Correction TD 4 - Groupes Abéliens et Endomorphismes
Correction TD 4 - Groupes Abéliens et Endomorphismes
Feuille
Feuille TD
TD 44 –– Correction
Correction –– Modules
Modules IIII
Exercice 1.
1. Montrer que les groupes
Z/12Z × Z/90Z × Z/25Z et Z/100Z × Z/30Z × Z/9Z
sont isomorphes.
2. Montrer qu’un groupe abélien fini non cyclique possède un sous-groupe isomorphe à Z/p Z × Z/p Z pour un certain nombre premier p .
3. Combien y a-t-il de groupes abéliens de cardinal 360 ? Plus généralement de cardinal n avec n ⩾ 1 un entier naturel ?
4. Quels sont les entiers n tels que le groupe ( Z/n Z) soit cyclique ? Décomposer le groupe G = ( Z/187Z) sous la forme donnée par le
× ×
Solution.
1. Par le théorème chinois, ces deux groupes sont isomorphes à
Il s’agit de l’écriture en composantes p -primaires tandis que l’écriture en facteurs invariants est
Z/30Z × Z/900Z.
2. On utilise le théorème de structure des groupes abéliens finis qui garantit que
G Z/d 1 Z × · · · × Z/d r Z
pour un certain r ∈ N et d i ⩾ 2 pour i ∈ {1, . . . , r } et d i | d i +1 pour i ∈ {1, . . . , r − 1}. Comme G n’est pas cyclique, on a r ⩾ 2 et
pour p | d 1 premier, p | d i pour tout i ∈ {1, . . . , r }. On sait alors que Z/p Z est un sous-groupe de Z/d i Z pour tout i ∈ {1, . . . , r }. On
r
obtient ainsi un sous-groupe de G isomorphe à ( Z/p Z) qui contient évidemment une copie de Z/p Z × Z/p Z.
3. On a 360 = 23 × 32 × 5. La composante 2-primaire d’un tel groupe (à isomorphisme près) est donc un groupe abélien d’ordre 8, à savoir
3 2
Z/8Z, Z/2Z × Z/4Z ou ( Z/2Z) . De même, la composante 3-primaire est isomorphe à Z/9Z ou ( Z/3Z) et la composante 5-primaire est
isomorphe à Z/5Z. On obtient ainsi 6 classes d’isomorphismes de groupes abéliens de cardinal 360, à savoir
2
Z/2Z × Z/4Z × ( Z/3Z) × Z/5Z Z/2Z × Z/3Z × Z/60Z
r
Ö
Dans le cas général, si n = p iαi avec r ∈ N× , p 1 , . . . , p r des nombres premiers distincts et αi ⩾ 1. Par le théorème de structure, on
i =1
sait que les classes d’isomorphismes de groupes abéliens d’ordre n sont caractérisées par la liste des facteurs invariants (d 1 , . . . , d s )
pour un certain s ∈ N et d i ⩾ 2 pour i ∈ {1, . . . , s } et d i | d i +1 pour i ∈ {1, . . . , s − 1} et d 1 · · · d s = n . Par conséquent, chaque d i se
αi ,1 αi ,r
décompose sous la forme d i = p 1 · · · p r avec les contraintes que pour tout i ∈ {1, . . . , s −1} et tout j ∈ {1, . . . , r }, αi ,j ⩽ αi +1,j et
s
Õ r
Ö
αi ,j = αj . Il s’ensuit que le nombre de choix possibles est de p (αj ) où p (.) désigne la fonction nombre de partitions croissantes
i =1 j =1
d’entiers strictement positifs.
Ö
4. On pose n = p αp la décomposition de n en produit de facteurs premiers. On sait alors d’après le cours que
p
Ö
( Z/n Z) × ( Z/2α2 Z) × × Z/p αp −1 (p − 1) Z
p,2
αp ⩾1
1
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
Un groupe cyclique ne pouvant contenir plus d’un élément, d’ordre 2, on voit que ( Z/n Z) est cyclique si, et seulement si, n = p α ou
×
Exercice 2.
Soit K un corps. Soit E un K -espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soit u un endomorphisme de E . On dit que u est cyclique s’il
existe une base dans laquelle sa matrice est une matrice compagnon C(P ) , où P est un polynôme.
1. Montrer que u est cyclique si, et seulement si, son polynôme minimal est égal à son polynôme caractéristique.
2. Montrer que u est cyclique si, et seulement si, les seuls endomorphismes qui commutent avec u sont les polynômes en u .
3. On dit que u est irréductible si les seuls sous-espaces de E stables par u sont E et {0}. Montrer que u est irréductible si, et seulement
s’il est cyclique et son polynôme caractéristique est irréductible..
On dit que u est semi-simple si tout sous-espace vectoriel F stable par u admet un supplémentaire stable par u .
4. Montrer que u est semi-simple si, et seulement si, son polynôme minimal est sans facteur carré. En déduire que si u est diagonalisable,
alors u est semi-simple. Que dire dans le cas d’un corps algébriquement clos ?
Indication : On pourra munir (E , u) d’une structure de k [X ]/(πu ) -module où πu est le polynôme minimal de u .
5. Montrer que si K est de caractéristique nulle, alors u est semi-simple si, et seulement si, il existe une extension L de K sur laquelle u
est diagonalisable.
Solution.
1. On sait qu’il existe une base dans laquelle la matrice de u est du type diag (C (P 1 ), . . . , C (P r )) , où C (Pi ) est la matrice compagnon du
r
Ö
polynôme Pi , avec P 1 |P 2 | · · · |P r . Comme le polynôme minimal de u est P r et que son polynôme caractéristique est Pi , la condition
i =1
que ces deux polynômes soient égaux équivaut au fait que r = 1, i.e. qu’il existe une base dans laquelle la matrice de u est une matrice
compagnon.
2. Si u est cyclique, on a une base de E du type (x, u (x ), . . . , u n −1 (x )) (en prenant une base dans laquelle la matrice de u est une matrice
compagnon). Si v commute avec u , on décompose v (x ) dans cette base, soit
n −1
Õ
v (x ) = a k u k (x ),
k =0
n −1
Õ
où les a i sont dans K . Posons P = a k X k , alors v (x ) = P (u) (x ) , d’où on tire
k =0
v (u k (x )) = u k (v (x )) = P (u) (u k (x ))
puisque v commute avec u . Ceci étant vrai pour tout k ∈ N, on a donc v = P (u) car (x, u (x ), . . . , u n −1 (x )) est une base de E .
Si maintenant u n’est pas cyclique, il existe une base dans laquelle sa matrice est du type M = diag (C (P 1 ), . . . , C (P r )) (cf. 1., avec
r ⩾ 2). En particulier, la matrice de la forme N = diag (1, 1, . . . , 1, 0) commute avec M . Or, si N s’écrivait N = Q (M ) où Q est un
polynôme, on aurait Q (C (P r )) = 0, donc Q serait multiple de P r car P r est le polynôme minimal de C (P r ) . Alors tous les Pi divisent
Pr d’où Q (C (Pi )) = 0 car Pi est le polynôme minimal de C (Pi ) . On aboutit à N = Q (M ) = 0, d’où une contradiction.
3. Si u a un espace stable autre que {0} et E , il est immédiat (par exemple en écrivant la matrice par blocs de u ) que le polynôme
caractéristique P n’est pas irréductible. Supposons réciproquement que u n’ait pas de sous-espaces stables non triviaux. En écrivant
la matrice de u dans une certaine base sous la forme M = diag (C (P 1 ), . . . , C (P r )) comme ci-dessus, on voit qu’on doit avoir r = 1
(sinon le sous-espace engendré par les ( degP 1 ) premiers vecteurs de la base serait stable et non égal à {0} ou E ), on a donc u cyclique,
de matrice C (P ) . Si maintenant P = Q R avec Q et R premiers entre eux et non constants, alors le lemme des noyaux dit que E est
somme directe des sous-espaces Ker (Q (u)) et Ker (R (u)) qui sont non triviaux vu que le polynôme minimal de C (P ) est P . Reste à
écarter le cas où P = Q r avec Q irréductible et r ⩾ 2, mais dans ce cas Ker (Q (u)) est un sous-espace stable non trivial puisque Q (u)
est non inversible (vu que P (u) = 0) et distinct de E (puisque Q (u) , 0, le polynôme minimal de u étant Q r ).
2
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
4. Supposons que u soit semi-simple et raisonnons par l’absurde en supposant que πu , le polynôme minimal de u , n’est pas sans facteur
carré. Il existe alors P unitaire constant et Q tels que πu = P 2 Q . Le sous-espace vectoriel F = Ker (P (u)) est alors stable 1 par u et
par semi-simplicité, il existe G stable par u tel que E = F ⊕ G . On a alors que (P Q ) (u) s’annule sur G . De la relation P × P Q = πu ,
on tire que P (u) ◦ (P Q ) (u) (G ) = {0} soit que (P Q ) (u) (G ) ⊆ F . Mais par stabilité, (P Q ) (u) (G ) ⊆⊆ G et comme F et G sont
supplémentaires, on a le résultat. Mais on a aussi (P Q ) (u) (F ) = Q (u) ◦ P (u) (F ) = {0} si bien que P Q est annulateur de u de degré
strictement inférieur à πu , ce qui est absurde. Finalement πu est sans facteurs carrés.
