Algèbre bilinéaire et espaces euclidiens
Algèbre bilinéaire et espaces euclidiens
Fabien Priziac
2 Espaces euclidiens 55
2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.2 Produit scalaire sur un espace vectoriel réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.3 Orthogonalité dans les espaces euclidiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.4 Orthogonal d’un sous-espace vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.5 Représentation matricielle du produit scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.6 Endomorphismes orthogonaux et matrices orthogonales . . . . . . . . . . . . . 69
2.7 Décomposition QR d’une matrice inversible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.8 Endomorphismes symétriques et matrices symétriques . . . . . . . . . . . . . . 76
2.9 Réduction des endomorphismes et matrices orthogonaux . . . . . . . . . . . . . 80
3 Espaces hermitiens 87
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.2 Produit scalaire hermitien sur un espace vectoriel complexe . . . . . . . . . . . 87
3.3 Orthogonalité dans les espaces hermitiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.4 Représentation matricielle du produit scalaire hermitien . . . . . . . . . . . . . 94
3.5 Endomorphismes unitaires et matrices unitaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
3
4 TABLE DES MATIÈRES
5
6 TABLE DES MATIÈRES
1.1 Introduction
On donne dans ce chapitre des rappels et des compléments sur la théorie de réduction
des endomorphismes, c’est-à-dire l’étude des bases dans lesquelles un endomorphisme donné
possède la représentation matricielle la plus “simple” possible (la plus “réduite” possible).
On étudiera notamment les critères nécessaires et suffisants classiques de diagonalisabilité,
directs (via la recherche des espaces propres) ou utilisant la notion de polynôme d’endomor-
phisme. On étudiera également la trigonalisation et la réduction la plus aboutie des endo-
morphismes trigonalisables, à savoir la réduction de Jordan pour laquelle nous donnerons une
méthode systématique de réduction. Nous énoncerons enfin le théorème de décomposition de
Dunford d’un endomorphisme ou d’une matrice trigonalisable, utile notamment pour exprimer
les puissances successives d’une matrice trigonalisable.
La première partie de ce chapitre étant constituée de rappels, les assertions seront la plupart
du temps données sans preuve (on renvoie au cours de l’année passée pour les démonstrations).
Nous les illustrerons cependant, ainsi que les méthodes, par des exemples. Dans la seconde
partie du chapitre où l’on abordera des notions a priori nouvelles, quasiment toutes les preuves
seront présentées ; seules resteront sous silence la preuve de l’unicité de la forme de Jordan d’un
endomorphisme trigonalisable et la preuve de l’unicité de la décomposition de Dunford d’une
matrice trigonalisable.
Tout au long de ce chapitre, K désigne un corps commutatif quelconque et E désigne un
espace vectoriel sur K de dimension finie.
Définition 1.2.1. Soit λ P K. On dit que λ est une valeur propre de f s’il existe un vecteur
non nul v de E tel que f pvq “ λv ô pf ´ λIdE q pvq “ 0E , autrement dit si l’endomorphisme
7
8 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Soit n P Nzt0u et soit A une matrice carrée de Mn pKq. On peut, de façon analogue, définir
une notion de valeur propre, d’espace propre et de vecteur propre pour A : un scalaire λ P K est
une valeur propre de A s’il existe un vecteur colonne non nul V de Mn,1 pKq tel que AV “ λV ,
autrement dit si le sous-espace vectoriel Eλ :“ Ker pA ´ λIn q de Mn,1 pKq n’est pas réduit au
vecteur colonne nul, et, dans ce cas, Eλ est appelé sous-espace propre de A associé à la valeur propre λ
et tout vecteur colonne non nul de Eλ est appelé vecteur propre de A associé à la valeur propre λ.
Remarque 1.2.3. Supposons que dimpEq “ n et soit B une base de E. Soient λ P K et v P E.
Si A “ MatB pf q, alors λ est une valeur propre de f ssi λ est une valeur propre de A et, dans
ce cas, v est un vecteur propre de f associé à λ ssi MatB pvq est un vecteur propre de A associé
à λ.
Définition 1.2.4. L’ensemble des valeurs propres de f , resp. A, dans K est appelé spectre de f ,
resp. spectre de A, et noté Sppf q, resp. SppAq.
Proposition 1.3.4. On a
Remarque 1.3.6. D’après le théorème de d’Alembert-Gauss, tout polynôme de CrXs est scindé.
Ainsi, tout endomorphisme sur C, resp. toute matrice de Mn pCq, admet au moins une valeur
propre.
Définition 1.4.1. On dit que l’endomorphisme f est diagonalisable s’il existe une base B de
E et des scalaires λ1 , . . . , λn P K tels que
¨ ˛
λ1 0
MatB pf q “ ˝
˚ .. ‹
. ‚
0 λn
Remarquons que f est donc diagonalisable si et seulement s’il existe une base de E formée
de vecteurs propres de f . Mais on peut énoncer une caractérisation plus utile en pratique. Pour
cela, commençons par énoncer le fait suivant :
10 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Proposition 1.4.2. Soient λ1 , . . . , λk , k P Nzt0u, des valeurs propres deux à deux distinctes
de f . Alors les sous-espaces propres Eλ1 , . . . , Eλk correspondants sont en somme directe.
En conséquence, si λ1 , . . . , λp , p P t0, . . . , nu, désignent les valeurs propres deux à deux
distinctes de f :
p
ÿ
Théorème 1.4.3. f est diagonalisable ssi Eλ1 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Eλn “ E ssi dim pEλi q “ dimpEq.
i“1
Ainsi, dim pE1 q ` dim pE2 q “ 2 “ dim R2 et f est donc diagonalisable. De plus, la famille
` ˘
B :“ tp2, 1q, p1, 1qu est une base de E formée de vecteurs propres de f et on a
ˆ ˙
2 0
MatB pf q “
0 3
1 ď dim pEλ q ď mλ .
Ainsi :
Théorème 1.4.8. f est diagonalisable ssi χf est scindé et, pour tout λ P Sppf q, dim pEλ q “
mλ .
Exemple 1.4.9. Si f admet n “ dimpEq valeurs propres deux à deux distinctes, alors f est
diagonalisable.
La diagonalisation d’un endomorphisme correspond à un changement de base vers une base
dans laquelle la matrice représentative de l’endomorphisme considéré est diagonale. L’analogue
matriciel du changement de base est l’opération de “conjugaison” par une matrice inversible.
Soit A une matrice de Mn pKq.
1.4. DIAGONALISABILITÉ ET DIAGONALISATION 11
Définition 1.4.10. On dit que A est diagonalisable s’il existe une matrice inversible P P
GLn pKq et une matrice diagonale D de Mn pKq telles que
P ´1 AP “ D.
Remarque 1.4.11. Si B P Mn pKq, on dit que A est semblable à B s’il existe une matrice inver-
sible P P GLn pKq telle que P ´1 AP “ B (la relation de similitude sur Mn pKq est une relation
d’équivalence).
Ainsi, A est diagonalisable ssi A est semblable à une matrice diagonale.
Les résultats de diagonalisabilité d’un endomorphisme énoncés ci-dessus ont leurs analogues
matriciels, à savoir :
Théorème 1.4.12. Soient λ1 , . . . , λp , p P t0, . . . , nu, les valeurs propres deux à deux dis-
tinctes de A et, pour i P t1, . . . , pu, notons mλi la multiplicité de λi en tant que racine de χA .
ÿp
Alors A est diagonalisable ssi dim pEλi q “ n ssi (χA est scindé et, pour tout i P t1, . . . , pu,
i“1
dim pEλi q “ mλi ).
Remarque 1.4.13. • Diagonaliser une matrice diagonalisable A de Mn pKq, c’est déterminer
une matrice inversible P P GLn pKq telle que la matrice P ´1 AP soit diagonale et exprimer
P ´1 AP .
• Diagonaliser une matrice diagonalisable permet entre autres choses de calculer ses puis-
sances, comme présenté dans l’exemple ci-dessous.
Exemple 1.4.14. On considère la matrice
ˆ ˙
1 ´1
A :“
2 4
de M2 pRq. Son polynôme caractéristique χA “ pX ´ 2qpX ´ 3q est scindé à racines simples donc
A est diagonalisable. "ˆ ˙* "ˆ ˙*
1 1
Une base de E2 est , une base de E3 est et on pose
´1 ´2
ˆ ˙
1 1
P :“ .
´1 ´2
On a alors ˆ ˙
2 0
“ P ´1 AP
0 3
ˆ ˙
2 0
donc A “ P P ´1 et, par associativité du produit matriciel, pour k P Nzt0u, Ak “
0 3
ˆ k ˙
2 0
P P ´1 .
0 3k
ˆ ˙
2 1
Or P ´1 “ donc
´1 ´1
ˆ k`1
´ 3k 2k ` 3k
˙
k 2
A “ .
´2k`1 ` 2 ¨ 3k ´2k ´ 2 ¨ 3k
12 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
2. Trigonaliser une matrice trigonalisable A de Mn pKq, c’est déterminer une matrice inver-
sible P P GLn pKq telle que la matrice P ´1 AP soit triangulaire et exprimer P ´1 AP .
14 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Si l’endomorphisme f est trigonalisable, il existe une trigonalisation plus “simple” que les
autres : la réduction sous forme de Jordan. Celle-ci fera l’objet d’une section ultérieure de
ce chapitre et donnera lieu à une procédure algorithmique de trigonalisation. Cette méthode
repose notamment sur la notion de polynôme d’endomorphisme que nous allons introduire dans
la section suivante.
P pAq :“ aN AN ` aN ´1 AN ´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 A ` a0 In P Mn pKq,
Remarque 1.6.4. Si E est de dimension finie n, si B est une base de E et si f P LpEq, alors,
pour tout polynôme P P KrXs,
MatB pP pf qq “ P pMatB pf qq .
Nous allons à présent établir les propriétés de base des polynômes d’endomorphismes. Tous
les énoncés et notions présentés ci-après sur les polynômes d’endomorphismes ont leurs ana-
logues immédiats pour les polynômes de matrices.
Soit f P LpEq.
1.6. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES ET POLYNÔMES ANNULATEURS 15
et
pP Qqpf q “ P pf q ˝ Qpf q.
N
ÿ N
ÿ
Démonstration. Notons N :“ max pdegpP q, degpQqq et écrivons P “ ai X i et Q “ bj X j .
i“0 j“0
On a
˜ ¸
N
ÿ
pλP ` µQq pf q “ pλai ` µbi qX i pf q
i“0
N
ÿ
“ pλai ` µbi qf i
i“0
˜ ¸ ˜ ¸
N
ÿ N
ÿ
“ λ ai f i `µ bj f j
i“0 j“0
“ λP pf q ` µQpf q
et
˜ ¸ ˜ ¸
N
ÿ N
ÿ
i j
P pf q ˝ Qpf q “ ai f ˝ bj f
i“0 j“0
N ÿ
ÿ N
“ ai bj f i ˝ f j ă(f est une application linéaire)
i“0 j“0
ÿ
“ ai bj f i`j
0ďi,jďN
¨ ˛
2N
ÿ ÿ
“ ˝ ai bj f k ‚
k“0 i`j“k
¨ ˛
2N
ÿ ÿ
“ ˝ ai bj ‚f k
k“0 i`j“k
¨ ¨ ˛ ˛
2N
ÿ ÿ
“ ˝ ˝ ai bj ‚X k ‚pf q
k“0 i`j“k
“ pP Qqpf q.
16 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Un premier lien entre les polynômes annulateurs et la réduction des endomorphismes est
donné par la proposition suivante et son corollaire :
Proposition
` 1.6.11. ăSoit λ P Sppf q une valeur propre de f et soit v P Eλ . Alors, pour tout
P P KrXs, P pf q pvq “ P pλq ¨ v (où ¨ désigne ici le produit d’un vecteur de E par un scalaire
˘
de K).
Démonstration. On commence par montrer par récurrence que, pour tout k P N, f k pvq “ λk v.
La propriété est vraie au rang k “ 0 car f 0 pvq “ IdE pvq “ v “ λ0 v, et, si l’on suppose la
propriété vraie au rang k pour un entier k P N fixée, on a
´ ¯
f k`1 pvq “ f f k pvq
´ ¯
“ f λk v (par hypothèse de récurrence)
“ λk f pvq (car f est une application linéaire)
“ λk ¨ pλvqă(car v P Eλ )
“ λk`1 v.
N
ÿ
Soit maintenant P “ ak X k un polynôme de KrXs, on a
k“0
˜ ¸
N
ÿ
ak f k
` ˘
P pf q pvq “ pvq
k“0
N
ÿ
“ ak f k pvq
k“0
ÿN ´ ¯
“ ak ¨ λ k v
k“0
ÿN ´ ¯
“ ak λk ¨ v
k“0
˜ ¸
N
ÿ
k
“ ak λ ¨v
k“0
“ P pλq ¨ v.
Démonstration. Notons tout d’abord λ1 , . . . , λp , p P t0, . . . , nu les valeurs propres deux à deux
distinctes de f et, pour tout i P t1, . . . , pu, di :“ dim pEλi q.
m
ź
Réciproquement, supposons qu’il existe un polynôme scindé à racines simples P “ α pX ´ µj q P
j“1
KrXs, avec α P Kzt0u et µ1 , . . . , µm P K deux à deux distincts, qui soit annulateur de f .
1.6. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES ET POLYNÔMES ANNULATEURS 19
D’après le corollaire 1.6.12, Sppf q Ă tµ1 , . . . , µm u et, pour tout j P t1, . . . , mu,
#
Eµj si µj P Sppf q,
Ker pf ´ µj IdE q “ .
t0E u sinon.
Ainsi,
m
ÿ p
ÿ p
à
Ker pf ´ µj IdE q “ Eλi “ Eλi .
j“1 i“1 i“1
p
à m
ÿ
Or f est diagonalisable si et seulement si Eλi “ E : montrons donc que Ker pf ´ µj IdE q “ E.
i“1 j“1
Pour tout k P t1, . . . , mu, on commence par noter
ź 1
Pk :“ pX ´ µj q et αk :“
j‰k
Pk pµk q
ź
(Pk pµk q “ pµk ´ µj q ‰ 0 car les scalaires µ1 , . . . , µm sont deux à deux distinctes).
j‰k
m
ÿ m
ÿ
On a alors αk Pk “ 1 dans KrXs. En effet le polynôme 1 ´ αk Pk est de degré au plus
k“1 k“1
m´1 (puisque les polynômes P1 , . . . , Pm le sont) et possède m racines (pour tout j P t1, . . . , mu,
m
ÿ
1´ αk Pk pµj q “ 1 ´ αj Pj pµj q “ 0) donc est le polynôme nul.
k“1
Ainsi,
m
ÿ
αk Pk pf q “ 1pf q “ IdE .
k“1
m
ÿ
Soit maintenant v P E. On a v “ IdE pvq “ αk Pk pf qpvq. Pour tout k P t1, . . . , mu, on
k“1
m
ÿ
note vk :“ αk Pk pf qpvq, de sorte que v “ vk . Fixons alors k P t1, . . . , mu et montrons que
k“1
m
ÿ
vk P Ker pf ´ µk IdE q, ce qui prouvera que E “ Ker pf ´ µk IdE q et conclura ainsi la dé-
k“1
monstration.
On a
ˆ ˙
` ˘
pf ´ µk IdE q pvk q “ f ´ µk IdE αk Pk pf qpvq
` ˘ ` ˘
“ X ´ µk pf q ˝ αk Pk pf qpvq
´ ¯
“ pX ´ µk q pαk Pk q pf qpvq
αk α´1 P pf qpvq
` ˘
“
“ 0LpEq pvq (car P annule l’endomorphisme f )
“ 0E ,
20 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Ce critère permet, si l’on trouve un tel polynôme annulateur de f scindé à racines simples,
de montrer que f est diagonalisable sans avoir à calculer les dimensions des espaces propres
de f :
Exemple 1.6.16. Si f vérifie alors f 3 “ f alors f est diagonalisable car le polynôme X 3 ´ X “
XpX ´ 1qpX ` 1q, annulateur de f , est scindé à racines simples.
Remarque 1.6.17. ź
D’après la preuve de l’équivalence du théorème 1.6.15, f est diagonalisable
ssi le polynôme pX ´ λq P KrXs (qui est scindé à racines simples) annule f .
λPSppf q
• µf est le polynôme annulateur de f unitaire non nul de plus petit degré (comme E est
de dimension finie, f possède un polynôme annulateur non nul par la remarque 1.6.10).
En particulier, deg pµf q ě 1.
• Si A est une matrice de Mn pKq, n P Nzt0u, on peut définir de façon analogue le polynôme
minimal µA de A. Toutes les propriétés sur le polynôme minimal d’un endomorphisme
ont leurs analogues pour le polynôme minimal d’une matrice carrée.
µf pAq “ µf pMatB pf qq
“ MatB pµf pf qq (remarque 1.6.4)
` ˘
“ MatB 0LpEq
“ 0n
donc µA pf q “ 0LpEq donc µf divise µA . Comme les polynômes µf et µA sont de plus tous
deux unitaires, on en déduit que µf “ µA .
Le polynôme minimal de f divise le polynôme caractéristique de f en vertu du théorème
de Cayley-Hamilton :
Théorème 1.7.3 (Théorème de Cayley-Hamilton). Le polynôme caractéristique de f est un
polynôme annulateur de f . Autrement dit χf P If i.e. µf divise χf .
Pour montrer le théorème de Cayley-Hamilton, nous utiliserons les deux résultats suivants :
Lemme 1.7.4. ăSoit F un sous-espace vectoriel de E tel que f pF q Ă F (on dit que F est
stable par f ). Si l’on note g : F Ñ F ; v ÞÑ f pvq la restriction de f à F , alors le poly-
nôme caractéristique χg de l’endomorphisme g de F divise le polynôme caractéristique χf de
l’endomorphisme f de E.
Démonstration. Soit B0 une base de F . On complète la famille libre B0 de F en une base B
de E. La matrice représentative de f P LpEq dans la base B est alors
ˆ ˙
MatB0 pgq ‹
A :“ MatB pf q “
0 B
où B est une matrice carrée de taille n ´ p si p :“ dimpF q (on utilise ici le fait que F est stable
par f : l’image par f de tout vecteur de B0 est dans F donc est une combinaison linéaire de
vecteurs de B0 ).
Ainsi, si l’on note A0 :“ MatB0 pgq P Mp pKq,
χf “ χA
“ det pA ´ XIn q
ˆ ˙
A0 ´ XIp ‹
“ det
0 B ´ XIn´p
“ det pA0 ´ XIp q det pB ´ XIn´p q
“ χA0 det pB ´ XIn´p q
“ χg det pB ´ XIn´p q .
En particulier, χg divise χf .
χCP “ p´1qN P.
22 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Démonstration. On calcule χCP “ det pCP ´ XIN q par récurrence sur le degré N de P . Préci-
sément, on montre que pour tout N P Nzt0u, pour tout polynôme unitaire P de KrXs de degré
N , χCP “ p´1qN P .
La propriété est vraie au rang N “ 1 : soit P “ c0 ` X P KrXs un polynôme unitaire de
degré 1, alors CP “ p´c0 q P M1 pKq et
χC P “ p´Xqp´1qN Pr ` p´1qN `1 c0
´ ¯
“ p´1qN `1 X Pr ` c0
“ p´1qN `1 c1 X ` c2 X 2 ` ¨ ¨ ¨ ` cN X N ` X N `1 ` c0
` ˘
“ p´1qN `1 P.
Soit donc v un vecteur de E, que l’on suppose de plus non nul (on a χf pf q p0E q “ 0E
comme χf pf q est une application linéaire). Soit m le plus grand entier naturel tel que la
famille tv, f pvq, . . . , f m pvqu soit libre : un tel entier existe car la famille tvu est libre et m ă
n car la famille tv, f pvq, . . . , f n pvqu de ␣ cardinal n ` 1 est( liée (l’espace vectoriel E est de
dimension n). En particulier, la famille v, f pvq, . . . , f m`1 pvq est liée : il existe pα0 , . . . , αm`1 q P
Km`2 ztp0, . . . , 0qu tels que
m`1
ÿ
αk f k pvq “ 0E .
k“0
m`1
ÿ
De plus, αm`1 ‰ 0 car sinon l’égalité αk f k pvq “ 0E et le fait que la famille tv, f pvq, . . . , f m pvqu
k“0
soit libre entraineraient la nullité de tous les scalaires α0 , . . . , αm . En posant alors, pour tout
αk
k P t0, . . . , mu, ak :“ ´ αm`1 , on peut finalement écrire
m
ÿ
f m`1 pvq “ ak f k pvq.
k“0
• Les racines de µf dans K sont exactement les racines de χf dans K, i.e. les valeurs
propres de f dans K, avec multiplicités différentes a priori.
de M3 pRq. Son polynôme caractéristique est χA “ ´pX ` 1qpX ` 2qpX ´ 3q. Ainsi,
nécessairement, µA “ pX ` 1qpX ` 2qpX ´ 3q.
2. On considère la matrice ¨ ˛
´1 1 1
A “ ˝ 1 ´1 1 ‚
1 1 ´1
de M3 pRq. Son polynôme caractéristique est χA “ ´pX ´ 1qpX ` 2q2 . Ainsi, nécessaire-
ment,
` µA “ pX ´ 1qpX ` 2q ou µA “ pX ´ 1qpX ` 2q2 . Comme deg ppX ´ 1qpX ` 2qq ă
deg pX ´ 1qpX ` 2q2 , on commence par tester si le polynôme pX ´ 1qpX ` 2q annule A.
˘
On a ¨ ˛¨ ˛ ¨ ˛
´2 1 1 1 1 1 0 0 0
pA ´ I3 qpA ` 2I3 q “ ˝ 1 ´2 1 ‚˝1 1 1‚ “ ˝0 0 0‚
1 1 ´2 1 1 1 0 0 0
et donc pX ´ 1qpX ` 2q est le polynôme minimal de A.
3. On considère la matrice ¨ ˛
3 ´1 1
A “ ˝2 0 1‚
1 ´1 2
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 25
de M3 pRq. Son polynôme caractéristique est χA “ ´pX ´ 1qpX ´ 2q2 . Ainsi, nécessaire-
ment, 2
` µA “ pX ´ 1qpX2
˘ ´ 2q ou µA “ pX ´ 1qpX ´ 2q . Comme deg ppX ´ 1qpX ´ 2qq ă
deg pX ´ 1qpX ´ 2q , on commence par tester si le polynôme pX ´ 1qpX ´ 2q annule
A. Or on constate que la matrice pA ´ I3 qpA ´ 2I3 q n’est pas la matrice nulle de M3 pRq
donc, nécessairement, µA “ pX ´ 1qpX ´ 2q2 .
Remarque 1.7.8. Soit A une matrice à coefficients réels. Notons χR R
A et µA respectivement le
polynôme caractéristique et le polynôme minimal de A en tant que matrice de Mn pRq, et χC
A
et µC
A respectivement le polynôme caractéristique et le polynôme minimal de A en tant que
matrice de Mn pCq (Mn pRq Ă Mn pCq). Alors
χC R
A “ detpA ´ XIn q “ χA et µC R
A “ µA .
Pour établir la seconde égalité, on commence par remarquer que µR A P RrXs Ă CrXs est un
polynôme de CrXs annulant la matrice A donc µC A divise µ R . Ensuite, écrivons µC “ P ` iQ où
A A
P, Q P RrXs. On a 0n “ µC A pAq “ P pAq ` iQpAq donc P pAq “ 0n et QpAq “ 0n . Les polynômes
à coefficients réels P et Q annulent la matrice à coefficients réels A, donc µR A divise les deux
polynômes P et Q dans RrXs, donc dans CrXs, et donc µR A divise P ` iQ “ µCA dans CrXs.
C R
Enfin, comme µA et µA sont tous deux unitaires, on obtient bien µA “ µA .C R
En utilisant alors les factorisations dans CrXs des polynômes µA et χA , le fait qu’ils pos-
sèdent les mêmes racines dans C par le corollaire 1.7.6 et le fait qu’ils soient à coefficients réels,
on en déduit que les polynômes µA et χA de RrXs possèdent les mêmes facteurs irréductibles
(en général avec multiplicités différentes).
On termine cette section par un critère de diagonalisabilité permettant de décider, à partir
de la donnée du polynôme minimal de f , si f est diagonalisable ou non :
Théorème 1.7.9. L’endomorphisme f est diagonalisable si et seulement si son polynôme mi-
nimal µf est scindé à racines simples (dans KrXs).
Démonstration. Si µf est scindé à racines simples, alors f est diagonalisable par le théorème
1.6.15 (µf est, par définition, un polynôme annulateur de f ).
Réciproquement, si f est diagonalisable, alors il existe, par le théorème 1.6.15, un polynôme
annulateur de f qui est scindé à racines simples. Comme µf divise ce polynôme, µf est également
scindé à racines simples.
Exemple 1.7.10. Les matrices des exemples 1.7.7 1. et 2. sont diagonalisables, la matrice de
l’exemple 1.7.7 3. n’est pas diagonalisable.
Remarque 1.7.11. Le théorème 1.7.9 permet de déterminer si un endomorphisme est diagona-
lisable ou non sans passer par le calcul des dimensions de ses espaces propres.
de Mm1 `¨¨¨`mk pKq. Une matrice de cette forme est dite de Jordan.
de M3 pCq.
La matrice J2,3 p1q est la matrice
¨ ˛
1 1 0 0 0
˚0 1 0 0 0‹
˚ ‹
˚0 0 1 1 0‹
˚ ‹
˝0 0 0 1 1‚
0 0 0 0 1
de M5 pRq.
Remarque 1.8.3. Pour tout m1 , . . . , mk P Nzt0u et tout λ P K, la matrice Jm1 ,...,mk pλq est
triangulaire supérieure et son polynôme caractéristique est pλ ´ Xqm1 `¨¨¨`mk .
Afin de pouvoir énoncer le théorème de réduction de f sous forme de Jordan, commençons
par factoriser le polynôme caractéristique de f (par le théorème 1.5.3, la trigonalisabilité de f
est équivalente au fait que χf soit scindé dans KrXs) :
p
ź
χf “ p´1qn pX ´ λi qmλi
i“1
Théorème 1.8.4. Il existe une base B de E et, pour tout i P t1, . . . , pu, des entiers mi1 , . . . , miki P
Nzt0u tels que
¨ ˛
Jm11 ,...,m1 pλ1 q 0
k1
MatB pf q “ ˚
˚ .. ‹
‹.
˝ . ‚
0 Jmp1 ,...,mp pλp q
kp
Les entiers mij et les blocs de Jordan Jmi pλi q, 1 ď i ď p, 1 ď j ď ki sont uniques à permutation
j
près.
Remarquons en particulier le résultat de “classification” suivant :
Corollaire 1.8.6. Deux matrices trigonalisables de Mn pKq sont semblables si et seulement si
elles ont les mêmes blocs de Jordan.
Démonstration. Soient A, B P Mn pKq et supposons qu’il existe P, Q P GLn pKq telles que
¨ ˛
J1 0
P ´1 AP “ ˝
˚ .. ‚ “ Q´1 BQ
‹
.
0 Jr
28 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Remarque 1.8.7. Réduire sous forme de Jordan une matrice trigonalisable A P Mn pKq, c’est
déterminer une matrice inversible P P GLn pKq telle que la matrice P ´1 AP soit de Jordan et
exprimer P ´1 AP .
Nous allons montrer une partie du théorème 1.8.4, à savoir l’existence d’une réduction de
Jordan pour l’endomorphisme trigonalisable f , ceci en détaillant une méthode systématique de
réduction sous forme de Jordan. On résumera ensuite les étapes-clés de cette procédure dans
le langage des matrices.
Dans ce document, nous ne montrerons pas l’unicité des blocs de Jordan de f .
La première étape pour réduire sous forme de Jordan l’endomorphisme trigonalisable f est
de considérer ses sous-espaces caractéristiques.
