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Guide de Rhétorique et Argumentation

Ce guide d'étude explore la rhétorique et l'argumentation, soulignant leur importance dans un monde saturé d'informations. Il présente les outils essentiels pour analyser les discours persuasifs, notamment les trois piliers de la persuasion (ethos, pathos, logos) et les genres oratoires. Une étude de cas sur la controverse de la 'Loi Duplomb' illustre l'application de ces concepts dans un débat public contemporain.

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Guide de Rhétorique et Argumentation

Ce guide d'étude explore la rhétorique et l'argumentation, soulignant leur importance dans un monde saturé d'informations. Il présente les outils essentiels pour analyser les discours persuasifs, notamment les trois piliers de la persuasion (ethos, pathos, logos) et les genres oratoires. Une étude de cas sur la controverse de la 'Loi Duplomb' illustre l'application de ces concepts dans un débat public contemporain.

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Guide d'Étude : Rhétorique et

Argumentation pour l'Examen


1. Introduction : La Rhétorique, un Art Essentiel pour le
Citoyen Moderne
La rhétorique, souvent perçue comme un art ancien et poussiéreux, connaît une pertinence
renouvelée à notre époque. Dans un monde médiatique saturé, marqué par la "post-vérité" et la
prolifération des "fake news", sa maîtrise n'est plus un simple exercice de style. Elle devient un
outil fondamental de lucidité et de résistance. Loin d'être l'art de la manipulation, la rhétorique,
dans son sens le plus noble, est l'art de résister à la manipulation. Elle nous apprend à écouter, à
douter et à distinguer l'argumentation solide de l'imposture. Cette vision humaniste du débat est
parfaitement encapsulée par les définitions de Christian Plantin, pour qui l'argumentation est "un
art du désaccord", et de Chaïm Perelman, qui la définit comme une pratique qui "vise
l’adhésion libre des esprits". Cette vision fait écho à une vérité fondamentale de l'art oratoire :
convaincre n’est pas vaincre ; c’est faire exister un monde commun.

Cet art de la parole trouve ses racines dans la Grèce et la Rome antiques, où il fut théorisé et
pratiqué par des figures fondatrices comme Aristote, Cicéron et Quintilien. Les débats qui
animent nos sociétés, des assemblées politiques aux pétitions citoyennes, sont les héritiers directs
des forums où Périclès et Démosthène prenaient la parole. Chaque discours contemporain
s'inscrit, consciemment ou non, dans cette longue tradition de la persuasion.

Pour maîtriser cet art de la lucidité, il est donc essentiel de connaître ses outils fondamentaux. Ce
guide vous propose d'explorer les concepts clés, les structures et les stratégies qui vous
permettront d'analyser n'importe quel discours et de vous préparer efficacement à l'examen.

2. La Boîte à Outils de l'Analyse Rhétorique


Cette section constitue le cœur théorique de notre guide. La maîtrise des concepts qui suivent est
indispensable pour analyser avec précision n'importe quel discours persuasif et, par conséquent,
pour réussir votre examen. Chaque notion est un instrument qui vous permettra de déconstruire
les mécanismes de la persuasion et de comprendre comment un orateur cherche à emporter
l'adhésion de son public.

2.1. Les Trois Piliers de la Persuasion : Ethos, Pathos, Logos

Aristote a identifié trois "preuves techniques" fondamentales que tout orateur doit mobiliser pour
construire un discours efficace. Ces trois piliers sont indissociables et leur équilibre détermine en
grande partie le succès de l'entreprise persuasive.

« La rhétorique est la faculté de découvrir spéculativement ce qui, dans chaque cas, peut être
propre à persuader. » — Aristote, Rhétorique
• Logos : Il s'agit de l'appel à la logique et au raisonnement. Le logos se manifeste à travers
la structure des arguments, qu'ils soient déductifs (comme l'enthymème, un syllogisme
simplifié) ou inductifs (partant d'exemples pour établir une règle). C'est la dimension
rationnelle du discours.
• Ethos : Il correspond à l'image que l'orateur donne de lui-même à travers son discours.
Ce sont les "mœurs oratoires" qui lui permettent de paraître crédible, bienveillant et
compétent. Les Romains ont adapté ce concept avec la notion de persona, le rôle social
que l'orateur doit incarner, en s'appuyant sur des valeurs comme la dignité (dignitas), la
gravité (gravitas) et l'autorité (auctoritas).
• Pathos : C'est l'appel aux émotions et aux passions de l'auditoire. L'orateur cherche à
susciter la peur, l'indignation, la pitié ou l'enthousiasme pour orienter le jugement de son
public. Cicéron considérait cette dimension comme cruciale pour atteindre l'un des trois
devoirs de l'orateur : movere, c'est-à-dire émouvoir.

