Topologie et Analyse Fonctionnelle
Topologie et Analyse Fonctionnelle
Pierre Lissy
Basé sur des notes de cours de Dario Prandi,
relues et corrigées par Marc-Antoine Vassenet
13 janvier 2023
Table des matières
Introduction 5
0 Ensembles dénombrables 6
3 Convergence et continuité 36
3.1 Convergence de suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.1.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.1.2 Propriétés de la convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.2 Les notions topologiques à travers la convergence . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2.1 Comparaisons topologiques et suites . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.2.2 Densité dans un espace métrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2.3 Théorème de Weierstrass . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.3 Continuité dans un espace métrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.3.1 Uniforme continuité et applications Lipschitziennes . . . . . . . . . 48
3.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2
4 Complétude et théorème du point fixe de Picard 55
4.1 Complétude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.1.1 Suites de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.1.2 Espaces complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.1.3 Exemples d’espaces complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.2 Théorème du point fixe de Picard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.2.1 Énoncé du Théorème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.2.2 La suite de Fibonacci et le nombre d’or . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
5 Compacité 68
5.1 Compacité au sens de Bolzano-Weierstrass . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.1.1 Le cas réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.1.2 Définition et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.2 Continuité et compacité au sens de Bolzano-Weierstrass . . . . . . . . . . 71
5.3 Compacité au sens de Borel-Lebesgue, précompacité, séparabilité . . . . . 73
5.3.1 Précompacité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
5.3.2 Espaces séparables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
5.3.3 Compacité au sens de Borel-Lebesgue (BL) . . . . . . . . . . . . . 77
5.3.4 Compacité relative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.4 Compacité dans les evn et ses conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
5.4.1 Parties compactes de (Kk , || · ||∞ ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
5.4.2 Équivalence des normes en dimension finie . . . . . . . . . . . . . . 82
5.4.3 Le cas de la dimension infinie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
5.5 Quelques applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.5.1 Fonctions non bornées à l’infini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.5.2 Théorème des compacts emboı̂tés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.5.3 Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
5.5.4 Théorème d’Ascoli-Arzéla . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
5.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
6 Connexité 93
6.1 Connexité par arcs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
6.1.1 Définition et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
6.1.2 Ensembles convexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
6.1.3 Connexité par arcs et continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6.2 Connexité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6.2.1 Définition et caractérisations équivalentes . . . . . . . . . . . . . . 95
6.2.2 Connexité et continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
6.2.3 Connexité et connexité par arcs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
6.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3
7 Applications linéaires et continuité 104
7.1 Application linéaires continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
7.1.1 Caractérisations de la continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
7.1.2 L’espace vectoriel normé Lc (E, F ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
7.1.3 Quelques exemples de calculs de norme d’opérateur . . . . . . . . . 108
7.1.4 Le cas de la dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
7.1.5 Composition d’applications linéaires continues . . . . . . . . . . . . 111
7.2 L’algèbre normée Lc (E) et application aux matrices . . . . . . . . . . . . 112
7.2.1 La notion d’algèbre normée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
7.2.2 Séries dans les espaces de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
7.2.3 Quelques séries dans les algèbres de Banach . . . . . . . . . . . . . 114
7.2.4 Application aux espaces de matrices . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
7.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4
Introduction
Ce cours présente les concepts fondateurs de la Topologie et quelques éléments d’Ana-
lyse Fonctionnelle. La topologie vise à donner un cadre général (ici, le cadre des espaces
dits métriques, puis des espaces vectoriels normés) qui permet d’étudier certaines pro-
priétés géométriques d’ensembles et qui permet de donner un sens aux notions de limites
de suites, de continuité, . . .. L’analyse fonctionnelle est quant à elle une branche des
mathématiques qui s’intéresse aux propriétés des espaces de fonctions, et est très reliée
à la topologie, comme on le verra dans ce cours.
Ce polycopié est fortement inspiré des polycopiés [1, 4]. Un ouvrage de référence qui
pourra être consulté avec profit est [3].
Le niveau de difficulté des exercices est indiqué de la manière suivante : une étoile
signifie un exercice proche du cours, qu’il serait donc bon de savoir faire sans trop de
difficultés. Deux étoiles signifie un exercice de difficulté moyenne. Trois étoiles signifie
un exercice plus difficile.
5
0 Ensembles dénombrables
Ce chapitre vise à introduire la notion d’ensemble dénombrable, fondamentale en
mathématiques. En effet, il est bien connu qu’il existe des ensembles de cardinal fini
ou infini, mais parmi les ensembles de cardinal infini, on a envie de dire que certains sont
“plus gros” que d’autres. Par exemple, on aurait envie de dire que R est “plus gros” que
N. Nous allons donner un sens plus précis à ceci, puis démontrer que c’est effectivement
le cas.
Définition 0.1. Soit E un ensemble. E est dit dénombrable s’il existe une bijection
entre E et N (ou, ce qui revient au même, une bijection entre N et E).
Remarque 0.1. De la manière dont est définie la dénombrabilité ici, il est clair que E
est nécessairement de cardinal infini. En effet, si E était de cardinal fini, il en serait de
même pour N puisqu’une bijection conserve le cardinal des ensembles finis.
Exemple 0.1. Toute partie de N est soit finie, soit dénombrable. En effet, si l’on prend
une partie A de N, soit elle est de cardinal finie, soit elle est de cardinal infinie. Dans
ce dernier cas, on peut énumérer ses éléments sous la forme A = {a0 , a1 , . . .}, où pour
tout i ∈ N, on a ai < ai+1 . On pose alors φ : i ∈ N → ai ∈ A. φ est clairement injective
(si i < j, alors, par récurrence, ai < aj , donc l’égalité ai = aj donne nécessairement que
i = j) et surjective puisque pour tout a ∈ A, il existe i0 ∈ N∗ tel que a = ai0 . Donc φ est
une bijection entre A et N. Par exemple, si A est l’ensemble des nombres entiers pairs
non nuls, on a φ(i) = 2 + 2i.
Bien sûr, l’exemple précédent peut se généraliser à tout ensemble dénombrable.
Proposition 0.1. Tout sous-ensemble d’un ensemble dénombrable est soit fini, soit
dénombrable.
Démonstration. Soit E un ensemble dénombrable, φ une bijection entre N et E, et A
une partie de E. Si A est fini, il n’y a rien à montrer. Si A est infini, alors φ−1 (A) est une
partie infinie de N, qui est donc dénombrable par l’exemple 0.1. Soit ψ : N → φ−1 (A)
une bijection. Alors φ ◦ ψ est bien définie et bijective de N dans φ(φ−1 (A)) = A, comme
composée de bijections.
L’avantage principal des ensembles dénombrables réside dans la propriété suivante, qui
dit qu’un ensemble est dénombrable si et seulement si on peut énumérer ses éléments,
sans omission ni répétition, dans une suite indexée par des entiers.
Proposition 0.2. Un ensemble E est dénombrable si et seulement si on peut ranger ses
éléments en une suite d’éléments distincts (xn )n∈N , i.e. si et seulement si E s’écrit sous
la forme E = {xn }n∈N , avec xn ̸= xm , pour tout n ̸= m.
6
Démonstration. Le sens réciproque est trivial : si E = {xn }n∈N , alors φ : n ∈ N → xn ∈
E est une bijection entre N et E. (c’est le même raisonnement que dans l’exemple 0.1).
Le sens direct n’est pas beaucoup plus difficile : soit φ une bijection entre N et E.
Alors E = {φ(n)|n ∈ N}, donc il suffit de poser xn = φ(n).
Exemple 0.2. Z est dénombrable. En effet, on peut écrire Z = {0, 1, −1, 2, −2, 3, −3, . . .}.
On pose alors x0 = 0, et pour n ∈ N∗ , x2n−1 = n et x2n = −n, de telle sorte que l’on a
bien Z = {xn |n ∈ N}, où les xn sont deux à deux distincts.
(n + m)(n + m + 1)
φ : (n, m) ∈ N × N 7→ + m.
2
On a alors φ(0, 0) = 0, φ(1, 0) = 1, φ(0, 1) = 2, φ(2, 0) = 3, et ainsi de suite. φ semble
donc convenir pour créer une bijection entre N × N. Montrons-le rigoureusement.
7
— φ est injective : supposons que
(n + m)(n + m + 1) (n′ + m′ )(n′ + m′ + 1)
+m= + m′ . (0.1)
2 2
On réécrit ceci comme
n+m
! ′ +m′
nX
!
X
k +m= k + m′ .
k=0 k=0
Cette propriété a pour conséquence que tout produit fini d’ensembles dénombrables
est dénombrable.
Corollaire 0.6. Si E1 et E2 sont deux ensembles dénombrables, alors E1 ×E2 est un en-
semble dénombrable. Plus généralement, si E1 , E2 , . . .En sont n ensembles dénombrables
(n ⩾ 2), alors E1 × E2 . . . × En est dénombrable.
8
Corollaire 0.7. Q est dénombrable.
Démonstration. Soit f : (p, q) ∈ Z × N∗ 7→ pq ∈ Q. Par définition de Q, f est surjective.
De plus, Z est dénombrable par l’Exemple 0.2, N∗ est dénombrable comme sous-ensemble
infini de l’ensemble N et application de la Proposition 0.1. On applique alors le Corollaire
0.6, qui nous dit donc que Z × N∗ est dénombrable. Par la Proposition 0.3, on en déduit
que Q est fini ou dénombrable. Mais Q n’est pas de cardinal fini (il contient N), il est
donc dénombrable.
Corollaire 0.8. Soit E un ensemble (dénombrable ou non) et E1 , E2 , . . .une collection
finie ou dénombrable de sous-ensembles finis ou dénombrables de E. Alors E1 ∪ E2 . . .
est fini ou dénombrable.
Remarque 0.2. Bien sûr, il faut comprendre qu’une réunion finie de sous-ensembles finis
sera finie, une réunion finie d’ensembles dénombrables sera dénombrable, une réunion
dénombrable d’ensembles dénombrables sera dénombrable. Par contre, on ne sait pas si
une réunion dénombrable d’ensembles fini est finie ou dénombrable (par exemple, si les
Ei sont tous égaux, la réunion sera finie, si les Ei sont tous disjoints deux à deux, la
réunion sera dénombrable).
Démonstration. Nous n’allons traiter que le cas où il y a une infinité dénombrable de
sous-ensembles, la preuve étant similaire (et un peu plus simple) dans le cas d’un nombre
fini d’ensembles.
On pose X = ∪i∈I Ei . Pour tout i ∈ N∗ , on introduit une application φi de N vers Ei
qui soit surjective (si Ei est fini, il suffit par exemple d’écrire Ei = {xi,1 , xi,2 , . . . xi,ni },
où ni = Card(Ei ), et de poser φi (j) = xi,j+1 pour 0 ⩽ j < ni et φ(j) = xi,ni pour
j ⩾ ni , et si Ei est dénombrable, par définition on peut même prendre φi bijective). On
pose alors l’application f : (i, j) ∈ N∗ × N 7→ φi (j) ∈ X. Cette application est clairement
surjective : si x ∈ X, alors il existe un i0 ∈ N∗ tel que x = xi0 ,ni0 . Puisque chacune des
φi est surjective, φi0 et surjective, il existe donc n ∈ N tel que φi0 (j) = xi0 = x, donc
x = f (i0 , j). N∗ × N étant dénombrable par les Propositions 0.1 et 0.5, on en déduit en
appliquant la Proposition 0.3 que X est fini ou dénombrable.
Nous avons donc à notre disposition beaucoup d’ensembles dénombrables, et tout un
tas de manière de construire de nouveaux ensembles dénombrables à partir d’ensembles
dénombrables connus. Une question naturelle est donc de savoir s’il existe des ensembles
non dénombrables. La réponse est oui.
Théorème 0.9. R n’est pas dénombrable.
Démonstration. Nous allons donner ici la preuve originelle de Cantor, qui repose sur ce
qui est appelé l’argument diagonal de Cantor. Raisonnons par l’absurde et supposons
que R est dénombrable. Alors, par la Proposition 0.1, [0, 1[ est aussi dénombrable. On
écrit donc [0, 1[= {xn }n∈N∗ , où les xn sont distincts. Soit alors xn ∈ [0, 1[ quelconque.
On peut alors écrire de manière unique xn comme
+∞
X ak,n
xn = ,
10k
k=1
9
où (ak,n )k∈N∗ est une suite d’entiers qui n’est pas stationnaire à 9 (c’est exactement ce
qu’on appelle le développement décimal propre). On construit alors un x ∈ [0, 1[ de la
manière suivante :
+∞
X bk
x= ,
10k
k=1
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1 Espaces métriques et espaces vectoriels
normés
1.1 Définition et exemples
La notion d’espace métrique vise à généraliser la notion de “distance” entre deux
points, telle qu’elle est définie à l’aide par exemple de la valeur absolue dans R ou de
la distance euclidienne entre deux points (i.e. la longueur du segment reliant ces deux
points) dans R2
Définition 1.1. Soit X un ensemble non vide. Une distance (ou métrique) sur X est
une application
d : X × X → [0, +∞[, (1.1)
qui satisfait les propriétés suivantes :
1. (Séparation) Pour tout x, y ∈ X, on a d(x, y) = 0 si et seulement si x = y.
2. (Symétrie) Pour tout x, y ∈ X, on a d(x, y) = d(y, x).
3. (Inégalité triangulaire) Pour tout x, y, z ∈ X, on a
La couple (X, d), où X est un ensemble non vide et d une distance sur X, est appelé
un espace métrique. De plus, on dit que d(x, y) est la distance entre les points x et y.
Remarque 1.1. Par définition, une distance doit satisfaire d(x, y) < +∞ pour tout
x, y ∈ X.
Remarque 1.2. Comme on le verra dans la suite, il pourra arriver que l’on munisse
un même ensemble non vide X de différentes distances. Pour éviter de les confondre,
on pourra donc être amené à indexer ces différentes distances. Par exemple, si X est
muni de deux distances d1 et d2 distinctes, même si l’espace de départ X est le même,
il conviendra de ne pas confondre (X, d1 ) et (X, d2 ) en tant qu’espaces métriques.
On peut déduire des axiomes d’un espace métrique l’inégalité très importante suivante.
Proposition 1.1 (Inégalité triangulaire inversée). Soit (X, d) un espace métrique. Pour
tout x, y, z ∈ X, on a
|d(x, z) − d(y, z)| ⩽ d(x, y). (1.3)
.
11
Démonstration. De l’inégalité triangulaire d(x, z) ⩽ d(x, y) + d(y, z), on déduit que
d(x, z) − d(y, z) ⩽ d(x, y). Maintenant, de l’inégalité triangulaire d(y, z) ⩽ d(y, x) +
d(x, z), on tire en utilisant la symétrie que d(y, z) − d(x, z) ⩽ d(y, x) = d(x, y). On a
donc bien l’inégalité (1.3) (car |d(x, z) − d(y, z)| vaut soit d(x, z) − d(y, z), soit d(y, z) −
d(x, z)).
Exemple 1.1 (Métrique standard sur R). On considère l’ensemble R des nombres réels,
et on pose ds (a, b) = |a − b| pour tout a, b ∈ R. Il est clair que ds : R × R → [0, +∞[.
De plus, ds vérifie trivialement les propriétés de séparation et de symétrie. Finalement,
l’inégalité triangulaire est une conséquence du fait que pour tous a, b ∈ R, on a |a + b| ≤
|a| + |b|. En effet, ceci implique que pour tout x, y, z ∈ R, on a
Donc, ds est une distance sur R et (R, ds ) est un espace métrique. la distance ds est
appelée distance standard sur R. Si jamais on considère l’espace métrique R sans préciser
de quelle distance on le munit, cela signifiera implicitement qu’on le munit de la distance
standard.
pour tout (x1 , y1 ), (x2 , y2 ) ∈ R2 (le choix de la notation d2 sera justifié ultérieurement).
Il est clair que d2 : R2 × R → [0, +∞[. De plus, d2 vérifie trivialement les propriétés de
séparation et de symétrie. Il nous reste donc à démontrer l’inégalité triangulaire. Soient
donc (x1 , y1 ), (x2 , y2 ), (x3 , y3 ) ∈ R2 . On doit démontrer que
Pour ce faire, nous allons effectuer un petit calcul intermédiaire, qui utilise le théorème de
Pythagore de manière intelligente. Considérons deux vecteurs u = (u1 , u2 ) et v = (v1 , v2 )
de R2 , avec v supposé non nul. On rappelle que la norme euclidienne de u est donnée
par ||u||2 = u21 + u22 (idem avec v ou n’importe quel vecteur de R2 ) et que le produit
scalaire de u et v, noté ⟨u, v⟩, est donné par ⟨u, v⟩ = u1 v1 + u2 v2 . Comme v est non nul,
on peut poser λ = ⟨u,v⟩
||v||2
. On remarque alors que λv et u − λv sont orthogonaux. En effet,
12
Par le théorème de Pythagore, on a donc ||λv||2 + ||u − λv||2 = ||u − λv + λv||2 = ||u||2 .
2
Notamment, ||u||2 ⩾ ||λv||2 = ⟨u,v⟩
||v||2
, qui se réécrit donc en passant à la racine carré de
chaque côté
|⟨u, v⟩| ⩽ ||u|| ||v||. (1.6)
De plus, cette inégalité reste trivialement vraie si v est le vecteur nul, chacun des deux
membres étant nuls.
Revenons donc maintenant à la démonstration de (1.5). En revenant à la définition de
d2 et en passant au carré, on voit que (1.5) est équivalent (car les membres de gauche
et de droite dans (1.5) sont positifs) à
p p 2
(x1 −x3 )2 +(y1 −y3 )2 ≤ (x1 − x2 )2 + (y1 − y2 )2 + (x2 − x3 )2 + (y2 − y3 )2 . (1.7)
C’est exactement l’inégalité (1.7), qui est équivalente à l’inégalité voulue (1.5).
La distance d2 est appelée distance euclidienne sur R2 .
Exemple 1.3 (Métrique discrète). Soit X un ensemble non vide. La métrique discrète
sur X est définie par (
0 si x = y,
ddiscr (x, y) = (1.8)
1 sinon.
Il s’agit bien d’une distance. En effet, ddiscr vérifie trivialement les propriétés de séparation
et de symétrie. L’inégalité triangulaire est aussi facile à démontrer : si x, y, z ∈ X, on
distingue alors trois cas :
— Si x = y = z, alors d(x, z) = 0 ⩽ 0 + 0 = d(x, y) + d(x, z).
— Si x = y et z ̸= x (et donc z ̸= y), alors d(x, z) = 1 ⩽ 0 + 1 = d(x, y) + d(x, z).
Même chose pour les cas où x = z et y ̸= x et si y = z et x ̸= z.
— Si x, y et z sont tous distincts, d(x, z) = 1 ⩽ 1 + 1 = d(x, y) + d(y, z).
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Donnons un autre exemple, qui illustre que pour le même ensemble, il peut exister
beaucoup de distances différentes.
Exemple 1.4 (α-métriques sur R). On considère la ligne réelle R. Pour α ∈]0, 1], on
définit dα : R × R → [0, +∞[ par
dα (x, y) = |x − y|α , ∀x, y ∈ R. (1.9)
Bien sur, d1 = ds de l’Exemple 1.1. Les propriété de séparation et de symétrie sont
clairement vérifiées. Donc, pour vérifier que dα est une métrique, il suffit de montrer
l’inégalité triangulaire.
En posant a = x − y et b = y − z, ceci revient à montrer que pour tout a, b > 0 on
a (a + b)α ≤ aα + bα . Or la fonction f (t) = tα est une fonction concave 1 sur R+ , pour
α ∈]0, 1]. En effet, sur R+∗ , f est deux fois dérivable et f ′′ (t) = α(α − 1)tα−2 ⩽ 0. f
est donc concave sur R+ et on se convainc aisément que rajouter 0 ne change pas grand
b
chose. On pose λ tel que a = (1 − λ)(a + b), autrement dit λ = a+b ∈ [0, 1]. Il est
immédiat que b = λ(a + b). En utilisant la concavité de f , on obtient
aα = f (a) = f (λ · 0 + (1 − λ)(a + b)) ≥ (1 − λ)(a + b)α , (1.10)
α α
b = f (b) = f (λ(a + b) + (1 − λ) · 0) ≥ λ(a + b) . (1.11)
En sommant ces deux inégalités, on obtient le résultat voulu.
On vérifiera à titre d’exercice que si α > 1, alors l’application dα n’est pas une
métrique.
Avant de rentrer plus en détail dans les questions de topologie, on peut à se stade
donner quelques définitions et constructions complémentaires.
1. i.e. telle que f (λx + (1 − λ)y) ≥ λf (x) + (1 − λ)f (y) pour tout x, y > 0 et λ ∈ [0, 1].
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Alors (X, d) est un espace métrique. d est appelée la distance produit sur X
Dans la définition précédente, le fait que d : X × X → [0, +∞[ est évident. Les
propriétés de séparation est de symétrie le sont aussi. Enfin, l’inégalité triangulaire est
aussi vérifiée. En effet, considérons x = (x1 , . . . xn ), y = (y1 , . . . yn ), z = (z1 , . . . , zn ) ∈ X.
Prenons i0 ∈ [|1, n|] tel que d(x, z) = di0 (xi0 , zi0 ) (un tel i0 existe par définition du
maximum). En appliquant l’inégalité triangulaire à la distance di0 , on obtient alors, en
utlisant la définition du maximum,
d(x, z) ⩽ di0 (xi0 , yi0 ) + di0 (yi0 , zi0 ) ⩽ d(x, y) + d(y, z).
1.1.4 Distance d’un point à une partie, distance entre deux parties,
diamètre, ensemble borné
Si (X, d) est un espace métrique, on a déjà vu comment donner un sens à la distance
entre deux points. On peut généraliser cette notion à des ensembles.
Définition 1.4. Soit (X, d) un espace métrique, x un élément de x et A une partie non
vide de X. On appelle distance de x à A, notée d(x, A), la quantité
d(A, B) = inf d(a, b)(= inf d(a, B) = inf d(b, A))(⩾ 0).
a∈A,b∈B a∈A b∈B
Remarque 1.4. On peut alors réécrire d(x, A) comme étant d({x}, A).
15
Exemple 1.5. On se place dans (R, ds ). On pose x = 0 et A =]0, 1]. Alors x ̸∈ A, mais
pourtant d(x, A) = 0. En effet, si n ∈ N∗ , alors 1/n ∈ A et par définition de ds (x, A),
on a 0 ⩽ ds (x, A) ⩽ ds (x, 1/n) = 1/n. Or 1/n → 0 quand n → ∞. On a donc bien
d(x, A) = 0.
Remarque 1.5. Il est clair que l’application d : P(E) \ {0} × P (E) \ {0} → R+ vérifie
l’axiome de symétrie. Il ne s’agit toutefois pas d’une distance puisque les deux autres
axiomes ne sont pas forcément vérifiée. Pour l’axiome de séparation, si l’on reprend
l’Exemple 1.5, on a exhibé deux ensembles distincts {x} et A tels que d({x}, A) = 0. On
verra en exercice une manière de définir une distance sur les ensembles. Pour l’inégalité
triangulaire, on peut par exemple, dans (R, ds ), poser A = [0, 1], B = [2, 3], et C = [4, 5].
Alors d(A, C) = 3, d(A, B) = 1, et d(B, C) = 1, donc d(A, C) > d(A, B) + d(B, C).
Définition 1.5. Soit (X, d) un espace métrique. Le diamètre d’une partie non vide
A ⊂ X est la quantité
16
Démonstration. On se convainc qu’il suffit de traiter le cas n = 2, une récurrence
immédiate permettant de traiter le cas général. Soient donc A et B deux parties bornées
non vide (l’énoncé étant trivial si A ou B est vide). Soient (x1 , x2 ) ∈ A ∪ B. On a alors
deux possibilités :
— Soient x1 et x2 sont dans A, dans ce cas d(x1 , x2 ) ⩽ diam(A), soient x1 et x2 sont
dans B, dans ce cas d(x1 , x2 ) ⩽ diam(B).
— Soit l’un est dans A et l’autre dans B, par exemple, x1 ∈ A et x2 ∈ B (le cas
x1 ∈ B et x2 ∈ A se traite de la même manière en échangeant les rôles de x1 et
x2 ). On se donne alors deux points fixés a1 ∈ A1 et a2 ∈ A2 . On a alors
En résumé, si on prend le sup sur tous les x1 , x2 ∈ A1 ∩A2 , on a bien que diam(A1 , A2 ) <
∞ et
diam(A1 , A2 ) ⩽ diam(A) + d(a, b) + diam(B).
