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Théorie classique des stratifiés expliquée

Le chapitre 5 traite de la théorie classique des stratifiés, qui est essentielle pour la conception de plaques composites superposées. Il présente un modèle mécanique permettant de synthétiser la réponse élastique d'un stratifié en une couche équivalente, tout en soulignant les limitations de ce modèle face à l'anisotropie et à l'hétérogénéité. La loi fondamentale des stratifiés est également introduite, reliant les déformations aux contraintes internes dans les matériaux composites.

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Théorie classique des stratifiés expliquée

Le chapitre 5 traite de la théorie classique des stratifiés, qui est essentielle pour la conception de plaques composites superposées. Il présente un modèle mécanique permettant de synthétiser la réponse élastique d'un stratifié en une couche équivalente, tout en soulignant les limitations de ce modèle face à l'anisotropie et à l'hétérogénéité. La loi fondamentale des stratifiés est également introduite, reliant les déformations aux contraintes internes dans les matériaux composites.

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Chapitre 5

„ Théorie classique des stratifiés

Introduction 287
Le modèle mécanique 291
La loi fondamentale des stratifiés 298
Les tenseurs normalisés 317
Inversion de la loi fondamentale des stratifiés 321
Stratifiés couplés et découplés 325
Les modules élastiques du monocouche équivalent 330
Le comportement hygro-thermo-élastique 334
Le cas des stratifiés à couches identiques 350
L'utilisation de la méthode polaire 355

286

Introduction
„ Les couches en composite ne sont jamais utilisées seules, mais
sous la forme de stratifiés, à savoir en plaques obtenues par
superposition de plusieurs plis, le plus souvent identiques.
„ Les caractéristiques mécaniques de rigidité et résistance des
couches normalement utilisées rendent en fait impossible l'utilisation
de couches simples principalement à cause de:
une trop forte anisotropie de la réponse élastique, au moins pour les
couches à renfort unidirectionnel;
une trop faible résistance en direction transversale;
une trop petite épaisseur (≈ 0.125 mm pour les pre-pregs en carbone),
ce qui rend d'un côté la rigidité, surtout celle flexionnelle, trop petite et
de l'autre donne un fort danger d'instabilité à la compression, dans les
deux directions.

„ Les couches sont donc utilisées pour composer des stratifiés, par
superposition d'un nombre suffisant de couches, selon les besoins
conceptuels.
287

1
Introduction
„ Cette opération permet de créer des plaques dont les
caractéristiques mécaniques, de rigidité et résistance, peuvent être
l'objet de la conception.
„ En fait, tandis que pour une plaque en matériau homogène c'est
l'épaisseur le seul paramètre à dimensionner une fois le matériau
choisi, un stratifié a des caractéristiques mécaniques finales qui
dépendent aussi bien de celles des couches qui le composent que
du nombre de ces couches et surtout de leur orientation relative.
„ L’utilisation d'un stratifié nécessite donc d'une phase de conception
et de vérification.
„ La phase de conception doit comprendre normalement la
conception de la résistance et de la rigidité. Il faut spécifier que ceci
comporte non seulement la détermination de requis minimaux de
résistances et rigidité, selon les besoins de la conception, mais
aussi le type de réponse élastique (orthotrope, isotrope etc.).
„ Un stratifié est, en définitive, un matériau complexe complètement à
concevoir.
288

Introduction
„ La théorie classique des stratifiés répond à cet but; son objectif est
en fait celui de fournir un modèle mathématique capable de
synthétiser la réponse élastique d'un stratifié comme si celui-ci était
constitué simplement par une seule couche équivalente.
„ Il s'agit, en définitive, comme déjà anticipé, d'un processus
d'homogénéisation, dans l'épaisseur de la plaque, des
caractéristiques mécaniques macroscopiques de rigidité.
„ Les résultats de la théorie classique sont condensés dans une loi,
qui formalise la réponse élastique de la plaque monocouche
équivalente du stratifié, et ayant la même épaisseur totale.
„ Il faut préciser dès maintenant que la théorie classique des stratifiés
est seulement un modèle mathématique, basé sur la théorie
classique des plaques en flexion et qui comme cette dernière est
soumise à des critiques, encore plus importantes dans le cas des
stratifiés pour une série de facteurs dépendants de l'anisotropie et
durtout de l'hétérogénéité (de par la superposition de couches).

289

2
Introduction
„ Même si la théorie classique ne donne pas touts les résultats
mécaniques (surtout les déformations et contraintes hors plan), elle
est utile en phase de conception et indispensable dans la prédiction
des caractéristiques élastiques globales du stratifié.
„ Dans la suite, on introduit d'abord le modèle mécanique et donc on
déduit la loi fondamentale des stratifiés.
„ Dans un deuxième temps, on examinera le comportement hygro-
thermo-élastique, encore en théorie classique des stratifiés, et puis
le cas simplifié des stratifiés à couches identiques.
„ Finalement, on introduira l'utilisation de la représentation polaire en
théorie classique des stratifiés, car ceci permet de mieux en
comprendre certains aspect fondamentaux.
„ On a dit que la théorie classique trouve sa meilleure application en
phase de conception. Aujourd'hui, la conception des stratifiés fait
encore l'objet de recherches, car on ne dispose pas encore d'une
seule méthode capable de répondre à tous les besoins de
conception. A cet aspect seront consacrés les chapitres qui suivent.
290

Le modèle mécanique
„ La théorie classique des stratifiés est basée sur les hypothèses
suivantes:
adhérence parfaite entre les couches;
comportement élastique linéaire des couches;
petits déplacements, rotations et déformations;
épaisseur totale petite;
modèle cinématique du Kirchhoff.
„ On rappelle que le modèle de Kirchhoff comporte trois hypothèses
qui concernent la déformation de chaque segment droit orthogonal
au plan moyen, qui reste:
rectiligne;
orthogonal à la surface moyenne déformée;
de la même longueur.
„ Le choix de ce modèle cinématique a, c'est bien connu, des
conséquences mécaniques importantes; en particulier, nous le
verrons, on ne peut pas remonter aux déformations de cisaillement
dans l'épaisseur de la plaque. 291

3
Le modèle mécanique
„ Considérons donc, voir la figure, quelles sont dans le plan x-z les
conséquences des hypothèses (dans le plan y-z on a une situation
analogue). On cherche le déplacement u= (u,v,w) d'un point
quelconque P, de coordonnées (x,y,z).

A’ β
z
P’ β
A
z w B’
h/2 P w0
z
C’
x B
h/2 u
u0
C

„ Le point B (z=0) se porte en B’, avec un déplacement vertical w0, u0


en direction x et v0 en direction y.
292

Le modèle mécanique
„ Le déplacement en direction x d'un point P, situé sur la verticale de
B à distance z du plan moyen, sera
u = u0 − z sin β,

où β est l'angle que la normale en B’ à la surface moyenne forme


avec l'axe z. A remarquer que la distance de P’ depuis la surface
moyenne est toujours z, de par l'hypothèse faite d'indéformabilité du
segment vertical.
„ Le déplacement de P en direction z sera, de son côté,
w = w 0 + z (cos β − 1).

„ Comme par hypothèse le segment normal au plan moyen reste


rectiligne et orthogonal à la surface moyenne déformée, l'angle β est
l'angle que le plan tangent à la surface moyenne forme avec l'axe x.

293

4
Le modèle mécanique
„ Finalement, comme par hypothèse les déplacements et les rotations
sont petits, il est
∂w 0
β ≅ sin β ≅ tan β = , cos β ≅ 1.
∂x

„ Il en suit que dans les hypothèses faite il est


∂w 0
u = u0 − z ,
∂x
et d'une manière analogue
∂w 0
v = v0 − z ,
∂y
tandis que pour le déplacement vertical on obtient
w = w0 ∀z.

