Transport Durable en Tunisie : Guide Complet
Transport Durable en Tunisie : Guide Complet
1
SOMMAIRE
1. INTRODUCTION....................................................................................................................................................4
2. CARACTERISTIQUES DU TRANSPORT EN TUNISIE......................................................................................5
2.1. INTRODUCTION DES CONTRAINTES ECOLOGIQUES DANS LA STRATEGIE
DE DEVELOPPEMENT DU SECTEUR................................................................................................................5
2.2. TRANSPORT DES PERSONNES PAR LES MOYENS INDIVIDUELS..............................................................7
2.3. TRANSPORT FERROVIAIRE DES MARCHANDISES EN PERTE DE VITESSE..........................................10
2.4. TAUX DE MORTALITE SUR LES ROUTES.......................................................................................................12
2.5. PREMIER SECTEUR CONSOMMATEUR D’ENERGIE....................................................................................15
2.6. CONTRIBUTION DU SECTEUR DANS LA POLLUTION..................................................................................18
2.7. ETALEMENT DES VILLES ET LE DESEQUILIBRE
ENTRE OFFRE ET DEMANDE DE TRANSPORT.............................................................................................20
2.8. AUGMENTATION DU PARC DE VEHICULES ET LA
CONGESTION ACCRUE DES VILLES..................................................................................................................20
2.9. RESEAU ROUTIER A DOMINANTE COTIERE.................................................................................................21
2.10. PROBLEMATIQUE DE DURABILITE DES ENTREPRISES PUBLIQUES .....................................................21
3. LES ENJEUX ET LES DEFIS DANS LE SECTEUR DU TRANSPORT............................................................23
3.1. HAUSSE DES POLLUANTS ATMOSPHERIQUES EMIS PAR LE TRANSPORT...........................................23
3.2. AUGMENTATION DES BESOINS EN CARBURANTS FACE
A DES RESSOURCES ENERGETIQUES LIMITEES.......................................................................................24
3.3. AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET URBANISME AU SERVICE
DE LA DURABILITE DU TRANSPORT...............................................................................................................18
3.3.1 LA DURABILITÉ DU TRANSPORT COMME DONNÉE DE BASE DANS L’AMÉNAGEMENT
DU TERRITOIRE ............................................................................................................................................25
3.3.2 UNE PLANIFICATION EFFICACE DU TRANSPORT URBAIN ET DES VILLES PLUS AGRÉABLES.........26
3.3.3 RAPPROCHER LES LIEUX D’HABITATION DES LIEUX DE TRVAIL.............................................................27
3.4. TRANSPORTS PUBLICS : VECTEUR DE DURABILITE..................................................................................28
3.5. LES CENTRALES DE FRET COMME OUTIL DE MASSIFICATION DES MARCHANDISES,
ET DE DEVELOPPEMENT DU TRANSPORT POUR LE COMPTE D’AUTRUI.............................................30
3.6. TRANSPORT MULTIMODAL COMME ALTERNATIVE MOINS COUTEUSE
POUR LA COLLECTIVITE NATIONALE.............................................................................................................31
3.7. DEVELOPPEMENT DES ZONES DE L’INTERIEUR PAR LE BIAIS
D’UN RESEAU ROUTIER PLUS EQUILIBRE....................................................................................................32
3.8. LA FISCALITE : INCITATION AU RESPECT DE LA DIMENSION ECOLOGIQUE DANS
LE SECTEUR DU TRANSPORT..........................................................................................................................33
4. OBJECTIFS DU DEVELOPPEMENT DURABLE...............................................................................................35
4.1. IMPACTS DU TRANSPORT SUR LES TROIS COMPOSANTES
DU DEVELOPPEMENT DURABLE.....................................................................................................................35
4.2. STRATEGIE NATIONALE EN MATIERE DE TRANSPORT..............................................................................36
4.3. PROPOSITION D’OBJECTIFS EN MATIERE DE TRANSPORT DURABLE EN TUNISIE............................41
4.4. INDICATEURS DU TRANSPORT DURABLE EN TUNISIE..............................................................................45
5. BIBLIOGRAPHIE..................................................................................................................................................48
3
1. INTRODUCTION
1
Vers des transports durables, Conférence OCDE, Vancouver – mars 1996
4
2. CARACTERISTIQUES DU TRANSPORT EN TUNISIE
Nous décrirons dans ce qui suit les caractéristiques du transport en Tunisie, qu’el-
les soient vues en tant que forces ou que faiblesses.