17
Tout les evn ont une structure métrique canoniquement associée.
Théorème 1.5 (Métrique associé à une norme). Soit (E, n) un evn. L’application dn :
E × E → [0, +∞) définie par
Remarque 1.11. Attention, toute métrique sur un espace vectoriel normé n’est pas
nécessairement issue d’une norme (autrement dit, la propriété d’être un evn est stric-
tement plus forte que d’être un espace métrique). La distance standard sur R, intro-
duite dans l’Exemple 1.1, est associée à la norme n(v) = |v| pour v ∈ R. Toutefois, si
α < 1, les α-métriques de l’Exemple 1.4 ne sont associées à aucune norme. En effet, si
dα (x, y) = n(x − y) on aurait
.
Démonstration. On applique l’inégalité triangulaire inversée (1.3) à dn et z = 0. On a
alors |n(x) − n(y)| = |dn (x, 0) − dn (y, 0)| ⩽ dn (x, y) = n(x − y).
18
Espaces de dimension finie : les p-normes
Soit E un evn tel que dim E = n < +∞. Nous commençons par montrer qu’il existe
toujours un isomorphisme entre E et Kn .
En effet, nous pouvons fixer une base de E, noée B = (e1 , . . . , en ). Ceci nous permet
de définir l’application suivante :
n
X
Φ : Kn → E, x = (x1 , . . . xn ) 7→ xi e i . (1.18)
i=1
Pn application est trivialement linéaire. De plus, elle est injective, car B est libre : si
Cette
i=1 xi ei = 0, alors pour tout i ∈ [|1, n|], on a xi = 0, donc x = 0 et Ker(Φ) = {0}. Elle
n
Pn car B est génératrice : si e ∈ E, alors il existe x = (x1 , . . . xn ) ∈ K tel
est surjective,
que e = i=1 xi ei , ce qui signifie exactement que Φ(x) = e.
Donc Φ est un isomorphisme entre E et Kn .
Dans la suite nous supposons fixée une base, et donc nous identifierons E avec Kn .
n
!1/p
X
p
∥x∥p = |xi | , si p < +∞, et ∥x∥∞ = max |xi |. (1.19)
i∈J1,nK
i=1
Théorème 1.7. Pour tout p ∈ [1, +∞], l’application ∥ · ∥p est une norme.
Le cas p ∈]1, +∞[ est plus compliqué et est démontré dans le Lemme 1.9.
Pour montrer l’inégalité triangulaire, on a besoin du résultat suivant.
19
Lemma 1.8 (Inégalité de Hölder). Soient p, q ∈]1, +∞[ tels que 1/p + 1/q = 1. Alors,
n
X
|xi ||yi | ≤ ∥x∥p ∥y∥q , ∀x, y ∈ Kn . (1.23)
i=1
Démonstration. Nous commençons par montrer l’inégalité de Young pour les produits :
ap bq
ab ≤ + , ∀a, b > 0. (1.24)
p q
À cet effet, on pose λ = 1/p (et donc 1 − λ = 1/q). Par concavité du logarithme, on a
log (λap + (1 − λ)bq ) ≥ λ log(ap ) + (1 − λ) log(bq ) = log a + log b = log(ab). (1.25)
Par monotonie de la fonction exponentielle, ceci prouve l’inégalité de Young.
On cherche maintenant à prouver (1.23). Si ∥x∥p = 0 alors x = 0 et donc l’inégalité
est satisfaite. De même, le résultat est vrai si ∥y∥q = 0. On peut donc supposer que
∥x∥p , ∥y∥q ̸= 0. De plus, en remplaçant x par x/∥x∥p et y par y/∥y∥q on voit qu’on peut
aussi supposer ∥x∥p = ∥y∥q = 1. En utilisant (1.24), on a donc
|xi |p |yi |q
|xi ||yi | ≤ + , ∀i ∈ {1, . . . , n}. (1.26)
p q
En sommant sur i ∈ {1, . . . , n}, on a donc
n
X ∥x∥pp ∥y∥qq 1 1
|xi ||yi | ≤ + = + = 1, (1.27)
p q p q
i=1
∥x + y∥pp ≤ (∥x∥p + ∥y∥p ) |xi + yi |p−1 p−1 = (∥x∥p + ∥y∥p )∥x + y∥p−1
p . (1.30)
i=1
20
L’énoncé suit en remarquant qu’il est trivial si ∥x+y∥p = 0, et en divisant par ∥x+y∥p−1
p
sinon.
L’espace des polynômes On rappelle qu’un polynôme réel P ∈ K[X] est une fonction
P : K → K telle qu’il existe a0 , . . . , an ∈ K vérifiant
n
X
P (x) = ai xi , ∀x ∈ K. (1.31)
i=0
Le degré de P est défini par
deg P = min {m ∈ N | ai = 0 ∀i > m} . (1.32)
On montre aisément que l’espace KN [x] des polynômes de degré inférieur où égal à un
entier fixé N ∈ N est isomorphe à KN +1 , à travers l’isomorphisme
Φ : P 7→ (a0 , . . . , aN ) ∈ KN +1 . (1.33)
En adaptant les preuves faites pour le cas de dimension finie, on peut donc démontrer
facilement qu’on a les normes suivantes.
Définition 1.8. Soit p ∈ [1, +∞]. La p-norme sur K[X] est l’application ∥ · ∥p : K[X] →
[0, +∞) définie, pour tout P ∈ R[x] tels que P (x) = deg
P P i
i=0 ai x , par :
deg
!1/p
XP
p
∥P ∥p = |ai | , si p < +∞, et ∥P ∥∞ = max |ai |. (1.34)
i∈J0,deg P K
i=0
On peut montrer que (C([0, 1], K), ∥·∥p ) est un evn pour tout p ∈ [1, +∞] (c.f. Exercice
1.10).
21
Espaces des suites
+∞
!1/p
X
p
∥(xn )n∈N ∥p = |xi | , si p < +∞, et ∥(xn )n∈N ∥∞ = max |xi |.
i∈J1,+∞K
i=1
(1.37)
L’espace ℓp (K) ⊂ KNest le sous- ensemble de KN
défini par
n o
ℓp (K) = (xn )n∈N ∈ KN | ∥(xn )n∈N ∥p < +∞ . (1.38)
On peut montrer que (ℓp (K), ∥ · ∥p ) est un evn pour tout p ∈ [1, +∞] (c.f. Exercice
1.11).
1.3 Exercices
Exercice 1.1. (*) Montrer que pour α > 1, la fonction dα définie dans l’Exemple 1.4
n’est pas une métrique.
Exercice 1.2. (*) [Métrique induite] Soient X un ensemble et (Y, d) un espace métrique.
Supposons qu’il existe une injection f : X → Y . Montrer que l’on induire une métrique
df sur X comme suit :
Exercice 1.4. (*) Quel est le diamètre d’une boule ouverte ou fermée dans un evn ?
1 1
Exercice 1.5. (**) Soit X =]0, +∞[. On pose d(x, y) = x − y .
1. Montrer que (X, d) est un espace métrique.
2. Caractériser l’ensemble des parties bornées et l’ensemble des parties non bornées
de (X, d).
22
Exercice 1.6. (***) [Espace de Baire] On considère l’espace des suites à valeurs entières :
La métrique de Baire sur cet espace est dB : NN × NN → [0, +∞) définie par
(
0 si (xn )n∈N = (yn )n∈N ,
dB ((xn )n∈N , (yn )n∈N ) = − min{m∈N|x ̸
= y }
(1.41)
2 m m sinon.
Montrer que l’application d∞ (f, g) = supx∈X dY (f (x), g(x)), f, g ∈ B(X, Y ) est une
métrique sur B(X, Y ).
Exercice 1.9. (**)[Produit dénombrable d’espaces métriques] Q+∞ Soit (Xi , di )i∈N une col-
∗
Exercice 1.10. (**) On considère l’espace C([0, 1], K) ainsi que les p-normes introduites
en cours.
1. Démontrer la séparation et l’homogénéité positive.
2. Montrer que ∥ · ∥∞ et ∥ · ∥1 sont des normes.
3. On suppose maintenant que p ∈]1, ∞[. Soit q ∈]1, +∞[ tel que 1/p + 1/q = 1. En
repartant de l’inégalité de Young (1.24), démontrer l’inégalité de Hölder pour les
intégrales : si f, g ∈ C([0, 1], K), alors
Z 1
|f | |g| ≤ ∥f ∥p ∥g∥q , ∀x, y ∈ Kn . (1.44)
0
23
4. En déduire que | · |p est une norme.
Exercice 1.11. (**) On considère (ℓp (K), ∥ · ∥p ), pour p ∈ [1, +∞].
1. Montrer que ℓ∞ (K) et ℓ1 (K) sont des sous-espaces vectoriels de KN , puis que
(ℓ∞ (K), ∥ · ∥∞ ) et (ℓ1 (K), ∥ · ∥1 ) sont des evn .
2. On considère maintenant le cas p ∈]1, +∞[. En utilisant à bon escient l’inégalité
(1.28), montrer que ℓp (K) est un sous-espace vectoriel de KN , puis que (ℓp (K), ∥·∥p )
est un evn .
Exercice 1.12. (*) Montrer que toute norme sur R est de la forme n(x) = γ|x| pour
γ ∈ R+∗ .
Exercice 1.13. (***)
1. On considère, pour P ∈ K[X], n(P ) = maxx∈[0,1] |P (x)|. Montrer qu’il s’agit d’une
norme sur K[X].
2. Soit A une partie de K. Donner une condition nécessaire et suffisante sur A pour
que supx∈A |P (x)| soit une norme sur K[X].
|x+ty|
Exercice 1.14. (**) Soit N : (x, y) ∈ R2 7→ supt∈R √
1+t2
.
1. Montrer que N est une norme sur R2 .
2. Montrer qu’en réalité, N est exactement la norme euclidienne sur R2 .
Exercice 1.15. (*)[Fonctions bornées] Soit (Y, dY ) un espace métrique. Soit X un en-
semble et considérons l’ensemble
B(X, Y ) = {f : X → Y | diam(f (X)) < +∞} . (1.45)
Montrer que l’application d∞ (f, g) = supx∈X dY (f (x), g(x)), f, g ∈ B(X, Y ) est une
métrique sur B(X, Y ). Montrer aussi que, si Y = R et dY = ds , alors B(X, Y ) est un
espace vectoriel et d∞ est associée à une norme.
Exercice 1.16. (*) Étant donné un intervalle fermé I ⊂ R (ce qui comprend le cas
I = R), considérons l’espace
C 1 (I) = f : I → R | f continue, dérivable et f ′ continue .
(1.46)
1. Démontrer que C 1 (I) est un espace vectoriel.
2. Démontrer qu’en posant
Z
n(f ) = |f (0)| + |f ′ (t)| dt, f ∈ C 1 (I), (1.47)
I
on définit une norme sur C 1 (I) si I = [a, b] avec −∞ < a ≤ 0 ≤ b < +∞. Est-ce
que le même résultat est vrai si I = R ?
3. Définit-on une norme sur C 1 (R) en posant
n(f ) = |f (0)| + sup |f ′ (t)|, ∀f ∈ C 1 (I) ? (1.48)
t∈R
24
2 Topologie des espaces métriques et des
evn
Dans tout ce chapitre, on suppose fixé un espace métrique (X, d).
Remarque 2.1. Une première remarque immédiate (mais très utile) est que B(x, r) ⊂
B̄(x, r), et que si r < r′ , alors B(x, r) ⊂ B(x, r′ ) et B̄(x, r) ⊂ B̄(x, r′ ).
Exemple 2.1 (Boules dans R). On considère (R, ds ) où ds est la distance standard
donnée par la valeur absolue (voir Exemple 1.1). Dans ce cas, pour tout x ∈ R et r > 0,
on a
B(x, r) =]x − r, x + r[ et B̄(x, r) = [x − r, x + r]. (2.4)
i.e., les boules ouvertes (resp. fermées) correspondent aux intervalles ouverts (resp.
fermés).
Exemple 2.2 (Boules dans le plan). On va décrire les boules ouvertes de rayon r > 0
et centre z0 = (x0 , y0 ) dans R2 muni de la distance euclidienne. Dans ce cas, on a
p
B(z0 , r) = {(x, y) ∈ R2 | (x − x0 )2 + (y − y0 )2 < r}. (2.5)
25
Le prochain exemple montre qu’on doit faire très attention avec la notion de boule :
Même si on les appelle “boules” elle n’ont rien de rond ; de plus, il peux y avoir une
différence énorme entre la boule fermé et la boule ouverte de même centre et rayon,
comme il peut n’y avoir aucune différence. Dans le même ordre d’idées, deux boules de
rayon différents peuvent être égales.
Exemple 2.3 (Boules pour la distance discrète). Soit X un ensemble quelconque, avec
la métrique discrète introduite dans l’Exemple 1.3. Pour x ∈ X on a donc :
( (
{x} si r ≤ 1, {x} si r < 1,
B(x, r) = B̄(x, r) = (2.6)
X si r > 1, X si r ≥ 1.
En particulier, B(x, 1) = {x} tandis que B̄(x, 1) = X ; B(x, 1/2) = B̄(x, 1/2), et
B(x, 1/2) = B(x, 1/4) = {x}.
Par cohérence avec la dénomination choisie, il est important de vérifier la chose sui-
vante.
Proposition 2.1. Toute boule ouverte est une partie ouverte de X. Toute boule fermée
est une partie fermée de X.
Démonstration. Soit y ∈ X et R > 0. Soit x ∈ B(y, R). On cherche r > 0 tel que
B(x, r) ⊂ B(y, R). Autrement dit, on cherche r > 0 tel que pour tout z ∈ X vérifiant
d(x, z) < r, on ait d(y, z) < R. Soit donc z ∈ X. Par l’inégalité triangulaire, on a
d(y, z) ⩽ d(y, x)+d(x, z). De plus, comme x ∈ B(y, R), on a d(x, y) < R. On choisit donc
r = R − d(x, y) > 0. Si z ∈ B(x, r), on a alors bien d(y, z) < d(y, x) + (R − d(y, x)) = R,
donc z ∈ B(y, R) et B(x, r) ⊂ B(y, R).
Maintenant, pour montrer que B̄(y, R) est fermé, il faut montrer que X \ B̄(y, R) est
ouvert. Soit donc x ∈ X\B̄(y, R). Par définition, cela signifie que d(x, y) > R. On procède
alors un peu de la manière “inverse” qu’au raisonnement précédent : si z ∈ B(x, r) avec
r > 0 à choisir, on a par l’inégalité triangulaire inversée (1.3) d(z, y) ⩾ |d(x, y) − d(z, x)|,
notamment d(z, y) > d(x, y) − r. Comme d(x, y) > R, on peut poser r = d(x, y) − R > 0,
alors on a d(z, y) > d(x, y) − (d(x, y) − R) = R. Donc z ∈ X \ B(y, r).
Exemple 2.4 (Ouverts pour la métrique discrète). Soit (X, ddiscr ) un espace métrique
muni de la distance discrète. Alors, toute partie de X est ouverte. En effet, si A ⊂ X,
tout x ∈ A est intérieur, car B(x, 1/2) = {x} ⊂ A. Toute partie A de X est aussi fermée,
26
puisque son complémentaire X \ A est aussi une partie de A, qui est donc ouverte. Il
peut donc exister des parties non vides strictes de X qui soient en même temps ouvertes
et fermées (on reviendra là-dessus dans le chapitre sur la connexité).
Exemple 2.5 (Ouverts de R). D’après l’Exemple 2.1, la description très simple des
boules ouvertes dans le cas de (R, ds ) permet de montrer aisément que tous les intervalles
ouverts ]a, b[⊂ R sont ouverts et que tout les intervalles fermés [a, b] ⊂ R sont fermés.
De plus, les ouverts dans (R, ds ) sont complètement caractérisés comme les réunions
dénombrables d’intervalles ouverts (voir Exercice 2.2).
Les propriétés suivantes sont essentielles.
Proposition 2.2 (Propriétés des ouverts). Soit (X, d) un espace métrique. Alors :
i. X et ∅ sont ouverts ;
Tn
ii. Si A1 , A2 , . . . , An sont ouverts, alors i=1 Ai est ouvert ;
iii. S
Soit I un ensemble quelconque d’indices. Si (Aα )α∈I est une famille d’ouvert, alors
α∈I Aα est ouvert.
Or, A∞ n’est pas ouvert, car 1 ∈ A∞ n’est pas un point intérieur. En effet, pour r > 0
on a B(1, r) =]1 − r, 1 + r[̸⊂ A∞ .
En passant aux complémentaires dans la Proposition 2.2, on obtient les propriétés
correspondants pour les fermés.
27
Proposition 2.3 (Propriétés des fermés). Soit (X, d) un espace métrique. Alors :
i. X et ∅ sont fermés ;
Sn
ii. Si A1 , A2 , . . . , An sont fermés, alors i=1 Ai est fermé ;
iii. Soit ITun ensemble quelconque d’indices. Si (Aα )α∈I est une famille de fermés,
alors α∈I Aα est fermé.
Définition 2.3. Soit (X, d) un espace métrique et x ∈ X. On dit que une partie V ⊂ X
est un voisinage de x s’il existe un ouvert O ⊂ V tel que x ∈ O, ou, de manière
équivalente, s’il existe r > 0 tel que B(x, r) ⊂ V .
Par exemple, [0, 2] est un voisinage de 1 dans (R, ds ). Par contre [1, 2] ne l’est pas.
L’énoncé suivant est une conséquence directe des définitions et du fait que les boules
ouvertes sont ouvertes.
Proposition 2.4. Soit (X, d) un espace métrique et A ⊂ X une de ses parties. Alors,
x ∈ A est un point intérieur à A si et seulement si A est un voisinage de x. De plus, A
est ouvert si et seulement s’il est voisinage de chacun de ses points.
Définition 2.4. Soit A ⊂ X. L’intérieur de A, noté Å ou Int(A), est le plus grand (au
sens de l’inclusion) ensemble ouvert inclus dans A. Notamment, Å ⊂ A.
Exemple 2.6. Dans (R, ds ), si a < b, l’intérieur d’un intervalle de la forme ]a, b[ ou
[a, b] ou [a, b[ ou ]a, b] est ]a, b[. En effet, ]a, b[ est ouvert en temps que boule ouverte,
et c’est bien le plus grand possible puisqu’un éventuel point du bord de l’intervalle
n’est pas intérieur (par exemple, a n’est pas intérieur à [a, b[ puisque pour tout r > 0,
B(a, r) =]a − r, a + r[̸⊂ [a, b[).
Proposition 2.5. Soit A une partie de X. Alors, Å est l’ensemble des points intérieurs
à A. En particulier, A est ouvert si et seulement si A = Å.
28
Une notion duale à celle d’intérieur est la suivante.
Définition 2.6. Soit A ⊂ X. Un point x ∈ X est dit adhérent à A si pour tout voisinage
V de x, on a V ∩ A ̸= ∅, ou, de manière équivalente, si pour tout ouvert O contenant
x, on a G ∩ A ̸= ∅, ou de manière équivalente, si pour tout ε > 0, on a B(x, ε) ∩ A ̸= ∅,
autrement dit, si pour tout ε > 0, il existe a ∈ A tel que d(x, a) < ε.
Proposition 2.7. Soit A une partie de X. Alors, Ā est l’ensemble des points adhérents
à A. De plus, A est fermé si et seulement si A = Ā.
29
Remarque 2.5. Fr A est toujours un fermé de X. Ceci découle du deuxième point de la
Proposition (2.6) : Fr A = Ā ∩ E \ Å = Ā ∩ E \ A, et du deuxième point de la Proposition
2.3 qui dit qu’une intersection de fermés est fermée.
On conclut cette section en calculant adhérence et intérieur des boules, dans le cas
particulier d’un evn .
Proposition 2.9. Soit (E, ∥ · ∥) un evn . Alors, pour tout x ∈ E et r > 0 on a
B̄(x, r) = Ad (B(x, r)) et Int B̄(x, r) = B(x, r). (2.10)
Remarque 2.6. Comme on l’a déjà vu précédemment, ces propriétés sont fausses en
général dans le cadre des espaces métriques qui ne sont pas des evn .
Remarque 2.7. On appelle en général boule unité la boule B(0, 1).
Démonstration. On ne démontrera que la première assertion, car la seconde se démontre
exactement sur le même principe. Par définition on a que B(x, r) ⊂ B̄(x, r) et donc, par
définition de l’adhérence, on a déjà que Ad(B(x, r)) ⊂ Ad(B̄(x, r)) = B̄(x, r).
Il reste donc à montrer que B̄(x, r) ⊂ Ad(B(x, r)). Comme c’est évident que si y ∈
B(x, r) alors y ∈ Ad(B(x, r)), on se réduit à devoir montrer que si y ∈ B̄(x, r) \ B(x, r)
on a y ∈ Ad(B(x, r)).
30
Soit donc y tel que ∥x − y∥ = r. Par définition d’un point adhérent, pour montrer que
y ∈ Ad(B(x, r)), il suffit de prouver que pour tous ρ > 0 on a B(x, r) ∩ B(y, ρ) ̸= ∅. En
effet, soit λ ∈ (0, 1) et pλ = λx + (1 − λ)y. D’une part pλ ∈ B(x, r) car :
D’autre part, ∥pλ − y∥ = λ∥x − y∥ = λr. Or, si l’on choisit λ suffisamment petit, tel que
λr < ρ (i.e., 0 < λ < min{1, ρ/r}) on a pλ ∈ B(y, ρ). Ceci conclut la démonstration.
On verra en exercice que toutes les situations peuvent arriver. Donnons toutefois déjà
un premier exemple.
Un exemple très simple d’équivalence topologique est donné par les espaces métriques
finis.
Proposition 2.10. Soit X un ensemble fini. Alors, toute distance est topologiquement
équivalente à la distance discrète.
Démonstration. Soit d une distance sur X. Montrons que tout partie de X est ouverte par
rapport à d, ce qui implique l’énoncé grace à l’Exemple 2.4. Par la troisième propriété
de la Proposition 2.2, il suffit de montrer que les singletons sont ouverts, auquel cas
31
n’importe quelle partie (qui pourra s’écrire comme une union quelconque de singletons)
sera ouverte.
Comme X est fini, l’ensemble X = {d(x, y) | x, y ∈ X, x ̸= y} est fini et ne contient
pas 0. Donc, si on pose r0 := min X on a r0 > 0. En particulier, ceci implique que
B(x, r0 /2) = {x} pour tout x ∈ X et donc que les singletons sont ouverts.
Toutefois, il est possible que deux distances soient topologiquement équivalentes sans
être métriquement équivalentes, comme on le verra en exercice.
Enfin, dans le cadre des evn , on peut simplifier un peu ces questions de comparaisons
métriques.
Proposition 2.12. Soit E un evn muni de deux normes || · ||1 et || · ||2 de distances
canoniquement associées d1 et d2 . Alors d2 est métriquement plus fine que d1 si et
seulement s’il existe C > 0 tel que pour tout x ∈ E, on ait ||x||2 ⩽ C||x||1 . Dans ce cas,
on dit que la norme || · ||2 est plus fine que la norme || · ||1 .
Démonstration. C’est assez évident : si d2 est métriquement plus fine que d1 , il suffit
d’appliquer la définition avec y = 0 et remarquer que di (x, 0) = ||x||i (i = 1, 2). Inverse-
ment, s’il existe C > 0 tel que pour tout x ∈ E, on ait ||x||2 ⩽ C||x||1 , en replaçant x
32
par x − y et en remarquant que ∥x − y∥i = di (x, y) (i = 1, 2), on obtient la définition du
fait que d2 soit métriquement plus fine que d1 .
2.4 Exercices
Exercice 2.1. (*) Soit (X, d) un espace métrique. Soit A une partie de X. Montrer que
A est bornée si et seulement si A est inclus dans une boule.
Remarque 2.10. Le résultat de l’exercice 2.1 est à connaı̂tre.
Exercice 2.2. (***) Considérons (R, ds ). Montrer que A ⊂ R est ouvert si et seulement
s’il est réunion d’une quantité dénombrable d’intervalles ouverts disjoints. On pourra
utiliser que tout intervalle non trivial de R contient un nombre rationnel.
Exercice 2.3. (**) Soit (X, d) un espace métrique, A et B deux sous-ensembles de X.
Montrer les propriétés suivantes.
i. Si A ⊂ B, alors Å ⊂ B̊ et Ā ⊂ B̄ ;
ii. A ˚
∩ B = Å ∩ B̊ ;
iii. A ∪ B = Ā ∪ B̄ ;
iv. Å ∪ B̊ ⊂ A ˚
∪ B, mais l’inclusion peut être stricte.
v. Ā ∩ B̄ ⊂ A ∩ B, mais l’inclusion peut être stricte.
