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Migration et culture des Gbaya en Centrafrique

L'article de Paulette Roulon-Doko explore la notion de migration chez les Gbaya de Centrafrique, qui se considèrent comme autochtones de leur région sans récits historiques de migration. Il examine les données historiques et archéologiques, indiquant une occupation continue de la région depuis le paléolithique, et décrit la structure sociale et les pratiques culturelles des Gbaya 'bodoe. L'auteur conclut que la mobilité actuelle des Gbaya est ancrée dans des traditions anciennes et un mode de vie spécifique, sans véritable chef traditionnel ni marchés établis.

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Migration et culture des Gbaya en Centrafrique

L'article de Paulette Roulon-Doko explore la notion de migration chez les Gbaya de Centrafrique, qui se considèrent comme autochtones de leur région sans récits historiques de migration. Il examine les données historiques et archéologiques, indiquant une occupation continue de la région depuis le paléolithique, et décrit la structure sociale et les pratiques culturelles des Gbaya 'bodoe. L'auteur conclut que la mobilité actuelle des Gbaya est ancrée dans des traditions anciennes et un mode de vie spécifique, sans véritable chef traditionnel ni marchés établis.

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La notion de ’migration’ dans l’aire gbaya

Paulette Roulon-Doko

To cite this version:


Paulette Roulon-Doko. La notion de ’migration’ dans l’aire gbaya. Tourneux Henry et Noé Woïn.
Migrations et mobilité dans le bassin du lac Tchad, IRD, pp.543-553, 2009, Colloques et séminaires.
�halshs-00720191�

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Paulette Roulon-Doko
Directeur de Recherches (LLACAN, CNRS, INALCO)

La notion de « migration » dans l’aire gbaya

Les Gbaya de Centrafrique sont une population qui, contrairement à


l’idée généralement admise, ne disent pas être venus d’ailleurs mais disent
habiter la région qu’ils occupent depuis longtemps. Il est d’ailleurs
remarquable de constater qu’ils n’ont pas de récits historiques. Je vais tout
d’abord faire un bilan de la situation historique dans la seconde moitié du
XIXe siècle et un rappel des données récentes de l’archéologie avant de
présenter les spécificités culturelles de la société gbaya 'bodoe. Je
développerai l’exemple des déplacements connus dans le cas du village de
Ndongué, avant de conclure sur la nature de la mobilité telle qu’elle existe
encore de nos jours.

Situation historique dans la seconde moitié du XIXe

Selon Philip Burnham, qui a étudié les Gbaya yaayuuwee du


Cameroun, notre connaissance de l’histoire des Gbaya commence avec les
écrits et les sources orales dans les premières années du XIXe. Les Gbaya
semblaient à l’époque être sous l’influence à la fois des Musulmans et de la
traite atlantique. Contact particulièrement marqué au moment du jihad de
Ousman dan Fodio en 1830 qui ne toucha pas le nord ouest du territoire
gbaya. Quant à la traite atlantique des esclaves par le sud, elle n’a pas atteint
les Gbaya pendant la période précoloniale. D’une manière générale, la
plupart des informations recueillies l’ont été par l’intermédiaire des Fulbe ou
des Européens. Ces informations concernent les Gbaya de l’est et du sud, pas
ceux plus à l’ouest restés alors méconnus.
Nous ne savons presque rien des migrations supposées des Gbaya, de
nombreuses hypothèses ont été proposées par différents auteurs. Cependant,
comme le fait remarquer Yves Monino, « la tendance de la plupart des

1
auteurs qui recueillirent des récits d’origine et de migrations propres à
chaque petit groupe fut de la généraliser à l’ensemble des Gbaya, et
d’exagérer l’ampleur de ces migrations tout en en simplifiant le
déroulement » (1995 : 20).
De fait le territoire des Gbaya ’bodoe, groupe sur lequel je travaille, n’a
connu ni l’un ni l’autre comme le montre la carte 1. Leur premier contact
avec les européens correspond au passage de la mission du Commandant
Eugène Lenfant qui releva, en 1904, le nom d’Antiguerem (v◊m,s‰,fflq◊
« celui à l’ombre du fromager »). Brusseaux, en 1908, constatant
l’impossibilité de faire dire aux gbaya qu’ils viennent d’ailleurs pensent
qu’ils sont peut-être autochtones.