Définition 1.8.8. Soit λ P Sppf q. On appelle sous-espace caractéristique de f associé à la valeur propre λ
le sous-espace vectoriel
Nλ :“ Ker pf ´ λIdE qmλ
de E.
pf ´ λIdE qmλ pvq “ pf ´ λIdE qmλ ´1 pf ´ λIdE qpvq “ pf ´ λIdE qmλ ´1 p0E q “ 0E ,
` ˘
• f pNλ q Ă Nλ (autrement dit Nλ est stable par f ), car si v P Nλ “ Ker pf ´ λIdE qmλ ,
alors
“ f p0E q
“ 0E .
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 29
de l’exemple 1.5.5. Son polynôme caractéristique est χA “ ´pX ´ 1qpX ´ 2q2 . Le sous-espace
$¨ ˛,
& 0 .
caractéristique de A associé à la valeur propre 1 est N1 “ Ker pA ´ I3 q “ E1 “ Vect ˝1‚
1
% -
et le sous-espace caractéristique de A associé à la valeur propre 2 est N2 “ Ker pA ´ 2I3 q2 . Or
¨ ˛
0 0 0
pA ´ 2I3 q2 “ ˝´1 1 0‚
´1 1 0
$¨ ˛ ¨ ˛,
& 1 0 .
donc N2 “ Ker pA ´ 2I3 q2 “ Vect ˝1‚, ˝0‚ .
0 1
% -
E “ Nλ1 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Nλp .
On a pP Qqphq “ P phq ˝ Qphq “ Qphq ˝ P phq donc Ker P phq Ă Ker pP Qqphq et Ker Qphq Ă
Ker pP Qqphq donc
Ker P phq ` Ker Qphq Ă Ker pP Qqphq.
Réciproquement, montrons que Ker pP Qqphq Ă Ker P phq ` Ker Qphq. Comme P et Q sont
premiers entre eux, il existe une relation de Bézout U P ` V Q “ 1 avec U, V P KrXs, et alors
U phq˝P phq`V phq˝Qphq “ IdE . Soit maintenant v P Ker pP Qqphq, d’après l’égalité précédente,
Or ˆ ˙ ˆ ˙
Qphq U phq ˝ P phqpvq “ U phq pP Qqphqpvq “ U phq p0E q “ 0E
ˆ ˙
et de la même façon P phq V phq˝Qphqpvq “ 0E , donc v P Ker P phq`Ker Qphq. En conclusion,
A présent, montrons par récurrence sur r P Nzt0u que pour tout r P Nzt0u, pour tous poly-
nômes P1 , . . . , Pr P KrXs premiers entre eux deux à deux, les sous-espaces vectoriels Ker Pi phq,
i P t1, . . . , ru, de E sont en somme directe et que
˜ ¸
àr źr
Ker Pi phq “ Ker Pi phq.
i“1 i“1
La propriété est vraie au rang r “ 1.
Supposons maintenant la propriété vraie au rang r pour r P Nzt0u fixé et soient P1 , . . . , Pr`1
des polynômes de KrXs premiers entre eux deux à deux. Comme le polynôme Pr`1 est premier
źr
avec chacun des polynômes P1 , . . . , Pr , il est premier avec le produit Pi . D’après l’hypothèse
˜ ¸ i“1
àr ź r
de récurrence, Ker Pi phq “ Ker Pi phq et, d’après ce qui a été démontré ci-dessus, les
i“1 ˜ ¸i“1
źr àr
espaces Ker Pr`1 phq et Ker Pi phq “ Ker Pi phq sont en somme directe : les espaces
i“1 i“1
Ker Pi phq, i P t1, . . . , r ` 1u sont donc en somme directe. Ensuite,
˜ ¸ ˜ ¸
àr źr
Ker Pr`1 phq ‘ Ker Pi phq “ Ker Pr`1 phq ‘ Ker Pi pf q
i“1
˜ ˜ ¸ i“1 ¸
źr
“ Ker Pr`1 Pi pf q
i“1
donc ˜ ¸
r`1
à r`1
ź
Ker Pi phq “ Ker Pi pf q.
i“1 i“1
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 31
Remarque 1.8.13. Dans la preuve ci-dessus, nous avons utilisé le fait suivant : pour r P Nzt0u, si
E1 , . . . , Er`1 sont des sous-espaces vectoriels de E tels que les espaces E1 , . . . , Er sont en somme
àr
directe et Er`1 est en somme directe avec la somme Ei , alors les espaces E1 , . . . , Er , Er`1
i“1
sont en somme directe. En effet, soient v1 , . . . , vr`1 P E tels que, pour tout i P t1, . . . , r ` 1u,
àr
vi P Ei , et v1 ` . . . ` vr ` vr`1 “ 0E . Alors pv1 ` . . . ` vr q ` vr`1 “ 0E donc, comme Ei
i“1
et Er`1 sont en somme directe, v1 ` . . . ` vr “ 0E et vr`1 “ 0E . Enfin, comme les espaces
E1 , . . . , Er sont en somme directe, l’égalité v1 ` . . . ` vr “ 0E implique la nullité des vecteurs
v1 , . . . , v r .
p
˜ p ¸
ź ź
Mais pX ´ λi qmλi “ p´1qn χf et χf pf q “ 0LpEq donc Ker pX ´ λi q mλi
pf q “ E et
i“1 i“1
Nλ1 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Nλp “ E.
de Nλi telle que MatBi1 f|Nλ “ Jmi ,...,mi pλi q avec mi1 , . . . , miki P Nzt0u, alors, en notant
i 1 ki
B :“ tB11 , . . . , Bp1 u, on obtiendra la réduction
32 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
¨ ˛
Jm11 ,...,m1 pλ1 q 0
k1
˚
MatB pf q “ ˚ .. ‹
‹,
˝ . ‚
0 Jmp1 ,...,mp pλp q
kp
Pour montrer l’existence de telles familles Bi1 , i P t1, . . . , pu et les déterminer, on commence
par écrire, pour i P t1, . . . , pu,
fNλi “ λi IdNλi ` pf ´ λi IdE q|Nλ ,
i
puis on utilise le fait que l’endomorphisme pf ´ λi IdE q|Nλ “ f|Nλ ´ λi Id|Nλ de Nλi soit
i i i
nilpotent.
• La matrice ¨ ˛
5 ´3 2
U :“ ˝15 ´9 6‚
10 ´6 4
de M3 pRq est nilpotente d’indice de nilpotence 2 car U 2 “ 03 .
• La matrice ¨ ˛
2 0 4 ´2 ´3
˚´2
˚ 0 ´3 2 4‹‹
˚0
U :“ ˚ 0 0 0 0‹‹
˝0 0 0 0 1‚
1 0 2 ´1 ´2
de M5 pRq est nilpotente d’indice de nilpotence 3 car
¨ ˛
1 0 2 ´1 ´2
˚0 0 0 0 0‹
U2 “ ˚ 3
˚ ‹
˚0 0 0 0 0‹‹ , U “ 05 .
˝1 0 2 ´1 ´2‚
0 0 0 0 0
Traitons deux autres exemples :
Lemme 1.8.17. Les matrices triangulaires de Mn pKq dont les coefficients diagonaux sont tous
nuls sont nilpotentes, d’indice de nilpotence inférieur ou égal à n.
Démonstration. Soit U une matrice triangulaire de Mn pKq dont tous les coefficients diagonaux
sont nuls. On suppose tout d’abord que U est triangulaire supérieure. Nous allons montrer par
récurrence sur k P Nzt0u que pour tout k P Nzt0u, pour tous i, j P t1, . . . , nu tels que j ă i ` k,
le coefficient situé à la ligne i et la colonne j de la matrice U k est nulle. En particulier, U n “ 0n
et l’indice de nilpotence de U est donc inférieur ou égal à n.
La propriété est vraie au rang k “ 1 par hypothèse sur U . Supposons maintenant la propriété
vraie au rang k pour k P Nzt0u fixé, et soient i, j P t1, . . . , nu tels que j ă i ` k ` 1. Si on
note U k “ par s q1ďr,sďn et U “ pbr s q1ďr,sďn , le coefficient situé à la ligne i et la colonne j de la
matrice U k`1 “ U k U est
ÿn ÿn
ai,t bt,j “ ai,t bt,j (car ai,t “ 0 si t ă i ` k)
t“1 t“i`k
ÿ
“ ai,t bt,j (car bt,j “ 0 si j ă t ` 1 ô t ą j ´ 1)
i`kďtďj´1
“ 0 (la somme ci-dessus est vide car j ă i ` k ` 1 ô i ` k ą j ´ 1).
34 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Si U est une matrice triangulaire inférieure, alors sa transposée t U est une matrice trian-
gulaire supérieure dont tous les coefficients diagonaux sont nuls et on a alors
` ˘n
U n “ t t U “ t 0n “ 0n .
Exemple 1.8.18. Pour tous m1 , . . . , mk P Nzt0u, la matrice de Jordan Jm1 ,...,mk p0q est nilpotente.
Lemme 1.8.19. Reprenant les notations de la partie précédente, si λ P Sppf q, l’endomorphisme
pf ´ λIdE q|Nλ “ f|Nλ ´ λId|Nλ de Nλ est nilpotent, d’indice de nilpotence inférieur ou égal à
mλ .
Démonstration. Par définition de Nλ “ Ker pf ´ λIdE qmλ , tout vecteur v de Nλ vérifie
˘m
f|Nλ ´ λId|Nλ λ pvq “ pf ´ λIdE qmλ pvq “ 0E “ 0Nλ ,
`
` ˘m
i.e. f|Nλ ´ λId|Nλ λ “ 0LpNλ q .
Nous allons montrer que tout endomorphisme nilpotent – et toute matrice nilpotente – est
réductible sous forme de Jordan. Soit u un endomorphisme nilpotent de E d’ordre de nilpotence
ν P Nzt0u. Nous allons construire, à l’aide d’un procédé algorithmique, une base de E dans
laquelle la matrice représentative de u est de Jordan :
Théorème 1.8.20. Il existe une base B de E et des entiers m1 , . . . , mk P Nzt0u tels que
¨ ˛
Jm1 p0q 0
MatB puq “ Jm1 ,...,mk p0q “ ˝
˚ .. ‚.
‹
.
0 Jmk p0q
En particulier, u est trigonalisable et χu “ p´1qn X n .
Démonstration. Pour r P t0, . . . , νu, notons Mr :“ Ker ur . Remarquons que l’on a alors une
suite d’inclusions
t0E u “ M0 Ă M1 Ă ¨ ¨ ¨ Ă Mν´1 Ă Mν “ E
et que, si r P t1, . . . , νu, upMr q Ă Mr´1 (car si v P Mr “ Ker ur , ur´1 upvq “ ur pvq “ 0E ).
` ˘
Par récurrence descendante sur r P t1, . . . , νu, nous allons construire des sous-espaces vec-
toriels S1 , . . . , Sν de E tels que
• pour tout r P t1, . . . , νu, Sr ‘ Mr´1 “ Mr (i.e. Sr est un supplémentaire de Mr´1 dans
Mr ),
• tout r P t1, . . . , ν ´1u, u pSr`1 q Ă Sr et la restriction u|Sr`1 : Sr`1 Ñ Sr Ă E est injective.
Des bases bien choisies des espaces S1 , . . . , Sν nous fourniront ensuite une base de E dans
laquelle la matrice représentative de u est de la forme voulue.
Le point de départ de cette construction est de considérer un supplémentaire Sν de Mν´1
dans Mν “ E. Supposons ensuite que, pour r P t2, . . . , νu fixé, on ait déjà construit les espaces
Sr , . . . , Sν vérifiant les propriétés voulues. En particulier, Sr Ă Mr donc u pSr q Ă u pMr q Ă
Mr´1 . On a alors :
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 35
• L’image u pSr q est en somme directe avec Mr´2 (car si upvq P Mr´2 “ Ker ur´2 avec
v P Sr , on a ur´1 pvq “ 0E donc v P Sr X Mr´1 “ t0E u, donc upvq “ 0E ) et on peut donc
construire un supplémentaire Sr´1 de Mr´2 dans Mr´1 contenant u pSr q : précisément,
on considère une base F de u pSr q et une base G de Mr´2 , on complète la famille
´ libre
¯
F \ G de Mr´1 en une base F \ G \ F de Mr´1 , puis on pose Sr´1 :“ Vect F \ F ),
r r
E “ Mν
“ Mν´1 ‘ Sν
“ pMν´2 ‘ Sν´1 q ‘ Sν
¨¨¨
“ pM0 ‘ S1 q ‘ S2 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Sν
“ S1 ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Sν
• si v P B1 Ă M1 “ Ker u, upvq “ 0,
• si v P Br`1 avec r P t1, . . . , ν ´ 1u, il existe un (unique) vecteur w P Br tel que upvq “ w.
La preuve précédente fournit une méthode constructive de réduction sous forme de Jordan
des endomorphismes nilpotents, basée sur le calcul de noyaux et la complétion de familles libres
en bases. Rappelons que, pour compléter une famille libre en base, on peut utiliser le résultat
suivant : si B est une base de E et si C est une famille libre de E, il existe (au moins) une façon
de compléter la famille libre C de E en une base C \ B 1 de E en utilisant des vecteurs de la
base B (i.e. de manière que B 1 Ă B), et alors, si on note F :“ Vect C et F 1 :“ Vect B 1 , F 1 est
un supplémentaire de F dans E.
Illustrons cette procédure avec quelques exemples matriciels :
Exemple 1.8.21. On réduit sous forme de Jordan les matrices de l’exemple 1.8.16.
• On considère la matrice ¨ ˛
´1 0 1 0
˚´3 ´2 5 0‹
U :“ ˚
˝´2 ´1 3
‹
0‚
2 1 ´2 0
Construction de “B4 ” : On a
$¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
’ 1
’ 0 0 0 //
0‹ ˚1‹ ˚0‹ ˚0‹
& .
M4 :“ Ker U 4 “ M4,1 pRq “ Vect ˚
˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚
, ,
˝0‚ ˝0‚ ˝1‚ ˝0‚/ , ‹
’
’ /
0 0 0 1
% -
et ¨ ˛ $¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
0 0 0 0 ’
’ 1 1 0 /
&˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹/
0 0 0 0‹ ˚´1‹ , ˚1‹ , ˚0‹ .
.
M3 :“ Ker U 3 “ Ker ˚
˚ ‹
˝0 “ Vect
0 0 0‚ ’
’
˝ 0 ‚ ˝1‚ ˝0‚/
/
´1 ´1 2 0 0 0 1
% -
$¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛, $¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
’
’ 1 0 0 0 // ’
’ 1 1 0 /
&˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹/
0‹ ˚1‹ ˚0‹ ˚0‹ ´1‹ ˚1‹ ˚0‹
&˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹. .
On note C4 :“ ˚ , ,
˝0‚ ˝0‚ ˝1‚ ˝0‚/, (c’est une base de M 4 ) et C 3 :“ ˚ , ,
˝ 0 ‚ ˝1‚ ˝0‚/
’
’ / ’
’ /
0 0 0 1 0 0 1
% - % -
¨ ˛
1
˚0‹
˝0‚ de C4 pour compléter la
(c’est une base de M3 ), et on choisit d’utiliser le vecteur ˚ ‹
0
$¨ ˛,
’
’ 1 /
&˚ ‹/
0‹
.
famille libre C3 de M4 en une base de M4 : on pose alors B4 :“ ˚ ˝ ‚ et S4 :“ Vect B4 .
’ 0 /
’ /
0
% -
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 37
Construction de “B3 ” : On a
¨ ˛ $¨ ˛ ¨ ˛ ,
´1 ´1 2 0 ’
’ 1 0 /
&˚ ‹ ˚ ‹ /
´1 ´1 2 0‹ 1‹ ˚0‹
.
2
˚ ‹
M2 :“ Ker U “ Ker ˝˚ “ Vect ˝ ‚, ˝ ‚ .
˚
´1 ´1 2 0‚ ’
’ 1 0 //
´1 0 1 0 0 1
% -
$¨ ˛ ¨ ˛ , $¨ ˛ ,
’
’ 1 0 /
/ ’
’ ´1 /
&˚ ‹ /
1 0 ´3‹
&˚ ‹ ˚ ‹ . .
et on note C2 :“ ˝ ‚, ˝ ‚ (c’est une base de M2 ). On a U pB4 q “ ˝ ‚ et on
˚ ‹ ˚ ‹ ˚
’
’ 1 0 // ’
’ ´2 //
0 1 2
% - % -
$¨ ˛,
’
’ ´1 /
&˚ ‹/
´3‹
.
pose B3 :“ ˚ ˝´2‚/ et S3 :“ Vect B3 “ U pS4 q (l’image U pS4 q est déjà un supplémen-
’
’ /
2
% -
taire de M2 dans M3 ).
Construction de “B2 ” : On a
¨ ˛ $¨ ˛,
´1 0 1 0 ’
’ 0 /
˚´3 ´2 5 0‹ &˚ ‹/
0‹
.
M1 :“ Ker U “ Ker ˝
˚ ‹ “ Vect ˝ ‚ ,
˚
´2 ´1 3 0‚ ’
’ 0 /
/
2 1 ´2 0 1
% -
$¨ ˛, $¨ ˛ ,
’
’ 0 /
/ ’
’ ´1 /
˚0‹. &˚ ‹ /
´1‹
& .
et on note C1 :“ ˝ ‚ (c’est une base de M1 ). On a U pB3 q “ ˝ ‚ et on pose
˚ ‹ ˚
’
’ 0 / / ’
’ ´1 //
1
% - % -
´1
$¨ ˛,
’
’ ´1 /
&˚ ‹/
´1‹
.
B2 :“ ˚ ˝´1‚/ et S2 :“ Vect B2 “ U pS3 q (l’image U pS3 q est déjà un supplémentaire
’
’ /
% -
´1
de M1 dans M2 ).
Construction de “B1 ” : On a
$¨ ˛,
’
’ 0 /
&˚ ‹/
0‹
.
M0 :“ Ker In “ ˝ ‚ .
˚
’
’ 0 //
0
% -
$¨ ˛ , $¨ ˛ ,
’
’ 0 / ’ 0 /
’
&˚ ‹ / /
0 ˚ 0 ‹.
. &
On a U pB2 q “ ˝ ‚ et on pose B1 :“ ˝ ‚ et S1 :“ Vect B1 “ U pS2 q “ M1
˚ ‹ ˚ ‹
’
’ 0 / / ’
’ 0 / /
% - % -
´1 ´1
38 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Construction de “B2 ” : On a
$¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
& 1 0 0 .
M2 :“ M3,1 pRq “ Vect ˝0 , 1 , 0‚
‚ ˝ ‚ ˝
0 0 1
% -
et $¨ ˛ ¨ ˛ ,
& 1 0 .
M1 :“ Ker U “ Vect ˝ 1 , 2‚ .
‚ ˝
´1 3
% -
$¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛, $¨ ˛ ¨ ˛,
& 1 0 0 . & 1 0 .
On note C2 :“ ˝0 , 1 , 0
‚ ˝ ‚ ˝ ‚ (c’est une base de M2 ) et C1 :“ ˝ 1 , 2‚
‚ ˝
0 0 1 ´1 3
% - % -
¨ ˛
0
(c’est une base de M1 ), et on choisit d’utiliser le vecteur ˝0‚ de C2 pour compléter la
1
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 39
$¨ ˛,
& 0 .
famille libre C1 de M2 en une base de M2 : on pose alors B2 :“ ˝0‚ et S2 :“ Vect B2 .
1
% -
Construction de “B1 ” : On a
$¨ ˛,
& 0 .
M0 :“ ˝0‚ .
0
% -
$¨ ˛, ¨ ˛
& 2 . 1
On a U pB2 q “ ˝ 6 ‚ , et on choisităd’utiliser le vecteur ˝ 1 ‚ de C1 pour compléter
4 ´1
% -
$¨ ˛ , $¨ ˛ ¨ ˛,
& 2 . & 2 1 .
la famille libre ˝6‚ de M1 en une base de M1 : on pose alors B1 :“ ˝6‚, ˝ 1 ‚
4 4 ´1
% - % -
et S1 :“ Vect B1 “ M1 .
on a ¨ ˛
0 1 0
P ´1 U P “ ˝0 0 0‚.
0 0 0
Construction de “B3 ” : On a
$¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
’
’ 1 0 0 0 0 //
’˚0‹ ˚1‹ ˚0‹ ˚0‹ ˚0‹/
’
& /
˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹.
M3 :“ M5,1 pRq “ Vect ˚0‹ , ˚0‹ , ˚1‹ , ˚0‹ , ˚0‹
˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹
’
’
’˝0‚ ˝0‚ ˝0‚ ˝1‚ ˝0‚/ /
/
’ /
0 0 0 0 1
% -
et
¨ ˛ $¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛,
1 0 2 ´1 ´2 ’
’ 1 0 0 ´1 //
˚0 0 0 0 0‹ ‹ &˚0‹ ˚0‹ ˚1‹ ˚ 0 ‹
’
’ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ /
/
‹.
M2 :“ Ker U 2 “ Ker ˚
˚
˚0 0 0 0 0 ‹ “ Vect ˚0‹ , ˚1‹ , ˚0‹ , ˚ 1 ‹ .
‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹
˝1 0 2 ´1 ´2‚
’
’
’ ˝1‚ ˝0‚ ˝0‚ ˝ 1 ‚/ /
/
’ /
0 0 0 0 0 0 1 0 0
% -
Construction de “B2 ” : On a
¨ ˛ $¨ ˛ ¨ ˛,
2 0 4 ´2 ´3 ’
’ 1 0 / /
˚´2 0 ´3 2 4‹ &˚0‹ ˚1‹
‹ ’
’˚ ‹ ˚ /
/
˚ ‹.
˚0
M1 :“ Ker U “ Ker ˚ 0 0 0 0 ‹ “ Vect ˚0‹ , ˚0‹
‹ ˚ ‹ ˚ ‹
˝0 0 0 0 1‚
’
’
’˝1‚ ˝0‚/ /
/
’ /
1 0 2 ´1 ´2 0 0
% -
¨ ˛
2
˚´2‹
On note C1 la base ci-dessus considérée de M1 , et on a U pB3 q “ ˚
˚ ‹
˚ 0 ‹ : on utilise alors
‹
˝0‚
1
¨ ˛ $¨ ˛ ,
0 ’
’ 2 / /
˚0‹ ’
’
& ˚ ´2‹//
˚ ‹.
le vecteur ˚1‹ de C2 pour compléter la famille libre C1 \ ˚ 0 ‹ de M2 en une base
˚ ‹
˚ ‹ ˚ ‹
˝0‚ ’
’
’ ˝ 0 ‚/ /
/
’ /
1 1
% -
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 41
$¨ ˛ ¨ ˛ ,
’
’ 2 0 / /
&˚´2‹ ˚0‹
’
’ ˚ ‹ ˚ /
/
‹.
de M2 : on pose ensuite B2 :“ ˚ 0 ‹ , ˚1‹ et S2 :“ Vect B2 .
˚ ‹ ˚ ‹
’
’
’ ˝ 0 ‚ ˝0‚/ /
/
’ /
1 1
% -
$¨ ˛ ¨ ˛,
’
’ 1 1 //
&˚ ‹ ˚1‹
0
’
’ ˚ ‹ ˚ /
/
‹.
Construction de “B1 ” : On a U pB2 q “ ˚0‹ , ˚0‹ et on pose B1 :“ U pB2 q et S1 :“
˚ ‹ ˚ ‹
’
’
’ ˝1‚ ˝1‚/ /
/
’ /
0 0
% -
Vect B1 “ U pS2 q “ M1 .
on a ¨ ˛
0 1 0 0 0
˚0 0 1 0 0‹
P ´1 U P “ ˚
˚ ‹
˚0 0 0 0 0‹‹.
˝0 0 0 0 1‚
0 0 0 0 0
Remarque 1.8.22. Reprenant les notations de la preuve du théorème 1.8.20, si l’indice de nilpo-
tence ν de l’endomorphisme nilpotent u est égal à la dimension n de E, pour tout r P t1, . . . , νu,
la base Br de Sr est constituée d’un seul vecteur (car la réunion des n familles libres disjointes
B1 , . . . , Bn est une base de l’espace vectoriel E de dimension n) et donc, en particulier, pour
tout r P t1, . . . , n ´ 1u, Br “ u pBr`1 q.
Ainsi, si ν “ n, pour construire la base “B”, il suffit de choisir tout d’abord un vecteur v de E
qui ne soit pas dans Mn´1 “ Ker un´1 , puis de considérer ses images successives par les compo-
sées itérées de u : la matrice représentative de u dans la base B “ un´1 pvq, un´2 pvq, . . . , upvq, v
␣ (
2. χf|N “ pλ ´ Xqmλ .
3. dimpN q “ mλ .
Démonstration. 1. Soit λ0 P K une valeur propre de f|N et soit v un vecteur propre associé
(en particulier, v ‰ 0N ). Alors f|N pvq ´ λv “ λ0 v ´ λv “ pλ0 ´ λqpvq : le vecteur v est
donc un vecteur propre pour la valeur propre λ0 ´ λ de f|N ´ λIdN . Mais ce dernier
endomorphisme de N est nilpotent (cf. lemme 1.8.19) et la seule valeur propre d’un
endomorphisme nilpotent est 0 par le théorème 1.8.20), donc λ0 ´ λ “ 0 i.e. λ0 “ λ.
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 43
2. Comme le sous-espace vectoriel N de E est stable par f P LpEq (cf. remarque 1.8.9),
p
ź
par le lemme 1.7.4, le polynôme χf|N divise χf “ p´1qn pX ´ λi qmλi . Comme la seule
i“1
valeur propre de f est λ, nécessairement χf|N “ p´1ql pX ´ λql avec l P t1, . . . , mλ u.
Ainsi, pour tout i P t1, . . . , pu, il existe li P t1, . . . , mλi u tel que χf|N “ p´1qli pX ´ λi qli .
λi
Mais χf “ χfNλ ¨ ¨ ¨ χfNλ donc, nécessairement, pour tout i P t1, . . . , pu, χf|N “
1 p λi
mλi mλi
p´1q pX ´ λi q . En particulier, χf|N “ p´1qmλ pX ´ λqmλ .
Démonstration du théorème 1.8.4 (preuve de l’existence d’une réduction de Jordan pour f ). Soit
λ P Sppf q et, pour simplifier les écritures, notons N :“ Nλ et m :“ mλ “ dim N . Nous
allons `montrer
˘ qu’il existe une base B 1 de N et des entiers m1 , . . . , mk P Nzt0u tels que
MatB1 f|N “ Jm1 ,...,mk pλq.
Pour ce faire, on écrit
f|N “ λIdN ` f|N ´ λIdN
et on utilise la nilpotence de l’endomorphisme f|N ´ λIdN de N (cf. lemme 1.8.19) : d’après
le théorème
` 1.8.20,˘ il existe une base B 1 de N et des entiers m1 , . . . , mk P Nzt0u tels que
MatB1 f|N ´ λIdN “ Jm1 ,...,mk p0q, et alors
` ˘ ` ˘
MatB1 f|N “ MatB1 λIdN ` f|N ´ λIdN
` ˘
“ MatB1 pλIdN q ` MatB1 f|N ´ λIdN
“ λIm ` Jm1 ,...,mk p0q
“ Jm1 ,...,mk pλq.
Ainsi, nous avons bien montré que pour tout i´ P t1,¯. . . , pu, il existe une base Bi1 de Nλi
et des entiers mi1 , . . . , miki P Nzt0u tels que MatBi1 f|Nλ “ Jmi ,...,mi pλi q : si l’on note alors
i 1 ki
B :“ B11 , . . . , Bp1 , on a
␣ (
¨ ˛
Jm11 ,...,m1 pλ1 q 0
k1
˚
MatB pf q “ ˝ .. ‹
‹.
