Introduction aux systèmes politiques et démocratiques
Introduction aux systèmes politiques et démocratiques
Séance 1 : Introduction
Dans un système politique, on s’intéresse également au rôle des médias, à la garantie des
libertés ou des droits fondamentaux
I. Le système démocratique
1. Définitions générales
⇒ Démocratie selon Lincoln = “le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple”
Dans un système politique, il peut y avoir plusieurs régimes politiques car l’organisation
des pouvoirs varie au sein des différents régimes. Ce qui change principalement, c’est la
répartition entre les pouvoirs législatifs et exécutifs
Dans le régime parlementaire, le pouvoir exécutif est représenté par le chef de l’Etat qui a
souvent un rôle symbolique (Exemple: reine en Angleterre) et le chef du gouvernement
(premier ministre = celui qui a vraiment le pouvoir)
Le pouvoir législatif est exercé par le parlement et ses deux chambres parlementaires :
- Assemblée nationale : avec des députés élus régulièrement
- Sénat : avec des sénateurs élus tous les 6 ans
Dans ce type de régime, il y a une collaboration étroite entre le pouvoir exécutif et législatif.
Il y a un système de dépendance réciproque car les deux peuvent se renverser
mutuellement
Exemple : Après son élection au UK en tant que premier ministre en 2022, Boris Johnson a été
soumis à un vote de confiance suite à son scandale pendant le covid
⇒ Cela permet une bonne collaboration entre les pouvoirs : le parlement n’est pas plus
puissant que le gouvernement et inversement (aucun pouvoir ne domine l’autre)
2. Le régime présidentiel
Dans un régime présidentiel, la seule personne qui a un pouvoir exécutif est le président (et
ses ministres mais n’ont pas d’autonomie = secrétaires de l’Etat)
⇒ Chef de l’état et du gouvernement = président de la république + ministres
Le pouvoir législatif n’est exercé que par le parlement, composé de deux chambres. Ce n’est
donc que le parlement qui possède l’initiative législative. Il n'y a donc pas d’interdépendance ou
de collaboration mais une séparation stricte des pouvoirs.
Exemple : Les États-Unis = démocratie : les deux pouvoirs travaillent de façon indépendante
Le président n’est pas plus important que le parlement car il ne peut pas faire de lois
- Le pouvoir législatif ne revient qu’aux parlementaires
- Si le président refuse une loi du parlement : il ne peut pas automatiquement ou
facilement s’opposer (mise à part son droit de veto)
Il existe alors un système de poids et contrepoids (check and balances) qui permet de
limiter et de surmonter les blocages entre les deux pouvoirs. Le chef de l’Etat dispose d’un
droit de veto sur un texte qui aurait été voté mais qui ne lui convient pas. Ce droit de veto ne
marche que si le texte n’a pas obtenu plus de 2/3 de leurs voix.
En retour, les assemblées peuvent lancer des enquêtes très poussées à l’encontre du pouvoir
exécutif sur ses membres. De plus, le sénat peut initier une procédure de destitution du pouvoir
(impeachment) du président (s’il y a assez de voix)
Séance 2 : La Vè République, un régime hybride ?
Nicolas Roussellier tente d’expliquer pourquoi le président a pris autant d’importance en France
La Vème République est instaurée pour mettre fin à l’instabilité politique de la IVe République
(président pas assez fort et parlement qui a du mal à trouver un consensus). Pendant la IVe
République, le premier ministre dirigeait mais pouvait se faire renverser par l’Assemblée (les
députés), ce qui entrainait une instabilité politique. La Vème République est un régime
parlementaire dans lequel le pouvoir exécutif domine le pouvoir législatif. L’idée est de faire du
président l’homme fort du régime.
Cette transition a été renforcée par la guerre d’Algérie et le changement du mode de scrutin.
En 1958, pendant la guerre d’Algérie, De Gaulle revient au pouvoir après la demande du
président René Coty et devient le dernier président du conseil de la IVème République
(équivalent du premier ministre). René Coty lui demande alors de former un gouvernement et
de trouver une solution à la guerre d’Algérie.
Cependant, De Gaulle veut avant tout réformer les institutions de la IVème République : pour
lui, le principal problème est que l’Assemblée nationale est élue au scrutin proportionnel. Ce
mode de scrutin attribue les sièges de l’Assemblée selon le nombre de voix. On votait pour une
liste représentant un parti politique et non pas pour une personne. Beaucoup trop de partis
étaient représentés au Parlement.
Ce mode de scrutin est critiqué car il favorise l’instabilité ministérielle vu qu’il n’incite pas les
partis à faire des coalitions et aucune majorité claire ne se dégage. Sous la IVe, entre 1946 et
1958, les gouvernements se succèdent : 24 au total, soit un changement de gouvernement tous
les 6 mois.
De Gaulle avec son gouvernement rédige une nouvelle constitution qui sera celle de la Vème
République, approuvée par le référendum et promulguée le 4 octobre 1958.
Cependant, aujourd’hui dans un quinquennat, le président n’a pas assez de temps pour réaliser
son programme ou obtenir des résultats. Le rôle des médias a également une importance forte
: un président qui s’exprime trop peut être mal interprété et un président qui ne s’exprime pas
assez peut perdre l’avis de l’opinion publique.
● Le Sénat : scrutin indirect, scrutin mixte = à la proportionnelle pour 52% des sénateurs,
majoritaire pour 48%.
Nicolas Roussellier explique que le régime français hérite d’une sphère politico-ministérielle
qui était chargée de préparer les réformes. Les lois viennent le plus souvent des ministres
plutôt que des parlementaires (du gouvernement plutôt que du parlement)
Une fois un projet ou une proposition de loi soumis au parlement. Il y a une navette
parlementaire (échanges) entre les deux chambres qui doivent se mettre d’accord sur un seul
et même texte. S’il y a un désaccord et qu’il persiste, il y a une commission mixte paritaire,
composée de 7 députés et 7 sénateurs, pour trouver un compromis.
- Si aucun accord n’est trouvé, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot.
2. Contrôler le gouvernement
Il nomme le premier ministre, qui doit être le chef du plus grand groupe parlementaire et trois
membres du conseil constitutionnel.
- Art 11 : Le président peut soumettre au référendum une question sans passer par
le parlement
- Art 12 : Le président peut dissoudre l’Assemblée nationale après avoir consulté son
premier ministre et les présidents des deux chambres. Il peut prononcer un discours
devant les parlementaires lors d’un congrès à Versailles
Le gouvernement est dirigé par le premier ministre qui conduit et dirige la politique de la
Nation. Il fixe les orientations politiques. Le gouvernement exerce le pouvoir réglementaire (=/=
domaine de la loi).
- Premier ministre = Homme fort du régime mais était trop souvent renversé
Un régime qui évoluera vers la conception de De Gaulle, résumée par Nicolas Roussellier :
« Un chef d’Etat doit guider et contrôler la marche de la nation surtout en période de crise mais
sans dépendre personnellement du jeu des partis ».
Séance 3 : La Vè République, un régime hybride ? (suite)
Présidents Français :
1. Charles De Gaulle = droite
2. George Pompidou = droite
3. Valéry Giscard d’Estaing = droite
4. François Mitterrand = gauche
5. Jacques Chirac = droite
6. Nicolas Sarkozy = droite
7. François Hollande = gauche
8. Emmanuel Macron = gauche
Cela permet aux responsables politiques d’avoir une base, la Constitution. Cependant, « il ne
suffit pas de lire la constitution écrite pour connaître la constitution écrite » selon Pierre Avril qui
pense que la pratique politique peut être différente et interpréter la constitution de différentes
manières. Ce n’est donc pas le droit constitutionnel qui décide de tout mais plutôt le président.
Exemple : dans la Constitution, on ne précise pas comment le premier ministre arrête son
mandat : si on suit la Constitution écrite, il démissionne de son plein gré ou les parlementaires
le forcent à démissionner or dans la pratique, c’est plutôt le président qui appelle le premier
ministre à démissionner.