Exercice 2.4. (*) Soit (X, d) un espace métrique. soit x ∈ X et r > 0. Montrer que
B(x, r) ⊂ B̄(x, r). A-t-on en général égalité ?
Exercice 2.5. (***) On se place dans (R, ds ). On considère une partie A ⊂ R telle que
tout point de A est isolé : pour tout a ∈ A, il existe εa > 0 tel que pour tout voisinage V
de a, on B(a, εa ) = {a}. En créant une injection entre A et Q, montrer que A est fini ou
dénombrable. On pourra utiliser que tout intervalle non trivial de R contient un nombre
rationnel.
Exercice 2.6. (**) Soit (X, d) un espace métrique. Soit O un ouvert de X et B ⊂ E.
Montrer que O ∩ B̄ ⊂ O ∩ B. A-t-on en général égalité ?
Exercice 2.7. (**) Calculer les boules ouvertes et fermées pour l’espace métrique défini
dans l’Exercice 1.5.
33
Exercice 2.8. (*)Montrer que tout sous-espace vectoriel de Rn est fermé pour || · ||2 .
Exercice 2.9. (**) Soient A et B deux ouverts de (Rn , ||·||2 ). On suppose que A∩B = ∅.
Montrer que Ā ∩ B = ∅, mais en général Ā ∩ B̄ ̸= ∅.
Exercice 2.10. (**) On se place dans R2 .
1. Déterminer et dessiner les boules unité pour les normes || · ||1 , || · ||2 , || · ||∞ .
2. Pour dSN CF définie à l’exercice 1.3, calculer B((0, 0), 1) et la comparer avec les
boules précédentes.
3. Montrer qu’une partie est bornée pour dSN CF si et seulement s’il est borné pour
d2 . On pourra utiliser l’Exercice 2.1.
Exercice 2.11. (*) Pour les ensembles suivants, déterminer intérieur, adhérence, frontière,
et dire s’ils sont ouverts, fermés, ou non :
1. Dans (R, ds ) :
1 ∗
Z, Q, m + | m ∈ N, n ∈ N . (2.12)
n
2. Dans (R2 , ∥ · ∥2 ) :
Exercice 2.12. (*) Soit (E, ∥ · ∥) un evn . Pour x ∈ E et r > 0, calculer F r(B(x, r)) et
F r(B̄(x, r)).
Exercice 2.13. (**) Construire un ensemble E de R tels que les 5 ensembles suivants
soient distincts :
¯
˚ E̊.
E, Ē, E̊, Ē,
Exercice 2.14. (*)Soit (X, d) un espace métrique et E une partie de E.
1. On suppose E ̸= X. Montrer que x ∈ E est intérieur à E si et seulement si
d(x, X \ E) > 0.
2. Montrer que x ∈ X est un point adhérent à E si et seulement si d(x, E) = 0.
Exercice 2.15. (**) Soit (X, d) un espace métrique et A ⊂ X. Montrer que diam A =
diam Ā.
d
Exercice 2.16. (**) Soit (X, d) un espace métrique. On pose σ = 1+d . On a déjà vu à
l’exercice 1.7 que σ était une distance sur X. Montrer que d et σ sont topologiquement
équivalentes. Sont-elles en général métriquement équivalentes ?
Exercice 2.17. (**) On considère (R, dα ) où dα (x, y) = |x−y|α est la distance introduite
dans l’Exemple 1.4, pour α < 1. On a déjà vu que ds et dα sont topologiquement
équivalentes. Comparer métriquement ces distances.
34
Exercice 2.18. (**)
1. Dans Rn , montrer que | · ∥1 , ∥ · ∥2 et ∥ · ∥∞ sont équivalentes.
2. En utilisant l’inégalité de Hölder (1.23), Montrer que ∥·∥p et ∥·∥q sont équivalentes
pour tout p, q ∈ [1, +∞].
Exercice 2.19. (*) Comparer les normes ∥ · ∥1 , ∥ · ∥2 et ∥ · ∥∞ sur l’espace des polynômes
R[X].
Exercice 2.20. (*) Montrer que {0, y| − 1 < y < 1} n’est pas ouvert dans R2 pour ∥ · ∥2 ,
mais qu’il est ouvert dans {0, y}|y ∈ R} (muni de la distance induite).
Exercice 2.22. (**)Soit (E, || · ||) un evn . Soit F un sous-espace vectoriel ouvert de E.
Montrer que F = E.
35
3 Convergence et continuité
Dans ce chapitre, on introduit la notion de convergence et ses conséquences.
Bien sûr, par définition de la limite des suite réelles, la définition précédente est
équivalente à la caractérisation suivante :
Proposition 3.1 (Convergence topologique). Soient (X, d) un espace métrique et (xn )n∈N
une suite de X. Les énoncés suivants sont équivalents.
i. (xn )n∈N converge vers x∞ ∈ X.
ii. Pour tout ε > 0, il existe N ∈ N tel que xn ∈ B(x∞ , ε) si n ≥ N .
iii. Pour tout voisinage U de x∞ , il existe N ∈ N tel que xn ∈ U si n ≥ N .
36
3.1.2 Propriétés de la convergence
Les propriétés suivantes sont des conséquences de l’inégalité triangulaire et de la pro-
priété de séparation.
Proposition 3.2 (Unicité de la limite). Soient (X, d) un espace métrique et (xn )n∈N ⊂
X une suite. Si (xn )n∈N est convergente, alors sa limite est unique.
Une autre propriété des suites convergentes est qu’elle restent bornées.
Définition 3.2. Une suite (xn )n∈N ⊂ X est bornée si l’ensemble {xn | n ∈ N} est borné.
Proposition 3.3. Soit (X, d) un espace métrique. Toute suite convergente dans X est
bornée.
Définition 3.3. Soit X un ensemble et (xn )n∈N ⊂ X une suite. Une suite extraite (ou
sous-suite) de (xn )n∈N est une suite de la forme (xφ(n) )n∈N ⊂ X, où φ est une fonction
strictement croissante de N vers N, appelée extraction.
Ce concept sera central dans la suite, on donne déjà une première propriété ici.
Proposition 3.4. Toute suite extraite d’une suite convergente dans un espace métrique
est convergente dans cet espace et de même limite.
37
Démonstration. On se donne une suite (xn )n∈N qui converge vers x∞ . Soit φ une ex-
traction. Soit ε > 0 et N ∈ N tel que pour tout ∀n ≥ N , on ait d(xn , x∞ ) ≤ ε. Le
point crucial est de remarquer que pour tout n ∈ N, on a φ(n) ⩾ n. Ceci se démontre
facilement par récurrence : clairement φ(0) ⩾ 0, et si pour un certain n on a φ(n) ⩾ n,
puisque φ est strictement croissante, on a φ(n + 1) > φ(n) ⩾ n, autrement dit, puisque
φ(n + 1) est entier, φ(n + 1) ⩾ n + 1. Ainsi, pour tout n ⩾ N , on a φ(n) ⩾ N , et donc
d(xφ(n) , x∞ ) ⩽ ε, ce qui donne la propriété voulue.
Remarque 3.1. La proposition précédente est fortement utilisée pour démontrer qu’une
suite n’est pas convergente. En effet, lorsque l’on souhaite montrer qu’une suite n’est pas
convergente, une méthode fréquemment utilisée consiste à extraire deux sous-suites de
la suite initiale, dont les limites sont différentes. C’est l’exemple de la suite (un )n∈N ⊂ R
définie par un = (−1)n . Il suffit de considérer la sous-suite extraite en ne choisissant
que les éléments de rang pair, puis la suite extraite construite en ne considérant que les
éléments de rang impair.
Proposition 3.5. Soit (X, ddiscr ) un ensemble. Une suite est convergente si et seulement
si elle est stationnaire, au sens où elle est constante à partir d’un certain rang.
38
Donc, xn −→ a et donc a est limite d’une suite d’éléments de A.
Supposons maintenant qu’il existe une suite (xn )n∈N ⊂ A telle que xn −→ a ∈ X
et montrons que a ∈ Ā. À cet effet, on fixe ε > 0 et on observe que par définition de
la convergence, il existe N ∈ N tel que xn ∈ B(a, ε) pour tout n ≥ N . Autrement dit
B(a, ε) ∩ A ⊃ {xn | n ≥ N } =
̸ ∅, et donc a ∈ Ā.
Proposition 3.7. [Caractérisation séquentielle des fermés] Soit (X, d) un espace métrique
et A ⊂ X. Alors, A est fermé si et seulement si
Remarque 3.2. Cette propriété sera très souvent utilisée pour démontrer qu’un en-
semble est fermé.
Démonstration. Supposons que (xn )n∈N ⊂ X soit une suite convergente vers a ∈ Å.
Comme a est un point intérieur, il existe ε > 0 tel que B(a, ε) ⊂ A. Par convergence
de (xn )n∈N on a donc qu’il existe N ∈ N tel que xn ∈ B(a, ε) ⊂ A pour n ≥ N . Cela
montre (3.6).
On prouve maintenant la deuxième implication par contraposée. On suppose que (3.6)
n’est pas vérifiée pour un certain a ∈ X, i.e., on suppose qu’il existe une suite (xn )n∈N ⊂
X qui converge vers a mais telle que
∀N ∈ N, ∃n ≥ N t.q. xn ̸∈ A. (3.7)
Proposition 3.9 (Caractérisation séquentielle des ouverts). Soit (X, d) un espace métrique
et A ⊂ X. Alors, A est ouvert si et seulement si (3.6) est vérifié pour tout a ∈ A.
39
3.2.1 Comparaisons topologiques et suites
Le concept de suite est fortement lié à la topologie associé à la distance. En effet on
a le théorème suivant.
Théorème 3.10. Soit X un ensemble et d, d′ deux distances sur X. d′ est plus fine que
d si et seulement si toute suite convergente pour d′ est aussi convergente pour d, vers
la même limite. Notamment, d et d′ sont topologiquement équivalentes si et seulement
si elles ont les même suites convergentes, où chaque suite convergente a la même limite
pour les deux distances.
Démonstration. Supposons que d′ soit plus fine que d . Soit (xn )n∈N une suite de X qui
converge vers x∞ par rapport à d′ . Soit U ⊂ X un voisinage par rapport à d de x∞ .
Puisque tout ouvert pour d est aussi un ouvert pour d′ , U est aussi voisinage par rapport
à d′ de x∞ , et par la caractérisation séquentielle des ouverts, il existe N ∈ N tel que
xn ∈ U pour tout n ≥ N . Donc, par la Proposition 3.1, on a que (xn )n∈N converge vers
x∞ par rapport à d′ aussi.
Supposons maintenant toute suite convergente pour d′ est aussi convergente pour d,
vers la même limite. Soit U ⊂ X soit ouvert par rapport à d et montrons qu’il est aussi
ouvert par rapport à d′ . Ceci revient à montrer que X \ U est fermé par rapport à d′ .
À cet effet, on utilisera la caractérisation séquentielle des fermés. Soit (xn )n∈N une suite
dans X \ U qui est convergente par rapport à d′ , et donc à d, à x∞ ∈ X. Comme X \ U
est fermé par rapport à d, on a que x∞ ∈ X \ U , qui est donc fermé aussi par rapport à
d′ .
Remarque 3.3. L’Exemple 2.17 montre donc qu’il n’est pas nécessaire pour deux dis-
tances avec les mêmes suites convergentes d’être métriquement équivalentes.
Remarque 3.4. Attention, pour deux distances distinctes sur X, il se peut qu’il existe
une suite qui admette deux limites différentes pour ces deux distances différentes. Les
deux métriques ne sont alors pas topologiquement équivalentes. A titre d’exemple, on
regarde (R, ds ) et (R, df ), où df (x, y) = |f (x)−f (y)|, avec f la fonction telle que f (x) = x
si x ̸= 0, 1, f (0) = 1 et f (1) = 0. f étant clairement injective, par l’Exercice 1.2, on sait
que df est une distance sur R.
On remarque alors que la suite (1/n)n∈N∗ converge vers 0 pour ds mais converge vers
1 pour df . On en déduit que ]1/2, 3/2[, qui est ouvert pour ds , n’est pas ouvert pour df .
En effet, 1 n’est pas un point intérieur, par contraposition de la Proposition 3.6 : dès
que n ⩾ 2, on a 1/n ̸∈]1/2, 3/2[.
Inversement, ] − 1, 1] n’est pas un ouvert pour ds mais est un ouvert pour df . En
effet, si x ∈] − 1, 1[ et xn → x, alors, pour n suffisamment grand, xn ̸= 0, 1, et donc
df (xn , x) = |xn − x|, de telle sorte que pour un autre N ′ ⩾ N , on a xn ∈] − 1, 1[⊂] − 1, 1],
ce qui prouve que x est intérieur par la Proposition 3.6. Reste à traiter le cas où x = 1.
Si l’on prend une suite (xn )n∈N qui converge vers 1 pour df , on se convainc que ceci
est équivalent à dire que (xn )n∈N converge vers 0 pour ds . Ainsi, pour n suffisamment
grand, on a xn ∈] − 1, 1], ce qui conclut la preuve du fait que 1 est intérieur à ] − 1, 1]
par la Proposition 3.6.
40
Le prochain énoncé montre le lien entre le concept d’équivalence de normes, et la
convergence.
Proposition 3.11. Soit E un espace vectoriel et n1 et n2 deux normes sur E. Alors,
les énoncés suivants sont équivalents :
i. n1 et n2 sont équivalentes ;
ii. une suite est convergent pour n1 si et seulement si elle est convergente pour n2 ,
vers la même limite ;
iii. une suite est convergente vers 0E pour n1 si et seulement si elle est convergente
vers 0E pour n2 , vers la même limite.
Démonstration. i. ⇒ ii. implique ii. est contenu dans le théorème précédent : si n1 et n2
sont équivalentes, alors les distances induites sont métriquement équivalentes, et donc
topologiquement équivalentes par la Proposition 2.11. Donc, par le Théorème 3.10, on a
bien le ii..
Il est clair que ii. ⇒ iii., car il s’agit d’un résultat plus faible.
Il reste donc à montrer que iii. ⇒ i.. On raisonne par l’absurde.
Supposons que iii. soit vérifié mais que n1 et n2 ne soient pas équivalentes. Cela signifie
qu’une des deux inégalités suivantes est fausse :
1. Il existe C1 > 0 tel que pour tout x ∈ E, n1 (x) ⩽ C1 n2 (x).
2. Il existe C2 > 0 tel que pour tout x ∈ E, n2 (x) ⩽ C2 n1 (x).
Supposons pas exemple que ce soit la deuxième inégalité qui soit fausse (sinon, il suffit
d’échanger n1 et n2 dans le raisonnement qui suit). Étant clair que l’inégalité est vraie
en x = 0E , ceci revient donc à dire que l’inégalité suivante est fausse :
n2 (x)
∃C2 > 0 t.q. ∀x ∈ E \ {0E }, ≥ M. (3.8)
n1 (x)
On passe donc à la contraposée, et on obtient :
n2 (x)
∀M > 0, ∃x ∈ E \ {0E } t.q. ≥ M. (3.9)
n1 (x)
En choisissant successivement M = 1, M = 2, . . ., etc., on construit donc une suite
d’éléments de E, notée (xn )n∈N telle que :
n2 (xn )
> n, ∀n ∈ N. (3.10)
n1 (xn )
Définissons alors la suite (yn )n∈N par la relation yn := √ xn . Il est clair que pour n
nn1 (xn )
qui tend vers +∞ on a
1 √
n1 (yn ) = √ −→ 0 et n2 (yn ) > nn1 (yn ) = n −→ +∞. (3.11)
n
On a donc construit une suite qui tend vers 0E pour n1 mais pas pour n2 , ce qui est
absurde par hypothèse. Donc il existe c > 0 tel que n2 ≤ cn1 . Le même raisonnement fait
en échangeant les rôles de n1 et n2 donne l’autre inégalité et clôt la démonstration.
41
On a donc notamment le résultat suivant, faux en général dans un espace métrique,
mais vrai dans les evn .
Théorème 3.12. Deux normes sur un evn sont équivalentes si et seulement si les
métriques canoniquement associées sont topologiquement équivalentes.
42
3.2.3 Théorème de Weierstrass
Montrons dès maintenant un résultat de densité très important, qui concerne le sous-
espace des fonctions polynomiales :
P([0, 1]) = P |[0,1] | P ∈ R[X] ⊂ C([0, 1]). (3.15)
Théorème 3.16 (Théorème de Bernstein). Soit f ∈ C([0, 1)]. Pour tout n ∈ N on pose
n
X n k
Bn (x) := f xk (1 − x)n−k , x ∈ [0, 1]. (3.16)
k n
k=0
43
où on a posé
X n k
S1 = f (x) − f xk (1 − x)n−k , (3.22)
k n
{k:|x−k/n|<η}
X n k
S2 = f (x) − f xk (1 − x)n−k . (3.23)
k n
{k:|x−k/n|≥η}
k 2 k
2∥f ∥∞ X n
≤ x − x (1 − x)n−k (3.25)
η2 k n
{k:|x−k/n|≥η}
n
k 2 k
2∥f ∥∞ X n
≤ x− x (1 − x)n−k .
η2 k n
k=0
44
On peut aussi donner une définition à base de voisinages.
x ∈ U ∩ A =⇒ f (x) ∈ V. (3.29)
Démonstration. Supposons que f ait pour limite y0 quand x tend vers x0 selon A.
Soit V un voisinage de y0 . Il existe ε > 0 tel que B(y0 , ε) ⊂ V . Par définition de la
limite, il existe δ > 0 tel que pour tout x ∈ B(x0 , δ) ∩ A, on ait dY (f (x), y0 ) < ε,
donc f (x) ∈ B(y0 , ε) ⊂ V . On prend alors comme voisinage de x0 U = B(x0 , δ), ce
qui conclut ce sens de la preuve. Inversement, pour tout voisinage V de y0 , il existe un
voisinage U de x0 tel que (3.29) soit vérifié. Soit ε > 0. B(y0 , ε) étant un voisinage de y0 ,
il existe un voisinage U de x0 tel que x ∈ U ∩ A =⇒ y ∈ B(y0 , ε), i.e. d(f (x), y0 ) < ε.
Un tel voisinage U contient une certaine boule B(x0 , δ) pour unδ > 0. On a donc bien
notamment que dX (x, x0 ) < δ et x ∈ A =⇒ dY (f (x), y0 ) < ε, d’où le résultat voulu.
Démonstration. Supposons que f ait pour limite y0 quand x tend vers x0 selon A, et
soit (xn )n∈N une suite convergente vers x. Par définition de la limite, si ε > 0, on a
Puisque ε a été choisi de façon arbitraire, on en déduit que f (xn ) converge vers y0 . Ceci
montre donc (3.36)
Raisonnons maintenant par contraposée pour démontrer l’autre implication. Suppo-
sons que f est n’admet pas y0 pour limite quand x tend vers x0 selon A. Alors, en
revenant à la définition de la limite et en passant à la contraposée, on a la propriété
suivante :
45
En prenant successivement δ = 1, 1/2, . . . 1/n, . . ., on construit une suite d’éléments
de X, notée (xn )n∈N ⊂ X, vérifiant
1
dX (xn , x) < et dY (f (xn ), y0 ) > ε ∀n ∈ N. (3.35)
n
Donc xn −→ x0 , mais f (xn ) ̸−→ y0 , ce qui contredit (3.30).
46
Remarque 3.5. Une application peut très bien être continue et telle que l’image d’un
ouvert ne soit pas un ouvert (ou que l’image d’un fermé ne soit pas un fermé). Par
exemple, considérons la fonction f : R → [0, 1[ définie par
|x|
f (x) = . (3.37)
1 + |x|
Cette fonction est bien sur continue, mais f (R) = [0, 1[, qui est ni ouvert ni fermé.
Avant de continuer la discussion en introduisant des concept plus forts de continuité,
on discute comment les fonctions continues permet de comparer différentes topologies.
Définition 3.7. Un homéomorphisme entre (X, dX ) et (Y, dY ) est une fonction f : X →
Y telle que
i. f : (X, dX ) → (Y, dY ) est continue ;
ii. f est bijective ;
iii. f −1 : (Y, dY ) → (X, dX ) est continue.
On dit que (X, dX ) et (Y, dY ) sont homéomorphes s’il existe un homéomorphisme
entre eux.
En partant de cette définition, il est très difficile de montrer que deux espaces ne
sont pas homéomorphes, car on devrait vérifier que aucune bijection puisse être un
homéomorphisme.
Exemple 3.2. On collecte ici quelques exemples d’homéomorphismes (ou non).
1. f : ([0, 1], ds ) → ([0, 1], ds ) définie par f (x) = x2 , x ∈ [0, 1]. En effet, f est continue,
√
bijective, et son inverse est f −1 (x) = x qui est continue sur [0, 1].
2. Soient m, b, c, d ∈ R, c ≤ d, m ≥ 0 et définissons fonction f (x) = mx + b, x ∈
[c, d]. Alors, f : ([c, d], ds ) → ([f (c), f (d)], ds ) est un homéomorphisme d’inverse
f −1 (x) = (x − b)/m.
3. L’application log : (]0, +∞[, ds ) → (R, ds ) est un homéomorphisme.
4. La fonction f : (R, ddiscr ) → (R, ds ) définie par f (x) = x est continue. On le vérifie
aisément à travers la caractérisation topologique, car tout partie de (R, ddiscr )
est ouverte. Toutefois, f n’est pas un homéomorphisme. En effet, son inverse est
f −1 (x) = x, mais f −1 : (R, ds ) → (R, ddiscr ) n’est pas continue car ]0, 1] est ouvert
dans (R, ddiscr ) mais f −1 (]0, 1]) =]0, 1] n’est pas ouvert dans (R, ds ).
Le théorème suivant montre que le concepts d’équivalence topologique et d’existence
d’un homéomorphisme coı̈ncident. Pour cette raison, à partir de maintenant on confondra
ces termes.
Théorème 3.22. Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques. Soit f : X → Y
une bijection. On note df la distance induite par f sur X (c’est bien une distance par
l’Exercice (1.2) et le fait que f est injective), i.e., df (x1 , x2 ) = dY (f (x1 ), f (x2 )) pour
tout x1 , x2 ∈ X. Les énoncés suivant sont équivalents.
47
i. f est un homéomorphisme ;
ii. (X, dX ) et (X, df ) sont topologiquement équivalents.
∀x0 ∈ X et ε > 0, ∃δ > 0 t.q. dY (f (x), f (x0 )) < ε ∀x ∈ X t.q. dX (x, x0 ) < δ.
(3.38)
∀ε > 0, ∃δ > 0 t.q. dY (f (x1 ), f (x2 )) < ε ∀x1 , x2 ∈ X t.q. dX (x1 , x2 ) < δ.
(3.39)
Le fait qu’une fonction uniformément continue soit continue est, bien sûr, triviale,
mais l’inverse est faux.
48
∃δ > 0 t.q. |x21 − x22 | < 1 ∀x1 , x2 ∈ X t.q. |x1 − x2 | < δ. (3.40)
Prenons alors x1 = n ∈ N, x2 = x1 + 2δ . Clairement |x2 − x1 | < δ. Par contre, |x21 − x22 | =
2
|n2 − (n + 2δ )2 | = δ4 − nδ . Cette quantité tend vers +∞ quand n → ∞, ce qui contredit
donc (3.40) pour n suffisamment grand.
On dit que f est Lipschtzienne s’il existe un L ⩾ 0 pour lequel elle est L-Lipschtzienne.
Exemple 3.4.
√
La fonction f : ([0, 1], ds ) → (R, ds ) définie par f (x) = x n’est pas lipschitzienne, mais
elle est uniformément continue. En effet, soient x, y ∈]0, 1] tels que, e.g., x < y. Alors, si
y − x < η on peut écrire
√ √ √
( y − x)2 = x + y − 2 xy < x + y − 2x = x − y < η. (3.42)
√
Ici on a utilisé que x < xy < y. Il suffit alors de choisir η = ε2 pour prouver l’uniforme
continuité de f . Pour montrer qu’elle n’est pas Lipschitzienne, on raisonne par l’absurde.
√ √
S’il existait L > 0 tel que pour tout x, y ∈ [0, 1], on ait | x − y| ⩽ L|x − y|, en prenant
√
y = 0 et x = 1/n avec n ∈ N∗ , on aurait √1n ⩽ Ln , i.e. n ⩽ L. Mais le membre de
gauche tend vers +∞ quand n → ∞, donc cette inégalité est forcément fausse pour n
suffisamment grand.
