Lois de Rolland : Principes du service public
Lois de Rolland : Principes du service public
fondamentaux du service public dégagés par la doctrine (Léon Rolland, professeur de droit
au début du XXᵉ siècle) et consacrés par la jurisprudence du Conseil d’État.
Ces principes, considérés comme non écrits mais obligatoires, encadrent l’organisation et le
fonctionnement de tout service public.
Neutralité / laïcité (ex. CE, 1950, Demlle Jamet ; CE, 2000, Mlle Marteaux),
Accessibilité / égal accès (dérivé du principe d’égalité),
Transparence et adaptabilité des tarifs pour les SPIC.
✅ En résumé
Les lois de Rolland = principes directeurs du service public :
1. Continuité,
2. Égalité,
3. Mutabilité (adaptabilité).
Ces règles, dégagées par la jurisprudence et la doctrine, s’imposent à toutes les personnes
publiques et aux personnes privées chargées d’une mission de service public.
1
🔹 Faits
M. Rothschild, banquier, avait fourni des bons du Trésor à l’État, dans le cadre d’une
opération financière.
Or, à la suite d’une erreur commise par l’administration, celle-ci avait refusé de lui régler
la somme due, alors même qu’il remplissait ses obligations.
Rothschild saisit donc le Conseil d’État, demandant réparation du préjudice subi du fait du
comportement fautif de l’administration.
🔹 Procédure
🔹 Problème juridique
L’État peut-il être tenu responsable des fautes commises par ses agents dans l’exercice de
leur fonction administrative, notamment lorsqu’il agit dans un cadre contractuel ?
🔹 Principe dégagé
🔹 Portée de l’arrêt
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Cet arrêt pose une étape décisive dans la construction de la responsabilité
administrative.
Il rompt avec la tradition monarchique de l’irresponsabilité de la puissance publique.
Il consacre la possibilité pour le justiciable d’obtenir réparation d’un dommage
causé par une faute de l’administration.
Il ouvre la voie à la distinction, qui sera précisée plus tard (arrêt Anguet 1911,
Lemonnier 1918, Laruelle et Delville 1951), entre :
o faute personnelle (de l’agent, devant le juge judiciaire)
o faute de service (de l’administration, devant le juge administratif).
🔹 Portée historique
L’arrêt Rothschild précède de peu l’arrêt Blanco (TC, 1873), mais il en préfigure la
logique : reconnaissance d’un régime autonome de responsabilité administrative.
Il constitue donc un jalon fondateur dans l’affirmation du droit administratif
français.
⚖️Résumé synthétique
Éléments Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 6 décembre 1855
Parties M. Rothschild / État
Fait générateur Faute de l’administration dans un contrat
Problème L’État peut-il être responsable d’une faute commise dans l’exercice du
juridique service administratif ?
Solution Oui — responsabilité de l’État pour faute de service
L’État est tenu de réparer les dommages causés par les fautes de
Principe
l’administration
Première reconnaissance nette de la responsabilité de l’administration pour
Portée
faute — fondement du droit administratif moderne
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oLe Tribunal affirme la séparation entre la responsabilité de l’administration
(droit public) et celle de l’agent (droit privé).
o Les actes administratifs, même fautifs, ne peuvent être jugés par le juge
judiciaire.
2. ⚖️Critère fonctionnel de la faute
o Si l’acte contesté est lié à la fonction publique, c’est une faute de service,
engageant l’administration devant le juge administratif.
o Si l’acte révèle un comportement personnel, étranger aux fonctions, c’est
une faute personnelle, relevant du juge judiciaire.
3. 🧩 Application au cas d’espèce
o Le colonel Pelletier agissait dans le cadre d’une mission d’ordre public
confiée par le gouvernement.
o Sa faute, si elle existait, était une faute de service → compétence
administrative.
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Auteur
Type de faute Lien avec le service Juge compétent
responsable
fonction administratif
Faute Détachable, étrangère à la
Agent public Juge judiciaire
personnelle fonction
FICHE DE JURISPRUDENCE
Tribunal des conflits, 8 février 1873, Blanco
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1️⃣ Références
2️⃣ Faits
La jeune Agnès Blanco, 5 ans, est grièvement blessée par un wagonnet appartenant à
la manufacture des tabacs de Bordeaux, exploitée par l’État.
Son père agit en responsabilité devant le tribunal civil pour obtenir réparation, en se
fondant sur le Code civil (responsabilité de droit commun).
3️⃣ Procédure
La responsabilité de l’État, pour les dommages causés par un service public industriel, relève-
t-elle :
5️⃣ Solution
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6️⃣ Principe dégagé
🏁 Résumé essentiel
🧩 1. Contexte et faits
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Le prince Napoléon-Joseph Bonaparte, cousin de Napoléon III, avait été nommé
général de division en 1853.
Après la chute du Second Empire en 1870, son nom ne figure plus dans l’Annuaire
militaire de 1873.
Il saisit le ministre de la Guerre pour faire rétablir son nom ; celui-ci refuse.
Le prince demande alors au Conseil d’État l’annulation de cette décision.
👉 L’acte émane bien d’une autorité publique, mais il échappe au contrôle du juge, car il
met en cause des rapports politiques du chef de l’État.
Avant Prince Napoléon, la jurisprudence (ex. CE, 1822, Laffitte*) fondait les actes de
gouvernement sur leur mobile politique.
➡️Le Conseil d’État abandonne ce critère subjectif : il ne suffit plus qu’un acte ait un
mobile politique pour échapper au contrôle du juge.
Seule compte désormais la nature même de l’acte ou l’objet de la décision.
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B. Nouvelle distinction : deux catégories d’actes de gouvernement
Le GAJA montre que la jurisprudence postérieure a classé ces actes en deux grandes
catégories, limitées et objectives :
📌 Ces actes échappent par nature au contrôle du juge administratif, car ils impliquent
directement l’exercice de la souveraineté nationale.
Le juge administratif s’est reconnu compétent pour des actes proches du politique,
mais à effets juridiques concrets (ex. nominations, référendums, propagande
électorale).
Le Conseil constitutionnel et la CEDH ont aussi encadré la notion pour éviter les
zones d’impunité juridictionnelle.
➡️Le critère actuel est fonctionnel : le juge ne s’estime incompétent que si le contrôle
porterait directement sur la conduite politique de l’État, non sur ses conséquences
juridiques.
L’acte de gouvernement est désormais une exception : la règle est la justiciabilité des
actes administratifs.
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Le juge a resserré la catégorie : seules subsistent les décisions touchant à la
souveraineté, non celles à simple « connotation politique ».
🧭 7. Portée générale
🧱 Prince Napoléon fonde la théorie moderne des actes de gouvernement.
⚖️Il marque le triomphe du principe de légalité et de la justiciabilité de
l’administration, sauf domaines souverains.
🧩 Il illustre la dualité du droit administratif :
le juge s’efface devant la raison d’État dans des hypothèses exceptionnelles,
mais étend son contrôle dans toutes les autres.
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Élément Contenu essentiel
Faits Refus de rétablir le prince Napoléon sur la liste des généraux
Question Décision politique = acte de gouvernement ou acte administratif ?
Solution Incompétence du juge administratif : acte de gouvernement
Principe Abandon du critère du mobile politique → critère de la nature et de l’objet
dégagé de l’acte
Fondement moderne de la théorie des actes de gouvernement ; réduction
Portée
progressive de son domaine
Catégories (1) Rapports entre pouvoirs publics ; (2) Relations internationales
Domaine réduit, encadré par la CEDH et la Constitution (art. 16, 52, 54, 61-
Évolution
1…)
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 13 décembre 1889, Cadot
1️⃣ Références
12
Publication : Recueil Lebon, p. 1141
2️⃣ Faits
5️⃣ Solution
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7️⃣ Portée et intérêt
⚖️Faits
Un ouvrier de l’État, M. Cames, employé dans un arsenal, est victime d’un accident alors
qu’il exécute les ordres de son supérieur dans le cadre de son travail.
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À l’époque, aucun régime légal d’indemnisation des accidents du travail n’existait encore (la
loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail interviendra deux ans plus tard).
M. Cames demande à être indemnisé du préjudice subi à cause de cet accident, bien qu’il
n’invoque aucune faute de l’administration.
⚙️Procédure
Le requérant saisit directement le Conseil d’État, compétent pour connaître des litiges
concernant les agents de l’État à cette époque.
Le ministre de la Guerre s’oppose à l’indemnisation, soutenant qu’en l’absence de
faute prouvée, l’État ne saurait être tenu responsable.
💡 Problème juridique
L’administration peut-elle être tenue de réparer le dommage subi par un agent public
en l’absence de toute faute de sa part ?
Le Conseil d’État reconnaît pour la première fois que l’administration peut être tenue
responsable sans faute, sur le fondement de l’équité et du principe de solidarité nationale :
L’État doit réparer les conséquences dommageables d’un risque professionnel auquel il
expose ses agents dans l’intérêt du service, même sans faute.
⚖️Principe dégagé
Lorsqu’un agent public subit un dommage du fait du risque inhérent à ses fonctions,
il peut obtenir réparation même sans faute de l’administration.
📍 Portée de l’arrêt
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2. Extension progressive de cette responsabilité :
o Aux collaborateurs occasionnels du service public (CE, 1946, Commune de
Saint-Priest-la-Plaine)
o Aux usagers exposés à un risque spécial (CE, 1919, Regnault-Desroziers)
o Puis à divers domaines (vaccinations obligatoires, transfusions, etc.)
3. Fondement équitable : le CE fonde sa décision non sur la faute, mais sur une
exigence de justice et solidarité entre la collectivité et ses serviteurs.
Formule-type :
« Par cet arrêt fondateur, le Conseil d’État reconnaît pour la première fois la responsabilité
sans faute de l’administration, sur le fondement du risque professionnel encouru par ses
agents, ouvrant ainsi la voie à une conception moderne et équitable de la responsabilité
administrative. »
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⚖️Fiche d’arrêt – CE, 29 mars 1901, Casanova
🧩 Faits
⚖️Procédure
➡️M. Casanova forme un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État,
demandant l’annulation de la délibération municipale créant cet emploi.
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❓ Problème juridique
👉 Une commune peut-elle intervenir dans le domaine économique (ici médical) en créant
un service public local, alors que ce domaine relève normalement de l’initiative privée ?
Et le recours d’un simple contribuable local est-il recevable contre une telle décision ?
💡 Principes dégagés
📚 Portée de l’arrêt
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CE, 10 janvier 1902, Compagnie nouvelle du gaz de Deville-
lès-Rouen
(Rec. Lebon p. 5)
🔑 Apport
Contexte rapide
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Décision
Portée
Le principe de mutabilité (ou d’adaptabilité) devient une des trois grandes lois du
service public avec :
1. Continuité (CE, 1918, Heyriès ; CE, 1950, Dehaene),
2. Égalité (CE, 1951, Société des concerts du Conservatoire).
Il justifie :
✅ À retenir
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Fiche d’arrêt — CE, 6 février 1903, Terrier
🔹 Faits
🔹 Procédure
🔹 Problème juridique
Le contrat passé entre M. Terrier et le département pour la destruction des vipères constitue-t-
il un contrat administratif, donc relevant de la juridiction administrative ?
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En d’autres termes : le fait de confier une mission d’intérêt général suffit-il à faire relever le
litige du droit administratif ?
🔹 Principe dégagé
Est administratif tout contrat conclu dans le cadre de l’exécution d’un service public,
même s’il est passé avec une personne privée.
🔹 Portée de l’arrêt
🔹 Conséquences
⚖️Résumé synthétique
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Éléments Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 6 février 1903
Parties Terrier / Département de Saône-et-Loire
Fait générateur Contrat pour capture de vipères (intérêt public)
Problème
Ce contrat relève-t-il du droit administratif ?
juridique
Solution Oui — contrat administratif car lié à un service public
Principe dégagé Le service public devient un critère de compétence du juge administratif
Arrêt fondateur de la théorie du service public et de la compétence du
Portée
juge administratif
📚 À retenir
1) Faits
M. Tomaso Grecco est victime d’un tir accidentel de la police pendant une opération de
maintien de l’ordre.
Il subit un grave dommage corporel et engage une action en responsabilité contre l’État,
estimant que la faute des agents de police est à l’origine de son préjudice.
Or, à l’époque, les activités de police administrative étaient considérées comme régaliennes
(relevant de la souveraineté de l’État), donc insusceptibles d’engager sa responsabilité.
2) Procédure
Le requérant saisit le Conseil d’État d’une demande d’indemnisation.
L’administration soutient que les opérations de police, en tant qu’actes de puissance
publique, ne peuvent engager la responsabilité de l’État, même en cas de faute.
3) Problème de droit
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L’administration peut-elle voir sa responsabilité engagée pour une faute commise dans le
service de la police administrative, c’est-à-dire dans une activité régalienne ?
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
« L’administration peut être tenue pour responsable des fautes commises par ses agents dans
le service de la police. »
Cette responsabilité n’est engagée qu’en cas de faute lourde, en raison des difficultés
particulières que présente l’activité de police.
5) Principe dégagé
Principe :
Le Conseil d’État reconnaît, pour la première fois, la responsabilité de l’État pour les fautes
commises dans l’exercice de la police administrative.
Condition :
La faute lourde est exigée, compte tenu de la nature délicate du maintien de l’ordre public.
6) Portée
A. Abandon de l’irresponsabilité de la puissance publique
Avant cet arrêt, les activités dites régaliennes (police, justice, armée) échappaient à
toute responsabilité.
Tomaso Grecco met fin à cette immunité de la police administrative : l’État peut
désormais être poursuivi pour faute de service dans le maintien de l’ordre.
Le Conseil d’État admet que même les services répressifs doivent répondre de leurs
fautes devant le juge administratif.
Mais la responsabilité reste limitée : exigence d’une faute lourde, plus difficile à
prouver, en raison des conditions d’exercice de la mission de police.
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C. ⚖️Évolution ultérieure
Ainsi, Tomaso Grecco marque le tournant vers la responsabilité de l’État moderne, fondée
non plus sur le privilège de la puissance publique, mais sur la soumission du service public
au droit.
7) Intérêt de l’arrêt
Fin de l’irresponsabilité régalienne : la police administrative devient justiciable
devant le juge administratif.
Naissance de la responsabilité de l’État pour faute de service dans la police.
Pied d’égalité avec les autres services publics : la puissance publique ne peut plus se
retrancher derrière sa mission d’ordre.
Prépare la logique du service public responsable affirmée dès Blanco (1873).
8) Référence
Conseil d’État, 10 février 1905, Tomaso Grecco, Rec. p. 105.
Principe : Responsabilité de l’État pour faute lourde dans l’exercice du service de
police administrative.
9) Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 10 février 1905
Parties M. Tomaso Grecco c/ État
Faits Blessure causée par un tir de police
Problème de L’administration peut-elle être responsable pour faute dans le service de
droit police ?
Solution ✅ Oui, responsabilité possible, mais faute lourde exigée
Principe Fin de l’irresponsabilité de la puissance publique
Première reconnaissance de la responsabilité pour faute dans les services
Portée
régaliens
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Élément Contenu
Passage progressif à la faute simple (police → santé → services publics en
Évolution
général)
I. 📜 Les faits
La Société immobilière de Saint-Just avait construit un mur sur un terrain dont la
propriété était contestée par l’administration.
Une décision administrative avait ordonné la démolition du mur jugé irrégulier.
La société refusant d’obtempérer, le préfet a décidé de procéder d’office à la
démolition, c’est-à-dire sans autorisation judiciaire.
La société a saisi le juge judiciaire, estimant que l’administration n’avait pas le
droit d’exécuter par la force ses décisions sans passer par le juge.
Autrement dit :
Le recours à la force publique par l’administration est-il toujours subordonné à une décision
judiciaire, ou existe-t-il des cas où l’administration peut agir seule ?
Le Tribunal des conflits admet que l’administration peut, dans certains cas strictement
définis, exécuter d’office ses décisions, c’est-à-dire recourir elle-même à la contrainte sans
l’intervention du juge.
🔹 Motifs
📜 Principe dégagé :
« L’administration ne peut recourir à l’exécution forcée que :
1️⃣lorsqu’une loi le prévoit,
2️⃣en cas d’urgence,
3️⃣ou lorsqu’aucune autre voie de droit n’existe pour assurer l’exécution de sa décision. »
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
L’administration dispose du pouvoir d’exécution d’office de ses décisions, sans
autorisation préalable du juge, mais uniquement dans des cas strictement encadrés par la
loi, en cas d’urgence, ou en l’absence d’autre voie légale.
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VI. 🧩 Portée et apports de l’arrêt
1. 🔹 Affirmation du pouvoir d’action directe de l’administration
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⚖️Fiche d’arrêt – CE, 7 août 1909, Winkell
🧩 Faits
⚖️Procédure
➡️Recours pour excès de pouvoir formé par M. Winkell contre la décision de suspension
prise par son administration.
❓ Problème juridique
💡 Principe dégagé
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Les agents publics n’ont pas le droit de grève, car ce droit porterait atteinte à la continuité
du service.
📚 Portée de l’arrêt
Cet arrêt consacre, avant toute base législative, un principe essentiel du service
public : sa continuité.
Il exprime la primauté de l’intérêt général sur les revendications particulières des
agents.
Le principe a ensuite été nuancé par l’arrêt CE, Dehaene (1950), qui reconnaît le
droit de grève mais l’encadre pour assurer la continuité du service public.
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FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 4 mars 1910, Thérond
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Le contrat passé entre la commune et un particulier, visant la capture des animaux errants et
l’enlèvement des bêtes mortes,
➡️relève-t-il d’un contrat administratif (compétence du juge administratif) ou d’un contrat
de droit privé ?
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5️⃣ Solution
Est administratif tout contrat passé entre une personne publique et un particulier
lorsque ce contrat a pour objet :
1. l’exécution d’un service public, ou
2. une mission directement liée à un but d’intérêt général.
🏁 Résumé essentiel
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Fiche synthétique — CE Anguet (1911),
Lemonnier (1918), Laruelle & Delville (1951)
🔹 Problème juridique
L’administration peut-elle être tenue responsable d’un dommage résultant à la fois d’une
faute de service et d’une faute personnelle de ses agents ?
🔹 Solution
Le Conseil d’État admet que la victime peut poursuivre l’administration, même si la faute
de l’agent présente aussi un caractère personnel.
🔹 Principe dégagé
Cumul de fautes : lorsqu’un même dommage résulte d’une faute personnelle et d’une faute
de service, la victime peut agir contre l’administration ou contre l’agent, ou contre les deux.
🔹 Portée
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🔹 Faits
🔹 Problème juridique
Lorsqu’un agent commet une faute personnelle dans l’exercice de ses fonctions, peut-elle
engager à la fois la responsabilité de l’administration et la sienne propre ?
🔹 Solution
Le Conseil d’État reconnaît que la même faute peut à la fois être personnelle et de service.
Les deux responsabilités peuvent se cumuler.
🔹 Principe dégagé
Cumul de responsabilités : une même faute peut être à la fois personnelle et de service si
elle a été commise dans l’exercice des fonctions.
🔹 Portée
La victime peut agir contre l’administration sans être obligée de poursuivre l’agent.
Elle pourra ensuite se retourner, le cas échéant, contre lui (via recours en garantie).
Lemonnier complète Anguet : cumul non plus seulement de fautes, mais aussi de
responsabilités.
🔹 Problème juridique
Quand un dommage résulte à la fois d’une faute de service et d’une faute personnelle, peut-il
y avoir recours en garantie entre l’administration et l’agent fautif ?
🔹 Solution
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Le Conseil d’État admet un recours réciproque :
🔹 Principe dégagé
🔹 Portée
📊 Synthèse comparative
Laruelle & Delville
🔹 Éléments Anguet (1911) Lemonnier (1918)
(1951)
Cumul de Recours en
Cumul de fautes
Type de cumul responsabilités (faute garantie entre agent
(personnelle + service)
à double visage) et État
Oui, si une faute de
Responsabilité de Oui, même si la faute Oui, mais partage
service a concouru au
l’administration est aussi personnelle financier possible
dommage
Choisir d’attaquer Victime indemnisée
Choisir librement qui
Droit de la victime l’administration ou par l’un, puis
poursuivre
l’agent (ou les deux) recours entre eux
Faute mixte engageant Répartition du coût
Principe dégagé Faute à double nature
l’État selon la gravité
Répartition
Cumul de
Apport Cumul de fautes financière et recours
responsabilités
réciproques
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Fiche de jurisprudence – CE, 31 juillet
1912, Société des granits porphyroïdes des
Vosges
3️⃣ La procédure
La société saisit le Conseil d’État, pensant qu’il s’agit d’un contrat administratif
(puisqu’il est conclu par une commune).
Le Conseil d’État doit donc déterminer la nature juridique du contrat pour savoir si
le juge administratif est compétent.
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💡 Le simple fait qu’un contrat soit conclu par une personne publique (ici, une commune)
suffit-il à le qualifier de contrat administratif, ou faut-il qu’il comporte des clauses
exorbitantes du droit commun révélant l’usage de prérogatives de puissance publique ?
7️⃣ Le dispositif
✅ Le Conseil d’État décline sa compétence.
Le contrat est qualifié de contrat de droit privé.
Le juge judiciaire est compétent pour trancher le litige.
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À partir de cet arrêt, un contrat conclu par une personne publique n’est administratif
que s’il contient des clauses exorbitantes du droit commun ou s’il porte sur
l’exécution d’un service public (critère qui sera consolidé par les arrêts Époux Bertin
et Grimouard de 1956).
Autrement dit :
🔹 Motifs
Le préfet ne peut pas saisir le juge administratif pour obtenir une décision qu’il a
lui-même compétence pour prendre.
Il dispose des pouvoirs nécessaires pour agir directement dans le cadre de la loi (ici,
nommer un maire provisoire).
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En conséquence, le juge administratif ne peut pas se substituer à
l’administration : cela serait contraire à la séparation entre administration et
justice.
V. ⚖️Principe dégagé
⚖️Principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires, et
corollairement, de la séparation des fonctions administratives et juridictionnelles.
Concrètement :
⚖️CE, 1995, Hardouin et Marie : montée en puissance du juge administratif vers plus de
contrôle, mais toujours dans le cadre défini.
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3. 🔹 Sur la hiérarchie des normes
Le préfet ne peut pas demander au juge d’« autoriser » ce que la loi lui permet déjà de
faire.
L’administration agit dans le cadre de la loi, le juge sanctionne les illégalités, sans
jamais délivrer de “permission judiciaire d’agir”.
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séparation entre administration active et juge du contrôle, pierre angulaire du contentieux
administratif.
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La ville de Bordeaux avait conclu un contrat de concession avec la Compagnie générale
d’éclairage pour la fourniture du gaz d’éclairage à la population.
Pendant la Première Guerre mondiale, le prix du charbon — matière première nécessaire à
la production de gaz — augmente considérablement à cause du conflit.
➡️Cette hausse rend impossible l’exécution du contrat dans les conditions financières
initiales : la compagnie aurait subi des pertes considérables.
Elle demande donc à la ville une augmentation du tarif prévu par le contrat, au nom de
circonstances exceptionnelles.
⚖️Procédure
➡️La Compagnie d’éclairage saisit le Conseil d’État après le refus de la ville de Bordeaux
de modifier les conditions du contrat.
❓ Problème juridique
✅ Oui.
Le Conseil d’État reconnaît que des circonstances exceptionnelles, imprévisibles et
indépendantes de la volonté des parties peuvent déséquilibrer profondément un contrat
administratif sans l’anéantir.
➡️Dans ce cas, le cocontractant doit continuer à exécuter le contrat, mais il a droit à une
indemnisation partielle correspondant au préjudice subi.
💡 Principe dégagé
⚙️Théorie de l’imprévision
Lorsqu’un événement imprévisible et extérieur bouleverse l’économie du contrat
administratif sans en rendre l’exécution impossible :
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📚 Portée de l’arrêt
Cet arrêt fonde la théorie de l’imprévision, pierre angulaire du droit des contrats
administratifs.
Il protège à la fois :
o ⚖️l’intérêt général, en imposant la poursuite du service public,
o 💰 et le cocontractant, en lui accordant une compensation partielle.
La théorie de l’imprévision a depuis été codifiée et précisée, notamment dans la
jurisprudence “Gaz de Bordeaux” postérieure et dans le Code de la commande
publique (art. L6 et suivants).
Elle s’oppose à la force majeure, qui entraîne, elle, la résiliation du contrat.
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 28 juin 1918, Heyriès
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Oui.
Le Conseil d’État juge que :
o En période de circonstances exceptionnelles (guerre), les autorités
administratives peuvent légalement adapter ou suspendre provisoirement
l’application de certaines règles légales pour assurer le fonctionnement
continu des services publics essentiels, à condition :
1. que la situation le justifie (urgence, menace grave),
2. que les mesures soient proportionnées et strictement limitées dans le
temps.
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7️⃣ Portée / Intérêt
Première affirmation majeure de cette théorie (poursuivie par CE, 1919, Dames Dol et
Laurent).
Montre la primauté du principe de continuité du service public, érigé plus tard en
principe à valeur constitutionnelle.
Sert de fondement à des jurisprudences ultérieures en temps de crise (guerres,
catastrophes, pandémie).
🏁 Résumé essentiel
Pendant la Première Guerre mondiale, les autorités locales du port de Bordeaux interdisent
aux débits de boissons tenus par les Dames Dol et Laurent d’ouvrir après 20 heures.
➡️Cette mesure de police administrative visait à éviter les désordres causés par les marins en
permission et à maintenir l’ordre public en période de guerre.
Les intéressées contestent la légalité de l’arrêté préfectoral devant le Conseil d’État,
soutenant qu’il viole la liberté du commerce et de l’industrie.
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⚖️Procédure
➡️Recours pour excès de pouvoir formé par les exploitantes contre l’arrêté préfectoral
d’interdiction d’ouverture nocturne.
❓ Problème juridique
💡 Principe dégagé
📚 Portée de l’arrêt
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CE, 28 mars 1919, Regnault-Desroziers
1) Faits
L’administration avait entreposé dans un fort militaire (le fort de la Double-Couronne, près
de Paris) un stock important de grenades et d’explosifs destinés à la guerre.
Les proches des victimes et les propriétaires des habitations détruites demandent réparation
à l’État, invoquant la responsabilité de la puissance publique.
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2) Procédure
Les requérants saisissent le Conseil d’État pour obtenir la condamnation de l’État à
indemniser les préjudices subis.
L’administration soutient que l’accident résulte d’un cas fortuit et que la responsabilité de
l’État ne peut être engagée sans faute.
3) Problème de droit
L’État peut-il être tenu responsable sans faute des dommages causés à des tiers par la garde
et le voisinage d’objets dangereux entreposés dans l’intérêt du service public (ici, la Défense
nationale) ?
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
Le Conseil d’État reconnaît la responsabilité sans faute de l’État, fondée sur la théorie du
risque.
L’État est responsable des dommages causés à des tiers par des choses dangereuses qu’il
détient et utilise dans l’intérêt du service public, dès lors que ces choses créent un risque
exceptionnel pour les tiers.
5) Principe dégagé
Cet arrêt inaugure la théorie de la responsabilité sans faute pour risque, appliquée
aux choses dangereuses.
L’État doit indemniser les victimes même sans faute de service, car elles subissent
les conséquences anormales d’un risque créé par l’administration.
🧩 Principe :
Lorsqu’une activité administrative crée un risque exceptionnel pour les administrés, la
collectivité doit en assumer les conséquences, même en l’absence de faute.
6) Portée
A. Naissance de la responsabilité sans faute fondée sur le risque
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Avant 1919 : la responsabilité sans faute n’était reconnue qu’en cas de rupture
d’égalité devant les charges publiques (ex. : La Fleurette, 1938).
Avec Regnault-Desroziers, le Conseil d’État fonde une autre branche : la
responsabilité pour risque, justifiée par la dangerosité d’une activité publique.
