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Différences entre oral et écrit en français

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Cours 3: code oral /écrit

Objectifs : Définir les particularités syntaxiques et lexicales de l’écrit et de l’oral

Introduction : deux modes de production langagière

La langue française se réalise à travers deux formes principales : l’oral et l’écrit.


Ces deux modes de communication, bien qu’ils partagent le même système linguistique,
diffèrent profondément dans leur structure, leur usage et leurs contraintes de production.

Selon Claire Blanche-Benveniste (1997 :15) :« L’oral n’est pas un écrit déformé : il obéit à
des règles propres, à une syntaxe spécifique et à une logique de communication en
interaction. »

1-Les caractéristiques de l’oral par rapport à l’écrit

Le couple oral/écrit fonctionne selon des modalités différentes. Il est clair qu’«on ne parle pas
tout à fait comme on écrit, pas plus qu’on ne peut écrire tout à fait comme on parle »
(Martinon, repris par Béguelin 1998 : 3).

Si nous comparons l’oral à l’écrit, la première particularité de l’oral réside dans son caractère
éphémère. En effet, lorsque nous sommes devant un texte, nous avons la possibilité de le
relire, de revenir en arrière. Rien de tel à l’oral.

La langue orale apparaît plus naturelle que la langue écrite . Plusieurs raisons :

1. l’universalité de la parole : toutes les sociétés communiquent oralement


2. la primauté de la parole :La langue orale est le mode fondateur de nos
communications alors que le système d’écriture en est un moyen d’expression dérivé.
3. les aspects de développement : le processus d’acquisition du langage oral est naturel
tandis que le langage écrit est le fruit d’un apprentissage scolaire spécifique
4. la prédisposition biologique spécifique pour la parole, ce qui ne semble pas être le cas
pour l’écrit. Selon le linguiste Hagège (1985), l’être humain semble prédisposé
biologiquement à devenir « un homme de parole » qui deviendra éventuellement mais
pas nécessairement « un homme de l’écrit ».
Selon Garcia-Debanc (1999), pour analyser les productions orales, il est nécessaire de les
réécouter plusieurs fois. Ainsi, un travail sur l'oral nécessite enregistrement audio ou vidéo,
transcriptions et réécoutes, ce qui demande donc du matériel technique d'enregistrement et
beaucoup de temps. Certes, dans une situation de communication de la vie quotidienne, nous
pouvons demander à l’interlocuteur de répéter. Par contre, nous ne pouvons pas recourir à la
répétition de l’information lors de l’écoute d’une émission diffusée à la radio, à la télévision,
une gare…

En outre, l’écrit est perçu comme un discours organisé, stable, alors que l’oral renvoie à un
discours spontané, contenant des phénomènes spécifiques et ayant sa propre [Link]
arrive que l’on prenne pour indice de la complexité d’un énoncé oral sa structure syntaxique
en analysant cet énoncé comme s’il s’agissait d’un texte écrit. Or, la syntaxe de l’oral
fonctionne différemment. Ainsi, nous pourrons considérer l’écrit comme un produit final qui
ne présente pas d’erreurs.

Hassan ( 2015) propose de distinguer le code oral du code écrit à partir des aspects suivants :

- L’un est sonore et gestuel, l’autre graphique.


- L’écrit permet de dissocier des activités, de préparer ses propos, de corriger alors que
l’oral est instantané.
-l’oral nécessite une interaction en forme de co-construction d’un message avec des
contributions qui se complètent. Selon Hassan, 2015
- l’oral n’est pas forcément familier, l’écrit n’est pas forcément soutenu. Si l’oral et
l’écrit s’opposent ce n’est pas selon leur registre mais en fonction des modalités des
interactions et des procédés énonciatifs.

Pour mieux cerner cette différence, nous proposons quelques particularités qui distinguent
les deux codes :

1-1Particularité syntaxique

Les modes de production spécifique de la langue parlée expliquent certaines caractéristiques


syntaxiques de l'oral

-L’oral est articulé par des courbes mélodiques, ascendantes ou descendantes, par des accents
d’intensité qui sont marquées à la dernière syllabe du mot.
-L’oral est, également, marqué par des pauses. Le locuteur peut allonger une voyelle, utilisé
des interjections « euh », répéter un mot. Etant donné le caractère improvisé de l’oral, le
locuteur peut ajuster et réorienter son discours.

A l’oral, le locuteur utilise souvent des structures syntaxiques qualifiées par les grammairiens
d’anacoluthes. En effet, la syntaxe de l’oral se caractérise par l’emploi fréquent de
construction à constituant détaché, par exemple « les paquets de mer… c’est pas gai » .