Définition 3.11. Une application bi-lipschitzienne entre (X, dX ) et (Y, dY ) est une
fonction f : X → Y telle que
i. f : (X, dX ) → (Y, dY ) est lipschitzienne ;
ii. f est bijective ;
iii. f −1 : (Y, dY ) → (X, dX ) est lipschitzienne.
On a alors le résultat suivant, à comparer avec le théorème 3.22, qui est ici évident en
revenant aux définitions.
49
Proposition 3.24. Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques. Soit f : X → Y
une bijection. On note df la distance induite par f sur X. Les énoncés suivant sont
équivalents.
i. f est une application bi-lipschitzienne ;
ii. dX et df sont métriquement équivalentes.
3.4 Exercices
Propriétés de la convergence
Exercice 3.1. (*) On se place dans C([0, 1], R). On considère xn = X n pour n ∈ N.
1. (xn )n∈N∗ a-t-elle une limite pour ∥ · ∥∞ ?
2. (xn )n∈N∗ a-t-elle une limite pour ∥ · ∥1 ?
Exercice 3.2. (*) Soit (X, d) un espace métrique. On dit qu’une suite (xn )n∈N ⊂ X
est définitivement constante s’il existe N ∈ N et x∞ ∈ X tels que xn = x∞ pour tout
n ≥ N.
1. Montrer que si (xn )n∈N ⊂ X est définitivement constante, alors elle converge vers
x∞ .
2. Montrer que une suite (xn )n∈N ⊂ X converge par rapport à la métrique discrète si
et seulement si elle est définitivement constante. En déduire que la convergence par
rapport à ddiscr implique la convergence par rapport à une métrique quelconque.
3. Trouver une suite dans R qui converge par rapport à la métrique standard ds mais
qui ne converge pas par rapport à ddiscr .
Exercice 3.3. (**) Dans R[X], on définit, pour P = nk=0 ak X k , (n = deg(P )),
P
n n
X X |ak |
||P || = ak + ,
k
k=0 k=1
R1
et ||P ||1 = 0 |P |.
1. Montrer que ∥ · ∥ et ∥ · ∥1 sont des normes.
2. Montrer que X n tend vers 1 pour ∥ · ∥.
3. Montrer que X n tend vers 0 pour ∥ · ∥1 .
4. Les normes sont-elles équivalentes ?
50
2. B = {(x1 , x2 ) ∈ R2 |x2 = sin(1/x1 ), x1 ̸= 0, dans R2 muni de d2 .
Exercice 3.7. (***) [Points isolés] Soit (X, d) un espace métrique. Un point x ∈ X est
isolé s’il existe r > 0 tel que B(x, r) = {x}.
1. Montrer que x ∈ X est isolé si et seulement si {x} est ouvert.
2. Montrer que x ∈ X est isolé si et seulement si toute suite qui converge vers x
est définitivement constante, dans le sens de l’Exercice 3.2. En déduire que si
X admet un point non isolé, alors d n’est pas topologiquement équivalente à la
métrique discrète.
3. Soit p ∈/ N, on note p = ∞. Définissons N∞ = N ∪ {∞} et appellons dc la distance
1
définie par l’injection f : N∞ → { n+1 ∈ R | n ∈ N} donnée par f (n) = 1/(n + 1)
si n ∈ N et f (∞) = 0 (voir Exercice 1.2). Montrer que tout point de N∞ est isolé,
sauf ∞.
4. Montrer qu’il n’y a pas des points isolés dans un evn .
Exercice 3.8. (***) Commencer par montrer que ℓ2 (R) est un sous-espace vectoriel
de ℓ∞ (R). On considère après la suite (xk )k∈N ⊂ ℓ∞ , où xk = (xkn )n∈N est définie par
(Attention ! Il s’agit d’une suite de suites) :
(
√1 si 1 ≤ n ≤ k,
k n
xn = (3.43)
0 sinon.
Montrer que :
1. xk ∈ ℓ2 pour tout k ∈ N.
2. xk → x∞ par rapport à ∥ · ∥∞ , où x∞ = (x∞
n )n∈N est définie par x0 = 0 et
√
x∞
n = 1/ n pour n ≥ 1.
3. Montrer que x∞ ∈
/ ℓ2 (R) et en déduire que ℓ2 (R) n’est pas fermé dans (ℓ∞ (R), ∥ ·
∥∞ ).
Exercice 3.9. (**) En suivant la même idée que dans l’Exemple 3.1, montrer que R \ Q
est dense dans (R, ds ).
51
3. Soit A ⊂ E non vide. Montrer que x 7→ d(x, A) est 1-Lipschtzienne.
4. Soient A et B deux parties disjointes, non vides, et fermées de E. On pose
d(x, A)
f : x ∈ E 7→ .
d(x, A) + d(x, B)
Montrer que f est bien définie (on pourra utiliser un résultat de l’exercice 2.14), à
valeurs dans [0, 1], continue, telle que A = f −1 ({0}) et B = f −1 ({1}).
5. En déduire qu’il existe deux ouverts U et V tels que A ⊂ U , B ⊂ V , et U ∩ V = ∅.
Exercice 3.11. (**) Soit (X, d) un espace métrique. Montrer que l’intersection de deux
parties ouvertes et denses est dense. Que dire de l’intersection de deux parties denses
par forcément ouvertes ?
Exercice 3.12. (**) Soit C ⊂ KN l’espace des suites (xn )n∈N ⊂ R qui convergent dans
(R, ds ). Montrer que C ⊂ ℓ∞ (R) et que C n’est pas dense dans (ℓ∞ (R), ∥ · ∥∞ ).
où on a posé
n n 2
X n k k X n k
Σ1 = x (1 − x)n−k et Σ2 = xk (1 − x)n−k . (3.45)
k n k n2
k=0 k=0
c) en déduire que Σ1 = x.
d) Montrer que
n
2 n−2
X n k(k − 1)
a (a + b) = ak bn−k , ∀a, b ∈ R. (3.47)
k n(n − 1)
k=0
e) En déduire que
x n(n − 1) 2
Σ2 = + x . (3.48)
n n2
52
f) Conclure.
Exercice 3.14. (*) Soient f, g ∈ C([0, 1]) tels que on a l’égalité des moments suivante
Z 1 Z 1
n
x f (x) dx = xn g(x) dx, ∀n ∈ N. (3.49)
0 0
Montrer
R1 que f = g. On pourra commencer par démontrer que pour tout P ∈ R[X], on
a 0 P (x) (f (x) − g(x)) dx = 0.
Exercice 3.15. (**) Soit f ∈ C 1 ([0, 1], R). Montrer qu’il existe une suite de polynômes
(Pn )n∈N telle que ||f − Pn ||∞ → 0 et ||f ′ − Pn′ ||∞ → 0.
Exercice 3.16. (**) Soit f ∈ C([0, 1], R), positive. Montrer Montrer qu’il existe une
suite de polynômes (Pn )n∈N telle que ||f − Pn ||∞ → 0, avec Pn ⩾ 0 sur [0, 1]. Indica-
tion : si on a une suite Qn de polynôme qui converge vers f , on pourra montrer que
inf x∈[0,1] Qn → inf x∈[0,1] f.
Exercice 3.18. (**)Soit (E, ∥·∥) un evn et h : E → E une application continue vérifiant
que pour tout x ∈ E, on ait h(x) = h(x/2). Que dire de h ?
Exercice 3.19 (Densité et continuité). (*) Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces
métriques et f, g : X → Y deux fonctions continues. Montrer que si f (x) = g(x) pour
tout x ∈ A, où A ⊂ X est une partie dense, alors f (x) = g(x) pour tout x ∈ X.
Exercice 3.21. (**) Soit M2 (R) l’espace vectoriel des matrices 2 × 2 à valeurs réels.
1. Montrer que ∥M ∥ = maxi,j∈{1,2} |mij |, où M = (mij )i,j=1,2 , est une norme sur
M2 (R).
53
2. Déterminer adhérence et intérieur de l’ensemble des matrices inversibles. Est-il
ouvert ou fermé ?
Exercice 3.22. (*) On définit d : [0, 1[×[0, 1[→ [0, +∞[ par
Montrer que d est une distance et que la suite 1 − 1/n converge vers 0 par rapport à d.
En déduire que ([0, 1[, d) n’est pas homéomorphe à ([0, 1[, ds ).
À cet effet, soit A([0, 1]) = {f ∈ C([0, 1]) | f est affine par intervalles}.
1. Montrer cette relation lorsque f ∈ C 1 ([0, 1]), puis f ∈ A([0, 1]) ;
2. Montrer que A([0, 1]) est une partie dense de (C([0, 1]), ∥ · ∥∞ ), en admettant le
Théorème de Heine (i.e. que toute fonction de C([0, 1]) est uniformément conti-
nue) ;
3. En déduire la relation pour toute fonction continue.
54
4 Complétude et théorème du point fixe de
Picard
4.1 Complétude
4.1.1 Suites de Cauchy
Définition 4.1. Soit (X, d) un espace métrique. Une suite (xn )n∈N ⊂ X est de Cauchy
si
∀ε > 0 ∃N ∈ N t.q. d(xn , xm ) ≤ ε, ∀n, m ≥ N. (4.1)
Remarque 4.1. Parfois, on utilisera la caractérisation suivante, qui est trivialement
équivalente à (4.1) en remplaçant m par n + p :
∀ε > 0 ∃N ∈ N t.q. d(xn , xn+p ) ≤ ε, ∀n ≥ N, ∀p ∈ N. (4.2)
Une suite de Cauchy est une suite dont les points se rapprochent de plus en plus entre
eux. On démontre donc aisément les propriétés suivantes.
Proposition 4.1. Toute suite convergente dans un espace métrique est de Cauchy.
Démonstration. Soient (X, d) un espace métrique et (xn )n∈N ⊂ X une suite convergente
vers x∞ ∈ X. Alors, pour tout ε > 0 existe N ∈ N tel que d(xn , x∞ ) < ε/2 si n ≥ N .
Par inégalité triangulaire on a donc que
d(xn , xm ) ≤ d(xn , x∞ ) + d(x∞ , xm ) < ε, ∀n, m ≥ N. (4.3)
Cela montre que (xn )n∈N est de Cauchy.
En particulier, comme le max est sur un ensemble fini, il existe c > 0 tel que d(xk , xN ) ≤
c. Finalement, par inégalité triangulaire, on a
d(xk , xℓ ) ≤ d(xk , xN ) + d(xN , xℓ ) ≤ 2c, ∀k, ℓ ∈ N. (4.6)
Ceci prouve que diam{xn | n ∈ N} ≤ 2c et donc l’énoncé.
55
La propriété suivante est très utile dans la pratique, pour démontrer qu’une suite de
Cauchy converge.
Proposition 4.3. Soit (xn )n∈N ⊂ X une suite de Cauchy et (xnk )k∈N une suite extraite.
Alors, (xn )n∈N est convergente si et seulement si (xnk )k∈N converge.
Démonstration. La convergence de (xnk )k∈N , sachant que (xn )n∈N est convergente, est
une conséquence immédiate de la Proposition 3.4. Supposons maintenant que (xnk )k∈N
est convergente vers x∞ . L’inégalité triangulaire nous dit que pour tout n ∈ N, on a
d(xn , x∞ ) ≤ d(xn , xnk ) + d(xnk , x∞ ), ∀k ∈ N. (4.7)
Soit ε > 0. La convergence de (xnk )k∈N implique qu’il existe K ∈ N tel que d(xnk , x∞ ) <
ε/2 si k ≥ K. D’autre part, la définition de suite de Cauchy nous dit qu’il existe N ∈ N
tel que d(xn , xm ) < ε/2 si n, m ≥ N . Comme k 7→ nk est strictement croissante par
définition de suite extraite, il existe donc k̄ ≥ K tel que nk̄ ≥ M . Donc, par (4.7), on
complète la démonstration.
Pour conclure, donnons une condition suffisante très utilisée en pratique pour qu’une
suite soit de Cauchy, et qui peut être interprétée comme une sorte “d’uniformité” vis-
à-vis de l’entier p qui intervient dans la deuxième définition équivalente d’une suite de
Cauchy.
Proposition 4.4. Soient (X, d) un espace métrique et (xn )n∈N ⊂ X une suite vérifiant
la propriété suivante : il existe une suite (an )n∈N de réels positifs tendant vers 0, telle
que
d(xn , xn+p ) ≤ an ∀n ≥ N, ∀p ∈ N.
Alors (xn )n∈N ⊂ X est une suite de Cauchy.
Démonstration. C’est immédiat : soit ε > 0, il existe N ∈ N tel que pour tout n ⩾ N ,
on ait 0 ⩽ an ⩽ ε. Donc
d(xn , xn+p ) ≤ an ≤ ε, ∀n ≥ N, ∀p ∈ N.
56
— Soit A est de cardinal infini, auquel cas A est un sous-ensemble dénombrable de
N. On énumère ces éléments en une liste strictement croissante n1 , n2 , . . .. Alors
(xnk )k∈N est une suite extraite de (xn )n∈N , et par définition de A, elle est stricte-
ment décroissante. (xn )n∈N étant borné par la Proposition 4.2, le théorème de la
limite monotone assure que (xnk )k∈N est convergente. Donc (xn )n∈N converge par
la Proposition 4.3.
— Si A est de cardinal fini, on note M son plus grand élément. Tous les éléments au
dessus de M ne sont pas dans A. Ainsi, si n0 = M + 1, il existe un n1 > n0 tel
que xn0 ⩽ xn1 . De même, il existe n2 > n1 tel que xn1 ⩽ xn2 . En poursuivant ce
processus, on crée comme au point précédent est une suite extraite (xnk )k∈N de
(xn )n∈N qui est croissante. On conclut alors exactement par les mêmes arguments
qu’au premier point.
Ce théorème n’est plus vrai si on remplace (R, ds ) avec un espace métrique général,
comme on montre dans l’exemple suivant.
Exemple 4.1. On considère l’espace métrique (]0, 1], ds ). La suite (xn )n∈N ⊂]0, 1], xn =
1
n+1 , est de Cauchy mais n’est pas convergente dans ]0, 1]. En effet, soit ι : (]0, 1], ds ) →
(R, ds ) l’inclusion de ]0, 1] dans R (i.e. la fonction identité). On vérifie aisément qu’elle
est continue. Comme ι(xn ) = xn , si (xn )n∈N était convergente dans (]0, 1], ds ) à x, elle
serait aussi convergente dans (R, ds ), vers ι(x) = x. Toutefois, est immédiat observer que
xn −→ 0 dans (R, ds ). Par unicité de la limite, on devrait donc avoir x∞ = 0 ∈]0, 1], ce
qui est absurde.
Définition 4.2. On dit que l’espace métrique (X, d) est complet si toute suite de Cau-
chy de X est convergente dans X. Si (E, || · ||) est un evn complet pour la métrique
canoniquement associée à sa norme, on dit que E est un espace de Banach.
Remarque 4.2. Le Théorème 4.5 montre que (R, ds ) est un espace métrique complet.
Typiquement, pour montrer qu’un espace est complet on applique le procédé suivant :
1. On fixe une suite de Cauchy quelconque ;
2. On trouve, intuitivement, un candidat pour la limite ;
3. On prouve que le candidat limite est bien dans l’espace ;
4. On montre que la suite converge effectivement vers le candidat limite.
On commence par donner un résultat général, qui nous montrera comment appliquer
le chemin ci-dessus.
Proposition 4.6. Soit (X, d) un espace métrique complet et soit A ⊂ X. Les énoncés
suivants sont équivalents.
57
i. A est fermé ;
ii. L’espace métrique (A, d|A ) (la distance induite sur A) est complet.
Démonstration. On suppose que A est fermé, et on fixe une suite (an )n∈N de Cauchy
par rapport à d|A . Par définition de d| A, on a que (an )n∈N et de Cauchy comme suite
de (X, d). Donc, elle converge vers un point x∞ ∈ X. Puisque A est fermé dans X, on a
que x∞ ∈ A. Donc A est complet.
Supposons maintenant que (A, d|A ) soit complet et fixons une suite (an )n∈N conver-
gente vers x∞ ∈ X. En particulier, (an )n∈N est de Cauchy dans (X, d) et donc dans
(A, d|A ). Par complétude de (A, d|A ), la suite (an )n∈N admet une limite a ∈ A par rap-
port à d|A . Mais alors a est limite de (an )n∈N aussi par rapport à d et, par unicité de la
limite, x∞ = a ∈ A. Donc, A est fermé.
58
Corollaire 4.8. Soient d1 et d2 deux métriques métriquement équivalentes sur X. Alors,
(X, d1 ) est complet si et seulement si (X, d2 ) est complet.
Démonstration. dire que d1 et d2 sont métriquement équivalentes équivaut à dire que
l’application Id : (X, d1 ) → (X, d2 ) est bi-lipschtzienne. Donc Id : (X, d1 ) → (X, d2 )
et Id : (X, d2 ) → (X, d1 ) sont lipschitziennes et donc uniformément continues, d’où le
résultat.
59
Exemple 4.3. Considérons la suite (fn )n∈N ⊂ C([0, 1]) définie par fn (x) = xn . On peut
montrer que cette suite est de Cauchy par rapport à la norme ∥ · ∥1 . De plus, si on pose
(
0 si 0 ≤ x < 1;
g(x) = (4.10)
1 si x = 1,
R1
on a limn→+∞ 0 |fn (x) − g(x)| dx = 0 et g ̸∈ C([0, 1]).
Toutefois, ceci n’est pas suffisant pour montrer que (C([0, 1]), ∥ · ∥1 ) n’est pas complet.
En effet, il est facile de montrer que ∥fn ∥1 → 0 et donc (fn )n∈N est bien convergente
vers la fonction nulle pour || · ||1 , qui est bien dans C([0, 1]).
Démonstration. Soit (uk )k∈N ⊂ ℓ∞ (R) une suite de Cauchy. On remarque que chaque
uk est une suite, qu’on notera
uk = (ukn )n∈N . (4.11)
Le fait que (uk )k∈N soit de Cauchy s’exprime par
On rappelle que ∥uk − uℓ ∥∞ = supn∈N |ukn − uℓn |. En particulier, pour tout n ∈ N fixé on
a |ukn − uℓn | ≤ ∥uk − uℓ ∥∞ . Donc,
i.e., pour tout n ∈ N la suite (ukn )k∈N ⊂ R est de Cauchy dans (R, ds ). Puisque (R, ds )
est complet, il existe u∞ k ∞
n tel que un → un pour k → +∞.
On a donc identifié une candidat limite : la suite u∞ = (u∞
n )n∈N . Pour montrer que
p ∞ ∞ ∞ ∞
u → u dans ℓ (R), on commence par montrer que u ∈ ℓ (R). Par (4.13), en passant
à la limite pour k → +∞ on obtient que
Remarque 4.3. Cette méthode est assez générale. L’idée est de considérer une suite
de Cauchy de ℓ∞ (R) et d’essayer de se ramener à une suite de Cauchy de R (ou un
autre espace complet). Ensuite, on utilise le fait que R est un espace complet, ce qui
nous fournit une première notion de convergence. Il reste ensuite à déduire de cette
information (lorsque cela est possible) que la suite de Cauchy de ℓ∞ (R) converge au sens
de la norme dont ℓ∞ (R) est muni et que sa limite est bien dans ℓ∞ (R).
60
La preuve du résultat suivant est similaire.
Proposition 4.13. L’evn (C([0, 1]), ∥ · ∥∞ ) est complet.
Démonstration. Soit (fn )n∈N une suite de Cauchy de (C([0, 1]), ∥ · ∥∞ ). Alors,
Cette inégalité traduit le fait qu’à x ∈ [0, 1] fixé, la suite (fn (x))n∈N ⊂ R est une suite
de Cauchy dans (R, ds ). Par conséquent, puisque (R, ds ) est complet, cette suite est
convergente dans R. On note f (x) sa limite, ce qui définit une application f : [0, 1] → R.
Comme dans le cas précédent il nous reste à montrer que f ∈ C([0, 1]) et que (fn )n∈N
converge vers f par rapport à ∥ · ∥∞ . La deuxième assertion est presque immédiate car
(fn )n∈N est de Cauchy. Donc, on peut faire tendre m vers l’infini dans (4.16) et passer
au sup pour x ∈ [0, 1] pour obtenir
Il reste à montrer que f ∈ C([0, 1]). À cet effet, on se donne x0 ∈ [0, 1] et on montre
que limx→x0 f (x) = f (x0 ). Observons que, grace à l’inégalité triangulaire, on a, pour
tout n ∈ N et x ∈ [0, 1],
|f (x) − f (x0 )| ≤ |f (x) − fn (x)| + |fn (x) − fn (x0 )| + |fn (x0 ) − f (x0 )|
≤ 2 sup |fn (y) − f (y)| + |fn (x0 ) − f (x0 )|. (4.18)
y∈[0,1]
61
4.2.1 Énoncé du Théorème
Donnons au préalable la notion suivante.
Définition 4.3. Soit (X, d) un espace métrique. Une application f : (X, d) → (X, d)
est dite contractante si elle est Lipschtzienne de constante de Lipschitz strictement plus
petite que 1, autrement dit s’il existe α ∈ [0, 1[ tel que
Théorème 4.14 (Point fixe pour applications contractantes). Soit (X, d) un espace
métrique complet et soit f : (X, d) → (X, d) une application contractante. Alors, il
existe et il est unique x⋆ ∈ X tel que f (x⋆ ) = x⋆ .
Démonstration. On démontre d’abord que l’éventuel point fixe x⋆ ∈ X est unique. Pour
ce faire, on suppose qu’il existe x, x′ ∈ X tels que f (x) = x et f (x′ ) = x′ . Comme f est
contractante, on a donc
62
Comme αn −→ 0 quand n → +∞, on a donc montré que la suite (xn )n∈N est de Cauchy
en utilisant la Proposition 4.4.
Puisque X est complet, la suite (xn )n∈N est donc convergente vers un point x⋆ ∈ X.
Il reste à montrer que x⋆ est un point fixe de f . Ceci suit aisément du fait que, par
continuité de f et de d,
Remarque 4.4. Une conséquence de la démonstration, est que, sous les hypothèses
du théorème, pour tout x0 ∈ X la suite (xn )n∈N définie par xn+1 = f (xn ), n ∈ N, est
convergente vers l’unique point fixe x⋆ de f . En passant à la limite pour p → +∞ dans
(4.25), il est même possible quantifier la vitesse de convergence :
αn
d(xn , x⋆ ) ≤ d(x0 , f (x0 )), ∀n ∈ N. (4.26)
1−α
Une telle convergence est appelée “superlinéaire”.
63
1. f (I) ⊂ I, et donc on peut considerer f : I → I ;
2. f : (I, ds ) → (I, ds ) est contractancte ;
3. il existe n0 ∈ N tel que vn0 ∈ I.
4. ϕ ∈ I.
En effet, cela nous permettra d’appliquer le théorème du point fixe et la Remarque 4.4
pour démontrer que (vn )n∈N converge vers le seul point fixe de f dans I, qu’on devra
calculer explicitement.
On remarque que trivialement, ϕ ∈ [3/2, 2]. Montrons donc que I = [3/2, 2] satisfait
les propriétés souhaitées. Nous commençons par observer que f est de classe C 1 sur
I et que f ′ (x) = −1/x2 pour tout x ̸= 0. En particulier, f est décroissante et donc
f (I) ⊂ [f (2), f (3/2)] = [3/2, 5/3] ⊂ I. Ceci montre la propriété 1. De plus, comme si
ε > 0 on a |f ′ (x)| ≤ 1/ε2 < 1 pour tout x ∈ [1 + ε, +∞[, l’inégalité des accroissements
finis nous donne que f : (I, ds ) → (I, ds ) est contractante. On a donc la propriété 2.
Finalement, on a v2 = 2 ∈ I, ce qui montre la propriété 3.
Par le théorème du point fixe on a donc que vn → ϕ ∈ I où f (ϕ) = ϕ. Cette propriété
est équivalente au fait que
ϕ2 = ϕ + 1. (4.31)
En calculant
√ explicitement les racines de cette équation polynomiale d’ordre 2 (qui sont
(1 ± 5)/2), on se rend compte que la seule solution positive de cette equation est le
nombre d’or, ce qui clot la démonstration.
4.3 Exercices
Suites de Cauchy
Exercice 4.1. Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques et f : (X, dX ) → (Y, dY )
une fonction uniformément continue. Montrer que si (xn )n ⊂ X est une suite de Cauchy,
il en est de même pour (f (xn ))n ⊂ Y .
