Fonctions sociales de la responsabilité administrative
Fonctions sociales de la responsabilité administrative
ADMINISTRATIVE
Si la responsabilité civile a connue une évolution linéaire, il n'en va pas de même pour
En dépit de cette différence, les 2 systèmes ont fini par se retrouver sur des fondements analogues.
En effet, le régime de la responsabilité civile porté par le code civil de 1804, est parti d’un système
fondé sur la faute (art 1382) pour aboutir au final à un système de responsabilité sans faute (art
1384).
En droit public au contraire, ce fut d’abord le régime de l’irresponsabilité fondé sur l’irresponsabilité
lorsqu’il fallût admettre la responsabilité de l’Etat. On a estimé que l’Etat ne pouvait pas commettre
de faute et c’est sur le fondement d’une responsabilité sans faute que l’on se résout à admettre la
responsabilité de l’Etat puis très rapidement à travers la faute de service, on finit par admettre la
responsabilité de l’Etat sur la base de la faute.
Ici, l’obligation de réparer le préjudice causé se trouve dans la faute. Lorsqu’on parle de
faute, la notion de faute fait de la responsabilité civile ou administrative une responsabilité
subjective car la source de la faute se trouve dans le sujet, la personne responsable du
dommage. Selon Yvonne Fleur, la faute traduit trois fonctions assignées à la responsabilité
qu'elle soit civile ou administrative :
a- En droit civil
Le risque : l’idée ici est qu’il est normal que celui qui tire profit d’une activité supporte
La notion de faute objective : pour d’autres auteurs, c’est plutôt la faute objective
qui justifie la réparation. La faute objective est un fait objectivement anormal ou illicite faisant appel
à l’équité ou la justice.
sécurité et l’atteinte à ce droit est sanctionnée en dehors de toute faute. Ainsi, c’est cette théorie qui
répond aux besoins de la société moderne, qui va être à l’origine du développement de l’assurance.
En dépit de ses divergences, la doctrine s’accorde sur un fait, à savoir l’admission de plus en plus
large de la responsabilité qui découle d’un facteur (changement de mentalité) qui voudrait que
l’homme moderne ait le sentiment d’un droit à la sécurité. Ajoutons des facteurs économiques à
savoir que la réparation doit être imputée à l’activité qui a engendré le risque.
Cette évolution qui place la victime au centre des préoccupations a l’inconvénient d’objectiver le
droit à la réparation et de poser à terme des problèmes de solvabilité. D'où la nécessité de poser des
limites parmi lesquelles le développement de la responsabilité pour faute.
b- En droit public.
Avec la responsabilité, la question essentielle n’est plus de savoir qui est responsable du dommage
mais plutôt qui doit assumer la charge du risque ? La réponse à cette question dépasse celle du
simple fondement pour s’élever à celle de la fonction de la responsabilité.
Le fondement est la raison qui justifie la réparation du préjudice. Il s'agit d'un principe, d'une
norme. Tandis que la fonction de la responsabilité soulève la question du but poursuivi par
l'obligation de réparer.
On a vu que le fondement de la responsabilité est d’une part le risque et d’autres part la rupture
d’égalité de tous devant les charges publiques. A l’analyse, on observe que toutes les hypothèses de
responsabilité sans faute se ramène à une seule et même notion, l’équité qui se donne ainsi comme
dénominateur commun de toutes les hypothèses de responsabilité.
Certains auteurs comme Paul ANSEMEK (La responsabilité sans fautes des personnes publiques)
Parviennent à la conclusion lorsqu'il considère que c'est l'anormalité du dommage qui fonde la
responsabilité administrative à la fois celle du risque et de la rupture d'égalité. En effet, pour l’auteur
le système de responsabilité pour dommage anormal est une politique jurisprudentielle d'équité car
la situation dommageable dans laquelle se trouve une personne apparaît particulièrement
choquante au juge dont l'objectif est d’y remédier sans pour autant que l'activité soit déclarée
fautive.
En Somme la responsabilité sans faute se donne comme moyen pour le juge d’atteindre un
objectif : indemniser la victime d’une part sans avoir à déclarer l’administration fautive d’autre part.
C’est le rôle ou la fonction qu’il assigne au régime de la responsabilité sans faute. C’est ainsi qu’on
est passé insensiblement de la question du fondement à celle des fonctions de la responsabilité
administrative.
La responsabilité administrative peut remplir une pluralité de fonctions en l'occurrence une triple
fonction :
● Une fonction sanctionnatrice : c’est à dire la sanction d’une faute commise par
l’administration. L’objectif est que la réparation incite l’administration à ne plus
commettre cette faute.
● Une fonction d’assurance : ici, l’objectif est de faire en sorte que le risque ne
revienne plus
● Une fonction prix à payer par l’administration : une sorte de contrepartie, d'acte ou
d’action accomplie en toute légalité mais dommageable.
Ces deux dernières fonctions ont pour but de rétablir l'équité et la justice alors que la première a
pour but de moraliser l’administration.
La notion de faute comporte elle même les 3 fonctions que lui ont assigné les auteurs du code civil
à savoir réparer le dommage, punir le coupable et prévenir tout autre faute dommageable.
Non seulement la faute n’a pas été abandonnée mais la faute apparaît comme le droit commun de
la responsabilité administrative. A cela 3 raisons : la découverte de nouveaux gisements de faute par
le juge, le déclin de la notion de faute lourde au profit de la faute simple, l’élargissement du domaine
de la présomption de faute.
Sur ce plan, on note que à côté des fautes traditionnellement admises viennent s’ajouter de
nouvelles fautes
Les fautes jusque-là retenues par le juge peuvent être classées en 2 catégories : la faute de service
et la faute personnelle.
