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Introduction aux systèmes politiques et démocratiques

Le document explore les fondements et les caractéristiques des systèmes politiques, en mettant l'accent sur la démocratie et la Vème République française. Il décrit la séparation des pouvoirs, les différents régimes politiques, et la dynamique entre le pouvoir exécutif et législatif, tout en soulignant l'importance du président dans le régime français. Enfin, il aborde les compromis constitutionnels et les tensions entre les conceptions parlementaires et présidentielles.

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Introduction aux systèmes politiques et démocratiques

Le document explore les fondements et les caractéristiques des systèmes politiques, en mettant l'accent sur la démocratie et la Vème République française. Il décrit la séparation des pouvoirs, les différents régimes politiques, et la dynamique entre le pouvoir exécutif et législatif, tout en soulignant l'importance du président dans le régime français. Enfin, il aborde les compromis constitutionnels et les tensions entre les conceptions parlementaires et présidentielles.

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Science politique

Séance 1 : Introduction

D’après Bertrand Badie, analyser un régime politique reviendrait à s’intéresser à la façon


dont sont organisés les pouvoirs publics, c’est-à-dire que l’on s’intéresse à comment les
dirigeants sont élus, aux règles juridiques et politiques qui régissent le pouvoir et permettent de
faire fonctionner les institutions, etc…

Dans un système politique, on s’intéresse également au rôle des médias, à la garantie des
libertés ou des droits fondamentaux

Exemples: système autoritaire (dictature classique), système totalitaire (Allemagne)

I. Le système démocratique

1. Définitions générales

Abraham Lincoln définit le système politique démocratique par trois principes:


● Participation du peuple : principe électoral de la majorité = représentation du peuple
● Pluralisme politique : partis en libre compétition = permet l’alternance du pouvoir
● Système juridique stable

⇒ Démocratie selon Lincoln = “le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple”

2. Principe de séparation des pouvoirs


“ Tout serait perdu si un seul homme disposait des trois pouvoirs ”, Montesquieu

Théorie de la séparation des pouvoirs de Montesquieu


Dans la constitution française, il y a une organisation des pouvoirs qui sont séparés en trois :
- Le pouvoir législatif : édicter les règles générales, faire les lois et les voter
- Le pouvoir exécutif : assurer l’application des règles
- Le pouvoir judiciaire : régler les litiges en appliquant la loi

Dans un système politique, il peut y avoir plusieurs régimes politiques car l’organisation
des pouvoirs varie au sein des différents régimes. Ce qui change principalement, c’est la
répartition entre les pouvoirs législatifs et exécutifs

II. Divers régimes politiques au sein du système démocratique


Le régime démocratique vise l’équilibre des pouvoirs
1. Le régime parlementaire

Dans le régime parlementaire, le pouvoir exécutif est représenté par le chef de l’Etat qui a
souvent un rôle symbolique (Exemple: reine en Angleterre) et le chef du gouvernement
(premier ministre = celui qui a vraiment le pouvoir)
Le pouvoir législatif est exercé par le parlement et ses deux chambres parlementaires :
- Assemblée nationale : avec des députés élus régulièrement
- Sénat : avec des sénateurs élus tous les 6 ans

Dans ce type de régime, il y a une collaboration étroite entre le pouvoir exécutif et législatif.
Il y a un système de dépendance réciproque car les deux peuvent se renverser
mutuellement

Le gouvernement est donc responsable devant le Parlement et inversement. Le parlement


(députés) peut ne pas accorder sa confiance au gouvernement. Le gouvernement peut alors
organiser un vote de confiance : s’il n’est pas favorable, le gouvernement est renversé ou doit
démissionner et être réélu : Il tombe.
Le parlement peut également être dissout par le gouvernement : Le premier ministre décide
de dissoudre l’assemblée

Exemple : Après son élection au UK en tant que premier ministre en 2022, Boris Johnson a été
soumis à un vote de confiance suite à son scandale pendant le covid

⇒ Cela permet une bonne collaboration entre les pouvoirs : le parlement n’est pas plus
puissant que le gouvernement et inversement (aucun pouvoir ne domine l’autre)

2. Le régime présidentiel

Dans un régime présidentiel, la seule personne qui a un pouvoir exécutif est le président (et
ses ministres mais n’ont pas d’autonomie = secrétaires de l’Etat)
⇒ Chef de l’état et du gouvernement = président de la république + ministres

Le pouvoir législatif n’est exercé que par le parlement, composé de deux chambres. Ce n’est
donc que le parlement qui possède l’initiative législative. Il n'y a donc pas d’interdépendance ou
de collaboration mais une séparation stricte des pouvoirs.

Exemple : Les États-Unis = démocratie : les deux pouvoirs travaillent de façon indépendante

Le président n’est pas plus important que le parlement car il ne peut pas faire de lois
- Le pouvoir législatif ne revient qu’aux parlementaires
- Si le président refuse une loi du parlement : il ne peut pas automatiquement ou
facilement s’opposer (mise à part son droit de veto)

Il existe alors un système de poids et contrepoids (check and balances) qui permet de
limiter et de surmonter les blocages entre les deux pouvoirs. Le chef de l’Etat dispose d’un
droit de veto sur un texte qui aurait été voté mais qui ne lui convient pas. Ce droit de veto ne
marche que si le texte n’a pas obtenu plus de 2/3 de leurs voix.

En retour, les assemblées peuvent lancer des enquêtes très poussées à l’encontre du pouvoir
exécutif sur ses membres. De plus, le sénat peut initier une procédure de destitution du pouvoir
(impeachment) du président (s’il y a assez de voix)
Séance 2 : La Vè République, un régime hybride ?

Nicolas Roussellier tente d’expliquer pourquoi le président a pris autant d’importance en France

La Vème République est instaurée pour mettre fin à l’instabilité politique de la IVe République
(président pas assez fort et parlement qui a du mal à trouver un consensus). Pendant la IVe
République, le premier ministre dirigeait mais pouvait se faire renverser par l’Assemblée (les
députés), ce qui entrainait une instabilité politique. La Vème République est un régime
parlementaire dans lequel le pouvoir exécutif domine le pouvoir législatif. L’idée est de faire du
président l’homme fort du régime.

Cette transition a été renforcée par la guerre d’Algérie et le changement du mode de scrutin.
En 1958, pendant la guerre d’Algérie, De Gaulle revient au pouvoir après la demande du
président René Coty et devient le dernier président du conseil de la IVème République
(équivalent du premier ministre). René Coty lui demande alors de former un gouvernement et
de trouver une solution à la guerre d’Algérie.

Cependant, De Gaulle veut avant tout réformer les institutions de la IVème République : pour
lui, le principal problème est que l’Assemblée nationale est élue au scrutin proportionnel. Ce
mode de scrutin attribue les sièges de l’Assemblée selon le nombre de voix. On votait pour une
liste représentant un parti politique et non pas pour une personne. Beaucoup trop de partis
étaient représentés au Parlement.

Ce mode de scrutin est critiqué car il favorise l’instabilité ministérielle vu qu’il n’incite pas les
partis à faire des coalitions et aucune majorité claire ne se dégage. Sous la IVe, entre 1946 et
1958, les gouvernements se succèdent : 24 au total, soit un changement de gouvernement tous
les 6 mois.

De Gaulle avec son gouvernement rédige une nouvelle constitution qui sera celle de la Vème
République, approuvée par le référendum et promulguée le 4 octobre 1958.

Cependant, aujourd’hui dans un quinquennat, le président n’a pas assez de temps pour réaliser
son programme ou obtenir des résultats. Le rôle des médias a également une importance forte
: un président qui s’exprime trop peut être mal interprété et un président qui ne s’exprime pas
assez peut perdre l’avis de l’opinion publique.

Comment caractériser la Vème République française ?

I. La collaboration des pouvoirs, symbole du régime parlementaire

A. Un pouvoir législatif à deux chambres

● L'Assemblée nationale : 577 députés élus au scrutin majoritaire (depuis 1958),


uninominal (= voter pour une personne) à deux tours. Ce mode de scrutin favorise la
coalition des partis

- Suffrage direct : élu directement par les français


- Deux tours :
- 1er tour : sont élus les candidats ayant obtenu une majorité absolue
des suffrages (au moins 25%)
- 2e tour : Il faut avoir au moins 12,5% des suffrages pour aller au 2e tour.
Les candidats arrivés en tête (ont le plus de voix) sont élus / l’emportent
- sièges pas attribués proportionnellement
- Exemple : NUPES / RN / LREM / LR

● Le Sénat : scrutin indirect, scrutin mixte = à la proportionnelle pour 52% des sénateurs,
majoritaire pour 48%.

- voté par grands électeurs : conseils municipaux, départementaux, régionaux

Fonction des chambres/du pouvoir législatif


1. Proposer, Voter, Amender, Débattre des lois :

En France, l’initiative législative vient des parlementaires et aussi du gouvernement


- Le gouvernement dépose un projet de loi et plusieurs députés ou sénateurs
déposent une proposition de loi, et ce à l’Assemblée nationale ou au Sénat

Nicolas Roussellier explique que le régime français hérite d’une sphère politico-ministérielle
qui était chargée de préparer les réformes. Les lois viennent le plus souvent des ministres
plutôt que des parlementaires (du gouvernement plutôt que du parlement)

Une fois un projet ou une proposition de loi soumis au parlement. Il y a une navette
parlementaire (échanges) entre les deux chambres qui doivent se mettre d’accord sur un seul
et même texte. S’il y a un désaccord et qu’il persiste, il y a une commission mixte paritaire,
composée de 7 députés et 7 sénateurs, pour trouver un compromis.
- Si aucun accord n’est trouvé, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot.

2. Contrôler le gouvernement

Le pouvoir législatif du parlement peut se réunir en groupe pour contrôler le pouvoir du


gouvernement. Ils peuvent poser des questions ou lancer des enquêtes parlementaires.

Les députés peuvent également mettre en jeu la responsabilité du gouvernement devant


l’Assemblée nationale via trois procédures décrites dans l’article 49 de la Constitution :

- Question de confiance (49-1) : posée par le premier ministre, elle engage la


responsabilité du gouv sur un programme ou une déclaration de politique générale
- Motion de censure (49-2) : à l’initiative de l’Assemblée nationale, elle doit être
présentée par au moins 58 députés (1/10 des membres) et votée par 289 députés pour
que le gouvernement démissionne.
Exemple : une seule votée sous la Ve en 1962 sous la présidence de De Gaulle
- Engagement de responsabilité (49-3) : Le gouvernement engage sa responsabilité
sur un projet ou une proposition de loi (qui sera adoptée si aucune motion de censure)
Exemple: réforme des retraites : projet de loi : elizabeth borne utilise cet article pour
faire passer cette réforme il ya eu une motion de censure mais n’a pas été votée
Si l’Assemblée nationale n’accorde pas sa confiance au gouvernement (ou vote la motion de
censure), alors ce dernier doit démissionner.

B. Un pouvoir exécutif bicéphale et puissant

Bicéphale = deux têtes, deux chefs : chef de l’Etat et chef du gouvernement

Le président de la République, dans la vision de De Gaulle, c’est l’individu au-dessus de


tout ce qui veille sur le bien-être de la Nation. Depuis 1962, il est élu au suffrage universel
direct ce qui lui donne une légitimité. La constitution nous dit qu’il assure par son arbitrage le
bon fonctionnement des pouvoirs publics, est le chef des armées et assure le respect
des traités.

Il nomme le premier ministre, qui doit être le chef du plus grand groupe parlementaire et trois
membres du conseil constitutionnel.

- Art 11 : Le président peut soumettre au référendum une question sans passer par
le parlement
- Art 12 : Le président peut dissoudre l’Assemblée nationale après avoir consulté son
premier ministre et les présidents des deux chambres. Il peut prononcer un discours
devant les parlementaires lors d’un congrès à Versailles

Le gouvernement est dirigé par le premier ministre qui conduit et dirige la politique de la
Nation. Il fixe les orientations politiques. Le gouvernement exerce le pouvoir réglementaire (=/=
domaine de la loi).

