Introduction aux Matrices et Applications Linéaires
Introduction aux Matrices et Applications Linéaires
François DE M ARÇAY
Institut de Mathématique d’Orsay
Université Paris-Saclay, France
1. Introduction
2. Étude d’un cas particuler éclairant
Considérons d’abord deux espaces vectoriels F et E, de dimensions respectives 2 et 3,
sur un même corps K. On pourra penser, pour fixer les idées, que K = R ou K = C.
Soient aussi :
f~1 , f~2
une base de F,
~e1 , ~e2 , ~e3 une base de E.
Considérons enfin une application linéaire f de F dans E :
f ∈ L F, E ,
c’est-à-dire :
f
F −→ E.
D’après un théorème qui a déjà été vu dans un chapitre qui précède, f est déterminée de
~ ~
images f (f1 ) et f (f2 ). Donnons-nous alors ces images par
façon unique dès que l’on fixe les
leurs coordonnées dans la base ~e1 , ~e2 , ~e3 de E :
f (f~1 ) = a1,1 ~e1 + a2,1 ~e2 + a3,1 ~e3 ,
f (f~2 ) = a1,2 ~e1 + a2,2 ~e2 + a3,2 ~e3 ,
où a1,1 , . . . , a3,2 sont certains nombres bien déterminés appartenant au corps K.
Pour tout vecteur ~x ∈ F , considérons ses coordonnées dans la base f~1 , f~2 :
~x = x1 f~1 + x2 f~2 .
x) =: ~y est un vecteur ~y ∈ E dont nous désignons par y1 , y2 , y3 les coordonnées
Son image f (~
dans la base ~e1 , ~e2 , ~e3 :
~y = y1 ~e1 + y2 ~e2 + y3 ~e3 .
Or on a aussi, puisque f est un homomorphisme linéaire :
~y = f (~x)
= x1 f (f~1 ) + x2 f (f~2 ).
En remplaçant alors f (f~1 ) et f (f~2 ) par les valeurs précédemment choisies, nous obtenons :
~y = x1 a1,1 ~e1 + a2,1 ~e2 + a3,1 ~e3 +
+ x2 a1,2 ~e1 + a2,2 ~e2 + a3,2 ~e3 ,
1
2 François DE M ARÇAY, Institut de Mathématique d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
f~1 , f~2
Terminologie 2.2. Ces relations se nomment équations de f par rapport à la base
de F et à la base ~e1 , ~e2 , ~e3 de E.
Ces équations sont caractérisées par les coefficients ai,j rangés sous forme d’un tableau :
a1,1 a1,2 16j62 colonnes
a2,1 a2,2 = ai,j .
16i63 lignes
a3,1 a3,2
Terminologie 2.3. Un tel tableau se nomme matrice à 3 lignes et à 2 colonnes. Ses éléments
ai,j se nomment termes ou entrées de la matrice.
Convention 2.4. Dans ai,j , le premier indice i concernera toujours 1 les lignes, et le
deuxième indice j concerne toujours les colonnes.
Mais les lettres peuvent changer ! On pourra aussi écrire parfois :
16i62 colonnes
aj,i .
16j63 lignes
f~1 , . . . , f~n
BF = BE = ~e1 , . . . , ~em
f
F / E
x1 , . . . , x n y1 , . . . , ym
1 6 j 6 n 1 6 i 6 m
n
X m
xj f~j
X
~x = ~y = yi ~ei .
j=1 i=1
Il faut bien faire la différence entre les vecteurs f~j , ~x, ~ei , ~y qui appartiennent à des espaces
vectoriels et les coordonnées xj , yi qui sont des nombres scalaires appartenant au corps K.
Ensuite, prenons une application linéaire de F dans E :
f ∈ L (F, E).
Nous savons que f est déterminée de façon unique dès que l’on fixe les images :
des vecteurs de la base BF de F . Donnons-nous alors ces images par leurs coordonnées dans
la base BE de E :
(3.3) ∀ 1 6 j 6 n: f (f~j ) = a1,j ~e1 + a2,j ~e2 + · · · + am,j ~em .
Il y a donc n relations (3.3), que l’on peut écrire, d’une façon plus condensée :
m
X
f (f~j ) = ai,j ~ei (1 6 j 6 n).
i=1
Tout vecteur ~x ∈ E, mis sous la forme (3.1), est envoyé, par l’application linéaire f , sur
le vecteur de F suivant :
~y = f (~x) = x1 f (f~1 ) + · · · + xn f (f~n )
n
X
= xj f (f~j ).
j=1
Nous avons ainsi obtenu les coordonnées (y1 , . . . , ym ) du vecteur ~y = f (~x) dans la base BE
de E, ce qui s’écrit aussi de manière détaillée :
y1 = a1,1 x1 + a1,2 x2 + · · · + a1,n xn ,
y2 = a2,1 x1 + a2,2 x2 + · · · + a2,n xn ,
(3.5)
····································
ym = am,1 x1 + am,2 x2 + · · · + am,n xn .
