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Groupes de permutations et signature

Ce chapitre traite des groupes de permutations, en définissant les permutations d'un ensemble et en introduisant la notion de signature, qui indique la parité d'une permutation. Il explore les concepts de transpositions, cycles, et démontre que toute permutation peut être décomposée en un produit de cycles disjoints. Enfin, il établit un lien entre le nombre d'inversions d'une permutation et sa signature, définie comme ε(σ) = (−1)N(σ).

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Groupes de permutations et signature

Ce chapitre traite des groupes de permutations, en définissant les permutations d'un ensemble et en introduisant la notion de signature, qui indique la parité d'une permutation. Il explore les concepts de transpositions, cycles, et démontre que toute permutation peut être décomposée en un produit de cycles disjoints. Enfin, il établit un lien entre le nombre d'inversions d'une permutation et sa signature, définie comme ε(σ) = (−1)N(σ).

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Chapitre 2

Groupes de permutations

Ce court chapitre a pour but de rappeler les notions de base sur les groupes de
permutations et, en particulier, d’établir les propriétés de la signature (la signature
d’une permutation est un signe ±1 décrivant sa parité).

1. Dénitions et premières propriétés


1.1. Groupe des permutations d'un ensemble

1.1.1. Définition. Soit A un ensemble. On note SA l’ensemble des applications


bijectives σ : A → A (qu’on appelle aussi permutations de A). Pour la composition
des applications ◦, on a une structure de groupe (SA , ◦), non commutatif si
card A > 3.

L’élément neutre du groupe est IdA et le symétrique d’un élément σ ∈ SA est


la bijection inverse σ −1 (l’associativité étant toujours vraie pour la composition
des applications). On s’intéressera ici surtout au cas où A est un ensemble fini,
noté A = {a1 , . . . , an }.

1.1.2. Notation. Une permutation σ ∈ SA pourra être définie en donnant la


liste des images successives σ(ai ) des éléments ai ∈ A. On notera ainsi
 
a1 a2 ... an
σ=
b1 b2 ... bn

la permutation σ telle que σ(ai ) = bi .

1.1.3. Définition. Le support d’une paermutation σ ∈ SA est par définition la


partie
Supp σ = {x ∈ A / σ(x) 6= x}.
C’est donc le complémentaire dans A de l’ensemble des éléments invariants, soit

Inv σ = {x ∈ A / σ(x) = x}.

1.1.4. Définition. On désigne par Sn l’ensemble des permutations de {1, 2, ..., n}.
On a card Sn = n!.
2 J.-P. Demailly, Arithmétique et algèbre linéaire approfondie

En effet, une telle permutation est obtenue en choisissant σ(1) dans {1, . . . , n}
(n choix possibles), puis σ(2) dans {1, . . . , n} r {σ(1)} (n − 1 choix possibles), puis
σ(3) dans {1, . . . , n} r {σ(1), σ(2)} (n − 2 choix possibles), etc, ce qui donne

card Sn = n × (n − 1) × (n − 2) × · · · × 2 × 1 = n!

(il ne reste plus qu’un choix pour le dernier élément σ(n), les autres ayant déjà
été choisis).

1.2. Transpositions et y les

Les exemples fondamentaux de permutations sont les transpositions et les cycles :


1.2.1. Transpositions. Si a, b sont des éléments distincts de A, on note τa,b ∈ SA
la permutation définie par

τa,b (a) = b, τa,b (b) = a, τa,b (x) = x, si x ∈ A r {a, b}.

La permutation τa,b correspond donc à faire l’échange des éléments a, b sans


“toucher” aux autres éléments, par suite Supp τa,b = {a, b}. Il est clair que τa,b
2
est une involution, c’est-à-dire que τa,b = IdA (ou encore que c’est un élément
d’ordre 2 du groupe SA ).
1.2.2. Rappel. Dans un groupe (G, ∗), un élément x est dit d’ordre fini s’il existe
un entier k ∈ N∗ tel que xk = x ∗ x ∗ · · · ∗ x = 1G , et on appelle ordre de x, noté
ordre(x), le plus petit entier k ∈ N∗ tel que xk = 1G .

