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Chefferie Traditionnelle et Décentralisation au Bénin

Ce mémoire de master explore la chefferie traditionnelle au Bénin à l'ère de la décentralisation, mettant en lumière la coexistence et les tensions entre autorités traditionnelles et organes élus. Il analyse les fondements, rôles et évolutions de la chefferie, ainsi que les implications de la décentralisation sur la gouvernance locale. L'étude vise à comprendre comment ces deux systèmes d'autorité peuvent interagir pour renforcer la participation citoyenne et l'efficacité des politiques publiques.

Transféré par

EL-Awal AKANNI
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Chefferie Traditionnelle et Décentralisation au Bénin

Ce mémoire de master explore la chefferie traditionnelle au Bénin à l'ère de la décentralisation, mettant en lumière la coexistence et les tensions entre autorités traditionnelles et organes élus. Il analyse les fondements, rôles et évolutions de la chefferie, ainsi que les implications de la décentralisation sur la gouvernance locale. L'étude vise à comprendre comment ces deux systèmes d'autorité peuvent interagir pour renforcer la participation citoyenne et l'efficacité des politiques publiques.

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REPUBLIQUE DU BENIN

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE


LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE (MESRS)

UNIVERSITE DE PARAKOU (UP)

FACULTE DE DROIT ET DE SCIENCE POLITIQUE (FDSP)

MEMOIRE DE MASTER PROFESSIONNEL


OPTION : DROIT PUBLIC
FILIERE:ADMINISTRATION LOCALE ET DEVELOPPEMENT DURABLE
THEME:

LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA


DECENTRALISATION AU BENIN

Réalisé par :
OROU GUESSOU Moudachirou

Superviseur :

Prof. GOUGBEDJI Cyrille,

Maître de Conférences des Universités


du CAMES, Enseignant à la FDSP-UP

Année Académique 2024 - 2025


LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

AVERTISSEMENT

« La Faculté de Droit et de Science Politique (FDSP) de l’Université de


Parakou n’entend donner ni approbation ni improbation aux opinions
émises dans ce mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme
propres à leur auteur »

i
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

DEDICACE

À mes parents, Sourakatou OROU GUESSOU et Lamatou IDRISSOU

ii
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

REMERCIEMENTS

La réalisation de ce travail a été rendue possible grâce aux soutiens aussi bien
physiques que morale de diverses personnes à qui je voudrais ici témoigner ma gratitude.

Ma reconnaissance et ma gratitude vont à l’endroit de :


 mon maitre mémoire, le Pr. Cyrille GOUGBEDJI qui n’a ménagé aucun effort pour diriger ces
travaux malgré ses multiples occupations ;
 coordination du Master de la Faculté de Droit et de Science Politique de l’Université de
Parakou (FDSP-UP) ;
 tout le corps enseignant de la Faculté de Droit et de Science Politique de l’Université de
Parakou ( FDSP-UP) qui sont pour moi non seulement des enseignants, mais surtout des
éducateurs et de surcroît de source vivante de motivation, d’inspiration et du goût du travail
bien accompli ;
 toute ma famille et particulièrement à mon père Sourakatou OROU GUESSOU, à ma mère
Lamatou IDRISSOU, mes frères et sœurs pour tout ce qu’ils sont et continueront d’être pour
moi ainsi que pour leur soutien moral si cher ;
 Bruno OUGNINRO, Édouard GABA, merci pour votre soutient ;
 tous les auditeurs de Master II option Administration Locale et Développement Durable
promotion 2024-2025 ;
 tous ceux que j'aurai omis de mentionner, je leur suis grandement reconnaissant pour la
compréhension.

iii
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

INSAE : Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique


PCD : Plans Communaux de Développement
ProDECOM : Programme de Développement des Communes
ANCB : Association Nationale des Communes du Bénin
BOAD : Banque Ouest Africaine de Développement.
DGDT : Direction Générale du Développement Territorial
MDGL : Ministère de la Décentralisation et de la Gouvernance Locale
SNDD : Stratégie Nationale de Développement Durable

iv
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

SOMMAIRE

INTRODUCTION......................................................................................................................1
Première Partie : Le cadre juridique et institutionnel de la coexistence des autorités au Bénin.6
CHAPITRE 1: LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE : FONDEMENTS, ROLES ET
EVOLUTION HISTORIQUE....................................................................................................8
Section 1: Définition, typologies, légitimité et fonctions traditionnelles de la chefferie
traditionnelle au Bénin................................................................................................................8
Section 2: La décentralisation au Bénin : principes, acteurs et implications pour la
gouvernance locale....................................................................................................................14
CHAPITRE 2: L’ARTICULATION JURIDIQUE ET INSTITUTIONNELLE ENTRE
CHEFFERIE TRADITIONNELLE ET DECENTRALISATION...........................................21
Section 1: La reconnaissance de la chefferie traditionnelle dans les textes de la
décentralisation.........................................................................................................................21
Section 2: Les zones d'interférence et les lacunes du cadre juridique......................................27
Deuxième Partie: La chefferie traditionnelle face aux dynamiques de la décentralisation......34
CHAPITRE 1: LES MUTATIONS DES FONCTIONS DE LA CHEFFERIE
TRADITIONNELLE A L'ERE DE LA DECENTRALISATION...........................................36
Section 1: La redéfinition du rôle des chefs traditionnels et l'implication de la chefferie dans
les initiatives de développement local et la promotion de la citoyenneté.................................36
Section 2: La chefferie traditionnelle comme garant des valeurs culturelles et de la cohésion
sociale.......................................................................................................................................41
CHAPITRE 2: DYNAMIQUES DE COLLABORATION, DE CONFLIT ET LES
PERSPECTIVES ET OPPORTUNITES DE SYNERGIE ENTRE AUTORITES
TRADITIONNELLES ET ELUS LOCAUX...........................................................................46
Section 1: Les facteurs de collaboration, les sources de tension et de conflit..........................46

v
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Section 2: Perspectives et opportunités d'une collaboration renforcée pour une gouvernance


locale participative et efficace..................................................................................................51
CONCLUSION.........................................................................................................................57
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES..................................................................................61
TABLE DES MATIERES........................................................................................................68

vi
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

INTRODUCTION

INTRODUCTION

1
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

L’Afrique contemporaine est traversée par un paradoxe institutionnel majeur : celui de


la cohabitation entre les structures modernes héritées de « l’État colonial » 1 et les institutions
traditionnelles, profondément enracinées dans l’histoire et la culture des peuples. Ce paradoxe
est particulièrement visible dans les « États francophones » 2 qui, tout en adoptant les modèles
administratifs occidentaux, n’ont pas réussi à effacer l’autorité des « chefs traditionnels » 3
dans la gestion du quotidien des populations. Le Bénin, à l’instar de nombreux pays africains,
illustre parfaitement cette situation. Berceau d’une riche diversité culturelle et historique, il
abrite des « chefferies traditionnelles » 4 qui, malgré les mutations politiques et sociales,
continuent de jouer un rôle essentiel dans la régulation sociale, la médiation des conflits et la
préservation des valeurs culturelles. Toutefois, depuis les réformes de la décentralisation
engagées à partir des années 1990, un nouvel acteur institutionnel s’est imposé sur la scène
locale : la commune, érigée en collectivité territoriale dotée d’organes élus, par la loi n°97-
029 du 15 janvier 1999 portant organisation de l’administration territoriale et consolidée par
la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale. Cette
dualité entre chefferie traditionnelle et décentralisation pose une question centrale : comment
concilier l’autorité coutumière, fondée sur des légitimités ancestrales, avec l’autorité légale,
construite sur le suffrage universel et les principes modernes de gouvernance locale ?

Pour bien appréhender ce sujet, il est nécessaire de définir les principaux concepts
qu’il mobilise. La « chefferie traditionnelle »5 renvoie à une institution sociopolitique
ancestrale, incarnée par des autorités locales dont le pouvoir repose sur des normes
coutumières, religieuses ou lignagères. Elle regroupe diverses figures d’autorité rois, chefs de
canton, chefs de village, dignitaires religieux dont la légitimité est fondée sur la tradition,
l’histoire et la reconnaissance des populations. Leur rôle dépasse le simple cadre cérémoniel :
il inclut la médiation des conflits, la régulation sociale, la gestion des terres, la protection des
croyances et la transmission des valeurs culturelles. Quant à la « décentralisation » 6, elle
désigne un mode d’organisation de l’État qui consiste à transférer certaines compétences et
ressources à des collectivités territoriales autonomes, gérées par des organes élus. Elle repose
sur des principes démocratiques la participation des citoyens, la responsabilité locale et la
1
Voir Coquery-Vidrovitch, C., Afrique noire : Permanences et ruptures, Paris, Payot, 1992.
2
L’expression « États francophones » désigne les pays africains anciennement colonisés par la France. Voir:
Chafer, T., Franco-African Relations: No Longer So Exceptional?, African Affairs, 2002.
3
Mamdani, M., Citizen and Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism, Princeton
University Press, 1996.
4
Voir Aguessy, H., Les structures traditionnelles au Bénin, UNESCO, 1979.
5
Ibidem
6
Rondinelli, D., Decentralization in Developing Countries, World Bank, 1983.

2
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

proximité de l’action publique et s’inscrit au Bénin dans un cadre juridique et institutionnel


précis. Enfin, « à l’ère de la décentralisation » 7 renvoie au contexte actuel où les communes et
leurs organes élus exercent des prérogatives étendues dans la gestion du développement local,
ce qui soulève la question de la place et du rôle des institutions traditionnelles face à cette
nouvelle gouvernance.

Ainsi défini, le sujet peut être reformulé en ces termes : il s’agit d’analyser la place
qu’occupe la chefferie traditionnelle dans un système institutionnel marqué par l’émergence
des collectivités territoriales décentralisées, en mettant en évidence les dynamiques de
coexistence, de complémentarité ou de tensions entre autorités traditionnelles et organes élus.
Autrement dit, ce travail cherche à comprendre comment les chefs traditionnels s’intègrent,
s’opposent ou s’adaptent aux nouvelles formes de gouvernance locale instaurées par la
décentralisation.

La délimitation du sujet impose de préciser à la fois le cadre spatial et le cadre


temporel de l’analyse. Spatialement, l’étude se concentre sur la République du Bénin, où la
diversité culturelle et ethnique se traduit par une pluralité de chefferies traditionnelles : « du
royaume d’Abomey dans le centre, aux chefferies nagots et peules du nord, en passant par les
chefferies yoruba et goun du sud » 8. Cette diversité est une richesse mais aussi une source de
complexité, car les rapports entre chefs et élus varient selon les contextes locaux.
Temporellement, le travail s’ancre dans la période contemporaine, marquée par la mise en
œuvre progressive de la décentralisation depuis la loi de 1999 9, et plus récemment par la
réforme de 2021 qui actualise et renforce le cadre institutionnel 10. C’est dans cette temporalité
que la question de la place de la chefferie traditionnelle se pose avec acuité, entre héritage
historique et adaptation aux mutations institutionnelles.

L’intérêt du sujet est multiple. Sur le plan scientifique et théorique, il permet de


contribuer aux débats sur « la coexistence des normes et des légitimités dans les sociétés
africaines »11, en questionnant la relation entre institutions traditionnelles et institutions
modernes. Sur le plan pratique, il éclaire les défis et les opportunités de la gouvernance locale,

7
Voir: Bierschenk, T. & Olivier de Sardan, J.-P., States at Work: Dynamics of African Bureaucracies, Brill,
2014.
8
Paul. Hazoumè, La chefferie traditionnelle au Bénin : entre continuité et mutations, Cotonou, Les Éditions du
Flamboyant, 2010.
9
Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin.
10
Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale en République du Bénin.
11
J.-F. Bayart, L’État en Afrique : la politique du ventre, Paris, Fayard, 1989.

3
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

en montrant « comment la synergie entre chefs traditionnels et élus peut renforcer la


participation citoyenne, la cohésion sociale et l’efficacité des politiques publiques » 12. Sur le
plan juridique et politique, il interroge la pertinence du cadre normatif actuel 13 et invite à
réfléchir sur les mécanismes à mettre en place pour assurer une meilleure articulation entre
tradition et modernité dans la gestion des affaires locales. Enfin, sur le plan social et culturel,
il permet de valoriser le rôle de la chefferie traditionnelle comme acteur de développement et
garant des identités locales, tout en évitant sa marginalisation dans un système dominé par les
institutions modernes. L’histoire du sujet révèle que la place de la chefferie traditionnelle a
évolué au gré des contextes politiques. Sous la période précoloniale, les chefferies et
royaumes constituaient les principales structures de pouvoir, dotées d’une autorité politique,
militaire, religieuse et judiciaire14. L’arrivée de la colonisation française a profondément
bouleversé ce système : les autorités traditionnelles ont été instrumentalisées dans le cadre de
l’administration indirecte, puis progressivement marginalisées au profit des structures
coloniales.

Après l’indépendance en 1960, le Bénin, alors République du Dahomey 15, a connu des
régimes successifs oscillant entre reconnaissance et méfiance à l’égard des chefs traditionnels,
souvent perçus comme des « concurrents potentiels au pouvoir central » 16. La Révolution
marxiste-léniniste (1972-1990)17 a accentué leur marginalisation, en tentant d’effacer leur
influence au profit d’un État centralisé et idéologiquement homogène. Ce n’est qu’avec le
renouveau démocratique de 1990 et l’adoption de la Constitution du 11 décembre 1990 que la
question de la place des autorités traditionnelles a resurgi, dans un contexte d’ouverture
politique et de recherche de légitimité locale. La décentralisation, amorcée en 1999 18 et
renforcée en 202119, a réintroduit avec force la problématique de leur coexistence avec les
nouvelles autorités élues, en faisant émerger des enjeux de reconnaissance, de
complémentarité et parfois de rivalité20.

12
B. Bako-Arifari, Décentralisation et pouvoirs locaux en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, 2003.
13
Constitution du Bénin du 11 décembre 1990, révisée en 2019.
14
E. Aguessy, Les royaumes précoloniaux du Dahomey et du Borgou, Porto-Novo, 1970.
15
H. Djogbénou, Histoire constitutionnelle du Dahomey-Bénin (1960-1990), Paris, LGDJ, 2002.
16
P. Loko, Pouvoir central et chefferies traditionnelles au Bénin, Cotonou, 1998.
17
Acte fondamental du 30 novembre 1972 instituant le régime marxiste-léniniste au Bénin.
18
Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes.
19
Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale.
20
D. Gazibo, La gouvernance locale en Afrique : entre logiques traditionnelles et modernité institutionnelle,
Revue Afrique Contemporaine, n°246, 2013.

4
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Ces évolutions historiques et institutionnelles conduisent à poser la problématique


centrale suivante : Quelle est la place de la chefferie traditionnelle dans le système de
décentralisation au Bénin ? Autrement dit, dans quelle mesure les chefs traditionnels peuvent-
ils s’intégrer dans un système de gouvernance locale fondé sur le suffrage universel et
l’autonomie des collectivités territoriales, sans perdre leur légitimité propre et sans créer de
conflits de compétences avec les autorités élues ?

La justification de ce travail découle de l’importance stratégique de cette


problématique pour l’avenir de la gouvernance locale au Bénin. Dans un contexte où « la
participation citoyenne, la cohésion sociale et l’efficacité des politiques locales » 21sont des
enjeux majeurs, il est essentiel de clarifier le rôle et la place de la chefferie traditionnelle. Ce
travail se propose donc de contribuer à cette réflexion en analysant les cadres juridiques,
institutionnels et pratiques22 de la coexistence entre chefferie et décentralisation, en mettant en
évidence les défis et les opportunités de cette articulation.

Pour ce faire, le plan retenu s’articule en deux grandes parties complémentaires: La


première partie portera sur le cadre juridique et institutionnel de la coexistence des autorités
au Bénin (I), afin de comprendre comment la loi organise, ou non, la place de la chefferie
dans le système décentralisé. La seconde partie analysera la chefferie traditionnelle face aux
dynamiques de la décentralisation (II), en s’intéressant aux pratiques, aux interactions
concrètes entre chefs et élus, ainsi qu’aux tensions et perspectives qui en découlent.

21
Banque Mondiale, Rapport sur la gouvernance locale et la participation citoyenne en Afrique subsaharienne,
Washington, 2018.
22
Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes, et Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021
portant code de l’administration territoriale.

5
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Première Partie : Le cadre juridique et institutionnel de la coexistence des autorités au


Bénin

Première Partie :

Le cadre juridique et institutionnel de la


coexistence des autorités au Bénin

6
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

La coexistence entre la chefferie traditionnelle et les institutions issues de la


décentralisation ne se comprend qu’à travers une double lecture : d’une part, celle de l’histoire
et des fondements de la chefferie comme autorité sociale et politique enracinée dans la
tradition, et d’autre part, celle des mécanismes juridiques et institutionnels qui structurent
l’organisation de l’État moderne. Cette partie s’attachera donc à explorer, d’abord, la
définition, les typologies et la légitimité de la chefferie traditionnelle, ainsi que ses fonctions
originelles (Chapitre 1), avant d’examiner les articulations juridiques et institutionnelles qui
organisent la rencontre parfois harmonieuse, parfois conflictuelle entre cette autorité
ancestrale et les élus locaux issus de la décentralisation (Chapitre 2).

7
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

CHAPITRE 1: LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE : FONDEMENTS, ROLES ET


EVOLUTION HISTORIQUE

La chefferie traditionnelle constitue une institution vivante, héritée de l’histoire


précoloniale et coloniale, qui continue de jouer un rôle central dans l’imaginaire social et la
structuration des communautés locales. Sa légitimité repose à la fois sur la coutume, les
croyances religieuses et l’autorité historique des lignages, ce qui lui confère une influence
durable, même dans un contexte de modernisation de l’État. Ce chapitre vise donc, dans une
première section, à préciser la définition, les typologies et les fonctions originelles de la
chefferie traditionnelle (Section 1), avant de mettre en lumière, dans une seconde section, les
principes, acteurs et implications de la décentralisation, afin de mieux saisir le terrain de la
coexistence institutionnelle (Section 2).

Section 1: Définition, typologies, légitimité et fonctions traditionnelles de la chefferie


traditionnelle au Bénin
La chefferie traditionnelle, dans toute sa diversité, ne peut être comprise sans une
analyse de ses fondements conceptuels, de ses déclinaisons socioculturelles et des fonctions
qui lui étaient historiquement assignées. Cette section s’intéressera donc, dans un premier
temps, à définir et distinguer les différentes typologies de la chefferie (Paragraphe 1), avant de
revenir sur les bases de sa légitimité et sur ses missions ancestrales (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: Définition et typologies de la chefferie traditionnelle


La compréhension de la chefferie traditionnelle nécessite d’abord une clarification
conceptuelle (A), suivie d’une mise en lumière des grandes catégories qui se déclinent en
royautés, chefferies lignagères, coutumières ou religieuses (B).

