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AQUACULTURE et ENVIRONNEMENT Nantes octobre 1993
ACTES DE COLLOQUES - 16 - BREST - ÉDITIONS DE L'IFREMER - 1994
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IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
PRÉVENTION ET CONTRÔLE
Philippe JATTEAU (1), Jean PETIT (2) et Jean DURET (1)
(1) CEMAGREF, Groupement de Bordeaux, Division Aquaculture et Pêche
(2) INRA, Rennes, Département d'Hydrobiologie
Abstract
The main methods of predicting aquaculture wastes outputs are presented. The statistical methods
based on the study of the results os water samples and biological method based on the knowledge of
feed features and utilization by fish are discussed. Asserment of the wastes outputs impact on natural
environment is than tackled. A critical analysis of the different approaches is made.
Pour la création, l'extension ou la régularisation d'une pisciculture, il est
nécessaire d'établir un dossier de demande d'autorisation au titre des trois
règlementations régissant les piscicultures : celle de l'eau - celle de la pêche - celle
des installations classées. Leur évolution a connu plusieurs étapes importantes qui
ont conduit à une révision de la situation des piscicultures (encadré).
Les incidences pratiques de cette évolution, qui amènent à remettre en
cause certaines autorisations, portent surtout sur le niveau des normes de rejets à
appliquer et le débit dérivé à accorder aux établissements. Ces incidences portent
également sur le contenu du dossier d'autorisation qui comporte soit une étude
d'impact assortie d'une procédure d'enquête publique, soit une notice d'impact,
plus simple. Dans les deux cas une description des incidences des projets sur
l'environnement est nécessaire.
Une des spécificités de l'aquaculture au sein du secteur agricole provient
du fait que les piscicultures sont directement en relation avec le milieu
récepteur.L'analyse des rejets d'une pisciculture est fondée sur la connaissance des
flux de matières apportées par l'établissement. Une estimation prévisionnelle des
rejets est donc nécessaire.
Ce travail présente les méthodes utilisées pour évaluer ces rejets en
s'attachant à rappeler le cadre de leur élaboration et leurs domaines d'utilisation.
Elles sont classées en deux catégories, différenciées par leurs fondements :
- les méthodes statistiques élaborées à partir des résultats d'analyses
d'eau
- les méthodes analytiques fondées sur la connaissance de l'utilisation
des aliments par le poisson.
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P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
LES RÉGLEMENTATIONS DES PISCICULTURES
1980 - Application des prescriptions générales, dispositions qui sont
relatives au régime de la déclaration au titre des installations
classées, auquel étaient soumis les élevages de salmonidés depuis
1978.
1982 - Changement de nomenclature des installations classées. Les
élevages de salmonidés passent sous le régime de l'autorisation. Un
arrêté préfectoral d'autorisation par élevage est nécessaire. Les
prescriptions générales précédentes sont souvent reprises dans les
arrêtés.
1984 - Mise en place de la loi Pêche, dont certaines dispositions ne
s'appliquent pas aux élevages en situation régulière. Ceux-ci doivent
être déclarés auprès de l'administration, qui vérifie à cette occasion
la validité des autorisations déjà accordées. Il en découle un constat
de la situation irrégulière de nombreux élevages. La régularisation
des autorisations n'est pas terminée et se heurte entre autres sur les
solutions techniques à mettre en oeuvre pour réduire l'impact des
établissements.
1992 - Mise en application de la loi sur l'Eau qui définit l'eau comme
faisant partie du patrimoine de la Nation et qui renforce en fait
certaines dispositions des autres textes. Les textes d'application
commencent à paraître.
1993 - Nouvelle définition de la nomenclature des installations classées.
Extension de la nomenclature aux élevages autres que salmonidés.
- Proposition de mise en place de la "redevance pollution" des
Agences de l'Eau.
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IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
Après la quantification des rejets, la seconde étape consiste à en évaluer
l'impact sur le milieu. Nous détaillons dans ce paragraphe les traceurs physico-
chimiques et autres indicateurs biologiques permettant d'aborder cet aspect. Mais,
il semble d'abord nécessaire de préciser le contexte général actuel de la
salmoniculture qui a très rapidement évoluée ces dix dernières années.
LE CONTEXTE
La production salmonicole française a plus que doublé depuis 1980.
Cette croissance est due à la création de nouvelles unités, mais également à
l'intensification de la production. Cette intensification a été menée de pair avec des
efforts portant sur la réduction des rejets qui étaient, dans de nombreux cas, un
facteur limitant au développement de la production. Ces deux actions ont été
possibles grâce à des avancées techniques considérables. La plus remarquable
concerne les aliments.