- Art 34 : Relève du domaine de loi = préservation de l’environnement, l’éducation…


Tout ce qui ne relève pas du domaine de la loi relève du domaine réglementaire.
- Art 37 : Le gouvernement et le premier ministre peuvent prendre des décrets et
décrets autonomes où les deux peuvent légiférer sur tout ce qui ne relève pas du
domaine de la loi
- Art 38 : Ordonnances = mesures prises par le gouvernement qui demande au
parlement l’autorisation de prendre des mesures qui relèvent du domaine de la loi = loi
d’habilitation

Les pouvoirs partagés entre le président et le premier ministre = contreseing ministériel :


- le président approuve ou rejette la liste des ministres (avec le premier ministre)
- Ils se partagent le pouvoir réglementaire (actes à signer à deux = décrets/ordonnances)

C. Un régime de nature parlementaire

Le régime français emprunte des caractéristiques à des régimes parlementaires :


- collaboration du législatif et de l’exécutif et possibilité de se renverser

Nicolas Roussellier : Si on se fie à la constitution de base, le régime français est de nature


parlementaire dans lequel on a accordé beaucoup de pouvoir au président (attention, nous
ne sommes pas dans un régime hybride).
Pour éviter l’instabilité de la IVè République, les constituants ont donné plus de pouvoir au
président de la République par rapport au parlementaire et au pouvoir exécutif

- Premier ministre = Homme fort du régime mais était trop souvent renversé

En Angleterre, le régime parlementaire fonctionnait car il y a seulement deux partis politiques et


non plusieurs comme en France : travaillistes et conservateurs

Un régime qui évoluera vers la conception de De Gaulle, résumée par Nicolas Roussellier :

« Un chef d’Etat doit guider et contrôler la marche de la nation surtout en période de crise mais
sans dépendre personnellement du jeu des partis ».
Séance 3 : La Vè République, un régime hybride ? (suite)

Présidents Français :
1. Charles De Gaulle = droite
2. George Pompidou = droite
3. Valéry Giscard d’Estaing = droite
4. François Mitterrand = gauche
5. Jacques Chirac = droite
6. Nicolas Sarkozy = droite
7. François Hollande = gauche
8. Emmanuel Macron = gauche

II. La volonté d’indépendance et de légitimité du pouvoir exécutif

A. Des compromis dilatoires

Dans la constitution, il est prévu un mécanisme de responsabilité réciproque entre le parlement


et le gouvernement, mais il y avait une volonté de De Gaulle de réaffirmer la place du président.
Cependant toute la classe politique et notamment la gauche ne partageait pas cette opinion, de
peur que le parlement ne se retrouve soumis au pouvoir exécutif. Ainsi, dans la constitution de
1958, il y a un flou entre deux conceptions :

a. Le régime parlementaire classique : Michel Debré : 1er ministre a un rôle majeur

b. Le régime parlementaire différent : De Gaulle : où le président jour un rôle majeur


- celle qui va s’imposer

Pierre Avril va mettre en place la notion de compromis dilatoires : « La Constitution de 1958


on le sait, fut le fruit d’une série de compromis entre le général De Gaulle et les dirigeants des
partis », « il s’agissait de compromis dilatoires, c’est-à-dire de rédactions acceptables sur
le moment par les acteurs mais qui dissimulaient des arrières pensées contradictoires
dont ils convenait tacitement de renvoyer à l’avenir le règlement ».

Cela permet aux responsables politiques d’avoir une base, la Constitution. Cependant, « il ne
suffit pas de lire la constitution écrite pour connaître la constitution écrite » selon Pierre Avril qui
pense que la pratique politique peut être différente et interpréter la constitution de différentes
manières. Ce n’est donc pas le droit constitutionnel qui décide de tout mais plutôt le président.

Exemple : dans la Constitution, on ne précise pas comment le premier ministre arrête son
mandat : si on suit la Constitution écrite, il démissionne de son plein gré ou les parlementaires
le forcent à démissionner or dans la pratique, c’est plutôt le président qui appelle le premier
ministre à démissionner.
Dans la pratique : le 1er ministre ne reste à son poste que s’il a la confiance du président et le
président peut l’inviter, l’appeler “courtoisement” à présenter sa lettre de démission

Droit constitutionnel = s’assure que les lois soient conformes à la constitution

Compromis dilatoire = donnent lieu à des conventions de la constitution = accords non écrits
qui résultent du jeu politique

Exemples de conventions de la constitution :


- Le premier ministre rédige sa lettre de démission en blanc non datée dès son élection /
nomination et le président a le choix de la dater au moment où il veut le virer
- Exemple : lorsque le premier ministre prend trop le pouvoir ou prend des
décisions sans consulter le président

Selon De Gaulle, La constitution c’est « un esprit, des institutions, une pratique »

B. L'apparition progressive d'un « monarque républicain »

On entend souvent que le président devient un monarque républicain (Maurice Duverger) :


Cette expression insiste sur les nouveaux pouvoirs du président sous la Ve République.

Pierre Avril : Il y a eu deux moments qui ont donné du pouvoir au président :


Premier moment : Guerre d’Algérie :
- Il y a eu un référendum sur l’indépendance sans passer par le vote des députés
- La guerre met en place la domination du président sur le premier ministre, les députés…

Deuxième moment : Élection au suffrage universel direct du président en 1962 :


- Contrairement à la 4e République où il était élu par les deux chambres.
- De 1958 à 1962, il est élu par 80 000 grands électeurs (maires, députés, élus locaux).
- Il a alors utilisé l’article 11 de la Constitution pour appeler au référendum afin de faire
passer la loi de suffrage universel direct.

C. Le parlementarisme rationalisé

Les mécanismes de parlementarisme rationalisé sont des techniques de droit constitutionnel


et de droit électoral qui visent à éviter une trop grande instabilité gouvernementale (éviter tout
ce qui s’est passé dans la 4e République suite au scrutin proportionnel)

Ces mécanismes sont :

- Mise en place du scrutin uninominal majoritaire à 2 tours : pour élire les députés:
- Il favorise les grandes coalitions : majoritaire + 2nd tour
- 4e Rép: avec la proportionnelle, trop de partis en désaccord étaient représentés
au législatif

- Partage de l’initiative législative : entre les parlementaires et les ministres


- Loi =/= Règlement : La constitution prévoit que tout ce qui ne relève pas du domaine
de la loi relève du domaine du règlement et donc du pouvoir exécutif qui peut
s’autonomiser ou s’émanciper au détriment du pouvoir législatif (décrets, ordonnances)
- L’affaiblissement du contrôle parlementaire dans la légifération par ordonnances

- Référendum : Possibilité pour le président de décider d’un référendum législatif qui


permet de se passer de l’avis des parlementaires (art 11)

- Droit de dissolution de l’Assemblée nationale du président : hiérarchie entre


exécutif et législatif

- 49/3 : Le pouvoir exécutif peut faire abstraction ou accélérer la procédure du vote:


le premier ministre peut, après une délibération en conseil des ministres, engager la
responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale (députés) sur un
projet ou une proposition de loi. Le projet est adopté (sans vote/débat) sauf si une
motion de censure est adoptée dans les 48h

- Avantage (exécutif) : éviter le débat parlementaire, gouverner sans être bloqué

- Inconvénients : violence envers le travail parlementaire, antidémocratique car :


- soit les députés acceptent que la loi soit adoptée (sans modif/débat/vote)
- soit ils signent une motion de censure au risque que le gouvernement
soit renversé et que le président dissolve l’Assemblée nationale

- Depuis la réforme de 2007, l’usage de cet article est limité à une fois par session
parlementaire (1 fois par an), mais exception faite aux textes budgétaires (lois de
finance, réforme des retraites) ⇒ usage illimité

- On peut avoir l’idée de faire passer toutes les lois dans une réforme budgétaire
pour pouvoir utiliser le 49/3 plus d’une seule fois par session.
⇒ S’il ya une majorité à l’assemblée, le texte passe facilement sans débat
Exemple : 49/3 en 2023 : de projet de loi de financement rectificative

- Ordre du jour : À l’origine, dans la constitution : le gouvernement fixait entièrement


l’ordre du jour au Sénat et à l’Assemblée nationale. En 2008, une révision
constitutionnelle a partagé cette décision entre le gouvernement et les parlementaires.

D. Une nouveauté : le contrôle de constitutionnalité

Dans la constitution de 1958, on crée le contrôle de constitutionnalité composé de 9


membres (3 nommés par le président, 3 nommés par les présidents de l’assemblée, et 3
nommés par le Sénat). L’indépendance des membres du conseil est parfois contestée car ils
sont désignés par le président. Mais comme ils n’ont qu’un mandat de 9 ans non renouvelable,
on estime qu’ils n’ont pas de compte à rendre et qu’ils sont vraiment indépendants.

Ils s’assurent de vérifier la constitutionnalité des lois. Il y a une hiérarchie des normes et toutes
les normes doivent être conformes à la constitution. Les anciens présidents de la République
peuvent y siéger à vie s’ils le veulent.
Saisine : la saisine du conseil constitutionnel

Avant, les modes de saisines étaient restreints. Soit le président, soit le premier ministre, soit le
président d’une des deux assemblées pouvait saisir le conseil constitutionnel avant la
promulgation de la loi

Une réforme de V. Giscard en 1974 a permis à des groupes de 60 députés ou 60 sénateurs de


saisir le conseil constitutionnel. Aujourd’hui, la QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité)
permet même de le saisir a posteriori, après promulgation de la loi. Ca a permis à l’opposition
de mettre en cause le programme législatif du gouvernement ou de sa majorité
Exemple : saisine du conseil pour la réforme des retraites a posteriori

Conclusion
Le régime français est de nature parlementaire avec une collaboration étroite entre les pouvoirs
mais il attribue un rôle prépondérant au président de la république grâce aux compromis
dilatoires (non écrits = interprétation individuelle de la constitution) ainsi qu’à des mécanismes
de parlementarismes rationalisés (écrits).
Séance 4 : La bipolarisation de la vie politique au service de la présidentialisation

Plusieurs éléments permettent d’expliquer la prééminence du pouvoir exécutif sur le pouvoir


législatif : compromis dilatoires, mécanismes de parlementarisme rationalisé… Bastien
François nous invite à analyser plus en profondeur ce qui donne concrètement du pouvoir à
l’exécutif (et notamment au président):

● La Logique majoritaire (notion de Bastien François) : la tendance du régime de la


Vème République à favoriser l’émergence d’une nette majorité au parlement :
⇒ On envisage la vie politique de façon binaire (2 blocs) : une majorité, une opposition

● Le Fait majoritaire (notion générale) : se produit lorsqu'une majorité nette se dégage


à l'Assemblée nationale

Cette bipolarisation est au service de la présidentialisation du régime, autrement dit


l’attribution d’un rôle fort au président qui bénéficie toujours d’une majorité solide qui
correspond à un des deux blocs ce qui lui permet à la fois de dominer sur le reste du pouvoir
exécutif et sur le pouvoir législatif. C’est-à-dire que pendant plusieurs décennies, la vie politique
s’est traduite par des alternances par des présidents de droite et de gauche

Quelles sont les causes et les conséquences de la bipolarisation ?

Bastien François :
Des « modernisateurs de la haute fonction publique » qui vont trouver « dans le changement
constitutionnel l’occasion inespérée de chercher à transformer à leur profit les règles du jeu
politique pour réaliser le programme de modernisation de la société française dont ils se
veulent les principaux maîtres d’œuvre »

Delphine Dulong: Choix de "fidèles compagnons", avec des profils de "technocrates" pour
occuper le poste de PM, plutôt que des députés disposant d'une importante légitimité politique

I. Les causes structurelles de la bipolarisation

A. La combinatoire triplement positive

Concept de Jean-Luc Parodi : Cumul de 3 éléments structurels favorisant l’avènement de la


bipolarisation de la vie politique :
- Election du président au suffrage universel direct :
- direct : favorise la logique majoritaire, élection par le peuple renforce sa majorité
- illustre la vie politique en deux blocs (deux candidats opposés)
- Election des députés au scrutin majoritaire à deux tours
- favorise la coalition des parties (il faut faire au (-) 12,5% pour aller au 2e tour)
- Droit de dissolution du président :
- Mécanismes de parlementarisme rationalisé = discipline de la majorité
(crainte de la dissolution, pas de fronde ni de motion de censure)
- fronde : députés d’une majorité = pas disciplinés : votent pas comme demandé
- favorise la stabilité et la loyauté de la majorité envers le président
Le cumul des effets de ces trois variables explique la « majoritarisation » du régime. Ces trois
éléments doivent être réunis pour comprendre le mécanisme de logique majoritaire.

B. Conséquences

La combinatoire triplement positive a favorisé l’émergence du fait majoritaire sous la Vème


République et ainsi la mise en place progressive du phénomène de bipolarisation. Pour lui, ce
phénomène est au service de la présidentialisation du régime car le président se retrouve dans
une situation où il est soutenu par une majorité parlementaire nette et stable lui permettant
d’imposer au gouvernement un programme appuyé par cette majorité présidentielle.

La compétition politique devient entièrement structurée autour de l’élection présidentielle.

II. Les causes conjoncturelles de la bipolarisation

A. Le ralliement progressif des forces politiques à la logique majoritaire

« Les effets de la combinatoire ne peuvent se comprendre indépendamment des intérêts qu’ont


eus certains acteurs, essentiellement à gauche de l’échiquier politique, d’investir dans une telle
lecture de la Vè République » (Bastien François)

Pour Bastien François, au départ, la droite gaulliste avait une majorité nette mais pas une
opposition nette. A partir de 1962, la gauche gagne des places à l’Assemblée mais reste
désordonnée et minoritaire
⇒ Refus des principales forces politiques d’adopter une lecture présidentialiste des institutions.