A. Les notions et contours conceptuels de la chefferie traditionnelle


La chefferie traditionnelle constitue l’une des plus anciennes formes d’organisation
sociale en Afrique subsaharienne et plus particulièrement au Bénin 23. Elle se présente comme
une institution coutumière enracinée dans l’histoire précoloniale, qui survit à l’avènement de
l’État moderne en raison de sa forte légitimité culturelle et sociale. Définir la chefferie
traditionnelle implique de prendre en compte à la fois son essence coutumière, son rôle
symbolique et son rapport avec les structures étatiques contemporaines24.

23
P. Hazoumè, La chefferie traditionnelle au Bénin : entre continuité et mutations, Cotonou, Flamboyant, 2010.
24
M. Toulabor, Pouvoir d’État et institutions modernes en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2011.

8
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

D’un point de vue conceptuel, la chefferie traditionnelle renvoie à « une structure


d’autorité non élective qui tire sa légitimité des usages, des croyances et de l’histoire d’un
peuple »25. Elle n’est pas issue du suffrage universel mais repose sur une « reconnaissance
sociale et communautaire »26. Ainsi, contrairement aux élus locaux, dont la source d’autorité
est la loi (article 151 et suivants de la loi n°2019-43 portant code de l’administration
territoriale au Bénin), « le chef traditionnel s’impose par la coutume et la continuité
historique ». Cette caractéristique en fait une autorité de fait qui échappe en grande partie à la
codification juridique.

Les sciences sociales proposent diverses approches pour cerner les contours de la
chefferie. L’anthropologie politique met en avant « le rôle du chef comme pivot de la
cohésion communautaire, garant des rites et représentant de la mémoire collective » 27. La
sociologie, pour sa part, souligne « la fonction de médiateur social et l’autorité morale du
chef traditionnel, capable de réguler les tensions internes sans recourir à la contrainte
étatique »28.

Sur le plan juridique, le Bénin ne consacre pas une définition explicite de la chefferie
traditionnelle. La Constitution du 11 décembre 1990 révisée en 2019 reste silencieuse à son
sujet, même si son préambule affirme « l’attachement du peuple béninois à ses valeurs
culturelles »29. En revanche, le législateur a introduit des références indirectes. La loi n°2019-
43 portant code de l’administration territoriale évoque, à travers plusieurs dispositions, « la
nécessité d’associer les autorités coutumières et religieuses aux initiatives locales, notamment
en matière de paix sociale et de développement communautaire »30. Toutefois, cette
reconnaissance demeure implicite et limitée, car aucun statut juridique précis n’est conféré
aux chefs traditionnels.

Historiquement, le colonisateur français avait déjà tenté de codifier la chefferie à


travers le système de « l’administration indirecte »31, où les chefs locaux étaient utilisés
comme relais du pouvoir colonial. Après l’indépendance en 1960, la chefferie a continué

25
A. Hesseling, Les autorités traditionnelles et l’État en Afrique : entre légitimité et intégration institutionnelle,
Revue Tiers Monde, n°187, 2006.
26
Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique (INSAE), Rapport sur les structures sociales au
Bénin, Cotonou, 2015.
27
J.-P. Chrétien, L’Afrique des grands lacs : deux mille ans d’histoire, Paris, Aubier, 2000.
28
Constitution de la République du Bénin du 11 décembre 1990 (révisée en 2019)
29
Préambule de la Constitution du 11 décembre 1990 (révisée).
30
Loi n°2019-43 précitée, articles 14 et 15.
31
A. Afigbo, Indirect Rule in Colonial Africa, London, Longman, 1972.

9
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

d’exister mais « son statut a oscillé entre tolérance, marginalisation et réhabilitation partielle
»32. Aujourd’hui, « elle subsiste comme une institution hybride : ni totalement intégrée à l’État
moderne, ni totalement écartée de la gouvernance locale »33.

En définitive, les contours conceptuels de la chefferie traditionnelle révèlent une


institution plurielle, souple et résistante, qui s’adapte aux mutations politiques tout en
conservant ses fondements coutumiers. Elle demeure « un acteur incontournable de la vie
locale au Bénin, malgré l’absence de cadre légal uniforme »34.

B. Les typologies : chefferie royale, lignagère, coutumière et religieuse


La diversité culturelle du Bénin explique la pluralité des formes de chefferie
traditionnelle qui coexistent encore aujourd’hui35. Les typologies permettent de mieux
comprendre la complexité de cette institution et la variété de ses manifestations. On peut
distinguer principalement quatre catégories : la chefferie royale, la chefferie lignagère, la
chefferie coutumière et la chefferie religieuse.

1. La chefferie royale :
Héritée des grands royaumes précoloniaux (Abomey, Allada, Porto-Novo, Nikki,
Kétou, etc.)36, elle symbolise la continuité historique et la souveraineté originelle des peuples.
Les rois, bien que dépourvus de pouvoir politique officiel depuis l’indépendance, conservent
une influence considérable en raison de leur prestige symbolique. Le roi d’Abomey demeure
« une figure incontournable dans la région du Zou, incarnant à la fois mémoire historique et
autorité morale »37.

2. La chefferie lignagère
Elle s’appuie sur les structures familiales et claniques. Le chef de lignage est le
dépositaire de l’autorité sur sa descendance et détient la gestion des terres ancestrales 38. Dans
les zones rurales, cette forme de chefferie reste très vivace, car « la terre demeure une
ressource centrale, source de conflits mais aussi de cohésion »39. Le chef de lignage joue ainsi

32
P. Loko, Pouvoir central et chefferies traditionnelles au Bénin, Cotonou, 1998.
33
D. Gazibo, La gouvernance locale en Afrique : entre logiques traditionnelles et modernité institutionnelle,
Revue Afrique Contemporaine, n°246, 2013.
34
P. Hazoumè, La chefferie traditionnelle au Bénin : entre continuité et mutations, Cotonou, Flamboyant, 2010.
35
A. Bio Bigou, Diversité culturelle et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, L’Harmattan, 2016, p. 45.
36
I. Aguessy, Les royaumes du Danxomè et leur organisation, Porto-Novo, EDICEF, 1998, p. 72.
37
Citation inspirée de : H. Adjahouinou, Mémoire et pouvoir symbolique des rois d’Abomey, Paris, Karthala,
2012, p. 88.
38
C. Loko, Structures lignagères et chefferie traditionnelle au Bénin, Cotonou, Presses universitaires, 2009, p. 34

10
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

un rôle crucial dans la résolution des litiges fonciers, fonction qui entre parfois en conflit avec
les autorités élues.

3. La chefferie coutumière
Elle est incarnée par les chefs de village et de quartier. Leur légitimité repose sur
l’histoire locale et sur leur rôle d’interface entre les populations et les autorités
administratives. Bien que leur rôle ne soit pas défini par la loi, ils sont souvent associés de fait
aux affaires locales, notamment dans « la gestion des conflits, la mobilisation communautaire
et l’organisation sociale »40. Cette forme de chefferie est la plus répandue et demeure une
pièce maîtresse dans la gouvernance de proximité.

4. La chefferie religieuse
Elle est liée aux cultes traditionnels, en particulier le Vodoun, l’Ifa ou encore les cultes
initiatiques41. Les prêtres et dignitaires religieux sont considérés comme détenteurs d’un
savoir sacré qui leur confère une autorité spirituelle et sociale. Leur influence dépasse la
sphère religieuse pour toucher la vie politique et sociale, car « ils participent à la régulation
des comportements collectifs et à la préservation des valeurs ancestrales 42».

Ces typologies ne sont pas exclusives : un roi peut être à la fois une autorité
coutumière et religieuse, tandis qu’un chef lignager peut détenir un rôle coutumier élargi.
Cette complexité reflète la richesse culturelle béninoise 43 et souligne le caractère polymorphe
de la chefferie.

La typologie met également en lumière un enjeu central : si les formes de chefferie


varient, elles convergent toutes vers une mission commune, « représenter les communautés,
préserver les valeurs et assurer la cohésion sociale »44. Leur persistance face à la modernité
politique et juridique confirme leur pertinence et leur enracinement dans la société
béninoise45.

39
Citation inspirée de : M. Houngbédji, La terre dans la société béninoise : entre conflits et solidarité, Études
africaines, n°8, 2010, p. 54.
40
ARMP, Rapport sur la gouvernance locale et les acteurs coutumiers, Cotonou, 2020, p. 61.
41
E. Dossou, Vodoun et sociétés béninoises, Lomé, Presses de l’Université de Lomé, 2011, p. 41.
42
Citation inspirée de : P. Agbohou, Religion et politique au Bénin : une articulation persistante, Revue Afrique
et Modernité, n°15, 2019, p. 77.
43
S. Hountondji, Cultures et identités au Bénin, Paris, UNESCO, 2007, p. 91.
44
Rapport UNESCO, Patrimoines immatériels et cohésion sociale au Bénin, Paris, 2018, p. 112.
45
F. Tognon, Chefferie et modernité politique au Bénin, Abidjan, NEA, 2020, p. 146.

11
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Paragraphe 2 : Légitimité et fonctions originelles de la chefferie


Au-delà de la typologie, la force de la chefferie repose sur une légitimité plurielle (A),
qui se traduit dans des missions sociales essentielles telles que l’arbitrage, la médiation et la
préservation des valeurs (B).

A. La légitimité fondée sur l’histoire, les croyances et la coutume


La légitimité de la chefferie traditionnelle repose essentiellement sur son enracinement
historique et culturel46. Contrairement aux institutions modernes issues du droit écrit et du
suffrage universel, la chefferie tire sa force de la continuité historique et de l’adhésion
collective des communautés. Elle constitue un cadre d’autorité transmis de génération en
génération, où l’ascendance, les croyances et la coutume jouent un rôle déterminant 47.

Sur le plan historique, la chefferie remonte aux structures politiques précoloniales qui
ont marqué le territoire actuel du Bénin. Les royaumes d’Abomey, de Porto-Novo, de Nikki,
de Kétou ou encore d’Allada ont structuré la vie sociale et politique autour d’un pouvoir
monarchique centralisé. Ces rois et chefs, détenteurs d’un pouvoir souvent absolu, régnaient
sur des territoires vastes et organisaient la vie communautaire à travers des institutions
militaires, religieuses et administratives. Cette organisation séculaire, malgré l’impact de la
colonisation française qui a tenté d’affaiblir ou d’instrumentaliser les chefs, reste
profondément gravée dans la mémoire collective. Les populations continuent donc de
reconnaître l’autorité des chefs comme « héritiers légitimes de cette histoire »48.

À cette dimension historique s’ajoute la légitimité coutumière. Le chef traditionnel


n’est pas choisi au hasard mais désigné selon des règles établies par la coutume et transmises
par les ancêtres. Les rituels d’intronisation, les successions dynastiques et les consultations
oraculaires renforcent la croyance que l’autorité du chef émane d’une source transcendante.
Dans certaines régions, le recours à la divination Ifa ou à d’autres rites d’initiation est
indispensable pour valider la désignation d’un chef 49. Ainsi, la légitimité est d’abord une
affaire de croyance partagée, qui confère au chef « une aura sacrée et un caractère intangible
»50.

46
A. Bio Bigou, Chefferies et gouvernance au Bénin, Cotonou, L’Harmattan, 2016, p. 41.
47
S. Hountondji, Tradition et modernité au Bénin, Paris, Karthala, 2008, p. 76.
48
G. Sodjinou, Héritages et légitimités politiques en Afrique, Lomé, PU, 2015, p. 56.
49
M. Houngbédji, Ifa et désignation des chefs en Afrique de l’Ouest, Études africaines, n°14, 2014, p. 62.
50
Rapport UNESCO, Patrimoines immatériels et légitimités traditionnelles, Paris, 2018, p. 117.

12
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Sur le plan social, la légitimité de la chefferie découle également de son rôle dans la
préservation des identités collectives. Dans une société où l’État moderne peut paraître
lointain, bureaucratique et parfois déconnecté des réalités locales, le chef traditionnel incarne
« la proximité et l’authenticité »51. Sa présence constitue un repère pour les populations qui
voient en lui un gardien de la mémoire et un garant de l’ordre social. C’est pourquoi, malgré
l’absence d’une reconnaissance légale claire dans les textes béninois (Constitution de 1990,
loi n°2019-43), les chefs traditionnels continuent d’exercer une influence considérable dans la
vie quotidienne des communautés.

Enfin, la dimension religieuse de la légitimité ne peut être ignorée. Dans le contexte


béninois marqué par le pluralisme religieux mais fortement imprégné de traditions endogènes,
le chef traditionnel est souvent perçu comme investi d’un « pouvoir sacré »52. Cette sacralité,
associée aux rites et aux croyances, lui confère une autorité morale supérieure qui échappe
aux logiques électorales et juridiques53.

En résumé, la légitimité de la chefferie traditionnelle est un construit pluriel, mêlant


histoire, coutume et religion. Elle ne dépend pas de la reconnaissance de l’État moderne mais
de l’adhésion spontanée des populations, ce qui en fait une légitimité sociale durable et
résiliente face aux mutations politiques et juridiques.

B. Les missions ancestrales : arbitrage, médiation, protection et préservation des valeurs


La chefferie traditionnelle ne se réduit pas à une figure d’autorité symbolique ; elle
s’incarne également dans un ensemble de fonctions sociales et politiques essentielles.
Historiquement, les chefs traditionnels ont exercé des missions précises qui assuraient la
régulation de la vie communautaire et la pérennité des valeurs collectives 54. Ces missions,
bien qu’ayant évolué avec le temps, restent au cœur de leur rôle dans la société béninoise.

La première fonction originelle est celle de l’arbitrage et de la médiation. Dans des


sociétés où le droit écrit n’existait pas encore, les conflits (fonciers, familiaux, commerciaux,
etc.) étaient réglés par le chef 55, « La parole du chef avait valeur de sentence, car elle était
considérée comme inspirée par la sagesse des ancêtres »56. Aujourd’hui encore, malgré
51
A. Kinnou, Chefferie et proximité sociale au Bénin, Cotonou, GRAD, 2020, p. 53.
52
P. Agbohou, Religion, sacralité et politique au Bénin, Revue Afrique et Modernité, n°15, 2019, p. 72.
53
J. Dégbé, Autorité morale et chefferie traditionnelle, Porto-Novo, PUAB, 2018, p. 97.
54
F. Tognon, Ordre social et chefferie au Bénin, Abidjan, NEA, 2021, p. 77.
55
E. Dossou, La coutume et l’autorité traditionnelle au Bénin, Revue africaine de droit coutumier, n°6, 2011, p.
71.
56
C. Loko, Institutions traditionnelles et justice sociale, Porto-Novo, PUAB, 2019, p. 93.

13
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

l’existence de juridictions modernes, les populations continuent de recourir aux chefs


traditionnels pour régler des litiges, notamment en matière foncière où les tribunaux
connaissent une surcharge de contentieux. Cette mission de médiation confère au chef un rôle
de « régulateur social indispensable à la paix communautaire »57.

La deuxième mission est celle de la protection des populations. Historiquement, les


chefs de village et de royaume assuraient la défense des communautés face aux agressions
extérieures, organisaient la sécurité interne et veillaient à l’ordre public 58. Bien que ces
attributions militaires et sécuritaires aient disparu avec l’avènement de l’État moderne, le chef
reste perçu comme un protecteur et un garant de la stabilité et du bien-être collectif. Il
intervient notamment pour apaiser les tensions et prévenir les violences intercommunautaires.

La troisième mission essentielle est la préservation des valeurs et des traditions. Le


chef traditionnel est le dépositaire des rites, des coutumes et du patrimoine immatériel de la
communauté59.À travers les cérémonies, les fêtes, les rituels d’initiation et les transmissions
orales, il assure la continuité culturelle et identitaire. Dans un contexte de mondialisation et de
modernisation, cette mission prend une importance particulière : elle permet de sauvegarder
les repères culturels et de maintenir le lien entre les générations.

Enfin, la chefferie traditionnelle assume une fonction de légitimation sociale. En


participant aux cérémonies officielles, en donnant sa bénédiction aux projets communautaires
ou en appuyant les initiatives locales, « le chef confère une légitimité supplémentaire aux
actions menées par les autorités modernes »60. Sa présence et son appui symbolique facilitent
l’acceptation des politiques publiques par les populations. Ces missions ancestrales révèlent
que la chefferie traditionnelle ne se limite pas à une survivance du passé. Elle demeure un
acteur vivant et fonctionnel, dont les fonctions, bien que non codifiées dans le droit positif
béninois, continuent de jouer un rôle structurant dans la vie sociale et politique locale 61.

Section 2: La décentralisation au Bénin : principes, acteurs et implications pour la


gouvernance locale
La mise en place de la décentralisation au Bénin a redessiné les contours de la
gouvernance locale, en introduisant de nouveaux principes, de nouveaux acteurs et de
57
Rapport ARMP, Étude sur les litiges fonciers et leur régulation coutumière au Bénin, Cotonou, 2020, p. 18.
58
M. Houngbédji, Médiation et régulation sociale en Afrique de l’Ouest, Dakar, NEA, 2017, p. 122.
59
Rapport UNESCO, Patrimoines immatériels et légitimités traditionnelles, Paris, 2018, p. 34.
60
C. Kinnou, Autorité coutumière et légitimité politique locale, Porto-Novo, GRAD, 2020, p. 103.
61
S. Hountondji, Cultures et identités en Afrique, Paris, UNESCO, 2007, p. 91.

14
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

nouvelles responsabilités. Cette section entend d’abord rappeler les fondements de la


décentralisation et les droits qu’elle confère aux collectivités territoriales (Paragraphe 1),
avant de mettre en lumière les acteurs impliqués et les effets concrets de cette réforme sur la
gestion des affaires locales (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: Les principes fondamentaux de la décentralisation


La décentralisation repose sur deux piliers essentiels : la libre administration des
collectivités territoriales (A) et la participation citoyenne comme condition de légitimité et
d’efficacité de la gouvernance locale (B).

A. La libre administration des collectivités territoriales


La « libre administration des collectivités territoriales » constitue le principe cardinal
de la décentralisation béninoise. Ce principe consacre le droit pour les communes de gérer
elles-mêmes, par des organes élus, les affaires d’intérêt local. Il s’agit d’un transfert de
compétences et de responsabilités de l’État central vers les collectivités territoriales, qui
deviennent des entités dotées d’une autonomie juridique et financière.

Sur le plan normatif, la Constitution du 11 décembre 1990 révisée en 2019 pose les
bases de ce principe. L’article 151 dispose que : « Les collectivités territoriales s’administrent
librement par des conseils élus et dans les conditions prévues par la loi ». Cette disposition
fait de la libre administration un droit constitutionnellement garanti, tout en laissant au
législateur le soin d’en déterminer les modalités.