Depuis le début des années quatre-vingts la qualité des aliments est en
constante évolution. Ces progrès ont porté tant sur le choix de matières premières
plus digestibles que sur la technique de fabrication. Le nouveau procédé de
cuisson-extrusion permet d'améliorer globalement la digestibilité des aliments,
grâce notamment à son action sur les glucides, peu assimilables à l'état brut pour
les salmonidés (BERGOT, 1993 - KAUSHIK, 1990a - KAUSHIK et OLIVA TELES,
1985), et surtout d'incorporer des quantités de lipides supérieures à 18% - limite
technique due au procédé d'agglomération -, ce qui augmente la densité
énergétique de l'aliment. Une part importante des besoins énergétiques du poisson
sont ainsi couverts par les lipides en remplacement des proteines (KAUSHIK,
1990a). En résumé, ces aliments extrudés sont plus riches en lipides, donc en
énergie, et moins concentrés en proteines. Ils permettent, à ration alimentaire
égale, une augmentation de la production (KAUSHIK, 1990b) et une diminution des
rejets solides ou dissous selon le tableau 1 (JAYARAM et BEAMISH, 1992 -
KAUSHIK, 1990a)
% protéine % lipide IC
aliment standard 44 14 1,31
aliment extrudé 37,4 20,6 1,1
(d'après Kaushik, 1990 b)
TABLEAU 1
La mécanisation quasi généralisée de certaines tâches, tel le tri des
poissons, associée à de nouvelles techniques - compteur à poissons, gestion
automatisée de l'aliment - encore peu répandues, permettent une connaissance
exacte des stocks en place et un ajustement précis des rations alimentaires. Cette
meilleure gestion de l'alimentation permet de supprimer la suralimentation.
Les procédés d'oxygénation sont largement répandus. Les techniques
nouvelles utilisant l'oxygène liquide progressent, surtout depuis les récentes
années de sécheresse. Elles autorisent l'augmentation de la charge des bassins tout
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P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
en maintenant une qualité de milieu d'élevage supérieure, permettant au poisson
de mieux valoriser l'aliment. Ces nouvelles pratiques contribuent à la diminution
des coûts de production. Ces types d'investissement sont également suceptibles de
minimiser les rejets.
Le dernier secteur technique à prendre en considération concerne le
traitement des rejets. Jusqu'à la fin des années soixante-dix la pollution ne faisait
pas partie des sujets de conversation du monde piscicole. A partir du début des
années quatre-vingts la profession prend conscience de l'importance des aspects
environnementaux et participe aux premières études, soutenues par l'Agence de
l'Eau, axées sur la caractérisation des rejets et le traitement des matières en
suspension (MES) (Fauré, 1983). Cette première étape a conduit à la mise en place
de décanteurs.
Au début des années quatre-vingts-dix la Fédération française
d'aquaculture (FFA) et le ministère de l'Agriculture ont lancé des études qui ont
abouti à la définition de nouveaux moyens de traitement des mes, comme par
exemple les tamis filtrants (Lamotte, 1993). Par contre, le traitement de
l'ammoniaque* est seulement abordé depuis 1992.
Pourquoi concentrer les efforts sur le traitement des mes alors que les
niveaux de rejets sont pour la majorité des piscicultures en accord avec les
normes ? C'est, semble-t-il, l'aspect visuel des rivières en aval des piscicultures -
dépot de boue, développement d'algues filamenteuses - qui a déclenché des
mouvements de protestation parmi les pêcheurs et dans les associations de défense
de la nature.
Mais il est apparemment difficile d'établir une relation proportionnelle entre le
flux de MES sortant de la pisciculture et le niveau de colmatage de la rivière. Par
contre, leur consistance, liée à la formulation de l'aliment et à la nature des
matières premières, joue un rôle essentiel dans celui-ci. Il est donc nécessaire de
travailler à la fois sur les moyens de traitement des rejets pour répondre aux
attentes actuelles de l'administration, mais aussi sur la formulation des aliments.
LES MÉTHODES STATISTIQUES
Ce sont les méthodes auxquelles se réfère le plus souvent
l'administration pour calculer le flux de matières contenues dans le rejet d'une
ferme aquacole. Ces méthodes ne sont généralement pas appliquées directement,
mais adaptées en fonction des préoccupations locales ou des suggestions de tiers
(Associations écologistes, pêcheurs, etc..).
Les modèles statistiques ont pour objet la prévision de la composition
chimique dans le rejet de la pisciculture. Parmi les différents modèles de calcul
issus de mesures dans le rejet, deux sources sont fréquemment citées pour justifier
la procédure de calcul appliquée par l'Administration : le modèle dit de "liao"
(1970) et le modèle du CEMAGREF (1983).
Ces modèles ont été établis dans un contexte particulier d'environnement
de l'exploitation et leur validité prédictive devient vite précaire lorsqu'ils sont
utilisés en dehors des conditions qui présidaient à leur élaboration.
Ammoniaque : NH 4 + NI-13
72
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
En effet, en aquaculture ces modèles doivent prendre en compte certains
paramètres du milieu d'élevage dont la variabilité liée à l'environnement n'est pas
contrôlable.
La méthode de LIAO : fondements de la méthode.