Et avec la même chose en version anglaise pour ceux qui aiment les cours de langue Poly-
tech ! Et les bonnes couleurs flashy ! Welcome to London !
Observation 3.8. Pour tout indice 1 6 j 6 n, la colonne de rang j de cette matrice est
constituée par les coordonnées, dans la base BE de E, de l’image f (f~j ) du vecteur f~j de
rang j de la base BF de F :
a1,1 a1,2 · · · a1,n
a2,1 a2,2 · · · a2,n
ai,j = ... .. .. .
. . ···
am,1 am,2 · · · am,n
f (f~1 ) f (f~2 ) ··· f (f~n )
À partir de cette relation (3.4), on peut prouver que cette application f est linéaire ; si on
pose :
Xm
~`j := ai,j ~ej (1 6 j 6 n),
i=1
il est facile de voir que, pour tout indice j, on a ~`j = f (f~j ), et les relations (3.4) s’écrivent
alors : n
X
~y = f (~x) = xj ~`j ,
j=1
et, pour tous scalaires a et a0 , et tous vecteurs ~x et ~x 0 de E, on a :
Xn X n
a f (~x) + a0 f (~x 0 ) = a xj ~`j + a0 x0j ~`j
j=1 j=1
n
X
a xj + a0 x0j ~`j = f a ~x + a0 ~x 0 ,
=
j=1
Observons que la première colonne est constituée des coordonnées r(~i), et la seconde co-
lonne de celles de r(~j).
Un vecteur général ~x = x1 ~i + x2 ~j devient le vecteur r(~x) =: y1 ~i + y2 ~j défini par :
y1 = cos α · x1 − sin α · x2 ,
y2 = sin α · x1 + cos α · x2 .
Enfin, remarquons que toute rotation r de R2 est caractérisée par son angle de rotation α,
et ainsi, cette matrice Mat(r) est indépendante de la base orthonormée choisie.
xn
8 François DE M ARÇAY, Institut de Mathématique d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Pour caractériser f , il suffit par conséquent de préciser l’image f (1) par ses coordonnées
dans BE :
f (1) = a1 ~e1 + a2 ~e2 + · · · + am ~em .
La matrice associée à une telle application possède donc m lignes et 1 colonne :
a1
a2
Mat(f ) = ... .
am
Ainsi :
y1 = a1 x,
y1 a1
y2 = a2 x,
y2 a
. = .2 x ⇐⇒
.. .. ..
.
ym am
ym = am x.
Ici, rappelons que le premier indice i décrit les lignes, tandis que le second j décrit les
colonnes.
Soient f et f 0 deux applications linéaires de F dans E, rapportées à deux bases BF et
BE :
BF = f~1 , . . . , f~n ,
BE = ~e1 , . . . , ~em .
Soient aussi les deux matrices associées, dans ces bases, à f et à f 0 :
M (f ) = MatBF BE (f ) = ai,j ,
M (f 0 ) = MatBF BE (f 0 ) = a0i,j .
6. Espace vectoriel Mm,n (K) 9
Ceci justifie la
Définition 6.1. À tout couple ai,j et a0i,j de deux matrices de Mm,n (K), on associe une
matrice de Mm,n (K), nommée somme de ces matrices, noté et définie par :
ai,j + a0i,j := ai,j + a0i,j .
0
a1,1 a1,2 ··· a1,n a1,1 a01,2 · · · a01,n
a2,1 a2,2 ··· a2,n a02,1 a02,2 · · · a02,n
ai,j + a0i,j =
... .. .. .. + . .. ... ..
. . . .. . .
0 0 0
am,1 am,2 · · · am,n am,1 am,2 · · · am,n
a1,1 + a01,1 a1,2 + a01,2 · · · a1,n + a01,n
a2,1 + a02,1 a2,2 + a02,2 · · · a2,n + a02,n
= .. .. .. ..
. . . .
am,1 + a0m,1 am,2 + a0m,2 · · · am,n + a0m,n
Ainsi on a :
Mat(f ) + Mat(f 0 ) = Mat f + f 0 .
La bijection f 7−→ Mat(f ) de L (F, E) sur Mm,n (K) est un isomorphisme pour l’addition.
Par conséquent :
Lemme 6.2. Mm,n (K) est un groupe commutatif pour l’addition.
L’élément neutre est la matrice nulle, i.e. celle dont tous les m n éléments sont nuls, et on
la notera 0. L’opposé d’une matrice est tout simplement :
− ai,j := − ai,j .
Ensuite, définissons la multiplication des matrices par un scalaire. Soient donc :
f ∈ L (F, E) et λ ∈ K.