˚ . ‚
0 Jmp1 ,...,mp pλp q
kp
Etape 1 : Pour tout i P t1, . . . , pu, calculer la matrice pA ´ λi In qmλi et déterminer une base Bi de
Nλi “ Ker pA ´ λi In qmλi Ă Mn,1 pKq. Considérer la base B0 :“ tB1 , . . . , Bp u de Mn,1 pKq
et la matrice P0 dont les colonnes sont, dans l’ordre, les vecteurs colonnes de la base B0 .
Calculer la matrice P0´1 AP0 : elle est de la forme
¨ ˛
A1 0
˚ .. ‹
˝ . ‚
0 Ap
où, pour tout i P t1, . . . , pu, Ai P Mmλi pKq (et χAi “ p´1qmλi pX ´ λi qmλi ).
Etape 2 : Pour chaque i P t1, . . . , pu, calculer la matrice Ui :“ Ai ´ λi Imλi de Mmλi pKq puis
appliquer à la matrice nilpotente Ui la méthode de réduction des matrices nilpotentes
à la forme de Jordan décrite dans la preuve du théorème 1.8.20 : on obtient des entiers
mi1 , . . . , miki P Nzt0u et une matrice inversible Qi de taille mλi tels que Q´1
i Ui Qi “
Jmi ,...,mi p0q.
1 ki
Etape 3 : On note ¨ ˛
Q1 0
Pr :“ ˝
˚ .. ‚ P GLn pKq
‹
.
0 Qp
et alors
˛ ¨J 0
˛
m11 ,...,m1k p0q
¨ ˛ ¨
A1 0 λ1 Imλ1 0 1
´1
Pr ˝
˚ .. P
‹r
“
˚ .. ‹ ˚
` .. ‹
. ‚ ˝ . ‚ ˚
˝ . ‹
‚
0 Ap 0 λp Imλp 0 Jmp1 ,...,mp p0q
kp
¨ ˛
Jm1 ,...,m1 pλ1 q 0
˚ 1 k1
.. ‹
“ ˚ . ‹.
˝ ‚
0 Jmp1 ,...,mp pλp q
kp
P ´1 AP “ ˚
˚ .. ‹
‹.
˝ . ‚
0 Jmp1 ,...,mp pλp q
kp
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 45
1´X 0 0 0
´1 4´X 1 ´2
χA “ det pA ´ XI4 q “
2 1 2 ´ X ´1
1 2 1 ´X
4´X 1 ´2
“ p1 ´ Xq 1 2 ´ X ´1
2 1 ´X
2´X 1 ´2
“ p1 ´ Xq 0 2 ´ X ´1
C1 ÐC1 `C3
2´X 1 ´X
1 1 ´2
“ p1 ´ Xqp2 ´ Xq 0 2 ´ X ´1
1 1 ´X
1 1 ´2
“ p1 ´ Xqp2 ´ Xq 0 2 ´ X ´1
L3ÐL3 ´L1
0 0 2´X
“ p1 ´ Xqp2 ´ Xq3
et donc $¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛ ,
’
’ 0 0 0 /
&˚ ‹ ˚ ‹ ˚ ‹ /
1‹ ˚0‹ ˚0‹
.
N2 “ Vect ˚ ,
˝0‚ ˝1‚ ˝0‚/ .
,
’
’ /
0 0 1
% -
On note U1 la matrice
¨ ˛ ¨ ˛
4 1 ´2 2 1 ´2
A1 ´ 2I3 “ ˝1 2 ´1‚´ 2I3 “ ˝1 0 ´1‚ P M3 pRq
2 1 0 2 1 ´2
et on applique la méthode de réduction à la forme de Jordan des matrices nilpotentes à U1 :
Etape b : Comme l’indice de nilpotence de U1 est égal à la dimension de l’espace M3,1 pRq
(i.e la multiplicité de la valeur propre 2 dans χA ), on choisit ensuite un vecteur
¨ ˛colonne qui
1
2
n’est pas dans le noyau de U1 : on prend par exemple le vecteur colonne Y :“ 0‚, on calcule
˝
0
¨ ˛ ¨ ˛
2 1
U1 Y “ ˝1‚ puis U12 Y “ ˝0‚, et la famille libre tU12 Y, U1 Y, Y u est une base de M3,1 pRq. Si on
2 1
pose ¨ ˛
1 2 1
Q1 :“ ˝0 1 0‚,
1 2 0
1.8. RÉDUCTION DE JORDAN DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES 47
on a ainsi
¨ ˛
0 1 0
Q´1
1 U1 Q “
˝0 0 1‚
0 0 0
Etape 3 : On note
¨ ˛
ˆ ˙ 1 2 1 0
Q1 0 ˚0 1 0 0‹
Pr :“ “˚ ‹
0 1 ˝1 2 0 0‚
0 0 0 1
et
¨ ˛
0 0 0 1
˚1 2 1 1‹
P :“ P0 Pr “ ˚
˝0
‹,
1 0 ´4‚
1 2 0 ´1
et on a
¨ ˛
2 1 0 0 ˆ ˙
0 2 1 0‹‹ “ J3 p2q 0
P ´1 AP “ ˚
˚
˝0 .
0 2 0‚ 0 J1 p1q
0 0 0 1
¨ ˛
5 0 4 ´2 ´3
˚´2
˚ 3 ´3 2 4‹ ‹
˚0
A :“ ˚ 0 3 0 0‹ ‹
˝0 0 0 3 1‚
1 0 2 ´1 1
de M5 pRq.
48 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
5´X 0 4 ´2 ´3
´2 3´X ´3 2 4
χA “ det pA ´ XI5 q “ 0 0 3´X 0 0
0 0 0 3´X 1
1 0 2 ´1 1´X
5´X 0 ´2 ´3
´2 3´X 2 4
“ p3 ´ Xq
0 0 3´X 1
1 0 ´1 1´X
5´X ´2 ´3
“ p3 ´ Xq2 0 3´X 1
1 ´1 1´X
3´X ´2 ´3
2
“ p3 ´ Xq 3 ´ X 3 ´ X 1
C1 ÐC1 `C2
0 ´1 1´X
1 ´2 ´3
3
“ p3 ´ Xq 1 3 ´ X 1
0 ´1 1´X
1 ´2 ´3
3
“ p3 ´ Xq 0 5 ´ X 4
L2 ÐL2 ´L1
0 ´1 1´X
5´X 4
“ p3 ´ Xq3
´1 1´X
“ p3 ´ Xq3 rp5 ´ Xqp1 ´ Xq ` 4s
“ p3 ´ Xq3 pX 2 ´ 6X ` 9q
“ p3 ´ Xq5
¨ ˛
2 0 4 ´2 ´3
˚´2
˚ 0 ´3 2 4‹‹
˚0
A ´ 3I5 “ ˚ 0 0 0 0‹‹
˝0 0 0 0 1‚
1 0 2 ´1 ´2
est nilpotente.
On peut alors directement passer à l’étape 2 de la méthode et remarquer que la matrice
1.9. DÉCOMPOSITION DE DUNFORD DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES49
U :“ A ´ 3I5 a déjà été réduite sous forme de Jordan dans l’exemple 1.8.21 : en posant
¨ ˛
1 2 1 1 0
˚0 ´2 0 1 0‹
˚ ‹
P :“ ˚
˚0 0 0 0 1 ‹,
‹
˝1 0 0 1 0‚
0 1 0 0 1
on a ¨ ˛
0 1 0 0 0
˚0 0 1 0 0‹
P ´1 U P “ ˚
˚ ‹
˚0 0 0 0 0‹‹
˝0 0 0 0 1‚
0 0 0 0 0
et donc ¨ ˛
3 1 0 0 0
˚0 3 1 0 0‹
P ´1 AP “ ˚
˚ ‹
˚0 0 3 0 0‹‹ “ J3,2 p3q.
˝0 0 0 3 1‚
0 0 0 0 3
Théorème 1.9.1. Soit A P Mn pKq une matrice trigonalisable. il existe une unique matrice
diagonalisable D P Mn pKq et une unique matrice nilpotente U P Mn pKq telles que DU “ U D
et A “ D ` U .
L’écriture A “ D`U , avec D et U comme ci-dessus, est appelée la décomposition de Dunford de A.
Nous allons montrer l’existence d’une décomposition de Dunford pour A P Mn pKq trigo-
nalisable en réduisant A suivant ses sous-espaces caractéristiques (section 1.8.1 ou “étape 1”
de la méthode de réduction sous forme de Jordan). Dans ce document, nous ne montrerons
cependant pas l’unicité de la décomposition de Dunford de A.
dans KrXs, où λ1 , . . . , λp sont les valeurs propres (deux à deux distinctes) de A. Nous avons
montré qu’il existait une matrice inversible P0 P GLn pKq et, pour tout i P t1, . . . , pu, une
matrice Ai P Mmλi pKq telles que
¨ ˛
A1 0
´1
P0 AP0 “ ˝
˚ .. ‹
. ‚
0 Ap
et, pour tout i P t1, . . . , pu, la matrice Ui :“ Ai ´ λi Imλi de Mmλi pKq est nilpotente.
On écrit alors
¨ ˛ ¨ ˛
λ1 Imλ1 0 U1 0
P0´1 AP0 “ ˝
˚ .. ‚` ˝
‹ ˚ .. ‹
. . ‚
0 λp Imλp 0 Up
¨ ˛ ¨ ˛
λ1 Imλ1 0 U1 0
et on pose D0 :“ ˝
˚ .. ‚ et U0 :“ ˝
‹ ˚ .. ‚.
‹
. .
0 λp Imλp 0 Up
On a :
¨ m ˛¨ ˛
U1 0 0mλ1 0
U0m “˝
˚ .. ‚“ ˝
‹ ˚ .. ‚ “ 0n ,
‹
. .
0 m
Up 0 0mλp
• P0´1 AP0 “ D0 ` U0 .
On écrit enfin
A “ P0 D0 P0´1 ` P0 U0 P0´1
et on pose D :“ P0 D0 P0´1 et U :“ P0 U0 P0´1 .
Alors :
• D est une matrice diagonalisable, car P0´1 DP0 “ D0 est une matrice diagonale),
1.9. DÉCOMPOSITION DE DUNFORD DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES51
• D et U commutent, car
P0 D0 P0´1 P0 U0 P0´1
` ˘` ˘
DU “
“ P0 pD0 U0 q P0´1
“ P0 pU0 D0 q P0´1
“ P0 U0 P0´1 P0 D0 P0´1
` ˘` ˘
“ U D,
• A “ D ` U.
de M3 pRq. ˛ ¨ $¨ ˛ ¨ ˛,
0 0 0 & 1 0 .
On a χA “ p2´Xq2 p´1´Xq, N2 “ Ker pA´2I3 q2 “ Ker ˝´9 0 9‚ “ Vect ˝0‚, ˝1‚
´9 0 9 1 0
% -
¨ ˛ $¨ ˛ ,
3 1 ´1 & 0 .
et N´1 “ E´1 “ Ker pA ` I3 q “ Ker 3 4 ´4 “ Vect ˝1‚ .
˝ ‚
3 1 ´1 1
% -
¨ ˛ ¨ ˛
1 0 0 1 0 0
On pose ensuite P :“ ˝0 1 1‚ P GLn pRq et, sachant que P ´1 “ ˝ 1 1 ´1‚,
1 0 1 ´1 0 1
¨ ˛ ¨ ˛
2 0 0 2 0 0
D :“ P ˝0 2 0 ‚P ´1 “ ˝3 2 ´3‚.
0 0 ´1 3 0 ´1
On pose enfin
¨ ˛
0 1 ´1
U :“ A ´ D “ ˝0 1 ´1‚,
0 1 ´1
et alors A “ D ` U est la décomposition de Dunford de A.
52 CHAPITRE 1. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Remarque 1.9.3. On peut également obtenir la décomposition de Dunford d’une matrice trigo-
nalisable A P Mn pKq à partir d’une réduction sous forme de Jordan de A, en suivant le même
principe que dans la preuve du théorème 1.9.1. Cependant, la réduction sous forme de Jordan
est plus coûteuse en calculs que la réduction suivant les sous-espaces caractéristiques (d’autant
plus si, comme dans la méthode présentée dans la section 1.8, on utilise la réduction suivant
les sous-espaces caractéristiques pour réduire sous forme de Jordan).
Enonçons maintenant le théorème de décomposition de Dunford pour les endomorphismes
trigonalisables de E.
• d est diagonalisable car la matrice D est diagonalisable (si la matrice P ´1 DP est diagonale
avec P P GLn pKq, alors P peut être considérée comme la matrice de passage de la base
B à une base B 1 de E et MatB1 pdq “ P ´1 DP ),
• f “ d ` u car A “ D ` U .
La décomposition de Dunford permet entre autres choses de calculer les puissances succes-
sives d’une matrice trigonalisable. Précisément, soit A une matrice trigonalisable de Mn pKq de
décomposition de Dunford A “ D ` U avec D diagonalisable et U nilpotente. Alors, comme
D et U commutent, on peut calculer Ak “ pD ` U qk , pour tout k P N, à l’aide du binôme de
Newton. De plus, la nilpotence de U simplifie l’expression du développement (en cas lorsque k
est plus grand que l’indice de nilpotence de U ).
1.9. DÉCOMPOSITION DE DUNFORD DES ENDOMORPHISMES TRIGONALISABLES53
de l’exemple
¨ 1.9.2.
˛ On avait déterminé la ¨
décomposition
˛ de Dunford A “ D ` U de A avec
2 0 0 0 1 ´1
D :“ ˝3 2 ´3‚ diagonalisable et U :“ ˝0 1 ´1‚ nilpotente d’indice de nilpotence égal
3 0 ´1 0 1 ´1
à 2. D’où, si k P Nzt0u,
Ak “ pD ` U qk
k ˆ ˙
ÿ k
“ Dk´i U i (les matrices D et U commutent)
i“0
i
1 ˆ ˙
ÿ k
“ Dk´i U i ă(U i “ 0n pour tout i ě 2)
i“0
i
“ Dk ` kDk´1 U
¨ ˛ ¨ ˛
2 0 0 1 0 0
Or D :“ P ˝0 2 0 ‚P ´1 avec P :“ ˝0 1 1‚, donc
0 0 ´1 1 0 1
¨ k
2k
˛ ¨ ˛
2 0 0 0 0
D k “ P ˝ 0 2k 0 ‚P ´1 “ ˝2k ` p´1qk`1 2k ´2k ` p´1qk ‚.
0 0 p´1qk 2k ` p´1qk`1 0 p´1qk
Au total,
2k 0 2k´1 ´2k´1
¨ ˛ ¨ ˛
0 0
Ak “ ˝2k ` p´1qk`1 2k ´2k ` p´1qk ‚` k ˝0 2k´1 ´2k´1 ‚
2k ` p´1qk`1 0 p´1qk 0 2k´1 ´2k´1
2k k2k´1 ´k2k´1
¨ ˛
0 0 2k 0 0 0
¨ ˛
1 0 0
“ ˝0 2k k2k´1 ‚
0 0 2k
¨ ˛
´1 1 0
Enfin, P ´1 “˝ 1 0 0‚ donc
1 ´1 1
¨ k
2 ` k2k´1 ´k2k´1 k2k´1
¨ ˛ ˛
1 0 0
Ak “ P ˝0 2k k2k´1 ‚P ´1 “ ˝2k ` k2k´1 ´ 1 ´k2k´1 ` 1 k2k´1 ‚.
0 0 2k 2k ´ 1 ´2k ` 1 2k
Chapitre 2
Espaces euclidiens
2.1 Introduction
On introduit sur les R-espaces vectoriels de dimension finie une structure supplémentaire : le
produit scalaire, notion qui généralise le produit scalaire classique sur R2 ou R3 . Cette structure
supplémentaire nous donne accès aux notions géométriques d’orthogonalité et de distance.
Dans ce chapitre, on abordera également la question de la réductibilité de certaines classes
d’endomorphismes des espaces euclidiens. En particulier, on montre que tout endomorphisme
symétrique est diagonalisable dans une base orthonormale, et que tout endomorphisme ortho-
gonal est diagonalisable par blocs dans une base orthonormale, avec des blocs de rotations
vectorielles de dimension 2 ou 1.
55
56 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
n
ÿ n
ÿ
cation x¨, ¨ycan : si v “ px1 , . . . , xn q P Rn , xv, vycan “ x2i ě 0 et xv, vycan “ x2i “ 0 ssi
i i
pour tout i P t1, . . . , nu, xi “ 0 ssi v “ p0, . . . , 0q.
2. Supposons que E est un espace vectoriel de dimension finie n P Nzt0u et soit B “
¨ 1 , .˛. . , en¨u une
te ˛ base de E. Pour tous vecteurs v et w de E, de coordonnées respectives
x1 y1
˚ .. ‹ ˚.‹
˝ . ‚ et ˝ .. ‚ dans la base B, on définit
xn yn
xv, wyB :“ x1 y1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn yn “ t MatB pvqMatB pwq.
EˆE Ñ R
L’application x¨, ¨yB : est alors un produit scalaire sur E, appelé
pv, wq ÞÑ xv, wyB
produit scalaire associé à la base B.
3. Soit n P Nzt0u. Pour toutes matrices A “ pai j q1ďi,jďn et B “ pbi j q1ďi,jďn dans Mn pRq,
on définit ÿ
ai j bi j “ Tr tA B .
` ˘
xA, By :“
1ďi,jďn
Mn pRq ˆ Mn pRq Ñ R
L’application x¨, ¨y : est alors un produit scalaire sur
pA, Bq ÞÑ xA, By
Mn pRq : il s’agit du produit scalaire associé à la base canonique tEi j u1ďi,jďn de Mn pRq.
4. Soit n P Nzt0u. Pour tous polynômes P et Q de Rn rXs, on définit
ż1
xP, Qy :“ P ptqQptqdt.
0
Rn rXs ˆ Rn rXs Ñ R
L’application x¨, ¨y : est alors un produit scalaire sur Rn rXs.
pP, Qq ÞÑ xP, Qy
La bilinéarité de l’application x¨, ¨y provient de la linéarité de l’intégrale. Montrons que
ż1
x¨, ¨y est bien définie positive. Soit P P Rn rXs, on a xP, P y “ pP ptqq2 dt ě 0 (l’inté-
0 ż1
grale sur un segment d’une fonction positive est positive). Si xP, P y “ pP ptqq2 dt “ 0,
0
comme la fonction R Ñ R ; t ÞÑ P ptq2 est continue et positive, on a, pour tout t P r0, 1s,
pP ptqq2 “ 0 (l’intégrale d’une fonction continue et positive sur un segment est nulle si
et seulement si la fonction est identiquement nulle sur ce segment) et donc, pour tout
t P r0, 1s, P ptq “ 0, donc le polynôme P est nul (un polynôme ayant une infinité de racines
est nécessairement le polynôme nul).
Remarque 2.2.3. Si x¨, ¨y est un produit scalaire sur E et si F est un sous-espace vectoriel de
E, la restriction
F ˆF Ñ R
x¨, ¨y|F ˆF :
pv, wq ÞÑ xv, wy
est un produit scalaire sur F .
2.2. PRODUIT SCALAIRE SUR UN ESPACE VECTORIEL RÉEL 57
Définition 2.2.4. Si E est un espace vectoriel de dimension finie muni d’un produit scalaire
x¨, ¨y, le couple pE, x¨, ¨yq est appelé espace euclidien.
Remarque 2.2.5. D’après la remarque
` 2.2.3, si
˘ pE, x , yq est un espace euclidien et si F est un
sous-espace vectoriel de E, alors F, x , y|F ˆF est également un espace euclidien. On le notera
simplement pF, x , yq.
Supposons donc dans la suite de cette section que E est un espace vectoriel de dimension
a d’un produit scalaire x¨, ¨y. Pour tout vecteur v de E, xv, vy ě 0 et on définit alors
finie muni
}v} :“ xv, vy. Une première propriété importante des espaces euclidiens est l’inégalité de
Cauchy-Schwarz présentée ci-dessous. Cette inégalité permet en particulier de montrer que
l’application qui à tout vecteur v de E associe }v} P r0, `8r est une norme.
Lemme 2.2.6 (Inégalité de Cauchy-Schwarz). Pour tous vecteurs v et w de E, on a l’inégalité
Ainsi, pour tout λ P R, }w}2 λ2 `2xv, wyλ`}v}2 ě 0, en d’autres termes, la fonction polynomiale
du second degré
R Ñ R
λ ÞÑ }w}2 λ2 ` 2xv, wyλ ` }v}2
(remarquons que }w}2 ‰ 0 car xw, wy ‰ 0 car w ‰ 0E ) est positive sur tout R, ce qui est
équivalent au fait que le discriminant associé 4xv, wy2 ´ 4}w}2 }v}2 soit négatif ou nul. Ainsi, on
a xv, wy2 ď }v}2 }w}2 i.e. |xv, wy| ď }v}}w}.
De plus, si |xv, wy| “ }v}}w} ô xv, wy2 “ }v}2 }w}2 , le discriminant associé à la fonction
polynomiale du second degré ci-dessus est nul : le polynôme associé possède donc une racine
(double) λ0 P R. On a ainsi
µ1 2
B F
2
xv, wy “ v, v
µ2
ˆ ˙2
µ1
“ xv, vy2
µ2
B F
µ1 µ1
“ xv, vy v, v
µ2 µ2
“ }v}2 }w}2 .
E Ñ r0, `8r
Corollaire et Définition 2.2.7. L’application } ¨ } : est une norme, i.e.
v ÞÑ }v}
En conséquence, le couple pE, } ¨ }q est un espace vectoriel normé. La norme } ¨ } est appelée
norme euclidienne associée au produit scalaire x¨, ¨y.
3. Soient v, w P E. Alors
}v ` w}2 “ xv ` w, v ` wy
“ xv, vy ` xv, wy ` xw, vy ` xw, wy
“ }v}2 ` 2xv, wy ` }w}2
ď }v}2 ` 2|xv, wy| ` }w}2
ď }v}2 ` 2}v}}w} ` }w}2 ă(par l’inégalité de Cauchy-Schwarz)
“ p}v} ` }w}q2
1`
}v ` w}2 ´ }v}2 ´ }w}2 .
˘
xv, wy “
2
}v ` w}2 “ p}v} ` }w}q2 i.e. }v}2 ` 2xv, wy ` }w}2 “ }v}2 ` 2}v}}w} ` }w}2
i.e. xv, wy “ }v}}w}
}v ` w} “ }µw ` w}
“ }pµ ` 1qw}
“ pµ ` 1q}w}ă(|µ ` 1| “ µ ` 1 car µ ě 0)
“ µ}w} ` }w}
“ }µw} ` }w} (µ “ |µ| car µ ě 0)
“ }v} ` }w}.
Exemple 2.3.2. Dans R3 muni du produit scalaire canonique, les vecteurs p1, ´1, 2q et p1, 3, 1q
sont orthogonaux.
Remarquons que le théorème de Pythagore peut être étendu à tout espace euclidien :
Démonstration. On a }v ` w}2 “ }v}2 ` 2xv, wy ` }w}2 et donc }v ` w}2 “ }v}2 ` }w}2 ssi
xv, wy “ 0 ssi v et w sont orthogonaux.
On aimerait pouvoir considérer une base de E dans laquelle cette expression du produit
scalaire x¨, ¨y sur E soit la plus simple possible. Cela nous mène à la notion de base orthogonale
et de base orthonormale :
Définition 2.3.4. Soit B “ te1 , . . . , en u une base de E.
1. On dit que B est une base orthogonale de E si pour tous i, j P t1, . . . , nu tels que i ‰ j,
on a xei , ej y “ 0.
2. On dit que B est une base orthonormale de E si B est une base orthogonale de E et
si tous les vecteurs de B sont de norme euclidienne 1. Autrement dit, B est une base
orthonormale de E si et seulement si pour tous i, j P t1, . . . , nu, xei , ej y “ δi j (pour tout
v P E, }v} “ 1 ssi xv, vy “ 1).
Exemple 2.3.5. • La base canonique de Rn est une base orthonormale pour le produit sca-
laire canonique sur Rn (exemple 2.2.2 1.).
• Par définition, une base B de E est une base orthonormale pour le produit scalaire associé
x¨, ¨yB (exemple 2.2.2 2.).
Remarque 2.3.6. 1. Si B “ te1 , . . . , en u est une base orthonormale
¨ ˛ ¨ pour
˛ x¨, ¨y et si v et w
x1 y1
˚ .. ‹ ˚ .. ‹
sont deux vecteurs de E de coordonnées respectives ˝ . ‚ et ˝ . ‚ dans B, alors
xn yn
ÿ n
ÿ
xv, wy “ xi yj xei , ej y “ x i yi .
1ďi,jďn i“1
2. Si la famille tϵ1 , . . . , ϵn u est une base orthogonale de E, alors la famille te1 , . . . , en u avec,
pour tout i P t1, . . . , nu, ei :“ }ϵϵii } , est une base orthonormale de E. En effet, pour tout
› ›
i P t1, . . . , nu, }ei } “ › }ϵϵii } › “ }ϵ1i } }ϵi } “ 1.
› ›
2.3. ORTHOGONALITÉ DANS LES ESPACES EUCLIDIENS 61
3. Plus généralement, on appellera famille orthogonale toute famille finie de vecteurs non
nuls de E deux à deux orthogonaux, et famille orthonormale toute famille orthogonale
tv1 , . . . , vp u de E telle que, pour tout i P t1, . . . , pu, }vi } “ 1. Il est à remarquer que toute
famille orthogonale de E est libre : soit tw1 , . . . , wm u une famille orthogonale de E et
soient λ1 , . . . , λm P R tels que λ1 w1 ` ¨ ¨ ¨ ` λm wm “ 0E , alors, pour tout i P t1, . . . , mu,
C G
m
ÿ ÿm
0 “ wi , λ j wj “ λj xwi , wj y “ λi xwi , wi y
j“1 j“1
xϵk`1 , ϵi y “ 0 ô xvk`1 ` λ1 ϵ1 ` ¨ ¨ ¨ ` λk ϵk , ϵi y “ 0
ô xvk`1 , ϵi y ` λi xϵi , ϵi y “ 0
xvk`1 , ϵi y
ô λi “ ´
}ϵi }2
xv ,ϵi y
Ainsi, par construction, la famille tϵ1 , . . . , ϵk`1 u avec ϵk`1 :“ vk`1 ´ ki“1 k`1
ř
}ϵi }2
ϵi est orthogo-
nale et engendre bien Vect tv1 , . . . , vk , vk`1 u car Vect tv1 , . . . , vk , vk`1 u “ Vect tϵ1 , . . . , ϵk , vk`1 u “
xv ,ϵi y
Vect tϵ1 , . . . , ϵk , ϵk`1 u (car ϵk`1 “ vk`1 ´ ki“1 k`1
ř
}ϵi }2
ϵi P Vect tϵ1 , . . . , ϵk , vk`1 u et vk`1 “
řk xvk`1 ,ϵi y
ϵk`1 ` i“1 }ϵi }2 ϵi P Vect tϵ1 , . . . , ϵk , ϵk`1 u).
Remarque 2.3.8. Au terme de l’étape k ` 1 du procédé ci-dessus, on peut remplacer ϵk`1 par
n’importe quel vecteur non nul ϵ1k`1 de la droite vectorielle engendrée par ϵk`1 : la famille
tϵ1 , . . . , ϵk , ϵ1k`1 u ainsi obtenue reste orthogonale et engendre toujours Vect tv1 , . . . , vk`1 u. Cela
peut être utile pour simplifier les calculs (notamment pour éviter de manipuler des fractions).
