Diversification de l'industrie papetière par la nanocellulose
Diversification de l'industrie papetière par la nanocellulose
Abstract
As a major player of the forest-based industry, the pulp and paper industry is
seeking to diversify its production and become part of a development focused on the
bioeconomy. Pulp mills have become experts in the deconstruction of this unique
natural material that is wood, which is the result of an assembly of different
components where each element can be used. In this context, the concept of
Integrated Forest Biorefinery (IFBR), for which the principles of refining apply to
forest biomass, has been developed within integrated facilities in existing pulp mills.
Among the new products that can come from the wood-industry, nanocellulose has a
high potential of valorization in a variety of uses. It can be produced from
conventional cellulosic wood pulp, and this way of diversification is easily
implantable within existing paper mills.
This research tackles the different forms of nanocellulose and focuses on one of
these forms, cellulose nanofibers (CNF), and on the production methods from wood
pulp, especially unbleached wood pulp. We demonstrate the advantages of a CNF
production process that combines enzymatic pretreatment of the pulp, followed by a
mechanical treatment. This pretreatment by enzymatic hydrolysis is the main interest
of the production process. The selected enzymes selectively attack the components
of the fiber, leading to modifications which facilitate subsequent treatments. The
development of a simple and rapid method for evaluating the impact of hydrolysis
on fibers makes it possible to select the most appropriate wood pulp / enzyme
cocktail combinations according to the targeted end products (nanocellulose,
modified paper fibers, bioethanol, etc.).
Pretreatment by enzymatic hydrolysis can also be controlled in order to optimize
certain cellulosic and hemicellulosic carbohydrates releases. The use of hydrolysis in
successive stages allows the evacuation of the hydrolysis products. This attenuates
the inhibitory effect of these products, but also allows a better yield and a better
selectivity of the products obtained by the enzymatic pretreatment. This optimized
pretreatment is compatible with the production of CNF.
This research demonstrates the use potential of the main types of unbleached
virgin wood pulp produced by the paper industry, through a nanocellulose
production process that also generates value-added co-products. This process can be
controlled according to the targeted products and / or the desired degree of
modification of the surface of the fiber.
3
Valorisation de la cellulose papetière
Résumé
Acteur majeur de l’industrie du bois, l’industrie papetière cherche à diversifier sa
production et à s’inscrire dans un développement résolument axé vers la
bioéconomie. Les papetiers sont devenus experts dans la déconstruction de cette
matière naturelle unique qu’est le bois, lui-même le fruit d’un assemblage de
différents composants dont chaque élément est valorisable indépendamment. C’est
dans ce contexte que s’est développé le concept de bioraffinerie forestière intégrée
(IFBR), pour lequel les principes du raffinage s’appliquent à la biomasse forestière,
au sein d’installations intégrées dans les unités papetières existantes. Parmi les
nouveaux produits qui peuvent être issus de la filière bois, la nanocellulose présente
un haut potentiel de valorisation dans une diversité d’usages. Cette nanocellulose
peut être produite au départ de pâte cellulosique classique de papeterie, dont la
transformation en nanocellulose constitue une voie de diversification aisément
implantable au sein des unités papetières déjà en place.
Cette recherche aborde les différentes formes de nanocellulose et se focalise sur
une de ces formes, la cellulose nanofibrillée (CNF), et sur les méthodes de
production de celle-ci au départ de pâte de papeterie, plus particulièrement de pâte
non-blanchie. Nous démontrons les avantages d’un procédé de production de CNF
qui combine un prétraitement enzymatique de la pâte, suivi d’un traitement
mécanique. Ce prétraitement par hydrolyse enzymatique constitue le principal
intérêt du procédé de production. Les enzymes sélectionnées attaquent de manière
sélective les composants de la fibre, amenant à des modifications de celle-ci qui
facilitent les traitements ultérieurs. La mise au point d’une méthode simple et rapide
d’évaluation de l’impact de l’hydrolyse sur les fibres permet de sélectionner les
combinaisons type de pâte / type d’enzymes les plus adéquates selon les produits
finaux visés (nanocellulose, fibres papetières modifiées, bioéthanol, etc.).
Le prétraitement par hydrolyse enzymatique peut également être piloté afin
d’optimiser la libération de certains sucres cellulosiques et hémicellulosiques.
L’emploi d’une hydrolyse en plusieurs étapes successives permet l’évacuation des
produits d’hydrolyse. Cette évacuation atténue l’effet inhibiteur de ces produits,
mais permet également un meilleur rendement et une meilleure sélectivité dans les
produits obtenus par le prétraitement enzymatique. Ce prétraitement optimisé
s’avère compatible avec la production de CNF.
Cette recherche démontre le potentiel de valorisation des principaux types de pâtes
de bois vierges non-blanchies issues de l’industrie papetière, par un procédé de
production de nanocellulose qui génère également des coproduits d’intérêts. Ce
procédé peut être piloté selon les produits visés et/ou le degré souhaité de
modification de la surface de la fibre.
4
Remerciements
Remerciements
Cette thèse aura été le fruit d’un long travail, entrecoupé de hauts et de bas, de
moments de joies et d’autres plus délicats. J’ai cependant pu compter sur le soutien,
les conseils et l’aide de nombreuses personnes que je tiens à remercier de m’avoir
conduit jusqu’ici.
Merci à l’équipe passée et présente du laboratoire de Biomasse et Technologies
vertes (ex-CBI) de Gembloux Agro-Bio Tech pour avoir accueilli un forestier dans
votre univers de chimistes. Merci à mes anciens collègues de bureau, du bout du
couloir ou de la « grotte » : Sébastien, Caroline, Diana, Thomas, Thibaut, Quentin,
Brieuc, Glenn, Mario, Guillaume et Maroua pour la très bonne ambiance et vos
réponses patientes, et jamais condescendantes, à mes questions. Merci à la
formidable équipe technique qui m’a tant appris sur l’expérimentation et les bonnes
pratiques en laboratoire : Virginie, Catherine, Alex, Fred, Isabelle, Mathilde, Gamin,
Olivia et Eric. Un merci particulier à Virginie, sans qui les hydrolyses et ces beaux
pics de chromatogrammes n’auraient pas été possibles. Merci à Brieuc pour sa
bonne humeur, ses bonnes idées et son soutien de « co-assistant ». Merci à Glenn
pour sa précieuse aide dans la relecture en anglais des publications. Merci à Nicolas
pour m’avoir fait découvrir le microfluidiseur et les vins français. Merci à ma co-
promotrice, la Professeur Aurore Richel, pour avoir accueilli la chimie du bois et un
forestier au sein de son équipe expérimentée. Merci également à tous ceux que j’ai
pu oublier de citer dans ces lignes.
Je tiens à remercier toute l’équipe du « couloir de forêt ». Merci pour votre bonne
humeur, pour ces pauses cafés et pour votre accueil toujours chaleureux, même
quand j’avais quitté ces murs. Un merci particulier à Stéphanie, pour son soutien,
son écoute attentive et sa joie à mon égard, même quand nos succès n’étaient pas
réciproques. Merci à Philippe de croire en l’avenir de la chimie du bois à Gembloux.
Merci à Barbara, pour l’amie extraordinaire qu’elle est.
Une grande partie des résultats obtenus n’aurait pas été possible sans les quatre
mois passés dans l’équipe du Professeur Marc Beauregard de l’unité de
Biotechnologies protéiques et d’enzymologie industrielle de l’Université du Québec
à Trois-Rivières : Marc, Fatma, Manel, Vinay et Nikolas. Merci de votre accueil et
de l’opportunité que vous m’avez offerte. Merci en particulier à Vinay et Nikolas
pour tous ces bons souvenirs, au labo et en dehors. Ce temps passé chez vous aura
été une expérience magnifique.
Merci aux entreprises Burgo Ardennes et SAPPI Lanaken, en particulier Mr Paul
Lemmens, pour les échantillons de pâte à papier gracieusement fournis tout au long
de cette recherche.
Merci à Bertrand et à la direction de ValBiom de m’avoir soutenu et encouragé à
terminer cette thèse. Merci à mes collègues géniaux pour leur soutien et leurs
encouragements.
La rédaction de ce manuscrit n’aurait pas été possible sans le soutien
inconditionnel de Clémence, qui a partagé et partage encore les bons et moins bons
moments. Un énorme merci à Louis pour son aide plus que précieuse dans la mise
5
Valorisation de la cellulose papetière
6
Table des matières
7
Valorisation de la cellulose papetière
8
Table des matières
4.5. Detection of pulp fiber polymers using FTCM analysis before and after
enzymatic treatments .........................................................................................75
4.6. Surface polymer distribution after enzymatic treatments ......................81
5. Conclusions ...................................................................................................84
6. Acknowledgements .......................................................................................84
7. Original article abstract .................................................................................85
Chapitre 5. Production enzymo-mécanique de nanocellulose : optimisation de
l'hydrolyse et de ses coproduits .................................................................................87
1. Remise en contexte ........................................................................................89
2. Méthodologie.................................................................................................91
2.1. Pâtes cellulosiques .................................................................................91
2.2. Enzymes ................................................................................................91
2.3. Hydrolyses enzymatiques ......................................................................91
2.4. Analyse des hydrolysats ........................................................................92
2.5. Indice de cristallinité .............................................................................92
2.6. Production de nanocellulose (cellulose nanofibrillée) par
microfluidisation ...............................................................................................92
3. Résultats ........................................................................................................93
3.1. Concentration en mono- et disaccharides dans les hydrolysats .............93
3.2. Indice de cristallinité ...........................................................................100
3.3. Production de cellulose nanofibrillée ..................................................101
3.4. Bilan-type du procédé de production de nanocellulose .......................102
4. Conclusions .................................................................................................103
5. Remerciements ............................................................................................104
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives ..............................105
1. Retour sur les objectifs initiaux ...................................................................107
2. Le prétraitement enzymatique .....................................................................109
3. L’utilisation d’enzymes ...............................................................................110
4. La nanocellulose: applications et marchés potentiels ..................................110
4.1. Applications de la nanocellulose .........................................................111
4.2. Marchés potentiels ...............................................................................112
9
Valorisation de la cellulose papetière
10
Liste des figures
11
Valorisation de la cellulose papetière
hardwood CTM pulp; (SM) softwood CTM pulp; (HK) hardwood Kraft pulp and
(SK) softwood Kraft pulp. ........................................................................................ 74
Figure 4-7. Zero span breaking length (km) for control Std, T and A enzymes
treated pulps of different grades. (HM) hardwood CTM pulp; (SM) softwood CTM
pulp; (HK) hardwood Kraft pulp and (SK) softwood Kraft pulp. ............................ 75
Figure 4-8. CBM binding to the surface of untreated pulps. The quantity of probe
bonded to crystalline cellulose (in green) and amorphous cellulose (in red) ........... 77
Figure 4-9. CBM binding to the surface of untreated pulps. The quantity of probe
bonded to xylan and mannan are shown in orange and cyan, respectively. ............. 77
Figure 4-10. Impact of enzyme (T and A) hydrolysis on the binding of different
polymer by probes (Crystalline cellulose bound by GC3a, amorphous cellulose
bound by CC17, xylan bound by OC15 and mannan by CC27), on the surface of
fiber discs. Results that did not deviate significantly from untreated (Std) values
(where significance was determined using Dunnet’s comparison test) are indicated
with an asterisk (*). .................................................................................................. 79
Figure 4-11. Proportion (in percent) of each probe by treatment on the total probes
content for each pulp ................................................................................................ 82
Figure 5-1. Concentration cumulée en glucose, xylose et cellobiose dans
l’hydrolysat issu l’hydrolyse multi-étapes des différentes pâtes testées. .................. 96
Figure 5-2. Évolution des concentrations de glucose, xylose et cellobiose dans
l’hydrolysat de chacune des quatre étapes d’hydrolyse multi-étapes. ...................... 97
Figure 5-3. Concentrations cumulées en glucose (a), xylose (b) et cellobiose (c)
dans l’hydrolysat en fin d’hydrolyses mono- et multi-étapes. .................................. 98
Figure 5-4. Rendements d’hydrolyse, exprimé comme le rapport entre la quantité
de sucre libéré et la quantité de ce sucre présente dans la pâte (le glucose et le
cellobiose libérés sont associés au glucose de la cellulose dans la pâte). ................. 99
Figure 5-5. Diffractogrammes de l’analyse par DRX des échantillons de pâtes à
papier (ech1 : CTMP Épicéa, ech2 : CTMP Peuplier, ech3 : Kraft Feuillus)......... 100
Figure 5-6. Indices de cristallinité (et écart-type) des pâtes testées (en vert) et
indices issus de la littérature (en bleu). ................................................................... 101
Figure 5-7. Images SEM des différences de structure des échantillons lyophilisés
de nanocellulose obtenue après 5 passages au microfluidiseur sans (a, b) et avec
prétraitement enzymatique multi-étapes (c, d). ...................................................... 102
Figure 5-8. Bilan de masse théorique d’une production de nanocellulose par
prétraitement enzymatique multi-étapes et homogénéisation mécanique à l’échelle
pilote, au départ d’une pâte kraft de feuillus .......................................................... 103
12
Liste des tableaux
13
Valorisation de la cellulose papetière
14
1
Introduction
15
16
Chapitre 1. Introduction
1. Introduction
De par sa composition et sa structure, le bois est source de matériaux, de fibres et
de molécules depuis des siècles. Compagnon millénaire de l’Humanité, le bois a
fourni à l’Homme les manches de ses outils, les structures de ses constructions,
l’équipement de ses logements et le combustible pour ses feux. Aujourd’hui encore,
les propriétés naturelles exceptionnelles du bois en font un matériau aux multiples
avantages, mais également une ressource énergétique renouvelable et une matière
première pour de nombreux produits, dont les usages et innovations ne cessent de se
multiplier. Ces dernières décennies, la recherche a démontré le potentiel de
l’utilisation du bois comme matière première à la création d’une multitude de
nouveaux produits, dans une large gamme de domaines allant des composites aux
bioénergies, en passant par la pharmaceutique, la médecine, l’électronique,
l’aéronautique et encore d’autres (Zhu et al., 2016).