1.2.3. Cycle de longueur ℓ. Soit a1 , a2 , . . . , aℓ des éléments 2 à 2 distincts de


l’ensemble A. on considère la permutation c définie par
 
a1 a2 . . . aℓ−1 aℓ b1 b2 . . . bn−ℓ
c=
a2 a3 . . . aℓ a1 b1 b2 . . . bn−ℓ

où A r {a1 , . . . , aℓ } = {b1 , . . . , bn−ℓ }, en d’autres termes c est telle que

c : a1 7→ a2 7→ a3 7→ · · · 7→ aℓ−2 7→ aℓ−1 7→ aℓ 7→ a1

et c(x) = x pour x ∈
/ {a1 , . . . , aℓ }. Un tel cycle est noté en abrégé

c = (a1 a2 . . . aℓ ).

Le support du cycle c est donc la partie Supp c = {a1 , . . . , aℓ }, et une transposition


τa,b n’est pas autre chose qu’un cycle (a b) de longueur 2. En général, il est facile
de voir que ck (ai ) = ak+i mod ℓ , c’est-à-dire
 
k a1 a2 . . . aℓ−k aℓ−k+1 . . . aℓ−1 aℓ b1 b2 . . . bn−ℓ
c =
ak+1 ak+2 ... aℓ a1 . . . ak−1 ak b1 b2 . . . bn−ℓ
Chap. 2 : groupes de permutations 3

pour k 6 ℓ − 1 et cℓ = IdA , par conséquent ordre(c) = ℓ. Il est facile de voir que


l’on a pour tout i = 0, 1, . . . , ℓ − 1 l’égalité

c = (a1 a2 . . . aℓ ) = (ai+1 ai+2 . . . aℓ a1 a2 . . . ai ),

par exemple (1 2 3 4 5) = (4 5 1 2 3), c’est-à-dire que le cycle ne dépend pas de


son point de départ, si “l’ordre cyclique” des éléments est préservé. En revanche,
le cycle (1 2 3 4 5) n’est pas égal au cycle (1 3 2 4 5).

1.2.4. Exemple. Le groupe S3 est constitué des 6 éléments

S3 = {Id, c, c2 , τ1,2 , τ2,3 , τ1,3 } où c = (1 2 3), c2 = (1 3 2), c3 = Id .

On calcule aisément la table de Pythagore du groupe S3 :

v c2
u\ Id c τ1,2 τ2,3 τ1,3

Id Id c c2 τ1,2 τ2,3 τ2,3

c c c2 Id τ1,3 τ1,2 τ2,3


(u, v) 7→ u ◦ v c2 c2 Id c τ2,3 τ1,3 τ1,2

τ1,2 τ1,2 τ2,3 τ1,3 Id c c2

τ2,3 τ2,3 τ1,3 τ1,2 c2 Id c

τ1,3 τ1,3 τ1,2 τ2,3 c c2 Id

On voit en particulier que le groupe (S3 , ◦) est non commutatif, et donc Sn est
non commutatif pour n > 3 (mais S1 = {Id} et S2 = {Id, τ1,2 } sont commutatifs).

1.3. Dé omposition en y les à supports disjoints

Prenons d’abord l’exemple de la permutation σ ∈ S8 telle que


 
1 2 3 4 5 6 7 8
σ= .
6 1 7 8 5 2 3 4

On a Inv σ = {5} et Supp σ = {1, 2, 3, 4, 6, 7, 8}. Considérons les images des


éléments successifs du support :

1 7→ 6 7→ 2 7→ 1
3 7→ 7 7→ 3
4 7→ 8 7→ 4

Pour chaque ligne, on prend les images successives et on s’arrête lorsqu’on retombe
sur l’élément de départ. On considère ensuite à chaque ligne le premier élément du
4 J.-P. Demailly, Arithmétique et algèbre linéaire approfondie

support qui n’a pas encore été pris en compte. On voit alors que σ est la composée
d’un cycle de longueur 3 et de deux cycles de longueur 2 (transpositions) :

σ = (1 6 2) ◦ (3 7) ◦ (4 8),

avec l’élément 5 qui n’intervient pas (car invariant). L’ordre des composées importe
peu, car on a le résultat évident suivant.

