10/09/2025 15:58 Polynômes | Mathraining
Théorie > Algèbre > Polynômes
Définition et divisibilité
Anneaux et corps
Avant de parler de polynômes, nous faisons un petit détour par la définition
d'anneau. Celle-ci peut a priori sembler compliquée, mais l'idée est en fait assez
simple : il s'agit d'un ensemble A muni d'une opération d'addition + et une
opération de multiplication ⋅ vérifiant des propriétés naturelles. Par exemple,
nous verrons que R et Z sont des anneaux. Il n'est pas important de réellement
maîtriser cette notion pour passer à la suite : le tout est de comprendre l'idée.
Voici tout de même la définition rigoureuse : un anneau est un ensemble A muni
de deux opérations binaires : l'addition notée + et la multiplication notée ⋅,
celles-ci devant vérifier les propriétés suivantes :
L'addition est associative (c'est-à-dire (a + b) + c = a + (b + c) ) ;
L'addition est commutative (c'est-à-dire a + b = b + a ) ;
Il existe un zéro (c'est-à-dire un nombre noté 0 tel que 0 + a = a pour tout
a ∈ A) ;
Tout élément de A possède un opposé (c'est-à-dire que pour tout a ∈ A , il
existe b ∈ A tel que a + b = 0 : on note alors b = −a) ;
La multiplication est associative (c'est-à-dire (a ⋅ b) ⋅ c = a ⋅ (b ⋅ c)) ;
Il existe une unité (c'est-à-dire un nombre noté 1 tel que 1 ⋅ a = a ⋅ 1 = a
pour tout a ∈ A ) ;
La multiplication est distributive par rapport à l'addition (c'est-à-dire
a ⋅ (b + c) = a ⋅ b + a ⋅ c et (a + b) ⋅ c = a ⋅ c + b ⋅ c ).
On dit en plus que l'anneau est commutatif si la multiplication est commutative :
a ⋅ b = b ⋅ a.
Il y a donc beaucoup d'hypothèses pour avoir un anneau (commutatif), mais
celles-ci sont clairement vérifiées pour certaines structures que l'on connaît déjà.
Exemples :
1. (R, +, ⋅), c'est-à-dire l'ensemble des nombres réels muni de l'addition et de
la multiplication usuelle, est un anneau commutatif.
2. (Q, +, ⋅) et (Z, +, ⋅) sont également des anneaux commutatifs, mais ce
n'est pas le cas de (N, +, ⋅) car les nombres entiers positifs n'ont pas
d'opposé dans N.
3. (C, +, ⋅), c'est-à-dire l'ensemble des nombres complexes avec l'addition et
la multiplication usuelle, est un anneau commutatif.
4. Si on note Z/nZ = {0, 1, … , n − 1} et que l'on considère la somme et le
produit modulo n, c'est-à-dire la somme et le produit usuel après lesquels on
prend le reste de la division par n (voir les chapitres de théorie des
nombres), alors (Z/nZ, +, ⋅) est un anneau commutatif.
Un corps est enfin un anneau vérifiant une condition supplémentaire : il faut que
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tout élément non-nul possède un inverse, c'est-à-dire que pour tout
a ∈ A, a ≠ 0 , il existe un certain b ∈ A tel que a ⋅ b = 1. Parmi nos exemples,
(R, +, ⋅), (C, +, ⋅) et (Q, +, ⋅) sont des corps puisque chaque élément non nul
possède un inverse, mais ce n'est par contre pas le cas de (Z, +, ⋅) car le nombre
, par exemple n'a pas d'inverse ( 2 n'est pas un nombre entier).
1
2
Polynômes
Étant donné un anneau commutatif A , nous allons maintenant définir la notion
de polynôme sur A . Nous considérerons donc toujours dorénavant être en
présence d'un anneau commutatif A , mais le lecteur non familier avec les
anneaux doit simplement penser à A = R pour se faciliter la lecture, à moins
que le contraire ne soit mentionné.
Un polynôme sur A est une expression du type
n n−1
P (x) = cn x + cn−1 x + … + c1 x + c0 ,
où n ∈ N et c0 , c1 , … , cn ∈ A. Ces éléments sont appelés les coefficients du
polynôme; en particulier c0 est appelé terme indépendant. L'élément x est
quant à lui la variable. L'ensemble des polynômes sur A est noté A[x] .