L’agencement particulier des composants des parois des cellules du bois font de
celles-ci une merveille d’ingénierie naturelle (détaillée au Chapitre 2). À l’inverse
d’autres sources de cellulose, la fibre de bois mérite que les nouveaux usages qui lui
sont envisagés tirent parti de ses propriétés et de son agencement naturel. L’usage
« matière » du bois, en particulier le bois d’industrie, est alors souvent vu comme
concurrent à l’usage « énergie » ou « composés chimiques ». Or, il existe des
possibilités de valorisation du bois qui combinent ces deux aspects à l’apparence
antagoniste. Dans l’industrie du bois, il existe un secteur qui a appris à isoler les
éléments fibreux du bois et à s’en servir pour leurs propriétés « matière », tout en
créant de l’énergie au départ des procédés de production employés. Il s’agit du
secteur papetier.
Avec une production mondiale annuelle de 184 millions de tonnes de pâte à papier
(FAO, 2018), l’industrie papetière est un acteur majeur de la filière forêt-bois. Cette
industrie a été et est encore aujourd’hui profondément impactée par la digitalisation
de nos sociétés (Bajpai, 2017). Ces impacts peuvent être négatifs, comme le déclin
des marchés du papier graphique (Figure 1-1), avec une tendance qui ne semble pas
prête de s’arrêter (digitalisation de l’information, des supports de communication,
etc.). La consommation mondiale de papier journal a baissé de 38 % entre 2006 et
2016, celle de papier d’impression et d’écriture de 12 % sur la même période (Food
and Agriculture Organization - FAO, 2018). À l’inverse, certains produits ont vu
leur consommation augmenter sur la même période : + 35 % pour les papiers
hygiéniques et domestiques, + 26 % pour les papiers et cartons d’emballage et
d’empaquetage (Food and Agriculture Organization - FAO, 2018). Ces derniers
profitent, entre autre, de l’augmentation de volume du commerce en ligne, qui a ici
un impact positif sur le secteur papetier de l’empaquetage.
17
Valorisation de la cellulose papetière
18
Chapitre 1. Introduction
19
Valorisation de la cellulose papetière
prétraitements, l’objectif alors visé est de faciliter l’étape suivante du procédé. Par
exemple, une hydrolyse légère à l’acide ou une hydrolyse enzymatique peut faciliter
l’étape suivante de traitement mécanique des fibres dans le cas de la production de
nanocellulose (voir Chapitre 3).
Le (pré)traitement adéquat selon le type de produit et les coproduits visés va
dépendre de considérations économiques mais également de plus en plus de
considérations environnementales (Shen, Worrell and Patel, 2010).
Quand le prétraitement n’affecte que la surface de la fibre, il devient plus difficile
d’évaluer son efficacité et son impact dès lors que certaines modifications de
composition et de propriétés de surface de la fibre traitée apparaissent. Ces
changements de surface ont une influence sur l’étape suivante du procédé mais
également sur le type de coproduits générés. Les différentes méthodes existantes
d’analyse des modifications de surface font généralement appel à des équipements
coûteux et/ou des tests chronophages, dont l’interprétation des résultats nécessite
également des qualifications particulières (voir Chapitre 4). Si l’on souhaite pouvoir
tester différents prétraitements sur différents types de biomasse forestière avec un
test simple d’utilisation, et qui informe à la fois sur les changements de surface mais
également sur le type de coproduits que l’on peut espérer, il convient de développer
ou adapter de nouvelles méthodes.
2. L’industrie papetière en Belgique
La Belgique compte différentes industries papetières sur son territoire (Figure 1-
2). Il n’y existe cependant que deux unités de production de pâte cellulosique vierge
au départ de bois : une usine de pâtes chimico-thermo-mécaniques (CTMP) issues
de feuillus et de résineux située en Flandre (SAPPI Lanaken) et une installation de
pâte chimique de type kraft au départ de feuillus en Wallonie (Burgo Ardenne,
Virton). Les autres unités produisent soit de la pâte issue de papiers et cartons
recyclés, soit uniquement des produits papetiers à partir de pâtes produites ailleurs.
Bien que, de par les procédés chimiques déjà mis en place, l’usine wallonne de
pâte kraft soit la plus adaptée à la conversion en IFBR, les décisions stratégiques de
ses dirigeants excluent pour l’instant cette voie de diversification. À l’inverse, la
multinationale à laquelle appartient l’usine de pâte CTMP est activement à la
recherche de nouveaux produits et débouchés, parmi lesquels la nanocellulose
(SAPPI, 2018).
Les différents types de pâtes produites se prêtent particulièrement bien à la
comparaison pour l’analyse de potentiel pour de nouveaux produits, avec d’un côté
une pâte mécanique qui contient encore la majorité des constituants initiaux du bois,
et de l’autre une pâte chimique dont la majorité de la lignine (et une partie des
hémicelluloses) a été dissoute et extraite. Dans les deux cas et selon les
caractéristiques voulues pour le produit final, ces pâtes peuvent subir des étapes
supplémentaires de blanchiment.
20
Chapitre 1. Introduction
Figure 1-2. Localisation des différents industries papetières en Belgique (Bays, 2018),
dont Burgo Ardenne à l’extrème sud et SAPPI Lanaken au nord-est.
3. Objectifs de la thèse
La présente thèse s’inscrit dans la recherche d’une piste de diversification pour
l’industrie papetière. L’orientation donnée à cette diversification se base sur trois
principaux constats.
Premièrement, l’industrie papetière, en particulier occidentale, se retrouve
aujourd’hui confrontée à un important besoin de diversification. La conversion des
unités de production de pâte en IFBR est souvent présentée dans la littérature
comme la solution idéale. Or, comme pour la raffinerie pétrolière, la gamme de
produits finaux qui peuvent être issus d’une IFBR est très large et variée. De plus, la
conversion complète d’une unité de production de pâte vers une IFBR exige
d’investir ou de réinvestir dans des installations déjà initialement coûteuses, pour
s’orienter vers des marchés parfois très éloignés de ceux du domaine papetier
(biocarburants, construction, pharmaceutique, etc.). Même s’il s’agit d’une
conversion partielle, la variété des choix technologiques et des nouveaux produits
présents dans la littérature peut générer de la confusion et engendrer une barrière à la
diversification (Näyhä and Pesonen, 2012). Pour lutter contre cet effet, et pour
garantir un débouché à une partie significative de ces nouveaux produits, l’industrie
papetière a un intérêt à développer de nouveaux produits dont elle serait à la fois le
21
Valorisation de la cellulose papetière
22
Chapitre 1. Introduction
Ouellet et al., 2017; Khatri, Meddeb-Mouelhi and Beauregard, 2018). Elle doit,
également et avant tout, être applicable aux types de pâtes étudiées et aux
traitements appliqués.
Au départ de ces constats, la recherche d’une voie de diversification optimale pour
l’industrie papetière actuelle amène à une série d’interrogations qui peuvent être
regroupées comme telles :
1) Au départ de pâte cellulosique de qualité « papier », quel est le meilleur produit
qui permette de valoriser les propriétés particulières des fibres de bois et qui
s’intègre le mieux à une (future) IFBR ? Cette voie de valorisation est-elle
applicable à de la pâte non-blanchie ?
2) Quelles combinaisons de (pré)traitements s’y appliquent le mieux, en prenant
en compte les aspects environnementaux et économiques du nouveau processus de
production ?
3) Après prétraitement des pâtes cellulosiques, quels sont les changements
observables à la surface des fibres traitées ? Ces changements observés permettent-
ils d’orienter le choix du type de pâte selon les produits finaux et coproduits
envisagés ?
4) Est-il possible d’appliquer une méthode d’analyse simple d’utilisation, fiable,
pour quantifier l’impact des (pré)traitements sur les fibres et identifier alors les
débouchés fibres et coproduits les plus opportuns ?
Cette thèse s’attache à répondre à ces questions et vise à identifier une
combinaison optimale de produits et coproduits qu’il est possible d’obtenir au départ
de pâte à papier, à proposer et valider un procédé optimisé et à accompagner celui-ci
d’une méthode d’analyse simple d’utilisation.
Pour arriver à ces objectifs, cette recherche sera structurée selon les différents
chapitres suivants :
Le chapitre 2 s’intéressera au processus naturel de construction, à la composition
et à la structure du bois au sein de l’arbre. Ces éléments sont déterminants pour
comprendre la spécificité de la matière bois et les traitements de déconstruction les
plus pertinents à appliquer. Certains de ces traitements, en relation avec les objectifs
posés, seront également abordés au sein de ce chapitre.
Le chapitre 3 identifiera et confirmera le choix d’un nouveau produit d’intérêt qui
valorise la structure de la fibre de bois : la nanocellulose. Ce chapitre détaillera les
intérêts de ce nouveau produit et présentera une méthode de production
particulièrement bien adaptée à son intégration, au sein d’installations papetières
existantes, et qui génère des coproduits valorisables dans une logique de mutation
vers une IFBR.
Le chapitre 4 sera consacré à la recherche et à l’application concluante d’une
nouvelle méthode d’analyse des impacts des prétraitements de production de
nanocellulose. Cette méthode convient à la fois au type de biomasse retenu (fibres
papetières) et aux traitements appliqués.
23
Valorisation de la cellulose papetière
24
2
Le bois: formation, fonctions et
déconstruction
25
26
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
1. Introduction
Le bois est un matériau composite naturel remarquable. Majoritairement composé
de cellulose, d’hémicelluloses et de lignines, les cellules du bois se forment et se
structurent pour remplir non seulement le double rôle de soutien de l’arbre et
d’éléments conducteurs, mais aussi de stockage des réserves, de défense et de
contrôle de la posture de l’arbre. Séparer les composants du bois, pour ensuite les
recomposer, fait partie des procédés de fabrication de produits bois comme les
panneaux de fibres ou les papiers et cartons. Cette séparation fait appel à différentes
méthodes de « déconstruction » dont les procédés et les produits finaux diffèrent. Ce
chapitre passe en revue la formation du bois, sa structure et sa composition chimique
et aborde ensuite différentes manières de le déconstruire pour en valoriser certains
éléments en particulier.
2. Formation et anatomie du bois
Quand l’arbre grandit, le bois qui le compose va se former par la multiplication, la
croissance, la différenciation et l’accumulation de nouvelles cellules. À la différence
d’autres éléments de l’arbre, le bois est constitué de tissus secondaires, c’est à dire
formés à partir des méristèmes secondaires ou latéraux. D’un point de vue
anatomique, le bois est l’ensemble des tissus formés au départ du cambium (assise
génératrice libéro-ligneuse) libéroligneux vers l’intérieur de l’arbre.
Le méristème secondaire que forme le cambium est situé entre le bois et le
phloème, formant une couche cellulaire cylindrique (Trouy, 2015). Il s’agit d’une
assise génératrice libéroligneuse, qui produit des cellules dans deux directions : les
unes en direction de l’intérieur de l’arbre et les autres, de l’autre côté du cambium,
vers l’écorce. Les cellules produites vers l’intérieur (vers la moelle) forment le
xylème secondaire (le bois), qui transportera la sève brute (sève minérale,
ascendante). Les cellules produites par le cambium vers l’extérieure de l’arbre
formeront le phloème secondaire (appelé aussi liber) qui transportera la sève
élaborée (sève organique, descendante). À noter que la quantité de cellules de
xylème produite est toujours supérieure à celle de cellules de phloème (Stevanovic
and Perrin, 2009). De plus, sous nos climats tempérés, chaque année les nouvelles
cellules du xylème forment un cerne annuel qui se superpose aux cernes formés
précédemment et s’accumulent à l’intérieur de l’arbre. En l’absence d’altération par
des agents biologiques lignivores, le bois mis en place y restera durant la vie entière
de l’arbre.
Xylème et phloème sont composés de différents types de cellules qui assurent les
rôles de conduction, de soutien et de stockage. Chez les feuillus, les cellules de
vaisseaux forment les éléments conducteurs longitudinaux du bois, tandis que les
cellules de fibres assurent le rôle mécanique de soutien dans le bois. Chez les
résineux, les trachéides assurent le double rôle de conduction et de soutien. Enfin,
les cellules parenchymateuses assurent la fonction de stockage. Alignées
radialement, elles constituent les rayons ligneux. Ces rayons servent d’éléments
conducteurs radiaux et permettent le transport latéral de l’eau et des éléments
27
Valorisation de la cellulose papetière
nutritifs. Des cellules de parenchyme axial sont aussi présentes dans le bois. Les
cellules de parenchyme jouent également le rôle de cellules de stockage des
nutriments et de sécrétion d’autres substances organiques (Tableau 2-1).
Tableau 2-1. Les différents types de cellules du bois et du liber formées par le cambium
(Trouy, 2015)
Fonction Résineux Feuillus
Bois Liber Bois Liber
Conduction Trachéide Cellule criblée Éléments de Éléments de
longitudinale vaisseaux tubes criblés
Soutien Trachéide Fibre Fibre Fibre
libérienne libérienne
Stockage de Cellules de Cellules de Cellules de Cellules de
réserve et parenchyme parenchyme parenchyme parenchyme
élaboration de axial ligneux axial libérien axial ligneux axial libérien
substances
Conduction Cellules de Cellules de Cellules de Cellules de
radiale parenchyme parenchyme parenchyme parenchyme
radial ligneux radial libérien radial ligneux radial libérien
+ parfois (rayons (rayons (rayons
petites libériens) ligneux) libériens)
trachéides
horizontales
(rayons
ligneux)
Les caractères en gras indiquent les cellules mortes (en opposition aux vivantes). En italique
les cellules orientées radialement (en opposition à une orientation axial).
Sous nos latitudes, l’arbre interrompt sa croissance durant l’hiver. Il poursuit une
activité physiologique ralentie en vivant sur ses réserves, stockées sous forme
d’amidon dans ses cellules parenchymateuses. L’activité du cambium (et des
méristèmes primaires) reprend au printemps et forme alors de nouvelles couches de
cellules. Celles du bois se distinguent des cellules de la couche précédente. Cette
succession de couches distinctes forme les cernes annuels de croissance.
