Université Pierre et Marie Curie MASTER 1 Unités MO12 MU11 Année 2004-2005
Les exercices étoilés (*) s’adressent aux seuls étudiants inscrits à l’unité MO12
Corrigé de la feuille d’exercices 3
1 Le groupe modulaire
Exercice
µ 1.¶Soit H = {z ∈ C, Im z > 0}, le demi-plan de Poincaré. A toute matrice
a b
A= de SL2 (Z), on associe la fonction homographique fA définie pour tout z ∈ H par
c d
fA (z) = az+b
cz+d
(a) Montrez que l’application f : A 7→ fA est un morphisme de groupes de SL2 (Z) dans le
groupe des permutations de H. Déterminez Ker f . On note G l’image de f et on l’appelle
le groupe modulaire
(b) Pour z ∈ H, on pose Iz = {Im g(z), g ∈ G}. Montrez que Iz est une partie de R×
+
admettant un plus grand élément .
(c) On note G0 le sous-groupe de G engendré par S : z 7→ −1/z et T : z 7→ z + 1. Pour
z ∈ H, montrez qu’il existe g0 ∈ G0 tel que si on pose z0 = g0 (z), on a pour tout g ∈ G0 ,
Im g(z) 6 Im z0 .
(d) Soit D = {z ∈ H / |Re(z)| 6 1/2, |z| > 1}, le domaine fondamental du groupe modulaire.
Montrez que l’on peut choisir z0 dans D.
(e) En déduire que G0 = G.
(az+b)(cz+d)
Preuve : (a) On calculer aisément la partie imaginaire de fA (z) = |cz+d|2
soit
Im z
Im fA (z) = >0
|cz + d|2
de sorte que fA (H) ⊂ H. De même on a
0 0
a ac0 z+d
z+b
0 + b (aa0 + bc0 )z + (ab0 + bd0 )
fA (fB (z)) = a0 z+b0
= = fAB (z)
c c0 z+d0
+d (ca0 + dc0 )z + (cb0 + dd0 )
On en déduit alors comme fI = IdH , fA est bijective d’inverse fA−1 . L’application f : A 7→ fA
est donc un morphisme de groupes de SL2 (Z) dans le groupe des permutations de H. En outre
fA (z) = z pour tout z ∈ H donne az + b = cz 2 = dz soit c = b = 0 et a = d; l’égalité ad − bc = 1
donne alors a = ±1 et donc Ker f = {±I}.
(b) Soit α > 0, on va montrer que l’ensemble des Im g(z) > α pour g ∈ G, est fini, ce
qui implique trivialement le résultat. Or Im g(z) > α équivaut à |cz + d|2 > Imα z ; on écrit
z = x + iy avec y > 0. On a alors c2 y 6 |cz + d|2 6 Imα z soit c2 6 (α Im z)−1 ; de même
on a d2 6 |cz|2 + |cz + d|2 6 c2 |z|2 + Imα z , de sorte que l’ensemble des couples (c, d) est fini,
éventuellement vide d’où le résultat. On notera que l’ensemble des g ∈ G ayant pour deuxième
ligne (c, d) n’est pas fini; a et b sont donnés par des coefficients de Bezout: ad − bc = ±1.
1
(c) La question se traite de manière identique à la précédente en remplaçant G par G0 .
(d) On écrit Rez0 = m + t avec m ∈ Z et |t| 6 1/2 de sorte que z1 = T −m (z0 ) a t pour partie
réelle et a la même partie imaginaire que z0 , et comme T ∈ G0 , on peut remplacer z0 par z1 . En
outre on a Im S(z1 ) = Im z1
|z1 |2
6 Im z1 soit |z1 | > 1 soit z1 ∈ D.
(e) On commence par montrer que deux points z, z 0 ∈ D sont dans la même G-orbite alors
z et z 0 appartiennent à la frontière de D soit z 0 = g(z) avec quitte à échanger z et z 0 avec
z = g −1 (z 0 ), on peut supposer Im z 6 Im z 0 , soit en écrivant z = x + iy,
3
1 > (cx + d)2 + c2 y 2 > c2 y 2 > c2
4
car z ∈ D. On en déduit alors |c| 6 2 soit c ∈ {−1, 0, 1}. Comme il est loisible de changer les
signes des coefficients de g, le cas c = −1 se ramène au cas c = 1.
Cas c = 0: on a alors ad = 1 soit a = d = ±1 et g = T n pour n ∈ Z. Si n = 0, on a alors
g = I et z = z 0 et sinon n = ±1 avec l’une des deux parties réelles Rez et Rez 0 est égale à 1/2
l’autre étant égale à −1/2.