A partir du milieu des années 70, le parlement va fonctionner dans une logique majoritaire
notamment de la part des forces de gauche qui font une entrée progressive dans la logique
majoritaire (union de la gauche aux législatives de 73 et 78)
⇒ Réconciliation soudaine des forces de gauches dans la logique majoritaire (BF) : ils se
sont rendus comptes qu’il serait intéressant de se rallier au jeu de l’élection présidentielle et aux
faits majoritaires des forces législatives

La même chose se passe à l’élection présidentielle de 1981 : F. Sawicki montre que la gauche
rentre dans la logique présidentialiste d’opposition gauche/droite et au fait majoritaire pour les
législatives. Quelques années avant, en 1977, la gauche unie présente des candidats aux
municipales et ont essayé de politiser ces élections locales pour montrer qu’une autre politique
est possible en faisant une alliance.
Les partis vont alors se diviser en deux blocs : la droite et la gauche (plusieurs branches
politiques à l’intérieur des blocs). On entre dans un système de partis bipolaire.
- Système de partis = règles et relations qui existent entre les partis

B. La discipline partisane

Bastien François reprend les travaux de Daniel Gaxie et ajoute que :

« La capacité du scrutin majoritaire à dégager une majorité parlementaire stable et disciplinée


ne va pas de soi » (Bastien François)
Daniel Gaxie : La discipline partisane a augmenté parce que les élus sont dépendants d’une
organisation politique qui met à leur disposition des moyens en échange de leur fidélité. Cela
renforce cette discipline comme étant la condition de la constitution d’une majorité présidentielle

Au fil du temps, il y a de plus en plus de moyens pour mener une campagne qui vont être
fournis par les partis politiques ce qui crée une certaine dépendance. On reste et milite alors au
sein des partis, on obéit (au niveau des votes) et on a du mal à se défaire de ces partis ce qui
renforce les partis les plus établis, ceux qui ont le plus de moyens (UMP, LR, MPF)
Cette discipline en renforçant les partis les plus établis, renforce la bipolarisation et donc
la prééminence présidentielle ou la présidentialisation du régime

C. D’autres facteurs annexes

Les sondages et les médias participent à cette bipolarisation

- Les sondages homogénéisent les camps politiques et proposent une vision binaire de
la politique (« êtes vous de gauche ou de droite »)

- Les médias personnifient la vie politique où une personne représente un camp entier
Exemple : débats du second tour : entre les candidats = prééminence du président

Autre remarque :
- Tendance à favoriser les candidats charismatiques / autoritaires, l’homme providentiel
(voire autoritaire) : Benoît Hamon (“je ne suis pas l’homme providentiel”)

Conclusion
La vie politique française depuis 1958 s’est bipolarisée en deux blocs. C’est le cumul de trois
éléments structurels qui permettent de comprendre comment une majorité stable s’est formée
au profit d’un président toujours plus prééminent. L’évolution des forces de gauche et leur
ralliement à cette logique majoritaire permet de comprendre comment un second bloc uni s’est
constitué. La bipolarisation a perduré pendant des décennies étant favorisée par la discipline
partisane et par le fait qu’elle symbolise deux camps politiques bien définis. Cette bipolarisation
s’est faite pour B.F au service de la présidentialisation car elle permet au président d’être libre
d’agir et de renforcer sa primauté face au premier ministre et face aux parlementaires.
Séance 5 : De la cohabitation à la fin de la bipolarisation

Le modèle de la bipolarisation a perduré jusqu’en 2017 où il a atteint ses limites. Il est arrivé
que la majorité parlementaire ne soit pas du même bord que le président.

Les périodes de cohabitation ainsi que la transformation du paysage politique


peuvent-elles remettre en cause la prééminence du pouvoir exécutif (et du président) ?

I. Des lectures différentes de la Constitution

A. La lecture présidentialiste

De Gaulle voulait que le président ait le pouvoir, d’où les compromis dilatoires, l’usage du
référendum et les mécanismes de parlementarisme rationalisé. Cela fait que la
personnalité, le prestige de De Gaulle ont donné une lecture très présidentialiste de la
Constitution ce qui fait du gouvernement un simple exécutant de la politique définie par le
président. Suite au départ de De Gaulle, ses successeurs ont réussi à conserver l’image qu’il
avait donnée à la fonction parlementaire.

Le fait majoritaire parfait est la situation dans laquelle le président a une majorité
parlementaire solide et où les successeurs de De Gaulle ont su faire face aux tentations de
certains premiers ministres qui ont voulu se mettre en compétition avec le président.

La dyarchie (concept de Daniel Bourmaud) correspond au fait que les deux têtes de
l’exécutif sont en concurrence mais l’une domine l’autre

Exemples :
- Jacques Chaban-Delmas (PM de Pompidou): voulait s’affirmer face au président et
mettre en place un programme de nouvelle société que Pompidou ne voulait pas (de
droite =/= progressiste). Il a fait le tour des médias et Pompidou a fini par lui demander
de démissionner. Dès le début de l’investiture du nouveau PM, Pompidou lui a demandé
de signer en blanc une lettre de démission non datée qu’il pourrait remplir au besoin.
L'idée est de permettre au président de maintenir un certain contrôle sur le gouvernemet

- Édouard Balladur (PM de Mitterrand) : les deux siégeaient au conseil européen alors
que seul le PM devait assister : volonté de Mitterrand de dire que le PM ne va pas seul

- François Fillon (PM de Sarkozy): le PM est un collaborateur, le patron c’est moi : l’idée
c’est pas d’avoir un président neutre mais un président politisé, chef d’un camp politique

- Macron : il a réuni le parlement au Congrès au château de Versailles pour faire un


discours sur la politique qu’il voulait mener à la veille du discours de politique générale
de son PM Edouard Philippe = volonté d’éclipser le PM

Delphine Dulong, politiste, rappelle que :


- Il y a un flou entre les compétences du président et du Premier ministre
- D'après Delphine Dulong, la hiérarchie entre PR et PM découle de la mise en place
d'un "dispositif disciplinaire" qui cantonnerait les PM à un rôle secondaire.
- Discours de Charles de Gaulle : « Le président est l'homme de la Nation, nomme le
Gouvernement et en particulier le Premier ministre qu’il peut changer»
- Sa vision : « il n'y a pas de dyarchie » puisqu’il n’y a qu’un seul chef = le président
- Tandis que certains Premiers ministres tentent de s'affirmer (J. Chaban-Delmas qui ne
fait pas lire son texte à G. Pompidou sur sa « société nouvelle »)
- Des techniques sont mises en place pour l'éviter : démission « en blanc » ;
participations conjointes, rappels au Premier ministre de son rôle de « collaborateur »

B. La lecture parlementaire

A trois reprises sous la Ve république, il y a eu des situations de faits majoritaires imparfaits


où le président n’a pas de majorité parlementaire, son parti n’a pas remporté la majorité au
législatif.

Dans cette situation, plusieurs possibilités pour le président :


1. démissionner : estimer que si les Fr n’ont pas élu son parti, ils ne veulent pas de sa po
2. dissoudre l’Assemblée nationale : aucune certitude que c’est à son profit (1fois/an)
3. mettre en place une période de cohabitation :
- cohabitation = la conjoncture politique dans laquelle le président et la majorité
des députés sont de tendances politiques opposées. Le président nomme un PM
qui n’est pas de son bord mais qui est du bord de la majorité parlementaire
= respecter le vote des électeurs + président responsable devant le parlement

La lecture des institutions permet alors un retour à la constitution écrite : on n’applique que la
constitution et pas son interprétation

Concrètement, c’est de nouveau le gouvernement qui conduit la politique de la nation avec


le soutien du parlement et le président va redevenir un arbitre. Le président conserve
certaines prérogatives :
1. Il reste le chef de l’armée
2. Il s’occupe des affaires et relations internationales
3. Il préside le conseil des ministres : il peut donner son avis et critiquer la politique du
gouvernement et refuser de signer des décrets et ordonnances pris lors de ce conseil
4. Il reste irresponsable politiquement : ne peut pas se faire renverser et peut faire
dissoudre l’Assemblée

Exemples de cohabitations :
1986-1988 : François Mitterrand (PR/PS), Jacques Chirac (PM/RPR)
- cohabitation difficile et compliquée : Mitterrand critiquait la politique du
gouvernement et n’était pas très consensuel : refusait de signer les décrets et les deux
se préparaient pour la présidentielle suivante et ne cherchaient donc pas à se mettre
d’accord

1993-1995 : François Mitterrand (PR/PS), Edouard Balladur (PM/RPR)


- cohabitation plus douce : Mitterrand était malade, il arrivait à la fin de ses septennats :
il avait moins la force de s’opposer et comme il ne savait pas que Balladur allait se
présenter à l’élection présidentielle, il l’appréciait
1997-2002 : Jacques Chirac (P/RPR), Lionel Jospin (PM/PS)
- cohabitation la plus déséquilibrée : il n’y jamais eu un président aussi faible : à son
élection, Chirac a dissous l’Assemblée dans l’espoir d’avoir une majorité de droite mais
ça n’a pas marché = a raté sa dissolution = a dû appliquer un prog de gauche pdt 5 ans

Pendant les cohabitations, il y a une présidentialisation de la fonction du PM dans les


méthodes qu’il va utiliser car il devient le véritable dirigeant du pays : c’est lui qui donne
les orientations politiques : il retrouve tout le pouvoir qu’a perdu le président.

Mais tout cela ne se fait pas au profit du parlement. Certes, on a un rééquilibrage des
pouvoirs au profit du PM, mais ça ne favorise pas l’Assemblée nationale. On pourrait
penser cela car les deux sont du même bord mais c’est faux. L’Assemblée nationale reste
subordonnée à l’exécutif (Daniel Bourmaud) car le PM a toujours des armes qui contraignent
les parlementaires (Exemple: le 49/3, les ordonnances)

II. La fragmentation progressive de la vie politique française

A. La fin de la bipolarisation

Le Parlement français a longtemps été divisé en deux blocs (clivage gauche/droite) jusqu’en
2017). Cependant, dans les années 80, des politistes comme Frédéric Sawicki parlent d’une
fragmentation de la vie politique française dans le sens où de nouveaux partis qui défendent
de nouveaux enjeux se développent en dehors des cohabitations traditionnelles (en dehors du
bloc de gauche et de droite traditionnels)
- Exemples : le Front National (Rassemblement National) et Europe Ecologie Les Verts

Ces partis dénoncent l’impuissance des partis du gouvernement traditionnels (PS et


LR/UMP) à lutter contre le chômage mais leurs stratégies n’ont pas fonctionné sur le court
terme car pour réussir à être élu dans l’Assemblée nationale, il faut faire de grandes coalitions
alors qu’ils arrivaient à peine à arriver au second tour. La bipolarisation s’est alors pérennisée et
a continué jusqu’en 2017.

Dans les années 2000, on peut parler de bi-partisme : quasiment que 2 partis politiques, le PS
étant devenu le parti dominant dans le bloc de gauche et l’UMP (ancêtre de LR) dans le bloc de
droite. C’est le scrutin majoritaire qui ne permet pas l’émergence de petits partis

En 2000, il y a eu deux réformes pour éviter la cohabitation :


- celle du quinquennat : le mandat passe de 7 à 5 ans
- celle du couplage des élections présidentielles législatives :
- septennat : élections législatives 5 ans après l’élection présidentielle
- quinquennat : élections législatives juste après les présidentielles
⇒ favorise la majorité claire à l’Assemblée

Sur le long terme, les grands partis traditionnels (PS et UMP) ont été accusés de ne pas avoir
de politique véritablement différente. En conséquence, de nouveaux partis se sont développés
(LREM, RN) en dehors des deux blocs ce qui a contribué à affaiblir ces partis traditionnels.
En 2017 : second tour entre Le Pen et Macron : aucun n’appartient ni à la droite classique ni à
la gauche
- Macron (LREM) l’emporte (majorité) à l’Assemblée nationale : fin de la bipolarisation
- à l’Assemblée : très grand bloc de LREM (350 députés), bloc de gauche (70 députés),
bloc de droite (137 députés) et un très petit bloc front national / RN (8 députés)

En 2022 : c’est Ensemble qui a une majorité présidentielle relative (n’ont pas +50% à l’AN mais
plus grand bloc) avec comme force d’opposition la NUPES, le RN et l’union de la droite

Peut-on encore parler du clivage gauche-droite ?


Hastings se questionne sur la pertinence du clivage « gauche/droite » et montre qu’il faudrait
plutôt parler d’un clivage entre des progressistes (société ouverte) et des conservateurs
(société fermée) car le PS et LR ont longtemps mené des politiques sensiblement proches et
que Macron et Marine Le Pen s’affranchissent du clivage gauche/droite.

Cependant, il rappelle que ce clivage gauche/droite est encore brouillé et redéfini car il y a
encore beaucoup d’électeurs qui sont capables de se positionner sur un axe droite et
gauche et qu’il y a un positionnement centriste de LREM qui ouvrirait la voie à une
régénération de ce clivage autour de ce qu’il appelle la « vrai gauche » et la « vrai droite ».
Pour lui, le clivage existe encore totalement.

B. La fin de la prééminence de l’exécutif ?

Avoir deux blocs et une majorité absolue favorise la présidentialisation.


La fin de la bipolarisation remet-elle en question le pouvoir de l’exécutif et du président ?

C’est plus compliqué aujourd’hui pour le président d’avoir une majorité parlementaire puisque
nous ne sommes plus en bipolarisation et cela implique de négocier avec les autres partis.
En effet, avoir trois blocs au lieu de deux rend plus compliqué d’avoir 50%.