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Par conséquent,
la matrice associée à (λ f ) est simplement la matrice dont tous les m n
termes λ ai,j sont multipliés par λ, ce qui justifie la
Définition 6.3. À toute matrice ai,j de Mm,n(K) et à tout scalaire λ ∈ K, on associe une
matrice de Mm,n (K), nommée produit de ai,j par λ, notée et définie par :
16j6n colonnes
λ ai,j := λ ai,j .
16i6m lignes
g f &
G / F / E.
Dans le chapitre qui précède, nous avons vu qu’une telle composition préservait la linéarité :
g ∈ L (G, F ) et f ∈ L (F, E) =⇒ f ◦ g ∈ L (G, E).
Choisissons aussi trois bases quelconques de G, F , E :
BG = ~g1 , . . . , ~gp ,
BF = f~1 , . . . , f~n ,
BE = ~e1 , . . . , ~em .
Relativement aux deux paires de bases BG , BF et BF , BE , soient aussi les deux matrices de
ces deux applications linéaires :
16k6p colonnes 16j6n colonnes
Mat(g) = bj,k et Mat(f ) = ai,j .
16j6n lignes 16i6m lignes
Observons, car cela sera important, que le nombre n de lignes de Mat(g) est égal au nombre
n de colonnes de Mat(f ), puisque la balle vectorielle F de dimension n est au centre !
Avant de poursuivre, élaborons un diagramme synthétique qui nous fera office de GPS
dans cette forêt algébrique.
BF = f~1 , . . . , f~n
BG = ~g1 , . . . , ~gp BE = ~e1 , . . . , ~em
g f
G / F / E
u1 , . . . , un x1 , . . . , x n y1 , . . . , y m
1 6 k 6 p 1 6 j 6 n 1 6 i 6 m
p n
X m
xj f~j
X X
~u = uk ~gk ~x = ~y = yi ~ei .
k=1 j=1 i=1
On a évidemment :
Mat(f ) ∈ Mm,n (K) et Mat(g) ∈ Mn,p (K).
Dans la concaténation, l’entier n va disparaître :
(•)m,n (•)n,p = (•)m,p .
On a évidemment aussi :
Mat f ◦ g ∈ Mm,p (K).
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m
X
f (f~j ) = ai,j ~ei (1 6 j 6 n),
i=1
Xn
g(~gk ) = bj,k f~j (1 6 k 6 p),
j=1
n
X
bj,k f~j
f ◦ g (~gk ) = f g(~gk ) = f
j=1
n
X
= bj,k f (f~j )
j=1
Xn m
X
= bj,k ai,j ~ei ,
j=1 i=1
et ensuite, utilisons la commutativité de la sommation addition afin de réorganiser cette
double somme en regroupant les termes multiples de chaque vecteur ~ei :
m X
X n
f ◦ g (~gk ) = bj,k ai,j ~ei
i=1 j=1
Xm Xn
[α · β = β · α] = ai,j bj,k ~ei ,
i=1 j=1
| {z }
=: ci,k
et par conséquent, si nous posons comme cela vient d’être souligné par en-dessous :
n
X
ci,k := ai,j bj,k (1 6 i 6 m, 1 6 k 6 p),
j=1
nous obtenons une représentation adéquate de l’action de f ◦ g sur les vecteurs de la base BG
de G :
m
X
f ◦ g (~gk ) = ci,k ~ei (1 6 k 6 p),
i=1
ce qui nous permet de conclure que nous venons effectivement de calculer la matrice de cette
composée f ◦ g dans la paire de base(kets ?) BG , BE !
7. Multiplication des matrices 13
a
Par conséquent, la multiplication de matrices dans l’autre sens bj,k · ai,j n’a pas de
sens en général, y compris parce qu’il est absolument nécessaire d’avoir coïncidence des
nombres de colonnes et de lignes qui ont été soulignés dans l’encadré ci-dessus, sachant
qu’on n’a pas en général p = m.
a
Même lorsque p = m = n, cette multiplication de matrices n’est en général pas commu-
tative, comme le montre l’exemple :
0 1 1 1
A := et B := ,
1 0 0 0
0 1 1 1 0·1+1·0 0·1+1·0 0 0
A·B = = = ,
1 0 0 0 1·1+0·0 1·1+0·0 1 1
1 1 0 1 1·0+1·1 1·1+1·0 1 1
B·A = = = .
0 0 1 0 0·0+0·1 0·1+0·0 0 0
a
Aussi, bien qu’on parle de multiplication de matrices, l’analogie avec la multiplication
des nombres réels est plutôt trompeuse !
a
Il vaudrait mieux dire « composition » des matrices, puisqu’on compose des applications
linéaires.