Les données archéologiques

De plus, diverses études archéologiques semblent indiquer que cette


région a été habitée de façon continue, depuis le paléolitique jusqu’au XVIIIe
siècle. Dans son étude de 1982, Pierre Vidal mentionne “pour l’Afrique, la
‘curieuse habitude’ de nombreux historiens et ethnologues, de toujours faire
venir les populations d'ailleurs”. (p. 31). Il précise ensuite que
Contrairement à ce qui se passa au Proche et Moyen Orient puis ensuite en Europe et en
Asie, l'Afrique tropicale n'a pas connu la spécialisation à l'intérieur de l’éventail
économique en particulier alimentaire. La grande majorité des sociétés africaines seront,
pendant plus de trois mille ans (après l'exode saharien) pour beaucoup, et près de quatre
mille pour certaines (et n'oublions pas les sociétés de chasseurs-collecteurs pendant dix
mille ans ou plus), des sociétés se situant consciemment, se voulant dans l'environnement
naturel ; société à l'intérieur desquelles l'homme conserve une situation privilégiée mais
non dominante par rapport à tous les autres élément de la vie. La société globale, dans
tous ses composants humains, pratiqua la nature globale, dans toutes ses ressources mais
sans jamais privilégier l'une par rapport à l'autre, et en les épargnant grâce à divers
interdits religieux, tribaux, saisonniers.
Vidal, 1982 : 52

Se basant sur les fouilles qu’il a effectué dans l’Ouest de la République


Centrafricaine, il constate une occupation continuelle de ces terres, un
passage à l’âge de fer sans modification fondamentale du mode de vie, et
conclut que :
La population centrafricaine d'aujourd'hui – c'est-à-dire le peuple de la Nation
centrafricaine du XXe siècle de l'ère chrétienne – descend directement de populations
ayant peuplé le pays il y a trois à cinq mille ans – certaines peut-être plus anciennes

2
encore. On peut considérer, à ce niveau d'ancienneté, la quasi totalité de la population
comme historiquement autochtone.
Vidal, 1982 : 132

L’état des connaissances archéologiques ne permet pas de savoir


quelles populations actuelles sont précisément issues de ces anciennes
implantations, mais on peut, sans se tromper assurer que l’Afrique Centrale
n’était pas une terre vierge.

Caractéristiques de la société gbaya ’bodoe

Il convient tout d’abord de rappeler la structure sociale des Gbaya


’bodoe et leur mode de vie. Il s’agit de petites communautés, lignagères, très
mobiles vivant principalement de chasse et de cueillette et de la culture d’un
champ sur lequel pousse la première année du sésame, la seconde de
l’arachide ainsi que de nombreuses cultures vivrières et la troisième de
manioc qu’on entretient encore pendant 3 ans. L’élevage est réduit à des
cabris et des poules qui jouent essentiellement un rôle rituel dans l’alliance.
Ce sont donc des chasseurs-cueilleurs-cultivateurs, pas des agriculteurs.
Encore de nos jours, l’activité cuturellement valorisée est la chasse qui
est la cible de tous les rituels. Il n’y a aucun rituel lié à la cueillette ou à la
culture des champs. Cette activité de chasse est régulièrement mentionnée
dans tous les récits parlant des temps anciens : « Nos grand-pères se
déplaçaient et chassaient » ∂Í jÈÈ j∏∏ c∏ m∑ f‰◊ s∏m∏ (les / grands-pères /
[Link] / [Link] / chasse / en allant). Le territoire sur lequel on chasse est
placé sous la responsabilité des ancêtres ce qui n’entraîne aucune propriété
particulière, seulement un usufruit de fait. C’est une terre collective pour
laquelle, une fois par an, au moment de la 1ère chasse aux feux, devaient être
honorés les ancêtres du lignage reconnu comme étant le « propriétaire de la
terre » v◊m,mù0 afin d’obtenir une protection pour tous pendant la saison de
chasse. Avec une occupation moyenne d’un habitant au km2, la terre est
abondante et le territoire de chasse suffisant.

