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Rimbaud : Poète de la Subversion

Arthur Rimbaud est à la fois fidèle à la poésie traditionnelle et en rupture avec plusieurs univers, notamment social, institutionnel et poétique. Son œuvre révèle une subversion à travers l'autodérision, l'expérimentation formelle et une vision poétique innovante. En cherchant à être un 'poète voyant', il invite le lecteur à découvrir des significations cachées, annonçant ainsi les mouvements surréalistes futurs.

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Rimbaud : Poète de la Subversion

Arthur Rimbaud est à la fois fidèle à la poésie traditionnelle et en rupture avec plusieurs univers, notamment social, institutionnel et poétique. Son œuvre révèle une subversion à travers l'autodérision, l'expérimentation formelle et une vision poétique innovante. En cherchant à être un 'poète voyant', il invite le lecteur à découvrir des significations cachées, annonçant ainsi les mouvements surréalistes futurs.

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PEUT-ON DIRE QU'ARTHUR RIMBAUD EST UN POÈTE DE LA RUPTURE ? (C.

Touzé)

I. Au premier abord, Rimbaud ne semble pas un poète de la rupture

1 – Des motifs traditionnels


● L'amour : "Ta poitrine sur ma poitrine", "Tu viendras, tu viendras, je t'aime" ("Les Reparties de Nina") + "Rêvé pour
l 'hiver" (où le poète et l'être aimé partent dans un wagon qui devient "un nid de baisers fous") + "Roman" qui raconte la
rencontre d 'une "demoiselle" un soir de juin, dont le jeune poète de 17 ans tombe "amoureux".
● La Nature qui est à l'origine d'expériences synesthésiques (échos de celles de Baudelaire) : "dans son lit vert où la lumière
pleut" ("Le Dormeur du val") = sensations visuelles et tactiles mêlées
+ "Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou" ("Ma Bohème").
Mais elle apparaît aussi une figure maternelle : "Nature, berce-le" ("Le Dormeur du val").

2 – Des références mythologiques ou littéraires


● De nombreuses divinités et héros mythologiques sont évoqués dans "Soleil et Chair" : Vénus, Éros, les "satyres", les
"faunes", Zeus, Pan, Cybèle, Thésée et Ariane...
● Référence au Tartuffe de Molière : "Le Châtiment de Tartufe", avec même une reprise d'une réplique comique de Dorine
(servante dans la pièce de Molière) : "nu du haut jusques en bas !".
● "Ophélie", évocation de l'héroïne de la pièce de Shakespeare, Hamlet.

3 – Une forme traditionnelle


● 12 poèmes sur 22 sont des sonnets.
● Recours massivement à des vers réguliers : alexandrins, comme dans "Roman" ou octosyllabes, comme dans "Première
soirée"

II. Pourtant, pour entrer en poésie, il a rompu avec plusieurs univers = en rupture de ban

1 – Une rupture sociale


● Avec sa famille : plusieurs fugues de Charleville (où il habitait avec sa mère) en 1870 et 1871. Rimbaud écrit à son
professeur, Georges Izambard, en septembre 1870 : "je suis allé à Paris, quittant la maison maternelle !".
Le poème "A la musique" décrit l'atmosphère de cette ville, aux "mesquines pelouses", où étouffe le jeune poète.
● Avec la bourgeoisie bien – pensante : "Tous les bourgeois poussifs", "leurs bêtises jalouses", "les gros bureaux bouffis
traînent leurs grosses dames" , "Un bourgeois […] bedaine flamande" ("A la musique") = sur cette place de Charleville, la
bonne société gravite autour de l'armée ("l'orchestre militaire"), de l'argent (le notaire, des rentiers).
+ Dans "Roman", le "faux-col effrayant" du père de la demoiselle.