Au sein du jeune xylème issu de l’assise génératrice cambiale, les cellules vont se
différencier et se spécialiser en différents tissus. À l’exception du parenchyme, les
autres types cellules finissent par mourir quelques semaines après leur
différenciation. Cette partie du bois, dotée de cellules mortes et de cellules
parenchymateuses encore vivantes, est appelée l’aubier (ou bois vivant). Les cellules
mortes, dont le protoplasme a disparu, conservent néanmoins leurs parois et
remplissent toujours leurs rôles de conduction et de soutien. Les cellules vivantes
remplissent elles aussi ces rôles et ont également la possibilité de se défendre
activement contre les attaques extérieures (champignons et autres). L’aubier est donc
constitué des cellules du bois les plus récemment formées, et la sève brute va
circuler seulement au sein des cellules des cernes les plus récents et les plus
28
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
29
Valorisation de la cellulose papetière
30
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
31
Valorisation de la cellulose papetière
32
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
33
Valorisation de la cellulose papetière
4.1. La cellulose
La cellulose, composant principal du bois, est un homopolymère linéaire de β-
glucopyranose. Elle est décrite en détail au chapitre 3.
4.2. Les hémicelluloses
Les hémicelluloses sont des hétéropolymères ramifiés constitutifs de la paroi
cellulaire mais de plus faible masse moléculaire que la cellulose. Contrairement à
cette dernière, qui est un homopolysaccharide formé exclusivement d’un seul type
de glucide (le glucose), les hémicelluloses sont composées de glucides de différentes
catégories. Bien que, du fait de leur variété, il soit impossible de décrire de manière
exhaustive tous les types d’hémicelluloses, on y retrouve le plus souvent les
monosaccharides (et dérivés) suivants : glucose, acide glucuronique, galactose, acide
galacturonique, xylose et arabinose. Dans le bois, les plus importants types
d’hémicelluloses sont les glucanes, les xylanes, les mannanes et les galactanes. Les
xylanes sont des pentosanes (sucre à cinq carbones, C5) tandis que les trois autres
sont des hexosanes (C6).
Au sein des parois cellulaires, les hémicelluloses se retrouvent étroitement
associées avec la cellulose (Figure 2-3). Elles jouent le rôle d’intermédiaire entre la
matrice de lignine et le renfort des microfibrilles de cellulose en assurant les liaisons
chimiques entre ces deux constituants. Les hémicelluloses et la cellulose forment
l’holocellulose, que l’on obtient par une délignification sélective du bois. La
composition des hémicelluloses diffère entre les bois de feuillus et de résineux.
34
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
35
Valorisation de la cellulose papetière
36
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
37
Valorisation de la cellulose papetière
chimique. La lignine, solubilisée et extraite, trouve elle aussi d’autres usages hors du
bois.
Les procédés industriels de déconstruction qui visent à isoler les « fibres » (ou
certains de leurs constituants pariétaux) peuvent être mécaniques, chimiques ou un
mélange de deux. Ces procédés peuvent générer des coproduits qui sont vus comme
une plus-value ou une contrainte selon le procédé employé et le produit final visé.
Cette section se concentrera sur les méthodes de déconstruction du bois qui visent
à isoler les fibres en les dégradant le moins possible afin d’en conserver certaines
propriétés, en particuliers mécaniques. Bien que la cellulose et les hémicelluloses de
bois puissent également être considérées comme des sources de glucides, cet usage
entre en concurrence avec des méthodes de séparation et de valorisation de glucides
issus de ressources ou résidus agricoles qu’il parait difficile de pouvoir concurrencer
directement en terme de coûts.
5.1. Procédés de mise en pâte
La pâte est définie comme une « matière fibreuse, généralement d’origine
naturelle et végétale, préparée en vue de subir d’autres traitements de fabrication »
(Petit-Conil, 1999). Dans le cas de l’industrie papetière, on parlera de pâte à papier,
destinée à la fabrication des papiers et cartons.
Historiquement, l’industrie papetière s’est tournée vers le bois comme source de
fibres vers le milieu du XIXème siècle. La pâte à papier était alors produite à cette
époque principalement au départ de vieux chiffons, desquels il était relativement
aisé d’en isoler les fibres. Avec l’accroissement de la demande, l’industrie papetière
s’est tournée vers une autre source abondante de fibres cellulosiques : le bois.
Une distinction est faite entre les fibres longues issues des bois de résineux et les
fibres courtes issues des bois de feuillus (Tableau 2-5). Le terme papetier « fibre »
est employé ici autant pour les feuillus que pour les résineux, bien qu’il désigne en
fait chez ces derniers les trachéides, qui assurent également la fonction de soutien.
Ces types de fibres de résineux ou de feuillus ont des propriétés mécaniques et
optiques différentes et sont utilisées dans des proportions variables selon le produit
papetier désiré (carton, papier journal, papier graphique, etc.). Notons que les
dimensions des différents constituants du bois (trachéides, fibres, vaisseaux, etc.)
varient également selon l’essence et l’origine du bois (lieux de croissance,
conditions stationnelles, etc.). C’est ainsi que les résineux de l’Europe du Nord
(Scandinavie) sont réputés pour leurs trachéides plus longues et que la pâte issue de
ces bois est considérée comme une référence dans le secteur papetier (Petit-Conil,
1999).
38
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
Tableau 2-5. Longueur moyenne des fibres du bois de plusieurs essences européennes
(Ilvessalo-Pfäffli, 1995)
Essence Longueur moyenne des fibres (mm)
Populus tremoloïdes 1,0
Betula sp. 1,3
Fagus silvatica 1,2
Fraxinus excelsior 0,9
Quercus robur 1,1
Abies alba 3,7
Picea abies 3,7
Pinus sylvestris 3,1
Pseudotsuga menziesii 3,9
Ce type de séparation mécanique est obtenu soit en râpant directement les rondins
écorcés sur une meule, soit en défibrant, à l’aide d’un défibreur, du bois
préalablement réduit en copeaux (woodchips). À côté des procédés purement
mécaniques, il existe des combinaisons employant aussi de la chaleur (TMP,
thermo-mechanical pulping) et des réactifs chimiques (CTMP, chemico-thermo-
mechanical pulping). L’emploi de chaleur (110 à 140 °C) permet de ramollir la
lignine qui est thermoplastique et de faciliter la séparation des fibres. L’emploi de
réactifs chimiques (soude ou sulfite de sodium) vise à améliorer les propriétés
mécaniques de la pâte produite et son aptitude au blanchiment.
Comme la quasi-totalité de la lignine est encore présente sur et dans les fibres,
celles-ci possèdent une grande rigidité. Cet avantage est néanmoins contrebalancé
par le caractère photosensible de la lignine, lequel contribue au jaunissement du
39
Valorisation de la cellulose papetière
40
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
produit une pâte caractérisée par sa très grande résistance (kraft signifie fort en
allemand et en suédois). Ce procédé est également tolérant à la présence résiduelle
d’écorce.
La caractéristique première, qui fait le succès mondial du procédé kraft, est son
procédé de récupération et régénération de ses réactifs (appelés liqueurs) qui
combine recyclage et production énergétique (sous forme de chaleur au sein de la
chaudière de récupération). Les lignines dissoutes lors de la cuisson sont valorisées
énergétiquement par combustion lors de la phase de recyclage des liqueurs. Le haut
contenu énergétique des lignines, avec un pouvoir calorifique supérieur (PCS) de
l’ordre de 21 à 28 MJ/kg (Demirbas, 2001, 2017) rend leur valorisation énergétique
particulièrement intéressante. La lignine dissoute qui est contenue dans la liqueur
noire (après cuisson) confère ainsi à cette liqueur un PCS de 13 à 15,5 MJ/kg de
liqueur noire sèche (Gavrilescu, 2008). Quand cette énergie est valorisée en
cogénération, cela permet à une unité de production de pâte kraft d’être autonome
énergétiquement.
Il est intéressant de noter que le plus faible rendement matière du procédé kraft
s’explique non seulement par la dissolution de la lignine, mais également par celle
d’une partie de la cellulose et des hémicelluloses. En effet, en milieu fortement
basique, la cellulose et toutes les hémicelluloses qui sont liées par le même type de
liaison β-(1,4) peuvent être attaquées au départ de leur extrémité réductrice
(Gellerstedt, 2001). Cette réaction, bien connue des papetiers, est nommée peeling.
Pendant la cuisson kraft, c’est de cette façon que de grandes quantités de xylanes
sont perdues. Cependant, de par leur structure, les xylanes sont moins sensibles à
cette réaction de peeling que les mannanes. Les bois de résineux perdent ainsi
environ 75% de leurs glucomannanes (Stevanovic and Perrin, 2009).
6. Prétraitement de la biomasse bois
Si les procédés de déconstruction du bois abordés jusqu’ici visaient à conserver
l’intégrité de la fibre (et de sa cellulose), il existe des cas dans lesquels une
déconstruction presque totale est l’objectif visé. C’est par exemple le cas des
procédés de production de biocarburant au départ de biomasse lignocellulosique,
procédés qui cherchent à hydrolyser les polysaccharides de la biomasse pour ensuite
permettre la fermentation des sucres simples produits et, in fine, obtenir du
bioéthanol (Balat, 2011). La récupération de molécules plus ou moins élémentaires
issues du bois est également visée pour des valorisations chimiques, par exemple en
molécules-plateformes (Figure 2-4).
41
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 2-4. Exemples de molécules qui peuvent être obtenues au départ de transformations
de biomasse lignocellulosique. Les molécules-plateformes sont identifiées en rouge (Espro et
al., 2017).
42
Chapitre 2. Le bois : formation, fonctions et déconstruction
Dans ces cas où l’on vise la déconstruction totale du bois, certains composants
(comme la lignine) ou certaines particularités (comme les zones cristallines des
microfibrilles de cellulose) du bois sont considérés comme des obstacles à franchir.
On appelle prétraitements les procédés appliqués ayant pour objectif de rendre
accessible les différents constituants du bois (ou de la biomasse lignocellulosique)
pour une variété d’applications. Par exemple, ces prétraitements peuvent être
appliqués afin de faciliter l’étape d’hydrolyse de la cellulose en mono- ou
disaccharides. Dans ce cas, ces prétraitements ont pour but de diminuer la taille des
particules traitées et d’ouvrir leur structure (Figure 2-5) (Isikgor and Becer, 2015).
Les prétraitements agissent afin d’enlever les lignines et les hémicelluloses, de
diminuer la cristallinité de la cellulose, d’accroitre la porosité et la surface accessible
des différents éléments afin de faciliter les procédés suivants, généralement
l’hydrolyse de la cellulose (Sun and Cheng, 2002; Liu et al., 2006; Amidon et al.,
2008; Hendriks and Zeeman, 2009). L’objectif visé est de pouvoir passer d’un
rendement d’hydrolyse de la cellulose inférieur à 20 % (sans prétraitement) à un
rendement supérieur à 90 % (Lynd, 1996).
Figure 2-5. Objectif et impacts d’un prétraitement sur une matière lignocellulosique (US
DOE, 2007)
Un nombre varié de méthodes de prétraitement existe. On peut catégoriser ceux-ci
selon le type de méthode (physique, chimique, etc.), bien qu’il existe également des
combinaisons de méthodes. Citons, de manière non-exhaustive, les prétraitements
suivants (Chum et al., 1999; Sun and Cheng, 2002; Jorgensen, Kristensen and Felby,
2007; Zhu, 2008) :
43
Valorisation de la cellulose papetière
44
3
Produire de la nanocellulose au sein d’une
bioraffinerie forestière intégrée
Adapté de
L’utilisation de l’hydrolyse enzymatique pour la production de nanocellulose dans
une stratégie de bioraffinage forestier intégré (synthèse bibliographique)
1
Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech. Département BIOSE. Unité de
Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels. Passage des Déportés, 2.
BE-5030 Gembloux (Belgique).
2
Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech. Département AgroBioChem.
Unité de Chimie biologique et industrielle. Passage des Déportés, 2. BE-5030
Gembloux (Belgique).
45
46
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
1. Mise en contexte
Certaines industries, comme celle de la pâte à papier ou des panneaux MDF,
maitrisent des procédés de déconstruction du bois qui visent à en isoler les fibres
individuellement. Les autres composants du bois sont perçus comme des obstacles à
l’isolement de la fibre, et sont au mieux valorisés ensuite énergétiquement. Dans une
bioraffinerie forestière lignocellulosique, l’objectif est de séparer l’ensemble des
constituants du bois (cellulose, hémicelluloses, lignines, extractibles) afin de les
valoriser tous et sous des formes diverses et variées (énergie, composés chimiques,
matériaux, etc.).
Ce chapitre, qui reprend le contenu du premier article rédigé en début de thèse, fait
le point sur le composant principal du bois : la cellulose. Il aborde l’intégration des
notions de bioraffinage au sein d’unités papetières existantes selon le concept de la
bioraffinerie forestière intégrée (IFBR). L’approche retenue est celle de la
valorisation, au sein de ces IFBR, de la pâte cellulosique en nanocellulose, identifiée
depuis plusieurs années comme un produit d’avenir aux multiples applications
potentielles.
Ce chapitre/article aborde également, au départ de la littérature existante, les
différents types de nanocelluloses, les procédés de production existants et les
marchés potentiels. Il présente également l’intérêt et les avantages des prétraitements
enzymatiques en comparaison des autres méthodes facilitant la production de
nanocellulose.
47
Valorisation de la cellulose papetière
2. Introduction
La raréfaction attendue des ressources fossiles et la volonté internationale de
réduire les émissions de CO2 amène de plus en plus la recherche à s’orienter vers des
solutions alternatives à la production d’énergie et aux produits issus classiquement
de la pétrochimie. Tout en prenant en compte ces considérations, l’industrie
papetière, secteur exigeant des investissements initiaux lourds, est également à la
recherche de nouveaux produits et procédés permettant l’exploitation et la
valorisation la plus judicieuse de l’intégralité des constituants du bois qu’elle
consomme.
C’est dans ce contexte qu’émerge le concept de bioraffinerie forestière intégrée
(Zhang, Paice and Deng, 2011; Browne et al., 2012; Christopher, 2013). Ce type de
bioraffinerie, alimentée par la biomasse lignocellulosique forestière et dont
l’infrastructure s’appuie sur les installations d’une usine de pâte chimique, cherche à
valoriser au maximum tous les composants de cette biomasse à travers des procédés
à faible impact environnemental.