La méthode d'évaluation de la composition des rejets de pisciculture dite
de "LIAO" fournit pour neuf paramètres physico-chimiques des coefficients
moyens qui permettent de calculer, à partir de la quantité d'aliment distribué aux
poissons les flux prévisionnels correspondant aux neuf composés pris en compte
par liao et son équipe. Pour les obtenir, l'auteur a effectué quinze campagnes de
mesures à l'entrée et dans les rejets de deux piscicultures produisant des alevins
(COWLITZ et GREEN, WASHINGTON, U.S.A.) en 1969.
Publiées en 1970, ces données étaient parmi les premières disponibles et
malgré la grande fluctuation des résultats. Les valeurs moyennes obtenues
donnaient un premier éclairage sur ce que pouvait être la production de produits
organiques (autre que le poisson lui-même) par une pisciculture (tab. 2).
en période normale (ppm) en cours de nettoyage (ppm)
Paramètres
Moyenne Limites Moyenne Limites
DBO 5,36 0,12 - 36,5 33,6 18 - 49
Ammoniaque 0,532 0 - 2,55 - -
Nitrates 1,676 0,045 - 3,1 - -
Phosphates 0,077 0,010 - 0,262 - -
Matières en suspension 7 0 - 55 96 85 - 104
Matières décantables 3,5 0 - 35 85 78 - 89
Matières dissoutes 78 25 - 186 78 70 - 81
Solides (total) 85 30 - 190 174 166 - 185
Matière organique 29 5 - 100 108 90 - 125
TABLEAU 2
La grande dispersion des données n'est pas surprenante : c'est le lot des
mesures effectuées directement sur une ferme quand se cumulent les facteurs de
variations intervenant dans la relation que l'on veut établir entre la quantité
d'aliment distribué et la quantité des produits présents dans le rejet : facteurs
humains (manière de distribuer l'aliment, appréciation de l'appétence du
cheptel,..), facteurs zootechniques (densité et compétition des animaux,
calibrage,...), facteurs du milieu (disponibilité en oxygène, turbulence de l'eau,
courants...), etc..
LIAO n'a pas effectué d'analyse statistique de ses données. La grande
dispersion des points de mesure (fig.1) et leur faible effectif laissent présumer de
relations à faible signification : la tendance dégagée est celle d'une liaison entre la
quantité d'aliment et le niveau de concentration dans le rejet des produits étudiés.
La prédiction des valeurs de ces concentrations au rejet reste très approximative
pour les fermes où ont été effectuées les études (valeurs variant de 1 à 3 dans le
meilleur des cas et de 1 à 70 pour les paramètres les plus fluctuants). Ces fermes se
caractérisent par leur production (des alevins), par leur situation géographique
73
P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
(l'Etat de WASHINGTON aux Etats-Unis), par leur technicité (celle des années 70).
Que peut-on penser de l'extrapolation de ces données à des piscicultures de truites
"portions" (200-250 g) en Europe en 1993 pour trancher sur la nature polluante ou
non polluante d'un rejet de pisciculture, voire pour évaluer son impact sur
l'environnement ?
1.0
:b 0.8
8
a
b
ae
ô 0.6
ô 0.4
0.2
cd
F
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Taux de nourrissage par jour (% du poids vif)
FIGURE 1
Le modèle du CEMAGREF : fondement de la méthode.
Le modèle du CEMAGREF de 1983 repose sur des mesures effectuées sur
trois piscicultures. Une différence essentielle avec le modèle de LIAO se situe dans
la méthode : les auteurs ont eu les moyens d'imposer des conditions de mesures et
de les poursuivre sur des temps significatifs par rapport à la durée d'un cycle de
production : l'approche expérimentale a permis une analyse statistique de la
validité des données. La validité du modèle a pu également être testée par l'apport
de 140 campagnes de mesures effectuées sur des piscicultures par le Conseil
Supérieur de la Pêche à des fins d'évaluation et de contrôle des rejets .
Comme pour le modèle de LIAO, la proposition du CEMAGREF a été
d'évaluer la composition du rejet à partir du flux des produits issus de la
transformation de l'aliment en appliquant des coefficients à la quantité d'aliment
distribué. Dans ce modèle les coefficients peuvent être modulés par d'autres
facteurs tels que l'indice de transformation, quantité de chair fraîche produite par
kilogramme d'aliment granulé, le stress dû à la réutilisation de l'eau dans les
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IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
bassins, etc... L'utilisation du modèle nécessite cependant la prise en compte des
caractéristiques de la variabilité des résultats établie par André FAURÉ : la
moyenne, l'écart-type et la loi de distribution statistique des valeurs mesurées.
Nous en donnerons trois exemples.
Exemple 1 : Validité du coefficient spécifique de l'ammoniaque : (fig. 2)
L'ammoniaque est l'un des éléments du rejet des piscicultures qui a peut-
être été le plus étudié, probablement du fait de sa valeur indicative sur l'activité
des poissons, les poissons en excrètent d'autant plus qu'ils mangent et sont actifs,
et de la facilité de sa mesure. Les modalités de son impact sur l'environnement
restent à définir .