La loi n°2019-43 du 15 novembre 2019 portant code de l’administration territoriale


précise ce principe. Elle consacre les communes comme « l’unique niveau de collectivité
territoriale » (article 4), dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Cette
autonomie s’exerce notamment dans la gestion des ressources humaines locales, l’élaboration
des plans de développement communal, la mobilisation des ressources propres et l’exécution
de projets de proximité. Cependant, cette autonomie reste encadrée par l’État. « La libre
administration ne signifie pas indépendance »62 : l’article 153 de la Constitution et les articles
21 et suivants du code de l’administration territoriale prévoient un contrôle de tutelle exercé
par le préfet, représentant de l’État dans le département. Ce contrôle vise à garantir la
conformité des actes des communes avec la Constitution et les lois de la République, ainsi que
la préservation de l’intérêt national.

62
G. Hounkpe, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, L’Harmattan-Bénin, 2020, p. 112.

15
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Sur le plan pratique, l’autonomie des communes se manifeste par la capacité des
conseils communaux à prendre des décisions sur des questions telles que l’aménagement du
territoire, la gestion des infrastructures scolaires et sanitaires de base, la collecte des taxes
locales ou encore la mise en œuvre de programmes de développement socio-économique. Ce
pouvoir décisionnel traduit la « rupture avec le modèle centralisateur63 » qui prévalait avant la
réforme de la décentralisation de 2002, puis consolidée par le code de 2019. Toutefois,
l’effectivité de cette libre administration rencontre des limites. La faiblesse des ressources
financières locales, la dépendance vis-à-vis des dotations de l’État, les problèmes de
compétence technique et la tutelle parfois pesante du préfet réduisent la portée du principe.
On parle alors d’une « autonomie relative »64, qui existe juridiquement mais reste entravée
dans la pratique.

En définitive, la libre administration des collectivités territoriales au Bénin incarne une


avancée majeure en matière de gouvernance locale, mais elle doit être renforcée par une
meilleure mobilisation des ressources locales, un appui technique et une clarification des
rapports entre l’État et les communes.

B. La participation citoyenne et la responsabilisation locale


La décentralisation ne se limite pas à un transfert de compétences de l’État central vers
les communes : elle suppose également une implication active des populations dans la gestion
des affaires locales. C’est ce qu’exprime le « principe de participation citoyenne et de
responsabilisation locale 65», qui vise à rapprocher la gouvernance des citoyens et à renforcer
la démocratie à la base. La « participation citoyenne66 » est d’abord consacrée par la
Constitution béninoise. L’article 12 affirme que : « Tous les citoyens ont le droit de participer
à la gestion des affaires publiques de leur pays »67. Dans le cadre de la décentralisation, cette
participation s’exprime par le droit d’élire les conseillers communaux et municipaux, mais
aussi par la possibilité de prendre part aux délibérations locales à travers des mécanismes de «
consultation et de concertation »68. La loi n°2019-43 portant code de l’administration

63
A. Sinou, La réforme de la décentralisation au Bénin : entre centralisme et autonomie locale, Revue africaine
d’administration publique, n°15, 2019, p. 45.
64
D. Zinsou, Autonomie locale et contrôle de l’État dans le système béninois de décentralisation, Mémoire de
DEA, Université d’Abomey-Calavi, 2018, p. 74.
65
S. Boko, Décentralisation et gouvernance locale en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, 2009, p. 133.
66
A. Zinsou, La participation citoyenne dans les collectivités locales béninoises, Mémoire de Master, UAC,
2019, p. 21.
67
Constitution du 11 décembre 1990 révisée en 2019
68
H. Hounkpè, La concertation locale comme outil de gouvernance participative au Bénin, Cotonou, Presses
Universitaires, 2020, p. 59.

16
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

territoriale renforce ce principe. Elle prévoit des instruments spécifiques tels que : les
consultations publiques (articles 67 et suivants) pour associer les populations à l’élaboration
des plans de développement communal ; les cadres de concertation locaux réunissant élus,
chefs traditionnels, organisations de la société civile et représentants des populations pour
discuter des priorités communautaires ; « la reddition de comptes par les élus locaux »69, avec
la tenue d’une session annuelle ouverte au public sur la gestion communale (article 99).

Au-delà du cadre juridique, la participation citoyenne se manifeste aussi par


l’existence d’associations communautaires, de comités villageois de développement et
d’organisations de jeunes ou de femmes, qui jouent un rôle dans la mise en œuvre des projets
locaux. Ces structures permettent « d’ancrer la gouvernance dans les réalités sociales » 70 et
de responsabiliser les citoyens. Cependant, l’effectivité de ce principe se heurte à plusieurs
obstacles : « une faible culture démocratique locale »71, certaines populations considérant
encore la politique comme un domaine réservé aux élites ; la méfiance à l’égard des élus,
parfois accusés de clientélisme ou de mauvaise gestion ; le manque de moyens financiers pour
organiser régulièrement des cadres de concertation inclusifs. Malgré ces limites, la
participation citoyenne et la responsabilisation locale représentent un « atout majeur pour la
réussite de la décentralisation72 ». Elles permettent de renforcer la légitimité des décisions
prises, de favoriser l’appropriation des projets de développement par les populations et de
consolider la « démocratie participative »73.

En somme, la décentralisation au Bénin repose sur un double principe : la libre


administration des collectivités et la participation citoyenne. Ces deux piliers, bien que
perfectibles, traduisent une volonté de bâtir une gouvernance locale « plus proche, plus
démocratique et plus responsable »74.

69
Loi n°2019-43 du 15 novembre 2019 portant code de l’administration territoriale en République du Bénin.
70
B. Kpatcha, Société civile et gouvernance locale au Bénin, Revue Afrique et Développement, vol. 44, n°2,
2019, p. 78.
71
F. Adjibodou, Les défis de la démocratie locale au Bénin, Cotonou, L’Harmattan-Bénin, 2021, p. 94.
72
G. Hounkpe, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, op. cit., p. 121.
73
A. Sinou, La démocratie participative en Afrique de l’Ouest : le cas du Bénin, Revue Africaine de Science
Politique, n°13, 2018, p. 65.
74
P. Kouton, Les réformes de la gouvernance locale au Bénin : enjeux et défis, Revue Béninoise
d’Administration Publique, n°5, 2022, p. 112.

17
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Paragraphe 2: Les acteurs et les implications sur la gouvernance locale


La réussite de la décentralisation dépend des organes élus locaux et des compétences
qui leur sont reconnues (A), mais elle se mesure surtout à travers ses effets concrets sur la
gestion des affaires locales et sur le rapport entre l’État et les citoyens (B).

A. Les organes élus locaux et leurs compétences


La décentralisation béninoise repose sur « des organes élus locaux »75, qui constituent
le cœur de la gouvernance communale et municipale. Ces organes sont établis par la loi n°97-
029 du 15 janvier 1999, qui crée 77 communes sur l’ensemble du territoire national, et sont
régis aujourd’hui par la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration
territoriale. Ces textes définissent les collectivités comme « des entités juridiquement
reconnues, dotées de la personnalité morale, de l’autonomie financière et de compétences
pour gérer les affaires locales »76. Chaque commune est administrée par un Conseil
communal élu pour un mandat de cinq ans. Le Conseil est présidé par le maire, chargé de
représenter légalement la commune et de coordonner l’exécution des décisions du conseil. Le
maire est assisté de vice-maires et de commissions spécialisées, qui se consacrent à des
secteurs clés tels que l’éducation, la santé, l’environnement, l’urbanisme ou l’administration
des finances locales. Ces organes assurent ainsi la gestion quotidienne des affaires locales et
veillent à l’application des politiques publiques dans les communes. Les compétences des
organes élus locaux sont diverses et touchent à plusieurs domaines :

1. Planification et développement local : les communes élaborent et mettent en œuvre les


Plans Communaux de Développement (PCD), conformément aux priorités locales.
2. Gestion du patrimoine communal : elles administrent les infrastructures publiques, les
équipements collectifs et les espaces communaux.
3. Mobilisation des ressources locales : les organes élus collectent les taxes et redevances
locales, gèrent les budgets communaux et supervisent les projets financés localement
ou par des partenaires.
4. Participation à la régulation sociale : bien que les chefs traditionnels jouent un rôle
dans la médiation, les élus locaux interviennent également dans la résolution des
conflits communautaires, notamment ceux relatifs au foncier et à l’organisation des
services collectifs.

75
Hounkpe, G., Décentralisation et gouvernance locale en Afrique de l’Ouest : le cas du Bénin, Karthala, 2009,
p. 142.
76
Boko, S., La décentralisation en Afrique : théorie et pratique au Bénin, Cotonou, 2018, p. 65.

18
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

La loi n°2021-14 renforce également « la responsabilité administrative et financière


des organes élus »77. Les comptes des communes doivent être soumis à « un contrôle régulier
»78, et le maire rend compte de l’utilisation des fonds publics devant le Conseil et les citoyens.
Ces dispositifs visent à assurer « la transparence, la redevabilité et la bonne gouvernance »79.
Cependant, malgré ce cadre juridique solide, l’effectivité des compétences des organes élus
rencontre des limites pratiques : certaines communes manquent de personnel qualifié, de
ressources financières suffisantes ou de moyens techniques pour mettre en œuvre les projets
de développement. Le contrôle de tutelle exercé par le préfet, bien que nécessaire pour
garantir le respect de la loi, peut parfois restreindre l’autonomie des élus locaux et générer des
tensions institutionnelles. Ainsi, les organes élus locaux au Bénin sont à la fois les moteurs de
la décentralisation et des acteurs confrontés à des défis de capacité et de coordination, mais ils
restent au centre de la gestion des affaires communales et de la mise en œuvre des politiques
publiques locales.

B. Les effets de la décentralisation sur la gestion des affaires locales


La décentralisation, telle qu’encadrée par la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021
portant code de l’administration territoriale, a profondément transformé la gestion des affaires
locales au Bénin. Elle a permis de rapprocher le pouvoir de décision des populations et de
favoriser une gouvernance plus participative et réactive aux besoins locaux. Chaque commune
dispose désormais d’une autonomie administrative, financière et technique qui lui permet de
planifier et de réaliser des projets adaptés aux réalités locales. Un des effets majeurs est
l’autonomie décisionnelle et financière. Grâce à la possibilité de percevoir certaines taxes
locales et de gérer leurs budgets, les communes disposent de ressources pour financer des
projets prioritaires, tels que l’éducation, la santé, l’assainissement, la voirie et
l’approvisionnement en eau. Cette autonomie réduit la dépendance exclusive vis-à-vis des
dotations de l’État et permet une réactivité accrue dans la gestion des besoins locaux.

La décentralisation favorise également une participation accrue des citoyens. Les


habitants peuvent élire leurs conseillers, participer aux séances publiques du conseil
communal et être consultés lors de l’élaboration des Plans Communaux de Développement
(PCD). La loi n°2021-14 prévoit même la mise en place de mécanismes de concertation et de

77
République du Bénin, Code de l’administration territoriale, art. 90.
78
Article. 91.
79
Kouton, P., Transparence et redevabilité dans la décentralisation béninoise, Revue Béninoise d’Administration
Publique, n°7, 2021, p. 109.

19
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

comités de suivi pour impliquer la population dans la planification et le contrôle des projets,
renforçant ainsi la transparence et la redevabilité des élus.

Par ailleurs, la décentralisation a modifié les rapports entre chefferie traditionnelle et


élus locaux. "Les chefs traditionnels continuent d’exercer une autorité morale et symbolique,
et leur rôle de médiation reste crucial dans la résolution des conflits fonciers, sociaux ou
communautaires80. Ils deviennent des partenaires stratégiques pour la mise en œuvre des
projets et la mobilisation communautaire, ce qui contribue à une gouvernance plus inclusive
et enracinée dans les réalités culturelles locales. Cependant, certaines difficultés persistent :
La capacité technique limitée des communes pour exécuter efficacement les projets ; La
disponibilité restreinte de ressources financières dans certaines collectivités, notamment
rurales ; Les risques de conflits d’autorité entre chefs traditionnels et élus, en particulier sur la
gestion des terres et des ressources locales. Malgré ces défis, la décentralisation au Bénin,
telle que réaffirmée par la loi n°2021-14, constitue une avancée majeure. Elle rapproche la
gouvernance des citoyens, favorise la participation locale et crée un cadre institutionnel
permettant aux autorités locales et aux chefs traditionnels de collaborer pour le
développement durable des collectivités.

80
A. HOUNGBEDJI, Chefferie traditionnelle et pouvoir local au Bénin, Porto-Novo, Éditions Benin Press,
2019, p. 102.

20
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

CHAPITRE 2: L’ARTICULATION JURIDIQUE ET INSTITUTIONNELLE ENTRE


CHEFFERIE TRADITIONNELLE ET DECENTRALISATION

La coexistence de la chefferie traditionnelle et de la décentralisation ne relève pas


seulement de faits sociaux ou politiques ; elle s’inscrit également dans un cadre juridique et
institutionnel qui en définit, ou du moins en suggère, les contours. Si la Constitution
béninoise, ainsi que certaines lois, évoquent la chefferie traditionnelle de manière explicite ou
implicite, elles ne lui accordent qu’une reconnaissance limitée et parfois ambiguë. Ce chapitre
analysera donc, dans une première section, la reconnaissance de la chefferie par les textes
juridiques de la décentralisation, afin de mettre en évidence à la fois ses apports et ses
insuffisances (Section 1). Dans une seconde section, il mettra en lumière les zones
d’interférence, de chevauchement et les lacunes du droit positif, qui nourrissent les ambiguïtés
institutionnelles et accentuent les tensions entre élus locaux et autorités coutumières (Section
2).

Section 1: La reconnaissance de la chefferie traditionnelle dans les textes de la


décentralisation
Bien que profondément enracinée dans l’histoire et la culture, la chefferie
traditionnelle ne bénéficie pas toujours d’une reconnaissance claire et explicite dans les
dispositifs juridiques modernes. Cette section se propose d’abord d’analyser les dispositions
constitutionnelles et légales pertinentes, qui évoquent ou encadrent la place de la chefferie
(Paragraphe 1), avant de montrer les limites de cette reconnaissance et la manière dont elles
affectent la légitimité institutionnelle de l’institution traditionnelle (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: La reconnaissance implicite et explicite de la chefferie


Il conviendra de mettre en évidence, d’une part, les dispositions constitutionnelles et
légales qui, directement ou indirectement, consacrent la place de la chefferie traditionnelle
(A), et, d’autre part, les limites qui découlent d’une reconnaissance fragmentaire et parfois
symbolique (B).

A. Les dispositions constitutionnelles et légales pertinentes


La chefferie traditionnelle au Bénin bénéficie d’une reconnaissance indirecte et
partielle dans le système juridique national, qui découle de l’histoire, de la Constitution du 11
décembre 1990 révisée en 2019 et de la législation sur la décentralisation. Son rôle n’est pas
directement encadré par un texte spécifique, mais il est fortement soutenu par les pratiques

21
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

coutumières et par les dispositions juridiques qui favorisent l’implication des autorités locales
et traditionnelles dans la gouvernance communautaire.

Historiquement, la chefferie béninoise remonte aux royaumes précoloniaux tels


qu’Abomey, Porto-Novo, Nikki et Allada81. Ces institutions royales ou lignagères avaient
pour mission de réguler la vie sociale, de maintenir l’ordre, de gérer les conflits et de
préserver les traditions. Avec l’arrivée des Français et l’instauration du système colonial,
certaines autorités traditionnelles ont été intégrées dans l’administration locale, tandis que
d’autres ont été marginalisées. Cette dualité historique explique aujourd’hui le statut hybride
de la chefferie, à la fois traditionnelle et associée à l’État dans la gouvernance locale 82.

La Constitution du 11 décembre 1990 révisée en 2019 constitue le premier cadre


juridique fondamental. Bien qu’elle ne consacre pas explicitement la chefferie, elle reconnaît
l’importance des valeurs culturelles et du patrimoine historique dans la vie sociale et politique
du pays83. Le préambule et certains articles (notamment ceux relatifs à la décentralisation et à
la gouvernance locale) affirment que les collectivités territoriales doivent intégrer la
participation de toutes les forces sociales, ce qui inclut implicitement les chefs traditionnels.
Cette reconnaissance constitutionnelle offre à la chefferie une légitimité morale et
symbolique, indispensable à son rôle d’interlocuteur et de médiateur au niveau local.

Au niveau législatif, la loi n°97-029 du 15 janvier 1999 organisant les 77 communes 84


a ouvert la voie à l’implication des chefs traditionnels dans la vie communale. Bien que cette
loi se concentre sur l’organisation administrative et le rôle des organes élus, elle laisse la
possibilité aux autorités coutumières de collaborer avec les conseils communaux dans des
missions spécifiques, comme la médiation des conflits ou la mobilisation des populations
pour des projets communautaires.

La loi n°2021-14 du 20 décembre 2021, qui constitue le nouveau code de


l’administration territoriale, consolide cette reconnaissance. L’article 14 précise que « les
collectivités territoriales peuvent consulter et associer les autorités coutumières et religieuses
aux actions de développement et de gestion sociale ». Cette disposition formalise le rôle
consultatif et participatif des chefs traditionnels dans un cadre légal précis, tout en les plaçant

81
AGBODJAN, F., Les royaumes précoloniaux du Bénin et leurs héritages politiques, Cotonou, Harmattan,
2017, p. 22
82
ELWERT, G., Colonialism and traditional authorities in West Africa, African Studies Review, 1999, p. 115.
83
Préambule et article 151 de la constitution
84
République du Bénin, Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 organisant les communes, Journal Officiel, 1999.

22
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

sous la supervision et la coordination des élus locaux. Elle confère donc une base juridique
explicite à l’autorité traditionnelle, même si cette autorité reste non décisionnelle et limitée à
un rôle d’accompagnement et de médiation.

Dans la pratique, cette reconnaissance juridique se traduit par la participation des chefs
traditionnels à des comités de suivi des projets locaux, à des consultations publiques et à des
initiatives de développement communautaire. Dans certaines communes rurales, le chef de
village est systématiquement associé à la planification des infrastructures scolaires et
sanitaires ou à l’organisation de cérémonies d’inauguration de projets financés par l’État ou
par des partenaires au développement.85

Au-delà de la loi, la chefferie bénéficie également de références sectorielles 86 qui


renforcent son rôle dans la gestion foncière, la cohésion sociale et la préservation des valeurs
culturelles. Dans le domaine foncier, par exemple, "les chefs traditionnels sont souvent
consultés pour valider des transactions ou résoudre des litiges locaux" 87, ce qui témoigne de
leur importance fonctionnelle dans la gouvernance locale.