Et comme elle est assez complète et complexe, il s’avère utile d’examiner d’autres illus-
trations plus simples qui permettront de se former les bonnes intuitions de la multiplication
entre matrices. Que doit faire l’étudiant ? Il doit étudier ! Alors on lui montre plein de figures
pour qu’il les étudie.
Oui, quelque chose se rabat de la verticale vers l’horizontale, afin de s’accoupler comme
deux ADNs : c’est cette intuition dynamique qu’il faut conserver en mémoire, la plus riche
d’entre toutes.
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Passons maintenant à des illustrations moins dynamiques, bien que présentées en cou-
leurs. Quand n = 1, un seul sapin à droite tombe au sol à gauche.
Voici encore de belles illustrations numériques. Exercice impératif : vérifier qu’il n’y a
pas d’erreur de calcul ! Une première :
Une deuxième :
Une troisième :
7. Multiplication des matrices 17
Sur le plan formel, c’est-à-dire quand les termes d’une matrice ne sont pas des nombres
entiers explicites, mais des lettres, la multiplication de deux matrices 2 × 2 est la suivante.
Observons ici dans un cadre formel général que le produit dans un sens, puis dans un
autre sens, de deux matrices 2 × 2 :
a b e f ae + bg af + bh
= ,
c d g h ce + dg cf + dh
e f a b ea + f c eb + f d
= ,
g h c d ga + hc gb + hd
ne peut donner le même résultat que lorsque les 4 équations suivantes sont satisfaites :
ae + bg = ea + f c, af + bh = eb + f d,
ce + dg = ga + hc, cf + dh = gb + hd,
et il est intuitivement clair que pour la plupart des choix possibles de nombres rationnels :
a, b, c, d, e, f, g, h ∈ Q,
ces quatre équations ne sont pas satisfaites, et ainsi, le produit entre les deux matrices cor-
respondantes n’est pas commutatif. Évidemment, en dimension n > 3, ce sera encore pire !
Il y aura encore moins de chances que le produit entre deux matrices quelconques soit com-
mutatif !
Or lorsqu’il s’agit de deux matrices 3 × 3, les choses se corsent. Voici ce qu’on écrivait
lors du précédent millénaire, à Chicago, avec une vraie machine à écrire, ses touches en
plomb, la cigarette entre les dents, et le gun à portée de main.
Voici le même produit dans un style plus contemporain, volé, lui aussi, sur internet, sans
vergogne, et qui a des couleurs plutôt discrètes.
18 François DE M ARÇAY, Institut de Mathématique d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Certaines fois, on peut multiplier des matrices dans les deux sens, par exemple une ma-
trice 3 × 2 que multiplie une matrice 2 × 3, ainsi que dans l’autre sens :
a1,1 a1,2
b1,1 b1,2 b1,3
A := a2,1 a2,2 , B := ,
b2,1 b2,2 b2,3
a3,1 a3,2
d’où :
a1,1 b1,1 + a1,2 b2,1 a1,1 b1,2 + a1,2 b2,2 a1,1 b1,3 + a1,2 b2,3
A · B = a2,1 b1,1 + a2,2 b2,1 a2,1 b1,2 + a2,2 b2,2 a2,1 b1,3 + a2,2 b2,3 ,
a3,1 b1,1 + a3,2 b2,1 a3,1 b1,2 + a3,2 b2,2 a3,1 b1,3 + a3,2 b2,3
b1,1 a1,1 + b1,2 a2,1 + b1,3 a3,1 b1,1 a1,2 + b1,2 a2,2 + b1,3 a3,2
B·A =
b2,1 a1,1 + b2,2 a2,1 + b2,3 a3,1 b2,1 a1,2 + b2,2 a2,2 + b2,3 a3,2
Et encore une :
et encore deux autres (on voit bien que le tout dernier a été volé ! « matriz » !) :
Voilà, une fois terminé cet interlude joyeux et fou, reprenons le chemin de la théorie
austère et froide, le dos courbé, la cervelle en surchauffe, et le stylo droit comme un I.
Par définition de la multiplication matricielle, on a :
Mat(f ) Mat(g) = Mat f ◦ g .
Maintenant, si H est un quatrième K-espace vectoriel de dimension finie q > 1, et si
h : H −→ G est une troisième application linéaire, de telle sorte qu’on a le diagramme :
g f
H
h / G / F / E,
le fait que la composition d’applications entre ensembles est associative :
f ◦g ◦h = f ◦ g◦h ,
implique immédiatement que la multiplication entre les matrices correspondantes est asso-
ciative :
ai,j · bj,k · ck,l = ai,j · bj,k · ck,` ,
20 François DE M ARÇAY, Institut de Mathématique d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
De plus, on déduit de propriétés déjà vues dans le chapitre qui précède que la multiplica-
tion matricielle est distributive, à gauche comme à droite, par rapport à l’addition matricielle.
