Méthodes d'analyse des structures algébriques
Méthodes d'analyse des structures algébriques
et à vrai dire, il semble plus difficile de trouver un ensemble sans structure ! La difficulté n’est donc pas
de reconnaître les structures. Non, la vraie difficulté est plutôt de reconnaître des relations dans des
structures. Par exemple, si je dis :
la première affirmation est un énoncé de théorie des anneaux (b ∈ aA, ou b̄ = 0̄ dans l’anneau quotient
A/aA), la seconde un énoncé de théorie des groupes (c̄ ∈ (Z/nZ)× est d’ordre divisant d), tandis que
la troisième est relativement arbitraire. Aviez-vous fait la traduction par instinct vous-mêmes ?
Sans faire ces traductions, vous ne pouvez pas songer aux théorèmes d’algèbre générale.
Il est donc intéressant d’apprendre à faire un peu de gymnastique mentale pour systématiquement
traduire tout énoncé, même anodin, en termes de groupes et anneaux. Votre serviteur a résumé
quelques-unes de ces traductions dans les encadrés ci-dessous, avec des exemples et exercices en guise
d’illustration. Avec votre expérience, vous parviendrez à en faire d’autres de vous-mêmes, plus profondes
et riches d’implications.
Un exemple concret est donné dans le cours du chapitre iv, où nous avons démontré par ce moyen :
Y 1
Y
vp (n)
φ(n) = φ p =n 1−
p|n p|n
p
où φ est l’indicatrice d’Euler. Un autre exemple est donné par l’exemple 1 ci-dessous.
L’avantage. Permet d’utiliser l’intégrité de l’anneau si n est premier, le théorème chinois sinon,
l’inversibilité modulo n, le théorème de Lagrange, etc.
Exemple 1. Soit n ∈ N premier avec 30. On veut démontrer qu’il existe k ∈ N \ {0} tel que :
k−1
X
n divise 1| ·{z
· · 1} = 10i .
k fois i=0
Par exemple : 1 divise 1, 7 divise 111111, 11 divise 11, 13 divise 111111, etc.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Conformément au conseil ci-dessus : on l’interprète comme un énoncé dans Z/nZ, et même dans
(Z/nZ)× . En effet :
k−1
X k−1
X
∃k ∈ N \ {0}, n | 10i ⇐⇒ ∃k ∈ N \ {0}, 10i ≡ 0 mod n.
i=0 i=0
k−1
i k
X
Or on reconnaît une somme géométrique. On a dans Z/nZ l’égalité : (10 − 1̄) 10 = 10 − 1, donc :
i=0
k−1 k−1
X i (∗) X i k
∃k ∈ N \ {0}, 10 = 0̄ ⇐⇒ ∃k ∈ N \ {0}, (10 − 1̄) 10 = 0̄ ⇐⇒ ∃k ∈ N \ {0}, 10 = 1.
i=0 i=0
Justifions l’équivalence (∗). Le sens direct est évident. Pour le sens réciproque, nous multiplions par
l’inverse de 9̄ dans Z/nZ pour la multiplication, qui existe parce que 9 est premier avec n (en effet,
un diviseur premier commun à 9 et n doit être égal à 3, ce qui est impossible puisque n est premier
avec 30). On peut conclure en notant que l’hypothèse sur n assure que 10 est premier avec n, donc 10
appartient au groupe des inversibles (Z/nZ)× : il suffit de prendre k égal à son ordre pour conclure.
Exercice 1. Reprendre cet exemple, mais en interprétant ce qu’on demande comme un problème dans
le groupe Sn . Cela permet d’assouplir l’hypothèse : prendre n premier avec 10.
Exercice 2. Soient p un nombre premier et n, r deux entiers naturels. Démontrer que p divise l’entier
npr−r+1 − n.
Exercice 3. Soit p un nombre premier. Démontrer que pour tout entier n ⩾ 1 et tout polynôme
n
P ∈ Z/pZ[X] irréductible de degré d divisant n, le polynôme X p −X admet P pour facteur irréductible
(nécessite d’utiliser l’anneau quotient Z/pZ[X]/P Z/pZ[X]).
L’avantage. Permet d’utiliser le théorème de Lagrange, et dans le second cas la théorie des
polynômes (lien entre nombre de racines et degré, factorisation en produit d’irréductibles...).
Exemple 2. Soit p un nombre premier congru à 1 modulo 3. On veut démontrer qu’il existe exac-
tement trois solutions modulo p à l’équation : x3 ≡ 1 mod p.
Conformément à ce qu’on vient de formuler, cela revient soit à déterminer les éléments de (Z/pZ)×
d’ordre divisant 3, soit à dénombrer les racines de X 3 − 1 dans Z/pZ[X]. Les deux interprétations sont
fructueuses :
— selon le premier point de vue, on note que (Z/pZ)× est cyclique (exercice classique), donc ce groupe
admet exactement d éléments d’ordre divisant d, pour tout d diviseur de card ((Z/pZ)× ) = p − 1
(et c’est le cas ici vu que 3 divise p − 1) ;
— selon le deuxième point de vue, il suffit de démontrer que X 3 − 1 est scindé et à racines simples, ce
(p−1)/3−1
qui est le cas puisque ce polynôme divise X p−1 − 1 (en effet : X p−1 − 1 = (X 3 − 1) X 3k ),
P
k=0
et X p−1 − 1 est scindé à racines simples :
Y
X p−1 − 1 = (X − x)
x∈(Z/pZ)×
en conséquence du théorème de Lagrange (ou du petit théorème de Fermat) : identité très utile.
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Dans tous les cas, nous avons le résultat voulu (la seconde approche a l’avantage de ne pas utiliser le
résultat de cyclicité de (Z/pZ)× ... qui, d’ailleurs, se démontre en dénombrant les racines d’un polynôme).
Exercice 4. Justifier l’identité : X p−1 − 1 = (X − x).
Q
x∈(Z/pZ)×
Exercice 5. Soient m et n deux entiers naturels non nuls et premiers entre eux. On veut démontrer
que si ζ ∈ C est une racine me et ne de l’unité, alors : ζ = 1.
1. Traduire ce que l’on demande en termes de théorie des groupes dans Umn = {x ∈ C | xmn = 1}.
En déduire une démonstration du résultat énoncé.
2. Autre démonstration, basée sur un résultat du chapitre iv.
(a) Démontrer que Umn est un groupe isomorphe à (Z/mnZ, +).
(b) En utilisant l’isomorphisme Umn ≃ Z/mZ × Z/nZ (que l’on justifiera), démontrer le résultat
énoncé.
L’avantage. Le noyau d’un morphisme est un sous-groupe, ou un idéal. Si les idéaux de l’anneau
A auquel appartient x ou f sont connus (par exemple : ils sont principaux, ou A/I est intègre,
etc.), on obtient sans effort une information sur x ou f .
Exercice 6. Soit A ∈ Mn (K). Démontrer l’existence d’un polynôme mA ∈ K[X] unitaire qui annule A,
et tel que :
∀P ∈ K[X], P (A) = 0Mn (K) ⇐⇒ mA divise P.
L’avantage. L’image d’une application, surtout d’un morphisme, a une autre description grâce
au théorème de factorisation et peut être reliée au noyau.
Exemple 3. Soit p un nombre premier impair. Soit X l’ensemble des cubes de (Z/pZ)× , c’est-à-dire :
l’ensemble des éléments y ∈ (Z/pZ)× qui peuvent être écrits sous la forme y = x3 où x ∈ (Z/pZ)× . On
cherche le cardinal de X. Pour cela, on note que X est l’image de l’application :
(
(Z/pZ)× → (Z/pZ)×
f:
x̄ 7→ x̄3
×
Il s’agit d’un morphisme donc, par le principe des bergers : card(X) = card(im(f )) = card((Z/pZ) )
card(ker(f )) . Il
reste donc à déterminer ker(f ).
Supposons p ̸≡ 1 mod 3. Alors x̄ ∈ ker(f ) vérifie x̄3 = 1̄, donc l’ordre de x̄ divise 1 ou 3. Mais ce ne
peut pas être 3 : dans ce cas, d’après le théorème de Lagrange, l’ordre de x̄ divise l’ordre de (Z/pZ)× ,
donc 3 diviserait p − 1, c’est-à-dire p ≡ 1 mod 3 ; c’est absurde. Donc le seul ordre possible d’un élément
de ker(f ) est 1, ce qui correspond à x̄ = 1̄. Dans ce cas, on a donc ker(f ) = {1̄} : l’application f est
injective. On en déduit :
card(X) = card((Z/pZ)× ) = p − 1,
donc X = (Z/pZ)× : tout élément de (Z/pZ)× est un cube !