Cas c = 1: on a |z + d| 6 1 ce qui donne d ∈ {−1, 0, 1}. Pour d = 0, on obtient b = −1 et
z 0 = a − 1/z. Si Rez 6= ±1/2, i.e. z 6= j et z 6= −j 2 alors a = 0 et z 0 = −z. Si z = j (resp.
z = −j 2 ), on peut avoir a = 0 ou −1 et z 0 = −j 2 ou −j (resp. z 0 = j ou −j 2 ); dans tous les cas
on a |z| = |z 0 | = 1.
Si d = 1, on a |z| = 1 et x = −1/2 soit z = j; on a alors a − b = 1 et z 0 = a + j ce qui
implique a = 0 ou 1 et z 0 = j ou −j 2 . Si d = −1, on obtient de même z = −j 2 et z 0 = j ou −j 2 .
Montrons maintenant G = G0 ; soit g ∈ G et z ∈ D un point intérieur. D’après (d), il existe
g0 ∈ G0 tel que g0 (g(z)) ∈ D ce qui implique g0 ◦ g(z) = z soit g = g0−1 ∈ G0 .
¤
2 Réseaux
Exercice 1. Soit G un Z-module libre de rang n. Justifiez ou infirmez les affirmations suivantes:
(i) de toute famille génératrice de G, on peut extraire une base;
(ii) toute famille libre de G de cardinal n est génératrice;
(iii) le théorème de la base incomplète est vérifié, i.e. on peut toujours compléter une famille
libre en une base;
(iv) tout sous-groupe de G admet un supplémentaire.
Preuve: (i) c’est faux comme on peut le voir sur l’exemple: (2, 3) est une fammille génératrice
de Z dont on ne peut extraire aucune base;
(ii) c’est à nouveau faux: par exemple 2Z ⊂ Z;
(iii) c’est encore faux: par exemple G = Z2 et soit v = (2, 0) alors quelque soit w = (a, b) tel
que (v, w) soit libre, le point (1, 0) ne sera jamais atteint;
(iv) c’est toujours faux: en effet 2Z ⊂ Z n’admet pas de supplémentaire.
¤
Exercice 2. Montrez l’équivalence entre les trois points suivants:
2
(i) (n1 , · · · , nr ) = 1;
1
n1
.. 0
(ii) il existe une matrice A de SLr (Z) tel que A . = .. ;
.
nr
0
n1
(iii) ... peut être complété en une base de Zr .
nr
Exemple: complétez (10, 6, 7, 11) en une base de Z4 .
Preuve: (i) implique (ii): le résultat se démontre par récurrence; la première étape du calcul
est la suivante:
1 0 ··· 0 n1
. ... .. n1 ..
0 .. . .. .
. . =
.. · · · u v (nr , nr−1 )
nr
0 · · · −nr /(nr , nr−1 ) nr−1 /(nr , nr−1 ) 0
où u et v sont les coefficients de Bezout entre nr−1 et nr : unr−1 + vnr = (nr , nr−1 ). On peut aussi
utiliser le résultat (??) du cours, dont la preuve repose sur un calcul du genre de celui exposé
ci-dessus: on considère f : Zr −→ Z défini par f (a1 , · · · , ar ) = a1 n1 + · · · + ar nr . Le théorème
fondamental du cours dit de la base adpatée, nous assure l’existence d’une base (e1 , · · · , en ) de
Zn tel que Ker φ = Za1 e1 ⊕ · · · ⊕ Zar er avec ai |ai+1 dans Z que l’on appelle les facteurs invariants
de Zn / Ker φ; d’après l’exercice 1 on a en outre que les ai sont tous égaux à 1 pour 1 6 i < r et
ar = 0 (par un argument de dimension). Ainsi si on note A transposée de la matrice depassage
1
n1
.. 0
de la base (er , er−1 , · · · , e1 ) dans la base canonique, on a A ∈ SLr (Z) et A . = .. .
.
nr
0
0
1 0
n1
0 1 ..
(ii) implique (iii): il est évident que la famille ... = A−1 .. , A−1 0 · · · , A−1 .
. .. 0
nr .
0 1
0
forme une base de Zn .
n1
(iii) implique (i): soit e2 , · · · , er une famille qui complète ... en une base et on note A
nr
la matrice de passage de cette base dans la base canonique; on calcule le déterminant de A en le
développant par rapport à la première colonne de sorte que celui-ci est divisible par le pgcd des
ni qui est donc égal à 1 car det A = ±1.