62 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
ϵ1 :“ v1 “ p1, 1, 0, 0q
ˆ ˙
xv2 , ϵ1 y 1 1 1 1
ϵ2 :“ v2 ´ ϵ1 “ v2 ´ ϵ1 “ , ´ , ´1, 1 “ p1, ´1, ´2, 2q
}ϵ1 }2 2 2 2 2
1
ϵ2 :“ p1, ´1, ´2, 2q (pour simplifier les calculs)
xv3 , ϵ12 y 1
ˆ ˙
xv3 , ϵ1 y 1 1 1 2 2 4 6 2
ϵ3 :“ v3 ´ 2
ϵ1 ´ 1 2
ϵ2 “ v3 ´ ϵ1 ` ϵ2 “ ´ , , , “ p´1, 1, 2, 3q
}ϵ1 } }ϵ2 } 2 10 5 5 5 5 5
1
ϵ3 :“ p´1, 1, 2, 3q
et la famille tϵ1 , ϵ12 , ϵ13 u est alors une base orthogonale de F . La famille
" *
1 1 1
? p1, 1, 0, 0q, ? p1, ´1, ´2, 2q, ? p´1, 1, 2, 3q
2 10 15
ensuite obtenue par normalisation des vecteurs tϵ1 , ϵ12 , ϵ13 u est une base orthonormale de F .
Corollaire 2.3.10. Il existe une base orthonormale pour l’espace euclidien pE, x¨, ¨yq
Démonstration. Soit tv1 , . . . , vn u une base de E. En particulier, la famille tv1 , . . . , vn u est libre
et, d’après le théorème 2.3.7, on peut construire une base orthonormale pour Vecttv1 , . . . , vn u “
E.
Remarque 2.3.11. Soit B “ te1 , . . . , en u une base orthonormale pour x¨, ¨y. Alors x¨, ¨y “ ¨
x¨, ¨y˛
B
x1
(exemple 2.2.2 2.). En effet, pour tous vecteurs v et w de E, de coordonnées respectives ˝ ... ‚
˚ ‹
xn
¨ ˛
y1 n
˚ .. ‹ ÿ
et ˝ . ‚ dans la base B, on a xv, wy “ xi yi “ xv, wyB .
yn i“1
Le choix d’une base orthonormale pour l’espace euclidien pE, x¨, ¨yq permet d’identifier E
avec l’espace euclidien pRn , x¨, ¨ycan q muni du produit scalaire canonique. Précisément :
Corollaire 2.3.12. Il existe un isomorphisme (non canonique) ψ : E Ñ Rn tel que, pour tous
vecteurs v et w de E, xψpvq, ψpwqycan “ xv, wy.
Démonstration. Soit B “ te1 , . . . , en u une base orthonormale pour x¨, ¨y et notons B 1 “ te11 , . . . , e1n u
la base canonique de Rn . Notons ensuite ψB l’application linéaire de E dans Rn qui, pour tout
i P t1, . . . , nu, associe e1i à ei . Autrement dit, ψB est l’application qui à tout vecteur v de E
2.4. ORTHOGONAL D’UN SOUS-ESPACE VECTORIEL 63
¨ ˛
x1
de coordonnées ˝ ... ‚ dans la base B associe le vecteur px1 , . . . , xn q de Rn . Il s’agit d’un iso-
˚ ‹
xn
¨ ˛
x1
˚ .. ‹
morphisme linéaire et, si v et w sont deux vecteurs de E de coordonnées respectives ˝ . ‚ et
xn
¨ ˛
y1
˚ .. ‹
˝ . ‚ dans B, on a
yn
n
ÿ
xψB pvq, ψB pwqycan “ xpx1 , . . . , xn q, py1 , . . . , yn qycan “ xi yi “ xv, wy
i“1
Remarque 2.3.13. Le théorème 2.3.7ăpermet également de montrer que toute famille orthonor-
male de E peut être complétée en une base orthonormale de E. En effet, soit te1 , . . . , ep u une
famille orthonormale de E, on la complète en une base te1 , . . . , ep , vp`1 , . . . , vn u de E à laquelle
on applique le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt : comme les vecteurs e1 , . . . , ep
sont déjà orthogonaux deux à deux et tous de norme 1, on est amené à construire des vecteurs
ep`1 , . . . , en de E tels que la famille te1 , . . . , ep , ep`1 , . . . , en u soit une base orthonormale de E.
Dans l’exemple ci-dessus, on peut remarquer que tp´2, 5, 3quK est un sous-espace vectoriel
de R3 . L’orthogonal d’un sous-ensemble d’un espace euclidien en est en fait toujours un sous-
espace vectoriel :
Lemme 2.4.3. Soit A un sous-ensemble non vide de E. Alors AK est un sous-espace vectoriel
de E (même si A ne l’est pas !).
64 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
` ˘K
Par conséquent, F “ F K .
Remarque 2.4.7. • Si te1 , . . . , ep u est une base de F et tep`1 , . . . , en u est une base de F K
alors B :“ te1 , . . . , ep , ep`1 , . . . , en u est une base de E dans laquelle la matrice représen-
tative de pF est
¨ ˛
1
˚ .. ‹
˚ . ‹
˚ ‹ ˆ ˙
˚ 1 ‹ Ip 0p,n´p
MatB ppF q “ ˚ ˚
‹ “ 0n´p,p 0n´p,n´p .
‹
˚ 0 ‹
˚ . . ‹
˝ . ‚
0
Remarque 2.4.9. • La distance euclidienne d’un vecteur de E à un autre est bien une dis-
tance (il s’agit de la distance induite par la norme || ¨ ||).
• Pour v un vecteur de E et A un sous-ensemble non vide de E, la borne inférieure de
l’ensemble tdpv, wq | w P Au existe bien et est positive ou nulle : ce sous-ensemble de R
est non vide et minorée par 0.
Proposition 2.4.10. ăSoit v P E. On a
dpv, F q “ }v ´ pF pvq} .
Démonstration. Soit w P F . On a
par le théorème de Pythagore (lemme 2.3.3) car v ´ pF pvq P F K (par définition de la projection
orthogonale : il existe un unique vecteur u P F K tel que v “ pF pvq ` u) et pF pvq ´ w P F (car
F est un sous-espace vectoriel de E).
66 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
Ainsi, pour tout w P F , }v ´ w}2 ě }v ´ pF pvq}2 donc }v ´ w} ě }v ´ pF pvq} donc inf t}v ´ w} | w P F u ě
}v ´ pF pvq}. De plus, comme pF pvq P F , inf t}v ´ w} | w P F u ď }v ´ pF pvq}. Au total, }v ´ pF pvq} “
inf t}v ´ w} | w P F u “ dpv, F q.
Définition 2.4.12. On appelle symétrie orthogonale par rapport à F la symétrie par rapport
à F parallèlement à F K . Il s’agit de l’involution linéaire de E qui à tout vecteur v “ w ` u de
E avec w P F et u P F K associe le vecteur w ´ u. On note sF cette application.
Remarque 2.4.13. • “Involution linéaire de E” signifie que sF est une application linéaire
de E dans E telle que sF ˝ sF “ IdE . Autrement dit, sF est un automorphisme linéaire
de E d’inverse lui-même.
(quelconque) de E. On a vu au début
¨ ˛ de la ¨
section
˛ précédente que, si v et w sont deux vecteurs
x1 y1
de E de coordonnées respectives ˝ ... ‚ et ˝ ... ‚ dans la base B, alors
˚ ‹ ˚ ‹
xn yn
ÿ
xv, wy “ xi yj xei , ej y.
1ďi,jďn
˛¨ ¨ ˛
x1 y1
˚ .. ‹ ˚ .. ‹ ` ˘
Ecrivons X :“ ˝ . ‚ “ MatB pvq, Y :“ ˝ . ‚ “ MatB pwq et A la matrice xei , ej y 1ďi,jďn .
xn yn
On a alors
ÿ
xv, wy “ xi yj xei , ej y
1ďi,jďn
ÿ
“ xi xei , ej y yj
1ďi,jďn
˜ ¸
n
ÿ n
ÿ
“ xi xei , ej y yj
i“1 j“1
ÿn
“ xi pAY qi ă(où pAY qi désigne la ième coordonnée du vecteur colonne AY )
i“1
t
“ XAY
Définition 2.5.1. On appelle matrice représentative du produit scalaire x¨, ¨y dans la base B la
matrice
¨ ˛
xe1 , e1 y ¨ ¨ ¨ xe1 , en y
˚ .. .. ‹
Matps
` ˘ ` ˘
B x¨, ¨y :“ xei , ej y 1ďi,jďn “˝ . . ‚
xen , e1 y ¨ ¨ ¨ xen , en y
• On a Matps
` ˘
B x¨, ¨yB “ In .
• Considérons sur l’espace vectoriel R2 rXs de dimension 3 le produit scalaire x¨, ¨y défini
68 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
dans l’exemple 2.2.2 4.. On note B la base t1, X, X 2 u de R2 rXs et on calcule alors
ż1
x1, 1y “ 1 dt “ rts10 “ 1
0
ż1 ȷ1
t2
„
1
x1, Xy “ xX, 1y “ t dt “ “
0 2 0 2
ż1 „ 3 ȷ1
t 1
1, X 2 “ X 2 , 1 “ t2 dt “
@ D @ D
“
0 3 0 3
ż1 „ 3 ȷ1
t 1
xX, Xy “ t2 dt “ “
0 3 0 3
ż1 „ 4 ȷ1
t 1
X, X 2 “ X 2 , X t3 dt “
@ D @ D
“ “
0 4 0 4
ż1 „ 5 ȷ1
t 1
X 2, X 2 t4 dt “
@ D
“ “
0 5 0 5
Ainsi,
1 1
¨ ˛
1 2 3
Matps 1 1 1
˚ ‹
B px¨, ¨yq “ ˝
˚ ‹
2 3 4 ‚
1 1 1
3 4 5
• Comme le produit scalaire` est symétrique, on a, pour tous i, j `P t1,˘. . . , nu, xe`i , ej y˘“
xej , ei y et la matrice Matps i.e. t Matps ps
˘
B x¨, ¨y est donc symétrique B x¨, ¨y “ MatB x¨, ¨y .
Le fait que le produit scalaire x¨, ¨y soit “défini” s’exprime dans le fait que la matrice
Matps ps
B px¨, ¨yq est inversible. En effet, si on note A :“ MatB px¨, ¨yq et si X est un vecteur
colonne de taille n quelconque tel que AX est le vecteur colonne nul de taille n, alors
t XAX “ 0 i.e. xv, vy “ 0 où v désigne le vecteur de coordonnées X dans la base B. Par
suite, v “ 0E et X est donc le vecteur colonne nul. Comme le noyau de la matrice carrée
A est réduit au vecteur colonne nul, A est inversible.
• La base
` B ˘est orthonormale par rapport au produit scalaire x¨, ¨y si et seulement si
Matps
B x¨, ¨y “ In .
Ainsi, le corollaire 2.3.10 affirme qu’il existe toujours une base dans laquelle la matrice
représentative du produit scalaire x¨, ¨y est la matrice identité.
2.6. ENDOMORPHISMES ORTHOGONAUX ET MATRICES ORTHOGONALES 69
On peut à présent se demander comment sont reliées les matrices représentatives de x¨, ¨y
dans deux bases (quelconques) différentes, autrement dit s’intéresser à la question du change-
ment de base pour la matrice représentative d’un produit scalaire.
Soit donc B 1 une autre base de E et considérons la matrice de passage PBÑB1 de la base B
à la base B 1 . On a l’égalité suivante :
Proposition 2.5.4. On a
Matps ps `
` ˘ t ˘
B 1 x¨, ¨y “ P BÑB 1 Mat
B x¨, ¨y PBÑB1
Démonstration. Soient v,`w P E. ˘ Comme au début 1de la section, notons X :“ MatB pvq, Y :“
ps
MatB pwq et˘ A :“ MatB x¨, ¨y . Notons ensuite X :“ MatB pvq, Y :“ MatB1 pwq et A1 :“
1
1
ps `
MatB1 x¨, ¨y .
On a X 1 “ PB1 ÑB X “ PBÑB1 ´1 X ô X “ PBÑB1 X 1 et Y 1 “ PB1 ÑB Y “ PBÑB1 ´1 Y ô Y “
PBÑB1 Y 1 . Ainsi,
t
xv, wy “ XAY
t
PBÑB1 X 1 A PBÑB1 Y 1
` ˘ ` ˘
“
“ t X 1 t PBÑB1 A PBÑB1 Y 1 .
` ˘
Remarquons maintenant que, si M “ pmi j q1ďi,jďn est une matrice carrée de taille n quel-
conque et si, pour i P t1, . . . , nu, Xi désigne le vecteur colonne avec coordonnées 1 à la ligne i
et 0 sur les autres lignes, on a, pour tous i, j P t1, . . . , nu, t Xi M Xj “ mi j . ´ ¯
Soient alors i, j P t1, . . . , nu et notons B 1 “ te11 , . . . , e1n u. On a MatB1 pe1i q “ Xi et MatB1 e1j “
Xj et, par l’égalité ci-dessus,
Remarque 2.5.5. Attention à ne surtout pas confondre ce changement de base pour les produits
scalaires avec le changement de base pour les applications linéaires.
1. f est orthogonal,
sont équivalentes.
Montrons tout d’abord 1 ñ 2 : si f préserve le produit scalaire x¨, ¨y, alors, pour tout v P E,
a a
}f pvq} “ xf pvq, f pvqy “ xv, vy “ }v}.
Montrons ensuite 2 ñ 3 : si f préserve la norme euclidienne associé à x¨, ¨y, alors, pour tous
v, w P E,
d pf pvq, f pwqq “ }f pwq ´ f pvq} “ }f pw ´ vq} “ }w ´ v} “ dpv, wq.
Enfin, on a l’implication 3 ñ 2 car, si f préserve la distance euclidienne et si v P E, alors
1´ ¯
xf pvq, f pwqy “ }f pvq ` f pwq}2 ´ }f pvq}2 ´ }f pwq}2
2
1´ ¯
“ }f pv ` wq}2 ´ }f pvq}2 ´ }f pwq}2
2
1´ ¯
“ }v ` w}2 ´ }v}2 ´ }w}2
2
“ xv, wy.
Démonstration. Supposons que f est orthogonal et soit te1 , . . . , en u une base orthonormale
de E. Comme f est orthogonal, on a, pour tous i, j P t1, . . . , nu, xf pei q, f pej qy “ xei , ej y “ δi j ,
donc la famille de n vecteurs tf pe1 q, . . . , f pen qu est orthonormale : il s’agit donc d’une base
orthonormale de E.
Réciproquement, soit B “ te1 , . . . , en u une base orthonormale de E et supposons que la
famille
¨ ˛ tf¨ pe1 q,˛. . . , f pen qu est orthonormale. Soient alors v, w P E, de coordonnées respectives
x1 y1
˚ .. ‹ ˚ .. ‹
˝ . ‚ et ˝ . ‚ dans la base B, on a
xn yn
C ˜ ¸ ˜ ¸G
n
ÿ n
ÿ ÿ n
ÿ
xf pvq, f pwqy “ f xi e i ,f yj ej “ xi yj xf pei q, f pej qy “ xi yi “ xv, wy.
i“1 j“1 1ďi,jďn i“1
Remarque 2.6.6. Remarquons que, d’après la démonstration ci-dessus, il suffit qu’il existe une
base orthonormale te1 , . . . , en u de E telle que la famille tf pe1 q, . . . , f pen qu soit orthonormale
pour que l’endomorphisme f soit orthogonal.
Corollaire 2.6.7. Tout endomorphisme orthogonal est bijectif et son inverse est également
orthogonal.
Démonstration. Supposons que l’endomorphisme f est orthogonal et soit B une base ortho-
normale de E. Alors, d’après la proposition précédente, la famille B 1 :“ f pBq est une base
orthonormale de E. On peut donc considérer la matrice de passage PBÑB1 qui est également la
matrice représentative de f dans la base B de E : en tant que matrice de passage, cette matrice
est inversible et donc l’endomorphisme f est bijectif.
Montrons enfin que l’endomorphisme f ´1 est également orthogonal : soient v, w P E, alors,
comme f est orthogonal,
@ ´1
f pvq, f ´1 pwq “ f f ´1 pvq , f f ´1 pwq “ xv, wy.
D @ ` ˘ ` ˘D
Remarque 2.6.10. • Une matrice orthogonale est inversible et son inverse est sa transposée.
1. La matrice ¨ ˛
2 ´1 2
1
A :“ ˝ 2 2 ´1‚
3
´1 2 2
est orthogonale.
2. Une symétrie orthogonale est un endomorphisme orthogonal (remarque 2.4.13). Une pro-
jection orthogonale sur un sous-espace vectoriel strict n’est pas un endomorphisme or-
thogonal (remarque 2.4.7).
Un point de vue supplémentaire donné par l’égalité “tAA “ In ” est le suivant : une matrice
A P Mn pRq est orthogonale si et seulement si les vecteurs colonnes la composant forment une
base orthonormale de Rn muni du produit scalaire canonique. Dans ce cas, la matrice A est la
matrice de passage de la base canonique de Rn à la base orthonormale formée par ses vecteurs
colonnes. On peut généraliser cela de la façon suivante (rappelons que la base B a été supposée
orthonormale) :
Remarque 2.6.13. En particulier, toute matrice de passage d’une base orthonormale à une autre
est orthogonale.
Remarquons ensuite que l’égalité “tAA “ In ” permet de montrer que le déterminant d’une
matrice orthogonale, et donc d’un endormorphisme orthogonal, est égal à 1 ou ´1 :
Proposition et Définition 2.6.14. Soit A une matrice orthogonale de Mn pRq. Alors detpAq “
1 ou detpAq “ ´1. Ainsi, si f est orthogonal, det pf q “ 1 ou det pf q “ ´1.
Si detpAq “ 1, resp. det pf q “ 1, on dit que A, resp. f , est une matrice orthogonale directe,
resp. endomorphisme orthogonal direct. Si detpAq “ ´1, resp. det pf q “ ´1, on dit que A, resp.
f , est une matrice orthogonale indirecte, resp. endomorphisme orthogonal indirect.
Démonstration. On a tAA “ In donc 1 “ det tAA “ det tA detpAq “ pdetpAqq2 d’où
` ˘ ` ˘
detpAq “ 1 ou detpAq “ ´1
Ainsi, si f est orthogonal, comme sa matrice représentative dans une base orthonormale est
orthogonale (proposition 2.6.8), on a det pf q “ 1 ou det pf q “ ´1.
Corollaire et Définition 2.6.17. L’ensemble, noté O pE, x¨, ¨yq ou simplement OpEq lorsque
le contexte est clair, des endomorphismes orthogonaux de l’espace euclidien pE, x¨, ¨yq est un
sous-groupe du groupe pGLpEq, ˝q des automorphismes linéaires de E muni de la composition
(appelé groupe linéaire de E). On appelle pOpEq, ˝q le groupe orthogonal de pE, x¨, ¨yq.
De manière équivalente, l’ensemble On pRq des matrices orthogonales de Mn pRq est un sous-
groupe du groupe pGLn pRq, ¨q des matrices réelles inversibles de taille n muni du produit ma-
triciel. On pRq est appelé groupe orthogonal de Mn pRq.
Remarque 2.6.18. Le sous-ensemble de OpEq des endomorphismes orthogonaux directs est un
sous-groupe de pOpEq, ˝q appelé groupe spécial orthogonal de E et noté SOpEq.
Le sous-ensemble de On pRq des matrices orthogonales directes est un sous-groupe de pOn pRq, ¨q
appelé groupe spécial orthogonal de Mn pRq et noté SOn pRq.
Lemme 2.7.2. Soit A P GLn pRq une matrice orthogonale et triangulaire supérieure à coeffi-
cients strictement positifs. Alors A “ In .
Démonstration. Notons v1 , . . . , vn les vecteurs colonnes qui, dans l’ordre, forment la matrice
A “ pai j q1ďi,jďn . Le fait que A soit orthogonale signifie que, pour tout i, j P t1, . . . , nu, xvi , vj y “
δi j . En particulier, xv1 , v1 y “ 1. Mais, comme A est triangulaire supérieure, xv1 , v1 y “ a21 1 et,
comme a1 1 est strictement positif, on a nécessairement a1 1 “ 1. Pour tout j P t2, . . . , nu, on a
alors xv1 , vj y “ a1 j “ 0 (autrement dit, la première ligne n’a que des coefficients nuls sauf le
coefficient a1 1 qui est égal à 1).
Soit k P t1, n ´ 1u et supposons que l’on a déjà montré que, pour tout i P t1, . . . , ku et tout
j P t1, . . . , nu, ai j “ δi j (autrement dit que pour les k premières lignes, tous les coefficients
d’une ligne i donnée sont nuls sauf le coefficient ai i qui est égal à 1). On considère alors le
vecteur colonne vk`1 dont, par hypothèse de récurrence, la seule coordonnée non nulle est
ak`1 k`1 ą 0. Comme xvk`1 , vk`1 y “ ak`1 k`1 2 “ 1, on a ak`1 k`1 “ 1 et, par suite, pour tout
j P tk ` 2, . . . , nu, xvk`1 , vj y “ ak`1 j “ 0 : la ligne k ` 1 n’a donc que des coefficients nuls sauf
le coefficient ak`1 k`1 qui est égal à 1.
ϵ1 :“ v1 “ p1, 1, 0q
ˆ ˙
xv2 , ϵ1 y 3 1 1 1
ϵ2 :“ v2 ´ 2
ϵ1 “ v2 ´ ϵ1 “ ´ , , 0 “ p´1, 1, 0q
}ϵ1 } 2 2 2 2
1
ϵ2 :“ p´1, 1, 0q
xv3 , ϵ1 y xv3 , ϵ12 y 1
ϵ3 :“ v3 ´ ϵ1 ´ ϵ “ v3 “ p0, 0, 1q
}ϵ1 }2 }ϵ12 }2 2
1 1
e1 :“ ϵ1 “ ? p1, 1, 0q
}ϵ1 } 2
1 1 1
e2 :“ ϵ “ ? p´1, 1, 0q
}ϵ12 } 2 2
1
e3 :“ ϵ3 “ p0, 0, 1q
}ϵ3 }
76 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
Comme
?
v1 “ ϵ1 “ 2e1
3 3 1 3 1
v2 “ ϵ1 ` ϵ2 “ ϵ1 ` ϵ12 “ ? e1 ` ? e2
2 2 2 2 2
v3 “ ϵ3 “ e3
Si on note Q la matrice ¨ ˛
?1 ´ ?12 0
˚ ?12 ?1 0‚
‹
˝ 2 2
0 0 1
formée par les coordonnées (dans la base canonique de R3 ) des vecteurs e1 , e2 , e3 , l’égalité
¨ 1 ˛ ¨? ˛
?
2
´ ?12 0 2 ?32 0
A “ QR “ ˝ ?12 ?1 0‚˝ 0 ?12 0‚
˚ ‹˚ ‹
2
0 0 1 0 0 1
est la décomposition QR de A.
Remarque 2.7.4. Avec les notations précédentes, on peut également calculer R en utilisant
l’égalité R “ Q´1 A “ t QA (Q est orthogonale).
et donc tA “ A.
Réciproquement, supposons que tA “ A et soient v, w P E. En notant X :“ MatB pvq et
Y :“ MatB pwq, on a
• f est diagonalisable,
En particulier, si l’on considère, pour chacun de ces espaces propres, une base orthonormale,
la réunion de ces bases est une base orthonormale de E : f est donc diagonalisable dans une
base orthonormale de E.
AX “ λX ô A X “ λX ô AX “ λX
(les coefficients de A sont réels).
On considère d’autre part l’égalité t pAXqX “ t XAX, satisfaite car t A “ A (car f est
symétrique : proposition 2.8.2). On y remplace AX par λX et AX par λX pour obtenir
78 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
n
ÿ n
ÿ
l’égalité t pλXqX “ t Xλ X i.e. λ |xi |2 “ λ |xi |2 et donc λ “ λ car X n’est pas le vecteur
i“1 i“1
colonne nul (X est un vecteur propre). Ainsi, λ P R.
Le polynôme caractéristique de l’endomorphisme symétrique f est donc scindé sur R. En
particulier, le spectre de f est non-vide.
On montre à présent que f est diagonalisable. On le montre par récurrence sur la dimen-
sion n de E. Précisément, on montre par récurrence l’assertion suivante : pour tout n P Nzt0u,
pour tout espace euclidien pE, x¨, ¨yq de dimension n, pour tout endomorphisme symétrique f
de E, f est diagonalisable.
Toute matrice carrée de taille 1 étant diagonale, le résultat est vrai pour n “ 1.
Supposons à présent la propriété vraie au rang n ´ 1 pour n P Nzt0; 1u fixé, et montrons-la
pour l’endomorphisme symétrique f de l’espace euclidien E de dimension n. Soit λ P R une
valeur propre de f (un tel λ existe car SpR pf q ‰ H). Soit ensuite v un vecteur propre de f
associé à λ et notons F :“ tvuK “ pVect tvuqK . Montrons que F est stable par f : soit w P F
alors
F Ñ F
Ainsi F est stable par f et on peut donc restreindre f en l’endomorphisme f|F :
u ÞÑ f puq
de F , qui est également´symétrique (par
¯ rapport à la restriction du produit scalaire x¨, ¨y sur F ).
K
Comme dimpF q “ dim pVect tvuq “ dimpEq ´ dim pVecttvuq “ n ´ 1, on peut ensuite appli-
quer l’hypothèse de récurrence à l’endomorphisme symétrique f|F de F : f|F est diagonalisable
i.e. il existe une base de F formée de vecteurs propres e2 , . . . , en pour f|F . Les sous-espaces
vectoriels Vecttvu et F étant en somme directe (proposition 2.4.5), la famille tv, e2 , . . . , en u est
alors une base de E, formée de vecteurs propres pour f donc f est diagonalisable.
On montre enfin que les sous-espaces propres de f sont deux à deux orthogonaux. Soient
donc λ1 et λ2 deux valeurs propres distinctes de f et soient v1 P Eλ1 , v2 P Eλ2 . Montrons que
les vecteurs v1 et v2 sont orthogonaux. On a d’une part
Ainsi, λ1 xv1 , v2 y “ λ2 xv1 , v2 y i.e. pλ1 ´ λ2 qxv1 , v2 y “ 0 et donc xv1 , v2 y “ 0 car λ1 ‰ λ2 . Les
vecteurs v1 et v2 sont donc orthogonaux.
2.8. ENDOMORPHISMES SYMÉTRIQUES ET MATRICES SYMÉTRIQUES 79
R3 Ñ R3
f:
px, y, zq ÞÑ p5x ´ y ` 2z, ´x ` 5y ` 2z, 2x ` 2y ` 2zq
de R3 . La matrice représentative de f dans la base canonique de R3 (qui est une base ortho-
normale pour le produit scalaire canonique de R3 ) est
¨ ˛
5 ´1 2
A :“ ˝´1 5 2‚.
2 2 2
et
E0 “ Ker f.
La famille tp2, 0, 1q, p1, 1, 0qu est une base de E6 . En appliquant le procédé d’orthonor-
) à cette famille libre de R , on obtient la base orthonormale
malisation de Gram-Schmidt 3
!
?1 p2, 0, 1q, ?1 p1, ´5, ´2q de E6 .
5 30
D’autre part, le vecteur ?16 p´1, ´1, 2q de norme 1 engendre E0 .
! )
Si l’on note B :“ ?15 p2, 0, 1q, ?130 p1, ´5, ´2q, ?16 p´1, ´1, 2q , la famille B est alors une base
orthonormale de R3 et la matrice représentative de f dans B est
¨ ˛
6 0 0
˝0 6 0‚.
0 0 0
Corollaire 2.8.7. Soit A une matrice de Mn pRq. On suppose que A est symétrique. Alors il
existe une matrice orthogonale O P On pRq et une matrice diagonale D P Mn pRq telles que
D “ O´1 AO “ t OAO
80 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
¨ ˛
5 ´1 2
Exemple 2.8.8. Si l’on reprend la matrice A :“ ˝´1 5 2‚ de l’exemple 2.8.5 précédent et
2 2 2
si l’on note ¨ 2 1 1
˛
? ? ?