Le parlement gagnera du pouvoir dans ce contexte puisque le PM va devenir une personnalité


plus forte chargée de négocier avec les dirigeants des groupes parlementaires

Cependant, en réalité, la fin de la bipolarisation ne marque pas nécessairement la fin de la


prééminence de l’exécutif et du président.
Aujourd’hui, même si l’Assemblée nationale est divisée en plusieurs blocs, et même si Macron
n’a qu’une majorité relative, cela ne l’empêche pas de mener sa politique. Il a plusieurs moyens
pour cela, il peut :
1. Faire des négociations / concessions avec des partis proches du sien
(Exemple: Réforme des retraites : Borne a fait une concession avec LR)
2. Renoncer à des projets clivants
3. Utiliser le 49/3 : permet de faire passer une loi contestée sans majorité absolue
4. Utiliser des décrets et des ordonnances : faire passer une loi sans vote des députés
5. Mettre en place une cohabitation

C. La présidentialisation de la vie politique


Qu’on soit en cohabitation, avec un fait majoritaire parfait ou imparfait, la vie politique
française est tournée autour de la figure du président de la République.
Sawicki insiste sur le rôle des médias et des sondages qui s’intéressent beaucoup à l’élection
présidentielle, pour laquelle les français votent le plus. Rousselier rappelle la “tendance des
médias à “parler des discours télévisés”

Partis politiques = organisations durables qui possèdent des ancrages locaux et dont
l’objectif est de conquérir le pouvoir grâce au soutien populaire

Sawicki ajoute que “ les partis politiques eux-mêmes se présidentialisent ” car ils vivent en
fonction de l’élection présidentielle : leur organisation au quotidien est marquée par cette
élection. Il y a souvent des luttes au sein des partis pour le leadership présidentiel (chacun
veut trouver son candidat idéal). Pendant longtemps, ces candidats étaient élus par les
cadres des partis mais, depuis quelques années, il y a d’autres manières de sélectionner ce
candidat :
1. Elections internes : c’est les adhérents (cotisants) au parti qui choisissent
2. Primaires ouvertes : c’est les sympathisants (pas cotisants) qui choisissent le candidat
à l’Assemblée nationale

Ces luttes peuvent nuire à la crédibilité du parti car elles révèlent des dissensions ou des
tensions internes malgré leur appartenance au même parti.

On assiste à une « partisanisation des élections » selon Daniel Gaxie car ce sont les partis
qui sélectionnent les candidats à qui ils octroient des moyens financiers et humains permettant
de faire une campagne.

D’après Frédéric Sawicki :


Certains ont profité de cet affaiblissement des partis traditionnels pour créer leur propre
mouvement autour d’eux. Des partis personnels ont été créés par, et autour d’une
personnalité politique qui veut se présenter (JLM par exemple). Il y a une personnalisation
de la vie politique dans laquelle le candidat met en avant ses compétences, ses
caractéristiques personnelles, etc.

Cependant, il ne faut pas sous-estimer la force des partis traditionnels. Ils ne vont pas
disparaître au profit des partis personnels puisqu’aujourd’hui beaucoup s’identifient encore
au PS ou à LR. Au niveau local, les partis traditionnels ont des fiefs territoriaux, ils ne vont
donc pas disparaître.

Le président de la République a toujours une image moins valorisée car on attend tellement de
lui que dès qu’il n’est pas à l’hauteur de nos attentes, on est déçu.

Bastien François nuance l’importance de la présidentielle et du président. Il dit que même si


les présidents ont toujours du pouvoir, ils sont quand même plus affaiblis qu’à l’époque
car ils ont du mal à apparaître au-dessus de la mêlée, comme l’était De Gaulle. Cela s’explique
par le fait que la population a évolué : les français sont plus diplômés, plus demandeurs
d’égalité, de participation, et de co-élaboration des politiques, ils veulent plus de
transparence, de débat.
Séance 6 : Les nouveaux professionnels de la politique

Depuis la fin du XIXème siècle, il y a de plus en plus d’individus qui sont devenus des
représentants du peuple qui vivent de la politique et pas seulement pour la politique. Le 19ème
siècle est un siècle de transition démocratique : il y a une intensification de la vie électorale.
On passe d’un suffrage censitaire à un suffrage universel et il y a une entrée de nouveaux
acteurs politiques (de plus en plus d’individus qui peuvent faire de la politique) ce qui intensifie
la concurrence électorale. Avant, l’activité politique était dominée par des notables (gens riches
sans métier), elle appartenait à l’élite dominante. Dans ce siècle de transition, l’activité
politique se professionnalise et le fait de faire de la politique devient une carrière. Dès
1852, on est payé si on est député.

Les professionnels de la politique sont ceux qui monopolisent le savoir faire nécessaire à
la conquête, à l’exercice et au maintien du pouvoir

Le fait de payer les députés devait permettre de faire émerger des individus de milieux sociaux
différents.

Dans quelle mesure l'intégration de nouveaux professionnels de la politique permet-elle


de répondre à la crise de la représentativité des élus ?

I. La représentation du peuple français

A. Le « coup de force symbolique » de la représentation (P. Bourdieu)

« L'homme politique tient sa force politique de la confiance qu'un groupe place en lui. Il tient sa
puissance proprement magique sur le groupe de la foi dans la représentation qu'il donne au
groupe », Pierre Bourdieu

Selon Bourdieu, le coup de force symbolique caractérise le fait que l’élu d’une majorité
d’électeurs soit considéré comme le représentant de tous les habitants (y compris ceux qui
n’ont pas voté pour lui ou ceux qui n’ont pas voté du tout)

Dans une démocratie représentative, les élus parlent et prennent des décisions au nom
de l’entièreté du peuple ce qui peut créer des tensions entre la volonté propre de l’élu et la
nécessité de prendre en compte les intérêts collectifs de toute la société

B. La persistance d'une élite des professionnels de la politique

Malgré toutes ces mesures prises, les professionnels de la politique restent des cadres.

a. L'explication historique : la loi d'airain de l'oligarchie

Roberto Michels, Les partis politiques (1911)

Il a démontré au début du 20e le caractère oligarchique des partis politiques. Il s’est


intéressé aux partis socialistes ouvriers et a montré que plus ils s’agrandissent, plus ils
prennent de l’ampleur, plus ils se spécialisent et plus les décisions auxquelles ils vont être
confrontées vont être complexes.

Le fonctionnement quotidien d’un parti et le travail d’organisation pour réunir le plus de


membres nécessite du personnel qualifié qui a des compétences et des connaissances
(juridiques, économiques,...) afin de faire un programme solide et faire vivre le parti.

Le développement des partis implique donc l’émergence d’élites au sein des partis car ceux
qui ont des connaissances juridiques sont ceux qui en avaient les moyens. Le pouvoir finit par
être réservé à ce petit groupe de personnes qui appartient le plus souvent aux catégories
dominantes et il en déduit une loi plus générale : la loi d'airain de l’oligarchie
Selon cette loi, toute organisation a tendance à produire une élite oligarchique

Pourtant, à la fin du 19ème siècle, dans le processus de démocratisation (Weber et


Tocqueville), de nouveaux professionnels de la politique devaient émerger et devaient pouvoir
vivre de la politique. Cependant, pour Roberto Michels, cela n’a pas été possible car les
inégalités se succèdent et se poursuivent : les classes dominantes en tant qu’élites au
sein des partis sont inévitables. La politique pendant longtemps est restée un monde auquel
tout le monde n’a pas accès (Daniel Gaxie). Ceci crée un problème pour Michels : la présence
d’intellectuels au sein du parti ouvrier présente un risque que les intérêts de ces classes
dominantes, leur intérêt de caste, prenne le dessus sur les intérêts originels du parti :
partis ouvriers qui sont censés représenter les membres des classes populaires

On pourrait se préoccuper du fait que les cadres/élites pourraient se focaliser sur la conquête
de postes de pouvoir et oublier la raison d’être du parti.

b. La situation actuelle : une surreprésentation dans le champ politique des


catégories socioprofessionnelles dominantes

Origine sociale des députés (2022/2021) :


- 69,5% sont cadres supérieures et représentant 21,6% de la population active
- 4,5% sont employés et représentent 26,2% de la population active
⇒ ce n’est pas juste un sentiment mais une réalité

La crise de la représentativité des élus : Des auteurs montrent que le mode de financement
de notre démocratie et notamment des partis avantage les plus aisés en particulier par rapport
aux dons que reçoivent les partis.

Julia Cagé (économiste) montre que les 10% des personnes les plus riches font des dons
généreux aux partis qu’ils soutiennent. Elle en déduit que les personnes les plus aisés
participent davantage au financement des campagnes électorales des partis qu’ils soutiennent.

Origine sociale des élèves des classes préparatoires et des grandes écoles (CPGE) :
- 7,1% des élèves de CPGE sont enfants d’ouvriers
- 68,8% des élèves de l’ENA sont enfants de cadres vs 4,5% d’enfants d’employés
- Parmi l’ensemble des élèves : 34,4% = enfants de cadres / 16,8% = enfants d’employés
Sciences Po et l’ENA sont très sélectives. Malgré leurs efforts, ces écoles reproduisent les
inégalités économiques et sociales. La majorité des étudiants de ces écoles sont issus des
catégories supérieures. En effet, ce sont les étudiants avec le parcours le plus prestigieux qui
sont pris (excellent résultats scolaires, stages, séjours à l’étranger). Or avoir de bons résultats
scolaires n’est pas totalement indépendant de l’aisance, et pour faire des stages, des séjours à
l’étranger, il faut appartenir à une certaine classe sociale.

Selon Bourdieu, la réussite scolaire dépend en partie de notre origine sociale. Dans un
contexte de massification scolaire (de plus en plus de gens qui veulent être diplômés), les
catégories supérieures de la population, particulièrement informés de cette massification, et qui
ont peur du déclassement (de leurs enfants), investissent davantage dans ces écoles pour
que leurs enfants conservent leur valeur sur le marché du travail (payent plus pour les
études, réseau pour les stages, séjour à l’étranger, …)

Il y a donc une sélection scolaire mais également sociale, qui participe à créer une future élite
politique. Pour lui, il y a une noblesse d’Etat, un groupe social qui est le produit d’une
socialisation singulière, qui repose sur des parcours scolaires sélectifs et dont les
membres font carrière dans l’administration voire dans la vie politique.

Il y a donc une crise de la représentativité des élus pour mettre en avant qu'aujourd'hui
encore, les professionnels de la politiques restent une élite à part.
Exemple : origine sociale des élèves : pendant 10 ans : ça n’a presque pas évolué du tout

C’est pour cette raison que Macron supprime l’ENA et met à la place l’Institut National des
services Publiques = moins inégalitaire que l’ENA qui est une énarchie, une oligarchie dans
laquelle toutes les personnes politiques viennent de l’ENA

Pour Philippe Braud, cette crise produit :


1. une incapacité à mobiliser les masses silencieuses : beaucoup d’abstention au vote
2. une incapacité à mobiliser les segments plus actifs de la population : qui sont les
partis politiques qui ont du mal à mobiliser beaucoup d’adhérents et de sympathisants

Pour Marie-Anne Cohendet, plusieurs facteurs expliquent que les français ne se sentent plus
représentés par la classe politique :
1. la corruption, les affaires, …
2. l’incapacité des politiques à changer l’avis des citoyens : sensation que aller voter
ne change rien, tout est décidé à un niveau qu’on ne peut contrôler
3. “Les citoyens votent pour des hommes politiques très différents d’eux donc ils se
sentent éloignés de cette classe politique qui n’est pas à leur image, surtout pour
les plus démunis qui s’identifient très difficilement à l’élite politique”, Marie Anne
- Il peut y avoir une vision très différente entre les représentés et les représentants (gilet
jaune)

Pour augmenter le taux de participation au vote électoral, elle propose d’organiser des débats
et des votes sur internet, d’utiliser davantage le référendum, de rendre le droit de vote
obligatoire (comme en Belgique)
D’autres proposent de créer des bons pour l’égalité démocratique qui seraient pour toute la
population pour remplacer les dons alloués par chaque citoyen au moment de la déclaration de
leurs revenus. Chaque citoyen choisirait alors comment répartir l’argent de l’Etat entre le
financement de chaque parti, pour que les dons ne viennent pas que des plus riches.

II. La question du genre

A. La sous-représentation féminine

Le genre : un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et


les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin).
Mais surtout : une construction sociale et pas un simple phénomène "naturel" ou "biologique".

La sociologie du genre analyse la façon dont ce système produit ces deux catégories, les
hiérarchise et leur attribue des valeurs et représentations. Affirmer qu'il s'agit d'une
construction sociale permet de le réactualiser, de ne pas le considérer comme quelque
chose d'immuable.

En politique, on observe un maintien d’une forme d’élites issue de classes sociales élevées qui
ont bénéficié d’études prestigieuses et cela permet d’expliquer en partie la sous-représentation
des femmes en politique.

Les femmes ont longtemps été reléguées, assignées aux tâches domestiques tandis que les
hommes travaillent. La politique est alors réservée aux hommes qui étaient les seuls intéressés

Textes de Catherine Achin et Sandrine Lévêque

En 1944, les femmes ont obtenu le droit de vote, ce qui a permis à certaines d'entre elles
d’entrer en politique même s’il a fallu du temps avant qu’il n’y ait de femmes élues. En 1986, il
n’y avait que 34 femmes à l’assemblée, ensuite 71 en 2002, puis 215 aujourd’hui.