Il en va ainsi des renseignements erronés fournis par l’administration (CE ,26 octobre 1939,
DEYDIER)
Un autre exemple, des engagements et promesses inconsidérés pris par l'administration et non tenus
vis -à -vis de l’administré.
Exemple : Un ministre a pris l’engagement d’accorder une licence d’exploitation sur 10 ans à un
particulier qu'il n'a pas respecté : CE,11 MAI 1956 SOCIÉTÉ LESIEUR AFRIQUE.
2- L’inertie du service
CE,27 FÉVRIER 1948, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE MADAGASCAR, DALLOZ 1949 PAGE 544 : il
s’agissait de loi adoptée par la colonie française que le gouverneur a refusé de mettre en œuvre.
C’est également le cas dans l’espèce CE,21 FÉVRIER 1958, SOCIÉTÉ NOUVELLE DES
ETABLISSEMENTS GAUMONT : l’autorité municipale a refusé d’exécuter une décision de justice.
CE,23 MAI 1958 CONSORT AMDOUZ : inaction des services de police.
A mesure que le juge découvre de nouveaux comportements fautifs, cette circonstance a pour effet
de faire cesser l'impunité dont bénéficiait l'administration jusque-là.
[Link] fermeture anticipée d’un collège pour cause d’organisation du bac dans la mesure où le délai
de fermeture excède celui nécessaire pour l'organisation et le fonctionnement du bac
Cette fermeture anticipée porte à l'égard des élèves une atteinte au principe d'égalité devant le
service public de l’enseignement ainsi qu'à celui de la continuité du service public. Elle est donc
constitutive d’une faute.
A cette occasion, le juge a rappelé au ministère de l’éducation nationale que la mission d'intérêt
général dont il a la charge lui impose une obligation légale d’assurer l’enseignement de toutes les
matières obligatoires inscrites au programme d'enseignement.
3. L'illégalité d’une mesure réglementaire peut engager la responsabilité pour faute lorsque cette
mesure est prise en violation du Droit communautaire.
A l'évidence, le juge entend désormais faire produire tous ses effets au droit communautaire. En
cas de carence des Etats dans la transposition des directives communautaires, ceux ci verront leurs
responsabilités pour faute engagée vis à vis des particuliers victimes de cette carence. Ces arrêts
sonnent le glas de l’impunité de l’Etat pour les enseignements non assurés mais aussi pour carence
de l'Etat dans la transposition du droit communautaire.
La notion de faute lourde est l’une des particularités du droit de la responsabilité administrative.
Cette particularité est contenue dans le dispositif de l'arrêt Blanco selon lequel : <<la responsabilité
qui peut incomber à l’Etat pour les dommages causés aux particuliers…n’est ni générale ni absolue,
elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les
droits de l'Etat avec les droits privés>>.
Ce dispositif marque surtout l’autonomie du droit de la responsabilité administrative. Ainsi,
l’exigence d’une faute qualifiée pour engager la responsabilité de l’administration se démarque
nettement de celle de l’article 1382 du code civil.
La faute lourde est la faute manifeste et d’une particulière gravité. Pour un certain nombre
d’activités administratives, (MAINTIEN DE L’ORDRE PUBLIC, SURVEILLANCE DES DÉTENUS). Si à
l'origine cette notion a permis d'éviter l’irresponsabilité voire l’impunité de l’Etat, son maintien
aujourd’hui pour des activités réputées difficiles apparaît comme une protection injuste de
l’administration et une contrainte pour les victimes.
A ce propos, on remarque de nos jours un recul, un déclin de la faute lourde. Ce déclin peut être
rattaché au triple souci qui de plus en plus anime le juge à savoir :
Le domaine fiscal est l’un de ceux où à survécu le vieux principe de l’irresponsabilité (jusqu’en
1913) où il finit par disparaître pour laisser place au régime de la responsabilité pour « faute d’une
gravité exceptionnelle » puis à partir des années 50, la faute exigée devrait être une <<faute
manifeste d’une particulière gravité>>. Ces évolutions avaient du mal à se détacher de
l’irresponsabilité dès lors qu’elles ne conduisaient qu'à engager très rarement la responsabilité de
l'administration. C’est à partir de 1962 à travers l'arrêt CE,21/12/1962, DAME HUSSON-CHIFFRE ;
AJDA 1963 P.90; DALLOZ 1963 P.558 que le CE va adopter le concept de la faute lourde en vue
d’engager la responsabilité de l’Etat.
A partir de 1990, on va limiter l’exigence de la faute lourde aux activités fiscales présentant <<des
difficultés particulières liées à l’appréciation de la situation des contribuables>>. Ainsi en a décidé le
CE dans l’affaire Yvon Bourgeois 27/07/1990, RFDA 1990 P.899; AJDA 1991 P.53.
En l’espèce, des erreurs ont été commises dans la saisie et le traitement informatisé des
déclarations d’un contribuable.
Dans un service hospitalier, on distingue assez nettement les fautes liées à l’organisation et au
fonctionnement de celles concernant les activités médicales. Ces dernières se traduisant par des
actes médicaux ou chirurgicaux.
Ces actes n’engagent la responsabilité de l’Etat que lorsque la faute lourde est commise par
les services publics hospitaliers. En revanche, les actes d'organisation ou de fonctionnement ainsi que
les actes de soin accomplis par les infirmiers engagent la responsabilité de l’Etat quelle que soit la
gravité de la faute en l'occurrence la faute simple.