5 30 6
O :“ ˝ 0
˚ ´5
? ?1 ‹ ,
30 6‚
?1 ´2
? ´2
?
5 30 6
la matrice O est orthogonale et on a
¨ ˛
6 0 0
O´1 AO “ t OAO “ ˝0 6 0‚.
0 0 0
Théorème 2.9.1. Il existe une base orthonormale B de E dans laquelle la matrice représen-
tative de f est de la forme
¨ ˛
ϵ1 0
˚ .. ‹
˚ . ‹
˚ ‹
˚ ϵr ‹
MatB pf q “ ˚
˚ ‹
˚ Rpθ1 q ‹
‹
˚ . . ‹
˝ . ‚
0 Rpθs q
ˆ r, s P N, pour
où ˙ tout i P t1, . . . , ru, ϵi P t`1; ´1u et, pour tout j P t1, . . . , su, Rpθj q “
cos θj ´ sin θj
avec θj P Rztkπ | k P Zu.
sin θj cos θj
Lemme 2.9.4. Soit A P M2 pRq. Alors A est orthogonale si et seulement si A est de la forme
ˆ ˙ ˆ ˙
cos θ ´ sin θ cos θ sin θ
ou
sin θ cos θ sin θ ´ cos θ
avec θ P R.
ˆ ˙
a c
Démonstration. Soit A “ P M2 pRq. Commençons par remarquer que si A est de
b d
l’une des deux formes ci-dessus, alors A est orthogonale. Supposons maintenant que A est
orthogonale, i.e. a2 ` b2 “ 1, c2 ` d2 “ 1 et ac ` bd “ 0. En particulier, les points pa, bq et
pc, dq de R2 appartiennent au cercle de centre 0 et de rayon 1 : il existe donc θ, θ1 P R tels que
a “ cospθq, b “ sinpθq, c “ cospθ1 q, d “ sinpθ1 q. Alors
Supposons maintenant la propriété vérifiée pour tout entier naturel non nul strictement
plus petit que n avec n P Nzt0u fixé et considérons l’endomorphisme orthogonal f de l’espace
euclidien E de dimension n.
2.9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES ET MATRICES ORTHOGONAUX 83
On commence par traiter le cas où f possède une valeur propre réelle λ P R (i.e. le polynôme
caractéristique de f possède une racine dans R). Soit alors v un vecteur propre de f pour la
valeur propre λ. On a }f pvq} “ }λv} “ |λ|}v} et, d’autre part, }f pvq} “ }v} car f est orthogonal.
Ainsi |λ|}v} “ }v} et donc |λ| “ 1 (car v est un vecteur propre de f donc v ‰ 0E donc }v} ‰ 0).
Ainsi, λ P t`1; ´1u. De plus, comme F :“ Vecttvu est stable par f (car v est un vecteur
propre K
` Kde˘ f ), l’orthogonal F de F est également stable par f par le lemme 2.9.3 : comme
dim F “ n ´ 1 ă n, on peut alors appliquer l’hypothèse de récurrence à l’endomorphisme
FK Ñ FK
orthogonal f|F K : de F K et obtenir l’existence d’une base orthonormale B0 de
u ÞÑ f puq
F K telle que ¨ ˛
ϵ1 0
˚ .. ‹
˚ . ‹
´ ¯ ˚ ˚ ϵr
‹
‹
MatB0 f|F K “ ˚ ˚ ‹
˚ Rpθ1 q ‹
‹
˚ . . ‹
˝ . ‚
0 Rpθs q
ˆ r, s P N, pour
où ˙ tout i P t1, . . . , ru, ϵi P t`1; ´1u et, pour tout j P t1, . . . , su, Rpθj q :“
cos θj ´ sin θj
avec θj P Rztkπ | k P Zu. Considérant l’égalité F ‘ F K “ E (proposi-
sin θj cos θj ! )
tion 2.4.5) et la base orthonormale B 1 :“ }v}v
de F , la famille B :“ tB 1 , B0 u est une base
orthonormale de E et on a
¨ ˛
λ 0
˚ ϵ1 ‹
˚ ‹
˚ .. ‹
˚
˚ . ‹
‹
MatB pf q “ ˚
˚ ϵr ‹
‹
˚
˚ Rpθ1 q ‹
‹
˚ . . ‹
˝ . ‚
0 Rpθs q
Supposons à présent que f ne possède pas de valeur propre réelle (i.e. le polynôme caracté-
ristique de f ne possède pas de racine dans R). On considère alors l’endomorphisme h :“ f `f ´1
de E. h est symétrique : si u1 , u2 P E,
f ` f ´1 pu1 q, u2
@` ˘ D
xhpu1 q, u2 y “
“ xf pu1 q, u2 y ` f ´1 pu1 q, u2
@ D
“ u1 , f pu2 q ` f ´1 pu2 q
@ D
“ xu1 , hpu2 qy .
84 CHAPITRE 2. ESPACES EUCLIDIENS
Considérons alors une valeur propre λ P R de h (tout endomorphisme symétrique est diagona-
lisable : cf théorème 2.8.4) et un vecteur propre v P E associé. D’une part, la famille tv, f pvqu
est libre, car
• v ‰ 0E (car v est un vecteur propre de h),
• f pvq ne peut s’écrire µv avec µ P R car f n’admet pas de valeur propre réelle.
D’autre
` part,˘ le sev F :“ Vecttv, f pvqu de E de dimension 2 est stable par f : on a hpvq “ λv
i.e. f ` f ´1 pvq “ λv, donc
Remarque 2.9.5. • Au cours de la preuve, on a montré en particulier que les seules valeurs
propres réelles possibles pour un endomorphisme orthogonal sont 1 et ´1.
2.9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES ET MATRICES ORTHOGONAUX 85
et d’autre part
xf pvq, f pwqy “ xv, wy
(car f est orthogonal), ainsi xv, wy “ ´xv, wy donc xv, wy “ 0.
Par ailleurs, le sous-espace vectoriel E1 ‘ E´1 de E est stable par f donc pE1 ‘ E´1 qK
également.
Au total, pour calculer une réduction de f comme dans le théorème 2.9.1, on peut donc
commencer par déterminer une base orthonormale B 1 de E1 , une base orthonormale B 2 de
E´1 puis une base orthonormale du sous-espace stable tB 1 , B 2 uK . Dans la représentation
matricielle correspondante de f , le bloc correspondant à la restriction de f à ce dernier
sous-espace stable est orthogonal sans valeur propre réelle et on peut alors lui appliquer
la méthode (algorithmique) du théorème pour ce cas.
Exemple 2.9.6. Considérons la matrice orthogonale
¨ ˛
2 ´1 2
1
A :“ ˝ 2 2 ´1‚
3
´1 2 2
¨ $ ¨ ˛,˛K $¨ ˛ ,
& 1 . & x .
De plus, ˝Vect ?13 ˝1‚ ‚ “ ˝y ‚ P M3,1 pRq | x ` y ` z “ 0 , dont une base ortho-
1 z
% - % -
¨ ˛ ¨ ˛
1 1
1 ˝ 1 ˝
normale est formée des vecteurs Y2 :“ 2 ´1 et Y3 :“ 6
? ‚ ? 1 ‚.
0 ´2
On a
¨ 1 ˛ ¨ 1 ˛
?
? ?
¨ ˛
1
2
˚ ?1 ‹ ˚ 2 1 ˝ ‚ 1 ´? ? ¯ 1 3
AY2 “ A ˝´ 2 ‚ “ ˝ 0 ‚ “ ? 0 “ ? 2Y2 ` 6Y3 “ Y2 ` Y3
‹
1 2 ´1 2 2 2 2
0 ´ ?
2
et
?1 ´ ?16
¨ ˛ ¨ ˛
?
¨ ˛
6 ´1
˚ ?1 ‹ ?2 ‹ ?1 ˝ ‚ 1 ´ ? ? ¯ 3 1
AY3 “ A ˝ 6 ‚“ ‚“ 2 “ ? ´3 2Y2 ` 6Y3 “ ´ Y2 ` Y3 .
˚
˝ 6 2 2
6 ´1 2 6
´ ?26 ´ ?16
Ainsi, si on note
?1 ?1 ?1
¨ ˛
3 2 6
˚ ?1 ´ ?12 ?1 ‹
P :“ ˝ 3 6 ‚
P O3 pRq,
?1 0 ´ ?62
3
on a
¨ ˛ ¨
1 0 0?
˛
1 0` ˘ 0` ˘
t
´1
P AP “ P AP “ ˝0 1
´ 23 ‚ “ ˝0 cos ` π3 ˘ ´ sin` π3˘ ‚
˚ ‹
?2
0 3 1 0 sin π3 cos π3
2 2
Espaces hermitiens
3.1 Introduction
On étudie l’analogue de la notion de produit scalaire pour les espaces vectoriels sur C :
le produit scalaire hermitien. La plupart des notions introduites et des résultats énoncés dans
le chapitre précédent auront leurs analogues dans le cadre hermitien. Nous remarquerons éga-
lement les différences qui existent entre les espaces hermitiens et les espaces euclidiens. Nous
verrons en particulier que tout endomorphisme unitaire (version hermitienne de la notion d’en-
domorphisme orthogonal) est diagonalisable dans une base orthonormale.
87
88 CHAPITRE 3. ESPACES HERMITIENS
•
n
ÿ
λv ` µv 1 , w λxk ` µx1k yk
@ D ` ˘
can
“
k“1
ÿn n
ÿ
“ λ xk yk ` µ x1k yk
k“1 k“1
1
“ λxv, wycan ` µxv , wycan ,
•
n
ÿ
1
@ D ` ˘
v, λw ` µw can
“ xk λyk ` µyk1
k“1
ÿn n
ÿ
“ λ x k yk ` µ xk yk1
k“1 k“1
“ λxv, wycan ` µxv, w1 ycan ,
•
n
ÿ
xw, vycan “ yk xk
k“1
ÿn
“ xk yk
k“1
ÿn
“ xk yk
k“1
“ xw, vycan ,
•
n
ÿ n
ÿ
xv, vycan “ xk xk “ |xk |2 ě 0
k“1 k“1
n
ÿ
et xv, vycan “ |xk |2 “ 0 ssi pour tout k P t1, . . . , nu, |xk | “ 0 ssi pour tout k P
k“1
t1, . . . , nu, xk “ 0 ssi v “ p0, . . . , 0q.
EˆE Ñ C
L’application x¨, ¨yB : est alors un produit scalaire hermitien sur
pv, wq ÞÑ xv, wyB
E, appelé produit scalaire hermitien associé à la base B.
3. Soit n P Nzt0u. Pour toutes matrices A “ pai j q1ďi,jďn et B “ pbi j q1ďi,jďn dans Mn pCq,
on définit ÿ
ai j bi j “ Tr tA B .
` ˘
xA, By :“
1ďi,jďn
Mn pCq ˆ Mn pCq Ñ C
L’application x¨, ¨y : est alors un produit scalaire her-
pA, Bq ÞÑ xA, By
mitien sur Mn pCq : il s’agit du produit scalaire hermitien associé à la base canonique
tEi j u1ďi,jďn de Mn pCq.
4. Soit n P Nzt0u. Pour tous polynômes P et Q de Cn rXs, on définit
ż1
xP, Qy :“ P ptqQptqdt.
0
Cn rXs ˆ Cn rXs Ñ C
L’application x¨, ¨y : est alors un produit scalaire hermitien
pP, Qq ÞÑ xP, Qy
sur Cn rXs. La sesquilinéarité et la symétrie hermitienne de l’application x¨, ¨y proviennent
de la linéarité de l’intégrale et du fait que, pour toute fonction continue f : r0; 1s Ñ C,
ż1 ż1
f ptqdt “ f ptqdt. Montrons que x¨, ¨y est bien définie positive. Soit P P Cn rXs, on a
0 ż1 0
xP, P y “ |P ptq|2 dt ě 0 (l’intégrale sur le segment r0; 1s de la fonction à valeurs réelles
0 ż1
R Ñ R ; t ÞÑ |P ptq|2 continue positive est positive). De plus, si xP, P y “ |P ptq|2 dt “ 0,
0
comme la fonction à valeurs réelles R Ñ R ; t ÞÑ |P ptq|2 est continue et positive, on a,
pour tout t P r0, 1s, |P ptq|2 “ 0 (l’intégrale d’une fonction réelle continue et positive sur
un segment est nulle si et seulement si la fonction est identiquement nulle sur ce segment)
et donc, pour tout t P r0, 1s, P ptq “ 0, donc le polynôme P est nul (un polynôme ayant
une infinité de racines est nécessairement le polynôme nul).
Remarque 3.2.3. Soit n P Nzt0u. La forme bilinéaire symétrique
Cn ˆ Cn ˘ Ñ řn C
bp¨, ¨q : `
px1 , . . . , xn q, py1 , . . . , yn q ÞÑ k“1 xk yk
n’est
• ni sesquilinéaire, car, par exemple,
` ˘ ` ˘ ` ˘
b p1, 0, . . . , 0q, i¨p1, 0, . . . , 0q “ b p1, 0, . . . , 0q, pi, 0, . . . , 0q “ i et ib p1, 0, . . . , 0q, p1, 0, . . . , 0q “ ´i,
Définition 3.2.4. Si E est un espace vectoriel de dimension finie muni d’un produit scalaire
hermitien x¨, ¨y, le couple pE, x¨, ¨yq est appelé espace hermitien.
La plupart des propriétés que nous avons montrées pour les espaces euclidiens vont avoir
leurs analogues pour les espaces hermitiens.
Dans la suite de cette section, on suppose que E est un C-espace vectoriel de dimension
finie muni d’un produit
a scalaire hermitien x¨, ¨y. En premier lieu, si l’on note, pour tout vecteur
v de E, }v} :“ xv, vy (xv, vy est un nombre réel positif), l’inégalité de Cauchy-Schwarz est
E Ñ r0, `8r
vérifiée et l’application } ¨ } : est une norme sur E :
v ÞÑ }v}
Lemme 3.2.5 (Inégalité de Cauchy-Schwarz). Pour tous vecteurs v et w de E, on a l’inégalité
v ` λw}2 “ xr
0 ď }r v ` λw, vr ` λwy
v , wy ` λ xw, vry ` λ2 xw, wy (λ P R donc λ “ λ)
v , vry ` λ xr
“ xr
v }2 ` 2λ ` λ2 }w}2 (xw, vry “ xr
“ }r v , wy “ 1 “ 1).
R Ñ R
p:
v }2
λ ÞÑ }w}2 λ2 ` 2λ ` }r
}v ` w}2 “ xv ` w, v ` wy
“ xv, vy ` xv, wy ` xw, vy ` xw, wy
“ xv, vy ` xv, wy ` xv, wy ` xw, wy
“ }v}2 ` 2 Repxv, wyq ` }w}2
ď }v}2 ` 2|xv, wy| ` }w}2 (si z P C, Repzq ď |z|)
ď }v}2 ` 2}v}2 }w}2 ` }w}2 ă(par l’inégalité de Cauchy-Schwarz)
“ p}v} ` }w}q2 .
La norme } ¨ } est appelée norme hermitienne associée au produit scalaire hermitien x¨, ¨y.
Exemple 3.2.7. Soit n P Nzt0u. Sur Cn , la norme hermitienne associée à au produit scalaire
hermitien canonique vérifie, pour tout v “ px1 , . . . , xn q P Cn ,
g g
f n f n
a f ÿ fÿ
}v} “ xv, vycan “ e xk xk “ e |xk |2 .
k“1 k“1
Exemple 3.3.2. Dans C2 muni du produit scalaire hermitien canonique, les vecteurs pi, 1q et
pi, ´1q sont orthogonaux : xpi, 1q, pi, ´1qycan “ i ˆ i ` 1 ˆ p´1q “ 1 ´ 1 “ 0.
La version du théorème de Pythagore adaptée au cadre hermitien est l’énoncé suivant :
Remarque 3.3.4. Dans le cadre hermitien, la réciproque du théorème de Pythagore n’est plus
vraie en général. Par exemple, si on considère les vecteurs v :“ p1, 0q et w :“ pi, 0q de C2 muni
du produit scalaire hermitien canonique, on a }v}2 “ 1, }w}2 “ 1 et }v ` w}2 “ }p1 ` i, 0q}2 “
2 “ }v}2 ` }w}2 , alors que les v et w ne sont pas orthogonaux.
3.3. ORTHOGONALITÉ DANS LES ESPACES HERMITIENS 93
Une équivalence vraie est la suivante : avec les notations du lemme 3.3.3, v et w sont
orthogonaux si et seulement }v ` w}2 “ }v}2 ` }w}2 et }v ` iw}2 “ }v}2 ` }w}2 . En effet, si
ces deux dernières égalités sont satisfaites alors, d’après les relations établies dans la preuve du
lemme 3.2.8, Repxv, wyq “ 0 et Impxv, wyq “ 0 i.e. xv, wy “ 0.
Les notions de base orthogonale et de base orthonormale pour un espace hermitien sont
exactement les mêmes que dans le cadre euclidien :
Définition 3.3.5. Soit B “ te1 , . . . , en u une base de E. On dit que B est
• une base orthogonale de E si pour tous k, l P t1, . . . , nu tels que k ‰ l, xek , el y “ 0,
• une base orthonormale de E si pour tous k, l P t1, . . . , nu, xek , el y “ δk l .
Exemple 3.3.6. • Si n P Nzt0u, la base canonique de Cn est une base orthonormale pour le
produit scalaire hermitien canonique sur Cn (exemple 3.2.2 1.).
• Une base B de E est une base orthonormale pour le produit scalaire hermitien associé
x¨, ¨yB (exemple 3.2.2 2.).
De façon analogue au cadre euclidien (cf. remarque 2.3.6), si B “ te1 , . . . , en u est une base or-
n
ÿ n
ÿ ÿn
thonormale pour x¨, ¨y et v, w P E, on a v “ xv, ek y ek et xv, wy “ xv, ek yxw, ek y “ xv, ek yxek , wy.
k“1 k“1 k“1
On définit également les notions de famille orthogonale de E et de famille orthonormale
de E (de telles familles sont des familles libres de E) et le procédé d’orthonormalisation de
Gram-Schmidt reste valable dans le cadre hermitien :
Théorème 3.3.7 (Procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt). ăSoit tv1 , . . . , vp u une
famille libre de E. On peut construire, de façon algorithmique, une famille orthonormale
te1 , . . . , ep u de E telle que, pour tout k P t1, . . . , pu, Vect te1 , . . . , ek u “ Vect tv1 , . . . , vk u (en
particulier, te1 , . . . , ep u est une base orthonormale de Vect tv1 , . . . , vp u).
Démonstration. La preuve est identique à la preuve du théorème 2.3.7.
de C4 par rapport au produit scalaire hermitien canonique. On commence par remarquer que les
vecteurs v1 :“ p1, 1, 0, 0q, v2 :“ p1, 0, i, 0q et v3 :“ p0, 0, 1, 1q forment une base (non orthogonale)
de F . On applique ensuite le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt : on pose
ϵ1 :“ v1 “ p1, 1, 0, 0q
ˆ ˙
xv2 , ϵ1 y 1 1 1 1
ϵ2 :“ v2 ´ 2
ϵ1 “ v2 ´ ϵ1 “ , ´ , i, 0 “ p1, ´1, 2i, 0q
}ϵ1 } 2 2 2 2
1
ϵ2 :“ p1, ´1, 2i, 0q
xv3 , ϵ12 y 1
ˆ ˙
xv3 , ϵ1 y 2i 1 i i 1 1
ϵ3 :“ v3 ´ ϵ1 ´ ϵ “ v3 ` ϵ “ , ´ , , 1 “ pi, ´i, 1, 3q
}ϵ1 }2 }ϵ12 }2 2 6 2 3 3 3 3
1
ϵ3 :“ pi, ´i, 1, 3q.
94 CHAPITRE 3. ESPACES HERMITIENS
La famille tϵ1 , ϵ12 , ϵ13 u est alors une base orthogonale de F et la famille
" *
1 1 1
? p1, 1, 0, 0q, ? p1, ´1, 2i, 0q, ? pi, ´i, 1, 3q
2 6 12
est une base orthonormale de F .
En particulier, le théorème 3.3.7ăpermet de montrer l’existence d’une base orthonormale
pour l’espace hermitien pE, x¨, ¨yq. Il permet également de montrer que toute famille orthonor-
male de E peut être complétée en une base orthonormale de E.
AK :“ tv P E | @w P A, xv, wy “ 0u
tp´2, 3 ` 2i, ´iquK “ px, y, zq P C3 | xpx, y, zq, p´2, 3 ` 2i, ´iqycan “ ´2x ` p3 ´ 2iqy ` iz “ 0 .
␣ (
Proposition 3.3.10. On a :
1. E “ F ‘ F K ,
` ˘K
2. F K “ F .
On peut ainsi définir la projection orthogonale sur F , i.e. la projection sur F parallèlement
à F K , notée pF , et la symétrie orthogonale par rapport à F , i.e. la symétrie par rapport à F
parallèlement à F K , notée sF .
Exactement comme dans le cadre euclidien, si v P E, on peut calculer la distance hermitienne de v à F
dpv, F q :“ inf }w ´ v} à l’aide de la projection orthogonale sur F : on a
wPF
› p
›
› ÿ ›
dpv, F q “ }v ´ pF pvq} “ ›v ´ xv, ek y ek › ,
› ›
› ›
k“1
base B, alors
C G
n
ÿ n
ÿ
xv, wy “ xk ek , yl e l
k“1 l“1
ÿ
“ xk yl xek , el y
1ďk,lďn
ÿ
“ xk xek , el y yl
1ďk,lďn
t
` ˘
“ MatB pvq xek , el y 1ďk,lďn MatB pwq,
et on note Matpsh
` ˘
B px¨, ¨yq :“ xek , el y 1ďk,lďn la matrice représentative du produit scalaire
hermitien x¨, ¨y dans la base B.
Exemple 3.4.1. On reprend les notations de l’exemple 3.3.8 : on note B(la base tp1, 1, 0, 0q, p1, 0, i, 0q, p0, 0, 1, 1qu
du sous-espace vectoriel F :“ px, y, z, tq P C4 | x ´ y ` iz ´ it “ 0 de C4 . Alors, en notant
␣
Proposition 3.4.2. On a
Matpsh t psh
B1 px¨, ¨yq “ PBÑB MatB px¨, ¨yq PBÑB
1 1
Démonstration. Soient v, w P E. Notons X :“ MatB pvq, Y :“ MatB pwq et A :“ MatpshB px¨, ¨yq,
1 1 1 psh
ainsi que X :“ MatB1 pvq, Y :“ MatB1 pwq et A :“ MatB1 px¨, ¨yq.
On a X 1 “ PB1 ÑB X “ PBÑB1 ´1 X ô X “ PBÑB1 X 1 et Y 1 “ PB1 ÑB Y “ PBÑB1 ´1 Y ô Y “
PBÑB1 Y 1 . Ainsi,
t
xv, wy “ XAY
t
PBÑB1 X 1 ApPBÑB1 Y 1 q
` ˘
“
“ tX 1 tPBÑB1 A PBÑB1 Y 1 .
` ˘
A E
En particulier, si l’on note B 1 “ te11 , . . . , e1n u, on a, pour tous k, l P t1, . . . , nu, e1i , e1j “
tX tP
` ˘
i BÑB1 A P BÑB1 X˘j (avec les notations introduites dans la preuve de la proposition 2.5.4)
et donc A1 “ xe1k , e1l y 1ďk,lďn “ tPBÑB1 A PBÑB1 .
`
96 CHAPITRE 3. ESPACES HERMITIENS
1`
}f pvq ` f pwq}2 ` i}f pvq ` if pwq}2 ´ p1 ` iq}f pvq}2 ´ p1 ` iq}f pwq}2 (lemme 3.2.8)
˘
xf pvq, f pwqy “
2
1`
}f pv ` wq}2 ` i}f pv ` iwq}2 ´ p1 ` iq}f pvq}2 ´ p1 ` iq}f pwq}2 (f est C-linéaire)
˘
“
2
1`
}v ` w}2 ` i}v ` iw}2 ´ p1 ` iq}v}2 ´ p1 ` iq}w}2 (f préserve la norme hermitienne)
˘
“
2
“ xv, wy (lemme 3.2.8).
• si f est unitaire, alors f est bijectif et f ´1 est également unitaire (la démonstration est
identique à celle du corollaire 2.6.7),
• la composition de deux endomorphismes unitaires est unitaire (la preuve est la même que
celle de la proposition 2.6.16).
Définition 3.5.3. L’ensemble, noté U pE, x¨, ¨yq ou simplement UpEq lorsque le contexte est
clair, des endomorphismes unitaires de l’espace hermitien pE, x¨, ¨yq est un sous-groupe du
groupe linéaire pGLpEq, ˝q des automorphismes linéaires de E. On appelle pUpEq, ˝q le groupe unitaire
de pE, x¨, ¨yq.
3.5. ENDOMORPHISMES UNITAIRES ET MATRICES UNITAIRES 97
On dira qu’une matrice A de Mn pCq est unitaire si elle vérifie t AA “ In . Remarquons que
• une matrice de Mn pCq est unitaire si et seulement si les vecteurs colonnes qui la composent
forment une base orthonormale de Cn muni du produit scalaire hermitien canonique,
• une matrice unitaire A est inversible et son inverse, également unitaire, est sa “transcon-
juguée” t A,
• le produit de matrices unitaires est unitaire.
On note ainsi Un pCq le sous-groupe de pGLn pCq, ¨ q formé par les matrices unitaires de
Mn pCq : on appelle pUn pCq, ¨ q le groupe unitaire de Mn pCq.
Exemple 3.5.5. • La matrice
¨ ˛
1 ´i ´1 ` i
1˝
i 1 1`i ‚
2
1 ` i ´1 ` i 0
de M3 pCq est unitaire.
• Toute matrice de passage d’une base orthonormale de pE, x¨, ¨yq à une base orthonormale
de pE, x¨, ¨yq est unitaire.
Remarquons enfin que le déterminant d’une matrice unitaire, et donc d’un endomorphisme
unitaire, est un nombre complexe de module 1 :
Proposition 3.5.6. Soit A P Un pCq, alors |detpAq| “ 1. Ainsi, si f P UpEq, |detpf q| “ 1.
Démonstration. On a t AA “ In donc
1 “ detpIn q “ det t AA “ det t A detpAq “ det A detpAq “ detpAqdetpAq “ |detpAq|.
` ˘ ` ˘ ` ˘
Soit n P Nzt0u. Nous énonçons dans cette section l’analogue de la décomposition QR pour
les matrices inversibles de GLn pCq : toute matrice inversible de GLn pCq peut s’écrire comme
le produit d’une matrice unitaire et d’une matrice triangulaire supérieure. Mais on peut être
plus précis :
Démonstration. L’existence d’une décomposition QR pour A est donnée, comme dans le cadre
réel, par le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt (cf. théorème 3.3.7) : si v1 , . . . , vn
sont les vecteurs colonnes formant, dans l’ordre, les colonnes de la matrice A, on applique le
procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt à la base B :“ tv1 , . . . , vn u de Cn pour obtenir
une base orthonormale B 1 “ te1 , . . . , en u de Cn (par rapport au produit scalaire hermitien
canonique).
l
ÿ
De plus, par construction, pour tout l P t1, . . . , nu, el “ αk vk avec α1 , . . . , αl´1 P C
k“1
et αl Ps0; `8r. Ainsi, la matrice de passage de la base B à la base B 1 de E est triangulaire
supérieure et ses coefficients diagonaux sont réels strictement positifs. Il en est donc de même
pour son inverse R :“ PB1 ÑB et, si l’on note Q la matrice de passage de la base canonique
de Cn à la base B 1 , Q est unitaire (les vecteurs colonnes qui composent Q forment une base
orthonormale pour le produit scalaire hermitien canonique sur Cn ) et A “ QR (A peut être
considérée comme la matrice de passage de la base canonique de Cn à B).
