Tableau périodique des éléments chimiques
Tableau périodique des éléments chimiques
éléments
représentation des éléments chimiques ordonnés par
numéro atomique croissant
Le tableau périodique a connu de nombreux réajustements depuis lors jusqu'à prendre la forme que
nous lui connaissons aujourd'hui. Il est devenu un référentiel universel auquel peuvent être rapportés
tous les types de comportements physiques et chimiques des éléments. Depuis la mise à jour de
l'UICPA du 28 novembre 2016, sa forme standard comporte 118 éléments1, allant de l'hydrogène 1H à
l'oganesson 118Og.
Bloc s f Bloc d
↓→ 1 2 3b 4 5 6 7 8 9 10 11 12
1
1
H
3 4
2
Li Be
11 12
3
Na Mg
4 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn
37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48
5
Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd
55 56 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80
6
Cs Ba * Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg
87 88 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112
7 *
Fr Ra * Lr Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn
↓
57 58 59 60 61 62 63 64 65 66
Lanthanides *
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy
89 90 91 92 93 94 95 96 97 98
Actinides *
* Ac Th Pa U Np Pu Am Cm Bk Cf
Parmi les 118 éléments chimiques connus, 83 sont dits primordiaux parce qu'ils possèdent au moins un
isotope stable ou suffisamment stable pour être plus ancien que la Terre. Parmi eux, trois sont
radioactifs : l'uranium 92U, le thorium 90Th et le bismuth 83Bi ; la radioactivité de ce dernier est
cependant si faible qu'elle n'a été mise en évidence qu'en 20035.
Chaîne de désintégration de
l'uranium 238.
11 éléments existent naturellement dans l'environnement terrestre, mais sont trop radioactifs pour que
leurs isotopes présents lors de la formation du Système solaire aient pu subsister jusqu'à nos jours : ils
sont formés continuellement par désintégration radioactive d'autres éléments chimiques,
principalement de l'uranium et du thorium. C'est par exemple le cas du technétium 43Tc, le plus léger
d'entre eux, qui est un produit de fission de l'uranium, ou encore du plutonium 94Pu, le plus lourd
d'entre eux, qui est considéré comme un radioisotope naturel présent à l'état de traces dans la
pechblende, principal minerai d'uranium. La chaîne de désintégration de l'uranium 238, principal
isotope naturel de l'uranium, produit ainsi continuellement du protactinium 234Pa, du thorium 234Th et
230
Th, du radium 226Ra, du radon 222Rn, du polonium 218Po, 214Po et 210Po, du bismuth 214Bi et 210Bi, et
du plomb 214Pb, 210Pb et 206Pb ; ce dernier est stable.
Les 24 derniers éléments sont dits synthétiques, car ils n'existent pas naturellement dans
l'environnement terrestre et sont produits artificiellement dans les réacteurs nucléaires ou
expérimentalement en laboratoire. On peut cependant trouver certains d'entre eux dans la nature à la
suite d'essais nucléaires atmosphériques ou d'accidents nucléaires, comme c'est le cas, dans
certaines zones contaminées, pour l'américium 95Am, le curium 96Cm, le berkélium 97Bk et le
californium 98Cf. Hors de notre planète, ces éléments, ainsi que l'einsteinium 99Es, sont peut-être
produits naturellement par processus r6 lors d'explosions de supernovae, comme on l'a longtemps
pensé de l'isotope 254Cf7,8,9, hypothèse cependant réfutée depuis lors10 ; ils auraient également été
détectés dans le spectre de l'étoile de Przybylski11.
Parmi les 103 éléments dont l'état standard est connu aux conditions normales de température et de
pression (0 °C et 1 atm), 90 sont solides, 11 sont gazeux, et seulement deux sont liquides : le brome
35Br, fondant à −7,2 °C, et le mercure 80Hg, fondant à −38,8 °C ; plusieurs éléments solides ont
cependant un point de fusion voisin de la température ambiante, par exemple le francium 87Fr, à 27 °C,
le césium 55Cs, à 28,5 °C, le gallium 31Ga, à 29,8 °C, le rubidium 37Rb, à 39,3 °C, ou encore le
phosphore blanc 15P, à 44,2 °C.
Construction du tableau
Dans la mesure où les propriétés physico-chimiques des éléments reposent sur leur configuration
électronique, cette dernière est sous-jacente à l'agencement du tableau périodique. Ainsi, chaque ligne
du tableau, appelée période, correspond à une couche électronique, identifiée par son nombre
quantique principal, noté n : il existe sept couches électroniques connues à l'état fondamental, donc
sept périodes dans le tableau périodique standard, numérotées de 1 à 7. Chaque période est elle-même
scindée en un à quatre blocs, qui correspondent aux sous-couches électroniques, identifiées par leur
nombre quantique secondaire, noté ℓ : il existe quatre types de sous-couches électroniques connues à
l'état fondamental, notées s, p, d et f (ces lettres viennent d'abréviations utilisées initialement en
spectroscopie). Chacune de ces sous-couches contient respectivement 1, 3, 5 et 7 orbitales atomiques,
identifiées par leur nombre quantique magnétique, noté mℓ. Enfin, chaque orbitale est occupée par au
plus deux électrons, identifiés chacun par leur nombre quantique magnétique de spin, noté ms.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
1 H He
2 Li Be B C N O F Ne
3 Na Mg Al Si P S Cl Ar
4 K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se Br Kr
5 Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te I Xe
6 Cs Ba * Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po At Rn
7 Fr Ra ** Lr Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn Nh Fl Mc Lv Ts Og
↓
* La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb
** Ac Th Pa U Np Pu Am Cm Bk Cf Es Fm Md No
Chaque électron d'un atome est donc décrit par quatre nombres quantiques, qui vérifient les propriétés
suivantes :
Si l'on respecte la construction du tableau par blocs en fonction des configurations électroniques,
l'hélium devrait se trouver au-dessus du béryllium dans la 2e colonne, celle dont les atomes ont une
sous-couche externe ns2, et non au-dessus du néon dans la 18e colonne, dont les atomes ont une
sous-couche externe np6 ; l'hélium est cependant positionné usuellement dans la 18e colonne, car c'est
celle des gaz nobles, dont il fait chimiquement partie.