-L’une des différences se situe dans le respect ou non de l’ordre des mots (sujet + verbe +
objet). Pour nuancer, il faut préciser que cette règle syntaxique est primordiale à l’écrit. Or, à
l’oral, l’ordre des mots est plus libre,

Par contre, la langue écrite est soumise à d’autres contraintes, par exemple : les allongements
ne sont pas notés, la ponctuation ne permet pas de reproduire la prosodie de la langue orale
(les pauses, le ton, les accents d’intensité). En Outre, l’écrit est soumis à une structuration en
phrases, délimités par une majuscule initiale et un point final. En effet, la production écrite est
soumise à des normes chargées de garantir la bienséance dans les échanges verbaux.

Nous retrouvons, également, d’autres caractéristiques propres à l’oral :

-L'emploi d'interjections en abondant : Tiens, bon, et alors., tu vois !

-Les procédés de mises en relief, reprise nominale par exemple, ou procédés qui permettent
d'insister sur un point, sont souvent présents : « La neige, elle tombe du ciel ».

-L'emploi des déictiques (présentatif, pronom démonstratif) est nécessaire car l'oral se réalise
en situation : « il y a », « c’est ».

-L'emploi du « on ».

-L'élision comme :« y'a » au lieu de « il y a ».

-La négation tronquée, ne n'est pas souvent utilisé.

1-2Particularité lexicale

Dans l’usage courant, la pratique de l’oral fait appel à des expressions de la langue familière,
vulgaire. Pour illustrer ces expressions, nous proposons quelques exemples proposés : gueule
pour visage et con, connotés comme vulgaires.
Pour ce qui est des expressions familières, nous citons : des fois (vs parfois), dans mes fils (vs
parmi). Nous retrouvons également les connecteurs et les démarcatif propre au discours oral :
et puis, quoi, ainsi que le recours fréquent de certains verbes comme être, faire.
Le lexique parlé est aussi plus subjectif et expressif : il reflète les émotions et les jugements
du locuteur à travers des mots tels que super, nul ou trop bien.
On y trouve aussi de nombreux marqueurs discursifs (ben, euh, quoi, tu vois, voilà) qui aident
à structurer le discours et à maintenir l’attention de l’auditeur. De plus, l’oral est un espace de
créativité : il accueille des mots d’argot, du verlan ou des emprunts étrangers qui renouvellent
le vocabulaire.
L’écrit, en revanche, exige un lexique plus précis, plus riche et conforme à la norme. Comme
l’explique Claire Blanche-Benveniste (1997), le vocabulaire de l’oral est contextuel et
fonctionnel, alors que celui de l’écrit est plus réfléchi et décontextualisé.

Particularités lexicales de l’oral par rapport à l’écrit


Aspects Oral Écrit
Vocabulaire courant, familier,
Lexique plus précis, technique,
Nature du lexique concret. Mots simples, souvent
abstrait, et souvent spécialisé.
polysémiques.
Majoritairement familier ou standard. Souvent soutenu ou neutre.
Niveau de langue Variation selon la situation et la L’adaptation au registre est plus
relation entre interlocuteurs. consciente et normative.
Plus grande richesse lexicale :
Moindre variété : l’orateur se sert
. Richesse lexicale diversité de termes, synonymes,
d’un stock limité de mots fréquents.
champs lexicaux étendus.
Usage de mots Très fréquent : truc, machin, truc-là, Rare : l’écrit exige précision et
passe-partout ça, faire, dire, mettre, aller... clarté référentielle.
Peu présents ou remplacés par
. Marqueurs Abondants : ben, euh, quoi, tu vois,
des connecteurs logiques : en
discursifs hein, voilà, genre, donc...
effet, cependant, ainsi, donc.
Lexique évaluatif Chargé d’émotion et d’opinion : trop Lexique plus neutre, objectif,
et subjectif bien, super, nul, hyper intéressant. analytique.
Nombreux néologismes, argot, Plus conservateur, respect des
Créativité lexicale
verlan, emprunts, raccourcis. normes lexicales.
Rarement tolérées : l’écrit
Reformulations et Fréquentes pour reformuler, insister,
privilégie la concision et la
répétitions ou gagner du temps.
clarté.
Mots accompagnés de gestes,
L’écrit doit tout expliciter par le
Appuis contextuels intonation, mimiques (le sens dépend
lexique, sans appui paraverbal.
du contexte).
. Fonction du Interactionnelle : maintenir le
lexique contact, exprimer l’attitude
1-3Points de convergence et complémentarité

Même si l’oral et l’écrit présentent des différences nettes sur le plan syntaxique, lexical et
discursif, ils partagent de nombreuses zones de contact et remplissent des fonctions
linguistiques complémentaires.