La preuve de l’unicité de la décomposition QR de A est identique à celle présentée dans la
preuve du théorème 2.7.1.
¨ ˛
1 2 0
A :“ ˝ i 0 1‚
0 ´3i 1
de GL3 pCq et notons v1 :“ p1, i, 0q, v2 :“ p2, 0, ´3iq et v3 :“ p0, 1, 1q P C3 . On applique alors le
3.7. ENDOMORPHISMES HERMITIENS ET MATRICES HERMITIENNES 99
l’égalité ˛ ¨? ?
?1 ?1 ?3i 2 ´ ?i2
¨ ˛
2 11 22
2
˚ ?i ?
A “ QR “ ˝ 2 ´ ?i11 ?3 ‹ ˚
22 ‚˝
0 11 ?4i11 ‹
‚
0 ´ ?3i11 ´ ?222 0 0 ?1
22
est la décomposition QR de A.
Ainsi, pour tous v, w P E, xf pvq, wy “ xv, f pwqy si et seulement si tA “ A i.e. A est hermitienne.
Remarque 3.7.3. Les coefficients diagonaux d’une matrice hermitienne de Mn pCq sont nécessai-
rement réels.
Nous allons à présent démontrer l’analogue hermitien du théorème spectral 2.8.4 :
Théorème 3.7.4 (Théorème spectral). ăOn suppose que l’endomorphisme f est hermitien.
Alors
• f est diagonalisable,
Démonstration. On commence par montrer que les racines de χf (qui est un polynôme scindé
car le corps de base est C) sont toutes réelles. On reprend, en l’adaptant, l’argumentaire de la
preuve du théorème 2.8.4 : soit¨B0 ˛ une base orthonormale de E, notons A :“ MatB0 pf q, soit
x1
λ P SppAq “ Sppf q et soit X “ ˝ ... ‚ un vecteur propre de A associé à λ. On applique alors la
˚ ‹
xn
conjugaison complexe à l’égalité AX “ λX, de sorte que A X “ λ X.
On considère maintenant l’égalité t pAXqX “ tXA X (vérifiée car tA “ A : A est la matrice
représentative de l’endomorphisme hermitien f dans la base orthonormale B0 ) où l’on remplace
AX par λX et A X par λ X : on obtient ainsi
n
ÿ n
ÿ
t
pλXqX “ tXλ X i.e. λ |xi |2 “ λ |xi |2 i.e. λ “ λ i.e. λ P R
i“1 i“1
n
ÿ
( |xi |2 ‰ 0 car X, en tant que vecteur propre, n’est pas le vecteur nul).
i“1
Comme l’endomorphisme f est hermitien et ses valeurs propres sont réelles, la suite de la
preuve est identique à celle du théorème 2.8.4.
Corollaire 3.7.5. Soit A une matrice hermitienne de Mn pCq. Alors il existe une matrice
unitaire U P Un pRq et une matrice diagonale D P Mn pRq à coefficients réels telles que
D “ U ´1 AU “ t U AU.
´X 1 ´i
χA “ 1 ´X ´i
i i 2´X
´X ´ 1 1 ´i
“ 1 ` X ´X ´i
C1 ÐC1 ´C2
0 i 2´X
1 1 ´i
“ p´1 ´ Xq ´1 ´X ´i
0 i 2´X
1 1 ´i
“ p´1 ´ Xq 0 1 ´ X ´2i
L1 ÐL2 `L1
0 i 2´X
1 ´ X ´2i
“ p´1 ´ Xq
i 2´X
“ p´1 ´ Xqrp1 ´ Xqp2 ´ Xq ´ 2s
p´1 ´ Xq X 2 ´ 3X
` ˘
“
“ p´1 ´ Xqp´Xqp3 ´ Xq.
! )
Ainsi, SppAq “ t´1; 0; 3u. De plus, E´1 “ Vecttp1, ´1, 0qu “ Vect ?12 p1, ´1, 0q , E0 “
! ) ! )
Vecttpi, i, 1qu “ Vect ?13 pi, i, 1q et E3 “ Vecttp1, 1, 2iqu “ Vect ?16 p1, 1, 2iq .
Si l’on note alors
?1 ?i ?1
¨ ˛
2 3 6
˚´ ?1 ?i ?1 ‹
U :“ ˝ 2 3 6‚
P M3 pCq,
0 ?1 ?2i
3 6
la matrice U est unitaire et on a
¨ ˛
´1 0 0
U ´1 AU “ ˝ 0 0 0‚.
0 0 3
102 CHAPITRE 3. ESPACES HERMITIENS
Remarque 3.7.7. La réciproque du théorème 3.7.4 est également vraie, en ce sens que si l’en-
domorphisme f est diagonalisable dans une base orthonormale et si Sppf q Ă R, alors f est
hermitien. En effet, supposons qu’il existe une base orthonormale B de E et une matrice dia-
gonale D de Mn pRq Ă Mn pCq telle que MatB pf q “ D, alors
t
D “ D “ D,
donc D est hermitienne, et en conséquence f est hermitien par la proposition 3.7.2 (B est une
base orthonormale de E).
• f est diagonalisable,
Nous allons montrer par récurrence que pour tout n P Nzt0u, tout espace hermitien pE, x¨, ¨yq
de dimension n et tout endomorphisme unitaire f de E, les valeurs propres de f sont de mo-
dule 1 et f est diagonalisable dans une base orthonormale de E (en particulier, les sous-espaces
propres de f sont orthogonaux 2 à 2).
Supposons maintenant la propriété vérifiée pour tout entier naturel non nul strictement
plus petit que n avec n P Nzt0u fixé et considérons l’endomorphisme unitaire f de l’espace
hermitien E de dimension n.
Soit λ P Sppf q et soit v un vecteur propre de f pour la valeur propre λ. On a d’une part
}f pvq} “ }λv} “ |λ|}v} et, d’autre part, }f pvq} “ }v} car f est unitaire. Ainsi |λ|}v} “ }v}
et donc |λ| “ 1 (car v est un vecteur propre de f donc v ‰ 0E donc }v} ‰ 0). De plus,
3.8. DIAGONALISABILITÉ DES ENDOMORPHISMES ET MATRICES UNITAIRES 103
comme F :“ Vecttvu est stable par f (car v est un vecteur propre de f ), l’orthogonal F K
de F est également stable
` par˘ f par la version hermitienne du lemme 2.9.3 (la preuve est
identique) : comme dim F K “ n ´ 1 ă n, on peut alors appliquer l’hypothèse de récurrence
FK Ñ FK
à l’endomorphisme unitaire f|F K : de F K et obtenir l’existence d’une base
u ÞÑ f puq
orthonormale B0 de F K telle que
¨ ˛
´ ¯ λ1 0
MatB0 f|F K “ ˝
˚ .. ‹
. ‚
0 λn´1
où les nombres complexes λ1 , . . . , λn´1 sont tous de !module K
) 1. Considérant l’égalité F ‘F “ E
(proposition 3.3.10) et la base orthonormale B 1 :“ }v} v
de F , la famille B :“ tB 1 , B0 u est une
base orthonormale de E et on a
¨ ˛
λ 0
˚ λ1 ‹
MatB pf q “ ˚ ‹.
˚ ‹
. .
˝ . ‚
0 λn´1
et on a
¨ ˛ $¨ ˛ , $ ¨ ˛,
1´i 1´i 0 & 1 . & 1 1 .
Ei “ Ker ˝1 ´ i 1 ´ i 0 ‚ “ Vect ˝´1‚ “ Vect ? ˝´1‚
% 2
0 0 2 ´ 2i 0 0
% - -
et
¨ ˛ $¨ ˛ ¨ ˛, $ ¨ ˛ ¨ ˛,
´1 ` i 1 ´ i 0 & 1 0 . & 1 1 0 .
E1 “ Ker ˝´1 ´ i 1 ` i 0‚ “ Vect ˝1‚, ˝0‚ “ Vect ? ˝1‚, ˝0‚ .
% 2
0 0 0 0 1 0 1
% - -
4.1 Introduction
On considère dans ce chapitre les espaces vectoriels sur R, resp. sur C, munis d’un produit
scalaire, resp. d’un produit scalaire hermitien : les espaces préhilbertiens réels, resp. complexes.
Possiblement de dimension infinie, ces espaces préhilbertiens sont des généralisations des es-
paces euclidiens et hermitiens. Dans ce chapitre, on mettra en avant les propriétés des espaces
euclidiens et hermitiens qui restent vraies pour les espaces préhilbertiens de dimension infinie
et on soulignera celles qui ne se généralisent pas.
Dans la dernière partie de ce chapitre, on considèrera la “véritable” généralisation de la
notion de base orthonormale, à savoir la notion de base hilbertienne. Les “véritables” généra-
lisations des espaces euclidiens et hermitiens sont quant à elles les espaces hilbertiens.
Soit K “ R ou C.
Exemple 4.2.2. 1. Tout espace euclidien est un espace préhilbertien réel. Tout espace her-
mitien est un espace préhilbertien complexe.
105
106 CHAPITRE 4. ESPACES PRÉHILBERTIENS ET ESPACES HILBERTIENS
KrXs ˆ KrXs Ñ K
L’application x¨, ¨y : est alors
pP, Qq ÞÑ xP, Qy
• un produit scalaire sur RrXs si K “ R (voir exemple 2.2.2 4.) : pRrXs, x¨, ¨yq est alors
un espace préhilbertien réel (non euclidien)
• un produit scalaire sur CrXs si K “ C (voir exemple 3.2.2 4.) : pCrXs, x¨, ¨yq est alors
un espace préhilbertien complexe (non hermitien).
3. Plus généralement, soient a, b P R, si f et g sont deux fonctions continues sur ra, bs à
valeurs dans K, on définit
żb
xf, gy :“ f ptqgptqdt.
a
Si on note alors C 0 pra, bs, Kq
` le K-espace vectoriel des fonctions continues sur ra, bs à
valeurs dans K, le couple C 0 pra, bs, Kq, x¨, ¨y est un espace préhilbertien réel si K “ R,
˘
Montrons à présent que le couple l2 pKq, x¨, ¨y forme un espace préhilbertien. Par les règles
` ˘
usuelles sur les séries, l’application x¨, ¨y : l2 pKq ˆ l2 pKq Ñ K est bien bilinéaire, resp. ses-
quilinéaire, ainsi que symétrique, resp. symétrique hermitienne, et enfin, si pxn qnPN P l2 pKq,
on a
`8
ÿ
xpxn qnPN , pxn qnPN y “ |xn |2 ě 0
n“0
`8
ÿ
et |xn |2 “ 0 ssi pour tout n P N, |xn |2 “ 0 ssi pour tout n P N, xn “ 0.
n“0
Exposons ci-dessous les propriétés des espaces euclidiens et hermitiens qui se généralisent
aux espaces préhilbertiens.
Soit donc pE,
a x¨, ¨yq un espace préhilbertien, réel ou complexe. On note, pour tout vecteur
v de E, }v} :“ xv, vy.
Lemme 4.2.3 (Inégalité de Cauchy-Schwarz). Pour tous vecteurs v et w de E, on a l’inégalité
Exemple 4.2.4. En appliquant le lemme 3.2.5 aux exemples 4.2.2, on obtient les inégalités
ˇż b ˇ dż b d
żb
2
• ˇ f ptqgptqdtˇ ď |gptq|2 dt si a, b P R, f, g P C 0 pra, bs, Kq,
ˇ ˇ
ˇ ˇ |f ptq| dt
a a a
ˇ ˇ g g
ˇ `8
ÿ ˇ f f `8
ÿ
f `8
fÿ
2e
• ˇ xn yn ˇ ď |xn | |yn |2 si pxn qnPN , pyn qnPN P l2 pKq.
ˇ ˇ e
ˇn“0 ˇ n“0 n“0
1`
}v ` w}2 ` i}v ` iw}2 ´ p1 ` iq}v}2 ´ p1 ` iq}w}2 .
˘
xv, wy “
2
Par ailleurs, dans tout espace préhilbertien (qu’il soit réel ou complexe), on a l’identité dite
“du parallélogramme” :
Démonstration. Soient v, w P E, on a
}v ` w}2 ` }v ´ w}2 “ }v}2 ` 2 Repxv, wyq ` }w}2 ` }v}2 ´ 2 Repxv, wyq ` }w}2
“ 2 }v}2 ` }w}2
` ˘
Remarque 4.3.2. Comme en dimension finie (cf. remarque 2.3.6ă3.), toute famille orthogonale
de E est libre. En effet, soit tvi , i P Iu une famille orthogonale de E, alors toute sous-famille
finie tvi , i P Ju (avec J un sous-ensemble fini de I) est une famille orthogonale finie de E et est
donc libre par les mêmes arguments que dans la remarque 2.3.6ă3.
Exemple 4.3.3. Considérons le C-espace vectoriel C 0 pr0, 2πs, Cq muni du produit scalaire her-
mitien défini dans l’exemple 4.2.2 3. Pour tout n P Z, posons
r0, 2πs Ñ C
φn :“
t ÞÑ eint
La famille tφn | n P Zu est alors une famille orthogonale pour x¨, ¨y. En effet, si n, m sont deux
4.3. ORTHOGONALITÉ DANS LES ESPACES PRÉHILBERTIENS 109
Démonstration. Le procédé est identique au procédé décrit dans la preuve du théorème 2.3.7.
110 CHAPITRE 4. ESPACES PRÉHILBERTIENS ET ESPACES HILBERTIENS
Dans le cas où F est de dimension finie, on peut donc définir la projection sur F parallè-
lement à F K , notée pF et appelée projection orthogonale sur F . Si te1 , . . . , ep u est une base
orthonormale de F et si v P E, nous avons montré dans la preuve précédente que
p
ÿ
pF pvq “ xv, ek y ek .
k“1
De plus, de la même façon que dans les cadres euclidiens et hermitiens (cf. proposition 2.4.10 et
sa preuve, remarque 2.4.11), pour tout w P F , }v ´ w} ď }v ´ pF pvq} et }v ´ w} “ }v ´ pF pvq}
ssi w “ pF pvq. En particulier, on a dpv, F q :“ inf }w ´ v} “ }v ´ pF pvq}.
wPF
` ˘K
Corollaire 4.3.11. Si F est de dimension finie, F K “ F .
` ˘K
Démonstration. On a déjà montré dans la proposition 4.3.8 que F est inclus dans F K .
` ˘K
Pour montrer l’inclusion réciproque, soit v P F K et écrivons v “ pF pvq ` v ´ pF pvq (on a
E “ F ‘ F K comme F est de dimension finie). On a alors
` ˘K
0 “ xv, v ´ pF pvqy (car v ´ pF pvq P F K et v P F K )
“ xpF pvq ` v ´ pF pvq, v ´ pF pvqy
“ xpF pvq, v ´ pF pvqy ` xv ´ pF pvq, v ´ pF pvqy
“ xv ´ pF pvq, v ´ pF pvqy (car pF pvq et v ´ pF pvq P F K ),
et
n
ÿ
}v}2 “ |xv, ek y|2 .
k“1
Si maintenant E est de dimension infinie, E ne possède pas nécessairement de base ortho-
normale. Dans le cas où E possède une telle base orthonormale dénombrable, on peut énoncer
l’analogue suivant des égalités ci-dessus :
Proposition 4.4.1. Supposons que E possède une base orthonormale dénombrable tek , k P Nu.
Alors, pour tout v P E,
ÿ `8
ÿ
• la série xv, ek y ek converge et xv, ek y ek “ v,
k k“0
112 CHAPITRE 4. ESPACES PRÉHILBERTIENS ET ESPACES HILBERTIENS
ÿ 8
ÿ
• la série (à termes réels positifs) |xv, ek y|2 converge et |xv, ek y|2 “ }v}2 .
k k“0
Pour démontrer ce résultat, nous allons montrer un résultat plus général mettant en jeu la
notion de famille totale de E :
Définition 4.4.2. Soit tvi , i P Iu une famille de vecteurs non nuls de E. On dit que cette
famille est totale si l’espace vectoriel engendré par la famille tvi , i P Iu est dense dans E par
rapport à la topologie induite par la norme associée à x¨, ¨y, i.e.
Vect tvi , i P Iu “ E
i.e.
@v P E, @ϵ ą 0, Dw P Vect tvi , i P Iu , }v ´ w} ď ϵ.
Remarque 4.4.3. Avec les notations ci-dessus, w P Vect tvi , i P Iu signifie que w peut s’écrire
comme une combinaison linéaire finie de vecteurs de la famille tvi , i P Iu.
Exemple 4.4.4. Dans C 0 pr0, 1s, Rq muni du produit scalaire défini dans l’exemple 4.2.2 3., la
famille de fonctions polynomiales fn : t P r0, 1s ÞÑ tn P R, n P N est totale. En effet, soient
f P C 0 pr0, 1s, Rq et ϵ ą 0, d’après le théorème de Weierstrass, il existe une fonction polynomiale
p : r0, 1s Ñ R telle que pour tout t P r0, 1s, |f ptq ´ pptq| ď ϵ. On a alors p P Vect tfn , n P Nu
(car p est une fonction polynomiale) et
ż1
2 ˘2
f ptq ´ pptq dt ď ϵ2 .
`
}f ´ p} “
0
ÿ `8
ÿ
• la série (à termes complexes) xv, ek y xw, ek y converge et xv, ek y xw, ek y “ xv, wy,
k k“0
ÿ 8
ÿ
• la série (à termes réels positifs) |xv, ek y|2 converge et |xv, ek y|2 “ }v}2 .
k k“0
Soient maintenant v, w P E et n P N, on a
ˇ ˇ ˇ C Gˇ
ˇ ÿn ˇ ˇ ÿn ˇ
ˇxv, wy ´ xv, ek y xw, ek yˇ “ ˇxv, wy ´ v, xw, ek y ek ˇ
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇ ˇ ˇ ˇ
k“0 k“0
ˇC Gˇ
ˇ ÿ n ˇ
“ ˇ v, w ´ xw, ek y ek ˇ
ˇ ˇ
ˇ ˇ
k“0
› ›
› ÿn ›
ď }v} ›w ´ xw, ek y ek › (par l’inégalité de Cauchy-Schwarz).
› ›
› ›
k“0
˜› ›¸
› ÿn ›
Or la suite à termes réels positifs ›w ´ xw, ek y ek › converge vers 0 par ce que
› ›
› ›
k“0 nPN
l’on
˜ˇ a démontré plus haut :ˇ¸par le théorème d’encadrement, la suite à termes réels positifs
ˇ ÿn ˇ
ˇxv, wy ´ xv, ek y xw, ek yˇ converge donc elle aussi vers 0 i.e. la suite des sommes par-
ˇ ˇ
ˇ ˇ
˜ k“0 ¸ nPN
n
ÿ
tielles xv, ek y xw, ek y converge vers xv, wy.
k“0 nPN
ÿ ÿ
En particulier, la série xv, ek y xw, ek y “ |xv, ek y|2 converge vers xv, vy “ }v}2 .
k k
Remarque 4.4.6. Le théorème 4.4.5 implique la proposition 4.4.1 : une famille génératrice de E
est en particulier une famille totale de E.
Définition 4.4.7. On appelle base hilbertienne de E toute famille orthonormale et totale de
E.
Exemple 4.4.8. 1. Dans C 0 pr0, 1s, Rq muni du produit scalaire défini dans l’exemple 4.2.2 3.
(voir aussi l’exemple 4.4.4), on peut montrer que la famille de fonctions polynomiales
r0; 1s Ñ R
Ln : ?
2n`1 dn
˘n , n P N,
t2 ´ 1
`
t ÞÑ ?
2n 2n! dtn
2. Dans l2 pKq muni du produit scalaire, resp. produit scalaire hermitien, défini dans l’exemple
4.2.2 4., la famille de suites
N Ñ K
eN : , n P N,
n ÞÑ δn,N
est une base hilbertienne (dénombrable) : il s’agit d’une famille orthonormale de l2 pKq,
ainsi que d’une famille totale. En effet, soit pxn qnPN P l2 pKq, notons, pour N P N et n P N,
#
xn ăsi n ď N ,
xN
n :“
0 si n ą N .
Alors, si ϵ ą 0, il existe N0 P N tel que pour tout entier naturel N supérieur ou égal à
N0 ,
` ˘ ›2 ÿ
›pxn qnPN ´ xN |xn |2 ď ϵ2 ,
›
n nPN
› “
nąN
ÿ ´ř ¯
car la série |xn |2 converge i.e. la suite des restes nąN |xn |
2
converge vers 0.
N PN
n
Enfin, pour tout N P N, pxN
n qnPN P Vect te0 , . . . , eN u.
Remarque 4.4.9. Toute base orthonormale d’un espace préhilbertien en est une base hilber-
tienne, mais la réciproque est fausse : une base hilbertienne tei , i P Iu de E peut ne pas en-
gendrer E (on peut avoir Vect tei , i P Iu “ E mais Vect tei , i P Iu ‰ E : c’est le cas des deux
exemples précédents).
Proposition 4.4.10. Soit tei , i P Iu une base hilbertienne de E et soit v P E. Si pour tout
i P I, xv, ei y “ 0, alors v “ 0E .
Démonstration. Supposons que pour tout i ›P I, xv, ei y ›“ 0, et soit ϵ ą 0. Il existe alors une
ÿ › ÿ ›
combinaison linéaire finie λi ei telle que ›v ´ λi ei › ď ϵ (la famille tei , i P Iu est totale).
› ›
› ›
iPJ iPJ
De plus,
› ›2 C G C G › ›2
› ÿ › ÿ ÿ ›ÿ ›
2
›v ´ λi ei › “ }v} ´ v, λi ei ´ λi ei , v ` › λi ei ›
› › › ›
› › › ›
iPJ iPJ iPJ iPJ
› ›2
ÿ ÿ ›ÿ ›
2
“ }v} ´ λi xv, ei y ´ λi xei , vy ` › λi ei ›
› ›
› ›
iPJ iPJ iPJ
› ›2
›ÿ ›
“ }v}2 ` › λi ei › (car @i P I, xv, ei y “ 0)
› ›
› ›
iPJ
ÿ
“ }v}2 ` |λi |2 ă(par le théorème de Pythagore).
iPJ
Ainsi › ›2
ÿ › ÿ ›
}v}2 ď }v}2 ` |λi |2 “ ›v ´ λi ei › ď ϵ2 .
› ›
› ›
iPJ iPJ
4.5. ESPACES HILBERTIENS 115
Définition 4.5.1. On dit que pE, x¨, ¨yq est un espace hilbertien (ou espace de Hilbert) si l’es-
pace vectoriel normé pE, }¨}q (où }¨} est la norme associée au produit scalaire x¨, ¨y) est complet.
Exemple 4.5.2. 1. Tout espace préhilbertien de dimension finie est un espace hilbertien.
2. On peut montrer que le K-espace vectoriel l2 pKq muni du produit scalaire, resp. produit
scalaire hermitien, défini dans l’exemple 4.2.2 4., est un espace hilbertien.
3. On peut montrer que le R-espace vectoriel C 0 pr0, 1s, Rq muni du produit scalaire défini
dans l’exemple 4.2.2 3., n’est pas un espace hilbertien.
Nous allons voir que, sous une hypothèse supplémentaire dite de “séparabilité”, un espace
hilbertien admet toujours une base hilbertienne dénombrable.
Définition 4.5.3. On dit qu’un espace topologique est séparable s’il possède un sous-ensemble
dense au plus dénombrable.
Exemple 4.5.4. Le K-espace vectoriel l2 pKq muni de la norme associée au produit scalaire, resp.
produit scalaire hermitien, défini dans l’exemple 4.2.2 4., est un espace topologique séparable.
On peut alors montrer le fait suivant :
Théorème 4.5.5. On suppose que l’espace préhilbertien pE, x¨, ¨yq est hilbertien et séparable,
alors E possède une base hilbertienne au plus dénombrable, et toute base hilbertienne de E est
au plus dénombrable.
Remarque 4.5.6. Un espace hilbertien séparable de dimension infinie ne possède pas de base
orthonormale. En effet, une base orthonormale est en particulier une base hilbertienne, et un
espace vectoriel complet ne possède pas de base dénombrable.
116 CHAPITRE 4. ESPACES PRÉHILBERTIENS ET ESPACES HILBERTIENS
Chapitre 5
5.1 Introduction
On étudie les propriétés algébriques et géométriques des formes bilinéaires, plus particuliè-
rement des formes bilinéaires symétriques et des formes quadratiques associées. Plus générales
que les produits scalaires euclidiens, les formes bilinéaires symétriques donnent lieu à une notion
plus générale d’orthogonalité, non associée à une notion de distance. Néanmoins, une base or-
thogonale existe toujours dans le cadre de la dimension finie, et on pourra déterminer une telle
base orthogonale à l’aide de la méthode de réduction, dite de Gauss, d’une forme quadratique
en somme de carrés de formes linéaires.
La fin de ce chapitre sera consacrée aux formes bilinéaires symétriques réelles pour lesquelles
la relation d’ordre sur les nombres réels permet de définir un invariant (complet) : la signature.
On considère les formes bilinéaires sur E i.e. les applications φ : E ˆ E Ñ K telles que,
pour tous v, w, v1 , v2 , w1 , w2 P E et tous λ, µ P K,
Définition 5.2.1. On dit que φ est symétrique si pour tous v, w P E, φpw, vq “ φpv, wq.
Exemple 5.2.2. 1. Un produit scalaire sur un R-espace vectoriel est, par définition, une forme
bilinéaire symétrique sur ce dernier.
117
118 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
2. L’application
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px , y q ÞÑ xy ` x1 y 1
1 1
` ˘
n’est pas une forme bilinéaire (par exemple ϕ p0, 0q, p1, 1q “ 1 ‰ 0).
3. L’application
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px1 , y 1 q ÞÑ xy 1 ´ x1 y
est une forme bilinéaire non symétrique : pour tous px, yq, px1 , y 1 q P R2 ,
Kn ˆ Kn Ñ K
n
ϕ: ` ˘ ÿ
px1 , . . . , xn q, py1 , . . . , yn q Ñ xk yk
k“1
5. Si a, b P R et α P R, l’application
EˆE Ñ K
m
ϕ: ÿ
pv, wq ÞÑ λk fk pvqgk pwq
k“1
Proposition 5.2.3. Les ensembles BpEq et SpEq sont des sous-espaces vectoriels de l’espace
vectoriel des applications de E ˆ E dans K.
5.2. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES BILINÉAIRES SYMÉTRIQUES 119
Ainsi, BpEq et SpEq sont bien des sous-espaces vectoriels de l’espace vectoriel des applica-
tions de E ˆ E dans K.
Proposition 5.2.9. On a
Matfb
` ˘ t fb
` ˘
B1 φ “ PBÑB1 MatB φ PBÑB1
5.2. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES BILINÉAIRES SYMÉTRIQUES 121
Démonstration. La preuve est tout à fait identique à la preuve de la proposition 2.5.4 pour un
produit scalaire.
La symétrie d’une forme bilinéaire sur E est caractérisée par la symétrie de sa matrice
représentative dans n’importe quelle base de E :
Démonstration. Montrons que φ est symétrique ssi pour tous k, l P t1, . . . , nu, φpek , el q “
φpel , ek q ce qui montrera la proposition.
Si φ est symétrique i.e. pour tous v, w P E, φpv, wq “ φpw, vq, alors, en particulier, pour
tous k, l P t1, . . . , nu, φpek , el q “ φpel , ek q.
Réciproquement, supposons que pour tous k, l P t1, . . . , nu, φpek , el q “ φpel , ek q, et soient
ÿn n
ÿ
v“ xk e k , w “ yl el deux vecteurs de E. Alors
k“1 l“1
˜ ¸
n
ÿ n
ÿ
φ pv, wq “ φ xk ek , yl el
k“1 l“1
ÿ
“ xk yl φpek , el q
1ďk,lďn
ÿ
“ xk yl φpel , ek q
1ďk,lďn
˜ ¸
n
ÿ n
ÿ
“ φ yl el , xk ek
l“1 k“1
“ φpw, vq.