Ammoniaque rejeté en % de l'aliment
1,5 % 4.7 %
I
r
Moyenne 3.1 % ( = ± 1,59 %)
Distribution : loi normale
Matières en suspension (M E S)
Matières en suspension = (1 - Kd) (33 x IC - 20) A/100
Kd = coefficient de décantation
Utilisation : Kd = 0 pour M E S en moyenne annuelle.
FIGURE 2
L'étude du CEMAGREF donne un coefficient de 3,1% pour obtenir la
quantité d'ammoniaque produite par un kilogramme d'aliment (composition
"standard 1980"). On obtient donc une production d'environ 30 grammes
d'ammoniaque par kilogramme d'aliment distribué au poisson, chiffre largement
utilisé dans les études d'impact constitutives du dossier de régularisation ou
d'autorisation des piscicultures. Que dit le document remis à l'agence de bassin de
l'époque ? (fig. 2) : la moyenne des mesures effectuées est de 31 grammes
d'ammoniaque pour l'ensemble des mesures avec un "écart-type" de plus ou
moins 16 grammes et leur répartition suit une loi "normale". Ceci signifie que dans
70% des cas le rejet en ammoniac aura une valeur comprise entre 15 et 47
grammes d'ammoniaque par kilo d'aliment distribué. Dans cet exemple la
quantification par la seule valeur moyenne fournie par le modèle n'est pas
suffisante et la fourchette de variation de ce flux doit être utilisée (écart-type et
mode de distribution de la fréquence des cas mesurés). En effet le calcul basé sur
la moyenne conduit à pénaliser les pisciculteurs qui ont une conduite d'élevage
"propre" et à sous évaluer les rejets des piscicultures les plus polluantes, puisque
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P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
de fait la quasi-totalité des piscicultures ont des valeurs de concentration
d'ammoniaque dans le rejet très éloigné de cette moyenne. En intégrant les autres
données du modèle il devient possible d'effectuer un choix de la valeur à prendre
en compte en fonction d'un risque connu de dépassement de la valeur prévue par
le modèle.
Exemple 2 : Validité du coefficient spécifique aux matières en suspension
(MES).
L'utilisation inadéquate des modèles résulte parfois de simplifications,
justifiées dans un contexte précis, et qui se trouvent ensuite généralisées. Le calcul
des flux de matières en suspension en fournit un exemple (fig 2).
L'étude du CEMAGREF introduit dans le calcul un coefficient de
sédimentation "Kd" qui prend en compte le fait que les matières solides peuvent se
déposer de façon variable dans la pisciculture elle-même. Ce processus est
important et se traduit par des résultats d'analyse qui, à certains moments, font
apparaître moins de matières en suspension à la sortie de la pisciculture qu'à
l'entrée, les bassins d'élevage se comportant alors comme des décanteurs.
L'étude du CEMAGREF précise que sur l'ensemble du cycle de production
il est admissible de considérer que les périodes d'accumulation des dépôts dans la
pisciculture, avec réduction des émissions de MES et les périodes de chasse des
matières décantées se compensent : le calcul du flux moyen annuel de MES ne
justifie pas la prise en compte de "Kd", coefficient de sédimentation interne à la
pisciculture.
Les études d'impact, dans le calcul prévisionnel des MES au rejet de la
valeur des concentrations au rejet mois par mois, ne réintègrent pas ce coefficient :
à l'étiage, cette simplification abusive peut pénaliser les exploitants qui limitent
leur émissions par diverses moyens (stocks réduits, oxygène pur, enlèvement des
boues en bassins,...) et ne prend pas en compte les effets dommageables sur
l'environnement d'une chasse des boues mal gérée par le pisciculteur. Les objectifs
de calcul des flux, objectif premier de l'étude du CEMAGREF (commanditée par
l'Agence de l'Eau), se sont trouvés ici détournés vers un objectif de prévision de la
valeur instantanée des concentrations de MES. au rejet en conservant une
modification du calcul qui diminue singulièrement la fiabilité prédictive de l'étude
d' impact.
L'évaluation des productions considérées comme acceptables, par
l'administration, sur un site donné
Ces évaluations n'ont pas de caractère directement contraignant sur la
production annuelle réalisée : c'est le niveau de pollution atteint au rejet qui reste
l'infraction susceptible d'entraîner des poursuites. Elles ne sont toutefois pas
neutres dans la mesure où elles concrétisent un "droit à produire" qui va intervenir
dans l'évaluation de la valeur de la ferme aquacole avec toutes les conséquences
qui en résultent lors de ventes, transmission, emprunts,... La procédure de calcul
pratiquée est la suivante :
- compte tenu des valeurs moyennes de polluants potentiels indiquées dans le
modèle choisi en référence et des concentrations limites prescrites par les
76
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
grilles de qualité d'eau, un ou deux paramètres sont retenus pour le calcul de
la production autorisée sur le site.