1
Nom invariable, signifiant « propriétaire ».

3
Population de savane boisée, les Gbaya ont un habitat traditionnel de
cases rondes et la base de leur alimentation, le manioc n’entraine pas des
contraintes comparables à celle de la culture des céréales. Les plantations
restent expoitables plusieurs années sans beaucoup d’entretien.
D’implantation déjà ancienne, le manioc a sans doute été précédé par une
consommation d’ignames, dont de nombreuses variétés sauvages sont encore
recherchées. Les Gbaya disent d’ailleurs avoir adapté le traitement qu’ils
pratiquaient pour l’igname sauvage de savane r◊»◊ Dioscorea dumetorum et
son correspondant de forêt jÍrÍ+ au manioc. De fait, ces deux ignames
réclament une longue préparation (cf. Roulon-Doko, 2001a : 180)
comportant une première immersion – une nuit –dans un espace aménagé de
la rivière (rouissage) suivie après cuisson et découpage en rondelles d’une
seconde immersion – 2 à 3 jours – dans un courant vif afin de leur faire
perdre toute leur amertume.
Il n’y a de plus jamais eu de chef traditionnel chez les Gbaya. Autrefois
il n’y avait pas non plus de nom de village, on désignait chaque village par le
nom du lignage principal qui le composait ou le nom de son ancien. Le terme
v◊m1 « maître, chef, pouvoir » ne crée pas d’autorité, il manifeste des
responsabilités que tout un chacun peut assumer à l’occasion. C’est ainsi par
exemple que, chaque année, des hommes prennent en charge la délimitation
des territoires de chasse qui seront mis à feu, relayés par d’autres l’année
suivante. De plus, lorsque la situation le réclamait, un chef de guerre pouvait
organiser la défense des intérêts du groupe, mais son statut ne perdurait pas
ensuite. Ce chef de guerre pouvait être une femme, et la mémoire collective
a d’ailleurs gardé le souvenir d’un tel cas. Ce n’est qu’après l’arrivée des
Français, et le « regroupement forcé en gros villages » ∂Í mc◊r◊q◊ eùé◊ sÍ
x‡ ∂ÿ yÒ l◊ÿ (les / Blancs / commencèrent à / rabattre / village / jeter / sur / l’un
l’autre), qu’a été imposé à chaque village un nom et un « chef de village »
v◊m,x‡, chargé essentiellement de collecter l'impôt. De façon récente,
depuis 1998, la suppression de cet impôt par tête a fait disparaître en pays

2
Nom toujours affecté de la détermination tonale.

4
'bodoe cette fonction. Au Cameroun, où la structure politique est plus
structurée qu’en Centrafrique, Burnham souligne que de la même façon “the
most prominent village level institution today is the office of village
headman which […] was originally a colonial innovation ” (1980 : 108). Il
développe ensuite la difficulté d’être chef en pays gbaya.
La mémoire généalogique est réduite à quatre ou cinq générations. Je
donnerai, à titre d’exemple, la généalogie3 des ’Bodoe-toro que j’ai recueilli
et qui commence en ces termes.
"Je m’appelle &CÍjÍ. Ils m’ont mis au monde à McÍmf‡,yÒ,jÈlaÈ .
Mon père et les gens de ma famille, de mon lignage sont des chasseurs. Ce
sont des chasseurs. Un de mes aïeux, mon arrière-grand-père s’appelait
V◊m,vflfl. Un autre s’appelait Jo◊Ë◊»◊- V◊m,vflfl a mis au monde
Jo◊Ë◊»◊, puis Jo◊Ë◊»◊ a mis au monde F¨¨f¨¨, puis F¨¨f¨¨ a mis au
monde L◊s◊, puis L◊s◊ a mis au monde mon père, puis mon père m’a mis
au monde."
Le tableau suivant rassemble l’ensemble des données présentées.
Génération nom de l’aîné remarques chronologie
+5 V◊m,vflfl
+4 Jo◊Ë◊»◊ connu sous le nom de V◊m s‰ fflq◊ 1900
du village de Fa◊,gçe„ (III)
+3 F¨¨f¨¨ village de 'A…m,jùmf‡ (IV)
+2 L◊s◊ assassiné par les Blancs
+1 Y⁄»,mù,f¨â 1930
0 &CnjÍ village de McÍmf‡,yÒ,jÈlaÈ 1960