Dans la pratique : le 1er ministre ne reste à son poste que s’il a la confiance du président et le
président peut l’inviter, l’appeler “courtoisement” à présenter sa lettre de démission
Compromis dilatoire = donnent lieu à des conventions de la constitution = accords non écrits
qui résultent du jeu politique
C. Le parlementarisme rationalisé
- Mise en place du scrutin uninominal majoritaire à 2 tours : pour élire les députés:
- Il favorise les grandes coalitions : majoritaire + 2nd tour
- 4e Rép: avec la proportionnelle, trop de partis en désaccord étaient représentés
au législatif
- Depuis la réforme de 2007, l’usage de cet article est limité à une fois par session
parlementaire (1 fois par an), mais exception faite aux textes budgétaires (lois de
finance, réforme des retraites) ⇒ usage illimité
- On peut avoir l’idée de faire passer toutes les lois dans une réforme budgétaire
pour pouvoir utiliser le 49/3 plus d’une seule fois par session.
⇒ S’il ya une majorité à l’assemblée, le texte passe facilement sans débat
Exemple : 49/3 en 2023 : de projet de loi de financement rectificative
Ils s’assurent de vérifier la constitutionnalité des lois. Il y a une hiérarchie des normes et toutes
les normes doivent être conformes à la constitution. Les anciens présidents de la République
peuvent y siéger à vie s’ils le veulent.
Saisine : la saisine du conseil constitutionnel
Avant, les modes de saisines étaient restreints. Soit le président, soit le premier ministre, soit le
président d’une des deux assemblées pouvait saisir le conseil constitutionnel avant la
promulgation de la loi
Conclusion
Le régime français est de nature parlementaire avec une collaboration étroite entre les pouvoirs
mais il attribue un rôle prépondérant au président de la république grâce aux compromis
dilatoires (non écrits = interprétation individuelle de la constitution) ainsi qu’à des mécanismes
de parlementarismes rationalisés (écrits).
Séance 4 : La bipolarisation de la vie politique au service de la présidentialisation
Bastien François :
Des « modernisateurs de la haute fonction publique » qui vont trouver « dans le changement
constitutionnel l’occasion inespérée de chercher à transformer à leur profit les règles du jeu
politique pour réaliser le programme de modernisation de la société française dont ils se
veulent les principaux maîtres d’œuvre »
Delphine Dulong: Choix de "fidèles compagnons", avec des profils de "technocrates" pour
occuper le poste de PM, plutôt que des députés disposant d'une importante légitimité politique
B. Conséquences
Pour Bastien François, au départ, la droite gaulliste avait une majorité nette mais pas une
opposition nette. A partir de 1962, la gauche gagne des places à l’Assemblée mais reste
désordonnée et minoritaire
⇒ Refus des principales forces politiques d’adopter une lecture présidentialiste des institutions.
A partir du milieu des années 70, le parlement va fonctionner dans une logique majoritaire
notamment de la part des forces de gauche qui font une entrée progressive dans la logique
majoritaire (union de la gauche aux législatives de 73 et 78)
⇒ Réconciliation soudaine des forces de gauches dans la logique majoritaire (BF) : ils se
sont rendus comptes qu’il serait intéressant de se rallier au jeu de l’élection présidentielle et aux
faits majoritaires des forces législatives
La même chose se passe à l’élection présidentielle de 1981 : F. Sawicki montre que la gauche
rentre dans la logique présidentialiste d’opposition gauche/droite et au fait majoritaire pour les
législatives. Quelques années avant, en 1977, la gauche unie présente des candidats aux
municipales et ont essayé de politiser ces élections locales pour montrer qu’une autre politique
est possible en faisant une alliance.
Les partis vont alors se diviser en deux blocs : la droite et la gauche (plusieurs branches
politiques à l’intérieur des blocs). On entre dans un système de partis bipolaire.
- Système de partis = règles et relations qui existent entre les partis
B. La discipline partisane
Au fil du temps, il y a de plus en plus de moyens pour mener une campagne qui vont être
fournis par les partis politiques ce qui crée une certaine dépendance. On reste et milite alors au
sein des partis, on obéit (au niveau des votes) et on a du mal à se défaire de ces partis ce qui
renforce les partis les plus établis, ceux qui ont le plus de moyens (UMP, LR, MPF)
Cette discipline en renforçant les partis les plus établis, renforce la bipolarisation et donc
la prééminence présidentielle ou la présidentialisation du régime
- Les sondages homogénéisent les camps politiques et proposent une vision binaire de
la politique (« êtes vous de gauche ou de droite »)
- Les médias personnifient la vie politique où une personne représente un camp entier
Exemple : débats du second tour : entre les candidats = prééminence du président
Autre remarque :
- Tendance à favoriser les candidats charismatiques / autoritaires, l’homme providentiel
(voire autoritaire) : Benoît Hamon (“je ne suis pas l’homme providentiel”)
Conclusion
La vie politique française depuis 1958 s’est bipolarisée en deux blocs. C’est le cumul de trois
éléments structurels qui permettent de comprendre comment une majorité stable s’est formée
au profit d’un président toujours plus prééminent. L’évolution des forces de gauche et leur
ralliement à cette logique majoritaire permet de comprendre comment un second bloc uni s’est
constitué. La bipolarisation a perduré pendant des décennies étant favorisée par la discipline
partisane et par le fait qu’elle symbolise deux camps politiques bien définis. Cette bipolarisation
s’est faite pour B.F au service de la présidentialisation car elle permet au président d’être libre
d’agir et de renforcer sa primauté face au premier ministre et face aux parlementaires.
Séance 5 : De la cohabitation à la fin de la bipolarisation
Le modèle de la bipolarisation a perduré jusqu’en 2017 où il a atteint ses limites. Il est arrivé
que la majorité parlementaire ne soit pas du même bord que le président.
A. La lecture présidentialiste
De Gaulle voulait que le président ait le pouvoir, d’où les compromis dilatoires, l’usage du
référendum et les mécanismes de parlementarisme rationalisé. Cela fait que la
personnalité, le prestige de De Gaulle ont donné une lecture très présidentialiste de la
Constitution ce qui fait du gouvernement un simple exécutant de la politique définie par le
président. Suite au départ de De Gaulle, ses successeurs ont réussi à conserver l’image qu’il
avait donnée à la fonction parlementaire.
Le fait majoritaire parfait est la situation dans laquelle le président a une majorité
parlementaire solide et où les successeurs de De Gaulle ont su faire face aux tentations de
certains premiers ministres qui ont voulu se mettre en compétition avec le président.
La dyarchie (concept de Daniel Bourmaud) correspond au fait que les deux têtes de
l’exécutif sont en concurrence mais l’une domine l’autre
Exemples :
- Jacques Chaban-Delmas (PM de Pompidou): voulait s’affirmer face au président et
mettre en place un programme de nouvelle société que Pompidou ne voulait pas (de
droite =/= progressiste). Il a fait le tour des médias et Pompidou a fini par lui demander
de démissionner. Dès le début de l’investiture du nouveau PM, Pompidou lui a demandé
de signer en blanc une lettre de démission non datée qu’il pourrait remplir au besoin.