À présent, supposons p ≡ 1 mod 3. On a vu dans l’exemple 2 qu’il existe trois solutions à l’équation
×)
x̄ = 1̄ dans (Z/pZ)× . Donc : card(X) = card((Z/pZ)
3 p−1
card(ker(f )) = 3 .
p−1
On a démontré que X est de cardinal 3 si p ≡ 1 mod 3, et p − 1 sinon.
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Exercice 7. Soit p un nombre premier impair. Plus généralement, démontrer que si m ∈ N \ {0}, alors
p−1
l’ensemble des puissances me de (Z/pZ)× est de cardinal pgcd(m,p−1) .
Les deux derniers conseils valent au-delà du contexte des structures : reconnaître en un ensemble
l’image directe ou réciproque d’une application, peut aussi servir en dénombrement (principe des
bergers), en topologie (reconnaître un ouvert, fermé, compact...), etc.
Exercice 8.
1. Démontrer que si K, L et M sont trois corps tels que : K ⊆ L ⊆ M , et tels que M soit un espace
vectoriel de dimension finie sur K (où la loi externe K × M → M est définie par la multiplication
dans M ), alors : dimK (M ) = dimL (M ) dimK (L) (formule de multiplicativité des degrés).
√
2. Démontrer qu’il est
√ impossible d’écrire 2 comme combinaison linéaire (à coefficients rationnels)
de puissances de 3 2.
Cela a le même intérêt que dans les paragraphes précédents : on ajoute de la structure, ou
éventuellement on ramène un problème dans ♠ à un problème dans ♣ que l’on manipule avec plus
d’aisance. Surtout, vous pouvez invoquer différents théorèmes propres aux applications.
Exemple 4. Soit A un anneau fini, commutatif et intègre. On veut démontrer que A est un corps,
c’est-à-dire :
∀a ∈ A, ∃b ∈ A, ab = 1A .
(Comme il est commutatif, avoir un inverse à droite suffit.)
Conformément au conseil ci-dessus, je le reformule en termes d’applications. On veut démontrer que
pour tout a ∈ A, l’image de l’application b 7→ ab contient 1A . Or il s’avère que pour tout a ∈ A, cette
application est injective entre deux ensembles finis de même cardinal (à savoir A), donc elle est surjective
et en particulier 1A est dans l’image : d’où le résultat.
Exercice 9. Vérifier l’injectivité, que j’ai omise.
Les deux exemples suivants sont issus de l’algèbre linéaire.
Exemple 5. On veut démontrer l’existence et unicité d’une suite (Bn )n⩾0 de polynômes (appelés
polynômes de Bernoulli) telle que :
Z 1
B0 = 1, ∀n ∈ N \ {0}, Bn′ = Bn−1 , et : Bn = 0.
0
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Exercice 11. Soit y : [a, b] → R une application continue. On suppose que pour toute fonction indéfi-
Z b Z b
niment dérivable f : [a, b] → R telle que : f = 0, on a : f y = 0.
a a
1. Reformuler cet énoncé en termes de noyaux de formes linéaires.
2. En déduire que y est constante (on aura besoin du théorème d’approximation de Weierstraß).
sont souvent faciles à calculer, à condition de se souvenir que G est un groupe, justement, et qu’un tel
groupe admet des bijections φ intéressantes vis-à-vis de la structure de groupe. Citons les translations :
g 7→ g + h (notation additive), g 7→ hg (notation multiplicative).
X X
Il s’agit alors d’utiliser la formule de changement de variable : ψ(g) = ψ(φ(g)) (à condition que
g∈G g∈G
un groupe commutatif ! mais pourquoi donc ?), pour exprimer le membre de
ψ soit à valeurs dans X
droite en fonction de ψ(g). Cela donne une équation vérifiée par cette somme, que l’on résout (de
g∈G
même pour un produit).
C’est souvent par un bon choix de h ci-dessus que vous pourrez simplifier une telle somme ou un
tel produit. Elle s’avère souvent être égale à l’élément neutre.
∗
X 6. Soient G un groupe fini et f : G → C un morphisme de groupes. On veut calculer la
Exemple
somme : f (g). Pour cela, on note que pour tout h ∈ G, l’application g 7→ hg est une bijection de G
g∈G
dans G, de réciproque g 7→ h−1 g. On en déduit :
X X X X
∀h ∈ G, f (g) = f (hg) = f (h)f (g) = f (h) f (g).
g∈G g∈G g∈G g∈G
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Méthodes (MP) Structures algébriques
On en déduit que s’il existe hX∈ G tel que : f (h) ̸= 1 (c’est-à-dire si f n’est pas le morphisme trivial),
alors cette égalité implique : f (g) = 0.
g∈G
En revanche, si f (h) = 1 pour tout h ∈ G, cette identité ne sert à rien, mais un calcul direct est
possible : X X
f (g) = 1 = card(G).
g∈G g∈G
Exercice 12. Soit E un espace vectoriel. Démontrer que si G est un sous-groupe fini de GL(E), alors
1 X
l’endomorphisme g est un projecteur de E.
card(G) g∈G
Y
Exercice 13. Soit G un groupe fini commutatif. À l’aide d’un changement de variable dans g,
g∈G
démontrer : ∀h ∈ G, hcard(G) = 1G (on redémontre le théorème de Lagrange dans un cas particulier).
Songez à la permutation g 7→ hg !
Lorsque la somme à calculer n’est pas sur le groupe ambiant G, mais sur l’un de ses sous-groupes
H, les conseils du paragraphe ci-dessus s’appliquent toujours. On prendra toutefois attention que si l’on
utilise l’application φ : g 7→ hg dans un changement d’indice :
— soit h appartient à H, auquel cas φ permute le sous-groupe H et c’est comme ci-dessus ;
— soit h n’appartient pas à H, auquel cas l’image de H par φ est une classe d’équivalence hH
(pour la relation d’équivalence naturellement associée au sous-groupe H) ; il peut être alors utile
de se souvenir de l’égalité ensembliste :
G
G= hH
h̄∈G/H
pour poursuivre le calcul (c’est notamment très utile si card(H) = card(G)/2, c’est-à-dire lorsque
la réunion est indexée par deux éléments seulement : on a G = H ⊔ (aH) pour tout a ̸∈ H).
Exemple 7. Soit p un nombre premier impair, choisi de sorte que −1 soit un carré modulo p, c’est-
à-dire : on suppose l’existence de a ∈ Z tel que :−1 ≡ a2 mod p (on peut démontrer que c’est vrai si
2iπ
et seulement si p ≡ 1 mod 4). Notons : ζ = exp . On veut démontrer que la somme suivante :
p
X 2
ζ n , appelée somme de Gauß, est en fait un nombre réel. Nous allons pour cela démontrer
n∈(Z/pZ)×
qu’elle est égale à son conjugué complexe. Soit H le sous-groupe des carrés de (Z/pZ)× . On a :
2
ζ −n = 2 ζ −x .
X X X
ζ n2 =
n∈(Z/pZ)× n∈(Z/pZ)× x∈H
L’apparition du facteur 2 est due au fait que l’application n 7→ n2 a pour image H mais n’est pas
injective : comme n et −n ont même image pour tout n ∈ (Z/pZ)× , chaque élément de H admet deux
antécédents (ici intervient la parité de p). Or, comme −1 est un carré modulo p, l’application x 7→ −x
est une bijection de H dans H, de réciproque elle-même (pour tout x ∈ H qui est le carré d’un élément
y, si l’on note a ∈ Z tel que : −1 ≡ a2 mod p, alors : −x = (ay)2 ∈ H, ce qui démontre que x 7→ −x est
effectivement définie de H dans H). On en déduit, par la formule de changement d’indice :
X X X 2
ζ n2 = 2 ζx = ζn ,
n∈(Z/pZ)× x∈H n∈(Z/pZ)×
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Méthodes (MP) Structures algébriques
d’où le résultat.