Il n’y a jamais eu de marchés en pays gbaya ’bodoe et très peu


d’échanges en dehors de ceux – lait et beurre contre manioc et condiment
fermenté d’Amblygonocarpus andongensis x◊j‡ – avec les pasteurs
nomades mbororo, en transhumance sur le territoire villageois pendant la
saison sèche.
La tradition orale ne comporte aucun récit historique. Quant aux contes
d’origine qui sont encore bien mémorisés, ils renvoient à une situation sans

3
Traduction d’un récit de vie enregistré en 1983.

5
relation avec la vie quotidienne où les animaux et les hommes vivaient dans
des villages distincts, chaque groupe ayant le sien : celui des serpents, celui
des hommes, celui des lépreux, celui des singes, etc. La plupart du temps, les
personnages animaux permettent facilement de référer à une caractéristique
physique ou comportementale qu’il serait moins aisée de spécifier pour des
humains – à l’exception des lépreux – mais agissent, dans les contes, comme
des hommes.

Histoire des déplacements du village actuel de Ndongué

Le plus ancien village se trouvait à la jonction entre les rivières éùlÒ


ds xȇ 'H(+ hk ne comprenait que des gens du lignage ÷Ècȇ,sÈqÈ- Il ne
portait pas de nom particulier. De là vers 1810, le village s’est déplacé en
bordure de la forêt de x∏÷∏, au niveau de la source de s‰,joÈxÈ (II), « à
l’ombre du Mitragyna stipulosa ». Là furent plantés des fromagers qui
témoignent de nos jours de son emplacement connu de nos jours sons le nom
de s‰,fflq◊ « à l’ombre des fromagers ». Il s’est agrandi de deux segments de
lignage ÷Èxfl othr c’un segment du lignage ÷Èf…»+ bdtw de l’ancien k…j- A
cette époque les lignages étaient désignés soit par leur nom, soit par le nom
d’un de leurs anciens. Vers 1860 cet ensemble de lignages s’installent à
fa◊,gçe„ (III) « les grandes pailles », en savane entre les rivières xȇ et
l◊„. Là un segment cadet des ÷Ècȇ,sÈqÈ descendit plus au sud sur un site
s◊,jÿxÿ « pierre à crabes » riche en minerai de fer, près de la source de
xfllaÿ. L’ancien de ce segment de lignage f¨‹f¨¨ était connu comme
« l’ancien de s‰,f‡qÿ » v◊m s‰ fflq◊, noté par Lenfant Antiguerem. Il porte
actuellement le nom de ÷…m,jùmf‡ (IV) « où est restée une cloche-double ».
Inquiets du passage des troupes françaises, ils rejoignirent alors le village
fa◊,gçe„. La menace pesant toujours, le village se déplaça vers 1910, sur
l’autre rive de la l◊„ et pris le nom de s‰,yÒ„ (V) « à l’ombre des Sorindéia »
où ils restèrent pendant tout le temps de l’occupation allemande (1911-
1914). Les segments aînés quittèrent alors cet endroit pour s’installer plus au
sud, aux limites du territoire de leurs ancêtres, sur la Mambéré. Ils ne purent