Cela peut s’expliquer par :


1. Une méfiance des électeurs à l’égard des femmes : difficile de saisir ce changement
2. Une difficulté de trouver des femmes candidates
3. Une volonté des partis d’investir plus d’hommes que de femmes

B. La parité : une tentative de rééquilibrage

La parité est la recherche d’une égalité parfaite et réelle entre les hommes et les femmes
dans l’accès à la sphère politique.
En 1999, on a ajouté à la constitution cet objectif de parité

Loi du 6 juin 2000 : demande la parité au niveau des candidatures dans les scrutins de listes
et pour les scrutins uninominaux

Ces dernières années, il y a une hausse du nombre de candidates féminines et surtout du


nombre d’élues, ce qui a permis une évolution. (12% de femmes élues (2002) ⇒ 37% en 2022)
Cependant, il n’y a toujours pas de parité absolue. Certains partis continuent d’avoir des
sanctions financières car ils ne respectent pas la loi sur la parité. LREM a pourtant promis de
moderniser et de renouveler le personnel politique et de faire en sorte qu’il n’y ait pas que des
cadres et que des hommes mais il n’y a pas encore les 50% des femmes.

D’après les deux auteures, quand il faut les investir (arriver au 50%), les femmes sont le plus
souvent placées dans des circonscriptions où on sait qu’elles vont perdre. Les femmes
sont également moins présentes dans les mandats les plus importants et valorisés ou à la
tête de l’exécutif : Elles sont souvent conseillères départementales, régionales, … mais
rarement présidentes de région ou maires.

« Les professionnels de la politique, tout en se déclarant éminemment favorables à l’égalité des


sexes, parviennent à contrôler la sélection et la circulation des élu(e)s » (Achin et Lévêque)

Des contraintes fortes ont été mises en place dans certaines élections moins importantes ou
prestigieuses pour bien respecter l’alternance des femmes mais qui montrent en réalité des
hiérarchies implicites du champ politique. Grossièrement, on contrôle là où les femmes
n'exercent pas. (député = plus prestigieux que conseil régional)

Des mécanisme qui résultent d’une véritable « instrumentalisation de la loi, de ses


contournements stratégiques »; d'autres qui sont « le produit de l’intériorisation par les
individus de leurs destins possibles et probables, produits de leur socialisation
différenciée »

Les sanctions financières de l’Assemblée Nationale sont aussi facilement contournables.


Les femmes sont encouragées à concilier leur vie professionnelle et vie personnelle alors
que les hommes sont encouragés à se focaliser sur leur carrière.

Pierre Bourdieu parle de domination masculine et de violence symbolique qui s’illustre


dans différentes situaitions en politique (Exemple : Darmanin qui dit « Calmez-vous madame ça
va bien se passer = stéréotype d’hystérie, d’une femme qui ne sait pas gérer ses émotions)

La parité est atteinte dans des cas très contraignants comme les élections départementales où
on vote pour des binômes et c’est obligatoire que ça soit des binômes H/F.

Conclusion
L’intégration de nouveaux professionnels de la politique n’a pas permis de répondre
véritablement à la crise de représentativité des élus. Cela a mis fin à un ancien système où
seuls les notables locaux pouvaient s’engager en politique mais le personnel politique conserve
une homogénéité sociale et des parcours relativement similaires puisque les inégalités sociales
persistent et peuvent nuire à l’engagement.

L’intégration des femmes s’est également faite petit à petit, notamment grâce à l’intervention
des pouvoirs publics, mais ces mesures restent imparfaites puisqu’elles sont plus ou moins
coercitives et que les partis politiques savent et cherchent parfois à contourner les lois

Si la féminisation de l’Assemblée va dans le sens d’une représentation plus fidèle de la


population, elle n’en reste pas moins inégalitaire en termes de classe puisque pour se faire élire
député, il faut réunir un certain nombre de capitaux (social, ..).
Séance 7 : Les déterminants collectifs et individuels du vote

Il y a régulièrement en France et dans toutes les démocraties des élections avec des candidats
qui essaient d’obtenir le plus de suffrages en réalisant des campagnes électorales. Face à cela,
plusieurs sociologues et politistes se demandent comment les choix des électeurs se
forment, et comment les candidats arrivent à fidéliser leurs électeurs.

Le but est de comprendre les comportements et préférences des citoyens = ce qu’est le vote

Le vote comme fait social (E. Durkheim) : des manières de faire qui s'imposent aux individus
et qui leur sont extérieures ; un ensemble de régularités de pratiques sociales qui exercent sur
l'individu une force de coercition externe.

Le vote n’est alors pas juste personnel, individuel résultat d’une réflexion interne rationnelle, il
ya des choses extérieures, des influences extérieures qui vont faire qu’on soit destiné à voter
pour un parti et pas pour un autre. Il est illusoire de croire qu’on vote pour un parti uniquement
car on adhère à son idéologie.

Comment le vote a t-il été interprété par les différents paradigmes de la sociologie
électorale ?

I. Les premiers travaux et facteurs de stabilisation des orientations politiques

A. Le modèle écologique

Le modèle écologique a été imaginé par André Siegfried dans les années 1900. Il développe
l’idée d’une stabilité du vote dans le temps dépendant des territoires. Il énonce un modèle
multifactoriel de production sociale des votes.

Il montre qu’en Vendée :


- Au nord : le sol est composé de granit, qui entraîne des sols irrigués. Les habitats sont
dispersés, grandes propriétés dans zones rurales = rôle majeur de l’Eglise et des
grands propriétaires = votes de droite

- Au sud : sol composé de calcaire = sols peu irrigués = habitat concentré autour des
quelques points d’eau, petites propriétés dans centres urbains = rôle majeur de la petite
bourgeoisie = vote de gauche

⇒ La nature du sol conditionne le mode d’organisation des territoires, de la société ce qui va


influencer le vote.

B. Le modèle américain : le paradigme de Columbia

Dans les années 40 apparaît un courant de pensée à l’école (courant de pensée) de Columbia.
Paul Lazarsfeld propose deux hypothèses sur la détermination du vote :
- le vote des électeurs est influencé par les médias
- les électeurs utilisent toutes ces infos pour faire un calcul rationnel (coût, bénéfice)
Résultat de son étude :

Il se rend cependant compte que la puissance des médias est un mythe car les électeurs
sont peu informés sur la politique et les enjeux de l’élection (gens informés = minorité). De plus,
puisqu’ils sont faiblement intéressés, c’est aussi un mythe de penser qu’ils vont effectuer un
calcul rationnel. Alors qu’est ce qui fait que l’on vote pour un candidat ou pour un autre ?

Deux autres facteurs qui entrent en jeu / expliquent le vote :


1. Le groupe primaire d’appartenance (Sophie Maurer, Anne Muxel)

Sophia Maurer
Collaboration politique : Le vote est avant tout une expérience de groupe, avec les personnes
qui nous sont proches : c'est le résultat de discussion antérieures avec notre famille/nos pairs
qui entraîne notre socialisation politique = ensemble des mécanismes et des processus
de transmission et d’incorporation des valeurs, attitudes, opinions et représentations du
monde politique. Au sein de ces groupes, il existe des leaders d’opinions (intéressés par la
politique) qui peuvent avoir une influence forte.

Anne Muxel
Elle fait une enquête qui montre qu’environ 2 français sur 3 continuent à faire leur choix
idéologiques/politiques comme leur parents : votent comme leur parents votent

2. Des variables sociologiques déterminantes (Nonna Mayer)

Le lieu de résidence, le statut socio-économique, la religion


Paul Lazarsfeld : “ Une personne pense politiquement comme elle est socialement ”

Il montre que toutes ces variables influencent notre vote (caractéristiques communes entre
ceux qui votent à droite). Par exemple, aux Etats-Unis, les protestants aisés qui vivent dans des
zones rurales votent à droite alors que les catholiques dans les zones urbaines moins aisées
votent à gauche et appartiennent souvent à des classes moyennes et pauvres.

Ainsi, on a :
- protestantisme + classes supérieures + zones rurales = droite
- catholicisme + classes moyennes et pauvres + zones urbaines = gauche

Nonna Mayer montre que :


- être croyant + issu d’une catégorie favorisée augmente les chances de voter à droite
- Ne pas être croyant + être issu d’une catégorie défavorisée ⇒ gauche

Tous ces facteurs ne veulent pas dire qu’il n'y a pas de rationalité, qu’on ne réfléchit pas à notre
vote, ça veut simplement dire que ça influence notre vote et que ça augmente la probabilité de
se diriger vers un parti plutôt qu’un autre.

C. Le principe de prédétermination sociale des votes


Pour P. Lehingue, des variables objectives (milieux social/familial, niveau de revenu, niveau
de diplôme) expliquent des variables subjectives (opinions, émotions, représentations).
Nos perceptions vont dépendre du milieu dans lequel on a grandi. Il peut y avoir une cohérence
entre nos caractéristiques sociales et du milieu de socialisation (ouvrier qui vote à gauche)

Beaucoup de travaux s’inscrivent dans ce modèle et ajoutent plein de variables. Pour Anne
Cécile Douillet, il y a une diversification et une précision des variables : âge, sexe, lieu de
résidence, niveau d’instruction, division de certaines catégories sociopro (les cadres publics ⇒
votent beaucoup plus à gauche =/= cadres privés ⇒ à droite). Elle rappelle cependant que des
variables aujourd’hui ne marchent plus, notamment le vote à gauche des ouvriers (RN/pas)

Le paradigme de Marshall : Identification partisane / attachement à un parti politique :


C’est l’attachement affectif durable des citoyens américains à l’un des deux grands partis
renforcé par le milieu social et professionnel et souvent du à un héritage familial

II. Les ruptures avec les premiers travaux : vers un électeur rationnel de plus en
plus volatil

A. Le modèle de l’électeur rationnel

Certains remettent en cause les modèles déterministes pour défendre l’idée d’un électeur
stratège qui serait capable d’évaluer l’offre électorale et qui opterait pour un candidat de
manière objective

D’après Anthony Downs, comme les individus sont plus instruits qu’à une certaine époque, ils
peuvent se positionner par rapport aux programmes indépendamment de leur milieu social.
Tous les électeurs votent alors pour le candidat qui leur assure la meilleure utilité
marginale : promettre moins la hausse d’impôts, la hausse de salaire

Max Weber définit la rationalité instrumentale comme étant un calcul coût bénéfice.

Enfin, Anne-Cécile Douillet défend l’idée d’une rationalité limitée :


« L’orientation du vote dépend moins de l’évaluation des programmes et des candidats par les
électeurs que du milieu social dans lequel ils évoluent. Ce sont les relations interpersonnelles,
au sein de la famille, du voisinage, qui construisent les préférences politiques »

Tous les électeurs ne peuvent faire ce calcul rationnel car il faudrait qu’ils soient tous
intéressés et bien informés et capables de se positionner dans le champ politique.

B. La théorie de l’électeur raisonnable

En 1991, Samuel Popkin a développé cette théorie selon laquelle, c’est logique pour un
électeur d’économiser son énergie et de ne pas aller accumuler les informations même
quand on a un niveau d’instruction élevé. Avoir du capital culturel ne suffit pas pour augmenter
son niveau de connaissance. Les informations qu’un électeur va recueillir seront toujours
insuffisantes pour décider en toute rationalité. Les électeurs sont raisonnables et mettent en
place une stratégie d’avarice cognitive qui consiste à ne pas passer trop de temps à
collecter des informations et à se décider à partir d’éléments éparses (pauvres en info)
comme la personnalité des candidats, ou bien une proposition en particulier, ou des
marqueurs idéologiques, signaux politiques, appartenance religieuse
Exemple : Marine Le Pen :
- victime à l’école = émotions ⇒ c’est qlq chose que je ne referais pas = personnalité
- je crois au ciel = croyance religieuse ⇒ ceux qui croient en Dieu, votez pour moi

C. La volatilité électorale

La volatilité électorale, c’est le fait de ne pas voter pour le même bord politique d’une
élection à l’autre. C’est la mobilité politique entre deux élections, ou entre deux scrutins
d’une même élection. L’électeur rationnel effectue ainsi pour chaque élection un calcul coût
bénéfice. Dans les années 80 en France, il y a eu une hausse de la volatilité électorale due à
la transformation du paysage politique. Les partisans de la théorie de l’électeur rationnel
estiment que les électeurs votent pour un candidat différent parce qu’il y a moins d’attachement
traditionnel, familial à un parti. Les variables sociologiques pèseraient alors moins sur le vote et
les électeurs plus informés

Patrick Lehingue explique que la volatilité électorale n'est pas nouvelle. Il y en a déjà eu
sous la 4e République. Cependant, le fait qu’il n'y ait plus “seulement” deux blocs qui
s’opposent augmente la volatilité électorale. Ceci s’explique à nouveau par la transformation du
paysage politique. La volatilité se retrouve à l’intérieur des grandes familles politiques. Elle est
d’autant plus importante lorsqu’on est centriste

Nonna Mayer dit qu’il s’agit d’un calcul indépendamment de tout attachement à un parti. Elle et
Daniel Boy disent qu’un seul électeur sur 10 franchit la barrière gauche / droite d’une élection à
l’autre

Anne-Cécile Douillet affirme que le vote en lui-même n’est pas juste rationnel mais aussi un
acte social civique car on a inculqué l’idée qu’il était important de voter.