5
l’essence super comme première étape suivi du banissement de ce carburant. Le
gazole 50 (faible teneur en soufre) introduit suite à l’arrivée sur le marché de véhi-
cules utilisant ce carburant est actuellement généralisé dans les stations service,
mais ce carburant est encore plus cher que le gazole.
Pour ce qui est de l’émission de fumée et de bruit, la règlementation2 précise les
niveaux de tolérance pour ces types d’émission, à la fois à l’acceptation des voitu-
res à l’importation qu’en visite technique. Toutefois, la Loi n 2007-34 sur la qualité
de l’air mentionne dans son article 8 la promulgation d’un nouveau décret sur les
valeurs limites à la source des polluants de l’air, de sources mobiles.
En outre, la règlementation3 portant organisation des transports terrestres a ins-
tauré les bases d’un transport durable en incitant les pouvoirs publics à donner
la priorité au développement du transport collectif, et notamment le transport
ferroviaire dans leur quête pour satisfaire les besoins de la population et du tissu
économique en la matière.
Dans le domaine maritime aussi, une règlementation permet de définir les spéci-
fications liées à la pollution causée par les navires. Des contrôles sont effectués
afin de s’assurer du respect des normes définies.
Par ailleurs, la direction Générale de la Marine Marchande procède au contrôle
des navires tunisiens par rapport à la règlementation en vigueur.
2
Décrets n°147-2000 et 148-2000 datés du 24 janvier 2000
3
Loi n°33 du 19 avril 2004
4
Gaz de Pétrole Liquéfié (dit aussi LPG, abréviation anglaise de Liquefied Petroleum Gas)
6
En ce qui concerne le gaz naturel, et dans le cadre du XIème Plan, la Société de
Transport de Tunis (TRANSTU) a prévu l’acquisition d’une centaine de bus qui rou-
lent au GNV5 . Une station d’approvisionnement en GNV a été réalisée au dépôt
de Bir Kassâa, et permet l’alimentation de deux bus déjà acquises et utilisant ce
carburant. Ce plan prévoit aussi une recherche de financement pour la reconver-
sion des bus existant pour rouler avec ce carburant propre.
Dans le cadre de l’organisation de l’utilisation de ces carburants, une règlemen-
tation a été mise en place afin de fixer les règles techniques d’équipement et
d’aménagement des véhicules à moteur fonctionnant au GPL et GNV comme car-
burant 6.
La consommation du secteur du transport en gaz (GPL et GNV) reste encore mo-
deste en Tunisie (2% de la consommation totale du secteur) par rapport à d’autres
Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée tels que la Turquie (11%) et l’Algérie
(6%) 7.
5
GNV, Gaz Naturel pour Véhicules (dit aussi CNG, abréviation anglaise de Compressed Natural Gas, soit
Gaz Naturel Comprimé)
6
Décrets n° 2002-2016 et 2002-2017 du 04 septembre 2002
7
Etat de l’Environnement et du Développement en Méditerranée, PNUE/PAM-Plan Bleu, Athènes, 2009
8
Rapport Transport Durable-Sept2006-page 9
7
La figure ci-dessus montre une régression de la part du transport en commun des
personnes dans le Grand Tunis.
Ce phénomène est dû, en partie, à l’insuffisance, voire l’absence, d’une desserte
en transport en commun dans les principaux quartiers résidentiels de ces grandes
villes.
A titre d’exemple, certains quartiers résidentiels du Grand Tunis tel que (El Men-
zah 1 à 9, El Manar 1 à 3, Ennasr 1 et 2, les Jardins d’El Menzah et El Bouhaira),
qui présentent une forte concentration de la population, ne sont pas bien des-
servis en transport en commun. Ceci a induit une forte concentration de voitures
particulières, avec un taux d’occupation faible.
Par ailleurs, l’offre de la TRANSTU9, qui représente 80% du transport collectif ur-
bain du Grand Tunis n’a évolué que de 2% par an sur les dix dernières années. La
demande de transport collectif a évolué d’une moyenne de 6% par an sur la même
période, la demande propre à la TRANSTU a évolué de 1,2%.
9
Société de Transport urbain du Grand Tunis
8
Une nouvelle forme de transport urbain collectif non régulier s’est bien développée
ces dernières années, c’est le Taxi collectif dont le parc a évolué d’environ 30%
entre 2011 et 2012 pour atteindre 1723 voitures en Tunisie. Ce type de transport a
permis de combler une partie des besoins en transport urbain et surtout périurbain
puisqu’il est plus disponible et emprunte les mêmes circuits de transport des bus.