1.3.1. Lemme. Si c et c′ sont des cycles dont les supports Supp c et Supp c′ sont
disjoints (Supp c ∩ Supp c′ = ∅), alors c′ ◦ c = c ◦ c′ .

Quel que soit l’ordre de composition, l’image σ(x) de la composée σ coïncide


en effet avec c(x) si x ∈ Supp c, avec c′ (x) si x ∈ Supp c′ , tandis que σ(x) = x si
x∈/ Supp c ∪ Supp c′ .

En considérant les itérés successifs σ k (x) des éléments du support d’une


permutation σ quelconque, on obtient de même le résultat général suivant.

1.3.2. Théorème. Toute permuation σ ∈ SA d’un ensemble fini A se décompose


en un produit commutatif de cycles, c’est-à-dire que

σ = c1 ◦ c2 ◦ · · · ◦ cp

avec des cycles cj dont les supports Supp cj sont 2 à 2 disjoints. Une telle
décomposition est unique à l’ordre près des cj et on a

Supp σ = Supp c1 ∪ . . . ∪ Supp cp .

Démonstration. Il faut d’abord voir que si on prend les itérés d’un élément
x0 ∈ Supp σ quelconque, soit

x0 , x1 = σ(x0 ), . . . , xi = σ(xi−1 ) = σ i (x0 ),

il y nécessairement un indice m ∈ [2, card A] minimal tel que xm ∈ {x0 , . . . , xm−1 }


(sinon on aurait card{x0 , . . . , xi−1 } > i pour tout i, ce qui contredit la finitude
de A). D’autre part, on a nécessairement xm = σ m (x0 ) = x0 , sinon on
“retomberait” sur xm = σ m (x0 ) = xi = σ i (x0 ) avec i > 0, et ceci impliquerait
xm−i = σ m−i (x0 ) = x0 , contredisant la minimalité de m. Enfin , si on prend
y0 ∈ Supp σ en dehors de “l’orbite” {x0 , . . . , xm−1 } de x0 , alors tous les itérés
yi = σ i (y0 ) sont également en dehors de cette orbite (vérification évidente :
σ i (y0 ) = σ j (x0 ) impliquerait y0 = σ j−i (x0 ) ou y0 = σ j+m−i (x0 ) suivant que
j > i ou j < i). Les orbites qui constituent les supports des cycles sont donc
disjointes.
Chap. 2 : groupes de permutations 5

1.4. Ordre d'une permutation

Soit σ ∈ SA une permutation d’un ensemble fini A, et écrivons

σ = c1 ◦ c2 ◦ · · · ◦ cp

avec les cycles de longueurs respectives ℓ1 , ℓ2 , . . . , ℓp . Comme les cycles commutent,


on trouve pour tout k ∈ N∗

σ k = ck1 ◦ ck2 ◦ · · · ◦ ckp

(on remarquera que dans un groupe non commutatif (G, ·), on a en général
(xy)2 = xyxy, ce qui ne coïncide avec x2 y 2 = xxyy que si x et y commutent).
On a ckj = Id si et seulement si k est multiple de la longeur ℓj du cycle cj . Or,
pour x ∈ Supp cj , on a σ k (x) = ckj (x), donc on voit que σ k = Id si et seulement si
k est simultanément multiple de ℓ1 , ℓ2 , . . . , ℓp . Le plus petit entier k ∈ N∗ tel que
σ k = Id est donc le plus petit commun multiple des ℓj . On peut énoncer :
1.4.1. Théorème. Pour trouver l’ordre d’une permutation σ, on cherche une
décomposition en cycles, et alors l’ordre

ordre(σ) = ppcm(ℓ1 , ℓ2 , . . . , ℓp )

est le ppcm des longueurs des cycles c1 , c2 , . . . , cp à supports disjoints qui com-
posent σ.

On trouve ainsi par exemple

ordre((1 6 2) ◦ (3 7) ◦ (4 8)) = ppcm(3, 2, 2) = 6.