On estime que les actes médicaux (diagnostic, choix du traitement) et chirurgicaux sont
difficiles à réaliser dès lors qu'il faut des années d'études pour les accomplir
● Comment justifier la différence entre une victime dans un service hospitalier public et une
clinique privée ?
La conséquence qui résulte de cette différence est que la victime reçue dans le service hospitalier
public aura à faire la preuve d'une faute lourde tandis que la victime reçue dans une clinique privée
recevra réparation du préjudice subi quelle que soit la gravité de la faute.
Cette différence de traitement des victimes devenait de plus en plus difficile à justifier pour le juge
au regard de la morale et des principes et de ses conséquences inéquitables à l'égard de victimes. Et
cela d'autant plus que les dommages mettent en cause l'intégrité physique de la personne voire sa
vie.
De l'origine de cette jurisprudence à double degré d'exigence, le juge se rendant compte des
iniquités engendrées va amorcer un assouplissement de sa position initiale en vue de faciliter
l'indemnisation des victimes. Ainsi, il va de plus en plus invoquer une faute dans l'organisation ou le
fonctionnement du service dès lors que la faute médicale ne remplit pas les conditions de gravité de
la faute lourde. Il procède ici à une sorte de requalification de la faute.
EXEMPLE ; Dans l'espèce Demoiselle Koukakis (CE 4 OCT 1968, AJDA 1969, P. 368) l’erreur
chirurgicale n'ayant pas été suffisamment grave pour être qualifiée de faute lourde, le juge va se
focaliser sur une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service et engager la
responsabilité de l'État sur la base de la faute simple. Cette jurisprudence va connaître une extension
remarquable.
● Lorsqu’en l'absence de médecin, une sage-femme pose une ventouse, le juge considère
qu’il y a eu un mauvais fonctionnement du service. (CAA, Nantes, 29 novembre 1989, CHRU
de Caen contre époux Abraham).
● En l'absence de l'anesthésiste, une interne de garde va pratiquer une anesthésie générale
aidée d'une infirmière. Là aussi pour le juge il y a mauvaise organisation, mauvais
fonctionnement du service.
Toutes ces décisions traduisant un certain malaise du juge finissent par le conduire à un abandon
de la faute lourde en matière médicale.
C'est à la faveur de l'espèce Monsieur et Madame B (CE, 10 Avril 1992, AJDA 1992, P.355; RFDA
1993, P.3) que le juge va amorcer un véritable revirement jurisprudentiel.
À l'occasion de l'accouchement par césarienne sous anesthésie dans un hôpital public, Madame B
est victime de complications : arrêt cardiaque pendant une demi-heure qui a entraîné une anoxie
cérébrale, des troubles respiratoires accompagnés de séquelles importantes d'ordre neurologique.
Le commissaire du Gouvernement légal déclare en l'occurrence:<< Dans le contentieux de la
réparation, le juge ne peut être indifférent à la sensibilité de ses concitoyens>>.
Le commissaire du gouvernement a été suivi par le juge. La faute simple suffit pour engager la
responsabilité de l'administration. Une jurisprudence ultérieure à confirmer cet abandon de la faute
lourde en l’occurrence un arrêt du : CE, THEUS,20 JUIN 1997, ARDA 1998, P. 82.
Elle a été étendue également à l'affaire du sang contaminé. À la suite des drames et scandales
intervenus dans le secteur de la santé, Ces drames ont conduit le législateur français a adopté la loi
2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Cette
loi constatant le rapprochement en matière de responsabilité du droit privé et du droit public,
consacre également l'exigence d’une faute simple en cas de dommages causés à la suite d’actes
médicaux et chirurgicaux.
En droit public comme en droit privé c'est à celui qui allègue la faute qu’incombe normalement la
charge de la preuve. Mais dans des hypothèses de plus en plus nombreuses, la jurisprudence
applique le régime de la présomption de faute qui est plus favorable à la victime. En effet, avec la
présomption de faute, il y a renversement de la charge de la preuve. Ce qui signifie qu'il n'appartient
pas à celui qui allègue la faute d’en rapporter la preuve mais plutôt à celui qui doit réparer le
préjudice, de montrer qu'il n'a pas commis de faute. En droit administratif, en cas de présomption de
faute, il incombe à l'administration de montrer qu'elle n'a pas commis de faute. Cela revient à dire
que c'est une présomption simple et non irréfragable. En revanche, lorsque cette présomption
apparaît comme quasi irréfragable, le régime finit par être assimilé à une responsabilité pour risque.
Le domaine des accidents de travaux publics apparaît comme le terrain de préemption de la
présomption de faute (cas des usagers). Lorsque l'usager des travaux publics subit un dommage, il
appartient à l'administration de montrer qu’il n’y a pas de sa part, défaut d’entretien normal de
l’ouvrage. En somme, le défaut d’entretien normal de l’ouvrage est présumé et c’est ce régime qui
s’étend à d’autres domaines d’activités et l’un des domaines est le domaine médical.
En dehors du domaine des travaux publics, le domaine médical est celui où s'étend le principe de la
présomption de faute. D’abord pour les dommages résultant de la vaccination obligatoire. Mais dans
ce domaine, la loi est ultérieurement venue instaurer un régime de responsabilité sans faute. Plus
largement, il s'est étendu en matière de responsabilité hospitalière lorsque les soins donnés ont des
conséquences anormales et inattendues qui font alors résumer une faute dans l'organisation ou le
fonctionnement du service.