2 – Révolte contre les institutions


● Contre Napoléon III : dans "L'éclatante victoire de Sarrebrück", représentation satirique de "l'Empereur" qui "s'en va, raide,
sur son dada"
D'où donner la parole au peuple à travers "les pauvres petits pleins de givre" des "Effarés" ou "Le Forgeron" qui dénonce
les injustices de la société en 1789 : il revendique de "pouvoir prendre un peu, / Etant homme, à la fin ! de ce que donne
Dieu" et il se révolte contre la guerre :
● Contre la guerre : "Me prendre mon garçon, comme cela, chez moi", se révolte le Forgeron. Sa parole trouve un écho dans le
scandale de la mort d'un jeune soldat : "Il a deux trous rouges au côté droit" ("Le Dormeur du val").
● Contre la religion : "effroyablement doux, / Jaune, bavant la foi" ("Le Châtiment de Tartufe" = un oxymore)
+ "Le Mal" ("un Dieu qui rit aux nappes damassées"

3 – Rompre avec la poésie traditionnelle


● Refus du sublime :
- sonnet disloqué = "Rêvé pour l'hiver" : le 1er quatrain (où alternent alexandrins et hexasyllabes) + le 2è quatrain
composé d'alexandrins et d'octosyllabes + les 2 tercets formés de 2 alexandrins suivis d'un hexamètre.
- Des vers déstructurés : "Tisonnant, tisonnant son cœur amoureux sous / Sa chaste robe noire" ("Le Châtiment de Tartufe")
- des rimes audacieuses : "grand-mère" rime avec "bière" ("Les reparties de Nina") + "Vénus" associée à "anus" (rime très
irrévérencieuse de "Venus anadyomène" )
● On comprend, dès lors, l'emploi très fréquent du verbe "aller" : "nous irions" ("Les reparties de Nina") + "j'irai dans les
sentiers", "Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien" ("Sensation") + "on va sous les tilleuls" ("Roman") + "L'hiver,
nous irons" ("Rêvé pour l'hiver") + "Je m'en allais", "J'allais sous le ciel" ( "Ma Bohème") = une esthétique du
vagabondage, de l'errance : image d'un poète bohémien. Et l'on comprend le surnom que lui a donné Verlaine : "l'homme
aux semelles de vent".
● Des voix multiples : dialogue dans "Le Forgeron" ou intervention de Nina au dernier vers des "reparties de Nina".
III. En fait, plutôt qu'un poète en rupture, un poète de la subversion
1 – Un poète qui ne se prend pas au "sérieux"
● Autodérision : "mes poches crevées" + "Oh ! Là là ! Que d'amours splendides j'ai rêvées !" ("Ma Bohème")
+ "Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines / Aux cailloux des chemins" ("Au Cabaret-Vert")
+ le jeune narrateur "immensément naïf" de "Roman"
● Une voix singulière tout en fantaisie et impertinence : images ou langage familiers : "nous chantions tra la la" ("Le
Forgeron") + "une vache fientera" ("Les reparties de Nina") + "foin des bocks" ("Roman") + "la fille aux tétons énormes"
("Au Cabaret-Vert") + le néologisme "le cœur fou Robinsonne" ("Roman") + allusions érotiques "fort déshabillée"
("Première soirée").
+ "Venus anadyomène" où Rimbaud détourne la représentation artistique de la déesse de la beauté surgissant des flots
(Comme dans le tableau de Botticelli) = elle devient une vieille prostituée malade ("Belle hideusement" = un oxymore).
Tout cela semble est résumé dans le néologisme employé par Rimbaud dans sa lettre à Izambard de 1871 : "je m'encrapule
le plus possible".
● Mais simplicité apparente car de nombreuses images révèlent une figure de poète original : dès "Les reparties de Nina", la
jeune fille "Amoureuse de la campagne, / Semant partout" semble être une image du poète qui annonce le narrateur de "Ma
Bohème" : "j'égrenais dans ma course / Des rimes." L'errance, le voyage semblent alors une métaphore de l'écriture.