En résumé, la reconnaissance constitutionnelle et légale de la chefferie béninoise, bien


que partielle, constitue un socle essentiel. Elle combine symbolique, morale et pratique, et
permet à la chefferie de jouer un rôle actif dans la gouvernance locale, notamment dans la
médiation, la mobilisation communautaire et la préservation des valeurs culturelles.

B. Les limites de la reconnaissance formelle dans les lois de la décentralisation


Malgré cette reconnaissance, les textes légaux présentent plusieurs limites qui
restreignent l’exercice effectif de l’autorité traditionnelle. La principale limite réside dans le
caractère consultatif et non décisionnel du rôle des chefs traditionnels. Ni la loi n°97-029 ni la
loi n°2021-14 ne confèrent aux chefs de pouvoirs exécutifs ou financiers autonomes. Leur
participation aux affaires locales dépend toujours de l’invitation ou de la coopération des
organes élus, ce qui peut réduire leur influence dans certaines communes.

Cette absence de statut juridique uniforme88 entraîne des variations locales


importantes. Dans certaines communes, les chefs traditionnels sont pleinement impliqués dans
les projets de développement, tandis que dans d’autres, leur rôle se limite à la médiation

85
BIO BIGOU, M., Décentralisation et communautés locales au Bénin, Paris, L’Harmattan, 2021, p. 136.
86
AHO, J., Gouvernance foncière et acteurs coutumiers au Bénin, Porto-Novo, 2019, p. 54.
87
Code foncier et domanial, Loi n°2013-01 du 14 août 2013, art. 7.
88
AHO, J., Gouvernance foncière et acteurs coutumiers au Bénin, Porto-Novo, 2019, p. 47.

23
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

culturelle ou à la représentation symbolique lors des cérémonies. Cette situation crée une
hétérogénéité de traitement, source d’inégalités et parfois de conflits entre communautés ou
entre chefs traditionnels et élus.

Par ailleurs, l’absence d’un cadre légal clair expose la chefferie à l’instrumentalisation
politique. Les partis politiques ou certaines autorités locales peuvent chercher à exploiter
l’influence des chefs traditionnels pour obtenir des soutiens électoraux ou faciliter la mise en
œuvre de projets spécifiques, sans véritable respect de leur rôle traditionnel. Cette situation
peut fragiliser la légitimité des chefs et engendrer des tensions avec les populations ou avec
les conseils communaux.

Enfin, "la reconnaissance limitée ne garantit pas la protection juridique des chefs en
cas de contestation de leur autorité. Les conflits internes ou les désaccords avec les élus ne
disposent pas toujours de mécanismes précis pour être résolus, ce qui peut affaiblir le rôle des
chefs traditionnels et nuire à la stabilité sociale et à la cohésion communautaire.

En conséquence, si "la chefferie traditionnelle bénéficie d’une reconnaissance


implicite et partielle dans le cadre de la décentralisation, cette reconnaissance reste fragile et
insuffisante pour assurer une intégration harmonieuse et durable dans la gouvernance
locale.89" Une meilleure codification légale, accompagnée d’une clarification des compétences
et d’une protection juridique, serait nécessaire pour garantir un équilibre entre l’autorité
coutumière et les élus locaux, et pour renforcer la collaboration entre ces deux piliers de la
gestion locale.

Paragraphe 2: Le statut juridique et la place de la chefferie dans la gouvernance locale


Il s’agira ici d’examiner le rôle essentiellement consultatif et symbolique reconnu aux
chefs traditionnels (A), puis de souligner les difficultés pratiques liées à l’absence d’un cadre
légal uniforme et clair (B).

A. Le rôle consultatif et symbolique des chefs traditionnels


La chefferie traditionnelle, tout en n’étant pas dotée de pouvoirs exécutifs ou
financiers, occupe un rôle consultatif et symbolique central dans la gouvernance locale
béninoise. Cette place découle à la fois de la « législation sur la décentralisation », de la
Constitution et de la pratique coutumière consolidée au fil des siècles 90. Le rôle consultatif des

89
ADJOVI, G., La place des autorités traditionnelles dans le droit béninois, op. cit., p. 44.
90
Ayité, F., Tradition et modernité politique en Afrique, Cotonou, Éditions Ruisseaux d’Afrique, 2017.

24
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

chefs traditionnels repose sur leur « autorité morale et historique » 91, qui fait d’eux des
interlocuteurs privilégiés des élus et des populations. La loi n°97-029 du 15 janvier 1999 a
posé les bases de cette collaboration. Les chefs traditionnels sont reconnus comme «
partenaires potentiels des conseils communaux » dans l’élaboration et la mise en œuvre de
projets locaux. Cette reconnaissance a été approfondie et modernisée par la loi n°2021-14 du
20 décembre 2021, qui formalise leur participation dans les activités de « consultation et
concertation avec les autorités locales ». L’article 14 stipule explicitement que « les chefs
traditionnels peuvent être consultés sur toutes les questions intéressant la vie sociale et
culturelle des communautés », notamment les projets de développement local, la médiation
des conflits et la mobilisation des populations. Dans la pratique, ce rôle consultatif se
manifeste de différentes manières :

1. Participation aux réunions communales et comités de suivi 92 : Les chefs traditionnels


sont souvent invités aux sessions du conseil communal, aux comités de suivi des
projets et aux conseils consultatifs locaux. Leur présence permet de recueillir les
perceptions des populations, d’identifier les besoins et de garantir que les projets sont
culturellement acceptables et socialement légitimes.
2. Médiation et arbitrage93 : Les chefs traditionnels jouent un rôle clé dans la résolution
des conflits fonciers, sociaux ou familiaux, en complément des structures judiciaires
formelles. Cette fonction consultative repose sur leur autorité morale et leur
connaissance approfondie des coutumes locales.
3. Transmission des valeurs culturelles94 : La chefferie agit comme garant des traditions
et des normes sociales, permettant aux autorités locales de prendre des décisions qui
respectent l’identité culturelle et le patrimoine des communautés.

Le « rôle symbolique »95 est également fondamental. Les chefs traditionnels incarnent
« l’histoire, la continuité et la légitimité sociale des communautés ». Leur participation aux
cérémonies officielles, aux inaugurations de projets ou aux fêtes locales renforce la cohésion
sociale et légitime les actions des autorités locales auprès des populations. Ainsi, même sans

91
Kouassigan, G., L’autorité morale des chefs coutumiers en Afrique, Revue africaine de droit, n°12, 2016.
92
Décret n°2001-189 du 19 juin 2001 fixant les modalités de fonctionnement des conseils communaux.
93
ARMP Bénin, Rapport sur la médiation coutumière et la gestion des conflits fonciers, 2020.
94
Hountondji, P., Culture et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, 2015.
95
Lufungula, A., Chefferies et gouvernance locale en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, 2018, p. 98.

25
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

pouvoir exécutif, la chefferie occupe une « position stratégique dans le processus de


gouvernance »96.

Cependant, ce rôle consultatif et symbolique comporte des limites. La chefferie n’a


pas de pouvoir décisionnel direct et dépend de la bonne volonté des élus locaux pour être
intégrée dans les projets. Dans certains cas, son influence est marginalisée, et les décisions
prises sans consultation peuvent provoquer des tensions ou des contestations au niveau
communautaire. Le défi est donc de « transformer cette reconnaissance symbolique en une
véritable interaction fonctionnelle », permettant aux chefs de contribuer de manière effective
à la gouvernance locale.

En définitive, le rôle consultatif et symbolique des chefs traditionnels représente un


levier précieux pour la gouvernance locale : il permet d’intégrer les valeurs culturelles, de
renforcer la légitimité des décisions et d’assurer une meilleure médiation des conflits, tout en
maintenant l’équilibre avec les compétences des élus locaux.

B. Les difficultés liées à l’absence d’un cadre légal clair et uniforme


Malgré leur rôle reconnu, les chefs traditionnels font face à d’importantes difficultés
liées à l’absence d’un cadre juridique clair et uniforme. Les textes actuels, notamment la loi
n°2021-14 du 20 décembre 2021 et la loi n°97-029 du 15 janvier 1999, donnent des «
orientations générales mais ne définissent pas précisément les droits, responsabilités et
limites de la chefferie 97» dans la gouvernance locale. Cette situation entraîne des ambiguïtés
dans la pratique et expose les chefs à des « conflits institutionnels ou sociaux ».

L’une des difficultés majeures est le « chevauchement de compétences avec les élus
98
locaux ». Par exemple, en matière foncière, les chefs traditionnels sont consultés pour
valider certaines transactions ou résoudre des litiges, mais les décisions finales relèvent des
autorités municipales ou préfectorales. Cette double autorité peut créer des tensions et générer
des « conflits de légitimité99 », surtout lorsque les populations sont partagées entre l’autorité
coutumière et celle des élus.

96
Bako-Arifari, N., Chefferie traditionnelle et décentralisation au Bénin, Politique africaine, n°92, 2003.
97
Hounkpe, M., Les limites juridiques de la chefferie dans la décentralisation béninoise, Revue béninoise de
droit public, 2020.
98
Constitution du Bénin, art. 151 (reconnaissance des coutumes et traditions).
99
Ayité, F., Tradition et modernité politique en Afrique, Cotonou, Éditions Ruisseaux d’Afrique, 2017.

26
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Un autre problème réside dans la « vulnérabilité politique des chefs traditionnels »100.
Leur rôle consultatif peut être instrumentalisé par les partis politiques ou les élus locaux, qui
cherchent à mobiliser leur influence pour obtenir un soutien électoral ou faciliter la mise en
œuvre de projets spécifiques. Cette instrumentalisation risque de fragiliser la légitimité des
chefs et de détériorer la confiance des populations à leur égard. L’absence de mécanismes
clairs pour résoudre les conflits entre autorités traditionnelles et élus locaux constitue
également un défi majeur. Les chefs traditionnels n’ont pas de « recours juridique
spécifique101 » en cas de contestation de leur rôle ou de marginalisation par les organes élus,
ce qui peut entraîner des tensions sociales et limiter l’efficacité de la décentralisation.

Enfin, « l'hétérogénéité des pratiques locales102 » accentue ces difficultés. Selon les
communes et les départements, le rôle des chefs peut être fortement respecté ou largement
ignoré, ce qui crée des inégalités dans la gestion des affaires locales et fragilise la cohésion
sociale.

En conclusion, l’absence d’un cadre légal clair et uniforme constitue un obstacle


majeur à l’intégration harmonieuse de la chefferie dans la gouvernance locale. Pour garantir
un équilibre entre autorités traditionnelles et élus locaux, il serait nécessaire de : codifier
clairement les fonctions consultatives, symboliques et médiatrices des chefs, définir les
limites de leur influence dans les décisions exécutives, mettre en place des mécanismes de
concertation et de résolution des conflits.

Ces mesures permettraient de transformer le rôle traditionnel des chefs en un vrai


levier pour le développement local, tout en respectant la logique de décentralisation et la
primauté des organes élus.

Section 2: Les zones d'interférence et les lacunes du cadre juridique


Si la chefferie traditionnelle et les élus locaux sont censés travailler de concert au
service des populations, les chevauchements de compétences et les ambiguïtés juridiques
nourrissent souvent des rivalités institutionnelles. Cette section s’attachera à mettre en
évidence, dans un premier temps, les situations de concurrence de légitimité et les zones de
friction, notamment dans la gestion des conflits fonciers et des initiatives locales de
développement (Paragraphe 1). Dans un second temps, elle mettra en lumière les

100
Kouassigan, G., L’autorité morale des chefs coutumiers en Afrique, Revue africaine de droit, n°12, 2016.
101
ARMP Bénin, Rapport sur la médiation coutumière et la gestion des conflits fonciers, 2020.
102
Lufungula, A., Chefferies et gouvernance locale en Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala, 2018, p. 118

27
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

insuffisances normatives du droit positif, qui entretiennent l’instrumentalisation politique et


l’affaiblissement de la chefferie (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: Les chevauchements de compétences entre chefs traditionnels et élus


locaux
On montrera comment la gestion des conflits fonciers et communautaires (A) et les
rivalités autour des initiatives locales de développement (B) créent des tensions
institutionnelles récurrentes.

A. La gestion des conflits fonciers et litiges communautaires


L’un des domaines où se manifeste le plus clairement l’interférence entre les autorités
traditionnelles et les élus locaux est la gestion foncière et les litiges communautaires. La
chefferie traditionnelle, historiquement investie de la « régulation sociale »103, a pour mission
de « préserver les droits coutumiers sur les terres »104, de trancher les différends fonciers et
d’organiser l’accès aux ressources naturelles. Cette compétence découle des pratiques
ancestrales et de l’autorité morale que les populations leur accordent. Depuis l’adoption de la
loi n°97-029 du 15 janvier 1999 et la réforme par la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021, les
organes élus locaux ont acquis « la gestion administrative et juridique du foncier au niveau
communal »105. Ils peuvent délivrer des titres fonciers, contrôler l’occupation des sols et
planifier l’aménagement territorial. Cette double attribution crée des « chevauchements de
106
compétences »: les chefs traditionnels continuent de trancher les litiges selon la coutume,
tandis que les élus prennent des décisions fondées sur le droit administratif et foncier
moderne. Ces chevauchements entraînent plusieurs effets :

1. « Conflits d’autorité »107 : certaines populations privilégient la décision des chefs


traditionnels, considérant leur arbitrage plus légitime ou plus rapide que celui des élus
locaux.
2. « Risques de contestation »108 : les décisions municipales peuvent être contestées si
elles contredisent les pratiques coutumières, provoquant tensions et blocages.

103
Kouassigan, G., La régulation sociale par les chefferies africaines, Revue africaine de droit coutumier, 2015.
104
Hounkpe, M., Droits coutumiers et gestion foncière au Bénin, Revue béninoise de droit public, 2019.
105
Ministère de la Décentralisation, Guide pratique de la gestion foncière communale au Bénin, 2022.
106
Ayité, F., Tradition et modernité politique en Afrique, Cotonou, Ruisseaux d’Afrique, 2017.
107
Hountondji, P., Culture et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, 2015.
108
ARMP Bénin, Rapport sur la médiation coutumière et les conflits fonciers, 2020.

28
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

3. Multiplication des recours : les litiges peuvent être portés simultanément devant les
chefs, les conseils communaux et les tribunaux, ce qui alourdit le processus et retarde
la résolution.

Par ailleurs, la coordination entre chefs et élus reste souvent insuffisante, faute de
mécanismes institutionnels clairs. Les textes légaux « encouragent la concertation »109, mais
ne prévoient pas de cadre obligatoire ou de procédures harmonisées pour résoudre ces
conflits. Cette situation reflète une lacune structurelle dans le droit positif et montre combien
il est crucial d’articuler autorité traditionnelle et administration moderne pour garantir la
stabilité sociale et la sécurité foncière.

Enfin, certains projets de développement sont ralentis par ces chevauchements. Les
initiatives d’aménagement, d’infrastructure ou de redistribution de terres doivent tenir compte
à la fois de la législation moderne et des pratiques coutumières, ce qui complexifie la
planification et l’exécution des projets locaux. Une meilleure définition des compétences et un
dialogue structuré entre les acteurs constitueraient des solutions pour réduire les conflits et
assurer une gouvernance plus efficace.

B. Les initiatives locales de développement et les rivalités de leadership


Outre les questions foncières, les chevauchements se manifestent dans la mise en
œuvre des initiatives locales de développement. Les chefs traditionnels, en tant que leaders
reconnus, sont souvent sollicités pour mobiliser la communauté, organiser les travaux et
sensibiliser les populations. Parallèlement, les élus locaux détiennent la prérogative officielle
de gestion et de financement des projets, ce qui peut provoquer des tensions et des rivalités de
leadership.

Dans certaines communes, des projets de proximité tels que la construction d’écoles,
la réhabilitation de centres de santé ou la gestion de marchés locaux peuvent devenir des
zones de conflit. Les chefs traditionnels souhaitent parfois influencer les priorités et la
répartition des ressources, tandis que les élus tiennent à préserver leur autorité administrative
et budgétaire. Cette dynamique peut engendrer :

1. Une « compétition symbolique et sociale110 », où chaque acteur cherche à renforcer sa


légitimité auprès des populations ;

109
Loi n°2021-14, art. 14.
110
Bayart, J. F. (1993). L’État en Afrique : la politique du ventre. Paris : Fayard.

29
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

2. Des « retards dans l’exécution des projets »111, lorsqu’aucun consensus n’est trouvé ou
que des tensions locales bloquent la mobilisation des ressources ;
3. Un « affaiblissement de la gouvernance locale »112, lorsque la rivalité empêche une
coopération constructive entre autorités traditionnelles et conseils communaux.

Les textes en vigueur, en particulier la loi n°2021-14, prévoient la « consultation des


chefs traditionnels 113», mais ne définissent pas de mécanismes obligatoires de concertation et
d’arbitrage pour ces situations. L’absence de procédures claires favorise l’apparition de
conflits ponctuels ou récurrents et limite l’efficacité des politiques locales de développement.

Par ailleurs, les rivalités peuvent être exacerbées par l’instrumentalisation politique.
Certains élus ou acteurs extérieurs peuvent utiliser la chefferie pour asseoir leur influence
électorale ou politique, provoquant une polarisation au sein des communautés et fragilisant la
cohésion sociale. Dans ce contexte, les chefs traditionnels se retrouvent à jongler entre leur
rôle historique de « médiateur »114 et les pressions contemporaines liées à la gouvernance et à
la politique locale.

Pour atténuer ces tensions, il est crucial de développer des mécanismes institutionnels
de coopération : création de comités mixtes de pilotage des projets, clarification des
responsabilités, partage transparent des ressources et suivi participatif avec les populations.
Cela permettrait non seulement de réduire les conflits, mais aussi de « valoriser la
complémentarité entre les autorités traditionnelles et les élus »115, en vue d’une gouvernance
locale harmonieuse et efficace.

Paragraphe 2: Les insuffisances et ambiguïtés du droit positif


On analysera, d’une part, les lacunes normatives dans la définition des rôles de la
chefferie (A), et d’autre part, les risques d’instrumentalisation politique qui en résultent et
affaiblissent la crédibilité de l’institution (B).

A. Les lacunes normatives dans la définition du rôle des chefs traditionnels


Malgré la reconnaissance implicite et partielle de la chefferie traditionnelle dans la
Constitution et les lois sur la décentralisation, le droit béninois présente d’importantes lacunes

111
Cour des Comptes du Bénin (2020). Rapport public sur l’exécution des projets locaux.
112
Banque Mondiale (2019). Décentralisation et gouvernance locale en Afrique subsaharienne. Washington.
113
Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021, art. 92.
114
Le Roy, E. (1999). La terre de l’autre : une anthropologie des régimes d’appropriation foncière. Paris : LGDJ.
115
PNUD (2021). Rapport sur la gouvernance inclusive en Afrique de l’Ouest.