- C’est le cas d’une infection méningée qui as été provoqué lors d’une exploration radiologique (CE
9 DEC 1988)
- C’est également le cas d’un malade sur qui a été pratiqué une ostéotomie pour ses
malformations et qui se plaint de douleurs oculaires. (Arrêt du 31oct 1990, M et Mde PELLTIER)
- C’est également le cas d’une intervention chirurgicale au niveau de l’abdomen qui entraine la
destruction de l’os frontal et des troubles du gout et de l’odorat (CE 14juin 1991, MAALEM)
- Enfin une infection par staphylocoques à la hanche suite à une injection. Il en va ainsi même si la
seringue est à usage unique.
Paragraphe 1 : La garantie des victimes en raison des fautes personnelles des agents de
l'administration
On a vu précédemment que la faute de service qu’elle soit simple ou lourde est directement et
exclusivement imputable à l’administration et elle engage sa seule responsabilité sur la base de la
responsabilité sanction.
Mais lorsque le fait dommageable est déclaré être une faute personnelle, celle-ci en principe n’est
imputable qu’à l’agent fautif dont elle révèle l’imprudence ; la négligence, la violence la méchanceté
bref, les tares humaines, tout ce que l’homme a de vilain.
La faute personnelle n’engage que la responsabilité personnelle de l’agent. Or, il y a le risque que la
victime se heurte à l’insolvabilité de l’agent fautif et cela peut paraître injuste voire choquant,
d’autant plus que l’individu croit bien souvent avoir affaire à l'administration et que au surplus bien
souvent, le service a créé les conditions du dommage. C’est pour remédier à cet état de fait que va
émerger la jurisprudence du cumul de responsabilité dont le but est de garantir les victimes contre
l’insolvabilité des agents auteurs de fautes personnelles dommageables. Cette jurisprudence qui
naquit au début du 20eme siècle a connu des évolutions traduisant le souci constant du juge, d’offrir
aux victimes la garantie contre l’insolvabilité des agents. En effet, lorsque le cumul de responsabilité
est établi, cette circonstance offre à la victime une triple option :
Toutefois, l’admission du cumul est enfermée dans des conditions qui ont régulièrement été
adaptées à l’évolution du temps et des technologies.
C’est donc à l’occasion de l'arrêt ANGUET 03 FÉVRIER 1911, SIRE [Link]. P137, que le juge
va inaugurer cette garantie contre l’insolvabilité. Dans cette affaire, le juge va établir l’existence
d’une faute personnelle de la part des agents du bureau de poste. Mais, il va établir l’existence d’une
deuxième faute, une faute de service consistant en la fermeture avant l’heure du bureau. Le juge va
surtout mettre en exergue le lien de causalité entre les deux fautes en ce que la violence sur la
victime n’a été possible que parce qu’il y a eu fermeture avant l’heure du bureau de poste. De sorte
que la faute personnelle de l’agent a été causée par la faute de service
Le juge va considérer que le dommage ayant sa cause dans le cumul des deux fautes, il y a lieu de
retenir le cumul de responsabilité qui permettra à la victime entre autre d’engager la responsabilité
de l’administration considérée comme la plus solvable.
L’administration a la possibilité par la suite d'engager une action récursoire contre son agent. Dans
sa volonté de garantir sa victime contre l'insolvabilité de l’agent, le juge va dans l’hypothèse de la
faute personnelle unique, faire preuve d’audace et d’imagination pour trouver un lien entre cette
faute et le service. On peut qualifier ce lien de spatial, temporel, instrumental.
Il s’agit d’une faute personnelle unique commise sur le lieu du service. Il s’agit de l'arrêt CE,1918
EPOUX LEMONNIER, DALLOZ 1919avec les conclusions du commissaire du gouvernement LEON
BLOOM. L’une des attractions les plus prisées au cours de la fête annuelle de la commune de Roc-
courbe, était le tir sur objectif flottant de la rivière. Sur la rive opposée, des promeneurs sont dans le
champ de tir. Le maire n'avait pris aucune mesure de sécurité suffisante. Dame Lemonnier reçut une
balle entre la colonne vertébrale et le pharynx. Par sa négligence à prendre des mesures de sécurité,
le Maire a commis une faute personnelle et c'est cette faute personnelle unique qui est à l’origine de
l’incident. Avec l'arrêt Epoux Lemonnier, un nouveau pas est franchi par le juge qui pour obtenir le
cumul de responsabilité à partir d’une faute personnelle unique, va faire le raisonnement suivant : il
estime que la faute se détache du service dès lors qu’elle est personnelle mais le service lui ne se
détache pas de la faute dans la mesure où le service a conditionné la commission de la faute. En effet,
il en va ainsi lorsque :
❖ Les instruments de la faute ont été mis à la disposition du coupable par le service
❖ Si la victime a été mise en présence du coupable que par l’effet du jeu du service
En l’espèce, la faute a été commise dans le service. Cela est suffisant pour créer un lien entre la
faute et le service (le cumul d’une faute personnelle unique). Ce lien est l’espace du service. Il permet
au juge d’établir le cumul de fautes lequel ouvre droit à la victime à engager la responsabilité de
l’administration et de se mettre ainsi à l'abri de tout risque d’insolvabilité de l’agent. Mais il peut
également poursuivre l’agent devant le juge judiciaire. Dans ce cas, l’administration ayant déjà
réparé le préjudice, va se subroger aux droits de de la victime devant le juge judiciaire. La technique
de la subrogation empêche la victime d'être indemnisée deux fois pour le même préjudice. Cela
montre bien que le cumul de responsabilité vise un seul objectif : éviter que la victime n’obtienne pas
réparation en raison de l’insolvabilité de l’agent fautif.
C'est à l'occasion de l'arrêt CE, 18 NOVEMBRE 1949 Demoiselle Mimeur que le juge va inaugurer
le lien temporel.
