Dissertation : Le licenciement du fonctionnaire international
Le fonctionnaire international occupe une place particulière dans l’ordre juridique mondial : il sert
l’intérêt de l’organisation internationale à laquelle il appartient, et non celui d’un État.
À ce titre, il bénéficie d’un statut juridique autonome, distinct du droit national du travail, défini
principalement par le statut et le règlement du personnel de chaque organisation, ainsi que par la
jurisprudence des tribunaux administratifs internationaux, notamment le Tribunal administratif de
l’OIT (ILOAT).
C’est dans ce contexte que le sujet suivant fut soumis à notre analyse : « Le licenciement du
fonctionnaire international ».
En effet, le fonctionnaire international est l’agent lié à une Organisation Internationale (OI) par un
lien de service permanent ou continu, régi par le droit interne de l'OI c’est-à-dire Statut et Règlement
du personnel. Tandis que le licenciement est la rupture unilatérale du lien de service à l'initiative de
l'OI, hors démission ou retraite.
D’où la problématique suivante : dans quelle mesure le licenciement du fonctionnaire international
concilie-t-il les exigences du bon fonctionnement des organisations internationales et la protection
des droits de leur personnel ?
On peut répondre que le licenciement du fonctionnaire international repose à la fois sur une
diversité de motifs légitimes (I) et sur un ensemble de garanties procédurales assurées par la justice
administrative internationale (II).
I. Un licenciement encadré par la diversité des motifs légitimes
Il y a trois motifs de licenciement en droit de la fonction publique international. Cependant, faut
distinguer le licenciement disciplinaire pour faute (A) et le licenciement pour motifs non disciplinaires
(B).
A. Le licenciement disciplinaire pour faute
Le licenciement disciplinaire sanctionne une faute grave commise par le fonctionnaire international :
insubordination, manquement à la probité, harcèlement, ou violation du devoir de loyauté.
Il suppose une procédure contradictoire et une décision motivée.
Le Tribunal administratif de l’OIT, dans son jugement n° 3156 (A.J. c. OMS, 2012), a rappelé que le
licenciement disciplinaire ne peut être prononcé qu’après respect du principe du contradictoire et du
droit de la défense.
Le non-respect de ces garanties entraîne la nullité de la décision et la réintégration de l’agent.
B. Le licenciement pour motifs non disciplinaires
Le licenciement peut également résulter de nécessités de service ou de raisons économiques,
indépendantes de toute faute.
Ainsi, en cas de réorganisation, suppression de poste ou insuffisance de performance, l’organisation
doit agir de bonne foi et justifier la décision.
Le jugement n° 3911 (I. c. ITER, 2018) illustre cette exigence : le Tribunal a annulé un licenciement
pour insuffisance professionnelle car l’organisation n’avait pas mis le fonctionnaire en mesure de
s’améliorer.
Le motif administratif doit donc être réel, objectif et non discriminatoire.
II. Un licenciement soumis à de strictes garanties procédurales
Les garanties procédurales s’expliques par le respect des droits fondamentaux du fonctionnaire
international (A) et le contrôle juridictionnel international (B).
A. Le respect des droits fondamentaux du fonctionnaire international
Les principes du procès équitable, de la proportionnalité et de la bonne foi s’appliquent pleinement.
Le fonctionnaire doit être informé des faits reprochés, avoir accès à son dossier et disposer du temps
nécessaire pour présenter sa défense.
De plus, toute décision de licenciement doit être motivée et notifiée par écrit, conformément aux
Statuts du personnel des organisations.
Le Tribunal administratif de l’OIT, par exemple dans le jugement n° 2757 (C.P. c. CPI, 2008), a
sanctionné un licenciement prononcé dans des conditions d’impartialité douteuses, rappelant que
toute procédure doit respecter les règles d’équité et d’indépendance.
B. Le contrôle juridictionnel international
Les décisions de licenciement peuvent être contestées devant les tribunaux administratifs
internationaux, qui exercent un contrôle complet sur trois points : la légalité de la décision
(compétence, forme, motif, proportionnalité), le respect des garanties procédurales, et le caractère
raisonnable de la sanction.
Le Tribunal administratif de l’OIT (ILOAT), ainsi que d’autres juridictions (UNAT, Banque mondiale,
etc.), assurent ainsi une protection effective des fonctionnaires internationaux, en annulant les
décisions abusives et en octroyant des indemnités réparatrices.