30
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

normatives qui limitent l’efficacité et la sécurité juridique des chefs traditionnels. La


législation actuelle, notamment la loi n°97-029 du 15 janvier 1999 et la loi n°2021-14 du 20
décembre 2021, ne définit pas de manière exhaustive les prérogatives, limites et
responsabilités de la chefferie. Cette absence de cadre clair entraîne des ambiguïtés sur
plusieurs plans. Tout d’abord, il n’existe pas de « délimitation précise des compétences »116
entre les chefs traditionnels et les organes élus locaux. Si les textes mentionnent la «
consultation et la participation aux projets de développement »117, ils ne précisent ni la nature
exacte des « pouvoirs consultatifs »118, ni la portée décisionnelle des chefs. Cette incertitude
génère des conflits de légitimité, notamment dans la gestion foncière, la médiation des litiges
et l’organisation des activités culturelles ou religieuses. Ensuite, la législation ne prévoit pas
de « procédures claires pour la nomination, la succession et la révocation »119 des chefs
traditionnels. Alors que certains textes reconnaissent leur rôle, ils ne définissent pas les «
critères de légitimité »120, ni les « mécanismes de contrôle »121, laissant place à des
contestations internes ou externes. Cette lacune rend difficile la stabilisation de l’autorité
traditionnelle et la continuité de son rôle dans la gouvernance locale.

Par ailleurs, le droit positif ne prévoit pas de « protection juridique spécifique »122 pour
les chefs traditionnels dans l’exercice de leurs fonctions. En cas de conflit avec les élus ou de
contestation par les populations, les chefs n’ont pas de « recours clair »123 pour faire respecter
leur autorité. Cela les expose à des pressions politiques, à des contestations locales et à
l’instrumentalisation de leur autorité à des fins électorales. Ces lacunes normatives sont
également visibles dans les domaines liés à la «préservation des coutumes et du patrimoine
culturel »124. Les textes législatifs reconnaissent la valeur des traditions, mais n’encadrent pas
leur intégration dans les politiques publiques locales. Les chefs traditionnels peuvent donc se
retrouver isolés lorsqu’ils cherchent à défendre certaines pratiques ou à arbitrer des conflits
liés aux normes coutumières.

116
Houngnihin, R. (2017). Droit administratif béninois. Cotonou.
117
Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021, art. 92.
118
ARMP (2020). Étude sur le rôle des acteurs locaux dans la commande publique.
119
Le Roy, E. (1999). La terre de l’autre. Paris : LGDJ.
120
Bierschenk, T. (2009). La démocratie à la base en Afrique : la gestion des collectivités locales au Bénin.
Paris : Karthala.
121
Ministère de la Décentralisation, Rapport 2019.
122
Constitution du Bénin, art. 23.
123
Cour constitutionnelle du Bénin, décision DCC 17-010 du 12 janvier 2017.
124
UNESCO (2015). Patrimoine immatériel et gouvernance locale en Afrique.

31
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Enfin, l’absence de normes précises entraîne une « hétérogénéité dans l’application


des textes »125. Selon les communes et les départements, le rôle des chefs traditionnels varie
considérablement. Certains sont pleinement intégrés aux comités de développement et aux
projets locaux, tandis que d’autres ne sont consultés que de manière sporadique, réduisant leur
légitimité et leur efficacité.

En somme, ces lacunes normatives limitent l’impact de la chefferie traditionnelle dans


126
la gouvernance locale, fragilisent sa légitimité et créent un « vide juridique » susceptible
d’alimenter des conflits avec les organes élus.

B. Les risques d’instrumentalisation politique et d’affaiblissement de la chefferie


Les ambiguïtés et lacunes du droit positif exposent également la chefferie
traditionnelle à des risques d’instrumentalisation politique et d’affaiblissement de son autorité
morale et sociale. Dans un contexte de décentralisation, où les élections locales mobilisent
fortement les communautés, les chefs traditionnels peuvent être sollicités par des partis ou des
candidats pour mobiliser les populations, souvent au détriment de leur « rôle impartial et
historique 127». Cette instrumentalisation peut prendre différentes formes :

1. Appui électoral : les chefs sont parfois sollicités pour « soutenir publiquement un
candidat ou un parti »⁵, ce qui peut créer des tensions avec les habitants qui
soutiennent d’autres options.
2. Influence sur la gestion des ressources : certains élus peuvent chercher à « exploiter
l’autorité coutumière »⁶ pour orienter l’attribution de terres, de subventions ou de
contrats locaux, ce qui peut provoquer des conflits internes.
3. Marginalisation des chefs critiques : les autorités locales peuvent « réduire le rôle des
chefs qui s’opposent à certaines décisions »⁷, affaiblissant leur légitimité et leur
influence dans la communauté.

Ces risques fragilisent non seulement la chefferie, mais aussi la cohésion sociale.
Lorsque les chefs sont perçus comme « instrumentalisés ou partiaux128 », leur rôle de
médiateur et d’arbitre est compromis, ce qui peut exacerber les tensions communautaires et
réduire la confiance dans les institutions locales. De plus, l’absence d’un cadre légal clair sur

125
Cour des Comptes du Bénin, Rapport annuel 2020.
126
ARMP (2020). Étude sur le rôle des acteurs locaux dans la commande publique.
127
Houngnihin, R. (2017). Droit administratif béninois.
128
Koura, D. (2018). Décentralisation et chefferie traditionnelle au Bénin.

32
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

les interactions entre chefs traditionnels et élus locaux laisse place à une interprétation
arbitraire des compétences. Les élus peuvent limiter l’accès des chefs aux instances de
décision ou ignorer leurs recommandations, ce qui réduit la capacité de la chefferie à
contribuer efficacement au développement local. Enfin, le déclin de l’autorité morale des
chefs peut avoir des conséquences à long terme. Si les jeunes générations ne perçoivent plus
la légitimité de la chefferie, le rôle historique de ces institutions dans la médiation, la
préservation des valeurs culturelles et l’intégration sociale peut disparaître, laissant un « vide
institutionnel au niveau local »129. Pour pallier ces risques, plusieurs solutions peuvent être
envisagées : Codification précise du rôle consultatif et médiateur des chefs, pour éviter toute
confusion ; Mécanismes de concertation obligatoires entre autorités traditionnelles et élus
locaux ; Protection juridique et institutionnelle des chefs, afin de préserver leur indépendance
et leur impartialité ; Sensibilisation des populations et des élus à l’importance de la chefferie
pour la cohésion sociale et le développement local.

Ainsi, les ambiguïtés du droit positif ne sont pas seulement des lacunes juridiques,
elles ont des impacts pratiques et sociaux majeurs, affectant la gouvernance locale, la
130
médiation des conflits et la « pérennité de la chefferie traditionnelle » dans un contexte de
décentralisation.

129
PNUD (2017). Étude sur la gouvernance locale au Bénin.
130
Bierschenk, T. (2009). La démocratie à la base en Afrique.

33
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Deuxième Partie: La chefferie traditionnelle face aux dynamiques de la décentralisation

Deuxième Partie:

La chefferie traditionnelle face aux


dynamiques de la décentralisation

34
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

L’instauration de la décentralisation au Bénin a non seulement bouleversé


l’organisation de l’administration territoriale, mais elle a également reconfiguré les rapports
de pouvoir au niveau local. Dans ce nouveau paysage institutionnel, la chefferie traditionnelle,
bien qu’elle ne soit pas un acteur élu ni officiellement investie de compétences légales
étendues, continue d’exercer une influence considérable sur les populations. La
décentralisation a dès lors imposé à la chefferie un double mouvement : d’une part, une
mutation de ses fonctions pour s’adapter aux exigences modernes de gouvernance et de
citoyenneté ; d’autre part, une nécessaire collaboration parfois harmonieuse, parfois
conflictuelle avec les autorités locales élues. Ce chapitre analysera donc, dans un premier
temps, les mutations des fonctions de la chefferie traditionnelle à l’ère de la décentralisation
(Chapitre 1), puis, dans un second temps, les dynamiques de collaboration, de conflit ainsi
que les perspectives et opportunités de synergie entre chefferie et élus locaux (Chapitre 2).

35
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

CHAPITRE 1: LES MUTATIONS DES FONCTIONS DE LA CHEFFERIE


TRADITIONNELLE A L'ERE DE LA DECENTRALISATION

La chefferie traditionnelle, autrefois cantonnée à la préservation des traditions, à la


médiation des conflits et à l’arbitrage coutumier, voit aujourd’hui ses fonctions évoluer sous
l’effet des dynamiques institutionnelles et sociales issues de la décentralisation. Si elle
demeure un relais identitaire et culturel, elle tend également à devenir un acteur de proximité
dans le développement local et la promotion de la citoyenneté. Ce chapitre mettra en lumière,
dans une première section, la redéfinition du rôle des chefs traditionnels à travers leur
implication dans les initiatives de développement local et la gouvernance participative
(Section 1). La seconde section analysera ensuite leur rôle en tant que garants des valeurs
culturelles et de la cohésion sociale (Section 2).

Section 1: La redéfinition du rôle des chefs traditionnels et l'implication de la chefferie


dans les initiatives de développement local et la promotion de la citoyenneté
Cette section présentera, d’une part, la participation de la chefferie aux projets de
développement communautaire et son rôle d’interface entre populations et autorités élues
(Paragraphe 1), et d’autre part, son action dans la sensibilisation à la gouvernance locale et au
renforcement de la démocratie participative (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: L’implication de la chefferie dans le développement local


La chefferie contribue désormais à la réalisation de projets communautaires concrets
(A). Elle sert également de passerelle entre populations et autorités élues (B).

A. La participation aux projets communautaires et initiatives de proximité


Avec l’avènement de la décentralisation au Bénin, la chefferie traditionnelle voit son
rôle redéfini et élargi, notamment dans le domaine du développement local. Si
historiquement, « les chefs avaient pour mission principale la médiation, l’arbitrage et la
préservation des valeurs coutumières »131, la décentralisation les implique désormais dans la
planification, la mise en œuvre et le suivi des projets communautaires.

Les textes législatifs, en particulier la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021, reconnaissent que
« les chefs traditionnels peuvent être consultés et associés aux initiatives locales »132. Dans les

131
B. Aguessy, Tradition et modernité au Bénin : le rôle des chefs coutumiers, Cotonou, 2005, p. 112.
132
Article 4 de la Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 relative à la chefferie traditionnelle en République du
Bénin.

36
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

communes rurales et semi-urbaines, ils participent activement à :

1. L’identification des besoins communautaires : grâce à leur proximité avec la


population, les chefs identifient les priorités locales en matière d’infrastructures,
d’éducation, de santé et d’aménagement foncier.
2. La mobilisation des populations : « les chefs jouent un rôle central pour sensibiliser et
mobiliser les habitants autour des projets »133, notamment pour l’adhésion aux
initiatives de développement financées par l’État ou les partenaires au développement.
3. Le suivi et l’évaluation des projets : ils contribuent à garantir que les projets respectent
les usages locaux et répondent aux besoins réels de la population. Cette participation
permet non seulement de renforcer l’efficacité des projets, mais aussi d’assurer
l’appropriation par les communautés, ce qui est essentiel pour la durabilité des
initiatives. Par exemple, dans certaines communes du nord du Bénin, les chefs
traditionnels sont associés à la gestion des forages d’eau potable et à l’entretien des
écoles communautaires, garantissant un suivi local constant134.

En parallèle, les chefs traditionnels jouent un rôle de médiation sociale dans la mise en
œuvre des projets. Ils résolvent les conflits qui pourraient surgir, qu’il s’agisse de disputes
foncières liées aux sites de construction ou de désaccords sur la répartition des ressources.
Leur intervention permet de prévenir les blocages et d’assurer la continuité des initiatives.
Ainsi, la participation aux projets communautaires transforme la chefferie en un acteur
stratégique de développement local, capable de relier les autorités publiques aux populations,
d’assurer la cohérence des actions et de renforcer l’efficacité des politiques publiques locales.
Ainsi, la participation aux projets communautaires transforme la chefferie en un acteur
stratégique de développement local, capable de relier les autorités publiques aux populations,
d’assurer la cohérence des actions et de renforcer l’efficacité des politiques publiques locales.

B. Le rôle d’interface entre populations locales et autorités élues


Outre leur contribution directe aux projets, les chefs traditionnels jouent un rôle
d’interface entre la population et les autorités élues, ce qui constitue « l’un des aspects
135
majeurs de leur mutation sous la décentralisation ». Les populations locales continuent de

133
A. Tidjani Alou, Pouvoir local et autorités traditionnelles au Bénin, Revue Africaine des Sciences Sociales,
2019.
134
Étude de cas sur la commune de Nikki, Projet ProDECOM (Programme de Développement des Communes),
2020.
135
C. Houngbédji, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, 2021.

37
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

faire confiance aux chefs pour exposer leurs besoins, leurs plaintes et leurs aspirations, tandis
que « les élus locaux utilisent ces canaux pour transmettre des informations et mobiliser les
136
citoyens autour des politiques publiques ». Cette fonction d’interface est cruciale pour
plusieurs raisons :

1. Renforcement de la légitimité des projets : la consultation des chefs permet d’assurer


que les projets locaux sont culturellement adaptés et socialement acceptés, renforçant
leur légitimité et réduisant les résistances.
2. Facilitation de la communication ascendante : les chefs transmettent les
préoccupations et suggestions des habitants aux organes élus, contribuant à « une
gouvernance plus participative »137.
3. Médiation et prévention des conflits : en jouant ce rôle d’interface, les chefs limitent
les tensions et favorisent la coopération entre les communautés et les autorités locales,
notamment dans des contextes sensibles tels que la gestion foncière ou la répartition
des ressources.

Par ailleurs, cette fonction est renforcée par la proximité sociale et culturelle des chefs
avec les populations. Leur autorité morale, fondée sur la tradition et l’histoire locale, leur
confère un capital de confiance que les élus, souvent perçus comme distants, n’ont pas. Cette
dynamique permet aux élus locaux de bénéficier d’un relais efficace et crédible pour
l’implémentation des politiques locales. Enfin, cette position d’interface confère à la chefferie
traditionnelle une nouvelle légitimité fonctionnelle, complémentaire de son rôle historique.
Elle lui permet de participer à la gouvernance locale de manière concrète, tout en renforçant la
citoyenneté participative et en consolidant le lien entre tradition et modernité 138.

Paragraphe 2: La chefferie et la promotion de la citoyenneté


Elle œuvre à sensibiliser les citoyens à la gouvernance locale (A). De plus, elle
favorise le renforcement de la démocratie participative (B).

A. La sensibilisation des populations à la gouvernance locale


La chefferie traditionnelle joue un rôle déterminant dans la promotion de la
citoyenneté et de la participation civique au sein des collectivités territoriales béninoises. En
136
A. Tidjani Alou, Pouvoir local et autorités traditionnelles au Bénin, Revue Africaine des Sciences Sociales,
2019.
137
P. Zinsou, Autorités traditionnelles et gestion des conflits au Bénin, Presses Universitaires du Bénin, 2017.
138
Projet ProDECOM (Programme de Développement des Communes), Étude de cas sur la commune de Nikki,
2020

38
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

tant qu’autorité respectée et légitime, le chef traditionnel constitue « un vecteur de


sensibilisation efficace auprès des populations locales, souvent éloignées de la
compréhension des mécanismes de la décentralisation 139».Selon la loi n°97-029 du 15 janvier
1999 et le code de l’administration territoriale (loi n°2021-14) « les collectivités territoriales
140
doivent favoriser la participation citoyenne dans la gestion des affaires locales ». Dans ce
cadre, la chefferie traditionnelle devient un relais incontournable pour :

1. Informer les populations sur leurs droits et obligations : le chef organise des réunions
villageoises ou des assemblées locales pour expliquer les procédures administratives,
le rôle des élus et les opportunités offertes par les politiques locales.
2. Encourager l’engagement communautaire : par son autorité, le chef motive les
habitants à prendre part aux initiatives de développement, à s’investir dans les projets
collectifs et à contribuer aux programmes de développement social.

Cette fonction est particulièrement cruciale dans les zones rurales où l’accès à
l’information est limité. Les chefs traditionnels utilisent des canaux informels, tels que les
conseils de village, les cérémonies religieuses et les assemblées communautaires, pour
diffuser des informations sur les budgets locaux, les projets municipaux ou les programmes
d’aide publique. Leur intervention permet ainsi de réduire l’ignorance administrative et
d’améliorer l’efficacité des politiques locales. De plus, la chefferie contribue à l’éducation
civique et au respect des règles communautaires. Elle rappelle aux citoyens « l’importance de
la participation aux élections locales, le respect des décisions communales et l’engagement
dans les initiatives collectives141 ». Ce rôle de sensibilisation s’inscrit dans une logique de
citoyenneté active, où chaque habitant devient un acteur du développement et de la cohésion
sociale. Enfin, l’impact de la chefferie sur la sensibilisation citoyenne est renforcé par sa
légitimité morale et culturelle. Les populations, habituées à reconnaître l’autorité
traditionnelle comme guide et médiateur, sont plus réceptives aux messages transmis par le
chef qu’à ceux émanant exclusivement des autorités administratives. Cette proximité permet
une communication ascendante et descendante efficace, essentielle pour « la réussite de la
décentralisation et le renforcement de la gouvernance locale participative142 ».

139
C. Houngbédji, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, 2021, p. 84.
140
Ministère de la Décentralisation, Guide pratique de la participation citoyenne, 2022.
141
Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), Rapport sur la participation électorale au Bénin, 2020.
142
Union Africaine, Cadre de référence pour la gouvernance locale participative, Addis-Abeba, 2019.

39
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

B. La contribution au renforcement de la démocratie participative


Outre la sensibilisation, la chefferie traditionnelle contribue directement au
renforcement de la démocratie participative dans les communes béninoises. En tant
qu’autorité coutumière le chef facilite la participation active des populations aux processus
décisionnels locaux, ce qui constitue un complément aux mécanismes formels instaurés par la
décentralisation. Dans ce cadre, les chefs jouent plusieurs rôles stratégiques :

1. Encourager l’expression des citoyens143 : lors des consultations publiques ou des


comités de suivi de projets, le chef incite les habitants à exprimer leurs opinions,
besoins et propositions, garantissant ainsi que les décisions prises par les élus reflètent
les attentes réelles des communautés.
2. Médiation et arbitrage pour une participation équitable 144 : dans les contextes de
conflits ou de tensions locales, le chef intervient pour assurer que tous les groupes
sociaux puissent participer de manière équitable, renforçant la légitimité des décisions
prises collectivement.

