Algèbre : Diagonalisation et Valeurs Propres
Algèbre : Diagonalisation et Valeurs Propres
Cours Algèbre 5
10 mars 2025
Table des matières
i
Chapitre 1
1.1 Diagonalisation
La diagonalisation est une opération fondamentale des matrices. Nous allons énoncer
des conditions qui déterminent exactement quand une matrice est diagonalisable. Nous
reprenons pas à pas les notions du chapitre « Valeurs propres, vecteurs propres », mais
du point de vue plus théorique des applications linéaires.
Notations.
Dans ce chapitre, E est un K-espace vectoriel. K est un corps. Dans les exemples de ce
chapitre, K sera R ou C. Sauf mention contraire, E sera de dimension finie.
1.2.1 Définitions
Rappel. f : E → E est appelé un endomorphisme si f est une application linéaire
de E dans lui-même. Autrement dit, pour tout v ∈ E, f (v) ∈ E et, en plus, pour tous
u, v ∈ E et tout α ∈ K :
1
— Le vecteur v est alors appelé vecteur propre de f , associé à la valeur propre λ.
— Le spectre de f est l’ensemble des valeurs propres de f . Notation : Sp(f ) (ou SpK (f )
si on veut préciser le corps de base).
Si v est un vecteur propre alors, pour tout α ∈ K∗ , αv est aussi un vecteur propre.
Ces définitions sont bien sûr compatibles avec celles pour les matrices. Soit A ∈ Mn (K).
Soit f : Kn → Kn l’application linéaire définie par f (v) = Av (où v est considéré comme
un vecteur colonne). Alors les valeurs propres (et les vecteurs propres) de f sont celles de
A.
1.2.2 Exemples
La principale source d’exemples provient des matrices et nous renvoyons encore une fois
au chapitre « Valeurs propres, vecteurs propres ».
En effet, f (1, 1, 0) = (−4, −4, 0), autrement dit f (v1 ) = −4v1 . Ainsi v1 est un
vecteur propre associé à la valeur propre λ1 = −4.
Si on préfère faire les calculs avec les matrices, on considère v1 comme un vecteur
colonne et on calcule Av1 = −4v1 .
3. λ2 = 2 est valeur propre.
Pour le prouver, il s’agit de trouver un vecteur non nul dans Ker(f − λ2 idR3 ) pour
λ2 = 2. Pour cela, on calcule A − λ2 I3 :
−4 −2 2
A − 2I3 =
−3 −3 3
−1 1 −1
On trouve que v2 = (0, 1, 1) est dans le noyau de A − 2I3 , c’est-à-dire (A − 2I3 )v2 est
le vecteur nul. En d’autres termes, v2 ∈ Ker(f −λ2 idR3 ), c’est-à-dire f (v2 )−2v2 = 0,
donc f (v2 ) = 2v2 . Bilan : v2 est un vecteur propre associé à la valeur propre λ2 = 2.
4. λ3 = 0 est valeur propre.
On peut faire juste comme au-dessus et trouver que v3 = (1, 0, 1) vérifie f (v3 ) =
(0, 0, 0). Ainsi f (v3 ) = 0 · v3 . Bilan : v3 est vecteur propre associé à la valeur propre
λ3 = 0.
5. On a trouvé 3 valeurs propres, et il ne peut y en avoir plus car la matrice A est de
taille 3 × 3. Conclusion : Sp(f ) = {−4, 2, 0}.
Alors
f (e1 ) = e1 f (e2 ) = e2 ... f (en−1 ) = en−1 et f (en ) = 0.
Ainsi e1 , . . . , en−1 sont des vecteurs propres associés à la valeur propre 1. Et en est un
vecteur propre associé à la valeur propre 0. Conclusion : Sp(f ) = {0, 1}.
P ′ = λP =⇒ λ = 0 et P constant
De plus, tout polynôme constant non nul est un vecteur propre de h, de valeur
propre associée 0 ; donc Sp(h) = {0}.
2. (Cet exemple est en dimension infinie.) Soit E = C ∞ (R) l’espace des fonctions infi-
niment dérivables de R dans R. Soit h : E → E, ϕ 7→ ϕ′ l’application de dérivation.
eλ : R → R, x 7→ exp(λx).
On a e′λ = λeλ , donc chaque fonction eλ est un vecteur propre de h de valeur propre
associée λ. Ici, Sp(h) = R.