L'idée est de permettre au président de maintenir un certain contrôle sur le gouvernemet
- Édouard Balladur (PM de Mitterrand) : les deux siégeaient au conseil européen alors
que seul le PM devait assister : volonté de Mitterrand de dire que le PM ne va pas seul
- François Fillon (PM de Sarkozy): le PM est un collaborateur, le patron c’est moi : l’idée
c’est pas d’avoir un président neutre mais un président politisé, chef d’un camp politique
B. La lecture parlementaire
La lecture des institutions permet alors un retour à la constitution écrite : on n’applique que la
constitution et pas son interprétation
Exemples de cohabitations :
1986-1988 : François Mitterrand (PR/PS), Jacques Chirac (PM/RPR)
- cohabitation difficile et compliquée : Mitterrand critiquait la politique du
gouvernement et n’était pas très consensuel : refusait de signer les décrets et les deux
se préparaient pour la présidentielle suivante et ne cherchaient donc pas à se mettre
d’accord
Mais tout cela ne se fait pas au profit du parlement. Certes, on a un rééquilibrage des
pouvoirs au profit du PM, mais ça ne favorise pas l’Assemblée nationale. On pourrait
penser cela car les deux sont du même bord mais c’est faux. L’Assemblée nationale reste
subordonnée à l’exécutif (Daniel Bourmaud) car le PM a toujours des armes qui contraignent
les parlementaires (Exemple: le 49/3, les ordonnances)
A. La fin de la bipolarisation
Le Parlement français a longtemps été divisé en deux blocs (clivage gauche/droite) jusqu’en
2017). Cependant, dans les années 80, des politistes comme Frédéric Sawicki parlent d’une
fragmentation de la vie politique française dans le sens où de nouveaux partis qui défendent
de nouveaux enjeux se développent en dehors des cohabitations traditionnelles (en dehors du
bloc de gauche et de droite traditionnels)
- Exemples : le Front National (Rassemblement National) et Europe Ecologie Les Verts
Dans les années 2000, on peut parler de bi-partisme : quasiment que 2 partis politiques, le PS
étant devenu le parti dominant dans le bloc de gauche et l’UMP (ancêtre de LR) dans le bloc de
droite. C’est le scrutin majoritaire qui ne permet pas l’émergence de petits partis
Sur le long terme, les grands partis traditionnels (PS et UMP) ont été accusés de ne pas avoir
de politique véritablement différente. En conséquence, de nouveaux partis se sont développés
(LREM, RN) en dehors des deux blocs ce qui a contribué à affaiblir ces partis traditionnels.
En 2017 : second tour entre Le Pen et Macron : aucun n’appartient ni à la droite classique ni à
la gauche
- Macron (LREM) l’emporte (majorité) à l’Assemblée nationale : fin de la bipolarisation
- à l’Assemblée : très grand bloc de LREM (350 députés), bloc de gauche (70 députés),
bloc de droite (137 députés) et un très petit bloc front national / RN (8 députés)
En 2022 : c’est Ensemble qui a une majorité présidentielle relative (n’ont pas +50% à l’AN mais
plus grand bloc) avec comme force d’opposition la NUPES, le RN et l’union de la droite
Cependant, il rappelle que ce clivage gauche/droite est encore brouillé et redéfini car il y a
encore beaucoup d’électeurs qui sont capables de se positionner sur un axe droite et
gauche et qu’il y a un positionnement centriste de LREM qui ouvrirait la voie à une
régénération de ce clivage autour de ce qu’il appelle la « vrai gauche » et la « vrai droite ».
Pour lui, le clivage existe encore totalement.
C’est plus compliqué aujourd’hui pour le président d’avoir une majorité parlementaire puisque
nous ne sommes plus en bipolarisation et cela implique de négocier avec les autres partis.
En effet, avoir trois blocs au lieu de deux rend plus compliqué d’avoir 50%.
Partis politiques = organisations durables qui possèdent des ancrages locaux et dont
l’objectif est de conquérir le pouvoir grâce au soutien populaire
Sawicki ajoute que “ les partis politiques eux-mêmes se présidentialisent ” car ils vivent en
fonction de l’élection présidentielle : leur organisation au quotidien est marquée par cette
élection. Il y a souvent des luttes au sein des partis pour le leadership présidentiel (chacun
veut trouver son candidat idéal). Pendant longtemps, ces candidats étaient élus par les
cadres des partis mais, depuis quelques années, il y a d’autres manières de sélectionner ce
candidat :
1. Elections internes : c’est les adhérents (cotisants) au parti qui choisissent
2. Primaires ouvertes : c’est les sympathisants (pas cotisants) qui choisissent le candidat
à l’Assemblée nationale
Ces luttes peuvent nuire à la crédibilité du parti car elles révèlent des dissensions ou des
tensions internes malgré leur appartenance au même parti.
On assiste à une « partisanisation des élections » selon Daniel Gaxie car ce sont les partis
qui sélectionnent les candidats à qui ils octroient des moyens financiers et humains permettant
de faire une campagne.
Cependant, il ne faut pas sous-estimer la force des partis traditionnels. Ils ne vont pas
disparaître au profit des partis personnels puisqu’aujourd’hui beaucoup s’identifient encore
au PS ou à LR. Au niveau local, les partis traditionnels ont des fiefs territoriaux, ils ne vont
donc pas disparaître.
Le président de la République a toujours une image moins valorisée car on attend tellement de
lui que dès qu’il n’est pas à l’hauteur de nos attentes, on est déçu.
Depuis la fin du XIXème siècle, il y a de plus en plus d’individus qui sont devenus des
représentants du peuple qui vivent de la politique et pas seulement pour la politique. Le 19ème
siècle est un siècle de transition démocratique : il y a une intensification de la vie électorale.
On passe d’un suffrage censitaire à un suffrage universel et il y a une entrée de nouveaux
acteurs politiques (de plus en plus d’individus qui peuvent faire de la politique) ce qui intensifie
la concurrence électorale. Avant, l’activité politique était dominée par des notables (gens riches
sans métier), elle appartenait à l’élite dominante. Dans ce siècle de transition, l’activité
politique se professionnalise et le fait de faire de la politique devient une carrière. Dès
1852, on est payé si on est député.
Les professionnels de la politique sont ceux qui monopolisent le savoir faire nécessaire à
la conquête, à l’exercice et au maintien du pouvoir
Le fait de payer les députés devait permettre de faire émerger des individus de milieux sociaux
différents.
« L'homme politique tient sa force politique de la confiance qu'un groupe place en lui. Il tient sa
puissance proprement magique sur le groupe de la foi dans la représentation qu'il donne au
groupe », Pierre Bourdieu
Selon Bourdieu, le coup de force symbolique caractérise le fait que l’élu d’une majorité
d’électeurs soit considéré comme le représentant de tous les habitants (y compris ceux qui
n’ont pas voté pour lui ou ceux qui n’ont pas voté du tout)
Dans une démocratie représentative, les élus parlent et prennent des décisions au nom
de l’entièreté du peuple ce qui peut créer des tensions entre la volonté propre de l’élu et la
nécessité de prendre en compte les intérêts collectifs de toute la société
Malgré toutes ces mesures prises, les professionnels de la politique restent des cadres.
Le développement des partis implique donc l’émergence d’élites au sein des partis car ceux
qui ont des connaissances juridiques sont ceux qui en avaient les moyens. Le pouvoir finit par
être réservé à ce petit groupe de personnes qui appartient le plus souvent aux catégories
dominantes et il en déduit une loi plus générale : la loi d'airain de l’oligarchie
Selon cette loi, toute organisation a tendance à produire une élite oligarchique
On pourrait se préoccuper du fait que les cadres/élites pourraient se focaliser sur la conquête
de postes de pouvoir et oublier la raison d’être du parti.
La crise de la représentativité des élus : Des auteurs montrent que le mode de financement
de notre démocratie et notamment des partis avantage les plus aisés en particulier par rapport
aux dons que reçoivent les partis.
Julia Cagé (économiste) montre que les 10% des personnes les plus riches font des dons
généreux aux partis qu’ils soutiennent. Elle en déduit que les personnes les plus aisés
participent davantage au financement des campagnes électorales des partis qu’ils soutiennent.
Origine sociale des élèves des classes préparatoires et des grandes écoles (CPGE) :
- 7,1% des élèves de CPGE sont enfants d’ouvriers
- 68,8% des élèves de l’ENA sont enfants de cadres vs 4,5% d’enfants d’employés
- Parmi l’ensemble des élèves : 34,4% = enfants de cadres / 16,8% = enfants d’employés
Sciences Po et l’ENA sont très sélectives. Malgré leurs efforts, ces écoles reproduisent les
inégalités économiques et sociales. La majorité des étudiants de ces écoles sont issus des
catégories supérieures. En effet, ce sont les étudiants avec le parcours le plus prestigieux qui
sont pris (excellent résultats scolaires, stages, séjours à l’étranger). Or avoir de bons résultats
scolaires n’est pas totalement indépendant de l’aisance, et pour faire des stages, des séjours à
l’étranger, il faut appartenir à une certaine classe sociale.