Réciproquement, supposons πu irréductible. On sait alors que (E , u) est un k [X ] -module et justifions que (E , u) puisse être muni
d’uen structure de k [X ]/(πu ) -module. Montrons en réalité le résultat plus général suivant. Soit A un anneau commutatif et I un idéal
de A. Alors on a une correspondance entre les A-modules M vérifiant I M = {0} et les A/I -modules. Soit dans un premier temps un
A/I -module M et montrons qu’il s’agit d’un A-module vérifiant I M = {0}. On note π : A → A/I la surjection canonique et on voit
immédiatement qu’on a une structure de A-module grâce à
[(a, m) ∈ A × M , a · m = π (a) · m.
En particulier, on a bien pour tout i ∈ I et m ∈ M que i m = 0, soit que I M = {0}. Réciproquement, si M est un A-module tel que
I M = {0}, alors le morphisme d’anneaux
A −→ EndGr (M )
ΘM :
a ↦−→ [m ↦→ a · m]
est nul sur I et passe au quotient pour donner un unique morphisme Θ̃M vérifiant θ̃M ◦ π = ΘM et on vérifie que Θ̃M munit M d’une
structure de A/I -module. En d’autres termes, pour tout x ∈ A/I tel que x = π (a) avec a ∈ A, alors pour tout m ∈ M
Par ailleurs, Q i est le polynôme minimal de u | F car il annule cet endomorphisme et est irréductible. D’après ce qui précède, u | F est
i i
semi-simple et comme F ∩ Fi est stable, il existe un supplémentaire G i de F ∩ Fi dans Fi . Ce supplémentaire est stable par u | F donc
i
par u et finalement
r
Ê
G= Gi
i =1
est un supplémentaire stable par u de F et u est semi-simple. On a donc bien établi l’équivalence !
Le fait que u soit diagonalisable est équivalent au fait que son polynôme minimal soit scindé à racines simples 3 (donc en particulier
sans facteurs carrés) et u est donc semi-simple.
Sur un corps algébriquement clos, les notions de semi-simplicité et de diagonalisabilité coïncident. On vient de voir que diagonalisable
impliquait semi-simple en général. Supposons alors que u soit semi-simple. On vient de voir que cela implique que χu est sans facteur
carré et comme un polynôme unitaire irréductible sur un corps algébriquement clos est de la forme X − λ pour λ ∈ k , on en déduit
que χu est de la forme
s
Ö
χu = (X − λi ) λ 1 , . . . , λ s ∈ k .
i =1
Ainsi, il est scindé à racines simples et u est diagonalisable.
1. En effet, si x ∈ F , alors P (u ) (x ) = 0 et P (u ) (u (x ) ) = P (u ) ◦ u (x ) = u ◦ P (u ) (x ) = 0.
2. Le polynôme minimal de u | F divise πu donc est produit de certains Q i .
3. Ce qui peut se retrouver en remarquant qu’une diagonalisation est une réduction de Jordan et on en déduit alors les invariants de similitudes mais peut aussi se démontrer
de façon élémentaire grâce au lemme des noyaux.
3
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
5. Soient k ⊆ K deux corps et U ∈ Mn (k ) . On a alors que le polynôme minimal de U vue dans Mn (k ) ou dans Mn (K ) est le même
(voir la note de bas de page 20). Il suffit donc de montrer qu’un polynôme à coefficients dans k est sans facteur carré dans k [X ] si,
et seulement s’il l’est dans K [X ] . On voit aisément qu’en caractéristique nulle, un polynôme est sans facteur carré 4 si, et seulement
si, pgcd (P , P ′ ) = 1. On conclut alors grâce à la première question de l’exercice 15 du TD IV. Finalement u est semi-simple sur k si,
et seulement si, elle l’est sur K . Il suffit alors de considérer pour K un corps de décomposition du polynôme minimal de u sur lequel
(puisque πu est scindé), semi-simple équivaut à diagonalisable.
avec k , ℓ ∈ N × , m 1 , . . . , m k , m 1′ , . . . , m ℓ′ ∈ M et n 1 , . . . , n k , n 1′ , . . . , n ℓ′ ∈ N ?
5. Soit f : M ⊗A N → P un morphisme. Si f (m ⊗ n) = 0 implique m ⊗ n = 0 pour tous m ∈ M et n ∈ N , l’application f est-elle
injective ?
Indication : On pourra considérer C ⊗R C → C définie par z ⊗ w ↦→ zw .
6. Trouver un exemple tel que M ⊗A M = M ? M ⊗A M = {0} ?
7. Si M est sans torsion, M ⊗A M est-il sans torsion ?
Solution.
1. Il s’agit de l’image de (m, n) par l’application Φ : M × N → M ⊗A N page 12 du cours. Plus informellement, il s’agit de l’élément
m ⊗ n ∈ M ⊗A N en lequel l’application linéaire M ⊗A N → P associée à une application bilinéaire B : M × N → P prend la valeur
B (m, n) .
2. Cela est équivalent au fait que B (m, n) = 0 pour toute application bilinéaire B : M × N → P pour tout A-module P . En effet, un sens
est trivial et réciproquement B (m, n) = 0 pour toute application bilinéaire B : M × N → P pour tout A-module P , alors l’application
bilinéaire Φ : M × N → M ⊗A N aussi et Φ(m, n) = m ⊗ n = 0. En particulier, on retiendra par exemple que pour montrer que
m ⊗ n , 0, il suffit d’exhiber un A-module P et une application bilinéaire B : M × N → P telle que 5 B (m, n) , 0. Attention que cela
n’implique pas m = 0 ou n = 0 mais qu’en revanche 0 ⊗ n = m ⊗ 0 = 0.
En revanche, si A est intègre et que M et N sont libres, alors m , 0 , n implique que m ⊗ n , 0. En effet 6 , on choisit une base (e i )
de M et (e j′ ) de N . On écrit alors
Õ Õ Õ
m= ai e i , n= a j′ e j′ de sorte que m ⊗ n = a i a j′ e i ⊗ e j′ .
i j i ,j
Puisque m et n sont non nuls, il existe i 0 , j 0 tels que a i 0 , 0 , a j′ . On voit alors que le coefficient de m ⊗ n devant e i 0 ⊗ e j′ est non
0 0
nul si bien que m ⊗ n , 0.
3. On a M ⊗A N = {0} si, et seulement si, toute application bilinéaire B : M × N → P est identiquement nulle pour tout A-module P .
Cela découle immédiatement de la question précédente dans un sens et réciproquement si toute application bilinéaire B : M × N → P
est identiquement nulle pour tout A-module P , alors en particulier Φ : M × N → M ⊗A N aussi et donc m ⊗ n = 0 pour tous m ∈ M
d
Ö ℓ
4. En effet, si P = Pi i est la décomposition de P en produits d’irréductibles 2 à 2 non associés, on a
i =1
d
ℓ i −1
Ö
pgcd (P , P ′ ) = Pi .
i =1
d
Ö µ ℓ
Il est clair que ce pgcd est de la forme Pi i avec µi ⩽ ℓ i . Par ailleurs, pour tout i ∈ {1, . . . , r } , P = Pi i Q i avec Pi et Q i premiers entre eux. On a en dérivant
i =1
ℓ i −1 ℓ ℓ i −1
P ′ = ℓ i Pi′ Pi Q i + Pi i Q i′ = Pi (ℓ i Pi′ Q i + Pi Q i′ )
et on en déduit que Pi est de multiplicité µi est au moins ℓ i − 1 dans pgcd (P , P ′ ) . Par ailleurs, elle vaut ℓ i si, et seulement si, Pi | ℓ i Pi′ Q i soit (par le lemme de Gauß) si, et
seulement si, Pi | Pi′ mais en caractéristique nulle c’est impossible pour des raisons de degré. On en déduit que µi = ℓ i − 1 et le résultat. En caractéristique p , il peut arriver
des phénomènes différents du fait de polynômes de la forme P (X p ) de dérivée nulle (voir Proposition 5.39 du Beck, Malick, Peyré).
5. On peut retrouver de cette façon que m ⊗ 0 = 0 ⊗ n = 0 et montrer de façon analogue que m 1 ⊗ · · · ⊗ m k = 0 si, et seulement si, pour toute application k -multilinéaire
M : M 1 × · · · × M k → P , M (m 1 , . . . , m k ) = 0.
6. Noter que dans le cas d’espace vectoriel, on peut compléter m en une base de M et N en une base de N et alors m ⊗ n est élément d’une base de M ⊗A N donc non nul.
Mais ce raisonnement tombe en défaut en général car on n’a pas de théorème de la base incomplète en général.
4
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
et n ∈ N , ce qui implique que M ⊗A N = {0} car tout élément est combinaison linéaire de tenseurs purs.
Vous avez vu en cours que si pgcd (n, m) = 1, alors Z/n Z ⊗Z Z/m Z = {0} et que Z/n Z ⊗Z Q = {0}. Il n’y a pas de critère général pour
savoir quand M ⊗A N = {0} mais on peut traiter un grand nombre de cas. Par exemple, la question 2. de l’exercice 6 permet de voir
que si A est un corps ou si M ou N est libre, alors M ⊗A N = {0} si, et seulement si, M = {0} ou N = {0}. Le cas d’un anneau
local et M et N de type fini est traité dans le DM II et dans le cas des groupes abéliens 7 , on peut démontrer que M ⊗Z N = {0} avec
M , {0} , N si, et seulement si, M ou N est de torsion et l’autre est divisible.