En effet, un automobiliste, agent de l'administration profite d'une mission dans une localité
éloignée, pour rendre visite à sa fiancée et manque de pot, renverse mademoiselle Mimeur.
Mais la différence avec l'espèce précédente est que les faits se sont produits hors du service. Il
s'agit donc d'une faute personnelle unique commise en dehors du service. Dans ces conditions, la
victime courait un autre risque celui de l'insolvabilité de l’auteur du fait dommageable. Cette
situation apparaît injuste, inéquitable aux yeux du juge surtout judiciaire, qui admet largement la
responsabilité comme étant des abus de fonction du préposé. C'est pourquoi, le juge va franchir un
autre pas en estimant que l'accident n'est pas dépourvu de tout lien avec le service, et va donc
admettre que l'administration y est pour quelque chose dans la commission de cette faute
personnelle, cela en suivant les propositions du commissaire du gouvernement Gazier. Mais on ne
peut s'empêcher d'évoquer les conclusions du commissaire du gouvernement ROMIEU sous l'arrêt
Epoux Lemonnier : la faute se détache du service mais le service ne se détache pas de la faute, dès
lors que la victime a été mise en présence du coupable à l’effet du jeu du service d’une part et
d’autre part c’est dans le temps du service que le coupable a été amené à commettre cette faute
personnelle c’est à dire c'est l'occasion du service qui a permis à l'automobiliste de se retrouver sur
les lieux de la faute. On peut donc dire que le service a conditionné l’accomplissement de la faute. Il y
a donc un lien entre les deux et le cumul est donc établi.
C'est dans l'espèce SADOUDI CE, 20 oct. 1973 RDP 1974 Page 936 ; Dalloz 1974.
Faits : 2 policiers rentrent le soir du service dans leur chambre commune. L'un essuyant son arme
fait une manipulation maladroite et le coup part, tuant son collègue.
La question qui se posait était : comment garantir une réparation du préjudice à la famille dès lors
que la faute est commise en dehors du service et en dehors du temps du service ? Le juge va se
montrer grandement audacieux. Pour montrer que la faute personnelle commise par l'agent n'est
pas dépourvue de tout lien avec le service, il va se référer à deux (2) circonstances :
- Les agents doivent garder leurs armes sur eux d’une part
Mais pour cela il faut que le préjudice causé ne soit pas dépourvu de tout lien avec le service.
L'action récursoire qui permet à l'administration de se faire rembourser par l'agent fautif évite
l'impunité à ce dernier.
La subrogation permet également d'éviter que la victime ne cherche à s'enrichir au delà de ce que
vaut son préjudice.
C'est à propos de l'indemnisation des accidents causés aux agents n'ayant pas droit à une
pension d'invalidité que s'est posé le problème de la couverture. La réponse à cette question viendra
du Conseil d'État dans l'arrêt CAMES, 21 Juin 1895 qui inaugure ici le principe d'une indemnisation
accordée aux ouvriers au titre des accidents de travail. Cette indemnisation trouve son fondement
dans la notion de risque et plus précisément dans la socialisation des risques. La préoccupation du
juge demeure la même à savoir, l'équité, les solutions justes et équitables. Cette idée exprimée par le
commissaire du gouvernement ROMIEU qui justifie la nécessité, d'indemniser les victimes
d'accidents par le fait que « l'État doit garantir ses ouvriers contre le risque résultant des travaux qu'il
leur fait exécuter ».
Aujourd'hui de nombreux régimes législatifs existent qui offrent aux agents permanents de l'État
cette garantie professionnelle contre les accidents. De sorte que le champ d'application de la
jurisprudence Cames ne couvre plus que les collaborateurs occasionnels de l'administration. Mais le
bénéfice de cette garantie est enfermé dans des conditions.
Ce qui est remarquable, c'est que ces conditions sont régulièrement assouplies pour permettre un
accès plus large. Il y a 3 conditions auxquelles on peut ajouter une quatrième :
Il faut que ce soit un véritable service public relevant de la personne publique dont on cherche à
établir la responsabilité. Dans certains cas, il n'y a aucun doute sur l'existence de service public
véritable. (Ex : le service de lutte contre l’incendie, le service hospitalier, services des douanes)
Mais le souci d'une indemnisation équitable, va permettre d'admettre des activités entreprises
par les personnes publiques qui ne sont pas organisées en véritable service public. Ex : Les fêtes non
traditionnelles organisées par les communes ne correspondent pas à des services publics. Le fait de
faire cesser des accidents et des fléaux en prenant des précautions convenables, en distribuant des
secours nécessaires peuvent s’apparenter aux pouvoirs de polices. Toutes ces activités relèvent de la
mission de police du maire même si elles ne sont pas organisées en service public. (CE RDP 1958 P
306 Commune de Grigny).
En revanche une activité d'intérêt général entreprise par des personnes privées sans intervention
d'une collectivité publique ne peut-être un service public. CE, 13 JUILLET 1966 Leygues.
Il s'agissait d'une fête locale à laquelle aucune autorité n'a pris part. En revanche une activité
associative placée sous le contrôle d'une collectivité publique peut-être perçue comme une activité
de service public, car l’activité est sous son contrôle. Par suite le collaborateur occasionnel doit être
indemnisé au titre du préjudice subi en prêtant son concours. CE, Mme GALTIE, 13 Janvier 1993,
RFDA 1994, P.91)
Un particulier se rendant à l'appel du tocsin sur le lieu où avait pris un incendie avec la volonté de
se mettre à la disposition du service de lutte des incendies, a eu un accident et n'a pas été
dédommagé car il n’est pas un collaborateur.
