CHAPITRE 1 — Histoire, définition et rôles des organisations
Introduction générale : les organisations au cœur de la société contemporaine
La société moderne est avant tout une société d’organisations. Comme le souligne Henry
Mintzberg (1990) : « tout ce qui se produit dans notre société se produit dans un contexte
d’organisations, de notre naissance à l’hôpital jusqu’à notre enterrement par une entreprise
de pompes funèbres ». Cette phrase illustre que notre existence entière, du quotidien au
travail, est structurée par des entités organisées.
Les organisations sont donc omniprésentes : entreprises, associations, administrations,
institutions éducatives ou sanitaires. Elles jouent un rôle économique, social et culturel,
produisant des biens et services, coordonnant les activités humaines et contribuant à la
structuration de la société. Cependant, toutes ne poursuivent pas la même finalité :
Entreprises : finalité marchande, recherche de profit, création de valeur
économique.
Administrations et associations : finalité non marchande, service public,
mission sociale ou collective.
Cette distinction est cruciale pour comprendre l’impact de chaque organisation sur le PIB,
sur l’emploi, sur l’innovation et sur la cohésion sociale.
I. Définitions et rôles des organisations
A. Définition et nature d’une organisation
Le terme « organisation » vient du grec organon, signifiant outil ou instrument. Selon
Mintzberg (1989), il s’agit d’une action collective en vue de réaliser une mission
commune, impliquant des individus interdépendants qui partagent valeurs et objectifs.
Une organisation est une optimisation sous contrainte : elle mobilise ses ressources
limitées pour atteindre ses buts dans un environnement régi par des contraintes
matérielles, financières et humaines. Comme le rappelle Samuelson, l’économie est « la
science des choix » : chaque organisation fait des arbitrages constants entre coûts, profits
et efficacité.
Les questionnements clés pour toute organisation :
1. De pouvoir : qui détient l’autorité et comment la centraliser ou la distribuer ?
2. De fonctionnement : comment coordonner et répartir les tâches efficacement ?
3. De motivation : comment inciter les individus à s’investir et à contribuer aux
objectifs collectifs ?
B. Représentations et structures organisationnelles
Une organisation peut être représentée à travers plusieurs prismes :
1. Organigramme : hiérarchie, liens de subordination.
-Hiérarchie lourde : centralisation, communication descendante, contrôle
strict.
-Hiérarchie plate : autonomie, flexibilité, meilleure communication
horizontale.
2. Lieu physique : siège, bureaux, usines.
3. Image et culture : valeurs, réputation, marque.
4. Fondateurs et dirigeants : incarnent la vision et la stratégie (ex. Steve Jobs pour
Apple, Elon Musk pour Tesla).
C. Ressources, compétences et fonctions organisationnelles
Une organisation utilise plusieurs types de ressources :
Humaines : dirigeants, salariés, partenaires, syndicats.
Physiques : bâtiments, machines, outils.
Financières : capital, budget, emprunts.
Technologiques : brevets, logiciels, savoir-faire.
Immatérielles : réputation, culture d’entreprise, valeurs.
Pour transformer ces ressources en performance, les organisations mobilisent des
compétences clés. Fayol (1916) identifie six activités essentielles : technique, commerciale,
financière, sécurité, comptable, administrative, avec le modèle POCCC : Prévoir, Organiser,
Commander, Coordonner, Contrôler.
Exemple : la chaîne de valeur de Porter (1985) distingue les activités principales
(logistique, production, marketing, service) et de support (RH, technologie,
infrastructure), permettant d’identifier les leviers de compétitivité.
D. Conditions d’existence d’une organisation
Selon Chandler (1962) et Mintzberg (1989), une organisation repose sur trois piliers :
1. Projet stratégique : objectifs et moyens.
2. Structure organisationnelle : division du travail et coordination.
3. Système de gestion : mise en œuvre des ressources.
Livian (1998) ajoute sept caractéristiques : division du travail, coordination, actions
concertées, action volontaire, règles et contrôle, stabilité, apprentissage organisationnel.
E. Biens et services
Biens : matériels, stockables (vêtements, voitures).
Services : immatériels, consommés simultanément à leur production (cours,
soins).
Les services peuvent être intangible mais s’appuyer sur un support matériel (ex. rapports
d’expertise).
F. Productivité, efficacité et efficience
Trois indicateurs de performance :
1. Productivité = production / ressources utilisées.
2. Efficacité = atteindre les objectifs fixés (« faire les bonnes choses »).
3. Efficience = rapport résultats / moyens engagés (« faire les choses de la bonne
manière »).
Exemple chiffré : produire 100 stylos pour 50 € → efficace et efficiente.
G. L’entreprise dans son environnement
Une organisation est encastrée dans plusieurs niveaux :
Micro : clients, fournisseurs, concurrents.
Méso : secteur, partenaires.
Macro : économie, société, politique, technologie.
Global : mondialisation, géopolitique, climat, IA.
Les parties prenantes (stakeholders) incluent salariés, clients, actionnaires, État,
associations. La méthode SWOT permet d’analyser forces, faiblesses, opportunités et
menaces.
II. Histoire de la gestion
A. L’évolution du capitalisme
1. Capitalisme agraire (Antiquité – Moyen Âge) : richesse issue de la terre, société
hiérarchisée.
2. Capitalisme marchand (XVe – XVIIIe siècle) : commerce international, compagnies
de commerce, mercantilisme.
3. Capitalisme industriel et financier (XVIIIe siècle – aujourd’hui) : production de
masse, Révolution industrielle, innovations (machine à vapeur, électricité,
informatique).
4. Capitalisme numérique : GAFAM, IA, 4ᵉ révolution industrielle.
B. Les grandes écoles de la gestion
1. École classique (mécaniste)
o Taylor : OST, « One Best Way », division du travail, rémunération à la
pièce.
o Fayol : administration générale, 14 principes, POCCC.
o Weber : bureaucratie rationnelle, règles impersonnelles, hiérarchie,
recrutement au mérite.
o Fordisme et Toyotisme : production de masse, lean management, kanban,
juste-à-temps, Jidoka.
2. École des relations humaines
o Follett : coopération, résolution constructive des conflits.
o Mayo : expériences Hawthorne → motivation liée au climat social et
reconnaissance, pas seulement au salaire.
3. Théories de la motivation
o Maslow, Alderfer, Herzberg, McGregor → besoins, satisfaction, motivation
intrinsèque et extrinsèque.
o Adams, Vroom → motivation par les processus et attentes rationnelles.
C. Les métaphores de Morgan (1989)
Machine : routines, hiérarchie.
Organisme : adaptation à l’environnement.
Cerveau : apprentissage collectif.
Culture : valeurs, symboles.
Système politique : jeux de pouvoir.
Flux/transformation : changement constant.
Prison psychique : dépendance aux habitudes.
Conclusion
L’évolution des organisations va du mécanisme productif (Taylor, Fayol, Weber) vers une
approche humaine et participative (Mayo, Maslow, Vroom). Aujourd’hui, la gestion
moderne combine efficacité économique, motivation humaine et responsabilité sociale, tout
en intégrant des défis contemporains : mondialisation, transition numérique, IA,
développement durable.