Selon Bourdieu, la réussite scolaire dépend en partie de notre origine sociale. Dans un
contexte de massification scolaire (de plus en plus de gens qui veulent être diplômés), les
catégories supérieures de la population, particulièrement informés de cette massification, et qui
ont peur du déclassement (de leurs enfants), investissent davantage dans ces écoles pour
que leurs enfants conservent leur valeur sur le marché du travail (payent plus pour les
études, réseau pour les stages, séjour à l’étranger, …)
Il y a donc une sélection scolaire mais également sociale, qui participe à créer une future élite
politique. Pour lui, il y a une noblesse d’Etat, un groupe social qui est le produit d’une
socialisation singulière, qui repose sur des parcours scolaires sélectifs et dont les
membres font carrière dans l’administration voire dans la vie politique.
Il y a donc une crise de la représentativité des élus pour mettre en avant qu'aujourd'hui
encore, les professionnels de la politiques restent une élite à part.
Exemple : origine sociale des élèves : pendant 10 ans : ça n’a presque pas évolué du tout
C’est pour cette raison que Macron supprime l’ENA et met à la place l’Institut National des
services Publiques = moins inégalitaire que l’ENA qui est une énarchie, une oligarchie dans
laquelle toutes les personnes politiques viennent de l’ENA
Pour Marie-Anne Cohendet, plusieurs facteurs expliquent que les français ne se sentent plus
représentés par la classe politique :
1. la corruption, les affaires, …
2. l’incapacité des politiques à changer l’avis des citoyens : sensation que aller voter
ne change rien, tout est décidé à un niveau qu’on ne peut contrôler
3. “Les citoyens votent pour des hommes politiques très différents d’eux donc ils se
sentent éloignés de cette classe politique qui n’est pas à leur image, surtout pour
les plus démunis qui s’identifient très difficilement à l’élite politique”, Marie Anne
- Il peut y avoir une vision très différente entre les représentés et les représentants (gilet
jaune)
Pour augmenter le taux de participation au vote électoral, elle propose d’organiser des débats
et des votes sur internet, d’utiliser davantage le référendum, de rendre le droit de vote
obligatoire (comme en Belgique)
D’autres proposent de créer des bons pour l’égalité démocratique qui seraient pour toute la
population pour remplacer les dons alloués par chaque citoyen au moment de la déclaration de
leurs revenus. Chaque citoyen choisirait alors comment répartir l’argent de l’Etat entre le
financement de chaque parti, pour que les dons ne viennent pas que des plus riches.
A. La sous-représentation féminine
La sociologie du genre analyse la façon dont ce système produit ces deux catégories, les
hiérarchise et leur attribue des valeurs et représentations. Affirmer qu'il s'agit d'une
construction sociale permet de le réactualiser, de ne pas le considérer comme quelque
chose d'immuable.
En politique, on observe un maintien d’une forme d’élites issue de classes sociales élevées qui
ont bénéficié d’études prestigieuses et cela permet d’expliquer en partie la sous-représentation
des femmes en politique.
Les femmes ont longtemps été reléguées, assignées aux tâches domestiques tandis que les
hommes travaillent. La politique est alors réservée aux hommes qui étaient les seuls intéressés
En 1944, les femmes ont obtenu le droit de vote, ce qui a permis à certaines d'entre elles
d’entrer en politique même s’il a fallu du temps avant qu’il n’y ait de femmes élues. En 1986, il
n’y avait que 34 femmes à l’assemblée, ensuite 71 en 2002, puis 215 aujourd’hui.
La parité est la recherche d’une égalité parfaite et réelle entre les hommes et les femmes
dans l’accès à la sphère politique.
En 1999, on a ajouté à la constitution cet objectif de parité
Loi du 6 juin 2000 : demande la parité au niveau des candidatures dans les scrutins de listes
et pour les scrutins uninominaux
D’après les deux auteures, quand il faut les investir (arriver au 50%), les femmes sont le plus
souvent placées dans des circonscriptions où on sait qu’elles vont perdre. Les femmes
sont également moins présentes dans les mandats les plus importants et valorisés ou à la
tête de l’exécutif : Elles sont souvent conseillères départementales, régionales, … mais
rarement présidentes de région ou maires.
Des contraintes fortes ont été mises en place dans certaines élections moins importantes ou
prestigieuses pour bien respecter l’alternance des femmes mais qui montrent en réalité des
hiérarchies implicites du champ politique. Grossièrement, on contrôle là où les femmes
n'exercent pas. (député = plus prestigieux que conseil régional)
La parité est atteinte dans des cas très contraignants comme les élections départementales où
on vote pour des binômes et c’est obligatoire que ça soit des binômes H/F.
Conclusion
L’intégration de nouveaux professionnels de la politique n’a pas permis de répondre
véritablement à la crise de représentativité des élus. Cela a mis fin à un ancien système où
seuls les notables locaux pouvaient s’engager en politique mais le personnel politique conserve
une homogénéité sociale et des parcours relativement similaires puisque les inégalités sociales
persistent et peuvent nuire à l’engagement.
L’intégration des femmes s’est également faite petit à petit, notamment grâce à l’intervention
des pouvoirs publics, mais ces mesures restent imparfaites puisqu’elles sont plus ou moins
coercitives et que les partis politiques savent et cherchent parfois à contourner les lois
Il y a régulièrement en France et dans toutes les démocraties des élections avec des candidats
qui essaient d’obtenir le plus de suffrages en réalisant des campagnes électorales. Face à cela,
plusieurs sociologues et politistes se demandent comment les choix des électeurs se
forment, et comment les candidats arrivent à fidéliser leurs électeurs.
Le but est de comprendre les comportements et préférences des citoyens = ce qu’est le vote
Le vote comme fait social (E. Durkheim) : des manières de faire qui s'imposent aux individus
et qui leur sont extérieures ; un ensemble de régularités de pratiques sociales qui exercent sur
l'individu une force de coercition externe.
Le vote n’est alors pas juste personnel, individuel résultat d’une réflexion interne rationnelle, il
ya des choses extérieures, des influences extérieures qui vont faire qu’on soit destiné à voter
pour un parti et pas pour un autre. Il est illusoire de croire qu’on vote pour un parti uniquement
car on adhère à son idéologie.
Comment le vote a t-il été interprété par les différents paradigmes de la sociologie
électorale ?
A. Le modèle écologique
Le modèle écologique a été imaginé par André Siegfried dans les années 1900. Il développe
l’idée d’une stabilité du vote dans le temps dépendant des territoires. Il énonce un modèle
multifactoriel de production sociale des votes.
- Au sud : sol composé de calcaire = sols peu irrigués = habitat concentré autour des
quelques points d’eau, petites propriétés dans centres urbains = rôle majeur de la petite
bourgeoisie = vote de gauche
Dans les années 40 apparaît un courant de pensée à l’école (courant de pensée) de Columbia.
Paul Lazarsfeld propose deux hypothèses sur la détermination du vote :
- le vote des électeurs est influencé par les médias
- les électeurs utilisent toutes ces infos pour faire un calcul rationnel (coût, bénéfice)
Résultat de son étude :
Il se rend cependant compte que la puissance des médias est un mythe car les électeurs
sont peu informés sur la politique et les enjeux de l’élection (gens informés = minorité). De plus,
puisqu’ils sont faiblement intéressés, c’est aussi un mythe de penser qu’ils vont effectuer un
calcul rationnel. Alors qu’est ce qui fait que l’on vote pour un candidat ou pour un autre ?
Sophia Maurer
Collaboration politique : Le vote est avant tout une expérience de groupe, avec les personnes
qui nous sont proches : c'est le résultat de discussion antérieures avec notre famille/nos pairs
qui entraîne notre socialisation politique = ensemble des mécanismes et des processus
de transmission et d’incorporation des valeurs, attitudes, opinions et représentations du
monde politique. Au sein de ces groupes, il existe des leaders d’opinions (intéressés par la
politique) qui peuvent avoir une influence forte.