Exercice 4.2. Soit (X, d) un espace métrique. Montrer que (xn )n∈N ⊂ X est de Cauchy
si
+∞
X
d(xn , xn+1 ) < +∞. (4.32)
n=0
Espaces complets
Exercice 4.3. On considère f : R → R2 une application injective, et d la distance
induite (cf. Exercice 1.2) : d(x, y) = ||f (x) − f (y)||2 .
1. Donner un exemple de telle fonction.
2. Donner une CNS sur l’image de f pour que (R, d) soit complet.
64
Exercice 4.4. Le but de cet exercice est de montrer que l’evn (C([−1, 1]), ∥·∥1 ) n’est pas
complet (en fait, un raisonnement similaire permettrait de montrer que (C([0, 1]), ∥ · ∥p )
n’est pas complet pour p < ∞, en utilisant un changement de variable affine entre le
segment [−1, 1] et le segment [0, 1]).
On considère la suite (fn )n∈N ⊂ C([−1, 1]) définie par
−1
si − 1 ≤ x < − n1 ,
fn (x) = nx si − n1 ≤ x ≤ n1 , (4.33)
1 si n1 < x ≤ 1.
2. Montrer que Ek+1 est un sev dense et propre de (Ek , ∥ · ∥k ) pour tout k ∈ N∗ ;
3. En déduire que (Ek+1 , ∥ · ∥k ) n’est pas un espace de Banach pour tout k ∈ N∗ ;
4. Montrer que (Ek , ∥ · ∥k ) est un espace de Banach pour tout k ∈ N∗ .
Exercice 4.7. Soit (X, d) un espace métrique. Si (X, d) est complet et (B̄n )n est une
suite de boules fermées B̄n = B̄(xn , rn ) tels que B̄n+1 ⊂ B̄n pour tout n et limn→∞ rn =
0, montrer que \
B̄n ̸= ∅. (4.36)
n∈N
Prouver que cette condition est équivalente à la complétude de (X, d).
Exercice 4.8. Soit (E, d) et (F, δ) deux espaces métriques, et A ⊂ E une partie dense
de E.
1. Montrer que si f : A → F est continue, et si pour tout x ∈ E \ A, limy→x,y∈A f (y)
existe, alors il existe une unique fonction g : E → F , continue, qui prolonge f au
sens où g|A = f .
2. On suppose maintenant que F est complet. Montrer que si f : A → F est uni-
formément continue, alors il existe une unique fonction g : E → F , uniformément
continue, qui prolonge f au sens où g|A = f .
Exercice 4.9.
65
Le théorème de point fixe et ses applications
Exercice 4.10. Définir deux applications T, R : R → R tels que
|f (x1 , t) − f (x2 , t)| ≤ M |x1 − x2 |, ∀x1 , x2 , t t.q. (x1 , t), (x2 , t) ∈ G. (4.38)
Alors, il existe une unique solution t 7→ x(t) à (EDO), définie dans un voisinage de
t0 .
2. Montrer qu’il existe un ouvert G′ ⊂ G tel que (x0 , t0 ) ∈ G′ , et K > 0 tels que
|f (x, t)| ≤ K pour tout (x, t) ∈ G′ . Montrer que G′ contient un produit de la
forme [x0 − η, x0 + η] × [t0 − δ, t0 + δ], pour des η, δ > 0 suffisamment petits.
On pose I = [x0 − η, x0 + η] et J = [t0 − δ, t0 + δ].
3. Soit C(I; J) = {φ : I → J | φ est continue}. Montrer qu’il s’agit d’un espace de
Banach par rapport à la norme ∥ · ∥∞ sur I.
4. Considérons l’application T définie par T φ = ψ où
Z t
ψ(t) = t0 + f (φ(t), t) dt. (4.40)
t0
66
Exercice 4.12. Considerons l’application T : C([0, 1]) → C([0, 1]) defini par
Z x
1
T f (x) := t2 f (t) dt + , ∀f ∈ C([0, 1]). (4.41)
0 2
Exercice 4.13. Soit (X, d) un espace métrique complet. Pour f : (X, d) → (X, d) et
n ∈ N on note f n (x) = f · . . . · f (x) l’n-éme itérée de f . Montrer que s’il existe n ∈ N tel
que f n est contractante, alors il existe et il est unique x⋆ ∈ X tel que f (x⋆ ) = x⋆ .
2. Montrer que pour tout λ > 0 il existe un unique f ∈ C([0, 1]) tel que
Z x
f (x) = λ K(x, y)f (y) dy + φ(x). (4.43)
0
67
5 Compacité
La notion de compacité est absolument fondamentale en analyse. Elle permet en effet
de démontrer l’existence de certaines limites (par le théorème de Bolzano-Weiestrass),
mais aussi l’existence de solutions à des problèmes d’optimisation (minimisation ou maxi-
misation de fonctions sur un compact par le théorème dit “des bornes atteintes”). Pour
les evn de dimension finie, on arrivera à caractériser de manière explicite toutes les
parties compactes comme étant les parties fermées et bornées. En dimension infinie,
la principale difficulté provient du fait qu’en dimension infinie, les ensembles fermés et
bornées ne sont pas nécessairement compacts. Or, les espaces de suites ou de fonctions
fonctions usuels, par exemple, sont toujours de dimension infinie !
68
Exemple 5.2. On vérifie aisément que (R, ds ) n’est pas un espace compact au sens de
BW. En effet, la suite (un )n∈N définie par un = n, n ∈ N, n’admet pas de sous-suites
convergentes. En effet, toute suite extraite sera non-borné et donc non-convergente.
Définition 5.2. Soit (X, d) un espace métrique. Soit (xn )n∈N une suite d’éléments de A
et l ∈ X. On dit que l est une valeur d’adhérence de (xn )n∈N s’il existe une suite extraite
de (xn )n∈N qui converge vcers l.
Exemple 5.3. (R, ds ), la suite ((−1)n )n∈N∗ a deux valeurs d’adhérence, 1 et −1.
Proposition 5.2. Soit (X, d) un espace métrique. Alors, une partie finie A ⊂ X est
compacte au sens de BW . De plus, si d = ddiscr est la distance discrète, les partie finies
de X sont les seules parties compactes au sens de BW .
On verra que cette proposition sera en fait une équivalence dans le cas des evn de
dimension finie. Il faut quand même faire attention, car l’implication inverse est fausse
en générale, comme on le montre ici.
69
Exemple 5.4. Soit (X, ddiscr ) un espace métrique de cardinal infini. Il est évident que
toute partie de X est borné, et il suit de l’Exemple 2.4 que toute partie de X est fermé.
Donc, par la Proposition 5.2, toute partie de X non finie est bornée et fermée, mais non
compacte au sens de BW, comme expliqué à la Proposition 5.2.
Proposition 5.5. Soit (X, d) un espace métrique. Toute union finie de parties compactes
au sens de BW de X est compacte au sens de BW. Toute intersection quelconque de
parties compactes au sens de BW est compacte.
Remarque 5.1. Bien sûr, une union infinie de parties compactes au sens de BW n’est
pas nécessairement compacte au sens de BW. En effet, elle n’est même pas forcément
bornée (prendre par exemple (R, ds ) et les parties compactes au sens de BW {n} pour
n ∈ N∗ , dont l’union n’est pas bornée).
70
Dans le cas où une suite vit dans un compact au sens de BW, on peut donner une
condition nécessaire et suffisante pour qu’une suite converge.
Proposition 5.6. Soit (X, d) un espace métrique et A ⊂ X une partie compacte au
sens de BW. Soit (xn )n∈N∗ une suite d’éléments de A. Alors (xn )n∈N∗ converge si et
seulement si elle admet une unique valeur d’adhérence.
Démonstration. Le sens direct est vrai en toute généralité, par la Proposition 3.4. C’est
pour le sens réciproque que l’on a besoin de la compacité. Prenons donc une suite de A
qui admet une unique valeur d’adhérence notée l, et supposons que (xn )n∈N ne converge
pas vers l. En prenant la contraposée de la définition de la limite, il existe ε > 0 tel que
pour tout N ∈ N, il existe n ⩾ N tel que d(l, xn ) ⩾ ε. Pour N = 0, il existe n0 ⩾ 0 tel
que d(l, xn0 ) ⩾ ε. Pour N = n0 + 1, il existe n1 ⩾ n0 + 1 > n0 tel que d(l, xn1 ) ⩾ ε.
Par récurrence, on construit donc une suite strictement croissante d’entiers (nk )k∈N tel
que pour tout k ∈ N, on ait d(xnk , l) ⩾ ε. On pose yk = xnk . Alors (yk )k∈N est une
suite de A qui est compact au sens de BW, on peut donc en extraite une sous suite
yφ(k) qui converge vers un certain l′ ∈ A. De plus, en passant à la limite dans l’inégalité
d(yφ(k) , l) ⩾ ε, on obtient d(l′ , l) ⩾ ε et donc l ̸= l′ . Ceci est impossible, car (yφ(k) )k∈N est
une suite extraite de la suite (xn )n∈N , et toutes les sous-suites convergentes sont censées
converger vers l. D’où le résultat voulu.
Attention, ce résultat est complètement faux si la partie A n’est pas supposée compacte
au sens de BW.
Exemple 5.5. On se place dans (R, ds ) et on considère la suite donnée par x2n = 1 et
x2n+1 = n. Cette suite n’est pas convergente car elle n’est pas bornée. Toutefois, elle
admet une unique valeur d’adhérence. En effet, 1 est clairement une valeur d’adhérence,
en prenant comme suite extraite les termes pairs. C’est la seule. En effet, si on prend
une extraction φ(n). De deux choses l’une :
— Soit φ(n) ne contient que des valeurs paires à partir d’un certain rang, la suite est
alors stationnaire à 1, elle converge donc vers 1.
— Soit φ(n) contient une infinité de termes impairs, auquel cas la suite extraite cor-
respondante n’est pas bornée, donc pas convergente.
On termine cette partie en remarquant le lien entre complétude et compacité.
Proposition 5.7. Soit (X, d) un espace métrique et A ⊂ X une partie compacte au
sens de BW. Alors, (A, d|A ) est un espace métrique complet.
Démonstration. Soit (xn )n∈N ⊂ A une suite de Cauchy. Par compacité de A elle admet
donc une sous-suite convergente dans A, ce qui entraine que toute la suite est convergente
dans A grace à la Proposition 4.3.
71
Proposition 5.8. Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques, et f : X → Y une
application continue. Soit A ⊂ X une partie compacte au sens de BW. Alors, f (A) est
une partie compacte au sens de BW de Y .
Démonstration. Soit (yn )n∈N une suite de f (A). Alors, il existe une suite (xn )n∈N de A
telle que f (xn ) = yn pour tout n ∈ N. Par compacité de A au sens de BW, on peut
extraire une sous-suite (xnk )k∈N ⊂ (xn )n∈N convergente vers x∞ ∈ A. Par continuité
de f , on a donc que f (xnk ) = ynk → f (x∞ ) ∈ f (A). Ceci montre que la sous-suite
(ynk )k∈N ⊂ (yn )n∈N est convergente, donc f (A) est compact au sens de BW.
Démonstration. À cause de la Proposition 5.8, f (A) est compact et donc borné et fermé.
Soit M = sup f (X). Comme f (A) est borné, on a M < +∞. De plus, par les propriétés
du sup, pour tout ε > 0 il existe yε ∈ X tel que M − ε ≤ yε ≤ M . En choisissant ε =
1, 1/2, 1/3, . . . on obtient donc une suite (yn )n∈N ⊂ f (A) telle que yn → M . Comme f (A)
est fermé, on a donc que M ∈ f (A). Donc il existe xM tel que f (xM ) = maxx∈A f (x).
De même pour le minimum.
Théorème 5.10 (Théorème de Heine). Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques,
et f : X → Y une application continue. Si X est compact, alors f est uniformément
continue.
Démonstration. Raisonnons par l’absurde, en supposant que f ne soit pas uniformément
continue. C’est à dire, on suppose qu’il existe ε > 0 tel que
∀η > 0, ∃(x, y) ∈ X × X t.q. dX (x, y) ≤ η et dY (f (x), f (y)) ≥ ε. (5.2)
On peut donc construire, en faisant successivement prendre à η les valeurs 1, 21 , 13 , . . .,
une suite ((an , bn ))n∈N ⊂ X × X telle que dX (an , bn ) ≤ n1 et dY (f (an ), f (bn )) ≥ ε pour
tout n ∈ N. Le produit de compacts étant encore compact, on en déduit que X × X
est compact. Donc, il existe une sous-suite ((ank , bnk ))k∈N qui converge vers (a∞ , b∞ ) ∈
X × X, autrement dit ank → a∞ et bnk → b∞ . Mais puisque dX (ank , bnk ) ≤ 1/nk pour
tout k ∈ N, on en déduit que a∞ = b∞ . Par continuité de f on a donc
lim f (ank ) = f (a∞ ) = f (b∞ ) = lim f (bnk ). (5.3)
k→+∞ k→+∞
Une passage à la limite dans l’inégalité dY (f (ank ), f (bnk )) ≥ ε pour tout k ∈ N, conduit
donc à l’inégalité 0 ≥ ε, qui est absurde. Donc, f est uniformément continue sur X.
72
Enfin, donnons une application intéressante des propriétés précédentes, en exemple.
Exemple 5.7. Soit (X, d) un espace métrique compact au sens de BW, (Y, d′ ) un autre
espace métrique, et f : X → X ′ , continue et bijective. Alors f est un homéomorphisme.
En effet, si (yn )n∈N∗ est une suite d’éléments de Y telle que yn converge vers un certain
y ∈ Y , f étant bijective, il existe des éléments xn et x de X tels que yn = f (xn ) et y =
f (x). X étant compact, il existe une extraction φ et x′ ∈ X tels que xφ(n) → x′ . f étant
continue, f (xφ(n) ) → f (x′ ). Une sous-suite d’une suite convergente tendant vers la même
limite, on sait aussi que f (xφ(n) ) = yφ(n) → y. Par unicité de la limite, f (x′ ) = y = f (x).
f étant injective, on a donc que x = x′ . On remarque que le raisonnement précédent
s’applique à n’importe quelle sous-suite convergente de (xn )n∈N∗ . On en déduit donc que
(xn )n∈N∗ est une suite d’un ensemble compact qui admet une unique valeur d’adhérence,
elle converge donc vers cette valeur d’adhérence.
5.3.1 Précompacité
On commence par la définition suivante.
Définition 5.3. Un espace métrique (X, d) est précompact si pour tout ε > 0, il existe
une quantité finie de points x1 , . . . , xn ∈ X tels que
n
[
X= B(xi , ε). (5.4)
i=1
Dans le cas d’une partie A de X, il sera souvent plus commode d’utiliser la ca-
ractérisation suivante, qui évite d’utiliser la topologie induite.
Proposition 5.11. Une partie A d’un espace métrique (X, d) est précompacte si et
seulement si pour tout ε > 0, il existe des points a1 , . . . , an ∈ A tels que A ⊂ ni=1 B(ai , ε).
S
Démonstration. Supposons que A soit précompacte. Soit ε > 0. Comme on travaille avec
la topologie induite, il existe des points a1 , . . . , an ∈ A tels que
n
[ n
[
A= (B(ai , ε) ∩ A) ⊂ B(ai , ε).
i=1 i=1
73
D’oùSle résultat voulu. Inversement, soit ε > 0, et des points a1 , . . . , an ∈ A tels que
A ⊂ ni=1 B(ai , ε). Clairement,
n
[
A= (B(ai , ε) ∩ A) ,
i=1
74
(La famille (ej )j∈N ⊂ S est appelé la base canonique de ℓ2 (R), par analogie avec la base
canonique dans Rn ). Comme les boules que l’on considère sont en nombre fini, il faut
forcement que l’une entre eux contienne une infinité des ei , et donc notamment deux ei
et ej pour i ̸= j. Il existe donc un certain k ∈ N tel que ei , ej ∈ B(xk , ε). Toutefois, ceci
implique que √
∥ei − ej ∥2 ≤ ∥ei − xk ∥2 + ∥xk − ej ∥2 < 2ε < 2, (5.7)
ce qui est absurde.
Proposition 5.13. Tout sous-ensemble d’un espace métrique précompact est précompacte.
Démonstration. On sait que (X, d) est précompact. Soit A ⊂ X. Soit ε > 0. Il existe
n ∈ N∗ et une quantité finie de points x1 , . . . , xn ∈ X tels que
n
[
X= B(xi , ε). (5.8)
i=1
On en déduit que
n
[ n
[
A= B(xi , ε) ∩ A ⊂ B(xi , ε).
i=1 i=1
Ceci n’est pas suffisant pour conclure car les xi ne sont pas forcément dans A. On procède
de la manière suivante :
— Si B(xi , ε) ∩ A = ∅, on ne fait rien.
— Si B(xi , ε)∩A ̸= ∅, on choisit un ai ∈ B(xi , ε)∩A quelconque. On note I l’ensemble
des indices tels que B(xi , ε) ∩ A ̸= ∅.
Pour i ∈ I, on a alors que B(xi , ε) ⊂ B(ai , 2ε). En effet, si x ∈ B(xi , ε), on a par inégalité
triangulaire, puisque ai ∈ B(xi , ε), que
Ceci étant vrai pour tout ε > 0, on a bien que A est précompact.
75
Exemple 5.11. 1. (R, ds ) est séparable car il admet Q comme sous-ensemble dénombrable
dense.
2. De même, par exemple (Rn , || · ||2 ) est séparable. En effet, Qn est dénombrable
comme produit fini d’ensembles dénombrables, et il est dense. En effet, si x =
(x1 , . . . xn ) ∈ Rn , pour tout i ∈ [|1, n|], comme xi ∈ R, il existe qi ∈ Q tel que
|xi − qi | ⩽ √εn . On pose alors q = (q1 , . . . qn ) ∈ Qn . On a donc que
n n
X X ε2
||x − q||22 = |xi − qi |2 ⩽ ⩽ ε2 .
n
i=1 i=1
Posons alors
D = ∪+∞ k
k=1 ∪ i = 1nk xi .
D est fini ou dénombrable comme réunion dénombrable d’ensemble finis. De plus, D est
dense. En effet, soit ε > 0, il existe k0 ∈ N∗ suffisamment grand pour que 1/k0 < ε. Soit
alors x ∈ X. Comme
nk0
[
k 1
X= B xi , , (5.10)
k0
i=1
il existe ix tel que x ∈ B xkix , k10 . Notamment,
1
d(x, xkix ) ⩽ < ε.
k0
76
5.3.3 Compacité au sens de Borel-Lebesgue (BL)
Ici, nous allons introduire une autre notion de compacité, beaucoup plus “topologique”,
au sens où elle ne fait pas intervenir de notion de suite. Le but final est démontrer que
la compacité au sens de BL est équivalente à la compacité au sens de BW. Commençons
par la définition.
Définition 5.5. Soit (X, d) un espace métrique. On dit que X est compact au sens de
BL si la propriété de Borel-Lebesgue est satisfaite : “de tout recouvrement de A S par des
ouverts, on peut extraire un sous-recouvrement fini”. Autrement dit, si X = i∈I Ui
∗
Sn quelconques d’ouverts (Ui )i∈I , alors il existe n ∈ N et i1 , . . . , in ∈ I
pour une collection
tels que X = k=1 Uik .
SoitA ⊂ X. Alors, A est compact au sens de BL si la propriété de Borel-Lebesgue
est satisfaite : “de tout recouvrement de A par S des ouverts, on peut extraire un sous-
recouvrement fini”. Autrement dit, si A ⊂ i∈I Ui pour une collection quelconques
d’ouverts (Ui )i∈I , alors il existe n ∈ N∗ et i1 , . . . , in ∈ I tels que A ⊂ nk=1 Uik .
S
Remarque 5.2. Une remarque immédiate est que tout espace (ou toute sous-ensemble)
(X, d) compact au sens de BL est précompact. En effet, pour tout ε > 0, on peut toujours
écrire que X = ∪x∈X B(x, ε). Les boules étant ouvertes, on a un recouvrement ouvert,
∗
Sn extraire un sous-recouvrement fini : il existe n ∈ N et i1 , . . . , in ∈ I tels
dont on peut
que X = k=1 B(xi , ε), ce qui est la définition de la précompacité.
Dans le but de démontrer l’équivalence entre les deux notions de compacité, nous
aurons besoin du résultat suivant.
Proposition 5.15. Un espace métrique (X, d) est précompact si et seulement toute suite
de Cauchy admet une sous-suite convergente.
Démonstration. On commence par le sens direct. On suppose maintenant que (X, d) est
précompact. Soit (xn )n∈N ⊂ X. En fixant ε = 1 dans la définition de précompacité, on
obtient y1,1 , . . . , y1,N1 ∈ X tels que
N1
[
X= B(y1,i , 1). (5.11)
i=1
Il est clair qu’il existe k tel que la boule B(y1,k1 , 1) contient une infinité d’elements de
la suite (xn )n∈N . On pose E1 = B(y1,k1 , 1). E1 inférieur à 2. Autrement dit, il existe une
extraction (φ1 (n))n∈N∗ telle que pour tout n ∈ N∗ , on ait xφ( n) ∈ E1 . Ensuite, on choisit
ε = 1/2. E1 étant séparable par la Proposition 5.14, on obtient y2,1 , . . . , y2,N2 ∈ X tels
que
N2
[
E1 ⊂ B(y2,i , 1/2). (5.12)
i=1
Il est clair qu’il existe k tel que la boule B(y2,k1 , 1) contient une infinité d’elements de la
suite (xφ1 (n) )n∈N . On pose E2 = B(y2,k1 , 1/2) ∩ E1 . On a alors E2 ⊂ E1 . Autrement dit,
77
il existe une extraction (φ2 (n))n∈N∗ telle que pour tout n ∈ N∗ , on ait xφ1 ◦φ2 (n) ∈ E2 . On
répète la procédure, et par récurrence, pour tout k ∈ N∗ , il existe un ensemble Ek inclus
dans une boule de rayon 1/2k telle que pour tout j < l, on ait El ⊂ Ej , et telle que pour
tout n ∈ N∗ , on ait xφ1 ◦φ2 ...◦φk (n) ∈ En . On utilise alors ce qu’on appelle l’argument
diagonal de Cantor : on pose φ(n) = φ1 ◦ φ2 . . . ◦ φn (n). Alors (xφ(n) )n∈N∗ est une suite
de Cauchy. En effet, on a que pour tout n ∈ N∗ et tout p ∈ N∗ , en effectuant une suite
d’inégalités triangulaires, puisque Ek+1 ⊂ Ek pour tout k,
n+p−1 n+p−1 +∞
X X 2 X 2 4
d(xφ(n) , xφ(n+p) ) ⩽ d(xφ(k) , xφ(k+1) ) ⩽ ⩽ = n.
2k 2k 2
k=n k=n k=n
La suite à droite tendant vers 0 quand n → ∞, par la Proposition 4.4, on en déduit bien
que cette sous-suite est de Cauchy. Pour le sens réciproque, on raisonne par contraposée.
On suppose maintenant que (X, d) ne n’est pas précompact (i.e., qu’il existe ε > 0
tel que pour toute partie finie {x1 , . . . , xn } ⊂ X il existe un élément x ∈ X tel que
mini∈J1,nK d(x, xn ) > ε) et on trouve une suite qui n’admette aucune suite de Cauchy.
Soit x1 ∈ X. Comme X ̸= B(x1 , ε), il existe x2 ∈ X \ B(x1 , ε), donc tel que tel que
d(x2 , x1 ) ⩾ ε. Comme X ̸= B(x1 , ε) ∪ B(x2 , ε), il existe x3 ∈ X \ (B(x1 , ε) ∪ B(x2 , ε),
donc tel que tel que d(x3 , x1 ) ⩾ ε et d(x2 , x2 ) ⩾ ε.
Ainsi, par récurrence on crée une suite (xn )n∈N∗ telle que pour tout i < n, on ait
d(xn , xi ) ⩾ ε. On en déduit donc que pour tout i ̸= j, on a d(xi , xj ) ⩾ ε. Comme cette
propriété reste vraie pour tout sous-suite de (xn )n∈N , on obtient aisément qu’aucune
sous-suite de (xn )n∈N est de Cauchy, ce qui implique qu’aucune sous-suite extraite est
est de Cauchy. Cela contredit donc l’hypothèse.
Grâce à cette propriété, on peut montrer très facilement le premier théorème suivant.
Démonstration. On commence par supposer que (X, d) compact au sens de BW. Par
la Proposition 5.7, (X, d) est complet. Il reste donc à démontrer qu’il est précompact,
autrement dit que toute suite admette une sous-suite de Cauchy par la Proposition 5.15.
C’est évident : (X, d) étant compact au sens de BW, toute suite admet une sous-suite
convergente, qui est donc de Cauchy par la Proposition 4.1.