Tel n'est pas le cas de l'usager du service public qui, même s’il apporte un concours au service
public, ce n'est pas en qualité de collaborateur mais d'usager. CE, 27 OCTOBRE 1961 Caisse primaire
de sécurité sociale de Mulhouse. C'est pourquoi ne sont pas des collaborateurs de service public les
participants aux jeux et loisirs lors des fêtes.
3. La collaboration doit être requise ou demandée à
tout le moins spontanée
● Le régime de la responsabilité pour risque est admis pour des personnes obligées en vertu de
la réquisition : CE, 05 Mars 1943 Chavat. Il s’agit d’un requérant blessé alors qu’il avait été
requis par un gendarme pour aider.
Au contraire, les collaborateurs volontaires ou bénévoles n’obtiennent réparation que s’ils
prouvent la faute de l’administration : CE, 22 OCTOBRE 1943 Sarda.
● La notion de réquisition va être largement étendue. À insisté, obtient réparation, une
personne qui s'est blessée en contribuant à éteindre un incendie, après avoir répondu à
l'appel du tocsin. En effet, le juge a déclaré que le tocsin « a le caractère d'un appel à
l'ensemble des habitants » : CE, 30 nov. 1945 Faure.
● Un nouveau pas est franchi aussi dès lors que, le juge admet que la collaboration ne soit plus
imposée, mais qu'elle puisse être sollicitée ou demandée par l'administration. Le
collaborateur peut donc accepter la demande ou la refuser mais par sa demande
l'administration accepte sa demande.
● Le Conseil d'État va assouplir davantage les conditions de collaborateur requis dès lors
qu'elle va accepter la collaboration alors qu'elle n'a pas été demandée : CE, 27 NOVEMBRE
1970 Appert-Collins, AJDA 1971 Page 37.
En dépit de ces assouplissement, le principe demeure selon lequel sauf cas d'urgence, la
collaboration doit tirer sa source d’une manifestation de volonté plus ou moins explicite de
l'administration.
Le juge devant l’urgence, admet qu’une personne qui se porte victime d’un accident, soit
considérée comme un collaborateur de service public. (CE 17 AVRIL 1953, PINGUET, Dalloz 1954, 4
p.). Il s’agissait d’un passant blessé par un malfaiteur contre lequel il s’est spontanément lancé.
Désormais, cet obstacle est levé et en l’occurrence la qualité de collaborateur bénévole est
reconnue à un baigneur.
De même, cette qualité de collaborateur occasionnel a été reconnu à un homme blessé alors qu’il
tentait de sauver son fils d’un incendie (CE 22 JUIN 1984)
Sur quelle base faut-il engager la responsabilité de l'administration alors qu'aucune faute n'a été
retenue à son encontre ? La réponse varie selon que les victimes sont usagers ou tiers par rapport au
service public ou l’ouvrage public.
À l'égard des usagers du service public ou de l'ouvrage public, il s'agit d'une responsabilité pour
faute présumée. Quant aux tiers, c’est la notion d'assurance que convoque le juge pour garantie à
réparation en raison du risque.
Les tiers au regard de l'activité administrative sont ceux qui ne bénéficient pas directement de
l'activité ou de l'ouvrage accidentel. Et lorsque le risque se produit à leur égard, il serait injuste et
inéquitable que leur indemnisation soit soumise au même régime que celui des usagers. Il serait
anormal de les laisser supporter seuls le dommage subi dans l’intérêt général.
En s'appuyant sur la notion du risque, le juge fait appel à une autre notion, la socialisation du
risque selon laquelle les activités de l'administration profitent à l'ensemble des administrés mais
comportent aussi des risques que tous devraient pouvoir supporter. Il serait donc injuste que ce
risque soit supporté par quelques-uns surtout si ceux-ci sont des tiers par rapport au service ou
l’ouvrage. Le juge demeure dans le même état d'esprit lorsqu'il accorde une indemnisation sur le
risque anormal de voisinage. Cette notion indique que les rapports sociaux sont construits à partir de
rapports d’indépendance et aussi de solidarité. Les rapports de voisinage se révèlent être des
rapports difficiles et ambigus entre les personnes en raison des inévitables nuisances. De ce fait il n'y
a pas de voisinage sans nuisance. Ce sont des phénomènes normaux dans la société moderne.
Toutefois, certains voisinages dangereux s’avèrent utiles et nécessaires (ex : les véhicules,
automobiles, trains). Ce ne sont pas les risques de voisinage qui donnent lieu à indemnisation. Ce qui
donneront lieu à indemnisation sont ceux dits anormaux, ceux qui dépassent une certaine mesure et
concrétisent des risques dépassant les risques ordinaires de voisinage.
Ex : Ce n'est pas le tapage en lui même le problème mais c'est le tapage nocturne.
2) Le risque encouru par les usagers : l'aléa thérapeutique (rien dicté ici)
On peut citer les accidents automobiles administratifs. Avant 1957, le juge faisait jouer une
présomption de responsabilité (sans faute) des lors que les victimes étaient des tiers. Avec la loi de
1957, le régime de responsabilité devient le même que celui de droit commun. L'usage d'armes à feu
par la police est résolu par la décision du Conseil d’État : CE, 24 JUIN 1949 Lecomte et DARAMY, JCP,
[Link], n*50012. Lorsque la victime est un tiers à l'opération, c'est la responsabilité pour risque qui
est retenue
Il s'agit de situations dans lesquelles l'activité administrative peut placer certaines personnes qui
ne sont pas forcément des tiers.