- les valeurs moyennes fournies par l'auteur du modèle sont généralement
exprimées en poids de matière émise par kilogramme de poisson ou par
kilogramme d'aliment. Pour obtenir des concentrations, ces valeurs
moyennes sont divisées par le débit prévu sur le site (valeur prévisionnelle du
débit définie par l'administration pouvant être assez éloignée de la valeur
réelle pour une année donnée). On en déduit la quantité de poissons ou
d'aliment qu'il est possible de stocker sans dépasser les concentrations
requises au rejet.
- les stocks sont ainsi calculés mois par mois, et on en déduit la production
autorisée selon des méthodes propres à chaque cas.
Les tableaux 3 et 4 et la figure 3 donnent pour un même site les
évaluations de productions annuelles à partir de trois modes d'application des
modèles précédemment décrits. Les hypothèses introduites pour permettre le
calcul des productions considérées comme maximum par l'administration ont pour
origine les propositions d'une association écologiste (lors de l'enquête publique),
d'une DSV et d'une DDAF On constate un écart important, du simple au double,
suivant les hypothèses posées pour l'application des modèles (tab 4).
HYPOTHESES Ex. A Ex. B Ex. C
1 C - DBOS = 0,6 C - NH4+ = 0,03 COEFFICIENTS
(CIAO - 1970) (CEMAGREF 1983) de LIAO
2 MOYENNE MOYENNE INI'ERANNUFI I DEBIT "STANDARD" d 10°C
des 10 JOURS MINI (MAXIMUM d'ANNEES) CONSOMMATION d'OXYGEN
du MOIS =200g//H
KG ALIMENT POIDS POISSON CROISSANCE
3 — 1,63 x 1,414 CHAQUE MOIS "REGULIERE"
KG POISSON
TABLEAU 3
STOCK MAXIMUM PRODUCI'ION
A L'ÉTIAGE REALISABLE
METHODE A 5T 100 T
METHODE B 3T 60 T
METHODE C 3T 50 T
TABLEAU 4
77
P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
EXEMPLE A
VALEUR de" DB05"
FIXEE à 5 mg/1,
dont2mg/I -t. QUANTITE
= AUTOEPURATION 4 d'ALIMENT QUOTA de PRODUCTION
MAXIMUM
DEBIT MAXIMUM AUTORISEE (GAIN de STOCK)
AUTORISE
EXEMPLE B:
VALEUR AMMONIAQUE
FIXEE à 0,2 mg/I,
EN DIFFERENTIEL QUANTITE
AMONT-AVAL 1 d'ALIMENT QUOTA de PRODUCTION
MAXIMUM -+
2.
DEBIT MAXIMUM D AUTORISEE (GAIN de STOCK)
AUTORISE
EXEMPLE C:
FLUX POLLUANT ALIMENT
MAX / OBI. QUALITE MAXIMUM QUOTA
de
QUANT/TE d'OXYGENE STOCK MAXIMUM PRODUCTION
DISPONIBLE
RIVIERE
FIGURE 3
L'exemple A se base sur la matière organique produite selon la méthode
de LIAO et introduit une hypothèse arbitraire sur la quantité d'aliment utilisée en
fixant l'indice de transformation à 1,63, ainsi qu'une hypothèse sur l'autoépuration
de la rivière.
L'exemple B se base sur l'ammoniaque produit, évalué à partir du
modèle du CEMAGREF, et d'une hypothèse arbitraire sur la vitesse de croissance des
poissons.
L'exemple C utilise le paramètre se révélant comme le plus contraignant
sur la base des coefficients de LIAO.
Dans les trois cas, le débit est pris en compte selon des méthodes
différentes : débit d'étiage (moyenne des 10 jours les plus bas sur 5 ans minimum)
qui s'approche le plus des conditions réelles en régime à fortes variations
climatiques (les trois cas sont pris en Bretagne), moyenne interannuelle des débits
qui est le mode d'évaluation légal, débit évalué à partir d'hypothèses sur les
disponibilités en oxygène de la rivière et sur l'efficacité de l'aération.
78
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
LA MÉTHODE ANALYTIQUE
Face aux inconvénients et aux contraintes des méthodes statistiques, une
approche nouvelle a été proposée par différents auteurs.
Ce concept est fondé sur le fait que les seules sources d'altération de la
qualité du milieu sont des conséquences de l'alimentation. Les rejets peuvent être
déterminés à partir de la connaissance des qualités intrinsèques de l'aliment et de
son utilisation par le poisson (Cho et al., 1991 - Cho, 1993). Cette méthode permet
de calculer les rejets azotés et phosphorés, solides et dissous, et les MES
Pour les rejets dus à l'utilisation des protéines, rejets azotés et
phosphorés, elle s'appuie sur la connaissance de deux coefficients :
- la digestibilité (Coefficient d'Utilisation Digestive, CUD), qui permet de
calculer la part de nutriment digestible assimilée par l'organisme et la part
éliminée dans les fèces ou déchets solides ;
- la valeur biologique qui permet de calculer la part de nutriment digestible
utilisée pour la croissance et la part de nutriment digestible métabolisée et
éliminée par les branchies, les reins, ...(déchets solubles).