Toutefois, vu que ce genre de transport n’a pas eu de stations réservées, il a uti-
lisé comme zone de stationnement, les espaces urbains aux environs des stations
de terminus des bus ce qui eu pour conséquence d’accentuer l’encombrement
autour de ces terminus.
En terme de qualité, le bus public perd de plus en plus de son attractivité. La den-
sité des voyageurs y est pour beaucoup, puisqu’elle atteint 9 voyageurs par mètre
carré, ce qui représente un taux très élevé.
Il semble, cependant, que, même en Europe, la situation ne soit pas très favorable au trans-
port collectif. En effet, la part moyenne du transport collectif des voyageurs (urbain et inte-
rurbain) dans l’Europe à 27 pays est de l’ordre de 16%11 .
10
XIème Plan
11
Eurostat
9
2.3. Transport ferroviaire des marchandises en perte de vitesse
En une vingtaine d’années, le transport ferroviaire des marchandises a vu sa part
réduite au tiers, pour passer de 30% en 1985 à 9% en 2007.
Cette baisse a résulté d’un fort développement du transport routier des marchan-
dises, notamment le transport pour compte propre, celui-ci représente environ
60% de la capacité offerte en charge utile12 .
12
Rapport Transport Durable-Sept 2006- page 12
13
Rapport Transport Durable-Sept 2006- page 9 & 12
10
Au niveau de l’Union Européenne14 , la part moyenne du transport ferroviaire des marchan-
dises représente environ 18% (27 pays), sachant que la part de ce mode de transport est
supérieure à 25% dans 11 pays européens (Lettonie, Estonie, Suède, Autriche, Bulgarie, Fin-
lande, etc.).
Il est intéressant de signaler que, pour le cas de la France, le transport ferroviaire des mar-
chandises a perdu, comme en Tunisie, des parts importantes. Pour les deux pays, ce mode de
transport ne représente plus que 10%, alors qu’il couvrait en 1985 un quart des besoins de
transport en France15 , et 30% en Tunisie au cours de la même année. Cette faible part du
ferroviaire semble difficile à faire évoluer de manière sensible, et plusieurs stratégies trans-
port en Europe situe la part du ferroviaire aux environ de 12% à l’horizon 202516.
14
Eurostat
15
INSEE
16
Six enjeux du développement durable : le transport en Méditérranée
11
Dans le but de booster le transport ferroviaire, le Ministère de Transport a lancé
en 2008 une opération pilote de transport des conteneurs par voie ferrée.
Cette opération consiste à transférer les conteneurs, qui arrivent au port de Radès
et qui sont destinés vers le Centre et le Sud du pays, jusqu’à la gare ferroviaire la
plus proche de la destination. Les gares concernées sont Sousse, Sfax et Gabès.
A l’arrivée à une gare donnée, le transfert du conteneur vers sa destination finale
est fait par camion.
Sur le chemin du retour, le train récupère les conteneurs transportés la veille ou
un jour avant, qu’ils soient remplis ou vides.
La mise en œuvre de cette opération de transport multimodal a nécessité la mise
à disposition d’un train par jour, doublé par un deuxième dans certains cas.
L’usage du rail a permis de transporter 20.000 à 30.000 conteneurs en 2009.
Ceci s’est traduit par l’élimination d’un nombre égal de voyages de camions sur
les routes.
En outre, la Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens s’est engagée aussi
dans le transport de conteneurs sous douane (transit en l’état) vers Sousse et
Gabès. Deux clients (compagnies maritimes) sont concernés.
Dans les deux cas, des tarifs préférentiels sont appliqués afin d’encourager les
chargeurs à utiliser le rail plutôt que la route.
17
La mobilité urbaine dans le Grand Tunis – Evolutions et perspectives, Morched CHABBI, Hassen ABID,
Mai 2008
12
Ceci dénote de l’aggravation des accidents sur nos routes sur cette période.
13
D’autres ratios sont utilisés pour refléter la sécurité routière, à savoir :
Le taux de mortalité sur les routes, qui se mesure généralement en rappor-
tant le nombre de tués à la population (par million d’habitants). Ce ratio a
relativement baissé en Tunisie pour passer de 156 en 2000, à 149 en 2006
puis 132 en 2009 et remonté légèrement à 136 en 2013. Notons qu’en 1996,
ce même ratio s’est situé à 143 tués par million d’habitants.