Règle de Klechkowski
1:04
Toutes les sous-couches d'une période n'appartiennent pas nécessairement à la même couche
électronique : à partir de la 3e période, des sous-couches appartenant à des couches différentes se
remplissent sur une même période. En effet, la distribution des électrons sur les différents niveaux
d'énergie quantiques autour de l'atome obéit au principe d,Aufbau (« édification » en allemand), selon
lequel l'ordre précis des sous-couches électroniques est donné par la règle de Klechkowski : les sous-
couches sont remplies afin que les valeurs n + ℓ puis n soient croissantes, avec n le nombre quantique
principal et ℓ le nombre quantique azimutal.
Distribution des électrons dans les orbitales atomiques par sous-couche électronique
Distribution des électrons dans les orbitales atomiques par sous-couche électronique
2s n=2 ℓ=0 ↑↓ 2
no 2 8
2p n=2 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
3s n=3 ℓ=0 ↑↓ 2
no 3 8
3p n=3 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
4s n=4 ℓ=0 ↑↓ 2
o
n 4 3d n=3 ℓ=2 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 10 18
4p n=4 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
5s n=5 ℓ=0 ↑↓ 2
o
n 5 4d n=4 ℓ=2 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 10 18
5p n=5 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
6s n=6 ℓ=0 ↑↓ 2
4f n=4 ℓ=3 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 14
no 6 32
5d n=5 ℓ=2 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 10
6p n=6 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
7s n=7 ℓ=0 ↑↓ 2
5f n=5 ℓ=3 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 14
no 7 32
6d n=6 ℓ=2 ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ ↑↓ 10
7p n=7 ℓ=1 ↑↓ ↑↓ ↑↓ 6
C'est la succession des sous-couches électroniques de chaque période qui détermine la structure du
tableau périodique en blocs, chaque période étant définie par le retour d'une sous-couche s suivant
une sous-couche p de la période précédente, avec un nombre quantique principal incrémenté d'une
unité.
Un groupe désigne une colonne du tableau périodique. Chacun des 18 groupes du tableau périodique
standard constitue souvent un ensemble d'éléments aux propriétés distinctes des groupes voisins,
notamment aux extrémités gauche et droite du tableau périodique (c'est-à-dire dans les blocs s et p),
où ils se sont vu attribuer des noms d'usage au fil du temps :
Si les termes pnictogène et chalcogène sont aujourd'hui assez désuets, les quatre autres en revanche
sont encore très employés car ils se confondent usuellement avec des familles de même nom :
Groupe 17 : halogènes
Hormis l'astate et le tennesse en bas de la colonne, les
éléments du 17e groupe forment la famille des halogènes.
Ils existent sous forme élémentaire diatomique et donnent
des acides forts avec l'hydrogène. Ils forment des
composés ioniques avec les métaux alcalins et les métaux
alcalino-terreux. C'est le seul groupe du tableau dont l'état
standard des éléments peut être gazeux (fluor, chlore),
liquide (brome) ou solide (iode) aux conditions normales
de température et de pression (on ignore si le copernicium
est gazeux, auquel cas ce serait également vrai pour le
12e groupe).
Groupe 18 : gaz nobles
Hormis l'oganesson en bas de la colonne, les éléments du
18e groupe forment la famille des gaz nobles. Aux
conditions normales de température et de pression, ce
sont des gaz monoatomiques incolores et inodores
quasiment dépourvus de réactivité chimique, dont les
points de fusion et d'ébullition sont séparés de moins de
10 °C à pression atmosphérique.
Le groupe 3 est un cas particulier dans la mesure où sa composition ne fait pas l'objet d'un consensus
parmi les chimistes : si les éléments des périodes 4 et 5 qui le constituent sont toujours le scandium et
l'yttrium, ceux des périodes 6 et 7 sont en revanche ou bien le lanthane et l'actinium, ou bien le
lutécium et le lawrencium. Cela signifie que la composition des blocs d et f est également variable selon
les auteurs, car le groupe 3 fait partie du bloc d. La première option, plaçant le lanthane et l'actinium
dans le groupe 3, et donc dans le bloc d, était prépondérante jusqu'au début du siècle, avec, semble-t-
il, un renversement de tendance depuis lors ; ce choix relève essentiellement d'une convention : les
propriétés chimiques du scandium, de l'yttrium et des 15 lanthanides (lanthane et lutécium compris)
sont ainsi suffisamment semblables pour que ces éléments soient collectivement appelés terres rares.
De son côté, l'Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC) a émis en janvier 2021 une
proposition plaçant le lutécium et le lawrencium dans le groupe 3 comme compromis satisfaisant les
principes généraux qui, selon elle, doivent guider la mise en forme du tableau périodique4.
Outre les analyses par lignes et par colonnes, le tableau périodique permet également d'établir des
relations diagonales entre certains éléments chimiques des deuxième et troisième périodes qui se
trouvent en diagonale les uns par rapport aux autres dans le tableau. Il s'agit toujours de la direction
diagonale allant du haut à gauche vers le bas à droite, car parcourir une période vers la droite et
descendre le long d'une colonne se traduisent de façon opposée sur la couche de valence des atomes
(respectivement, diminution et augmentation du rayon atomique, d'où augmentation et diminution de
l'électronégativité). Il s'ensuit certaines similitudes entre éléments diagonaux, qui pourtant ne
partagent ni la même période ni le même groupe : la distribution des métalloïdes dans le tableau
périodique illustre cet effet.