Le principal constituant de cette biomasse forestière est la cellulose, dont les
principaux usages en termes de volumes restent dans le domaine des pâtes et papiers
(FAO, 2013). Il est cependant possible de déconstruire la paroi des fibres et
trachéides afin d’en libérer les éléments cellulosiques dont le diamètre va jusqu’à
l’échelle nanométrique (Brinchi et al., 2013; Dufresne, 2013; Isogai, 2013). On
obtient alors une gamme de produits, aux propriétés différentes des fibres
proprement dites, dont l’appellation varie avec les dimensions de ceux-ci.
On distingue déjà ainsi, selon le degré croissant de déconstruction, les filaments de
cellulose (produits commercialement sous la marque FiloCell™), d’un diamètre
allant de 80 à 300 nm et d’une longueur de 100 à 2000 µm, et les nanocelluloses à
proprement parler (Tableau 3-1). Les propriétés particulières de ces nanocelluloses
permettent une variété d’usages dans des domaines à haute valeur ajoutée, allant du
secteur pharmaceutique à l’aérospatial (Dufresne, 2013; Cowie et al., 2014; Shatkin
et al., 2014).
Cette valorisation supérieure de la cellulose peut s’associer avec les objectifs visés
par le bioraffinage de la biomasse forestière. En effet, les procédés de production de
nanocellulose utilisent habituellement une cellulose d’une pureté élevée (Brinchi et
al., 2013). Cela s’explique par l’influence des hémicelluloses et lignines résiduelles,
qui forment alors une barrière limitant l’accès des réactifs à la cellulose et
augmentent également la consommation de réactifs et d’énergie pendant le
processus de séparation (Jonoobi et al., 2015). Notons que la présence
d’hémicelluloses peut être aussi vue comme un avantage car favorisant alors par la
suite l’individualisation des nanofibres produites (Chaker et al., 2013). La séparation
des différents constituants de la biomasse lignocellulosique, suivie de leur
valorisation optimale telle qu’envisagée dans une bioraffinerie forestière intégrée, en
fait une source de cellulose idéale pour cette filière.
Dans certains pays, les techniques de production actuelles de nanocellulose font
parfois appel à des procédés chimiques qui peuvent s’avérer lourds et peu
48
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
Tableau 3-1. Les différents types de nanocelluloses (d’après Klemm et al., 2011 ;
Dufresne, 2012)
Type de nanocellulose Synonymes Taille moyenne
Microfibrillatted Nanofibrils, microfibrils, Diamètre : 5 – 60 nm
cellulose (MFC) cellulose nanofibers Longueur : plusieurs
(CNF), nanofibrillated micromètres
cellulose (NFC)
Cellulose Nanocrystals Nanocrystalline cellulose Diamètre: 5 – 70 nm
(CNC) (NCC), crystallites, Longueur: 100 – 250 nm
whiskers (Wh), cellulose
nanowhiskers (CNW),
rodlike cellulose
microcrystals
Bacterial nanocellulose Bacterial cellulose, Diamètre: 20 – 100 nm
(BNC) microbial cellulose, Différents types de
biocellulose réseaux de nanofibres
3. La cellulose
La cellulose est le biopolymère naturel et renouvelable le plus abondant sur terre.
Elle provient majoritairement de la paroi cellulaire des plantes (le bois, source
principale de cellulose, en contient de 40 à 50 %, le coton 90 %, le lin 80 % et le
chanvre 70 % (Stevanovic and Perrin, 2009) mais peut aussi être d’origine
bactérienne (Acetobacter xylinum) ou animale (chez les invertébrés marins du sous-
embranchement des Tuniciers ou Urochordés) (Klemm et al., 2011). On estime la
production mondiale annuelle de cellulose par les plantes à plus de 50.109 tonnes, et
la ressource totale dépasserait les 1011 tonnes (Habibi, Lucia and Rojas, 2010). Les
forêts regroupant 80 % de cette cellulose, le bois représente la source principale de
cellulose sur terre (Stevanovic and Perrin, 2009).
49
Valorisation de la cellulose papetière
50
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
Figure 3-1. Structure hiérarchique du bois : de l’arbre à la cellulose (d’après Postek et al.,
2011. © IOP Publishing. Reproduit avec la permission d’IOP Publishing. Tous droits
réservés)
51
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 3-2. Schéma synthétique des processus et plateformes impliqués dans une
Bioraffinerie Forestière Intégrée (IFBR) (d’après Christopher, 2013).
52
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
pendant une durée de deux à cinq heures, des copeaux de bois dans un mélange
d’hydroxyde de sodium et de sulfure de sodium. Cette cuisson provoque la
dissolution de la majeure partie des lignines et hémicelluloses contenues dans le bois
pour récupérer in fine des éléments cellulosiques fibreux relativement intacts. Ces
fibres, au sens papetier du terme, contiennent néanmoins encore des teneurs non
nulles de lignines et d’hémicelluloses. Outre cette dissolution, le procédé Kraft se
distingue par le taux élevé de récupération (98 %) des réactifs chimiques utilisés.
Cette récupération passant par une étape de combustion des lignines et
hémicelluloses dissoutes, les usines de pâtes Kraft sont actuellement capables, par
cogénération, d’assurer leur autosuffisance énergétique et d’en dégager un surplus.
Un procédé de production de fibres papetières déjà fortement optimisé et qui
permet une valorisation des coproduits, des installations existantes et performantes,
une main-d’œuvre spécialisée, une logistique d’approvisionnement en matières
premières et de traitement des effluents déjà en place font des usines de pâtes
chimiques le point de départ idéal à l’évolution de ces installations en IFBR.
Bien que les usines de production de pâtes chimiques selon le procédé sulfite
puissent être également des exemples de bioraffineries intégrées, l’utilisation
prédominante du procédé Kraft dans le monde (près de 90% des pâtes chimiques
(Christopher, 2013; FAO, 2013)), ainsi que la qualité différente des lignines qui
peuvent en être récupérées, semble en faire le premier choix en terme de conversion
totale vers une IFBR (Bajpai, 2013; Moshkelani et al., 2013; Rafione et al., 2014).
5. La nanocellulose issue de pâte à papier
Si, actuellement, la principale application en terme de volume (FAO, 2013) de la
pâte de cellulose est son utilisation pour la fabrication des papiers et cartons, une
autre application porteuse à plus haute valeur ajoutée est étudiée depuis plusieurs
années : utiliser une partie de la pâte produite en tant que matière première pour la
fabrication de nanocellulose (Henriksson et al., 2007; Pääkkö et al., 2007; Spence et
al., 2011; Mishra et al., 2012). En effet, en arrivant à en extraire de la cellulose à une
échelle nanoscopique, la majorité des imperfections associées à la structure
hiérarchique des fibres disparaît (Moon et al., 2011). Cette nanocellulose possède
des caractéristiques mécaniques, chimiques et optiques largement étudiées qui
ouvrent la voie à de nombreux usages allant des applications directes dans
l’industrie papetière aux biocomposites, en passant par les domaines tels que le
pharmaceutique et le biomédical (Habibi, Lucia and Rojas, 2010; Siró and Plackett,
2010; Klemm et al., 2011; Moon et al., 2011; Brinchi et al., 2013; Dufresne, 2013;
Isogai, 2013; Lindström and Aulin, 2014; Jorfi and Foster, 2015).
Le terme « nanocellulose » fait généralement référence à un matériau cellulosique
dont au moins une des dimensions est inférieure à 100 nm. Selon les dimensions et
le procédé de fabrication, on différencie plusieurs types de nanocellulose (Klemm et
al., 2011; Dufresne, 2012). La cellulose microfibrillée (microfibrillated cellulose,
MFC) provient de la délamination de pâte de bois par pression mécanique en
combinaison avec un traitement chimique ou enzymatique. La cellulose
nanocristalline (cellulose nanocrystals, CNC) est obtenue par hydrolyse d’une
53
Valorisation de la cellulose papetière
54
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
55
Valorisation de la cellulose papetière
56
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
cisaillement. Pääkkö et al. (2007) ont ainsi démontré qu’une étape de prétraitement
enzymatique employant uniquement des endoglucanases sur de la pâte à papier
blanchie facilitait l’étape d’homogénéisation en diminuant les cas de colmatages des
chambres ainsi que la consommation énergétique des appareils mécaniques (Pääkkö
et al., 2007). La MFC produite possédait également des caractéristiques de tailles et
de formes plus homogènes. Il faut cependant noter que la concentration et le type
d’enzymes peuvent également affecter la longueur des fibres et la proportion de
fibres dites fines. Une charge enzymatique peu élevée est toutefois suffisante pour
faciliter la désintégration par homogénéisation, même si un meilleur résultat et une
diminution des cas de colmatages sont obtenus en combinant ce prétraitement
enzymatique avec un prétraitement mécanique visant à diminuer le longueur des
fibres avant l’étape d’homogénéisation (Henriksson et al., 2007).
7. Potentiel d’intégration d’une ligne de production
de nanocellulose dans une usine de pâte Kraft
Comme la production de nanocellulose peut se faire en employant une partie de la
pâte produite directement par une usine de pâte de type Kraft classique, l’intégration
d’une telle ligne de production ne nécessite pas de modifier le fonctionnement des
installations déjà existantes.
Les principaux freins à son développement résident dans la variabilité des
caractéristiques de la nanocellulose produite en fonction du processus employé
(Klemm et al., 2011; Dufresne, 2012) et dans le contrôle des coûts de production
afin que ce produit puisse économiquement rivaliser avec certains dérivés de
synthèse issus de la filière pétrochimique (agents de renfort, de densification,
modificateurs rhéologique, etc.). La mise au point de techniques de production
assurant une uniformité des caractéristiques et restant économiquement compétitive
est actuellement à l’étude (Nelson and Retsina, 2014).
Certaines firmes ont cependant déjà intégré, sur un site de production de pâte, une
unité de valorisation de leur cellulose (en Filament de cellulose (Kruger, Québec,
Canada), en nanocellulose cristalline (Domtar, Québec, Canada)).
8. Marchés ciblés et potentiel commercial
Le secteur papetier a bien compris l’avantage qu’il aurait à tirer de la production
de nanocellulose et investit dans la recherche, comme en témoignent les usines
pilotes construites en collaboration entre des industriels et des universités ou centres
de recherche. Citons ainsi, de manière non-exhaustive, certaines collaborations au
Canada (Québec) (joint-venture entre Domtar Corporation et FPInnovations, Kruger
et FPInnovations), aux Etats-Unis dans le Maine (University of Maine et USDA
Forest Service) et le Wisconsin (US Forest Products Laboratory), en France (CTP et
FCBA) ou encore en Suède (collaboration entre le Royal Institute of Technology et
Innventia). Très récemment, SAPPI (South Africa Pulp and Paper Industries) et la
Edinburgh Napier University faisait part dans la presse de la création future d’une
57
Valorisation de la cellulose papetière
58
Chapitre 3. Produire de la nanocellulose au sein d’une bioraffinerie forestière intégrée
9. Conclusion
L’utilisation d’enzymes dans l’industrie papetière est déjà d’actualité (désencrage,
raffinage, etc.). Les entreprises spécialisées dans la production industrielle
d’enzymes ont d’ailleurs déjà une gamme de mix à destination de cette industrie et
ne cessent pas d’étoffer leur offre. Le concept d’IFBR est de plus en plus étudié et
apparaît comme une solution qui se doit d’être technologiquement et
économiquement viable pour l’industrie papetière. Les techniques de production de
nanocellulose (CNC et MFC) et les applications de celles-ci sont également déjà
bien identifiées. Des applications nouvelles sont par ailleurs découvertes chaque
année et le marché potentiel pour ces produits est estimé à plus de 34 millions de
tonnes de nanocellulose.
On remarque cependant que l’utilisation d’enzymes pour la production de
nanocellulose reste confinée à des étapes de prétraitements, qui emploient
principalement des endoglucanases. Or, l’objectif d’une IFBR est de valoriser au
maximum ses produits et coproduits. Si la production de glucose destiné au secteur
des biocarburants par hydrolyse enzymatique est déjà employée, d’autres produits
d’hydrolyse peuvent également être valorisés. Par exemple, Vanderghem et al.
(2012) ont montré la possibilité d’optimiser un processus d’hydrolyse de pâte à
papier par des exoglucanases qui favorise la production de cellobiose (Vanderghem
et al., 2012).
Avec l’intérêt croissant porté par le secteur papetier, la recherche future devrait
s’orienter vers des méthodes de prétraitements enzymatiques qui permettent
également la production et la valorisation de ce type de coproduits. Cette valeur
ajoutée justifierait l’utilisation préférentielle des enzymes dans la production de
nanocellulose et s’intégrerait dans la vision de valorisation maximale qui définit le
concept d’IFBR.
59
Valorisation de la cellulose papetière
60
4
Analyser l’impact des prétraitements
enzymatiques à la surface des fibres
cellulosiques
Adapté de:
Predicting the most appropriate wood biomass for selected industrial applications:
comparison of wood, pulping, and enzymatic treatments using fluorescent-tagged
carbohydrate-binding modules
1
AgroBioChem Department, Laboratory of Biomass and Green Technologies,
University of Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, 5030 Gembloux, Belgium.
2
Université du Québec à Trois-Rivières, Centre de Recherche sur les Matériaux
Lignocellulosiques, C.P. 500, Trois-Rivières, QC G9A 5H7, Canada.
3
PROTEO, Université Laval, Québec, QC G1V 0A6, Canada.
4
Université du Québec à Trois-Rivières, Département de Chimie, Biochimie et
Physique, C.P. 500, Trois-Rivières, QC G9A 5H7, Canada.
61
62
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
1. Remise en contexte
Dans le chapitre précédent, nous avons vu que la pâte à papier pouvait être
employée comme matière première à la production de nanocellulose, en particulier
de cellulose nanofibrillée. L’utilisation d’une hydrolyse enzymatique comme
prétraitement à l’étape d’homogénéisation mécanique présentait une série
d’avantages en comparaison à d’autres prétraitements, essentiellement chimiques.
Si tous les types de pâtes cellulosiques (pâtes mécaniques et pâtes chimiques)
peuvent, en théorie, être hydrolysés par voie enzymatique, ces différentes pâtes ne
réagiront cependant pas de la même manière selon leur composition chimique et
selon le mélange enzymatique employé.