Anne Muxel
Elle fait une enquête qui montre qu’environ 2 français sur 3 continuent à faire leur choix
idéologiques/politiques comme leur parents : votent comme leur parents votent
Il montre que toutes ces variables influencent notre vote (caractéristiques communes entre
ceux qui votent à droite). Par exemple, aux Etats-Unis, les protestants aisés qui vivent dans des
zones rurales votent à droite alors que les catholiques dans les zones urbaines moins aisées
votent à gauche et appartiennent souvent à des classes moyennes et pauvres.
Ainsi, on a :
- protestantisme + classes supérieures + zones rurales = droite
- catholicisme + classes moyennes et pauvres + zones urbaines = gauche
Tous ces facteurs ne veulent pas dire qu’il n'y a pas de rationalité, qu’on ne réfléchit pas à notre
vote, ça veut simplement dire que ça influence notre vote et que ça augmente la probabilité de
se diriger vers un parti plutôt qu’un autre.
Beaucoup de travaux s’inscrivent dans ce modèle et ajoutent plein de variables. Pour Anne
Cécile Douillet, il y a une diversification et une précision des variables : âge, sexe, lieu de
résidence, niveau d’instruction, division de certaines catégories sociopro (les cadres publics ⇒
votent beaucoup plus à gauche =/= cadres privés ⇒ à droite). Elle rappelle cependant que des
variables aujourd’hui ne marchent plus, notamment le vote à gauche des ouvriers (RN/pas)
II. Les ruptures avec les premiers travaux : vers un électeur rationnel de plus en
plus volatil
Certains remettent en cause les modèles déterministes pour défendre l’idée d’un électeur
stratège qui serait capable d’évaluer l’offre électorale et qui opterait pour un candidat de
manière objective
D’après Anthony Downs, comme les individus sont plus instruits qu’à une certaine époque, ils
peuvent se positionner par rapport aux programmes indépendamment de leur milieu social.
Tous les électeurs votent alors pour le candidat qui leur assure la meilleure utilité
marginale : promettre moins la hausse d’impôts, la hausse de salaire
Max Weber définit la rationalité instrumentale comme étant un calcul coût bénéfice.
Tous les électeurs ne peuvent faire ce calcul rationnel car il faudrait qu’ils soient tous
intéressés et bien informés et capables de se positionner dans le champ politique.
En 1991, Samuel Popkin a développé cette théorie selon laquelle, c’est logique pour un
électeur d’économiser son énergie et de ne pas aller accumuler les informations même
quand on a un niveau d’instruction élevé. Avoir du capital culturel ne suffit pas pour augmenter
son niveau de connaissance. Les informations qu’un électeur va recueillir seront toujours
insuffisantes pour décider en toute rationalité. Les électeurs sont raisonnables et mettent en
place une stratégie d’avarice cognitive qui consiste à ne pas passer trop de temps à
collecter des informations et à se décider à partir d’éléments éparses (pauvres en info)
comme la personnalité des candidats, ou bien une proposition en particulier, ou des
marqueurs idéologiques, signaux politiques, appartenance religieuse
Exemple : Marine Le Pen :
- victime à l’école = émotions ⇒ c’est qlq chose que je ne referais pas = personnalité
- je crois au ciel = croyance religieuse ⇒ ceux qui croient en Dieu, votez pour moi
C. La volatilité électorale
La volatilité électorale, c’est le fait de ne pas voter pour le même bord politique d’une
élection à l’autre. C’est la mobilité politique entre deux élections, ou entre deux scrutins
d’une même élection. L’électeur rationnel effectue ainsi pour chaque élection un calcul coût
bénéfice. Dans les années 80 en France, il y a eu une hausse de la volatilité électorale due à
la transformation du paysage politique. Les partisans de la théorie de l’électeur rationnel
estiment que les électeurs votent pour un candidat différent parce qu’il y a moins d’attachement
traditionnel, familial à un parti. Les variables sociologiques pèseraient alors moins sur le vote et
les électeurs plus informés
Patrick Lehingue explique que la volatilité électorale n'est pas nouvelle. Il y en a déjà eu
sous la 4e République. Cependant, le fait qu’il n'y ait plus “seulement” deux blocs qui
s’opposent augmente la volatilité électorale. Ceci s’explique à nouveau par la transformation du
paysage politique. La volatilité se retrouve à l’intérieur des grandes familles politiques. Elle est
d’autant plus importante lorsqu’on est centriste
Nonna Mayer dit qu’il s’agit d’un calcul indépendamment de tout attachement à un parti. Elle et
Daniel Boy disent qu’un seul électeur sur 10 franchit la barrière gauche / droite d’une élection à
l’autre
Anne-Cécile Douillet affirme que le vote en lui-même n’est pas juste rationnel mais aussi un
acte social civique car on a inculqué l’idée qu’il était important de voter.
Conclusion
Les préférences politiques ont été analysées par différents chercheurs qui ont montré qu’on ne
peut expliquer le vote comme un acte purement individuel et rationnel.
Muriel Darmon rappelle que les individus intériorisent des normes, des valeurs, des préférences
à travers différentes instances de leur socialisation (famille, religion, école).
Faire de la sociologie politique, c’est comprendre comment la société fonctionne, mais c’est
aussi s’intéresser au vote qui est un comportement politique plus complexe qu’il en a l’air qui
peut s’expliquer par des formes de rationalités mais qui reste avant tout lié par des facteurs
sociologiques des individus.
Séance 8 : CC
Séance 9 : L’abstentionnisme
En 2001, Anne Muxel et Jérôme Jaffré expliquent qu’il n'y a pas qu’une explication univoque de
l'abstentionnisme. Le problème, c’est qu’il n’ y a pas de méthodes de recherche adaptées. Elles
sont biaisées car elles souvent des enquêtes par téléphone par exemple. Beaucoup cherchent
à justifier leur abstentionnisme et d’y donner un sens. Aux dernières élections législatives, il y a
eu 50% d’abstentionnisme.
Abstentionnisme = part des électeurs inscrits sur la liste électorales mais qui ne se
présentent pas le jour des élections
Démobilisation électorale = ensemble des électeurs potentiels qui ne se rendent pas aux
urnes, qu’ils soient inscrits ou non sur la liste
La deuxième est considérée plus pertinente vu que l’inscription n’est pas automatique, et qu’il
ya des personnes mal inscrites (5M de personnes pourraient être inscrites mais ne le sont pas)
Abstentionnisme intermittent = ne pas voter systématiquement à tous les scrutins mais que
occasionnellement
Ceci s’explique par le fait que les électeurs se mobilisent en fonction des enjeux et des scrutins.
Françoise Subileau et Mariette Toinet ont travaillé sur les Etats-Unis et affirment que pour
comprendre l’abstention, il ne faut pas se focaliser sur les facteurs sociaux mais sur des
facteurs proprement politiques. Aux US, elles remarquent des taux d’abstention record
malgré la hausse du nombre de personnes diplômées. Ce n’est donc pas un manque de
compétence ou de légitimité. On ne peut pas expliquer l’abstention par des facteurs sociaux.
Pour elles, il faut se focaliser sur des facteurs politiques comme la nature des élections et
l’enjeu des scrutins. Elles hiérarchisent la participation sur la nature des élections qui
aurait un effet direct sur le taux de participation. L’abstention sera plus forte si l’enjeu du
scrutin est plus faible, si on ne perçoit pas directement l’utilité d’aller voter.
Exemple : en France, on vote plus au second tour car il y a plus d’enjeu, à la présidentielle ou à
la municipale (ville) qu’aux régionales ou départementales (⇒ sentiment que c’est plus utile)
Il faut également prendre en compte les caractéristiques de l’offre électorale. Les personnes
qui se présentent déterminent l’enjeu du scrutin.
- Second tour entre Marine Le Pen et Jacques Chirac : gros enjeu
- Deux candidats de droite classique ⇒ pas un grand enjeu
Abstentionnisme protestataire = individus qui affirment ne pas se rendre aux urnes par
idéologie, dans une optique de contestation
“Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ”, Coluche
Daniel Gaxie parle également d’un vote désinvesti de personnes qui, quand elles ne
s’abstiennent pas, votent sans grand espoir, sans se faire d’illusion, sans connaître en détail les
programmes des candidats.