Si −1 n’est pas un carré modulo p, alors cette fois-ci n 7→ −n ne permute pas le sous-groupe H des
carrés, mais on a en revanche : (Z/pZ)× = H ⊔ (−H) (voir l’exercice ci-dessous), donc :
ζ −x =
X X X X X X X
ζx + ζx = ζx + ζx + ζx = ζ x = −1,
x∈H x∈H x∈H x∈H x∈H x∈(−H) x∈(Z/pZ)×
X 2 X
ce qui démontre que ζn = 1 + 2 ζ x est un imaginaire pur.
n∈Z/pZ x∈H
2
n2
X
Exercice 15. Soit p un nombre premier impair. Démontrer : ζ = p.
n∈Z/pZ
On cherche à démontrer l’existence d’un élément non nul x fixé par tous les fg (voire à l’expli-
citer). Si des arguments directs ne fonctionnent pas, ni les arguments dimensionnels lorsque les fg sont
des endomorphismes, une piste est d’introduire un élément y quelconque puis l’élément :
X
x= fh (y)
h∈G
(on peut remplacer la somme par un produit si le contexte s’y prête mieux : par exemple, la somme
n’est pas pertinente si les fg ne sont pas additives, voir ci-après). Il devrait convenir sous de bonnes
hypothèses sur les fg ou y. En effet, si fg est additive pour tout g alors :
X X
∀g ∈ G, fg (x) = fg fh (y) = fg ◦ fh (x).
h∈G h∈G
Si l’on a : fg ◦ fh = fgh (ce qui revient à dire que g 7→ fg est un morphisme de groupes de G dans
Bij(X), ou encore que G agit sur X : section 7), alors on peut poursuivre en utilisant, encore une fois, → page 28
le fait que h 7→ gh soit une permutation de G pour tout g ∈ G :
X X
∀g ∈ G, fg (y) = fgh (x) = fh (x) = y.
h∈G h∈G
Mission accomplie : on a construit un élément fixé par les fg . Pour savoir si cet élément est effectivement
non trivial, on a besoin d’hypothèses supplémentaires.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
f˜ = ρ(g) ◦ f ◦ ρ(g)−1 .
X
g∈G
Vérifions que l’on a : ∀h ∈ G, ρ(h) ◦ f˜ ◦ ρ(h)−1 = f˜. Soit h ∈ G. Comme ρ(h) est linéaire, on a :
g∈G
g∈G
g∈G
Le polynôme P a z pour racine (prendre i = 0, puisque σ 0 (z) = z) et ses coefficients devraient être
invariants par tous les éléments de ⟨σ⟩, et donc de σ par construction. Vérifions-le. (Avant de poursuivre
ce raisonnement, notez que je donne là une autre illustration du conseil « Ne dites pas... Mais dites... »
de la page 4 : remplacer σ par ⟨σ⟩ permet d’exploiter la structure de groupe.) ← page 4
n n
ai X i , on note σ(P ) = σ(ai )X i . On veut démontrer : σ(P ) = P . Un automorphisme
P P
Si P =
i=0 i=0
de K fixe les nombres rationnels (exercice), donc pour tout x ∈ Q la propriété de morphisme de corps
implique facilement : σ(P (x)) = σ(P )(x). Or :
Y Y Y
σ(P (x)) = σ (x − τ (z)) = (σ(x) − σ(τ (z))) = (x − σ ◦ τ (z)),
τ ∈⟨σ⟩ τ ∈⟨σ⟩ τ ∈⟨σ⟩
Ainsi les applications polynomiales de Q dans Q associées à σ(P ) et à P coïncident, et comme Q est
infini cela donne : σ(P ) = P , ce qu’il fallait démontrer. On a bien : P ∈ K σ [X], et P est non nul (car
de degré n par construction) et admet z pour racine.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Dans le cas où σ est la conjugaison complexe (qui vérifie : σ 2 = IdK ), on obtient pour polynôme :
g∈G g∈G
Cette stratégie se complique si G est de cardinal infini : déjà, il faut une topologie que la somme ait
un sens (notion de convergence). Néanmoins on peut toujours s’en inspirer.
Par exemple, si l’on cherche à créer une fonction 1-périodique à partir d’une fonction f : R → R (cela
revient à créer un point fixe par les applications fn : g 7→ (x 7→ g(x + n)) pour n parcourant n ∈ Z), on
peut considérer l’application suivante :
f˜ : x 7→
X
f (x + n)
n∈Z
La première identité est difficile à obtenir. En revanche la seconde est traitée dans l’exemple 6. Lorsque ← page 5
G n’est pas commutatif, on obtient des formules analogues soit en généralisant la notion de caractère
(mais cela nécessite la théorie des représentations : je n’en parlerai pas), soit en passant par le groupe
quotient G/D(G) où D(G) est le sous-groupe dérivé de G, dont l’intérêt est que G/D(G) est commutatif
(là aussi, on déborde largement du programme de MP). C’est ainsi que l’on a dans Sn cette formule
analogue à la première ci-dessus, où card(G) est remplacé par card(Sn /D(Sn )) = 2 :
(
2 si σ = id,
∀σ ∈ Sn , 1 + ε(σ) =
0 sinon.
S’il est difficile d’obtenir la première formule d’orthogonalité en toute généralité, on se convainc sur cet
exemple que vous pouvez l’obtenir facilement voire trivialement dans des cas particuliers. Par exemple,
la formule correspondante dans Z/pZ (où p n’est pas nécessairement un nombre premier...) est :
p−1 (
X 2iπkn p si n ≡ 0 mod p,
∀n ∈ Z, e p =
0 sinon.
k=0
que l’on démontre banalement en simplifiant une somme géométrique. Il n’est donc pas forcément
nécessaire de savoir démontrer les formules d’orthogonalité en toute généralité pour tirer profit de ce
qui suit.
Exercice 17. Se convaincre que cette dernière identité est bien une formule d’orthogonalité des carac-
tères de Z/pZ : commencer par les déterminer.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Nous proposons dans cette section une application de la formule d’orthogonalité, en nous bornant
à ce qui peut servir en classes préparatoires (je ne parlerai donc pas d’analyse de Fourier sur les
groupes). Une première application très simple est donnée dans Méthodes du chapitre ii, section 5.4.2
(Autres congruences : usage d’une formule d’orthogonalité). On commencera par la lire, car les autres
applications sont plus sophistiquées.
Une deuxième application est la possibilité d’écrire des fonctions indicatrices et des cardinaux ex-
clusivement à l’aide de morphismes :
1
1{g} (h) =
X
∀(g, h) ∈ G2 , χ gh−1
card(G)
χ∈G
b
et plus généralement, si H est un sous-groupe de G (raisonner dans G/H pour comprendre l’origine
de cette formule – que l’on peut heureusement démontrer directement sans outil sophistiqué dans les
groupes que vous rencontrerez le plus souvent) :
card(H)
1H (g) =
X
∀g ∈ G, χ (g) .
card(G)
χ∈Gb
χ(H)=1
1H (g).
P
On en déduit une expression des cardinaux à l’aide des caractères en écrivant : card(H) =
g∈G
Exemple 10. Les caractères de Z/2Z sont le morphisme trivial et k̄ 7→ (−1)k (exercice facile), ce
qui permet de retrouver une expression de 12Z et 12Z+1 que vous utilisez parfois sans même songer qu’il
s’agit d’une formule d’orthogonalité :
1 + (−1)n 1 − (−1)n
∀n ∈ Z, 12Z (n) = , 12Z+1 (n) = .
2 2
Exercice 18. Vérifier ces affirmations et faire le lien avec les remarques qui précèdent (quel lien entre
la seconde égalité et les formules d’orthogonalité ?).
On peut se demander l’intérêt d’exprimer une fonction indicatrice via une formule d’une telle
complexité. L’intérêt est qu’un morphisme vérifie des identités bien connues qu’une fonction indicatrice
ne vérifie a priori pas, comme on l’illustre ci-bas :
1 X n! 1 X
1An (σ) =
X
card(An ) = (1 + ε(σ)) = + ε(σ),
σ∈Sn
2 σ∈S 2 2 σ∈S
n n
P
or ε est un morphisme non trivial donc, comme on l’a vu à l’exemple 6, on a : ε(σ) = 0. On retrouve
σ∈Sn
la formule classique : card(An ) = n!/2.
Exercice 19.