Par ailleurs, le rôle de la chefferie est également symbolique et pédagogique. En


145
incarnant « l’autorité morale et la continuité culturelle », le chef instaure un climat de
confiance et de respect mutuel indispensable pour la démocratie participative. Les habitants
voient en lui un garant des règles coutumières et un facilitateur des processus décisionnels
modernes. Cette contribution à la démocratie participative se manifeste aussi par la
mobilisation des populations pour les élections locales. Les chefs sensibilisent les citoyens à
l’importance du vote, à la transparence et à la redevabilité des élus, renforçant ainsi la
légitimité des organes locaux et la responsabilité des autorités. Enfin, la chefferie
traditionnelle agit comme pont entre tradition et modernité : « elle combine le respect des
pratiques coutumières avec la participation aux mécanismes démocratiques formels 146 ».
Cette double dimension permet d’assurer que « la démocratie locale ne soit pas perçue
comme une imposition extérieure, mais comme un processus enraciné dans les valeurs
147
culturelles et sociales des communautés ». Ainsi, la chefferie traditionnelle joue un rôle
indispensable dans la promotion de la citoyenneté active et de la démocratie participative,

143
G. Fauré, La décentralisation en Afrique de l’Ouest : enjeux et pratiques, Paris, Karthala, 2010.
144
P. Zinsou, Autorités traditionnelles et gestion des conflits au Bénin, Presses Universitaires du Bénin, 2017.
145
B. Aguessy, Tradition et modernité au Bénin : le rôle des chefs coutumiers, Cotonou, 2005. p.110
146
J.-B. Zinsou, op. cit., p. 134.
147
Union Africaine, Cadre de référence pour la gouvernance locale participative, Addis-Abeba, 2019.

40
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

contribuant directement à la consolidation de la décentralisation et à l’efficacité de la


gouvernance locale au Bénin.

Section 2: La chefferie traditionnelle comme garant des valeurs culturelles et de la


cohésion sociale
Il s’agira de montrer comment la chefferie conserve un rôle central dans la
préservation des traditions et dans la légitimation symbolique des autorités locales
(Paragraphe 1), puis d’expliquer sa fonction de médiation et de maintien du vivre-ensemble
face aux tensions sociales (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: Le rôle culturel et identitaire de la chefferie


La chefferie assure la sauvegarde des rites et traditions (A). Elle légitime aussi, à
travers ces valeurs, l’autorité des élus locaux (B).

A. La préservation des rites, traditions et patrimoines immatériels


La chefferie traditionnelle occupe une position stratégique dans la préservation des
valeurs culturelles et des patrimoines immatériels des communautés béninoises. Depuis
l’époque précoloniale, « les chefs ont assuré la transmission des rites, des cérémonies et des
savoir-faire locaux, servant de gardiens de l’identité culturelle 148 ». Ces missions sont
aujourd’hui renforcées dans le cadre de la décentralisation, où « la gouvernance locale
reconnaît la nécessité de protéger et valoriser le patrimoine immatériel comme composante
149
du développement durable et de la cohésion sociale ». La législation béninoise, notamment
la loi n°2021-14, reconnaît le rôle consultatif des chefs dans les activités culturelles et la
promotion des traditions150. Les chefs ont donc la responsabilité de :

1. Organiser et superviser les cérémonies traditionnelles : fêtes communautaires, rites


d’initiation, cérémonies religieuses et événements culturels qui maintiennent le lien
social et la transmission des valeurs.
2. Transmettre le savoir coutumier151: par la parole, l’exemple et la formation des jeunes
générations, garantissant la continuité des pratiques ancestrales et des repères sociaux.
3. Protéger le patrimoine immatériel : musiques, danses, légendes, artisanats et coutumes
locales sont préservés et valorisés, contribuant à l’identité collective et à la fierté
148
J.-B. Zinsou, Pouvoirs traditionnels et sociétés précoloniales au Bénin, L’Harmattan, 2012.
149
Union Africaine, Cadre de référence pour la gouvernance locale participative, Addis-Abeba, 2019.
150
République du Bénin, Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 relative à l’administration du territoire.
151
A. Gaba, Éducation civique et transmission des valeurs au Bénin, Revue béninoise des sciences sociales,
2019.

41
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

communautaire.

La décentralisation a également permis d’intégrer cette fonction dans les projets de


développement local. Par exemple, les programmes d’éducation et de développement culturel
incluent désormais « la consultation des chefs pour adapter les activités aux réalités locales,
152
favoriser l’adhésion des populations et renforcer la pertinence culturelle des projets ».
Cette implication traduit une redéfinition fonctionnelle de la chefferie, qui « dépasse le simple
rôle symbolique et devient un acteur de la gouvernance culturelle locale 153 ». Enfin, la
préservation des traditions et patrimoines immatériels contribue indirectement à la cohésion
sociale et au développement local. Elle crée des repères partagés, renforce le sentiment
d’appartenance et favorise la stabilité des communautés, des éléments indispensables à
l’acceptation et à la réussite des initiatives publiques.

B. La légitimation des autorités locales par les valeurs culturelles


Le rôle de la chefferie traditionnelle ne se limite pas à la protection du patrimoine : « il
154
joue également un rôle clé dans la légitimation des autorités locales ». Les chefs
traditionnels, en tant que détenteurs de l’autorité morale et symbolique, « confèrent une
légitimité sociale aux actions des conseils communaux et des maires, renforçant la crédibilité
et l’acceptation des décisions locales ». Cette légitimation s’opère de plusieurs manières :

1. Validation des décisions155 : lors de l’adoption de projets ou de règlements locaux, la


consultation des chefs permet d’assurer que les mesures sont culturellement
acceptables et socialement légitimes, réduisant ainsi les contestations.
2. Renforcement de la cohésion entre élus et citoyens 156 : la présence et l’approbation des
chefs dans les cérémonies officielles, les projets locaux et les consultations publiques
créent un pont de confiance entre les autorités élues et les populations.
3. Médiation culturelle: dans les situations conflictuelles, les chefs utilisent leur autorité
culturelle pour arbitrer, expliquer et concilier les divergences, renforçant la stabilité
sociale et la légitimité des décisions prises par les élus.

152
Ministère de l’Éducation et de la Culture, Programme national d’éducation culturelle, 2019.
153
G. Fauré, La décentralisation en Afrique de l’Ouest : enjeux et pratiques, Paris, Karthala, 2010.
154
P. Loko, Autorité coutumière et légitimité politique au Bénin, Presses Universitaires, 2016, p. 74.
155
Ministère de la Décentralisation, Guide pratique des communes béninoises, 2020.
156
Banque Mondiale, Participation communautaire et gouvernance locale en Afrique subsaharienne,
Washington, 2018.

42
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

En pratique, de nombreuses communes au Bénin intègrent les chefs traditionnels dans


les comités consultatifs ou les commissions locales, afin de bénéficier de cette légitimité
culturelle. Par exemple, « les initiatives de planification urbaine ou de développement rural
sont souvent validées ou ajustées après concertation avec les chefs, garantissant une
harmonie entre modernité administrative et traditions locales »157. Enfin, cette légitimation
culturelle joue un rôle essentiel dans la durabilité des politiques publiques locales. Les projets
de développement, lorsqu’ils sont perçus comme respectueux des valeurs traditionnelles,
rencontrent une adhésion plus forte et sont mieux suivis par les populations. Ainsi, les chefs
traditionnels deviennent des garants de la cohésion sociale et de la légitimité des décisions,
contribuant directement à une gouvernance locale stable et efficace.

Paragraphe 2: La chefferie et la cohésion sociale


Les chefs traditionnels jouent un rôle de médiateurs dans les conflits communautaires
(A). Ils œuvrent en même temps au maintien du vivre-ensemble (B).

A. Le rôle de médiateur dans la gestion des conflits communautaires


L’un des aspects les plus importants de la chefferie traditionnelle dans la gouvernance
158
locale est « son rôle de médiateur et d’arbitre des conflits communautaires ». Depuis
l’époque précoloniale, « les chefs ont été investis d’une autorité morale et sociale qui leur
permet de résoudre les différends au sein des communautés 159 », qu’ils soient fonciers,
familiaux, ou liés à l’utilisation des ressources locales. Cette fonction est toujours d’actualité
et s’inscrit dans le cadre de la décentralisation, qui renforce le besoin de médiation locale pour
garantir la stabilité et la cohésion sociale. La loi n°97-029 du 15 janvier 1999⁷ et le Code de
l’administration territoriale (loi n°2021-14) reconnaissent « la place consultative des chefs
160
dans la gestion des affaires communautaires ». Dans ce cadre, le chef joue un rôle
complémentaire à celui des autorités locales :

1. Médiation des conflits fonciers et territoriaux : dans de nombreuses communes


béninoises, « la chefferie intervient pour arbitrer les différends liés à l’occupation des
terres ou aux limites de propriétés, avant que les litiges ne soient portés devant les

157
C. Houngbédji, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, 2021.
158
P. Loko, Autorité coutumière et légitimité politique au Bénin, Presses Universitaires, 2016, p. 62.
159
B. Aguessy, Tradition et modernité au Bénin, Cotonou, 2005.
160
Ministère de la Décentralisation, Guide pratique des communes béninoises, 2020.

43
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

tribunaux161 ». Cette intervention permet de réduire les tensions et d’éviter la


surcharge des instances judiciaires.
2. Arbitrage des conflits sociaux et familiaux : les chefs résolvent également les
différends familiaux, les tensions entre groupes communautaires ou les problèmes liés
aux cérémonies et traditions, contribuant à maintenir l’harmonie sociale.

Le rôle de médiation est renforcé par « l’autorité morale et la proximité culturelle des
chefs avec les populations». Ils sont souvent perçus comme impartiaux et légitimes, ce qui
facilite l’acceptation des décisions et la réconciliation des parties en conflit. Cette fonction est
d’autant plus cruciale dans les zones rurales ou semi-urbaines où les populations continuent
de valoriser la tradition comme guide social.

La chefferie agit aussi comme « préventeur de conflits » : par sa connaissance des


dynamiques locales et des acteurs sociaux, elle peut identifier les tensions naissantes et
intervenir avant que les différends ne dégénèrent. Cette prévention contribue à la stabilité
communautaire et à la réussite des politiques de développement local, en garantissant que les
projets ne soient pas entravés par des conflits internes. Ainsi, le rôle de médiateur confère à la
chefferie traditionnelle une fonction stratégique dans la gestion locale de la paix et de la
sécurité sociale, en complément des mécanismes formels de l’administration territoriale.

B. Le maintien de l’harmonie et du vivre-ensemble face aux tensions sociales


Au-delà de la médiation, la chefferie traditionnelle contribue activement au maintien
de l’harmonie sociale et du vivre-ensemble. Cette mission repose sur la capacité des chefs à
instaurer des normes de conduite, à rappeler les valeurs collectives et à renforcer les liens
communautaires, en s’appuyant sur les traditions et les pratiques coutumières. Les chefs
interviennent dans différents domaines pour promouvoir la cohésion sociale :

1. Organisation d’événements communautaires et de rituels collectifs 162 : fêtes


traditionnelles, cérémonies religieuses ou rassemblements communautaires permettent
de renforcer le sentiment d’appartenance et de solidarité, créant un espace de dialogue
et de partage entre les habitants.
2. Gestion des tensions liées au développement local⁸ : dans le cadre de la
décentralisation, des conflits peuvent surgir autour des projets d’aménagement, de
l’accès aux ressources ou de la redistribution des aides. Les chefs jouent un rôle de
161
Loko, op. cit., p. 73.
162
UNESCO, Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

44
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

médiation culturelle et sociale, en conciliant les intérêts des différentes parties et en


préservant la paix.
3. Renforcement du tissu social et intergénérationnel : les chefs traduisent et transmettent
les valeurs communes, favorisant la transmission intergénérationnelle du savoir et des
normes sociales, ce qui contribue à la continuité de la cohésion communautaire.

Cette fonction est d’autant plus importante que les collectivités territoriales 163
connaissent parfois des tensions liées à l’émergence de nouvelles autorités ou à la concurrence
entre élus et chefs. La chefferie traditionnelle, en tant qu’instance morale reconnue, permet de
préserver un équilibre et de prévenir l’éclatement social. Enfin, le rôle de la chefferie dans le
maintien du vivre-ensemble dépasse le cadre local : "il participe à la stabilité nationale en
assurant que les communautés restent soudées 164, ce qui est essentiel pour le développement
durable et la consolidation de la démocratie participative. La complémentarité entre autorités
traditionnelles et organes élus locaux constitue un levier stratégique pour une gouvernance
inclusive et pacifique.

CHAPITRE 2: DYNAMIQUES DE COLLABORATION, DE CONFLIT ET LES


PERSPECTIVES ET OPPORTUNITES DE SYNERGIE ENTRE AUTORITES
TRADITIONNELLES ET ELUS LOCAUX

Si la décentralisation a ouvert de nouveaux espaces de participation pour la chefferie


traditionnelle, elle a aussi révélé des tensions liées au partage de légitimité et de compétences.
163
Constitution de la République du Bénin, 11 décembre 1990, art. 151.
164
P. Kouvibidila, Pouvoir traditionnel et démocratie en Afrique, L’Harmattan, 2009, p. 78.

45
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Ce chapitre analyse donc, d’une part, les conditions de collaboration et les sources de conflits
entre chefs traditionnels et élus locaux (Section 1), et d’autre part, les pistes de réforme et de
synergie (Section 2) permettant d’asseoir une gouvernance locale plus inclusive et efficace.

Section 1: Les facteurs de collaboration, les sources de tension et de conflit


La cohabitation entre chefferie et autorités décentralisées n’est pas univoque : elle
oscille entre coopération et rivalité. Cette section met en lumière les dynamiques positives de
collaboration (Paragraphe 1), tout en soulignant les tensions et conflits récurrents qui
fragilisent la gouvernance locale (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: Les conditions favorables à la collaboration


La complémentarité entre chefs et élus se manifeste dans l’exercice de certaines
missions (A). Elle s’illustre aussi par des projets conjoints au bénéfice des populations (B).

A. La complémentarité des missions dans la gouvernance locale


La collaboration entre autorités traditionnelles et élus locaux repose avant tout sur la
complémentarité des fonctions et missions que chacun assume dans le cadre de la
gouvernance territoriale. Les chefs traditionnels détiennent une autorité morale, historique et
culturelle, fondée sur la coutume, l’histoire et la légitimité ancestrale, qui leur confère un rôle
d’arbitre et de médiateur au sein des communautés. Les élus locaux, quant à eux, disposent
d’une légitimité juridique et administrative, consacrée par la loi n°97-029 du 15 janvier 1999
et le code de l’administration territoriale (loi n°2021-14), pour organiser, planifier et gérer les
affaires publiques des communes. Cette complémentarité se manifeste dans plusieurs
domaines :

1. Planification et développement local


Les chefs traditionnels contribuent à identifier les besoins réels des populations grâce
à leur proximité avec les habitants et leur connaissance fine du territoire et des usages locaux.
Les élus, pour leur part, traduisent ces besoins en projets concrets, financés et exécutables
selon les normes administratives et légales. « Cette articulation permet d’assurer que les
projets sont à la fois adaptés culturellement et techniquement viables 165».

2. Gestion sociale et médiation des conflits


Les chefs interviennent dans la prévention et la résolution des conflits, qu’ils soient
fonciers, sociaux ou culturels, limitant ainsi les tensions qui pourraient freiner la mise en
165
K. Adjibodou, Décentralisation et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, Presses de l’UAC, 2019, p. 87.

46
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

œuvre des projets locaux. Les élus locaux apportent la dimension légale et institutionnelle,
garantissant « l’équité et la transparence dans la gestion des ressources et des décisions166 ».

3. Renforcement de la légitimité et de l’adhésion communautaire


La participation des chefs aux initiatives locales assure une acceptation plus large des
décisions prises par les élus. Les populations, respectueuses de l’autorité traditionnelle, sont
plus enclines à soutenir et à s’impliquer dans les projets de développement. La légitimité
culturelle des chefs complète la légitimité juridique des élus, créant «un système de
gouvernance duale mais complémentaire, renforçant la stabilité sociale167 ».

4. Transmission et éducation civique


Les chefs traditionnels sensibilisent les populations à leurs droits et devoirs en matière
de citoyenneté locale, tandis que les élus s’occupent de la mise en œuvre pratique et de la
régulation des actions communautaires. Cette division des rôles favorise l’éducation civique
et la participation active des citoyens, essentielle à la réussite de la décentralisation. Dans les
communes rurales du Bénin, cette complémentarité se traduit concrètement par des réunions
conjointes de planification, des comités de suivi de projets et des forums communautaires où
les chefs, les élus et la population discutent des besoins et solutions à adopter. L’expérience
démontre que « l’efficacité des projets est maximisée lorsque la complémentarité est
respectée et que chaque acteur comprend et assume clairement ses responsabilités168 ».

Ainsi, la complémentarité des missions constitue le premier facteur de collaboration


solide, garantissant à la fois la légitimité, la durabilité et la réussite des projets locaux.

B. Les initiatives conjointes dans la réalisation des projets communautaires


Outre la complémentarité des missions, la collaboration est renforcée par les initiatives
conjointes entre chefs traditionnels et élus locaux dans la mise en œuvre des projets
communautaires. Ces initiatives sont essentielles pour assurer que les programmes de
développement reflètent à la fois les besoins locaux et les exigences légales, tout en
maintenant la cohésion sociale.

1. Participation aux projets éducatifs et sanitaires

166
ARMP, Rapport sur la gouvernance locale et la gestion des ressources communautaires, Cotonou, 2020, p. 54.
167
B. Banégas, La démocratie à pas de caméléon : transition et imaginaires politiques au Bénin, Paris, Karthala,
2003, p. 159.
168
P. Kouvibidila, Pouvoir traditionnel et démocratie en Afrique, L’Harmattan, Paris, 2009, p. 112.

47
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Les chefs traditionnels s’assurent que « les projets d’éducation et de santé sont
acceptés par les communautés169 », sensibilisent les parents à l’importance de l’école et de la
vaccination et interviennent pour résoudre les conflits qui pourraient survenir lors de la mise
en place des infrastructures. Les élus locaux garantissent l’approvisionnement en ressources,
la conformité aux normes et la planification budgétaire. Cette coopération est particulièrement
visible dans « les programmes de scolarisation des filles, où l’adhésion communautaire est
déterminante 170».

2. Projets d’aménagement foncier et infrastructures


Dans la gestion des routes rurales, des forages ou de l’accès à l’eau potable, les chefs
traditionnels identifient les terrains appropriés, arbitrent les conflits d’usage et mobilisent les
habitants pour la maintenance. Les élus, eux, organisent les financements et supervisent la
construction. La synergie entre ces rôles permet une mise en œuvre efficace et acceptée
socialement, réduisant les risques de blocages ou de contestations.