Dans des conditions particulières d’hydrolyse, seuls les éléments présents à la
surface des fibres subiront les effets de l’hydrolyse. Ces modifications de surface ne
sont cependant pas anodines en termes de valorisation ultérieure des pâtes prétraitées
(capacité des fibres à former des liaisons entre elles et avec d’autres éléments,
compatibilité avec une matrice dans un composite, etc.). Il s’agit également d’une
bonne indication de la réactivité du substrat cellulosique vis-à-vis des enzymes,
permettant alors de déterminer la meilleure combinaison substrat-enzymes à
appliquer. L’analyse des modifications subies en surface des fibres fournit donc de
précieuses informations, utiles au développement de nouvelles voies de valorisation.
Cependant, ces analyses font généralement appel à des techniques chronophages et
coûteuses en termes d’équipements.
Le présent chapitre reprend, sous la forme de l’article original publié, les résultats
de la recherche menée dans l’objectif de valider l’utilisation d’une nouvelle méthode
d’analyse. Nous démontrons qu’il est possible d’appliquer la méthode sur différentes
pâtes non-blanchies et pour les types de traitement enzymatique étudiés. Cette
méthode se base sur l’utilisation de sondes protéiques fluorescentes, qui permettent
d’identifier et de quantifier les changements survenus à la surface des fibres après
l’hydrolyse par une simple mesure de fluorescence. L’analyse de ces modifications
de surface permet également d’identifier et d’orienter les fibres traitées et les
coproduits d’hydrolyse vers les meilleurs débouchés possibles selon la combinaison
pâte-enzymes utilisée.
63
Valorisation de la cellulose papetière
2. Introduction
Global production of biofuels and bioproducts is increasing steadily because such
products are greener alternatives to fossil fuels and their derivatives (Naik et al.,
2010; Scheffran, 2010; Nigam and Singh, 2011). Concomitantly, numerous new
products and technologies based on the conversion of biomass have been developed
over the last decade (Agbor et al., 2011; Zhang, Paice and Deng, 2011; Dufresne,
2012; Christopher, 2013; Wegner, Ireland and Jones, 2013; Zhu et al., 2016).
Securing sufficient biomass as raw materials is a prerequisite to moving from a
petro-chemical to a bio-chemical economy. Using feedstocks to support first-
generation biofuel and bioproducts has shown its limits and produces certain
undesirable socio-economic and environmental outcomes (Runge and Senauer,
2007; Fargione et al., 2008). The use of lignocellulosic biomass (LCB, including
dedicated lignocellulosic crops, agricultural and forestry residues and municipal and
industrial wastes) to produce second-generation biofuel and bioproducts would
avoid the negative impacts associated with first-generation feedstocks use
(Eisentraut, 2010; Mohr and Raman, 2013).
Although LCB is a promising, abundant and renewable resource, it is difficult to
treat due to its complex structure consisting of cellulose fibrils wrapped in a network
of lignin and hemicelluloses. This network, collectively referred to as the lignin-
carbohydrate complex, is highly recalcitrant and difficult to modify (Fengel and
Wegener, 1984; Goldsworthy, Chandrakant and Opuku-Ware, 2003; Himmel et al.,
2007; Hendriks and Zeeman, 2009; Stevanovic and Perrin, 2009; Christopher,
2013). Consequently, several steps of pretreatments are needed to isolate each of the
components before they can be used in value-added applications.
For the production of biofuels based on carbohydrates from LCB, such as
bioethanol, the principal goal is the complete hydrolysis of polysaccharide
components (mainly cellulose) of the raw material into monomers for subsequent
fermentation (Sun and Cheng, 2002; Himmel et al., 2007; Kumar et al., 2009;
Limayem and Ricke, 2012; Chaturvedi and Verma, 2013). Utilization of all other
lignocellulosic components is not as well developed but is the focus of intensive
research efforts (FitzPatrick et al., 2010; Zhang, Paice and Deng, 2011; Zhang, Tu
and Paice, 2011; Christopher, 2013). This “integrated biorefinery” concept involves
a succession of steps for transforming the entire lignocellulosic biomass into
biofuels and bioproducts. This concept has been demonstrated using a variety of
physical, chemical and biological treatments (Huang et al., 2008; Sims et al., 2010;
Gupta et al., 2014) in a range of configurations (Clark et al., 2006; Alvira et al.,
2010; Budarin et al., 2011; Sheldon, 2014). Total utilization of LCB will permit
commercial exploitation of the entire lignocellulosic biomass in a wide spectrum of
bioproducts and bioenergy (Ragauskas, Williams, et al., 2006; Yang and Yu, 2013;
Zhu et al., 2016). In this context, new bioproducts (e.g. biomaterials, biocomposites,
biomembranes and biofilms) from previously unused components of LCB are
receiving growing interest because they are also biodegradable, produced from a
renewable carbon source and can have a wide variety of applications (Mohanty,
64
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
Misra and Hinrichsen, 2000; Mohanty, Misra and Drzal, 2002; John and Thomas,
2008; Dufresne, 2012; Zhu et al., 2016). Unlike bioethanol, specific bioproducts
based on lignocellulosic fibers do not require complete separation or deconstruction
of the raw lignocellulosic polymers. Removal of some specific components or
alteration of structural features of fibers leading to modulation of their physical and
chemical properties is often sufficient (Orts et al., 2005; Ragauskas, Williams, et al.,
2006; Jiang et al., 2011; Xu and Rowell, 2011; Dufresne, 2012; Zhu et al., 2016).
A largely used green process for the removal or alteration of specific structural
features of the biomass is the enzymatic hydrolysis or biocatalysis. Enzymes have
been used for improving papermaking processes (for fiber cutting action, peeling,
delamination, weakening effect, bleaching, refining) (Oksanen et al., 1997; Bajpai,
1999; Cui et al., 2015) and also for the deconstruction of lignocellulosic
biopolymers (Pääkkö et al., 2007; Siqueira et al., 2010; Duran et al., 2011;
Gehmayr, Schild and Sixta, 2011; Dufresne, 2012; Torres et al., 2012; de Campos et
al., 2013; Qing et al., 2013; Sabo and Zhu, 2013; Yarbrough et al., 2017). Actually,
cellulases from Trichoderma reesei are subject to many studies and have been used
to efficiently hydrolyze cellulose for decades (Oksanen et al., 1997; Mansfield,
Mooney and Saddler, 1999). Enzymes have high selectivity and turnover frequency,
permitting processes with high selectivity and increased productivity on a variety of
substrates (Ho, Ngo and Guo, 2014). For example, enzymatic hydrolysis avoids or
drastically decreases the production of degradation products that are generated by
classical acid hydrolysis (e.g. 5-hydroxymethylfurfural, 2-furfural) (Larsson et al.,
1999; Palmqvist and Hahn-Hägerdal, 2000). Many types of enzyme can catalyze
LCB hydrolysis: endo- and exo-glucanase, cellobiase, xylanase, mannanase and
many others. Synergy between several enzymes in a mixture of their lignocellulosic
substrates has also been demonstrated, but are not yet completely known (Mansfield,
Mooney and Saddler, 1999; Hall et al., 2010; Hu, Arantes and Saddler, 2011; Várnai
et al., 2011). In addition to this, enzymes are costly, and accordingly, real-time
dosage control is an important parameter in most industrial processes (Merino and
Cherry, 2007; Hu, Arantes and Saddler, 2011; Klein-Marcuschamer et al., 2012; Lee
and Lavoie, 2013; Penttilä et al., 2013; Lennartsson, Erlandsson and Taherzadeh,
2014).
The effectiveness and impact of enzymatic processes on a substrate can be
quantified using physical and chemical methods. Among them, the most commonly
used are: compositional analysis of the substrate after treatment (using FTIR, XPS)
or of the hydrolysates (hydrolysis products content, using GC or HPLC), surface
imaging (using SEM, TEM and AFM), index of crystallinity (using XRD and NMR)
and mass balance calculations (Miller, 1959; Berezin, Rabinovich and Sinitsyn,
1977; Berlin et al., 2006). However, current methods of analysis cannot directly
monitor enzymatic action. It is not possible to determine the precise order in which
components of the substrate were hydrolyzed as the enzymes penetrate the materials
and what components are left exposed on fibers after treatment. While direct
chemical characterization of the surface is possible with XPS, it remains that this
65
Valorisation de la cellulose papetière
66
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
67
Valorisation de la cellulose papetière
68
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
69
Valorisation de la cellulose papetière
Mechanically treated pulps contained more lignin than the Kraft pulps (Figure 4-
2). The Kraft process dissolves lignin from wood raw material to liberate fibers,
while by contrast mechanical separation of wood fibers does not involve the
extraction of lignin (Sixta, 2006). Lignin protects the other components of the
biomass against degradation, so the absence of lignin in Kraft pulp permits
enzymatic hydrolysis to occur more effectively (Rahikainen et al., 2011). As
expected, softwood hemicelluloses were glucomannan-rich, while hardwood
hemicelluloses were xylose-rich (Timell, 1967; Ek, Gellerstedt and Henriksson,
2009; Stevanovic and Perrin, 2009). HK and SK pulps yield the greatest quantity of
glucose, making them the most promising of the samples as a potential biofuel
substrate.
Figure 4-1. SEM micrographs obtained from (SM) untreated softwood CTM pulp (a, b),
and from (SK) untreated softwood Kraft pulp (c, d) at two levels of resolution.
70
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
100
90
80
70 Lignin
Proportion (%)
60
Arabinose
50
Galactose
40
Mannose
30
20 Xylose
10 Glucose
0
HM SM HK SK
Pulps
Figure 4-2. Lignin and carbohydrate monomer content of pulps. HM hardwood CTM pulp,
SM softwood CTM pulp, HK hardwood kraft pulp, and SK softwood kraft pulp.
800
700
Concentration (mg/l)
600
500 [Cello]
400
[Glu]
300
200 [Xyl]
100 [Man]
0
HM_T HM_A SM_T SM_A HK_T HK_A SK_T SK_A
Treated pulps
71
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 4-3 presents the amounts of selected mono- and disaccharides which were
liberated by enzymatic hydrolysis of pulp fibers. The quantity of sugar detected in
the hydrolysate was better related to pulp grade than to the enzyme cocktail used.
Kraft pulps released more of each sugar, indicating they are more susceptible to
enzymatic hydrolysis in the relevant conditions. This can be explained by the
difference in lignin content, since the presence of lignin protects polysaccharides
from enzymatic hydrolysis (Mooney et al., 1998; Öhgren et al., 2007; Studer et al.,
2011; Yu et al., 2011; Zhang, Tang and Viikari, 2012; Penttilä et al., 2013). As
discussed earlier and in the literature, pretreatments which remove lignin and
hemicellulose expose a greater proportion of the cellulose in the substrate and
increase pore volume and surface area, which results in increased hydrolysis rate
(Zhu et al., 2008). The high glucose content of the Kraft pulps presented in Figure 4-
2 suggests that these pulps are composed primarily of cellulose, an inference that is
consistent with the composition of the hydrolysate produced from their enzymatic
hydrolysis. Hydrolysate sugar content also demonstrated that enzyme “A” was less
effective than “T” under same hydrolysis conditions. More xylose was released from
hardwood pulp in the presence of T enzyme cocktail, which again corresponds with
the abundance of xylose monomers in the substrate, as shown in Figure 4-2. The
cellobiose yield from hydrolysis of SK was greater than that from hydrolysis of HK,
although HK hydrolysis produced more glucose when catalyzed by T treatment.
Finally, hydrolysate composition suggests that the mannanase activity of both
enzyme cocktails is low. Such results may indicate that mannans are not as
accessible as other polymers, or that mannanase activity is too low (consistent with
activity measurements for both enzyme preparations; see Table 4-1). The sugar
content of the hydrolysates is a good indicator of enzyme activity with respect to
specific carbohydrates, but does not provide any information on the surface
chemistry of the treated fiber.
72
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
2,5 2.36
Length (weighted average), mm
1.98
2,0 1.77
0,0
Treated Pulps
Figure 4-4. Weighted average values of fiber lengths (mm) and standard deviations for
control Std, T and A enzymes treated pulps of different grades. (HM) hardwood CTM pulp;
(SM) softwood CTM pulp; (HK) hardwood Kraft pulp and (SK) softwood Kraft pulp.
73
Valorisation de la cellulose papetière
20 17.86
Fines proportion (weighted), %
18
15.68 15.20
16 14.75 14.14 13.99
13.95 13.43 13.18
14
12
10
8
5.70
6 3.81
4 2.96
2
0
Treated Pulps
Figure 4-5. Weighted proportion (%) and standard deviations of fines (fibers with length
<0.2 mm) for control Std, T and A enzymes treated pulps of different grades. (HM)
hardwood CTM pulp; (SM) softwood CTM pulp; (HK) hardwood Kraft pulp and (SK)
softwood Kraft pulp.
35
Width (arithmetic average), µm
Treated Pulps
Figure 4-6. Arithmetic average values (µm) and standard deviations of fiber widths for
control Std, T and A enzymes treated pulps of different grades. (HM) hardwood CTM pulp;
(SM) softwood CTM pulp; (HK) hardwood Kraft pulp and (SK) softwood Kraft pulp.
74
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
Treated Pulps
Figure 4-7. Zero span breaking length (km) for control Std, T and A enzymes treated pulps
of different grades. (HM) hardwood CTM pulp; (SM) softwood CTM pulp; (HK) hardwood
Kraft pulp and (SK) softwood Kraft pulp.
Concerning zero span breaking length, a measure of the average strength of
individual fibers (Figure 4-7), treatment had no effect on mechanical CTM pulps but
both enzymes degraded chemical Kraft pulp strength. The higher lignin content of
the mechanical pulps may explain why their mechanical strength was not affected by
the treatment.
Analysis of these paper properties corroborates previous studies of simple sugars
release by hydrolysis of paper pulp and confirms that Kraft pulps are more
susceptible to enzymatic treatments (Gehmayr, Schild and Sixta, 2011; Mittal et al.,
2011; Torres et al., 2012; Yamada et al., 2015). For applications where strength
properties are very important, such combination pulp-enzymatic treatments (Kraft
pulps treated with cellulase mixtures) would be deleterious.