Le degré du polynôme est le plus grand m tel que x m apparaît dans l'expression
du polynôme. Dans l'expression précédente, le polynôme P est donc de degré n
pourvu que cn ≠ 0 , et le coefficient cn est dans ce cas appelé coefficient
dominant du polynôme. Si cn = 1 , ce qui arrive en pratique souvent, le
polynôme est dit unitaire.
Remarque : Par convention, le degré du polynôme nul P (x) = 0 est égal à −∞.
Exemple : Le polynôme x 3 − x + 3 de Z[x] est de degré 3. Son terme
indépendant est 3, alors que son coefficient dominant est 1 : il s'agit donc d'un
polynôme unitaire.
On peut additionner et multiplier des polynômes en utilisant les règles
habituelles. En fait, on peut se rendre compte que (A[x], +, ⋅) est lui-même un
anneau commutatif, où + et ⋅ sont l'addition et la multiplication des polynômes.
Exemple : On a (x 2 + 1) + (x + 2) = x
2
+ x + 3 et
(x
2
+ 1) ⋅ (x + 2) = x
3
+ 2x
2
+ x + 2 .
Divisibilité
Comme pour les nombres entiers, on peut dire qu'un polynôme en divise un
autre. On dit en fait simplement que Q divise P (ou que P est un multiple de Q)
s'il existe un autre polynôme R tel que
P = Q ⋅ R.
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Si l'anneau commutatif A sur lequel on considère nos polynômes est en
particulier un corps, alors on peut aussi parler du plus grand commun diviseur de
deux polynômes P1 et P2 . En effet, il existe dans ce contexte un unique
polynôme unitaire D tel que D divise P1 et P2 et tel que si un autre polynôme
divise P1 et P2 , alors il divise D.
Deux polynômes sont alors dits premiers entre eux si leur plus grand commun
diviseur est le polynôme D = 1.
Exemple : Les polynômes x 2 − 1 et x 2 + 2x + 1 ont pour plus grand commun
diviseur le polynôme x + 1. En effet, on vérifie facilement qu'il divise les deux
polynômes et que c'est "le plus grand" diviseur.
Si on est en présence de deux polynômes P et Q sur K [x] où K est un corps
commutatif et qu'on désire faire la division euclidienne de P par Q, c'est-à-dire
trouver des polynômes D et R tels que
P = D ⋅ Q + R,
avec deg R < deg Q , alors on peut utiliser une méthode très similaire à celle
utilisée pour la division des nombres entiers, à l'aide de la méthode de la
"potence". Un exemple valant mieux qu'un long discours, on peut par exemple
diviser P (x) = x
4
− 3x
3
+ x + 1 par D(x) = x
2
− 2 comme suit :
4 3
x −3x +x +1 2
x − 2
4 2
x −2x 2
x − 3x + 2
3 2
−3x +2x +x +1
3
−3x +6x
2
2x −5x +1
2
2x −4
−5x +5
Au départ, on choisit x 2 car x 2 ⋅ (x
2
− 2) possède le même premier terme (x 4 )
que x 4 − 3x 3 + x + 1, puis on écrit le résultat de x 2 ⋅ (x 2 − 2) en dessous de
la première ligne et on la soustrait de celle-ci. On est alors en présence d'un
nouveau polynôme de plus petit degré : −3x 3 + 2x
2
+ x + 1 , et on
recommence la même opération. On choisit −3x de sorte que (−3x) ⋅ (x 2 − 2)
ait le même premier terme que ce nouveau polynôme, puis on soustrait le
résultat.
À la fin, on note Q(x) = x
2
− 3x + 2 et R(x) = −5x + 5 , et on a
P = D ⋅ Q + R,
c'est-à-dire dans notre exemple
4 3 2 2
x − 3x + x + 1 = (x − 2) ⋅ (x − 3x + 2) + (−5x + 5).
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Lorsque l'on désire trouver le plus grand commun diviseur de deux polynômes,
on peut utiliser l'algorithme d'Euclide (voir théorie des nombres). Celui-ci
s'applique exactement de la même façon, mis à part qu'il faut effectuer une
division (généralement avec potence) à chaque étape, ce qui alourdit
significativement le calcul.
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