La collectivité doit réparer les dommages lorsque l’intérêt général crée un risque
spécial pour des particuliers.
On parle aussi de « solidarité nationale ».
7) Intérêt de l’arrêt
C’est un arrêt fondateur de la responsabilité administrative sans faute, au même
titre que :
o CE, 1938, Société La Fleurette (rupture d’égalité devant les charges
publiques),
o CE, 1956, Thouzellier (méthodes dangereuses),
o CE, 2007, Garde des Sceaux c/ MAIF (objets dangereux détenus par
l’administration).
Il consacre l’idée que l’administration doit assumer les risques qu’elle crée, même
sans comportement fautif.
8) Référence
Conseil d’État, 28 mars 1919, Regnault-Desroziers, Rec. p. 328.
Principe : Responsabilité sans faute de l’État pour les dommages causés par des
choses dangereuses qu’il détient dans l’intérêt du service public.
9) Schéma récapitulatif
51
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 28 mars 1919
Parties Regnault-Desroziers c/ État
Faits Explosion d’un dépôt de grenades appartenant à l’État
L’État peut-il être responsable sans faute pour la garde de choses
Problème juridique
dangereuses ?
Solution ✅ Oui, responsabilité sans faute pour risque exceptionnel
Réparation des dommages causés par des objets dangereux détenus
Principe
dans l’intérêt du service
Fondement de la responsabilité pour risque – extension à d’autres
Portée
activités dangereuses
Type de
Sans faute – risque exceptionnel
responsabilité
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 8 août 1919 – Labonne
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
52
Le Président de la République avait pris un décret réglementant la circulation
automobile (permis de conduire, conditions de conduite) sur l’ensemble du territoire,
sans habilitation législative explicite.
M. Labonne conteste une sanction infligée sur le fondement de ce décret, estimant que
le Président était incompétent.
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Oui.
Le Conseil d’État reconnaît au chef de l’État (à l’époque, le Président de la
République) le pouvoir de :
53
Articule la hiérarchie des autorités de police :
1. Premier ministre : police administrative générale nationale.
2. Préfets : échelon départemental.
3. Maires : échelon communal.
🏁 Résumé essentiel
FICHE DE JURISPRUDENCE
Tribunal des conflits, 22 janvier 1921 – Société commerciale de l’Ouest
africain
1️⃣ Références
54
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
55
Fondement du régime des SPIC :
o Personnels majoritairement soumis au droit privé.
o Responsabilité devant le juge judiciaire.
A inspiré la jurisprudence ultérieure (notamment CE, 1956, Union syndicale des
industries aéronautiques – USIA qui précise les critères : objet, financement,
fonctionnement).
Marque la reconnaissance du droit privé dans la gestion de certains services
publics.
🏁 Résumé essentiel
⚖️Faits
⚙️Procédure
56
Le juge civil se demande s’il a le droit d’interpréter ou d’apprécier la légalité de cet acte
administratif réglementaire, ou s’il doit saisir le juge administratif d’une question
préjudicielle.
Le Tribunal des conflits est saisi pour déterminer quelle juridiction est compétente.
💡 Problème juridique
Le juge judiciaire, saisi d’un litige de droit privé, peut-il interpréter ou apprécier la
légalité d’un acte administratif ?
Le Tribunal des conflits consacre une séparation stricte des compétences entre les deux
ordres de juridiction :
Ainsi, le juge judiciaire doit surseoir à statuer et saisir le juge administratif si une question
sérieuse de légalité d’un acte administratif se pose.
⚖️Principe dégagé
📍 Portée de l’arrêt
57
o Il peut interpréter un acte administratif réglementaire (pour comprendre sa
portée).
o Il ne peut pas en contrôler la légalité (sauf voie de fait).
3. Création d’un système de renvoi préjudiciel administratif :
→ Lorsque la solution du litige dépend de la légalité d’un acte administratif, le juge
judiciaire doit surseoir et saisir le juge administratif pour qu’il tranche cette
question.
4. Base du droit processuel administratif :
→ Ce principe restera en vigueur près de 90 ans, jusqu’à son assouplissement par
SCEA du Chéneau (2011).
🔁 Évolution postérieure
Principe /
Arrêt Date
Évolution
TC, 1923, Séparation stricte : le juge judiciaire ne peut pas apprécier
Septfonds la légalité d’un acte administratif (sauf voie de fait).
Assouplissement : le juge judiciaire peut écarter un acte
TC, 2011, SCEA
administratif manifestement illégal (droit de l’UE /
du Chéneau
jurisprudence établie).
TC, 2013, Redéfinition de la voie de fait : limitation stricte des cas où
Bergoend le juge judiciaire peut intervenir.
« Par sa décision Septfonds du 16 juin 1923, le Tribunal des conflits consacre la séparation
stricte des autorités administratives et judiciaires : le juge judiciaire peut interpréter un acte
administratif réglementaire mais ne peut en apprécier la légalité, sauf dans les cas
exceptionnels de voie de fait ou de possession immobilière. »
🧠 Résumé à retenir
Élément Contenu
Juridiction Tribunal des conflits
Date 16 juin 1923
58
Élément Contenu
Principe Séparation stricte des autorités administratives et judiciaires
Le juge judiciaire peut interpréter mais pas apprécier la légalité d’un acte
Règle
administratif
Exceptions Voie de fait / possession immobilière
Base du dualisme juridictionnel – monopole du juge administratif sur la légalité
Portée
des actes administratifs
⚖️Faits
➡️Or, pour raisons d’ordre public, le gouverneur refuse de faire intervenir la force armée :
l’exécution risquait de provoquer des troubles graves dans la population locale.
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
L’État peut-il être tenu d’indemniser un particulier pour un dommage résultant d’une
décision administrative légale prise dans l’intérêt général (ici : maintien de l’ordre
public) ?
⚖️Principe dégagé
➡️Responsabilité sans faute fondée sur la rupture d’égalité devant les charges
publiques :
Une mesure légale, prise pour l’intérêt général, peut causer à un individu un
préjudice spécial (personnel) et anormal (excessif) ;
Dans ce cas, la collectivité nationale doit en supporter la charge, par solidarité.
📍 Portée de l’arrêt
60
3. Le CE reconnaît que la solidarité nationale impose à la collectivité de compenser les
sacrifices individuels causés par le bon fonctionnement de l’administration.
🧠 Formule-type à apprendre
« Par cet arrêt du 30 novembre 1923, Couitéas, le Conseil d’État consacre la responsabilité
sans faute de l’administration fondée sur la rupture d’égalité devant les charges publiques :
lorsqu’une décision légale prise dans l’intérêt général cause à un particulier un préjudice
anormal et spécial, celui-ci doit être indemnisé au nom de la solidarité nationale. »
61
⚖️Fiche d’arrêt — CE, Section, 30 mai
1930, Chambre syndicale du commerce en
détail de Nevers
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État, Section
Date : 30 mai 1930
Parties : Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers c/ Ville de Nevers
Nature de la décision : Arrêt de principe — conditions de création d’un service
public local à caractère économique
📜 Les faits
La ville de Nevers avait créé et exploitait un magasin municipal destiné à vendre au détail
des denrées alimentaires et divers produits.
Les commerçants privés de la ville, réunis en chambre syndicale, ont estimé que cette
activité portait atteinte à la liberté du commerce et de l’industrie, garantie par la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la jurisprudence du Conseil d’État (CE, 22
juin 1856, Decruse).
Ils ont donc demandé l’annulation de la décision municipale devant le juge administratif.
62
⚙️La procédure
La chambre syndicale saisit le Conseil d’État d’un recours pour excès de pouvoir.
Le préfet et la ville de Nevers soutiennent que la commune pouvait créer ce service
dans l’intérêt général local.
❓ La question de droit
Une collectivité locale (ici, une commune) peut-elle créer et exploiter un service public
industriel et commercial (SPIC) dans un domaine déjà occupé par l’initiative privée, sans
violer la liberté du commerce et de l’industrie ?
Autrement dit :
👉 Dans quelles conditions une personne publique peut-elle intervenir dans le domaine
économique ?
✅ Principe dégagé :
Les collectivités publiques ne peuvent créer un service public industriel et commercial
que si, en raison de circonstances particulières de temps et de lieu, l’initiative privée est
défaillante ou incapable de satisfaire les besoins de la population.
63
🎯 Autrement dit :
L’intervention économique des personnes publiques est d’exception et subordonnée à des
circonstances particulières.
📚 Synthèse
L’arrêt Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers (CE, Sect., 30 mai 1930) marque
une étape décisive dans la construction du droit administratif économique.
Il pose le principe de la liberté du commerce et de l’industrie tout en reconnaissant la
possibilité pour les collectivités locales d’intervenir à titre subsidiaire lorsque l’initiative
privée est défaillante.
« Les entreprises ayant pour objet une activité commerciale demeurent en principe réservées à
l’initiative privée, sauf circonstances particulières de temps et de lieu. »
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Principe Liberté du commerce et de l’industrie
Intervention publique possible si initiative privée défaillante et intérêt
Exception
public local
Type d’activité Service public industriel et commercial (SPIC)
64
Éléments Contenu essentiel
Arrêt fondateur
L’économie mixte locale
de
Apport principal Subordination du service public économique à la carence du privé
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 17 juin 1932 – Ville de Castelnaudary
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
La ville de Castelnaudary (Aude) conclut un contrat avec une société privée pour
l’exécution de missions de police rurale : surveillance des campagnes, prévention
des délits (incendies, vols, etc.).
Un litige survient sur l’exécution du contrat.
3️⃣ Procédure
65
Une collectivité publique peut-elle confier par contrat à une personne privée l’exécution
même d’une mission de police administrative (maintien de l’ordre public) ?
5️⃣ Solution
🏁 Résumé essentiel
66
CE, 19 mai 1933 — Benjamin
I. 📜 Les faits
M. Benjamin, écrivain et conférencier, devait donner à Nevers une conférence
littéraire organisée par la Ligue de la jeunesse laïque.
Le maire de Nevers, craignant des troubles à l’ordre public en raison de
l’opposition d’associations catholiques locales, a interdit la conférence par arrêté de
police municipale.
L’interdiction portait atteinte à la liberté de réunion (garantie par la loi du 30 juin
1881).
Autrement dit :
67
Une autorité de police peut-elle restreindre une liberté publique par mesure générale et
absolue, ou doit-elle d’abord envisager des mesures moins restrictives ?
Le Conseil d’État annule l’arrêté du maire : la mesure d’interdiction n’était pas nécessaire
ni proportionnée.
🔹 Motifs
📜 Principe dégagé :
« Il appartient à l’autorité investie du pouvoir de police de concilier l’exercice des libertés
publiques avec le maintien de l’ordre public ; elle ne peut apporter à ces libertés que des
restrictions nécessaires, proportionnées et adaptées aux circonstances. »
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Toute mesure de police limitant une liberté publique doit être :
→ L’interdiction totale d’une activité ou d’une réunion n’est légale que si aucune autre
mesure ne permet d’éviter le trouble.
68
o Avant Benjamin, le contrôle était restreint à la légalité externe ou au
détournement de pouvoir.
o Désormais, le juge vérifie le contenu de la mesure → naissance du contrôle
de l’adéquation des moyens.
69
Élément Détail
Question Le maire peut-il interdire une conférence pour prévenir des troubles à
juridique l’ordre public ?
Solution Non : l’interdiction n’était ni nécessaire, ni proportionnée au risque.
Obligation de concilier ordre public et libertés publiques ; seules les
Principe dégagé
mesures proportionnées sont légales.
Fondement du contrôle de proportionnalité des mesures de police
Portée
administrative.
70
Tribunal des conflits, 8 avril 1935, Action
française
1) Faits
L’affaire concerne la saisie du journal royaliste « L’Action française », décidée par le préfet
de police de Paris.
👉 Ce dernier avait ordonné, sans base légale, la saisie des exemplaires du journal et leur
transfert dans les locaux de l’administration (la Préfecture).
Le journal conteste cette mesure, estimant qu’elle constitue une atteinte grave à la liberté de
la presse et au droit de propriété, commise en dehors de tout pouvoir légal.
2) Procédure
Le journal “L’Action française” saisit le juge judiciaire pour demander la
restitution des exemplaires saisis et la réparation du préjudice.
Le préfet de police soulève une exception d’incompétence, soutenant que seul le
juge administratif peut statuer, car la décision émane d’une autorité administrative.
Un conflit de compétence s’élève entre les deux ordres → renvoi au Tribunal des
conflits.
3) Problème de droit
Une saisie arbitraire ordonnée par l’administration, sans aucun fondement légal, et portant
atteinte à la liberté individuelle ou à la propriété, constitue-t-elle une voie de fait relevant
de la compétence du juge judiciaire ?
71
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
Le préfet, en procédant à la saisie des journaux sans texte légal, a commis une atteinte
illégale à la liberté de la presse et au droit de propriété.
En conséquence,
5) Principe dégagé
Il y a voie de fait lorsque l’administration, soit :
6) Portée
A. Affirmation de la notion classique de voie de fait
72
L’arrêt confirme que :
Le juge judiciaire est le gardien naturel des libertés individuelles et du droit de propriété
lorsqu’ils sont violés par une action dépourvue de tout titre juridique.
D. Évolution postérieure
TC, 1952, Dame de La Murette : restreint la voie de fait → pas de voie de fait si
fondement légal, même mal appliqué.
TC, 2013, Bergoend c/ ERDF : redéfinit la voie de fait → réservée aux cas de :
1. atteinte à la liberté individuelle (par détention arbitraire),
2. ou extinction du droit de propriété (et non plus simple atteinte).
→ compétence judiciaire désormais très résiduelle.
7) Intérêt de l’arrêt
C’est le grand arrêt fondateur de la voie de fait administrative.
Il illustre le principe de séparation des autorités administrative et judiciaire (loi
des 16-24 août 1790), tout en maintenant une garantie minimale des droits
fondamentaux.
Il reste un arrêt-pilier de la matière « compétence des ordres de juridiction ».
8) Référence
Tribunal des conflits, 8 avril 1935, Action française, Rec. p. 450.
Principe :
Constitue une voie de fait l’atteinte à une liberté ou à la propriété par une mesure
manifestement illégale et insusceptible de se rattacher à un pouvoir administratif
→ compétence du juge judiciaire.
9) Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Tribunal des conflits
Date 8 avril 1935
Parties Journal L’Action française / Préfet de police de Paris
Faits Saisie illégale de journaux sans base légale
Problème Saisie administrative arbitraire = voie de fait ?
Solution ✅ Oui → juge judiciaire compétent
Voie de fait = action manifestement illégale + atteinte grave à liberté ou
Principe
propriété
73
Élément Contenu
Portée Fondement de la théorie classique de la voie de fait
Jurisprudence
Dame de La Murette (1952), Bergoend (2013)
liée
74
⚖️Fiche d’arrêt – CE, 28 juin 1935, Marécar
🧩 Faits
M. Marécar est un particulier qui revendique la propriété d’un cimetière communal qu’il
prétend appartenir à ses ancêtres.
La commune soutient au contraire que le cimetière fait partie de son domaine public, car il
est affecté à l’usage direct du public pour l’inhumation des morts.
Le litige porte donc sur la qualification juridique du bien : propriété privée ou bien du
domaine public communal ?
⚖️Procédure
➡️M. Marécar forme un recours devant le Conseil d’État pour contester la décision de la
commune et faire reconnaître son droit de propriété sur le cimetière.
❓ Problème juridique
👉 Un cimetière communal peut-il être considéré comme faisant partie du domaine public
de la commune ?
💡 Principe dégagé
75
Ainsi, le cimetière communal, ouvert à tous pour les inhumations, fait partie du domaine
public.
📚 Portée de l’arrêt
76
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 7 février 1936 – Jamart
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Oui.
Le Conseil d’État affirme que :
« Tout chef de service dispose, même sans texte, du pouvoir réglementaire nécessaire
à l’organisation de ses services. »
77
Il valide donc l’arrêté ministériel.
🏁 Résumé essentiel
78
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 6 novembre 1936 – Arrighi
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
Un décret d’application est pris sur le fondement d’une loi que M. Arrighi estime
contraire à la Constitution de 1875.
Il conteste le décret devant le juge administratif, en soutenant que la loi qui lui sert de
base est elle-même inconstitutionnelle.
3️⃣ Procédure
Le Conseil d’État peut-il écarter une loi qu’il juge contraire à la Constitution pour annuler
un décret pris en application de cette loi ?
5️⃣ Solution
Rejet du recours.
Le Conseil d’État affirme que :
79
o Lorsque le décret est pris conformément à la loi, la loi « fait écran » entre le
décret et la Constitution.
Théorie de la loi-écran :
o Si un acte administratif a été pris en application d’une loi,
o le juge administratif ne peut pas apprécier la constitutionnalité de cette loi pour
annuler le décret.
o La loi forme un écran législatif entre l’acte administratif et la Constitution.
🏁 Résumé essentiel
80
Fiche de jurisprudence – CE, 12 novembre
1937, Dame veuve Migne dite Garnero
81
Le service de cantine municipale est un SPIC, car il fonctionne comme une activité
économique (vente de repas, recettes par les usagers).
Par conséquent, ses agents sont liés par un contrat de droit privé, sauf pour le
directeur ou le comptable public, qui restent fonctionnaires.
82
Fiche d’arrêt – CE, 14 janvier 1938, Société La Fleurette
📚 Référence
⚖️Faits
Cette mesure visait à protéger les producteurs de lait contre la concurrence de produits de
substitution.
Conséquence : la société La Fleurette, qui fabriquait légalement avant la loi une « crème de
régime » à base d’huile végétale, est contrainte d’arrêter son activité → perte économique
importante.
Elle demande à l’État une indemnisation du préjudice subi du fait de cette loi, bien qu’elle
soit parfaitement légale.
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
L’État peut-il être tenu d’indemniser un particulier pour un préjudice causé par une loi
régulière, votée dans l’intérêt général ?
Le Conseil d’État admet, pour la première fois, que la responsabilité de l’État peut être
engagée du fait des lois, sans faute, lorsqu’une loi légale cause à un particulier un préjudice
anormal et spécial.
83
Mais il précise plusieurs conditions strictes :
En l’espèce :
✅ Le CE accorde l’indemnisation.
⚖️Principe dégagé
➡️Responsabilité sans faute de l’État du fait des lois, fondée sur la rupture d’égalité
devant les charges publiques.
Conditions cumulatives :
📍 Portée de l’arrêt
Évolutions et prolongements
84
Arrêt Date Principe
Refus légal de concours de la force publique –
CE, 1923, Couitéas
rupture d’égalité devant les charges publiques
Responsabilité sans faute du fait des lois
CE, 1938, La Fleurette
légales
CE, 1966, Compagnie générale Extension aux traités internationaux exécutés
d’énergie radioélectrique par la France
Responsabilité de l’État pour violation d’une
CE, 2005, Gardedieu
norme internationale par une loi
CE, 2007, Société Tropic Travaux Affirmation du contrôle juridictionnel élargi
Signalisation (en parallèle) des actes et normes
« Par cet arrêt La Fleurette du 14 janvier 1938, le Conseil d’État consacre la responsabilité
sans faute de l’État du fait des lois : lorsqu’une loi légale, adoptée dans l’intérêt général, cause
à un particulier un préjudice spécial et anormal, celui-ci doit être indemnisé, sauf volonté
contraire du législateur. »
🧠 Résumé à retenir
Élément Contenu
Fondement Rupture d’égalité devant les charges publiques
Nature du dommage Résulte d’une loi légale
Conditions Préjudice spécial + anormal + aucune exclusion par la loi
Type de responsabilité Sans faute
Principe sous-jacent Solidarité nationale
Jurisprudence clé Couitéas (1923), La Fleurette (1938), Gardedieu (2005)
Le litige posait donc la question de savoir si une personne morale de droit privé pouvait être
soumise au droit administratif, en raison de la mission qu’elle exerce.
⚙️La procédure
Le tribunal administratif s’était déclaré incompétent, considérant que la caisse était une
personne privée et que le litige relevait donc du juge judiciaire.
L’affaire fut portée devant le Conseil d’État, siégeant en Assemblée, tant la question était
importante pour la définition du champ du droit administratif.
❓ La question de droit
Le Conseil d’État devait répondre à la question suivante :
Une personne privée peut-elle être chargée de l’exécution d’un service public, et dans ce
cas, ses actes peuvent-ils relever de la compétence du juge administratif ?
Autrement dit :
👉 La qualité de “personne publique” est-elle nécessaire pour qu’une activité soit qualifiée de
service public ?
🧩 La solution
Le Conseil d’État adopte une position novatrice :
✅ Oui, une personne privée peut être chargée d’une mission de service public.
Il considère que la Caisse primaire “Aide et Protection” était chargée de l’exécution d’un
service public administratif (SPA), sous le contrôle de l’administration, et que, par
conséquent, certains de ses actes relèvent du droit administratif et donc du juge
administratif.
86
💡 Principe dégagé
Le Conseil d’État consacre ici un élargissement de la notion de service public :
🚀 Portée et importance
L’arrêt Caisse primaire Aide et Protection constitue une étape essentielle dans la
construction du droit administratif français.
Il ouvre la voie à une série de décisions qui reconnaîtront l’existence de services publics
gérés par des personnes privées, notamment :
📚 Apports essentiels
Confirmation du rôle central du service public comme critère du droit administratif.
👥 Reconnaissance du service public géré par une personne privée.
⚖️Affirmation du contrôle de l’administration comme condition d’application du
droit administratif.
💬 Préfiguration de la notion moderne de service public administratif (SPA) exercé
par un organisme privé.
🧠 Synthèse finale
87
L’arrêt Caisse primaire “Aide et Protection” (CE, Ass., 13 mai 1938) marque un tournant
majeur :
il admet qu’une personne privée peut être investie d’une mission de service public et que
ses actes, dans ce cadre, relèvent du juge administratif.
Ce faisant, il désolidarise la notion de service public de celle de personne publique et
consacre la fonction — et non la nature — comme le cœur du droit administratif.
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 5 mai 1944 – Dame Veuve Trompier-Gravier
1️⃣ Références
88
Publication : Rec. Lebon p. 133
Parties : Dame Veuve Trompier-Gravier c/ Ministre de l’Information.
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Annulation de la décision :
o Le Conseil d’État reconnaît que, même en l’absence de texte,
89
Première consécration explicite par le CE de l’obligation de procédure
contradictoire pour les mesures administratives individuelles à caractère répressif.
Préfigure les garanties ultérieures :
o CE, 26 oct. 1945, Aramu (confirmation en tant que PGD).
o Article L. 121-1 du Code des relations entre le public et l’administration (droit
d’être entendu avant toute sanction).
Étend le champ des droits de la défense au-delà du seul domaine pénal.
🏁 Résumé essentiel
FICHE DE JURISPRUDENCE
Faits
90
Un comité d’organisation professionnel, créé sous le régime de Vichy, adopte des
décisions imposant des quotas de production.
Un industriel conteste ces mesures.
Solution
Apport
Première reconnaissance qu’une personne privée peut édicter des AAU lorsqu’elle
exerce des prérogatives de puissance publique dans une mission de service public.
FICHE DE JURISPRUDENCE
Faits
91
Un médecin contestait une décision disciplinaire prise par l’Ordre des médecins.
Solution
Apport
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 26 octobre 1945 – Aramu et autres
1️⃣ Références
92
Juridiction : Conseil d’État – Assemblée du contentieux
Date : 26 octobre 1945
Parties : Aramu et autres (fonctionnaires de l’administration pénitentiaire).
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Même en l’absence de texte, l’administration peut-elle sanctionner des agents publics sans
respecter les droits de la défense ?
Existe-t-il des principes supérieurs qui s’imposent à l’administration ?
5️⃣ Solution
Annulation de la décision.
Le Conseil d’État affirme que :
Le respect des droits de la défense est un principe général du droit applicable même
sans texte et même en l’absence de disposition réglementaire ou législative.
93
7️⃣ Portée / Intérêt
🏁 Résumé essentiel
94
⚖️Faits
Celui-ci demande à être indemnisé par la commune du préjudice corporel subi dans
l’exercice de cette mission.
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
L’administration est-elle responsable sans faute des dommages subis par une personne
qui collabore bénévolement au service public, à la demande ou avec l’accord de
l’administration ?
Dès lors qu’une personne participe, même bénévolement, à l’exécution d’un service public,
à la demande ou avec l’accord de l’administration, elle bénéficie de la protection du
régime de responsabilité sans faute fondé sur le risque encouru dans l’intérêt du service.
⚖️Principe dégagé
➡️Responsabilité sans faute pour risque encouru par les collaborateurs occasionnels du
service public.
95
Conditions :
📍 Portée de l’arrêt
96
Arrêt Date Principe
Batz-sur-Mer Priest-la-Plaine
🧠 Résumé à retenir
Élément Contenu
Fondement Risque lié à la participation au service public
Type de victime Collaborateur occasionnel (non agent)
Participation effective + acceptée par l’administration + dommage lié
Conditions
à la mission
Nature du dommage Dommage corporel ou matériel causé par le risque du service
Principe Solidarité nationale et équité
Type de
Sans faute
responsabilité
M. D’Aillières, officier de marine, avait été condamné par un tribunal militaire maritime
pour des faits de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il forma un recours devant le Conseil d’État, contestant la décision rendue par le Conseil
supérieur de la justice militaire, lequel avait statué en dernier ressort.
La loi ne prévoyait aucun recours contre les décisions de cette juridiction spéciale.
M. D’Aillières tenta donc de former un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État,
invoquant une erreur de droit.
97
2. Procédure
1ʳᵉ instance : jugement rendu par une juridiction militaire, confirmé par le Conseil
supérieur de la justice militaire.
Recours : pourvoi formé devant le Conseil d’État, alors que la loi ne prévoyait
aucun recours en la matière.
3. Problème de droit
Une décision rendue en dernier ressort par une juridiction administrative spéciale peut-
elle faire l’objet d’un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État, en l’absence de texte
l’autorisant ?
➡️Oui.
« le recours en cassation est toujours ouvert, même sans texte, contre toute décision
rendue en dernier ressort par une juridiction administrative. »
➤ Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’État est toujours ouvert contre toute décision
rendue en dernier ressort par une juridiction administrative.
Ce principe s’applique même sans texte et garantit le droit au juge de cassation en matière
administrative.
98
B. Valeur du principe
C. Conséquences pratiques
D. Limites
7. Référence
8. Schéma synthétique
Élément Contenu
Juridiction CE, Assemblée
Date 7 février 1947
99
Élément Contenu
Parties M. D’Aillières / Conseil supérieur de la justice militaire
Question Pourvoi en cassation sans texte possible ?
Oui, PGD ouvrant le recours en cassation contre toute décision administrative
Solution
rendue en dernier ressort
Principe Droit général au recours en cassation (PGD)
Portée Garantie du contrôle juridictionnel, unité du contentieux administratif
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 25 juin 1948 – Société du journal L’Aurore
1️⃣ Références
100
Parties : Société du journal L’Aurore c/ Administration de l’électricité (tarifs de
distribution).
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Annulation de la décision.
Le Conseil d’État énonce que :
101
7️⃣ Portée / Intérêt
🏁 Résumé essentiel
102
Recueil Lebon : p. 262
Thème : Agents de service public – distinction droit public / droit privé
103
🧩 Cet arrêt s’inscrit dans la construction progressive du critère de distinction SPA /
SPIC,
qui sera définitivement codifié par CE, 1956, Union syndicale des industries
aéronautiques (USIA).
104
Thème : Responsabilité – faute personnelle / faute de service – cumul des
responsabilités
105
o La victime peut demander réparation intégrale à l’État,
lequel pourra ensuite exercer une action récursoire contre l’agent fautif.
106
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 17 février 1950 – Dame Lamotte
1️⃣ Références
107
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Une loi peut-elle exclure tout recours pour excès de pouvoir contre une décision
administrative ?