„ Le déplacement d'un point P de coordonnées (x,y,z) est donc


294

Le modèle mécanique
 ∂w 0 ( x, y ) 
u0 ( x, y ) − z ∂x 
 ∂w 0 ( x, y ) 
u = v 0 ( x, y ) − z .
 ∂y 
 w 0 ( x, y ) 
 
„ A remarquer que le champ de déplacement est linéaire en z.
„ Les déformations se calculent facilement: par l'hypothèse que
celles-ci sont infinitésimales on a pour le champ de déformations

∂u( x, y , z ) ∂u0 ( x, y ) ∂ 2w 0 ( x, y )
ε xx = = −z ,
∂x ∂x ∂x 2
1  ∂u( x, y , z ) ∂v ( x, y , z )  1  ∂u0 ( x, y ) ∂v 0 ( x, y )  ∂ 2w 0 ( x, y )
ε xy = + = + − z ,
2  ∂y ∂x  2  ∂y ∂x  ∂x∂y
1 ∂u( x, y , z ) ∂w ( x, y , z )  1  ∂w 0 ( x, y ) ∂w 0 ( x, y ) 
ε xz =  +  = 2 − +  = 0,
2 ∂z ∂x ∂x ∂x
295

5
Le modèle mécanique
∂v ( x, y , z ) ∂v 0 ( x, y ) ∂ 2w 0 ( x, y )
ε yy = = −z ,
∂y ∂y ∂y 2
1  ∂v ( x, y , z ) ∂w ( x, y , z )  1  ∂w 0 ( x, y ) ∂w 0 ( x, y ) 
ε yz = +  = 2 − +  = 0,
2  ∂z ∂y ∂y ∂y
∂w 0 ( x, y )
ε zz = = 0.
∂z
„ La conséquence, sur le comportement cinématique, des hypothèses
faites est donc que le champ de déformations est plan.
„ Si l'on indique avec ε° le tenseur des petites déformations dans le
plan moyen,
 ∂u0 ( x, y ) 
 
ε x  
o
∂x 
   ∂v 0 ( x, y ) 
ε o = ε yo  =  ,
ε o   ∂y 
 s   ∂u 0 ( x, y ) ∂v 0 ( x, y ) 
+
 ∂y ∂x 
296

Le modèle mécanique
et avec κ l’opposé du tenseur des courbures du plan moyen,
assimilable à l'hessian de la fonction w0(x,y), grâce à l'hypothèse de
petits déplacements et rotations,
 ∂ 2w 0 ( x, y ) 
 2 
κ x   2 ∂x 
   ∂ w 0 ( x, y ) 
κ = κ y  = −  ,
κ   ∂y 2 
 s  ∂ 2w 0 ( x, y ) 
2 
 ∂x∂y 
on obtient finalement, pour le tenseur des déformations,
ε x  ε xo  κ x 
   o  
ε = εo + z κ → ε y  = ε y  + z κ y .
ε  ε o  κ 
 s  s  s
„ On remarque que les tenseurs plans ont été écrits en notation de
Voigt et donc réduits à des vecteurs colonne, comme d'habitude.
297

6
La loi fondamentale des stratifiés
„ La connaissance du champ de déformations permet de remonter,
par le biais du calcul des contraintes, aux résultantes des actions
internes, et de lier donc ces dernières aux déformations. Ceci est le
but principal de la théorie classique des stratifiés.
„ Nous avons vu que, dans le modèle mécanique utilisé, le champ de
déformations est plan. Nous nous proposons à présent, en premier
lieu, de passer au champ des contraintes.
„ Ces passage est seulement apparemment immédiat, alors qu'en
réalité il nécessite d'une certaines attention.
x3=z
„ D'abord, fixons la situation de calcul: y
il faut trouver les contraintes dans
une couche comme en figure, en
x2
considérant que déformations et
contraintes doivent être connues, en θ x
général, dans un repère quelconque
{x, y, z}, où nous les indiquerons par
le symbole ' (εi' et σi', i=1,...,6). x1
298

La loi fondamentale des stratifiés


„ Si l'on considère un matériau quelconque, de par le fait qu'on a un
état plan de déformation, les contraintes dans un repère
quelconque, seront du type

σ i′ = C1′i ε1′ + C2′ i ε2′ + C6′ i ε6′ , i = 1,...,6.


„ Donc, l'état de contrainte n'est pas, en général, plan. Mais si l'on
considère la situation réelle, des matériaux avec renfort directionnel
où, voir la figure, la comportement est isotrope transverse, avec
direction x1 de l'axe orthogonal au plan d'isotropie, pour lesquels
C11 C12 C12 0 0 0 
C C C 0 0 0 
 12 22 23 
C12 C23 C22 0 0 0 
[C ] =  C22 − C23 ,
 0 0 0 0 0 
 2 
 0 0 0 0 C66 0 
 0 0 0 0 0 C66  299

7
La loi fondamentale des stratifiés
alors on reconnaît, en suivant les procédures vues pour une rotation
θ autour de l'axe x3 de la matrice [C], que
′ = C24
C14 ′ = C64
′ = C15
′ = C25
′ = C65
′ = 0,
′ = C12 c 2 + C23 s 2 , C23
C13 ′ = −sc (C12 − C23 ),
′ = C12 s 2 + C23 c 2 , C63
s = sin θ, c = cos θ.

„ La première ligne ci-dessus est vraie même pour le cas plus général
de couches orthotrope avec x3 axe d'orthotropie.
„ Il en suit
σ 3′ ≠ 0, σ 4′ = σ 5′ = 0.
„ Dans d'autres mots, tandis que l'état de déformation est plan, celui
de la contrainte ne l'est pas; en général, en fait,

( ) ( )
σ 3′ = C12c 2 + C23s 2 ε1′ + C12s 2 + C23c 2 ε2′ − sc (C12 − C23 )ε6′ .

300

La loi fondamentale des stratifiés


„ A stricte rigueur, donc, il n'est pas possible d'utiliser les résultats vus
auparavant qui concernent la loi de comportement pour un état plan
de contrainte.
„ Toutefois, on admet encore que ceci soit possible, dans d'autres
mots on considère que ce soit σ’3=0.
„ Certains auteurs, par exemple Lekhnitskii, Jones, Pedersen,
admettent simplement ce fait comme une hypothèse de base de la
théorie classique des stratifiés.
„ Une justification de cette hypothèse, peut toutefois être trouvée
dans ce que normalement on admet même en théorie classique des
plaques: sur les surfaces extérieures de la plaque, la valeur de la
contrainte σ’3 est égal à celui des pressions de contact, qui
généralement sont inférieures, pour les charges reparties ordinaires,
de in ou deux ordres de grandeur par rapport aux contraintes
admissibles, auxquelles sont proches les composantes dans le plan
du tenseur de la contrainte.

301

8
La loi fondamentale des stratifiés
„ Ensuite, du moment que l'épaisseur est petite, si les contraintes
varient avec continuité, il est vraisemblable que la valeur absolue de
σ’3 reste bornée et donc négligeable par rapport à celui des
contraintes dans le plan.
„ Cet argument est classique en mécanique des plaques;
évidemment, cette approximation ne peut être considérée valable là
où on a des états de contrainte triaxiale significatifs, comme c'est le
cas des zones d'appui ou d'encastrement et celles d'application des
charges concentrées.
„ Un commentaire ultérieure concerne la plausibilité mécanique des
hypothèses faites: en effet, celles-ci amènent, pour les stratifiés, à
deux conséquences importantes.
„ La première concerne les contraintes à cisaillement en direction x3,
σ’4 et σ’5: comme celles-ci sont nulles, il est en principe impossible
l'équilibre d'un élément de plaque sous l'action de charges
orthogonales au plan moyen.

302

La loi fondamentale des stratifiés


„ Cette circonstance est bien connue même en théorie classique des
plaques et dans ce cas on trouve un remède en faisant appel aux
équations d'équilibre.
„ La seconde, s'observe directement dans la dernière équation: la
contrainte σ’3 est discontinue à l'interface des couches. Celui-ci est
un paradoxe qui dérive du modèle cinématique adopté et qui rend
en principe plus délicate l'admissibilité de l'hypothèse que σ’3 soit
négligeable.
„ Ces deux paradoxes sont résolus, pour les stratifiés, en faisant
appel à des théories d'ordre supérieur.
„ Ces indications servent, avec d'autres, à mieux comprendre le
champ d'application de la théorie classique des stratifiés, qui, on l'a
déjà dit, doit être vue surtout comme un moyen pour prédire le
comportement élastique global du stratifié, plutôt que comme une
théorie capable de calculer avec la finesse requise les vrais champs
de contrainte et de déformation dans le stratifié.

303

9
La loi fondamentale des stratifiés
„ En admettant donc que l'état de contrainte soit plan, on peut utiliser
comme loi de comportement celle déjà introduite,

 σ1  Q11 Q12 0   ε1 
  Q Q  
{σ } = [Q ]{ε} → σ 2  = 0  ε 2 ,
 12 22 
σ   0 0 Q66  ε 6 
 6

avec les composantes Qij fonction des Cij, voir page 155.
„ Dan un repère quelconque {x, y, z}, on aura

{σ }′ = [Q ]′ {ε}′ ,
avec les composantes de la matrice [Q]’ données à page 161.
„ A se rappeler que dans un repère quelconque, la matrice [Q]’ n'est
pas, en général, orthotrope, à savoir, la couche se comporte comme
un matériau anisotrope.
304

La loi fondamentale des stratifiés


„ Une ultérieure observation est la suivante: dans le modèle adopté,
le champ de déformation est unique pour tout les stratifié, à savoir il
y a continuité de déformation entre une couche et l'autre.
„ Ce n'est pas ainsi pour les contraintes; en fait, dans les formules de
la page précédente on observe que, du moment qu'en général les
couches sont différentes et diversement orientées, celles-ci ont des
rigidités différentes dans la même direction et donc sont
différemment sollicitées pour un identique niveau de déformation.
ε σ
„ Un exemple, purement
qualitatif, de ce qu'il arrive
est celui en figure, qui met en
évidence l'existence de
discontinuités, qui peuvent
être importantes, des
contraintes aux interfaces des
couches.