Plus précisément, étant donné deux paires d’applications représentées par le diagramme :
g1 f1
G / F / E,
g2 f2
on a toujours :
f1 ◦ g1 + g2 = f1 ◦ g1 + f1 ◦ g2 ,
f1 + f2 ◦ g1 = f1 ◦ g1 + f2 ◦ g1 ,
et on en déduit que pour toutes matrices :
M1 , M2 ∈ Mm,n et M10 , M20 ∈ Mn,p ,
on a ladite distributivité :
M1 · M10 + M20 = M1 · M10 + M1 · M20 ,
Enfin, pour terminer cette section, revenons à l’écriture matricielle (3.5) des applications
linéaires :
Xn
yi = ai,j xj (1 6 i 6 m).
j=1
Comme nous l’avons implicitement anticipé, ces formules peuvent s’interpréter comme mul-
tiplication matricielle. En effet, introduisons les deux matrices colonnes :
x1 y1
x2 y2
X := ...
et Y := ... ,
xn ym
qui sont la matrice X des coordonnées du vecteur ~x dans la base BF de F , et la matrice Y
des coordonnées du vecteur ~y dans la base BE de E.
D’après la définition de la multiplication d’une matrice de Mm,n (K) par une matrice de
Mn,1 (K), les formules en question expriment que pour tout indice
1 6 i 6 m, la coordonnée
yi est le terme de la ligne i de la matrice produit de A := ai,j par X, et par conséquent, on
peut écrire ces m équations d’un seul bloc comme simple produit matriciel :
y1 a1,1 a2,1 · · · an,1 x1
y2 a a2,2 · · · an,2 x2
. = 1,2 . .. .. .. . .
.. .. . . . ..
ym a1,m a2,m · · · an,m xn
8. Anneau des matrices carrées d’ordre n 21
D’une façon condensée, nous pouvons aussi abréger le tout sous une forme :
Y = A · X,
qui est la traduction matricielle de la relation ~y = f (~x).
De même, l’application g : G −→ F , à savoir la relation ~x = g(~u), s’écrit sous forme
condensée :
X = B · U,
et sous forme de polystyrène expansé comme :
x1 b1,1 b1,2 · · · b1,p u1
x2 b2,1 b2,2 · · · b2,p u2
. = . .. ... .. . .
.. .. . . ..
xn bn,1 bn,2 · · · bn,p up
Observons avant de changer de section que la composition s’écrit en abrégé :
Y = A·X = A · B} · U,
| {z
=: C
c’est-à-dire avec tout le polystyrène qu’on aime et qu’on Dior-adore en se roulant dans le
pop-corn :
y1 a1,1 a2,1 · · · an,1 b1,1 b2,1 · · · bp,1 u1
y2 a1,2 a2,2 · · · an,2 b1,2 b2,2 · · · bp,2 u2
. = . .. .. .. . .. .. .. . .
.. .. . . . .. . . . ..
ym a1,m a2,m · · · an,m b1,n b2,n · · · bp,n up
| {z }
multiplication matricielle
Ici, les multiplications, comme les additions, sont des lois de composition internes, à
savoir on a :
f + g ∈ Mn (K),
f, g ∈ Mn (K) =⇒
f ◦ g ∈ Mn (K).
Or nous avons vu au chapitre précédent que L (E) est un anneau à élément unité. Par iso-
morphie, on peut donc énoncer le
Théorème 8.2. L’ensemble Mn (K) des matrices carrées d’ordre n sur K est un anneau à
élément unité.
Rappelons que nous avons, à deux reprises, insisté sur le fait que cet anneau n’est pas
commutatif.
L’élément unité de cet anneau n’est autre que la matrice qui correspond à l’application
identité :
Id : E −→ E
~x 7−→ ~x,
et dont la matrice est (exercice) :
1 0 ···
0 0
0 0 ···
1 0
0 1 ···
0 0 .
Mat(Id) := In :=
.
.. ..
.. . . ..
.
. . .
0 0 0 ··· 1
En ces termes, nous pouvons alors écrire la matrice identité sous forme très condensée :
1 0 ··· 0
0 1 ··· 0
In = δi,j = ... ... . . . ... .
0 0 ··· 1
Observation 9.2. Dans l’ensemble Mn (K) des matrices carrées de taille n × n, la matrice
identité est l’élément neutre pour la multiplication de matrices :
A · In = In · A = A (∀ A ∈ Mn (K)),
9. Matrices scalaires, diagonales et triangulaires 23
c’est-à-dire :
a1,1 a1,2 · · · a1,n 1 0 ··· 0 a1,1 a1,2 · · · a1,n
a2,1 a2,2 · · · a2,n 0 1 ··· 0 a2,1 a2,2 · · · a2,n
.