1. Généraliser : démontrer que si G est un groupe fini et si f : G → {−1,1} est un morphisme de
groupes non trivial, alors : card(G) = 2card(ker(f )). On retrouve le principe des bergers dans un
cas particulier.
2. Démontrer que si p est un nombre premier impair, alors (Z/pZ)× admet (p − 1)/2 carrés.
Ce propos sera développé dans le document Méthodes du chapitre iv : on peut dénombrer les solutions
d’une équation diophantienne semblablement.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Exemple 12. (Illustration de (♢)) On veut calculer : 20242024 mod 13. Notons que 2024 n’est pas
divisible par 13 car 2024 ≡ −4 mod 13 ; comme 13 est un nombre premier, cela suffit à justifier qu’ils sont
premiers entre eux. On a donc : 202412 ≡ 1 mod 13. Or : 2024 = 2400−400+24 ≡ −400 ≡ 80 ≡ 8 mod 12,
donc il existe k ∈ Z tel que : 2024 = 8 + 12k. On en déduit :
20242 ≡ (−4)2 ≡ 3 mod 13, 20244 ≡ 32 ≡ −4 mod 13, 20248 ≡ (−4)2 ≡ 3 mod 13.
D’où le résultat.
Le document Méthodes du chapitre iv discute plus amplement du calcul de puissance dans Z/nZ.
Exercice 20.
1. Vérifier ce qui a été omis (13 ne divise pas 2024). De grâce, passez par du calcul dans Z/13Z (en
profitant de sa structure) et non par une division euclidienne naïve.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
2. Déterminer l’ordre exact de 2024 dans (Z/13Z)× (le calcul ci-dessus devrait vous permettre de le
conjecturer). En déduire un moyen encore plus rapide d’obtenir 20242024 mod 13.
Exemple 13. (Autre illustration de (♢)) L’exemple suivant va permettre d’illustrer ce que
j’entends par là, lorsque je dis que faire le lien avec les racines d’un polynôme est encore plus fructueux
lorsque c’est possible : soit K un corps à neuf éléments (j’en donne un exemple en exercice ci-dessous).
On va démontrer que (K ∗ , ×) est un groupe cyclique. Pour cela, on note que s’il ne l’est pas, alors par
le théorème de Lagrange l’ordre de tout élément vaut 1, 2 ou 4 (en effet K ∗ est de cardinal 8, et on
suppose par l’absurde qu’il n’y a pas d’élément d’ordre 8). Dans tous les cas, on a : ∀x ∈ K ∗ , x4 = 1K .
C’est absurde : le polynôme X 4 − 1 ne peut pas avoir huit racines puisqu’il est à coefficients dans un
corps : il en a moins que son degré.
Par l’absurde, K ∗ admet un élément d’ordre 8 (affiner le raisonnement précédent assure même qu’il
en a exactement quatre) et est donc cyclique.
( ! !)
1̄ 0̄ 0̄ −1̄
Exercice 21. Démontrer que K = VectZ/3Z , est un corps de cardinal 9.
0̄ 1̄ 1̄ 0̄
Ces calculs donnent déjà les ordres de 2, 3, 5, 6 et 7, ainsi que de leurs opposés pour la raison sus-dite :
élément 1 −1 ±2 ±3 ±4 ±5 ±6 ±7 ±8
ordre 1 2 8 16 16 16 16
8 8
On complète avec la remarque plus haut : 4 = 22 est d’ordre 2 = 4 et 8 = 23 est d’ordre pgcd(2,3) =8:
élément 1 −1 ±2 ±3 ±4 ±5 ±6 ±7 ±8
ordre 1 2 8 16 4 16 16 16 8
Remarquez qu’il ne fallut pas tant de calcul que cela, contrairement à ce que pouvait laisser craindre
une approche naïve (calculer xk pour tout x ∈ (Z/17Z)× et, surtout, pour tout k ∈ J1,16K).
On observe en passant que (Z/17Z)× est cyclique et qu’il y a huit éléments d’ordre 16 : pouvait-on
le prédire ?
Exercice 24. Démontrer que si G est un groupe et si x ∈ G est d’ordre k, alors pour tout d entier non
k
nul l’élément xd est d’ordre pgcd(k,d) . On pourra commencer par le cas où d divise k.
12
Méthodes (MP) Structures algébriques
Exercice 25. Faire de même dans un groupe de la forme (Z/nZ)× où φ(n) n’est pas une puissance
d’un nombre premier (c’était un cas particulier très confortable pour le calcul).
Exemple 15. (Illustration de (♡)) Démontrons que S3 est engendré par σ = (1 2 3) et τ = (1 2).
Soit G = ⟨σ, τ ⟩. Comme σ appartient à G, par le théorème de Lagrange l’ordre de σ (c’est-à-dire 3)
divise le cardinal de G. Par le même argument, l’appartenance de τ à G implique que 2 divise le cardinal
de G. Comme 2 et 3 sont premiers entre eux, 6 divise card(G). En particulier : 6 ⩽ card(G).
Or G est aussi un sous-groupe de S3 , donc : card(G) ⩽ card(S3 ) = 6. Tout ceci impose : card(S3 ) =
card(G), puis : S3 = G = ⟨σ, τ ⟩.
Exercice 26. Soit K le plus petit sous-anneau de C contenant Q et les racines de X 3 − 2 ∈ Q[X].
Démontrer que l’ensemble des automorphismes d’anneaux de K est un groupe isomorphe à S3 .
Remarquer que la conjugaison complexe fournit déjà un automorphisme de K d’ordre 2 : en trouver un
autre d’ordre 3. Faire le lien avec la section 4.3.)
Exercice 27. Généraliser : démontrer que tout groupe G de cardinal 6 est isomorphe à Z/6Z ou S3 .
Le plus difficile est de démontrer l’existence d’au moins un élément d’ordre 2 et d’au moins un élément
d’ordre 3, surtout si l’on se passe du lemme de Cauchy. Indications :
1. Démontrer que si G n’admet que des éléments d’ordre 2, alors G est commutatif. En déduire une
contradiction en raisonnant sur le cardinal de G – faire le lien avec la section 5 –. → page 27
2. Démontrer que le nombre d’éléments d’ordre divisant 3 est inférieur ou égal à 3, en remarquant
que si x ∈ G et y ∈ G \ ⟨x⟩ sont d’ordre 3, alors l’application (k, ℓ) 7→ xk y ℓ induit une injection de
(Z/3Z)2 dans G.
3. Soient x et y deux éléments de G, d’ordre respectivement 3 et 2. Démontrer : G = ⟨x, y⟩, et
conclure selon que x et y commutent ou non.
Exemple 16. (Autre illustration de (♡)) Soit A4 le noyau du morphisme de signature de S4 . Nous
allons utiliser le théorème de Lagrange pour déterminer tous les sous-groupes de A4 . Par le théorème
de Lagrange, leurs cardinaux possibles sont 1, 2, 3, 4, 6 et 12 (en effet A4 est de cardinal 4!/2 = 12).
Bien sûr, les sous-groupes de cardinal 1 ou 16 sont {id} et A4 .
Comme 2 et 3 sont des nombres premiers, les sous-groupes de cardinal 2 ou 3 sont cycliques,
engendrés par des éléments d’ordre 2 ou 3 de A4 : ce sont des doubles transpositions (il y en a trois
possibles dans A4 ) ou des 3-cycles (il y en a huit, mais un 3-cycle et son inverse engendrent le même
sous-groupe : cela ne donnera que quatre sous-groupes de cardinal 3).
Enfin, si H est de cardinal 6, l’inclusion dans A4 fait qu’il ne peut pas être cyclique (en effet A4 ne
contient pas d’élément d’ordre 6). Par l’exercice 27, il doit être engendré par un 3-cycle et une double
transposition (les seuls éléments d’ordre 3 ou 2 dans A4 ). Vérifions que cela est impossible : notons
τ = (a b)(c d) la double transposition. Quitte à échanger les rôles de a, b, c et d, on peut supposer que
le 3-cycle est de la forme σ = (a b c). Par le principe de conjugaison (section 6), on a : → page 28
Ainsi H contient toutes les doubles transpositions, et en particulier le sous-groupe qu’elles engendrent
qui est de cardinal 4 : c’est impossible puisque 4 ne divise pas 6 (on utilise encore le théorème de
Lagrange, mais cette fois-ci la version la plus générale avec les sous-groupes). Par l’absurde, on a
démontré qu’il n’existe pas de sous-groupe de A4 de cardinal 6.