Ces coefficients pour un aliment et une espèce donnés sont déterminés en
laboratoire. Un aliment de composition connue et contenant un traceur inerte est
distribué à un lot de poissons. Les performances de croissance sont enregistrées.
Les féces sont récupérées et des analyses de carcasses sont effectuées en fin
d'expérience. Grâce au traceur inerte, il est possible de mesurer la quantité d'un
nutriment - les protéines par exemple - contenue dans les féces (F) et la quantité
ayant servi à la croissance (C). Les deux coefficients peuvent être alors calculés :
I-F
digestibilité (cud)
I
C
* valeur biologique (vb) _
I-F
avec I = quantité de nutriment dans l'aliment distribué
Pour le calcul des mes seule la digestibilité est utilisée. Elle correspond à
la digestibilité globale de l'aliment (protéine, lipide, glucide).
Le calcul des rejets solides et dissous s'effectue de la manière suivante
déchets solides = I - (I x CUD )
déchets solubles = (I x CUD) x (1 - vs )
Avantages et inconvénients de cette méthode
Une fois ces coefficients déterminés, cette méthode présente le
considérable avantage de n'exiger aucune expérimentation supplémentaire pour
calculer les rejets solides ou dissous. Elle donne des résultats très précis en
condition de laboratoire, mais présente néanmoins quelques lacunes.
79
Phospho'e total (mg P/)) •—• Phosphore total (mg P/I) •-•
OH • —• pH •—•
Phosphates (mg PO4/I) n — n 02 dissous (mg/') •—a 02 Jssous (mg/I) •— n
Phosphates (mg PO4/11 n — n
O m e -
m m
O O O 0
O O u, - U1 N tn
6.) O O
ç I i , _T
N^ - • 1 ^ '
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D805 (mÿ'i; •-- • ♦ -a (wd!Sr') ai(o)0 P OD
MES (mg/I) 0-0
Ammoniaque (,mg/1) • — v
Ammonlaq, e (mg NI-14-A) O -`O O o N
DBO5 (mg/I) •—• 0 o
0 0 0
,q 0 m 0
0 o w Er, - * •
MES (mg/I) q — q
W
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N-
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l
N
O
0 8 O O
•—• (I/6w) soaS snplsg6 s
—v (I/ZON 5W) sa2! —• 0/6w) satuiir
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
Les conditions d'expérimentation et d'élevage sont notablement
différentes. L'utilisation des aliments par le poisson peut être modifiée en
conditions d'élevage, ce qui est susceptible d'entraîner une évolution des rejets en
quantité et/ou en qualité.
Par ailleurs, elle ne tient pas compte de la gestion de l'élevage, au sens
large du terme. La part d'aliment distribué non ingéré n'est pas prise en
considération dans le calcul présenté. Afin de ne pas sous-estimer les rejets solides
- MES - Cho et al. (1991) ont été amenés à considérer qu'environ 5% de l'aliment
distribué n'est pas mangé et se retrouve directement dans les rejets.
Enfin, pour la mesure de traceurs comme la Demande Biologique en
Oxygène - DBO - il est encore nécessaire d'avoir recours aux analyses chimiques,
leur évaluation n'étant pas réalisable par la méthode biologique.
ÉVALUATION DE L'IMPACT DES FERMES
L'impact sur le milieu est apprécié à partir de données physico-
chimiques, hydrobiologiques et piscicoles.
L'évaluation par la physico-chimie
Pour un groupe de neuf paramètres les figures 4 à 15 donnent un aperçu
des profils obtenus par des mesures de routine sur 24 heures, en sortie d'une
pisciculture. Les figures 4 à 7 représentent les profils de concentrations dans le
rejet d'une pisciculture industrielle avec une gestion traditionnelle de l'aliment.
Les valeurs d'ammoniaque et de phosphates fluctuent au cours de la journée et
dépassent les valeurs prescrites par les objectifs de qualité d'eau (fig. 5 et 6). Les
autres paramètres restent compatibles avec ces objectifs. Les figures 8 à 11
donnent le résultat de mesures effectuées sur le même établissement après
modification de la stratégie d'alimentation des animaux (distribution, étalée dans
le temps, d'un aliment à haute énergie). On constate une atténuation des
fluctuations des valeurs et un maintien des concentrations en-deçà des limites
préconisées par les grilles de qualité d'eau.