Pour Céline Braconnier, il n’y a pas assez de données sur les abstentionnistes (dans/hors jeu)
qui porteraient vraiment un message. Ceux qui ne votent pas ne contestent pas toujours et
partagent un certain nombre de variables sociologiques qui prédisposent à l’abstention
(faible niveau de revenu, faible niveau de diplôme,...)
Ainsi, elle interprète l’argument que certains s’abstiennent du vote pour faire passer un
message comme une façon de justifier et rendre socialement acceptable le fait de ne pas voter.
C’est le fait que le niveau de participation varie en fonction de trois principales variables:
niveau de diplôme, niveau de revenu, niveau de patrimoine
On constate une plus faible participation électorale pour certaines catégories sociales, en
particulier les plus défavorisés qui ont moins de capital culturel (faible niveau de diplôme) et
économique (faible niveau de revenu)
D’après une étude de l’INSEE en 2017, parmi tous ceux qui se sont abstenus, 25% sont sans
diplôme, 8% ont un diplôme supérieur au bac et seulement 6% des personnes sont des cadres
contre 21% des personnes sans activité professionnelle
Autres variables : une situation amoureuse fait voter (on parle plus entre nous de la
politique et on va voter ensemble, couples ont plus tendance à aller voter que les célibataires)
De plus, Tom Chevalier affirme que les jeunes votent moins car ils sont dans un moment de
leur vie où ils doivent s’insérer dans la société, doivent trouver un emploi, n’ont pas forcément
de préférence politique très stable donc ils ont tendance à s’abstenir.
A l’inverse pour Céline Braconnier, il y aurait plutôt un effet de générations: des citoyens qui
se sentent beaucoup moins coupables que leurs aînés de ne pas se rendre aux urnes
Compétence politique (P. Bourdieu) = fait de posséder des connaissances savantes et des
pratiques nécessaires pour produire des actions et des jugements proprement politiques
C’est le fait de maîtriser le langage politique, être capable de faire des classements, maîtriser
un discours politique, comprendre les conflits,... (concept repris par Gaxie)
Plus on est diplômé, plus on est susceptible de comprendre les enjeux politiques (clivage
gauche droite), plus on va intérioriser des normes (l’importance de voter). De la même façon,
avoir un travail stable ou être propriétaire de son logement sont des facteurs d’intégration qui
augmentent la probabilité de participer aux élections.
De fait, les membres des classes populaires qui sont moins diplômés et moins stables se
sentent moins compétents et légitimes à donner leur opinion et à voter. Il faut donc relier les
variables sociologiques aux compétences politiques : ce n’est pas juste le fait de pas avoir de
travail qui fasse qu’on ne vote pas mais plutôt le sentiment d’être incompétent qui en découle
qui fait qu’on s’abstienne du vote.
Le taux d'abstention dans les 10 villes les plus pauvres de France était près de 1,5 fois
supérieur à celui des 10 villes les plus riches lors de la présidentielle de 2012 (P. Lehingue)
Cette tendance est en partie due à la fin de l’encadrement historique des classes
populaires par le PCF. Ce parti a longtemps voulu que les classes populaires puissent
s’emparer du débat politique, puissent faire de la politique et comprendre la politique. Des
formations étaient proposées dans les banlieues pour informer les citoyens, les inciter au vote.
L’objectif était que certaines de ces personnes qui vivaient dans des banlieues deviennent des
permanents du parti voire même des élus. On peut ajouter au PCF des syndicats ouvriers ou
encore les fêtes de quartier, qui étaient des moments et des lieux de sociabilité dans lesquels
on pouvait discuter et débattre de la politique.
Certains auteurs parlent d’un indifférentisme des classes populaires pour insister sur leur
insuffisante maîtrise des schèmes de classement et d’évaluation du champ politique.
Mais objectivement, c’est difficile de différencier entre les différentes raisons pour
lesquelles on s’abstient du vote : si c’est parce que :
- ils se sentent illégitime et peu compétents
- Ils se sentent indifférents
- ils veulent faire passer un message
En France, on insiste tout de même sur l’abstentionnisme social qui ressort le plus.
Représentation démocratique = fait d’élire des personnes qui vont nous représenter
Face à cela, il y a différentes propositions pour avoir une démocratie plus ouverte :
- Hélène Landemore: voudrait qu’une partie des parlementaires soient tirés au sort pour
que chacun puisse participer à la vie politique
- d’autres plaident pour le vote obligatoire (comme en Belgique)
C. Une fatalité ?
Elle montre que l’abstentionnisme social n’est pas une fatalité, il n’y a pas de lien direct
automatique et obligatoire entre nos prédispositions et nos pratiques. Des personnes
issues des classes populaires éloignées de la politique peuvent voir leurs dispositions
activées par des éléments de contextes et donc se prolonger dans des pratiques. Par
exemple, lors des scrutins de haute intensité (présidentielle), les ondes pénètrent jusque dans
les foyers les moins disposés à suivre la politique.
Conclusion
La démobilisation électorale n’a cessé d’augmenter depuis une quarantaine d’années dans un
contexte d’affaiblissement des biens sociaux et d’une hausse de l’individualisme. Beaucoup de
personnes ne votent que pour les scrutins qui leur semblent les plus importants, la participation
électorale n’étant plus considérée comme un acte hautement symbolique. Les personnes les
moins intégrées se sentent illégitimes pour aller voter et n’ont plus l’impression d’être
représentées par les forces traditionnelles de gauche au profit de l’abstention ou du vote RN.
Enfin, la hausse du niveau de scolarisation n’empêche pas non plus la hausse de la
démobilisation électorale dans le sens où les abstentionnistes ne forment pas un groupe
socialement homogène et donc certains, notamment issus de classes favorisées, affirment ne
pas aller voter pour faire passer un message de protestation.
Le vote devient de plus en plus individuel (contexte de concurrence les uns contre les autres
= moins de moments de sociabilité, de débat politique), désinvesti (D. Gaxie : pas de vote ou
vote sans espoir ou connaissances), intermittent et volatil (on change plus souvent de parti
politique, on est moins attaché à un parti, moins d’identification partisane)
A. Les origines du RN
Le Front national a été créé en octobre 1972 dans la perspective des législatives de 1973.
C’est le mouvement Ordre nouveau, qui en est à l’initiative, un mouvement nationaliste ultra
conservateur et de tendance révolutionnaire. Contrairement au FN, il y avait une volonté de
créer une violence pour mener leur programme, membres adeptes de la violence. Il voulaient
créer un parti politique qui réunirait la “droite de la droite” (grand rassemblement de la droite
nationale). Le FN est alors créé en 1972 en prenant exemple sur un parti italien, qui s’appelle le
Mouvement social italien (MSI), qui avait les mêmes convictions et est devenu très puissant.
Les résultats des élections législatives de 1973 du FN au premier tour étaient très décevants
avec seulement 0,62% des voix. Les radicaux se mettent à quitter le FN car c’était une
mauvaise stratégie d’essayer de paraître moins radical selon eux. JM Le Pen reste dans le parti
et essaie de s’entourer des “nationaux modérés”. Le programme du FN se résume en 3
expressions :
- Une “droite sociale populaire nationale”
- Une triptyque “immigration / insécurité / chômage”
- Une opposition à “la bande des quatre” (PS / PCF / RPR / UDF)
Défendre le travail, le mérite individuel et une économie libérée de toute obstacle ⇒ parti libéral
Triptyque : 3M d’immigrés, c’est 3M de chômeurs en trop (contexte d’urbanisation + crise éco)
Opposition : la “bande des quatre” accusés de former un monopole
Jean Marie Le Pen profite donc de ce contexte pour apparaître comme une personnalité proche
des français qui pourra bien les représenter.