Cette triade aristotélicienne trouve un écho direct dans les trois devoirs de l'orateur théorisés par
Cicéron, qui lient chaque pilier à une fonction précise. L'orateur doit à la fois :

• Docere (instruire, informer), qui correspond au Logos.


• Delectare (plaire, charmer), qui s'appuie sur l'Ethos.
• Movere (émouvoir, faire agir), qui est la fonction du Pathos.

Ces trois piliers s'appliquent cependant différemment selon le contexte et l'objectif du discours,
ce qui nous amène naturellement aux trois grands genres oratoires.

2.2. Les Trois Arènes du Discours : Les Genres Oratoires

Le choix des arguments et le ton du discours dépendent entièrement de l'auditoire que l'on
cherche à convaincre. Comme le souligne Aristote, le public est au centre de tout acte rhétorique :
« Il y a trois espèces de rhétorique ; autant que de classes d’auditeurs... ». Chaque genre
correspond à une situation de communication spécifique.

Genre Objectif principal Contexte d'application (exemples du cours)


Accuser ou défendre (le Tribunaux (ex: discours de Cicéron pour Roscio
Judiciaire
juste/l'injuste) d'Amérie)
Conseiller ou déconseiller Assemblées politiques (ex: Philippiques de
Délibératif
(l'utile/le nuisible) Démosthène, Catilinaires de Cicéron)
Louer ou blâmer (le beau/le Cérémonies, éloges funèbres (ex: Discours funèbre
Épidictique
laid) de Périclès)

Il est important de noter que ces genres sont souvent poreux. Un discours peut appartenir
principalement à un genre tout en empruntant des éléments aux autres. Les Catilinaires de
Cicéron, par exemple, sont fondamentalement un discours délibératif visant à convaincre le Sénat
d'agir. Cependant, Cicéron y intègre des éléments du réquisitoire judiciaire (en accusant Catilina
de crimes précis) et du blâme épidictique (en dépeignant son adversaire comme l'incarnation du
vice).
Quel que soit le genre privilégié, la construction d'un discours efficace suit une structure
classique, décomposée en cinq étapes fondamentales.

2.3. Les Cinq Étapes de la Création d'un Discours

L'art oratoire antique a codifié la préparation d'un discours en cinq parties successives, de la
recherche des idées à la performance finale.

Partie Fonction Exemple


Inventio Trouver les arguments Rassembler les raisons, les faits, les valeurs
Dispositio Organiser le discours Introduction, narration, argumentation, péroraison
Elocutio Choisir le style Niveau de langue, figures, ton
Memoria Mémoriser Se rendre maître du discours
Actio Prononcer Geste, voix, regard

2.4. Le Vrai et le Vraisemblable

Une distinction capitale, établie par Aristote, est celle entre le vrai (alēthes) et le vraisemblable
(eikos). La science et la logique démonstrative (apodeixis) opèrent dans le domaine du vrai
(alēthes). La rhétorique, elle, s'épanouit dans le domaine du vraisemblable, du probable, de ce qui
est communément admis par une communauté : l'opinion (doxa). En effet, elle s'adresse le plus
souvent à un auditoire qui n'est pas expert des sujets traités, lesquels sont par nature ouverts au
débat et à la contradiction.

« Quand nous posséderions la science la plus exacte, il est certains hommes qu’il ne nous serait
pas facile de persuader en puisant notre discours à cette seule source ; le discours selon la science
appartient à l’enseignement, et il est impossible de l’employer ici, où les preuves et les discours
doivent nécessairement en passer par les notions communes. » — Aristote, Rhétorique

2.5. Arguments et Figures de Style à Connaître

Pour donner corps au logos, à l'ethos et au pathos, l'orateur dispose d'une panoplie d'arguments et
de figures de style. En voici une sélection essentielle :