Inversement, supposons que (X, d) soit précompact est complet. (X, d) étant précompact,
par la Proposition 5.15, tout sous-suite admet une sous-suite de Cauchy. La complétude
de (X, d) implique alors que cette sous-suite est convergente. Donc (X, d) est compact
au sens de BW.
78
Démonstration. Supposons dans un premier temps que (X, d) est compact au sens de
BL. Prenons une suite (xn )n∈N∗ de X. Si elle prend un nombre fini de valeurs, alors
on peut en extraire une sous-suite constante et donc convergente. Supposons donc que
cette suite prenne un nombre infini de valeurs. Dans ce cas, posons A = {xn }n∈N∗ , qui
est donc de cardinal infini. Supposons que our tout x ∈ X, il existe rx > 0 tel que
B(x, rx ) ∩ A soit de cardinal fini. On a alors clairement que X = ∪x∈X B(x, rx ), qui est
un recouvrement de X par des ouverts. Comme X est compact, on peutSen extraire un
sous-recouvrementSfini : il existe n ∈ N∗ et i1 , . . . , in ∈ I tels que X = nk=1 B(xi , rxi ).
Notamment, A = nk=1 (B(xi , rxi )∩A), qui est donc fini comme réunion finie d’ensembles
finis. C’est impossible car A est supposé de cardinal infini. Donc il existe x > 0 tel que
pour tout r > 0, B(x, r) ∩ A ̸= ∅. En prenant r = 1/n pour n ∈ N∗ , et en utilisant la
définition de A ainsi qu’un raisonnement déjà vu, on extrait facilement une sous-suite
(xφ(n) )n∈N∗ telle que pour tout n ∈ N∗ , on ait d(x, xφ(n) ) < 1/φ(n). Donc xφ(n) → x, on
a donc bien extrait une sous-suite convergente et X est compact au sens de BW.
Inversement, supposons X compact au sensS de BW. On veut montrer que X est
compact au sens de BL. Écrivons donc X = i∈I Ui pour une collection quelconques
d’ouverts (Ui )i∈I , et essayons d’en extraire un sous-recouvrement fini. Pour ce faire,
montrons alors la propriété suivante : il existe α > 0 tel que pour tout x ∈ X, il existe
i ∈ I tel que B(x, α) ⊂ Ui . En effet, par l’absurde, si ce n’était pas le cas, pour tout
α > 0, il existerait x ∈ X tel que pour tout i ∈ I, on aurait B(x, α) ̸⊂ Ui . En prenant
α = 1/n avec n ∈ N∗ , on a donc existence d’un xn ∈ X tel que pour tout i ∈ I, on ait
B(xn , 1/n) ̸⊂ Ui . X étant compact au sens de BW, on peut en extraire une sous-suite
convergente (xφ(n) )n∈N∗ vers un certain x ∈ X. Les Ui formant un recouvrement de X,
il existe i0 ∈ I tel que x ∈ Ui0 . Ui0 étant ouvert, il existe r > 0 tel que B(x, r) ⊂i0 . Or,
si y ∈ B(xφ (n), 1/φ(n)), on a
1
d(x, y) ⩽ d(x, xφ(n) ) + d(xφ(n) , y) ⩽ d(x, xφ(n) ) + .
φ(n)
Un corollaire important de ce théorème est le suivant, dans le cas où l’espace métrique
ambiant est complet.
Corollaire 5.18. Soit (X, d) un espace métrique complet et A ⊂ X une partie précompacte.
Alors, A est compacte si et seulement si A est précompacte et fermée.
79
Démonstration. On sait déjà que si A est compacte, alors A est précompacte et fermée
par la Remarque 5.2 et la Proposition 5.4. Inversement, si A est précompact et fermée,
comme X est complet, alors A est précompact et complet par la Proposition 4.6, donc
compact par le Théorème 5.16.
80
Enfin, quand l’espace ambiant est complet, on a la caractérisation suivante.
Proposition 5.20. Soit (X, d) un espace métrique complet. Soit A une partie de X.
Alors A est relativement compacte si et seulement si A est précompacte.
Démonstration. On a déjà vu à la Remarque 5.3 qu’un ensemble relativement compact
était précompact. Inversement, si A est précompact, alors A est aussi précompact. En
effet, soit ε > 0. A étant précompact, il existe une quantité finie de points a1 , . . . , an ∈ A
tels que
[n
A⊂ B(ai , ε). (5.13)
i=1
Par définiton de A, pour tout x ∈ A, il existe a ∈ A tel que x ∈ B(a, ε). Par (5.13),
il existe i ∈ [|1, n|] tel que a ∈ B(ai , ε). Donc, grâce à une inégalité triangulaire, on a
x ∈ B(ai , 2ε). Ainsi,
[n
A⊂ B(ai , 2ε). (5.14)
i=1
ε > 0 étant arbitraire, on a donc bien que A est précompact. A étant aussi fermé dans
(X, d) complet, A est aussi complet par la Proposition 4.6. Il est donc compact par le
Théorème 5.16, ce qui dit bien par définition que A est relativement compacte.
81
extraire de (a1n )n∈N∗ une sous-suite convergente : il existe a1 ∈ A et φ1 une extraction
telle que a1φ1 (n) → a1 quand n → ∞. Pour i = 2, on peut extraire de (a2φ1 (n) )n∈N∗ une
sous-suite convergente : il existe a2 ∈ A et φ2 une extraction telle que a2φ1 ◦φ2 (n) → a2 .
On a toujours que a1φ1 ◦φ2 (n) → a1 quand n → ∞. En raisonnant par récurrence, on
créer donc une extraction φ = φ1 ◦ φ2 . . . ◦ φk et des réels a1 , . . . ak tels que pour tout
i ∈ [|1, k|], on ait aiφ(n) → ai quand n → ∞. On pose a = (a1 , . . . ak ) ∈ Rk . Alors
k
X
||aφ(n) − a||∞ ⩽ ||aiφ(n) − ai || → 0 quand n → +∞,
i=1
puisqu’on somme un nombre fini de suites tendant vers 0. Donc aφ(n) → a quand n → ∞.
De plus, A étant fermé, on a bien que a ∈ A, donc on a extrait une sous-suite convergente
dans A et A est bien compact.
Théorème 5.22. Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Toutes les normes sur
E sont équivalentes entre elles.
Démonstration. On se place dans le cas réel, le cas complexe étant similaire. On com-
mence par traiter le cas de Rk . Soit n une norme sur Rk . Par transitivité de de l’equi-
valence, il suffit de montrer que cette norme n est équivalente à ∥ · ∥∞ , auquel cas il est
assez facile de voir que toutes les normes seront équivalentes entre elles . On appelle εi les
vecteurs de la base canonique. On commence par remarquer que pn(x) ≤ C1 ∥x∥∞ pour
tout x ∈ Rk , où C1 = ni=1 n(εi ). En effet, par inégalité triangulaire et homogénéité on
P
a
n n
!
X X
n(x) = n xi ei ≤ ||x||∞ n(εi ) ≤ C1 ∥x∥, ∀x ∈ Rk . (5.15)
i=1 i=1
82
en vertu du théorème 5.21. Comme on vient de montrer que Id : (Rk , ∥ · ∥∞ ) → (Rk , n)
est continue, on a que S est compacte dans (Rk , n). Finalement, le fait que la norme n
soit continue dans (Rk , n) nous garantit qu’elle atteint un minimum sur chaque compact,
et donc qu’il existe y⋆ ∈ S tel que C2 = n(y⋆ ) ̸= 0. Ici on a utilisé que 0 ∈
/ S. Ceci termine
la preuve dans le cas E = R . k
Par équivalence des normes, on en déduit aussi le résultat suivant (étant clair que
la notion de sous-suite convergente est invariante par normes équivalentes, la notion de
compacité est aussi invariante par changement de normes équivalentes).
Corollaire 5.23. Dans un evn , les notion de partie ouverte, fermée, bornée, compacte,
et de suite convergente est indépendante de la norme que l’on place sur cet evn .
Une partie d’un evn de dimension finie est donc compacte si et seulement si elle est
fermée et bornée.
Ainsi, dorénavant, quand on parlera d’un evn , on pourra s’autoriser à choisir la
norme qui nous arrange le plus, puisque cela ne change rien aux propriétés topologiques
et métriques.
On en déduit immédiatement le résultat suivant.
Démonstration. Toute suite de Cauchy étant bornée, elle est incluse dans une boule
fermée bornée donc compacte par le Théorème de Heine-Borel. On peut donc en extraire
une sous-suite convergente, ce qui assure donc que le suite de Cauchy elle-même est
convergente par la Proposition 4.3.
Corollaire 5.25. Les parties relativement compactes (ou précompactes, puisqu’un evn
de dimension finie est complet par le corollaire précédent) d’un evn de dimension finie
sont les parties bornées.
83
5.4.3 Le cas de la dimension infinie
Pour traiter le cas de la dimension infinie, nous allons utiliser le lemme suivant.
Lemma 5.26 (Lemme de Riesz). Soit (E, n) un evn et soit F un sev fermé strict de E
̸ E. Alors, pour tout ε ∈ (0, 1) il existe x ∈ E tel que
(au sens où F =
Démonstration. Comme F ̸= E et que F est fermé, il existe donc v ∈ E tel que d(v, F ) >
0 (voir exercice ??). De plus, on a
d(v, F )
> d(v, F ), (5.18)
1−ε
et donc, par les propriétés de l’infimum, il existe y ∈ F tel que
d(v, F )
n(v − y) < . (5.19)
1−ε
v−y
On pose x = n(v−y) . On a immédiatement n(x) = 1. De plus, pour tout z ∈ F on a
1 1−ε
n(x − z) = n v − y − n(v − y)z > n v − n(v − y)y ≥ 1 − ε. (5.20)
n(v − y) d(v, F )
Ici on a utilisé (5.19) et le fait que y + n(v − y)z ∈ F . Le résultat suit en passant à
l’infimum pour z ∈ F .
Remarque 5.4. — Ceci n’est pas forcément vérifié si F n’est pas fermé. Notamment
si F est dense, on a que pour tout x ∈ E, d(x, F ) = 0 et donc le résultat devient
faux. En revanche, on vérifie facilement que si F n’est pas fermé mais pas dense,
on peut obtenir aussi le Lemme de Riesz.
— Le résultat devient faut si ε < 0. En effet, 0 ∈ F , donc pour tout x ∈ E de norme
1, on a d(x, F ) ⩽ ||x − 0|| = 1.
— Intéressons-nous maintenant au cas ε = 0. On vérifie alors aisément que ce cas ne
se produit que si d(x, F ) est atteinte en f = 0 ∈ F .
Théorème 5.27. Soit (E, n) un evn . La boule unité fermé B̄(0, 1) est compacte si et
seulement si dim E < +∞. Il en est de même pour la sphere S = {y ∈ E | n(y) = 1}.
84
Donc, par le Lemme de Riesz avec ε = 1/2, il existe x1 ∈ E \ F0 tel que n(x1 ) = 1 et
d(x1 , F0 ) ≥ 1/2. En particulier, x1 ∈ S et n(x0 − x1 ) ≥ 1/2. On procède maintenant
par récurrence, en supposant d’avoir choisi x0 , . . . , xn ∈ S tels que n(xk − xm ) ≥ 1/2 si
k ̸= m et k, m ≤ n. Mais alors, le même raisonnement que tout à l’heure avec Fn+1 =
vec{x0 , . . . , xn }, nous garantis qu’il existe xn+1 ∈ B̄(0, 1) tel que n(xk − xn+1 ) ≥ 1/2
pour tout k ∈ J0, nK. En effet, on peut appliquer à nouveau le Lemme de Riesz car Fn+1
est fermé et
n + 1 = dim Fn+1 < dim E = +∞ =⇒ Fn ̸= E. (5.22)
Ceci démontre l’existence de la suite souhaité, et clôt la preuve.
Remarque 5.5. En fait, par un raisonnement déjà vu, on a démontré mieux : Bf (0, 1)
et S(0, 1) ne sont pas précompactes (et donc pas compactes). En effet, l’inégalité n(xk −
xm ) ≥ 1/2 si k ̸= m et k, m ≤ n assure qu’il n’existe pas de sous-suite de Cauchy
convergente pour (xn )n∈N .
Corollaire 5.28. Soit (E, n) un evn . Soit a ∈ E et r > 0. La boule fermée B̄(a, r)
est (pré)-compacte si et seulement si dim E < +∞. Il en est de même pour la sphere
S(a, r).
Démonstration. Soit
φ : x ∈ E 7→ a + rx.
φ est clairement une fonction continue. De plus, φ(B̄(0, 1)) ⊂ B̄(a, r) et φ(S(0, 1)) ⊂
S(a, r). De plus, i lest très facile de voir que φ est bijective de B̄(0, 1) vers B̄(a, r) et de
S(0, 1) vers S(a, r), puisque inverser la relation y = a + rx admet une unique solution
x = φ−1 (y) = (y − a)/r, qui envoie bien B̄(a, r) vers B̄(0, 1) et S(a, r) vers S(0, 1).
Donc φ−1 est clairement continue. Donc φ est un homéomorphisme. Donc B̄(0, 1) ou
S(0, 1) est (pré)-compact si et seulement si B̄(a, r) ou S(a, r) l’est (on montrer à titre
d’exercice que l’image d’un précompact par une application uniformément continue est
précompact, en utilisant la caractérisation par les sous-suites de Cauchy). D’où le résultat
par le théorème de Riesz.
85
Il reste à choisir intelligemment M . Prenons par exemple M > f (0). On remarque alors
que pour tout x tel que ||x|| > A, on a inf x∈Rrd f (x) ⩽ f (0) < m ⩽ f (x). Ainsi, si
||x|| > A, on a inf x∈Rrd f (x) <⩽ f (x), ce qui signifie qu’au lieu de prendre la borne
inférieure sur Rd tout entier, on peut la prendre sur Bf (0, M ). f étant continue sur
le compact Bf (0, M ) (qui est bien un fermé borné d’un espace vectoriel de dimension
finie), on en déduit par le théorème des bornes atteintes que f est bornée et atteint
ses bornes. Notamment, il existe donc bien x0 ∈ Bf (0, M ) tel que inf x∈Rrd f (x) =
inf x∈Bf (0,M ) f (x) = f (x0 ), ce qui conclut l’exemple.
Démonstration. +∞
T
n=1 Kn est fermé un comme intersection de fermés, tout compact étant
fermé, il s’agit donc d’un fermé inclus dans le compact K1 (par décroissance), il est donc
compact. Donnons deux preuves différentes du fait qu’il soit non vide.
— Une preuve séquentielle. Chaque Kn étant non vide, il existe xn ∈ Kn . (xn )n∈N∗
est une suite du compact K1 (par décroissance), on peut donc en extraire une sous-
suite convergente : il existe x ∈ K0 etTφ une extraction tels que xn → x quand
n → ∞. Il reste à montrer que x ∈ +∞ n=1 Kn . Pour ce faire, on remarque que
∗ ∗
pour tout n ∈ N et tout p ∈ N , on a xφ(n+p) ∈ Kφ(n+p) ⊂ Kn par décroissance.
Notamment, on peut faire p → ∞, comme Kn est fermé, on a que x ∈ Kn . Ceci
étant vrai pour tout n ∈ N∗ , on en déduit le résultat voulu.
— Une preuve en utilisant
T la propriété de Borel-Lebesgue. On raisonne par l’absurde
et on suppose que +∞ n=1 Kn = ∅. On a donc que
+∞
[
X= X \ Kn .
n=1
Notamment,
+∞
[
K1 ⊂= X \ Kn .
n=1
On a donc un recouvrement du compact K1 par des ouverts (un compact est fermé,
donc le complémentaire est ouvert), on peut donc en extraire un sous-recouvrement
fini : il existe k ∈ N∗ et n1 , . . . nk tels que
k
[
K1 ⊂= X \ Kni .
i=1
Comme (Kn )n∈N∗ est décroissante au sens de l’inclusion, (X \Kn )n∈N∗ et croissante
au sens de l’inclusion. On pose donc J = maxi∈[|1,k|] ni . On a alors
k
[
X \ Kni ⊂ X \ KJ .
i=1
86
On aurait donc K1 ⊂ X \ KJ , ce qui est absurde puisque K1 ⊂ KJ et que KJ est
non vide.
Exemple 5.14. Soit (X, d) un espace métrique. Soit (xn )n∈N∗ une suite de X qui
converge vers un certain x ∈ N∗ . Alors Γ = {xn } ∪ {l} est un ensemble compact de
X.
Elle est uniformément bornée s’il existe M > 0 tel que ∥f ∥∞ ≤ M pour tout f ∈ F.
87
Théorème 5.29 (Théorème d’Ascoli). Une partie F ⊂ C([0, 1]) uniformément bornée
et uniformément équicontinue est précompacte. En particulier, toute suite (fn )n∈N ⊂ F
admet une sous-suite uniformémente convergente dans C([0, 1]).
Démonstration. La deuxième partie de l’énoncé est une consequence immédiate du Co-
rollaire 5.18. Il nous reste donc à montrer que pour tout ε > 0 il existent f1 , . . . , fκ ,
κ ∈ N, telles que
min ∥f − fj ∥∞ < ε ∀f ∈ F. (5.24)
j∈J1,κK
En effet, ceci montrera que F est précompact.
Fixons ε > 0. Comme F est uniformément borné, il existe M > 0 tel que ∥f ∥∞ ≤ M
pour toute f ∈ F. Par uniforme équicontinuité, il existe δ tel que si |x − y| < δ alors
|f (x) − f (y)| < ε pour toute f ∈ F.
Soient K, N ∈ N tels que K > 2M/ε et N > 1/δ, et considèrons l’ensemble A ⊂
C([0, 1]) des fonctions g affines par morceaux et telles que
n M
∀n ∈ J0, N K, ∃k = k(n) ∈ J−K, KK t.q. g =k . (5.25)
N K
Comme g ∈ A est déterminé par le couples {(n, k(n)) | n ∈ J0, N K} est évident que
A contient un nombre fini d’éléments. Donc, pour démontrer (5.24), il nous suffit de
montrer que
min ∥f − g∥∞ < 4ε ∀f ∈ F. (5.26)
g∈A
Fixons f ∈ F et considérons g ∈ A tel que
n n ε
f −g < ∀n ∈ N. (5.27)
N N 2
On observe qu’une telle g existe, car k M M
K − k + 1 K = M/K < ε/2 pour tout k ∈
J−K, KK. De plus, par uniforme équicontinuité on a
n
n+1 n n+1
f −f < ε =⇒ g −g < 2ε. (5.28)
N N N N
Comme g est affine entre n/N et (n + 1)N , ceci nous dit que
n
g − g(x) < 2ε. (5.29)
N
Finalement, pour tout x ∈ [0, 1] si on pose nx = ⌊N x⌋ on a
n n n n
|f (x) − g(x)| ≤ f (x) − f + f −g + g − g(x) . (5.30)
N N N N
Comme |x − n/N | < 1/N < δ on a que
n
f (x) − f < ε. (5.31)
N
Par uniforme équicontinuité et (5.29), on obtient |f (x) − g(x)| < 4ε, et donc (5.26).
Comme application du théorème d’Ascoli on présent une idée de démontration du
résultat suivant, qui montre que en affaiblissant les hypothèses du théorème de Cauchy-
Lipschitz on peut toujours prouver l’existence (mais pas l’unicité) de solutions de (EDO).
88
5.6 Exercices
Compacité séquentielle
Exercice 5.1. (*) Démontrer que dans un espace métrique, le diamètre d’une partie
compacte est fini et atteint.
Exercice 5.2. (*) Soit n ∈ N∗ . On considère Mn (R) muni de n’importe quelle norme.
Les ensembles de matrices suivants sont-ils compacts ?
1. Les matrices dont chacun des coefficients sont de valeur absolue plus petite que 1.
2. GLn (R).
3. On (R).
4. Les matrices symétriques dont les valeurs propres sont dans [−1, 1].
Exercice 5.3. (**) Soit (X, d) un espace métrique.
1. Soient K1 et K2 deux ensembles compacts de X. Montrer que d(K1 , K2 ) est at-
teinte.
2. Soit K un compact de X et F un fermé de X. On suppose que K ∩ F = ∅. Montrer
que d(K, F ) > 0. Cette propriété reste-elle vérifiée si K est seulement fermé ?
3. On se place dans Rn . On considère K un compact de Rn et F un fermé de Rn .
Montrer que d(K, F ) est atteinte.
Exercice 5.4. (*) Soit A ⊂ Rd une partie non vide et bornée, et || · || n’importe quelle
norme sur Rd . On souhaite démontrer que A est incluse dans une boule de rayon minimal.
1. Montrer que l’ensemble des r ⩾ 0 tels qu’il existe une boule fermée de rayon r
contenant A admet une borne inférieure notée r0 .
2. Pour n ∈ N∗ , on pose ρn = r0 + 1/n. Montrer que pour tout n ∈ N∗ , il existe
xn ∈ A tel que A ⊂ B(xn , ρn ).
3. Montrer que (xn )n∈N∗ est bornée.
4. Conclure.
Exercice 5.5. (**) Soit (E, || · ||) un evn et K ⊂ B(0, 1) un compact. Montrer qu’il
existe r < 1 tel que B ⊂ BF (0, r). On pourra regarder l’application norme.
Exercice 5.6. (**) Soit (E, || · ||) un espace vectoriel normé, ainsi que K et L deux
compacts de E. Montrer que l’ensemble
K + L = {k + l|k ∈ K, l ∈ L}
est compact.
Exercice 5.7. (**) Soit (E, || · ||) un espace vectoriel normé, ainsi que K un compact
de E et L un fermé de E. Montrer que l’ensemble
K + L = {k + l|k ∈ K, l ∈ L}
est fermé.
89
Exercice 5.8 (Théorème de d’Alembert-Gauss). (***) Soit P ∈ C[X].
1. Montrer que |P | admet un minimum global en un certain z0 ∈ C. On appelle m ce
minimum.
2. On suppose que P (z0 ) ̸= 0.
a) Montrer qu’il existe k ∈ N∗ tel que P (k) (z0 ) ̸= 0. On pose k0 le minimum des
k ∈ N∗ tels que P (k) (z0 ) ̸= 0.
b) Montrer qu’il existe c ∈ C tel que ck0 = −P (z0 )P (k0 ) (z0 ).
c) En effectuant un développement limité pour l’application t 7→ P (z0 + tc), mon-
trer que pour t suffisamment petit, |P (z0 + tc)| < m.
3. Conclure.
Exercice 5.9. (***) Soit (X, d) un espace métrique compact et F : X → X une appli-
cation contractante : pour tout (x, y) ∈ X 2 avec x ̸= y, on a d(f (x), f (y)) < d(x, y).
1. Montrer que f admet un unique point fixe α. On pourra considérer x 7→ d(x, f (x))
et montrer qu’elle admet un minimum.
2. Montrer que si K est un fermé de X stable par K, alors α ∈ K.
3. Soit x0 ∈ X. Montrer que la suite définie par récurrence par xn+1 = f (xn ) converge
vers α.
4. Ces résultats restent-ils vrais si X n’est plus compact ?
Exercice 5.10. (***) Soient (E, ∥·∥) un evn , C une partie compacte de E et f : C → E
t.q. f (C) ⊂ C. Montrer que :
1. si f est une isométrie (i.e.∥f (x) − f (y)∥ = ∥x − y∥ pour tous x, y ∈ C), alors elle
est bijective.
2. si ∥f (x) − f (y)∥ ≥ ∥x − y∥ pour tous x, y ∈ C, alors elle est une isométrie bijective.
Indication : considérer les images itérées d’un point.
Exercice 5.11. (**) Soit (E, evn) et F un sous-espace vectoriel de E.
1. On suppose que F est de dimension finie. Montrer que F est fermé.
2. Cette propriété reste-elle vérifiée si F n’est plus de dimension finie ? Indication :
on pourra penser à un résultat de densité vu en cours.
90
Exercice 5.14. (**)
1. Soit A une partie de Rn et f : A → Rn une application localement lipschitzienne
(i.e. pour tout point x ∈ A, il existe un voisinage Vx de A sur lequel f|Vx est
lipschtizienne). Montrer que f est lipschtizienne sur A.
2. Répondre à la question précédente en utilisant la propriété de Bolzano-Weierstrass.
On pourra raisonner par l’absurde et considérer deux suites (yn )n∈N∗ et (zn )n∈N∗
telles que que pour tout n ∈ N∗ , on ait
Exercice 5.15. (**) Soit (X, d) un espace métrique. Soient A et B deux ensembles
compacts de X, tels que A ∩ B = ∅.