Corollaire 5.2.11. L’application de SpEq dans Sn pKq qui à toute forme bilinéaire symétrique
sur E associe sa matrice représentative dans la base B de E est un isomorphisme linéaire (non
canonique).
SpEq Ñ Sn pKq
` ˘ .
ϕ ÞÑ Matfb
B ϕ
Alors
122 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
• f est linéaire : si ϕ1 , ϕ2 P SpEq, λ, µ P K, alors, pour tous k, l P t1, . . . , nu, pλϕ1 ` µϕ2 q pek , el q “
λϕ1 pek , el q ` µϕ2 pek , el q,
Remarque 5.2.12. Une matrice M de Mn pKq est dans Sn pKq si et seulement si elle est de la
forme ¨ ˛
a1,1 a1,2 ¨ ¨ ¨ a1,n
.. ‹
˚ a1,2 a2,2 . . .
˚
. ‹
M “˚˚ .. .. .. .. ‹
‹
˝ . . . . ‚
a1,n ¨ ¨ ¨ ¨ ¨ ¨ an,n
avec ak,l P K, 1 ď k ď l ď n. En particulier,
n
ÿ npn ` 1q
dim pSn pKqq “ n ` pn ´ 1q ` ¨ ¨ ¨ ` 1 “ k“ ,
k“1
2
npn`1q
et donc, en vertu du résultat précédent, dim pSpEqq “ 2 .
Définition 5.3.1. On dit qu’une application q : E Ñ K est une forme quadratique sur E si
2. l’application
EˆE Ñ K
φ: 1` ˘
pv, wq ÞÑ qpv ` wq ´ qpvq ´ qpwq
2
est une forme bilinéaire symétrique sur E,
et, dans ce cas, l’application φ ci-dessus est appelée forme bilinéaire symétrique associée à q ou
encore forme polaire de q.
5.3. FORMES QUADRATIQUES 123
1` ˘ 1` ˘
φpv, wq “ qpv ` wq ´ qpvq ´ qpwq “ qpw ` vq ´ qpwq ´ qpvq “ φpw, vq.
2 2
En particulier, de par cette symétrie, l’application φ est linéaire à gauche ssi elle est
linéaire à droite ssi elle est bilinéaire.
2. Avec les mêmes notations, si l’on suppose maintenant que @v P E, @λ P K, q pλvq “ λ2 qpvq,
alors, pour tout v P E,
1` ˘ 1` ˘
φpv, vq “ qp2vq ´ qpvq ´ qpvq “ 4qpvq ´ 2qpvq “ qpvq.
2 2
et
` ˘
qpv ´ wq “ q v ` p´wq “ qpvq ` 2φpv, ´wq ` qp´wq “ qpvq ´ 2φpv, wq ` qpwq.
E Ñ K
q:
v ÞÑ φpv, vq
est une forme quadratique dont la forme polaire est φ (on appelle q la forme quadratique de φ).
En effet,
2. pour tous v, w P E,
1` ˘ 1` ˘
qpv ` wq ´ qpvq ´ qpwq “ φpv ` w, v ` wq ´ φpv, vq ´ φpw, wq
2 2
1` ˘
“ φpv, vq ` 2φpv, wq ` φpw, wq ´ φpv, vq ´ φpw, wq
2
“ φpv, wq.
Ainsi,
124 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
Kn Ñ K
n
ÿ
px1 , . . . , xn q ÞÑ x2k
k“1
Kn Ñ ÿ K
q : px1 , . . . , xn q ÞÑ ak,l xk xl ,
1ďk,lďn
avec, pour tous k, l P t1, . . . , nu, ak,l P K, est une forme quadratique :
ainsi
1` ˘ 1 ÿ
qpv ` wq ´ qpvq ´ qpwq “ ak,l pxk yl ` xl yk q
2 2 1ďk,lďn
et l’application
EˆE Ñ K
φ : `px1 , . . . , xn q, py1 , . . . , yn q˘ ÞÑ 1 ÿ
ak,l pxk yl ` xl yk q
2 1ďk,lďn
E Ñ K
m
q: ÿ ` ˘2
v ÞÑ αk lk pvq
k“1
où, pour tout k P t1, . . . , mu, lk P LpE, Kq et αk P K, est une forme quadratique sur E :
5.3. FORMES QUADRATIQUES 125
• pour tous v, w P E,
m
ÿ ` ˘2
qpv ` wq “ αk lk pv ` wq
k“1
m
ÿ ` ˘2
“ αk lk pvq ` lk pwq
k“1
m ”`
ÿ ˘2 ` ˘2 ı
“ αk lk pvq ` 2lk pvqlk pwq ` lk pwq
k“1
m
ÿ
“ qpvq ` qpwq ` 2αk lk pvqlk pwq
k“1
et l’application
EˆE Ñ K
m
φ: ÿ
pv, wq ÞÑ αk lk pvqlk pwq
k“1
est une forme bilinéaire symétrique sur E.
E Ñ K
q:
w ÞÑ l1 pwql2 pwq
est également une forme quadratique sur E :
• pour tous v, w P E,
qpv ` wq “ l1 pv ` wql2 pv ` wq
“ l1 pvql2 pvq ` l1 pvql2 pwq ` l1 pwql2 pvq ` l1 pwql2 pwq
“ qpvq ` qpwq ` l1 pvql2 pwq ` l1 pwql2 pvq
et l’application
EˆE Ñ K
φ: 1` ˘
pv, wq ÞÑ l1 pvql2 pwq ` l1 pwql2 pvq
2
est une forme bilinéaire symétrique sur E.
126 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
4. L’application
C 0 pra, bs, Rq Ñ R
żb
f ÞÑ α f ptq2 dt
a
est la forme quadratique associée à la forme bilinéaire symétrique de l’exemple 5.2.2 5.
Proposition 5.3.4. Soit q une forme quadratique sur E, de forme polaire φ. Pour tous v, w P
E, on a
• qpv ` wq ` qpv ´ wq “ 2 qpvq ` qpwq ,
` ˘
1`
• φpv, wq “
˘
qpv ` wq ´ qpv ´ wq .
4
Démonstration. Soient v, w P E, on a
qpv ` wq ` qpv ´ wq “ qpvq ` 2φpv, wq ` qpwq ` qpvq ´ 2φpv, wq ` qpwq (par la remarque 5.3.2)
` ˘
“ 2 qpvq ` qpwq
et
` ˘
qpv ` wq ´ qpv ´ wq “ qpvq ` 2φpv, wq ` qpwq ´ qpvq ´ 2φpv, wq ` qpwq
“ 4φpv, wq
A toute forme quadratique sur E est associée, par définition, une forme bilinéaire symétrique
sur E. Réciproquement, on a vu qu’à toute forme bilinéaire symétrique ϕ sur E pouvait être
associée une forme quadratique sur E dont la forme polaire est ϕ.
Précisément :
Théorème 5.3.6. L’application qui à toute forme quadratique sur E associe sa forme polaire
est un isomorphisme linéaire (canonique) entre QpEq et SpEq.
Démonstration. On note f l’application de QpEq dans SpEq qui à une forme quadratique q
associe sa forme polaire, et g l’application de SpEq dans QpEq qui à une forme bilinéaire φ
associe sa forme quadratique.
On a montré dans la preuve de la proposition 5.3.5 que si q1 , q2 P QpEq et µ, ν P K, et si φ1
et φ2 désignaient les formes polaires respectives de q1 et q2 , alors µφ1 `νφ2 était la forme polaire
de µq1 `νq2 , autrement dit f pµq1 ` νq2 q “ µf pq1 q`νf pq2 q. Ainsi, f est une application linéaire.
On montre ensuite que f et g sont des applications réciproques l’une de l’autre i.e. g ˝ f “
IdQpEq et f ˝ g “ IdSpEq .
Soit tout d’abord q P QpEq et notons φ :“ f pqq la forme polaire de q. Alors la forme
quadratique gpφq de φ est q car il s’agit de l’application de E dans K qui à tout v P E associe
φpv, vq “ qpvq (cf. remarque 5.3.2 1.). Ainsi g ˝ f pqq “ q.
Soit ensuite φ P SpEq et notons q :“ gpφq la forme quadratique de φ, alors la forme polaire
1` ˘
f pqq de q est φ car, pour tous v, w P E, qpv ` wq ´ qpvq ´ qpwq “ φpv, wq. Ainsi f ˝gpφq “ φ.
2
En conséquence, f : QpEq Ñ SpEq est une application linéaire bijective et donc un isomor-
phisme linéaire.
2. Soit B “ te1 , . . . , en u une base de E et soit φ une forme bilinéaire symétrique sur E de
forme polaire q. Notons, pour k P t1, . . . , nu, ak :“ φpek , ek q et, pour k, l P t1, . . . , nu tels
n
ÿ ÿn
que k ă l, ak,l :“ φpek , el q “ φpel , ek q. Si v “ xk e k , w “ yk ek P E, on a
k“1 k“1
˜ ¸
n
ÿ n
ÿ
φpv, wq “ φ xk ek , yl el
k“1 l“1
ÿ
“ xk yl φpek , el q
1ďk,lďn
ÿn ÿ
“ a k x k yk ` ak,l pxk yl ` xl yk q
k“1 1ďkălďn
128 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
et
n
ÿ ÿ
qpvq “ ak x2k ` 2 ak,l xk xl .
k“1 1ďkălďn
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px1 , y 1 q ÞÑ xx1 ´ yy 1
C2 ˆ C2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px1 , y 1 q ÞÑ xx1 ` yy 1
AKφ :“ tv P E | @w P A, φpv, wq “ 0u
R3 ˆ R3 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, y, zq, px , y , z q ÞÑ 2xx ´ 3yy 1 ´ xz 1 ´ x1 z
1 1 1 1
sur R3 ,
3. AKφ “ pVectpAqqKφ .
5.4. ORTHOGONALITÉ ET ISOTROPIE 129
(car v1 , v2 P AKφ ).
(car v P AKφ et, pour tout k P t1, . . . , mu, wk P A), et donc v P pVectpAqqKφ .
Définition 5.4.5. Soit v P E. On dit que v est isotrope par rapport à φ si φpv, vq “ qpvq “ 0.
L’ensemble des vecteurs isotropes de E par rapport à φ est appelé cône isotrope de φ (ou de q)
et noté Cφ .
R3 ˆ R3 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, y, zq, px1 , y 1 , z 1 q ÞÑ xx1 ` yy 1 ´ zz 1
E Kφ “ tv P E | @w P E, φpv, wq “ 0u
Exemple 5.4.9. 1. Tout produit scalaire est une forme bilinéaire symétrique non dégénérée.
130 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px1 , y 1 q ÞÑ xx1 ` xy 1 ` x1 y ` yy 1
sur R2 est Vecttp1, ´1qu. En effet, pour tout px1 , y 1 q P E, ϕ p1, ´1q, px1 , y 1 q “ x1 ` y 1 ´
` ˘
Définition 5.4.11. On dit que la forme bilinéaire symétrique φ est définie si, pour tout v P E,
φpv, vq “ 0 si et seulement si v “ 0E .
Remarque 5.4.13. La réciproque de la proposition 5.4.12 est fausse : par exemple, la forme
bilinéaire symétrique
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px , y q ÞÑ xx ´ yy 1
1 1 1
Exemple 5.4.15. 1. Si ϕ est un produit scalaire sur E, alors la forme bilinéaire symétrique
ϕ est non dégénérée et donc rgϕ “ dimpEq “ n.
5.4. ORTHOGONALITÉ ET ISOTROPIE 131
Soit B “ te1 , . . . , en u une base de E. Le rang de la forme bilinéaire symétrique φ est le rang
de sa matrice représentative dans la base B :
• rgφ “ rgpAq.
• L’équivalence précédente donne un isomorphisme linéaire entre les espaces vectoriels Kerφ
et Ker A (l’application qui à un vecteur de Kerφ associe le vecteur colonne de ses coor-
données dans la base B). En particulier dim pKerφ q “ dim pKer Aq et donc
Remarque 5.4.17. Avec les notations ci-dessus, la forme bilinéaire symétrique φ est définie si
et seulement
¨ ˛ si la matrice A “ Matfb t
B pφq est définie i.e. pour tout X P Mn,1 pKq, XAX “ 0 ssi
0
˚ .. ‹
X “ ˝ . ‚.
0
132 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
2. La famille tp1, ´1q, p1, 0qu de R2 est une base orthogonale relativement à la forme bili-
néaire symétrique
R2 ˆ R2 ˘ Ñ R
ϕ: `
px, yq, px1 , y 1 q ÞÑ xx1 ` xy 1 ` x1 y ` yy 1
Remarque 5.5.3. • Une famille de vecteurs deux à deux φ-orthogonaux
` peut
˘ ne pas être
libre : avec les notations de l’exemple 5.5.2 2. ci-dessus, ϕ p1, ´1q, p2, ´2q “ 0. Cepen-
dant, si la forme bilinéaire symétrique φ est définie, alors toute famille orthogonale par
rapport à φ est libre (cf. remarque 2.3.6 3.).
• La notation de “base orthonormale” n’a pas de sens pour une forme bilinéaire symétrique
générale : une forme bilinéaire symétrique non définie positive ne peut donner lieu à une
norme.
On peut caractériser l’orthogonalité de la base B relativement à φ à l’aide de la matrice
représentative de φ dans la base B :
Proposition 5.5.4. La base B est une base φ-orthogonale si et seulement si la matrice Matfb
B pφq
est diagonale.
Démonstration. La matrice Matfb B pφq est diagonale ssi pour tous k, l P t1, . . . , nu tels que k ‰ l,
φpek , el q “ 0 ssi la base B est orthogonale relativement à φ.
n
ÿ
• Réciproquement, supposons qu’il existe a1 , . . . , an P K tels que, pour tout v “ xk ek P E,
k“1
qpvq “ a1 x21 ` ¨ ¨ ¨ ` an x2n , alors la base B “ te1 , . . . , en u est orthogonale pour φ. En effet,
dans ce cas, pour tous k, l P t1, . . . , nu tels que k ‰ l,
1` ˘ 1` ˘
φpek , el q “ qpek ` el q ´ qpek q ´ qpel q “ ak ` al ´ ak ´ al “ 0.
2 2
Proposition 5.5.6. On suppose que B “ te1 , . . . , en u est une base φ-orthogonale. Alors la sous-
famille tek | qpek q “ 0u est une base de Kerφ et le cardinal de la sous-famille tek | qpek q “ 0u
(i.e. le nombre de coefficients diagonaux non nuls dans la matrice diagonale Matfb B pφq) est le
rang rgφ de φ.
Démonstration. Soit k P t1, . . . , nu, alors, pour tout l P t1, . . . , nu tel que l ‰ k, φpek , el q “ 0
(car te1 , . . . , en u est une base φ-orthogonale). Si de plus qpek q “ φpek , ek q “ 0 alors ek est
φ-orthogonal à tous les vecteurs de E (par bilinéarité de φ) donc ek P E Kφ “ Kerφ . Ainsi, la
famille tek | qpek q “ 0u est une famille libre de Kerφ .
n
ÿ
Montrons maintenant qu’elle engendre Kerφ : soit v P Kerφ et écrivons v “ xk ek avec
k“1
x1 , . . . , xn P K (B est une base de E). Pour tout l P t1, . . . , nu, on a
Ainsi, pour tout l P t1, . . . , nu tel que qpel q ‰ 0, xl “ 0 et v est donc une combinaison linéaire
des vecteurs ek tels que qpek q “ 0.
Au total, la famille des vecteurs ek tels que qpek q “ 0 est bien une base (φ-orthogonale) de
Kerφ .
Un résultat important de la théorie des formes bilinéaires symétriques sur un espace vectoriel
de dimension finie est qu’il existe toujours des bases orthogonales :
Supposons maintenant la propriété vérifiée au rang n´1 pour n P Nzt0; 1u fixé et considérons
notre forme bilinéaire symétrique φ sur notre K-espace vectoriel E de dimension n. Si φ est la
forme linéaire nulle, alors la matrice représentative de φ dans toute base est la matrice nulle de
taille n et est en particulier diagonale. Supposons donc que φ n’est pas la forme bilinéaire nulle
et soit v P E tel que qpvq ‰ 0 : par l’isomorphisme linéaire entre QpEq et SpEq (cf. théorème
5.3.6), φ est la forme bilinéaire symétrique nulle ssi q est la forme quadratique nulle.
On considère alors l’orthogonal
F :“ tvuKφ “ tw P E | φpv, wq “ 0u
de tvu par rapport à φ : il s’agit du noyau de l’application linéaire
E Ñ K
φpv, ¨q : .
w ÞÑ φpv, wq
Comme φpv, vq “ qpvq ‰ 0, l’application linéaire φpv, ¨q est surjective et donc
dimpF q “ dim Ker φpv, ¨q “ dimpEq ´ dim K “ n ´ 1.
` ˘
De plus, les sous-espaces vectoriels Vecttvu et F de E sont en somme directe (car v R dim Ker φpv, ¨q)
donc E “ Vecttvu ‘ F .
On applique ensuite l’hypothèse de récurrence à l’espace vectoriel F de dimension n ´ 1 et
à la forme bilinéaire symétrique restreinte φ|F ˆF : F ˆ F Ñ K ; pv, wq ÞÑ φpv, wq : il existe
une base tv2 , . . . , vn u de F orthogonale relativement à φ|F ˆF . Si l’on note enfin v1 :“ v, la
famille tv1 , v2 , . . . , vn u est une base de E (car E “ Vecttvu ‘ F ), orthogonale relativement
à φ (car pour tous k, l P t2, . . . , nu tels que k ‰ l, φpvk , vl q “ φF ˆF pvk , vl q “ 0, et, pour tout
k P t2, . . . , nu, φpv1 , vk q “ φpv, vk q “ 0).
Remarque 5.5.8. 1. On ne peut pas toujours compléter une famille libre de vecteurs deux à
deux `φ-orthogonaux ˘ en 1une
` 1base1 φ-orthogonale. Par exemple, si E “ R2 et φ “ R2 Ñ
R ; px, yq, px , y q ÞÑ 2 xy ` x y , alors
2 1 1
˘
il est donc impossible de compléter la famille libre tp1, 0qu en une base orthogonale rela-
tivement à φ : tout vecteur φ-orthogonal à p1, 0q est dans la droite vectorielle engendrée
par p1, 0q.
2. L’existence d’une base orthogonale pour toute forme bilinéaire symétrique permet de
montrer qu’une forme bilinéaire symétrique sur un C-espace vectoriel de dimension finie
au moins égale à 2 n’est jamais définie.
Le point de départ de cette démarche est la réduction d’une forme quadratique sur K en
“somme de carrés” dite méthode de Gauss.
Notons n :“ dimpEq et commençons par considérer une base te1 , . . . , en u de E. Notons,
pour k P t1, . . . , nu, ak :“ φpek , ek q et, pour k, l P t1, . . . , nu tels que k ă l, ak,l :“ φpek , el q “
ÿn
φpel , ek q. Si v “ xk ek P E, on a alors
k“1
n
ÿ ÿ
qpvq “ ak x2k ` 2 ak,l xk xl
k“1 1ďkălďn
F Ñ K
n
ÿ ÿ
yk ek ÞÑ a1,k yk
k“2 2ďkďn
F Ñ K
n
ÿ n
ÿ ÿ
yk ek ÞÑ ak yk2 ` 2 ak,l yk yl
k“2 k“2 2ďkălďn
n
ÿ
sur F . On écrit ensuite, en notant w :“ xk ek ,
k“2
Or l’application
E Ñ ˜K ¸
ÿn
l1 : n
f xk ek
k“2
ÿ
v“ xk ek ÞÑ x1 `
k“1
a1
F Ñ K
` ˘2
f pwq
w ÞÑ ´ a1 ` Qpwq
est une forme quadratique sur F : comme dimpF q “ n ´ 1, par hypothèse de récurrence,
il existe n ´ 1 formes linéaires ρ2 , . . . , ρn P LpF, Kq sur F et des scalaires α2 , . . . , αn P K
tels que, pour tout w P F ,
` ˘2 n
f pwq ÿ ` ˘2
´ ` Qpwq “ αk ρk pwq .
a1 k“2
E Ñ ˜ K ¸
n n
lk : ÿ ÿ ,
v“ xk e k ÞÑ ρk xk e k
k“1 k“2
5.6. RÉDUCTION DE GAUSS 137
Comme q n’est pas la forme quadratique nulle par hypothèse, il existe k, l P t1, . . . , nu
avec k ă l tels que ak,l ‰ 0. On permute alors les vecteurs de la base B de façon à ce que
a1,2 ‰ 0 et on écrit
n
ÿ n
ÿ ÿ
qpvq “ 2a1,2 x1 x2 ` 2x1 a1,k xk ` 2x2 a2,k xk ` 2 ak,l xk xl
k“3 k“3 3ďkălďn
˜ ¸ ˜ ¸ ˜ ¸
n
ÿ n
ÿ n
ÿ
“ 2a1,2 x1 x2 ` 2x1 f1 xk ek ` 2x2 f2 xk e k `Q xk e k
k“3 k“3 k“3
où, si l’on note G :“ Vectte3 , . . . , en u et si l P t1, 2u, fl est la forme linéaire
G Ñ K
n
ÿ n
ÿ
yk ek ÞÑ al,k yk
k“3 k“3
sur G, et Q est la forme quadratique
G Ñ K
n
ÿ ÿ
yk ek ÞÑ 2 ak,l yk yl
k“3 3ďkălďn
n
ÿ
sur G. Notant w :“ xk ek , on écrit ensuite
k“3
qpvq “ 2a1,2 x1 x2 ` 2x1 f1 pwq ` 2x2 f2 pwq ` Q pwq
„ ȷ
x1 x2
“ 2a1,2 x1 x2 ` f1 pwq ` f2 pwq ` Q pwq
a1,2 a1,2
«ˆ ˙ˆ ˙ ff
f2 pwq f1 pwq f1 pwqf2 pwq
“ 2a1,2 x1 ` x2 ` ´ ` Q pwq
a1,2 a1,2 a21,2
ˆ ˙ˆ ˙
f2 pwq f1 pwq f1 pwqf2 pwq
“ 2a1,2 x1 ` x2 ` ´2 ` Q pwq
a1,2 a1,2 a1,2
«ˆ ˙ ff
f1 pwq ` f2 pwq 2 f2 pwq ´ f1 pwq 2
˙ ˆ
a1,2 f1 pwqf2 pwq
“ x1 ` x2 ` ´ x1 ´ x2 ` ´2 ` Q pwq
2 a1,2 a1,2 a1,2
138 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
applications
E Ñ K
n
l1 : ÿ f1 pwq ` f2 pwq
v“ xk ek ÞÑ x1 ` x2 `
k“1
a1,2
et
E Ñ K
n
l2 : ÿ f2 pwq ´ f1 pwq
v“ xk e k Þ Ñ x1 ´ x2 `
k“1
a1,2
G Ñ K
f1 pwqf2 pwq
w ÞÑ ´2 a1,2 ` Q pwq
est une forme quadratique sur G : comme dimpGq “ n ´ 2, par hypothèse de récurrence,
il existe n ´ 2 formes linéaires ρ3 , . . . , ρn P LpG, Kq sur G et des scalaires α3 , . . . , αn P K
tels que, pour tout w P G,
n
f1 pwqf2 pwq ÿ ` ˘2
´2 ` Q pwq “ αk ρk pwq .
a1,2 k“3
E Ñ ˜ K ¸
n n
lk : ÿ ÿ ,
v“ xk e k ÞÑ ρk xk e k
k“1 k“3
R3 Ñ R
q: 2 2 2
px, y, zq ÞÑ 2x ` y ´ z ` 3xy ´ 5xz ` 6yz
5.6. RÉDUCTION DE GAUSS 139
C3 Ñ C
q:
px, y, zq ÞÑ xy ` ixz ´ p1 ´ iqyz
1 ”` ˘2 ` ˘2 ı
“ x ` y ` p´1 ` 2iqz ´ x ´ y ´ z ` p1 ` iqz 2
4
1` ˘2 1 ` ˘2
“ x ` y ` p´1 ` 2iqz ´ x ´ y ´ z ` p1 ` iqz 2
4 4
n
ÿ
Remarque 5.6.3. Si q “ αk plk q2 avec α1 , . . . , αn P K et l1 , . . . , ln P LpE, Kq, alors, pour tout
k“1
v, w P E,
m
ÿ
φpv, wq “ αk lk pvqlk pwq
k“1
3y ´ 5z 2 1
ˆ ˙
2 2 2
qpx, y, zq “ 2x ` y ´ z ` 3xy ´ 5xz ` 6yz “ 2 x ` ´ py ´ 39zq2 ` 186z 2 .
4 8
Notons l1 : R3 Ñ R ; px, y, zq ÞÑ x ` 3y´5z 4 , l2 : R Ñ R ; px, y, zq ÞÑ
3
` y ´˘39z et
l3 : R Ñ R ; px, y, zq ÞÑ z : la famille C :“ tl1 , l2 , l3 u est une base de L R3 , R . Pour
3
PBcan ÑB “ tPB´1
˚ “ ˝0 1 39 ‚
can ÑC
0 0 1
(cf. proposition 6.4.1 et corollaire et définition 6.4.2). La base antéduale de C est donc la
famille " ˆ ˙ *
3
B “ p1, 0, 0q, ´ , 1, 0 , p´28, 39, 1q ,
4
qui, par la preuve du théorème précédent, est une base orthogonale relativement à la
forme polaire φ de q, et on a
¨ ˛
2 0 0
MatfbB pφq “
˝0 ´ 1
8 0 ‚.
0 0 186
5.6. RÉDUCTION DE GAUSS 141
La base "ˆ ˙ ˆ ˙ *
1 1 1 1
B“ , ,0 , , ´ , 0 , p1 ´ i, ´i, 1q
2 2 2 2
est donc une base de C3 orthogonale relativement à la forme polaire φ de q, et on a
¨1 ˛
4 0 0
Matfb
B pφq “
˝0 ´ 1
4 0 ‚.
0 0 1`i
de R3 , on a ¨ ˛
1 0 0
Matfb
B1 pφq “
˝0 ´1 0‚.
0 0 1
Si, dans l’exemple 5.6.5 2., on considère la base
? iπ
" ˆ ˙ ˆ ˙ *
1 1 1 1
B“ 2 , , 0 , 2i 4
, ´ , 0 , 2 e 8 p1 ´ i, ´i, 1q
2 2 2 2
de C3 , on a ¨ ˛
1 0 0
Matfb
B1 pφq “
˝0 1 0‚.
0 0 1
142 CHAPITRE 5. FORMES BILINÉAIRES ET FORMES QUADRATIQUES
Définition 5.7.1. On dit que φ (ou q) est positive, resp. négative, si pour tout v P E, qpvq “
φpv, vq ě 0, resp. qpvq “ φpv, vq ď 0.
Proposition 5.7.3. La forme bilinéaire symétrique φ est définie ssi φ est non dégénérée et φ
est positive ou négative.
r0; 1s Ñ R
f: :
t ÞÑ qpv ` tpv ´ wqq
on a f p0q “ qpvq ă 0 et f p1q “ qpwq ą 0 donc il existe t P r0; 1s tel que f ptq “
qpv ` tpv ´ wqq “ 0. De plus v ` tpv ´ wq ‰ 0E car la famille tv, wu est libre (si elle était
liée, les quantités qpvq et qpwq seraient de même signe ou toutes deux nulles). La forme
bilinéaire symétrique φ est donc non définie.
• Si φ est dégénérée, alors elle est non définie par la proposition 5.4.12.