305

10
La loi fondamentale des stratifiés
„ Dans le calcul de la matrice [Q]’ avec les formules de page 161 il
faut toutefois faire encore attention.
„ En fait, ces formules permettent le calcul de la matrice de rigidité au
passage du repère {x1, x2, x3} au repère {x, y, z}, tourné de l'angle θ
en sens trigonométrique.
„ Or, lorsqu'on a à faire avec un stratifié, ce qu'on fait normalement
est de fixer un repère unique, propre au stratifié, dans lequel on va
exprimer toutes les grandeurs tensorielles et vectorielles de chaque
couche et de la plaque en général.
„ Ce repère ne coïncide pas généralement avec le repère
d'orthotropie de toutes les couches, car celles-ci peuvent avoir une
orientation quelconque.
„ En effet, les propriétés finales du stratifié s'obtiennent exactement
par rotation relative des couches, de façon à optimiser le
comportement voulu.
„ Soit donc {x, y, z} le repère global du stratifié.
306

La loi fondamentale des stratifiés


„ Alors, la situation ordinaire est la suivante,
vue dans le plan x-y: une couche tournée x2 y x1
de l'angle θ par rapport au repère du
θ −θ
stratifié, {x,y,z}. x
„ Il faut considérer que normalement on
connaît les propriétés élastiques de la
couche, à savoir la matrice [Q] ou les
modules de l'ingénieur correspondants, dans le repère {x1, x2 x3},
que nous appèlerons matériel et qui coïncide avec celui
d'orthotropie, avec normalement l'axe x1 qui est l'axe fort, celui
disposé le long des fibres pour les couches à renfort unidirectionnel.
„ Ceci implique que le calcul de la matrice [Q]’ doit être fait avec les
formules vues, mais en considérant que maintenant la rotation à
faire à partir du repère d'orthotropie est –θ, et pas θ.
„ Donc, si on veut considérer comme angles de rotation ceux
mesurés en sens trigonométrique à partir du repère du stratifié
307

11
La loi fondamentale des stratifiés
(parce que ce sont ceux-ci en effet les angles qu'on utilise pour le
dimensionnement et l'analyse du stratifié), alors dans les formules
qui donnent les composantes de [Q]’, page 161, il faut changer le
signe des puissances impaires de sin θ.
„ La matrice qui donne les caractéristiques élastiques d'une couches
tournée de θ en sens trigonométrique par rapport au repère du
stratifié est donc la suivante:

Qxx   c 4 4sc3 2s 2c 2 4s 2c 2 4s3c s 4 Q11 


Q   3  
 xs   sc c 4 − 3s 2c 2 s3c − sc3 2(s3c − sc3 ) 3s 2c 2 − s 4 − s3c Q16 
Qxy  s 2c 2 2(sc3 − s3c) c 4 + s 4 − 4s 2c 2 2(s3c − sc3 ) s 2c 2 Q12 
 = 2 2  .
Qss  s c 2(sc3 − s3c) − 2s 2c 2 (c 2 − s 2 )2 2(s3c − sc3 ) s2c 2 Q66 
Qys   s3c 3s 2c 2 − s 4 sc3 − s3c 2(sc3 − s3c) c 4 − 3s 2c 2 − sc3 Q26 
   4  
Qyy   s 4s3c 2s 2c 2 4s2c 2 4sc3 c 4 Q22 

308

La loi fondamentale des stratifiés


„ Maintenant, on peut procéder au calcul des actions internes; compte
tenu des hypothèses faites et de leurs conséquences, en particulier
de l'absence de contraintes en direction z, les seules actions interne
qu'on peut calculer avec ce modèle mécanique sont les actions de
membrane et celles de flexion, à savoir les efforts normaux et
tangentiels dans le plan moyen et les moments fléchissants et de
torsion du plan moyen. Ceux-ci sont indiqués en figure

z Nx z Ms Mx
Ns My
Ns y My Ms y
Ny Ms
Ny Ms
Mx
Ns
Ns
Nx
x x

309

12
La loi fondamentale des stratifiés
„ Évidemment, les actions internes sont des forces et des moments
par unité de longueur.
„ A remarquer que pas tous les auteurs utilisent la même
nomenclature et même pas la même convention sur les signes (par
exemple Jones).
„ Celle adoptée ici est cohérente avec la définition même de moment
fléchissant ou de torsion, à savoir est celle qu'on obtient
naturellement en développant les calculs indiqués ci de suite, dans
le repère adopté (comme dans Lekhnitskii ou Vinson-Sierakowski;
Vasiliev et Morozov utilisent, de leur côté, un repère orienté
négativement).
„ La définition des actions internes est classique et immédiate: si h est
l'épaisseur du stratifié, alors
h2 h2
N= ∫−h 2 σ dz, M= ∫−h 2 σ z dz.
„ En termes de composantes, en utilisant encore la notation de Voigt,
il est 310

La loi fondamentale des stratifiés


 h 2 σ dz   h 2 σ z dz 
 x
N  ∫− h 2 x   x  ∫− h 2
M x 
   h 2     h 2 
N y  = ∫− h 2 σ y dz , M y  = ∫− h 2 σ y z dz .
N   h 2  M   h 2 
 s   s 
 ∫−h 2  ∫−h 2 s
σ s dz  σ z dz 
 
„ La nature de tenseurs du second ordre de N et M découle
directement de leur définition.
„ Le lien entre actions internes et déformations s'obtient en injectant
dans les relations ci-dessus la loi de comportement discutée
auparavant, et en faisant l'intégration sur l'épaisseur. Dans ce faire,
il faut tenir compte du fait, et c'est un point essentiel, que le stratifié
est composé de plusieurs couches, en général différente et
diversement orientées par rapport au repère global {x,y,z}.
„ L’intégration doit être donc coupées en autant de parties distinctes
que le nombre de couches composant le stratifié et dans chacune
de ces parties il faut prendre en considération la rigidité propre au pli
et à son orientation, qu'on appellera δ.
311

13
La loi fondamentale des stratifiés
„ Comme dans le modèle adopté le champ de déformation est unique
pour tous les plis et décrit par deux tenseurs qui ne dépendent pas
de la coordonnée z, on a:
N = ∑k =1 ∫
n zk
zk −1
σ k dz =∑k =1 ∫
n zk
zk −1
[ ]
Q k (δ k ) ε o + z κ dz =

= ∑k =1 ∫ Q k (δ k )dz  ε o + ∑k =1 ∫ Q k (δ k )zdzκ;


n zk n zk
 zk −1   zk −1 

M = ∑k =1 ∫
n zk
zk −1
σ k zdz =∑k =1 ∫
n zk
zk −1
[ ]
Q k (δ k )z ε o + z κ dz =

= ∑k =1 ∫ Q k (δ k )zdzε o + ∑k =1 ∫ Q k (δ k )z 2dz κ.


n zk n zk
 zk −1   zk −1 
„ Dans ces équation, Qk(δk) indique la matrice [Q] du pli k qui est
tourné de δk en sens trigonométrique par rapport au repère global
{x,y,z}.
312

La loi fondamentale des stratifiés


„ Dans le but de rendre plus simple l'écriture des équations, on a
utilisé la notation tensorielle au lieu de celle, plus correcte,
matricielle, utilisée jusqu'ici; ainsi on fera aussi dans la suite.
„ Les bornes d'intégration zk-1 et zk sont respectivement les positions
des faces inférieure et supérieure du pli k, selon le schéma de figure
(couches numérotées à partir du bas); n est le nombre total des plis.
„ Dans les équations précédentes on pose

zk z
A = ∑k =1 ∫
n
Q k (δ k )dz, n
zn
zk −1 h/2
zk zk
B = ∑k =1 ∫
n k
Q k (δ k )zdz, zk-1
zk −1
h/2 2
zk z1
D=∑
n

2 1
Q (δ k
k =1 zk −1 k
)z dz. z0

313

14
La loi fondamentale des stratifiés
„ Comme les Qk(δk) ne dépendent pas de z, on a

A = ∑k =1( zk − zk −1 )Q k (δ k ),
n

1 n
B=
2
∑ k =1
( zk2 − zk2−1 )Q k (δ k ),

1 n
D = ∑k =1( zk3 − zk3−1 )Q k (δ k ).
3
„ On parvient donc à la loi fondamentale des stratifiés, qui écrite en
forme matricielle symbolique est

N   A B ε o 
 =  B D  
M   κ 
„ Celle-ci est une véritable loi de comportement, qui dans le cadre des
hypothèses faites lie les actions internes au champ de déformation.