3
Exemples: le premier cas est simple car on a la relation 7 − 6 = 1 de sorte que la matrice
suivante est de déterminant −11
10 6 7 11
0 1 1 0
1 0 0 0
0 0 0 1
de sorte que les 4 vecteurs colonnes de la transposée de la patrice ci-dessus constituent une base
de Z4 .
Dans le deuxième exemple on a la relation de Bezout: 1 = 6.6 − 2.10 − 15. On cherche donc
6 coefficients a, b, c, d, e, f tels que cf − de = 6, af − be = 2 et ad − bc = −1. Par exemple la
matrice suivante convient
6 1 0
10 0 −1
15 6 2
¤
Exercice 3. Diverses propriétés des réseaux (voir chap 5 §2 du cours) dans la suite K est l’un
des corps Q ou R et V est un K-espace vectoriel de dimension finie n > 0. Une partie Γ de V
est un sous-réseau s’il existe une famille libre e = (e1 , · · · , er ) de V telle que Γ = Ze1 + · · · + Zer .
On dit que e est une Z-base de Γ et r est son rang. On dit que Γ est un réseau si r = n.
√
(i) Z + 2Z est-il un sous-réseau de R ?
(ii) Soit Γ un réseau de V , e une Z-base de Γ et v une base de V . Montrez que v est une
Z-base de Γ si et seulement si la matrice de passage de e à v appartient à GLn (Z).
(iii) Soient Γ un réseau de V et Λ ⊂ Γ un sous-groupe. Montrez que Λ est un sous-réseau de
V et qu’il existe une Z-base (e1 , · · · , en ) de Γ, 1 6 s 6 n et a1 , · · · , as ∈ Z× vérifiant:
– (a1 e1 , · · · , as es ) est une Z-base de Λ,
– pour 1 6 i < s, ai divise ai+1
En déduire une CNS pour que Γ/Λ soit fini et calculez son cardinal en fonction des ai .
(iv) On suppose ici K = Q. Soient Γ, Λ des réseaux de V . Montrez que
– il existe d ∈ N\{0} tel que dΓ ⊂ Λ,
– Γ + Λ et Γ ∩ Λ sont des réseaux de V .
(v) On suppose ici K = R et on munit V de sa topologie canonique. Montrez que tout sous-
groupe discret1 Γ de V en est un sous-réseau.
Indication: soit (e1 , · · · , er ) une famille libre maximale de Γ et K = {λ1 e1 + · · · + λr er ; λi ∈
[0, 1]}. En utilisant le fait que K ∩ Γ est fini et en considérant pour j ∈ Z et x = λ1 e1 +
· · · + λr er ∈ Γ, les xj = jx − ([jλ1 ]e1 + · · · + [jλr ]er )2 , montrez que λi ∈ Q et conclure.
A quelles conditions est-ce un réseau?
1
i.e. tel que pour tout compact K de V , K ∩ Γ est fini
2
[λ] désigne la partie entière de λ
4
√ √
Preuve: (i) 2 n’appartenant pas à Q, G = Z + 2Z est dense dans R; si G était un réseau on
aurait G = αZ et serait discret, ce qui n’est pas.
(ii) Si v est une Z-base de Γ, la matrice de passage de e à v et celle de v à e sont à coefficients
dans Z et sont inverses l’une de l’autre, d’où le résultat. Réciproquement soit P (resp. P −1 )
la matrice de passage de e à v (reps. de v à e). Comme P est à coefficients dans Z, le réseau
engendré par e est inclus dans celui engendré par v; l’inclusion inverse découle de même du fait
que P −1 est à coefficients dans Z.
(iii) C’est le théorème de la base adaptée, sur les modules de type fini sur un anneau principal.
Le quotient Γ/Λ est fini si et seulement si les deux réseaux ont le même rang et alors le cardinal
est égal à la valeur absolue du produit des ai , 1 6 i 6 n.
(iv) - Soient e et f des Z-bases de respectivement Γ et Λ. On note P = (pi,j )16i,j6n ∈ GLn (Q)
la matrice de passage de f à e et soit d le ppcm des dénominateurs des pi,j , 1 6 i, j 6 n, écrits
sous formes irréductibles. Il est alors clair que l’on a dΓ ⊂ Λ.