4. On a l’égalité si, et seulement si, pour toute application bilinéaire B : M × N → P vers pour tout A-module P vérifie
k
Õ ℓ
Õ
B (m i , n i ) = B (m i′ , n i′ ).
i =1 i =1
5. Non en général ! Le fait que f (m ⊗ n) = 0 implique que m ⊗ n = 0 n’implique pas l’injectivité car on n’a pas que des tenseurs purs et la
propriété d’être dans le noyau n’a rien d’additif. On peut par exemple considérer l’application 8 f : C ⊗R C → C définie par z ⊗w ↦→ zw .
Il est clair que f (z ⊗ w ) = 0 implique z = 0 ou w = 0 donc z ⊗ w = 0 mais l’application n’est pas injective car
f (1 ⊗ i − i ⊗ 1) = i − i = 0
mais 1 ⊗ i , i ⊗ 1 car par exemple une R-base de C ⊗R C est donnée par 1 ⊗ 1, 1 ⊗ i , i ⊗ 1, i ⊗ i par le cours. On pouvait aussi considérer
l’application R-bilinéaire C × C → C définie par (z 1 , z 2 ) ↦→ z 1 z 2 par laquelle (i , 1) est envoyé sur −i et (1, i ) sur i .
Cela dit, parfois il est possible d’étudier le noyau comme on le verra mais en général, il est plus simple de construire un inverse à gauche
g tel que g ◦ f = Id ce qui établit l’injectivité et se vérifie en établissant que g (f (m ⊗ n)) = m ⊗ n qui est bien dans ce cas une
propriété additive qu’il suffit de vérifier sur les générateurs que sont les tenseurs purs.
6. On a par exemple pour tout anneau intègre A de corps de fraction k , que k ⊗A k = k (voir exercice 7, question 1.). On a alors au vu de
la discussion ci-dessus que pour que M ⊗A M = {0} dans le cas de groupes abéliens, qu’il est nécessaire. de choisir M de torsion et
divisible 9 . Considérons alors par exemple Q/Z ⊗Z Q/Z. On a alors pour tous x, y ∈ Q/Z l’existence d’un entier n ⩾ 1 tel que nx = 0 si
bien que
y y
x⊗y =x⊗ n· = (nx ) ⊗ =0
n n
et on conclut du fait que les tenseurs purs engendrent Q/Z ⊗Z Q/Z que Q/Z ⊗Z Q/Z = {0}.
On peut établir que si M est de type fini, M ⊗k , {0} pour tout entier k . Soient x 1 , . . . , x n un système minimal de générateurs de M
et on pose M = N + x n A avec N = ⟨x 1 , . . . , x n −1 ⟩ (on pose {0} si n = 1). On a x n < N et I = {a ∈ A : ax n ∈ N } est un idéal de
A qui ne contient pas 1 donc propre. Tout élément m ∈ M est de la forme m = n + ax n avec n ∈ N et a ∈ A. La valeur de a n’est pas
unique mais elle le devient modulo I car si n + ax n = n ′ + a ′ x n alors (a − a ′ )x n ∈ N si bien que a ≡ a ′ ( mod I ) et que M k → A/I
donnée par
(n 1 + a 1 x n , . . . , n n + a n x n ) ↦−→ a 1 · · · a n ( mod I )
est bien définie et k -multilinéaire de sorte qu’elle donne lieu à une application linéaire M ⊗k → A/I telle que x n ⊗ · · · ⊗ x n ↦→ 1 si
bien que M ⊗k , {0}.
7. Posons I = (X ,Y ) dans A = k [X ,Y ] avec k un corps. Il est clair que I est un A-module sans torsion. Étudions alors I ⊗A I . On a 10
X (X ⊗ Y ) = X ⊗ (XY ) = Y (X ⊗ X )
X (X ⊗ Y − Y ⊗ X ) = 0
Cette application donne lieu à une unique application linéaire f˜ : I ⊗A I → k telle que f˜ (X ⊗ Y ) = 1 tandis que f˜ (Y ⊗ X ) = 0 ce
qui implique nécessairement que X ⊗ Y − Y ⊗ X , 0.
Exercice 4.
7. Autrement dit des Z-modules.
8. Qui provient par propriété universelle du produit tensorielle de l’application R-bilinéaire C × C → C définie par (z 1 , z 2 ) ↦→ z 1 z 2 .
9. Noter qu’un module divisible ne peut être de type fini d’après le DM I car un tel module n’admet pas de sous-groupe maximal tandis que tout groupe de type fini en admet
au moins un.
10. Attention qu’on a pas X ⊗ Y = (XY ) (1 ⊗ 1) car 1 < I ! En revanche, dans A ⊗2 , on a bien X ⊗ Y = Y ⊗ X = (XY ) (1 ⊗ 1) .
11. Ici, on a besoin de voir k comme un k [X ,Y ] module et pour ce faire, on peut définir la multiplication comme la multiplication par le terme constant du polynôme ou de
manière équivalente en voyant k k [X ,Y ]/I .
5
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
1. Donner les invariants de similitude et les réduites de Frobenius 12 correspondantes des endomorphismes u ∈ L (k 4 ) dont le polynôme
caractéristique est χu = X 4 dans les cas suivants : k = F2 , k = Q et k = C.
2. Même question avec χu = X (X − 1) (X − 2) (X − 3) et u ∈ L (k 6 ) et χu = (X 2 + 1) (X 2 + X + 1) 2 .
3. Démontrer que toute matrice à coefficients dans k algébriquement clos est conjuguée à une matrice diagonale par blocs où chaque
bloc est de la forme J n (λ) .
Indication : Considérer la multiplication par la classe de X dans k [X ]/((X − λ) n ) dans la base 1, X − λ, (X − λ) 2 , . . . , (X − λ) n .
4. Que se passe-t-il dans le cas k = R ?
5. Reprendre les questions 1. et 2. avec les réduites de Jordan et k = C.
6. Donner les réduites de Jordan des endomorphismes u ∈ L ( C4 ) dont les invariants de similitudes sont :
(i) P 1 = X (X − 1) et P 2 = X (X − 1) ;
(ii) P 1 = X − 1 et P 2 = X 2 (X − 1) ;
(iii) P 1 = X et P 2 = X (X − 1) 2 ;
(iv) P 1 = X 2 (X − 1) 2 .
7. Donner les invariants de similitude des matrices (avec k de caractéristique nulle)
U = diag (J 3 (1), J 2 (1), J 2 (0), 0), V = diag (J 2 (1), 1, J 2 (2), J 2 (2), J 3 (2)) et W = diag (1, 1, 1, 2, 2)
avec
T
λ 1
© .. .. ª
. . ®
J n (λ) = ® .
®
..
. 1
®
®
« λ ¬
8. Calculer les invariants de similitude des matrices
3 2 −2
X2 − 1 X (X − 1) (X − 1) (X − 5)
∈ M2,3 ( Q [X ]) et −1 0 1 ® ∈ M3 ( Q).
© ª
(X − 1) (X 2 + 3X + 2) X 2 − 3X + 2 (X − 1) 3
«1 1 0¬
Solution.
1. Commençons par quelques généralités. On note P 1 | · · · | P s pour s ∈ N × la suite des invariants de similitude de u . Par définition, on
s
Ö
a Pi = χu et Pi | Ps pour tout i ∈ {1, . . . , s } si bien que P s est divisible par le produit des facteurs irréductibles de χu . Autrement
i =1
dit, si
t
Ö
χu = Q iαi
i =1
t
Ö
βi
Ps = Qi avec [i ∈ {1, . . . , t }, 1 ⩽ β i ⩽ αi .
i =1
s −1
Ö t
Ö
αi −β i
Pi = Qi et [i ∈ {1, . . . , s − 1}, Pi | Ps −1
i =1 i =1
6
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
Invariants de similitude X4 X 3, X X 2, X 2 X 2, X , X X, X, X, X
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
1 0 0 0® 1 0 0 1 0 1 0 0
© ª © ª © ª © ª © ª
Réduite de Frobenius
® ® ® ®
0 1 0 0® 0 1 0 0 0® 0 0
® ® ® ® ®
® ® ®
«0 0 1 0¬ « 0¬ « 1 0¬ « 0¬ « 0¬
2. Dans le premier cas et en caractéristique nulle (ici k = Q ou k = C), on a els facteurs irréductibles X , X − 1, X − 2 et X − 3 si bien
que nécessairement s = 1 et P 1 = X (X − 1) (X − 2) (X − 3) de réduite de Frobenius
0 0 0 0
1 0 0 6 ®
© ª
car P 1 = X 4 − 6X 3 + 11X 2 − 6X .