314

La loi fondamentale des stratifiés


„ Ce résultat doit être convenablement commenté.
„ En effet, on voit que
N = Aε o + Bκ,

et que
M = Bε o + Dκ.

„ Donc, les actions de membrane sont liées non seulement aux


déformations du plan moyen, mais aussi à ses courbures de la
même façon, les moments fléchissants et de torsion sont liés non
seulement aux courbures du plan moyen, mais aussi à ces
déformations.
„ Dans d'autres termes, il y a un couplage entre les actions de
membrane et les courbure et entre les moments et les déformations
du plan moyen et ces couplages sont décrits par le même tenseur
B, qui pour ça est appelé tenseur de couplage membrane-flexion.
315

15
La loi fondamentale des stratifiés
„ Cet effet n'existe pas dans les plaques monocouches et c'est à
cause de ça qu'on est obligés de traiter ensemble les cas de
membrane et de flexion, souvent présentés séparés dans la théorie
classique des plaques.
„ Le tenseur A est un tenseur de rigidité qui lie les actions et les
déformations de membrane, tandis que le tenseur D lie les moments
et les courbures. Pour cela, A est dit tenseur de rigidité de
membrane et D tenseur de rigidité de flexion.
„ Par la définition même des trois tenseurs qui décrivent, en rigidité, le
comportement élastique d'un stratifié, on a que, étant symétriques
les tenseurs de rigidité des couches,
A = A T , B = BT , D = DT .

316

Les tenseurs normalisés


„ Les trois tenseurs A, B et D ont des dimensions différentes:

[A] = [F / L] (N/m),
[B] = [F] (N),
[D] = [FL] (N m).
„ Par conséquent, les trois tenseurs ne sont pas directement
comparables.
„ En outre, ces tenseurs sont des tenseurs de rigidité qui décrivent la
réponse élastique d'un stratifié ayant une épaisseur totale h.
„ Or, le but principal, déjà annoncé, de la théorie classique est celui
de donner une loi capable de simuler le comportement élastique du
stratifié multicouches comme si celui-ci était constitué par une seule
couche, ayant l'épaisseur totale du stratifié (c'est donc une théorie
monocouche).

317

16
Les tenseurs normalisés
„ Les trois tenseurs décrivent donc le comportement élastique de ce
monocouche élastiquement équivalent au stratifié.
„ On peut donc se poser la question suivante: quelles sont les
caractéristiques élastiques du matériau factice constituant ce
monocouche élastiquement équivalent au stratifié?
„ Comme on s'est réduit à un monocouche, donc homogène, même si
en général anisotrope, la réponse se trouve directement dans la
théorie des plaques homogènes (pour B c'est conventionnel): les
caractéristiques élastiques de ce matériau factice se trouvent à
partir des tenseurs de rigidité par le biais des opérations suivantes

A B D
A* = , B* = 2 2 , D* = 12 3 .
h h h
„ Le symbole * indique donc les tenseurs normalisés il est simple de
constater que les tenseurs normalisés ont tous les mêmes
dimensions, celles d'un module [FL-2], (MPa), et donc ils sont
directement comparables.
318

Les tenseurs normalisés Copyright P. Vannucci – UVSQ


[Link]@[Link]

„ En effet, la significations mécanique des tenseurs normalisés est


d'être des tenseurs d'élasticité du matériau élastique factice
constituant le monocouche équivalent.
„ Or, en général on a que A* est différent de D*, ce qui signifie qu'en
réalité c'est comme si le monocouche équivalent était constitué par
deux matériaux factices différents, un pour le comportement de
membrane et un autre pour celui de flexion: ces deux comportement
sont différents (ceci est vrai, évidemment, même pour le couplage,
mais dans ce cas l'interprétation est moins directe).
„ Dans d'autres termes, on a en général à faire avec une plaque qui
peut, par exemple, être orthotrope en membrane et en flexion, mais
avec des axes d'orthotropie tournés; ou encore, un stratifié peut être
isotrope en membrane et complètement anisotrope en flexion et
ainsi de suite.
„ En outre, même les composantes de rigidité des matériaux factices,
par exemple leurs constantes techniques, sont différentes.

319

17
Les tenseurs normalisés
„ Concrètement, ceci implique qu'un même échantillon obtenu d'un
stratifié et soumis à des tests de laboratoire, montrera des valeurs
différentes, par exemple, du module d'Young équivalent, dans un
test de flexion et dans un test de traction.
„ Le comportement élastique d'un stratifié vu comme un corps
équivalent homogénéisé à un monocouche est donc celui d'un corps
complexe, qui se caractérise par un couplage membrane-flexion et
par un différent comportement élastique en membrane et en flexion.
„ Un exemple est celui de la figure
à côté, qui montre le diagramme Em
directionnel du module d'Young Ef
en membrane (orthotrope) et en
flexion (anisotrope) du même
stratifié (séquence [30°/-30°/0°/
-30°/30°] en verre-époxyde).

320

Inversion de la loi fondamentale des stratifiés


„ L’inversion de la loi fondamentale des stratifiés est simple et peut se
faire de différentes façons.
„ Par exemple,

M = Bε o + Dκ → Dκ = M − Bε o → (
κ = D −1 M − Bε o )
o
N = Aε + Bκ = Aε + BD o
(M − Bε ) = (A − BD B)ε
−1 o −1 o
+ BD −1M →
ε o = (A − BD −1B) N − (A − BD −1B) BD −1M.
−1 −1

„ D'une manière analogue,

N = Aε o + Bκ → Aε o = N − Bκ → ε o = A −1 (N − Bκ )
M = Bε o + Dκ = BA −1(N − Bκ ) + Dκ = BA −1N + D − BA −1B κ ( ) →
(
κ = − D − BA −1B )
−1
(
BA −1N + D − BA −1B ) −1
M.

321

18
Inversion de la loi fondamentale des stratifiés
„ On pose alors
(
a = A − BD −1B ) −1
,
(
b1 = − A − BD −1B ) −1
BD −1 = −aBD −1,

(
d = D − BA −1B )−1
,
(
b 2 = − D − BA −1B ) −1
BA −1 = −dBA −1,

et on reconnaît facilement que, de par la symétrie de A, B et D,

( ) ( )
−1 T −1
a T =  A − BD −1B  =  A − BD −1B 
T
=
   

( ) ( )
−1 −1 −1
= A T − BT DT BT  = A − BD −1B = a.
 

„ Par une démarche semblable, on obtient que d=dT, tandis que

322

Inversion de la loi fondamentale des stratifiés

(
b1T = − aBD −1 ) T
( )
= − DT
−1
B T a T = −D −1Ba ≠ b1,

b T2 = (− dBA ) −1 T
= −(A ) T −1
B T dT = − A −1Bd ≠ b 2 .

„ Cependant,

(b ) = −(D
T −1
1
−1
Ba )−1
( )
= −a −1B −1D = − A − BD −1B B −1D = − AB −1D + B,

= (− dBA )
−1 −1
(D − BA B) = −AB ( ) −1
b 2−1 = − AB −1d −1 = − AB −1 −1 −1
D + B = b1T ,

et donc, par l'unicité de l'inverse,


b 2 = b1T .
„ On pose alors
b1 = b,
et on obtient donc l'inversion de la loi fondamentale des stratifiés:
323

19
Inversion de la loi fondamentale des stratifiés

ε o  a b  N 
  =  T   .
 κ  b d M
„ Donc, même si la matrice de la loi inverse a conservé la symétrie
globale, elle n'a plus toutes les symétries de la matrice de la loi
directe, du moment que b n'est pas, en général, symétrique.
„ En fait, tandis que A et D sont des vrais tenseurs de rigidité, par
exemple ils sont définis positifs, B ne l'est pas, il n'est pas défini et
n'a pas les mêmes symétries de son inverse.
„ Par les relations à la page précédentes, on obtient pour b une
expression semblable à celles obtenues pour a et d:

(b )
T −1
= − AB −1D + B (
→ b = B − DB −1A )
−1
.