- Soit d comme ci-dessus. On a alors
dΓ ⊂ Γ ∩ Λ ⊂ Γ
Γ ⊂ Γ + Λ ⊂ d−1 Λ
L’inclusion Γ ∩ Λ ⊂ Γ (resp. Γ + Λ ⊂ d−1 Λ) prouve d’après (iii) que Γ ∩ Λ (resp. Γ + Λ) est un
sous-réseau de Γ (resp. d−1 Λ). Les autres inclusions montrent que Γ + Λ et Γ ∩ Λ sont de rang
n.
(v) On procède comme suggéré dans
Pr l’indication; K étant compact, K ∩ Γ est fini; on note
y1 , · ·P
· , ys ses éléments . Soit x = i=1 λi ei ∈ Γ, λi ∈ R. On considère pour j ∈ Z, xj =
r
jx− i=1 [jλi ]ei ; xj ∈ Γ∩K de sorte qu’il existe j 6= k tels que xP j = xk , soit (j−k)λi = [jλi ]−[kλi ]
pour 1 6 i 6 r et donc λi ∈ Q. Pour 1 6 i 6 s, on écrit yi = rk=1 λik ek avec λik ∈ Q P et soit d le
ppcm des dénominateurs des λik écrits sous forme irréductible. De l’égalité x = x1 + ri=1 [λi ]ei ,
on en déduit dx ∈ Ze1 + · · · + Zer soit dΓ ⊂ Ze1 + · · · + Zer , soit Γ ⊂ Zd−1 e1 + · · · + Zd−1 er = Λ
et ainsi Γ est un sous-groupe du sous-réseau Λ de V et donc Γ est un sous-réseau de V . En outre
Γ est un réseau de V si et seulement si Γ est discret et V /Γ est compact.
¤
Exercice 4. (*) On reprend les notations de l’exercice précédent avec K = R. On note µ
la mesure de Lebesgue de Rn , (²1 , · · · , ²n ) sa base canonique et (.|.) le produit scalaire associé
(²i |²j ) = δi,j . Pour Γ un réseau de Rn et e = (e1 , · · · , en ) une Z-base de Γ, on pose
P
- Pe,Γ = { ni=1 λi ei ; λ1 , · · · , λn ∈ [0, 1]},
P
- De,Γ = { ni=1 λi ei ; λ1 , · · · , λn ∈ [0, 1[},
On note Se,Γ (resp. Te,Γ ) la matrice de terme général (ei |ej ) (resp. (²i |ej )).
(a) Montrez que Se,Γ = tTe,Γ Te,Γ . En utilisant la formule du jacobien pour p le changement de
variables dans les intégrales multiples, en déduire l’égalité µ(Pe,Γ ) = det Se,Γ . Montrez
ensuite que µ(Pe,Γ ) ne dépend que de Γ et non de e; on dit que c’est la mesure du réseau
et on la note µ(Rn /Γ).
(b) Une partie D de Rn est un domaine fondamental de Γ, si D est µ-mesurable et si ses
translatés par les vecteurs de Γ forment une partition de Rn . Montrez que De,Γ est un
domaine fondamental et que µ(D) = µ(Rn /Γ) pour tout domaine fondamental D de Γ.
5
(c) En utilisant le théorème de la base adaptée, montrez que si Λ ⊂ Γ sont des réseaux alors
Γ/Λ est fini et
µ(Rn /Λ) = card(Γ/Λ)µ(Rn /Γ)
(d) (i) Soit ϕ : Rn −→ Rn /Γ la surjection canonique associé au réseau Γ et soit F une partie
de Rn , µ-mesurable vérifiant µ(F ) > µ(Rn /Γ). Montrez que la restriction de ϕ à F
n’est pas injective.
(ii) Déduire de (i), le théorème de Minkowski: soient Γ un réseau de Rn et A une partie
µ-mesurable, convexe, symétrique par rapport à O et vérifiant µ(A) > 2n µ(Rn /Γ),
alors A ∩ Γ 6= {O}.
(iii) Montrez que si C est un convexe compact de Rn , symétrique par rapport à O tel que
µ(C) > 2n µ(Rn /Γ) alors C ∩ Γ 6= {O}.
(iv) Soit vn le volume de la boule unité fermée de Rn . Montrez qu’il existe γ ∈ Γ différent
de O et de norme inférieure ou égale à deux fois la racine n-ième de vn−1 µ(Rn /Γ).