13
Méthodes (MP) Structures algébriques
Par le théorème de Lagrange, nous savons que nous avons déjà traité tous les cas : il n’y a pas d’autre
sous-groupe de A4 (notons que notre analyse produit également, implicitement, une partie génératrice
de A4 de cardinal seulement 2, à savoir celle donnée par un 3-cycle et une double transposition). On
récapitule nos trouvailles :
A4
3
3 3 4 4
4 4 4
⟨(1 3 2 4)⟩ ⟨(1 2 3 4)⟩ ⟨(1 2 4 3)⟩ ⟨(1 2)(3 4), (1 3)(2 4)⟩
2
2 2 2 2
⟨(1 2 3)⟩ ⟨(1 2 4)⟩ ⟨(1 3 4)⟩ ⟨(2 3 4)⟩
2
⟨(1 2)(3 4)⟩ ⟨(1 3)(2 4)⟩ ⟨(1 4)(2 3)⟩
3 3 3
2 2 3
2
{id}
Exemple 17. (Illustration de (♠)) Soit n ∈ N \ {0}. On cherche les morphismes de groupes
de Z/nZ dans R∗ . Soit f : Z/nZ → R∗ un tel morphisme. Comme 1̄ engendre Z/nZ, seul f (1̄) est à
déterminer. Par le théorème de Lagrange, on observe que pour tout k̄ ∈ Z/nZ, le réel f (1̄) est une racine
ne de l’unité :
f (1̄)n = f (n · 1̄) = f (0̄) = 1.
Or il n’existe qu’une seule racine ne de l’unité réelle si n est pair (et c’est 1), deux racines ne de l’unité
réelles si n est impair (et c’est 1 et −1). Donc :
— si n est impair, on a nécessairement : f (1̄) = 1, et donc : f = 1 (les morphismes k̄ 7→ 1 et f
coïncident sur une partie génératrice) ;
— si n est pair, alors : ∀k̄ ∈ Z/nZ, f (k̄) = (−1)k .
La réciproque est aisée à vérifier.
Exercice 29. Utiliser (♠) pour démontrer que si m et n sont premiers entre eux, alors il n’existe pas
de morphisme de groupes non trivial de Z/mZ dans Z/nZ.
14
Méthodes (MP) Structures algébriques
Si X et Y sont des anneaux, on peut compenser à comparer les groupes (X, +) et (Y, +), ou (X × , ×)
et (Y × , ×) (il y a déjà un problème si le nombre d’éléments inversibles pour la multiplication n’est pas
le même – ce qui est le cas si X est un corps mais pas Y –, ou si × donne un groupe commutatif pour
X × mais pas pour Y × ). Si cela échoue, regardez dans cet ordre :
— les diviseurs de zéro ; en particulier, si X est intègre, alors tout anneau isomorphe à X l’est ;
— les éléments nilpotents ;
— le nombre de solutions aux équations polynomiales.
Détaillons ce dernier point. Si f : A → B est un isomorphisme d’anneaux, si (a0 , . . . , an ) ∈ An+1 et si
n
X n
X
x ∈ A vérifie : ai xi = 0, alors le fait que f soit un morphisme implique : f (ai )f (x)i = 0, donc f
i=0 i=0
induit une application entre les ensembles de solutions suivants :
n n
( ) ( )
X X
i i
x∈A| ai x = 0 , et : y∈B| f (ai )y = 0 .
i=0 i=0
Si f est une bijection, alors ces deux ensembles sont aussi en bijection (à vérifier) et en particulier,
elles doivent avoir le même nombre de solutions. Ce principe est d’ailleurs aussi utilisé pour expliciter
les automorphismes de corps (voir la section 4.3). → page 22
En pratique, on s’intéresse plutôt aux équations polynomiales à coefficients entiers ; dans ce cas,
comme f (x) = x pour tout x ∈ Z (pourquoi ?), l’isomorphisme f préserve le nombre de solutions
n
X
de l’équation polynomiale ai xi = 0. Ainsi, pour démontrer que deux anneaux ne sont pas
i=0
isomorphes, il suffit de trouver une équation polynomiale à coefficients entiers ayant une solution dans
l’un mais pas dans l’autre.
Je ne parle pas des espaces vectoriels où la situation est élémentaire : deux K-espaces vectoriels
sont isomorphes si et seulement s’ils ont même dimension sur K.
L’étude pour les corps est la même que pour les anneaux, à deux détails près :
15
Méthodes (MP) Structures algébriques
— un corps est toujours commutatif pour la multiplication (dans le programme des classes prépara-
toires), tous ses éléments non nuls sont inversibles, il est intègre et n’a pas d’élément nilpotent :
compter le nombre de solutions aux équations polynomiales est donc la première piste ;
— un corps est toujours muni d’une structure d’espace vectoriel (sur n’importe quel corps qu’il
contient, en particulier sur Q ou Z/pZ avec p premier) : on peut donc aussi contredire l’isomorphie
par des arguments dimensionnels.
Une fois qu’on a constaté que deux structures X et Y ne vérifient pas une même propriété P, on
formalise le raisonnement heuristique donné en préambule de cette section en raisonnant par l’absurde.
Si X vérifie P mais pas Y , on introduit un isomorphisme f : X → Y et un élément x (ou une partie
X ′ ⊆ X) tel que x (ou X ′ ) assure P, et on démontre grâce à la propriété de morphisme bijectif que
f (x) (ou f (X ′ )) vérifie aussi P, ce qui est contradictoire.
Exemple 18. On veut démontrer que les groupes (R, +) et (R∗ , ×) ne sont pas isomorphes. Confor-
mément aux conseils ci-dessus, nous allons démontrer qu’ils n’admettent pas le même nombre d’éléments
d’ordre divisant 2 (il est clair que les points précédents ne donnent pas de contradiction).
L’équation 2x = 0, d’inconnue x ∈ R, a évidemment pour unique solution x = 0, donc (R, +) a un
seul élément d’ordre divisant 2. Cependant l’équation x2 = 1 d’inconnue x ∈ R∗ a pour solutions 1 et
−1, donc (R∗ , ×) admet deux éléments d’ordre divisant 2.
Puisque (R, +) et (R∗ , ×) n’ont pas le même nombre d’éléments d’ordre 2, ils ne sauraient être
isomorphes. Si l’on veut formaliser l’argument : supposons l’existence d’un morphisme f : R∗ → R.
2
Par propriété de morphisme, on a : 2 · f (1) = f (1) = 0, et : 2 · f (−1) = f (−1) = f (1) = 0, donc
f (1) = f (−1) = 0. Ainsi f n’est pas injectif. Il n’existe pas de morphisme injectif de R∗ dans R, ce qui
est plus fort que ce qu’on voulait démontrer.
√ n √ o √ n √ o
Exemple 19. Justifions que Q[ 2] = a + b 2 | (a, b) ∈ Q2 et Q[ 3] = a + b 3 | (a, b) ∈ Q2 ,
qui sont des anneaux et même des corps (exercice), ne sont pas isomorphes. Conformément √ aux conseils
ci-dessus,
√ vérifions qu’il existe une équation polynomiale ayant une solution dans Q[ 2] mais pas dans √
Q[ 3].
√ Dans le premier anneau nous savons que l’équation√ x2 = 2 admet deux
√ solutions (à savoir 2
et − 2), mais pas dans le deuxième anneau (puisque 2 n’est pas dans Q[ 3] : exercice). Ils ne sont
donc pas isomorphes en tant qu’anneaux. √ √
√ 2Formalisons l’argument : supposons l’existence
√ 2 d’un morphisme f : Q[ 2] → Q[ √3]. On a :
( 2) = 2, donc par propriété de morphisme : f ( 2) = f (2) = 2. On en déduit que f ( 2) est une
16
Méthodes (MP) Structures algébriques
√ √ √
2 = 2 dans Q[ 3] ⊆ R, donc : f ( 2) = ± 2. C’est absurde puisque
√
solution
√ de x 2 n’appartient pas
à Q[ 3] : contradiction.
Notez qu’on n’a même pas utilisé le caractère bijectif : la simple existence√d’un morphisme
√ d’anneaux
est contradictoire en soi et donne une idée de la différence de nature entre 2 et 3.
