ELIKYA Nzuko Melvi
4 ème des humanités littéraire
Professeur : KINYEMA Sambila Stanislas
Date : le 27 octobre 2025
Devoir à domicile de composition française
Sujet : « Pour beaucoup de gens, la science est la seule bienfaitrice du monde. » À
discuter.
Depuis quelques siècles, la science occupe une place centrale dans la vie des sociétés
humaines : elle guérit, instruit, produit, communique et transforme le cadre de vie.
Les inventions et découvertes occupent les unes après les autres les premières pages
des journaux ; on célèbre les progrès de la médecine, les voyages spatiaux et les
réseaux de communication. Pour beaucoup de personnes, la science apparaît donc
comme la principale, voire la seule, source d’amélioration de l’existence humaine.
Cette opinion mérite d’être examinée soigneusement.
Il convient d’abord de préciser les principaux termes du sujet. Par « science » on
entend l’ensemble des connaissances organisées, fondées sur l’observation,
l’expérimentation et le raisonnement, qui permettent de comprendre les
phénomènes naturels et d’agir sur eux. Le terme « bienfaitrice » renvoie à ce qui
apporte du bien, qui favorise le bonheur, la santé ou le progrès. Enfin, le mot «
monde » désigne ici l’ensemble de l’humanité et des sociétés. Dès lors, la question
qui se pose est la suivante : la science est-elle réellement la seule force qui produise
des bienfaits pour l’humanité, ou existe-t-il d’autres sources de bien-être et de
progrès qui ne dépendent pas d’elle ? Autrement dit : la science suffit-elle à rendre
le monde meilleur, ou faut-il reconnaître d’autres bienfaitrices, comme la culture, la
littérature, la foi, l’art et les pratiques de vie simples ?
Pour répondre, nous examinerons d’abord pourquoi la science peut être considérée
comme une grande bienfaitrice du monde ; nous montrerons ensuite ses limites et
ses dangers quand elle n’est pas guidée par des valeurs ; enfin, nous mettrons en
lumière d’autres sources de bienfait, moins visibles mais tout aussi réelles, qui
contribuent au bonheur et à la santé morale des hommes.
Il est indéniable que la science a apporté d’immenses services à l’humanité. Elle a
permis des progrès médicaux capitaux : vaccins, antibiotiques, interventions
chirurgicales et diagnostics qui sauvent des vies chaque jour. Elle a transformé les
conditions matérielles de l’existence : électricité, réseaux de transport, agriculture
moderne, communications instantanées. Dans le domaine intellectuel, la science a
libéré l’esprit de nombreuses superstitions et a développé l’esprit critique. Les pays
qui investissent dans la recherche progressent souvent plus vite économiquement et
socialement. À l’échelle individuelle comme collective, la science éclaire le «
comment » du monde et fournit les moyens pratiques pour améliorer la santé, la
richesse et la sécurité. C’est pourquoi beaucoup voient en elle la bienfaitrice par
excellence : elle produit des résultats tangibles, mesurables et souvent immédiats.
Pourtant, la force et la rationalité de la science ne suffisent pas à rendre compte de
l’intégralité du bien humain. Premièrement, la science n’est pas neutre dans ses
usages : lorsqu’elle est maniée sans conscience morale, elle peut devenir
destructrice. Les armes de destruction massive, la surconsommation entraînant la
pollution et le réchauffement climatique, les manipulations technologiques mal
contrôlées montrent que le savoir peut être une arme. Deuxièmement, la science
répond au « comment », mais rarement au « pourquoi » : elle explique les
mécanismes, mais ne donne pas de sens à la vie ni de règles morales. Un individu
peut posséder un grand savoir scientifique et rester égoïste, triste ou moralement
aveugle. Ainsi, Rabelais avait raison de prévenir : « science sans conscience n’est que
ruine de l’âme. » Troisièmement, le progrès scientifique ne profite pas toujours
également à tous : les inégalités d’accès aux soins, à l’éducation et aux technologies
montrent que le simple fait d’avoir une science avancée n’assure pas la justice
sociale.
C’est pourquoi il faut reconnaître d’autres bienfaitrices, moins spectaculaires peut-
être, mais essentielles à la vie humaine. Parmi elles, la culture et la littérature
occupent une place centrale. La littérature ne crée pas d’instruments, mais elle
forme des consciences : elle éduque au sens, au ressentir et à l’empathie. Un roman,
un poème ou une pièce de théâtre peuvent éveiller la compassion et la réflexion
mieux qu’un manuel technique. L’art sous toutes ses formes rapproche et consolide
les solidarités ; il transmet la mémoire collective et les valeurs. De même, les
pratiques spirituelles et religieuses donnent souvent aux hommes la force morale et
la sérénité nécessaires pour affronter les épreuves. Elles cultivent l’espérance, le
sens de la communauté et le pardon — éléments qui restaurent la joie humaine sur
un plan que la science ne garantit pas.
Par ailleurs, il existe des pratiques simples, naturelles et psychologiquement
prouvées qui favorisent la joie et la santé mentale, et qui ne « proviennent » pas de
la science au sens de création technique. Marcher à pied dans la nature, partager un
repas, chanter, danser, faire du bénévolat, rire entre amis, méditer ou prier sont des
activités qui, par leurs effets biologiques et sociaux, libèrent des hormones de bien-
être (dopamine, endorphines) et réduisent le stress. La psychologie moderne
observe et explique ces effets, mais n’en est pas l’origine : ces pratiques existent
dans toutes les cultures et ont constitué, depuis toujours, des remèdes populaires au
mal-être. En République Démocratique du Congo, comme ailleurs, la promenade au
bord du fleuve, les moments de prière en famille, les danses coutumières ou les
partages communautaires jouent un rôle concret dans la joie quotidienne. Ces
bienfaits viennent de la vie partagée, de la nature et du sens du sacré, non d’un
laboratoire.
On voit donc que la science et la culture sont complémentaires : la première donne
des moyens, la seconde indique les fins. La science peut améliorer la matière de la
vie ; la littérature, l’art et la foi portent la forme humaine de la vie. Le vrai progrès
humain demande l’union des deux : des savants guidés par une éthique, et des
cultures capables d’intégrer le savoir dans une vision humaine et solidaire. Sans cette
alliance, le savoir risque de se transformer en domination et la culture, privée des
moyens, peut rester inefficace.
En somme, affirmer que la science est la seule bienfaitrice du monde revient à
oublier la richesse des sources du bien humain : la bonté, la beauté, la solidarité, la
foi, la nature et les relations humaines. La science est une bienfaitrice majeure, mais
elle n’est pas unique. Le monde a besoin à la fois de mains compétentes pour
soigner et d’esprits sensibles pour comprendre ; il a besoin des formules et des
poèmes, des machines et des chants. Le progrès véritable se mesure non seulement
par la connaissance accumulée, mais par la manière dont cette connaissance est
mise au service de la vie bonne. Ainsi, pour construire un monde vraiment meilleur,
il faut unir la raison et la conscience, la technique et la culture, la science et le cœur.