4.5. Detection of pulp fiber polymers using FTCM analysis
before and after enzymatic treatments
Fluorescent-tagged carbohydrate-binding module method probes provide a rapid
and cost-effective method to map the surface of LCB samples in terms of
composition. Running 96 experiments requires a simple plate reader, is currently
performed in less than 3 h, and would cost a few dollars when scaled up. Here this
analysis was performed using the four probes in order to characterize pulp fibers
prior to enzymatic treatments (Figures 4-8 and 4-9). A probe (GC3a) which indicates
the presence of crystalline cellulose regions (referred to here as CC) indicated
greater CC exposure on hardwood surfaces than on softwood. CC made up a greater
proportion of CTM pulps surface than of Kraft pulps surface, despite the higher
75
Valorisation de la cellulose papetière
lignin content of CTM pulps. This result is counterintuitive, since lignin is thought
to act as protective barrier around cellulose, but the higher proportion of fibrils and
fines in CTM pulps may explain the result since fine fibers tend to have greater
specific area and, therefore, offer the most accessible polymers for the probes
(Hebert-Ouellet et al., 2017). Fibrils and fines are partially removed by Kraft
pulping, which may explain such results.
Figure 4-8 also shows the FTCM performed using the amorphous cellulose
(referred to as AC) specific probe (named CC17). Mechanical pulps had the
strongest AC-binding signal, also in accordance with the explanation of its higher
content in high specific surface areas such as fibrils. Although three of the four pulps
exposed much less AC than CC, the opposite was observed for SK pulp, where
twice as much AC was detected compared to CC. Clearly, the distribution of AC did
not parallel CC distribution on the surface of untreated fibers. The total cellulose
(CC and AC) detected at the surface was the lowest for SK pulp, where the
fibrillations are almost nonexistent as was observed in Figure 4-1. This leads to a
decrease in high surface area fibrils or fiber fragments, which are primary targets for
CBMs binding to fiber polymers. Despite containing more cellulose than CTM
pulps, the Kraft pulps returned a weaker binding signal for both CC and AC. Even if
the abundance of glucose in the Kraft pulp hydrolysates is consistent with higher
cellulose content (Figures 4-2 and 4-3), FTCM shows that CTM pulp fiber surface
has a greater number of exposed binding sites for cellulose-specific probes, despite
containing less cellulose than Kraft pulps overall. One has to consider that the size
of probes used here, with diameters of few nanometers, is closer to water than to
most fibrous material. Any probe used here has access to all interstices detectable by
electronic microscopy.
OC15 probe, which was used to signal the presence of xylan, returned a more
intense signal from untreated hardwood pulps than for softwood (Figure 4-9), which
is consistent with the previously reported tendency of hardwoods to have a greater
xylan content than softwoods (Timell, 1967; Stevanovic and Perrin, 2009), and with
the monosaccharide content of the samples already shown in Figure 4-2. This
phenomenon resembles the one observed for CC (Figure 4-8), with higher signal for
hardwood pulps than for softwood.
76
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
0,05
0,04
Bound probes (µg/mm²)
0,03
eGFP-CBM3a
0,02
mC-CBM17
0,01
0
HM_Std SM_Std HK_Std SK_Std
Untreated control pulps
Figure 4-8. CBM binding to the surface of untreated pulps. The quantity of probe bonded
to crystalline cellulose (in green) and amorphous cellulose (in red).
0,06
0,05
Bound probes (µg/mm²)
0,04
0,03
mO-CBM15
0,02 eCFP-CBM27
0,01
0
HM_Std SM_Std HK_Std SK_Std
Untreated control pulps
Figure 4-9. CBM binding to the surface of untreated pulps. The quantity of probe bonded
to xylan and mannan are shown in orange and cyan, respectively.
77
Valorisation de la cellulose papetière
The signal produced by the mannan-specific probe (CC27) does not follow the
trend described by the probes that have already been described in this section.
Mannans were detected in greater abundance on the surfaces of the CTM pulps and
were nearly absent from the Kraft pulps. Mechanical pulping of softwoods has been
known to partially dissolve mannans (Thornton et al., 1994), but the dearth of
mannan on the probe-accessible surface of Kraft pulps suggests that some element
of the Kraft process removes mannans even more extensively (Ragauskas, Nagy, et
al., 2006), while by contrast the mechanical treatment leaves them available for
probe binding. The disparity in mannan detected on SK and HK corresponds to the
relative abundance of mannose contained in the samples as determined in Figure 4-
2. Comparison of the four pulps’ signals suggests that mannans are strongly
associated with lignin. These observations confirm other studies on the lignin–
carbohydrate complex organization and changes according to the pulping process
(Lawoko, Henriksson and Gellerstedt, 2003, 2005; Lawoko et al., 2004; Choi, Choi
and Faix, 2007; Stevanovic and Perrin, 2009).
The impact of enzymatic treatments on the amount of each polymer present on the
surface of paper discs was characterized using FTCM. In Figure 4-10, the signal
intensity from each probe is presented in terms of its change relative to the intensity
of the corresponding probe on untreated (Std) pulps shown in Figures 4-8 and 4-9.
Generally, enzymatic treatments resulted in a decrease in the number of bound
probes, although there were some exceptions. This decrease can be a consequence of
the preferred degradation of high specific surface components such as fines,
filaments and fibrils by enzymes as discussed above. The overall diminution of
probe signal intensity may also indicate that the enzymatic treatment results in an
increase in the proportion of substances on the substrate surface which are affected
neither by the enzymes nor by the probes (e.g. lignin). AC detection invariably
decreased after enzymatic treatments, which supports the hypothesis that this
component was degraded preferentially by cellulases in both enzymatic cocktails
during short-time hydrolysis suggested by several studies (Lynd et al., 2002; Pu,
Ziemer and Ragauskas, 2006; Stevanovic and Perrin, 2009; Hall et al., 2010). In our
assay, changes in AC probe binding did not directly correlate to the yield of
hydrolysis products of cellulose (cellobiose and glucose, Figure 4-3). Generation of
simple sugars such as glucose or cellobiose is a consequence not only of AC but of
CC hydrolysis, and the proportions of AC and CC hydrolysis may vary for different
pulps and enzyme cocktails.
78
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
Figure 4-10. Impact of enzyme (T and A) hydrolysis on the binding of different polymer
by probes (Crystalline cellulose bound by GC3a, amorphous cellulose bound by CC17, xylan
bound by OC15 and mannan by CC27), on the surface of fiber discs. Results that did not
deviate significantly from untreated (Std) values (where significance was determined using
Dunnet’s comparison test) are indicated with an asterisk (*).
79
Valorisation de la cellulose papetière
80
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
the fiber surface of SK pulp than on HK pulp. AC decreased after both treatments by
about 30%. Hydrolysis with cocktail T leads to a 33% decrease in xylan binding in
FCTM but treatment with A enzyme left xylan unchanged. This observation is
compatible with the detection of free xylose in the hydrolysate. Mannans were
consumed to a greater extent in the softwood pulp. Changes in mannan surface
coverage observed by FTCM for SK with T enzymes (a decrease of 40%) were not
indicated by hydrolysate analysis, although a decrease in surface polymers does not
necessarily lead to simple sugar release if the enzymes involved are also of endo-
type. In this case, a drop in relative abundance of mannan at the fiber surface cannot
be revealed by a chromatographic analysis of simple sugars but is easily detected
using FTCM.
4.6. Surface polymer distribution after enzymatic treatments
Here the quantity of each probe bound to surface is expressed as a percent of the
total number of probes detected, removing from our assessment any general change
in surface binding or availability for binding (such as the decrease in binding due to
loss of high surface fragments in Kraft pulps or change in sheet density as
hypothesized earlier (Hebert-Ouellet et al., 2017)). There might be some cross-
reactivity among substrates and CBM15 (i.e. OC15 binding mainly to xylan, but
having some affinity toward cellulose). We found that the affinity of each probe for
its main target surpassed affinity for a similar target by tenfold or more (Khatri et
al., 2016; Hebert-Ouellet et al., 2017).
The proportions of polymers on the surface of pulps prior to enzymatic treatment
are shown in Figure 4-11. As expected, given the nature of Kraft pulping, the
proportion of AC and CC on the surface of Kraft pulps is higher than in CTM pulps,
and although the number of cellulose-binding probes detected on the Kraft pulps
surface is less than what was detected on mechanical pulps, a greater proportion of
the probes detected on the Kraft pulps were cellulose binding. Also, softwood
exposed proportionally more mannan and hardwood more xylan, although the
difference between hardwood and softwood was less pronounced for the mechanical
pulps. Such distribution of hemicelluloses on the surface is compatible with bulk
composition of fibers, and also compatible with the generally accepted
understanding of softwood and hardwood hemicellulose composition (Timell, 1967;
Stevanovic and Perrin, 2009). In general, CC exposure detection was greater than
that of AC regardless of wood or pulping, except for SK pulp, where amorphous
regions’ exposure was twice the exposure of CC (the same trend was observed in
Figure 4 – 8).
81
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 4-11. Proportion (in percent) of each probe by treatment on the total probes content
for each pulp.
82
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
83
Valorisation de la cellulose papetière
84
Chapitre 4. Analyser l’impact des prétraitements enzym. à la surface des fibres cellulosiques
85
Valorisation de la cellulose papetière
86
5
Production enzymo-mécanique de
nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse
et de ses coproduits
87
88
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
1. Remise en contexte
Dans le chapitre 3, nous avons identifié la combinaison d’un prétraitement
enzymatique suivi d’un traitement mécanique comme une piste prometteuse de
production de nanocellulose au départ de pâte à papier. Cette piste a déjà été testée
avec succès dans d’autres études (Henriksson et al., 2007; Pääkkö et al., 2007; Zhu,
Sabo and Luo, 2011). Cette combinaison « enzymo-mécanique » a l’avantage de
générer également des coproduits récupérables et valorisables. Le chapitre 4 a
démontré que les effets d’une hydrolyse enzymatique légère (en termes de charge
enzymatique et de durée) étaient bien perceptibles en surface de la fibre traitée. Les
modifications de surface des différents types de pâtes avaient différé entre les pâtes
et entre les deux types de mélanges enzymatiques testés.
Il parait raisonnable d’émettre l’hypothèse qu’une production combinée de
nanocellulose et de glucides valorisables par cette combinaison de traitements
« enzymo-mécaniques » génère un rendement d’hydrolyse inférieur aux procédés
axés sur l’hydrolyse la plus complète possible de la matière traitée.
Or, dans le cas d’une bioraffinerie forestière intégrée, il peut être avantageux de
pouvoir piloter l’étape d’hydrolyse enzymatique afin d’être en mesure d’orienter
celle-ci à produire plus ou moins de glucides hydrolysés, selon les besoins
industriels et la demande du marché concerné. Les travaux de Zhu et al. (2011) et
Sabo et al. (2013) ont démontré que l’utilisation de l’hydrolyse enzymatique pouvait
parfaitement combiner la production de nanocellulose cristalline et celle de
monosaccharides valorisables issus de l’hydrolyse de pâte blanchie (Zhu, Sabo and
Luo, 2011; Sabo and Zhu, 2013). Les résultats du chapitre 4 ont démontré que c’était
le cocktail enzymatique issu de Trichoderma reesei qui permettait l’hydrolyse la
plus poussée du substrat.
Parmi les produits de l’hydrolyse enzymatique de la pâte cellulosique, le
cellobiose présente un intérêt pour ses usages variés dans différents domaines tels
que l’alimentaire, le cosmétique ou le pharmaceutique (Kim and Day, 2010). Son
faible pouvoir calorique (2 kcal/g) et son activité prébiotique en font un sucre
d’intérêt utilisable en aliment fonctionnel (Nakamura, Oku and Ichinose, 2004;
Sanz, Gibson and Rastall, 2005). D’anciennes recherches font état des propriétés
anti-cancérigènes du cellobiose (Riggs et al., 1977; Calabresse et al., 1993). Le
cellobiose, quand il est totalement ou partiellement estérifié, est un agent
épaississant utilisé en cosmétique (Franklin et al., 2001).
Les hémicelluloses également hydrolysées durant le processus présentent elles
aussi un intérêt en termes de valorisation. Le xylose issu de l’hydrolyse des xylanes
trouve des valorisations comme édulcorant, peut être dérivé en xylitol, converti en
furfural, transformé en acides organiques ou fermenté en éthanol (Arora, Sharma
and Kumar, 2017).
Cependant, lorsque l’on souhaite employer des enzymes afin d’hydrolyser autant
que possible un substrat tel que la pâte à papier, on se heurte au problème
d’inhibition de l’hydrolyse par les produits de cette même hydrolyse. Cet effet
89
Valorisation de la cellulose papetière
inhibiteur des produits d’hydrolyse est bien connu (Holtzapple et al., 1990; Xiao et
al., 2004; Qing, Yang and Wyman, 2010; Hsieh et al., 2014).
Afin d’apporter une solution à ce problème d’inhibition, Vanderghem et al. (2009,
2012) ont proposé une méthode d’hydrolyse multi-étapes visant à augmenter les
rendements d’hydrolyse de la cellulose. Cette méthode emploie la capacité de
certaines enzymes impliquées dans l’hydrolyse à rester adsorbées au substrat
cellulosique. Cette propriété permet de renouveler le milieu tampon dans lequel se
déroule l’hydrolyse selon le principe suivant : après une certaine durée d’hydrolyse,
le mélange formé par le substrat cellulosique et son milieu d’hydrolyse contenant les
hydrolysats est filtré afin de séparer le substrat du milieu tampon alors enrichi en
sucres hydrolysés. Le substrat est ensuite remis en suspension dans du milieu
tampon frais pour être soumis à une nouvelle étape d’hydrolyse. Les résultats de ces
travaux démontraient que cette méthode d’hydrolyse multi-étapes permettait
d’obtenir une plus grande proportion de cellobiose qu’une hydrolyse de même durée
totale réalisée en continu.