Exercice 30.
√ n √ o
1. Démontrer que Q[ d] = a + b d | (a, b) ∈ Q2 est un corps pour tout d ∈ N.
√ √
2. Vérifier que f (2) = 2 si f : Q[ 2] → Q[ 3] est un morphisme d’anneaux.
√ √
3. Vérifier que 2 n’est effectivement pas dans Q[ 3].
√ √
4. Démontrer que les groupes (Q[ 2], +) et (Q[ 3], +) sont isomorphes (ce qui peut√s’entendre √ :
la racine carrée ne joue pas de rôle particulier vis-à-vis de l’addition, donc changer 2 en 3 est
sans effet du point de vue de la loi additive). Ainsi la structure d’anneau est essentielle dans notre
raisonnement plus haut.
Avant de répondre à la question posée, observons à quoi peut ressembler l’image d’un morphisme
défini sur un groupe aussi simple que possible : le groupe le plus simple est (Z, +) (un seul générateur,
pas de torsion...). Soit f un morphisme de groupes défini sur Z, peu importe son groupe d’arrivée. Alors
f et n 7→ (f (1))n sont deux morphismes qui coïncident sur 1, donc sur ⟨1⟩ = Z. C’est-à-dire :
∀n ∈ Z, f (n) = (f (1))n ,
et si la loi à l’arrivée est notée additivement alors : ∀n ∈ Z, f (n) = nf (1) (un morphisme défini
sur Z est donc nécessairement une fonction puissance, ou linéaire si le groupe d’arrivée est de loi additive).
Si f est à présent défini sur Zn avec n ∈ N \ {0}, alors le même raisonnement que dans le cas de Z
montre que :
∀(k1 , . . . , kn ) ∈ Zn , f (k1 , . . . , kn ) = f (⃗e1 )k1 × · · · × f (⃗en )kn ,
où ⃗ei désigne comme d’habitude le n-uplet n’ayant que des 0 pour coordonnées, sauf en ie position où
la coordonnée égale 1. Si on pose gi = f (⃗ei ) pour tout i ∈ J1, nK, alors :
Zn / ker(f ), et : G.
Les sous-groupes de Zn ne sont pas aussi simples que ceux de Z (ils ne sont pas nécessairement de la
forme d1 Z × · · · × dr Z où di ∈ N pour tout i ∈ J1, rK, attention : penser au sous-groupe de Zn engendré
par (1, . . . ,1) par exemple), donc sans hypothèse sur G et sur f on ne peut pas en dire plus. On peut
tout de même s’inspirer de cette analyse pour élaborer une première stratégie.
17
Méthodes (MP) Structures algébriques
surjective par construction, et en utilisant le théorème de factorisation des morphismes : cet iso-
morphisme sera alors assez pratique puisque Zn est un groupe facile d’étude. Attention à vérifier
toutefois que f est effectivement un morphisme : ce ne peut pas être le cas, par exemple, si G n’est pas
commutatif (sinon il induirait un isomorphisme entre un groupe qui l’est et un groupe qui ne l’est pas).
La difficulté peut être d’effectivement écrire un groupe G sous la forme explicite ci-dessus. Si la
description de G est assez explicite, on peut y parvenir ; sinon, on essaie d’en trouver une famille
génératrice par des moyens détournés : grâce au théorème de Lagrange par exemple, comme nous allons
l’illustrer dans l’exercice 33 (le cardinal œuvre pour beaucoup dans les groupes finis).
L’exercice suivant donne un exemple où peu d’informations nous aident toutefois à écrire G sous la
forme indiquée dans la première stratégie, nous permettant d’en déduire un isomorphisme simple.
Exercice 31. Soit G un groupe fini dont tous les éléments non triviaux sont d’ordre 2, c’est-à-dire :
∀g ∈ G, g 2 = 1G .
1. Démontrer que G est commutatif en considérant, pour tous g, g ′ ∈ G, le produit (gg ′ )2 .
2. Soit g1 , . . . , gs un système minimal de générateurs de G (c’est-à-dire : si on enlève un élément de
cette liste, alors ce système n’engendre plus G). Démontrer que tout élément de G est de la forme
g1k1 × · · · × gsks où, pour tout i ∈ J1, sK, on a ki ∈ Z.
3. Démontrer que l’application :
(
Zs → G
f:
(k1 , . . . , ks ) 7→ g1k1 × · · · × gsks
est un morphisme surjectif de noyau (2Z)s . Le fait que g1 , . . . , gs soit un système minimal n’est
utilisé qu’ici.
4. En utilisant le théorème de factorisation des morphismes avec un morphisme bien choisi, mais
naturel, de Zs dans (Z/2Z)s , démontrer que Zs /(2Z)s est isomorphe à (Z/2Z)s , et en déduire que
G est isomorphe à (Z/2Z)s .
À comparer avec les enseignements de la section 5. → page 27
Kn → E
f: n ,
(x1 , . . . , xn ) 7→
P
xi⃗ei
i=1
18
Méthodes (MP) Structures algébriques
L’idée est la même pour les groupes commutatifs. Avoir un isomorphisme de groupes :
Zn → G
f: n
(k1 , . . . , kn ) 7→ g ki
Q
i
i=1
signifie que G admet n paramètres libres, cette fois-ci entiers. Comme la loi est notée multiplicativement,
on remplace simplement les combinaisons linéaires par des produits de puissances (mais si la loi est
n
additive, alors f s’écrit « comme » un isomorphisme d’espaces vectoriels : f : (k1 , . . . , kn ) 7→
P
ki gi ).
i=1
Il y a tout de même une différence cruciale : on ne peut jamais avoir λ⃗e = 0 pour λ ̸= 0 et ⃗e ̸= ⃗0 dans
un espace vectoriel, tandis que c’est possible dans un groupe. C’est pourquoi, pour tenir compte de ces
annulations, un isomorphisme peut avoir la forme :
n
(Z/di Z) →
Q
G
f: i=1 ,
n
(k1 , . . . , kn ) 7→ g ki
Q
i
i=1
où cet isomorphisme se lit ainsi : gi est d’ordre di pour tout i ∈ J1, nK (le démontrer !), et en particulier
gidi = 1G (ou di gi = 0G additivement). Pour continuer l’analogie avec les espaces vectoriels (mais il faut
alors prendre de gigantesques pincettes), la famille (g1 , . . . , gn ) est alors une « base » de G : elle est
génératrice parce que f est surjective, et « libre » parce que f est injective (l’équivalent de la relation de
n
giki = 1G , puisque 1G joue le rôle de 0G pour la
Q
dépendance linéaire, ici, est une relation de la forme
i=1
multiplication ; une telle égalité signifie que f (k1 , . . . , kn ) = f (0, . . . ,0), et donc (k1 , . . . , kn ) = (0, . . . ,0)
par injectivité).
où les Gi sont des groupes relativement simples, alors on a des chances d’obtenir un isomorphisme
naturellement en considérant l’application :
(
G1 × · · · × Gn → G
f: ,
(g1 , . . . , gn ) 7→ g1 × · · · × gn
surjective par construction, et en utilisant le théorème de factorisation des morphismes. Encore faut-il
vérifier que c’est un morphisme ; attention au fait que les Gi n’ont pas forcément tous les mêmes lois.
Exemple 20. Un réel x ∈ R s’écrit toujours sous la forme x = ε|x| où ε ∈ {−1,1} et |x| ∈ R+ . Cela
ne donne toutefois pas un morphisme R → {−1,1}×R+ , parce que les valeurs absolues ne s’additionnent
pas. En revanche, on en déduit un morphisme naturel :
× R×
( ×
R → {−1,1} +
f:
x
x →
7 |x| , |x|
parce que les signes et les valeurs absolues se multiplient volontiers. Il est surjectif parce que (ε, x) ∈
{−1,1} × R+ admet εx ∈ R× pour antécédent, et injectif parce que f (x) = (1,1) implique |x| = 1 et
19
Méthodes (MP) Structures algébriques
x = |x| = 1, donc ker(f ) = {1}. On en déduit que f est un isomorphisme, et R× est donc isomorphe à
{−1,1} × R×+.
C’est une écriture formelle du fait qu’un réel soit caractérisé par son signe et sa valeur absolue.
