et dans le bus du fait que certains passagers ne veulent pas
être figurés avec la caméra. A Kiota, nous avons eu du mal à suivre nos « collaboratrices »
lorsqu’elles étaient en plein foule. En effet, durant la nuit de la célébration du Mawlid, l’accès au
lieu de festivité (le hangar de la mosquée) étaient pratiquement difficiles pour les individus qui
n’ont pas des badges que distribuaient le comité d’organisation pour les gens des différentes
commissions dudit comité. C’est ainsi l’obtention de deux badges (image sou dessous) nous
avons données accès aux endroits privilégiés :
27
Photo 1 : Badges d’accès aux endroits privilégiés
Ce chapitre consistera a présenté notre zone qui est la commune rurale de Kiota dans son aspect
historique, géographique et religieux car, « circonscrire, au-delà de son objet, son champ d’étude
ou d’analyse empirique dans l’espace géographique et social et dans le temps en sciences
humaines et sociales, s’avère l’une des recommandations chères à Campenhoud & Quivy » (B.
Samirou Abdoulahi, 2018, p.29). Ces différents aspects permettront de comprendre la pertinence
du choix de notre zone d’étude par rapport à notre sujet.
La commune rurale de Kiota dont le chef-lieu est Harikanassou est situé dans le département de
Boboye (le Dallol Bosso) qui est une vallée fossile (un ancien affluent du fleuve Niger). Elle
28
appartient la communauté coutumière de Kiota de la chefferie de « Tobili Hu », issue du
deuxième fils de Tagour (Zamo Séga), (M. Zakari, 2019). Pour M. Zakari (2019), la communauté
coutumière de Kiota, aujourd’hui canton de Harikanassou, est donc issue de la lignée de Zem par
Mahar Sané, petit-fils de Ali Koda dont le frère Touman ira créer sa propre chefferie
(Zarmakoytarey) à Tessa (dans le Zigui). Tout cela pour dire que les gens -notamment les
autochtones- de la commune rurale de Kiota sont des descendants de Zarmakoy Sambo (Mali
Béro).
Cependant, avec l’évolution du temps, on constante le peuplement de cette ville par l’arrivée
d’autres ethnies (hausa, touareg et peul) attirées par plusieurs d’ordres stratégiques sociale,
religieuse, et économique.
Kiota est une localité et une commune rurale du Niger, du département de Boboye, région
17
de Dosso. Elle est située à 23 km au nord du chef-lieu départemental Birni N’Gaouré . La
commune rurale de Kiota instaurée en 2002, est issue de la partie nord du canton de
Harikanassou-Kiota18. Ce Canton est limité à l’Est par le Sultanat de Dosso, au Nord par le
Canton de Koygolo, au Sud et à l’Ouest par le Canton de Birni N’Gaouré, au Nord-Ouest par les
Cantons de Kouré et de Dantchandou.
17
Distances, coordonnées sont mesurées à l'aide de Openstreetmap (abrégé OMS).
18
Loi 2002-014 du 11 juin 2002 portant création des communes et fixant le nom de leurs chefs-lieux. Web
Archive (consulté le 14/7/2025)
29
Source : Hassane Abdoulaye, doctorant au département de géographie, FLSH, Aout 2025
A l’instar des autres communes rurales du Niger, la commune rurale de Kiota a un marché
hebdomadaire qui se tient durant chaque vendredi. Il (le marché) est alimenté par les paysans des
villages environnant qui viennent avec leurs marchandises. Aussi, pendant le mois du Mawlid, la
ville de Kiota se transforme en une foire périodique. Les marchands installent leur article tout au
longue du goudron, dans les couloirs de rue ainsi qu’aux alentours de la mosquée.
19
Thomas Brinkhoff, City Population, Departements et Communes (archive), consulté le 14/7/2025.
20
Opendata Africa, Répertoire national des localités du Niger, consulté le 14/7/2025.
30
3.1.4. Aspect religieux
La commune rurale de Kiota est l'un des centres les plus importants du soufisme et de la
dévotion en Afrique de l'Ouest. Des chefs religieux influents de la confrérie Tidjania ont leur
siège ici. Le Cheikh Aboubacar Hassoumi était le représentant du grand cheikh sénégalais,
Cheikh Ibrahim Abdoulaye Inyass. Son mausolée rereçoit des visites de fidèles venus de
plusieurs contrées-surtout pendant le mois du Mawlid moment où la ville accueille beaucoup de
personnes- pour avoir sa bénédiction (M. Zakari, 2019). Les célébrations annuelles du Mouloud
en l'honneur du prophète Mahomet sont connues bien au-delà des frontières de la communauté.
En effet, M. Zakari (2019) explique que Cheikh Aboubacar de Kiota était l’initiateur de la
célébration de la fête de Mawlid à Kiota en 1952 après avoir reçu l’autorisation auprès de son
cheikh, cheikh Ibrahim Inyass. Du fait de son rôle qui est le guide spirituel de la confrérie
Tidjania de Kiota, il a coutume de dire : « Priez inlassablement pour votre Seigneur le puissant, le
miséricordieux, sollicitez son pardon. Cultivez vos terres car, ce que la terre ne vous donne pas,
personne d’autre ne vous le donnera » (M. Zakari, 2019, p. 119).
De nos jours, son œuvre immense de bienfaisance (de recherche perpétuelle de la paix, la
prospérité pour sa communauté et pour l’ensemble du Niger) est désormais poursuivie avec
dévouement et loyauté envers ses disciples par son fils ainé, le Khalife Moussa Aboubacar. Il
attire également des visites par les fidèles pour avoir sa bénédiction.
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Filmographie
L’âme d’Agadez, 2025, documentaire, réalisé par MOUSSA HAMANI Younoussa, Niger, 42
min.
La fête des masques de Bamanan de Kiram, 2008, documentaire, réalisé par DEN OTTER
Elisabeth, Mali, 45 min.
Les blessures encore ouvertes : la désillusion de Yanga, 20.., documentaire, réalisé par Guiyame
Juvintus, Cameroun, 1h ..min.
Les maitres fous, 1954, documentaire, réalisé par ROUCH Jean, France : Les films de la Pléiade,
Couleur, 36 min.
Quand la terre parle aux Arnas, 2025, documentaire, réalisé par IBRAHIM HAROUNA
OUSMANE Mahamadou, Niger, 42 min.
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