324

Stratifiés couplés et découplés


„ Les effets du couplage membrane-flexion peuvent être mieux
évalués à travers la loi inverse des stratifiés.
„ En fait, supposons que le stratifié soit soumis seulement à des
actions de membrane, à savoir M=O; alors

ε o  a b  N 
 = b T d O → ε o = aN, κ = b TN.
κ    
„ Par le couplage, les actions de membrane provoquent dans le
stratifié non seulement une déformation du plan moyen, mais aussi
une courbure. Si par exemple le stratifié est soumis seulement à
une force membranale monoaxiale Nx, alors
κ x  bxx 
   
κ = κ y  = N x bxy .
κ  b 
 s  xs 
„ A savoir, le stratifié se courbe dans les deux directions et vrille.
325

20
Stratifiés couplés et découplés
„ Si au contraire on avait appliqué
un moment Mx, on aurait obtenu
un résultat analogue pour ce qui
concerne les déformations dans
le plan moyen.
„ Quelques fois, ces effets de
déformation dus au couplage
membrane-flexion sont
recherchés et exploités dans
certains buts.
„ Par exemple, le couplage qui provoque une torsion comme effet
d'une traction (voir la figure) est parfois utilisé dans les hélices des
éoliennes et dans les pales d'hélicoptère pour effectuer un contrôle
passif automatique du pas de l'hélice.
„ Généralement, toutefois, le couplage est un effet parasite non
souhaité, et les concepteurs cherchent à l'éliminer (nous verrons
comment au chapitre suivant).
326

Stratifiés couplés et découplés


„ On parle alors de stratifiés découplés, pour lesquels B=O et donc
N = Aε o ,
M = Dκ.

„ En outre, dans un tel cas on a immédiatement que


a = A −1,
b = O,
d = D −1.
„ Alors, dans ce cas, et en général seulement dans ce cas, il y a
correspondance de symétrie élastique entre tenseurs directes et
inverses.
„ Dans d'autres termes, pour un stratifié découplé a et A ont les
mêmes symétries élastiques, aussi bien que d et D.
„ Par exemple, si A est orthotrope, a il l'est aussi et avec les mêmes
axes d'orthotropie.
327

21
Stratifiés couplés et découplés
„ Ceci n'est pas vrai, en général, pour un stratifié couplé pour s'en
convaincre, il suffit de considérer, par exemple, la formule qui donne
le tenseur a:
(
a = A − BD −1B )
−1
.

„ Les éventuelles symétries de a sont déterminées par celles de A, B


et D, qui ne sont pas, en général, les mêmes.
„ Par exemple, un stratifié couplé et avec A isotrope aura, en général,
a complètement anisotrope On a donc le cas d'une réponse
élastique qui n'a pas les mêmes symétries en rigidité et en
souplesse.
„ Cette situation est typique dans les stratifiés couplés pour cette
raison, parler de symétries élastiques pour un stratifiés est difficile et
délicat. Ce qu'on peut dire est que si une symétrie élastique existe,
celle-ci concerne une rigidité ou une souplesse en membrane ou en
flexion et pas, en général, l'entier comportement du stratifié.
328

Stratifiés couplés et découplés


„ Nous verrons au chapitre suivant une classe de stratifiés pour
lesquels la définition de symétrie élastique est précise et a la même
valeur que pour une plaque monocouche.
„ Il reste que, en général, on ne peut pas toujours parler d'une
symétrie élastique correspondante à une symétrie matérielle, à
savoir à une symétrie géométrique sous-jacente, par exemple dans
la disposition des couches.
„ Il est en fait possible d'obtenir une symétrie élastique quelconque
par un nombre suffisant de couches disposées sans aucune
symétrie géométrique.
„ Tout ça fait comprendre que le concept de symétrie matérielle pour
les stratifiés est bien plus délicat et articulé que celui utilisé pour les
milieux homogènes, tels les monocouches.
„ Ce qui reste, toutefois, c'est qu'on peut toujours se borner à
considérer les symétries tensorielles et ceci a une affinité complète
avec ce qu'on fait dans le cas des milieux homogènes
329

22
Les modules élastiques du monocouche équivalent
„ On a déjà dit que les tenseurs normalisés représentent le
comportement d'un matériau factice avec lequel on a réalisé un
monocouche équivalent, d'épaisseur égale à celle du stratifié.
„ Il a donc un sens de se demander quels sont les modules de
l'ingénieur de ce matériau factice, à savoir, quels sont les modules
de l'ingénieur du stratifié vu comme constitué par un milieu
homogène.
„ Les modules sont définis à partir des composantes du tenseur de
souplesse, à savoir, dans ce cas, des tenseurs inverses a, b et d
normalisés:
(
a* = h a = A * −3 B * D * −1 B * )−1
,
−1
h2  1 
b* = b =  B * − D * B * −1 A *  ,
2  3 

d* =
h3
12
(
d = D * −3 B * A * −1 B * )
−1
.

330

Les modules élastiques du monocouche équivalent


„ Les modules de l'ingénieur sont ensuite définis comme
d'habitude,en fonction des composantes des tenseurs de souplesse:

* * *
1 1 1 a xy a xs ays
E xm = *
, E m
y = *
, G m
xy = *
, ν m
xy = − *
, η m
xy , x = *
, η m
xy ,y = *
;
a xx ayy ass a xx a xx ayy
* * *
1 1 1 d xy d xs d ys
E xf = *
, E f
y = *
, G f
xy = *
, ν f
xy = − *
, η f
xy , x = *
, η f
xy ,y = *
.
d xx d yy d ss d xx d xx d yy

„ Avec m on indique les modules qui décrivent le comportement de


membrane, avec f ceux du comportement de flexion.

„ Les modules de couplage se définissent de la même manière, à


travers les composantes de b*, mais en général on ne les utilise pas
parce que leur signification mécanique est moins évidente.
331

23
Les modules élastiques du monocouche équivalent
„ Le calcul des modules de l'ingénieur dans un repère quelconque,
tourné de θ par rapport au repère global, se fait encore par le biais
des formules de transformation analogues à celles de page 163.
„ De la même manière, les composantes de A, B et D dans un repère
tourné de θ par rapport au repère global, et celles des
correspondants tenseurs normalisés, se trouvent par les formules
de transformation analogues à celles de page 161, introduites pour
la matrice [Q], tandis que pour les tenseurs inverses a, b et d et
leurs correspondants normalisés il faut utiliser les formules de page
162, introduites pour la [S].
„ Finalement, il faut prendre en compte le fait que dans la définition
des tenseurs εo et κ on a utilisé la notation de Voigt, avec la
convention qui en suit sur la composante de déformation au
cisaillement. Par conséquent, les transformations par rotation des
tenseurs de rigidité et de souplesse ne sont pas identiques. En
définitive, tous les tenseurs de rigidité se comportent comme la
matrice [Q] et tous ceux de souplesse comme la matrice [S].
332

Les modules élastiques du monocouche équivalent


„ Un dernier avertissement au sujet des formules citées ci-dessus:
dans celles-ci, le repère de départ était {x1, x2, x3}, repère matériel
de la couche, et celui d'arrivé {x, y, z}, un repère quelconque.
„ Maintenant, le repère de départ est le repère global du stratifié,
qu'on a appelé {x, y, z}, et celui d'arrivé est un repère quelconque,
qu'on appellera {x’, y’, z’ }.
„ Donc, par exemple, pour le tenseur A la transformation par rotation
doit être lue de la manière suivante (pour les autre tenseurs on
procède de façon analogue):
′ 
 Axx  c4 − 4sc 3 2s 2c 2 4s 2c 2 − 4s 3c s 4   Axx 
 A′    
 xs  − sc
3
c 4 − 3s 2c 2 sc 3 − s 3 c 2(sc 3 − s 3 c ) 3s 2c 2 − s 4 s 3 c   Axs 
′ 
 Axy  s 2c 2 2(s 3 c − sc 3 ) c 4 + s 4 − 4s 2c 2 2(sc 3 − s 3 c ) s 2c 2   Axy 
 ′ =  2 2  .
 Ass  s c 2(s 3 c − sc 3 ) − 2s 2c 2 (c 2 − s 2 )2 2(sc 3 − s 3 c ) s 2c 2   Ass 
 Ays
′   − s 3c 3s 2c 2 − s 4 s 3 c − sc 3 2(s 3 c − sc 3 ) c 4 − 3s 2c 2 sc 3   Ays 
   4  
′ 
 Ayy  s − 4s 3 c 2s 2c 2 4s 2c 2 − 4sc 3 c 4   Ayy 
333