Preuve: (a) L’égalité Se,Γ = tTe,Γ Te,Γ découle directement des formules classiques du cours
d’algèbre bilinéaire en remarquant par exemple que Te,Γ est la matrice de passage de la base
e à la base canonique; ainsi on a det Se,Γ = (det Te,Γ )2 > 0. En outre, par la formuleR du
changement de variable dans une intégrale multiple via le jacobien, on a µ(Pe,Γ = Pe,Γ dµ =
R1 R1 p
0
· · · 0 | det Te,Γ |dx1 . · · · .dxn , soit µ(Pe,Γ ) = det Se,Γ .
Si f est une autre Z-base de Γ, on ntoe Q la matrice de passage de e à f ; Q ∈ GLn (Z) et
Sf ,Γ = tQSe,Γ Q, soit det Sf ,Γ = det Se,Γ (det Q)2 ; or comme Q ∈ GLn (Z), on a det Q ∈ Z× , soit
det Q = ±1, d’où le résultat.
(b) De,Γ est évidemment un domaine fondamental. Soient alors D1 et D2 des domaines
fondamentaux quelconques. En considérant D2 comme un domaine fondamental, on écrit
a
D1 = D1 ∩ (v + D2 ),
v∈Γ
Γ étant dénombrable et µ étant invariante par translation, on a
P
µ(D1 ) = Pv∈Γ µ(D1 ∩ (v + D2 ))
= v∈Γ µ((−v + D1 ) ∩ D2 )
P
Or comme −Γ = Γ, on en déduit µ(D1 ) = v∈Γ µ(D2 ∩ (v + D1 )) = µ(D2 ), la dernière égalité
découlant du fait que D1 est un domaine fondamental.
(c) D’après le théorème de la base adaptée, il existe une Z-base v = (v1 , · · · , vn ) de Γ et
des entiers a1Q|a2 | · · · |an tels que w = (a1 v1 , · · · , an vn ) est une Z-base de Λ. Ainsi on obtient
card(Γ/Λ) = ni=1 ai et Sw,Λ = tDSv,Γ D avec D = diag(a1 , · · · , an ), d’où le résultat.
(d) (i) Soit D un domaine fondamental:
X X
µ(F ) = µ(F ∩ (γ + D)) = µ((F − γ) ∩ D) > µ(D)
γ∈Γ γ∈Γ
d’où il en résulte que les (F − γ) ∩ D pour γ ∈ Γ ne sont pas deux à deux disjoints. Soient donc
x, y ∈ F et α 6= β ∈ Γ vérifiant x − α = y − β soit x − y = α − β ∈ Γ\{O} et donc ϕ non
injective.
6
(ii) Soit F = 12 A; on a donc µ(F ) > µ(Rn /Γ). D’après la question précédente, il existe donc
x, y ∈ F tels que x − y ∈ Γ\{O}. En outre 2x et −2y appartiennent à A d’après la propriété de
symétrie de A par rapport à O, et donc x − y = (2x−2y)
2
appartient à A d’après la propriété de
convexité de A, d’où le résultat.
(iii) Soit Cr = (1+1/r)C pour r > 1; C = ∩r>1 Cr et µ(Cr ) > 2n µ(Rn /Γ). D’après la question
précédente, soit xr ∈ Cr ∩ (Γ\{O}) ⊂ K := 2C ∩ (Γ\{O}); K étant fini, on peut extraire de la
suite (xr )r>1 une sous-suite convergente, donc stationnaire, d’où le résultat.
(iv) Une boule B(O, r) vérifie B(O, r) ∩ (Γ\{O}) 6= dès que vn rn > µ(Rn /Γ), d’où le résultat.
¤
Exercice 5. (*) Quelques applications arithmétiques (utiliser le point (iii) ci-dessus)
(a) Soient ² > 0 et (α1 , · · · , αn ) ∈ Rn \Qn ; montrez qu’il existe p1 , · · · , pn ∈ Z et q ∈ N non
nul tels que pour tout 1 6 i 6 n, on ait |αi − pqi | < q² .
Indication: considérez le groupe Γ engendré par les vecteurs de la base canonique et le
vecteur (α1 , · · · , αn ) et remarquez que Γ n’est pas un réseau et n’est donc pas discret.
(b) Montrez que si p ≡ 1 mod 4, p premier, alors p est somme de deux carrés.
Indication: (−1) étant un carré modulo p, soit u ∈ Z tel que u2 + 1 ≡ 0 mod p et soit
Γ = {(a, b) ∈ Z2 / a ≡ ub mod p}. Soit ψ : Z2 −→ Z/pZ défini par ψ(a, b) = a − ub.
Montrez que Γ est un réseau de mesure p et utilisez le point (d) (iv) de l’exercice précédent.