Conclusion
Les préférences politiques ont été analysées par différents chercheurs qui ont montré qu’on ne
peut expliquer le vote comme un acte purement individuel et rationnel.

Muriel Darmon rappelle que les individus intériorisent des normes, des valeurs, des préférences
à travers différentes instances de leur socialisation (famille, religion, école).

Faire de la sociologie politique, c’est comprendre comment la société fonctionne, mais c’est
aussi s’intéresser au vote qui est un comportement politique plus complexe qu’il en a l’air qui
peut s’expliquer par des formes de rationalités mais qui reste avant tout lié par des facteurs
sociologiques des individus.

Nonna Mayer : “L’électeur n’est ni totalement libre, ni totalement déterminé

Séance 8 : CC
Séance 9 : L’abstentionnisme

En 2001, Anne Muxel et Jérôme Jaffré expliquent qu’il n'y a pas qu’une explication univoque de
l'abstentionnisme. Le problème, c’est qu’il n’ y a pas de méthodes de recherche adaptées. Elles
sont biaisées car elles souvent des enquêtes par téléphone par exemple. Beaucoup cherchent
à justifier leur abstentionnisme et d’y donner un sens. Aux dernières élections législatives, il y a
eu 50% d’abstentionnisme.

Abstentionnisme = part des électeurs inscrits sur la liste électorales mais qui ne se
présentent pas le jour des élections

Démobilisation électorale = ensemble des électeurs potentiels qui ne se rendent pas aux
urnes, qu’ils soient inscrits ou non sur la liste

La deuxième est considérée plus pertinente vu que l’inscription n’est pas automatique, et qu’il
ya des personnes mal inscrites (5M de personnes pourraient être inscrites mais ne le sont pas)

Quels sont les facteurs permettant d’expliquer la hausse de la démobilisation électorale


depuis une quarantaine d’années ?

I. Les facteurs conjoncturels

A. Des inégalités entre élections

Anne Muxel et Jérome Jaffré affirment que l’abstentionnisme intermittent a beaucoup


augmenté ces dernières années.

Abstentionnisme intermittent = ne pas voter systématiquement à tous les scrutins mais que
occasionnellement

Enquête de l’INSEE sur les législatives et présidentielles de 2017 :


- 35% se sont inscrits et ont voté aux 4 scrutins (1er+2e tour de chaque élect°) : 1/3
- 51% ont été des intermittents
- 14% n’ont pas voté une seule fois

Ceci s’explique par le fait que les électeurs se mobilisent en fonction des enjeux et des scrutins.
Françoise Subileau et Mariette Toinet ont travaillé sur les Etats-Unis et affirment que pour
comprendre l’abstention, il ne faut pas se focaliser sur les facteurs sociaux mais sur des
facteurs proprement politiques. Aux US, elles remarquent des taux d’abstention record
malgré la hausse du nombre de personnes diplômées. Ce n’est donc pas un manque de
compétence ou de légitimité. On ne peut pas expliquer l’abstention par des facteurs sociaux.

Pour elles, il faut se focaliser sur des facteurs politiques comme la nature des élections et
l’enjeu des scrutins. Elles hiérarchisent la participation sur la nature des élections qui
aurait un effet direct sur le taux de participation. L’abstention sera plus forte si l’enjeu du
scrutin est plus faible, si on ne perçoit pas directement l’utilité d’aller voter.
Exemple : en France, on vote plus au second tour car il y a plus d’enjeu, à la présidentielle ou à
la municipale (ville) qu’aux régionales ou départementales (⇒ sentiment que c’est plus utile)
Il faut également prendre en compte les caractéristiques de l’offre électorale. Les personnes
qui se présentent déterminent l’enjeu du scrutin.
- Second tour entre Marine Le Pen et Jacques Chirac : gros enjeu
- Deux candidats de droite classique ⇒ pas un grand enjeu

Elles parlent d’un abstentionnisme stratégique car l’explication de la moindre participation et


l’intermittence des électeurs est politique. Les chercheurs partisans de l’électeur rationnel
pensent qu’il est de plus en volatil, vote de plus en plus pour différents partis (calcul rationnel
coût bénéfice) mais aussi de plus en plus abstentionniste intermittent (vote quand il veulent)

B. Faire passer un message

Abstentionnisme protestataire = individus qui affirment ne pas se rendre aux urnes par
idéologie, dans une optique de contestation

Parmi eux, Anne Muxel distingue deux types/sous-groupes :


1. Les abstentionnistes “dans le jeu” :
- les personnes les plus informées, intéressées par la politique, proches des
partis politiques mais qui se sentent désimpliqués, désabusés
- Anne Muxel : ce sont les plus contestataires qui estiment que l’offre
électorale ne leur convient pas et qui veulent sanctionner les dirigeants en
s’abstenant de voter (souvent des jeunes, cadres et salariés du public)
2. Les abstentionnistes “hors du jeu” (politique)
- sont moins diplômés, membres des classes populaires ou classes moyennes
- qui s’intéressent beaucoup moins à la politique
- Anne Muxel : ils ont trop de problèmes individuels pour investir la scène
collective et peuvent se sentir incompétents
- ceux qui sont le plus portateurs d’un refus et d’une contestation de la
société telle qu’elle est et qui sont en faveur d’un changement complet de la
société et pas seulement de dirigeants (gilets jaunes)

“Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ”, Coluche

Daniel Gaxie parle également d’un vote désinvesti de personnes qui, quand elles ne
s’abstiennent pas, votent sans grand espoir, sans se faire d’illusion, sans connaître en détail les
programmes des candidats.

II. Les variables lourdes continuent de nourrir la démobilisation électorale

Variables lourdes = déterminants sociologiques : niveau de diplôme, âge,...

A. Les facteurs sociologiques

Pour Céline Braconnier, il n’y a pas assez de données sur les abstentionnistes (dans/hors jeu)
qui porteraient vraiment un message. Ceux qui ne votent pas ne contestent pas toujours et
partagent un certain nombre de variables sociologiques qui prédisposent à l’abstention
(faible niveau de revenu, faible niveau de diplôme,...)
Ainsi, elle interprète l’argument que certains s’abstiennent du vote pour faire passer un
message comme une façon de justifier et rendre socialement acceptable le fait de ne pas voter.

Abstentionnisme social = constatation d’une faible participation électorale des


catégories sociale les plus défavorisées

C’est le fait que le niveau de participation varie en fonction de trois principales variables:
niveau de diplôme, niveau de revenu, niveau de patrimoine
On constate une plus faible participation électorale pour certaines catégories sociales, en
particulier les plus défavorisés qui ont moins de capital culturel (faible niveau de diplôme) et
économique (faible niveau de revenu)

D’après une étude de l’INSEE en 2017, parmi tous ceux qui se sont abstenus, 25% sont sans
diplôme, 8% ont un diplôme supérieur au bac et seulement 6% des personnes sont des cadres
contre 21% des personnes sans activité professionnelle

⇒ Corrélation négative entre abstention et niveau de diplôme/revenu/patrimoine

Autres variables : une situation amoureuse fait voter (on parle plus entre nous de la
politique et on va voter ensemble, couples ont plus tendance à aller voter que les célibataires)

De plus, Tom Chevalier affirme que les jeunes votent moins car ils sont dans un moment de
leur vie où ils doivent s’insérer dans la société, doivent trouver un emploi, n’ont pas forcément
de préférence politique très stable donc ils ont tendance à s’abstenir.

A l’inverse pour Céline Braconnier, il y aurait plutôt un effet de générations: des citoyens qui
se sentent beaucoup moins coupables que leurs aînés de ne pas se rendre aux urnes

B. L'incompétence politique et l'indifférentisme

Voter nécessite d’être compétent politiquement

Compétence politique (P. Bourdieu) = fait de posséder des connaissances savantes et des
pratiques nécessaires pour produire des actions et des jugements proprement politiques

C’est le fait de maîtriser le langage politique, être capable de faire des classements, maîtriser
un discours politique, comprendre les conflits,... (concept repris par Gaxie)

Plus on est diplômé, plus on est susceptible de comprendre les enjeux politiques (clivage
gauche droite), plus on va intérioriser des normes (l’importance de voter). De la même façon,
avoir un travail stable ou être propriétaire de son logement sont des facteurs d’intégration qui
augmentent la probabilité de participer aux élections.

De fait, les membres des classes populaires qui sont moins diplômés et moins stables se
sentent moins compétents et légitimes à donner leur opinion et à voter. Il faut donc relier les
variables sociologiques aux compétences politiques : ce n’est pas juste le fait de pas avoir de
travail qui fasse qu’on ne vote pas mais plutôt le sentiment d’être incompétent qui en découle
qui fait qu’on s’abstienne du vote.

Le taux d'abstention dans les 10 villes les plus pauvres de France était près de 1,5 fois
supérieur à celui des 10 villes les plus riches lors de la présidentielle de 2012 (P. Lehingue)

La hausse de la démobilisation électorale durant toutes ces dernières décennies peut


s’expliquer par la hausse de l’abstentionnisme social donc par la tendance des membres
des classes populaires à aller voter moins souvent.

Cette tendance est en partie due à la fin de l’encadrement historique des classes
populaires par le PCF. Ce parti a longtemps voulu que les classes populaires puissent
s’emparer du débat politique, puissent faire de la politique et comprendre la politique. Des
formations étaient proposées dans les banlieues pour informer les citoyens, les inciter au vote.
L’objectif était que certaines de ces personnes qui vivaient dans des banlieues deviennent des
permanents du parti voire même des élus. On peut ajouter au PCF des syndicats ouvriers ou
encore les fêtes de quartier, qui étaient des moments et des lieux de sociabilité dans lesquels
on pouvait discuter et débattre de la politique.

Or, avec la mondialisation, avec la crise économique et le chômage, on constate un


effondrement de ces structures de sociabilité. Le PCF est devenu un parti marginal et les
classes populaires ne se sentent plus défendues et représentées par la gauche en France. En
effet, Florent GOUGOU explique toutes les raisons pour lesquelles elles ne sentent plus
représentées par la gauche et font qu’elles vont s'abstenir de voter. Le PCF commence alors à
s’adresser à d’autres catégories sociales.

Certains auteurs parlent d’un indifférentisme des classes populaires pour insister sur leur
insuffisante maîtrise des schèmes de classement et d’évaluation du champ politique.

Mais objectivement, c’est difficile de différencier entre les différentes raisons pour
lesquelles on s’abstient du vote : si c’est parce que :
- ils se sentent illégitime et peu compétents
- Ils se sentent indifférents
- ils veulent faire passer un message

En France, on insiste tout de même sur l’abstentionnisme social qui ressort le plus.

La représentation démocratique semble être une illusion parce qu’elle suppose la


participation de tous les citoyens, or, en France, les citoyens qui participent le plus sont les plus
informés, intéressés, politisés, intégrés économiquement et socialement, cultivés,...

Représentation démocratique = fait d’élire des personnes qui vont nous représenter

Face à cela, il y a différentes propositions pour avoir une démocratie plus ouverte :
- Hélène Landemore: voudrait qu’une partie des parlementaires soient tirés au sort pour
que chacun puisse participer à la vie politique
- d’autres plaident pour le vote obligatoire (comme en Belgique)
C. Une fatalité ?

Céline Braconnier : Approche par les contextes :

Elle montre que l’abstentionnisme social n’est pas une fatalité, il n’y a pas de lien direct
automatique et obligatoire entre nos prédispositions et nos pratiques. Des personnes
issues des classes populaires éloignées de la politique peuvent voir leurs dispositions
activées par des éléments de contextes et donc se prolonger dans des pratiques. Par
exemple, lors des scrutins de haute intensité (présidentielle), les ondes pénètrent jusque dans
les foyers les moins disposés à suivre la politique.

Conclusion
La démobilisation électorale n’a cessé d’augmenter depuis une quarantaine d’années dans un
contexte d’affaiblissement des biens sociaux et d’une hausse de l’individualisme. Beaucoup de
personnes ne votent que pour les scrutins qui leur semblent les plus importants, la participation
électorale n’étant plus considérée comme un acte hautement symbolique. Les personnes les
moins intégrées se sentent illégitimes pour aller voter et n’ont plus l’impression d’être
représentées par les forces traditionnelles de gauche au profit de l’abstention ou du vote RN.
Enfin, la hausse du niveau de scolarisation n’empêche pas non plus la hausse de la
démobilisation électorale dans le sens où les abstentionnistes ne forment pas un groupe
socialement homogène et donc certains, notamment issus de classes favorisées, affirment ne
pas aller voter pour faire passer un message de protestation.