2. Signature d'une permutation


2.1. Nombre d'inversions et signature

On désigne par Pn l’ensembles des paires {i, j} (non ordonnées, i 6= j)


d’éléments de {1, 2, . . . , n}. On a
 
n n(n − 1)
card Pn = = .
2 2

Si σ ∈ Sn , alors σ induit une application σ


b : Pn → Pn définie par

b({i, j}) = {σ(i), σ(j)},


σ

et il est clair que c’est une bijection de Pn dans Pn , d’inverse σd


−1 . On dit que la

paire {i, j} est inversée par σ (resp. non inversée) si

σ(j) − σ(i) σ(j) − σ(i)


< 0, resp. > 0,
j−1 j−1
6 J.-P. Demailly, Arithmétique et algèbre linéaire approfondie

autrement dit, si σ(i), σ(j) sont en ordre inverse (ou non) de i, j.

2.1.1. Définition. Le nombre d’inversions d’une permutation σ ∈ Sn est, comme


son nom l’indique, le nombre de paires {i, j} inversées par σ :
n σ(j) − σ(i) o
N (σ) = card {i, j} ∈ Pn / <0 .
j−i

On a donc N (σ) ∈ {0, 1, . . . , n(n−1)


2 }. La signature ε(σ) de la permutation σ est
la valeur ±1 définie par
ε(σ) = (−1)N(σ) .

2.1.2. Examples.
(a) L’application identique σ = Id n’a pas d’inversions, par conséquent N (Id) = 0,
ε(Id) = +1.
(b) La transposition τa,b (avec disons a < b) s’écrit
 
1 2 ... a−1 a a+1 ... b−1 b b+1 ...n
τa,b =
1 2 ... a−1 b a+1 ... b−1 a b+1 ...n

donne lieu aux paires inversées {a, b} et

{a, i} 7→ {b, i}, a + 1 6 i 6 b − 1,


{i, b} 7→ {i, a}, a + 1 6 i 6 b − 1,

soit 2p + 1 paires inversées avec p = (b − 1) − (a + 1) + 1 = b − a − 1. On a


donc ε(τa,b ) = −1.
(c) Le cycle c = (1 2 · · · ℓ) de longueur ℓ
 
1 2 ... ℓ−1 ℓ ℓ+1 ... n
c=
2 3 ... ℓ 1 ℓ+1 ... n

donne lieu aux paires inversées {i, ℓ} 7→ {i + 1, 1} pour 1 6 i 6 ℓ − 1. On


obtient par conséquent

N (c) = ℓ − 1, ε(c) = (−1)ℓ−1 .

(d) La permutation σ correspondant au renversement de l’ordre


 
1 2 ... n−1 n
c=
n n−1 ... 2 1

n(n−1)
admet le nombre maximum N (σ) = 2
d’inversions, et on a par conséquent
ε(σ) = (−1)n(n−1)/2 .

On a la formule importante suivante


Chap. 2 : groupes de permutations 7

2.1.3. Formule de la signature. Pour tout σ ∈ Sn , on a


Y σ(j) − σ(i)
ε(σ) = .
j−i
{i,j}∈Pn

Démonstration. Posons
Y σ(j) − σ(i)
εe(σ) = ∈ Q∗ .
j−i
{i,j}∈Pn

Il est clair que le signe de εe(σ) est (−1)N(σ) . Mais si on fait le changement de
variable bijectif {u, v} = σ
b({i, j}) = {σ(i), σ(j)}, on voit que le numérateur et le
démoninateur de εe(σ) sont tous les deux égaux en valeur absolue à

Y Y Y Y Y n−1
Y
|v − u| = (v − u) = (v − 1)! = i! = in−i .
{u,v}∈Pn 26v6n 16u6v−1 26v6n 16i6n−1 i=1

Il en résulte que |e
ε(σ)| = 1 et donc εe(σ) = ε(σ).

2.2. Propriété d'homomorphisme de la signature

On va voir que ε : Sn → {+1, −1} est un homomorphisme du groupe (Sn , ◦)


dans le groupe multiplicatif ({+1, −1}, ×), autrement dit :
2.2.1. Théorème. Pour toutes permutations σ, τ ∈ Sn , on a

ε(σ ◦ τ ) = ε(σ)ε(τ ).