Le nombre de tués rapporté au parc (par millier de véhicules),
Le nombre de tués rapporté au nombre de permis de conduire (par millier de
permis de conduire).
Les deux derniers ratios19 présentent des tendances à la baisse sur la décennie
(2000-2010) présentée avec des taux de croissance moyens de -6% chacun, pour
se stabiliser les dernières années à 0,91 tué par 1000 véhicules et 0,58 tué par
1000 permis de conduire.
19
Données du Ministère de l’Intérieur et du Développement Local
14
La moyenne européenne (Europe à 27 pays) du ratio Taux de mortalité sur les routes est si-
tuée à environ 86 tués par million d’habitants20 (contre 149 en Tunisie pour la même année).
Quant au nombre de tués par millier de véhicules, il s’élève à 0,26 dans les Pays
du Nord de la Méditerranée, contre une valeur légèrement inférieure à 1 pour les
Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée21 (et 1,25 en Tunisie pour la même
année).
20
Eurostat 2006 (Données européennes)
21
Etat de l’Environnement et du Développement en Méditerranée, PNUE/PAM-Plan Bleu, Athènes, 2009
22
Association Tunisienne de la Prévention Routière
23
Ministère du Transport
24
Etat de l’Environnement et du Développement en Méditerranée, PNUE/PAM-Plan Bleu, Athènes, 2009
15
L’augmentation des besoins énergétiques confrontée à une baisse des ressources
en la matière impose la mise en œuvre d’actions selon deux principaux axes :
Une meilleure efficacité énergétique
Une plus grande part des énergies alternatives dans la consommation du
secteur.
Notons que la plus part des entreprises de transport des personnes, telles que la
Société Nationale de Transport Interurbain et les Sociétés Régionales de Trans-
port de Kairouan et de Nabeul, se sont équipées des nouvelles technologies de
l’information et de la communication (GPS, systèmes d’aide à l’exploitation) per-
mettant un suivi rigoureux du parc de bus : circuits empruntés, vitesses, freinages,
virages, etc.
De tels systèmes induisent, entre autres, des réductions de la consommation
énergétique.
A titre d’exemple, la SORETRAK affirme des gains de 7% sur la consommation
énergétique, réalisés grâce à une meilleure visibilité du parc25,
16
A cet effet, 139 stations de diagnostic des moteurs de véhicule ont été agréées,
avec le concours du Fonds National de Maîtrise de l’Energie.
Il est à noter que la loi 2004-72 de maitrise de l'énergie dans son article n° 13
stipule que les automobiles sont soumises à l'occasion de la visite technique
périodiques, à un diagnostic de leurs moteurs dans le but de la maitrise de la
consommation d'énergie. Mais ce diangnostic n'est pas appliqué à ce jour car
l'arrête d'application n'est pas encore publié.
La mise en application de la règlementation se ferait comme suit :
Intégration du test déterminant l’efficacité énergétique du moteur au niveau
des procédures de la visite technique de tous les véhicules. Le diagnostic du
moteur serait exigé une fois le paramètre ainsi mesuré n’est pas conforme
Obligation du diagnostic des moteurs au moment de la visite technique pour
les véhicules des établissements publics et privés
Généralisation ultérieure de l’obligation de diagnostic des moteurs des vé-
hicules au moment de la visite technique
17
2.6. Contribution du secteur dans la pollution
Actuellement, la qualité de l’air est suivie grâce au réseau national de surveillance
de la qualité de l’air.
Des stations couvrant une grande partie du territoire national permet de mesurer
4 indicateurs du niveau de la qualité de l’air, et de comparer les valeurs obtenues
aux normes tunisiennes en la matière.
Les résultats obtenus ne permettent pas d’identifier l’origine des différentes émis-
sions.
Ceci dit, certains dépassements de normes tunisiennes ont été remarqués au
cours des heures de pointe de la circulation routière26 .
18
Les huiles de vidange sont collectées au niveau des opérateurs de service
avant d’être récupérées par la SOTULUB
Le même schéma a été mis en place sur le marché des batteries. En fait, à
l’achat d’une nouvelle batterie, la consigne de l’ancienne permet de gagner
15 DT sur le prix payé. Ce système permet aux fabricants de batterie de col-
lecter les déchets et de les recycler.
Il semble que la mise en place de ces filières ait permis de maîtriser la pollution
correspondante et qu’il s’agit ainsi d’expériences encourageantes.
