INTRODUCTION GENERALE
Depuis les années 2000, l’environnement des entreprises a été ponctué de plusieurs
scandales financiers retentissants (Enron, Worldcom, Xerox, Parmalat) augmentant les
incertitudes et les risques dans la conduite des affaires ainsi que des problèmes d’ordre
éthique. Pour faire face à ces dérapages, nous assistons à la publication de codes de bonne
gouvernance et de plusieurs référentiels de contrôle interne ainsi que la promulgation d’un
arsenal juridique important (la loi Sarbanes-Oxley, loi sur la sécurité financière) dont
l’objectif est de renforcer les obligations des entreprises en matière d’information.
Ces nouvelles dispositions poussent inéluctablement sur le devant de la scène la fonction
d’audit interne dont la mission principale est de fiabiliser la chaîne de valeur de l’information
financière et de donner l’assurance aux actionnaires et aux autres parties prenantes que leur
entreprise est bien sous contrôle et réalise les objectifs fixés. De même la crise 2008 n’est
pas sans conséquences pour l’audit interne, obligé de s’adapter, de régénérer outils et
méthodes, et d’apporter plus de valeur ajoutée aux entreprises.
Ainsi, l’institut international d’audit (The Institute of Internal Auditors) stipule que « L’audit
interne doit aider l’organisation à maintenir un dispositif de contrôle interne approprié en
évaluant son efficacité et son efficience et en encourageant son amélioration continue ».
Compte tenu de ces éléments, les conditions sont remplies pour que l’audit interne obtienne
la place et la reconnaissance qu’il mérite. L’audit interne ne peut en effet être réduit à un
respect de conformité et dont la finalité se limite à renforcer à tout prix les contrôles ou
d’instaurer une bureaucratie stérile enfermant la décision dans des procédures mécanistes,
mais le rôle de l’audit interne est d’apporter une valeur ajoutée à travers l’amélioration
continue du processus de contrôle interne et du management des risques ainsi que la
promotion de la gouvernance car toute décision s’inscrit dans une action collective qu’il
convient de « gouverner ».
L’évolution que connait le métier d’audit interne et la prise de conscience de son intérêt
auraient entrainé l’accélération du rythme de création des structures en charge de cette
activité. En effet, les attentes des entreprises à l’égard de l’audit interne évoluent, les
directions générales souhaitent des points de vue sur la gouvernance et la gestion du couple
« risques - opportunités » tenant compte, au-delà de l’assurance sur le niveau de maîtrise
des risques, des enjeux futurs de l’organisation et de son environnement.
Nulle organisation n’est à l’abri de mauvaises décisions ; par l’assurance qu’ils donnent sur
la fiabilité des informations et l’efficacité des processus, les auditeurs internes balisent les «
territoires connus » pour mieux révéler les marges de manœuvre face à de nouvelles
opportunités. Néanmoins, La valeur ajoutée de l’audit interne dépend de sa structuration et
de son professionnalisme. Elle passe par :
une indépendance soutenue par un rattachement au plus haut niveau et un lien
fonctionnel fort avec le comité d’audit lorsqu’une telle instance existe ;
un accès à tous les niveaux de l’organisation pour assurer une couverture suffisante des
risques et des opportunités ;
une interaction avec le management opérationnel et fonctionnel est indispensable pour
que l’audit soit sur « les bons sujets » ; par ces échanges, le responsable de l’audit
interne acquiert des informations clés (nouveaux produits, concurrence, relations avec
les fournisseurs, taux de marge, qualité du service au client ...) ;
Rappelons que la fonction d’audit interne est une fonction relativement récente puisque son
apparition dans les entreprises remonte à la crise économique de 1929 aux États-Unis.
Certains auteurs, estiment que l’évolution de l’audit interne n’est pas encore parvenue à son
terme, car il s’agit d'un concept pluridisciplinaire : il s’enrichit constamment des apports
méthodologiques de la sociologie, la psychologie, l’économie, le droit, l’informatique…etc.
Dans une économie émergente telle que le Maroc, il faut attendre les années 90 pour que la
fonction d’audit interne apparait d’abord dans les filiales des entreprises multinationales puis
dans les grandes entreprises du secteur privé.
Ce livre a pour objectif de présenter de façon renouvelée l’audit interne, ses composantes,
les problématiques qui l’animent et les outils qui l’appuient. Il est structuré en cinq chapitres.
Le premier chapitre a pour objectif de répondre à la question : Qu’est-ce que l’audit ? Nous
apporterons des éléments de réponse à travers une approche historique et en le situant par
rapport aux autres professions et fonctions de l’entreprise. Naturellement nous avons
proposé les définitions émanant des instances internationales d’audit interne.
Le deuxième chapitre aborde les enjeux actuels de l’audit interne à savoir le gouvernement
d’entreprise, le management des risques et le contrôle interne car ils constituent désormais
un préalable incontournable pour comprendre la raison d’être de l’activité d’audit interne.
D’ailleurs, la définition de l’audit interne précise que ces trois dimensions constituent les
principaux champs d’intervention de l’activité d’audit interne. Pour chacun de ces concepts,
nous avons donné une définition officielle ou institutionnelle, présenter les cadres de
références et modèles les plus reconnus qui les conceptualisent pour enfin citer les différents
acteurs internes et externes qui agissent sur ces trois champs.
Le troisième chapitre de l’ouvrage est consacré au processus de conduite d’une mission
d’audit interne avec les différentes des phases dites de planification, de réalisation et de
communication. Pour garantir leur acceptabilité et leur effectivité, la mission d’audit est
menée dans le cadre d’un partenariat et d’un dialogue entre auditeurs et audités. Ce
partenariat a vocation à garantir la plus grande efficacité et efficience aux activités auditées.
Le quatrième chapitre fait une présentation des outils ou « procédures d’audit » permettant
de rassembler les informations nécessaires à la conduite d'une analyse objective. Il s'agit
d'obtenir des preuves et des indices pertinents, sur la capacité des dispositifs de contrôle à
maîtriser les risques ou non. Pour ce faire, divers outils d’interrogation ou de description sont
décrits dans ce chapitre.
Le cinquième et dernier chapitre tourne autour de la fonction audit interne et du métier de
l’auditeur dans l’entreprise. Les profils des auditeurs ont-ils changé ? Quelles sont les
qualités de l’auditeur interne du XXIe siècle ? Qu’attend-on de lui dans l’environnement
actuel ?
Cette structure se veut essentiellement pédagogique. Elle permet, comme nous l’avons
souligné ci-dessus, de distinguer les différentes problématiques qui traversent l’audit interne
en clarifiant leurs objectifs et leurs principes.