Rappelons qu’un homomorphisme ϕ : G → H entre deux groupes (G, ∗), (H, ∗′ )


est une application telle que, pour tous x, y ∈ G, on ait ϕ(x ∗ y) = ϕ(x) ∗′ ϕ(y).
Dans ce cas

Ker ϕ = {x ∈ G / ϕ(x) = 1H }, Im ϕ = {u = ϕ(x) ∈ H / x ∈ G}

sont des sous-groupes de G et H respectivement.

Démonstration. Pour toutes permutations σ, τ ∈ Sn , il vient


Y σ(τ (j)) − σ(τ (i)) Y σ(τ (j)) − σ(τ (i)) Y τ (j) − τ (i)
ε(σ ◦τ ) = = .
j−i τ (j) − τ (i) j−i
{i,j}∈Pn {i,j}∈Pn {i,j}∈Pn

Dans le premier produit du membre de droite, faisons le changement de variable


bijectif {u, v} = τb({i, j}) = {τ (i), τ (j)}. Ceci donne
Y σ(τ (j)) − σ(τ (i)) Y σ(v) − σ(u)
= .
τ (j) − τ (i) v−u
{i,j}∈Pn {u,v}∈Pn
8 J.-P. Demailly, Arithmétique et algèbre linéaire approfondie

Par conséquent
Y σ(v) − σ(u) Y τ (j) − τ (i)
ε(σ ◦ τ ) = = ε(σ)ε(τ ).
v−u j−i
{u,v}∈Pn {i,j}∈Pn

2.2.2. Corollaire. Soit A = {a1 , . . . , an } un ensemble fini. Une permutation


σ ∈ SA est définie à l’aide d’une permutation α ∈ Sn par la correspondance
bijective
α ∈ Sn 7−→ σ ∈ SA , σ(ai ) = aα(i) .
Alors la signature de σ définie par ε(σ) := ε(α) ne dépend pas de la numérotation
des éléments de A, autrement dit, si A = {a′1 , . . . , a′n } avec une autre numérotation
des éléments, et si β ∈ Sn est telle que σ(a′i ) = a′β(i) , on a bien ε(α) = ε(β).

Démonstration. Le changement de numérotation est donné par a′i = aγ(i) avec une
certaine permutation γ ∈ Sn . Posant j = γ(i) et i = γ −1 (j), il vient a′γ −1 (j) = aj ,
donc
σ(a′i ) = σ(aγ(i) ) = aα(γ(i) = a′γ −1 (α(γ(i))) = a′β(i) ,
ce qui montre que les permutations α, β ∈ Sn sont liées par β = γ −1 ◦ α ◦ γ. Mais
on a alors
ε(β) = ε(γ)−1 ε(α)ε(γ) = ε(α).

2.2.3. Corollaire. Pour tout ensemble fini A, il existe un homomorphisme


signature ε : SA → {+1, −1} défini indépendamment de la numérotation des
éléments.

2.3. Cal ul de la signature d'une permutation quel onque

2.3.1. Proposition. Si c = (a1 a2 . . . aℓ ) est un cycle de longueur ℓ dans un


ensemble fini A, alors ε(c) = (−1)ℓ−1 .

Démonstration. Il suffit de numéroter les éléments en sorte que a1 , a2 , . . . , aℓ soient


précisément les ℓ premiers éléments de A, et d’observer que le nombre d’inversions
de (1 2 . . . ℓ) est alors exactement ℓ − 1 (on applique ici le corollaire 2.2.3).

2.3.2. Corollaire. Pour une permutation σ ∈ SA décomposée comme

σ = c1 ◦ c2 ◦ . . . ◦ cp

avec des cycles cj à supports disjoints de longueurs respectives ℓ1 , ℓ2 , . . . , ℓp , on a

ε(σ) = (−1)(ℓ1 −1)+(ℓ2 −1)+···+(ℓp −1) .