.. .. .. .. · . .. . . .. =
... .. .. .. ,
. . . .. . . . . . .
an,1 an,2 · · · an,n 0 0 ··· 1 an,1 an,2 · · · an,n
ainsi que :
1 0 ··· 0 a1,1 a1,2 · · · a1,n a1,1 a1,2 · · · a1,n
0 1 ··· 0 a2,1 a2,2 · · · a2,n a2,1 a2,2 · · · a2,n
. . .
.. .. . . .. · . .. ... .. =
... .. .. .. .
. .. . . . . .
0 0 ··· 1 an,1 an,2 · · · an,n an,1 an,2 · · · an,n
Introduisons maintenant les matrices scalaires. Comme précédemment, soit E un espace
vectoriel de dimension n > 1 sur un corps K. Soit λ ∈ K un scalaire fixé, et soit l’homothétie
de rapport λ :
f : ~x 7−→ λ ~x.
Choisissons aussi une base de E :
BE = ~e1 , . . . , ~en .
On a donc pour tout 1 6 i 6 n :
f (~ei ) = λ ~ei .
Dans la matrice associée Mat(f ), la colonne de rang i est constituée de zéros, sauf à la ligne
i où l’élément vaut λ.
Par conséquent, en introduisant les symboles de Kronecker, nous avons :
Mat(f ) = λ δi,j = λ In ,
ce qui s’écrit sous forme détaillée :
λ 0 ··· 0 1 0 ··· 0
0 λ ··· 0 0 1 ··· 0
Mat(f ) = ... ... . . . .. = λ
... .. . . .. .
. . . .
0 0 ··· λ 0 0 ··· 1
Terminologie 9.3. La matrice Mat(f ) ∈ Mn (K) d’une homothétie f = λ Id se nomme
matrice scalaire.
On peut vérifier que la matrice scalaire, associée à une homothétie de rapport λ, est indé-
pendante de la base BE choisie pour E.
Passons maintenant à des matrices un peu plus générales, au sens où leurs éléments non
nuls ne sont pas tous égaux à un même scalaire λ.
Définition 9.4. On appelle matrice diagonale toute matrice carrée dont tous les termes sont
nuls en dehors de la diagonale principale. L’ensemble de ces matrices sera noté :
Dn (K).
Si on se donne n éléments scalaires :
a1 , a2 . . . , an ∈ K,
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dont certains peuvent éventuellement être nuls, il leur correspond une matrice diagonale :
a1 0 · · · 0
0 a2 · · · 0
Diag a1 , a2 , . . . , an = ai δi,j = ... ... . . . ... .
0 0 ··· an
Les matrices scalaires sont alors des matrices diagonales (très) particulières dans lesquelles
tous les éléments diagonaux ai = λ avec 1 6 i 6 n sont égaux à un même et unique scalaire.
Observons qu’on peut tout aussi bien écrire en changeant ai 7−→ aj grâce à la symétrie
du symbole de Kronecker :
Diag a1 , a2 , . . . , an = aj δi,j .
Proposition 9.5. L’ensemble des matrices diagonales d’ordre n est un sous-anneau commu-
tatif de Mn (K).
Être un sous-anneau signifie être stable par l’addition et par la multiplication.
Démonstration. En effet, l’addition de deux matrices diagonales est clairement une matrice
diagonale :
ai δi,j + a0i δi,j = ai + a0i δi,j .
Ensuite, nous affirmons que le produit de deux matrices diagonales est encore une matrice
diagonale, ce que l’on peut représenter par l’équation complète :
a1 0 · · · 0 b1 0 · · · 0 a1 b 1 0 · · · 0
0 a2 · · · 0 0 b 2 · · · 0 0 a2 b 2 · · · 0
. . . . . . . . = . . . .. .
.. .. . . .. .. .. . . .. .. .. .. .
0 0 ··· an 0 0 ··· bn 0 0 ··· an b n
En effet, le calcul du produit de deux matrices diagonales quelconques :
Diag a1 , . . . , an · Diag b1 , . . . , bn = ai δi,j · bj δj,k
[bj ←→ bk ] = ai δi,j · bk δj,k
X n
[Définition !] = ai δi,j bk δj,k
j=1
n
X
= ai b k δi,j δj,k ,
j=1
fait apparaître une somme de produits de symboles de Kronecker, qu’il faut comprendre —
mais cela est facile !
Parmi les n symboles δi,1 , . . . , δi,i , . . . , δi,n dans cette somme, seul δi,i = 1 est non nul.
Par conséquent, dans la somme, il ne reste que le terme pour j = i, et en remplaçant alors
j := i dans le deuxième symbole de Kronecker, on obtient un réultat :
16k6n colonnes
Diag a1 , . . . , an · Diag b1 , . . . , bn = ai bk δi,k
16i6n lignes
= Diag a1 b1 , . . . , an bn ,
dans lequel un nouveau symbole de Kronecker fait bien voir une matrice diagonale.