0 1 0 −11®
®
«0 0 1 6 ¬
Dans le cas k = F2 , on a χu = X 2 (X + 1) 2 et la situation change du fait de ces facteurs multiples. On obtient les facteurs irréductibles
X et X + 1. On a alors la disjonction de cas suivante :
— Soit P s = X 2 (X + 1) 2 auquel cas s = 1 et on a un unique invariant de similitude qui est P 1 = χu ;
— Soit P s = X (X + 1) 2 auquel cas s = 2 et on a deux invariants de similitude qui sont P 1 = X et P 2 = X (X + 1) 2 ;
— Soit P s = X 2 (X + 1) auquel cas s = 2 et on a deux invariants de similitude qui sont P 1 = X + 1 et P 2 = X 2 (X + 1) ;
— Soit P s = X (X + 1) auquel cas soit s = 2 et on a deux invariants de similitude qui sont P 1 = P 2 = X (X + 1) .
On aboutit aux résultats suivants :
7
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
0 0 0 0 0 −1
1 0 0 0 0 −2®
© ª
0 1 0 0 0 −4®
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1) 2
0 0 1 0 0 −4®
®
0 0 0 1 0 −4®
®
«0 0 0 0 1 −2¬
0 0 0 0 j
1 0 0 0 j −1
© ª
®
0 1 0 0 2j − 1
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1) (X − j ), X − j 2
®
0 0 1 0 j −2
®
®
0 0 0 1 j −1
®
j ¬ .
®
2
j2
«
0 0 0 0
2
1 0 0 0 j −1
© ª
®
2
0 1 0 0 2j − 1 ®
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1) (X − j 2 ), X − j 2
0 0 1 0 j −2
®
®
2
0 0 0 1 j −1
®
®
« j¬
0 0 0 −1
1 0 0 −1
© ª
®
0 1 0 −2
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1), X 2 + X + 1
®
0 0 1 −1
®
®
0 −1®
®
« 1 −1¬
0 0 0 0 0 −1
1 0 0 0 0 −2®
© ª
0 1 0 0 0 −4®
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1) 2
0 0 1 0 0 −4®
®
0 0 0 1 0 −4®
®
«0 0 0 0 1 −2¬ .
0 0 0 −1
1 0 0 −1
© ª
®
0 1 0 −2
®
(X 2 + 1) (X 2 + X + 1), X 2 + X + 1
®
0 0 1 −1
®
®
0 −1®
®
« 1 −1¬
Reste le cas k = F2 . Sur F2 [X ] , on voit que X 2 +X +1 est irréductible (car sans racine et de degré 2) et donc χu = (X +1) 2 (X 2 +X +1) 2
8
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
0 0 0 0 0 1
1 0 0 0 0 0®
© ª
0 1 0 0 0 0®
®
(X + 1) 2 (X 2 + X + 1) 2 = X 6 − 1
0 0 1 0 0 0®
®
0 0 0 1 0 0®
®
«0 0 0 0 1 0¬
0 0 0 0 1
1 0 0 0 1
© ª
®
0 1 0 0 1
®
(X + 1) (X 2 + X + 1) 2 , X + 1
®
0 0 1 0 1
®
®
0 0 0 1 1
®
1¬ .
®
«
0 0 0 1
1 0 0 1
© ª
®
0 1 0 0
®
(X + 1) 2 (X 2 + X + 1), X 2 + X + 1
®
0 0 1 1
®
®
0 1®
®
« 1 1¬
0 0 1
1 0 0
© ª
®
0 1 0
®
(X + 1) (X 2 + X + 1), (X + 1) (X 2 + X + 1)
®
0 0 1®
®
1 0 0®
®
« 0 1 0¬
3. Soit M ∈ Mn (k ) . On munit k n de la structure de k [X ] -module de type fini du cours 15 associée à M . Comme k est un corps algé-
briquement clos, les polynômes irréductibles unitaires sont exactement les X − λ pour λ ∈ k . Par le théorème de structure 16 , il vient
l’existence de r ∈ N, de t ∈ N × et de λ 1 , . . . , λ t des éléments distincts de k , de j i ∈ N × et de d’une famille décroissante d’entiers
n i ,1 ⩾ · · · ⩾ n i ,j i pour tout i ∈ {1, . . . , t } tels que
t ji
k [X ] − mod. ©Ê Ê
kn k [X ] r ⊕ k [X ]/⟨(X − λi ) n i ,j ⟩ ® .
ª
« i =1 j =1 ¬
En tant que k -espace vectoriel 17 , M est de dimension finie n et le membre de droite ne l’est que si, et seulement si, r = 0 si bien que
ji
t Ê
k [X ] − mod. Ê
kn k [X ]/⟨(X − λi ) n i ,j ⟩.
i =1 j =1
Notons ψ cet isomorphisme et pour tout i ∈ {1, . . . , t } et j ∈ {1, . . . , j i }, on note πi ,j : k [X ] → k [X ]/⟨(X − λi ) n i ,j ⟩ la surjection
canonique. On sait alors 18 que la famille
Bi ,j = πi ,j (1), . . . , πi ,j (X − λi ) n i ,j −1
est une base du k -espace vectoriel k [X ]/⟨(X − λi ) n i ,j ⟩ . On vérifie aisément que la matrice de la multiplication par X est donnée par
J n i ,j (λi ) car pour tout s ∈ {0, . . . , n i ,j − 1}, on a
9
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
J n 1,1 (λ 1 )
© .. ª
. ®
®
J n 1,j 1 (λ 1 ) ®
®
.. ®.
®
. ®
J n t ,1 (λ t )
®
®
..
®
.
®
®
« J n t ,j t (λ t ) ¬
Noter qu’on a unicité à permutation près (qui découle de l’unicité dans le théorème de structure). On a alors que les λi sont les valeurs
propres de M et que j i = dim ( Ker (M − λi I n )) et on voit également que deux matrices sont semblables si, et seulement si, pour tout
λ ∈ k , le nombre de blocs de la forme J r (λ) apparaissant dans une réduction de Jordan est le même pour les deux matrices. Bien sûr,
tout ce qui précède reste valable dans le cas d’un polynôme caractéristique scindé ! En effet, par le théorème de structure, on dispose
d’un entier s et de polynômes non constants P 1 | · · · | P s tels que 19
s
k [X ]− mod. Ê
kn k [X ]/(Pi ).
i =1
Puisque le produit des Pi est égale à χM que l’on suppose scindé, chacun des Pi est scindé et on peut écrire
ji
Ö
Pi = (X − λi ) n i ,j
i =1
avec n i ,1 ⩽ · · · ⩽ n i ,j i et le lemme chinois nous permet de nous ramener à la démonstration ci-dessus. On a également que le nombre
d’invariants de similitudes est donné par
s = max{j λ : λ ∈ k }.
Finalement, le lien entre réduction de Frobenius et réduction de Jordan réside dans le théorème chinois et le passage du théorème de
structure au théorème en composantes p -primaires !
4. Dans le cas k = R, en reprenant un raisonnement analogue, les irréductibles unitaires sont les polynômes de la forme 20 X − x pour
x ∈ k et X 2 + aX + b avec a 2 − 4b < 0. Les polynômes précédents étant tous 2 à 2 non associés. Un raisonnement analogue à celui
de la question précédente garantit que
ji
t s Ê ℓk
!
n k [X ] − mod.
k [X ]/⟨(X 2 + a k X + b k ) m i ,j ⟩ a k2 < 4b k .
©Ê Ê Ê
k k [X ]/⟨(X − x i ) n i ,j ⟩ ® ⊕ [k ∈ {1, . . . , s },
ª
« i =1 j =1 ¬ k =1 ℓ=1
19. En effet, si πi : k [X ] → k [X ]/(Pi ) est la surjection canonique, alors la matrice de la multiplication par X dans la base (πi (1), . . . , πi (X ) deg ( Pi ) −1 ) est la matrice
compagnon CPi et le théorème des invariants de similitude résulte de l’isomorphisme
s
k [X ] − mod. Ê
kn k [X ]/(Pi )
i =1
dans la base (π1 (1), . . . , π1 (X ) deg ( P1 ) −1 , . . . , πs (1), . . . , πs (X ) deg ( Ps ) −1 ) . En réalité, on a même une réciproque. S’il existe une base B dans laquelle la matrice d’un endo-
morphisme d’un k -espace vectoriel E , noté u , est la matrice compagnon CP , alors en tant que k [X ] -module, on a
k [X ] − mod.
(E , u ) k [X ]/(P ).
En effet, la structure de k [X ] -module de k [X ]/(P ) est précisément celle obtenue à partir du k -espace vectoriel k [X ]/(P ) et de l’endomorphisme donné par la multipli-
cation par X , dont la matrice dans la base mentionnée précédemment est alors bien CP . Cela fournit un isomorphisme pusique pour deux espaces vectoriels E et F munis
respectivement de deux endomrophismes u et v , on a un isomorphisme de k [X ] -modules entre (E , u ) et (F , v ) si, et seulement si, u et v sont semblables. Cela s’obtient à
partir du fait que cela signifie qu’il existe une application k [X ] -linéaire ϕ : E → F . Cela équivaut à se donner une application k -linéaire et bijective telle que, pour tout x ∈ E ,
on ait ϕ (X · x ) = ϕ ◦ u (x ) = X · ϕ (x ) = v ◦ ϕ (x ) soit v = ϕ ◦ u ◦ ϕ −1 . Mentionnons alors que les sous-k [X ] -modules de (E , u ) correspondent aux (F , u | F ) pour F un
sous-espace vectoriel de E stable par u . En effet, si N est un tel sous-module, en particulier N est un sous-espace vectoriel de E . Par ailleurs, pour tout n ∈ N et P ∈ k [X ] , on
a P · n = P (u ) (n ) ∈ N donc pour P = X , on voit que N est stable par u . Réciproquement, si on se donne un sous-espace vectoriel stable, alors pour tout n ∈ N , X · n ∈ N
et on obtient en itérant et par linéarité que pour tout P ∈ k [X ] , on a P · n ∈ N et on a donc bien un sous-k [X ] -module.