Rayon atomique
(en)Variation du rayon
atomique expérimental en
fonction du numéro atomique.
D'une manière générale, le rayon atomique tend à décroître lorsqu'on parcourt une période de gauche à
droite, depuis les métaux alcalins jusqu'aux gaz nobles, et à croître lorsqu'on parcourt un groupe de
haut en bas. Il croît brutalement lorsqu'on passe d'une période à la suivante, entre le gaz noble d'une
période P et le métal alcalin de la période P + 1. Ceci s'explique très bien par les couches électroniques
constituant les atomes, et ces observations fournissent des preuves importantes pour l'élaboration et
la confirmation des théories de la mécanique quantique.
La décroissance du rayon atomique le long des périodes résulte notamment du fait que la charge
électrique du noyau atomique augmente tout au long de chaque période, ce qui accroît l'attraction du
noyau sur les électrons et réduit par conséquent le volume des orbitales atomiques. La contraction des
lanthanides, observée au cours du remplissage de la sous-couche 4f, illustre très bien ce phénomène :
le rayon atomique de l'osmium (élément 76) est quasiment identique à celui du ruthénium (élément 44),
qui lui est juste au-dessus dans le tableau. Cette particularité s'observe le long de la 6e période à partir
du hafnium (élément 72) jusqu'au platine (élément 78), après lequel elle est masquée par un effet
relativiste appelé effet de paire inerte. Un phénomène semblable s'observe également avec le
remplissage des sous-couches nd du bloc d, mais est moins marqué que celui observé avec les
lanthanides, bien qu'il ait la même origine.
Le tableau ci-dessous présente les rayons de covalence moyens mesurés pour la plupart des atomes,
qui illustrent les tendances observées pour les rayons atomiques à travers le tableau périodique :
H
31
Li Be B C N O
128 96 84 76 71 66
Na Mg Al Si P S
166 141 121 111 107 105
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se
203 176 170 160 153 139 139 132 126 124 132 122 122 120 119 120
Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te
220 195 190 175 164 154 147 146 142 139 145 144 142 139 139 138
Cs Ba Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po
*
244 215 187 175 170 162 151 144 141 136 136 132 145 146 148 140
Fr Ra
** Lr Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn Nh Fl Mc Lv
260 221
↓
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb
*
207 204 203 201 199 198 198 196 194 192 192 189 190 187
Ac Th Pa U Np Pu Am Cm
** Bk Cf Es Fm Md No
215 206 200 196 190 187 180 169
Énergie d'ionisation
Périodicité de la 1re énergie d'ionisation13 : chaque période
commence par un minimum dans la colonne des métaux
alcalins et s'achève par un maximum dans la colonne des gaz
nobles.
L'énergie d'ionisation, qui correspond implicitement à l'énergie de première ionisation, est l'énergie
minimum nécessaire pour retirer un électron à un atome et former un cation. L'électron retiré est le
moins lié au noyau atomique et se trouve dans la couche de valence. L'énergie de deuxième ionisation
est par conséquent l'énergie nécessaire pour retirer un deuxième électron à l'ion précédemment formé,
etc. Pour un atome donné, les énergies d'ionisation successives augmentent avec le degré d'ionisation.
Pour le magnésium, par exemple, l'énergie de première ionisation est de 738 kJ·mol-1 pour former le
cation Mg+, tandis que l'énergie de deuxième ionisation est de 1 450 kJ·mol-1 pour former le cation
Mg2+. Cela s'explique par le fait que les électrons sont d'autant plus liés au noyau qu'ils sont dans des
sous-couches intérieures, ce qui explique également que l'énergie de première ionisation croisse
quand on se rapproche du haut et de la droite du tableau.
L'énergie d'ionisation fait un bond lorsqu'on tente d'arracher un électron à une configuration
électronique de gaz noble, ce qui est par exemple le cas du magnésium ionisé deux fois Mg2+, dont la
configuration électronique est très semblable à celle du néon : l'énergie de troisième ionisation passe à
7 730 kJ·mol-1 pour former le cation Mg3+ et correspond à l'arrachement d'un électron de la sous-
couche 2p après que les deux électrons de la sous-couche 3s ont été retirés lors des première et
deuxième ionisations.
Le tableau ci-dessous représente la première énergie d'ionisation mesurée pour la plupart des
éléments, ce qui permet de visualiser les variations de cette grandeur à travers le tableau périodique.
On observe en particulier plusieurs minima locaux autour de l'angle inférieur gauche des différents
blocs, césium et francium pour le bloc s, actinium pour le bloc f, lawrencium pour le bloc d et thallium
pour le bloc p :
H
13,598
Li Be
5,3917 9,3227
Na Mg
5,1391 7,6462
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co
4,3407 6,1132 6,5615 6,8281 6,7462 6,7665 7,434 7,9024 7,881
Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh
4,1771 5,6949 6,2171 6,6339 6,7588 7,0924 7,28 7,3605 7,4589
Cs Ba Lu Hf Ta W Re Os Ir
*
3,8939 5,2117 5,4259 6,825 7,5496 7,864 7,8335 8,4382 8,967
Fr Ra Lr Rf
** Db Sg Bh Hs Mt
4,0727 5,2784 4,9 6
↓
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu
*
5,5769 5,5387 5,473 5,525 5,582 5,6436 5,6704
Ac Th Pa U Np Pu Am
**
5,17 6,3067 5,89 6,1941 6,2657 6,0262 5,9738
Électronégativité
(en) Variation de
l'électronégativité (échelle
de Pauling).