Remarque importante : à distinguer :


Vote blanc = on met une enveloppe vide ou un bulletin blanc
- pas comptabilisé mais certains voudraient que ça le soit pour montrer la manifestation
- exemple : si la majorité des gens ont voté blanc, on devrait peut-être refaire l’élection
Vote nul = mettre dans l'enveloppe une réponse qui n'est pas valable
- Exemple : bulletin au nom d'une personne qui ne se présente pas
Séance 10 : Transformations de l’électorat et montée du Rassemblement National

A la fin des trente glorieuses, l’électorat français se transforme. Il y a une accélération de la


mondialisation, de la hausse du chômage, des crises économiques, et plus d’isolement
social, d’individualisme, d’abstention, de plus en plus d’électeurs déçus par la politique…

Le vote devient de plus en plus individuel (contexte de concurrence les uns contre les autres
= moins de moments de sociabilité, de débat politique), désinvesti (D. Gaxie : pas de vote ou
vote sans espoir ou connaissances), intermittent et volatil (on change plus souvent de parti
politique, on est moins attaché à un parti, moins d’identification partisane)

L’ascension d’un parti “hors-système” (1972) : le Front National devenu RN en 2018


Jean-Marie Le Pen obtient 4M de voix à la présidentielle de 1988, et Marine le Pen obtient 13M
de voix au second tour de la présidentielle de 2022, battant tous les records de son parti.

Quels sont les ressorts politiques et sociaux du vote RN ?


Comment est-il arrivé à la classe politique ? Comment ont-ils réussi à élargir leur parti ?

I. Le Rassemblement national : un parti qui profite de la crise du système partisan

A. Les origines du RN

Le Front national a été créé en octobre 1972 dans la perspective des législatives de 1973.
C’est le mouvement Ordre nouveau, qui en est à l’initiative, un mouvement nationaliste ultra
conservateur et de tendance révolutionnaire. Contrairement au FN, il y avait une volonté de
créer une violence pour mener leur programme, membres adeptes de la violence. Il voulaient
créer un parti politique qui réunirait la “droite de la droite” (grand rassemblement de la droite
nationale). Le FN est alors créé en 1972 en prenant exemple sur un parti italien, qui s’appelle le
Mouvement social italien (MSI), qui avait les mêmes convictions et est devenu très puissant.

Le poujadisme, c’est le courant/mouvement basé sur l’anti-intellectualisme, sur la défense des


petits artisans / commerçants (pour valoriser le sens de l’effort et du mérite) qui ne défendait
pas la violence. L’idée du FN est alors de réunir les poujadistes. En effet, JM Le Pen était un
député poujadiste, et cela permettait de donner une image un peu plus modérée et légaliste du
FN, car le poujadisme n’était pas le mouvement le plus radical de la droite nationale. Il a ainsi
été désigné pour présider le FN.

Les résultats des élections législatives de 1973 du FN au premier tour étaient très décevants
avec seulement 0,62% des voix. Les radicaux se mettent à quitter le FN car c’était une
mauvaise stratégie d’essayer de paraître moins radical selon eux. JM Le Pen reste dans le parti
et essaie de s’entourer des “nationaux modérés”. Le programme du FN se résume en 3
expressions :
- Une “droite sociale populaire nationale”
- Une triptyque “immigration / insécurité / chômage”
- Une opposition à “la bande des quatre” (PS / PCF / RPR / UDF)

Défendre le travail, le mérite individuel et une économie libérée de toute obstacle ⇒ parti libéral
Triptyque : 3M d’immigrés, c’est 3M de chômeurs en trop (contexte d’urbanisation + crise éco)
Opposition : la “bande des quatre” accusés de former un monopole

B. La crise du système des partis dans les années 1980

Le FN a profité d’un contexte politique précis pour émerger.


Au cours du XXe, la plupart des partis politiques européens se sont développés en défendant
des groupes sociaux qu’ils étaient censés représenter. Il y a donc un alignement entre classe
sociale et vote et il y a eu un survote massif des ouvriers qui votaient pour la gauche pour avoir
une avancée. L’idée c’est que progressivement, il y en aura de moins en moins.
A la fin des trente glorieuses, surgit une crise économique (chocs pétroliers, chômage,
inflation,...) qui favorise l’individualisme et l’isolement social, un rejet de la classe politique et un
sentiment que les élus sont incompétents. Il y a donc un affaiblissement des partis traditionnels.
C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’essor du FN d’après Gilles Ivaldi : Si le FN aurait été
créé dans un autre moment, il n’est pas sûr que son destin aurait été le même.
Le FN est resté un parti marginal pendant les 10 premières années de sa vie (73-81 score<1%)
A partir du milieu des années 80, il commence à prendre de l’ampleur (9% en 1986), il lui a fallu
donc 15 ou 20 années pour cela.

- Pourquoi il n’a pas pris de l’ampleur tout de suite ?

Jean Marie Le Pen profite donc de ce contexte pour apparaître comme une personnalité proche
des français qui pourra bien les représenter.

II. Le désalignement électoral des classes populaires

A. Le déclin du vote de classe

Il y a un désalignement électoral : la population qui votait à gauche va de moins en moins


voter pour la gauche.
Florent Gougou affirme que le recul des votes des ouvriers s’est fait progressivement, c’est
vraiment dans les années 80 que ça va être massif. 2 raisons de ce désalignement électoral :
- Les transformations socio-économiques avec la révolution post-industrielle : fin
des 30 glorieuses : une France qui se désindustrialise, qui se robotise
- Le fait que les partis de gauche cessent d’encadrer politiquement les ouvriers :
l’encadrement politique des partis de gauche avait permis l’alignement électoral. Le PCF
était très présent dans les banlieues pour leur permettre de se renseigner, de s’informer
(écoles). D’après Julien Mischi, dans les années 80, le PCF va adopter une nouvelle
stratégie qui consiste à essayer de ne pas se tourner que vers les ouvriers mais aussi
vers des “couches sociales nouvelles”, qui restent des classes moyennes et
ouvrières (fonctionnaires). Ils délaissent un peu les ouvriers au profit de ces derniers.
Cette stratégie va grandement appuyer le désalignement électoral car les ouvriers se
sentent de moins en moins représentés. (avant que la gauche n’arrive au pouvoir)

Malgré cela, on a quand même élu un président de gauche. En 1981, François Mitterrand
devient le premier président de gauche de la Vème République, mais, une fois au pouvoir, il
perd la confiance des classes populaires : il y a une déception du mandat. Malgré les avancées
économique, le chômage ne diminue pas, il ya toujours des crises économiques
Attention : d’après Gougou, ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui ont voté pour la gauche et
qui d’un coup vont aller voter pour le FN. C’est le renouvellement des générations
d’ouvriers, dans les années 80/90, qui provoque le vote FN. Les anciennes générations
d’ouvriers qui ont vécu les 30 glorieuses et qui ont été politisés et socialisés autour des partis
de gauche et qui ont longtemps voté à gauche, vont s'abstenir du vote. Par contre, leurs
enfants qui ont été moins politisés, moins socialisés autour des partis de gauche, vont aller
voter pour le FN, notamment dans un contexte où l’immigration devient un enjeu électoral.

S’ils n’ont plus de travail, c’est parce qu’il y a de plus en plus d’immigrés. Ce n’est pas une
hostilité nouvelle chez les ouvriers, mais elle va davantage s’intensifier / s’activer dans ce
contexte économique et social compliqué.

Le FN se présente comme le parti des ouvriers qui va défendre les français les plus faibles, les
plus démunis

P. Perrineau parle de “gaucho-lepénisme” : il pense que les gens de gauche sont allés voter
pour le FN (Attention : il faut nuancer : ce sont les enfants des ouvriers = nouvelle génération)

D’après S. Dahani, le FN a réussi la captation d’anciens électeurs de droite traditionnelle, qui


en ont été déçus (désalignement électoral) : “trajectoires de radicalisation électorale”.
- Exemple : Quand François Mitterrand est élu, il est élu devant VGE, pas de 2e mandat :
ils sont déçus que VGE ne soit pas élu, ils se radicalisent et estiment que la droite ne le
fait pas bien

Nonna Mayer: pour comprendre le vote du FN, il faut comprendre “le vote sur enjeu” : C’est
l’idée qu’un problème peut paraître suffisamment grave pour un électeur ce qui peut le
conduire à voter pour un candidat dont il approuve la position sur ce problème ou sur cet
enjeu, quitte à être infidèle à son parti d’origine.

Ces mutations importantes du vote de classe se sont poursuivies jusqu'à aujourd'hui, jusqu’à ce
que le FN, actuellement le RN, continue de s’emparer des thématiques qui peuvent toucher les
classes populaires et développe un discours tourné autour de la défense des Français les plus
fragiles, en mettant en avant ces thèmes de prédilection tels que l’immigration et l’insécurité.

Cette stratégie leur permet de toucher à différents individus et classes et d’élargir leur électorat
surtout dans le contexte de division de la gauche et de la droite en tout un tas de partis
politiques (recomposition du paysage politique)

B. L’électorat du RN aujourd’hui

Ce n’est pas un électorat tout à fait homogène mais on constate tout de même certaines
variables lourdes, certaines spécificités ou caractéristiques, qui reviennent régulièrement :

- Le niveau de diplôme : la majorité des électeurs sont peu diplômés (34% qui ont un
niveau inférieur bac votent pour Marine Le Pen)
- L’influence de la catégorie sociale : le parti recrute majoritairement au sein des
classes populaires (40% des ouvriers voulaient voter pour Marine Le Pen en 2017).
Nuance à apporter : ce ne sont pas les plus démunis au sein des classes populaires qui
votent le plus pour le RN, puisqu’ils sont plutôt représentés dans ceux qui s'abstiennent.
Nonna Mayer dit que ce sont plutôt ceux qui ont accumulé un petit capital économique
et culturel et qui craignent de le perdre et qui ont peur de descendre “une échelle
sociale qu’ils ont eu du mal à grimper”

Eric Zemmour a plus de trajectoire de radicalisation : ceux qui étaient de droite et qui passent
pour des raisons identitaires

- Influence du lieu de résidence: l’électorat du FN est un électorat majoritairement rural

Comment peut-on expliquer que les succès électoraux du RN au sein des classes
populaires rurales dans des zones où ya peu d’immgration ?

Deux explications possibles :


- Nonna Mayer : « Les immigrés, même absents, constituent des figures repoussoirs qui
permettent de montrer, par contraste, que l’on est un travailleur méritant et respectable. Les
salariés modestes qui ont réussi, grâce à leurs efforts, à acquérir une petite position sociale
rejettent à la fois les classes supérieures, dont les valeurs culturelles sont très éloignées des
leurs, et les immigrés, assimilés aux assistés et aux cas sociaux, qu’ils considèrent comme des
parasites »

Cette crainte de descente de l’échelle sociale en considérant que les immigrants forment
une menace de les mettre en difficulté pour trouver un emploi et avoir une vie
économiquement stable, peur de déclassement, sentiment d’abandon par les pouvoir publics,
peur des immigrés, même en leur absence, va les pousser à voter pour le RN.

Ou, au contraire, quand on vit dans des zones où on rencontre plus d’immigrés, où il y a plus
de mixité sociale, plus de contact, on a plus tendance à voter pour le FN.

- D’après Benoît Coquard, « Les jeunes immigrés des cités sont les homologues de classe des
jeunes des villages » or « le vote RN garantit aux jeunes des villages qu’il y a pire qu’eux : il les
définit de manière positive et il leur assure une forme d’honorabilité »

C’est-à-dire que ces deux catégories (jeunes des villages et jeunes immigrés des cités) peuvent
avoir un niveau de vie très similaire. Cependant, il y a une différence de qualification par le RN
(positive et négative). Il y a une sorte de respectabilité, de se dire qu’on est dans une situation
économiquement compliquée, mais qu’on ne profite pas du système français, des allocations,
et ceci favorise le RN.

Conclusion
Le vote RN s’explique à travers divers facteurs politiques et sociaux. C’est un parti qui s’est fait
progressivement une place dans la vie politique française en profitant des échecs de la
gauche et de la droite traditionnelles. C’est en se présentant comme une alternative, une
troisième voie, que le RN a réussi à imposer ses thèmes de prédilection. Comme le rappelle
Benoît Coquard, même si le PCF a longtemps opposé les ouvriers aux patrons/capitalistes, on
se trouve aujourd’hui face à un nouveau clivage. Le RN propose une nouvelle opposition entre
les nationaux et les non nationaux qui a séduit différentes catégories sociales et qui se retrouve
même dans leurs discours et leurs stratégies. Il y a un désalignement électoral qui ne signifie
pas pour autant que les variables sociologiques ne seraient plus déterminantes dans les choix
des électeurs. Certains commentateurs disent que le choix électoral ne serait plus structuré
socialement aujourd’hui. Or, en réalité, il y a simplement une recomposition de la structure des
électorats qui est liée au fait qu’on ait eu une recomposition du paysage politique, et nous
avons donc à nouveau un certain nombre de régularités sociologiques, de spécificités qui
persistent chez les personnes qui votent à gauche ou à droite. On voit notamment que la
variable religion joue particulièrement. (les pratiquants occasionnels sont 54% pour Macron et
46% pour Le Pen, alors que les musulmans votent 92% pour Macron et 8% pour Le Pen)
Séance 11 : Engagement et action collective

La participation non conventionnelle ≠ la participation conventionnelle

La généralisation du suffrage universel peut donner l’impression que, dans une démocratie, la
seule façon de participer est de voter. Il y a certains comportements politiques comme
l’abstention ou le fait de participer à des mouvements sociaux qui semblent être
socialement bannis. Tout ce qui vient perturber l’ordre électoral (abstentionnisme) voire l’ordre
public (manifestation) serait à écarter. Le suffrage universel est alors instauré dans une optique
de limiter les émeutes, les révoltes, les révolutions pour laisser le peuple décider de lui-même.