Autrement dit, existe-t-il un droit au REP qui s’impose même face à une loi contraire ?
5️⃣ Solution
Annulation de la décision.
Le Conseil d’État affirme que :
Le recours pour excès de pouvoir est ouvert, même sans texte, contre tout acte
administratif, et ce, même si la loi prétend le rendre sans recours.
La formule de la loi de 1941 (« sans recours ») est interprétée comme n’excluant pas
le REP.
108
7️⃣ Portée / Intérêt
🏁 Résumé essentiel
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 7 juillet 1950, Dehaene
1️⃣ Références
109
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
En l’absence de loi organisant l’exercice du droit de grève dans la fonction publique (prévue
par le Préambule de 1946),
➡️l’administration peut-elle réglementer ou limiter ce droit pour assurer la continuité du
service public ?
5️⃣ Solution
Oui.
Le Conseil d’État reconnaît que :
o Le droit de grève a valeur constitutionnelle (Préambule de 1946, al. 7).
o Mais son exercice doit être concilié avec le principe de continuité du service
public, également de valeur constitutionnelle.
En l’absence de loi, il appartient aux chefs de service de réglementer l’exercice du
droit de grève pour assurer la continuité, y compris en infligeant des sanctions
disciplinaires.
110
7️⃣ Portée et intérêt
🏁 Résumé essentiel
I. 📜 Les faits
La Société des concerts du Conservatoire (association musicale d’anciens élèves du
Conservatoire national de musique) organisait des concerts publics à Paris.
Cette société était soumise au contrôle de l’État, via le Conservatoire national.
Le directeur du Conservatoire et le ministre de l’Éducation nationale avaient
exclu la Société de la liste des formations autorisées à se produire dans certaines salles
publiques et à bénéficier de subventions ou de soutiens officiels.
Cette exclusion résultait de mesures discriminatoires liées à des désaccords internes
entre membres de la Société et les autorités du Conservatoire.
111
II. ⚖️La procédure
La Société dépose un recours pour excès de pouvoir (REP) devant le Conseil d’État
contre cette décision d’exclusion.
Elle invoque une rupture d’égalité dans le traitement entre les sociétés musicales
reconnues et celles exclues arbitrairement.
Autrement dit :
Existe-t-il, en l’absence de texte, un principe d’égalité des usagers devant le service public,
que l’administration doit respecter ?
Le Conseil d’État (Assemblée) annule la décision d’exclusion comme illégale, car elle
méconnaît le principe d’égalité devant le service public.
🔹 Motifs
112
L’arrêt consacre un grand principe général du droit (PGD) :
👉 le principe d’égalité des usagers devant le service public.
Ce principe s’impose :
o à toutes les autorités administratives,
o à tous les services publics (administratifs ou industriels et commerciaux),
o même en l’absence de loi.
L’administration doit traiter de manière égale les usagers placés dans une situation
identique.
Elle ne peut pas établir de discriminations arbitraires entre eux, sauf si :
o elles reposent sur une différence de situation objective,
o ou si elles répondent à une nécessité d’intérêt général.
Le CE, après la Libération, développe un corpus de PGD garantissant les droits des
administrés :
o CE, 1948, Société du Journal l’Aurore → non-rétroactivité des actes
administratifs.
o CE, 1950, Dehaene → continuité du service public.
o CE, 1951, Société des concerts du Conservatoire → égalité.
Ces PGD deviennent les principes cardinaux du droit administratif français, avant
même la reconnaissance constitutionnelle de 1958.
114
⚖️Tribunal des conflits, 17 juin 1951 —
Dame Noualek
I. 📜 Les faits
Un gardien de la paix participait, de nuit, à une opération de surveillance
préventive ordonnée par le commissaire de police dans un quartier sensible.
Durant cette opération, les policiers procédaient à des vérifications d’identité et à des
contrôles de personnes circulant dans la rue.
L’un des gardiens, manipulant son arme, a blessé par accident Mme Noualek, une
passante étrangère à l’opération.
Celle-ci a demandé réparation du dommage à l’administration.
115
Le litige est porté devant le Tribunal des conflits pour trancher la question de
compétence.
Autrement dit :
🔹 Motifs
1. Police administrative :
o A pour but préventif → prévenir les troubles à l’ordre public (sécurité,
tranquillité, salubrité).
o Relève de la compétence du juge administratif.
2. Police judiciaire :
o A pour but répressif → constater des infractions, rechercher les auteurs, les
traduire devant le juge pénal.
o Relève du juge judiciaire.
➡️En l’espèce :
V. ⚖️Principe dégagé
116
🧠 Principe :
La distinction entre police administrative et police judiciaire repose sur la finalité de
l’opération :
La distinction détermine :
o Le juge compétent :
Juge administratif si police administrative,
Juge judiciaire si police judiciaire.
o Le régime de responsabilité applicable :
Droit administratif (faute de service ou responsabilité sans faute),
Droit civil/pénal (faute personnelle, responsabilité de droit commun).
117
Jurisprudence Apport
TC, 1951, Dame
Si l’opération vise à prévenir un trouble → police administrative.
Noualek
TC, 1977, Demoiselle Une opération de police peut changer de nature selon son
Motsch évolution.
Le pouvoir de police générale appartient à l’État (premier ministre)
CE, 1919, Labonne
et aux autorités locales.
CE, 1933, Benjamin Les mesures de police doivent être nécessaires et proportionnées.
118
TC, 27 mars 1952, Dame de La Murette
1) Faits
Pendant un régime d’état de siège (pouvoirs de police renforcés conférés à l’administration
par la loi), l’autorité administrative fait arrêter et interner Mme de La Murette. La mesure
est contestée (illégalité alléguée, notamment quant à sa durée/maintien).
2) Procédure
La requérante cherche à engager la responsabilité de l’État devant le juge judiciaire, en
soutenant qu’il s’agit d’une voie de fait (atteinte grave à la liberté individuelle), ce qui
entraînerait la compétence de l’ordre judiciaire. Conflit de compétence porté devant le
Tribunal des conflits.
3) Problème de droit
L’arrestation/détention décidée par l’administration, prise sur le fondement de pouvoirs
légaux exceptionnels (état de siège), constitue-t-elle une voie de fait transférant la
compétence au juge judiciaire ?
4) Solution (dispositif)
➡️Non : pas de voie de fait.
Le juge administratif est compétent pour connaître de l’illégalité éventuelle et de la
réparation du préjudice causé par cette mesure.
5) Principe dégagé
119
Quand l’administration agit sur le fondement d’un texte lui conférant un pouvoir
(même exceptionnel), la mesure n’est pas une voie de fait, même si elle est illégale
(erreur de droit, maintien trop long, etc.).
En l’absence de voie de fait, la compétence appartient à l’ordre administratif
(annulation, responsabilité).
6) Portée
L’arrêt resserre la notion classique de voie de fait : il ne suffit pas d’une atteinte
grave à une liberté ; il faut absence de titre légal (incompétence manifeste) ou
exécution manifestement insusceptible de se rattacher à un pouvoir.
Il sanctuarise la compétence administrative pour les mesures de police
administrative prises sous habilitation légale, y compris en période exceptionnelle.
Il préfigure l’évolution contemporaine :
o TC, 1935, Action française (voie de fait admise contre saisie manifestement
illégale, sans base légale).
o TC, 2013, Bergoend (redéfinition stricte de la voie de fait : atteinte à la liberté
individuelle par détention arbitraire ou extinction du droit de propriété par
exécution manifestement illégale).
8) Référence
Tribunal des conflits, 27 mars 1952, Dame de La Murette, Rec. p. 789 (répartition
des compétences – voie de fait écartée).
TC, 27 mars 1952, Dame de La Murette : une détention administrative décidée sur
habilitation légale n’est pas une voie de fait ; la compétence pour juger de son illégalité et
réparer appartient à l’ordre administratif.
120
Fiche d’arrêt — CE, Ass., 12 décembre
1953, De Bayo
1. Faits
Mme De Bayo, surveillante dans un établissement d’enseignement privé sous contrat, avait
été sanctionnée disciplinairement (suspension de ses fonctions) par une commission de
discipline instituée par un décret.
Estimant que cette sanction était irrégulière, elle saisit le Conseil d’État d’un recours pour
excès de pouvoir contre la décision rendue par cette commission.
2. Procédure
3. Problème de droit
121
Une commission de discipline instituée par décret pour sanctionner des agents publics
exerce-t-elle une fonction juridictionnelle, la faisant relever du contrôle du Conseil d’État
en tant que juridiction administrative ?
En d’autres termes :
5. Principe dégagé
Principe :
Est une juridiction administrative tout organisme qui, quelle que soit sa dénomination, a
pour mission de trancher, conformément au droit, des litiges opposant l’administration à
des administrés ou entre administrés, par des décisions revêtues de l’autorité de la chose
jugée.
Autrement dit :
7. Portée de l’arrêt
C. Conséquences pratiques
D. Jurisprudence ultérieure
9. Référence
123
Est une juridiction administrative tout organisme qui a pour mission de trancher, selon
des règles de droit, des litiges administratifs par des décisions ayant autorité de chose
jugée.
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État, Assemblée
Date 12 décembre 1953
Parties Mme De Bayo / Commission de discipline
Problème Une commission disciplinaire est-elle une juridiction administrative ?
✅ Oui, car elle tranche des litiges selon le droit et avec autorité de chose
Solution
jugée
Principe Définition fonctionnelle de la juridiction administrative
Élargissement du contrôle du CE sur les juridictions administratives
Portée
spéciales
Lien Complète D’Aillières (1947) et fonde le contrôle du CE sur les
jurisprudentiel juridictions administratives
124
⚖️Fiche d’arrêt — CE, Ass., 28 mai 1954,
Barel et autres
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État (Assemblée du contentieux)
Date : 28 mai 1954
Parties : Barel et autres c/ Ministre de la Fonction publique
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Principe d’égal accès aux emplois publics — contrôle du mobile politique
📜 Les faits
Plusieurs candidats, dont M. Barel, s’étaient présentés au concours d’entrée de l’École
nationale d’administration (ENA).
Le ministre de la Fonction publique refusa d’inscrire leurs candidatures, en raison de leurs
opinions politiques, certains étant connus pour appartenir au Parti communiste français.
Ces candidats ont donc saisi le Conseil d’État, par un recours pour excès de pouvoir, pour
demander l’annulation de la décision du ministre.
⚙️La procédure
Rejet de leur candidature par le ministre ;
Recours devant le Conseil d’État, juge de premier et dernier ressort (compétence
directe en matière de concours nationaux).
L’affaire est renvoyée en Assemblée du contentieux, formation la plus solennelle.
❓ La question de droit
125
Le ministre peut-il légalement refuser l’accès à un concours administratif en raison des
opinions politiques des candidats ?
Autrement dit :
👉 Les opinions politiques peuvent-elles constituer un critère d’exclusion pour l’accès à la
fonction publique ?
👉 Et le juge administratif peut-il contrôler la réalité des motifs politiques d’une décision
administrative ?
➡️Le Conseil d’État reconnaît que le juge administratif est compétent pour contrôler la
réalité du motif politique d’une décision administrative, même lorsqu’elle émane d’une
haute autorité gouvernementale.
Le CE admet qu’il peut vérifier la réalité du motif d’une décision, même s’il est
politique ou discrétionnaire.
C’est un tournant : fin du “domaine réservé” de l’administration en matière politique.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État, Assemblée
Date 28 mai 1954
Parties Barel et autres c/ Ministre de la Fonction publique
Principe Égal accès aux emplois publics
Fondement Article 6 DDHC (1789)
L’administration peut-elle exclure un candidat pour ses opinions
Problème de droit
politiques ?
Solution Non : atteinte au principe d’égalité et de neutralité
Le CE contrôle la légalité et la motivation politique des actes
Portée
administratifs
127
Décision / Arrêt Apport principal
CE, 1978, Lebon Limites du contrôle du juge sur les sanctions disciplinaires
CE, 1989, Mlle Neutralité du service public, interdiction du prosélytisme religieux
Marteaux des agents
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Barel (CE, Ass., 1954) est un arrêt fondateur de la légalité républicaine et de
l’État de droit administratif.
🔹 Il consacre le principe d’égal accès aux emplois publics et le contrôle juridictionnel des
motifs politiques.
🔹 Il illustre la capacité du juge administratif à protéger les libertés publiques contre
l’arbitraire gouvernemental.
📜 Les faits
Le ministre de l’Éducation nationale avait adressé une circulaire aux services académiques
concernant les conditions d’attribution des bourses pour les élèves fréquentant des
établissements privés.
Elle forme donc un recours pour excès de pouvoir contre cette circulaire devant le Conseil
d’État.
⚙️La procédure
Requérante : L’institution scolaire privée demande l’annulation de la circulaire.
Défendeur : Le ministre de l’Éducation nationale soutient que la circulaire n’a
aucun caractère réglementaire et ne peut donc être attaquée devant le juge
administratif.
❓ La question de droit
Une circulaire administrative peut-elle faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir
(REP) ?
Autrement dit :
👉 Le juge administratif est-il compétent pour contrôler la légalité d’une circulaire
ministérielle adressée aux services administratifs ?
129
⚖️La solution du Conseil d’État
Le Conseil d’État opère ici une distinction fondamentale entre deux types de circulaires 👇
✅ Principe dégagé :
➡️Par conséquent, elle pouvait être contestée devant le juge administratif, et le recours est
jugé recevable.
📚 Synthèse
130
L’arrêt Notre-Dame du Kreisker (CE, Sect., 4 juin 1954) marque une étape majeure dans la
définition du régime juridique des circulaires administratives.
Il distingue les circulaires interprétatives (non susceptibles de REP) des circulaires
réglementaires (susceptibles de REP).
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État, Section
Date 4 juin 1954
Faits Circulaire ministérielle modifiant les conditions d’attribution des bourses
Question Une circulaire peut-elle être attaquée devant le juge administratif ?
Solution Oui, si elle a un caractère réglementaire
Principe Distinction circulaire interprétative (non attaquable) / réglementaire (attaquable)
Portée Première reconnaissance du REP contre certaines circulaires
🔗 Chaîne jurisprudentielle
Arrêt Apport principal
CE, 1954,
Distinction interprétative / réglementaire
Kreisker
CE, 2002,
Critère de l’impérativité de la circulaire
Duvignères
Extension du contrôle aux documents de portée générale (lignes
CE, 2020, GISTI
directrices, instructions, notes, etc.)
I. 📜 Les faits
131
Dans le cadre du plan de reconstruction et de remembrement après la Seconde
Guerre mondiale, des travaux avaient été réalisés pour remettre en état des terres
agricoles.
Ces travaux étaient exécutés :
o par une entreprise privée,
o pour le compte d’une association syndicale de remembrement (organisme de
droit privé),
o sous la surveillance et le contrôle de l’administration.
M. Effimieff, un particulier, subit un dommage du fait de ces travaux (détérioration
de terrain, gêne, etc.).
Il saisit le juge judiciaire pour obtenir réparation, estimant qu’il s’agit d’un litige
entre particuliers.
Autrement dit :
Une personne privée peut-elle accomplir des missions de service public administratif, et si
oui, dans quelles conditions ?
🔹 Motifs
132
1. Un travail immobilier,
2. Effectué pour le compte d’une personne publique (ou dans un but d’utilité
publique),
3. Dans le cadre d’une mission de service public.
Même si les travaux sont exécutés par une personne privée, ils conservent le caractère de
travail public lorsqu’ils sont réalisés pour le compte d’une personne publique ou dans le
cadre d’une mission de service public, sous contrôle de l’administration.
En l’espèce :
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Des travaux réalisés par une personne privée peuvent avoir le caractère de travaux
publics et relever de la compétence du juge administratif lorsqu’ils sont exécutés :
Avant Effimieff, les travaux publics étaient principalement ceux réalisés directement
par des personnes publiques.
Le TC admet ici que des personnes privées peuvent aussi réaliser de tels travaux, dès
lors qu’elles agissent pour un but d’utilité publique, dans le cadre d’une mission
de service public et sous contrôle de l’administration.
133
Il ne s’agit donc pas d’un simple contrat de droit privé entre particuliers.
L’arrêt Effimieff fonde la possibilité qu’un travail public soit réalisé par un
particulier tout en conservant son caractère administratif,
du moment qu’il s’inscrit dans une finalité de service public et sous un encadrement
public.
Cette logique sera reprise dans TC, 1963, Société entreprise Peyrot (travaux
autoroutiers confiés à des sociétés privées agissant pour l’État), puis restreinte par TC,
2015, Mme Rispal.
134
IX. 🏁 En une phrase de révision
TC, 28 mars 1955, Effimieff :
le Tribunal des conflits admet que des travaux réalisés par une personne privée peuvent
être des travaux publics, et donc relever du juge administratif, lorsqu’ils sont effectués
pour une mission de service public sous le contrôle de l’administration — élargissant
ainsi le champ du service public administratif.
135
2️⃣ Les faits
Les époux Bertin, restaurateurs, avaient conclu avec l’Administration
(Commissariat général aux réfugiés) un accord oral.
Ils s’étaient engagés à nourrir et héberger des réfugiés russes que l’État devait
rapatrier vers leur pays d’origine.
Un litige survient : les époux Bertin demandent le paiement des prestations
effectuées, que l’administration refuse.
Le débat porte sur la nature juridique de cet accord : contrat administratif ou
contrat de droit privé ?
3️⃣ La procédure
Les époux Bertin saisissent la juridiction administrative pour demander la
condamnation de l’État au paiement.
Le tribunal administratif rejette leur demande en estimant que le contrat est de droit
privé.
Les époux Bertin font appel devant le Conseil d’État.
136
o Les époux Bertin exécutaient une part du service public, confiée directement
par l’administration.
2. ⚖️Critère de l’objet du contrat
o Le contrat est administratif par son objet, même s’il ne contient aucune
clause exorbitante du droit commun.
o Ce n’est donc plus seulement la présence de clauses exorbitantes (critère du
Granits porphyroïdes de 1912) qui compte,
mais la participation à l’exécution du service public.
3. 📜 Conséquence juridique
o Puisque le contrat est administratif, le juge administratif est compétent pour
connaître du litige.
o L’administration est condamnée à payer les sommes dues aux époux Bertin
pour le service rendu.
7️⃣ Le dispositif
✅ Le contrat est qualifié de contrat administratif.
✅ Compétence du juge administratif reconnue.
✅ Annulation du jugement du tribunal administratif.
Un contrat conclu par une personne publique est administratif lorsqu’il a pour objet
l’exécution même du service public,
même s’il ne contient aucune clause exorbitante du droit commun.
🧩 Cet arrêt complète la jurisprudence Société des granits porphyroïdes des Vosges
(1912) :
o 👉 1912 : critère formel (clauses exorbitantes)
o 👉 1956 : critère matériel (objet du contrat = service public)
📘 Il est rendu le même jour que l’arrêt CE, 20 avril 1956, Grimouard, qui applique le
même principe à un contrat de travaux publics.
Ensemble, ils posent les deux grands critères du contrat administratif :
137
9️⃣ En résumé (phrase-type à retenir)
📘 Le Conseil d’État, dans l’arrêt Époux Bertin du 20 avril 1956, a jugé qu’un contrat conclu
entre une personne publique et une personne privée est administratif lorsqu’il confie
directement à son cocontractant l’exécution même du service public, indépendamment de
toute clause exorbitante.
138
2️⃣ Les faits
M. Grimouard, propriétaire forestier, avait passé un contrat avec l’État,
par l’intermédiaire de l’administration des Eaux et Forêts.
Ce contrat portait sur la plantation et l’entretien d’arbres dans une forêt soumise au
régime forestier,
dans le cadre d’une mission d’aménagement et de reboisement menée par
l’administration.
À la suite de difficultés d’exécution du contrat, un litige financier est survenu entre
M. Grimouard et l’administration.
3️⃣ La procédure
M. Grimouard saisit la juridiction administrative pour obtenir paiement.
Se pose la question de la nature du contrat :
👉 s’agit-il d’un contrat administratif (relevant du juge administratif)
👉 ou d’un contrat de droit privé (relevant du juge judiciaire) ?
139
Le contrat est administratif par son objet, même s’il ne contient pas de
o
clause exorbitante.
o C’est donc le but poursuivi et la nature de l’activité confiée qui déterminent
la qualification juridique.
3. ⚖️Conséquence
o Le contrat relevant des travaux publics, le juge administratif est seul
compétent pour connaître du litige.
7️⃣ Le dispositif
✅ Le Conseil d’État reconnaît la compétence du juge administratif.
✅ Le contrat est qualifié de contrat administratif, car il a pour objet la réalisation
de travaux publics.
140
Arrêt Année Critère mis en avant Type de contrat Conséquence
Service
CE, 1956, Époux Objet = participation Contrat
1956 (hébergement de
Bertin directe au service public administratif
réfugiés)
CE, 1956, Objet = exécution de Contrat
1956 Reboisement
Grimouard travaux publics administratif
141
Une commune avait passé un contrat de concession de voirie avec la Société Le
Béton, autorisant celle-ci à aménager et exploiter des parcelles publiques (création
de places de stationnement, installation de pavés autobloquants, etc.).
L’entreprise s’engageait à réaliser des travaux d’aménagement et à percevoir des
redevances sur les usagers.
Un litige est né entre la société et la commune à propos de l’exécution du contrat.
Se posait la question de la compétence juridictionnelle :
→ le contrat relève-t-il du juge administratif (car contrat administratif),
→ ou du juge judiciaire (car contrat de droit privé) ?
3️⃣ La procédure
Le tribunal judiciaire s’est déclaré incompétent.
La juridiction administrative s’est également estimée incompétente.
D’où la saisine du Tribunal des conflits pour trancher le conflit négatif de
compétence.
142
oLe contrat contenait des prérogatives de puissance publique au profit de la
commune, telles que le contrôle de l’activité de la société et la possibilité de
résiliation unilatérale pour motif d’intérêt général.
4. 🔗 Conséquence : nature administrative du contrat
o En raison de son objet (exécution de travaux publics sur le domaine public) et
de ses clauses spécifiques, le contrat relève de la compétence du juge
administratif.
7️⃣ Le dispositif
Le contrat est qualifié d’administratif.
Le litige relève du juge administratif.
Un contrat conclu entre une personne publique et une personne privée est administratif
lorsqu’il a pour objet l’exécution de travaux publics, ou qu’il participe
directement à la gestion du domaine public.
Cet arrêt est une étape majeure dans la construction de la jurisprudence sur la notion
de contrat administratif par son objet, avant les arrêts Époux Bertin (CE, 1956) et
Grimouard (CE, 1956).
143
Fiche de jurisprudence – CE, 16 novembre
1956, Union syndicale des industries
aéronautiques (USIA)
144
La question posée : la nature du service (administratif ou industriel et commercial)
détermine le régime juridique applicable (droit public ou droit privé) et la
compétence du juge (administratif ou judiciaire).
3️⃣ La procédure
L’union saisit le Conseil d’État pour contester la décision du ministre et demander la
requalification du service.
Le Conseil d’État doit définir les critères permettant de distinguer un SPA d’un
SPIC.
🔹 1. L’objet du service
145
Financement par l’impôt ou le budget public → SPA.
Financement par des redevances payées par les usagers → SPIC.
7️⃣ Le dispositif
Le Conseil d’État qualifie le service d’aéronautique en cause de SPA.
Il en déduit que ses agents relèvent du droit public et de la juridiction
administrative.
146
🔟 Schéma synthétique : la grille USIA 🧩
Critères SPA SPIC
Activité administrative (non Activité économique (production, vente,
Objet
lucrative, d’intérêt général) transport, services marchands)
Financement par impôt ou
Ressources Financement par redevances des usagers
subvention publique
Fonctionnement Règles de droit public Règles de droit privé
Régime
Droit public – juge administratif Droit privé – juge judiciaire
juridique
147
3️⃣ La question juridique
💡 L’État peut-il être déclaré responsable des dommages subis par un particulier collaborant
occasionnellement au service public de la justice, et selon quel régime de responsabilité
(droit privé ou droit administratif) ?
148
2. Il consacre l’application du droit administratif par le juge judiciaire,
lorsqu’il est compétent (matière pénale, civile, etc.), dans le respect de la
séparation des autorités.
⚙️C’est une illustration parfaite de la “théorie de l’emprunt du droit
administratif” :
→ le juge judiciaire peut, dans certains cas, appliquer le régime de responsabilité de
l’administration sans empiéter sur la compétence du juge administratif.
🧱 Il s’inscrit dans la continuité de :
149
o la théorie du service public,
o la responsabilité sans faute,
o et la porosité des ordres de juridiction.
⚖️Procédure
➡️Recours pour excès de pouvoir introduit par le Syndicat général des ingénieurs-conseils
contre le décret du 29 juillet 1958.
❓ Problème juridique
✅ Oui.
Le Conseil d’État reconnaît que le pouvoir réglementaire autonome du gouvernement —
même lorsqu’il agit sans habilitation législative — est soumis au respect de la hiérarchie
150
des normes.
➡️En particulier, il ne peut méconnaître les principes généraux du droit (PGD), les
principes constitutionnels ni les règles supérieures du droit international.
Le décret contesté est donc annulé pour violation du principe de liberté du travail.
💡 Principe dégagé
Ainsi, le pouvoir réglementaire n’est jamais absolu : il est subordonné au bloc de légalité.
📚 Portée de l’arrêt
Cet arrêt constitue un arrêt de principe fondamental pour la hiérarchie des normes
dans la Vᵉ République.
Il affirme que les PGD s’imposent à toutes les autorités réglementaires, y compris
dans le domaine autonome du gouvernement.
Il renforce le contrôle du juge administratif sur le pouvoir exécutif.
Il s’inscrit dans la continuité de CE, Aramu (1945) (reconnaissance des PGD) et
prépare la logique du bloc de constitutionnalité développé ensuite par le Conseil
constitutionnel.
151
CE, 18 décembre 1959 — Société Les Films
Lutétia
I. 📜 Les faits
La société Les Films Lutétia exploitait un cinéma dans la commune de Nice.
Le ministre de l’Information avait délivré un visa national d’exploitation au film
intitulé Le feu dans la peau (film jugé licencieux mais non interdit).
Le maire de Nice, considérant que le film risquait de heurter la moralité publique et
de provoquer des troubles à l’ordre public, a interdit sa projection sur le territoire
de la commune par arrêté de police.
La société exploitante conteste cette interdiction devant le tribunal administratif de
Nice, en invoquant la violation de la liberté de projection cinématographique.
Autrement dit :
152
IV. 🧾 La solution du Conseil d’État
🔹 Décision
🔹 Motifs
Le CE reconnaît que :
1. Le visa ministériel (autorisation nationale) ne prive pas le maire de sa
compétence de police municipale (art. L. 131-2 du Code des communes,
aujourd’hui art. L. 2212-2 CGCT).
2. Le maire peut, pour assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité
publiques, prendre des mesures plus rigoureuses que celles de l’autorité
nationale, si des circonstances locales le justifient.
3. En l’espèce, le film, bien que visé par l’État, risquait de troubler l’ordre
public en raison de son caractère immoral et du contexte local.
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Le maire dispose d’un pouvoir de police générale lui permettant de restreindre une liberté
publique (ici la diffusion d’un film),
à condition que :
👉 L’ordre public inclut ici la moralité publique, élément non matériel mais reconnu par le
juge administratif.
153
o le ministre de l’Intérieur ou de la Culture → compétence nationale (visa
d’exploitation),
o le maire → compétence locale pour tenir compte des circonstances locales.
Le maire peut donc aggraver une réglementation nationale, mais jamais l’alléger.
154
VIII. 📋 Fiche synthétique
Élément Détail
Juridiction Conseil d’État
Formation Section
Date 18 décembre 1959
Parties Société Les Films Lutétia c/ Commune de Nice
Type de
Recours pour excès de pouvoir
recours
Question Le maire peut-il interdire un film autorisé nationalement au nom de la
juridique moralité publique ?