L'électronégativité est une indication de la tendance d'un atome à attirer les électrons. Elle dépend à la
fois du numéro atomique et de l'éloignement des électrons de valence par rapport au noyau atomique.
Plus l'électronégativité est élevée, plus l'élément attire les électrons. Cette grandeur, déterminée par
exemple par l'échelle de Pauling, suit globalement la même tendance que l'énergie d'ionisation : elle
croît quand on va vers le haut et vers la droite du tableau, avec un maximum pour le fluor et un minimum
pour le francium. Il existe cependant des exceptions à cette règle générale, qui suivent les exceptions à
l'évolution du rayon atomique : le gallium et le germanium ont une électronégativité supérieure à celle
de l'aluminium et du silicium respectivement en raison de la contraction du bloc d. Les éléments de la
4e période qui viennent immédiatement après les métaux de transition ont des rayons atomiques
particulièrement petits, d'où une électronégativité plus élevée. On observe également que les métaux
du groupe du platine et les métaux nobles ont une électronégativité particulièrement élevée et
croissante vers le bas du tableau, phénomène qu'on observe également le long du groupe no 6.
H
2,2
Li Be B C N
0,98 1,57 2,04 2,55 3,04
Na Mg Al Si P
0,93 1,31 1,61 1,9 2,19
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As
0,82 1 1,36 1,54 1,63 1,66 1,55 1,83 1,88 1,91 1,9 1,65 1,81 2,01 2,18
Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb
0,82 0,95 1,22 1,33 1,6 2,16 1,9 2,2 2,28 2,2 1,93 1,69 1,78 1,96 2,05
Cs Ba Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi
*
0,79 0,89 1,27 1,3 1,5 2,36 1,9 2,2 2,2 2,28 2,54 2 1,62 2,33 2,02
Fr Ra Lr
** Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn Nh Fl Mc
0,7 0,9 1,3
↓
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm
*
1,1 1,12 1,13 1,14 1,13 1,17 1,2 1,2 1,1 1,22 1,23 1,24 1,25
Ac Th Pa U Np Pu Am Cm Bk Cf Es Fm Md
**
1,1 1,3 1,5 1,38 1,26 1,28 1,13 1,28 1,3 1,3 1,3 1,3 1,3
Affinité électronique
(en)Variation de l'affinité
électronique.
L'affinité électronique d'un atome est la quantité d'énergie libérée lorsqu'un électron est ajouté à un
atome neutre pour former un anion. Cette grandeur varie beaucoup d'un élément à un autre, mais des
tendances sont perceptibles à travers le tableau périodique, présentant certaines similitudes avec
l'électronégativité. Les halogènes présentent la plus forte affinité électronique, très supérieure à celle
de tous les autres éléments ; elle est maximum pour le chlore, et non le fluor, à la différence de
l'électronégativité.
D'une manière générale, les non-métaux ont une affinité électronique plus positive que celle des
métaux, tandis que celle des gaz nobles, réagissant trop peu, n'a pas été mesurée. L'affinité
électronique croît généralement le long d'une période, mais il est plus difficile de dégager une tendance
le long des groupes : elle devrait décroître en descendant le long d'un groupe puisque les couches de
valence sont de moins en moins liées au noyau, mais on observe expérimentalement qu'environ un tiers
des éléments échappent à cette tendance, et présentent une affinité électronique supérieure à celle de
l'élément situé au-dessus d'eux dans le tableau périodique ; seul le 1er groupe, celui des métaux
alcalins, est caractérisé par une décroissance régulière de l'affinité électronique.
Caractère métallique
En fonction de leurs propriétés physiques et chimiques générales, les éléments peuvent être classés en
métaux, métalloïdes et non-métaux :
Si les propriétés physiques et chimiques de tous les éléments jusqu'au hassium 108Hs sont bien
connues, seuls deux éléments de numéro atomique supérieur à 108 ont fait l'objet d'études
expérimentales : le copernicium 112Cn et le flérovium 114Fl ; on n'a par conséquent que très peu
d'informations sur les propriétés physiques et chimiques des autres éléments de numéro atomique
supérieur à 108.
Le copernicium 112Cn, dont les propriétés chimiques ont été particulièrement étudiées, s'est révélé être
un homologue plus volatil du mercure et prolonge donc bien le groupe 1216. Il peut ainsi être rangé
parmi les métaux pauvres comme le mercure, mais il semble également répondre à la définition de
l'IUPAC pour les éléments de transition, c'est-à-dire « un élément chimique dont les atomes ont une
sous-couche électronique d incomplète, ou qui peuvent former des cations dont la sous-couche
électronique d est incomplète17 » en raison d'effets relativistes stabilisant la sous-couche électronique
s au détriment de la sous-couche d : le cation Cn2+ aurait ainsi la configuration électronique
[Rn]5f14 6d8 7s2. Le copernicium présente par ailleurs certaines propriétés le rapprochant des gaz
nobles18 et pourrait d'ailleurs être gazeux19.
Le flérovium, quant à lui, présente des propriétés ambiguës : davantage métal que gaz noble,
contrairement à ce que laissaient penser les premiers résultats obtenus en 200820, il serait lui aussi
volatil, mais plus réactif que le copernicium, et pourrait appartenir, tout comme lui, à une nouvelle
famille correspondant à des « métaux volatils », intermédiaires entre métaux et gaz nobles du point de
vue de leurs propriétés d'adsorption sur l'or21 ; dans la mesure où il s'avère chimiquement semblable au
plomb, il peut être vu comme un métal pauvre, mais ne peut en toute rigueur être rangé dans une famille
d'éléments en l'état actuel de nos connaissances.