Cependant, les substrats employés dans ces travaux étaient soit de la cellulose de
grande pureté de qualité « laboratoire », soit de la pâte à papier kraft blanchie de
feuillus. Dans ce chapitre, connaissant désormais les réactions différentes à
l’hydrolyse enzymatique entre les pâtes mises en évidence au chapitre 4, nous
appliquons la méthode multi-stades à des pâtes à papier non-blanchies de feuillus et
de résineux. L’utilisation de pâtes non-blanchies est ici testée dans une logique d’up-
scaling futur du procédé, permettant de s’affranchir de l’étape de blanchiment et de
valoriser des pâtes dites « lavées » (rincées des éventuels réactifs utilisés dans le
procédé de mise en pâte). Il est également à noter que les techniques et réactifs
utilisés pour le blanchiment diffèrent entre les pâtes mécaniques et chimiques : alors
que le blanchiment des pâtes chimiques vise à éliminer le peu de lignines résiduelles
via des agents délignifiants, celui des pâtes mécaniques vise une décoloration des
lignines via des agents blanchissants (Petit-Conil, 1999).
La méthode d’hydrolyse enzymatique multi-stades est donc appliquée à des pâtes
non-blanchies dans le but de confirmer les hypothèses suivantes :
- Ce type d’hydrolyse multi-étapes permet une production plus élevée de sucres
hydrolysés qu’une hydrolyse mono-étape de mêmes conditions (charge
enzymatique et durée totale) ;
- Ce type d’hydrolyse multi-étapes permet de maintenir un rendement
d’hydrolyse élevé d’une étape à l’autre, par substitution des produits
d’hydrolyse ;
- Ce procédé présente un intérêt particulier pour la production de cellobiose et
de xylose au départ de pâte à papier non-blanchie ;
- Le substrat hydrolysé peut ensuite être transformé en nanofibres de cellulose ;
- Ce procédé constitue une méthode de prétraitement facilitant et améliorant
l’efficacité du traitement mécanique pour produire des nanofibres de cellulose.
90
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
2. Méthodologie
2.1. Pâtes cellulosiques
Trois pâtes cellulosiques non-blanchies ont été utilisées : une pâte kraft de feuillus
(mélange indéterminé d’essences feuillues) (fournie par Burgo Ardenne, Belgique),
une pâte CTMP de peuplier (Poplar sp.) et une pâte CTMP d’épicéa (toutes deux
fournies par SAPPI Lanaken, Belgique).
La teneur en matière sèche des pâtes séchées a été mesurée (105°C, 24h).
La méthode d’évaluation de la composition chimique des pâtes et les résultats sont
les mêmes que ceux présentés au chapitre 4 (point 4.2.).
Le substrat cellulosique standard, utilisé comme témoin, est de la cellulose de
haute pureté (98%) (Alba-Fibre ; C-200).
2.2. Enzymes
Le mélange de cellulases employé est le CelluClast (Sigma-Aldrich, ATCC
26921), composé de cellulases issues de Trichoderma reesei. L’activité enzymatique
du lot utilisé a été évaluée à 19 FPU/ml.
2.3. Hydrolyses enzymatiques
Toutes les hydrolyses ont été réalisées en dupliqué pour chacune des pâtes et des
conditions testées.
2.3.1. Hydrolyses multi-étapes
La méthodologie employée a été adaptée des travaux de Vanderghem et al.
(Vanderghem et al., 2009).
Pour chacune des trois pâtes, 10 g (en équivalent de matière sèche) ont été mis en
suspension dans 250 ml de tampon citrate 0,05 M, dont le pH a été stabilisé à 4,8.
L’ensemble a été homogénéisé à l’aide d’un désintégrateur papetier de laboratoire et
ensuite transféré dans un erlenmeyer d’une capacité de 500 ml. Ce contenu a été
porté et maintenu à la température de 50°C en bain marie, sous agitation magnétique
(400 rpm) à l’aide d’un agitateur magnétique submersible.
Avant addition des enzymes, un échantillon de milieu d’hydrolyse a été prélevé
afin d’établir une valeur zéro de concentration en sucres d’hydrolysat. Le mélange
enzymatique a ensuite été ajouté à la suspension de pâte pour atteindre une charge
enzymatique de 0,4 FPU/g de pâte. L’ensemble a été maintenu à 50°C au bain marie
et sous agitation magnétique (400 rpm) durant toute la durée de l’hydrolyse.
L’hydrolyse multi-étapes a été conduite en 4 x 6 heures. À l’issue de chacun des
cycles de 6 heures, le contenu de l’erlenmeyer était transféré et filtré sous vide sur
un filtre en verre fritté (40-100 µm de taille de pores, Robu Glasfilter-Geräte
GmbH). Le substrat filtré a ensuite été récupéré sur le filtre et remis en suspension
dans du tampon frais à la même concentration, pour subir une autre hydrolyse d’une
durée de 6 heures. Le procédé a été répété trois fois pour atteindre une durée
d’hydrolyse totale de 24h. Aucune enzyme n’a été rajoutée entre les étapes
successives. Des échantillons d’hydrolysat ont été prélevés avant la filtration aux
91
Valorisation de la cellulose papetière
92
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
3. Résultats
3.1. Concentration en mono- et disaccharides dans les
hydrolysats
La Figure 5-1 présente l’évolution cumulée de la concentration totale en glucose,
xylose et cellobiose présents dans les hydrolysats des quatre pâtes étudiées. On y
observe une augmentation variable au cours du temps, selon les glucides analysés et
selon les pâtes traitées. Ces variations de rendement de l’hydrolyse entre les quatre
étapes sont représentées sur la Figure 5-2. Ces variations peuvent s’expliquer par les
différences entre les pâtes (composition chimique, composition de surface) et leurs
interactions avec les enzymes employées, comme déjà mis en évidence au chapitre
4. Étant donné que les produits d’hydrolyse ont été extraits entre chacune des quatre
étapes, la diminution de rendement d’hydrolyse entre chaque étape, observable pour
les trois glucides étudiés, pourraient être due à la perte d’enzymes lors des étapes de
filtration. Bien que des travaux précédents aient démontré l’adsorption des enzymes
de T. reesei sur leur substrat (Saddler and Penner, 1995; Suurnäkki et al., 2000), ce
phénomène nécessite que l’enzyme puisse physiquement accéder au substrat. La
présence d’éléments jouant un rôle barrière, comme de la lignine résiduelle, peut
diminuer le nombre d’enzymes adsorbées sur le substrat au moment de la filtration.
L’effet positif de l’annulation des effets inhibitoires des produits d’hydrolyse sur le
rendement d’hydrolyse observé par Vanderghem et al. (2009) avec la méthode
multi-étapes est alors contrebalancée par la perte d’enzymes lors des étapes de
filtration. Notons néanmoins qu’une diminution, faible mais constante, de rendement
entre les étapes était également présente dans les résultats de Vanderghem et al.
(2009).
Après 24h, la concentration en cellobiose est à chaque fois supérieure à celle des
autres sucres étudiés (Figure 5-1), ce qui permet de confirmer l’intérêt d’un procédé
multi-étapes pour la production plus spécifique de cellobiose à partir de pâte à papier
avec le cocktail enzymatique de Trichoderma reesei. La concentration finale en
cellobiose de l’hydrolysat de pâte kraft de feuillus est même supérieure à celle du
témoin de cellulose de haute pureté C-200. Alors que l’on pourrait émettre
l’hypothèse que cette différence serait due à la proportion plus élevée de zones
cellulosiques amorphes dans une pâte chimique industrielle que dans une cellulose
de laboratoire de haute pureté, cette hypothèse est écartée par les résultats obtenus
par DRX.
À l’inverse, les pâtes obtenues par procédé CTMP ont moins bien réagi à
l’hydrolyse que la pâte kraft ou le témoin de C-200, en atteignant à peine au bout des
24h les quantités de cellobiose ou de glucose produites par l’hydrolyse de la pâte
kraft en 6h. Cela s’explique par les différences intrinsèques de composition
chimique et de surface des pâtes CTMP. Celles-ci sont plus riches en lignines, qui
n’ont pas été extraites lors du processus de mise en pâte (voir chapitres 2 et 4). Ces
lignines sont également encore présentes à la surface des fibres, jouant alors un rôle
de barrière physique bloquant l’accès aux enzymes. De plus, en limitant l’accès des
enzymes au substrat cellulosique ou hémicellulosique, la lignine empêche ces
93
Valorisation de la cellulose papetière
94
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
l’hydrolysat. Pour les trois pâtes, l’hydrolyse du xylane est celle qui obtient le
meilleur rendement. Ce polymère d’hémicellulose étant présent en surface des
fibres, il est naturellement plus accessible aux xylanases présentes dans le mélange
enzymatique. Pour la pâte kraft de feuillus, cela se traduit par la libération de près
d’un tiers du xylose disponible.
Il est intéressant de remarquer que Vanderghem et al. (2009) n’avaient pas mesuré
ni tenu compte de la libération du xylose, au départ de C-200, par le mélange
enzymatique CelluClast. Sa présence dans l’hydrolysat, mise en lumière ici (Figure
5-3, b), confirme la présence de xylane dans ce type de cellulose de haute pureté. Le
calcul de rendement massique appliqué par Vanderghem et al. (2009) était donc
légèrement faussé.
95
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 5-1. Concentration cumulée en glucose, xylose et cellobiose dans l’hydrolysat issu
l’hydrolyse multi-étapes des différentes pâtes testées.
96
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
Figure 5-2. Évolution des concentrations de glucose, xylose et cellobiose dans l’hydrolysat
de chacune des quatre étapes d’hydrolyse multi-étapes.
97
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 5-3. Concentrations cumulées en glucose (a), xylose (b) et cellobiose (c) dans
l’hydrolysat en fin d’hydrolyses mono- et multi-étapes.
98
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
Figure 5-4. Rendements d’hydrolyse, exprimé comme le rapport entre la quantité de sucre
libéré et la quantité de ce sucre présente dans la pâte (le glucose et le cellobiose libérés sont
associés au glucose de la cellulose dans la pâte).
99
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 5-5. Diffractogrammes de l’analyse par DRX des échantillons de pâtes à papier
(ech1 : CTMP Épicéa, ech2 : CTMP Peuplier, ech3 : Kraft Feuillus).
Les indices de cristallinité mesurés par la méthode de Segal (Segal et al., 1959) sur
les échantillons de pâtes sont comparés aux valeurs de la littérature obtenues selon la
même méthode (Agarwal, Reiner and Ralph, 2011; Jacquet et al., 2012) (Figure 5-
6). Il est important de signaler que le calcul d’un indice de cristallinité par la
méthode de Segal est une technique semi-quantitative, dont l’interprétation et la
comparaison des résultats entre différentes sources doit être faite en connaissance de
la formule de calcul utilisée et avec précaution. Dans le cas des trois pâtes étudiées,
la méthodologie est exactement identique et la pâte kraft feuillus présente alors le
plus haut indice de cristallinité. Cette hiérarchie est également observée sur les
diffractogrammes (Figure 5-5). Dans le cas de la comparaison avec les indices issus
d’autres études, l’indice de cristallinité de la cellulose témoin (C200) de haute pureté
est également obtenu via la même formule que les trois pâtes de cette étude. Tenant
compte de la subjectivité de la méthode Segal, il est néanmoins raisonnable
d’affirmer que la pâte kraft feuillus présente un indice de cristallinité plus élevé que
celui de la C200.
Selon les résultats de la littérature, la valeur de cet indice de cristallinité diminue
entre une pâte kraft non-blanchie et une pâte blanchie (Agarwal, Reiner and Ralph,
2011). Cette diminution s’observe également ici en comparant les résultats de la pâte
kraft non-blanchie utilisée dans notre étude avec la valeur obtenue par Agarwal et al.
(2011) pour une pâte kraft blanchie. Notons néanmoins qu’une partie de cette
100
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
76%
74%
72%
Indice de cristallinité
70%
68%
66%
64%
62%
60%
58%
56%
CTMP CTMP Kraft C200 Kraft TMP Épicéa
Épicéa Peuplier Feuillus (Jacquet et Feuillus (Agarwal et
al., 2012) Blanchie al., 2011)
(Agarwal et
al., 2011)
Figure 5-6. Indices de cristallinité (et écart-type) des pâtes testées (en vert) et indices issus
de la littérature (en bleu).
Néanmoins, les meilleurs résultats d’hydrolyse observés pour la pâte kraft en
comparaison à la C200 (Figure 5-3) ne peuvent donc pas être justifiés par une
proportion plus importante de cellulose amorphe dans la pâte kraft.
3.3. Production de cellulose nanofibrillée
Lors du traitement d’homogénéisation, la pâte kraft non-prétraitée
enzymatiquement a provoqué un colmatage de l’appareil lors de son 1er et 2ème
passage. La pâte qui avait subi le prétraitement enzymatique multi-étapes n’a pas
colmaté l’appareil, et ce même au 1er passage.
L’observation de la structure de la nanocellulose produite, via les images obtenues
par SEM (Figure 5-7), montre que l’échantillon non-prétraité conserve des éléments
fibrillaires visibles après homogénéisation. Comme ces éléments fibrillaires ne sont
pas détectables sur les images de l’échantillon prétraité, cela peut nous amener à
conclure que la dimension des fibrilles de l’échantillon prétraité est inférieure à
l’échelle microscopique employée. De plus, la structure de l’échantillon prétraité,
homogénéisé et lyophilisé est typique de celle observée lorsque de la nanocellulose
est soumise à un séchage par lyophilisation (comportement d’auto-assemblage de
nanofibres) (Trache et al., 2017). Néanmoins, les contraintes techniques de
l’imagerie SEM n’ayant pas permis d’observer une nanofibre isolées, il n’est pas
possible de confirmer totalement que, dans les conditions testées, le traitement par
microfluidisation a permis d’obtenir des nanofibres de cellulose.
101
Valorisation de la cellulose papetière
Figure 5-7. Images SEM des différences de structure des échantillons lyophilisés de
nanocellulose obtenue après 5 passages au microfluidiseur sans (a, b) et avec prétraitement
enzymatique multi-étapes (c, d).
102
Chapitre 5. Prod. enzymo-méca. de nanocellulose : optimisation de l’hydrolyse et de ses coproduits
Figure 5-8. Bilan de masse théorique d’une production de nanocellulose par prétraitement
enzymatique multi-étapes et homogénéisation mécanique à l’échelle pilote, au départ d’une
pâte kraft de feuillus.