1. Soit b ∈ B. Montrer qu’il existe deux ouverts U et Vb tels que A ⊂ U , b ∈ B et
U ∩ Vb = 0. On pourra considérer à a ∈ A fixé, deux voisinages ouverts de Ua de
a et Wa de b tels que Ua ∩ Wa = 0.
2. Montrer qu’il existe deux ouverts U et Vb tels que A ⊂ U , b ∈ B et U ∩ Vb = 0.
Exercice 5.16. (**) Soit (X, d) un espace métrique. Montrer que pour tout parties
compactes A, B ⊂ X tels que A ∩ B = ∅, il existe un ouvert U ⊂ X tel que A ⊂ U et
B ∩ Ū = ∅.
Exercice 5.17. Soit (X, d) un espace métrique et (xn )n∈N∗ une suite de X qui converge
vers x ∈ X. On rappelle qu’on a vu en cours que {xn } ∪ {x} est compact.
1. (Application 1) Soit (Y, d′ ) un autre espace métrique et f : X → Y une application
continue. On suppose que l’image réciproque de tout compact est un compact.
Montrer que l’image directe de tout fermé est un fermé.
2. (Application 2) Soit (Y, d′ ) un autre espace métrique et f : X → Y une application
injective. Montrer que f est continue si et seulement l’image de tout compact de
X par f est un compact de Y . Ce résultat reste-t-il vérifié si f n’est pas injective ?
91
3. Étudier la réciproque de la propriété précédente.
Exercice 5.20. (***) On munit X = R[X] de la norme ||P || = supx∈[0,1] |P (x)| (pour-
quoi est-ce une norme ?). Trouver un ensemble précompact de X qui ne soit pas relati-
vement compact.
92
6 Connexité
Le but de se chapitre est d’essayer de donner un cadre théorique pour dire qu’un
espace métrique est en “un seul morceau”.
Par exemple, dans (R2 , ds ) la fonction γ(t) = (cos t, sin t) est un chemin qui joint (1, 0)
à (−1, 0).
Définition 6.2. Soit (X, d) un espace métrique. On dit que A ⊂ X est connexe par
arcs si tout couple de points de A est reliée par un chemin qui reste dans A, c’est-à-dire,
pour tout a, b ∈ X, il existe un chemin γ tel que γ(0) = a, γ(1) = b, et γ(t) ∈ A pour
tout t ∈ [0, 1].
Remarque 6.1. Le choix de prendre un chemin défini sur [0, 1] est arbitraire. En effet,
il est facile de démontrer qu’un ensemble est connexe par arcs si et seulement pour tout
a, b ∈ X, il existe t0 > 0 et une application continue γ : [0, t0 ] → X telle que γ(0) = a,
γ(t0 ) = b, et γ(t) ∈ A pour tout t ∈ [0, t0 ]. En effet, le sens direct est trivial (il suffit de
prendre t0 = 1), quant au sens réciproque, s’il existe t0 > 0 et une application continue
γ : [0, t0 ] → X telle que γ(0) = a, γ(t0 ) = b, et γ(t) ∈ A pour tout t ∈ [0, t0 ], il suffit de
poser γ̃ : t ∈ [0, 1] 7→ γ (t0 t) ∈ X. Il s’agit bien d’un chemin qui relie a et b.
On se servira de cette remarque pour éviter de “reparamétriser” après coup des che-
mins que l’on collerait les uns à la suite des autres.
Définition 6.3. Soit (E, n) un evn et A ⊂ E. Soient a, b ∈ E. Le segment [a, b] est par
définition l’ensemble
[a, b] = {(1 − t)a + tb|t ∈ [0, 1]}.
Remarque 6.2. Bien sûr, le segment [a, b] est égal au segment [b, a] (il suffit de changer
t en 1 − t).
93
Définition 6.4. Soit (E, n) un evn et A ⊂ E. On dit que A est convexe si pour tous
x, y ∈ A, le segment [x, y] est inclus dans A, autrement dit :
Exemple 6.1. Soit (E, || · ||) un evn , a ∈ E et r > 0. Alors B(a, r) est convexe. En
effet, soit x, y ∈ B(a, r) et t ∈ [0, 1]. Alors, par inégalité triangulaire,
Donc ty + (1 − t)x ∈ B(a, r). On a le même résultat pour la boule ferméeBf (a, r) avec
une preuve complètement similaire. Par contre, S(a, r) n’est pas convexe. Par exemple,
si x ∈ E est de norme 1, on a a ± xr ∈ S(a, r) mais 12 (a + xr) + 12 (a − xr) = a ̸∈ S(a, r)
puisque ||a − a|| = 0 ̸= r.
Proposition 6.1. Tout ensemble convexe dans un evn est connexe par arcs.
Proposition 6.2. La partie A ⊂ R est connexe par arcs dans (R, ds ) si et seulement si
c’est un intervalle (si et seulement si il est convexe).
Remarque 6.3. Dans un espace métrique quelconque (X, d), il peut exister des parties
connexes par arc et non convexes. Par exemple, dans (R2 , || · ||2 ), on considère l’ensemble
des points en dessous du graphe de la fonction t ∈ R 7→ |t| :
A = {(x, y) ∈ R2 |y ⩽ |x|}.
94
6.1.3 Connexité par arcs et continuité
On aura besoin aussi du résultat suivant.
Proposition 6.3. Soient (X, dX ) et (Y, dY ) deux espaces métriques. Soit F : X → Y
une application continue, et soit A ⊂ X une partie connexe par arcs. Alors, f (A) est
connexe par arcs dans Y .
Démonstration. Soit y1 , y2 ∈ f (A). Alors il existe x1 , x2 ∈ A tels que f (x1 ) = y1 et
f (x2 ) = y2 . En vertu de la connexité par arcs de A il existe donc un chemin γ : [0, 1] → A
qui relie x1 et x2 . Posons alors ψ = f ◦ γ. On a que ψ : [0, 1] → f (A), que ψ(0) = f (x1 ) =
y1 et que ψ(1) = f (x2 ) = y2 . Comme ψ est continue étant la composition de fonctions
continues, on a donc trouvé un chemin qui relie y1 à y2 .
Remarque 6.4. En général, la préimage d’un ensemble connexe par arcs n’est pas
nécessairement connexe par arcs. En effet, si l’on considère la fonction f : x ∈ (R, ds ) 7→
x2 ∈ (R, ds ), on remarque que {1} est connexe par arcs (puisque l’unique chemin possible
est celui constant à 1) alors que f −1 ({1}) = {−1, 1}.
Cette proposition nous donne déjà accès au résultat très intéressant suivant.
Exemple 6.2. R et R2 ne sont pas homéomorphes. En effet, supposons que l’on ait
un homéomorphisme φ entre R2 et R. On remarque alors, puisque φ est bijective, que
φ(R2 \ {0, 0}) = R \ {φ(0, 0)}. Or R2 \ {(0, 0)} est connexe par arcs. En effet, si z1 =
(x1 , y1 ) ∈ R2 \ {0} et z2 = (x2 , y2 ) ∈ R2 \ {0}, alors, si z1 et z2 ne sont pas colinéaires,
on remarque que le segment [z1 , z2 ] ne rencontre pas (0, 0) (car sinon, il existerait un
certain t ∈]0, 1[ tel que 0 = tz1 + (1 − t)z2 , donc z1 et z2 seraient colinéaires). Si z1 et
z2 sont colinéaires, par exemple z2 = λz1 , avec λ ̸= 0, si par exemple x1 ̸= 0, on fait
un arc de cercle qui relie z1 à z2 . On devrait donc avoir que R \ {φ(0, 0)} devrait aussi
être connexe par arcs puisque φ est continue. Ceci est absurde car R \ {φ(0, 0)} n’est
pas connexe par arcs.
6.2 Connexité
Dans cette partie, nous étendons la notion de connexité par arcs, introduite dans le
paragraphe précédent.
95
On a donc la proposition suivante. On rappelle qu’on a déjà observé que X et ∅ sont
à la fois ouverts et fermés. C’est donc immédiat que A et ∅ sont à la fois ouverts et
fermés relatifs de A ⊂ X.
Démonstration. Observons que A n’est pas connexe si et seulement s’il existent deux
ouverts tels que U1 , U2 ⊂ X, U1 ∩ A, U2 ∩ A ̸= ∅, et A ∩ (U1 ∪ U2 ) = A. Comme U1 ∩ A
et U2 ∩ A sont des ouverts relatifs de A, ceci montre l’équivalence de la connexité et de
la première proposition.
Supposons maintenant que A ne satisfait pas i. et soit {A1 , A2 } la partition de A en
deux ouverts relatifs. Alors, A1 = U1 ∩ A pour un ouvert U1 ⊂ X, et donc F1 = A \ A1 =
(X \ U1 ) ∩ A est un fermé relatif. De même étant vrai pour F2 = A \ A2 , montrons que
{F1 , F2 } est une partition de A. Ceci est immédiat, car A = A1 ∪ A2 et donc F1 = A2
et F2 = A1 . On a donc montré que ii. implique i.. Le même argument (en échangeant le
rôle des ouverts et des fermés) peut être utilisé pour montrer que i. implique ii..
Pour completer la preuve, on observe que l’argument ci-dessus montre que i. implique
que tout éléments de la partition en ouverts relatifs sont à la fois ouverts et fermés, ce
qui montre que i. est équivalent à iii..
Démonstration. Supposons que f (A) ne soit pas connexe. Donc, ils existent V1 , V2 ⊂ Y
tels que V1 ∩ A, V2 ∩ A ̸= 0, V1 ∩ V2 = ∅ et V1 ∪ V2 ⊃ f (A). Par continuité, on a donc
que U1 = f −1 (V1 ) et U2 = f −1 (V2 ) sont ouverts à intersection non-vide avec A. C’est
immédiat de vérifier que U1 ∩ U2 = f −1 (V1 ∩ V2 ) = ∅ et que U1 ∪ U2 = f −1 (V1 ∪ V2 ) ⊃ A.
Donc, A n’est pas connexe.
96
Proposition 6.6. Un espace métrique (X, d) est connexe si et seulement si tout appli-
cation continue f : X → D est constante.
Démonstration. On suppose que X est connexe. Soit f : X → D. Alors f (X) est connexe.
On a soit f (X) = {0}, soit f (X) = {1}, soit f (X) = {0, 1}. Or D n’est pas connexe. En
effet, toute partie pour la distance discrète étant ouverte, on a D = {0}ccup{1}, qui est
une partition de D en deux ouverts. Donc on a soit f (X) = {0}, soit f (X) = {1}, ce
qui dit bien que f est constante.
Inversement, si X n’est pas connexe, alors X = O1 ∪ O2 avec O1 et O2 deux ouverts
disjoints. On définit alors f : x ∈ O1 7→ f (x) = 0 et f : x ∈ O2 7→ f (x) = 1. f
est continue puisque l’image réciproque de tout ouvert est un ouvert, mais elle est non
constante. On a donc le résultat voulu par contraposée.
Proposition 6.7. Soit A une partie connexe d’un espace métrique (X, d), et B une
autre partie de X vérifiant A ⊂ B ⊂ A. Alors B est connexe.
Proposition 6.9. Soit (Ci )i∈I une famille quelconque de connexes d’un espace métrique
(X, d) telle qu’il existe un certain i0 vérifiant : pour tout i ∈ I, on a Ci ∩ Ci0 ̸= ∅. Alors
S
i∈I Ci est connexe.
S
Démonstration. Soit f : i∈I Ci → D une application continue. Pour tout i ∈ I, f|Ci :→
D est une application continue sur le connexe Ci , donc elle est constante. En particulier
f est constant sur Ci0 , disons qu’elle vaut 0 sur Ci0 . Alors, si x ∈ Ci0 ∩ Ci , on a donc
f (x) = 0. f étant constante Ssur Ci , on a f (x) = 0 sur Ci , et ceci pour tout i ∈ I et donc
f est constante partout sur i∈I Ci .
Proposition 6.10. Soit (Ci )i∈I une famille finie ou dénombrable de connexes (avec I =
0, . . . , p ou I = N d’un espace métrique (X,Sd) telle qu’il existe un certain i0 vérifiant :
pour tout i > 0, on a Ci ∩ Ci−1 ̸= ∅. Alors i∈I Ci est connexe.
97
S
Démonstration. Soit f : i∈I Ci → D une application continue. Pour tout i ∈ I, f|Ci :→
D est une application continue sur le connexe Ci , donc elle est constante. Comme Ci ∩
Ci−1 ̸= ∅, on en déduit que f|Ci−1 = f|Ci . Une récurrence permet alors de conclure.
De la même manière que nous avons procédé pour la connexité par arcs, on peut
caractériser les connexes de (R, ds ).
98
Figure 6.1 – La courbe du topologue [2].
Observons que γx ([0, 1]) est connexe par la Proposition 6.5, car γx est continue et [0, 1]
est connexe. De plus, \
γx ([0, 1]) = {x} =
̸ ∅. (6.3)
Donc, X est connexe en appliquant la Proposition 6.9.
99
Figure 6.2 – Représentation graphique du voisinage donné par (6.6) dans le cas où
γ(t0 ) = (0, 0). Figure tirée de [2].
Ceci et (6.6) contredisent la continuité de π1 ◦ γ. En effet, sin 1/t est en train de sortir et
rentrer du cercle rouge en Figure 6.2, donné par (6.6), et donc l’image des coordonnées x
de γ sur [t0 , t1 ] ne peut pas être un intervalle tout entier. Dans la suite on va formaliser
cette idée.
On rappelle que sin θ = 1 si et seulement si θ = (4k + 1)π/2 et sin θ = −1 si et
2 2
seulement si θ = (4k − 1)π/2, pour k ∈ Z. Donc, si on pose ξk = (4k+1)π et ηk = (4k−1)π
pour k ∈ N, on a que
1 1
ξk , sin = (ξk , 1) et ηk , sin = (ηk , −1). (6.8)
ξk ηk
Comme limk ξk = limk ηk = 0, ceci prouve qu’il existe K ∈ N tel que ξk , ηk ∈ [0, a] pour
k > K. En particulier, par (6.7), ils existent s1 , s2 ∈ [t0 , t1 ] tels que γ(s1 ) = (x1 , 1) et
100
p
√ 2 ) = (x2 , −1) pour x1 , x2 > 0. En particulier, ∥γ(s1 ) − γ(s2 )∥2 ≥
γ(s 12 − (−1)2 =
2 > 1. Ceci donne une contradiction, car par (6.6) on a
∥γ(s1 ) − γ(s2 )∥2 ≤ ∥γ(s1 ) − γ(t0 )∥2 + ∥γ(t0 ) − γ(s2 )∥2 < 1. (6.9)
Donc, γ ne peut pas être continue, et G n’est pas connexe par arcs.
On termine notre discours sur la connexité avec cette réciproque partiel de la Propo-
sition 6.13.
Théorème 6.14. Soit (E, n) un evn et soit A ⊂ E une partie ouverte. Alors, A est
connexe si et seulement s’il est connexe par arcs.
Démonstration. Par la Proposition 6.13 il nous suffit de démontrer que si A ⊂ E est
ouvert et connexe alors il est connexe par arcs. À cet effet, on fixe x ∈ A et on pose
Ux = {y ∈ A | existe un chemin (continu) dans A qui relie x à y}. (6.10)
Il est alors suffisant de montrer Ux = A : en effet, une fois que l’on sait relier un point
fixé x à tout autre point y, pour n’importe quel autre z ∈ A, il suffit de concaténer un
chemin allant de z à x avec un chemin allant de x à y. À cet effet, on montrera que U
et V = A \ U sont ouverts, ce qui nous donnera une partition de A en deux ouverts à
intersection vide. Comme x ∈ U , on a que U ̸= ∅, et donc la connexité de A impliquera
que V = ∅ ou (d’une façon équivalente) que U = A.
Montrons que U est ouvert. Comme U ⊂ A, pour tout y ∈ U il existe r > 0 tel que
B(y, r) ⊂ A. B(y, r) est convexe, donc connexe par arcs. Donc, tout z ∈ B(y, r) est relié
à y par un chemin continu. Comme y ∈ U , il existe un chemin continue reliant x à y et
donc, par concaténation, il existe aussi un chemin continu reliant x à z. Ceci montre que
B(y, r) ⊂ U et donc que U est ouvert.
Montrons maintenant que V = A \ U est ouvert. Soit y ∈ V , c’est-à-dire, supposons
qu’il n’existe pas de chemins continus reliant x à y. Comme V ⊂ A, il existe r > 0 tel que
B(y, r) ⊂ A. Supposons, par l’absurde, que B(y, r) ̸⊂ V . Ceci est équivalent à l’existence
de z ∈ B(y, r) ∩ U . Mais alors, il existe un chemin qui relie x à z et, comme B(y, r) est
connexe par arcs, il existe aussi un chemin qui relie z à y. Ceci donne un chemin qui
relie x à y, et donc montre que y ∈ U , ce qui contredit l’hypothèse y ∈ V . Donc V est
ouvert.
Remarque 6.6. Le théorème précédent reste vrai si on remplace l’evn (E, n) par un
espace métrique (X, d) qui soit localement connexe par arcs, c’est-à-dire tel que
∀x ∈ X ∃R > 0 tel que B(x, r) est connexe par arcs pour tout r < R. (6.11)
6.3 Exercices
Connexité par arcs
Exercice 6.1. (*) Soit f : [0, 1] → R une fonction continue (par rapport à ds ). Montrer
que le graphe
G = {(t, f (t)) | t ∈ [0, 1]} ⊂ R2 , (6.12)
101
est connexe par arcs.
Exercice 6.3. (**) Dans un evn (E, || · ||), montrer que l’extérieur d’une boule fermée
est connexe par arcs.
Connexité
Exercice 6.4. (*)Déterminer les parties connexes de
Exercice 6.7. (**)On pose U = {z ∈ C| |z| = 1}. Montrer qu’il existe une surjection
continue de R vers U mais qu’il n’existe pas d’injection continue de U vers R.
Exercice 6.8. (**) On dit qu’un espace métrique est totalement discontinu si seulement
l’ensemble vide et les singletons sont connexes. Montrer que :
1. (X, ddiscr ) est totalement discontinu.
2. {0} ∪ {1/n | n ∈ N∗ }, comme partie de (R, ds ), est totalement discontinu.
3. Q ⊂ R est totalement discontinu.
Exercice 6.9 (Théorème du passage à la douane). Soit (X, d) un espace métrique. Soit
B une partie connexe de X, et A une partie quelconque de X.
1. Montrer que E \ F r(A) = Å ∪ (E ˚\ A).
2. En déduire que si B intersecte Å et (E ˚
\ A), alors il intersecte F r(A).
102
Exercice 6.10. Soit (X, d) un espace métrique et x, y ∈ X. On dit qu’il existe une
ε-chaine reliant x à y s’il existe x = x1 , x2 , . . . , xn = y un nombre fini de points de X
tels que d(xi , xi+1 ) < ε pour tout i ∈ J1, n − 1K. On dit que X est bien enchaı̂né si, pour
tout ε > 0 et tous x, y ∈ X, il existe une ε-chaine reliant x à y. Pour x ∈ X et ε > 0, on
pose A(x, ε) = {y ∈ X | il existe une ε-chaine reliant x à y}.
1. Démontrer que A est ouvert et fermé.
2. En déduire que si X est connexe, alors X est bien enchainé.
3. La réciproque est-elle vraie ?
4. On suppose que X est compact et bien enchaı̂né. Démontrer que X est connexe.
103
7 Applications linéaires et continuité
Dans cette partie, nous étudions l’espace des fonctions linéaires et continues entre deux
evn (E, nE ) et (F, nF ). En particulier, on le caractérisera et on montrera que lui-même
est un evn .
L’ensemble des applications linéaires de E dans F est dénoté Lc (E, F )). Lorsque E
et F sont des evn , on notera Lc (E, F )) ⊂ L(E, F ) l’ensemble des fonctions linéaires et
continues de E dans F .
Théorème 7.1. Soit f ∈ L(E, F ). Alors, les propositions suivantes sont équivalentes :
i. f ∈ Lc (E, F )) ;
ii. f est continue en 0E ;
iii. f est bornée sur BE (0E , 1) ;
iv. f est bornée sur S = {x ∈ E | nE (x) = 1} ;
v. Il existe k > 0 tel que nF (f (x)) ≤ knE (x) pour tout x ∈ E ;
vi. f est lipschitzienne.
Ici, on a utilisé le fait que si f ∈ Lc (E, F )), alors f (0E ) = 0F . Soit à présent y ∈
BE (0E , 1), i.e. nE (y) ≤ 1, et posons x = δy. Donc, nE (x) = δnE (y) ≤ δ. En vertu de
(7.1), comme y = x/δ on en déduit que
f (x) nF (f (x)) 1
nF (f (y)) = nF = ≤ ∀y ∈ BE (0E , 1). (7.2)
δ δ δ
104
iii. =⇒ iv. Immédiat, car S ⊂ BE (0E , 1).
iv. =⇒ v. L’énoncé est vrai pour tout k > 0 si x = 0E , donc on suppose x ̸= 0E . Par
hypothèse, il existe k > 0 tel que nF (f (y)) ≤ k si nE (y) = 1. On pose y = x/nE (x), en
sorte que nE (y) = 1, et on obtient
f (x)
nF (f (x)) = nF nE (x) = nF (y)nE (x) ≤ knE (x), ∀x ∈ E ̸= {0E }. (7.3)
nE (x)
Proposition 7.2. Soit f ∈ Lc (E, F )), une fonction linéaire et continue. Posons
nF (f (x))
N1 = sup , N2 = sup nF (f (x)), N3 = sup nF (f (x)),
x∈E\{0E } nE (x) nE (x)=1 x∈BE (0E ,1)
Alors, N1 = N2 = N3 = N4 .
Démonstration. On remarque que tout les Ni , i ∈ J1, 4K, sont finis, en vertu du Théorème 7.1
On procède en établissant des inégalités :
N1 ≤ N2 : Soit x ∈ E, x ̸= 0. Alors y = x/nE (x) est tel que nE (y) = 1. Donc,
nF (f (x)) f (x)
= nF = nF (f (y)) ≤ sup nF (f (z)) = N2 . (7.4)
nE (x) nE (x) nE (z)=1
105
On en déduit notamment la caractérisation suivante des applications linéaires non
continues, qui est utile en pratique pour démontrer qu’une application linéaire n’est pas
continue.
Corollaire 7.3. Soit f ∈ L(E, F ). Alors, f n’est pas continue si et seulement s’il existe
une suite (xn )n∈N∗ d’éléments de S(0, 1) telle que ||f (xn )||F → +∞ quand n → ∞.
Démonstration. f n’est pas continue si et seulement si f n’est pas bornée sur S(0, 1),
i.e si et seulement si supnE (x)=1 nF (f (x)) = +∞. La caractérisation séquentielle du sup
permet alors de conclure.
Une manière générale de démontrer qu’une application n’est pas continue est donc de
considérer une suite (xn )n∈N∗ quelconque non nulle, de la normaliser, puis de montrer
que la suite des images tend vers +∞.
La proposition précédente justifie la notion suivante.
~f ~ = N1 = N2 = N3 = N4 . (7.7)
Démonstration. Comme il est évident que Lc (E, F )) ̸= ∅, car il contient toujours l’ap-
plication identiquement nulle, et que λf ∈ Lc (E, F )) si λ ∈ R et f ∈ Lc (E, F )), pour
que Lc (E, F )) soit un sev de Lc (E, F )) on doit montrer seulement que f + g ∈ Lc (E, F ))
si f, g ∈ Lc (E, F )). À cet effet on observe que
Attention, il se peut qu’une application linéaire soit continue pour certaines normes
mais pas pour d’autres.
Exemple 7.1. Regardons un cas où on change la norme de départ mais pas celle d’ar-
rivée. On considère E = C 0 ([0, 1], R) et F = R. On munit E de la norme || · ||∞ et F
de la valeur absolue. On considère la forme linéaire φ : f ∈ E 7→ f (0). Elle est continue
puisque |φ(f )| = |f (0)| ⩽ ||f ||∞ . Par contre, si l’on considère maintenant E muni de
||·||1 , φ n’est plus continue. En effet, On peut trouver des fonctions continues de norme 1
égale à 1 qui ont une valeur en 0 arbitrairement grande. Il suffit par exemple de prendre,
pour n ⩾ 2, fn (x) = n(1−x/n) sur [0, 1/n], prolongée par 0 sur [1/n, 1]. Evidemment, fn
106
est dans E pour tout n ∈ N∗ . Un petit calcul d’intégrale montre que |fn |1 = 1 − 1/(2n2 ),
qui converge vers 1 quand n → ∞. De plus, fn (0) = n → +∞ quand n → ∞. Donc si
gn = fn /||fn ||1 , on a ||gn ||1 = 1 mais |φ(gn )| → +∞.