Exemple 21. Un analogue complexe de l’exemple précédent : un nombre complexe non nul z ∈ C
z
s’écrit toujours sous la forme z = |z|eiθ où eiθ = |z| ∈ U et |z| ∈ R×
+ , et cette forme le caractérise. Cela
nous conduit à considérer l’application suivante :
( × ∗
C → R
+ × U
f: z
z →
7 |z|, |z|
qui est un morphisme parce que le module est multiplicatif, surjectif parce que le couple (r, eiθ ) ∈ R∗+ ×U
admet z = eiθ ∈ C× pour antécédent, et injectif parce que :
z
z ∈ ker(f ) ⇐⇒ |z| = 1 et = 1 ⇐⇒ z = 1.
|z|
Exercice 32. (automorphismes de Z/nZ) Montrer que tout automorphisme du groupe Z/nZ est de
la forme x̄ 7→ āx̄ où a est premier avec n, et en déduire l’isomorphisme :
Aut(Z/nZ) ≃ (Z/nZ)× .
L’exercice qui suit montre que la méthode n’est pas infaillible, parce que l’application naturellement
construite n’est pas forcément un morphisme : attention derechef !
Exercice 33.
1. À l’aide du théorème de Lagrange, démontrer : S3 = ⟨(1 2 3), (1 2)⟩.
2. À l’aide du théorème de Lagrange, démontrer : ⟨(1 2 3)⟩ ∩ ⟨(1 2)⟩ = {Id}.
3. Montrer que l’application :
(
Z/3Z × Z/2Z → S3
φ: ,
(k̄, ℓ̄) 7→ (1 2 3)k (1 2)ℓ
est injective (ce n’est pas un morphisme, attention, évitez donc de recourir au noyau), et en
déduire :
S3 = {(1 2 3)k (1 2)ℓ | k̄ ∈ Z/3Z et ℓ̄ ∈ Z/2Z}.
4. Montrer que S3 et Z/3Z × Z/2Z ne sont pas isomorphes (ce dernier groupe étant muni de la loi
de groupe classique sur un produit cartésien de groupes).
Exercice 34. On pose : I = {f ∈ C0 ([0,1], R) | f (0) = 0}. Grâce au théorème de factorisation des
morphismes appliqué à un morphisme bien choisi, démontrer que les anneaux C0 ([0,1], R)/I et R sont
isomorphes, et en déduire que l’anneau C0 ([0,1], R)/I est un corps.
20
Méthodes (MP) Structures algébriques
qui devrait être bijective (si ce n’est pas le cas, alors vous vous êtes trompés dans votre appréciation
que les gi caractérisent g). Il reste à vérifier que cette bijection est effectivement un morphisme.
Cela marche particulièrement pour les ensembles de fonctions dont on sait qu’ils sont caractérisés
par leurs valeurs en certains points (par exemple).
Plus généralement :
3. On construit de même des polynômes H1,b et H2,b , en inversant les rôles de a et b ci-dessus.
Montrer :
∀P ∈ C3 [X], P = P (a)H1,a + P ′ (a)H2,a + P (b)H1,b + P ′ (b)H2,b .
4. Trouver un polynôme P ∈ C3 [X] tel que P (0) = 1, P ′ (0) = 2, P (1) = 3, P ′ (1) = −4.
Exercice 38. Fixons n ∈ N \ {0}. Soit 0 < x1 < · · · < xn = 1 une subdivision de l’intervalle [0,1].
Soit E l’espace vectoriel réel des fonctions f : [0,1] → R telles que, pour tout i ∈ J0, n − 1K, la fonction
f|[xi ,xi+1 [ soit affine. Grâce aux conseils de cette section, donner un isomorphisme d’espaces vectoriels
entre E et Rk pour k ∈ N bien choisi, et en déduire dim(E).
21
Méthodes (MP) Structures algébriques
Pour simplifier le propos, nous supposons dans ce qui suit que les corps considérés contiennent Q.
et on applique l’item précédent pour déterminer f|Q[α1 ] , puis f|Q[α1 ,α2 ] , et ainsi de suite.
Si K n’est pas de la forme K = Q[α] : réitérer le dernier item pour déterminer f de proche en
proche.
Exercice 39. Vérifier effectivement que, si K est un corps contenant Q, et si f est un morphisme de
corps défini sur K, alors f est Q-linéaire.
22
Méthodes (MP) Structures algébriques
√ n √ o
Exemple 23. Soit K = Q[ 2] = a + b 2 | (a, b) ∈ Q2 . On cherche les morphismes de corps
√
f : K → K. Pour cela, on démontre que f est Q-linéaire (exercice), et il suffit donc de déterminer f ( 2)
pour déterminer f . Or par propriété de morphisme on a :
√ √ 2
f ( 2)2 = f ( 2 ) = f (2) = 2,
√ √ √ √
√ Q[ 2] ⊆ √
donc f ( 2) est une racine carrée de 2 dans R : il existe ε ∈ {−1,1} tel que : f ( 2) = ε 2. On
a démontré que f est l’application a + b 2 7→ a + bε 2. √ √
Réciproquement, pour tout ε ∈ {−1,1} l’application fε : a +√b 2 7→ a + bε 2 est bien définie (car
un élément de K s’écrit de manière unique sous la forme a + b 2) et est un morphisme de corps. En
effet, l’additivité ne pose aucun problème, et pour la multiplication on écrit :
√ √ √ √ √ √
fε (a + b 2)fε (c + d 2) = (a + bε 2)(c + dε 2) = ac + (ad + bc)ε 2 + 2bd = ac + 2bd + (ad + bc)ε 2,
tandis que :
√ √ √ √ √ √
fε ((a+b 2)(c+d 2)) = fε ac + 2bd + (ad + bc) 2 = ac+2bd+(ad+bc)ε 2 = fε (a+b 2)fε (c+d 2),
Le cas des corps finis peut se traiter en suivant les mêmes pas, mais il est très simple lorsqu’on sait
que K × est cyclique dans ce cas :
Exercice 41. Démontrer que si K est un corps fini contenant Z/pZ (avec p premier), et si f est un
k
morphisme de corps de K dans lui-même, alors il existe k ∈ N tel que : ∀x ∈ K, f (x) = xp .
D’abord démontrer que si µx est le polynôme minimal de x ∈ K sur Z/pZ, alors ses racines sont
k
exactement les éléments de la forme xp avec k ∈ N.
23
Méthodes (MP) Structures algébriques
Dans le cas des anneaux ou corps, il n’y a pas plus simple que Z et Q, mais on peut rarement s’y
ramener. Les isomorphismes s’emploient autrement, mais il nous emmènerait trop loin de vouloir en
parler (théorie de Galois). À la rigueur peut-on citer la résolution des équations polynomiales ; par
exemple, sur un corps isomorphe à C, tout polynôme non constant est scindé.
Commençons par donner des exemples issus de l’algèbre linéaire, puisqu’elle vous est souvent plus
familière.
Exemple 24. Vous avez vu en 1re année que si E désigne l’espace vectoriel des applications y : R → R
vérifiant y ′′ − 3y ′ + 2y = 0, alors l’application f : y 7→ (y(0), y ′ (0)) est un isomorphisme de E dans R2 .
Voyons comment utiliser cette donnée pour en déduire facilement la liberté de la famille de solutions
24
Méthodes (MP) Structures algébriques
Kn−1 [X] Kn
polynômes de degré n − 1 n-uplets
(T −1 (⃗e1 ), . . . , T −1 (⃗en ))
= T −1
(⃗e1 , . . . , ⃗en ) base canonique de K n
(L1 , . . . , Ln ) base de Kn−1 [X]
T (P ) = (P (a1 ), . . . , P (an )) ∈ K n
facile à exprimer dans la base ca-
P qu’on cherche à écrire en T
1 nonique de K n (intérêt de se rame- 2
fonction de P (a1 ), . . . , P (an ) (iso.) ner à un espace simple par isomor-
phisme).
n
P T −1 n
P
4 P = P (ai )Li , cqfd. Faisons : T (P ) = P (ai )⃗ei . 3
i=1 i=1
(y1 : x 7→ ex , y2 : x 7→ e2x ) (ces fonctions sont bien dans E). Pour cela, il suffit de démontrer que la
famille (f (y1 ), f (y2 )) est libre dans R2 . Or f (y1 ) = (1,1) et f (y2 ) = (1,2), donc cette question revient
simplement à démontrer que la famille ((1,1), (1,2)) est libre : c’est immédiat, vu que ces deux vecteurs
ne sont pas proportionnels. Comme un isomorphisme d’espaces vectoriels conserve les familles libres (en
vérité l’injectivité suffirait), la famille (y1 , y2 ) est libre.