20. On rappelle que pour un polynôme à coefficients réels irréductible et unitaire de degré supérieur à 2, ce polynôme admet une racine λ ∈ C ∖ R. Il admet alors également λ
comme racine et est donc divisible par (X − λ) (X − λ) et donc égal à (X − λ) (X − λ) . Autrement dit, il est de la forme ci-après. On rappelle également que le théorème des
valeurs intermédiaires fournit une racine réelle pour tout polynôme de degré impair.
10
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
la matrice restreinte à
Ê t Ê ji
−1 ©
ψ k [X ]/⟨(X − x i ) n i ,j ⟩ ®
ª
« i =1 j =1 ¬
est diagonale par blocs de la forme
J n 1,1 (x 1 )
© .. ª
. ®
®
J n 1,j 1 (x 1 ) ®
®
.. ®.
®
. ®
J n t ,1 (x t )
®
®
..
®
.
®
®
« J n t ,j t (x t ) ¬
est une base du k -espace vectoriel k [X ]/⟨(X 2 + a k X + b k ) m k ,ℓ ⟩ . On a bien 2m k ,ℓ vecteurs dans un espace de dimension 2m k ,ℓ (voir à
nouveau l’exercice 14) et on vérifie aisément que la famille est libre car toute combinaison linéaire de ces vecteurs fournit un polynôme
de degré < 2m k ,ℓ de classe nulle, autrement dit ce polynôme est nul et on conclut grâce au fait que la famille est échelonnée en degrés.
On vérifie ensuite aisément que la matrice de la multiplication par X est donnée par
0 −b k 0 0
1 −a k 0 0
© ª
®
0 1 0 −b k
®
®
® ∈ M2m (k ). (∗)
0 0 1 −a k
® k ,ℓ
0 0 0 1
®
®
.. ®
« .¬
En effet, les colonnes avec uniquement des 0 et un unique 1 sont claires. Pour les autres, on a que
X · πk ,ℓ (X (X 2 + a k X + b k ) p ) = πk ,ℓ (X 2 (X 2 + a k X + b k ) p )
= πk ,ℓ ((X 2 + a k X + b k ) p+1 ) − a k πk ,ℓ (X (X 2 + a k X + b k ) p ) − b k πk ,ℓ ((X 2 + a k X + b k ) p ).
Ainsi, dans la base
ψ −1 (B1,1 ), . . . , ψ −1 (B1,j 1 ), . . . , ψ −1 (Bt ,1 ), . . . , ψ −1 (Bt ,j t ), B1,1
′
), . . . , ψ −1 (B1,ℓ
′
1
), . . . , ψ −1 (Bs,1
′
), . . . , ψ −1 (Bs,ℓ
′
s
) ,
notre matrice M de départ est diagonale par blocs avec des blocs de la forme J n (λ) suivis de blocs de la forme 21 (∗) avec a k2 < 4b k .
5. Dans le cas de χu = X 4 , la seule valeur propre est 0 et il suffit de répartir la multiplicité entre les différents blocs J n (0) . Or, on a
4=4+0=3+1=2+1+1=2+2=1+1+1+1
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
1 0 0 0® 1 0 0 0® 1 0 0 0® 1 0 0 0®
© ª © ª © ª © ª
®, ®, ®, ®, 0.
0 1 0 0® 0 1 0 0® 0 0 0 0® 0 1 0 0®
«0 0 1 0¬ «0 0 0 0¬ «0 0 1 0¬ «0 0 1 0¬
21. On peut aussi choisir ces blocs de la forme K k avec
Λk 0 0 0
.. ..
© ª
. . 0 ®®
®
I xk −y k
K k = 2 avec Λk = .
.. .. .. yk xk
®
. . . 0®
®
«0 ··· I2 Λk ¬
et alors les valeurs propres réelles correspondent aux blocs J n (λ) et les valeurs propres non réelles sont les x k ± i y k . Pour démontrer ce résultat, on établit que cette
décomposition par blocs et la matrice de départ ont la même réduction de Jordan sur C (exercice !).
11
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
On remarque que dans ce cas, les réduites de Jordan coïncident avec celles de Frobenius.
Dans le cas χu = X (X − 1) (X − 2) (X − 3) , on a 4 valeurs propres distinctes et on n’a donc pas le choix, on a une unique réduite de
Jordan qui est diag (0, 1, 2, 3) .
Enfin, lorsque χu = (X 2 + 1) (X 2 + X + 1) 2 , les valeurs propres sont ±i , j et j 2 , de multiplicités respectives 1, 2 et 2. On peut écrire
2 = 2 + 0 = 1 + 1 si bien qu’on obtient les quatre réduites de Jordan suivantes 22 :
i 0 0 0 0 0 i 0 0 0 0 0 i 0 0 0 0 0 i 0 0 0 0 0
0 −i 0 0 0 0® 0 −i 0 0 0 0® 0 −i 0 0 0 0® 0 −i 0 0 0 0®
© ª © ª © ª © ª
0 0 j 0 0 0® 0 0 j 0 0 0® 0 0 j 0 0 0® 0 0 j 0 0 0®
® ® ® ®
®, ®, ®, ®.
0 0 1 j 0 0® 0 0 1 j 0 0® 0 0 0 j 0 0® 0 0 0 j 0 0®
0 0 0 0 j2 0® 0 0 0 0 j2 0® 0 0 0 0 j2 0® 0 0 0 0 j2 0®
® ® ® ®
«0 0 0 0 1 j 2¬ «0 0 0 0 0 j 2¬ «0 0 0 0 1 j 2¬ «0 0 0 0 0 j 2¬
6. (i) On a alors
(E , u) k [X ]/⟨X (X − 1)⟩ ⊕ k [X ]/⟨X (X − 1)⟩
et par le théorème chinois
(E , u) (k [X ]/(X )) 2 ⊕ (k [X ]/(X − 1)) 2
de sorte que l’on obtient la réduite de Jordan
0 0 0 0
0 0 0 0®
© ª
®.
0 0 1 0®
«0 0 0 1¬
(ii) De même, on a
(E , u) k [X ]/⟨X 2 (X − 1)⟩ ⊕ k [X ]/(X − 1) k [X ]/(X 2 ) ⊕ (k [X ]/(X − 1)) 2
et
0 0 0 0
1 0 0 0®
© ª
®.
0 0 1 0®
«0 0 0 1¬
(iii) De même, on a
(E , u) k [X ]/⟨X (X − 1) 2 ⟩ ⊕ k [X ]/(X ) k [X ]/⟨(X − 1) 2 ⟩ ⊕ (k [X ]/(X )) 2
et
1 0 0 0
1 1 0 0®
© ª
®.
0 0 0 0®
«0 0 0 0¬
(iv) De même, on a
(E , u) k [X ]/⟨X 2 (X − 1) 2 ⟩ k [X ]/(X 2 ) ⊕ k [X ]/⟨(X − 1) 2 ⟩
et
0 0 0 0
1 0 0 0®
© ª
®.
0 0 1 0®
«0 0 1 1¬
7. C’est la même chose qu’en question précédente mais à l’envers (à rapprocher de l’exercice 1) ! On a dans le premier cas à partir de la
réduction de Jordan
(E , u) k [X ]/⟨(X − 1) 3 ⟩ ⊕ k [X ]/⟨(X − 1) 2 ⟩ ⊕ k [X ]/(X 2 ) ⊕ k [X ]/(X ).
On a vu plus haut que cela implique s = 2. On considère alors la plus grande puissance de chacun des facteurs irréductibles et on pose
P2 = X 2 (X − 1) 3 et par le théorème chinois
(E , u) k [X ]/(P 2 ) ⊕ k [X ]/⟨(X − 1) 2 ⟩ ⊕ k [X ]/(X ).
En itérant, il vient de même P 1 = X (X − 1) 2 de sorte que
(E , u) k [X ]/(P2 ) ⊕ k [X ]/(P 1 )
avec P 1 | P 2 et donc il s’agit des invariants de similitudes.
De même, on trouve dans le second cas P 2 = (X − 1) 2 (X − 2) 2 (X − 3) 3 et P 1 = (X − 1) (X − 2) 2 et dans le dernier cas P 3 = P 2 =
(X − 1) (X − 2) et P1 = X − 1.
22. Qui correspondent bien aux 4 réduites de Frobenius de 2. et je vous laisse déterminer laquelle correspond à laquelle !