On observera qu’il est algorithmiquement beaucoup plus efficace de calculer la


signature à l’aide d’une décomposition en cycles qu’en examinant les inversions
Chap. 2 : groupes de permutations 9

de toutes les paires {i, j} ∈ Pn . En effet, dans le premier cas, on fait un nombre
d’opérations d’un ordre de grandeur égal à n, alors que dans le deuxième cas, c’est
de l’ordre de n(n−1)
2 ∼ 12 n2 .
2.3.3. Remarque. Pour {a1 , a2 , . . . , aℓ } ⊂ {1, 2, , . . . , n}, une façon équivalente
de démontrer la proposition 2.3.1 est d’observer que le cycle c = (a1 a2 . . . aℓ ) est
le conjugué du cycle cℓ = (1 2 . . . ℓ) par la permutation
 
1 2 ... ℓ ℓ+1 ... n
γ=
a1 a2 . . . aℓ b1 . . . bn−ℓ

où {b1 , . . . , bn−ℓ } est le complémentaire de {a1 a2 . . . aℓ } dans {1, 2, . . . , n}, c’est-


à-dire que c = γ ◦ cℓ ◦ γ −1 (exercice !)
Plus généralement, on voit facilement que deux permutations σ, σ ′ ∈ Sn sont
conjuguées, i.e. σ ′ = γ ◦ σ ◦ γ −1 pour un certain élément γ ∈ Sn , si et seulement
si elles ont des décompositions en cycles disjoints

σ = c1 ◦ c2 ◦ . . . ◦ cp , σ ′ = c′1 ◦ c′2 ◦ . . . ◦ c′p

formées du même nombre p de cycles, avec des longueurs identiques ℓ′j = ℓj


(après avoir éventuellement réordonné les composées). Il suffit pour cela de
prendre γ qui envoie Supp cj sur Supp c′j en respectant S l’ordre cyclique des
éléments dans ces S cycles, et qui envoie {1, 2, . . . , n} r Supp cj bijectivement sur
{1, 2, . . . , n} r Supp c′j .

2.4. Le sous-groupe alterné An


2.4.1. Définition. On pose

An = ker ε = {σ ∈ Sn / ε(σ) = +1}.

C’est un sous-groupe de Sn .

2.4.2. Proposition. On a A1 = S1 = {Id}, et pour n > 2, card An = 12 n!.

Démonstration. Posons

S+
n = {σ ∈ Sn / ε(σ) = +1} = An , S−
n = {σ ∈ Sn / ε(σ) = −1}.

Alors on a la réunion disjointe Sn = S+ −


n ∪ Sn , et pour n > 2, on a une bijection

S+ −
n −→ Sn , σ 7−→ σ ◦ τ1,2 .
1
Par conséquent card S+ −
n = card Sn = card An = 2 n!.

2.4.3. Complément historique. Pour n > 5, on peut démontrer que An est


un groupe simple, c’est-à-dire que An n’a aucun sous-groupe distingué H autre
10 J.-P. Demailly, Arithmétique et algèbre linéaire approfondie

que H = {Id} et H = An (un sous-groupe distingué H d’un groupe G est un


sous-groupe invariant par conjugaison : ∀γ ∈ G, γHγ −1 = H) ; d’autre part,
An est non commutatif si n > 5. Vers 1830, Évariste Galois a déduit de ce
résultat que les racines complexes z1 , . . . , zn d’un polynôme général P ∈ Q[X]
de degré n ne peuvent s’exprimer par radicaux à partir de Q, à savoir comme
combinaisons de racines p-ièmes “enchevêtrées” en partant des rationnels – c’était
une question ouverte depuis la découverte des formules de résolution des équations
de degré 3 et 4 par Tartaglia et Ferrari au 16e siècle. On vérifie en effet que
le corps K = Q[z1 , . . . , zn ] engendré par les racines de P admet un groupe
d’automorphismes Aut(K) de permutation des racines égal à Sn si P est général.
Or, Sn ne peut se “dévisser” à l’aide de groupes abéliens, alors que ce serait le cas
pour Aut(K) si les racines étaient résolubles par radicaux. É. Galois a découvert
ces résultats alors qu’il avait à peine 20 ans, et les a consignés fébrilement dans un
testament écrit à la veille de son duel. Ils sont restés incompris de la communauté
mathématique pendant au moins 20 ans. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il a
introduit la notion fondamentale de groupe !