1.2.3 Sous-espaces propres
Cherchons une autre écriture de la relation de colinéarité définissant les vecteurs propres :
f (v) = λv ⇐⇒ f (v) − λv = 0
⇐⇒ (f − λ idE )(v) = 0
⇐⇒ v ∈ Ker(f − λ idE )
D’où la définition :
Eλ = Ker(f − λ idE ).
Autrement dit :
n o
Eλ = v ∈ E | f (v) = λv
Être valeur propre, c’est donc exactement avoir un sous-espace propre non trivial :
Nous avions trouvé les valeurs propres et les vecteurs propres associés suivants :
Par le corollaire 1.1, (v1 , v2 , v3 ) forme une famille libre de R3 (ce que l’on vérifie par un
calcul direct). Mais trois vecteurs indépendants de R3 forment automatiquement une base.
Conclusion : (v1 , v2 , v3 ) est une base de vecteurs propres de R3 .
ou encore
R3 = E−4 ⊕ E2 ⊕ E0 .
Exemple 1.5. Reprenons l’exemple 1.2, avec f : Rn → Rn définie par (x1 , . . . , xn−1 , xn ) 7→
(x1 , . . . , xn−1 , 0).
Pour la valeur propre 0, nous avions un seul vecteur propre en = (0, . . . , 0, 1), ainsi
E0 = Ren . Pour la valeur propre 1, nous avions trouvé n − 1 vecteurs propres linéai-
rement indépendants e1 = (1, 0, 0, . . .), e2 = (0, 1, 0, . . .),. . ., en−1 = (0, . . . , 0, 1, 0). Plus
précisément,
Si r = 1, c’est vérifié. Fixons r ≥ 2 et supposons notre assertion vraie pour les familles de
r − 1 vecteurs. Soit une famille qui vérifie
v1 + v2 + · · · + vr−1 + vr = 0. (1.1)
(le vecteur vr n’apparaît plus dans cette expression). On applique l’hypothèse de récur-
rence à la famille de n − 1 vecteurs (λ1 − λr )v1 , . . .,(λr−1 − λr )vr−1 , ce qui implique que
tous ces vecteurs sont nuls :
Comme les valeurs propres sont distinctes, alors λi − λr ̸= 0 (pour i = 1, . . . , r − 1). Ainsi
v1 = 0 ... vr−1 = 0.
∀v1 ∈ E1 , . . . , ∀vr ∈ Er v1 + · · · + vr = 0 =⇒ v1 = 0, . . . , vr = 0.
Exemple 1.6. — Si (v1 , . . . , vn ) est une famille libre de E, alors les droites Kv1 , . . . , Kvn
sont en somme directe.
— Si (v1 , . . . , vn ) est une base de E, alors les droites Kv1 , . . . , Kvn sont en somme
directe dans E : E = Kv1 ⊕ · · · ⊕ Kvn .
v = v1 + v2 + · · · + vr .
Alors,
1
χB (X) = det(B − XIn ) = · det(A − XIn ) · det(P ) = det(A − XIn ) = χA (X).
det(P )
Proposition 1.3.
Voyons une autre formulation. Soit f : E → E. Soit A ∈ Mn (K) sa matrice dans une base
B. Soit λ ∈ K. Alors :
Noter que l’équivalence entre « f − λ idE non injective » et « f − λ idE non bijective »
repose sur le fait que : (a) f − λ idE est un endomorphisme (il va de E dans lui-même) et
(b) E est de dimension finie. ■
alors χD (X) = (λ1 − X) · · · (λn − X) et donc les λi sont les racines de χD (X) et aussi les
valeurs propres de D.
Pour cela, cherchons quelle peut être une valeur propre de f . Soit λ ∈ K une valeur propre,
et soit v ∈ E \ {0} un vecteur propre associé. Alors :
f (v) = λv =⇒ f f (v) = f (λv)
=⇒ −f (v) = λf (v) car f 2 = −f
=⇒ −λv = λ2 v car v vecteur propre
=⇒ −λ = λ2 car v non nul
=⇒ λ(λ + 1) = 0
=⇒ λ = 0 ou λ = −1
Conséquence : les seules valeurs propres possibles sont 0 ou −1. Par la proposition 1.3,
les seules racines possibles de χf (X) sont 0 et −1. Donc χf (X) = αX a (X + 1)b où
α ∈ C∗ , a, b ≥ 0. Nous verrons juste après que le coefficient dominant est ±1. Ainsi
χf (X) = ±X a (X + 1)b .