(c) Montrez que tout nombre premier p est somme de quatre carrés.
ndication: montrez l’existence d’un couple (u, v) ∈ Z2 tel que u2 + v 2 + 1 ≡ 0 mod p. On
fixe un tel couple et soit Γ = {(a, b, c, d) ∈ Z4 / ua + vb ≡ c mod p et ub − va ≡ d mod p}.
Soit ψ : Z4 −→ (Z/pZ)2 défini par ψ(a, b, c, d) = (c − ua − vb, d + va − ub). Montrez que
Γ est un réseau de R4 de mesure p2 et utilisez le point (d) (iv) de l’exercice précédent.
Preuve: (a) Soit Γ le groupe engendré par (e1 , · · · , en , e0 ) où e1 , · · · , en sont les vecteurs de
α1
n ..
la base canonique de R et e0 = . . Si Γ était discret, il serait un réseau; soit f une
αn
Z-base de Γ et P la matrice de passage de (e1 , · · · , en ) à f , P ∈ Mn (Z) et P −1 ∈ Mn (Q) de
sorte que e0 est une combinaison linéaire à coefficients dans Q des ei , ce qui n’est pas. Ainsi Γ
n’est pas discret et admet un point d’accumulation P . Soit alors ² > 0 avec B(O, ²) ∩ Λ = {O},
où Λ est le réseau Ze1 + · · · + Zen ; il existe alors des entiers comme dans l’énoncé tels que
(qe0 + p1 e1 + · · · + pn en ) − (q 0 e0 + p01 e1 + · · · + p0n en ) soit de norme inférieure à ² avec q − q 0 6= 0,
d’où le résultat.
car γ 6∈ Λ, d’où le résultat.
(b) Soit x un générateur de (Z/pZ)× ' Z/(p − 1)Z; on a xp−1 = 1 et u = xp−1/4 est d’ordre 4,
soit u2 d’ordre 2; or dans un corps commutatif de caractéristique différent de 2, il y a exactement
un élément d’ordre 2, i.e. −1; en effet l’équation X 2 − 1 y a au plus deux solutions. Soit alors
Γ = {(a, b) ∈ Z2 / a ≡ ub mod p} et ψ : Z2 −→ Z/pZ défini par ψ(a, b) = a − ub; ψ est
clairement surjective et son noyau est Γ de sorte que ψ induit un isomorphisme Z2 /Γ ' Z/pZ.
On en déduit donc que Γ est un réseau de mesure p car µ(R2 /Z2 ) = 1. D’après l’exercice
précédent question (d) (iv), il existe donc γ = ae1 + be2 6= O ∈ Γ de module inférieur ou égal à
7
p
2 πp , soit 0 < a2 + b2 6 4p/π < 2p; or comme γ ∈ Γ, on a a2 + b2 ≡ b2 (u2 + 1) ≡ 0 mod p, d’où
a2 + b2 = p.
(c) Le cas p = 2 = 12 +12 +02 +02 est vite traité, soit donc p > 3 premier. Soit φ : (Z/pZ)× −→
(Z/pZ)× défini par φ(x) = x2 ; Z/pZ étant un corps, Ker φ = {1, −1} de sorte que Iφ est de
cardinal (p − 1)/2. En remarquant que 0 est un carré, on en déduit que {u2 / u ∈ Z/pZ} est
de cardinal (p + 1)/2 et qu’il en est de même pour {1 − v 2 / v ∈ Z/pZ}; comme 2(p + 1)/2 > p
on en déduit que {u2 / u ∈ Z/pZ} ∩ {1 − v 2 / v ∈ Z/pZ} est non vide, et on fixe u, v tels
que u2 + v 2 + 1 ≡ 0 mod p. Avec les notations de l’énoncé, ψ est clairement surjective et
son noyau est le groupe Γ; ψ induit donc un isomorphisme Z4 /Γ ' (Z/pZ)2 . On en déduit
donc que Γ est un réseau de mesure p2 . D’après le point (d) (iv) de√l’exercice précédent, soit
γ = (a, b, c, d) =∈ Γ\{O} de norme au carré inférieure ou égale à 4 2p/π < 2p. Or comme
γ ∈ Γ, on a a2 + b2 + c2 + d2 ≡ (a2 + b2 )(u2 + v 2 + 1) ≡ 0 mod p, soit p = a2 + b2 + c2 + d2 .