Solution Oui, si des circonstances locales particulières le justifient.
Le maire peut, par sa police générale, interdire une activité autorisée
Principe dégagé
nationalement pour des motifs de moralité publique.
Extension du concept d’ordre public à la moralité publique ; possibilité d’un
Portée
cumul de polices nationale et locale.
155
⚖️Fiche d’arrêt – CE, 24 juin 1960, Société Frampar et
autres
🧩 Faits
⚖️Procédure
➡️La Société Frampar forme un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État
pour obtenir l’annulation de la saisie et la restitution de son matériel.
❓ Problème juridique
💡 Principe dégagé
156
Si elle vise à prévenir un trouble à l’ordre public → police administrative,
Si elle tend à constater ou réprimer une infraction → police judiciaire.
📚 Portée de l’arrêt
157
Fiche de jurisprudence – TC, 14 novembre
1960, Compagnie des bateaux à vapeur du
Nord
158
5️⃣ Les motifs essentiels
1. ⚓ Qualité d’usager
o La Compagnie utilisait régulièrement les installations du port pour son
activité :
→ elle bénéficiait donc directement du service public portuaire.
o Elle n’était pas étrangère au service : elle ne pouvait être qualifiée de tiers.
2. ⚙️Régime de responsabilité applicable
o Les usagers d’un ouvrage public ne peuvent être indemnisés qu’en cas de
faute du maître de l’ouvrage (article L. 211-10 du Code de la voirie
aujourd’hui).
o Les tiers, en revanche, peuvent être indemnisés sans faute (responsabilité de
plein droit pour risque).
3. ⚖️Absence de faute prouvée
o En l’espèce, aucune faute n’étant démontrée, la demande de la Compagnie a
été rejetée.
Qualité de la
Régime de responsabilité Exemple
victime
Usager du service Usager blessé sur une voie
Responsabilité pour faute prouvée
public publique
Tiers au service Responsabilité sans faute (fondée Riverain d’un chantier
public sur le risque) public
🧩 L’arrêt est régulièrement cité avec CE, 1970, EDF c. Farsat (tiers), pour illustrer le
double régime de responsabilité en matière de travaux publics.
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 27 janvier 1961 – Vannier
159
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Les usagers d’un service public disposent-ils d’un droit acquis à son maintien, de sorte que
l’administration ne pourrait pas le supprimer ou le modifier librement ?
5️⃣ Solution
Rejet de la requête :
o Le Conseil d’État affirme que :
« Les usagers d’un service public n’ont aucun droit acquis à son maintien. »
160
Principe de mutabilité (ou adaptabilité) du service public :
o Le service public doit pouvoir évoluer, être réorganisé ou supprimé selon les
besoins de l’intérêt général.
o Aucune « cristallisation » des situations au profit des usagers.
Confirme que l’intérêt général prime sur les attentes individuelles des usagers.
S’inscrit dans la trilogie des « lois du service public » avec :
1. Continuité (CE, 1918, Heyriès ; CE, 1950, Dehaene),
2. Égalité (CE, 1951, Société des concerts du Conservatoire),
3. Mutabilité/adaptabilité (CE, 1902, Compagnie du gaz de Deville-lès-Rouen ;
ici confirmée).
Les usagers ne peuvent donc réclamer ni indemnisation pour suppression (sauf
faute), ni maintien du service.
🏁 Résumé essentiel
161
Faits
Solution
Le CE juge que :
o Le groupement, bien que association privée,
o est chargé d’une mission de service public (protection sanitaire animale),
o et dispose de prérogatives de puissance publique,
o donc ses décisions sont des AAU susceptibles de REP.
Apport
Stabilise la jurisprudence : trois critères pour qu’une personne privée prenne un acte
administratif :
1. Mission de service public,
2. Prérogatives de puissance publique,
3. Acte unilatéral pris dans l’exercice de cette mission.
163
o La faute est personnelle lorsqu’elle traduit :
un comportement incompatible avec les obligations du service ;
ou une intention malveillante,
ou une négligence d’une gravité exceptionnelle.
3. Conséquence juridictionnelle
o Faute personnelle → responsabilité civile de l’agent → juge judiciaire
compétent.
o Faute de service → responsabilité de l’administration → juge administratif
compétent.
165
oLe juge consacre le principe selon lequel tous les préjudices, quels qu’ils
soient (matériels, corporels, moraux), doivent être réparés s’ils résultent
directement d’une faute de l’administration.
2. ❤️Reconnaissance du préjudice moral autonome
o La douleur morale (perte d’un proche, souffrance psychologique, atteinte à la
réputation) constitue un dommage réel et certain, juridiquement réparable.
3. 💰 Conséquence pratique
o Le Conseil d’État admet que M. Letisserand puisse obtenir une indemnisation
pécuniaire correspondant à la douleur morale causée par la mort de son fils.
166
9️⃣ Utilité en examen 🎯
🧠 À citer systématiquement dans :
o une dissertation sur la responsabilité administrative ou la réparation intégrale
du préjudice,
o un cas pratique portant sur les préjudices indemnisables.
🎯 Montre que tu connais la progression humaniste du droit administratif :
→ de la faute lourde à la faute simple (Époux V., 1992),
→ puis à la reconnaissance du dommage moral (Letisserand, 1961).
167
Juridiction : Conseil d’État
Date : 10 janvier 1962
Parties : Ministre des Armées (Air) c/ Dame veuve Coppier de Chanrond
Recueil Lebon : p. 24
Thème : Responsabilité – faute personnelle / faute de service – agent militaire
168
6️⃣ Portée de la décision
💡 Cet arrêt complète et nuance la jurisprudence Dame Kouyoumdjian (TC, 1961) :
o Là où Kouyoumdjian retenait une faute personnelle détachable (imprudence
grave sans lien avec le service),
o Coppier de Chanrond affirme qu’une imprudence ordinaire pendant le
service reste une faute de service.
🧩 Il illustre la souplesse du critère de rattachement au service :
le juge retient la faute de service dès lors que l’acte fautif n’est pas incompatible
avec les fonctions.
⚙️L’arrêt marque aussi la volonté du Conseil d’État de protéger les agents publics,
en faisant souvent peser la responsabilité sur l’administration (principe de garantie
fonctionnelle).
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 2 mars 1962 – Rubin de Servens
1️⃣ Références
169
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Le déclenchement de l’article 16 et les actes pris sous son empire peuvent-ils être contrôlés
par le juge administratif ?
5️⃣ Solution
o Acte de gouvernement :
o Distinction :
Les mesures relevant du domaine législatif (art. 34 C°) ont valeur
législative et échappent au juge administratif.
Celles relevant du domaine réglementaire conservent leur nature
d’acte administratif et sont susceptibles de recours.
170
6️⃣ Principes dégagés
🏁 Résumé essentiel
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Section, 27 avril 1962 – Sicard et autres
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
171
Un décret (non soumis à délibération obligatoire en Conseil des ministres) est :
o signé par le Président de la République,
o mais pas par le Premier ministre.
Des particuliers (dont M. Sicard) contestent la légalité de ce décret en invoquant une
incompétence dans la signature.
3️⃣ Procédure
Un décret non délibéré en Conseil des ministres mais signé par le Président de la
République est-il valable si le Premier ministre ne l’a pas contresigné ?
5️⃣ Solution
Les décrets qui ne sont pas délibérés en Conseil des ministres relèvent de la
compétence du Premier ministre.
172
Délimite clairement les compétences :
o Premier ministre : droit commun de la signature des décrets.
o Président de la République : ne signe obligatoirement que
les décrets expressément prévus par la Constitution,
ou ceux effectivement délibérés en Conseil des ministres (cf. CE, 1992,
Meyet).
Évite que le Président s’arroge une compétence sans base légale.
🏁 Résumé essentiel
À la suite du putsch des généraux à Alger en 1961, le général de Gaulle, alors Président de
la République, adopte une ordonnance du 12 mai 1961 créant une juridiction d’exception :
➡️le Tribunal militaire de justice, chargé de juger les auteurs de crimes liés aux événements
d’Algérie.
⚖️Procédure
173
➡️Recours pour excès de pouvoir formé contre l’ordonnance du 12 mai 1961, prise sur le
fondement de la loi du 13 avril 1961 habilitant le gouvernement à légiférer par ordonnances
pendant la crise algérienne.
❓ Problème juridique
👉 Le Conseil d’État peut-il contrôler la légalité d’une ordonnance prise par le chef de
l’État en période de crise et annuler un acte qui institue un tribunal d’exception ?
✅ Oui.
Le Conseil d’État annule l’ordonnance du 12 mai 1961.
Il estime que, bien que le Président ait été habilité à légiférer, la création d’un tribunal
d’exception, non conforme aux principes généraux du droit et à la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen, constitue une violation manifeste du principe de légalité et du
droit à un procès équitable.
💡 Principe dégagé
📚 Portée de l’arrêt
L’arrêt Canal, Robin et Godot illustre la primauté du droit sur la raison d’État.
Il marque la limite du pouvoir exécutif même dans les circonstances exceptionnelles.
Il prolonge la logique de Heyriès (1918) et Dames Dol et Laurent (1919), mais dans
un sens protecteur des libertés fondamentales.
Il annonce la jurisprudence constitutionnelle et européenne sur le droit à un
procès équitable (article 6 CEDH).
174
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 28 juin 1963 – Narcy
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
175
3️⃣ Procédure
Recours en annulation d’une décision fiscale devant le Conseil d’État, afin de faire
reconnaître l’association comme exerçant une mission de service public.
5️⃣ Solution
Le Conseil d’État reconnaît l’existence d’une mission de service public confiée à l’association
et, à cette occasion, pose trois critères cumulatifs (au moment de la décision) :
Pour qu’une personne privée soit qualifiée de gestionnaire d’un service public, il
faut :
1️⃣ une mission d’intérêt général,
2️⃣un contrôle de l’administration,
3️⃣l’octroi de prérogatives de puissance publique.
Critère « Narcy » est longtemps resté la référence pour identifier les services publics
gérés par des personnes privées.
Jurisprudence assouplie ensuite :
o CE, 20 juill. 1990, Ville de Melun : admet la qualification de service public
même sans PPP si les deux autres critères sont réunis et que l’administration
conserve un contrôle suffisant.
o CE, 22 févr. 2007, APREI : confirme que les prérogatives de puissance
publique ne sont plus indispensables si la volonté de confier une mission
d’intérêt général et le contrôle administratif sont caractérisés.
176
🏁 Résumé essentiel
⚖️Faits
La société demande donc à l’État français une indemnisation pour le préjudice subi du fait de
l’exécution de cet accord international.
177
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
L’État peut-il être tenu d’indemniser un particulier pour un dommage causé par
l’application régulière d’un traité international ?
Le Conseil d’État reconnaît la responsabilité sans faute de l’État du fait des traités
internationaux régulièrement ratifiés et exécutés.
⚖️Principe dégagé
➡️Responsabilité sans faute de l’État du fait des traités internationaux, fondée sur le
principe d’égalité devant les charges publiques.
Conditions :
📍 Portée de l’arrêt
178
publiques s’applique désormais aux traités internationaux, et plus seulement aux
lois.
2. Application du principe de solidarité nationale au domaine international :
→ Les individus ne doivent pas supporter seuls les sacrifices imposés à la collectivité
par la politique étrangère de la France.
3. Création d’un régime autonome de responsabilité de l’État du fait des
engagements internationaux.
→ Le CE s’affirme comme juge de la responsabilité de l’État, même pour les
conséquences d’actes de portée internationale.
Renforce la cohérence de la responsabilité sans faute : qu’il s’agisse d’une loi, d’un
acte administratif, ou d’un traité, la logique reste la même — solidarité nationale et
équité.
Confirme la primauté du juge administratif pour réparer les dommages causés par
l’État, même dans l’exécution d’obligations internationales.
Préfigure la jurisprudence Gardedieu (2005), qui ira encore plus loin en engageant
la responsabilité de l’État pour faute en cas de violation du droit international par
une loi.
🧠 Résumé à retenir
179
Élément Contenu
Fondement Rupture d’égalité devant les charges publiques
Type d’acte Traité international régulier
Nature du dommage Préjudice spécial et anormal
Type de responsabilité Sans faute
Principe sous-jacent Solidarité nationale
Prolongement de La Fleurette (1938)
Préfigure Gardedieu (2005) (responsabilité pour faute du législateur)
FICHE DE JURISPRUDENCE
Tribunal des conflits, 15 janvier 1968 – Compagnie Air France c/ Époux
Barbier
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
180
4️⃣ Problème juridique
Les règlements pris par un SPIC géré par une personne privée (ou publique) mais relatifs à
l’organisation du service public relèvent-ils de la compétence du juge administratif ?
5️⃣ Solution
Les actes réglementaires pris par les organes de gestion d’un SPIC et qui concernent
l’organisation du service public sont des actes administratifs unilatéraux, soumis au
contrôle du juge administratif,
même si l’organisme exploitant le SPIC est une société privée ou de droit privé.
En l’espèce, le règlement fixant l’âge limite des hôtesses est un acte administratif.
Distinction claire :
o Les litiges relatifs à la gestion purement privée du SPIC (relations
commerciales avec les usagers, relations individuelles de travail) → juge
judiciaire.
o Mais les actes réglementaires touchant à l’organisation du service public
→ juge administratif, car ils participent de la mission de service public.
🏁 Résumé essentiel
181
alors que les autres litiges du SPIC (relations commerciales, travail) relèvent du juge
judiciaire.
⚖️Procédure
➡️Recours pour excès de pouvoir introduit devant le Conseil d’État contre le décret
d’application d’une loi française postérieure au traité.
❓ Problème juridique
👉 Le juge administratif peut-il écarter une loi nationale postérieure lorsqu’elle est
incompatible avec un traité international régulièrement ratifié ?
❌ Non.
Le Conseil d’État refuse de faire prévaloir le traité international sur la loi postérieure.
Il estime qu’en vertu de l’article 55 de la Constitution de 1958, si les traités ont une autorité
182
supérieure à la loi, le juge administratif n’a pas compétence pour écarter une loi
postérieure contraire, car cela reviendrait à contrôler la loi, ce qui serait contraire au
principe de séparation des pouvoirs.
💡 Principe dégagé
📚 Portée de l’arrêt
183
⚖️Fiche d’arrêt — TC, 24 juin 1968,
Société Distilleries Bretonnes
📅 Référence
Juridiction : Tribunal des conflits
Date : 24 juin 1968
Parties : Société des Distilleries Bretonnes c/ État français
Nature de la décision : Principe de compétence et distinction entre faute personnelle
et faute de service
📜 Les faits
Une société de distillerie située en Bretagne subit d’importants dommages matériels à la
suite d’un incendie.
L’origine de l’incendie aurait été provoquée par des gendarmes chargés de surveiller les
locaux, dans le cadre d’une mission de police administrative.
La société impute à ces agents une faute grave, et recherche la responsabilité de l’État pour
obtenir réparation du préjudice subi.
Cependant, la question se pose de savoir si cette faute, commise par les agents, relève :
⚙️La procédure
La société engage une action en responsabilité contre l’État devant la juridiction judiciaire.
Mais la question de compétence est soulevée :
184
→ Le litige doit-il relever du juge administratif (si faute de service) ou du juge judiciaire
(si faute personnelle) ?
Le Tribunal des conflits est alors saisi pour trancher le conflit négatif de compétence.
❓ La question de droit
Lorsqu’un agent public, dans l’exercice de ses fonctions, commet une faute, comment
déterminer la juridiction compétente pour connaître de l’action en responsabilité :
le juge administratif ou le juge judiciaire ?
Autrement dit :
👉 La faute des gendarmes était-elle personnelle ou de service ?
✅ Principe dégagé :
Lorsqu’un dommage est causé dans l’exercice des fonctions d’un agent public et que les
faits, même fautifs, ne révèlent pas un comportement étranger au service, la responsabilité
relève du juge administratif (faute de service).
➡️En l’espèce, les gendarmes ont agi dans le cadre d’une mission de service public
(surveillance et protection des installations).
Même si leur comportement a pu être maladroit ou négligent, il s’inscrivait dans le cadre du
service.
Il s’agit donc d’une faute de service, engageant la responsabilité de l’État, non une faute
personnelle.
185
📌 En cas de faute mixte (à la fois personnelle et de service), la victime peut agir contre les
deux :
→ CE, 1918, Époux Lemonnier ; CE, 1951, Laruelle et Delville.
📚 Synthèse
Dans l’arrêt Société Distilleries Bretonnes (TC, 24 juin 1968), le Tribunal des conflits
réaffirme que la faute commise par un agent public dans l’exercice du service constitue
une faute de service engageant la responsabilité de l’État et relevant du juge administratif.
Cet arrêt illustre la protection fonctionnelle des agents publics, la continuité du service
public, et la compétence du juge administratif en matière de responsabilité publique.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Tribunal des conflits
Date 24 juin 1968
Faits Gendarmes causent un incendie en mission de surveillance
Problème de
Faute de service ou faute personnelle ?
droit
186
Éléments Contenu essentiel
Solution Faute de service : compétence du juge administratif
La faute commise dans le cadre du service engage la responsabilité de
Principe
l’administration
Confirmation de la distinction Pelletier (1873) et de la compétence du juge
Portée
administratif
1. Faits
Des étudiants, dont M. Bouez, avaient été sanctionnés par la commission de discipline
d’une université (Université de Lille), à la suite de troubles étudiants survenus au sein de
l’établissement.
Les requérants (Bouez et UNEF) forment donc un recours pour excès de pouvoir devant le
Conseil d’État.
2. Procédure
3. Problème de droit
187
4. Solution du Conseil d’État (Section, 20 nov. 1970)
➡️Oui.
Le Conseil d’État, suivant la logique posée par l’arrêt De Bayo (1953), juge que la
commission de discipline universitaire est une juridiction administrative.
5. Principe dégagé
Principe :
Les commissions de discipline des universités exercent une fonction juridictionnelle, car
elles ont pour mission de trancher, selon des règles de droit, des litiges relatifs à la
discipline universitaire, et leurs décisions ont autorité de chose jugée.
💡 → Elle remplit donc les trois critères et doit être regardée comme une juridiction
administrative spéciale.
7. Portée de l’arrêt
Cet arrêt :
9. Référence
189
10. Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État, Section
Date 20 novembre 1970
Parties M. Bouez et Union nationale des étudiants de France (UNEF)
La commission de discipline universitaire exerce-t-elle une fonction
Problème
juridictionnelle ?
Solution ✅ Oui, elle tranche des litiges selon le droit avec autorité de chose jugée
Définition fonctionnelle de la juridiction administrative confirmée et
Principe
appliquée
Soumission des juridictions disciplinaires universitaires au contrôle du
Portée
CE
Liens De Bayo (1953) – définition ; D’Aillières (1947) – cassation ouverte ;
jurisprudentiels Bouez (1970) – application universitaire
190
Fiche de jurisprudence – CE, 23 décembre
1970, Électricité de France (EDF) c/ Farsat
3️⃣ La procédure
Le tribunal administratif a reconnu la responsabilité d’EDF et l’a condamnée à
indemniser M. Farsat.
EDF a formé un appel devant le Conseil d’État pour contester cette condamnation.
7️⃣ Le dispositif
Rejet du recours d’EDF.
Confirmation de la condamnation : EDF doit indemniser M. Farsat pour les
dommages subis.
192
9️⃣ En résumé (phrase-type à retenir)
📘 Le Conseil d’État, dans l’arrêt EDF c. Farsat du 23 décembre 1970, a jugé qu’un riverain
d’un chantier public, étranger à l’usage de l’ouvrage, doit être considéré comme un tiers. Il
bénéficie donc d’une responsabilité sans faute du maître de l’ouvrage pour les dommages
causés par les travaux publics.
193
Fiche d’arrêt — CE, 28 mai 1971, Ville
Nouvelle Est
📘 1️⃣ Faits
L’État avait décidé la construction d’une autoroute reliant Paris à Metz, traversant plusieurs
communes, dont celle de Ville Nouvelle Est.
Pour réaliser cette infrastructure, il fallait exproprier des terrains privés situés sur le tracé.
⚖️2️⃣Procédure
Le litige est porté devant le Conseil d’État, saisi d’un recours pour excès de pouvoir
contre le décret déclarant d’utilité publique l’opération d’aménagement.
❓ 3️⃣Problème juridique
Dans quelles conditions une opération d’aménagement ou d’expropriation peut-elle être
légalement déclarée d’utilité publique ?
Le juge administratif peut-il apprécier la proportionnalité entre les avantages et les
inconvénients d’une opération publique ?
194
Une opération ne peut être déclarée d’utilité publique que si :
« les atteintes à la propriété privée, le coût financier, les inconvénients d’ordre social ou
l’atteinte à d’autres intérêts publics qu’elle comporte ne sont pas excessifs par rapport à
l’intérêt qu’elle présente. »
Autrement dit :
🔹 b) Politique et doctrinale
Cet arrêt illustre le passage d’un État administratif autoritaire à un État de droit,
où le juge contrôle l’opportunité relative des décisions publiques.
Il renforce la protection des administrés et de l’environnement, anticipant des
considérations écologiques avant l’heure.
195
🧾 8️⃣ Synthèse récapitulative
Élément Détail
Juridiction Conseil d’État (Section)
Date 28 mai 1971
Parties Commune de Ville Nouvelle Est c/ État
Objet du
Annulation d’une déclaration d’utilité publique
recours
Question de Le juge peut-il apprécier la proportionnalité entre les avantages et les
droit inconvénients d’une opération d’aménagement ?
Principe Une opération ne peut être déclarée d’utilité publique que si ses
dégagé inconvénients ne sont pas excessifs au regard de son utilité.
Instauration du contrôle de proportionnalité : naissance de la théorie du
Portée
bilan coûts/avantages.
Type de
Contrôle de l’erreur manifeste d’appréciation (EMA).
contrôle
🧭 9️⃣ Citation-clé
« Une opération ne peut être déclarée d’utilité publique que si les atteintes à la propriété
privée, le coût financier et les inconvénients d’ordre social ou l’atteinte à d’autres intérêts
publics ne sont pas excessifs au regard de l’intérêt qu’elle présente. »
🏁 10️⃣ Conclusion
L’arrêt Ville Nouvelle Est (1971) marque une étape décisive dans le contrôle juridictionnel
de l’action administrative :
196
1️⃣ Références essentielles
Juridiction : Tribunal des conflits
Date : 15 octobre 1973
Parties : Barbou c/ État
Recueil Lebon : p. 843
Thème : Faute personnelle / faute de service – responsabilité de l’agent – compétence
du juge judiciaire
197
oLe comportement de M. Barbou, purement personnel et injurieux, est
étranger à l’exercice du service public.
o Il n’a aucune finalité professionnelle et n’est pas commis dans l’intérêt du
service.
3. Compétence juridictionnelle
o Faute personnelle → responsabilité de l’agent → juge judiciaire.
o Le juge administratif n’a pas à connaître d’un acte totalement étranger au
service.
198
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État, Section du contentieux
Date : 10 mai 1974
Parties : Denoyez et Chorques c/ Préfet de la Charente-Maritime
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Principe d’égalité devant le service public — Tarification différenciée
📜 Les faits
Le préfet de la Charente-Maritime avait autorisé un tarif préférentiel pour les habitants
de l’île de Ré concernant le passage du bac reliant l’île au continent.
Les non-résidents de l’île, dont MM. Denoyez et Chorques, devaient acquitter un tarif plus
élevé.
Ces derniers ont formé un recours pour excès de pouvoir contre l’arrêté préfectoral, en
invoquant une violation du principe d’égalité devant le service public.
⚙️La procédure
Requête déposée devant le tribunal administratif, rejetée.
Appel formé devant le Conseil d’État, qui statue en Section (formation solennelle).
❓ La question de droit
L’administration peut-elle, sans violer le principe d’égalité devant le service public,
appliquer des tarifs différenciés selon la résidence des usagers ?
Autrement dit :
👉 Dans quelles hypothèses une différence de traitement entre usagers du service public est-
elle constitutionnellement et administrativement justifiée ?
Le Conseil d’État consacre le principe d’égalité devant le service public, tout en admettant
trois exceptions limitatives permettant une différenciation de traitement entre les usagers.
199
💡 Principe de droit dégagé : les trois exceptions au
principe d’égalité
Les différences de traitement entre usagers du service public ne sont légales que si elles
reposent sur l’un des trois fondements suivants :
1️⃣ Une différence de situation objective entre les usagers, en lien avec l’objet du service.
2️⃣ Une nécessité d’intérêt général, en rapport avec les conditions d’exploitation du service
public.
200
3. Grille d’analyse encore utilisée aujourd’hui
o Le triptyque Denoyez et Chorques est constamment repris par le Conseil
d’État, le Conseil constitutionnel et la CEDH.
o Il s’applique aussi bien à la tarification qu’à l’accès au service public ou aux
aides publiques.
4. 🔗 Extension du principe
o CE, Sect., 1978, Union des chambres syndicales d’affichage et publicité
extérieure : application au domaine économique.
o CC, déc. 1994-358 DC : consécration constitutionnelle du principe d’égalité
devant le service public.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État, Section
Date 10 mai 1974
Parties Denoyez et Chorques c/ Préfet de la Charente-Maritime
Principe Égalité des usagers du service public
Problème de
L’administration peut-elle appliquer des tarifs différenciés ?
droit
Oui, si ① différence de situation, ② nécessité d’intérêt général, ou ③ texte
Solution
législatif
Portée Définition des trois cas de rupture légale d’égalité devant le service public
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Denoyez et Chorques (1974) constitue une pierre angulaire du principe d’égalité
devant le service public.
🔹 Il établit une grille de justification à trois branches :
→ Différence de situation, intérêt général, ou texte législatif.
201
🔹 Il marque la maturation du principe d’égalité en droit administratif, conciliant égalité
juridique et équité concrète.
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 10 mai 1974 – Dame Veuve Richard
1️⃣ Références
202
Parties : Dame Veuve Richard c/ Commune de Saint-Lô.
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Une commune peut-elle légalement pratiquer un tarif progressif de l’eau, plus élevé au-
delà d’un certain volume, sans méconnaître le principe d’égalité des usagers devant le
service public ?
5️⃣ Solution
203
Cette solution a inspiré la jurisprudence postérieure, notamment CE, 1974, Denoyez
et Chorques qui codifie les 3 hypothèses de différenciation admises :
o loi,
o différence objective,
o nécessité d’intérêt général.
🏁 Résumé essentiel
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État, Section du contentieux
Date : 22 novembre 1974
204
Parties : Fédération des industries françaises d’articles de sport (FIFAS) c/
Fédération française d’athlétisme (FFA)
Nature : Contentieux du service public géré par une personne privée
📜 Les faits
La Fédération française d’athlétisme (FFA), organisme de droit privé, était chargée par le
ministre de la Jeunesse et des Sports d’une mission de service public sportif, notamment
l’organisation des compétitions officielles et la réglementation des équipements sportifs
homologués.
La FIFAS, représentant les fabricants d’articles de sport, conteste une décision de la FFA
ayant fixé des normes techniques obligatoires pour les équipements utilisés dans les
compétitions.
Elle saisit le Conseil d’État d’un recours pour excès de pouvoir, soutenant que la FFA,
bien qu’association privée, agit pour le compte de l’État et que ses décisions sont donc
susceptibles de recours.
⚙️La procédure
Le tribunal administratif avait rejeté la requête, estimant que la FFA était une
association privée et que ses décisions n’étaient pas des actes administratifs.
La FIFAS se pourvoit alors devant le Conseil d’État.
❓ La question de droit
Les actes pris par une personne morale de droit privé chargée d’une mission de service
public administratif (SPA) peuvent-ils être considérés comme des actes administratifs et
donc faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir ?
Autrement dit :
👉 Une fédération sportive privée agit-elle comme une autorité administrative lorsqu’elle
réglemente une activité sportive d’intérêt général ?