9. Matrices scalaires, diagonales et triangulaires 25
Rappelons que cela signigie que l’ensemble des matrices triangulaires supérieures est
stable par addition et par multiplication.
Démonstration. Tout d’abord, étant donné deux matrices :
ai,j ∈ Tn (K) a0i,j ∈ Tn (K),
et
ce qui s’exprime par :
i > j =⇒ ai,j = 0 et a0i,j = 0 ,
il est clair que :
i > j =⇒ ai,j + a0i,j = 0 + 0 = 0,
ce qui établit la triangularité supérieure de la somme matricielle :
ai,j + a0i,j ∈ Tn (K).
Pour
ce qui est de la triangularité du produit de deux matrices triangulaires supérieures
ai,j et bj,k , regardons :
X n
ai,j · bj,k = ai,j bj,k =: ci,k .
j=1
dans le premier morceau, tous les termes s’annulent grâce à la première hypothèse que ai,j =
0 lorsque j < i, et dans le second morceau, tous les termes s’annulent aussi, car pour eux,
on voit que j > k, et l’autre hypothèse bj,k = 0 lorsque j > k s’applique !
Remarquons pour terminer que l’ensemble des matrices diagonales est un sous-anneau de
Tn (K).
Preuve. Il s’agit de vérifier que InvA est stable par multiplication et par inversion, et cela est
aisé.
En effet, puisque pour x ∈ InvA et y ∈ InvA , il existe des inverses x−1 ∈ A et y −1 ∈ A, si
nous calculons le produit :
x y y −1 x−1 = x y y −1 x−1 = x 1 x−1 = 1,
−1
nous constatons que xy ∈ InvA , avec de plus l’information que xy = y −1 x−1 .
Ensuite, il est clair (exercice mental) par définition que :
x ∈ InvA =⇒ x−1 ∈ InvA .
Ceci démontre bien que InvA est un groupe multiplicatif.
La multiplication entre matrices qui avait été notée jusqu’à présent avec un point (•) ·
(•) sera autorisée à être notée sans aucun signe mathématique, comme c’est le cas pour la
multiplication entre scalaires λ µ dans le corps de référence K.
Définition 10.3. On dit qu’une matrice M ∈ Mn (K) est inversible, ou régulière, lorsqu’il
existe une matrice de Mn (K), notée M −1 , telle que :
M M −1 = M −1 M = In .
Rappelons que l’on note L (E) ≡ L (E, E) l’anneau des endomorphismes d’un K-
espace vectoriel E de dimension n > 1 sur un corps K. Choisissons une base BE de E.
Dans la bijection vue à de nombreuses reprises :
L (E) −→ Mn (K)
f 7−→ Mat(f ),
entre f et sa matrice dans la base BE , l’application identité Id ∈ L (E) a pour correspondante
la matrice identité In . Ainsi, pour qu’une matrice M soit inversible, il faut et il suffit que son
application correspondante f = fM ∈ L (E) jouisse de la propriété analogue qu’il existe un
endomorphisme g ∈ L (E), tel que :
f ◦ g = g ◦ f = Id,
et on note :
g =: f −1 .
Ainsi, pour que f possède un inverse dans L (E), il faut et il suffit que f soit bijective.
Réciproquement, si f est bijective, alors f −1 existe en tant qu’application, et :
Mat(f ) · Mat f −1 = Mat f ◦ f −1 = Mat (Id) = In ,
Notation 10.5. Dans l’ensemble Mn (K) des matrices carrées d’ordre n > 1, le sous-
ensemble des matrices inversibles sera noté :
An (K).
Le groupe de ces matrices inversibles sera appelé groupe linéaire à n variables sur le corps
K, et il sera noté :
GLn (K).
où, pour des raisons notationnelles, nous avons permuté rigoureusement les lettres i et j à
la dernière ligne, afin d’obtenir par identification des coefficients des n vecteurs ~ei entre les
deux membres de l’équation obtenue les relations :
Xn
xi = ai,j x0j (1 6 i 6 n),
j=1
peuvent alors s’exprimer de manière beaucoup plus condensée sous la forme agréable :
X = P X 0.
P −1 X = X 0 ,
— oh, allez, encore un gros dernier pour la route, l’inverse de la matrice pas très simple de
taille 5 × 5 :
On voit bien que le problème d’inverser une matrice ne va pas être simple, n’est-il pas,
Milady ? Alors là, pendant les examens, on va en voir ce qu’on va en voir, des inversions de
matrices !
Maintenant que nous savons comment se transforment les coordonnées d’un vecteur
quand on change de base, une deuxième question se présente à nous.