Si f admet n valeurs propres, qui sont donc toutes les racines de χf (X), alors de l’éga-
lité n
χf (X) = (−1)n (X − λi )
Y
i=1
on en déduit :
Conclusion :
— Le polynôme χf (X) est de degré n.
— Les termes de degré n et n − 1 proviennent du produit
Exemple 1.9. Soit A ∈ Mn (R) une matrice. Alors A possède un sous-espace invariant
de dimension 1 ou 2.
Alors :
AZ = λZ =⇒ A(X + iY ) = (a + ib)(X + iY )
=⇒ AX + iAY = (aX − bY ) + i(bX + aY )
AX = aX − bY
=⇒ .
AY = bX + aY
1.4 Diagonalisation
1.4.1 Endomorphisme diagonalisable
Définition 1.6. On dit qu’un endomorphisme f : E → E est diagonalisable s’il existe
une base de E formée de vecteurs propres de f .
Rappelons que :
Définition 1.7. Soit A une matrice de Mn (K). On dit que A est diagonalisable sur K
s’il existe une matrice P ∈ Mn (K) inversible telle que P −1 AP soit diagonale.
f diagonalisable ⇐⇒ A diagonalisable.
Démonstration.
— =⇒. Soit f un endomorphisme diagonalisable.
— Si D est la matrice de f dans la base (v1 , . . . , vn ) formée de vecteurs propres,
alors D est une matrice diagonale. En effet, comme f (vi ) = λi vi , la matrice D
est diagonale et le i-ème coefficient de la diagonale est λi .
— Si A est la matrice de f dans une base B quelconque, alors A est semblable à
la matrice D ci-dessus. Il existe donc P inversible telle que D = P −1 AP soit
diagonale.
— ⇐=. Soit A une matrice diagonalisable.
Soit P une matrice telle que D = P −1 AP soit une matrice diagonale. Notons
λ1 , . . . , λn les coefficients de la diagonale. Notons (X1 , . . . , Xn ) les vecteurs colonnes
de P . Ils s’obtiennent aussi comme Xi = P Yi . Montrons que Xi est un vecteur
propre de f , associé à la valeur propre λi :
Comme P est inversible, alors (X1 , . . . , Xn ) est une base de vecteurs propres.
■
p: E −→ E
.
v = x + y 7−→ x
— Pour v = x ∈ F , on a p(x) = x ; ces x sont les vecteurs propres pour la valeur propre
1:
F = Ker(p − idE ) = E1 (p).
— Pour v = y ∈ G, on a p(y) = 0 ; ces y sont les vecteurs propres pour la valeur propre
0:
G = Ker p = E0 (p).
r: E −→ E
.
v = x + y 7−→ x − y
Autrement dit, f est diagonalisable si et seulement si E est somme directe des sous-espaces
propres de f .
Notons que, dans les deux exemples précédents (la projection et la symétrie), l’espace
vectoriel E est bien la somme directe des deux seuls sous-espaces propres.
Démonstration.
— =⇒. Par le théorème 1.1, les sous-espaces propres de f sont en somme directe.
Notons F = Eλ1 ⊕ · · · ⊕ Eλr . Comme f est supposé diagonalisable, alors il existe
une base de E formée de vecteurs propres de f . Mais ces vecteurs propres sont aussi
des éléments de F . Ainsi F contient une base de E. On en conclut que E = F =
Eλ1 ⊕ · · · ⊕ Eλr .
— ⇐=. Par hypothèse, les sous-espaces propres sont en somme directe dans E. On
choisit une base pour chacun des sous-espaces propres Eλ = Ker(f − λ idE ). Les
vecteurs de chacune de ces bases sont des vecteurs propres de f . L’union de ces
bases est une base de E formée de vecteurs propres de f , donc f est diagonalisable.
■
Définition 1.8. Un polynôme P (X) ∈ K[X] est scindé sur K s’il s’écrit
P (X) = an (X − λ1 ) · · · (X − λn )
pour certains λi ∈ K et un an ∈ K∗ .
— Et donc, si K = C, on a toujours :
X
deg P = m(λ).