Les propriétés de l'oganesson 118Og, qui devrait être un gaz noble en vertu de sa position en bas de la
18e colonne du tableau, n'ont pas été étudiées expérimentalement ; des modélisations suggèrent qu'il
pourrait peut-être s'agir d'un solide semiconducteur ayant des propriétés évoquant les métalloïdes16.
Isotopes et radioactivité
Isotopes
Les isotopes d'un élément ont généralement exactement les mêmes propriétés chimiques, car leur
configuration électronique est identique. Mais la masse du noyau étant différente, on observe un effet
isotopique d'autant plus prononcé que l'atome est léger. C'est notamment le cas pour le lithium 3Li,
l'hélium 2He (du point de vue de ses propriétés physiques) et surtout l'hydrogène 1H.
L'isotope 2H (deutérium) de l'hydrogène est suffisamment différent de l'isotope 1H (protium) pour que
l'UICPA admette — mais sans le recommander — l'usage d'un symbole chimique spécifique au
deutérium (D) distinct de celui de l'hydrogène (H).
Radioactivité
80 des 118 éléments du tableau périodique standard possèdent au moins un isotope stable : ce sont
tous les éléments de numéro atomique compris entre 1 (hydrogène) et 82 (plomb) hormis le technétium
43Tc et le prométhium 61Pm, qui sont radioactifs.
Dès le bismuth 83Bi, tous les isotopes des éléments connus sont radioactifs. L'isotope 209Bi a ainsi une
période radioactive valant un milliard de fois l'âge de l'univers. Lorsque la période dépasse quatre
millions d'années, la radioactivité produite par ces isotopes devient négligeable et présente à court
terme un risque sanitaire très faible : c'est par exemple le cas de l'uranium 238, dont la période est de
près de 4,5 milliards d'années et dont la toxicité est avant tout chimique22,23,24, à travers notamment
des composés solubles tels que UF6, UO2F2, UO2Cl2, UO2(NO3)2, UF4, UCl4, UO3, certains composés
peu solubles tels que UO2 et U3O8 étant quant à eux radiotoxiques25.
Au-delà de Z = 110 (darmstadtium 281Ds), tous les isotopes des éléments ont une période radioactive
de moins de 30 secondes, et de moins d'un dixième de seconde à partir de l'élément 115 (moscovium
288
Mc).
Le modèle en couches de la structure nucléaire permet de rendre compte de la plus ou moins grande
stabilité des noyaux atomiques en fonction de leur composition en nucléons (protons et neutrons). En
particulier, des « nombres magiques » de nucléons, conférant une stabilité particulière aux atomes qui
en sont composés, ont été observés expérimentalement, et expliqués par ce modèle26,27. Le plomb
208, qui est le plus lourd des noyaux stables existants, est ainsi composé du nombre magique de
82 protons et du nombre magique de 126 neutrons.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
1 H He
2 Li Be B C N O F Ne
3 Na Mg Al Si P S Cl Ar
4 K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se Br Kr
5 Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te I Xe
6 Cs Ba * Lu Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po At Rn
7 Fr Ra ** Lr Rf Db Sg Bh Hs Mt Ds Rg Cn Nh Fl Mc Lv Ts Og
↓
* La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb
** Ac Th Pa U Np Pu Am Cm Bk Cf Es Fm Md No
Certaines théoriesd extrapolent ces résultats en prédisant l'existence d'un îlot de stabilité parmi les
nucléides superlourds, pour un « nombre magique » de 184 neutrons et — selon les théories et les
modèles — 114, 120, 122 ou 126 protons ; une approche plus moderne montre toutefois, par des calculs
fondés sur l'effet tunnel, que, si de tels noyaux doublement magiques sont probablement stables du
point de vue de la fission spontanée, ils devraient cependant subir des désintégrations α avec une
période radioactive de quelques microsecondes28,29,30, tandis qu'un îlot de relative stabilité pourrait
exister autour du darmstadtium 293, correspondant aux nucléides définis par Z compris entre 104 et
116 et N compris entre 176 et 186 : ces éléments pourraient avoir des isotopes présentant des périodes
radioactives de l'ordre de la minute.
Richard Feynman releva en 1948 qu'une interprétation simple de l'équation de Dirac semi-relativiste
aboutit à une impossibilité pour représenter les orbitales atomiques lorsque le numéro atomique vaut
Z > 1⁄α ≈ 137, où α est la constante de structure fine : de tels atomes ne pourraient avoir d'orbitale
électronique stable pour plus de 137 électrons, ce qui rendrait impossible l'existence d'atomes
électriquement neutres au-delà de 137 protons ; l'élément 137 est depuis lors parfois surnommé
« feynmanium »33. Le modèle de Bohr donne par ailleurs une vitesse supérieure à celle de la lumière
pour les électrons de la sous-couche 1s dans le cas où Z > 137. Une étude plus poussée, prenant
notamment en compte la taille non nulle du noyau, montre cependant que le nombre critique de protons
pour lequel l'énergie de liaison électron-noyau devient supérieure à 2m0c2, où m0 représente la masse
au repos d'un électron ou d'un positron, vaut Zcrit ≈ 173 : dans ce cas, si la sous-couche 1s n'est pas
pleine, le champ électrostatique du noyau y crée une paire électron-positron34,35, d'où l'émission d'un
positron36 ; si ce résultat n'écarte pas complètement la possibilité d'observer un jour des atomes
comprenant plus de 173 protons, il met en lumière un facteur supplémentaire d'instabilité les
concernant.