24
Le comportement hygro-thermo-élastique
„ A l'instar de tout autre matériau, les composites renforcés par des
fibres sont sensibles à la température, qui provoque des
déformations.
„ Ces actions sont particulièrement importantes pour les stratifiés, qui
souvent sont réalisés avec un processus de polymérisation
thermique sous pression constante (cuisson à ~180°C).
„ En outre, il faut considérer la possibilité que le matériau se déforme
par absorption d'humidité; ce phénomène se produit dans les
composites à matrice organique.
„ Voyons donc ce qu'il se passe dans ces circonstances; l'objectif est
de trouver une généralisation de la loi fondamentale des stratifiés de
sorte à prendre en compte les effets hygro-thermo-élastiques.
„ La théorie qui suit est une généralisation au cas des multicouches
de la théorie classique des plaques soumises à des variations
thermiques, outre qu'à des actions mécaniques.
„ Les hypothèses mécaniques de base sont les mêmes déjà vues
pour la théorie classique des stratifiés. 334

Le comportement hygro-thermo-élastique
„ En général, la déformation totale ε est la somme de trois termes:
ε = εf + εt + εc ,
où εf est la déformation due aux forces appliquées, εt celle due aux
variations thermiques et εc celle due à la variation de concentration
d'humidité.
„ Naturellement, par la loi de Hooke il est
ε f = Zσ,
et on admet que ce soit
ε t = tα,
ε c = cβ.
„ Dans ces équations, t et c sont respectivement la variation de
température et de concentration d'humidité par rapport à un état où
on considère nulles les déformations thermiques et hygroscopiques;
α et β sont respectivement les tenseurs du second ordre des
coefficients de dilatation thermique et hygroscopique.

335

25
Le comportement hygro-thermo-élastique
z ts, cs
L'inversion de la loi précédente donne zn
„ n

σ = E(ε − ε t − ε c ) = E ε − t E α − c E β. to, co k zk
zk-1
„ Considérons donc le cas d'un stratifié. 2 z
1 z1
„ L'hypothèse classique est que le stratifié ti, ci 0

soit soumis à un flux permanent de chaleur et humidité et que les


propriétés physiques soient constantes à travers l'épaisseur; c'est le
cas des stratifiés à couches identiques, mais pas seulement.
„ Dans cette hypothèse, la variation de t et de c à travers l'épaisseur
est linéaire et on peut poser, voir la figure,
∆t ∆c
t = to +
z, c = c o + z, où dove
h h
t +t c + ci
t o = s i , co = s , ∆t = t s − t i , ∆c = c s − c i .
2 2
„ Par conséquent, dans le cadre de la théorie classique des stratifiés,
le champ de contrainte dans la couche k sera 336

Le comportement hygro-thermo-élastique

[ ]  ∆t  
σ k = Q k (δ k ) ε o + z κ −  t o + z  Q k (δ k )α k (δ k ) −  c o +
 h  
∆c 
z  Q k (δ k )β k (δ k ).
h 
„ Avec évidente signification des symboles, αk(δk) et βk(δk) indiquent
respectivement le tenseur des coefficients de dilatation thermique et
hygroscopique du pli k, tourné de l'angle δk .
„ Si maintenant on utilise cette relation dans le calcul des actions
internes N et M, avec les formules déjà vues en théorie classique,
qui conduisent aux tenseurs A, B et D, on obtient d'autres termes,
qui tiennent compte de l'apport dû aux variations thermiques et
hygroscopiques:

N   A B ε o  U  ∆t  V   F  ∆c G
 = B D   − t o V  − h W  − c o G − h H ,
M   κ         
où les tenseurs du second ordre U, V et W décrivent
respectivement, en rigidité, le comportement thermoélastique de
membrane, le couplage thermoélastique membrane-flexion et le
337

26
Le comportement hygro-thermo-élastique
comportement thermoélastique de flexion. Dans d'autres termes, ils
sont les correspondants de A, B et D pour les rigidité
thermoélastiques.
„ Les tenseurs F, G et H ont les mêmes rôles mais en ce qui
concerne les variations d'humidité.
„ Les tenseurs ci-dessus sont donnés par les relations suivantes, qui
s'obtiennent immédiatement en injectant dans le calcul des actions
internes la formule des contraintes à la page précédente:
zk
U = ∑k =1∫ γ k (δk ) dz = ∑k =1(zk − zk −1) γ k (δk ),
n n
zk −1
zk 1 n
V = ∑k =1∫ ∑
n
k =1
(zk2 − zk2−1)γ k (δk ),
z γ k (δk ) dz =
zk −1 2
zk 1 n
W = ∑k =1∫ z 2 γ k (δk ) dz = ∑k =1(zk3 − zk3−1)γ k (δk ),
n
zk −1 3
dove
où γ k (δk ) = Qk (δk )αk (δk ).
338

Le comportement hygro-thermo-élastique
„ D'une manière analogue on a
zk
F = ∑k =1 ∫ λ k (δk ) dz = ∑k =1(zk − zk −1)λ k (δk ) ,
n n
zk −1
zk 1 n
G = ∑k =1∫ ∑ (zk2 − zk2−1)λk (δk ),
n
z λ k (δk ) dz =
zk −1 2 k =1
zk 1 n
H = ∑k =1∫ z 2 λ k (δk ) dz = ∑k =1(zk3 − zk3−1)λ k (δk ),
n
zk −1 3
dove
où λ k (δk ) = Qk (δk )βk (δk ).
„ La loi de page 337 généralise la loi fondamentale des stratifiés au
cas où on a des effets hygro-thermiques. L'inversion de cette loi
peut se faire de la façon suivante: on pose

N *  U  ∆ t  V   F  ∆c G
  = t o   +   + co   +  ,
M *  V  h W  G h H 
et on obtient
339

27
Le comportement hygro-thermo-élastique

 N + N *   A B ε o 
 =   ,
M + M *  B D  κ 
équation dont on connaît déjà la relation inverse:

ε o  a b   N + N * 
 = b T d M + M * .
κ    

„ Donc, en tenant compte de l'expression de N* et M*, on a finalement

ε o  a b   N   u  ∆t  v 1   f  ∆c g1 
 = b T d M + t o v  + h  w  + c o g  + h  h ,
κ      2    2  

340

Le comportement hygro-thermo-élastique Copyright P. Vannucci – UVSQ


[Link]@[Link]

[ ] (
u = aU + bV = a U − BD −1V = A − BD −1B )−1(U − BD −1V ),
v1 = aV + bW = a[V − BD −1W ] = (A − BD −1B ) (V − BD −1W ),
−1

v 2 = b TU + dV = d[V − BA −1U] = (D − BA −1B) (V − BA −1U),


−1

w = b T V + dW = d[W − BA −1V ] = (D − BA −1B ) (W − BA −1V ).


−1

et de façon analogue

[ ] (
f = aF + bG = a F − BD −1G = A − BD −1B )−1(F − BD−1G),
g1 = aG + bH = a[G − BD −1H] = (A − BD −1B ) (G − BD −1H),
−1

g2 = b TF + dG = d[G − BA −1F] = (D − BA −1B) (G − BA −1F),


−1

h = b T G + dH = d[H − BA −1G] = (D − BA −1B) (H − BA −1G).


−1

341

28
Le comportement hygro-thermo-élastique
„ On observe donc que le lien thermoélastique inverse dépend non
pas de 3 tenseurs, mais de 4, car en général v1 est différent de v2.
Toutefois, les tenseurs thermoélastiques inverses indépendants ne
sont pas 4, mais 3, car il y a la relation suivante, qu'on obtient
facilement de celles précédentes

[
v1 = a V − BD −1W ] [ ( )]
= a d −1v 2 + B A −1U − D −1W .