Les entreprises publiques de transport sont engagées dans une démarche de maî-
trise des rejets gazeux et solides. Dans ce cadre, les actions suivantes ont été
mises en place :
La majorité des entreprises publiques ont mis en place des systèmes de
gestion de la maintenance assistée par ordinateur leur permettant de mieux
gérer les entretiens préventifs des moteurs des véhicules. Ceci a eu des
impacts sur la réduction des défaillances de ces moteurs en matière de sur-
consommation énergétique et d’émissions de fumée.
Les pneus et filtres usés sont collectés au niveau de ces entreprises pour
être récupérés par l’ANGed.
Les entreprises publiques ont sous-traité la gestion de leurs déchets solides
auprès de sociétés spécialisées en la matière.
30
Etat des lieux de la prévention et de la lutte contre la pollution sonore en Tunisie, Ministère de l’Environ-
nement et du Développement Durable – Agence Nationale de Protection de l’Environnement, juin 2007 :
- Le niveau toléré est de 55 décibels en jour, 50 décibels en soirée et 45 décibels pendant la nuit
- Les mesures ont été effectuées sur des axes routiers tels que le Boulevard 7 Novembre, la Route
de Bizerte, la GP1 et aux environs de l’aéroport de Tunis Carthage ainsi que dans la banlieue Sud exposée
aux nuisances des trains
19
2.7. Etalement des villes et le déséquilibre entre offre et demande de
transport
Le développement urbain s’est progressivement fait vers l’extérieur des centres
villes.
Ceci a provoqué un déséquilibre entre la répartition géographique des centres
d’activités économiques (lieux de travail) et les centres résidentiels (lieux d’habi-
tation).
Cette situation a engendré une forte sollicitation du transport sur les axes menant
au centre ville.
31
La mobilité urbaine dans le Grand Tunis – Evolutions et perspectives, Morched CHABBI, Hassen ABID,
Mai 2008
32
Rapport national sur l’état de l’environnement, MEDD, 2008
33
La mobilité urbaine dans le Grand Tunis – Evolutions et perspectives, Morched CHABBI, Hassen ABID,
Mai 2008
20
L’infrastructure routière n’ayant pas suivi le développement du parc, les routes
souffrent d’un encombrement important.
21
L’insuffisance de la compensation versée par l’Etat pour les titres de trans-
port scolaire.
D’une part, les tarifs fixés ne permettent pas de couvrir leurs charges d’ex-
ploitation. A titre d’exemple, la Transtu commercialise l’abonnement sco-
laire à 8% de son coût.
En outre, les prix de vente de ces abonnements n’ont pas augmenté depuis
2003 malgré des augmentations dans les intrants (salaires, énergie, etc.).
Seule, une augmentation de 5% a été effectuée en 2010.
La non-compensation du transport gratuit
L’insuffisance du concours financier de l’Etat au titre des investissements
Il est vrai que l’Etat reverse plus que 200 MDT par an comme compensation des
tarifs réduits. Mais cette enveloppe reste insuffisante pour combler les déficits.
34
Loi n° 2004-33 du 19 avril 2004
22
3. LES ENJEUX ET LES DEFIS DANS LE SECTEUR DU
TRANSPORT
Selon une étude épidémiologique menée conjointement par la France, l’Autriche et la Suis-
se35 environ 3% de la mortalité totale serait directement liée aux émissions du trafic routier.
Ceci correspond au double de la mortalité par accidents de la route dans ces pays.
De telles études pourront déboucher sur des paramètres de base pour le calcul de
rentabilité des projets de transport, au sens large (rentabilité économique, man-
que-à-gagner en matière de compensation des carburants, gain sur les émissions
de polluants, préservation de la santé publique, etc.).
35
Six enjeux du développement durable : le transport en Méditerranée
23
Tout ceci devra conduire à la mise en place d’un dispositif national plus évolué
pour la mesure des pollutions atmosphériques.
A titre d’exemple, notons que le transport routier présente des taux de consom-
mation énergétique largement plus importants que le transport ferroviaire36 :
Pour le transport urbain des personnes, la voiture individuelle consomme dix
fois plus que le métro léger et trois fois plus que le bus
Pour le transport interurbain des personnes, la voiture individuelle consom-
me deux fois plus que le train
Pour le transport de marchandises, le camion consomme trois fois plus que
le train
36
Rapport national sur l’état de l’environnement, MEDD, 2008
24
3.3. Aménagement du territoire et urbanisme au service de la durabilité
du transport
Le déséquilibre dans la distribution des centres économiques et des quartiers ré-
sidentiels et ses conséquences en matière de demande de transport démontre
l’opportunité d’introduire la notion de durabilité des transports tout au long du
processus de planification urbanistique.