On pourrait aussi trouver des exemples similaires dans le cas où on change la norme
d’arrivée mais pas la norme de départ.
Théorème 7.5. Si (F, nF ) est un espace de Banach, alors (Lc (E, F )), ~·~) est également
un espace de Banach.
Démonstration. Soit (fn )n∈N ⊂ Lc (E, F )) une suite de Cauchy. Alors, pour x ∈ E on a
On déduit de cette inégalité que (fn (x))n∈N ⊂ F est une suite de Cauchy dans (F, nF ).
Par conséquent, elle est convergente et on note f (x) ∈ F sa limite. Il faut maintenant
montrer que la suite (fn )n∈N converge vers la fonction f : E → F , ainsi définie, par
rapport à la norme ~ · ~ et que f ∈ Lc (E, F )).
Le fait que f soit linéaire (i.e., f ∈ Lc (E, F ))) découle tout simplement en passant à
la limite dans la définition de linéarité pour fn , n ∈ N :
Montrons que ~fn − f ~ → 0 pour n → +∞. Car (fn )n∈N est de Cauchy, on a que
Un passage à la limite pour p → +∞, montre que nF (fn (x) − f (x)) ≤ εnE (x) pour tout
x ∈ E et n ≥ N . Autrement dit,
Or, le premier terme à droite est assez petit qu’on veut, tandis que ~fn ~ < +∞ pour
tout n ∈ N car fn ∈ Lc (E, F )). Ceci montre que ~f ~ < +∞ et donc f ∈ Lc (E, F )).
107
7.1.3 Quelques exemples de calculs de norme d’opérateur
Exemple 7.2. On considère une application linéaire f : (Rn , ∥·∥1 ) → (Rn , ∥·∥∞ ), f ̸≡ 0,
et on se propose de calculer sa norme triple. On sait déjà que à une telle application
linéaire est associé une matrice M = (mij )ij ∈ Mn (R) telle que f (x) = M x. On montrera
que
~f ~ = max |mij |. (7.15)
i,j∈J1,nK
n
X n
X
|(f (x))i | = |(M x)i | = mij xj ≤ |mij ||xj |
j=1 j=1
n
X
≤ max |mij | |xj | = ∥x∥1 max |mij |. (7.16)
j∈J1,nK j∈J1,nK
j=1
Par conséquent,
∥f (x)∥∞ = max |(f (x))i | ≤ ∥x∥1 max |mij | =⇒ ~f ~ ≤ max |mij |. (7.17)
i∈J1,nK i,j∈J1,nK i,j∈J1,nK
Pour montrer que l’inégalité ci-dessus est en effet une égalité on cherche donc x̄ ∈ Rn
tel que ∥x̄∥1 = 1 et ∥f (x̄)∥∞ = maxi,j∈J1,nK |mij |. En effet, si un tel x̄ existe, on a
On a que ∥x̄∥1 = 1 et
Est évident que Φ ∈ L(C([0, 1]), C([0, 1])). Montrons que elle est continue et calculons
sa norme triple.
108
Soit f ∈ C([0, 1]). En vertu de l’inégalité de Hölder (Lemme 1.8) étendue au fonctions
continue, si on pose q = 2 on a
Z 1 Z 1
∥Φ[f ]∥1 = |Φ[f ](x)| dx = |g(x)f (x)| dx
0 0
Z 1 1/2 Z 1 1/2
≤ |g(x)|2 dx |f (x)|2 dx = ∥g∥2 ∥f ∥2 . (7.22)
0 0
Cela prouve donc que ~Φ~ ≤ ∥g∥2 et, en particulier, que Φ est continue.
Comme dans l’exemple précédent, pour montrer que en effet ~Φ~ = ∥g∥2 , on cherche
f0 ∈ C([0, 1]) telle que ∥Φ[f0 ]∥1 = ∥g∥2 . À cet effet, il nous suffit de poser f0 = g, car on
obtient Z 1
∥Φ[g]∥1 = |g(x)|2 dx = ∥g∥22 . (7.23)
0
Exemple 7.4. On considère l’espace des polynômes R[x] avec la norme ∥ · ∥∞ , et on fixe
x0 ∈ R tel que |x0 | < 1. Considérons l’application f : (R[x], ∥ · ∥∞ ) → (R, | · |) définie par
deg
XP deg
XP deg
XP +∞
X ∥P ∥∞
|P (x0 )| = an xn0 ≤ n
|an ||x0 | ≤ ∥P ∥∞ n
|x0 | ≤ ∥P ∥∞ |x0 |n = .
1 − |x0 |
n=0 n=0 n=0 n=0
Ceci montre que ~f ~ ≤ 1/(1 − |x0 |) et, en particulier, que f est continue.
On se propose maintenant de montrer (7.25). Contrairement aux deux exemples précédents,
ici on peut pas trouver 1 P̄ tel que |P̄ (x0 )| = 1/(1 − |x0 |). Donc, on trouvera une suite
(Pn )n∈N ⊂ R telle que supn |Pn (x0 )| = 1/(1 − |x0 |) et ∥Pn ∥∞ = 1. En effet, ceci montrera
que
1
~f ~ = sup |P (x0 )| ≥ sup |Pn (x0 )| = . (7.26)
∥P ∥∞ =1 n∈N 1 − |x0 |
Pour ce propos, on pose pour tout n ∈ N et x ∈ R :
Xn 1
si xk0 > 0,
k
Pn (x) = εk x oú εk = 0 si xk0 = 0, (7.27)
k=0 −1 si xk0 < 0.
1. Réfléchir à pourquoi.
109
On a donc ∥Pn ∥∞ = 1 et
n
X n
X
f (Pn ) = εk xk0 = |x0 |k > 0. (7.28)
k=0 k=0
Pn k
On en déduit que pour tout n ∈ N on a |f (Pn )| = k=0 |x0 | . Un passage à la limite
montre que supn |f (Pn )| = 1/(1 − |x0 |).
On pose maintenant
n
X
∥x∥ := |xi |. (7.30)
i=1
On peut montrer que ∥ · ∥ est une norme avec une preuve analogue à celle utilisé pour
(Rn , ∥ · ∥1 ).
Ceci donne
n n
!
X X
nF (f (x)) = nF xi ei ≤ |xi |nF (ei ) ≤ ∥x∥ max nF (ei ). (7.31)
i∈J1,nK
i=1 i=1
En particulier, en vertu de ce théorème, il existe C > 0 tel que ∥x∥ ≤ CnE (x), et donc
~f ~ ≤ C1 , où C1 = C max nF (ei ) ∈ (0, +∞). (7.32)
i∈J1,nK
Ceci implique que f ∈ Lc (E, F ). De plus, comme |||f ||| = supx∈S(0,1) nF (f (x)), que
S(0, 1) est compact et que x ∈ S(0, 1) 7→ ||f (x)||E est continue, elle est bornée et atteint
ses bornes, notamment elle atteint sa borne supérieure, qui est exactement |||f |||.
Supposons maintenant que dim E = +∞ et construisons f ∈ Lc (E, F )) non continue.
Dans ce cas, il existe une famille libre (en )n∈N ⊂ E tel que ∥en ∥ = 1 pour tout n ∈ N.
On décompose donc E = V ⊕ W où 2
(N )
X
V = vec{(en )n∈N } = αn en | N ∈ N, αn ∈ R , (7.33)
n=1
2. On rappelle que l’espace engendré par une famille infinie F de vecteurs est obtenu en considérant
toutes les combinaisons linéaires possibles avecun nombre finie d’éléments de F. En effet, une combinaison
linéaire avec un nombre infinie de vecteurs ne peux pas être définie sans donner un concept de convergence
de série, ce qui demande une norme.
110
et W est un supplémentaire algébrique quelconque de V dans E (éventuellement W = ∅).
On admet l’existence d’un supplémentaire pour n’importe quel sous-espace vectoriel d’un
espace vectoriel. On fixe aussi v ∈ F , nF (v) = 1 et on définie f ∈ Lc (E, F )) en posant
) = nv pour tout n ∈ N et f |W ≡ 0. C’est-à-dire, comme x ∈ E se décompose en
f (enP
Nx
x = n=1 αn en + xW où xW ∈ W ,
Nx
!
X
f (x) = nαi v ∈ F. (7.34)
n=1
On a donc,
~f ~ ≥ sup nF (f (en )) = sup nnF (v) = sup n = +∞. (7.35)
n∈N n∈N n∈N
On voit donc notamment que dans un espace de dimension infinie, il existe toujours
des applications linéaires non continues.
Démonstration. Soit x ∈ Bf (0, 1). Par définition de la norme triple de g, puis de la norme
triple de f , on a ||g ◦ f (x)||G ||g(f (x)|| ⩽ |||g||| ||f (x)|| ⩽ |||g||| |||f ||| ||x|| ⩽ |||g||| |||f |||.
En passant au sup sur x ∈ Bf (0, 1), on a bien par le Théorème 7.1 que g ◦ f ∈ Lc (E, G),
et par définition de la norme triple, on a bien |||g ◦ f ||| ⩽ |||g||| |||f |||.
Remarque 7.1. On peut avoir |||g ◦ f ||| < |||g||| |||f |||. Le cas le plus extrême est de se
placer dans E = F = G = Rn et considérer un endomorphisme f nilpotent d’ordre 2,
par exemple représenté dans la base canonique par
0 ···0 1
0 ··· 0 0
A = . . . . . . . . . . . .
.
0 ··· 0 0
Alors, quelle que soit les normes choisies au départ sur E, comme on est en dimension
̸ 0, puisque f est non nul. Enfin, A2 = 0, donc f ◦f = 0,
finie, f ∈ Lc (E). De plus, |||f ||| =
2
donc |||f ◦ f ||| = 0 < |||f ||| .
Corollaire 7.8. Si f ∈ Lc (E, F ) est continue, inversible, et que f −1 ∈ Lc (F, E), alors
|||f −1 ||| ⩾ ||f1 || .
Démonstration. Elle est très simple : il suffit d’écrire f ◦ f −1 = IdF , remarquer que
|||IdF ||| = 1 et utiliser le théorème précédent.
111
Remarque 7.2. Attention, de manière générale, si f ∈ Lc (E, F ) et que f est inversible,
rien n’assure que f −1 est continue (c’est vrai si E et F sont des espaces de Banach, mais
ce résultat dépasse très largement le cadre du cours). Donnons un contre-exemple. On
considère c00 l’ensemble des suites réelles nulles à partir d’un certain rang. Il s’agit d’un
sous-espace vectoriel de l∞ . On munit donc c00 de la norme || · ||∞ . On considère alors
l’application
f : u = (un )n∈N∗ 7→ (un /n)n∈N∗ ∈ c00 .
f est clairement linéaire. Elle est continue car pour tout n ∈ N∗ , on a |un /n| ⩽ |un | donc
||f (u)||∞ ⩽ ||u||∞ . Elle est injective car f (u) = 0 implique que pour tout n, un /n = 0,
donc un = 0 donc u = 0 et Ker(f ) = {0}. Est est surjective car on peut toujours
résoudre l’équation yn = un /n par un = nyn . Donc f est bijective et son inverse est
donné par f −1 (y) = (nyn )n∈N∗ . On remarque alors que f −1 n’est pas continue : si en est
le n-ième vecteur de la base canonique, ||en ||∞ = 1 mais |f −1 (en )||∞ = n → +∞ quand
n → ∞.
Définition 7.3. Soit K un corps commutatif. Une algèbre sur K est un ensemble A muni
de deux lois de composition internes + et × : A × A → A et d’une loi de composition
externe · : K × A :→ A tels que :
1. (A, +, ·) est un K-espace vectoriel.
2. (A, +, ×) est un anneau.
3. Pour tout λ ∈ K et tout x, y ∈ A, on a λ · (x × y) = (λ · x) × y = x × (λ · y) (ce
qui permet d’écrire sans ambiguı̈té ce produit sous la forme λ · x × y).
Exemple 7.5. 1. K[X] est une algèbre pour l’addition de polynômes, la multiplica-
tion de polynômes, la multiplication par un scalaire d’un polynôme.
2. Si E est un K- espace vectoriel, L(E) est une algèbre pour l’addition de fonctions,
la composition de fonctions, la multiplication par un scalaire d’une fonction.
3. Mn (K) est une algèbre pour l’addition de matrices, la multiplication de matrices,
la multiplication par un scalaire d’une matrice.
112
Définition 7.4. Soit (A, +, ×, ·) une algèbre sur K = R ou C et || · || une norme sur
A vu comme espace vectoriel. On dit que (A, || · ||) est une algèbre normée si pour tout
a, b ∈ A, on a ||ab|| ⩽ ||a|| ||b||. On doit que (A, || · ||) est une algèbre de Banach si de
plus (A, || · ||) est un espace de Banach.
On a alors la propriété de continuité suivante très importante.
Proposition 7.9. Soit (A, || · ||) est une algèbre normée. Si an → a quand n → ∞ et
bn → b quand n → ∞, alors an bn → ab quand n → ∞.
Démonstration. On écrit
||an bn −ab|| = ||an (bn −b)+(an −a)b|| ⩽ ||an (bn −b)||+||(an −a)b|| ⩽ ||an || ||bn −b||+||b|| ||an −a||.
Comme ||an − a|| → 0, ||bn − b|| → 0 et que (an ) est bornée, on en déduit que le membre
de droite tend vers 0, et le résultat voulu.
Exemple 7.6. L’exemple typique qu’il faut garder en tête est le suivant : si (E, || · ||)
est un evn sur K = R ou C, alors Lc (E) est une algèbre normée. C’est une algèbre de
Banach si E est un espace de Banach, comme vu précédemment.
Dans le cas des evn , on a une autre notion de convergence, appelée converge absolue.
P
Définition 7.6. Soit (E,
P || · ||) un evn sur R ou C. On dit que uk est absolument
convergente dans E si ||uk || est convergente dans R.
Le point crucial est le suivant.
Proposition 7.10. Soit (E, || · ||) un espace de Banach. Alors toute série absolument
convergente est convergente.
P
Démonstration. Soit uk une série absolument convergente. Comme E est un espace
de Banach, pour montrer que (Sn )n∈N∗ est une suite de Cauchy. Pour ce faire, on
Pn+p
considère, pour n, p ∈ N∗ , une “tranche de Cauchy” ||Sn+p − Sn || = || k=n+1 uk || ⩽
Pn+p Pn+p P+∞
k=n+1 ||uk || ⩽ k=n+1 ||uk || ⩽ k=n+1 ||uk ||. On reconnait dans le terme de droite le
reste d’une série convergente, qui tend donc vers 0 quand n → +∞. L’application de
la Proposition 4.4 assure donc que (Sn )n∈N∗ est une suite de Cauchy, ce qui conclut le
raisonnement.
113
n
Remarque 7.4. — La réciproque est fausse : la série de terme général (−1) n est
convergente grâce au critère sur les séries alternées, mais n’est pas absolument
convergente car la série de terme général n1 diverge par critère de Riemann sur les
séries.
— C’est une équivalence.
1
En faisant tendre n vers +∞, on en déduit que ||S|| ⩽ 1−||a|| . Calculons maintenant
n
X n
X
k
(1 − a)Sn = Sn − aSn = a − ak+1 = 1 − an+1 .
k=0 k=0
Comme ||a|| < 1, on a ||an+1 || ⩽ ||a||n+1 qui tend vers 0 quand n → +∞. En passant à
la limite et en utilisant la continuité du produit, on a donc que (1 − a)S = 1. Un calcul
totalement analogue donne S(1 − a) = 1. Donc 1 − a est bien inversible, d’inverse S.
Corollaire 7.12. Soit (E, || · ||) un espace de Banach. Soit f ∈ Lc (E) tel que |||f ||| < 1.
Alors Id − f est inversible et (Id − f )−1 ∈ Lc (E). De plus,
1
|||(1 − f )−1 ||| ⩽ .
1 − |||f |||
114
Proposition 7.13. GLc (E) est un ouvert de Lc (E).
Démonstration. Soit f ∈ GLc (E). On cherche r > 0 tel que B(f, r) ⊂ GLc (E) (boule
pour la norme triple). Soit g ∈ Lc (E). On écrit
f − g = f (Id − f −1 g).
On sait que f est inversible. De plus, Id − f −1 g est inversible dès que |||f −1 g||| < 1.
Comme |||f −1 g||| ⩽ |||f −1 ||| |||g|||, dès que |||f −1 ||| |||g||| < 1, on a bien que Id − f −1 g est
1
inversible, et donc f − g est inversible. On pose donc r = |||f −1 |||
. Alors, si h ∈ B(f, r),
alors h = f − g avec |||g||| < r, et les calculs précédents assurent bien que h = f − g est
inversible.
est convergente dans A. La somme de cette série est appelée l’exponentielle de a, et est
noté exp(a) ou ea . Enfin,
||ea || ⩽ e||a|| .
ak
Démonstration. Elle est assez similaire au cas de l’inverse. La série +∞
P
k=0 k! est normale-
ment convergente. En effet, par inégalité triangulaire et propriété d’une norme d’algèbre,
ak ||a||k P ak
k! | ⩽ k! , qui est le terme général d’une série convergente. Ainsi, la série k!
converge dans Lc (E, F ). On appelle exp(a) la somme de cette série et Sn sa somme
partielle.
Par inégalité triangulaire,
n +∞
X ||a||k X ||a||k
||Sn || ⩽ ⩽ = e||a|| .
k! k!
k=0 k=0
est convergente dans Lc (E). La somme de cette série est appelée l’exponentielle de f , et
est noté exp(f ) ou ef . Enfin,
|||ef ||| ⩽ e||f || .
115
Donnons quelques propriétés supplémentaires de l’exponentielle.
Proposition 7.16. Soit (A, || · ||) une algèbre de Banach. Soit a, b ∈ A qui commutent,
au sens où ab = ba. Alors
ea+b = ea eb .
n
! n
n
X ai X bj X (a + b)k
∆n = − .
i! j! k!
i=0 j=0 k=0
On utilise la formule du binôme de Newton pour les éléments d’un anneau qui com-
mutent, pour obtenir
k k
(a + b)k X k 1 i k−i X 1 X ai bj
= ab = ai bk−i = .
k! i k! i!(k − i)! i! j!
i=0 i=0 i+j=k
On a donc que
n X
n i bj X ai bj X ai bj
X a −
∆n = = ,
i! j! i! j! i! j!
i=0 j=0 i+j⩽n i,j∈I
où
I = (i, j), i, j ∈ [|0, n|] et n + 1 ⩽ i + j ⩽ 2n.
L’inégalité triangulaire et la propriété de la norme d’algèbre donne donc que
X ||a||i ||b||j n X n n
X ||a|| ||b|| X (||a|| + ||b||)k
i j
||∆n || ⩽ = − .
i! j! i! j! k!
i,j∈I i=0 j=0 k=0
Quand n → +∞, par propriété de l’exponentielle réelle, le membre de droite tend vers
e||a|| e||b|| − e||a||+||b|| = 0. On a donc bien que ∆n → 0 et donc le résultat voulu.
Corollaire 7.17. Soit (A, ||·||) une algèbre de Banach. Soit a ∈ A. Alors ea est inversible
et (ea )−1 = e−a .
Donnons enfin une propriété très utile pour l’étude des exponentielles de matrices.
Proposition 7.18. Soit (A, || · ||) une algèbre de Banach. Soit a ∈ A. soit u ∈ A
inversible. Alors
−1
eu au = u−1 ea u.
116
Démonstration. Elle est très simple : il suffit de remarquer que pour tout k ∈ N∗ , on
a, par récurrence immédiate, (u−1 au)k = u−1 ak u. Donc, en utilisant encore une fois la
continuité du produit,
+∞ +∞ +∞ k
!
(u−1 au)k k
u−1 au −1 a a
X X X
−1
e = = u u =u u = u−1 ea u.
k! k! k!
k=0 k=0 k=0
Remarque 7.6. Comme précédemment, tous ces résultats peuvent s’interpréter facile-
ment dans l’algèbre de Banach Lc (E) avec E un Banach.
Proposition 7.19. Soit A ∈ Mn (K) et λ ∈ σ(A). Alors, quelle que soit la norme
subordonnée ||| · ||| que l’on choisit sur Mn (K), on a |λ| ⩽ |||A|||.
Démonstration. Comme on travaille en dimension finie, toutes les normes sont équivalentes.
On peut donc choisir sur Mn (R) une norme subordonées à deux normes ; pour de telles
normes, on a bien que GLn (K) est ouvert par une proposition précédente.
Pour montrer que GLn (K) est dense, on peut raisonner de la manière suivante. Soit
M ∈ Mn (R). Si M est inversible, il n’y a rien à montrer. Si M n’est pas inversible, alors
0 est valeur propre de M . On considère l’ensembles valeurs propres distinctes (sans les
répéter par multiplicité) λ1 = 0, . . . λp de M . Soit n ∈ N∗ . Alors les valeurs propres de
M + Ikn sont exactement k1 , . . . λp + k1 . Or, les λi étant non nuls pour i ⩾ 2, pour k ⩾ K,
les λi + k1 sont aussi non nuls. Donc pour k ⩾ K, les valeurs propres de Mk M + Ikn sont
nécessairement non nulles, autrement dit Mk est inversible. Or il est clair que Mk → M
pour n’importe quelle norme, d’où le résultat de densité voulu.
117
Démonstration. Comme K ⊂ C, on peut toujours voir A comme à coefficients complexes.
On peut alors la trigonaliser dans C : A = P −1 T P avec T triangulaire supérieure.
Les valeurs propres sont alors les éléments de la diagonale Ti,i = λi où λi sont toutes
les valeurs propres
Pn complexes répétées avec multiplicité géométrique. On rappelle que
trace(T ) = i=1 λi . On sait que la puissance d’une matrice triangulaire supérieure
reste triangulaire supérieure, et que les coefficients diagonaux sont les puissances des
coefficients diagonaux. Un argument de linéarité et passage à la limite assure que les
coefficients diagonaux de eT sont les eλi . Or par une formule déjà vue, eA = P −1 eT P ,
donc
n Pn
eλi = e i=1 λi = etrace(T) .
Y
det(eA ) = det(eT ) =
i=1
7.3 Exercices
Exercice 7.1. Montrer que si f : (Rn , ∥ · ∥∞ ) → (Rn , ∥ · ∥∞ ) est linéaire et tel que
f (x) = M x pour M = (mij )ij ∈ Mn (R), on a
n
X
~f ~ = max |mij |. (7.36)
i∈J1,nK
j=1
Exercice 7.2. Montrer que si f : (Rn , ∥ · ∥∞ ) → (Rn , ∥ · ∥1 ) est linéaire et tel que
f (x) = M x pour M = (mij )ij ∈ Mn (R), on a
n
X
~f ~ = max |mij |. (7.37)
j∈J1,nK
i=1
Exercice 7.3. Soit E = R[X] muni de la norme || · ||∞ au sens de l’Exemple 7.4. Soit
f : P ∈ E 7→ XP ∈ E. Montrer que f ∈ Lc (E) et calculer |||f |||.
Exercice 7.4. Dans E = l∞ (C) muni de || · ||∞ , on considère l’endomorphisme
118
1. Montrer que u est bien définie de (E, || · ||∞ ) vers (E, || · ||1 ), puis qu’elle est linéaire
continue et calculer sa norme triple.
2. Montrer que u est bien définie de (E, || · ||1 ) vers (E, || · ||∞ ), puis qu’elle est linéaire
continue et calculer sa norme triple.
Exercice 7.7. Considérons l’espace vectoriel C ∞ ([0, 1]) des fonctions f : [0, 1] → R tels
dn
que dx n f ∈ C([0, 1]) pour tout n ∈ N. Montrer que pour tout norme n, l’application
linéaire D : (C ∞ ([0, 1]), n) → (C ∞ ([0, 1]), n) définie par Df = f ′ n’est pas continue.
Exercice 7.8. Soit || · || une norme sur Mn (R). Montrer qu’il existe C > 0 tel que pour
tout A, B ∈ Mn (R), on ait
||AB|| ⩽ C||A|| ||B||.
Exercice 7.9. Existe-t-il une norme sur Mn (R) telle que pour tout A, B ∈ Mn (R), on
ait ||AB|| = ||A|| ||B|| ?
1. Montrer que φk est bien définie et que φk ∈ (l1 )′ . Calculer |||φk |||.
2. Montrer que φ : k ∈ l∞ 7→ φk ∈ (l1 )′ esdt une isométrie bijective.
119
Bibliographie
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[2] K. Conrad Spaces that are connected but not path-connected [Link]
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