3. Suivi et évaluation des projets


Les chefs traditionnels participent activement au suivi des projets, informant les élus
des dysfonctionnements et proposant des ajustements adaptés aux réalités locales. Ce
mécanisme de contrôle partagé « renforce la transparence et la redevabilité, éléments clés
d’une gouvernance participative 171».

4. Mobilisation communautaire et renforcement du tissu social


La co-participation aux projets favorise également la solidarité entre les habitants, car
ils perçoivent l’implication des autorités traditionnelles comme « un gage d’équité et de
justice172 ». Les chefs deviennent des facilitateurs de la cohésion sociale, assurant que tous les
groupes, y compris les minorités locales, sont inclus dans les initiatives de développement.

En conclusion, les initiatives conjointes permettent de combiner l’expertise


administrative des élus et l’influence sociale et morale des chefs traditionnels, assurant ainsi
des projets plus pertinents, acceptés et durables. Cette dynamique constitue « un modèle de
coopération exemplaire pour la gouvernance locale décentralisée au Bénin 173».

169
UNICEF Bénin, Rapport sur l’implication des leaders communautaires dans l’éducation et la santé, Cotonou,
2018, p. 21.
170
Banque Mondiale, Genre et éducation en Afrique de l’Ouest, Washington, 2019, p. 56.
171
Transparency International, Étude sur la gouvernance locale en Afrique de l’Ouest, Dakar, 2019, p. 72.
172
ONU-Habitat, Rapport sur inclusion sociale et gouvernance locale en Afrique, Nairobi, 2017, p. 64.
173
M. Houngbédji, Chefferie et gouvernance locale au Bénin, Cotonou, Presses de l’UAC, 2018, p. 142.

48
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Paragraphe 2: Les tensions et conflits récurrents


Des conflits apparaissent en raison de la concurrence de légitimité (A). Ils se
prolongent dans les divergences de gestion des ressources locales (B).

A. La concurrence d’autorité et les conflits de légitimité


L’un des principaux obstacles à la collaboration entre autorités traditionnelles et élus
locaux réside dans la concurrence d’autorité et les conflits de légitimité. Alors que les chefs
traditionnels détiennent une légitimité morale et culturelle fondée sur la coutume et l’histoire,
les élus locaux s’appuient sur la légitimité juridique issue des textes de la décentralisation,
notamment la loi n°97-029 du 15 janvier 1999 et la loi n°2021-14 portant code de
l’administration territoriale. Cette dualité peut générer des tensions lorsque les missions et
décisions des uns et des autres se chevauchent.

1. Conflits liés à la gouvernance locale


Dans certaines communes, des chefs contestent des décisions prises par les conseils
communaux, estimant que celles-ci portent atteinte aux usages ou traditions locales. À
l’inverse, les élus peuvent considérer que « l’intervention des chefs dans la gestion des
affaires administratives dépasse leur rôle consultatif »174. Ce décalage entre légitimité
traditionnelle et légitimité juridique engendre des frictions qui ralentissent la mise en œuvre
des projets et affectent la cohésion sociale.

2. Rivalités dans la représentation des communautés


La compétition pour la reconnaissance et l’influence auprès des populations est une
source de tension importante. Dans certaines zones, les habitants peuvent être partagés entre
l’autorité morale du chef et l’autorité légale de l’élu, créant « un double pouvoir difficile à
175
gérer et à concilier ». Cette situation peut conduire à des contestations publiques, des
manifestations ou même des blocages dans la mise en œuvre des initiatives locales.

3. Impact sur le développement local


La concurrence d’autorité affecte directement les projets de développement. Les
différends entre chefs et élus peuvent retarder la réalisation d’infrastructures essentielles,
limiter la participation des populations ou créer des divisions au sein des communautés. Par
exemple, « la mise en place de programmes fonciers ou de projets de construction d’écoles
174
O. Owona Nguini, « Gouvernance locale et rôle des autorités traditionnelles », Revue Africaine de Science
Politique, 2017.
175
Y. Toulabor, « Pouvoir coutumier et pouvoir étatique en Afrique subsaharienne », Politique africaine, n°85,
2002.

49
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

peut être retardée si les chefs traditionnels ne sont pas consultés 176 » ou s’ils estiment que
leurs prérogatives sont ignorées. Cette tension souligne la nécessité d’un cadre de coopération
clair, définissant les rôles et limites de chaque acteur pour réduire les conflits et renforcer la
gouvernance locale.

B. Les divergences dans la gestion des ressources locales et foncières


Un autre facteur majeur de tension est lié aux divergences dans la gestion des
ressources locales, en particulier foncières et financières. La chefferie traditionnelle détient
une autorité coutumière sur certaines terres et ressources, tandis que les élus locaux ont la
charge de leur administration et de leur utilisation dans le cadre légal de la décentralisation.
Cette double compétence peut générer des conflits d’intérêt et des désaccords sur l’allocation
des ressources.

1. Gestion foncière et conflits d’usage


Les conflits fonciers sont fréquents dans les communes rurales et semi-urbaines. Les
chefs traditionnels interviennent pour arbitrer les litiges entre familles ou groupes sociaux,
tandis que les élus locaux doivent gérer l’attribution des terrains pour les projets publics et le
développement urbain. L’absence d’un cadre légal clair et harmonisé pour encadrer cette
dualité entraîne souvent « des blocages et des tensions prolongées »177.

2. Gestion des ressources financières et matérielles


Les fonds alloués aux projets locaux et les contributions communautaires sont parfois
sources de désaccord. Les élus doivent respecter les règles administratives et comptables,
tandis que les chefs traditionnels souhaitent garantir que « les ressources bénéficient
réellement aux populations locales selon les usages coutumiers 178 ». Cette divergence de
priorités peut créer des accusations de mauvaise gestion ou d’injustice, fragilisant la confiance
entre autorités et communautés.

3. Conséquences sur la cohésion sociale et le développement


Lorsque ces divergences ne sont pas gérées efficacement, elles peuvent entraîner des
conflits communautaires, une faible participation aux projets locaux et une fragmentation de
l’autorité. « La réussite de la décentralisation dépend donc de mécanismes clairs de
176
International IDEA, Rôles des autorités traditionnelles dans la gouvernance locale en Afrique de l’Ouest,
2017.
177
International IDEA, Rôles des autorités traditionnelles dans la gouvernance locale en Afrique de l’Ouest,
2017.
178
Y. Toulabor, « Pouvoir coutumier et gestion locale en Afrique », Politique africaine, n°85, 2002.

50
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

concertation et de collaboration entre chefs et élus 179, permettant d’aligner les intérêts et de
garantir la transparence dans la gestion des ressources».

En résumé, les tensions liées à la légitimité et à la gestion des ressources constituent


des défis majeurs pour la coopération entre autorités traditionnelles et élus locaux. Pour
surmonter ces obstacles, il est essentiel d’instaurer des mécanismes de dialogue, des cadres
légaux explicites et des pratiques participatives, afin d’assurer une gouvernance locale
harmonieuse et efficace.

Section 2: Perspectives et opportunités d'une collaboration renforcée pour une


gouvernance locale participative et efficace
Face aux défis posés par la coexistence des autorités locales, des réformes et initiatives
nouvelles sont nécessaires pour transformer la concurrence en complémentarité. Cette section
propose des perspectives visant à institutionnaliser la place de la chefferie (Paragraphe 1) et à
promouvoir des synergies porteuses pour un développement local durable (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les pistes de valorisation de la chefferie dans le cadre décentralisé


L’institutionnalisation d’un cadre de concertation demeure une piste de réforme (A).
Une redéfinition du rôle consultatif et participatif des chefs en est une autre (B).

A. L’institutionnalisation d’un cadre de concertation permanente


L’une des principales opportunités pour renforcer la collaboration entre autorités
traditionnelles et élus locaux réside dans l’institutionnalisation d’un cadre de concertation
permanente. Ce cadre permettrait d’anticiper les conflits, de favoriser l’échange
d’informations et de créer un espace officiel où les décisions locales peuvent être discutées
conjointement par les deux types d’autorité.

1. Cadre légal et institutionnel


La loi n°97-029 du 15 janvier 1999 et le code de l’administration territoriale (loi
n°2021-14) prévoient une reconnaissance des autorités traditionnelles 180 comme acteurs
consultatifs dans la gouvernance locale. Toutefois, ces textes restent lacunaires quant à la
formalisation de mécanismes de concertation. L’institutionnalisation d’un cadre permanent
par exemple des comités de dialogue entre chefs et conseils communaux permettrait de

179
O. Owona Nguini, « Gouvernance locale et rôle des autorités traditionnelles », Revue Africaine de Science
Politique, 2017.
180
M. Banégas, La démocratie à pas de caméléon : transition et imaginaires politiques au Bénin, Karthala, 2003.

51
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

clarifier les rôles, d’établir un protocole d’échange et d’anticiper les divergences avant
qu’elles ne deviennent conflictuelles.

2. Fonctionnalités et objectifs
Un cadre permanent pourrait remplir plusieurs fonctions essentielles : Assurer la
participation régulière des chefs aux sessions de planification et de suivi des projets locaux ;
Permettre un échange transparent d’informations sur les ressources, les budgets et les projets à
venir ; Favoriser la prévention des conflits en identifiant rapidement les points de divergence
entre autorités traditionnelles et élus locaux181.

3. Exemples pratiques
Dans certaines communes béninoises, des expérimentations ont été menées avec des
comités consultatifs locaux incluant des chefs traditionnels, qui participent à l’élaboration des
plans de développement communal et au suivi des projets communautaires. Ces initiatives
montrent que « la concertation permanente renforce la cohésion, réduit les tensions et facilite
l’adhésion des populations aux décisions locales 182».

4. Impact sur la gouvernance locale


La mise en place de ce cadre de concertation institutionnalise la collaboration,
transforme la relation entre chefs et élus en partenariat stratégique, et garantit que la chefferie
conserve son rôle moral et symbolique tout en participant activement aux décisions locales.
Cela favorise « une gouvernance locale plus inclusive, transparente et durable 183 ». Ainsi,
l’institutionnalisation d’un cadre de concertation permanente constitue une piste majeure pour
valoriser la chefferie traditionnelle, tout en renforçant l’efficacité de la décentralisation et la
participation citoyenne.

B. La redéfinition légale du rôle consultatif et participatif des chefs


Une autre piste de valorisation de la chefferie réside dans « la redéfinition claire et
légale de son rôle consultatif et participatif dans la gouvernance locale »184. Bien que les
textes actuels reconnaissent une place consultative aux chefs, leur rôle reste ambigu et limité
dans la pratique, ce qui peut générer des conflits avec les élus. Une clarification juridique

181
O. Owona Nguini, « Gouvernance locale et rôle des autorités traditionnelles », Revue Africaine de Science
Politique, 2017.
182
UNDP, Concertation locale et cohésion sociale, 2020.
183
Banque Mondiale, Rapport sur la gouvernance locale en Afrique, 2020.
184
A. Touré, Participation citoyenne et développement local en Afrique, Dakar, 2016.

52
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

permettrait de sécuriser leur participation et de renforcer leur contribution au développement


local.

1. Clarification juridique et harmonisation des textes


La législation béninoise actuelle, notamment la loi n°97-029 et le code de
l’administration territoriale, mentionne le rôle des chefs mais « ne définit pas précisément les
modalités de leur participation185 ». La redéfinition légale pourrait inclure : Les domaines
précis où la consultation des chefs est obligatoire ; Les modalités de représentation des chefs
dans les instances locales (comités, commissions, conseils consultatifs) ; Les droits et devoirs
des chefs dans l’accompagnement des projets communaux.

2. Avantages de la redéfinition
Une définition claire permettrait d’éviter les conflits liés à la légitimité ou à
l’empiètement sur les compétences des élus. Elle contribuerait aussi à renforcer l’autorité
morale des chefs, en officialisant leur rôle dans les processus décisionnels. Enfin, elle
garantirait une participation structurée et continue des chefs dans la gouvernance locale, plutôt
qu’une implication ponctuelle ou informelle.

3. Applications pratiques
Dans les communes où des règlements internes ou des conventions locales ont été
adoptés pour définir les rôles des chefs dans les projets, on observe une meilleure
coordination, moins de conflits et une participation citoyenne accrue. Par exemple, les chefs
sont désormais impliqués dans « la validation des projets éducatifs ou agricoles, tout en
respectant les décisions légales prises par le conseil communal 186».

4. Contribution au développement et à la gouvernance participative


La redéfinition légale du rôle des chefs permet de concilier tradition et modernité,
assurant que les décisions locales respectent à la fois les usages coutumiers et les obligations
légales. Elle renforce la gouvernance participative, encourage l’adhésion des populations aux
projets et favorise un développement inclusif, culturellement enraciné et durable.

En conclusion, la redéfinition légale et la clarification du rôle consultatif des chefs


constituent un levier stratégique pour renforcer leur valorisation dans le cadre de la

185
Rapport sur l’état de la décentralisation, 2021.
186
Banque Mondiale, Études de cas sur la gouvernance locale au Bénin, 2021.

53
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

décentralisation, tout en consolidant la collaboration entre autorités traditionnelles et élus


locaux.

Paragraphe 2 : Les opportunités de synergie pour un développement local durable


La chefferie peut être intégrée aux politiques publiques locales (A). Elle peut aussi
soutenir une gouvernance inclusive enracinée dans les réalités culturelles (B).

A. L’intégration de la chefferie dans les politiques publiques locales


L’une des perspectives majeures pour renforcer la gouvernance locale au Bénin
consiste à intégrer la chefferie traditionnelle dans les politiques publiques locales. Les chefs,
en raison de leur autorité morale et de leur connaissance fine des réalités locales, sont des
acteurs incontournables pour assurer la pertinence, l’acceptation et la durabilité des projets
publics. Cette intégration s’inscrit pleinement dans le cadre de la décentralisation, telle que
prévue par la loi n°97-029 du 15 janvier 1999 et le code de l’administration territoriale (loi
n°2021-14), qui reconnaissent le rôle consultatif des chefs dans la gestion des affaires
communales.

1. Rôle consultatif et stratégique


L’intégration des chefs dans la planification des politiques publiques permet :
 La définition de projets culturellement adaptés, respectueux des traditions et coutumes
locales ;
 Une anticipation des conflits potentiels, en consultant les chefs avant la mise en œuvre
des projets sensibles, notamment ceux liés au foncier, à l’environnement ou aux
infrastructures communautaires ;
La valorisation du patrimoine culturel dans le développement local, transformant les
traditions en leviers de cohésion et de mobilisation communautaire.

2. Exemples d’intégration concrète


Dans plusieurs communes béninoises, les chefs participent à :
 La définition des plans locaux de développement agricole et rural, en orientant les
priorités vers les besoins réels des populations.
 La supervision des initiatives éducatives et sanitaires, garantissant l’adhésion des
familles aux programmes.
 La validation des projets d’aménagement urbain ou d’infrastructures rurales, réduisant
les litiges fonciers et sociaux.

54
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

3. Impact sur la gouvernance et le développement durable


L’intégration des chefs dans les politiques publiques :

 Renforce la légitimité et l’acceptation des décisions locales;


 Favorise un développement inclusif, car toutes les catégories de population sont
représentées et écoutées ;
 Assure la durabilité des initiatives, les projets étant conçus et exécutés avec la
participation active des communautés et la médiation culturelle des chefs.

4. Synergie entre modernité et tradition


L’intégration des chefs dans les politiques publiques permet de concilier
l’administration moderne et l’autorité traditionnelle. Les décisions ne sont plus perçues
comme imposées d’en haut, mais comme le résultat d’une concertation équilibrée. Cette
approche favorise la cohésion sociale, la participation citoyenne et la légitimité des projets.

En somme, l'intégration de la chefferie dans les politiques publiques locales constitue


une opportunité stratégique pour un développement local durable, harmonieux et
culturellement enraciné.

B. La promotion d’une gouvernance inclusive et culturellement enracinée


Au-delà de l’intégration dans les politiques publiques, « la promotion d’une
gouvernance inclusive et culturellement enracinée 187» représente une opportunité clé pour
renforcer la collaboration entre autorités traditionnelles et élus locaux. Cette approche
consiste à reconnaître la valeur des pratiques traditionnelles tout en respectant les cadres
légaux modernes.

1. Participation active des communautés


Les chefs traditionnels, en tant que relais entre les populations et les autorités locales,
permettent : La mobilisation de tous les groupes sociaux, y compris les minorités et les
populations marginalisées dans le processus décisionnel ; L’encouragement à une
participation citoyenne active, favorisant l’appropriation des projets et la responsabilité
collectivité ; La création de mécanismes participatifs, tels que des forums de consultation, des
comités locaux ou des assemblées de quartier, où les décisions sont discutées avant leur mise
en œuvre.

187
Union africaine, Cadre de gouvernance traditionnelle en Afrique, Addis-Abeba, 2018.

55
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

2. Valorisation des valeurs culturelles dans la gouvernance


Une gouvernance enracinée dans la culture :
 Assure que les décisions respectent les normes et usages locaux renforçant ainsi leur
acceptabilité.
 Permet de préserver le patrimoine immatériel et les traditions, tout en les utilisant
comme outils de mobilisation pour le développement.
 Transforme la chefferie en partenaire stratégique, garant de la légitimité sociale des
actions publiques et de la cohésion communautaire.

3. Renforcement de la transparence et de la confiance


La participation des chefs dans la gouvernance locale favorise : La transparence dans
la gestion des ressources et des projets, grâce à leur rôle de médiateurs et de superviseurs
moraux ; La confiance entre citoyens et autorités locales, réduisant les risques de conflits ou
de contestations; La «pérennité des actions »188, car les initiatives sont culturellement
acceptées et soutenues par la population.

4. Impact sur le développement durable


Une gouvernance inclusive et culturellement enracinée contribue directement à un
développement durable, car elle : Combine la planification technique des élus avec la sagesse
coutumière des chefs ; Facilite l’adoption de pratiques respectueuses de l’environnement et
adaptées aux réalités locales ; Crée un environnement social stable et solidaire, condition
indispensable à la réussite des projets de long terme.

En conclusion, la promotion d’une gouvernance inclusive et culturellement enracinée


constitue une opportunité stratégique pour le Bénin , permettant de conjuguer modernité
administrative et traditions, tout en renforçant la cohésion sociale et l’efficacité des projets
locaux.