Ceci pourrait se faire par le biais des divers outils d’aménagement du territoire et
de planification urbanistique.
37
Le code de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, promulgué en 1994 a prévu, la réalisation de
schémas directeurs d’aménagement (SDA) national, des 6 régions économiques du pays, des aggloméra-
tions urbaines et des zones sensibles.
38
Décret n°97-2468 du 22 décembre 1997
25
Le SDA du Grand Tunis, par exemple, a prévu la réalisation de 90 km de couloirs
destinés exclusivement aux bus.
Pour les autres agglomérations urbaines, l’aspect de la durabilité est considéré
comme plutôt secondaire. La priorité est donnée au renforcement des infrastruc-
tures, notamment celles permettant de relier le chef-lieu aux localités environ-
nantes.
Il est recommandé d’instaurer la réalisation d’une étude d’impact des SDA sur les
déplacements, et ce, à l’instar des études d’impact sur l’environnement rendues
obligatoires pour tous les projets.
3.3.2 Une planification efficace du transport urbain et des villes plus agréables
Outre les schémas directeurs d’aménagement décrits précédemment (voir 3.3.1),
la règlementation du transport terrestre prévoit un outil de planification du trans-
port au niveau régional, à savoir le Plan de Déplacement Urbain (PDU) des agglo-
mérations39 .
Le PDU est destiné à définir la stratégie de déplacement dans l’agglomération,
tout en se basant sur le SDA de celle-ci. Ceci se traduirait par la planification de
la gestion de la logistique urbaine des marchandises ainsi que la promotion du
transport collectif. Ces-derniers étant des éléments déterminants de la durabilité
du transport au niveau régional.
Actuellement, les PDU ont été instaurés sur le plan règlementaire, mais n’ont pas
encore été mis en œuvre40.
C’est dans ce sens que l’ANME prévoit le lancement d’un projet pilote avec l’ag-
glomération de Sfax (Commune de Sfax et 7 communes environnantes) avec l’ap-
pui de la coopération Allemande GIZ.
39
Loi n° 2009-7 du 09 février 2009
40
La Municipalité de Sousse a élaboré en 2006, en collaboration avec l’ANME, son plan de déplace-
ment.
26
L’enjeu serait donc de redonner à la ville une nouvelle vie avec :
Une circulation plus organisée et mieux maîtrisée : limiter l’accès en voitu-
res individuelles aux centres des grandes villes, à travers l’aménagement
d’aires de stationnement des voitures et de stations de correspondances
avec les moyens de transport public
Des espaces verts plus grands et mieux entretenus : revaloriser les espaces
consommés par le transport individuel pour embellir les villes.
Réussir à rapprocher les habitations des lieux de travail aurait des impacts posi-
tifs sur :
27
L’environnement : réduction de la consommation de carburants et des émis-
sions des moyens de transport
Les conditions de vie des citoyens : la diminution de la congestion des routes
limitera les tensions, ainsi que les risques d’accidents.
La compétitivité des entreprises, grâce à une économie sur le temps perdu
dans la congestion des routes.
28
Ceci permet, entre autres, d’équilibrer des rentabilités économiques hétérogènes
des différents modes de transports à offrir.
Dans le but de développer le transport public pour qu’il reprenne une part plus
grande dans le transport des personnes et limiter réduire l’utilisation du transport
individuel, divers projets ont été prévus, dont certains sont en cours de réalisa-
tion:
Réalisation du projet du Réseau Ferroviaire Rapide : ce projet permet-
tra de desservir les agglomérations entourant la ville de Tunis (Borj Cédria,
Fouchana – Mohammadia, Manouba – M’nihla, Nord Ariana, Ezzouhour – Za-
hrouni – Séjoumi). Ce nouveau réseau offrira le tiers du transport collectif du
Grand Tunis.
Extension des lignes Métro vers les quartiers d’Ennasr et Aïn Za-
ghouan–Bhar Lazrag : de même que pour le RFR, ces lignes métro vien-
dront compenser l’insuffisance de la desserte de ces quartiers en transport
en commun.
41
Rapport national sur l’état de l’envirennement 2008, MEDD
29
Il est à signaler à ce propos que ce type de projet cadre bien avec le Mécanisme
de Développement Propre (MDP) établi par le protocole de Kyoto, et ce, étant
donné les importantes réductions d’émission de CO2 qu’il génère42 .