Ex : des agents en poste à l'étranger qui reçoivent l'ordre de demeurer à leurs postes en dépit des
troubles graves dans leur Environnement. CE, 19 OCTOBRE 1962 PERRUCHE.
C'est le cas d'une institutrice en grossesse mais exposée à une épidémie de rubéole. CE, 06
NOVEMBRE 1968 Dame Saulze, RDP 1969.
Cette fonction de la responsabilité administrative est observable dans le domaine des nuisances
engendrés par l’administration. En effet, certaines interventions de l'administration sont sources de
nuisance pour les riverains qui peuvent donc obtenir réparation en contrepartie de cette nuisance de
sorte que, cette responsabilité de l'administration semble correspondre au prix à payer aux victimes
des nuisances. La responsabilité de l'administration est engagée mais sans faute et en l'absence de
toute illégalité. Cependant, toutes les nuisances ne vont pas entraîner réparation dans la mesure où
les nuisances sont inévitables dans la société moderne. Elles apparaissent comme normales quand
elles ne sont pas supérieures à un certain seuil. Toute personne vivant en société devrait pouvoir
supporter cette marge de nuisance laquelle vient compenser de nombreuses interventions de
l'administration, de telle sorte que les dommages réparables sont ceux qui dépassent un certain
seuil, un dommage anormal et spécial. Le dommage anormal et spécial n'a pas un caractère
accidentel, ce n'est pas le résultat de concours de circonstance. Il s'agit au contraire de dommages
qui sont la conséquence naturelle, la conséquence nécessaire, prévisible de certaines mesures. Ainsi,
certains membres se retrouvent ainsi sacrifiés aux exigences de l'intérêt général de sorte que la
réparation qui leur est accordée est regardée comme le prix à payer en vue de rétablir l'égalité
devant les charges publiques qui a été rompue.
La responsabilité prix concerne tantôt les activités gênantes tantôt le domaine des dommages
engendrés du fait de décision parfaitement licite.
a- Les odeurs
C’est également le cas pour les mauvaises odeurs en provenance d’une station d’épuration des
eaux ou de dépôts d’ordures avec développement de mouches, rats, chiens etc. (CE 17 MAI 1974,
COMMUNE DE BANNIEUX P. 295 DU RECUEIL LEBON)
b- Les bruits
D’une intensification des bruits liés à l’accroissement du trafique et à l’usage d’appareil sonore (CE 11
JUILLET 1960 CNCF C/ GONCÉ P476 DU RECUEIL LEBON)
- C’est également le cas des bruits des avions aux aéroports (CE 6 FEV
Il peut y avoir une réduction du chiffre d’affaire et perte de recette provoqué par :
Conséquence d’éloigner de la mer, un café restaurant dont la clientèle était les baigneurs et les
pêcheurs (CE 31 JANV 1968 SEM aménagement de la BRETAGNE)
Magasins en raison de travaux de voiries (CE 6 MAI, SOCIÉTÉ DE GRANDS TRAVAUX DE MARSEILLE)
Ce dommage donne lieu généralement à des indemnisations spécifiques qui viennent s’ajouter à
ceux des troubles de jouissances. Cette dépréciation peut être le fait de l’existence de l’ouvrage
public ou de celui de ses conditions de fonctionnement ou d’exploitation (CE 8 FEV 1985 MINISTRE
DES TRANSPORTS, RDP 1986, P. 917)
4- L’allongement de parcours
Ici, il ne s’agit plus de dommages causés aux voisinages mais de dommages causés soit aux usagers
de la voirie publique soit aux tiers.
Dans ce cas, L’allongement du parcours tient à l’Etat de la voirie publique (Ex : Déviation pour
éviter une route inondée ou en réfection). Dans cette hypothèse, le CE refuse la réparation du
préjudice causé car si le préjudice peut être à normal, il n’est pas pour autant spécial car il concerne
tous les usagers qui empruntent cette voie. C’est justement la décision prise par le CE 2 Avril 1965,
Bondi, AJDA 1965, P340.
Dans cette hypothèse, le CE accorde réparation lorsque la victime est un tuer par rapport à la
circulation. Ainsi en a jugé le CE 19 FEV 1961, société de la fabrique française, ONORAT &
COMPAGNIE, RECUEIL LEBON P. 140. Ici, il s’agissait de la construction d’un port militaire qui as eu
pour effet de porter de 50m à 1km, la distance entre une conserverie et le lieu de débarquement du
poisson. C’est également le cas de l’aménagement d’un aérodrome ayant pour effet de tripler la
distance entre un hippodrome et l’exploitation d’un entraîneur de chevaux (CE 11 MAI 1962, TAUZIA
P. 325 DU RECUEIL LEBON). En réalité, que ce soit des usagers ou des tiers, la reconnaissance du droit
a réparation prend en compte les caractères des dommages en cause. En effet, il est toujours
nécessaire que le dommage soit à la fois anormal et spécial pour que la réparation soit accordée. Il se
trouve des lors que ces caractères ne sont pas toujours réunis lorsque les victimes sont des usagers.
Mais il n’est pas exclu que la réparation intervienne à l’égard d’un usager. (EX : CE 30 OCT 1970, GDF,
CAHIER DES JURISPRUDENCE DE L’ELECTRICITÉ ET DU GAZ 1971, J. P. 23). En l’espèce, il s’agit de
L’allongement de parcours important résultant de la création d’une autoroute rendant impossible
toute communication direct entre les usines situées de part et d’autre de la voie.
Lorsque du fait de l’exécution de travaux publics, l’accès d’une exploitation ou d’une propriété est
rendue impossible, on se trouve face à une situation particulière qui ouvre droit à réparation.