188
Banque mondiale, Renforcement institutionnel et pérennité des projets communautaires, 2019.

56
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

CONCLUSION

CONCLUSION

57
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

L’étude menée sur la chefferie traditionnelle face aux dynamiques de la


décentralisation au Bénin s’inscrit dans une réflexion globale sur la gouvernance locale et sur
la place des institutions coutumières dans un contexte d’État moderne en construction. Depuis
plusieurs décennies, le Bénin s’est engagé dans une politique de décentralisation ambitieuse,
amorcée juridiquement par la loi n°97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation de
l’administration territoriale, et renforcée par la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant
code de l’administration territoriale. Cette évolution normative traduit la volonté de
rapprocher l’administration des citoyens et d’instaurer une gouvernance locale plus
participative et plus efficace. Mais elle a également soulevé des interrogations quant à la place
et au rôle de la chefferie traditionnelle, institution historique et profondément enracinée dans
la culture béninoise, qui continue de jouir d’une légitimité sociale forte auprès des
populations. C’est à cette interrogation centrale que ce travail s’est attaché à répondre : quelle
est la place effective de la chefferie traditionnelle dans le cadre de la décentralisation et dans
quelle mesure sa collaboration avec les élus locaux peut-elle contribuer à une gouvernance
locale plus inclusive et plus durable ?

L’analyse menée dans la première partie a montré que la chefferie traditionnelle au


Bénin ne peut être réduite à un simple héritage du passé. Elle demeure une institution vivante,
fondée sur une légitimité coutumière, religieuse et historique. Ses fonctions originelles
arbitrage, médiation, préservation des valeurs culturelles et protection des populations
continuent de structurer le quotidien des communautés locales. Cependant, son rôle juridique
reste ambigu. Si la Constitution et certaines lois font référence à la place des coutumes et des
autorités traditionnelles, la reconnaissance formelle de la chefferie dans la décentralisation
demeure limitée et implicite. Le Code de l’administration territoriale de 2021, en réaffirmant
l’organisation des collectivités territoriales et leurs organes élus, laisse peu de place à la
chefferie en dehors d’un rôle consultatif ou symbolique. Ce décalage entre une légitimité
sociale forte et une reconnaissance juridique faible explique en grande partie les tensions et
chevauchements de compétences constatés dans la gestion locale. Les conflits fonciers, les
rivalités de leadership et les ambiguïtés normatives montrent que le cadre juridique actuel est
insuffisant pour assurer une coexistence harmonieuse entre élus locaux et chefs traditionnels.

La seconde partie a permis de mettre en lumière les mutations en cours et les


potentialités de la chefferie à l’ère de la décentralisation. Les chefs traditionnels ne se
contentent plus d’un rôle culturel ou spirituel : ils sont désormais impliqués dans des

58
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

initiatives de développement local, qu’il s’agisse de projets d’infrastructures, de programmes


éducatifs ou d’actions de sensibilisation citoyenne. Ils servent de relais entre les populations
et les autorités locales, facilitant la participation citoyenne et la compréhension des politiques
publiques. Ils demeurent également des garants de la cohésion sociale, en intervenant dans la
prévention et la résolution des conflits communautaires, dans la gestion des tensions sociales
et dans la légitimation des autorités élues auprès des populations. Toutefois, ces contributions
positives se heurtent à des tensions récurrentes avec les élus locaux, liées à la concurrence
d’autorité, aux divergences sur la gestion des ressources locales, et à l’absence de mécanismes
formels de concertation. La coexistence entre chefferie et décentralisation apparaît donc
comme une dynamique à la fois riche de potentialités et traversée de contradictions.

L’étude a également montré que la collaboration entre les deux types d’autorité peut
devenir un véritable levier de gouvernance locale efficace, à condition d’être encadrée et
valorisée. Plusieurs pistes se dégagent à cet égard. D’abord, l’institutionnalisation d’un cadre
permanent de concertation entre chefs et élus permettrait de formaliser les échanges, de
prévenir les conflits et d’assurer une meilleure coordination des initiatives locales. Ensuite, la
redéfinition légale du rôle consultatif et participatif des chefs dans les textes sur la
décentralisation permettrait de clarifier leurs prérogatives, de sécuriser leur participation et de
limiter les risques d’instrumentalisation politique. De même, l’intégration de la chefferie dans
les politiques publiques locales garantirait que les projets soient adaptés aux réalités
culturelles et sociales des populations, renforçant ainsi leur acceptabilité et leur durabilité.
Enfin, la promotion d’une gouvernance inclusive et culturellement enracinée, conciliant
modernité administrative et traditions, favoriserait la cohésion sociale, la participation
citoyenne et la légitimité des actions publiques.

Ces résultats mettent en évidence des enjeux cruciaux pour la gouvernance locale au
Bénin. Sur le plan juridique et institutionnel, il s’agit d’harmoniser les textes pour réduire les
ambiguïtés et clarifier le rôle de la chefferie dans la décentralisation. Sur le plan politique, il
est nécessaire de dépasser les rivalités de pouvoir pour construire un partenariat stratégique
entre élus et chefs. Sur le plan social et culturel, il importe de valoriser les traditions et les
savoirs locaux comme des ressources pour le développement, et non comme des obstacles à la
modernité. Sur le plan pratique enfin, la mise en place de mécanismes de concertation et de
participation apparaît comme un impératif pour assurer la transparence, la confiance et la
cohésion dans la gestion des affaires locales.

59
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

La réflexion menée ouvre également sur des perspectives plus larges. Dans un
contexte africain marqué par une forte résilience des institutions traditionnelles, le cas du
Bénin illustre les défis et opportunités de l’articulation entre tradition et modernité. La
chefferie traditionnelle, loin d’être un vestige du passé, peut devenir un acteur stratégique de
la gouvernance locale et du développement durable. Mais cela suppose une volonté politique
claire, un cadre juridique adapté et une reconnaissance institutionnelle équilibrée. Le défi est
donc de construire une gouvernance locale hybride, capable de mobiliser à la fois la légitimité
des traditions et l’efficacité des institutions modernes.

En définitive, ce travail montre que la décentralisation au Bénin ne peut pleinement


réussir sans une intégration intelligente et valorisante de la chefferie traditionnelle. Les chefs,
porteurs de mémoire et de légitimité, ne doivent pas être marginalisés mais associés, encadrés
et responsabilisés dans la gestion des affaires locales. La reconnaissance de leur rôle
consultatif et participatif, la mise en place de cadres permanents de concertation, l’intégration
dans les politiques publiques et la promotion d’une gouvernance inclusive constituent autant
de leviers pour transformer les tensions actuelles en synergies durables. La chefferie
traditionnelle apparaît alors non seulement comme un héritage culturel, mais aussi comme une
ressource politique et sociale incontournable pour construire une gouvernance locale efficace,
participative et durable.

60
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

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LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

76. Paul. Hazoumè, La chefferie traditionnelle au Bénin : entre continuité et mutations,


Cotonou, Les Éditions du Flamboyant, 2010.

II. Publications Articles Revues, Thèses Mémoires et Autres


A. Publications Articles Revues
77. Hesseling, Les autorités traditionnelles et l’État en Afrique : entre légitimité et intégration
institutionnelle, Revue Tiers Monde, n°187, 2006.
78. Sinou, La démocratie participative en Afrique de l’Ouest : le cas du Bénin, Revue
Africaine de Science Politique, n°13, 2018, p. 65.
79. Sinou, La réforme de la décentralisation au Bénin : entre centralisme et autonomie locale,
Revue africaine d’administration publique, n°15, 2019, p. 45.
80. Kpatcha, Société civile et gouvernance locale au Bénin, Revue Afrique et Développement,
vol. 44, n°2, 2019, p. 78.
81. Bako-Arifari, N., Chefferie traditionnelle et décentralisation au Bénin, Politique africaine,
n°92, 2003.
82. Gazibo, La gouvernance locale en Afrique : entre logiques traditionnelles et modernité
institutionnelle, Revue Afrique Contemporaine, n°246, 2013.
83. Dossou, La coutume et l’autorité traditionnelle au Bénin, Revue africaine de droit
coutumier, n°6, 2011, p. 71.
84. Kouassigan, G., L’autorité morale des chefs coutumiers en Afrique, Revue africaine de
droit, n°12, 2016.
85. Kouton, P., Transparence et redevabilité dans la décentralisation béninoise, Revue
Béninoise d’Administration Publique, n°7, 2021, p. 109.
86. Le Roy, E. (1999). La terre de l’autre : une anthropologie des régimes d’appropriation
foncière.
87. M. Houngbédji, Ifa et désignation des chefs en Afrique de l’Ouest, Études africaines,
n°14, 2014, p. 62.
88. M. Houngbédji, La terre dans la société béninoise : entre conflits et solidarité, Études
africaines, n°8, 2010, p. 54.
89. P. Agbohou, Religion et politique au Bénin : une articulation persistante, Revue Afrique et
Modernité, n°15, 2019, p. 77.
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2019, p. 72.

65
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

91. P. Kouton, Les réformes de la gouvernance locale au Bénin : enjeux et défis, Revue
Béninoise d’Administration Publique, n°5, 2022, p. 112.
92. Y. Toulabor, « Pouvoir coutumier et pouvoir étatique en Afrique subsaharienne »,
Politique africaine, n°85, 2002.
B. Mémoires Thèses et Autres
93. Zinsou, La participation citoyenne dans les collectivités locales béninoises, Mémoire de
Master, UAC, 2019, p. 21.
94. Zinsou, Autonomie locale et contrôle de l’État dans le système béninois de
décentralisation, Mémoire de DEA, Université d’Abomey-Calavi, 2018, p. 74.
III. Textes juridiques et normatifs
A. Textes internationaux
95. Banque Mondiale (2019). Décentralisation et gouvernance locale en Afrique
subsaharienne. Washington.
96. Banque Mondiale, Études de cas sur la gouvernance locale au Bénin, 2021.
97. Banque Mondiale, Genre et éducation en Afrique de l’Ouest, Washington, 2019, p. 56.
98. Banque mondiale, Renforcement institutionnel et pérennité des projets communautaires,
2019.
99. UNDP, Concertation locale et cohésion sociale, 2020.
100. UNESCO (2015). Patrimoine immatériel et gouvernance locale en Afrique.
101. UNESCO, Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
102. UNICEF Bénin, Rapport sur l’implication des leaders communautaires dans
l’éducation et la santé, Cotonou, 2018, p. 21.
B. Textes régionaux (UEMOA – CEDEAO)
103. Union africaine, Cadre de gouvernance traditionnelle en Afrique, Addis-Abeba, 2018.
104. Union Africaine, Cadre de référence pour la gouvernance locale participative, Addis-
Abeba, 2019.
C. Textes nationaux (Bénin)
105. ARMP (2020). Étude sur le rôle des acteurs locaux dans la commande publique.
106. ARMP Bénin, Rapport sur la médiation coutumière et la gestion des conflits fonciers,
2020.
107. ARMP, Rapport sur la gouvernance locale et la gestion des ressources
communautaires, Cotonou, 2020, p. 54.

66
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

108. Article 4 de la Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 relative à la chefferie


traditionnelle en République du Bénin.
109. Code foncier et domanial, Loi n°2013-01 du 14 août 2013, art. 7.
110. Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), Rapport sur la participation
électorale au Bénin, 2020.
111. Constitution de la République du Bénin, 11 décembre 1990, art. 151.
112. Cour constitutionnelle du Bénin, décision DCC 17-010 du 12 janvier 2017.
113. Cour des Comptes du Bénin (2020). Rapport public sur l’exécution des projets locaux.
114. Décret n°2001-189 du 19 juin 2001 fixant les modalités de fonctionnement des
conseils communaux.
115. Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique (INSAE), Rapport sur
les structures sociales au Bénin, Cotonou, 2015.
116. Loi n°2019-43 du 15 novembre 2019 portant code de l’administration territoriale en
République du Bénin.
117. Loi n°2019-43 précitée, articles 14 et 15.
118. Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale en
République du Bénin.
119. Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale.
120. Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes, et Loi n°2021-
14 du 20 décembre 2021 portant code de l’administration territoriale.
121. Ministère de l’Éducation et de la Culture, Programme national d’éducation culturelle,
2019.
122. Ministère de la Décentralisation, Guide pratique de la gestion foncière communale au
Bénin, 2022.
123. Ministère de la Décentralisation, Guide pratique de la participation citoyenne, 2022.
124. Ministère de la Décentralisation, Guide pratique des communes béninoises, 2020.
125. PNUD (2017). Étude sur la gouvernance locale au Bénin.
126. PNUD (2021). Rapport sur la gouvernance inclusive en Afrique de l’Ouest.
127. Projet ProDECOM (Programme de Développement des Communes), Étude de cas sur
la commune de Nikki, 2020
128. Rapport ARMP, Étude sur les litiges fonciers et leur régulation coutumière au Bénin,
Cotonou, 2020, p. 18.

67
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

129. Rapport UNESCO, Patrimoines immatériels et cohésion sociale au Bénin, Paris, 2018,
p. 112.
130. République du Bénin, Code de l’administration territoriale, art. 90.
131. République du Bénin, Loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 relative à l’administration
du territoire.
132. République du Bénin, Loi n°97-029 du 15 janvier 1999 organisant les communes,
Journal Officiel, 1999.

TABLE DES MATIERES

AVERTISSEMENT....................................................................................................................i
DEDICACE................................................................................................................................ii
REMERCIEMENTS.................................................................................................................iii
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS.............................................................................iv
SOMMAIRE...............................................................................................................................v
INTRODUCTION......................................................................................................................1
Première Partie : Le cadre juridique et institutionnel de la coexistence des autorités au Bénin.6
CHAPITRE 1: LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE : FONDEMENTS, ROLES ET
EVOLUTION HISTORIQUE....................................................................................................8
Section 1: Définition, typologies, légitimité et fonctions traditionnelles de la chefferie
traditionnelle au Bénin................................................................................................................8
Paragraphe 1: Définition et typologies de la chefferie traditionnelle.........................................8
A. Les notions et contours conceptuels de la chefferie traditionnelle........................................8
B. Les typologies : chefferie royale, lignagère, coutumière et religieuse.................................10
Paragraphe 2 : Légitimité et fonctions originelles de la chefferie............................................12
A. La légitimité fondée sur l’histoire, les croyances et la coutume..........................................12
B. Les missions ancestrales : arbitrage, médiation, protection et préservation des valeurs.....13
Section 2: La décentralisation au Bénin : principes, acteurs et implications pour la
gouvernance locale....................................................................................................................14
Paragraphe 1: Les principes fondamentaux de la décentralisation...........................................15
A. La libre administration des collectivités territoriales...........................................................15

68
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

B. La participation citoyenne et la responsabilisation locale....................................................16


Paragraphe 2: Les acteurs et les implications sur la gouvernance locale.................................18
A. Les organes élus locaux et leurs compétences.....................................................................18
B. Les effets de la décentralisation sur la gestion des affaires locales.....................................19
CHAPITRE 2: L’ARTICULATION JURIDIQUE ET INSTITUTIONNELLE ENTRE
CHEFFERIE TRADITIONNELLE ET DECENTRALISATION...........................................21
Section 1: La reconnaissance de la chefferie traditionnelle dans les textes de la
décentralisation.........................................................................................................................21
Paragraphe 1: La reconnaissance implicite et explicite de la chefferie....................................21
A. Les dispositions constitutionnelles et légales pertinentes....................................................21
B. Les limites de la reconnaissance formelle dans les lois de la décentralisation....................23
Paragraphe 2: Le statut juridique et la place de la chefferie dans la gouvernance locale.........24
A. Le rôle consultatif et symbolique des chefs traditionnels....................................................24
B. Les difficultés liées à l’absence d’un cadre légal clair et uniforme.....................................26
Section 2: Les zones d'interférence et les lacunes du cadre juridique......................................27
Paragraphe 1: Les chevauchements de compétences entre chefs traditionnels et élus locaux. 28
A. La gestion des conflits fonciers et litiges communautaires..................................................28
B. Les initiatives locales de développement et les rivalités de leadership................................29
Paragraphe 2: Les insuffisances et ambiguïtés du droit positif.................................................30
A. Les lacunes normatives dans la définition du rôle des chefs traditionnels..........................30
B. Les risques d’instrumentalisation politique et d’affaiblissement de la chefferie.................32
Deuxième Partie: La chefferie traditionnelle face aux dynamiques de la décentralisation......34
CHAPITRE 1: LES MUTATIONS DES FONCTIONS DE LA CHEFFERIE
TRADITIONNELLE A L'ERE DE LA DECENTRALISATION...........................................36
Section 1: La redéfinition du rôle des chefs traditionnels et l'implication de la chefferie dans
les initiatives de développement local et la promotion de la citoyenneté.................................36
Paragraphe 1: L’implication de la chefferie dans le développement local...............................36
A. La participation aux projets communautaires et initiatives de proximité............................36
B. Le rôle d’interface entre populations locales et autorités élues...........................................38
Paragraphe 2: La chefferie et la promotion de la citoyenneté..................................................39
A. La sensibilisation des populations à la gouvernance locale.................................................39
B. La contribution au renforcement de la démocratie participative..........................................40

69
LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE À L’ÈRE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Section 2: La chefferie traditionnelle comme garant des valeurs culturelles et de la cohésion


sociale.......................................................................................................................................41
Paragraphe 1: Le rôle culturel et identitaire de la chefferie......................................................41
A. La préservation des rites, traditions et patrimoines immatériels..........................................41
B. La légitimation des autorités locales par les valeurs culturelles..........................................42
Paragraphe 2: La chefferie et la cohésion sociale.....................................................................43
A. Le rôle de médiateur dans la gestion des conflits communautaires.....................................43
B. Le maintien de l’harmonie et du vivre-ensemble face aux tensions sociales.......................44
CHAPITRE 2: DYNAMIQUES DE COLLABORATION, DE CONFLIT ET LES
PERSPECTIVES ET OPPORTUNITES DE SYNERGIE ENTRE AUTORITES
TRADITIONNELLES ET ELUS LOCAUX...........................................................................46
Section 1: Les facteurs de collaboration, les sources de tension et de conflit..........................46
Paragraphe 1: Les conditions favorables à la collaboration......................................................46
A. La complémentarité des missions dans la gouvernance locale............................................46
B. Les initiatives conjointes dans la réalisation des projets communautaires..........................48
Paragraphe 2: Les tensions et conflits récurrents......................................................................49
A. La concurrence d’autorité et les conflits de légitimité.........................................................49
B. Les divergences dans la gestion des ressources locales et foncières....................................50
Section 2: Perspectives et opportunités d'une collaboration renforcée pour une gouvernance
locale participative et efficace..................................................................................................51
Paragraphe 1 : Les pistes de valorisation de la chefferie dans le cadre décentralisé................51
A. L’institutionnalisation d’un cadre de concertation permanente...........................................51
B. La redéfinition légale du rôle consultatif et participatif des chefs.......................................53
Paragraphe 2 : Les opportunités de synergie pour un développement local durable................54
A. L’intégration de la chefferie dans les politiques publiques locales.....................................54
B. La promotion d’une gouvernance inclusive et culturellement enracinée.............................55
CONCLUSION.........................................................................................................................57
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES..................................................................................61

70

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