Montrons maintenant la réciproque : supposons que φ est positive, resp. négative, et que
φ est non dégénérée. Comme φ est définie ssi ´φ est définie, on peut supposer sans perdre
de généralité que φ est positive. Pour montrer que φ est définie, soit v P E tel que φpv, vq “
qpvq “ 0 et supposons par l’absurde que v ‰ 0E . Soit w P Ezt0E u tel que φpv, wq ‰ 0 (φ est
non dégénérée donc v, supposé non nul, ne peut être orthogonal à tous les vecteurs de E) : en
multipliant éventuellement w par ´1, on peut supposer que la quantité φpv, wq est strictement
positive. Pour t Ps0; `8r, on a alors
donc 0 ď ´2φpv, wq`tqpwq (car t ą 0). Or cette dernière quantité peut être rendue strictement
inférieur à 0 pour t suffisamment petit (car φpv, wq ą 0 et qpwq ą 0), d’où une contradiction :
on en conclut que v “ 0E .
5.7. SIGNATURE D’UNE FORME QUADRATIQUE RÉELLE 143
Pour montrer le théorème qui suit, nous aurons besoin du fait suivant :
Lemme 5.7.4. Soient tv1 , . . . , vp u une famille libre et φ-orthogonale de E telle que pour tout
k P t1, . . . , pu, qpvk q ą 0. Alors, pour tout v P Vecttv1 , . . . , vp u, qpvq ě 0, et, si v ‰ 0E ,
qpvq ą 0.
• si λp ‰ 0, λ2p qpvp q ą 0,
p´1
˜p´1 ¸
ÿ ÿ
• si λ “ 0, λk vk ‰ 0 donc, par hypothèse de récurrence, q λ k vk ą 0.
k“1 k“1
Remarque 5.7.5. Si tv1 , . . . , vp u est une famille libre et φ-orthogonale de E telle que pour tout
k P t1, . . . , pu, qpvk q ă 0 ô p´qqpek q ą 0, alors pour tout v P Vecttv1 , . . . , vp u, p´qqpvq ě 0 ô
qpvq ď 0, et, si v ‰ 0E , p´qqpvq ą 0 ô qpvq ă 0.
Le théorème ci-dessous définit la notion de “signature” d’une forme bilinéaire symétrique
sur R :
Démonstration. Soit B 1 “ te11 , . . . , e1n u une autre base φ-orthogonale de E et notons r1 , resp. s1 ,
le nombre de coefficients strictement positifs, resp. strictement négatifs, de la matrice diagonale
MatfbB1 pφq.
Quitte à permuter les vecteurs de la base B, resp. B 1 , on peut supposer que pour tout
k P t1, . . . , ru, qpek q ą 0, resp. pour tout k P t1, . . . , r1 u, qpe1k q ą 0, et que pour tout l P
tr ` 1, . . . , nu, qpel q ď 0, resp. pour tout l P tr1 ` 1, . . . , nu, qpe1l q ď 0.
Notons ensuite F :“ Vectte1 , . . . , er u et G1 :“ Vectte1r1 `1 , . . . , e1n u. On a F X G1 “ t0E u : si
v P F X G1 et v ‰ 0E alors qpvq ą 0 et qpvq ď 0 par le lemme 5.7.4 et la remarque 5.7.5, ce qui
est impossible.
Ainsi, dimpF q ` dimpG1 q “ dimpF ‘ G1 q ď n (car F ‘ G1 est un sous-espace vectoriel de E.
Or dimpF q “ r et dimpG1 q “ n ´ r1 donc r ´ r1 ď 0. En échangeant les rôles de B et B 1 , on
obtient ensuite que r1 ´ r ď 0 et donc finalement r “ r1 .
Enfin, comme r ` s “ rgφ “ r1 ` s1 (par la proposition 5.5.6), on a également s “ s1 .
Exemple 5.7.7. La signature de la forme bilinéaire symétrique de l’exemple 5.6.5 1. est p2, 1q
Notons pr, sq la signature de la forme bilinéaire symétrique φ.
• Si φ est positive alors, pour tout k P t1, . . . , nu, ak “ qpek q ě 0 i.e. aucun des coefficients
diagonaux de Matfb B pφq n’est strictement négatif i.e. s “ 0.
Réciproquement, si s “ 0, on a, pour tout k P t1, . . . , nu, ak ě 0 et donc, pour tout v P E,
qpvq ě 0.
• La signature de la forme bilinéaire symétrique ´φ est le couple ps, rq, et φ est négative
ssi ´φ est positive ssi r “ 0.
6.1 Introduction
La dualité linéaire est la théorie des formes linéaires sur un espace vectoriel, c’est-à-dire,
pour K un corps commutatif quelconque, la théorie des applications linéaires E Ñ K où E
est un espace vectoriel sur K. On peut également voir la dualité linéaire comme la théorie des
équations linéaires sur un espace vectoriel. En particulier, cette théorie nous donne une cor-
respondance explicite entre les sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel E et les systèmes
d’équations linéaires sur E. La dualité linéaire nous fournit également une interprétation vec-
torielle de l’opération de transposition sur les matrices.
Définition 6.2.1. On appelle forme linéaire sur E toute application linéaire de E dans K.
L’ensemble des formes linéaires sur E est appelé espace dual de E et noté E ˚ .
R3 Ñ R
Exemple 6.2.2 (exemple “fil rouge”). L’application φ : est une
px, y, zq ÞÑ 2x ` 3y ´ 5z
forme linéaire sur R3 .
Remarque 6.2.3. ‚ E ˚ “ LpE, Kq est un espace vectoriel sur K.
‚ Si E est de dimension finie n P Nzt0u ¨ B “ te1 , . . . , en u est une base de E, alors, pour
et si ˛
x1
tout vecteur v de E de coordonnées ˝ ... ‚ dans la base B et toute forme linéaire φ de
˚ ‹
xn
145
146 CHAPITRE 6. ANNEXE : DUALITÉ LINÉAIRE
E ˚ , on a
φpvq “ φpx1 e1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn en q
“ x1 lo
φpe
omo1oqn ` ¨ ¨ ¨ ` xn lo
φpe
omonoqn
PK PK
¨ ˛
x1
“ pφpe1 q ¨ ¨ ¨ φpen qq ˝ ... ‚
˚ ‹
xn
Exemple 6.2.4 (suite de l’exemple “fil rouge”). Pour tout vecteur px, y, zq de R3 , on a
¨ ˛
x
φpx, y, zq “ p2 3 ´ 5q y ‚
˝
z
Définition 6.2.5. Soit φ P E ˚ une forme linéaire sur E non identiquement nulle. On appelle
hyperplan de E déterminé par φ le sous-espace vectoriel Ker φ de E.
Exemple 6.2.6 (suite de l’exemple “fil rouge”). L’hyperplan de R3 déterminé par φ est le sous-
espace vectoriel px, y, zq P R3 | 2x ` 3y ´ 5y “ 0 de R3 .
␣ (
L’appellation “hyperplan” est justifiée par le fait que, si E est de dimension finie n P Nzt0u,
l’hyperplan déterminée par une forme linéaire sur E non identiquement nulle est effectivement
un sous-espace vectoriel de E de dimension n ´ 1. Nous allons montrer ce fait ci-dessous, ainsi
que sa réciproque :
φpe
omo1oqn x1 ` ¨ ¨ ¨ ` lo
lo φpe
omonoqn xn “ 0
PK PK
¨ ˛
x1
˚ .. ‹
en les coordonnées ˝ . ‚ dans la base B.
xn
Réciproquement, à tout sous-espace vectoriel H de E caractérisé par une équation linéaire
a1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` an xn “ 0
E Ñ K
φ: ,
x1 e1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn en ÞÑ a1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` an xn
et alors H “ Ker φ.
On obtient ainsi une “correspondance” entre l’espace dual E ˚ de E et les équations linéaires
en les coordonnées dans la base B. A noter que l’espace des solutions d’un système d’équations
linéaires peut être vu comme une intersection d’hyperplans.
La famille te˚1 , . . . , e˚n u de E ˚ est une base de E ˚ , appelée base duale de B. On la note B ˚ .
Démonstration. Soit i P t1, . . ¨
. , nu.˛Commençons par remarquer que, par définition, si v est un
x1
˚ .. ‹
vecteur de E de coordonnées ˝ . ‚ dans la base B,
xn
autrement dit e˚i associe à tout vecteur v de E sa ième coordonnée dans la base B.
148 CHAPITRE 6. ANNEXE : DUALITÉ LINÉAIRE
A présent, montrons que la famille te˚1 , . . . , e˚n u de E ˚ est libre : soient λ1 , . . . , λn P K tels
que λ1 e˚1 ` . . . ` λn e˚n soit la forme linéaire nulle, i.e., pour tout vecteur v de E, λ1 e˚1 pvq ` . . . `
λn e˚n pvq “ 0. En particulier, pour tout j P t1, . . . , nu, 0 “ λ1 e˚1 pej q ` . . . ` λn e˚n pej q “ λj et la
famille te˚1 , . . . , e˚n u de E ˚ est donc libre.
Montrons ensuite que ¨ la ˛famille te˚1 , . . . , e˚n u engendre E ˚ . Soit donc φ P E ˚ , et soit v un
x1
˚ .. ‹
vecteur de coordonnées ˝ . ‚ dans la base B. On a alors
xn
˚ ˚
φpvq “ φpx1 e1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn en q “ lo
φpe
omo1oqn x1 ` ¨ ¨ ¨ ` lo
φpe
omonoqn xn “ φpe1 qe1 pvq ` ¨ ¨ ¨ ` φpen qen pvq.
PK PK
Ainsi, φ “ φpe1 qe˚1 ` ¨ ¨ ¨ ` φpen qe˚n P Vectte˚1 , . . . , e˚n u et la famille te˚1 , . . . , e˚n u est donc géné-
ratrice de E ˚ .
‚ E et E ˚ étant deux espaces vectoriels de même dimension finie, ils sont isomorphes.
Cependant, en général, ils ne le sont pas de façon “canonique” : un isomorphisme entre
ces deux espaces vectoriels dépend, en général, d’un choix de bases pour E et E ˚ .
Exemple 6.3.3. Si B “ te1 , . . . , en u est la base canonique de Kn , pour tout i P t1, . . . , nu, e˚i est
la forme linéaire
Kn Ñ K
e˚i :
px1 , . . . , xn q ÞÑ xi
Exemple 6.3.4. On considère la base B “ te1 , e2 , e3 u de R3 formé par les vecteurs e1 :“ p1, 1, 1q,
e2 :“ p1, 0, ´1q et e3 :“ p0, 1, 1q. Déterminons la base duale B ˚ de B : précisément, nous allons
déterminer les expressions des formes linéaires e˚1 , e˚2 et e˚3 sur R3 .
On cherche a, b, c P R tels que, pour tout px1 , x2 , x3 q P R3 , e˚1 px1 , x2 , x3 q “ ax1 ` bx2 ` cx3 .
Or
$ $ $
˚
&e1 pe1 q “ 1
’ &a ` b ` c “ 1
’ &a “ 1
’
˚
e1 pe2 q “ 0 ô a ´ c “ 0 ô b “ ´1
’
% ˚ ’ ’
e1 pe3 q “ 0 b`c“0 c“1
% %
R3 Ñ R
e˚1 :
px1 , x2 , x3 q ÞÑ x1 ´ x2 ` x3
6.3. BASE DUALE 149
Enfin, on cherche a, b, c P R tels que, pour tout px1 , x2 , x3 q P R3 , e˚3 px1 , x2 , x3 q “ ax1 `
bx2 ` cx3 . Or $ $ $
’e˚3 pe1 q “ 0
& &a ` b ` c “ 0
’ &a “ ´1
’
˚
e3 pe2 q “ 0 ô a ´c“0 ô b“2
’
% ˚ ’ ’
e3 pe3 q “ 1 b`c“1 c “ ´1
% %
R3 Ñ R
e˚3 :
px1 , x2 , x3 q ÞÑ ´x1 ` 2x2 ´ x3
Remarque 6.3.5. Attention : parler de “dual d’un vecteur” n’a pas de sens. Si B1 et B2 sont
deux bases de E et v est un vecteur de E appartenant à chacune de ces deux bases, les vecteurs
“v ˚ ” dans B1˚ et “v ˚ ” dans B2˚ sont a priori différents (on devrait écrire v ˚B1 , respectivement
v ˚B2 ).
Reprenons les vecteurs e1 “ p1, 1, 1q et e2 “ p1, 0, ´1q de R3 de l’exemple précédent mais
posons cette fois v3 :“ p1, 0, 0q. La famille B 1 :“ te1 , e2 , v3 u est également une base de R3 .
Déterminons les formes linéaires de la base duale B 1 ˚ de B 1 : on cherche a, b, c P R tels que,
pour tout px1 , x2 , x3 q P R3 , e˚1 px1 , x2 , x3 q “ ax1 ` bx2 ` cx3 . Or
$ $ $
˚
&e1 pe1 q “ 1
’ &a ` b ` c “ 1
’ &a “ 0
’
e˚1 pe2 q “ 0 ô a ´c“0 ô b“1
’
% ˚ ’ ’
e1 pv3 q “ 0 a “0 c“0
% %
R3 Ñ R
v3˚ :
px1 , x2 , x3 q ÞÑ x1 ´ 2x2 ` x3
˚ ˚
On remarque ainsi que e2 B “ e˚2 B mais que e1 B ‰ e˚1 B . A noter également que, même si v3 est le
1 1
˚ 1 R3 Ñ R
troisième vecteur de la base canonique de R3 , v3 B n’est pas l’application .
px1 , x2 , x3 q ÞÑ x3
Dans la suite, B “ te1 , . . . , en u désignera une base de E.
ÿn
Proposition 6.3.6. 1. Pour toute forme linéaire φ P E ˚ , φ “ φpei qe˚i , autrement dit φ
¨ ˛ i“1
φpe1 q
a pour coordonnées ˝ ... ‚ dans la base duale B ˚ de B.
˚ ‹
φpen q
¨ ˚ ˛
n e1 pvq
ÿ
˚ ˚ .. ‹
2. Pour tout vecteur v P E, v “ ej pvqej , autrement dit v a pour coordonnées ˝ . ‚
j“1 e˚n pvq
dans la base B.
Démonstration. 1. Soit φ P E ˚ . Comme B ˚ est une base de E ˚ , il existe λ1 , . . . , λn P K
ÿn n
ÿ
(uniques) tels que φ “ λi e˚i . Si j P t1, . . . , nu, on a alors φpej q “ λi e˚i pej q “ λj , et
i“1 i“1
n
ÿ
donc φ “ φpei qe˚i .
i“1
Remarque 6.3.7. Cela peut constituer un moyen “efficace” de déterminer les coordonnées d’une
forme linéaire dans une base duale donnée, resp. (“respectivement”) d’un vecteur dans une base
donnée.
6.4. ASPECTS MATRICIELS 151
R3 Ñ R
Exemple 6.3.8. ‚ ăReprenons la forme linéaire φ : de
px1 , x2 , x3 q ÞÑ 2x1 ` 3x2 ´ 5x3
l’exemple fil rouge et déterminons ses coordonnées dans la base duale B ˚ de l’exemple
6.3.4. On a φpe1 q “ 0, φpe2 q “ 7, φpe3 q “ ´2 et donc φ “ 7e˚2 ´ 2e˚3 . Remarquons que
l’on n’a pas besoin de l’expression des formes linéaires de la base duale pour déterminer
les coordonnées de φ dans celle-ci (les expressions obtenues dans l’exemple 6.3.4 nous
permettent cependant de vérifier que la décomposition précédente est bien correcte).
‚ Si l’on considère le vecteur v “ p3, ´4, 1q de R3 , on obtient ses coordonnées dans la base
B de l’exemple 6.3.4 en calculant e˚1 pvq “ 8, e˚2 pvq “ ´5 et e˚3 pvq “ ´12. On a donc
v “ 8e1 ´ 5e2 ´ 12e3 .
La proposition 6.3.6 nous permet également de montrer de l’opération qui à toute base de
E associe sa base duale est injective. Nous montrerons sa surjectivité dans la section suivante.
Ainsi B “ B 1 .
Remarque 6.3.10. Comme, sur l’espace vectoriel de dimension finie E ˚ , on a accès à des bases,
on peut utiliser les outils matriciels pour étudier les formes linéaires de E ˚ .
A présent, nous allons nous intéresser au changement de base pour les bases duales : préci-
sément, soit B 1 “ tf1 , . . . , fn u une autre base de E, on peut calculer la matrice de passage de
la base duale B ˚ à la base duale B 1 ˚ à partir de la matrice de passage de la base B à la base B 1 .
Proposition 6.4.1. On a
PB˚ ÑB1 ˚ “ tPBÑB1 ´1 “ tPB1 ÑB
n
ÿ
Or qk i pk j est justement le coefficient situé sur la ligne i et la colonne j de la matrice produit
k“1
t QP . Ainsi, on a bien In “ t QP i.e. Q “ tP ´1 i.e. PB˚ ÑB1 ˚ “ tPBÑB1 ´1 .
Corollaire et Définition 6.4.2. Pour toute base C de E ˚ , il existe une et une seule base B
de E telle que C “ B ˚ . On appelle B la base antéduale de C.
de sorte que les coordonnées des vecteurs de la base C dans la base B0˚ sont les mêmes que les
coordonnées des vecteurs de la base B ˚ dans la base B0˚ et donc C “ B ˚ .
R3 Ñ R
Exemple 6.4.3. On considère les formes linéaires φ1 : , φ2 :
px1 , x2 , x3 q Ñ x1 ` x2 ` x3
R3 Ñ R R3 Ñ R
et φ3 : sur R3 . La famille C “ tφ1 , φ2 , φ3 u
px1 , x2 , x3 q Ñ ´x1 ` x3 px1 , x2 , x3 q Ñ x2 ` x3
` ˘˚
est une base de R3 . Pour le voir, on écrit les coordonnées de φ1 , φ2 et φ3 dans la base duale
6.5. ANNULATEUR D’UN SOUS-ESPACE VECTORIEL ET CORRESPONDANCE DUALE153
B0˚ “ te˚1 , e˚2 , e˚3 u de la base canonique B0 “ te1 , e2 , e3 u de R3 : on a φ1 “ e˚1 ` e˚2 ` e˚3 ,
φ2 “ ´e˚1 ` e˚3 et φ3 “ e˚2 ` e˚3 , et la matrice
¨ ˛
1 ´1 0
P :“ ˝1 0 1‚
1 1 1
dont les colonnes sont les coordonnées de φ1 , φ2 et φ3 dans la base B ˚ , est inversible.
On cherche maintenant à déterminer la base antéduale B “ tv1 , v2 , v3 u de la base C. On
procède comme dans la démonstration précédente : la matrice P ci-dessus est la matrice de
passage de B0˚ à C et la matrice de passage de la base B0 à la base B est alors la matrice tP ´1 .
On obtient ¨ ˛
1 0 ´1
t ´1
P “ ˝´1 ´1 2 ‚
1 1 ´1
et on a donc v1 “ e1 ´ e2 ` e3 “ p1, ´1, 1q, v2 “ ´e2 ` e3 “ p0, ´1, 1q et v3 “ ´e1 ` 2e2 ´ e3 “
p´1, 2, ´1q.
Définition 6.5.1. ‚ L’ensemble, noté F 0 , des formes linéaires de E ˚ qui s’annulent sur F
est appelé annulateur de F .
‚ L’ensemble, noté W 0 , des vecteurs de E qui sont annulés par toutes les formes linéaires
de W est appelé annulateur de W .
et φ appartient donc à F 0 .
et v appartient donc à W 0 .
Proposition 6.5.3. On a
` ˘0 ˘0
2. F 0 “ F et W 0 “ W .
`
‚ Soit i P tp ` 1, . . . , nu, alors vi˚ P F 0 car, pour tout j P t1, . . . , pu, vi˚ pvj q “ 0 (i ‰ j)
et les vecteurs v1 , . . . , vp engendrent F .
6.5. ANNULATEUR D’UN SOUS-ESPACE VECTORIEL ET CORRESPONDANCE DUALE155
‚ Soit j P tq`1, . . . , nu, alors vj P W 0 car, pour tout i P t1, . . . , qu, φi pvj q “ vi˚ pvj q “ 0
(i ‰ j) et les vecteurs φ1 , . . . , φq engendrent W .
‚ La famille tvq`1 , . . . , vn u de E est libre comme sous-famille de la base B.
‚ De plus, elle engendre W 0 : en effet, soit v P W 0 , alors, d’après la proposition 6.3.6
ii),
` ˘0
2. Des deux égalités démontrées précédemment, on déduit la double inclusion F 0 “ F :
` ˘0
on a F Ă F 0 (car si v P F et φ P F 0 alors φpvq “ 0) et
´` ˘ ¯
0
dim F 0 “ dimpEq ´ dim F 0 “ dimpEq ´ pdimpEq ´ dimpF qq “ dimpF q.
` ˘
˘0 ˘0
De même, W 0 “ W car W Ă W 0 (si φ P W et v P W 0 alors φpvq “ 0) et
` `
´` ˘0 ¯
dim W 0 “ dimpEq ´ dim W 0 “ dimpEq ´ pdimpEq ´ dimpW qq “ dimpW q.
` ˘
Exemple 6.5.4. Soit F le sous-espace vectoriel de R3 engendré par le vecteur v1 “ p1, 1, 1q.
On note v2 le vecteur p1, 0, ´1q et v3 le vecteur p0, 1, 1q, puis on complète la famille libre
tv1 u de R3 en la base B “ tv1 , v2 , v3 u (voir également exemple 6.3.4). On considère ensuite
la base duale B ˚ “ tv1˚ , v2˚ , v3˚ u et, d’après ce que l’on a vu dans la démonstration précédente,
R3 Ñ R
F 0 “ Vect tv2˚ , v3˚ u. L’expression de v2˚ sur R3 est v2˚ : et l’expression
px1 , x2 , x3 q ÞÑ x2 ´ x3
R3 Ñ R
de v3˚ sur R3 est v3˚ : . Ainsi
px1 , x2 , x3 q ÞÑ ´x1 ` 2x2 ´ x3
` ˘0
F “ F0 “ px1 , x2 , x3 q P R3 | v2˚ px1 , x2 , x3 q “ 0, v3˚ px1 , x2 , x3 q “ 0
␣ (
Une méthode analogue permet d’obtenir, à partir d’une description de F comme ensemble
des solutions d’un système d’équations linéaires linéairement indépendantes, une base de F :
Exemple 6.5.5. Notons B0 “ te1 , e2 , e3 u la base canonique de R3 et considérons les formes
˚
linéaires φ1 “ e˚1 ` e˚2 ` e˚3 et φ2 “ ´e˚1 ` e˚3 sur R3 . On note W :“ Vecttφ1 , φ2 u Ă R3 et (on
cherche à déterminer une base de W 0 “ px1 , x2 , x3 q P R3 | x1 ` x2 ` x3 “ 0, ´x1 ` x3 “ 0 .
␣
Tout d’abord, remarquons que les formes linéaires φ1 et φ2 sont linéairement indépendantes :
on peut par exemple constituer la matrice dont les colonnes sont les coordonnées de φ1 et φ2
dans la base B0˚ et montrer qu’elle est bien de rang 2. On note ` 3ensuite
˘˚ φ3 :“ e˚2 ` e˚3 et on
complète la famille libre tφ1 , φ2 u en la base C :“ tφ1 , φ2 u de R . D’après l’exemple 6.4.3,
la base préduale de C est la base B “ tp1, ´1, 1q, p0, ´1, 1q, p´1, 2, ´1qu de R3 et, d’après la
démonstration de la proposition 6.5.3, W 0 “ Vecttp´1, 2, ´1qu.
Remarque 6.5.6. On a t0E u0 “ E ˚ , E 0 “ t0E ˚ u, t0E ˚ u0 “ E et pE ˚ q0 “ t0E u.
t F ˚ Ñ E˚
f:
φ ÞÑ φ ˝ f
Les propriétés de base de la transposée d’une application linéaire sont réunies dans la
proposition suivante :
t
pIdE q pφq “ φ ˝ IdE “ φ “ IdE˚ pφq.
2. Pour tout φ P F ˚ , on a
t
pλf ` µgq pφq “ φ ˝ pf ` gq “ φ ˝ f ` φ ˝ g “ tf pφq ` tgpφq “ tf ` tg pφq.
` ˘
3. Pour tout φ P G˚ , on a
t
pg ˝ f q pφq “ φ ˝ pg ˝ f q “ pφ ˝ gq ˝ f “ tgpφq ˝ f “ tf tgpφq “ tf ˝ tg pφq.
` ˘ ` ˘
Proposition 6.6.4. On suppose que les espaces vectoriels E et F sont tous deux de dimension
finie. Soient alors B “ te1 , . . . , en u une base de E et C “ tv1 , . . . , vm u une base de F , et soit
f P LpE, F q. On a
MatC ˚ ,B˚ tf “ t MatB,C pf q,
` ˘
autrement dit la matrice de la transposée tf de f dans les bases duales C ˚ et B ˚ est la transposée
de la matrice de f dans les bases B et C, ou encore, symétriquement, la transposée de la matrice
de f dans les bases B et C est la matrice de la transposée tf de f dans les bases duales C ˚ et
B˚ .
158 CHAPITRE 6. ANNEXE : DUALITÉ LINÉAIRE
n
ÿ
t
vj˚ vj˚omo vj˚ ˝ f pei qe˚i ăpar la proposition 6.3.6, 1.
` ˘
f “ lo ˝ ofn “
i“1
PE ˚
n
ÿ
“ vj˚ pf pei qq e˚i
i“1
˜ ¸
ÿn m
ÿ
“ vj˚ ak i vk e˚i
i“1 k“1
ÿn ÿm
“ ak i vj˚ pvk qe˚i
i“1 k“1
ÿn
“ aj i e˚i
i“1
Remarque 6.6.5. Ce résultat est également à mettre en lien avec la propriété 6.4.1 concernant la
matrice de passage d’une base duale à une autre : si B et B 1 sont deux bases d’un espace vectoriel
de dimension finie E, la matrice de passage PBÑB1 est la matrice MatB1 ,B pIdE q de l’identité
de E dans les bases B 1 et B, et la transposée de cette matrice est, d’après les propositions
précédentes, la matrice MatB˚ ,B1 ˚ pIdE ˚ q, i.e. la matrice de passage PB1 ˚ ÑB˚ . Autrement dit,
tP ´1
“ tPBÑB1 ´1 “ tPB1 ÑB .
BÑB1 “ PB1 ˚ ÑB˚ et donc, de façon équivalente, PB˚ ÑB1 ˚ “ PB1 ˚ ÑB˚
6.7 Bidual
Soit E un espace vectoriel sur K. Son dual E ˚ est également un espace vectoriel sur K : on
peut donc aussi considérer son dual que l’on note E ˚˚ . On a alors, par définition,
On a vu qu’un espace vectoriel de dimension finie est isomorphe à son dual et donc, comme
le dual est isomorphe à son propre dual, à son bidual. Néanmoins, comme on l’a dit plus haut, on
ne dispose pas, en général, d’isomorphisme “canonique” entre un espace vectoriel de dimension
finie et son dual. Une propriété remarquable du bidual est que, en dimension finie, tout espace
vectoriel est canoniquement isomorphe à son bidual :
6.7. BIDUAL 159
Proposition 6.7.2. On suppose que E est de dimension finie. Alors E est canoniquement
isomorphe à son bidual E ˚˚ , i.e. on peut construire un isomorphisme linéaire de E sur E ˚˚
sans faire appel à des choix de bases.
E˚ Ñ K
Démonstration. Pour v P E, définissons tout d’abord l’application Φv : (l’ap-
φ ÞÑ φpvq
plication d’“évaluation” des formes linéaires sur E en le vecteur v). Pour tout v P E, l’applica-
tion Φv est linéaire : si φ, ψ P E ˚ et λ, µ P K,
Φv pλφ ` µψq “ pλφ ` µψq pvq “ λφpvq ` µψpvq “ λΦv pφq ` µΦv pψq.
E Ñ E ˚˚
Φ:
v Ñ Φv