205
Dès lors, lorsqu’elle édicte des règlements dans le cadre de cette mission, ses décisions :
📚 Synthèse
L’arrêt FIFAS (CE, Sect., 22 nov. 1974) consacre la possibilité pour des fédérations
sportives privées d’être considérées comme exerçant une mission de service public
administratif lorsqu’elles agissent sous le contrôle de l’État et disposent de prérogatives de
puissance publique.
206
Leurs règlements et décisions peuvent donc être contestés par REP devant le juge
administratif.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État, Section
Date 22 novembre 1974
Parties FIFAS c/ Fédération française d’athlétisme
Faits Contestation d’une décision réglementaire d’une fédération sportive
Question Une fédération sportive privée peut-elle édicter des actes administratifs ?
Solution Oui, si elle exerce une mission de service public avec PPP
Principe Les actes pris dans le cadre du SPA sont des actes administratifs
Portée Confirmation de la possibilité pour des organismes privés d’exercer un SPA
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt FIFAS (1974) consolide la jurisprudence sur la délégation de service public
administratif à des organismes privés.
🔹 Il illustre la souplesse du critère matériel du service public, détaché du statut public de
l’organisme.
🔹 Il participe à la construction du droit administratif moderne, où la fonction prime sur la
forme.
207
Fiche de jurisprudence – CE, 11 janvier
1978, Compagnie Union et le Phénix
espagnol
208
L’administration soutenait que le policier avait commis une faute personnelle
détachable du service, excluant la responsabilité de l’État.
209
⚙️Il illustre la tendance du juge administratif à protéger les agents publics, en
considérant comme “faute de service” la majorité des imprudences commises dans le
cadre des missions de service public.
211
7️⃣ Phrase de résumé à retenir
📘 Le Conseil d’État, dans l’arrêt ADASEA du Rhône du 13 octobre 1978, a jugé qu’une
association de droit privé chargée, sous le contrôle de l’administration, d’une mission
d’intérêt général d’aménagement agricole exerce un service public, et que ses actes
unilatéraux relèvent du juge administratif.
212
💡 Les agents employés par une personne privée chargée d’une mission de service public
relèvent-ils du droit public ou du droit privé, et donc du juge administratif ou du juge
judiciaire ?
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, 22 décembre 1978 – Cohn-Bendit
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
214
5️⃣ Solution
Rejet du recours.
Le Conseil d’État juge que :
Les directives communautaires ne peuvent pas être invoquées directement par les
particuliers à l’encontre d’un acte administratif individuel
tant qu’elles n’ont pas été transposées en droit interne.
Tout justiciable peut se prévaloir, à l’appui d’un recours dirigé contre un acte
administratif, des dispositions précises et inconditionnelles d’une directive non
transposée dans les délais.
🏁 Résumé essentiel
215
une directive européenne non transposée contre un acte administratif individuel.
👉 Revirement complet avec CE, 2009, Mme Perreux.
1) Faits
M. Darmont, contribuable, avait contesté devant le tribunal administratif de Paris des
impositions qu’il estimait excessives.
Le tribunal administratif ayant rejeté sa requête, il fait appel devant le Conseil d’État.
Or, le Conseil d’État a tardé plusieurs années à statuer sur son recours — un retard
excessif qui lui aurait causé un préjudice financier, en l’empêchant de récupérer à temps des
sommes indûment versées.
2) Procédure
Le tribunal administratif rejette la demande d’indemnisation.
La cour administrative d’appel n’existe pas encore, M. Darmont forme donc un
pourvoi en cassation directement devant le Conseil d’État (siégeant en Assemblée).
3) Problème de droit
L’État peut-il voir sa responsabilité engagée pour mauvais fonctionnement du service
public de la justice administrative (notamment lenteur de jugement), et si oui, selon quel
régime de faute ?
4) Solution (dispositif)
216
➡️Le Conseil d’État admet, pour la première fois, le principe de la responsabilité de
l’État du fait du fonctionnement défectueux de la justice administrative,
mais en subordonnant cette responsabilité à la preuve d’une faute lourde.
Principe :
La responsabilité de l’État du fait du fonctionnement du service public de la justice
administrative ne peut être engagée qu’en cas de faute lourde.
5) Motivation
Le Conseil d’État relève que :
6) Principe dégagé
La responsabilité de l’État pour le fonctionnement défectueux de la justice
administrative n’est engagée qu’en cas de faute lourde.
7) Portée de l’arrêt
🧩 A. Principe fondateur
217
o la sécurité juridique,
o l’indépendance de la fonction juridictionnelle,
o et la sérénité du juge.
La faute simple reste insuffisante pour engager la responsabilité dans ce domaine.
🧠 C. Évolution ultérieure
8) Intérêt de l’arrêt
Reconnaissance inédite de la responsabilité de l’État pour le fonctionnement de la
justice administrative.
Marque une étape dans l’humanisation du droit administratif : le justiciable peut,
en théorie, être indemnisé d’un fonctionnement anormal du juge.
Mais le critère de faute lourde limite fortement la portée pratique du principe.
Constitue un point de départ d’une évolution qui aboutira à CE, 2002, Magiera, où
le juge abandonne la faute lourde pour le délai excessif de jugement.
9) Référence
Conseil d’État, Assemblée, 29 décembre 1978, Darmont, Rec. p. 524.
Principe : Responsabilité de l’État du fait du fonctionnement de la justice
administrative possible, mais uniquement en cas de faute lourde.
218
Élément Contenu
administrative
Première reconnaissance de cette responsabilité ; critère maintenu jusqu’à
Portée
Magiera (2002)
Évolution CE, 28 juin 2002, Magiera → faute simple suffisante pour lenteur
ultérieure excessive de jugement
219
⚖️Fiche de décision — Conseil
constitutionnel, 12 juillet 1979, “Ponts à
péage” (n° 79-107 DC)
📅 Référence
Juridiction : Conseil constitutionnel
Date : 12 juillet 1979
Numéro : 79-107 DC
Nom : Loi relative à certains ouvrages reliant les îles du littoral au continent (dite
“Ponts à péage”)
📜 Les faits
Le Parlement avait adopté une loi autorisant la création de ponts à péage reliant certaines
îles françaises du littoral au continent (notamment l’île de Ré).
Cette loi prévoyait que la construction et la gestion de ces ouvrages pouvaient être confiées à
des sociétés concessionnaires privées, qui seraient rémunérées par la perception d’un
péage.
⚙️La procédure
Saisine a priori du Conseil constitutionnel par des parlementaires en vertu de l’article 61 de
la Constitution.
220
❓ La question de droit
Le législateur pouvait-il autoriser la création et l’exploitation de ponts à péage par des
personnes privées, sans méconnaître :
Autrement dit :
👉 Les ponts à péage constituent-ils un service public national, réservé à la loi, ou peuvent-
ils être gérés par des personnes privées sans méconnaître la Constitution ?
Il considère que :
Dès lors :
💡 Principes dégagés
1️⃣ Définition du service public national
Les ponts à péage, relevant d’un intérêt local, ne constituent donc pas un service public
national.
221
2️⃣ Rappel du partage des compétences entre la loi et le règlement
Le péage n’est pas contraire au principe d’égalité, dès lors qu’il s’applique de manière
identique à tous les usagers placés dans une situation comparable, et que les différences
éventuelles sont objectivement justifiées.
📚 Synthèse
Dans la décision Ponts à péage du 12 juillet 1979, le Conseil constitutionnel précise la
distinction entre service public national et service public local, admet la gestion déléguée à
des personnes privées, et valide le financement par péage au regard du principe d’égalité.
222
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil constitutionnel
Date 12 juillet 1979
Numéro 79-107 DC
Nom de
Ponts à péage
l’affaire
Loi autorisant la construction et l’exploitation de ponts à péage par des
Faits
concessionnaires privés
Question Ces ouvrages constituent-ils un service public national relevant de la loi ?
Solution Non — activité d’intérêt local pouvant être confiée à des personnes privées
Principe Seuls les services publics nationaux relèvent du domaine de la loi
Clarification de la notion de service public national et validation du péage
Portée
au regard de l’égalité
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Ponts à péage (CC, 12 juil. 1979) est un jalon essentiel de la jurisprudence
constitutionnelle française.
🔹 Il établit une distinction durable entre services publics nationaux (relèvent de la loi) et
services publics locaux (relèvent du règlement).
🔹 Il reconnaît la légitimité du financement partiel par péage, conciliant égalité, liberté
d’entreprendre et intérêt général.
223
⚖️Fiche d’arrêt — CE, 13 juin 1980, Dame
Bonjean
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État
Date : 13 juin 1980
Parties : Dame Bonjean
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Principe de continuité du service public — Principe général du droit (PGD)
📜 Les faits
Mme Bonjean, magistrate de l’ordre judiciaire, contestait une décision du garde des Sceaux
relative à l’organisation du service public de la justice, estimant que cette organisation
portait atteinte à ses droits statutaires et au fonctionnement normal de la justice.
⚙️La procédure
Recours formé directement devant le Conseil d’État, compétent en raison de la nature
de la décision attaquée.
Le Conseil d’État devait déterminer si le principe de continuité du service public
possédait une valeur juridique contraignante.
❓ La question de droit
Le principe de continuité du service public a-t-il une valeur juridique (et, si oui, de quel
rang) permettant d’imposer à l’administration et aux agents publics de garantir le
fonctionnement régulier des services publics ?
224
Autrement dit :
👉 La continuité du service public est-elle simple exigence de gestion ou principe général
du droit contraignant ?
Il en déduit que ce principe s’impose à toute autorité administrative et qu’il constitue une
exigence constitutionnelle, dérivée du Préambule de la Constitution de 1946.
Ainsi, le CE confirme que l’administration peut prendre des mesures restrictives à certaines
libertés (ici, droit de grève ou choix d’affectation), pour garantir la continuité du service
public.
225
1️⃣ Consécration explicite du principe de continuité comme PGD
Avant 1980, la continuité du service public était un principe implicite (CE, 1950,
Dehaene).
L’arrêt Dame Bonjean lui donne une portée autonome et générale : il s’applique à
tous les services publics, même sans texte.
Le principe de continuité peut justifier des restrictions légales au droit de grève (art.
7 du Préambule 1946).
Le CE renforce ici la logique d’équilibre entre liberté individuelle et exigence du
service public.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État
Date 13 juin 1980
Parties Dame Bonjean
Principe dégagé Continuité du service public = PGD à valeur constitutionnelle
Fondement Préambule de la Constitution de 1946
Problème de
La continuité du service public a-t-elle valeur juridique ?
droit
Solution Oui — PGD s’imposant à toute autorité administrative
Principe général, constitutionnel, limitant certaines libertés (ex. droit de
Portée
grève)
226
Arrêt / Décision Apport principal
à la radio et à la télévision
CE, 1980, Dame Bonjean PGD applicable à tous les services publics
CE, 2006, Ordre des avocats au Application du principe de continuité à toute mission
barreau de Paris d’intérêt général
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Dame Bonjean (CE, 1980) consacre solennellement la continuité du service public
comme principe général du droit à valeur constitutionnelle.
🔹 Il parachève la construction du triptyque du service public :
➤ Continuité – Égalité – Mutabilité.
🔹 Il confère au juge administratif un rôle de garant de l’équilibre entre libertés et service
public, cœur de l’État de droit administratif.
227
CE, Assemblée, 2 juillet 1982 — Huglo et
Lepage-Jessua
I. 📜 Les faits
Un litige opposait M. Huglo et Mme Lepage-Jessua au ministre de l’Économie et
des Finances.
L’administration avait pris des décisions en matière de recouvrement fiscal, c’est-à-
dire de mesures d’exécution d’office.
Les requérants ont saisi le Conseil d’État pour demander la suspension de
l’exécution de ces décisions, dans l’attente du jugement au fond.
Autrement dit :
228
Le Conseil d’État rejette la requête :
il affirme que le caractère exécutoire des décisions administratives est une règle
fondamentale du droit public.
🔹 Motifs
Le CE rappelle que :
Cela signifie :
o Qu’une décision administrative légale ou non s’applique immédiatement
dès sa signature.
o Le recours contentieux n’a pas d’effet suspensif, sauf disposition expresse
contraire.
Ce principe découle de la puissance publique et de la prééminence de l’intérêt
général :
→ L’administration, chargée du service public, doit pouvoir agir vite et efficacement.
V. ⚖️Principe dégagé
🧩 Principe :
Le caractère exécutoire des actes administratifs est une règle fondamentale du droit
public :
les décisions de l’administration s’appliquent immédiatement, sans autorisation du juge,
même si elles sont contestées.
229
Avant 2000, la suspension n’était possible que par le sursis à exécution (procédure
rare et lente).
Ce n’est qu’avec la loi du 30 juin 2000 (création du référé-suspension, art. L. 521-1
CJA) que cette rigidité a été assouplie.
Ce principe peut paraître dur pour les administrés (car ils subissent d’abord, contestent
après).
Mais il est contrebalancé par :
o le contrôle juridictionnel de légalité (REP),
o et les procédures d’urgence introduites en 2000 (référé-suspension, référé-
liberté).
230
Élément Détail
juridique administrative contestée ?
Non : les décisions administratives sont exécutoires de plein droit, sans
Solution
autorisation judiciaire.
Caractère exécutoire des actes administratifs = règle fondamentale du
Principe dégagé
droit public.
L’administration agit immédiatement ; le juge ne contrôle qu’a posteriori.
Portée
Rééquilibrage en 2000 par le référé-suspension.
232
oLe simple fait qu’un contrat soit conclu entre deux personnes publiques ne
suffit pas à en faire un contrat administratif.
2. ⚙️Critères d’exception à la présomption de droit privé
o Le contrat est administratif s’il :
a pour objet l’exécution d’un service public, ou
contient des clauses exorbitantes du droit commun (prérogatives de
puissance publique, régimes dérogatoires, etc.).
3. 💼 Application au cas d’espèce
o Le bail conclu entre la Ville de Paris et l’UAP ne comportait aucune clause
exorbitante,
et ne concernait aucune mission de service public.
o Il est donc un contrat de droit privé, relevant du juge judiciaire.
Les contrats entre personnes publiques ne sont administratifs que s’ils répondent à l’un
des deux critères suivants :
– Participation à l’exécution du service public,
– Clauses exorbitantes du droit commun.
🧩 Cette solution met fin à l’idée selon laquelle un contrat entre personnes publiques
serait automatiquement administratif.
⚙️Elle a été confirmée et appliquée à de nombreuses reprises (ex. TC, 2005, France
Télécom ; TC, 2015, Rispal).
🔍 Schéma récapitulatif
Situation Régime juridique Compétence
Contrat entre personne publique → Contrat administratif si SP ou clause Juge
et privée exorbitante administratif
Contrat entre deux personnes
→ Présomption de droit privé Juge judiciaire
publiques
233
Situation Régime juridique Compétence
Juge
... sauf si → Service public / clause exorbitante
administratif
234
Date : 23 mars 1983
Parties : Société anonyme Bureau Veritas, Société d’exploitation industrielle des
tabacs et allumettes (SEITA)
Recueil Lebon : p. 122
Thème : responsabilité – personne privée chargée d’une mission de contrôle –
compétence juridictionnelle
235
Les relations entre Bureau Veritas et ses clients reposent sur des contrats de
o
droit privé.
o L’activité de contrôle ou d’inspection, bien que réglementée, ne confère pas la
qualité d’exécutant du service public.
3. ⚖️Compétence du juge judiciaire
o Puisque l’entreprise n’agit pas pour le compte de l’État, le juge administratif
est incompétent.
o La responsabilité du Bureau Veritas relève du droit privé.
236
Fiche d’arrêt – TC, 21 janvier 1985, Hôpital Hospice de
Châteauneuf-du-Pape et Commune de Châteauneuf-du-
Pape c/ Jeune
📚 Référence
⚖️Faits
237
La commune de Châteauneuf-du-Pape et l’hospice local avaient conclu un contrat avec un
particulier, M. Jeune, l’autorisant à occuper une parcelle du domaine public communal
(un terrain dépendant d’un hospice public) pour y exploiter une activité.
Un litige survient entre les parties au sujet de l’exécution de ce contrat (notamment sur les
conditions d’occupation et les obligations de l’occupant).
M. Jeune saisit alors le juge judiciaire, estimant que le contrat relevait du droit privé,
puisqu’il ne contenait aucune clause exorbitante du droit commun.
La commune et l’hospice contestent la compétence du juge judiciaire et soutiennent que le
litige relève du juge administratif.
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
Un contrat conclu entre une personne publique et une personne privée, portant sur
l’occupation du domaine public mais sans clause exorbitante, relève-t-il de la
compétence du juge administratif ?
Motif :
Parce qu’il a pour objet l’occupation du domaine public, ce contrat est nécessairement
administratif,
car il met en œuvre un régime exorbitant du droit commun (le régime de la domanialité
publique).
238
⚖️Principe dégagé
➡️Tout contrat ayant pour objet l’occupation du domaine public est un contrat
administratif,
même sans clause exorbitante et même s’il ne concerne pas directement un service
public.
📍 Portée de l’arrêt
🔁 Jurisprudence liée
239
Arrêt Date Principe
Confirmation : compétence du juge administratif pour
CE, 1999, Société EDA
un contrat d’occupation domaniale
Ordonnance n° 2017-562 Codifie le principe à l’article L. 2331-1, 3° CG3P
🧠 Résumé à retenir
Élément Contenu
Juridiction Tribunal des conflits
Date 21 janvier 1985
Parties Hôpital Hospice et Commune de Châteauneuf-du-Pape c/ Jeune
Objet du contrat Occupation d’une dépendance du domaine public
Question
Le contrat est-il administratif sans clause exorbitante ?
juridique
Solution Oui → compétence du juge administratif
Fondement Objet du contrat = occupation du domaine public
Principe de l’administrativité des contrats domaniaux, confirmé par le
Portée
CG3P (art. L. 2331-1, 3°)
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État
Date : 6 novembre 1985
Parties : Ministre des Transports c/ Société Condor Flugdienst GmbH
Nature : Recours du ministre contre un jugement de TA
240
Thème : Compétence du juge administratif — Application du droit international —
Acte administratif fondé sur un accord international
📜 Les faits
La Société Condor Flugdienst GmbH, compagnie aérienne allemande, souhaitait exploiter
une liaison aérienne entre la France et les Antilles françaises.
Or, cette exploitation nécessitait une autorisation administrative française, fondée sur les
accords internationaux aériens conclus entre la France et la République fédérale
d’Allemagne (RFA).
La société allemande a alors saisi le tribunal administratif de Paris pour contester ce refus.
⚙️La procédure
Le tribunal administratif de Paris s’était déclaré incompétent, estimant que la
décision ministérielle mettait en œuvre un acte de gouvernement, insusceptible de
recours.
La société Condor Flugdienst a formé un recours devant le Conseil d’État.
Le ministre des Transports demandait l’annulation du jugement ayant reconnu la
compétence du juge administratif.
❓ La question de droit
Les décisions administratives qui mettent en œuvre un accord international relèvent-elles du
contrôle du juge administratif, ou constituent-elles des actes de gouvernement
insusceptibles de recours ?
Autrement dit :
👉 Le refus d’autorisation d’une liaison aérienne internationale fondée sur un accord bilatéral
est-il un acte administratif justiciable, ou un acte politique non contrôlable ?
241
Le Conseil d’État juge que le refus d’autorisation d’exploitation d’une ligne aérienne fondée
sur un accord international n’est pas un acte de gouvernement, mais bien un acte
administratif individuel, susceptible de recours pour excès de pouvoir.
👉 Autrement dit : seuls les actes qui concernent directement la conduite politique des
relations internationales échappent au contrôle du juge administratif.
👉 En revanche, les actes d’application d’un traité international (ex. autorisation, refus,
sanction, etc.) sont justiciables.
➡️Le Conseil d’État confirme la compétence du juge administratif pour connaître du litige.
242
3️⃣ Renforcement du rôle du juge administratif dans le droit international appliqué
L’arrêt s’inscrit dans la continuité de CE, 1968, Société du café Jacques Vabre
(parallèle judiciaire) et CE, 1989, Nicolo (contrôle de conventionnalité des lois).
Les actes liés à la mise en œuvre d’accords bilatéraux techniques (aviation, commerce,
culture, etc.) relèvent de la compétence administrative.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État
Date 6 novembre 1985
Parties Ministre des Transports c/ Société Condor Flugdienst GmbH
Les décisions d’application d’accords internationaux sont des actes
Principe dégagé
administratifs justiciables
Problème de
Un refus fondé sur un traité est-il un acte de gouvernement ?
droit
Solution Non — c’est un acte administratif susceptible de REP
Confirmation de la compétence du juge administratif dans l’application du
Portée
droit international
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Condor Flugdienst (CE, 1985) constitue une étape essentielle dans la délimitation
du champ des actes de gouvernement.
🔹 Il affirme que le juge administratif peut contrôler les actes d’application des accords
internationaux,
dès lors qu’ils ne concernent pas directement la politique étrangère de la France.
243
🔹 Il participe ainsi à la construction d’un État de droit administratif ouvert sur le droit
international.
244
Le Conseil d’État devait déterminer si le dommage résultait d’une faute de service
(responsabilité de l’hôpital) ou d’une faute personnelle (responsabilité de l’agent).
245
o TC, 1961, Kouyoumdjian → faute personnelle par imprudence grave ;
o CE, 1962, Coppier de Chanrond → faute de service pour imprudence légère.
⚙️En matière hospitalière, il renforce la logique protectrice : les établissements
publics de santé assument la responsabilité de leurs agents pour les fautes commises
dans le cadre du service.
🔹 Références
Conseil d’État, 4 juillet 1986, Berger, n° 51105
Mentionné aux tables du Recueil Lebon
Matière : Établissements publics — Distinction EPA / EPIC — Requalification
par le juge administratif
🔹 Faits
Un agent contractuel de l’Office national interprofessionnel des céréales (ONIC)
conteste une décision relative à sa situation professionnelle.
Il saisit le juge administratif, considérant que l’ONIC est un établissement public
administratif (EPA), donc soumis au droit public.
Or, un décret classait l’ONIC comme établissement public à caractère industriel et
commercial (EPIC).
Le problème :
L’activité de l’ONIC ne présentait aucun caractère industriel ou commercial, mais relevait
d’une mission administrative de régulation économique.
246
🔹 Procédure
1. Le tribunal administratif s’était déclaré incompétent, estimant que l’ONIC, qualifié
d’EPIC par le décret, relevait du juge judiciaire.
2. Le requérant forme un recours devant le Conseil d’État.
🔹 Question de droit
Le juge administratif est-il lié par la qualification réglementaire d’un établissement public
(EPA ou EPIC),
ou peut-il requalifier cette nature en fonction de l’activité réelle exercée ?
Le CE juge que :
« La qualification donnée par le pouvoir réglementaire ne saurait avoir pour effet de soustraire
un établissement à l’application des règles de droit public lorsqu’il résulte de ses statuts et de
son activité qu’il remplit une mission de caractère administratif. »
Ainsi :
Le juge administratif n’est pas lié par la qualification donnée par le pouvoir
réglementaire.
Il peut requalifier l’établissement selon la nature de l’activité réellement exercée.
En l’espèce, l’ONIC exerce une mission administrative de régulation économique
→ il s’agit donc d’un EPA, non d’un EPIC.
🔹 Principe dégagé
Élément Contenu
Le juge administratif peut requalifier un établissement public en fonction de
🧩 Principe de
son activité effective, indépendamment de la qualification fixée par un texte
droit
réglementaire.
La distinction entre EPA et EPIC dépend de la nature de l’activité :
⚖️Règle de
→ Activité administrative → EPA
fond
→ Activité économique / commerciale → EPIC
247
Élément Contenu
La qualification réglementaire n’a qu’une valeur indicative et ne s’impose
📜 Effet
pas au juge.
🔹 Portée de l’arrêt
Aspect Analyse
⚖️Compétence du juge Le CE affirme sa compétence pour contrôler la qualification
administratif juridique d’un établissement public.
Limite le pouvoir du Gouvernement de fausser le régime
🧾 Sécurité juridique
applicable par une simple qualification réglementaire.
🧭 Critère de distinction Repose sur la nature de l’activité (critère matériel), non sur la
EPA/EPIC qualification formelle.
L’arrêt Berger prolonge la logique de CE, 1956, Union syndicale
Jurisprudence
des industries aéronautiques (USIA), qui avait fixé les critères de
constante
distinction entre SPA et SPIC.
🔹 Jurisprudence associée
CE, Sect., 16 novembre 1956, Union syndicale des industries aéronautiques (USIA)
: fixe les critères matériels de distinction SPA / SPIC.
CE, 4 juillet 1986, Berger : le juge peut requalifier l’établissement en EPA ou EPIC
selon l’activité réelle.
CE, 2000, SARL Plage “Chez Joseph” : application du même raisonnement pour les
services publics locaux.
🔹 Portée pratique
Empêche l’État ou le Gouvernement de “détourner” le droit applicable par une
simple qualification.
Garantit l’unité du régime juridique : un établissement exerçant une mission
administrative doit relever du droit public et du juge administratif.
Confirme le rôle du juge administratif comme gardien de la nature des personnes
publiques.
248
→ L’ONIC, exerçant une mission purement administrative, doit être considéré comme un
établissement public administratif (EPA), et non comme un EPIC.
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État
Date : 25 juillet 1986
Parties : Commune de Mercoeur c/ Préfecture du Cantal
Nature : Arrêt de principe — intervention économique des collectivités territoriales
📜 Les faits
La commune de Mercoeur, située dans un département rural, avait décidé de subventionner
une entreprise privée locale afin de favoriser son implantation sur le territoire communal
et stimuler l’emploi.
Le préfet du Cantal, estimant que cette subvention portait atteinte à la liberté du commerce
et de l’industrie, introduisit un recours pour excès de pouvoir contre la délibération
municipale.
249
⚙️La procédure
Le tribunal administratif a annulé la délibération du conseil municipal.
La commune a alors formé un recours en appel devant le Conseil d’État.
❓ La question de droit
Une collectivité territoriale peut-elle accorder des aides ou subventions à une entreprise
privée sans violer le principe de la liberté du commerce et de l’industrie ?
Autrement dit :
👉 Dans quelles conditions une commune peut-elle intervenir indirectement dans la sphère
économique, en soutenant une entreprise privée ?
✅ Principe dégagé :
Une commune ne peut accorder d’aides financières à une entreprise privée que si un
intérêt public local le justifie et si l’intervention privée est insuffisante pour répondre aux
besoins collectifs.
En l’espèce,
la commune n’avait pas démontré l’existence d’un intérêt public local spécifique ;
l’aide visait uniquement à favoriser une entreprise particulière, sans motif d’intérêt
général pour la collectivité.
➡️La délibération était donc illégale, car elle méconnaissait la liberté du commerce et de
l’industrie.
250
🧱 Portée et apports de l’arrêt
1. ⚖️Précision de la jurisprudence “Nevers” (1930)
L’arrêt Commune de Mercoeur prolonge la logique de Chambre syndicale du
commerce en détail de Nevers en encadrant strictement les interventions
économiques des collectivités locales, qu’elles soient directes ou indirectes (ici, via
subventions).
2. 💶 Encadrement des aides publiques
Le Conseil d’État fixe les conditions dans lesquelles une collectivité peut soutenir
une activité économique privée : uniquement pour corriger une défaillance du
marché ou satisfaire un intérêt public local précis.
3. Préfiguration du droit moderne de la concurrence publique
Cette jurisprudence anticipe la position du droit européen sur les aides d’État
(articles 107 et 108 TFUE) et la logique de neutralité économique de
l’administration.
4. 🧭 Principe d’impartialité économique
L’administration doit agir au service de l’intérêt général, sans privilégier une
entreprise ou une activité déterminée.