6
décider le segment cadet à les rejoindre, même par la force et ceux qui
restèrent à fa◊,gçe„ furent regroupés par les français avec d’autres lignages
÷ÈmfÈvflm, jÈsÍfå, Ë…»…q ,o◊‰... Ce gros village en bordure de la forêt de
m◊ÿ,rflflla◊◊ prit le nom de yÒ,jÈlaÈ (VI) « à l’orée de la forêt » et aussi
le nom de mcÍmf‡ « piment4 », noté en 1931 Ndongué par Boutin. Après la
construction de la route fÿkÍ,÷È»◊ - fa◊,x◊mfÿ,c„c„ 'A`x`mf`,chch( le
village fut contraint de se déplacer sur ladite route sur laquelle ils se
répartirent. Ne restèrent ensemble que les ÷Ècȇ,sÈqÈ, les ÷ÈmfÈvflm, les
÷Èxfl, les ÷Èf…» k…j et les ÷Èzôm bé-zálá, qui s’installèrent à l’ouest d’un
grand Daniellia oliveri jfl◊ rtq kd rhsd `oodk‡ mc◊xÿ fa◊,sù◊ (VII) « au
pied de la grande maison » car ils avaient dû y construire une grande case
pour les Blancs. Enfin ils se fixèrent un peu plus haut, à l’est de ce même
Daniellia oliveri et le site pris le nom de s‰,j‡ÿ (VIII) « à l’ombre du
Daniellia oliveri ». En 1974, sous la pression de l’administration, le village
dû se déplacer de quelques centaines de mètres pour se rapprocher de f◊kÍ,
÷È,jÈv‰. Depuis que le village est sur la route, il a toujours été nommé
mcÍmf‡,yÒ,jÈlaÈ « Ndongué à l’orée de la forêt ». (cf. carte 2).
Au niveau individuel, la mobilité est la solution pour tout individu qui
ne se sent pas bien là où il habite. Si une querelle dure ou que des menaces
de sorcellerie rendent quelqu’un vulnérable, celui qui se sent visé s’en
libérera en quittant sa résidence actuelle pour aller s’installer un peu plus
loin dans le village d’un parent ou d’un allié. Ce type de mobilité est assez
fréquente et répond au souci de se prémunir d’un environnement qu’on
perçoit comme néfaste. Le retour au village qu’on a ainsi quitté est rare.
Cette mobilité est également présente chez les Gbaya yaayuwee du
Cameroun que Burnham présente comme a “Stuctural fluidity in Gbaya
Residential Units” (1980 : 84).

L’expression linguistique de la mobilité

4
Il s’agit en premier d’un nom d’homme.

7
La mobilité ainsi décrite, qu’il s’agisse du déplacement d’un groupe,
d’une famille ou d’un individu, s’exprime en gbaya à l’aide du verbe jtq
« déplacer un lieu, migrer, essaimer » suivi du compément « village » x‡-
Employer seul ce verbe signifie, employé transitivement « lever, soulever »,
et intransitivement « se lever, se soulever ». Avec le complément « village »
x‡+ il sert en particulier pour parler de l’essaimage des abeilles f…q jùq◊ x‡
(abeille / [Link].D / village) ou d’un « oiseau migrateur » m ∏ jùq x‡
(oiseau / à lever / village). La migration est donc exprimée par l’indication du
déplacement du lieu de résidence habituel et permanent.
Les déplacements saisonniers liés à la pratique de diverses activités
sont, eux, exprimés par le terme « campement » fÒéù précédé du verbe rh
« s’en aller » ou mΩ « aller ». L’« installation » temporaire en brousse ∂
fÒéù (être/campement) fait partie du vécu des Gbaya. La nature de ces
campements est différente selon les participants et l’activité pratiquée (cf.
Roulon-Doko, 2001b : 153). Leur durée varie de huit à dix jours pour les
plus courts à plusieurs semaines pour les autres.
Tandis que le « village » représente l’espace d’implantation permanent
des hommes sur le territoire des ancêtres, le « campement », lui, est une
installation temporaire au sein du territoire dont les ancêtres sont les
véritables propriétaires. Seul le déplacement d’un village ou le changement
de village pour un individu, peut être considéré comme une « migration ».