2 – Toutefois, Rimbaud expérimente déjà, dans Les Cahiers de Douai, sa poétique : il se veut un poète "voyant"
● Lettre du "voyant" à Paul Demeny (mai 1871) : "il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long,
immense et raisonné dérèglement de tous les sens".
+ C'est le "Petit Poucet rêveur" de "Ma Bohème" : "les élastiques" de ses "souliers blessés" sont "comme des lyres".
● Un autre regard porté sur le monde : "voir à la loupe" ("Vénus anadyomène")
+ D'où cette vision, dans "Les reparties de Nina", d'une symphonie de couleurs :
"Ton blanc peignoir
Rosant à l'air ce bleu qui cerne
Ton grand œil noir"
Rimbaud poursuivra ces visions colorées dans "Voyelles" ("A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu").
Dans sa lettre à Demeny, il ajoutait que le poète pouvait ainsi arriver à "l'inconnu" et "quand, affolé, il finirait par perdre
l 'intelligence de ses visions, il les a vues !"
● Une "poésie objective", selon l'expression utilisée par Rimbaud dans sa lettre à Izambard de mai 1871 : "Le Buffet"
(annonce Ponge, Le Parti pris des choses)

3 – Du poète voyant au lecteur voyant : "Le Buffet"


● Rimbaud tente de dépasser Baudelaire : rendre le lecteur lui-même capable de visions.
"— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches / De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches"
→ Conditionnel ("trouverait") = Imaginer la vie humaine entre la mèche de cheveux blonds et la mèche de cheveux blancs
● "Le buffet est ouvert" : "c'est un fouillis de vieilles vieilleries"
+ "— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, / Et tu voudrais conter tes contes"
→ Les portes du buffet = allégorie du recueil poétique, le lecteur va donner du sens aux visions que le poète lui confie.
● Dans "Le Dormeur du val", la mort du soldat n'est clairement révélée qu'au dernier vers. Pourtant, l e poète invite le lecteur à
être voyant, à découvrir des indices de ce drame, qui sont autant de signes d'une mort contre-nature : "Pâle dans son lit vert"
+ le choix des "glaïeuls" (mot qui vient du latin gladiosus = glaive) + "un enfant malade" + "il a froid" + " Les parfums ne
font pas frissonner sa narine" + "sa poitrine / Tranquille".

INTRODUCTION

Le dix-neuvième siècle français est traversé de multiples bouleversements. L'IDÉE DE DÉPART

Certains sont politiques, avec les révoltes de 1830, de 1848 ou la Commune en 1870. D'autres
sont d'ordre économique avec la révolution industrielle qui transforme l'urbanisme. On
construit des ponts, des viaducs, des grands magasins, des stations thermales... Partout on
parle de modernisme, de transformations. La littérature de l'époque témoigne de ces
changements. Ainsi Baudelaire publie, en 1857, Les Fleurs du mal, recueil jugé provocateur et
scandaleux. Quelques années plus tard, Arthur Rimbaud le considérera comme le "roi des PRÉSENTATION DU SUJET
poètes". Dès lors, peut-on dire que ce jeune auteur des Cahiers de Douai, composés en 1870, + élaboration de la problématique
est lui aussi un poète de la rupture ? En effet, Rimbaud apparaît, dans un premier temps, ANNONCE DU PLAN = I
assez fidèle à la poésie traditionnelle. Mais en même temps, il rompt avec plusieurs univers. II
En fait, plutôt qu'un être en rupture, il se révèle un poète de la subversion. III
CONCLUSION

On le voit, Arthur Rimbaud, dès Les Cahiers de Douai, offre de nombreux BILAN
visages : tantôt dans la filiation de la poésie traditionnelle, tantôt en rupture avec son époque.
En fait, il mêle fantaisie et sérieux, toujours à la recherche de la "liberté libre", comme il
l'écrit à Georges Izambard en novembre 1870. Il se pose donc en poète de la subversion,
prônant un "dérèglement de tous les sens", dans une autre lettre à son ancien professeur. En OUVERTURE
cela, il annonce les poètes surréalistes qui chercheront à déverrouiller la conscience en
s'adonnant à l'écriture automatique. Ainsi Paul Eluard, au début du XXème siècle, clamera :
"La Terre est bleue comme une orange".

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