• Argument d'autorité : Faire appel à une source prestigieuse (un expert, une institution,
un texte de référence) pour renforcer la crédibilité d'une proposition.
• Argument ad personam : Attaquer la personne de l'adversaire (sa compétence, sa
moralité) plutôt que la validité de ses arguments.
• Analogie : Établir une similitude de rapport entre deux situations pour éclairer la moins
connue par la plus familière (A est à B ce que C est à D).
• Pétition de principe : Un raisonnement circulaire qui tient pour admise la thèse même
qu'il s'agit de démontrer (ex: "Il faut vous battre parce que la vie est une lutte."
(l'argument 'la vie est une lutte' est une reformulation de la conclusion 'il faut se battre',
sans apporter de preuve extérieure)).
• Métaphore : Une analogie condensée qui établit une équivalence entre deux termes (ex:
le cancer qualifié d'"épidémie" pour souligner sa propagation et sa dimension collective).
• Anadiplose : La reprise d'un mot ou d'un groupe de mots à la fin d'une proposition et au
début de la suivante pour créer un effet d'enchaînement et d'insistance (ex: "Il est temps
d’agir. Agir avec courage.").
• Prosopopée : Une figure puissante qui consiste à faire parler un absent, un mort, une idée
abstraite ou une entité personnifiée (ex: Cicéron faisant parler la Patrie pour accabler
Catilina).

Maintenant que nous avons examiné les outils, l'étude de cas suivante nous permettra de les
observer en pleine action dans un contexte contemporain.

3. Étude de Cas : La Controverse sur la "Loi Duplomb"


Cette section a pour but d'appliquer les concepts théoriques que nous venons de voir à l'analyse
d'un débat public récent : celui entourant l'adoption de la "Loi Duplomb" et les pétitions
citoyennes qu'elle a suscitées. Cet exercice concret est un modèle du type d'analyse qui pourra
vous être demandé lors de l'examen, où il s'agit de mobiliser la théorie pour éclairer un texte.

3.1. Contexte : Chronologie d'un Débat Public

Pour comprendre la rhétorique à l'œuvre, il est indispensable de connaître le contexte. Voici les
événements clés qui ont jalonné la controverse :

• 1er novembre 2024 : Dépôt au Sénat de la proposition de loi Duplomb, avec l'objectif
annoncé de "simplifier les procédures d’autorisation des produits phytosanitaires...".
• Printemps 2025 : Lancement de la pétition citoyenne n°3014 ("Non à la loi Duplomb"),
qui recueille plus de 2 millions de signatures.
• 8 juillet 2025 : Adoption définitive du texte à l’Assemblée nationale par 316 voix contre
223.
• 15 juillet 2025 : Lancement de la pétition militante n°3021 par Fleur Breteau et des
collectifs citoyens : "Pour une sortie des pesticides de synthèse !".
• 7 août 2025 : Le Conseil constitutionnel censure partiellement la loi, jugeant un article
contraire au principe de précaution.
• 11 août 2025 : Promulgation de la loi n° 2025-794.
• 16-17 septembre 2025 : Dépôt d'une proposition de loi visant à abroger la loi Duplomb et
vote en faveur de l'examen de la pétition n°3014 en commission.

3.2. Analyse Rhétorique de la Pétition n°3021 : "Pour une sortie des pesticides de
synthèse !"

Nous allons maintenant déconstruire le texte de cette pétition en utilisant les trois piliers de la
persuasion d'Aristote.

L'Ethos : Construire une Autorité Morale et Scientifique


La pétition bâtit sa crédibilité sur un double ethos, à la fois collectif et expert :

• Ethos collectif : L'usage inaugural de la formule "Nous, citoyennes et citoyens"


positionne le discours non pas comme la parole d'un individu isolé, mais comme
l'expression d'une volonté populaire. Cet ethos crée une image d'inclusion, d'horizontalité
et forge une alliance morale face au pouvoir politique. La parole citoyenne s'érige ainsi
en autorité légitime.
• Ethos de compétence : Pour asseoir sa crédibilité factuelle, le texte mobilise l'argument
d'autorité. En citant des institutions scientifiques et médicales reconnues comme
l'INSERM et l'INRS, la pétition ancre son propos dans la rationalité scientifique et se
donne une caution d'expertise incontestable.