📚 Synthèse
L’arrêt Commune de Mercoeur (CE, 25 juillet 1986) rappelle que les interventions
économiques des collectivités territoriales sont strictement encadrées par le principe de la
liberté du commerce et de l’industrie.
Une commune ne peut accorder une aide financière à une entreprise privée que si cette
intervention répond à un intérêt public local et vise à pallier une insuffisance du secteur
privé.
« Une commune ne saurait légalement intervenir dans le domaine économique que pour
satisfaire un intérêt public local et en l’absence d’initiative privée suffisante. »
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Principe Liberté du commerce et de l’industrie
Objet du litige Subvention municipale à une entreprise privée
Annulation : absence d’intérêt public local et atteinte à la liberté du
Solution
commerce
Portée Encadrement strict des aides économiques publiques
Lien Prolongement de CE, 1930, Nevers – anticipation de CE, 2006, Ordre
251
Éléments Contenu essentiel
jurisprudentiel des avocats au barreau de Paris
🧩 Chaîne jurisprudentielle
Arrêt Apport principal
Intervention publique possible si initiative privée
CE, 1930, Nevers
défaillante
Subventions publiques possibles seulement en présence
CE, 1986, Mercoeur
d’un intérêt public local
Synthèse moderne : intervention économique légale si
CE, 2006, Ordre des avocats au
intérêt public + respect de la concurrence
barreau de Paris
🔹 Les faits
Les requérants invoquaient devant la Cour européenne la violation de leur droit au respect
de la vie privée et du domicile (article 8 CEDH) et de leur droit à un procès équitable
(article 6), en raison du projet imposé par l’État fédéral contre la volonté locale.
🔹 La question juridique
➡️La CEDH devait examiner si l’imposition d’un projet militaire d’intérêt national, contre
l’avis des autorités locales et de la population, violait :
252
🔹 La décision
Elle juge :
que les requérants n’étaient pas directement et personnellement affectés dans leurs
droits protégés par la Convention au sens de l’article 34 ;
que le litige portait sur des choix d’aménagement et de politique publique, relevant
du domaine politique, non du champ individuel de la Convention ;
et que l’autonomie communale ou la participation locale à la décision ne constitue
pas un droit garanti par la CEDH.
🔹 Portée juridique
🧭 Intérêt de la décision
📚 En résumé
Élément Contenu
Affaire CEDH, Rothenthurm c. Suisse, 14 déc. 1988
Nature Décision d’irrecevabilité
Objet Contestation d’un projet militaire fédéral par une commune et des habitants
Articles
Art. 6 & 8 CEDH
invoqués
Solution Irrecevabilité – absence d’atteinte directe aux droits garantis
253
Élément Contenu
Principe
L’autonomie locale n’est pas protégée par la CEDH
dégagé
Confirmation du caractère individuel des droits garantis par la Convention ;
Portée
influence indirecte sur les futurs contentieux environnementaux.
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État (Section du contentieux)
Date : 3 février 1989
Parties : Compagnie Alitalia
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Obligation d’abrogation d’un acte réglementaire illégal — Primauté du droit
européen
📜 Les faits
La compagnie aérienne Alitalia avait demandé au ministre des Transports français
d’abroger un décret de 1967 fixant les conditions de remboursement de la TVA sur les
carburants utilisés par les compagnies aériennes.
Or, depuis la directive communautaire du 17 mai 1977 sur l’harmonisation de la TVA, cette
réglementation nationale était devenue contraire au droit européen, en ce qu’elle excluait
certaines compagnies étrangères de l’exonération.
Le ministre ayant refusé d’abroger le décret devenu illégal, Alitalia forma un recours pour
excès de pouvoir devant le Conseil d’État.
⚙️La procédure
Demande préalable : abrogation du décret illégal adressée au ministre.
254
Refus implicite d’abroger → Recours pour excès de pouvoir.
Le CE devait déterminer si l’administration est tenue d’abroger un règlement
illégal (ou devenu illégal du fait d’un changement normatif, notamment européen).
❓ La question de droit
L’administration a-t-elle l’obligation d’abroger un règlement devenu illégal, notamment en
raison de la violation d’une directive européenne ou d’un changement de circonstances de
droit ?
Autrement dit :
👉 Le pouvoir réglementaire peut-il laisser subsister un texte illégal dans l’ordre juridique
interne ?
🔹 Cette obligation vaut tant pour l’administration centrale que pour les autorités locales
disposant du pouvoir réglementaire.
255
En refusant de l’abroger, le ministre des Transports a méconnu son obligation de
mise en conformité du droit national avec le droit européen.
Le Conseil d’État a donc :
o Annulé le refus d’abroger,
o Et affirmé le principe de l’obligation d’abrogation d’un règlement illégal,
qu’il le soit dès l’origine ou devenu tel.
Cette obligation a ensuite été étendue aux actes non réglementaires à caractère
permanent, dans la logique de CE, 2001, Ternon et CE, 2009, Coulibaly.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État, Section
Date 3 février 1989
Parties Compagnie Alitalia
Principe dégagé Obligation d’abroger un règlement illégal ou devenu illégal
Problème de L’administration peut-elle maintenir un règlement devenu contraire au
droit droit supérieur ?
256
Éléments Contenu essentiel
Solution Non — elle a l’obligation de l’abroger
Portée Primauté du droit européen et garantie de légalité administrative
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Compagnie Alitalia (CE, 1989) marque un tournant majeur : il consacre une
obligation juridique positive pesant sur l’administration.
🔹 Il renforce le contrôle de légalité et assure la primauté du droit de l’Union européenne
sur le droit interne.
🔹 Il illustre pleinement la fonction du Conseil d’État comme gardien de la hiérarchie des
normes et de la sécurité juridique.
257
CE, 27 juillet 1990, Bourgeois
1) Faits
M. Bourgeois est victime d’un accident causé par un individu souffrant de troubles
mentaux, qui s’était échappé d’un hôpital psychiatrique public.
Cet établissement relevait du service public hospitalier, placé sous la surveillance
administrative et la police spéciale des malades mentaux (aujourd’hui, police
administrative sanitaire).
La famille de la victime engage une action en responsabilité contre l’État, estimant que les
autorités administratives avaient commis une faute en ne prenant pas les mesures
nécessaires pour empêcher la fuite du malade dangereux.
2) Procédure
La juridiction administrative de premier ressort rejette la demande d’indemnisation,
faute de preuve d’une faute lourde de l’administration.
M. Bourgeois forme un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État.
3) Problème de droit
Faut-il toujours exiger une faute lourde pour engager la responsabilité de l’administration
dans le fonctionnement du service de la police administrative — en l’occurrence, la police
des malades mentaux ?
4) Solution (dispositif)
➡️Non.
258
Dans le cadre de la police administrative spéciale des malades mentaux, une faute simple
suffit à engager la responsabilité de l’administration.
Il admet que la faute lourde n’est plus exigée dès lors que l’activité en cause ne présente
pas de difficultés particulières d’appréciation.
5) Principe dégagé
Principe :
Le Conseil d’État abandonne l’exigence de la faute lourde pour certaines activités de police
administrative, notamment celles qui concernent la surveillance des malades mentaux.
6) Portée
🧩 A. Évolution de la jurisprudence sur la faute en matière de police
Depuis CE, 1905, Tomaso Grecco, la responsabilité de l’État dans les activités de
police administrative nécessitait une faute lourde (activité difficile, régalienne).
L’arrêt Bourgeois marque un tournant majeur :
➜ il assouplit cette exigence en reconnaissant que certaines activités de police,
comme la surveillance de malades dangereux, ne nécessitent pas une technicité ou
une urgence particulières.
Le juge administratif tend à appliquer la faute lourde seulement pour les activités
présentant une complexité extrême (contrôle fiscal, justice, navigation aérienne…).
Bourgeois traduit la volonté du juge de faciliter l’indemnisation des victimes sans
remettre en cause la spécificité du service public.
259
7) Intérêt de l’arrêt
Assouplissement majeur du régime de responsabilité administrative.
Réduction du champ de la faute lourde, amorçant une uniformisation vers la faute
simple.
Renforcement de la protection des administrés contre les carences de
l’administration.
Illustratif de l’évolution de la jurisprudence vers une responsabilité de droit
commun, plus équilibrée et équitable.
8) Référence
Conseil d’État, 27 juillet 1990, Bourgeois, Rec. p. 208.
Principe : La responsabilité de l’État pour le fonctionnement du service de police des
malades mentaux peut être engagée par une faute simple.
9) Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 27 juillet 1990
Parties M. Bourgeois c/ État
Faits Évasion d’un malade mental dangereux → accident mortel
Problème Faut-il une faute lourde ou une faute simple pour engager la responsabilité
juridique de la police des malades mentaux ?
Solution ✅ Faute simple suffisante
Principe Assouplissement du régime de responsabilité de la police administrative
Portée Déclin de la faute lourde – meilleure protection des victimes
Évolution Époux V (1992), Theux (1997), Améon (1998) – généralisation de la faute
ultérieure simple
260
Fiche de jurisprudence – TC, 2 décembre
1991, Préfet de la Haute-Loire c/ Tribunal
correctionnel du Puy-en-Velay
261
5️⃣ Les motifs essentiels
1. 🔫 Acte accompli dans le cadre des fonctions de service public
o Le fonctionnaire de police utilisait son arme de service dans le cadre de ses
fonctions, et non à titre privé.
o Le dommage est survenu à l’occasion du service, donc en lien fonctionnel
avec celui-ci.
2. ⚖️Absence d’intention malveillante ou de comportement anormalement grave
o Même si le geste était imprudent ou maladroit, il n’était pas étranger aux
missions de police.
o Le comportement n’était pas d’une gravité exceptionnelle ni détachable du
service.
3. Conséquence sur la compétence juridictionnelle
o Il s’agissait d’un acte de service public, relevant du juge administratif pour
la responsabilité civile de l’État.
o Le Tribunal correctionnel ne pouvait donc statuer sur les intérêts civils : le
conflit positif soulevé par le préfet est fondé.
262
l’usage de son arme de service relèvent d’une faute de service, engageant la responsabilité de
l’État devant le juge administratif.
263
Fiche de jurisprudence – CE, 10 avril 1992,
Époux V...
264
5️⃣ Les motifs essentiels
1. ⚖️Évolution de la jurisprudence vers une meilleure protection des patients
o Le Conseil d’État juge qu’il n’y a plus lieu d’exiger une faute lourde,
car les moyens techniques et organisationnels modernes permettent
d’attendre un niveau de compétence ordinaire de la part des praticiens et des
services hospitaliers.
2. 🏥 Principe de responsabilité pour faute simple
o Désormais, toute faute médicale, même simple (erreur de diagnostic, défaut
de surveillance, manquement dans les soins),
engage la responsabilité de l’établissement public.
3. 💰 Conséquence sur la réparation
o Les victimes d’erreurs médicales peuvent plus facilement obtenir
indemnisation,
sans avoir à démontrer une faute lourde difficile à établir.
FICHE DE JURISPRUDENCE
266
Conseil d’État, Assemblée, 10 septembre 1992 – Meyet
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État contre le décret de mutation.
Lorsqu’un texte ne prévoit pas obligatoirement une délibération en Conseil des ministres,
mais que le gouvernement choisit malgré tout de soumettre le décret à cette délibération,
qui est compétent pour le signer : le Premier ministre ou le Président de la République ?
5️⃣ Solution
Annulation du décret :
o Le Conseil d’État juge que :
Tout décret délibéré en Conseil des ministres doit être signé par le Président
de la République,
même si la loi n’exigeait pas cette délibération.
Par conséquent, le décret signé seulement par le Premier ministre est entaché
d’incompétence.
267
6️⃣ Principe dégagé
🏁 Résumé essentiel
268
⚖️CE, 2 novembre 1992 — Kherouaa et
autres
I. 📜 Les faits
Plusieurs élèves musulmanes du collège Gabriel-Havez de Creil (Oise) se
présentaient en classe portant un foulard islamique.
Le règlement intérieur de l’établissement interdisait « le port de tout signe
ostentatoire marquant une appartenance religieuse ».
À la suite de refus d’ôter leur voile, les élèves ont été exclues temporairement.
Leurs parents (dont M. Kherouaa) ont saisi le tribunal administratif d’Amiens pour
contester la légalité du règlement intérieur et de la décision d’exclusion.
Autrement dit :
🔹 Motifs
📜 Principe dégagé :
Le port de signes religieux à l’école publique relève de la liberté religieuse et ne peut être
interdit que s’il perturbe le fonctionnement du service public ou l’ordre public.
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Les élèves des établissements publics d’enseignement bénéficient de la liberté de
manifester leur religion, dans le respect du principe de laïcité.
→ Les interdictions générales et absolues sont illégales ; seules des restrictions
proportionnées et justifiées par les nécessités du service public peuvent être admises.
Le CE admet pour la première fois que le port du voile ne contrevient pas par lui-
même à la laïcité.
Il distingue liberté religieuse individuelle et neutralité de l’institution :
o Les agents publics sont tenus à la neutralité.
270
o Les usagers du service public (élèves) bénéficient d’une liberté de
conscience.
Cette jurisprudence a inspiré la circulaire Jospin (1989) et les débats précédant la loi
de 2004.
Celle-ci a rendu possible l’interdiction légale des signes religieux ostensibles dans
les écoles publiques, en codifiant le principe de neutralité.
271
Élément Détail
Principe Liberté religieuse des élèves ; restriction seulement en cas de trouble concret
dégagé au fonctionnement du service public.
Reconnaissance du port de signes religieux comme expression de la liberté
Portée
de conscience ; approche souple avant la loi de 2004.
1) Faits
272
M. Bianchi subit un grave dommage neurologique (paralysie) à la suite d’une
artériographie pratiquée dans un hôpital public, examen pourtant réalisé dans les règles de
l’art et sans faute médicale.
L’acte médical était nécessaire au diagnostic et avait été effectué correctement, mais il
comportait un risque exceptionnel dont la réalisation a entraîné un préjudice d’une extrême
gravité.
2) Procédure
Les juridictions administratives inférieures rejettent la demande, estimant qu’aucune
faute ne pouvait être imputée aux médecins ou à l’hôpital.
Le requérant forme alors un pourvoi devant le Conseil d’État.
3) Problème de droit
L’hôpital public peut-il être responsable sans faute d’un dommage causé par un acte
médical nécessaire au diagnostic ou au traitement, lorsqu’un risque exceptionnel se
réalise, sans faute du service ni du praticien ?
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
Le Conseil d’État, dans un arrêt d’Assemblée, admet pour la première fois que :
Le service public hospitalier peut engager sa responsabilité sans faute lorsqu’un acte
médical nécessaire au diagnostic ou au traitement provoque un dommage sans rapport
avec l’état initial du patient, et que le risque présenté par cet acte, connu mais
exceptionnel, s’est réalisé sans faute.
5) Principe dégagé
Responsabilité sans faute de l’État pour risque exceptionnel, dans le cadre des actes
médicaux nécessaires au diagnostic ou au traitement.
273
Le Conseil d’État fixe cinq conditions cumulatives pour engager la responsabilité sans faute
du service hospitalier.
Condition Explication
1️⃣ Acte médical L’acte à l’origine du dommage devait être nécessaire au
nécessaire diagnostic ou au traitement.
2️⃣ Absence de lien avec Le dommage ne doit pas avoir de rapport avec l’état
l’état initial pathologique du patient.
3️⃣ Absence de faute
Aucune faute du service ou du praticien ne doit être constatée.
médicale
4️⃣ Risque connu mais Le dommage doit résulter de la réalisation d’un risque
exceptionnel exceptionnel, c’est-à-dire très rare mais identifié par la science.
5️⃣ Gravité exceptionnelle
Le préjudice subi doit présenter une gravité exceptionnelle.
du dommage
✅ Si ces conditions sont remplies → responsabilité sans faute du service public hospitalier.
7) Portée
🧩 A. Création d’un nouveau cas de responsabilité sans faute
Ce régime a été supprimé et codifié par la loi du 4 mars 2002 dite loi Kouchner,
relative aux droits des malades.
274
→ L’article L. 1142-1 du Code de la santé publique prévoit désormais un régime
d’indemnisation sans faute pour les accidents médicaux non fautifs (via l’ONIAM).
Bianchi demeure le précédent fondateur de cette législation.
8) Intérêt de l’arrêt
Première consécration d’une responsabilité sans faute du service public
hospitalier pour un acte médical nécessaire.
Élargit la logique de solidarité nationale au domaine de la santé publique.
Met en évidence la distinction entre :
o les fautes médicales (responsabilité pour faute),
o et les accidents thérapeutiques (responsabilité sans faute).
Influence directe sur la loi du 4 mars 2002 et la création de l’ONIAM (Office
national d’indemnisation des accidents médicaux).
9) Référence
Conseil d’État (Ass.), 9 avril 1993, Bianchi, Rec. p. 127.
Principe : Responsabilité sans faute du service public hospitalier pour la réalisation
d’un risque médical exceptionnel, à conditions cumulatives.
275
CE, Ass., 9 avril 1993, Bianchi :
Le Conseil d’État reconnaît la responsabilité sans faute du service public hospitalier
lorsqu’un acte médical nécessaire provoque un dommage d’une exceptionnelle gravité, par
la réalisation d’un risque connu mais exceptionnel, sans faute du service.
🔹 Les faits
276
départementaux, considérant qu’elle était illégale car contraire aux dispositions législatives
fixant les règles de la fonction publique territoriale.
Le département a alors saisi le Conseil d’État, estimant que ce refus préfectoral constituait
une atteinte à sa libre administration.
🔹 La question juridique
Le Conseil d’État rappelle fermement le principe dégagé depuis l’arrêt Préfect de l’Eure
(1913) :
« Le préfet ne tient d’aucun texte le pouvoir d’empêcher par lui-même l’exécution d’une
délibération d’un conseil général. »
⚖️Donc : le refus du préfet d’exécuter ou de laisser exécuter une décision départementale est
illégal, sauf texte contraire.
🔹 Principe dégagé
277
🔹 Portée
📚 En résumé
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 29 juillet 1994
Parties Département de l’Indre c/ État
Question Le préfet peut-il bloquer une délibération départementale sans juge ?
Solution ❌ Non, il doit saisir le tribunal administratif (déféré préfectoral)
Principe Fin de la tutelle de l’État sur les CT — primauté du juge administratif
Fondement Art. 72 de la Constitution (libre administration), loi du 2 mars 1982
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 27 octobre 1995 – Commune de Morsang-sur-Orge
1️⃣ Références
278
Parties : Commune de Morsang-sur-Orge c/ Société Fun Production et M.
Wackenheim.
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Le maire peut-il, au titre de son pouvoir de police administrative générale, interdire une
attraction ne troublant pas la sécurité ou la tranquillité publiques, en se fondant uniquement
sur la protection de la dignité de la personne humaine ?
5️⃣ Solution
Le maire peut donc interdire une activité portant atteinte à cette dignité même sans
trouble matériel.
279
7️⃣ Portée / Intérêt
🏁 Résumé essentiel
📅 Référence
280
Juridiction : Conseil d’État
Date : 4 novembre 1996
Parties : Confédération nationale des groupes autonomes de l’enseignement public
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Principe d’égalité devant le service public — Différence de situation —
Justification objective
📜 Les faits
La Confédération nationale des groupes autonomes de l’enseignement public (CNGAEP)
a attaqué un décret du 31 décembre 1992 relatif à la rémunération des enseignants
contractuels et vacataires de l’enseignement public.
⚙️La procédure
Recours pour excès de pouvoir formé directement devant le Conseil d’État,
compétent en premier et dernier ressort pour ce type d’acte réglementaire.
Le syndicat requérant invoquait la violation du principe d’égalité consacré par la
jurisprudence administrative (CE, 1951, Société des concerts du conservatoire).
❓ La question de droit
Une différence de traitement entre agents publics exerçant des fonctions comparables peut-
elle être justifiée par des différences de situation ou par un motif d’intérêt général ?
Autrement dit :
👉 Le principe d’égalité s’oppose-t-il à toute distinction de traitement entre les agents d’un
même service public ?
281
différentes, ou poursuive un but d’intérêt général en établissant une différence de
traitement.
➡️Ces différences doivent toutefois être en lien direct avec la nature du service et
proportionnées à leur objet.
Les différences de traitement prévues par le décret étaient justifiées par des
différences de statut, de niveau de formation, de conditions de recrutement et de
responsabilités entre les différentes catégories d’enseignants.
Il existait donc une différence objective de situation, en rapport avec les fonctions
exercées.
Les agents du service public ne sont pas tous dans la même situation : la différence
de missions, de responsabilités ou de niveau de qualification peut justifier un
traitement différencié.
282
3️⃣ Principe d’égalité nuancé
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État
Date 4 novembre 1996
Confédération nationale des groupes autonomes de l’enseignement
Parties
public
Principe dégagé Le principe d’égalité n’interdit pas les distinctions justifiées
Peut-on traiter différemment des agents exerçant des fonctions
Problème de droit
similaires ?
Solution Oui, si différence de situation ou motif d’intérêt général
Portée Application du principe d’égalité aux agents du service public
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Confédération nationale des groupes autonomes de l’enseignement public (CE,
1996) illustre la souplesse du principe d’égalité en droit administratif.
🔹 Il confirme que l’administration peut introduire des différences de traitement entre
agents ou usagers,
283
à condition qu’elles soient objectivement justifiées ou motivées par l’intérêt général du
service public.
🔹 Il s’inscrit dans la continuité directe de la grande jurisprudence Denoyez et Chorques
(1974), pilier du principe d’égalité dans le droit administratif français.
🔹 Faits
Le conseil municipal avait pris une délibération relative à la gestion d’un service communal
(une décision financière et d’organisation interne).
Estimant cette délibération illégale, le préfet avait décidé unilatéralement de l’annuler, sans
passer par le juge administratif.
284
La commune a alors saisi le Conseil d’État, soutenant que le préfet avait outrepassé ses
pouvoirs et violé le principe de libre administration des collectivités territoriales (art. 72 de
la Constitution).
🔹 Question juridique
➡️Le préfet peut-il annuler directement un acte d’une collectivité territoriale (ici une
commune), en dehors de tout contrôle juridictionnel ?
Autrement dit :
Le préfet dispose-t-il encore d’un pouvoir de tutelle directe sur les collectivités locales après
les lois de décentralisation de 1982 ?
❌ Non.
Le Conseil d’État juge que le préfet ne peut pas annuler lui-même les actes d’une commune.
Il ne tient d’aucun texte le pouvoir d’annuler un acte pris par une collectivité territoriale.
Désormais, conformément à la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des
communes, départements et régions :
🔹 Principe dégagé
de l’article 72 de la Constitution,
et de la loi du 2 mars 1982 (grande loi de décentralisation).
285
🔹 Portée
🔹 Fondements juridiques
📚 En résumé
Élément Contenu
Juridiction
Conseil d’État, Section
Date 3 octobre 1997
Parties Commune d’Antilly c/ État
Question Le préfet peut-il annuler directement un acte communal ?
Solution ❌ Non, seul le juge administratif peut le faire.
Fin de la tutelle administrative directe du préfet – respect de la libre
Principe
administration.
Fondement Art. 72 C°, loi du 2 mars 1982, L. 2131-6 CGCT.
Confirmation du contrôle juridictionnel exclusif – étape clé de la
Portée
décentralisation.
286
Fiche d’arrêt — CE, 18 octobre 2000,
Terrail
1. Faits
Cette juridiction avait statué en dernier ressort, sans possibilité d’appel prévue par les textes.
M. Terrail souhaitait contester cette décision devant le Conseil d’État.
2. Procédure
287
D’où la question :
👉 Le pourvoi en cassation est-il ouvert contre une décision rendue en dernier ressort par une
juridiction administrative spéciale lorsqu’aucun texte ne le prévoit ?
3. Problème de droit
Le principe général du droit reconnu par l’arrêt D’Aillières (1947), selon lequel le
pourvoi en cassation est toujours ouvert contre toute décision juridictionnelle rendue en
dernier ressort, s’applique-t-il encore à une juridiction administrative spéciale comme le
Conseil de discipline de recours ?
➡️Oui.
Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’État est ouvert même sans texte contre toute
décision juridictionnelle rendue en dernier ressort par une juridiction administrative.
5. Principe dégagé
Autrement dit :
288
7. Portée de l’arrêt
D. Continuité jurisprudentielle
CE, Ass., 7 févr. 1947, D’Aillières (PGD du pourvoi en cassation sans texte)
CE, Ass., 12 déc. 1953, De Bayo (définition fonctionnelle de la juridiction
administrative)
CE, Sect., 20 nov. 1970, Bouez et UNEF (application aux juridictions disciplinaires
universitaires)
9. Référence
289
Conseil d’État, 18 octobre 2000, Terrail, Rec. Lebon, p. 410.
Principe dégagé :
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État
Date 18 octobre 2000
M. Terrail / Conseil de discipline de recours de la fonction publique
Parties
territoriale
Le pourvoi en cassation est-il ouvert sans texte contre une juridiction
Problème
disciplinaire spéciale ?
Solution ✅ Oui, application du PGD D’Aillières
Pourvoi en cassation toujours ouvert contre toute décision
Principe
juridictionnelle administrative en dernier ressort
Actualisation du principe D’Aillières et extension aux juridictions
Portée
disciplinaires contemporaines
Lien
D’Aillières (1947) – De Bayo (1953) – Bouez (1970) – Terrail (2000)
jurisprudentiel
290
PROCÉDURES D’URGENCE
CE, Sect., 18 janv. 2001, Commune de Venelles
CE, 5 mars 2001, Saez
1. Contexte général
La loi du 30 juin 2000 réforme l’urgence en droit administratif.
Elle crée deux outils nouveaux :
o Référé-suspension (art. L. 521-1 CJA)
o Référé-liberté (art. L. 521-2 CJA)
Ces arrêts du début 2001 sont les toutes premières grandes décisions qui définissent
ces deux procédures, leur logique et leurs conditions.
Ces affaires naissent de la même crise locale à Venelles : le maire refuse de convoquer le
conseil municipal pour discuter de la désignation des délégués de la commune à la
communauté d’agglomération. Des conseillers municipaux contestent ce refus en urgence.
Légifrance+1
Faits
291
Les conseillers saisissent le juge des référés du TA Marseille sur le fondement de
l’article L. 521-2 CJA (référé-liberté), en soutenant que ce refus porte atteinte à :
o leur liberté d’expression dans le cadre du mandat local,
o la démocratie locale,
o et surtout la libre administration de la commune (art. 72 C°).
Le juge des référés du TA ordonne au maire de convoquer le conseil municipal sous
très bref délai.
Le maire (agissant au nom de la commune) fait appel devant le Conseil d’État.
Légifrance+1
Question juridique
👉 Donc :
292
o Condition 2 : atteinte grave et manifestement illégale à une liberté
fondamentale.
Il ouvre la liste des libertés fondamentales en y intégrant la libre administration des
collectivités territoriales, ce qui constitutionnalise politiquement la décentralisation
dans le contentieux de l’urgence. Légifrance+1
Mais il trace aussi une limite importante : tout dysfonctionnement interne d’un conseil
municipal n’est pas automatiquement une atteinte grave à une liberté fondamentale.
Faits
Question juridique
293
o Le CE suspend la décision du maire (donc la décision implicite/de refus du
14 décembre 2000).
o Le CE va plus loin : il enjoint au maire de convoquer le conseil municipal
avant une date précise (7 mars 2001 à 18h).