„ La même observation vaut pour le comportement hygro-élastique,


pour lequel on a une relation semblable à la précédente:

[ ] [ (
g1 = a G − BD −1H = a d −1g2 + B A −1F − D −1H . )]
„ C'est utile de faire des observations sur ces résultats.
„ D'abord, on confirme le fait que les stratifiés sont des milieux
"complexes" par le fait qu'encore une fois le comportement hygro-
thermo-élastique en souplesse n'est pas gouverné par des lois
totalement "symétriques" par rapport à celles de rigidité.
342

Le comportement hygro-thermo-élastique
„ En fait, on a deux diverses tenseurs de couplage thermo- et hygro-
élastique, même si pas indépendants.
„ C'est important de comprendre la signification des tenseurs u, v1, v2
et w (pour les tenseurs f, g1, g2 et h vaut un discours analogue).
„ En comparant la loi inverse de page 340 avec les relations qui
donnent en général les déformations, page 355, on comprends
immédiatement ce qui suit.
„ Le tenseur u décrit les déformations du plan moyen dues à une
variation de température constante sur l'épaisseur la signification
physique de ses composantes est donc celui des coefficients de
dilatation thermique du monocouche équivalent. Dans d'autres
termes, u est pour le stratifié ce que α est pour la couche.
„ Le tenseur v1 décrit les déformations du plan moyen pour une
variation linéaire antisymétrique de la température sur l'épaisseur;
ses composantes ont une signification semblable à celles de u, à la
différence du champs de température, variable dans ce cas.
343

29
Le comportement hygro-thermo-élastique
„ Le tenseur w décrit les courbures d'origine thermique dues à une
variation linéaire antisymétrique de la température sur l'épaisseur
ses composantes sont des coefficients de courbure thermique du
monocouche équivalent.
„ Finalement, le tenseur v2 décrit les courbures d'origine thermique
dues à une variation de température constante sur l'épaisseur; ses
composantes ont une signification analogue à celles de w, à la
différence du champ de température, constant dans ce cas.
„ A cause du couplage v1, un stratifié soumis à une variation
thermique linéaire et antisymétrique sur l'épaisseur non seulement
se courbe, comme une plaque homogène, mais il se dilate aussi
dans le plan moyen, de façon différente dans les différentes
directions à cause de l'anisotropie (et il est aussi possible d'avoir
des directions selon lesquelles la déformation est en réalité une
contraction).
„ A cause du couplage v2, un stratifié soumis à une variation
thermique constante sur l'épaisseur non seulement se
344

Le comportement hygro-thermo-élastique
déforme dans son plan moyen, mais il se courbe aussi, encore une
fois de façon en général différente selon la direction à cause de
l'anisotropie.
„ Cette circonstance est importante parce que, comme déjà dit,
souvent les stratifiés sont produits par polymérisation sous
température plutôt élevée (autour de 180°C).
„ Donc, si le stratifié a un couplage de type v2, une fois refroidi il ne
maintiendra pas la forme originaire et prévue, mais il se courbera
(par exemple une plaque devient une coque).
„ Par conséquent, le contrôle du couplage thermo-élastique est
important en phase de conception d'un stratifié.
„ Certaines considérations au sujet des relations entre le couplage
élastique et celui thermo- ou hygro-élastique peuvent être faites
dans le cas de stratifiés à couches identiques (voir page 360).
„ Au contraire, dans le cas de stratifiés à couches quelconques, la
seule chose qu'on peut affirmer est qu'un éventuel découplage
345

30
Le comportement hygro-thermo-élastique
élastique (B=O) ne comporte pas nécessairement un découplage
thermo- ou hygro- élastique (V=G=O), et vice-versa.
„ Toutefois, si V=O on a que
(
v1 = bW = −aBD −1W = − A − BD −1B) BD −1 −1
W,

U = −(D − BA B ) BA
−1
v 2 = b TU = −dBA −1 −1 −1
U.
„ Dans d'autres termes, on peut avoir des stratifiés couplés
élastiquement (B≠O), et couplés aussi thermoélastiquement en
souplesse (v1, v2≠O), mais découplés thermoélastiquement en
rigidité (V=O).
„ Si par contre, outre à V=O c'est aussi B=O, alors le découplage est
total (v1=v2=O).
„ Une situation analogue existe évidemment pour le cas
hygroélastique.
„ Une considération à part mérite le problème de la rotation du repère.
Les tenseurs thermo- et hygro- élastiques sont des tenseurs du
second ordre, et écrits en notation de Voigt. 346

Le comportement hygro-thermo-élastique
„ Donc leurs composantes dans un repère {x’,y’,z’} tourné de l'angle θ
par rapport au repère {x, y, z} se trouvent grâce à des formules
analogues à celles de page 160.
„ En particulier, celles de {σ} concernent évidemment les tenseurs de
rigidité (U, V, W, F, G et H), tandis que celles de {ε} concernent les
tenseurs de souplesse (α, β, u, v1, v2, w, f, g1, g2 et h); on a donc,
par exemple en ce qui concerne U et u,

U x′   c 2 s 2 2sc  U x  u ′x   c2 s2 sc  u x 
   2 2      2 2  
U y′  =  s c − 2sc  U y , u ′y  =  s c − sc  u y .
U ′   2 2   u ′   2 2  
 s − sc sc c − s  U s   s − 2sc 2sc c − s  us 
„ Comme déjà dans le cas des tenseurs élastiques, même cette fois il
faut faire attention au fait que lorsque les formules de rotation citées
sont utilisées pour tourner dans le repère global du stratifié les
propriétés d'une couche décrite dans son repère matériel, il faut
changer de signe les puissances impaires de sinθ.
347

31
Le comportement hygro-thermo-élastique
„ Les matrices de transformation sont donc, pour cette opération et
toujours pour ce qui concerne U et u,

U x  c 2 s 2 − 2sc  U1  u x   c2 s2 − sc   u1 
   2 2      2 2  
U y  = s c 2sc  U 2 , u y  = s c sc  u 2 .
U  sc − sc c 2 − s 2  U 6  u   2 2  
 s    s 2sc − 2sc c − s  u 6 
„ Evidemment, pour les autres tenseurs on applique les mêmes
transformations.

„ Les dimensions des différents tenseurs sont les suivantes (τ indique


une température)
[u] = [1/ τ ] (1/ °C),
[v1 ] = [L / τ ] (m/ °C),
[v 2 ] = [1/(Lτ )] (1/ m °C),
[w ] = [1/ τ ] (1/ °C).
348

Le comportement hygro-thermo-élastique
„ Donc, les tenseurs v1 et v2 n'ont même pas les mêmes dimensions,
tandis que u et w oui. Ceci n'arrive pas aux tenseurs de rigidité
thermoélastique, qui ont les dimensions suivantes

[U] = [F/Lτ ] (N/m °C),


[V ] = [F / τ ] (N/°C),
[W ] = [FL / τ ] (N m/ °C).
„ Ceux-ci peuvent être normalisés comme A, B et D:
U V W
U* = , V* = 2 , W* = 12 .
h h2 h3

„ Les dimensions sont alors [F/L²τ ] (N/m² °C). Les tenseurs u, v1, v2
et w ne sont pas normalisés, généralement, parce qu'ils ont déjà la
signification physique et les dimensions recherchées (coefficients de
dilatation, ou de courbure, thermique).
349

32
Le cas des stratifiés à couches identiques
„ La plupart des stratifiés sont des stratifiés à couches identiques, à
savoir constituées du même matériau et avec la même épaisseur.
„ Cette classe de stratifiés n'est pas importante que par les
applications, mais aussi pour les aspects théoriques En fait,
seulement dans le cas où les couches sont identiques on peut
obtenir des règles générales sur le comportement et la conception
des stratifiés, comme on verra au chapitre suivant.
„ La circonstance d'avoir des couches identiques comporte des
simplifications dans les résultats trouvés jusqu'ici.
„ D'abord, avec la numérotation des couches déjà introduite (voir
page 313), on a immédiatement que

h h 2k − n
zk = − +k = h.
2 n 2n

„ En outre, la rigidité des couches dépend seulement de l'orientation,


pas du matériau, qui est le même pour tous les plis.
350

Le cas des stratifiés à couches identiques


„ En définitive, en injectant dans les formules des pages 314, 338 et
339 on obtient
h n 1 h2 n 1 h3 n
A= ∑
n k =1
Q ( δ k ), B = ∑ k k
2 n 2 k =1
b Q ( δ ) , D = ∑ d k Q(δ k ),
12 n 3 k =1
h n 1 h2 n 1 h3 n
U = ∑k =1 γ (δ k ), V = ∑ k k b γ ( δ ), W = ∑ d k γ(δ k ),
n 2 n 2 k =1 12 n 3 k =1
h n 1 h2 n 1 h3 n
F = ∑k =1 λ(δ k ), G = ∑ k k b λ ( δ ), H = ∑ d k λ(δ k ).
n 2 n 2 k =1 12 n 3 k =1

„ Les coefficients bk et dk sont donnés par les formules qui suivent:

bk = 2k − n − 1,
d k = 12k (k − n − 1) + 4 + 3n(n + 2).

„ A remarquer que la somme des bk est nulle tandis que celle des dk
vaut n3.
351

33
Le cas des stratifiés à couches identiques
„ On remarque d'abord que le comportement en membrane, tenseurs
A, U et F, ne dépend pas de la position des plis dans la séquence:
changer la séquence des couches sans en changer l'orientation ne
varie pas les rigidités de membrane. On peut démontrer que ceci est
vrai même pour le cas de stratifiés à couches non identiques.
„ Ceci ne se produit pas pour les tenseurs de couplage et de rigidité
en flexion: la position d'une couche dans la séquence d'empilement
influe linéairement sur le couplage et quadratiquement sur la rigidité
de flexion.
„ Nous verrons que cette circonstance est ce qui principalement rend
très difficile la conception des stratifiés par rapport aux propriétés de
flexion.