Le militantisme = c’est l’engagement actif dans une organisation politique, syndicale ou


associative, ou dans une série d'actions collectives visant la défense d'une cause.

Sauf que dans une démocratie, on ne peut pas résumer la participation politique au vote.
Aujourd'hui, le militantisme existe toujours. C’est le fait soit de s’investir dans un parti politique
ou dans un mouvement social. Militer, participer politiquement, peut alors prendre diverses
formes.

Il y aussi l’engagement en association, syndicats, les manifestations, les sittings, les tracts, …
Même tout ce qui illégal, comme le terrorisme, la séquestration de personnes par exemple,
c’est du militantisme. C’est la participation non conventionnelle (mal vue, à écarter), des
modes d’actions qui dérogent aux règles traditionnelles. La participation conventionnelle,
c’est le vote, participer à l’engagement d’un parti sans qu’il n'y ait de débordement. On
distingue alors la participation conventionnelle et non conventionnelle en fonction de la
conformité ou non de ces formes de participation politique aux règles traditionnelles.

On constate une multiplication de la participation non conventionnelle dans nos démocraties


contemporaines. Par exemple, les manifestations sont devenues des normes pour se faire
entendre : en moyenne, 10 manifestations par jour en France.

Comme le dit B. Moore : Ceci peut être surprenant parce qu’on est dans une démocratie
représentative et qu’on est censé élire régulièrement une personne qui va nous représenter. Et
surtout pour lui, agir collectivement est tout sauf une régularité et tout sauf logique

Qu'est-ce qui déclenche les mobilisations et les mouvements sociaux ?


Qu’est-ce qui peut pousser un individu à se désengager ?

I. La frustration relative
A. Le modèle de la frustration relative

Ted Gurr écrit en 1970 un ouvrage de psychologie sociale pour comprendre pourquoi les gens
se révoltent. Il dit que les causes de la révolte sont individuelles et psychologiques

La révolte provient d’une frustration qu’il schématise en trois phases :


1. Le développement du mécontentement
2. Des formes de politisation
3. Phase facultative de violence politique
- facultative car toutes les formes de frustration ne provoquent pas forcément une
violence. Plus on sera frustré, plus il y aura le risque de cette violence

La frustration est relative car elle correspond à un écart entre les attentes et la situation
actuelle de l'individu. C’est donc le point de vue subjectif de l’individu sur sa situation qu’il faut
mettre en relation avec ses attentes.

Exemple : Si on prend l’exemple de stagnation des salaires, ça ne provoque pas directement


une révolte car les salariés peuvent estimer que leur situation n’est pas très mauvaise. Leur
situation stagne objectivement, mais subjectivement, ils savent que l’entreprise fait face à des
difficultés donc ils n’ont pas de sensation de frustration ⇒ frustration relative

Il existe trois modèles de frustration relative :


1. Déclinant : attentes de l’individu stables mais sa situation se dégrade (pays en crise)
2. Aspirationnel : attentes augmentent mais la situation reste stable (droit civique au US)
3. Progressif : attentes augmentent, et la situation s’améliore mais que dans un premier
temps avant de s’effondrer. Le mécontentement et la frustration surgissent quand les
individus se rendent compte que ce qu’ils espéraient n’arrive pas (Rév Fr puis terreur)

L’engagement dans un certain parti politique est grandement lié à la trajectoire individuelle.
Les préférences politiques sont socialement construites par l’enfance, le parcours de vie,...
Ici, c’est la même chose concernant l’engagement dans un parti, dans une association, dans un
syndicat. On parle d’accident biographique pour parler de ces événements qui participent à
former une conviction et qui peuvent nous inciter à nous engager/investir dans un parti.

B. La critique d'Albert Hirschman

Albert Hirschman, économiste, juge que la théorie de Gurr est trop mécanique. Elle associe
trop automatiquement d’un côté le mécontentement et d’un autre la révolte comme si l’un
entraînait automatiquement l’autre. En économie, un consommateur mécontent face à la baisse
de la qualité d’un produit qu’il achète aura trois attitudes possibles :

- La défection (exit) : peut arrêter son achat au profit d’un autre produit / arrêter de voter
sans forcément se mobiliser (abstentionniste) : pas forcément révolte / manif
- La loyauté : reste fidèle à son produit / reste fidèle à son parti (continuer à voter)
- La prise de parole (voice) : protester à l’égard du fournisseur / se révolter, se
mobiliser, s’engager dans un mouvement social pour exiger un changement

“Tout mécontentement ne débouche pas nécessairement sur la contestation puisque d’autres


attitudes sont possibles”, Hirschman

Il ne remet donc pas totalement en cause le modèle de Gurr, il essaye plutôt de le


perfectionner : si la frustration ne suffit pas pour se mobiliser, comment peut-on expliquer
que certains s’engagent dans des actions collectives

Actions collectives = actions protestataires menées par une pluralité d’agents sociaux dans le
but de réaliser des objectifs symboliques ou matériels communs (manifestations, grèves)
II. L'intérêt réel de la mobilisation

A. L'adhésion à la cause ?

Il faut distinguer la frustration relative et l’adhésion à la cause : on peut s’engager, se


révolter, simplement pour défendre une cause à laquelle on adhère. La distinction c’est :
La frustration relative est liée à notre situation pas à notre engagement et nos valeurs alors
que adhérer à une cause, ce n’est pas nécessairement liée directement à nous
- défendre la cause pro palestine / pro israel alors qu’on n’est pas palestinien/israélien
- Mouvement du droit civique : on peut être blanc et défendre cette cause (par principe)

Selon M. Olson, cette vision des choses est beaucoup trop simple car pleins de personnes
soutiennent des causes mais ne s’engagent pas pour autant dans des manifestations. Il se
demande alors comment expliquer que certaines personnes s’engagent plus que d’autres

Il revient sur la théorie du dilemme du prisonnier de A. Tucker. C’est une anecdote où deux
individus sont arrêtés par la police pour avoir commis un crime. Ils sont placés en garde à vue
sans pouvoir échanger entre eux. Au niveau individuel, le plus rationnel pour chacun est de
dénoncer l’autre et de donner des preuves contre l’autre pour ne pas aller en prison. Mais si les
deux avaient pu coopérer en amont, sur le plan collectif, il aurait été plus rationnel que les deux
collectivement nient leur responsabilité et ne donnent aucune preuve à la police qui ne pourra
en incarcérer aucun. Les intérêts individuels et collectifs peuvent se contrarier au risque de se
retrouver dans une situation sous optimale car les intérêts individuels ont primé.

Olson montre que la rationalité individuelle peut prendre le dessus sur les intérêts ou la
rationalité collective et inciter à adopter la stratégie du passager clandestin. Il développe
cette théorie du passager clandestin selon laquelle les individus raisonnent en maximisant leur
utilité (marginale). Pourquoi se mobiliser si d’autres le font pour nous ? C’est alors envisageable
de profiter des retombées des avancées sociales qui sont procurées par la mobilisation, sans
s’être soi-même mobilisé. Mais le risque de ce raisonnement est que si tout le monde raisonne
en fonction de cette rationalité individuelle, il peut ne pas y avoir de mobilisation ou de
mobilisation assez conséquente pour permettre d’avancée

Olson en déduit que l’idéologie (valeurs, causes qu’on défend), ne suffit pas à la mobilisation. Il
faut analyser d’autres choses pour comprendre pourquoi certains n’adoptent pas le
comportement du passager clandestin et se mobilisent réellement.

B. Les incitations sélectives et les rétributions du militantisme

Pour dépasser le dilemme du prisonnier :


Pour que les individus se mobilisent, il faut que les organisations (syndicats) mettent en œuvre
des incitations sélectives.
Olson : “Si les membres d’un groupe cherchent à maximiser leur bien-être personnel, ils ne
chercheront pas à faire avancer les projets communs du groupe à moins qu’ils n’y soient
obligés par une forme de coercition ou à moins qu’il n’existe une forme d’incitation sélective”

Ces incitations sélectives de M. Olson (1966) peuvent être positives et négatives.


⇒ Incitation positive : Aux USA, les syndicats proposent de payer la mutuelle aux adhérents
s’ils participent à la vie syndicale = engagement

⇒ Incitation négative : ne pas participer à un mouvement social pourrait nuire à sa réputation.


On sait qu’on va subir des pressions psychologiques ou que si, un jour, on a besoin qu’un
syndicat nous aide, on doit nous engager.

D. Gaxie approfondit cette idée et développe celle des rétributions du militantisme. Il dit que
l’attachement à une cause n’est pas un élément unique et déterminant. La plupart des
militants s’engagent dans un parti car cet engagement leur procure des rétributions
matérielles ou symboliques.
- Matérielles : être payé, élu dans une assemblée, recruté par un parti
- Symboliques : se sentir fier/honoré de représenter sa ville, se faire un réseau, amis,...

On ne va pas juste se manifester par rapport à notre frustration ou par rapport à notre idéologie,
mais par rapport à ces rétributions.

Ces rétributions ne remettent pas non plus en cause l’adhésion à la cause, mais que cette
croyance en quelque chose ne suffit pas à provoquer l’engagement. Il faut des éléments
supplémentaires qui justifient le passage à l’acte (au lieu du passager clandestin)

Il y a des effets sur régénérateurs au militantisme. En plus de tout cela, le militantisme peut
procurer du plaisir en soi via toutes ces rétributions et ce plaisir participe à fidéliser les militants
et à en attirer de nouveaux. Il ya donc un processus de socialisation militante qui se met en
place : les militants apprennent au sein des socialisations des façons d’agir, de penser, tout
autant qu’ils contribuent à façonner en retour ces organisations (déf de Murielle Darmon)

L’engagement = l’implication plus ou moins intense et durable d’un individu dans une
organisation militante

Jacques Ion pense à une crise de l’engagement en disant qu’il devient de plus en plus
distancié dans le sens où les transformations sociales (mondialisation, individualisme, crises)
conduisent les militants à prendre leurs distances avec les associations. Le contexte de ces
dernières décennies ne favorise donc pas l’engagement. Pourtant ces dernières années, il ya
eu quand même d’importantes mobilisations (gilets jaunes)

Le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) est une mobilisation qui peut paraître improbable et
paradoxale parce qu’elle intervient dans un contexte où les liens sociaux sont très faibles
et les classes populaires ont du mal à se faire entendre (tendrait plus vers de l’abstentionnisme
en théorie). Les gilets jaunes sont des personnes en majorité issus d’une classe populaire
voire moyenne, qui sont peu compétents politiquement et qui pourtant se sont mobilisés
collectivement politiquement pour faire entendre leurs revendications

Laurent Jean-Pierre affirme que ça peut s’expliquer par un contexte particulier : accumulation
d’événements difficiles à accepter comme au départ la hausse des prix de l’essence, puis la
mauvaise représentation. Surtout, il met en avant deux choses : les GJ ont investis des
ronds points au plus près des villes de zones rurales contrairement aux manifestations
qui sont allés aux grandes villes, centre ville, ce qui a incité les populations vivant en zone
rurale à s’y rendre, car ils y trouvent ces moments de sociabilité = rétribution du militantisme
car on se rend au rond point pour se faire entendre mais aussi pour retrouver du lien social.

La deuxième chose, c’est que les gilets jaunes ont investis les réseaux sociaux et en
particulier Facebook. Des individus qui voient des membres de leur groupe d’appartenance qui
parlent à nouveau de la politique et repartagent des informations politiques. On a un
mouvement qui reprend une fonction d’éducation populaire (comme le PCF à l’époque). On
reparle de politique. il y a une réappropriation des discours politiques : on commence à
redévelopper une compétence politique.

Ce mouvement est un bon exemple pour relier compétence politique et mobilisation. Il


remet en cause l’idée que la transformation de la société empêcherait complètement les
mouvements sociaux et l’engagement.

Le fait de ne pas être compétent politiquement ne veut pas dire que l’on ne va jamais se
mobiliser. Il n'y a pas de fatalité et au contraire si on regarde le contexte actuel, il ya des
éléments qui font qu’il y ait plus de manifestations (49.3 ⇔ éducation populaire)

Conclusion
Plusieurs chercheurs expliquent les raisons de la mobilisation malgré la possibilité de se faire
entendre lors des élections et la possibilité de bénéficier des avancées permises par la
mobilisation d’autres individus. Si la frustration et l’adhésion à une idéologie justifient en partie
la tendance de certaines personnes à protester, il ne faut pas mettre de côté d’autres facteurs
tels que les incitations sélectives et les rétributions du militantisme.

Il ne faut pas oublier le poids des variables sociologiques car se sentir compétent politiquement
joue forcément un rôle dans la participation non conventionnelle. Bourdieu disait alors que la
compétence politique comme toutes les compétences est une compétence sociale. Il estime
que les hommes et les membres des classes dominantes accumulent différents types de
capitaux (connaissances politiques, aisance relationnelle, important réseau de sociabilité…), ce
qui peut faciliter leur tendance à se sentir compétent et légitime pour participer politiquement,
de façon conventionnelle et non conventionnelle.

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