Les figures 12 à 15 présentent le résultat de mesures effectuées en sortie
d'une exploitation familiale (25 tonnes/an) : les concentrations dans le rejet sont
ici beaucoup plus élevées. Ceci a pu être attribué à une altération du cours d'eau en
amont de la pisciculture, et à un stock relativement important rapporté au débit
d'étiage du cours d'eau. Le caractère familial de cette petite exploitation ne lui
permet pas d'envisager des modifications de la conduite d'alimentation
(distributeur automatique, aliment moins polluant mais plus coûteux) comme dans
l'exemple précédent.
81
P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
Fig. 13
3
n Z
O _ 4
Iô
3
É In3
2
ô D 1
E
E
o 0
13 17 21 9
13 17 21 1
Heire du jar Heure du jour
Fig. 14
i 3- Fig 15
•
1
• 10 -
n =-7.: 2
•
Eâ
rn
I E? â 13 17 21 1 5 9
C I
1 9
â 13 17 21 5
Heure du jour Heure du jour
Les deux exemples précédents révèlent certaines spécificités de la
pollution en rivière :
- des concentrations fluctuantes dans le rejet, fluctuations qui pour les
piscicultures de taille moyenne oscillent le plus souvent autour des seuils
recommandés par les grilles de qualité d'eau.
- les piscicultures installées sur de petits cours d'eau se trouvent confrontées à
une situation difficile à gérer : le maintien de leur rentabilité les conduit à
surexploiter la ressource en eau créant ainsi des problèmes d'environnement.
Dans le même temps, le débit du cours limite la taille de l'exploitation et la
possibilité de dégager les marges qui leur permettraient de financer des
stratégies de dépollution.
Les relations de cause à effet entre la pollution physico-chimique et les
caractéristiques de l'exploitation ne sont que partiellement décrites par les
modèles. Cependant, les connaissances acquises sur ces relations permettent de
préconiser des stratégies d'élevage pour diminuer les flux de pollution physico-
chimique.
Dans un objectif de réglementation et de contrôle les résultats des
mesures physico-chimiques sont plus difficiles à utiliser :
- la dilution importante des produits entraîne des biais dans la mesure
(problème d'échantillonage, de sensibilité du matériel,...), qui nécessitent de
multiplier les analyses pour obtenir un résultat probant et, par conséquent,
augmente les coûts.
82
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
les conditions du maintien de la capacité d'épuration du milieu vis-à-vis de ce
type d'effluent très dilué dès son émission n'ont pas été définies (données
contradictoires). Tl subsiste ainsi un doute sur la validité des seuils imposés
aux piscicultures, dans la mesure où les critères de validité de ces seuils se
réfèrent à des effluents d'activités très différentes.
L'importance économique relative de l'aquaculture et le coût élevé des
études dans le domaine de l'évaluation des nuisances nécessitent d'envisager à
court terme d'autres approches en attendant que les données techniques soient
suffisantes pour valider les modèles décrivant les relations entre l'activité aquacole
et le milieu.
A titre d'exemple, la recherche d'une standardisation des hypothèses
posées pour le calcul des flux, précédemment évoquée, peut être une approche
fructueuse pour rétablir une certaine équité dans les décisions administratives et
cibler pour la recherche les hypothèses les plus urgentes à lever.
Une autre approche pourrait être la prise en compte du caractère dilué et
fluctuant de certains facteurs comme l'ammoniaque, en modulant le seuil limite
prescrit à l'exploitant par un calcul prenant en compte la prévision de
concentration et le flux moyen journalier : l'hypothèse posée dans ce cas est qu'un
dépassement modéré dans le temps des valeurs guide n'a pas la même signification
qu'un dépassement continu de ces valeurs guide.
Rappelons que des variations du seuil imposé, qui peuvent sembler très
faibles (0,5 mg d'ammoniaque par litre par exemple), peuvent dans le cas de
l'aquaculture représenter un potentiel de production variant lui dans de très larges
proportions (de 1 à 3 dans les pratiques actuelles).
L'évaluation par l'hydrobiologie
L'exemple de la figure 16 montre l'évolution de l'indice biologique
global à proximité du rejet et en aval d'une pisciculture sur 10 ans. Ces indices,
anciennement "biotiques", et devenus "globaux", reposent sur des comptages
d'organismes vivants présents sur le fond de la rivière. En fonction du nombre et
des espèces présentes une "note" est attribuée : elle représente le degré d'altération
du milieu.
AVAL Pisciculture
VALEUR PO _
I8G
10 -
AVAL REJET
Pisciculture
0
1971 1976 1981 1 9 92
FIGURE 16
83
P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
L'inconvénient de cette méthode est qu'elle fournit peu d'indications sur
les relations de cause à effet et ne permet pas de cibler les mesures à prendre dans
les exploitations. Pris en compte dans les grilles d'objectifs de qualité d'eau, ces
indices peuvent matérialiser l'altération des fonds en sortie de piscicultures sans
que la physico-chimie ne fournisse d'explication.