En contrepartie des avantages développés précédemment, notons que la mise en
œuvre à plus grande échelle de ce procédé multi-étapes à l’identique de ce qui a été
testé ici génèrera une grande quantité d’hydrolysat à filtrer et d’effluents à traiter.
Pour traiter 1 kg de pâte dans les conditions d’expérience appliquées, chacune des 4
étapes nécessitera 25 l de milieu tampon, soit un total de 100 l de milieu tampon qui
nécessiteront d’être filtrés et desquels il faudra ensuite isoler les glucides qui y sont
solubilisés. La réduction de la quantité de milieu tampon nécessaire figurera parmi
les challenges d’une montée en échelle de ce procédé multi-étapes.
4. Conclusions
Dans ce chapitre, nous visions à déterminer la réaction de différentes pâtes de
cellulose non-blanchies à un prétraitement hydrolytique multi-étapes, et si celui-ci
permettait d’optimiser la production de certains sucres d’intérêt, par rapport à une
hydrolyse en une seule étape. Le prétraitement hydrolytique multi-étapes devait
également faciliter l’étape d’homogénéisation mécanique visant à produire de la
cellulose nanofibrillée.
Concernant la production de glucose, il n’y a pas de différence observable entre
les deux types d’hydrolyse permettant de justifier le choix préférentiel de la solution
multi-étapes. Par contre, les productions de xylose et de cellobiose sont supérieures
103
Valorisation de la cellulose papetière
dans le cas de l’hydrolyse multi-étapes, quelle que soit la pâte testée. Ces différences
peuvent aller jusqu’à une production multipliée par trois (cas du cellobiose avec la
pâte kraft de feuillus). Les rendements d’hydrolyse décroissent cependant
invariablement au cours des étapes successives de l’hydrolyse, quelle que soit la pâte
ou le sucre concerné.
Les pâtes CTMP ont obtenu des concentrations en sucres dans leurs hydrolysats
inférieures aux résultats de la cellulose témoin C200. Par contre, la pâte kraft de
feuillus a montré des résultats supérieurs pour les trois sucres par rapport à la
cellulose C200. L’hypothèse selon laquelle le taux de cristallinité inférieur de cette
pâte kraft par rapport à la C200 pouvait expliquer sa meilleure réactivité à
l’hydrolyse a été invalidée par les mesures d’indice de cristallinité.
Le prétraitement enzymatique s’est avéré efficace en facilitant l’étape
d’homogénéisation mécanique, supprimant les problèmes de colmatage et
améliorant visiblement l’efficacité du traitement mécanique sur le diamètre des
fibres.
Quand il s’agit d’y appliquer une hydrolyse enzymatique, le choix du type de pâte
à papier employée reste l’élément le plus déterminant du succès de cette hydrolyse.
Quand il s’agit d’optimiser la récupération de xylose et de cellobiose, la méthode
multi-étapes amène à de meilleurs résultats que la mono-étape, quelle que soit le
type de pâte employé.
5. Remerciements
Les mesures de diffraction aux rayons X ont été réalisées par Mr Sandrino Filocco,
sous la direction de Mme Sabine Danthine du Smart Technologies for Food and
Biobased Products (SMARTECH) (ULiège). Les images de microscopie
électronique SEM ont été réalisées par Mr Jean-Michel Thomassin (CERM /
ULiège).
104
6
Discussions générales, conclusions et
perspectives
105
106
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
107
Valorisation de la cellulose papetière
compartiments tels que les branches, longueur des fibres de résineux augmentant
avec la distance par rapport à la moelle, etc. Il est intéressant de remarquer que les
propriétés et la composition particulières de ces types de bois, pourtant principales
sources de bois d’industrie, sont bien connues du secteur et de la recherche
académique du domaine forestier mais rarement mises en évidence dans les études
provenant du domaine de la chimie. Cela démontre également que si certains
envisagent le bois comme une matière première homogène, la réalité est toute autre.
Pour valoriser au mieux cette ressource, la recherche devra prendre en compte ces
différences propres à l’hétérogénéité de la ressource bois.
Le chapitre 3 a apporté des éléments de réponse aux questions 1) et 2). La
demande pour de nouveaux produits biobasés, qui doivent s’inscrire dans la
substitution progressive au pétrosourcé, sera vraisemblablement axée vers les
produits qui présentent un procédé de production lui aussi respectueux de
l’environnement. La nanocellulose, dont la production s’intègre facilement dans une
logique d’IFBR et qui peut être produite par une combinaison enzymo-mécanique de
traitements, présente une série de propriétés qui en font vraisemblablement un
produit d’avenir au sein de la filière papetière. C’est ce potentiel d’intégration qui a
été démontré au chapitre 3. Cette nanocellulose devra trouver sa place dans les pistes
de diversifications qui apparaissent les plus pertinentes au secteur papetier : textiles,
biocarburants, molécules plateformes, plastiques et emballages (Hurmekoski et al.,
2018). De cette diversification, il en découle que la méthode de prétraitement
enzymo-mécanique est préférable car elle permet alors la valorisation des coproduits
d’hydrolyse au sein d’autres de ces marchés d’avenir.
Avant d’observer la conversion totale et à large échelle des usines de pâte à papier
en IFBR, il est nécessaire de démontrer la possibilité de développer de nouveaux
produits au départ des produits « classiques » de cette industrie. Le chapitre 4 s’est
attaché à répondre aux questions 3) et 4) et a démontré l’impact de la diversité des
pâtes et des mélanges enzymatiques employés sur les modifications et coproduits
générés, qui préfigurent des voies de diversification différentes selon le procédé de
mise en pâte initialement employé. Ce chapitre a également démontré avec succès
l’applicabilité d’une méthode simple et rapide d’analyse des modifications de
surface subies par les fibres suite à une hydrolyse enzymatique. Cette méthode
d’analyse devrait faciliter les projets de R&D au sein de l’industrie papetière.
L’hydrolyse enzymatique de pâte cellulosique est un terme simple qui cache en
réalité une complexité de procédés, de molécules et de produits aux interactions
complémentaires mais également antagonistes. Le chapitre 5 a été l’occasion de
démontrer qu’il était possible d’optimiser volontairement la production de certains
coproduits lors du prétraitement enzymatique, apportant des éléments de réponse
complémentaires aux questions 1) et 2). La récupération de ces coproduits
valorisables contribue à la diversification de la production de l’industrie papetière.
108
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
2. Le prétraitement enzymatique
L’intérêt de l’hydrolyse enzymatique, déjà appliquée avec succès dans d’autres
conditions par d’autres études, a également été démontré dans les cas abordés par la
présente recherche. Ce type de prétraitement, plus environnementalement bénéfique
à l’inverse de certains prétraitements chimiques, a confirmé ici aussi sa capacité à
générer des coproduits valorisables (cellobiose, xylose et glucose). Quand elle a été
menée à faible charge enzymatique, comme c’est le cas ici, l’hydrolyse enzymatique
a affecté principalement les composants en surface de la fibre papetière. Ces fibres
modifiées peuvent alors également trouver d’autres formes de valorisations, pas
nécessairement sous forme de nanocellulose. L’utilisation d’enzymes à ces fins est
d’ailleurs déjà connue et employée dans l’industrie papetière (Bajpai, 1999).
L’hydrolyse enzymatique présente aussi l’avantage de pouvoir contrôler, via la
composition en enzymes du cocktail employé et les conditions d’hydrolyse, les
modifications qui sont apportées aux fibres traitées ou le type de coproduit que l’on
souhaite favoriser. Les différences observées entre les cocktails enzymatiques, les
pâtes (Chapitre 4) et les prétraitements enzymatiques mono- et multi-étapes
(Chapitre 5), en particulier sur les productions de cellobiose et xylose, en sont un
exemple probant.
En ce qui concerne la production de nanocellulose, le prétraitement enzymatique
s’est avéré ici également efficace, comme les autres prétraitements qui visent à
affaiblir la structure des fibres avant leur fractionnement par voie mécanique. Une
étude précédente avait également démontré le succès de cette combinaison, mais ne
se focalisait que sur un type de pâte (kraft blanchie d’eucalyptus) et un seul
coproduit (le glucose) (Zhu, Sabo and Luo, 2011). Nous avons démontré ici que
cette combinaison peut s’appliquer non seulement à des pâtes non-blanchies mais
également à des pâtes mécaniques. Ces dernières sont évidemment moins impactées
par l’hydrolyse, leurs fibres étant protégées par la lignine résiduelle (Mansfield,
Mooney and Saddler, 1999; Chandra et al., 2007; Zhu et al., 2008). Dans le cas
d’une hydrolyse appliquée seulement afin de récupérer des sucres simples
valorisables, la présence de cette lignine résiduelle constitue un frein et est donc
généralement évitée. Mais, dans le cas d’une production de nanocellulose, cette
lignine résiduelle peut s’avérer être un avantage. En effet, la nanocellulose présente
un caractère hydrophile. Cette caractéristique pose problème dans le cas d’une
valorisation de la nanofibre comme renfort d’un bio-composite. Les caractéristiques
de la matrice de ce dernier, généralement hydrophobe, entrainent alors des
problèmes de dispersion des fibres au sein de la matrice. Bien que la lignine
constitue un obstacle à l’efficacité du prétraitement, une nanofibre qui conserve un
coating de lignine possède un caractère hydrophobe qui permet de faciliter son
intégration et sa dispersion au sein de matrice hydrophobe d’un bio-composites. Ces
nanofibres enrobées de lignine ont d’ailleurs déjà attiré l’intérêt d’une firme,
American Process Inc., qui en a fait la force de son produit (Nelson et al., 2016).
Si elles sont souvent ignorées des études de production de nanocellulose au profit
d’une source de cellulose d’une plus grande pureté (grade de qualité « dissolving
109
Valorisation de la cellulose papetière
pulp »), les pâtes mécaniques non-blanchies méritent néanmoins d’être, elles-aussi,
investiguées lors du développement de ces voies de valorisation.
3. L’utilisation d’enzymes
Les différentes expérimentations d’hydrolyse enzymatique menées lors de cette
recherche ont employé des mélanges enzymatiques produits par des fabricants bien
connus du secteur papetier. Ce secteur utilise déjà depuis des années diverses
enzymes comme réactifs verts dans ses procédés de production. Les enzymes
peuvent y intervenir dans les étapes de désencrage des papiers recyclés, de
blanchiment des pâtes, de mise en pâtes, etc. Leur utilisation et les avantages
qu’elles entrainent sont bien connus des papetiers (Tableau 6-1). Ces avantages
concernent principalement un gain de productivité, une diminution de l’impact
environnemental et une diminution de la consommation énergétique (Bajpai, 1999,
2015a). Ceux-ci peuvent également compter sur l’existence de divers producteurs
(au moins huit clairement identifiés) de stature internationale pour garantir
l’approvisionnement actuel et futur en enzymes (Bajpai, 2015b).
Tableau 6-1. Domaines d’utilisation des enzymes cellulase et xylanase dans l’industrie
papetière (Bajpai, 2015a).
Cellulase Xylanase
Drainage Blanchiment
Raffinage Raffinage
Imprimabilité Drainage
Désencrage Pâte de haute
pureté
Elimination des
impuretés
110
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
111
Valorisation de la cellulose papetière
112
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
113
Valorisation de la cellulose papetière
114
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
115
Valorisation de la cellulose papetière
volumes mérite d’être testée. De plus, étant donné la concentration très faible de la
solution de pâtes prétraitées injectée dans le microfluidiseur (0,5 % massique), cette
étape risque de constituer le goulot d’étranglement du procédé. Certains industriels
produisant déjà des microfibrilles de cellulose au moyen d’un défibreur adapté, il
serait pertinent de tester ce procédé mécanique sur les pâtes prétraitées
enzymatiquement. Les propriétés des micro- ou nanocelluloses obtenues par cette
méthode devrait également être mesurées.
Lors de nos essais, les conditions d’hydrolyse ont été relativement légères en
termes de charge enzymatique. Pour optimiser cette hydrolyse, le procédé multi-
étapes a été testé avec succès. Cependant, ce procédé entraine de nombreuses
manipulations et de longues filtrations. Il conviendrait d’évaluer dans quelle mesure
une augmentation de la charge enzymatique dans un procédé mono-étape permettrait
d’obtenir des rendements d’hydrolyse approchant ceux du procédé multi-étapes.
L’optimum devrait également être établi entre augmentation de la charge
enzymatique, coûts engendrés en enzymes et rendement d’hydrolyse.
L’application d’un traitement enzymatique plus sévère devrait se ressentir sur la
surface des fibres. La méthode d’analyse par FTCM permettrait d’obtenir de
manière simple et rapide de précieuses informations sur les changements de surfaces
subies par les fibres par comparaison avec une hydrolyse enzymatique légère. De
même, la méthode FTCM devrait être testée sur la nanocellulose produite, afin de
vérifier dans quelle mesure les composants présents en surface des fibres après
hydrolyse se retrouvent également sur les fibres de nanocellulose produites.
Pour démontrer l’intérêt d’intégrer une production et une utilisation de
nanocellulose dans une unité papetière, il conviendrait d’évaluer l’amélioration des
propriétés d’un produit papetier dans lequel serait intégré un pourcentage de
nanofibres produites au départ de pâte à papier non-blanchie.
Enfin, si un marché de la nanocellulose existe et que le potentiel de croissance est
encourageant, la diversification reste le maître-mot. Il conviendrait alors de se
pencher également sur la valorisation des autres composants principaux du bois que
sont les lignines et les hémicelluloses. Et, dans le même objectif de diversification,
une plus grande attention devrait être apportée aux autres de l’industrie papetière,
comme les tail oil, mais également aux coproduits actuellement les moins bien
valorisés de l’industrie papetière, comme les écorces ou les nœuds. Ces coproduits
ont déjà démontré via certaines études leur potentiel en tant que source
d’extractibles d’intérêts. Une recherche qui porterait sur la faisabilité et
l’optimisation d’une valorisation chimique de ce type de coproduits, comme par
exemple les écorces obtenues par l’écorçage industriel des rondins en début de
procédé papetier, trouverait tout son sens dans le contexte actuel.
116
Chapitre 6. Discussions générales, conclusions et perspectives
117
Valorisation de la cellulose papetière
118
Références
Références
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