1- Les préjudices résultants des mesures imposées à travers les mesures individuelles.
Lorsque l’exécution forcée d’une décision de justice risque de provoquer des troubles graves à
l’ordre public, l’autorité administrative, malgré l’obligation qu’elle a d’exécuter la décision de justice
peut néanmoins refuser de prêter le concours a la force publique. Cependant, si cette décision de
refus est légale, il reste qu’elle impose aux bénéficiaires, une charge qui rompt à son détriment,
l’égalité de tous devant les charges publiques et ouvre droit à son profit, un droit à réparation du
préjudice causé dès lors que ce préjudice est anormal et spécial. C’est la solution consacrée par la
fameuse jurisprudence COUITEAS, 3nov 1923, Dalloz [Link].59 avec les conclusions du commissaire
du gouverneur RIVET, également au CIRE de [Link] avec note de Maurice HAURIOU, RDP 1924,
p.75avec une note de Gaston JEZE. Les faits sont simples, le sieur COUITEAS, propriétaire de 38.000
hectares de terre en Tunisie obtient du juge, l’expulsion de 8000 autochtones installés là depuis des
millénaires.
La jurisprudence COUITEAS sera étendue d’abord à l’expulsion de grévistes occupant leur lieu de
travail (CE 3 JUIN 1938, Société Cartonnerie St Charles, Dalloz [Link].65, RDP (revue de droit public)
1938 P.375.
Cette jurisprudence connaitra de nouveaux développements. Ainsi, ce refus des autorités de police
non plus seulement a l’égard d’une décision de justice mais pour maintenir ou rétablir l’ordre public
(CE 27 MAI 1977, SA Victor DELFORGE, JCP 1978. II. N*18778). En principe, la carence de la police est
fautive. Cependant, leur refus d’intervenir est justifié par le fait que cette intervention, loin de
rétablir l’ordre, risque d’aggraver le désordre
La jurisprudence COUITEAS va connaitre une large application et emprunter parfois d’autres pistes
ou il n’est plus question de concours de police mais de non application d’une réglementation. C’est le
cas de l’espèce CE, 28OCT1949, société des ateliers du cap Janet, JCP 1950, 58-61. Il s’agit d’un droit
à réparation accordé à une entreprise ayant subi une grave perturbation en raison du refus
d’autoriser le licenciement du personnel excédentaire opposé par l’administration.
Réparation a été accordée à des handicapés qui doivent attendre trop longtemps avant de voir
l’accès du palais de justice aménagé à leur profit, des lors que la réalisation du projet a été étalée
dans le temps. Dans cet arrêt, le juge estime que le préjudice qui résulte de cet étalement ne saurait
« s’il revêt un caractère grave et spécial, être regardé comme une charge incombant normalement à
l’intéressé ».
Lorsque l’édiction d’un règlement régulier est la source pour certains administrés d’un préjudice
construit à leur détriment, d’une rupture de l’égalité, ils ont droit à réparation. La règlementation de
la circulation par un maire a eu des conséquences préjudiciables pour un marchand de souvenirs
établi en bordure d’un des chemins. C’est la décision prise par le CE dans son espèce du 22fev 1963,
Commune de GAVARNIE.
La jurisprudence n’a pas connu d’autres développement que celui de l’arrêt CE 13 MAI 1987,
ALDEBERT, RFDA 1988 P.950. Dans cet arrêt, il s’agissait du droit a réparation accordée à un
restaurateur qui avait perdu sa clientèle constituée de chauffeur de camions suite à l’interdiction
faite aux poids lourds de traverser la commune et à l’obligation de contournement obligatoire par
autoroute.
S’agissant d’abord des lois, c’est à la faveur de l’arrêt de principe société LAFLEURETTE (CE
14janvier 1938, Dalloz 1938 P. 43. III.). Dans cet arrêt, il s’agissait d’une loi du 8 janvier 1934 relative
à la protection, des produits laitiers et qui de ce fait interdit l’usage de crème non naturelle. La
société LAFLEURETTE qui est touchée par cette loi est obligée d’arrêter son activité et elle réclame de
ce fait, réparation préjudice subit en estimant que le préjudice est spéciale car l’entreprise est la
seule à tomber sous le coup de la loi.
lois au conventions internationales, le CE fini par admettre cette responsabilité de l’état du fait des
conventions. C’est à travers son arrêt du 30 mars 1966, Compagnie G. d’énergie radioélectrique va
étendre la jurisprudence LAFLEURETTE aux conventions internationales. Il s’agissait dans cet arrêt, du
recourt d’une société de radio réquisitionnée par l’autorité allemande pendant la 2eme guerre
mondiale et qui demandait réparation pour préjudice que lui causait l’intervention de convention
internationale reportant a plus tard l’examen de créance lié aux questions de réparation. Le juge va
rejeter cette demande. L’analyse permet de noter que la reconnaissance de la responsabilité du fait
des lois et les conventions internationales répond à plusieurs exigences rigoureuses.
- La victime ne doit pas être dans une situation excluant tout droit à
réparation.
De même, la responsabilité sans faute du fait des lois ne peut non plus être invoqué si la loi a eu
pour objet de satisfaire des intérêts généraux tels que la défense publique, la santé publique,
économie nationale etc.
On peut donc dire que l’objectif d’intérêt général des lois se pose comme un obstacle fréquent à la
réparation.
Ce problème de la responsabilité du fait des lois pose une autre question, celle du pouvoir du juge
administratif dans l’appréciation de la régularité d’une loi. La réparation a été refusée lorsqu’une loi
du 2 juillet 1983 a interdit les machines à sous en vue de la protection de la sécurité publique.