3. Générateurs du groupe des permutations


3.1. Génération par transpositions

3.1.1. Théorème. Toute permutation σ ∈ Sn s’écrit comme un produit d’au plus


n(n−1)
2
transpositions τi,i+1 portant sur des éléments consécutifs, 1 6 i 6 n − 1,
c’est-à-dire

n(n − 1)
σ = τi1 ,i1 +1 ◦ τi2 ,i2 +1 ◦ · · · ◦ τik ,ik +1 , k6 .
2

Démonstration. On raisonne par récurrence sur N (σ). Pour N (σ) = 0, on a


σ = Id, et le résutat est vrai avec k = 0 (produit vide, égal à Id par convention).
Supposons maintenant que N = N (σ) > 1 et que le résultat ait déjà été
démontré pour les permutations σ ′ telles que N (σ ′ ) = N − 1. Il existe alors
j ∈ {1, 2, . . . , n − 1} tel que σ(j) > σ(j + 1), sinon σ serait strictement croissante
(donc σ = Id et N (σ) = 0 contrairement à notre hypothèse). Posons

σ ′ = σ ◦ τj,j+1
 
1 2 ... j−1 j j+1 j+2 ... n
= .
σ(1) σ(2) . . . σ(j − 1) σ(j + 1) σ(j) σ(j + 2) . . . σ(n)

Alors l’inversion σ(j + 1) < σ(j) n’est plus une inversion pour σ ′ . On a donc
N (σ ′ ) = N (σ) − 1 = N − 1, et par hypothèse de récurrence, il existe une
décomposition
σ ′ = τi1 ,i1 +1 ◦ τi2 ,i2 +1 ◦ · · · ◦ τiℓ ,iℓ +1 ,
d’où
σ = σ ′ ◦ τj,j+1 = τi1 ,i1 +1 ◦ τi2 ,i2 +1 ◦ · · · ◦ τiℓ ,iℓ +1 ◦ τj,j+1 .
Chap. 2 : groupes de permutations 11

Par récurrence, ce raisonnement fournit une décomposition ayant exactement


k = N (σ) transpositions τi,i+1 , de sorte que k 6 N(N−1)
2
.

3.1.2. Corollaire. En particulier, toute permutation σ ∈ Sn est une composée

σ = τa1 ,b1 ◦ τa2 ,b2 ◦ · · · ◦ τak ,bk

de transpositions, et la signature ε(σ) = (−1)k est déterminée par la parité du


nombre de transpositions nécessaires (et inversement).

3.2. Génération par une transposition et un y le

Si c = (1 2 . . . n) est le cycle 1 7→ 2 7→ · · · 7→ (n − 1) 7→ n 7→ 1 de longueur n,


on a cj−1 (i) = i + j − 1 modulo n, et on voit facilement que

τj,j+1 = cj−1 ◦ τ1,2 ◦ c−(j−1)

puisque c−(j−1) “ramène” {j, j + 1} sur {1, 2}, tandis que cj−1 “renvoie” {2, 1} sur
{j + 1, j}. Ceci montre que les transpositions τj,j+1 sont toutes conjuguées de τ1,2
par des puissances de c. Le théorème 3.1.1 implique alors
3.2.1. Théorème. Le groupe Sn est engendré par le cycle c = (1 2 . . . n) et
la permutation τ = τ1,2 , c’est-à-dire que toute permutation σ peut s’écrire comme
une composée (non commutative) de τ et de puissances ci entremêlées :

σ = cj0 ◦ τ ◦ cj1 ◦ τ ◦ · · · ◦ cjk−1 ◦ τ ◦ cjk , 0 6 jℓ 6 n − 1.

3.2.2. Exercice. On peut démontrer que pour n > 3 le groupe alterné An est
engendré par les cycles (a1 a2 a3 ) de longueur 3. Exercice pour le lecteur !

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