„ Dans la suite, il sera utile aussi une autre numérotation des


couches, faite à partir du plan moyen et représentée dans la figure
qui suit.
352

Le cas des stratifiés à couches identiques


z z
p
p
h/2 k h/2
zk k zk
1 zk-1 zk-1
1
0 -1
-1 h/2
h/2 -k
-k -p
-p

n=2p+1 n=2p

„ Dans ce cas, on a que

2k + 1 h 2k − 1 h
zk = , zk −1 = , per n = 2 p + 1,
pour
2 n 2 n
h h
zk = k , zk −1 = (k − 1) si k > 0,
se
n n per n = 2 p.
pour
h h
zk = (k + 1) , zk −1 = k si k < 0,
se
n n

353

34
Le cas des stratifiés à couches identiques
„ Alors on obtient


2k se n = 2 p + 1,
si  12k 2 + 1 se n = 2 p + 1,
si
bk =  dk =  2
k 12k − 12 k + 4 , d 0 = 0 se
si n = 2 p.
2k − , b0 = 0 sesi n = 2 p;
 k

„ Avec cette numérotation, les sommations qui apparaissent dans les


définitions de A, B, D etc. sont faites de k=−p à k=p.
„ Ces formules permettent de constater facilement que les coefficients
bk varient linéairement avec la position de la couche et qu'ils ont une
distribution antisymétrique par rapport au plan moyen.
„ Quant aux coefficients dk, ils varient quadratiquement et ont une
distribution symétrique par rapport au plan moyen.

354

L'utilisation de la méthode polaire


„ On introduit ici l'utilisation de la méthode polaire dans la théorie
classique des stratifiés, car elle permet de mieux montrer certains
propriétés et résultats généraux concernant les stratifiés à couches
identiques.
„ Les lois de composition des tenseurs qui décrivent le comportement
des stratifiés (A, B, D, U etc.) s'appliquent à toute représentation
tensorielle, non seulement donc aux composantes Cartésiennes,
mais aussi à celles polaires (d'ailleurs, il suffit de considérer les
relations de page 170 pour s'en convaincre).
„ Cette observation nous offre immédiatement les composantes
polaires des tenseurs propres au stratifié. Il faut en outre rappeler
que la rotation à faire subir aux composantes tensorielles est –δk, si
δk est l'angle dont il est tourné en sens trigonométrique la couche k
par rapport au repère global du stratifié.
„ Si le symboles −, ^ et ~ superposés à une quantité indiquent
respectivement le comportement de membrane, de couplage et de
flexion, alors on a, pour le cas de stratifié à couches identiques,
355

35
L'utilisation de la méthode polaire
tenseur
tensore A : tenseur
tensore A* :
T0 = h T0 , T0* = T0 ,
T1 = h T1, T1* = T1,
h
R0 e 4iΦ 0 ∑k =1e 4iδk , 1
n
R0 e 4 iΦ 0 = R0* e 4 iΦ 0 = R0 e 4iΦ 0 ∑k =1e 4 iδ k ,
n
n n
h
= R1e 2iΦ1 ∑k =1e 2iδk ; 1
n
R1 e 2iΦ1 R1* e 2iΦ1 = R1e 2iΦ1 ∑k =1e 2iδ k ;
n
n n
tenseur
tensore B : tenseur
tensore B* :
Tˆ0 = 0, Tˆ0* = 0,
Tˆ1 = 0, Tˆ1* = 0,
1 h2 1
Rˆ 0 e 4 iΦ 0 = R0 e 4 iΦ 0 ∑k =1 bk e 4 iδ k , Rˆ 0* e 4iΦ 0 = 2 R0 e 4 iΦ 0 ∑k =1bk e 4iδk ,
ˆ n ˆ n
2n 2
n
1 h2 1
Rˆ 1* e 2iΦ1 = 2 R1 e 2iΦ1 ∑k =1bk e 2iδk ;
ˆ n
R1 e 2iΦ1 ∑k =1 bk e 2iδ k ;
n
Rˆ 1 e 2iΦ1 =
ˆ
2 n2 n
356

L'utilisation de la méthode polaire


tenseur
tensore D :
~ h T0
3 tenseur
tensore D* :
T0 = , ~
3 4 T0* = T0 ,
~ h T1
3 ~
T1 = , T1* = T1,
3 4 ~ ~ 1
R0* e 4 iΦ 0 = 3 R0 e 4iΦ 0 ∑k =1d k e 4 iδ k ,
n
~ ~ 1 h3
R0 e 4 iΦ 0 ∑k =1d k e 4 iδk ,
n
R0 e 4iΦ 0 = n
12 n 3 ~ * 2iΦ~1 1
= 3 R1 e 2iΦ1 ∑k =1d k e 2iδk .
n
R1 e
~ ~ 1 h3 n
R1 e 2iΦ1 ∑k =1d k e 2iδk .
n
R1 e 2iΦ1 = 3
12 n

„ On observe alors que la partie isotrope de B est nulle, et donc que


ce tenseur est composé par des termes à moyenne nulle Pour les
stratifiés à couches identiques, découplage et isotropie de B
coïncident.
„ En outre, pour cette raison, on a, voir page 170, que Bxy=Bss.

357

36
L'utilisation de la méthode polaire
„ Au contraire, pour les tenseurs A* et D* la partie isotrope est la
même et elle est identique à celle de la couche de base. Ceci
signifie que le comportement moyen (partie isotrope) du
monocouche équivalent est identique au comportement moyen de la
couche de base.
„ En outre, pour ces stratifiés, à couches identiques, on a pu, pour
chaque quantité, séparer la partie qui tient aux propriétés de la
couche de base de celle qui est déterminée par la séquence des
couches et de leur orientation.
„ Nous verrons que cette séparation est importante dans les
techniques de conception des stratifiés.

„ Le même type de résultats on l'a pour les tenseurs qui décrivent le


comportement hygro-thermo-élastique.
„ En nous bornant aux seuls tenseurs U, V et W, nous avons en fait
(pour les tenseurs F, G et H on a des résultats semblables):
358

L'utilisation de la méthode polaire


tenseurj
tensore U : tenseurj
tensore U* :
T = h T, T * = T,
h 1
R e 2iΦ ∑k = − p e 2iδk ; R e 2iΦ ∑k = − p e 2iδk ;
p p
R e 2iΦ = R * e 2iΦ =
n n

tensore V :
tenseurj tensore V * :
tenseurj
Tˆ = 0, Tˆ * = 0,
1 h2 1
R e 2iΦ ∑k = − p bk e 2iδk ; Rˆ * e 2iΦ = 2 R e 2iΦ ∑k = − p bk e 2iδk ;
p p
Rˆ e 2iΦ =
ˆ ˆ
2n 2
n

tenseurj
tensore W :
tenseurj
tensore W * :
3
~ h T ~
T * = T,
T = ,
3 4
~ ~ 1
R * e 2iΦ = 3 R e 2iΦ ∑k = − p d k e 2iδk .
p
~ ~ 1 h3
∑k = − p k
p
R e 2iΦ = R e 2iΦ
d e 2iδ k
; n
12 n 3
359

37
L'utilisation de la méthode polaire
„ Encore une fois, la partie isotrope de V est nulle, comme pour B, et
celle de U* et W* est identique à celle de la couche de base, comme
pour A* et D*.
„ En outre, en comparant B et V, on observe immédiatement que, si
les couches sont identiques,
B = O ⇒ V = O,

mais le contraire n'est pas vrai. Dans d'autres termes, on peut avoir
des stratifiés découplés thermoélastiquement, mais couplés
élastiquement Cette propriété peut être opportunément exploitée
pour la construction d'hélices thermoformées à contrôle passif du
pas (Winkler, 1986).
„ Au contraire, un stratifié élastiquement découplé sera aussi toujours
thermoélastiquement découplé (si à couches identiques).
„ Ce qu'on a dit doit être mieux précisé; en fait, on a déjà observé,
page 346, que si V=O,
v1 = bW, v 2 = b TU.
360

L'utilisation de la méthode polaire


„ Dans d'autres termes, on a dans un cas de ce type le découplage
thermoélastique seulement en rigidité, pour N et M, mais pas en
souplesse, pour ε° et κ.
„ Toutefois, par ce qu'on a vu, on a aussi que le découplage élastique
implique tous les découplages:
B=O ⇒ b = V = v1 = v 2 = G = g1 = g2 = O.

361

38

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