Exemple 25. Les isomorphismes permettent de comprendre comment un polynôme P dépend
de données qui le caractérisent. Expliquons cela sur un exemple : si a1 , . . . , an sont n réels distincts,
l’exemple 22 démontre que l’application :
(
Kn−1 [X] → K n
T :
P 7→ (P (a1 ), . . . , P (an ))
est un isomorphisme d’espaces vectoriels. Voyons comment le fait que ce soit un isomorphisme nous est
utile pour répondre à la question :
« De quelle manière P dépend de P (a1 ), . . . , P (an ) ? »
L’idée de ce qui suit est : grâce à T , travailler avec P ou T (P ) est à peu près équivalent, car un
isomorphisme conserve toutes les propriétés ; or le n-uplet T (P ) = (P (a1 ), . . . , P (an )) s’écrit tout
à fait trivialement dans la base canonique de K n . En prenant son image par T −1 pour revenir
à P , nous parviendrons à écrire P en fonction des P (ai ) et de l’image par T −1 de la base ca-
nonique de K n . Cela fournira donc une écriture explicite de P à l’aide des P (ai ) et de ladite base
(à déterminer tout de même), répondant à la question ci-dessus. Voir la figure 1 pour une vue d’ensemble.
n
X
Si (⃗e1 , . . . , ⃗en ) est la base canonique de K n , alors : T (P ) = (P (a1 ), . . . , P (an )) = P (ai )⃗ei ∈ K n .
i=1
On revient à P en appliquant T −1 à cette égalité, et on obtient :
n n
!
−1 −1
P (ai )T −1 (⃗ei ) .
X X
P =T (T (P )) = T P (ai )⃗ei =
i=1 i=1
Posons Li = T −1 (⃗ei ) pour tout i ∈ J1, nK. Il reste à expliciter les Li pour avoir une dépendance explicite
de P en les P (ai ). Or les Li vérifient T (Li ) = ⃗ei , c’est-à-dire :
25
Méthodes (MP) Structures algébriques
En identifiant coordonnée par coordonnée, cela revient à demander que Li (ai ) = 1 et Li (aj ) = 0 pour
j ∈ J1, nK \ {i}. Ce sont les polynômes d’interpolation de Lagrange ! Nous les connaissons, ils s’expriment
n
Y X − aj
ainsi : ∀i ∈ J1, nK, Li = . On en déduit finalement :
a − aj
j=1 i
j̸=i
n n n
X X Y X − aj
P = P (ai )Li = P (ai ) .
i=1 i=1 j=1
ai − aj
j̸=i
Donnons un exemple dans le cas des groupes cycliques. Un intérêt est lorsqu’on veut étudier des
équations écrites multiplicativement : elle nous fait passer à un groupe additif, où les équations sont
beaucoup plus faciles à résoudre (essayez de résoudre x2 ≡ 1 mod 40 puis 2x ≡ 0 mod 40, pour vous en
convaincre.).
Exemple 26. Soit p un nombre premier impair. On admet que (Z/pZ)× est cyclique. Utilisons-le
pour démontrer le résultat suivant : soit k un entier naturel non nul. Alors :
Tout d’abord, notons qu’une solution x̄ doit être inversible modulo p (son inverse est alors x̄k−1 ), donc
on peut prendre pour inconnue x̄ ∈ (Z/pZ)× . Cela nous permet d’utiliser un isomorphisme :
qui existe d’après ce qu’on admit. Comme c’est un morphisme d’un groupe multiplicatif dans un groupe
additif, on démontre aisément que pour tous k ∈ Z et x̄ ∈ (Z/pZ)× on a φ(x̄k ) = kφ(x̄), et donc :
Exercice 42. Nous admettons le résultat difficile suivant sur la structure de (Z/pα Z)× :
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Déduire de ce résultat que pour tout groupe commutatif G fini, si l’on note d le plus grand ordre d’un
élément de G, alors :
∀x ∈ G, xd = 1G .
On ne peut pas dire de chose équivalente pour un morphisme surjectif de X dans Y : cela ne veut pas
dire du tout que Y est une sous-structure de X.
Alors, si l’on peut voir X comme une sous-structure de Y , on peut utiliser les propriétés « globales »
de Y pour en déduire des propriétés globales de X, c’est-à-dire : ce qui vaut pour tout élément
de Y vaut en particulier pour tout élément d’une partie, et donc vaut pour tout élément de X. À
l’inverse, les propriétés « locales » de X permettent de déduire des propriétés locales de Y (c’est-à-
dire : si certains éléments de X vérifient une propriété, ils fournissent des éléments la vérifiant dans Y
par inclusion) ou nier des propriétés globales de Y (les éléments de X pouvant servir de contre-exemple).
∀g ∈ G, g p = 1G .
C’est une situation exceptionnelle : un exercice classique, à savoir le lemme de Cauchy, démontre que
lorsque G est fini, cela ne peut se produire que si le cardinal de G est une puissance de p (la réciproque
est fausse : pensez à Z/p2 Z). Ce n’est donc même pas la peine d’y penser dans le contraire.
∀k̄ ∈ Z/pZ, ∀g ∈ G, k̄ · g = g k ,
Exercice 45. Vérifier que G est effectivement un Z/pZ-espace vectoriel sous ces conditions, et avec
les deux lois internes et externes citées ci-dessus. Où intervient la commutativité ? Et le fait que les
éléments soient d’ordre divisant p ?
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Méthodes (MP) Structures algébriques
Exemple 28. Soit G un groupe fini commutatif tel que le nombre d’automorphismes de G soit égal
à 3. On veut démontrer que G possède un sous-groupe V d’ordre 4.
Pour cela, on commence par démontrer : ∀x ∈ G, x2 = 1G , en s’intéressant à l’automorphisme
x 7→ x−1 et en utilisant le théorème de Lagrange dans Aut(G). Cela permet de munir G d’une structure
de Z/2Z-espace vectoriel d’après ce qui précède.
Comme G est fini, il admet pour partie génératrice finie lui-même, ce qui démontre que G est de
dimension finie en tant que Z/2Z-espace vectoriel. Soit s sa dimension. Démontrer que G possède un
sous-groupe d’ordre 4 = 22 revient à démontrer qu’il existe un sous-espace vectoriel de dimension 2.
Comme un espace vectoriel de dimension finie admet des sous-espaces vectoriels de toute dimension
inférieure (c’est trivialement vrai pour (Z/2Z)s puisqu’il suffit de considérer (Z/2Z)k × {0}s−k , donc
par isomorphisme c’est toujours vrai), il suffit de démontrer que s ⩾ 2. Raisonnons par l’absurde et
supposons : s ∈ {0,1}.
Si s = 0, alors G = {1G } : dans ce cas il est clair que Aut(G) = {IdG } est de cardinal 1, ce qui
contredit l’hypothèse qu’il existe trois automorphismes du groupe G. Donc s ̸= 0.
Si s = 1, alors G = {1G , g} avec g ̸= 1G . Un automorphisme f de G doit fixer 1G , il suffit donc de
déterminer f (g) pour déterminer f . Comme f (g) ∈ {1G , g}, cela fournit au plus deux automorphismes de
G, ce qui contredit encore l’hypothèse (en fait il est facile de démontrer qu’on a encore Aut(G) = {IdG }
dans ce cas).
Ainsi s ⩾ 2, donc G admet un sous-espace vectoriel V de dimension 2. C’est aussi un sous-groupe
de G, ce qu’il fallait démontrer.
Exercice 46. Vérifier ce qui a été omis :
1. Démontrer que φ : x 7→ x−1 est un automorphisme de G.
2. Démontrer : ∀x ∈ G, x2 = 1G .
6 j Le principe de conjugaison
Ne sera pas rédigé avant mars 2025.
7 j Actions de groupe
Ne sera pas rédigé avant mars 2025.
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Méthodes (MP) Structures algébriques
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Méthodes (MP) Structures algébriques
6 j Le principe de conjugaison 28
7 j Actions de groupe 28
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