En conclusion

Si l'existence de migrations est différemment attestée selon les groupes


Gbaya, en particulier entre ceux du Cameroun et ceux de République
Centrafricaine, toutes ces populations ont effectuées de nombreuses
mobilités. Pour ce qui est des Gbaya ’bodoe, la nature de leur rapport à la
terre – territoire de chasse –, leur conception du consensus et de la
responsabilité partagée, et leur méfiance vis-à-vis de tout pouvoir – absence
de chefs traditionnels –, témoignent de leur fort individualisme. Ils

8
continuent à vivre, sous la responsabilité de leurs ancêtres, sur un territoire
dont ils ont la maîtrise et sur lequel ils pratiquent une constante mobilité.

Q‡e‡qdmbdr ahakhnfq`oghptdr
BURNHAM, P., 1980, opportunity and constraint in a Savanna Society (The
Gbaya of Meiganga, Cameroon), Academic Press, London.
BURNHAM, P., 1996, The Politics of Cultural Difference in Northern
Cameroon, Edinburgh University Press.
BRUSSEAUX, E., 1908, Notes sur la race baya, Bull. et Mémoires de la
Société d’Anthropologie de Paris 9, Paris, pp. 80-103.
LENFANT, E., 1909, La découverte des grandes sources du Centre de
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MONINO, Y., 1995, Le proto-gbaya. Essai de linguistique comparative
historique sur vingt-et-une langues d’Afrique Centrale, Paris, Peeters-
SELAF.
ROULON-DOKO, P., 1996, Conception de l’espace et du temps chez les
Gbaya de Centrafrique, Paris, L’Harmattan.
ROULON-DOKO, P., 1998, Chasse, cueillette et cultures chez les Gbaya de
Centrafrique, Paris, L’Harmattan.
ROULON-DOKO, P., 2001a, Cuisine et nourriture chez les Gbaya de
Centrafrique, Paris, L’Harmattan.
ROULON-DOKO, P., 2001b, "Les campements saisonniers chez les Gbaya
de Centrafrique", in B. Brun, A-H Dufour, B. Picon et M-D Ribereau-Gayon
(éds.), Cabanes, cabanons et campements, formes sociales et rapports à la
nature en habitat temporaire, Editions de Bergier, pp. 145-151.
VIDAL, P., 1982, Tazunu, Nana-Modé, Toala, ou : de l'archéologie des
cultuers africaines et centrafricaines et de leur histoire ancienne,
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VIDAL, P., 1984, Archéologie du terrain centrafricain : une approche
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historique, Etudes et documents 18, Institut des pays d’outremer, Aix-en-
Provence, pp. 4-45.
VIDAL, P. 1992, Au-delà des mégalithes : archéo centrafricaine et histoire de
l’Afrique Centrale, in Essomba J.-M. (éd.), L’archéologie au Cameroun,
Actes du 1er colloque international de Yaoundé 6-9 janvier 1986, Karthala,
pp. 133-178.
ZANGATO, E. 2000, Les occupations néolithiques dans le Nord-Ouest de la
Centrafrique, Mergoil, Montagnac.
La notion de « migration » dans l’aire gbaya
Résumé :
Dans l'aire gbaya, divers auteurs font état de migrations qui préciseraient les
parcours les plus récents de certains groupes. Je ferai tout d'abord le bilan des

9
données accessibles, tant historiques qu’archéologiques afin de cerner la valeur de
cette notion de migration. Par ailleurs les Gbaya 'bodoe de Centrafrique connaissent
traditionnellement une forte mobilité des personnes, ainsi que les Gbaya kara en
général. Je tâcherai de présenter cette mobilité et d'en cerner les facteurs ainsi que
les conséquences. je m'attacherai aussi à relever le vocabulaire qui y réfère.
Mots-clefs :
Afrique Centrale, R.C.A., Cameroun, Gbaya, migration

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