→ Donc ici, les élus d’opposition obtiennent concrètement gain de cause en
urgence. Légifrance+1
294
c) Message politique / institutionnel des deux décisions réunies
5. Tableau récapitulatif
Commune de Venelles (CE, 18
Aspect Saez (CE, 5 mars 2001)
janv. 2001)
Type de référé Référé-liberté (L. 521-2) Référé-suspension (L. 521-1)
Demandeurs Des conseillers municipaux contre Des conseillers municipaux contre leur
initiaux leur maire maire
Forcer la convocation du conseil Suspendre le refus de convocation +
Objet immédiat
municipal obtenir réunion du conseil
Oui, la libre administration =
Appréciation du Urgence + doute sérieux sur la légalité du
liberté fondamentale ; mais pas
CE refus du maire
d’atteinte grave/manif. illégale ici
Annule l’ordonnance du TA Annule l’ordonnance du TA Marseille
Décision
Marseille qui avait enjoint le qui avait rejeté ; suspend la décision du
procédurale du
maire ; donc pas d’injonction maire ; enjoint au maire de convoquer le
CE
maintenue conseil
Définition du référé-liberté +
Définition du référé-suspension +
consécration de la libre
Portée reconnaissance du pouvoir d’injonction
administration comme liberté
pratique du juge des référés
fondamentale
295
3. Ensemble, Venelles + Saez = le juge administratif devient un juge de l’urgence
démocratique locale, capable soit :
o de protéger une liberté fondamentale en 48h (L. 521-2),
o soit de neutraliser provisoirement une décision illégale et forcer une action
concrète (L. 521-1).
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 26 octobre 2001 – Ternon
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
Limitation à 4 mois :
o Le Conseil d’État fixe une règle générale :
o Passé ce délai, le retrait est illégal, sauf si la décision a été obtenue par fraude.
En l’espèce, le retrait après plus de deux ans était donc illégal → annulation.
Règle Ternon :
o Retrait d’une décision individuelle créatrice de droits et explicite :
1. Possible uniquement si la décision est illégale,
2. Et dans un délai de 4 mois à compter de sa signature,
3. Sauf fraude de l’intéressé.
Se distingue du recours gracieux (qui prolonge les délais de recours mais non le délai
de retrait).
Sécurise les situations juridiques des administrés : ils peuvent se fier à une décision
individuelle après 4 mois.
Codifié à l’article L. 242-1 du Code des relations entre le public et
l’administration (CRPA) :
« L'administration ne peut retirer une décision créatrice de droits, explicite, que si elle
est illégale et dans un délai de quatre mois suivant sa signature. »
🏁 Résumé essentiel
297
Conseil d’État, Assemblée, 3 juillet 1996 – Koné
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Recours pour excès de pouvoir contre le décret d’extradition signé par le Premier
ministre et le ministre des Affaires étrangères.
La France peut-elle extrader un étranger vers son pays d’origine pour un but politique, alors
qu’un traité bilatéral (France–Mali) ne l’interdit pas expressément ?
Le juge administratif peut-il écarter l’application d’un traité international pour respecter un
principe constitutionnel ?
5️⃣ Solution
« L’État doit refuser l’extradition d’un étranger lorsqu’elle est demandée dans un but
politique. »
298
Il interprète le traité franco-malien « à la lumière de ce principe constitutionnel », ce
qui conduit à écarter l’extradition.
🏁 Résumé essentiel
299
Fiche de jurisprudence – CE, 6 décembre
1996, Société Lambda
300
💡 L’État engage-t-il sa responsabilité lorsque l’illégalité d’un acte administratif (ici une
décision de police) a directement causé un préjudice à une personne, même sans faute
lourde, et à quelles conditions ce lien de causalité est-il reconnu ?
301
o meilleure protection des administrés victimes de décisions illégales.
302
Fiche de jurisprudence – CE, 3 novembre
1997, Société Million et Marais
303
💡 L’administration, lorsqu’elle conclut un contrat administratif ou agit dans le cadre d’un
service public, doit-elle respecter les règles du droit de la concurrence (articles L. 420-1 et
suivants du Code de commerce, et droit européen) ?
304
o avant 1997 : l’administration était soumise au seul contrôle de légalité interne
et externe (compétence, but d’intérêt général, erreur de droit...) ;
o après Million et Marais : elle doit aussi respecter les règles économiques du
marché.
⚙️Portée élargie ensuite par :
o CE, 1999, Société EDA → application du droit de la concurrence dans les
concessions de services publics ;
o CE, 2001, Société des eaux du Nord → contrôle de compatibilité étendu aux
délégations de service public ;
o CE, 2007, APREI et CE, 2010, Jean Bouin → soumission des activités
économiques publiques au droit de la concurrence.
305
CE, 29 décembre 1997 — Commune
d’Arcueil
I. 📜 Les faits
La société France Diffusion, domiciliée à Boulogne-Billancourt, faisait distribuer
sur tout le territoire français, par voie postale, un catalogue publicitaire à caractère
érotique intitulé Éros.
Le maire d’Arcueil (Val-de-Marne), estimant que la diffusion de ces prospectus
portait atteinte à la moralité publique et risquait de troubler l’ordre public, a pris un
arrêté municipal interdisant la diffusion du catalogue sur le territoire de sa
commune, en se fondant sur son pouvoir de police municipale (art. L. 131-2 Code
des communes, devenu L. 2212-2 CGCT).
La société éditrice a contesté cet arrêté devant le juge administratif.
306
Le maire peut-il, au nom de la moralité publique, interdire sur le territoire communal la
distribution postale d’un catalogue érotique édité par une société extérieure à la
commune ?
Autrement dit :
🔹 Motifs
307
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Le maire, titulaire du pouvoir de police générale, ne peut interdire une activité licite que s’il
existe :
La moralité publique ne peut, à elle seule et de manière abstraite, justifier une interdiction
générale.
Le CE distingue clairement :
o La moralité publique locale (pouvant justifier une interdiction limitée, ex.
Lutétia),
o et la moralité publique nationale (relevant de l’État, non du maire).
En l’absence de circonstances locales, l’interdiction viole la liberté d’expression et
de commerce.
309
Fiche d’arrêt — CE, 6 octobre 2000,
Commune de Saint-Florent
🔹 Références
Conseil d’État, Section, 6 octobre 2000, Commune de Saint-Florent, n° 205019
Publié au Recueil Lebon
Matière : Responsabilité de l’État – Contrôle de légalité des actes des collectivités
territoriales
🔹 Faits
La commune de Saint-Florent (Haute-Corse) avait adopté plusieurs actes illégaux.
Ces actes avaient été transmis au préfet, représentant de l’État dans le département,
chargé du contrôle de légalité des actes des collectivités territoriales.
Or, le préfet n’avait pas déféré ces actes au juge administratif alors que leur
illégalité était manifeste.
La commune engage alors une action en responsabilité contre l’État, estimant que
l’inaction fautive du préfet lui avait causé un préjudice.
🔹 Procédure
1. Tribunal administratif de Bastia → rejette la demande de la commune.
2. Cour administrative d’appel de Marseille → confirme le rejet.
3. Recours en cassation formé devant le Conseil d’État.
310
🔹 Question de droit
L’État peut-il voir sa responsabilité engagée pour faute du fait de l’inaction du préfet qui
n’a pas déféré au juge administratif un acte manifestement illégal d’une collectivité
territoriale ?
Autrement dit :
Le préfet dispose d’un pouvoir d’appréciation dans le contrôle des actes locaux.
Mais s’il ne réagit pas face à une illégalité évidente, cette inaction constitue une
faute lourde, de nature à engager la responsabilité de l’État.
🔹 Jurisprudence associée
Loi du 2 mars 1982 : supprime la tutelle préfectorale et institue le contrôle de
légalité a posteriori.
⚖️CE, 1991, Brasseur → un administré peut demander au préfet de déférer un
acte, mais ne peut pas attaquer le refus de déféré (pas de recours direct contre
l’État).
311
⚖️CE, 2000, Commune de Saint-Florent → complète Brasseur : la faute lourde du
préfet engage la responsabilité de l’État si l’inaction est manifeste.
⚖️CE, 2007, Société Arcelor Atlantique et Lorraine → contrôle de légalité et
articulation droit interne / droit de l’UE.
🔹 Portée pratique
Réaffirme l’autonomie des collectivités territoriales tout en préservant le contrôle
juridictionnel de l’État.
Responsabilise le préfet : il ne peut rester inactif face à un acte illégal manifeste.
Limite toutefois la mise en cause de l’État par l’exigence d’une faute lourde (et non
simple faute).
312
Fiche d’arrêt — CEDH, 7 juin 2001, Kress
c. France
1. Faits
Mme Kress, médecin hospitalier, avait engagé une action devant les juridictions
administratives françaises (Conseil d’État) concernant un contentieux de carrière
hospitalière.
Elle a alors saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), invoquant une
violation de l’article 6 §1 de la Convention européenne, qui garantit le droit à un procès
équitable.
2. Procédure
3. Problème de droit
313
4. Solution de la Cour (CEDH, 7 juin 2001)
5. Principe dégagé
6. Portée et conséquences
A. Portée juridique
B. Réactions françaises
C. Influence jurisprudentielle
8. Référence
Cour européenne des droits de l’homme, 7 juin 2001, Kress c. France, requête n°
39594/98.
Article invoqué : Article 6 §1 de la Convention EDH.
Violation retenue : Oui, pour la présence du commissaire du gouvernement au
délibéré.
Non-violation : pour l’impossibilité de répliquer à ses conclusions.
9. Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Cour européenne des droits de l’homme
Date 7 juin 2001
Parties Mme Kress c. France
Fondement
Article 6 §1 CEDH
juridique
Compatibilité du rôle du commissaire du gouvernement avec le droit à
Problème
un procès équitable
Solution Violation partielle (présence au délibéré = violation)
Le rapporteur public ne doit pas participer au délibéré pour garantir
Principe dégagé
l’impartialité
Conséquences Réforme de 2009–2011 : exclusion du rapporteur public du délibéré
Renforcement du contradictoire et de l’impartialité objective du juge
Portée
administratif
315
FICHE DE JURISPRUDENCE
Tribunal des conflits, 12 décembre 2005 – Alberti-Scott c/ Commune de
Menton
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
La distribution d’eau potable, même assurée par une régie municipale, relève-t-elle d’un
service public industriel et commercial (SPIC) ou d’un service public administratif
(SPA), afin de déterminer la juridiction compétente ?
5️⃣ Solution
316
o Le Tribunal des conflits qualifie le service de distribution d’eau potable de
SPIC, même lorsqu’il est géré directement par une commune.
o Par conséquent, les litiges opposant ce service à ses usagers relèvent du droit
privé.
Confirmation que le critère organique (gestion par une personne publique) n’est pas
déterminant :
o Même en régie directe, la distribution d’eau reste un SPIC.
Compétence judiciaire pour les litiges avec les usagers (responsabilité contractuelle,
facturation, dommages).
🏁 Résumé essentiel
317
Fiche de jurisprudence – TC, 12 décembre
2005, France Télécom c/ Société Travaux
publics Électricité (TPE)
318
Il juge que France Télécom, devenue personne morale de droit privé, ne gère plus
un service public administratif, mais un SPIC,
et que les contrats qu’elle conclut relèvent donc du droit privé.
319
📘 Le Tribunal des conflits, dans l’arrêt France Télécom du 12 décembre 2005, a jugé qu’une
société de droit privé issue de la transformation d’un établissement public industriel et
commercial conclut des contrats de droit privé relevant du juge judiciaire, dès lors qu’elle
n’exerce pas de prérogatives de puissance publique.
320
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Assemblée, 24 mars 2006 – Société KPMG et autres
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
5️⃣ Solution
321
6️⃣ Principe dégagé
🏁 Résumé essentiel
322
⚖️Fiche d’arrêt — Conseil d’État, 31 mai 2006, Ordre des
avocats au barreau de Paris
📚 Références
🧩 Faits
⚖️Procédure
Demandeur : Ordre des avocats au barreau de Paris (recours pour excès de pouvoir).
Objet : annulation du décret instituant l’Agence française pour le développement
international des entreprises.
Juridiction saisie : Conseil d’État (en premier et dernier ressort, car décret).
❓ Problème juridique
Une personne publique (ici, l’État) peut-elle intervenir dans le domaine économique sans
méconnaître le principe de liberté du commerce et de l’industrie, et si oui, à quelles
conditions ?
323
Le Conseil d’État rejette le recours et admet la légalité de l’intervention de l’État dans le
domaine économique, sous conditions strictes.
💡 Principe dégagé
« Les personnes publiques peuvent prendre en charge une activité économique à la condition
que cette intervention réponde à un intérêt public et qu’elle ne fausse pas les règles de la
concurrence. »
Apports de l’arrêt
📘 Jurisprudence associée
324
CE, 1930, Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers → intervention
économique locale conditionnée par un intérêt public particulier.
CE, 1964, Ville de Nanterre → extension du principe à la création de services de
santé municipaux.
CE, 1997, Million et Marais → les actes administratifs doivent respecter le droit de
la concurrence.
CE, 2014, Société Armor SNC → application du principe aux contrats passés entre
personnes publiques et privées.
🧾 Résumé de principe
Les personnes publiques peuvent exercer des activités économiques à condition que cette
intervention soit justifiée par un intérêt public et respecte les règles de la concurrence et
la liberté du commerce et de l’industrie.
« L’action économique des personnes publiques n’est légale que si elle répond à un intérêt
public et ne porte pas atteinte de manière injustifiée à la liberté du commerce et de
l’industrie. »
(CE, 31 mai 2006, Ordre des avocats au barreau de Paris)
325
1) Faits
M. Gardedieu est condamné sur le fondement d’une loi française dont l’application entre en
contradiction avec un traité international (ici, la Convention européenne des droits de
l’homme).
Il estime avoir subi un préjudice du fait de cette loi contraire aux engagements
internationaux de la France, et il demande réparation à l’État.
2) Procédure
M. Gardedieu saisit le Conseil d’État d’une demande d’indemnisation.
L’État conteste, soutenant qu’il n’existe aucune faute de service et qu’il n’appartient
pas au juge administratif d’apprécier les conséquences dommageables d’une loi
adoptée par le Parlement.
3) Problème de droit
L’État peut-il voir sa responsabilité engagée du fait d’une loi adoptée en violation des
engagements internationaux de la France ?
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
L’État est responsable des dommages causés par une loi adoptée en méconnaissance des
engagements internationaux de la France.
5) Principe dégagé
L’État engage sa responsabilité du fait des lois lorsqu’une loi française, en violation d’un
traité international, cause un préjudice direct et certain à un particulier.
326
Cette responsabilité a pour fondement l’article 55 de la Constitution (primauté des traités
sur la loi interne).
6) Portée
A. Confirmation du principe de primauté des engagements internationaux
Le juge administratif ne peut pas annuler une loi, mais il peut en réparer les
conséquences dommageables lorsqu’elle viole une convention internationale.
L’arrêt marque une conciliation entre la souveraineté du législateur et la protection
des droits issus des traités.
Avant Gardedieu, la responsabilité de l’État pour fait législatif n’était admise qu’en
cas de loi déclarée inconstitutionnelle ou abrogée pour cause d’illégalité.
L’arrêt étend cette possibilité à la méconnaissance d’un traité international
(notamment la CEDH).
C. Nature de la responsabilité
D. Conditions
E. Évolution ultérieure
7) Intérêt de l’arrêt
Consécration d’un nouveau cas de responsabilité sans faute de l’État : le fait du
législateur.
327
Le Conseil d’État crée une voie d’indemnisation pour compenser les effets d’une loi
illégale au regard du droit international, sans violer la séparation des pouvoirs.
Il renforce la force obligatoire des traités internationaux (article 55 C°).
Il assure la protection des droits garantis par la CEDH et par le droit de l’Union
européenne.
8) Référence
Conseil d’État (Ass.), 8 février 2007, Gardedieu, Rec. p. 64.
Principe :
L’État est responsable du préjudice causé par une loi adoptée en méconnaissance
des engagements internationaux de la France (responsabilité sans faute).
9) Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Conseil d’État, Assemblée
Date 8 février 2007
Parties M. Gardedieu c/ État
Faits Application d’une loi contraire à un traité international (CEDH)
L’État peut-il être responsable du fait d’une loi contraire à un
Problème juridique
traité ?
Solution ✅ Oui, responsabilité sans faute de l’État
Fondement juridique Article 55 de la Constitution
Nature de la
Sans faute – pour violation d’un engagement international
responsabilité
Conditions Violation d’un traité + préjudice direct et certain
Création d’un régime autonome de responsabilité de l’État du fait
Portée
des lois
FICHE DE JURISPRUDENCE
Conseil d’État, Section, 22 février 2007 – Association du personnel relevant
des établissements pour inadaptés (APREI)
328
(Rec. Lebon p. 85)
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
La commune avait confié à une association privée la gestion d’un centre pour
personnes handicapées.
Des salariés de l’association contestent une décision la concernant, et se pose la
question de savoir si cette association exerce une mission de service public, ce qui
déterminerait la compétence du juge administratif.
3️⃣ Procédure
Une personne privée qui ne dispose pas de prérogatives de puissance publique (PPP)
peut-elle néanmoins être qualifiée de gestionnaire d’un service public ?
5️⃣ Solution
329
o si cette volonté est clairement établie et que l’activité est d’intérêt général,
o l’organisme privé peut être qualifié de gestionnaire d’un service public.
Permet de qualifier plus largement de service public des activités confiées à des
associations ou entreprises privées même sans prérogatives spéciales.
Conséquences :
o Les actes pris dans ce cadre peuvent relever du juge administratif.
o Application du droit public (notamment pour certains contrats ou litiges).
🏁 Résumé essentiel
Autrement dit :
Dans quelles conditions une personne privée peut-elle gérer directement un service public,
soit de manière unilatérale, soit par coopération avec la personne publique, sans lien
contractuel ?
331
Le Conseil d’État répond positivement, sous conditions strictes :
une personne privée peut être chargée d’une mission de service public, même sans
contrat, si certaines conditions matérielles et intentionnelles sont réunies.
🔹 Motifs essentiels
2️⃣ Lorsqu’une personne privée initie elle-même une activité d’intérêt général :
📜 Principe dégagé :
Une personne privée peut être chargée d’une mission de service public sans contrat, si elle
exerce une activité d’intérêt général, sous le contrôle d’une personne publique, et avec
l’accord ou la reconnaissance explicite ou implicite de celle-ci.
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Il n’est pas nécessaire qu’un contrat de délégation soit conclu pour qu’une personne privée
soit chargée d’une mission de service public :
encore faut-il que la personne publique :
L’administration n’a pas besoin de déléguer formellement pour qu’une activité soit
qualifiée de service public.
Ce qui compte, c’est l’intention de la personne publique et son contrôle sur
l’activité.
333
Élément Détail
Juridiction Conseil d’État
Date 6 avril 2007
Parties Commune d’Aix-en-Provence c/ Association du festival d’art lyrique
Type de litige Qualification de service public et gestion d’un festival culturel
Question Une personne privée peut-elle gérer un service public sans contrat de
juridique délégation ?
Oui, si elle exerce une activité d’intérêt général, sous contrôle public,
Solution
reconnue par la personne publique.
Principe Une activité d’intérêt général peut être qualifiée de service public sans
dégagé contrat, dès lors qu’elle est contrôlée et reconnue par la puissance publique.
Modernisation de la notion de service public et reconnaissance des gestions
Portée
partenariales ou spontanées.
1) Faits
M. Gestas avait saisi le tribunal administratif pour contester une décision administrative.
Le tribunal rejette sa demande.
Par la suite, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rend un arrêt qui reconnaît
334
le droit invoqué par M. Gestas, démontrant que la juridiction administrative française avait
méconnu une règle du droit de l’Union européenne ayant effet direct.
M. Gestas forme alors une demande d’indemnisation contre l’État, en soutenant que la
violation manifeste du droit de l’Union par le juge administratif engage la responsabilité
de l’État.
2) Procédure
Le tribunal administratif rejette sa demande, estimant que la faute lourde exigée par
la jurisprudence Darmont n’était pas caractérisée.
M. Gestas se pourvoit en cassation devant le Conseil d’État.
3) Problème de droit
L’État peut-il être tenu pour responsable du préjudice causé par une décision
juridictionnelle devenue définitive du juge administratif qui viole le droit de l’Union
européenne ?
4) Solution (dispositif)
➡️Oui.
L’État est responsable du dommage causé par une décision juridictionnelle passée en
force de chose jugée, lorsqu’une telle décision viole manifestement le droit de l’Union
européenne.
5) Fondement juridique
Cette solution découle directement de la jurisprudence de la CJUE, notamment :
335
Ces décisions imposent aux États membres d’assurer la réparation des préjudices causés
aux particuliers par une violation du droit de l’Union imputable à une juridiction
nationale de dernier ressort.
6) Principe dégagé
⚖️Principe :
La violation manifeste du droit de l’Union européenne par une décision juridictionnelle
définitive du juge administratif constitue une faute de nature à engager la responsabilité
de l’État.
➡️Cette responsabilité s’exerce même sans faute lourde, car il s’agit d’une violation d’une
norme supérieure à valeur contraignante (droit de l’UE).
Condition Description
1️⃣ Violation d’une règle La norme méconnue doit être issue du droit de l’Union
de droit de l’Union européenne, et avoir effet direct.
La méconnaissance doit être suffisamment caractérisée (erreur
2️⃣ Violation manifeste
grave et évidente d’interprétation du droit de l’Union).
3️⃣ Lien de causalité direct Entre la violation et le préjudice subi par le justiciable.
8) Portée de l’arrêt
🧩 A. Exception au principe Darmont
336
⚖️B. Application du principe de primauté
9) Intérêt de l’arrêt
Ouverture d’un nouveau régime de responsabilité de l’État, fondé sur le droit de
l’Union européenne.
Affirmation du principe de primauté du droit de l’UE jusque dans la sphère
juridictionnelle.
Équilibre entre :
o le respect de l’autorité de la chose jugée,
o et la nécessité d’assurer la pleine effectivité du droit européen.
Première fois que le Conseil d’État admet la responsabilité du juge administratif
pour une erreur de droit, sous une condition de gravité exceptionnelle.
10) Référence
Conseil d’État, 18 juin 2008, Gestas, Rec. p. 246.
Fondement : Article 4, §3 TUE (principe de coopération loyale) et jurisprudence
CJUE, Köbler, 2003.
Principe : Responsabilité de l’État pour violation manifeste du droit de l’Union par
une juridiction administrative.
337
Élément Contenu
Problème L’État peut-il être responsable d’une décision du juge administratif
juridique contraire au droit de l’Union ?
Solution ✅ Oui, en cas de violation manifeste du droit de l’Union
Responsabilité de l’État pour violation manifeste du droit de l’Union par
Principe
une juridiction administrative
Violation d’une règle de l’UE – Caractère manifeste – Lien de causalité
Conditions
direct
Exception à Darmont — intégration du principe Köbler — primauté du
Portée
droit de l’UE
Soumission du juge administratif au contrôle du respect du droit de
Intérêt
l’Union
339
o Il peut ensuite exercer une action récursoire contre l’agent s’il estime que la
faute présente un certain degré de gravité.
“Dès lors qu’une faute, même lourde, a été commise dans le cadre des fonctions, elle
relève du service, sauf comportement étranger à toute mission publique.”
340
Type de
Arrêt Situation Responsabilité
faute
Agent hospitalier conduisant véhicule
Mazière (2008) De service Hôpital
de service
Jusqu’alors, une telle demande n’était pas recevable par les parties au contrat : elles devaient
se limiter à des actions en responsabilité.
341
⚖️Procédure
➡️La société Béziers Loisirs forme un recours de pleine juridiction devant le Conseil
d’État contre la commune, demandant l’annulation du contrat.
❓ Problème juridique
✅ Oui.
Le Conseil d’État admet que les parties à un contrat administratif peuvent désormais
former un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou son exécution.
➡️Le juge, saisi de ce recours, dispose de pouvoirs étendus :
il peut annuler,
résilier,
interpréter,
ou adapter le contrat,
en fonction de la gravité de l’irrégularité constatée et des exigences de continuité du
service public et de sécurité juridique.
💡 Principe dégagé
📜 Ouverture d’un recours de pleine juridiction entre les parties au contrat administratif
Les parties peuvent désormais saisir le juge administratif pour contester la validité du
contrat ou les mesures de son exécution.
Le juge a un pouvoir d’appréciation modulé, conciliant légalité, continuité du service
public et stabilité contractuelle.
📚 Portée de l’arrêt
342
Il s’inscrit dans un mouvement d’unification du contentieux contractuel et de
sécurisation des relations administratives.
⚖️Procédure
➡️Recours de pleine juridiction introduit par la société pour faire annuler la résiliation et
obtenir la reprise du contrat.
❓ Problème juridique
👉 Le juge administratif peut-il ordonner la reprise des relations contractuelles entre les
parties lorsqu’il constate que la résiliation unilatérale du contrat est irrégulière ?
✅ Oui.
Le Conseil d’État reconnaît au juge du contrat le pouvoir d’ordonner la reprise des
relations contractuelles lorsque :
➡️Le juge apprécie donc in concreto s’il est opportun de restaurer le contrat ou de le
maintenir rompu.
💡 Principe dégagé
343
🔁 Pouvoir du juge d’ordonner la reprise du contrat irrégulièrement résilié
Le juge du contrat dispose d’un pouvoir de régularisation :
📚 Portée de l’arrêt
344
Fiche d’arrêt – Tribunal des conflits, 17 octobre 2011,
SCEA du Chéneau
📚 Référence
⚖️Faits
Elle soutient que cette décision est contraire à certaines dispositions du droit de l’Union
européenne sur la libre concurrence et la libre circulation des marchandises.
345
Traditionnellement, selon le principe de séparation des autorités administratives et judiciaires
(loi des 16-24 août 1790), le juge judiciaire ne peut pas apprécier la légalité d’un acte
administratif, compétence réservée au juge administratif.
Mais ici, cette séparation stricte poserait un problème d’efficacité et de respect du droit de
l’Union, que tout juge national doit appliquer pleinement.
⚙️Procédure
💡 Problème juridique
Le juge judiciaire peut-il, sans renvoyer au juge administratif, écarter l’application d’un
acte administratif contraire au droit de l’Union européenne ou à une norme
supérieure ?
⚖️Principe dégagé
346
l’Union européenne ou manifestement contraire à une règle supérieure sans attendre
l’avis du juge administratif.
📍 Portée de l’arrêt
🔁 Jurisprudence liée
347
Arrêt Date Principe
CE, 2013, Bergoend c/
Société ERDF Annecy Redéfinition du champ de la voie de fait
Léman
« Par sa décision SCEA du Chéneau du 17 octobre 2011, le Tribunal des conflits assouplit la
séparation des autorités administratives et judiciaires : il admet que le juge judiciaire peut, à
titre incident, apprécier la légalité d’un acte administratif, notamment lorsque celui-ci est
manifestement contraire au droit de l’Union européenne ou lorsque la question ne présente
pas de difficulté sérieuse. »
🧠 Résumé à retenir
Élément Contenu
Juridiction Tribunal des conflits
Date 17 octobre 2011
Assouplissement de Septfonds : le juge judiciaire peut écarter un acte
Principe
administratif manifestement illégal (droit de l’UE ou règle claire)
Fondement Primauté du droit de l’Union européenne / économie de procédure
1. Pas de difficulté sérieuse ; 2. Violation manifeste du droit de l’Union ou d’une
Conditions
norme supérieure
Portée Coopération accrue entre juges administratif et judiciaire
348
⚖️Fiche d’arrêt — CE, sous-sections
réunies, 12 avril 2013, Fédération FO
Énergie et Mines et autres
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État, sous-sections réunies
Date : 12 avril 2013
Parties : Fédération FO Énergie et Mines et autres
Nature : Recours pour excès de pouvoir
Thème : Principe de mutabilité du service public — Réorganisation — Droits des
agents publics
📜 Les faits
Dans le cadre de la réorganisation du secteur de l’énergie, l’État avait adopté un décret du
13 décembre 2011 relatif à la transformation du régime spécial de retraites des personnels
349
des industries électriques et gazières (EDF-GDF), et à la modification de certaines règles
statutaires.
⚙️La procédure
Le décret du 13 décembre 2011 est attaqué par recours pour excès de pouvoir.