Compte tenu du fait que le développement du transport ferroviaire urbain des per-
sonnes touche actuellement davantage la région du Grand Tunis, il est recomman-
dé que d’autres grandes villes tunisiennes puissent intégrer la même approche.
C’est dans ce sens que des études ont été lancées en vue de la construction d’un
réseau de métro à Sfax.
42
[Link]
30
Sousse, Sfax, Gabès, Sidi Fathallah, Gâafour et Gafsa.
Par ailleurs, les zones d’activités logistiques prévues par le Ministère de Transport
(Radès, Zarzis, Djebel Oust et Enfidha) seront reliées à la voie ferrée.
Les zones d’activités logistiques identifiées comme prioritaires sont celles de Ra-
dès, Zarzis, Enfidha, Sousse et Sidi Fathallah.
La réalisation du reliquat des zones logistiques est prévue sur un horizon à
moyen – long terme.
31
transport de marchandises vers les marchés limitrophes : le program-
me présidentiel prévoit le développement du ferroutage. Une telle opération
pourrait être appliquée, à titre d’exemple, pour les marchandises destinées
vers le marché libyen. Il est possible de recueillir les camions arrivant en Tu-
nisie et les mettre sur rail au niveau de la gare de Gabès pour les rapprocher
des zones d’approvisionnement.
Une étude de faisabilité devra être réalisée afin de mieux définir l’étendue
d’un tel projet. Actuellement, la SNCFT prévoit de transférer les marchandi-
ses destinées au marché libyen (essentiellement le ciment) vers Ghannouch,
où les camions libyens sont chargés et acheminés vers la Libye.
Une autre piste pour limiter le développement du transport routier mérite d’être
citée. Il s’agit du transport des carburants, qui pourrait être réalisé, dans certaines
conditions, à travers des pipes.
32
Economique : les régions Ouest du pays sont de plus en plus attractives en
matière d’investissement privé, et notamment étranger. Les relier aux points
d’accès maritimes et aériens situés sur la cote Est du pays ne fera qu’appuyer
leur compétitivité.
Social : réduction de l’inégalité entre les régions
43
Loi n° 2005-82 du 15 août 2005 portant création du système de maîtrise de l’énergie
33
D’autre part, soumettre le transport de marchandises pour compte propre à
une fiscalité désavantageuse pourrait inciter les entreprises industrielles et com-
merciales à externaliser cette activité aux sociétés de transport.
(La taxe actuelle est de 14 D/T/mois pour le compte propre contre 9D/T/mois pour
le compte d’autrui. Un renforcement de ce différentiel induira un transfert d’acti-
vité vers le transport pour autrui. Une étude réalisée par l’ANME a montré que le
transfert de 1% du volume de trafic engendre un gain de 5300 tep)
Finalement, la mise en place d’une fiscalité verte pour le transport devrait être
incluse dans une vision plus générale de la fiscalité comme incitation au respect
de l’environnement.
34
4. OBJECTIFS DU DEVELOPPEMENT DURABLE
Nous présenterons dans ce qui suit, une synthèse des constats et enjeux précé-
dents, puis nous rappellerons les éléments de stratégie nationale du dévelop-
pement du transport, pour proposer, en conclusion, une série d’objectifs pour le
développement durable du transport en Tunisie.
35
4.2. Stratégie nationale en matière de transport
La stratégie nationale en matière de transport s’appuie sur le développement de
la part du transport collectif, notamment le transport ferroviaire, la mise à niveau
des infrastructures (portuaires, aéroportuaires et ferroviaires), l’augmentation de
la part du pavillon national dans le transport international des marchandises, le
développement du transport multimodal, l’amélioration de la rentabilité de la lo-
gistique, la libéralisation du transport aérien, la promotion de la qualité et le ren-
forcement de la sécurité, la promotion des nouvelles technologies et la maîtrise
de la consommation énergétique.