12
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
8. On utilise alors les informations du Lemme 3.16 des notes de cours. On sait que d 1 le plus petit facteur invariant est le pgcd des mineurs
d’ordre 1, autrement dit le pgcd des coefficients de la matrice. On obtient ici que d 1 = X − 1. On a alors que que d 2 est le quotient du
pgcd des mineurs de taille 2 par d 1 . Les mineurs de taille 2 sont
Remarque : Dans le cas d’un anneau euclidien A de stathme ϕ (comme Q [X ] avec le degré), nous disposons aussi d’un algorithme
utilisant la division euclidienne pour calculer les facteurs invariants d’une matrice M ∈ Mn (A) ainsi que les matrices P et Q de
changement de bases. L’algorithme (qu’ils erait un peu long et fastidieux à mettre en œuvre ici) se trouve p. 286 de l’ouvrage Objectif
Agrégation de Beck, Malick et Peyré.
Exercice 5.
1. Soit k un corps. Montrer que le morphisme naturel de k -algèbres de k (X ) ⊗ k (Y ) vers k (X ,Y ) est injectif mais non surjectif.
P
2. Soit L une extension de K . Montrer que K (T ) ⊗K L est isomorphe au sous-anneau de L (T ) constitué des Q avec P ∈ L [T ] et Q
non nul dans K [T ] . Ce sous-anneau est-il un corps ?
3. Cette question fait appel à l’exercice 2 de la feuille de TD III. Soient A un anneau et S une partie multiplicative de A. Montrer que l’on
a un isomorphisme canonique de S −1 A−modules
S −1 (M 1 ⊗A · · · ⊗A M N ) S −1 M 1 ⊗S −1 A · · · ⊗S −1 A S −1 M n .
Solution.
1. On dispose d’une application bilinéaire naturelle ϕ : K (X ) × K (Y ) → K (X ,Y ) définie par (P (X ), Q (Y )) ↦→ P (X )Q (Y ) qui
induit par conséquent une application linéaire (et en fait un morphisme de K -algèbres) ϕ̃ : K (X ) ⊗K K (Y ) → K (X ,Y ) définie par
ϕ̃ (P (X ) ⊗ Q (Y )) = P (X )Q (Y ) . On voit que l’image de ϕ̃ est incluse dans le sous-espace strict
V = {R (X ,Y ) ∈ K (X ,Y ) : \(Q 1 (X ), Q 2 (Y )) ∈ K [X ] ∖ {0} × K [Y ] ∖ {0} tels que R (X ,Y )Q 1 (X )Q 2 (Y ) ∈ K [X ,Y ]}
(qui ne contient par exemple pas 23 X 1+Y ), ce qui montre que ϕ̃ n’est pas surjective.
Étudions à présent l’injectivité en considérant le noyau de ϕ̃ . Un élément de K (X ) ⊗k K (Y ) est de la forme
t
Õ a i (X ) c i (Y )
⊗
i =1
b (X ) d (Y )
pour des polynômes a i , b ∈ K [X ] et c i , d ∈ K [Y ] avec b et d non nuls (on a ici considérer un dénominateur commun). Puisque
d’après le cours, on a une structure de K -algèbre, il vient que
t t
!
1 1
Õ
Õ a i (X ) c i (Y )
⊗ = ⊗ a i (X ) ⊗ c i (Y ) .
i =1
b (X ) d (Y ) b (X ) d (Y ) i =1
Un tel élément est dans le noyau de ϕ̃ si, et seulement si,
t
Õ
a i (X )c i (Y )
t
i =1
Õ
= 0 soit a i (X )c i (Y ) = 0.
b (X )d (Y ) i =1
t
Õ
Cela implique que a i (X ) ⊗ c i (Y ) est dans le noyau de l’isomorphisme K [X ] ⊗K K [Y ] → K [X ,Y ] qui est injectif donc
i =1
t
Õ
a i (X ) ⊗ c i (Y ) = 0 et notre élément de départ dans le noyau est nul, ce qui montre bien l’injectivité. On a en réalité que
i =1
K (X ) ⊗K K (Y ) V . L’isomorphisme est alors donné par
V −→ K (X ) ⊗k K (Y )
λ n,m X mY n Xm Yn
Í
ψ̃ : n,m
Õ
↦−→ λ n,m ⊗
Q 1 (X )Q 2 (Y ) n,m
Q 1 (X ) Q 2 (Y )
23. Si on avait Q 1 (X )Q 2 (Y ) = (X + Y )P (X ,Y ) , on aurait alors Q 1 (X )Q 2 (−X ) = 0 et par intégrité Q 1 = 0 ou Q 2 = 0 ce qui est exclu. Noter que comme X + Y est
l’image de x ⊗ 1 + 1 ⊗ y et que son inverse n’a pas d’antécédent, cela établit que X + Y n’est pas inversible dans l’image qui n’est donc pas un corps.
13
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
où l’on a ψ̃ ◦ ϕ̃ = Id car
P (X ) Q (Y ) P (X )Q (Y ) Õ Xm Yn Õ Xm Yn P (X ) Q (Y )
⊗ ↦−→ = pm qm ↦−→ pm qm ⊗ = ⊗
B (X ) C (Y ) B (X )C (Y ) n,m B (X ) C (Y ) n,m
B (X ) C (Y ) B (X ) C (Y )
Õ Õ
si P = p m X m et Q = q nY n et par linéarité. Cela implique que cette définition ne dépend pas du choix de Q 1 , Q 2 et des λ n,m
m n
car l’image de la différence des deux est dans le noyau de ϕ̃ .
C’est en contraste avec le cas des polynômes vu en cours où un raisonnement analogue fournit que k [X ] ⊗k k [Y ] k [X ,Y ] envoyant
la base (X m ⊗ Y n ) (m,n ) ∈ N2 de k [X ] ⊗k k [Y ] sur la base (X mY n ) (m,n ) ∈ N2 de k [X ,Y ] . Autrement dit, cet isomorphisme est donné
par
Õk [X ,Y ] −→ Õk [X ] ⊗k k [Y ]
λ m,n X mY n ↦−→ λ m,n X m ⊗ Y n .
m,n m,n
x x ′ x s ′ + x ′s a x a ·x
+ = et · = .
s s′ ss ′ s t st
Commençons par établir que S −1 M S −1 A ⊗A M en tant que S −1 A-modules. On considère l’application bilinéaire ϕ : S −1 A × M →
S −1 M définie par as , m ↦→ am −1 −1
s qui donne lieu à une application linéaire f : S A ⊗A M → S M . Cette application est surjective
1
car xs = f s ⊗ x . Montrons alors qu’elle est injective. On voit que
1
x
f ⊗ x = 0 ⇐⇒ = 0 ⇐⇒ \u ∈ S tel que ux = 0.
s s
1 1 1
On a alors si f s ⊗ x = 0 que s ⊗x = u
us ⊗x = us ⊗ ux = 0. Maintenant, tout élément de S −1 A ⊗ AM est de la forme (quitte à
réduire au même dénominateur) !
Õ ai 1 Õ
⊗ xi = ⊗ ai xi
i
s s i
et un élément du noyau est donc nul par ce qui précède et f est injective, ce qui démontre le résultat.
Par ailleurs, pour deux S −1 A-modules (qui sont donc également des A-modules) M 1 et M 2 , on a (en tant que S −1 A-modules)
M 1 ⊗A M 2 M 1 ⊗S −1 A M 2 .
a am
1
· (m 1 ⊗ m 2 ) = ⊗ m2.
s s
En effet, l’application S −1 A-bilinéaire (et donc A-linéaire) M 1 × M 2 → M 1 ⊗S −1 A M 2 donne lieu à une application linéaire f1 :
M 1 ⊗ M 2 → M 1 ⊗S −1 A M 2 telle que m 1 ⊗A m 2 ↦→ m 1 ⊗S −1 A m 2 . Réciproquement, considérons l’application A-bilinéaire canonique
M 1 ×M 2 → M 1 ⊗A M 2 . Elle est clairement S −1 A-bilinéaire pour la structure de S −1 A-module définie plus haut et ces deux morphismes
sont inverses l’un de l’autre donc des isomorphismes.
On a donc 25
S −1 M 1 ⊗S −1 A S −1 M 2 (S −1 A ⊗A M 1 ) ⊗S −1 A (S −1 A ⊗A M 2 )
(S −1 A ⊗A M 1 ) ⊗A (S −1 A ⊗A M 2 ) (M 1 ⊗A M 2 ) ⊗A (S −1 A ⊗A S −1 A)
(M 1 ⊗A M 2 ) ⊗A S −1 A S −1 (M 1 ⊗A M 2 ).
24. Noter que la seconde structure naturelle
a am
2
· (m 1 ⊗ m 2 ) = m 1 ⊗
s s
est équivalente car am m m am m am m am
2 2 2 1 2 1 2 1
m1 ⊗ = a m1 ⊗ = (am 1 ) ⊗ = s ⊗ =s ⊗ = ⊗ m2 .
s s s s s s s s
On peut même montre que c’est l’unique structure de S −1 A-module compatible avec celle de A-module.
25. On aurait aussi pu utiliser que pour deux A-modules M 1 et M 2 et S une A-algèbre
14
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
S −1 A ⊗A S −1 A S −1 A.
′
′
On a une application bilinéaire S −1 A × S −1 A → S −1 A donnée par as , as ′ ↦→ aa −1
ss ′ qui donne une application linéaire f : S A ⊗A
S −1 A → S −1 A. Cette application est surjective car as = f 1s ⊗ a et injective comme ci-dessus 26 . On conclut par récurrence.