Problème 11.3. Connaissant la matrice M = Mat(f ) dans une base BE d’un homomor-
phisme linéaire f ∈ L (E), trouver la matrice M 0 de cet homomorphisme dans une autre
base B0E de E.
Soit donc f ∈ L (E), et soit M := Mat(f ) sa matrice dans la base BE de E. Si X et Y
sont les matrices colonnes des coordonnées d’un vecteur ~x ∈ E et de son image ~y := f (~x)
dans la base BE , nous avons vu plus haut que :
Y = M X.
Soit aussi P la matrice de passage de la base BE à la base B0E . Si X 0 et Y 0 désignent les
matrices colonnes des coordonnées de ces mêmes vecteurs ~x et ~y = f (~x) dans la base B0E ,
nous venons de voir que :
X = P X0 et Y = P Y 0.
La dernière équivaut à :
Y 0 = P −1 Y.
Remplaçons alors, dans cette relation, Y par M X = M P X 0 , pour obtenir :
Y 0 = P −1 M P X 0 ,
Par exemple :
1 2
1 0 5 transposer
−−−−−−−→ 0 −4 .
2 −4 7
5 7
En général, si donc on note la matrice considérée :
16j6n colonnes
M = ai,j ,
16i6m lignes
ce qui donne deux équations signifiant par définition que la matrice t M est inversible, et a
pour matrice inverse :
−1
= t M −1 .
t
M
La réciproque est immédiate : si t M ∈ An (K) est inversible, alors en appliquant à t M la
démonstration précédente, on trouve que :
M ∈ An (K),
t t
a a
Théorème 14.1. Si une matrice A = ( a1,1 1,2
2,1 a2,2 ) de taille 2 × 2 a un déterminant a1,1 a2,2 −
a2,1 a1,2 6= 0 non nul, alors sa matrice inverse est :
−1 !
a1,1 a1,2 1 a2,2 −a1,2
= .
a2,1 a2,2 a1,1 a2,2 − a1,2 a2,1 −a2,1 a1,1
3 · 6 − 5 · 4 = 18 − 20 = − 2.
et on conclut que :
x1 −3 2 3 5
= 5 = .
x2 2
− 32 7 −3
En DM ou en examen, on devrait impérativement vérifier que A−1 · A = I2×2 .
Heureusement, l’énoncé suivant montre que lorsque, à l’issue d’un calcul manuel, on a
trouvé une matrice-candidate A0 ∈ Mn (R) pour être la matrice inverse d’une matrice donnée
A ∈ Mn (R), il n’est pas nécessaire de vérifier les deux relations :
A0 · A = In×n = A · A0 ,
On constate en effet que c’est bien l’expression que nous aurait donnée le Théorème 14.1.
Exemple 15.2. Tentons de faire de même pour la matrice 13 25 :
1 2 1 0 1 2 1 0
7−→ 7−→ ? ?,
2 4 0 1 0 0 −2 1
et retrouvons-nous bloqués par le fait que la deuxième et dernière ligne n’ait pas de position
de pivot.
Rappelons que les trois opérations élémentaires fondamentales sur une matrice carrée A
constituées de n lignes L1 , . . . , Ln peuvent être exprimées comme suit :
(1) permuter deux lignes Li1 7−→ Li2 et Li2 7−→ Li1 pour 1 6 i1 < i2 6 n quelconques.
(2) multiplier une ligne Li 7−→ c Li , avec 1 6 i 6 n quelconque, par une constante c ∈
R\{0} non nulle.
(3) ajouter à une ligne Li 7−→ Li + e Li0 un multiple quelconque d’une autre ligne pour un
indice de ligne distinct i0 6= i et pour une constante e ∈ R arbitraire.
Théorème 15.3. [Admis] Une matrice carrée A ∈ Mn (R) de taille n × n est inversible si
et seulement si elle est équivalente, après des opérations élémentaires sur ses lignes, à la
matrice identité In×n .
Autrement dit, une matrice carrée est inversible si et seulement si elle possède exactement
n positions de pivots, par exemple pour n = 7, si et seulement si elle est équivalente à la
15. Algorithme de calcul de l’inverse d’une matrice A 39
où les lettres a, b, c, d, e, f , g, h, i désignent des constantes réelles qui peuvent prendre des
valeurs quelconques. Soient aussi les trois matrices « élémentaires » :
1 0 0 0 1 0 1 0 0
E1 := 0 1 0 , E2 := 1 0 0 , E3 := 0 1 0 .
−4 0 1 0 0 1 0 0 5
E1 · A, E2 · A, E3 · A,
et de constater interpréter qu’ils correspondent à des opérations élémentaires sur les lignes
(ou rangées) de A.
42 François DE M ARÇAY, Institut de Mathématique d’Orsay, Université Paris-Saclay, France