Les syndicats invoquent la violation du principe d’égalité, de la continuité du
service public, et la rupture du principe de sécurité juridique.
Le litige est porté directement devant le Conseil d’État, compétent en premier et
dernier ressort (décret d’origine gouvernementale).
❓ La question de droit
L’administration peut-elle, au nom du principe de mutabilité du service public, modifier
unilatéralement les règles statutaires et les avantages des agents publics, sans méconnaître
les droits acquis ni la continuité du service ?
Autrement dit :
👉 Jusqu’où le principe de mutabilité du service public permet-il de faire évoluer le statut
des agents et les règles de fonctionnement du service ?
Cependant, ces modifications ne doivent pas porter atteinte aux garanties légales
essentielles attachées au statut des agents.
350
🔹 Le principe de mutabilité du service public justifie que l’administration puisse modifier
les règles statutaires ou les conditions d’emploi des agents, afin d’adapter le service aux
besoins de l’intérêt général.
👉 Le CE souligne que les agents publics ne disposent pas d’un droit acquis au maintien
d’un régime juridique ou statutaire, sauf disposition législative expresse contraire.
351
L’arrêt FO Énergie et Mines illustre la souplesse de la jurisprudence administrative
face aux mutations des services publics dans un contexte européen de libéralisation.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État (sous-sections réunies)
Date 12 avril 2013
Parties Fédération FO Énergie et Mines et autres
Principe dégagé Mutabilité du service public = pouvoir d’adaptation permanent
Problème de
L’État peut-il modifier les statuts et régimes des agents ?
droit
Solution Oui, sauf atteinte à des garanties légales essentielles
Confirmation du pouvoir de réforme de l’administration au nom de
Portée
l’intérêt général
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt FO Énergie et Mines (CE, 2013) illustre parfaitement la souplesse du droit
administratif :
➤ la mutabilité permet d’adapter le service public à l’évolution de l’intérêt général,
➤ mais cette adaptation doit respecter les garanties légales fondamentales des agents.
352
Fiche d’arrêt — CEDH, 4 juin 2013, Marc-
Antoine c. France
1. Faits
M. Marc-Antoine estimait que cette inégalité d’accès au projet de décision portait atteinte à
son droit à un procès équitable garanti par l’article 6 §1 CEDH, et invoquait également un
manque d’impartialité de la procédure.
2. Procédure
353
3. Problème de droit
Le fait que le rapporteur public ait accès au projet de décision du rapporteur, alors que les
parties n’y ont pas accès, viole-t-il le principe du contradictoire et le droit à un procès
équitable garanti par l’article 6 §1 CEDH ?
5. Raisonnement de la Cour
6. Principe dégagé
Principe :
Le droit à un procès équitable (art. 6 §1 CEDH) n’impose pas que les parties aient accès au
projet de décision du juge rapporteur, même si le rapporteur public y a accès, dès lors que :
354
7. Portée de l’arrêt
La réforme française issue des arrêts Kress (2001) et Martinie (2006) suffit à garantir
l’impartialité.
Le fonctionnement actuel du rapporteur public (accès au dossier, indépendance,
absence au délibéré) est conforme à la Convention européenne.
La CEDH admet que la procédure administrative française est originale mais compatible
avec les standards européens :
9. Référence
355
10. Schéma récapitulatif
Élément Contenu
Juridiction Cour européenne des droits de l’homme
Date 4 juin 2013
Parties Marc-Antoine c. France
Fondement Article 6 §1 CEDH (procès équitable)
Accès inégal au projet de décision du rapporteur = violation du
Problème
contradictoire ?
Solution ❌ Non : pas de violation
Le rapporteur public est un magistrat indépendant, non une partie ; la
Motif
procédure reste équilibrée
Portée Validation du modèle français post-réforme (2009–2011)
Lien
Suit Kress (2001) et Martinie (2006), les complète et les clôt
jurisprudentiel
356
FICHE DE JURISPRUDENCE
Tribunal des conflits, 17 juin 2013 – Bergoend c/ ERDF Annecy Léman
1️⃣ Références
2️⃣ Faits
3️⃣ Procédure
Quelle est, depuis la réforme de 2013, la définition de la voie de fait permettant au juge
judiciaire de connaître d’une atteinte de l’administration à la propriété privée ou à la liberté
individuelle ?
357
5️⃣ Solution
Ici, l’implantation d’un poteau ne constituait pas une extinction du droit de propriété,
mais une simple atteinte → compétence du juge administratif.
🏁 Résumé essentiel
I. 📜 Les faits
L’humoriste Dieudonné M’Bala M’Bala devait se produire à Nantes (Zénith) avec
son nouveau spectacle Le Mur (début de tournée nationale).
Ce spectacle contenait des propos antisémites et des atteintes graves à la dignité de
la personne humaine (notamment envers les victimes de la Shoah).
Le ministre de l’Intérieur, par une circulaire du 6 janvier 2014, a demandé aux
préfets et maires d’user de leurs pouvoirs de police administrative pour interdire
les représentations susceptibles de provoquer des troubles à l’ordre public.
Le préfet de la Loire-Atlantique a donc pris un arrêté interdisant le spectacle à
Nantes.
Dieudonné conteste cet arrêté devant le tribunal administratif de Nantes, en référé-
liberté.
359
Une autorité administrative peut-elle, à titre préventif, interdire un spectacle humoristique
au nom du maintien de l’ordre public, en particulier pour prévenir une atteinte à la dignité
de la personne humaine, sans méconnaître la liberté d’expression ?
🔹 Motifs essentiels
📜 Principe posé :
« Il appartient à l’autorité administrative d’interdire une manifestation ou un spectacle
lorsqu’il existe un risque sérieux que son maintien entraîne des troubles graves à l’ordre
public, et que cette mesure est nécessaire, adaptée et proportionnée. »
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
L’autorité de police administrative peut interdire à titre préventif un spectacle ou une
manifestation si :
1️⃣ la mesure vise à prévenir un trouble grave à l’ordre public,
360
2️⃣ notamment une atteinte à la dignité de la personne humaine,
3️⃣ et si cette interdiction est nécessaire, adaptée et proportionnée.
3. 🔹 Sur le référé-liberté
361
Jurisprudence Apport
Grenoble (burkini) de police au risque concret.
362
⚖️Fiche d’arrêt – CE, Assemblée, 4 avril 2014,
Département du Tarn-et-Garonne
🧩 Faits
Problème : jusqu’alors, seuls les signataires d’un contrat administratif pouvaient le contester
(arrêts Béziers I & II).
⚖️Procédure
➡️Recours en contestation de validité du contrat introduit par un tiers non signataire (le
Département).
❓ Problème juridique
✅ Oui.
Le Conseil d’État admet que tout tiers lésé de manière directe et certaine par un contrat
administratif peut former un recours de pleine juridiction devant le juge du contrat pour
en contester la validité.
➡️Ce nouveau recours est ouvert à tous les tiers justifiant d’un intérêt lésé, notamment :
363
les usagers du service public concerné,
voire les concurrents évincés (en complément de Tropic Travaux 2007).
Mais le juge ne peut pas librement annuler le contrat : il doit moduler sa réponse selon la
gravité de l’irrégularité et les exigences de sécurité juridique.
💡 Principe dégagé
📚 Portée de l’arrêt
364
🧩 Étape 🔹 Arrêt 📅 Date ⚖️Apport principal
Tarn-et- CE, Ass.,
4️⃣ Recours en validité ouvert à tout tiers lésé.
Garonne 2014
I. 📜 Les faits
Chaque année, le conseil général de la Vendée (aujourd’hui conseil départemental)
installait une crèche de Noël dans le hall de l’hôtel du département.
L’association Fédération de la libre pensée de Vendée — militant pour la stricte
application du principe de laïcité — a demandé au président du conseil général de
retirer la crèche, au motif qu’il s’agissait d’un symbole religieux incompatible avec
la neutralité des personnes publiques.
Le président a refusé. L’association a donc saisi le tribunal administratif de Nantes.
Autrement dit :
365
IV. 🧾 La solution du Conseil d’État
🔹 Décision
🔹 Motifs
➤ 2️⃣Dans un autre emplacement public (ex. place, marché, parvis, espace ouvert) :
Une crèche temporaire peut être admise plus facilement, car les traditions locales et
les manifestations festives sont davantage prises en compte.
Le CE renvoie l’affaire à la CAA de Nantes, pour qu’elle vérifie si, dans le cas
concret :
o la crèche avait une signification purement culturelle ou traditionnelle,
o ou au contraire une finalité religieuse.
La CAA confirmera ensuite la légalité de la crèche vendéenne (tradition culturelle).
V. ⚖️Portée et apports
1. 🧩 Clarification du principe de laïcité
2. Portée juridique
366
Le CE précise le contenu du principe constitutionnel de laïcité (issu de l’art. 1er de
la Constitution et de la loi du 9 déc. 1905) :
o Obligation de neutralité des personnes publiques et des bâtiments publics.
o Respect de la liberté de conscience des citoyens.
Mais la laïcité n’interdit pas toute référence culturelle à des traditions d’origine
religieuse, si elles ont perdu leur sens cultuel.
367
Élément Détail
Parties Fédération de la libre pensée de Vendée c/ Département de la Vendée
Type de
Recours pour excès de pouvoir
recours
Question
Une crèche dans un bâtiment public viole-t-elle le principe de laïcité ?
juridique
Non par principe, si elle a une signification culturelle, artistique ou festive,
Solution
et non religieuse
Principe
Laïcité = neutralité, mais tolérance des traditions culturelles non cultuelles
dégagé
Équilibre entre neutralité des personnes publiques et respect des traditions
Portée
locales ; approche casuistique du juge administratif
368
⚖️Fiche d’arrêt — CE, 24 mai 2017, Société
Régal des Îles
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État
Date : 24 mai 2017
Parties : Société Régal des Îles
Nature : Recours pour excès de pouvoir — Actes de droit souple (circulaire, note,
recommandation administrative)
📜 Les faits
La Société Régal des Îles, entreprise implantée en Guadeloupe, exploite des activités de
restauration et de distribution alimentaire.
Elle est soumise à la réglementation sanitaire et à la surveillance de la Direction de
l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF).
Une note de service du ministère de l’Agriculture fixait des règles de contrôle sanitaire et
imposait de nouvelles procédures d’inspection non prévues par la loi.
Estimant que cette note créait des obligations nouvelles et modifiait la réglementation, la
société a introduit un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État.
⚙️La procédure
Le tribunal administratif avait jugé la note insusceptible de recours, au motif
qu’elle n’avait pas de caractère décisoire.
La société a donc formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État.
❓ La question de droit
Une note de service administrative, qui ne crée pas formellement de droit ni d’obligation,
peut-elle néanmoins faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir si elle a des effets
notables sur les administrés ou influence de manière significative le comportement de
l’administration ?
369
Autrement dit :
👉 Les documents de portée générale (lignes directrices, notes, recommandations…)
peuvent-ils être contestés devant le juge administratif ?
En l’espèce, la note de service fixait des règles nouvelles de contrôle et avait donc une
incidence concrète sur la situation économique et juridique de la société.
Le recours est donc recevable.
1. produisent des effets notables sur les droits ou la situation des personnes concernées,
ou
2. influencent de manière significative le comportement de l’administration.
370
o L’administration ne peut plus contourner le contrôle du juge en donnant un
simple intitulé “note de service”.
📚 Synthèse
Dans l’arrêt Société Régal des Îles (CE, 24 mai 2017), le Conseil d’État reconnaît la
possibilité d’un recours pour excès de pouvoir contre des documents administratifs non
réglementaires, dès lors qu’ils produisent des effets notables ou influencent
significativement le comportement de l’administration.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État
Date 24 mai 2017
Note de service ministérielle fixant de nouvelles procédures de contrôle
Faits
sanitaire
Problème de
Les notes de service non décisoires peuvent-elles être attaquées ?
droit
Solution Oui, si elles ont des effets notables ou influencent l’administration
Principe Extension du REP aux documents de portée générale
Portée Étape-clé du contrôle juridictionnel du droit souple administratif
🔗 Chaîne jurisprudentielle
Arrêt Apport principal
CE, Sect., 1954,
Distinction circulaire interprétative / réglementaire
Kreisker
CE, 2002, Duvignères Critère de la portée impérative
CE, 2017, Régal des
Critère des effets notables / influence significative
Îles
REP ouvert contre tous documents de portée générale produisant
CE, 2020, GISTI
des effets notables
📘 Conclusion
🔹 L’arrêt Régal des Îles constitue une étape charnière dans la construction du contrôle du
droit souple.
371
🔹 Il marque le passage d’un contrôle des actes “décisoires” à un contrôle fondé sur les effets
concrets des documents administratifs.
🔹 Il préfigure l’arrêt GISTI (2020), qui parachèvera cette évolution en consacrant le REP
contre les actes de portée générale.
373
5️⃣ Les motifs essentiels
1. 🌾 Mission d’intérêt général confiée par l’État
o Le GNIS agit pour le compte de l’État, dans le cadre de la politique
nationale agricole.
o Ses missions (contrôle, certification, normalisation) répondent à un objectif
d’intérêt général : la qualité et la sécurité des productions végétales.
2. ⚖️Encadrement et contrôle de la puissance publique
o Le GNIS exerce ses activités sous la tutelle du ministre de l’Agriculture ;
o ses décisions sont homologuées ou approuvées par l’administration ;
o il dispose de prérogatives de puissance publique, comme le pouvoir
d’imposer des normes ou de refuser des certifications.
3. Application du critère APREI (CE, 2007)
o Le juge judiciaire reprend la grille du Conseil d’État :
Une personne privée peut gérer un service public même sans prérogatives, si la
volonté de l’État de lui confier cette mission résulte de la loi, des statuts ou
des conditions de son contrôle.
4. ⚙️Conséquence juridictionnelle
o Les décisions du GNIS prises dans l’exercice de cette mission sont des actes
administratifs,
o donc contestables devant le juge administratif, et non devant le juge civil.
374
⚖️Fiche d’arrêt — CE, 12 juin 2020, GISTI
(Groupe d’information et de soutien des
immigré·es)
375
📅 Référence
Juridiction : Conseil d’État (Section du contentieux)
Date : 12 juin 2020
Parties : GISTI et autres c/ Premier ministre
Nature : Recours pour excès de pouvoir — Actes de droit souple (documents de
portée générale)
📜 Les faits
Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur avaient diffusé une instruction
administrative adressée aux services préfectoraux, précisant les modalités d’examen des
demandes de séjour et d’éloignement des étrangers.
Ces associations soutenaient que ce document, bien que présenté comme une simple note
d’information, produisait des effets concrets sur la situation juridique des étrangers et sur le
comportement des administrations.
⚙️La procédure
Le GISTI saisit directement le Conseil d’État d’un REP contre la circulaire.
Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur contestent la recevabilité du
recours, soutenant que la note n’a pas de caractère décisoire.
Le CE est donc amené à clarifier les conditions de recours contre les documents de
droit souple.
❓ La question de droit
Les documents de portée générale, tels que notes, instructions, recommandations, lignes
directrices ou circulaires, peuvent-ils être contestés par un recours pour excès de pouvoir
même s’ils n’ont pas de caractère décisoire au sens traditionnel du droit administratif ?
Autrement dit :
👉 Le juge administratif peut-il désormais contrôler le droit souple — ces documents non
contraignants mais influents ?
376
⚖️La solution du Conseil d’État
✅ Oui.
Le Conseil d’État reconnaît qu’un recours pour excès de pouvoir est recevable contre tout
document de portée générale émis par une autorité administrative, dès lors que ce
document :
1. A un caractère général, et
2. Est susceptible d’avoir des effets notables sur les droits ou la situation d’autres
personnes que les agents chargés de le mettre en œuvre,
ou
3. A pour objet d’influer de manière significative sur les comportements des
personnes auxquelles il s’adresse.
📌 Le Conseil d’État étend ainsi le champ du REP à la quasi-totalité des actes de droit
souple produits par les administrations.
produit des effets notables sur les droits ou la situation des administrés,
ou
a pour objet d’influencer significativement les comportements des personnes
concernées.
377
oL’administration ne peut plus échapper au contrôle du juge en déguisant des
règles nouvelles sous la forme de “simples” documents internes.
o Affirmation du principe de transparence et de légalité de l’action publique.
4. 🪶 Équilibre du contrôle du droit souple
o Le juge ne contrôle pas tout document : les textes purement internes ou
dépourvus d’effet externe restent inattaquables (ex : note interne sur la
gestion du personnel).
📚 Synthèse
L’arrêt GISTI (CE, 12 juin 2020) consacre un principe général de recevabilité du REP
contre tous les documents de portée générale émanant de l’administration, dès lors qu’ils
produisent des effets notables ou influencent le comportement des administrés.
🧠 En résumé
Éléments Contenu essentiel
Juridiction Conseil d’État
Date 12 juin 2020
Circulaire sur le droit des étrangers influençant le comportement des
Faits
préfets
Problème de Les documents de portée générale non contraignants peuvent-ils être
droit attaqués ?
Solution Oui, s’ils produisent des effets notables ou influencent les comportements
Principe Extension du REP aux actes de droit souple
Portée Contrôle généralisé des documents administratifs (même non décisoires)
378
📘 Conclusion
🔹 GISTI (2020) parachève la construction du contrôle du droit souple administratif.
🔹 Le juge administratif devient le gardien de la légalité non seulement pour les actes
réglementaires et décisoires, mais aussi pour les instruments de communication ou de
pilotage de l’action publique.
🔹 C’est une avancée majeure pour la sécurité juridique et la transparence administrative.
I. 📜 Les faits
La commune de Châlons-sur-Saône (Saône-et-Loire) proposait depuis longtemps,
dans ses cantines scolaires, un menu de substitution sans porc pour les élèves ne
souhaitant pas consommer de viande porcine (pour raisons religieuses ou autres).
En 2015, le maire (LR) décide de supprimer le menu de substitution, au nom du
principe de laïcité et de l’égalité de traitement entre les élèves.
379
Plusieurs parents d’élèves et la Ligue des droits de l’homme contestent cette
décision, considérant qu’elle méconnaît :
o le principe d’égalité,
o le principe de neutralité du service public,
o et le droit au respect de la vie privée et des convictions religieuses.
Autrement dit :
Une commune peut-elle, sans violer la laïcité, refuser d’adapter le service public de
restauration scolaire aux convictions religieuses de ses usagers ?
🔹 Motifs principaux
380
o Mais ce principe n’impose pas à la collectivité de proposer des menus
adaptés aux pratiques religieuses.
2. Principe d’égalité :
o Tous les élèves sont également traités : chacun se voit proposer le même
menu, dans le respect des règles nutritionnelles.
o L’absence de menu sans porc n’est pas une discrimination, tant qu’il existe
une alternative suffisante (par exemple, ne pas consommer la viande et se
reporter sur les autres aliments servis).
3. Absence d’obligation positive :
o Aucune disposition constitutionnelle, législative ou réglementaire n’impose
aux collectivités de tenir compte des prescriptions religieuses dans
l’organisation du service de restauration scolaire.
4. Appréciation locale :
o Le CE reconnaît cependant qu’une commune peut, si elle le souhaite,
proposer des menus de substitution pour des motifs d’intérêt général (bonne
gestion, apaisement social, santé publique), mais sans y être obligée.
🧩 En résumé :
La neutralité du service public implique une indépendance à l’égard des convictions
religieuses, et non une adaptation à celles-ci.
V. ⚖️Principe dégagé
🧠 Principe :
Le principe de laïcité et de neutralité du service public n’impose pas aux collectivités
locales de proposer des repas adaptés aux convictions religieuses des usagers.
Une telle mesure relève d’un choix discrétionnaire de la commune, dans le respect du
principe d’égalité.
Les collectivités sont libres d’organiser leur service de restauration scolaire comme
elles l’entendent,
tant qu’elles respectent égalité et neutralité :
381
o Elles peuvent prévoir un menu de substitution pour des raisons pratiques (non
religieuses) ;
o Mais elles ne sont jamais tenues de le faire.
I. 📜 Les faits
La commune de Monségur (Gironde) avait entrepris des travaux dans l’église
communale, notamment la réfection du plancher du chœur.
Ces travaux, destinés à l’entretien de l’édifice, avaient été commandés et financés
par la commune, donc relevant de sa compétence.
Au cours de ces travaux, un accident survient :
une paroissienne (Mme D.) chute dans une trappe mal refermée et se blesse
gravement.
Elle engage une action en responsabilité contre la commune pour obtenir réparation
du dommage.
383
II. ⚖️La procédure
Le tribunal civil (ordre judiciaire) est saisi, mais il s’estime incompétent, considérant
qu’il s’agit d’une activité de service public (entretien de l’église par la commune).
L’affaire est donc portée devant le tribunal administratif, puis devant le Conseil
d’État (conflit d’attribution).
Autrement dit :
Qui, du juge administratif ou judiciaire, est compétent pour connaître d’un accident survenu
lors de travaux dans une église communale ?
🔹 Motifs
📜 Le CE juge :
« Les dommages survenus à l’occasion de l’exécution d’un service public sont de la
compétence de la juridiction administrative. »
V. ⚖️Principe dégagé
384
🧩 Principe :
Les dommages causés à des particuliers à l’occasion de l’exécution d’un service public
administratif relèvent de la compétence du juge administratif, même si le service public a
un objet religieux (entretien des églises).
Même si l’église sert au culte, son entretien est une activité administrative confiée
par la loi de 1905 (séparation des Églises et de l’État) à la commune propriétaire.
Le CE distingue donc :
o les activités cultuelles (exercice du culte → loi de 1905, associations
cultuelles),
o et les activités matérielles d’entretien → service public administratif.
385
Jurisprudence Apport
public.
386
Fiche d’arrêt — CE, 1er juillet 2021,
Commune de Grande-Synthe
2️⃣ Faits
La commune de Grande-Synthe, située dans le Nord (près de Dunkerque), est une
commune littorale menacée par la montée des eaux due au réchauffement climatique.
387
La commune est ensuite rejoint par plusieurs associations : Greenpeace, Oxfam
France, Notre Affaire à Tous, Fondation Nicolas Hulot.
⚖️3️⃣Problème juridique
L’État français respecte-t-il ses obligations nationales et internationales en matière de lutte
contre le changement climatique ?
Peut-on contraindre l’État à prendre des mesures concrètes pour atteindre ses objectifs de
réduction des émissions de gaz à effet de serre ?
🔹 b) Sur le fond
388
Que les mesures existantes ne sont pas suffisantes pour atteindre les objectifs de
réduction des émissions d’ici 2030.
🔹 c) Décision
de prendre toutes mesures utiles avant le 31 mars 2022 pour respecter la trajectoire de
réduction des émissions de gaz à effet de serre prévue par la loi et la SNBC.
🔸 2. Symbolique et politique
389
Élément Détail
Objet Inaction de l’État face au changement climatique
Problème
L’État respecte-t-il ses obligations climatiques ?
juridique
Solution Injonction de prendre toutes mesures utiles avant mars 2022
- Recevabilité d’une commune menacée
Principes
- Contrôle juridictionnel du respect des objectifs climatiques
dégagés
- Obligation de l’État de respecter la SNBC et l’Accord de Paris
Affaire fondatrice du contentieux climatique français, renforce la
Portée
responsabilité écologique de l’État
🔹 Références
Conseil d’État, Ordonnance du 21 juin 2022, n° 465972
Formation : juge des référés (urgence – suspension)
Fondement : article L.521-1 du Code de justice administrative
Matière : Principe de laïcité – Neutralité du service public – Déféré préfectoral –
Port du burkini
Texte appliqué : Loi du 24 août 2021 “Confortant le respect des principes de la
République”
🔹 Les faits
En mai 2022, le conseil municipal de Grenoble adopte un nouveau règlement
intérieur des piscines municipales.
Ce règlement assouplit la tenue de bain autorisée : il permet notamment le port de
maillots couvrants longs (burkini), mais interdit le topless.
Le préfet de l’Isère, estimant que cette décision porte atteinte au principe de laïcité
et d’égalité du service public, forme un déféré préfectoral assorti d’un référé-
suspension devant le tribunal administratif de Grenoble, en application du “déféré
laïcité” (art. L.2131-6 du CGCT modifié par la loi du 24 août 2021).
Le TA de Grenoble avait initialement refusé de suspendre la décision municipale.
390
🔹 La procédure
1. TA de Grenoble, 25 mai 2022 → rejette le référé du préfet.
2. Le préfet interjette appel devant le Conseil d’État (juge des référés).
3. CE, ord., 21 juin 2022 → suspension du règlement municipal.
🔹 La question de droit
Une commune peut-elle, au nom du principe de liberté individuelle ou d’égalité d’accès au
service public, autoriser des tenues (ici le burkini) motivées par des convictions religieuses
dans un service public soumis au principe de neutralité ?
Autrement dit :
Le règlement municipal modifiant les tenues autorisées dans les piscines est-il conforme au
principe de laïcité et d’égalité dans le service public ?
Il considère que :
Ainsi :
L’autorisation donnée par la commune n’était pas neutre : elle visait une catégorie
de personnes pour des motifs religieux.
Une collectivité territoriale ne peut modifier un service public dans le but de
satisfaire une revendication confessionnelle.
Il s’agit donc d’une atteinte grave au principe de laïcité et de neutralité.
391
Élément Contenu
Une collectivité territoriale ne peut adapter un service public pour
🧩 Principe
répondre à des demandes religieuses : cela viole le principe de
dégagé
neutralité et l’égalité d’accès.
Le “déféré laïcité” permet au préfet de saisir le juge pour faire suspendre
⚖️Application rapidement un acte portant atteinte grave aux principes de laïcité et de
neutralité du service public.
📜 Base légale Article L.2131-6 CGCT issu de la loi du 24 août 2021.
- L’objectif de la commune n’était pas d’élargir l’accès général au service
💬 Raisonnement
public, mais de répondre à une revendication communautaire.
Le service public doit rester neutre : aucune adaptation ne peut traduire une
préférence religieuse. |
🔹 Intérêt de l’arrêt
Aspect Analyse
Premier usage notable du déféré préfectoral “laïcité”, confirmant sa
⚖️Contentieux
portée pratique.
🕌 Principe de Réaffirme que la neutralité du service public s’impose même aux
laïcité collectivités territoriales, qui ne peuvent en dénaturer la portée.
👥 Égalité des Toute mesure ciblant une catégorie d’usagers en raison de leurs
usagers convictions religieuses constitue une rupture d’égalité.
Protection du
Illustration du rôle de gardien de la légalité républicaine du préfet.
préfet
392
CE, ord., 21 juin 2022, Commune de Grenoble, n° 465972
→ Le règlement municipal autorisant le port du burkini dans les piscines publiques est
suspendu.
→ Le Conseil d’État juge que cette délibération porte atteinte au principe de laïcité et
méconnaît le principe d’égalité des usagers devant le service public.
→ Première mise en œuvre du déféré préfectoral “laïcité” (loi du 24 août 2021).
393
3️⃣ La procédure
Le tribunal administratif de Paris s’est déclaré incompétent.
La cour administrative d’appel de Paris a confirmé cette incompétence (arrêt du 27
janvier 2023, rectifié le 8 février 2023).
L’association Bon Sens a alors formé un pourvoi en cassation devant le Conseil
d’État.
394
4. 🚫 Sur le recours “Tarn-et-Garonne”
o Le Conseil d’État rappelle que les tiers peuvent contester un contrat
administratif (CE, Ass., 4 avril 2014, Département de Tarn-et-Garonne),
o …mais seulement si le contrat relève du droit administratif français.
o Ici, ce n’est pas le cas : la nature européenne et étrangère du contrat écarte
toute compétence du juge administratif.
7️⃣ Le dispositif
Rejet du pourvoi.
Condamnation de l’association Bon Sens à verser 1 000 € à chacune des parties
défenderesses (Pfizer, BioNTech, Agence nationale de santé publique) au titre de
l’article L. 761-1 CJA.
395