En effet, .« L’opposition oral/écrit ne doit pas être pensée comme un rapport de supériorité,
mais comme deux modalités de la langue au service de fonctions communicatives distinctes. »
(Boutet, 2001 :12)

Aspects Oral Écrit Convergences /


Complémentarités
Système Utilise la même Repose sur les Les deux modes
linguistique grammaire et le mêmes règles appartiennent à un
même lexique, mais linguistiques, mais même système de
de manière plus avec un usage plus langue.
souple. normé et stable.
Finalité Transmettre, Transmettre, Objectifs
communicative persuader, interagir convaincre, communicatifs
directement avec un informer un lecteur communs : faire
auditeur. absent. sens et agir sur
autrui.
Temporalité Immédiate, Différée, planifiée, L’oral privilégie
spontanée, révisable. l’interaction, l’écrit
interactive. favorise la
réflexion.
Organisation du Linéaire, co- Structurée, L’un montre la
discours construite, avec hiérarchisée, pensée en train de
reformulations et cohérente dès le se construire,
hésitations. départ. l’autre la pensée
organisée.
Marques Présence du Effacement du Deux formes de
énonciatives locuteur, scripteur, mise en scène du
subjectivité, objectivation, sujet
implicite, explicitation par la parlant/écrivant.
intonation, gestes. syntaxe.
Canal et support Voix, regard, Graphie, Ensemble, ils
gestes, intonation ponctuation, mise illustrent la
(canal auditif et en page (canal multimodalité de la
visuel). visuel). communication.
Cohérence et clarté Dépend du Dépend de la Nécessité commune
contexte, de structure syntaxique de cohérence
l’intonation et du et de la logique du textuelle adaptée au
partage de situation. texte. canal.
Rapport au Interaction directe : Interaction Les deux
destinataire réactions différée : nécessitent une
immédiates. anticipation du prise en compte de
lecteur. l’autre.
Valeur didactique Développe les Développe la Enseigner l’un
compétences structuration, la renforce
d’interaction, de planification, la l’apprentissage de
reformulation, de révision du l’autre.
prosodie. discours.

Toutefois, la différence entre l’oral et l’écrit n’est pas tranchée de toute rigueur, nous pouvons
trouver des situations des productions orales qui sont de l’écrit transposé (la conférence, le
journal télévisé…). De mêmes, nous retrouvons également des situations de productions
écrites qui font appel à des variantes de l’oral, soit pour marquer le caractère improvisé d’un
discours direct, soit pour obtenir un effet stylistique.

En guise de conclusion, nous reprenons la réflexion de Laparra, (2008) pour faire émerger une
véritable didactique de l’oral. Pour mettre en place cette didactique, il est nécessaire d’agir
sur quatre dimensions :

- cesser d’opposer mécaniquement l’oral à l’écrit dans les différentes activités


langagières
- cesser de penser l’apprentissage en termes de déficits à combler ;
- mettre l’accent sur des habiletés verbales sous-estimées ;
- élaborer des progressions linguistiques rigoureuses

Exemples entre l’oral et l’écrit en français :

1 – Le « ne » de négation disparaît

On écrit : Il n’a pas faim.


À l’oral, on dit : « Il a pas faim » [[Link].fɛ̃]
Le « n’ » qui est obligatoire à l’écrit est souvent supprimé quand on parle.
2 – Le « u » de « tu » s’élide devant voyelle.

On écrit : Tu es fatigué ?
À l’oral, on dit : « T’es fatigué ? » [tɛ.[Link]]
Le « u » de « tu » disparaît et est remplacé par une apostrophe. « Tu es » se transforme en «
t’es ».
3 – Le « e » des mots d’une syllabe s’élide devant une consonne

On écrit : Je dois partir.


À l’oral, on dit : « J’dois partir. » [ʒ[Link]]
Ici le « e » de « je » s’élide et on le prononce [ʒ].
Les pronoms et déterminants d’une syllabe terminés par e (je, me, te, ce et le) s’élident devant
une consonne.
4 – « Je » se prononce « ch » devant les sons [f], [k], [p], [s], [t]

On écrit : Je suis sûr de moi.


À l’oral, on dit : « chuis sûr de moi » [ʃɥ.syʁ.də.mwa]
Ici le je est suivi du son « s », on le prononce donc [ʃ]. Et souvent, on supprime le son qui le
suit, ici le son [s].
5 – Le « i » de « qui » devant une voyelle

On écrit : C’est toi qui as fait ça ?


À l’oral, on dit : « C’est toi qu’as fait ça ? » [sɛ.[Link].fɛ.sa]
On voit ici que le i du pronom relatif qui disparaît. « qui as » se transforme en
« qu’as ».
6 – « Il » disparaît complètement dans l’expression « Il y a »

On écrit : Il y a deux ans.


À l’oral, on dit : « Y a deux ans » [ja.dø.zɑ̃]
On voit bien que le pronom “il” a complètement disparu.

7 -Le l de « il » ou « ils » tombe devant consonne

On écrit : Ils disent


À l’oral, on dit : « i’ disent » [[Link]]
Les lettres « el » disparaissent dans le mot « celui »

On écrit : celui-là.
À l’oral, on dit : « çui-la » [suila]
Les lettres “el” ont complètement disparu.

9 – Le « que » de « qu’est-ce que » disparaît devant consonne

On écrit : Qu’est-ce que tu fais ?


À l’oral, on dit : « Qu’est-ce tu fais ? » [kɛ[Link].fɛ]

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