Exercice 6.
1. Soit A un anneau intègre de corps de fractions k et V un k -espace vectoriel. Montrer que k ⊗A V V en tant que A-modules.
2. Calculer les produits tensoriels suivants : Q ⊗Z R en tant que Z-module puis
√ √
C ⊗R C, Q ( 2) ⊗Q Q ( 3), ( Z/5Z) ⊗Z Z [i ].
Solution.
Attention ici à toujours bien préciser pour quelle structure vous avez un isomorphisme. Par exemple, R ⊗Q R R en tant que Q-espace
vectoriels. En effet, si (e i )i ∈I est une Q-base de R alors I est en bijection 27 avec R et (e i ⊗ e j ) est une base de R ⊗Q R indexée par I × I qui
est aussi en bijection avec R si bien qu’on a l’isomorphisme annoncé R ⊗Q R R. En revanche, en tant que R-espace vectoriels, dimR ( R) = 1
mais R ⊗Q R est de dimension infinie 28 (pour la structure provenant de la multiplication sur le facteur de gauche). Par ailleurs, R n’a pas de
diviseur de 0 tandis que dans R ⊗Q R
√ √ √ √
( 2 ⊗ 1 + 1 ⊗ 2)( 2 ⊗ 1 − 1 ⊗ 2) = 2 ⊗ 1 − 1 ⊗ 2 = 0
√ √ √ √
mais 2 ⊗ 1 + 1 ⊗ 2 , 0 , 2 ⊗ 1 − 1 ⊗ 2.
1. Noter qu’en particulier, k ⊗A k k . On déduit de l’application A-bilinéaire (x, v ) ↦→ xv une application linéaire f : k ⊗A V → V .
Elle est surjective car v = f (1 ⊗ v ) et injective car f (x ⊗ v ) = xv = 0 implique x = 0 ou v = 0 soit x ⊗ v = 0. Et si maintenant on
considère un élément du noyau, il est de la forme
!
Õ ai 1 Õ
⊗ vi = ⊗ a i vi
i
s s i
et on conclut comme dans l’exercice 5 qu’on a un isomorphisme de A-modules. On obtient en réalité un morphisme de A-algèbre.
2. On en déduit immédiatement que Q ⊗Z R R en tant que Z-modules 29 . On a alors d’après le cours 30
en tant que C-espace vectoriel 31 et même en tant que C-algèbres. De même, il vient
√ √ √ √
Q ( 2) ⊗Q Q ( 3) Q ( 2) ⊗Q Q [X ]/(X 2 − 3) Q ( 2) [X ]/(X 2 − 3)
√ √
qui est un corps car X 2 − 3 est irréductible sur Q ( 2) [X ] en tant que Q ( 2) -algèbre. Enfin,
Exercice 7. Soient M , M ′ , N , N ′ des A-modules libres de type fini et ϕ : M → M ′ et ψ : N → N ′ deux applications A-linéaires. On se
propose d’étudier quelques propriétés de l’application linéaire ϕ ⊗ ψ : M ⊗A M ′ → N ⊗A N ′ .
1. Décrire la matrice de ϕ ⊗ ψ dans des bases adaptées. La comparer avec celle de ψ ⊗ ϕ .
2. On suppose que rang (M ) = rang (M ′ ) et que rang (N ) = rang (N ′ ) . Calculer les valeurs propres de ϕ ⊗ ψ et de ϕ ⊗ Id + Id ⊗ ψ .
Calculer det (ϕ ⊗ ψ) .
15
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
(ϕ ′ ⊗ ψ ′ ) ◦ (ϕ ⊗ ψ) = (ϕ ′ ◦ ϕ) ⊗ (ψ ′ ◦ ψ)
dans HomA (M ⊗A N , M ′′ ⊗A N ′′ ) .
5. Montrer que si ϕ et ψ sont des isomorphismes, alors ϕ ⊗ ψ aussi. On précisera sa réciproque.
6. Montrer que si ϕ et ψ sont surjectives, alors ϕ ⊗ ψ aussi. Le résultat vaut-il pour l’injectivité ?
Indication : Considérer α : Z/p Z → Z/p 2 Z donnée par x ↦→ px .
7. Si ϕ est injective et que ϕ(M ) est un facteur direct de N , alors montrer que pour tout k ∈ N × , ϕ ⊗k : M ⊗k → N ⊗k est injective,
d’image un facteur direct de N ⊗k .
8. Si ϕ et ψ sont surjective, établir que Ker (ϕ ⊗ψ) est le sous-module de M ⊗A N engendré par les m ⊗n avec m ∈ Ker (ϕ) et n ∈ Ker (ψ) .
Solution.
1. Notons e 1 , . . . , e n , e 1′ , . . . , e m
′ , f , . . . , f et f ′ , . . . , f ′ des bases respectivement de M , M ′ , N et N ′ . On sait alors que (e ⊗ e ′ ) est
1 r 1 s i j
une base de M ⊗A M et que (fi ⊗ fj ′ ) est une base de n ⊗A N ′ . Notons B la matrice de ϕ et C celle de ψ . On calcule alors
′
r Õ
Õ s
ϕ ⊗ ψ (e i ⊗ e j′ ) = ϕ(e i ) ⊗ ψ (e j′ ) = b k i c ℓj fk ⊗ fℓ′
k =1 ℓ=1
b 11 C ··· b 1n C
© . .. .. ª® ∈ M
B ⊗ C = ..
. . ® nm,r s (A).
«b r 1 C ··· br n C ¬
Cette matrice est appelée le produit de Kronecker de B et C et on voit facilement qu’en général, B ⊗ C , C ⊗ B .
2. On vérifie aisément que si λ est valeur propre de B et µ valeur propre de C avec B X = λX et CY = µY où X ,Y , 0. On considère
alors le vecteur X ⊗ Y défini par (x 1 ⊗ y 1 , . . . , x 1 ⊗ y n , . . . , x n ⊗ y 1 , . . . , x n ⊗ y n ) est non nul 33 et on vérifie que
(B ⊗ C ) (X ⊗ Y ) = λµX ⊗ Y et (B ⊗ I r + I n ⊗ C ) (X ⊗ Y ) = (λ + µ)X ⊗ Y .
On peut alors mettre B et C sous leur forme de Jordan via P et Q (sur une clôture algébrique) et on vérifie que P ⊗ Q triangularise
B ⊗ C avec sur la diagonale tous les produits possibles λµ et de même pour la somme avec toutes les sommes possibles λ + µ . On en
déduit immédiatement que
Tr (B ⊗ C ) = Tr (B) Tr (B) et det (B ⊗ C ) = det (B) n det (C ) r .
3. On écrira ϕ ⊗A ψ pour désigner le tenseur pur dans HomA (M , M ′ ) ⊗A HomA (N , N ′ ) et éviter les confusions avec l’application linéaire
ϕ ⊗ ψ . Comme d’habitude, on part de l’application bilinéaire (ϕ, ψ) ↦→ ϕ ⊗ ψ qui donne lieu à une application A-linéaire
définie par f (ϕ ⊗A ψ) = ϕ ⊗ ψ . Si l’on suppose que les modules sont libres de type fini, on en considère des bases et on vérifie que
l’application envoie une base sur une base comme en 1. En effet, avec les mêmes notations, on sait que HomA (M , M ′ ) et HomA (N , N ′ )
sont libres de bases respectives (ϕi j ) qui envoie e i sur e j′ et tous les autres e k sur 0 et (ψi j ) qui envoie fi sur fj ′ et tous les autres fk
sur 0 si bien que HomA (M , M ′ ) ⊗A HomA (N , N ′ ) est libre de base (ϕi j ⊗ ψk ℓ ) et de même une base de HomA (M ⊗A N , M ′ ⊗A N ′ )
est donnée par les (θi j k ℓ ) qui envoie e i ⊗ fj sur e k′ ⊗ e ℓ′ et les autres e t ⊗ fh sur 0. On vérifie alors que
f (ϕi j ⊗ ψk ℓ ) (e t ⊗ fh ) = ϕi j (e t ) ⊗ ψk ℓ (fh )
= δi t δhk (e j′ ⊗ fℓ′ )
e j ⊗ fℓ′ si i = t et h = k
′
=
0 sinon.
32. Traiter des exemples de petite dimension pour s’en convaincre !
33. En effet, si M et N sont deux modules libres sur un anneau intègre, alors si m , 0 , n , on a m ⊗ n , 0. Il suffit pour le voir d’écrire m et n dans une base et de développer
par bilinéarité.
16
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
Autrement dit, f envoie une base sur une base et est donc un isomorphisme.
Sans l’hypothèse libre de type fini, le résultat tombe en défaut. On peut à cette fin considérer A = Z et M = M ′ = N = Z/p Z,
N ′ = Z/p 2 Z et utiliser le fait que l’application α : Z/p Z → Z/p 2 Z défini par x ↦→ px . On a alors que f ( Id ⊗ α) est donnée par
Z/p Z ⊗Z Z/p 2 Z
Z/p Z ⊗Z Z/p Z −→
f ( Id ⊗ α) :
a⊗x ↦−→ a ⊗ α (x ) = a ⊗ (px ).