Le tableau périodique étendu à la huitième période avec 22 éléments dans le bloc g pourrait ainsi
présenter l'aspect suivant :
1 H
2 Li Be
3 Na Mg
4 K Ca Sc
5 Rb Sr Y
6 Cs Ba La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb Lu
7 Fr Ra Ac Th Pa U Np Pu AmCm Bk Cf Es Fm Md No Lr
8 119 120 * 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157
↓
* 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135
Une neuvième période est parfois évoquée, mais, compte tenu de l'incertitude réelle quant à la
possibilité d'observer à terme plus d'une dizaine d'éléments nouveaux sur la huitième période, tous les
éléments de numéro atomique supérieur à 130 relèvent a priori de la pure extrapolation mathématique.
À noter qu'une variante de la table ci-dessus, proposée par Fricke et al. en 197137 et revue par Pekka
Pyykkö en 201138, répartit les 172 mêmes éléments sur 9 périodes, et non 8, en les distribuant de
manière non périodique : les éléments 139 et 140 sont ainsi placés entre les éléments 164 et 169, dans
le bloc p et non plus dans le bloc g, tandis que les éléments 165 à 168 sont placés sur une 9e période
dans les blocs s et p.
Historique
De la toute première tentative de classification des éléments chimiques par Antoine Lavoisier en 1789
au tableau périodique de Glenn Seaborg que nous utilisons aujourd'hui, de nombreux hommes de
sciences, issus d'horizons — et parfois de disciplines — différents, ont apporté chacun leur
contribution, sur une période de près de deux siècles.
Classification d'Antoine
Lavoisier, 1789.
C'est en 1789 que le chimiste français Antoine Lavoisier a publié à Paris son Traité élémentaire de
chimie, présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes. Cet ouvrage en deux
volumes a jeté les bases de la chimie moderne, en faisant le point sur les connaissances de la fin du
XVIIIe siècle dans cette discipline. Il y précise notamment le concept d'élément chimique comme une
substance simple qui ne peut être décomposée en d'autres substances, avec en corollaire la loi
fondamentale de conservation de la masse de chacune de ces substances simples au cours des
réactions chimiques. Il mentionna également le fait que de nombreuses substances considérées
comme simples par le passé, se sont révélées être en réalité des composés chimiques (par exemple,
l'huile et le sel marin), et il précisa s'attendre à ce qu'on considère sous peu les terres (c'est-à-dire
certains minerais) comme des substances composées de nouveaux éléments.
Il publia dans cet ouvrage un tableau récapitulatif des « substances » considérées à son époque
comme des éléments chimiques, en prenant soin d'établir une équivalence avec le vocabulaire hérité
des alchimistes afin d'éliminer toute ambiguïté. Ce tableau, qui se voulait exhaustif et outil de référence,
mentionnait ainsi, parmi les éléments chimiques, la lumière et le feu, encore considérés à cette époque
comme des principes « chimiques » bien que Lavoisier lui-même ait invalidé la théorie du phlogistique :
Soufre
Phosphore
Substances
Carbone Charbon pur
simples
Radical
non- Inconnu
muriatiquef
métalliques
oxydables et Radical
Inconnu
acidifiables fluoriqueg
Radical
Inconnu
boraciqueh
Antimoine
Argent
Arsenic
Bismuth
Cobalt
Cuivre
Substances Étain
simples Fer
métalliques Manganèse
oxydables et Mercure
acidifiables Molybdène
Nickel
Or
Platine
Plomb
Tungstène
Zinc
Terre calcaire
Chaux Chaux
Magnésie
Magnésie Base du sel d'Epsom
Substances
simples Barite
Barote
Terre pesante
salifiables
Argile
terreusesi Alumine Terre de l'alun
Base de l'alun
Terre siliceuse
Silice Terre vitrifiable
Cette classification a surtout le mérite de clarifier certaines notions fondamentales, mais ne révèle
encore aucune périodicité des propriétés des éléments classés : les métaux sont ainsi recensés tout
simplement par ordre alphabétique en français.
D'autres chimistes identifièrent d'autres séries d'éléments, et Leopold Gmelin publia en 1843 la
première édition de son Handbuch der Chemie, qui mentionnait des triades, ainsi que trois « tétrades »
et une « pentade » — azote, phosphore, arsenic, antimoine et bismuth, que nous connaissons
aujourd'hui comme les éléments du groupe 15 du tableau périodique.
Le premier à remarquer la périodicité des propriétés chimiques des éléments fut le géologue français
Alexandre-Émile Béguyer de Chancourtois lorsqu'il classa en 1862 les éléments chimiques alors
connus en fonction de leur masse atomique déterminée en 1858 par le chimiste italien Stanislao
Cannizzaro. Il normalisa la masse atomique de tous les éléments en prenant celle de l'oxygène égale à
16, et, considérant que « les propriétés des éléments sont les propriétés des nombres » organisa les
éléments chimiques en spirale sur un cylindre divisé en seize parties, de telle sorte que les éléments
aux propriétés similaires apparaissent l'un au-dessus de l'autre.
Chancourtois remarqua alors que certaines « triades » se retrouvaient précisément alignées dans cette
représentation, ainsi que la tétrade oxygène – soufre – sélénium – tellure, qui se trouvait également
avoir des masses atomiques à peu près multiples de seize (respectivement 16, 32, 79 et 128). C'est la
raison pour laquelle il appela cette représentation « vis tellurique » en référence au tellure. C'était la
première ébauche de classification périodique des éléments. Celle-ci ne retint cependant pas
l'attention de la communauté scientifique, car Chancourtois n'était pas chimiste et avait employé des
termes appartenant plutôt au domaine de la géochimie dans la publication qu'il avait adressée à
l'Académie des sciences, laquelle fut éditée de surcroît sans ses schémas explicatifs, ce qui rendit le
texte abscons.