Remarque: En utilisant l’identité remarquable3
(a2 + b2 + c2 + d2 )(α2 + β 2 + γ 2 + δ 2 ) = (aα − bβ − cγ − dδ)2 + (aβ + bα + cδ − dγ)2 +
+(aγ + cα + dβ − bδ)2 + (aδ + bγ + dα − cβ)2
on en déduit que tout entier est somme de quatre carrés.
¤
3 Invariants de similitude
Exercice 1. Donnez les facteurs invariants du Z-module
Z/20Z ⊕ Z/18Z ⊕ Z/12Z ⊕ Z/9Z ⊕ Z/4Z
Preuve : On cherche donc ar |ar−1 | · · · |a1 ; évidemment a1 est l’ordre maximal d’un élément soit
donc le ppcm des nombres qui apparaissent, soit a1 = 22 32 5 et le lemme chinois nous donne
G = Z/a1 Z ⊕ Z/2ZZ/18Z ⊕ Z/9Z ⊕ Z/4Z. On recommence alors le procédé, soit a2 = 22 32 , et
G = Z/a1 Z ⊕ Z/a2 Z ⊕ Z/2Z ⊕ Z/18Z; soit a3 = 232 et a4 = 2.
Une façon d’automatiser le procédé est de faire à tableau à double entrée; à la position (i, j)
on mets le nombre de fois que pji apparait où pi est le i-ième facteur premier qui apparait. On
élimine étape par étape les termes les plus à droite du tableau, un par ligne (bref on calcule le
ppcm), jusqu’à épuiser les entrées.
¤
Exercice 2. (*) Pour n > 1, on note Jn ∈ Mn (C) la matrice nilpotente dont tous les coefficients
sont nuls, sauf de la première sur-diagonal ji,i+1 pour 1 6 i < n qui sont égaux à 1. Donnez
(i) les invariants de similitudes;
(ii) les polynômes minimaux et caractéristiques;
(iii) la suite des dimensions des noyaux Ker(Ai − α)k où α est une valeur propre
des matrices suivantes, écrites par blocs:
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cf. le corps des quaternions
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(a) A1 = diag(aI3 , bI2 , cI1 );
(b) A2 = diag(I3 , I2 + J2 , I2 + J2 , I3 + J3 , I3 + J3 , 2I2 , 2I3 + J3 , 3I2 , 3I2 + J2 );
0 0 · · · 0 a1
. . ..
0 1 . . a2
. . . . .
(c) A3 = .. . . . . .. ..
0 · · · 0 1 an−1
0 · · · 0 0 an
Preuve: On note V = Cn l’espace vectoriel en question, que l’on munit de la structure de
A = C[X]-module définie par la matrice à étudier; on notera ar (X)| · · · |a1 (X), ses invariants de
similitude. Le polynôme minimal est alors a1 (X) et le polynôme caractéristique est le produit des
invariants de similitude. Pour tout valeur propre α ∈ C, on notera Kαi = Ker(u − αId)i où u est
l’endomorphisme associé à la matrice en question dans la base canonique; on note aussi rα l’indice
i tel que Kαi−1 6= Kαi = Kαj pour tout j > i; Kαrα est appelé le sous-espace caractéristique associé
à α. L’entier rα est la multiplicité de α dans a1 (X) tandis que sa dimension est la multiplicité
de α dans le produit des ai . On note δαi = dim Kαi − dim Kαi−1 ; partant de la forme de Jordan
il est aisé de voir que δαi est égal au nombre de ak divisible par (X − α)i . On remarque ainsi
que le nombre r d’invariants de similitude est égal au maximum des dimensions des sous-espaces
propres.
(a) Le A-module V est clairement isomorphe à (A/(X − a))3 × (A/(X − b))2 × A/(X − c); on
calcule alors les invariants de similitude via le théorème chinois comme dans la feuille précédente
ce qui donne: (X − a), (X − a)(X − b) et (X − a)(X − b)(X − c). La matrice étant diagonalisable,
les sous-espaces propres sont les sous-espaces caractéristiques, i.e. tous les δαi sont nuls.
(b) De même on a
V ' (A/(X − 1))3 × (A/(X − 1)2 )2 × (A/(X − 1)3 )2 ×
(A/(X − 2))2 × A/(X − 2)3 × (A/(X − 3))2 × A/(X − 3)2
les invariants de similitude donnés comme d’habitude par application du théorème chinois sont
alors
(X − 1)3 (X − 2)3 (X − 3)2 , (X − 1)3 (X − 2)(X − 3), (X − 1)2 (X − 2)(X − 3),
(X − 1)2 , (X − 1), (X − 1), (X − 1).