Or, on a par Z-bilinéarité, que a ⊗ (px ) = (p a) ⊗x = 0 si bien que f ( Id ⊗α) = 0 mais Id ⊗α , 0 dans HomA (M , M ′ ) ⊗A HomA (N , N ′ ) .
En effet, HomA (M , M ′ ) Z/p Z et à travers cet isomorphisme 34 , on peut identifier Id à 1 tandis que de même à travers l’isomorphisme 35
HomA (N , N ′ ) Z/p Z que α peut s’identifier à 1 si bien qu’on a affaire à 1 ⊗ 1 dans Z/p Z ⊗Z Z/p Z qui est non nul car par exemple
l’application bilinéaire Z/p Z × Z/p Z → Z/p Z qui envoie (k , ℓ) ↦→ k ℓ est non nulle en (1, 1) . On a donc cependant 36 HomA (M , M ′ )
Z/p Z et HomA (N , N ′ ) Z/p Z de sorte que HomA (M , M ′ ) ⊗A HomA (N , N ′ ) Z/p Z tandis que
HomA (M ⊗A N , M ′ ⊗A N ′ ) = HomA ( Z/p Z ⊗A Z/p Z, Z/p Z ⊗A Z/p 2 Z) HomA ( Z/p Z, Z/p Z) Z/p Z.
Noter qu’ici on a fait appel au résultat de la question 5. et que dans le cas de deux isomorphismes ϕ1 : M 1 M 2 et ϕ2 : N 1 N 2 ,
alors on a M 1 ⊗A N 1 M 2 ⊗A N 2 via ϕ1 ⊗ ϕ2 . C’est lorsqu’on a uniquement injectivité que cela peut poser problème comme vous
l’avez vu en cours.
4. Il suffit par linéarité de le vérifier sur les tenseurs purs, ce qui est immédiat, la valeur commune en m ⊗ n étant ϕ ′ ◦ ϕ(m) ⊗ ψ ′ ◦ ψ (n) .
On a alors IdM ⊗ Idn = IdM ⊗A N .
5. On utilise la question précédente et on vérifie que ϕ −1 ⊗ ψ −1 est l’inverse.
6. Il suffit de montrer que tout tenseur pur m ′ ⊗ n ′ est dans l’image par linéarité et le fait que ces tenseurs purs engendrent M ′ ⊗A N ′ . Par
surjectivité de ϕ et ψ , il vient m ∈ M et n ∈ N tels que m ′ = ϕ (m) et n ′ = ψ (n) si bien que m ′ ⊗n ′ = ϕ(m) ⊗ψ (n) = ϕ ⊗ψ (m ⊗n) .
Pour l’injectivité, la réponse est non. On l’a vu en question 3. L’application Id ⊗ α est identiquement nulle sur Z/p Z ⊗Z Z/p Z , {0}
donc non injective alors que l’identité et α sont injectives. Il est donc essentiel de préciser le contexte en parlant d’un produit tensoriel
puisque par exemple vous avez vu dans le cours que l’injection ι : Z → Q ne donne pas lieu à une injection Z ⊗Z Z/n Z Z/n Z dans 37
Z ⊗Z Z/n Z = {0} et on aura donc 1 ⊗Z 1 , 0 tandis que 1 ⊗Q 1 = 0. Noter que l’application est ici identiquement nulle et que l’on n’a
donc pas que l’image de ι ⊗ Id est isomorphe à Z ⊗Z Z/n Z.
7. Écrivons N = ϕ (M ) ⊕ P et considérons π : N → M la surjection définie par π (ϕ (m) + p) = m. L’application π est clairement
linéaire et vérifie π ◦ ϕ = IdM . On en déduit des applications linéaires ϕ ⊗k et π ⊗k telles que (d’après les questions précédentes)
π ⊗k ◦ ϕ ⊗k = (π ◦ ϕ) ⊗k = IdM
⊗k
= IdM ⊗k .
X ⊗ Y − Y ⊗ X = XY (1 ⊗ 1 − 1 ⊗ 1) = 0
si bien que i ⊗2 n’est pas injective. Cela provient du fait que I n’est pas projectif 40 .
8. En d’autres termes, il s’agit de montrer que
pour i : Ker (ϕ) → M et j : Ker (ψ) → N les inclusions. Il est clair que tout élément de U = (i ⊗ Id) ( Ker (ϕ) ⊗A N ) + ( Id ⊗ j ) (M ⊗A
Ker (ψ)) est dans le noyau de ϕ ⊗ ψ . On obtient donc un morphisme Φ : (M ⊗A N )/U → M ′ ⊗A N ′ dont il s’agit de montrer qu’elle
est injective pour conclure. Pour ce faire, construisons un inverse. On a Φ(m ⊗ n) = ϕ(m) ⊗ ψ (n). et par surjectivité de ϕ et ψ , tout
tenseur pur de M ′ ⊗A N ′ est de la forme ϕ (m) ⊗ ψ (n) pour un certain m ∈ M et un certain n ∈ N . Si on choisit deux autres éléments
m ′ ∈ M et n ′ ∈ N tels que ϕ(m) = ϕ (m ′ ) et ψ (n) = ψ (n ′ ) , on en déduit que
m ⊗ n = m ′ ⊗ n ′ + (m − m ′ ) ⊗ n ′ + m ⊗ (n − n ′ ) = m ′ ⊗ n ′ ( mod U )
car m −m ′ est dans le noyau de ϕ et n −n ′ dans celui de ψ . On a ainsi une application bilinéaire bien définie M ′ × N ′ → (M ⊗A N )/U
définie par (m ′ , n ′ ) = (ϕ(m), ψ (n)) ↦→ ϕ(m) ⊗ ψ (n) qui donne lieu à une unique application linéaire Φ e : M ′ ⊗A N ′ → (M ⊗A N )/U
dont on vérifie qu’il s’agit de l’inverse de Φ ce qui permet de conclure !
34. Obtenu par ϕ ↦→ ϕ (1) .
35. L’application ϕ ↦→ ϕ (1) donne un isomorphisme avec p Z/p 2 Z et α est envoyé sur p .
36. Se rendre compte ici qu’on regarde simplement les morphismes de groupes.
37. Autrement dit, même si Z est un sous-module de Q, ce n’est pas le cas de Z ⊗Z Z/n Z avec Q ⊗Z Z/n Z.
38. Voir l’exercice 3.
39. Bien voir ici que la subtilité provient du fait que 1 ∈ A mais que 1 < I .
40. Par exemple car 0 → k [X ,Y ] → k [X ,Y ] ⊕ k [X ,Y ] → I → 0 avec f (P ) = (Y P , −X P ) et g (P , Q ) = P X + QY n’est pas scindée.
f g
17
Université de Paris Saclay M1 MF 2022-2023
x ⊗ y = 0 ∈ R ⊗ Z R /Z ⇐⇒ y ∈ Q.
3. Soient (x i )i ∈I une famille Q-libre de réels et V le sous-espace vectoriel de R engendré par cette famille. Montrer que si 1 < V , alors
(1 ⊗ x i )i ∈I est une famille R-libre de R ⊗Z R/Z.
Solution.
1. On peut voir R comme un Q-espace vectoriel. On a alors que la famille (1, y ) est Q-libre et on peut 41 la compléter en une Q-base
(1, y , (e i )i ∈I ) de R. On considère alors l’application Q-linéaire (et donc Z-linéaire) ϕ : R → Q définie par ϕ (1) = ϕ (e i ) = 0 pour tout
i ∈ I et ϕ (y ) = 1.
p
2. Si y = q , on a
x x x
x ⊗y =q ⊗y = ⊗ (q y ) = ⊗ 0 = 0.
q q q
Réciproquement, supposons que x ⊗ y = 0 et supposons que y ∈ R ∖ Q. On considère alors l’application ϕ de la question précédente.
L’application R × R/Z → R définie par (x, y ) ↦→ xϕ (y ) est bilinéaire et bien définie car ϕ ( Z) = {0}. Elle induit donc une application
linéaire f : R ⊗Z R/Z → R telle que f (x ⊗ y ) = xϕ (y ) . Mais, si y < Q et x , 0, il vient que f (x ⊗ y ) = xϕ(y ) = x = 0 ce qui est
absurde. Ainsi y ∈ Q et on a l’équivalence.
3. Soit (λi )i ∈I ∈ R (I ) tels que Õ
λi (1 ⊗ x i ) = 0.
i ∈I
On a alors par hypothèse (1 < V ) que chaque x i est irrationnel et par la question 1. il existe pour tout i ∈ I une application Z-linéaire
ϕi : R → Q telle que ϕi (1) = 0 et ϕi (x i ) = 1 tandis que ϕi (x j ) = 0 pour j , i . On a alors comme en 2., une application linéaire
fi : R ⊗Z R/Z → R telle que fi (x ⊗ y ) = xϕi (y ) . On a donc
!
Õ
0 = fi λi (1 ⊗ x i ) .
i ∈I
t · (x ⊗ y ) = (t x ) ⊗ y
si bien que !
Õ Õ
0 = fi (λi ⊗ x i ) = fi (λi ⊗ x i )) = λi
i ∈I i ∈I
18