La tendance actuelle est d'imputer l'altération des fonds aux matières
organiques déposées, et à préconiser la mise en place de dispositifs de captage des
MES dont l'efficacité se situe autour de 50 %. Ceci revient à poser l'hypothèse que
la nuisance est liée à l'accumulation des boues plutôt qu'à leur propriété chimique.
Une vérification de l'hypothèse reste à faire par un suivi de l'évolution des indices
biologiques sur des piscicultures équipées de dispositifs de captage.
Abondance (nb. ind. capturés en 5 mn)
25
Wtur pisciculfuro
20
15 1
10
DmroJ Q v o
e^
4- 4- ^0 -^ 4- dc
ava!— Station amont
FIGURE 17
L'évaluation par les peuplements piscicoles
Dans certains cas, les variations du peuplement en poissons sont utilisées
pour mettre en évidence les nuisances dues à la pisciculture. Indices d'abondance,
indices piscicoles... les méthodes d'évaluation des peuplements varient pour une
même terminologie et sont très discutées par les spécialistes eux-mêmes. Ces
méthodes ont l'intérêt de tenter d'évaluer l'objet du conflit d'usage en cause :
l'usage de l'eau pour la pisciculture et la pêche de loisirs. Son inconvénient réside,
comme pour l'hydrobiologie, dans sa faible valeur explicative des phénomènes
observés en aval des piscicultures : la figure 17 donne un exemple des variations
d'indice d'abondance sur le Scorff (Bretagne) avec une baisse des indices après
chaque pisciculture laissant supposer un effet de nuisance des piscicultures.
84
IMPACT DE L'AQUACULTURE SUR L'ENVIRONNEMENT
PROPOSITION D'ORIENTATION SUR LES TRAVAUX À MENER
Les modalités d'évaluation des flux de matières issus des piscicultures et
de l'impact de ceux-ci sur le milieu supposent l'introduction de nombreuses
hypothèses pour utiliser les calculs proposés dans les modèles. Des études
complémentaires devraient permettre de réduire les lacunes de ces modèles. On
peut toutefois estimer que, si la précision de ces modèles peut être améliorée en ce
qui concerne la prédiction des flux annuels moyens, les prévisions des
concentrations instantanées au rejet et de l'impact environnemental risquent de
rester encore longtemps approximatives pour au moins deux raisons
-En aquaculture, le milieu d'élevage est en prise direct avec
l'environnement et les animaux sont en perpétuelle adaptation au changement du
milieu (animaux sans régulation thermique notamment) : l'intégration des facteurs
du milieu d'élevage dans les modèles risque de rendre ceux-ci très lourds pour des
gains de précision faibles. La maîtrise totale du milieu étant exclue pour des
raisons économiques, les gains de précision les plus importants peuvent venir
d'une meilleure connaissance des mécanismes d'adaptation du poisson en vue
d'obtenir l'animal le plus "stable" possible sur le plan physiologique. Ce résultat
peut être obtenu par un contrôle partiel du milieu d'élevage (partiel pour des
raisons économiques), une conduite d'élevage en temps réel basée sur des
indicateurs d'état du poisson (actuellement il faut 15 jours à 3 semaines pour
détecter une variation de l'état du poisson) et la sélection de souches adaptées à
des milieux variables en qualités).
- La mise en place d'études complexes et coûteuses, notamment sur les
causes des nuisances, risque d'être longue dans un secteur dont l'importance
économique reste relativement limitée.
Au regard de la situation actuelle, un certain nombre d'actions peu
coûteuses peuvent être proposées :
- La demande d'une standardisation des hypothèses introduites lors de
l'utilisation des modèles paraît se justifier aisément. C'est un objectif qui pourrait
être rapidement atteint par une concertation entre praticiens et scientifiques.
- L'amélioration du caractère prédictif des modèles existants par une
meilleure connaissance des transformations des déchets en fonction des pratiques
d'élevage pourrait vraisemblablement être obtenue en 2 à 3 ans.
Face à la difficulté d'établir des modèles de prévision des concentrations
de polluant dans le rejet, des recherches visant à mettre à disposition des éleveurs
des indicateurs physiologiques pour adapter en temps réel la gestion des intrants
(aliment, oxygène et produits thérapeutiques) permettraient d'envisager un auto-
contrôle des rejets par l'exploitant.
CONCLUSION
L'aquaculture est une activité à part entière du monde agricole. Par son
mode de fonctionnement en prise directe avec le milieu récepteur et par la nature
du support d'élevage, la pisciculture possède des spécificités techniques qui la
démarquent d'une activité agricole classique.
85
P. Jatteau, J. Petit et J. Duret
Actuellement, les éléments scientifiques et techniques disponibles
concernant l'évaluation des rejets et leur incidence sur le milieu récepteur ne
permettent pas de répondre à toutes les questions qui se font jour. Afin de clarifier
certaines situations, il semble nécessaire de travailler à la mise au point d'une
méthode standard, reconnue par tous, de calcul de rejets piscicoles à partir des
données disponibles.
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