Malgré cela, on a quand même élu un président de gauche. En 1981, François Mitterrand
devient le premier président de gauche de la Vème République, mais, une fois au pouvoir, il
perd la confiance des classes populaires : il y a une déception du mandat. Malgré les avancées
économique, le chômage ne diminue pas, il ya toujours des crises économiques
Attention : d’après Gougou, ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui ont voté pour la gauche et
qui d’un coup vont aller voter pour le FN. C’est le renouvellement des générations
d’ouvriers, dans les années 80/90, qui provoque le vote FN. Les anciennes générations
d’ouvriers qui ont vécu les 30 glorieuses et qui ont été politisés et socialisés autour des partis
de gauche et qui ont longtemps voté à gauche, vont s'abstenir du vote. Par contre, leurs
enfants qui ont été moins politisés, moins socialisés autour des partis de gauche, vont aller
voter pour le FN, notamment dans un contexte où l’immigration devient un enjeu électoral.
S’ils n’ont plus de travail, c’est parce qu’il y a de plus en plus d’immigrés. Ce n’est pas une
hostilité nouvelle chez les ouvriers, mais elle va davantage s’intensifier / s’activer dans ce
contexte économique et social compliqué.
Le FN se présente comme le parti des ouvriers qui va défendre les français les plus faibles, les
plus démunis
P. Perrineau parle de “gaucho-lepénisme” : il pense que les gens de gauche sont allés voter
pour le FN (Attention : il faut nuancer : ce sont les enfants des ouvriers = nouvelle génération)
Nonna Mayer: pour comprendre le vote du FN, il faut comprendre “le vote sur enjeu” : C’est
l’idée qu’un problème peut paraître suffisamment grave pour un électeur ce qui peut le
conduire à voter pour un candidat dont il approuve la position sur ce problème ou sur cet
enjeu, quitte à être infidèle à son parti d’origine.
Ces mutations importantes du vote de classe se sont poursuivies jusqu'à aujourd'hui, jusqu’à ce
que le FN, actuellement le RN, continue de s’emparer des thématiques qui peuvent toucher les
classes populaires et développe un discours tourné autour de la défense des Français les plus
fragiles, en mettant en avant ces thèmes de prédilection tels que l’immigration et l’insécurité.
Cette stratégie leur permet de toucher à différents individus et classes et d’élargir leur électorat
surtout dans le contexte de division de la gauche et de la droite en tout un tas de partis
politiques (recomposition du paysage politique)
B. L’électorat du RN aujourd’hui
Ce n’est pas un électorat tout à fait homogène mais on constate tout de même certaines
variables lourdes, certaines spécificités ou caractéristiques, qui reviennent régulièrement :
- Le niveau de diplôme : la majorité des électeurs sont peu diplômés (34% qui ont un
niveau inférieur bac votent pour Marine Le Pen)
- L’influence de la catégorie sociale : le parti recrute majoritairement au sein des
classes populaires (40% des ouvriers voulaient voter pour Marine Le Pen en 2017).
Nuance à apporter : ce ne sont pas les plus démunis au sein des classes populaires qui
votent le plus pour le RN, puisqu’ils sont plutôt représentés dans ceux qui s'abstiennent.
Nonna Mayer dit que ce sont plutôt ceux qui ont accumulé un petit capital économique
et culturel et qui craignent de le perdre et qui ont peur de descendre “une échelle
sociale qu’ils ont eu du mal à grimper”
Eric Zemmour a plus de trajectoire de radicalisation : ceux qui étaient de droite et qui passent
pour des raisons identitaires
Comment peut-on expliquer que les succès électoraux du RN au sein des classes
populaires rurales dans des zones où ya peu d’immgration ?
Cette crainte de descente de l’échelle sociale en considérant que les immigrants forment
une menace de les mettre en difficulté pour trouver un emploi et avoir une vie
économiquement stable, peur de déclassement, sentiment d’abandon par les pouvoir publics,
peur des immigrés, même en leur absence, va les pousser à voter pour le RN.
Ou, au contraire, quand on vit dans des zones où on rencontre plus d’immigrés, où il y a plus
de mixité sociale, plus de contact, on a plus tendance à voter pour le FN.
- D’après Benoît Coquard, « Les jeunes immigrés des cités sont les homologues de classe des
jeunes des villages » or « le vote RN garantit aux jeunes des villages qu’il y a pire qu’eux : il les
définit de manière positive et il leur assure une forme d’honorabilité »
C’est-à-dire que ces deux catégories (jeunes des villages et jeunes immigrés des cités) peuvent
avoir un niveau de vie très similaire. Cependant, il y a une différence de qualification par le RN
(positive et négative). Il y a une sorte de respectabilité, de se dire qu’on est dans une situation
économiquement compliquée, mais qu’on ne profite pas du système français, des allocations,
et ceci favorise le RN.
Conclusion
Le vote RN s’explique à travers divers facteurs politiques et sociaux. C’est un parti qui s’est fait
progressivement une place dans la vie politique française en profitant des échecs de la
gauche et de la droite traditionnelles. C’est en se présentant comme une alternative, une
troisième voie, que le RN a réussi à imposer ses thèmes de prédilection. Comme le rappelle
Benoît Coquard, même si le PCF a longtemps opposé les ouvriers aux patrons/capitalistes, on
se trouve aujourd’hui face à un nouveau clivage. Le RN propose une nouvelle opposition entre
les nationaux et les non nationaux qui a séduit différentes catégories sociales et qui se retrouve
même dans leurs discours et leurs stratégies. Il y a un désalignement électoral qui ne signifie
pas pour autant que les variables sociologiques ne seraient plus déterminantes dans les choix
des électeurs. Certains commentateurs disent que le choix électoral ne serait plus structuré
socialement aujourd’hui. Or, en réalité, il y a simplement une recomposition de la structure des
électorats qui est liée au fait qu’on ait eu une recomposition du paysage politique, et nous
avons donc à nouveau un certain nombre de régularités sociologiques, de spécificités qui
persistent chez les personnes qui votent à gauche ou à droite. On voit notamment que la
variable religion joue particulièrement. (les pratiquants occasionnels sont 54% pour Macron et
46% pour Le Pen, alors que les musulmans votent 92% pour Macron et 8% pour Le Pen)
Séance 11 : Engagement et action collective
La généralisation du suffrage universel peut donner l’impression que, dans une démocratie, la
seule façon de participer est de voter. Il y a certains comportements politiques comme
l’abstention ou le fait de participer à des mouvements sociaux qui semblent être
socialement bannis. Tout ce qui vient perturber l’ordre électoral (abstentionnisme) voire l’ordre
public (manifestation) serait à écarter. Le suffrage universel est alors instauré dans une optique
de limiter les émeutes, les révoltes, les révolutions pour laisser le peuple décider de lui-même.
Sauf que dans une démocratie, on ne peut pas résumer la participation politique au vote.
Aujourd'hui, le militantisme existe toujours. C’est le fait soit de s’investir dans un parti politique
ou dans un mouvement social. Militer, participer politiquement, peut alors prendre diverses
formes.
Il y aussi l’engagement en association, syndicats, les manifestations, les sittings, les tracts, …
Même tout ce qui illégal, comme le terrorisme, la séquestration de personnes par exemple,
c’est du militantisme. C’est la participation non conventionnelle (mal vue, à écarter), des
modes d’actions qui dérogent aux règles traditionnelles. La participation conventionnelle,
c’est le vote, participer à l’engagement d’un parti sans qu’il n'y ait de débordement. On
distingue alors la participation conventionnelle et non conventionnelle en fonction de la
conformité ou non de ces formes de participation politique aux règles traditionnelles.
Comme le dit B. Moore : Ceci peut être surprenant parce qu’on est dans une démocratie
représentative et qu’on est censé élire régulièrement une personne qui va nous représenter. Et
surtout pour lui, agir collectivement est tout sauf une régularité et tout sauf logique
I. La frustration relative
A. Le modèle de la frustration relative
Ted Gurr écrit en 1970 un ouvrage de psychologie sociale pour comprendre pourquoi les gens
se révoltent. Il dit que les causes de la révolte sont individuelles et psychologiques
La frustration est relative car elle correspond à un écart entre les attentes et la situation
actuelle de l'individu. C’est donc le point de vue subjectif de l’individu sur sa situation qu’il faut
mettre en relation avec ses attentes.