D'un point de vue conceptuel, c'était une grande avancée, mais, d'un point de vue pratique,
Chancourtois n'avait pas identifié la période correcte pour les éléments les plus lourds, de sorte que,
dans sa représentation, une même colonne regroupait le bore, l'aluminium et le nickel, ce qui est correct
pour les deux premiers, mais totalement erroné d'un point de vue chimique pour le troisième.
Ce faisant, il avait identifié une nouvelle triade, dont les extrémités étaient le silicium et l'étain, et dont
l'élément médian restait à découvrir : il prédit ainsi l'existence du germanium, en lui assignant une
masse atomique d'environ 73. Mais la grande faiblesse de son travail était qu'il n'avait pas laissé de
case vide dans son tableau pour accueillir notamment le futur germanium : il avait en fait cherché avant
tout à classer les éléments connus dans un tableau complet sans chercher de classification plus large
tenant compte de possibles éléments à découvrir, qu'il avait pourtant pressentis. De plus, comme
Chancourtois, il avait un problème de périodicité, car si les éléments légers connus à l'époque avaient
bien une périodicité chimique tous les sept éléments, cela cessait d'être valable au-delà du calcium, et
le tableau de Newlands s'avère alors inopérant :
I. II. III. IV. V. VI. VII. VIII.
Co &
1 H F Cl Br Pd I Pt & Ir
Ni
2 Li Na K Cu Rb Ag Cs Tl
3 Be Mg Ca Zn Sr Cd Ba & V Pb
Ce &
4 B Al Cr Y U Ta Th
La
5 C Si Ti In Zr Sn W Hg
Di &
6 N P Mn As Sb Nb Bi
Mo
Rh &
7 O S Fe Se Te Au Os
Ru
Tableau de John Newlands illustrant la « loi des octaves »40,
1865.
La mise en évidence d'une périodicité globale jusqu'au calcium était néanmoins une grande avancée, et
Newlands présenta cette classification en l'appelant « loi des octaves » par analogie avec les sept
notes de musique, mais ce travail fut assez mal accueilli par ses pairs de la Société de chimie de
Londres, qui le tournèrent souvent en ridicule et firent obstacle à sa publication ; ce n'est qu'après la
publication des travaux de Dmitri Mendeleïev que la qualité de cette analyse a été reconnue.
Le premier tableau de Meyer comprenait vingt-huit éléments classés en six familles définies par leur
valence : c'était un grand pas en direction de la forme moderne du tableau périodique, organisé en
groupes dépendant de la configuration électronique des éléments, elle-même directement en relation
avec leur valence ; ce n'était néanmoins pas encore le même tableau qu'aujourd'hui, car les éléments
étaient toujours rangés par masse atomique croissante. Le second tableau de Meyer, qui élargissait et
corrigeait le premier, fut publié en 1870, quelques mois après celui de Mendeleïev, dont il renforça
l'impact sur la communauté scientifique en apportant aux thèses du chimiste russe, encore très
contestées, le soutien de travaux indépendants. La grande force de ce travail résidait dans les périodes
de longueur variable, avec une disposition des éléments qui permettait d'éviter les regroupements
fâcheux de Newlands, tels que le fer, l'or et certains éléments du groupe du platine parmi l'oxygène, le
soufre, et les autres éléments du groupe 16 :
N= P= As = Sb = Bi =
14,01 30,9 74,9 122,1 207,9
V= Nb = Ta =
51,2 93,7 182,2
O= S= Se = Te =
?
15,96 31,98 78 128?
Cr = Mo = W=
54,4 95,6 183,5
F= Cl = Br = I=
? ?
19,1 35,38 79,75 126,5
Mn = Ru = Os =
54,8 103,5 198,6
Fe = Rh = Ir =
55,9 104,1 196,7
Co =
Pd = Pt =
Ni =
106,2 196,7
58,6
Li = Na = K= Rb = Cs =
?
7,01 22,99 39,04 85,2 132,7
Cu = Ag = Au =
63,3 107,66 196,2
?Be = Mg = Ca = Sr = Ba = ?
9,3 23,9 39,9 87,0 136,8
Zn = Cd = Hg =
64,9 116,6 199,8
Tableau périodique des éléments chimiques de Julius
Lothar Meyer41, publié en 1870.
Meyer avait également remarqué que si l'on trace une courbe représentant en abscisse la masse
atomique et en ordonnée le volume atomique de chaque élément, cette courbe présente une série de
maxima et de minima périodiques, les maxima correspondant aux éléments les plus électropositifs.
Malgré la qualité réelle des travaux de ses contemporains, c'est bien au chimiste russe Dmitri
Mendeleïev qu'on doit le premier tableau périodique des éléments s'approchant de celui que nous
utilisons aujourd'hui, non seulement dans sa forme, mais surtout par la vision qui l'accompagne. À la
différence de ses prédécesseurs, Mendeleïev a, en effet, formulé explicitement en quoi son tableau
constituait un outil d'analyse théorique des propriétés de la matière :
La masse atomique de l'argon (un peu moins de 40) est très voisine de celle du calcium (un peu plus de
40) et donc supérieure à celle du potassium (39,1), ce qui posa quelques problèmes de classification42,
car il semblait y avoir « plus de place » dans le tableau périodique entre le chlore et le potassium
qu'entre le potassium et le calcium. Les choses se compliquèrent encore lorsque Ramsay et Morris
Travers découvrirent le néon en 1898, matérialisant, avec l'hélium (découvert en 1868 par l'astronome
français Jules Janssen et l'Anglais Joseph Norman Lockyer), le groupe nouveau des gaz rares (ou gaz
nobles), appelé « groupe 0 » : la masse atomique du néon (20,2) était exactement intermédiaire entre
celles du fluor (19) et du sodium (23). Ainsi, les gaz rares semblaient se positionner tantôt entre un
métal alcalin et un métal alcalino-terreux, tantôt entre un halogène et un métal alcalin.