Avec les notations introduites ci-dessus, on a δ11 = 7 (resp. δ21 = 3, resp. δ31 = 3), puis δ12 = 4
(resp. δ22 = 1, resp. δ32 = 1), et δ13 = 2 (resp. δ23 = 1, resp. δ33 = 0) tous les δik étant nuls pour
k > 3. On obtient alors dim K11 = 7 (resp. dim K21 = 3, resp. dim K31 = 3), dim K12 = 11 (resp.
dim K22 = 4, resp. dim K32 = 4) et dim K13 = 13 (resp. dim K23 = 5, resp. dim K33 = 4) avec
r1 = 3 (resp. r2 = 3, resp. r3 = 2).
(c) Le sous-espace propre associé à la valeur propre 0 (resp. 1) est de dimension supérieure ou
égale à 1 (resp. n − 2); dans C, la dernière valeur propre est déterminée via la trace de la matrice
dont on sait qu’elle est égale à la somme des valeurs propres comptées avec multiplicité (en effet
toute matrice complexe est trigonalisable); ainsi on a 1.0 + (n − 2).1 + x = n − 2 + an de sorte
que la dernière valeur propre est an . Si an 6= 0, 1 alors la somme des dimensions des sous-espaces
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propres associés aux valeurs propres 0, 1, an est n de sorte que la matrice est diagonalisable et
donc
V ' A/(X) × A/(X − an ) × (A/(X − 1))n−2
et les invariants de similitude sont
a1 (X) = (X − 1)X(X − an ), a2 (X) = X − 1, ··· an−2 (X) = X − 1.
Si an = a1 = 0, on est dans la même situation, car le noyau de la matrice est alors de
dimension 2 car son rang est de manière évidente n − 2; les invariants de similitude sont alors
a1 (X) = X(X − 1), a2 (X) = X(X − 1), a3 (X) = · · · = an−2 (X) = X − 1.
Dans le cas où an = 0 et a1 non nul, on a alors r0 = 2 avec dim K01 = 1 de sorte que
V ' A/(X 2 ) × (A/(X − 1))n−2
soit
a1 (X) = X 2 (X − 1), a2 (X) = · · · = an−2 (X) = (X − 1).
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Exercice 3. (*) Ecrivez sous la forme de Jordan les matrices dont les invariants de similitudes
sont:
(a) µ1 (X) = X;
(b) µ1 (X) = X(X − 1);
(c) µ1 (X) = X et µ2 (X) = X 2 ;
(d) µ1 (X) = X et µ2 (X) = X(X − 1);
(e) µ1 (X) = X 2 (X − 1), µ2 (X) = X 2 (X − 1)(X − 2), µ3 (X) = X 3 (X − 1)2 (X − 2) et
µ4 (X) = X 4 (X − 1)3 (X − 2)4 ;
Précisez en outre les dimensions des noyaux itérés pour les différentes valeurs propres.
Preuve: on reprend les notations des exercices précédents. On rappelle que la dimension n de
l’espace vectoriel en question est la somme des degrés des invariants de similitude.
(a) Ici n = 1 et l’endomorphisme en question est l’identité.
(b) On a n = 2 et un espace cyclique avec deux valeurs propres distinctes; u est donc
diagonalisable et sa matrice dans une base diagonalisante est la matrice diagonale diag(0, 1).
(c) n = 3 et 0 est la seule valeur propre avec δ01 = 2 et δ02 = 1 soit dim K01 = 2 et dim K02 = 3
et la matrice de Jordan associée est diag(0, J2 ).
(d) n = 3 et 0, 1 sont les valeurs propres de u avec δ01 = 2 (resp. δ11 = 1) et δ1i = δ0i = 0 pour
i > 1. On obtient alors dim K01 = 2 et dim K11 = 1, l’endomorphisme est donc diagonalisable.
(e) n = 24, les valeurs propres étant 0, 1, 2; la suite δ0i (resp. δ1i , resp. δ2i ) est (4, 4, 2, 1, 0, · · · )
(resp. (4, 2, 1, 0, · · · ), resp. (3, 1, 1, 1, 0, · · · )) de sorte que la suite des dimensions des K0i (resp
K1i , resp. K2i ) est (4, 8, 10, 11, · · · ) (reps. (4, 6, 7, · · · ), resp. (3, 4, 5, 6, · · · )). La forme de Jordan
est la matrice diagonale par blocs
diag(J2 , J2 , J3 , J4 , I1 , I1 , I2 , I3 , 2I2 , 2I4 + J4 ).
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