L’engagement dans un certain parti politique est grandement lié à la trajectoire individuelle.
Les préférences politiques sont socialement construites par l’enfance, le parcours de vie,...
Ici, c’est la même chose concernant l’engagement dans un parti, dans une association, dans un
syndicat. On parle d’accident biographique pour parler de ces événements qui participent à
former une conviction et qui peuvent nous inciter à nous engager/investir dans un parti.
Albert Hirschman, économiste, juge que la théorie de Gurr est trop mécanique. Elle associe
trop automatiquement d’un côté le mécontentement et d’un autre la révolte comme si l’un
entraînait automatiquement l’autre. En économie, un consommateur mécontent face à la baisse
de la qualité d’un produit qu’il achète aura trois attitudes possibles :
- La défection (exit) : peut arrêter son achat au profit d’un autre produit / arrêter de voter
sans forcément se mobiliser (abstentionniste) : pas forcément révolte / manif
- La loyauté : reste fidèle à son produit / reste fidèle à son parti (continuer à voter)
- La prise de parole (voice) : protester à l’égard du fournisseur / se révolter, se
mobiliser, s’engager dans un mouvement social pour exiger un changement
Actions collectives = actions protestataires menées par une pluralité d’agents sociaux dans le
but de réaliser des objectifs symboliques ou matériels communs (manifestations, grèves)
II. L'intérêt réel de la mobilisation
A. L'adhésion à la cause ?
Selon M. Olson, cette vision des choses est beaucoup trop simple car pleins de personnes
soutiennent des causes mais ne s’engagent pas pour autant dans des manifestations. Il se
demande alors comment expliquer que certaines personnes s’engagent plus que d’autres
Il revient sur la théorie du dilemme du prisonnier de A. Tucker. C’est une anecdote où deux
individus sont arrêtés par la police pour avoir commis un crime. Ils sont placés en garde à vue
sans pouvoir échanger entre eux. Au niveau individuel, le plus rationnel pour chacun est de
dénoncer l’autre et de donner des preuves contre l’autre pour ne pas aller en prison. Mais si les
deux avaient pu coopérer en amont, sur le plan collectif, il aurait été plus rationnel que les deux
collectivement nient leur responsabilité et ne donnent aucune preuve à la police qui ne pourra
en incarcérer aucun. Les intérêts individuels et collectifs peuvent se contrarier au risque de se
retrouver dans une situation sous optimale car les intérêts individuels ont primé.
Olson montre que la rationalité individuelle peut prendre le dessus sur les intérêts ou la
rationalité collective et inciter à adopter la stratégie du passager clandestin. Il développe
cette théorie du passager clandestin selon laquelle les individus raisonnent en maximisant leur
utilité (marginale). Pourquoi se mobiliser si d’autres le font pour nous ? C’est alors envisageable
de profiter des retombées des avancées sociales qui sont procurées par la mobilisation, sans
s’être soi-même mobilisé. Mais le risque de ce raisonnement est que si tout le monde raisonne
en fonction de cette rationalité individuelle, il peut ne pas y avoir de mobilisation ou de
mobilisation assez conséquente pour permettre d’avancée
Olson en déduit que l’idéologie (valeurs, causes qu’on défend), ne suffit pas à la mobilisation. Il
faut analyser d’autres choses pour comprendre pourquoi certains n’adoptent pas le
comportement du passager clandestin et se mobilisent réellement.
D. Gaxie approfondit cette idée et développe celle des rétributions du militantisme. Il dit que
l’attachement à une cause n’est pas un élément unique et déterminant. La plupart des
militants s’engagent dans un parti car cet engagement leur procure des rétributions
matérielles ou symboliques.
- Matérielles : être payé, élu dans une assemblée, recruté par un parti
- Symboliques : se sentir fier/honoré de représenter sa ville, se faire un réseau, amis,...
On ne va pas juste se manifester par rapport à notre frustration ou par rapport à notre idéologie,
mais par rapport à ces rétributions.
Ces rétributions ne remettent pas non plus en cause l’adhésion à la cause, mais que cette
croyance en quelque chose ne suffit pas à provoquer l’engagement. Il faut des éléments
supplémentaires qui justifient le passage à l’acte (au lieu du passager clandestin)
Il y a des effets sur régénérateurs au militantisme. En plus de tout cela, le militantisme peut
procurer du plaisir en soi via toutes ces rétributions et ce plaisir participe à fidéliser les militants
et à en attirer de nouveaux. Il ya donc un processus de socialisation militante qui se met en
place : les militants apprennent au sein des socialisations des façons d’agir, de penser, tout
autant qu’ils contribuent à façonner en retour ces organisations (déf de Murielle Darmon)
L’engagement = l’implication plus ou moins intense et durable d’un individu dans une
organisation militante
Jacques Ion pense à une crise de l’engagement en disant qu’il devient de plus en plus
distancié dans le sens où les transformations sociales (mondialisation, individualisme, crises)
conduisent les militants à prendre leurs distances avec les associations. Le contexte de ces
dernières décennies ne favorise donc pas l’engagement. Pourtant ces dernières années, il ya
eu quand même d’importantes mobilisations (gilets jaunes)
Le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) est une mobilisation qui peut paraître improbable et
paradoxale parce qu’elle intervient dans un contexte où les liens sociaux sont très faibles
et les classes populaires ont du mal à se faire entendre (tendrait plus vers de l’abstentionnisme
en théorie). Les gilets jaunes sont des personnes en majorité issus d’une classe populaire
voire moyenne, qui sont peu compétents politiquement et qui pourtant se sont mobilisés
collectivement politiquement pour faire entendre leurs revendications
Laurent Jean-Pierre affirme que ça peut s’expliquer par un contexte particulier : accumulation
d’événements difficiles à accepter comme au départ la hausse des prix de l’essence, puis la
mauvaise représentation. Surtout, il met en avant deux choses : les GJ ont investis des
ronds points au plus près des villes de zones rurales contrairement aux manifestations
qui sont allés aux grandes villes, centre ville, ce qui a incité les populations vivant en zone
rurale à s’y rendre, car ils y trouvent ces moments de sociabilité = rétribution du militantisme
car on se rend au rond point pour se faire entendre mais aussi pour retrouver du lien social.
La deuxième chose, c’est que les gilets jaunes ont investis les réseaux sociaux et en
particulier Facebook. Des individus qui voient des membres de leur groupe d’appartenance qui
parlent à nouveau de la politique et repartagent des informations politiques. On a un
mouvement qui reprend une fonction d’éducation populaire (comme le PCF à l’époque). On
reparle de politique. il y a une réappropriation des discours politiques : on commence à
redévelopper une compétence politique.
Le fait de ne pas être compétent politiquement ne veut pas dire que l’on ne va jamais se
mobiliser. Il n'y a pas de fatalité et au contraire si on regarde le contexte actuel, il ya des
éléments qui font qu’il y ait plus de manifestations (49.3 ⇔ éducation populaire)
Conclusion
Plusieurs chercheurs expliquent les raisons de la mobilisation malgré la possibilité de se faire
entendre lors des élections et la possibilité de bénéficier des avancées permises par la
mobilisation d’autres individus. Si la frustration et l’adhésion à une idéologie justifient en partie
la tendance de certaines personnes à protester, il ne faut pas mettre de côté d’autres facteurs
tels que les incitations sélectives et les rétributions du militantisme.
Il ne faut pas oublier le poids des variables sociologiques car se sentir compétent politiquement
joue forcément un rôle dans la participation non conventionnelle. Bourdieu disait alors que la
compétence politique comme toutes les compétences est une compétence sociale. Il estime
que les hommes et les membres des classes dominantes accumulent différents types de
capitaux (connaissances politiques, aisance relationnelle, important réseau de sociabilité…), ce
qui peut faciliter leur tendance à se sentir compétent et légitime pour participer politiquement,
de façon conventionnelle et non conventionnelle.