Classement par numéro atomique avec Henry
Moseley
À la suite de la découverte de l'électron et de celle des isotopes par l'Anglais Joseph John Thomson —
qui ont accompagné les débuts de la physique de l'atome avec les travaux de l'Allemand Max Planck,
du Néo-Zélandais Ernest Rutherford et du Danois Niels Bohr — les recherches du physicien anglais
Henry Moseley sur la corrélation entre la charge du noyau atomique et le spectre aux rayons X des
atomes ont abouti en 1913 au classement des éléments chimiques non plus par masse atomique
croissante, mais par numéro atomique croissant. C'était une évolution majeure, qui résolvait toutes les
incohérences issues du classement en fonction de la masse atomique, lesquelles devenaient gênantes
depuis les travaux de systématisation de Dmitri Mendeleïev.
L'argon était ainsi placé entre le chlore et le potassium, et non plus entre le potassium et le calcium,
tandis que le cobalt était clairement positionné avant le nickel bien qu'il soit un peu plus lourd. Il
confirma que le tellure devait être placé avant l'iode sans nécessiter de revoir sa masse atomique,
contrairement à ce qu'avait suggéré Mendeleïev. Il releva également que les éléments de numéro
atomique 43 et 61 manquaient à l'appel : l'élément 43 avait déjà été prédit par Mendeleïev comme eka-
manganèse (il s'agit du technétium, radioactif, synthétisé en 1937) mais l'élément 61 était nouveau — il
s'agit du prométhium, radioactif également, isolé en 1947 :
I II III IV V VI VII
O VIII
A B A B A B A B A B A B A B
1
H
2 3 4 5 6 7 8 9
He Li Be B C N O F
10 11 12 13 14 15 16 17
Ne Na Mg Al Si P S Cl
18 19 29 20 30 21 31 22 32 23 33 24 34 25 35 26 27 28
Ar K Cu Ca Zn Sc Ga Ti Ge V As Cr Se Mn Br Fe Co Ni
36 37 47 38 48 39 49 40 50 41 51 42 52 (43) 53 44 45 46
Kr Rb Ag Sr Cd Y In Zr Sn Nb Sb Mo Te I Ru Rh Pd
57-
54 55 79 56 80 81 72 82 73 83 74 84 75 (85) 76 77 78
71
Xe Cs Au Ba Hg Tl Hf Pb Ta Bi W Po Re Os Ir Pt
Ln
86 (87) 88 89 90 91 92
Rn Ra Ac Th Pa U
57 58 59 60 (61) 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71
La Ce Pr Nd Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb Lu
II III IV V VI VII IV V VI
IA VIII I B II B III A
A B B B B B A A A
1
H
3 4 5 6 7 8
Li Be B C N O
11 12 13 14 15 16
Na Mg Al Si P S
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se
37 38 39 40 41 42 (43) 44 45 46 47 48 49 50 51 52
Rb Sr Y Zr Nb Mo Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te
57-
55 56 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84
71
Cs Ba Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po
Ln
(87) 88 89 90 91 92 (93) (94) (95) (96) (97) (98) (99)
Ra Ac Th Pa U
57 58 59 60 (61) 62 63 64 65 66 67 68 69 70
La Ce Pr Nd Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb
Il était identique au tableau actuel, hormis pour ce qui avait trait à la septième période.
En 1944, il parvint à synthétiser et à caractériser l'américium et le curium (éléments 95 et 96), ce qui lui
permit de formaliser le concept des actinides, c'est-à-dire d'une nouvelle famille aux propriétés
spécifiques et formée des éléments 89 à 103, située sous les lanthanides dans le tableau périodique,
qui prit ainsi sa configuration actuelle. Seaborg conjectura également l'existence des superactinides,
regroupant les éléments 121 à 153 et situés sous les actinides.
Le tableau périodique utilisé de nos jours est celui remanié en 1944 par Seaborg.
Présentations alternatives
Sc Ti V Cr Mn Fe
Y Zr NbMo Tc Ru
La Ce Pr NdPmSm Eu Gd TbDyHo Er Tm Yb Lu Hf Ta W Re Os
Ac Th Pa U Np Pu AmCm Bk Cf Es FmMdNo Lr Rf Db Sg Bh Hs
Autres représentations
Une autre représentation est celle d'Otto Theodor Benfey (en), datée de 1964, dont l'objectif était de
remédier aux discontinuités du tableau standard à l'aide d'une représentation en spirale :
De nombreux modèles en trois dimensions ont également été proposés afin d'enrichir la représentation
des éléments par diverses informations spécifiques46.
Tableau périodique étendu pour définir les
propriétés dans le cadre des lanthanides, des
actinides, de l'yttrium, le scandium,
l'aluminium, le bore, l'hydrogène
Une autre représentation a été proposée par Timmothy Stowe, en losanges par niveaux de
remplissage : voir Tableau radial des éléments chimiques.
Le tableau de Mendeleïev a été adapté pour représenter d'autres données physiques des éléments, et
été appliqué pour visualiser des éléments totalement différents48.
Commémorations
L'ONU a décrété 2019 « année internationale du tableau périodique des éléments »51.
Notes et références
Notes
Références