Le Pathos : Mobiliser par l'Émotion

Le discours de la pétition est explicitement pathétique, cherchant à provoquer une prise de


conscience par l'émotion. Trois passions principales sont mobilisées :

• L'indignation : Face à ce qui est présenté comme une trahison de l'État : « La France
trahit ses engagements / empoisonnement silencieux ».
• La peur : En soulignant la menace intime et généralisée : « Les pesticides sont
omniprésents : dans l’air, l’eau, les sols, nos corps ».
• L'obligation morale (pathos prescriptif) : Un appel vibrant à la responsabilité et à
l'action : « Il est temps d’agir. Agir avec courage ».

Cette stratégie s'inscrit dans une "rhétorique du care" (le soin, l'attention au vulnérable) qui
devient une "rhétorique du réveil". L'émotion n'est pas présentée comme l'opposé de la raison,
mais comme son "prolongement moral". Le but n'est pas de susciter une compassion passive,
mais de transformer cette émotion en vigilance active, où l’attention au vulnérable devient acte
de résistance.

Le Logos : Argumenter par les Faits et la Causalité

Le raisonnement de la pétition est causal et inductif. Il part de faits scientifiques chiffrés pour
établir un lien de cause à effet et en inférer une responsabilité politique. Le texte énonce par
exemple que « En Europe, 80 % des insectes ont disparu » et qu’« En France, les oiseaux des
champs ont chuté de 36 % ». À partir de ces constats, il identifie les pesticides comme la cause et
dénonce l'inaction politique comme une faute.

Ce raisonnement peut être résumé par une "syllogistique morale" implicite :

• Majeure implicite : Détruire le vivant est inacceptable.


• Mineure : Les pesticides détruisent le vivant.
• Conclusion : Il est inacceptable de continuer à les autoriser.

Pour renforcer ce raisonnement, le logos s'appuie sur des figures de style puissantes. La plus
notable est la métaphore qui qualifie le cancer d'« épidémie ». Cette analogie ne sert pas
seulement à décrire la propagation de la maladie ; elle déplace le débat de la santé individuelle
vers la responsabilité politique collective. Comme une épidémie, le cancer est présenté non plus
comme un drame personnel, mais comme un problème de santé publique dont les causes
structurelles (ici, les pesticides) doivent être traitées par la puissance publique.

En conclusion, la force persuasive de la pétition réside dans son articulation habile d'un logos
scientifique, d'un pathos de l'urgence et d'un ethos collectif. Elle ne cherche pas tant une
"persuasion dialectique" (un débat d'arguments et de contre-arguments) qu'une "conversion
émotionnelle", visant à faire ressentir la gravité du réel pour pousser à l'action.

4. Entraînement Final : QCM Blanc


Pour tester votre compréhension des concepts clés et votre capacité à les appliquer, voici un
QCM blanc dans le format de l'examen. Il s'appuie sur l'ensemble des notions vues dans ce guide
et sur le texte de la pétition n°3021. Les réponses ne sont pas fournies afin de vous permettre un
véritable exercice d'auto-évaluation.

1. Selon Aristote, la rhétorique opère principalement dans le domaine : A. Du vrai (alēthes)


et de la science. B. Du vraisemblable (eikos) et de l'opinion. C. Du bien moral (éthique). D. De la
démonstration logique (apodeixis).

2. Dans la pétition n°3021, la phrase « Il est temps d’agir. Agir avec courage. » est un
exemple de : A. Prosopopée. B. Pétition de principe. C. Anadiplose. D. Argument ad personam.

3. Le discours de Cicéron contre Catilina, qui vise à convaincre le Sénat de prendre une
décision, appartient principalement au genre : A. Judiciaire. B. Épidictique. C. Délibératif. D.
Didactique.

4. En citant l'INSERM et l'INRS, les auteurs de la pétition n°3021 cherchent


principalement à renforcer leur : A. Pathos, en créant la peur de la maladie. B. Logos, en
utilisant un raisonnement déductif. C. Ethos, en s'appuyant sur une autorité scientifique. D.
Elocutio, en utilisant un vocabulaire technique.

5. Qualifier le cancer d'« épidémie » dans la pétition est une figure de style (métaphore) qui
a pour effet de : A. Prouver scientifiquement la cause du cancer. B. Déplacer le débat de la santé
individuelle vers la responsabilité politique collective. C. Accuser personnellement les
agriculteurs. D. Rendre hommage aux victimes de la maladie.

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