Les principaux axes de cette stratégie s’articulent par mode de transport comme
suit :
Transport terrestre
Au niveau du transport terrestre, les objectifs annoncés par le Plan sont les
suivants :
36
Le renforcement de la contribution des privés à travers : l’attribution de nou-
velles concessions pour le transport collectif par bus dans les grandes villes;
et l’autorisation aux entreprises publiques pour sous-traiter le transport
La mise en cohérence des plans d’aménagement et des plans de circulation
des villes, en donnant la priorité de passage aux moyens de transport en
commun
La restructuration financière des entreprises publiques de transport et la
recherche de nouvelles sources de financement
37
L’intégration du secteur du transport des marchandises dans le programme de
mise à niveau des services
Développement des centrales de fret et l’incitation des transporteurs et char-
geurs à l’utilisation de ces centrales
L’encouragement à l’utilisation du transport ferroviaire afin de doubler sa part
à l’horizon 2014 : raccordement des gares ferroviaires aux unités de produc-
tion et aux ports ; création de nouvelles lignes de transport ferroviaire des
conteneurs vers le Nord et le Nord Ouest du pays ; aménagement d’une gare
de fret au port de Radès, raccordement des gares ferroviaires de Sfax, Sousse
et Enfidha aux ports correspondants ; mise à niveau de la voie ferrée Tunis –
Bizerte ; l’application de tarifs préférentiels pour le transport ferroviaire des
marchandises par rapport au mode routier
38
Moderniser les ports en se basant sur les besoins des différentes régions et la
complémentarité avec les grands projets portuaires :
39
Renforcer la formation dans le transport maritime, en introduisant de nouvel-
les spécialités, telles que la logistique et le transport multimodal pour mieux
répondre aux besoins du secteur au niveau national et international.
Transport aérien
Les principaux objectifs en matière de transport aérien sont :
40
4.3. Proposition d’objectifs en matière de transport durable en Tunisie
Nous pouvons émettre les pistes suivantes en matière d’enjeux pour le Transport
Durable en Tunisie :
Pour faire face à ces enjeux, les objectifs qui peuvent être fixés pour assurer la
durabilité des transports en Tunisie, sont les suivants :
41
Objectif du DD Programme / Action
Economique
42
[Link] la création de centrales de fret et inciter
les transporteurs à y adhérer
[Link] le développement d’opérateurs logistiques
(3PL)
10.Développer le transport multimodal :
[Link] les chargeurs à transférer une partie du
transport routier vers le transport ferroviaire
Augmenter la [Link] les gares ferroviaires aux ports et aux
part du transport unités de production
de marchandises
pour compte c.Développer le ferroutage afin de desservir les
d’autrui marchés limitrophes
Environnemental
44
4.4. Indicateurs du transport durable en Tunisie
Objectif du DD Indicateurs
Economique
45
[Link] du transport ferroviaire de marchandises
[Link] des opérateurs logistiques (3PL) dans la VA du
secteur Transport/Logistique
Augmenter [Link] des conteneurs transportés par voie ferrée
la part du [Link] d’utilisation du ferroutage pour les camions ve-
transport de nant des pays limitrophes
marchandises
pour compte [Link] de réalisation des projets d’infrastructures de
d’autrui transport (ZI et réseau de routes/autoroutes transver-
sales Est-Ouest)
[Link] des opérateurs de transport intérieur adhérents
au programme de mise à niveau
[Link] des investissements approuvés dans le cadre
du programme de mise à niveau
Environnemental
[Link] de la consommation énergétique finale du trans-
Rationaliser la
port routieru
consommation
énergétique [Link] des énergies alternatives dans la consommation
du secteur (GNV, GPL, etc.)
46
[Link] du transport de marchandises pour compte
d’autrui (par rapport au transport global de marchan-
dises)
Maîtriser la
[Link] de retour à vide des camions (transport pour
pollution
compte propre et pour compte d’autrui)
Social
47
5. BIBLIOGRAPHIE
Notes et rapports
- Atelier régional sur « Les carburants propres et la qualité de l’air », Tunis, Août
2008
- Etat de l’Environnement et du Développement en Méditerranée, PNUE/PAM-
Plan Bleu, Athènes, 2009
- Etat des lieux de la prévention et de la lutte contre la pollution sonore en Tunisie,
Ministère de l’Environnement et du Développement Durable – Agence Nationale
de Protection de l’Environnement, juin 2007
- La mobilité urbaine dans le Grand Tunis – Evolutions et perspectives, Morched
CHABBI, Hassen ABID, Mai 2008
- Rapport national sur l’état de l’environnement, MEDD, 2008
- Six enjeux du développement durable : le transport en Méditerranée
- Transport Durable, OTEDD, Septembre 2006
- Vers des transports durables, Conférence OCDE, Vancouver – mars 1996
- XIème Plan
- XIIème Plan
- Monet : Mesurer le développement durable – Office Fédéral de la Statistique –
Suisse 2009
- Stratégie du DETEC – Suisse
- Plan stratégique de développement du transport métropolitain – Agence Métro-
politaine du Transport
Textes juridiques
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