λ racine de P
1.4.3 Diagonalisation
Proposition 1.7. Soient f un endomorphisme de E et χf son polynôme caractéristique.
Soit λ une valeur propre de f , de multiplicité m(λ) comme racine de χf , et soit Eλ le
sous-espace propre associé. Alors on a
1 ≤ dim Eλ ≤ m(λ).
Corollaire 1.2. Si le polynôme χf (X) (resp. χA (X)) est scindé et si les racines sont
simples, alors f (resp. A) est diagonalisable.
En effet, dans ce cas, la multiplicité m(λ) vaut 1 pour chaque valeur. Par la proposition
1.7, on a 1 ≤ dim Eλ ≤ m(λ), donc la dimension de chaque sous-espace propre est aussi
1. Par le théorème 1.2, l’endomorphisme (ou la matrice) est diagonalisable.
1.4.4 Exemples
a b
Exemple 1.16. Toute matrice réelle 2 × 2 symétrique A = est diagonalisable
b d
sur R.
Cela prouve que ∆ ≥ 0. Ainsi les deux racines λ1 et λ2 du polynôme caractéristique sont
réelles.
Conclusion :
— Si ∆ > 0 alors ces deux racines sont réelles et distinctes. Ainsi χA (X) = (X −
λ1 )(X − λ2 ) est scindé à racines simples, donc la matrice A est diagonalisable.
— Si ∆ = 0 alors, par l’équation (1.3), on a (a − d)2 = 0 et b2 = 0. Donc a = d et
b = 0. La matrice A est une matrice diagonale (donc diagonalisable !).
En effet :
— son polynôme caractéristique est χA (X) = (−1)n (X n − 1) (voir le chapitre « Valeurs
propres, vecteurs propres », section « Matrice compagnon »),
— les valeurs propres sont les racines n-ièmes de l’unité :
2π 2(n−1)π
1, ei n , . . . , ei n
1.4.5 Diagonaliser
Diagonaliser une matrice A ∈ Mn (K) signifie trouver, si elles existent, P ∈ Mn (K)
inversible et D ∈ Mn (K) diagonale telles que
A = P DP −1 .
AX = λX.
4. Si, pour toute valeur propre λ de A, dim Ker(A − λIn ) = m(λ), alors A est diago-
nalisable. Sinon elle n’est pas diagonalisable.
5. Dans le cas diagonalisable, la réunion des bases des sous-espaces propres forme une
base de vecteurs propres. Ainsi, si P est la matrice dont les vecteurs colonnes sont
ces vecteurs propres, alors D = P −1 AP est une matrice diagonale dont les éléments
diagonaux sont les valeurs propres λ de A, chacune apparaissant m(λ) fois.
Démontrons que A est diagonalisable sur R et trouvons une matrice P telle que P −1 AP
soit diagonale.
1. Commençons par calculer le polynôme caractéristique de A :
1−X 0 0
χA (X) = det(A − XI3 ) = 0 1−X 0 = (1 − X)2 (2 − X)
1 −1 2−X
2. Les racines du polynôme caractéristique sont les réels 1 avec la multiplicité m(1) = 2,
et 2 avec la multiplicité m(2) = 1. On remarque de plus que le polynôme est scindé
sur R.
3. Déterminons les sous-espaces propres associés.
— Soit E1 le sous-espace propre associé à la valeur propre double 1 : E1 = Ker(A−
x
I3 ) = {X ∈ R3 | A · X = X}. Si on note X = yz alors :
x = x
X ∈ E1 ⇐⇒ AX = X ⇐⇒ y = y ⇐⇒ x − y + z = 0
x − y + 2z = z
n x o
E1 = y
−x+y
| x ∈ R, y ∈ R est donc un plan vectoriel dont, par exemple,
1 0
les vecteurs X1 = 0
−1
et X2 = 1 forment une base.
1
— Soit E2 le sous-espace propre associé à la valeur propre simple 2 : E2 = Ker(A−
2I3 ) = {X ∈ R3 | A · X = 2X}. Alors :
x = 2x
X ∈ E2 ⇐⇒ AX = 2X ⇐⇒ y = 2y ⇐⇒ x = 0 et y = 0
x − y + 2z = 2z
n 0 o 0
E2 = 0 | z ∈ R est donc une droite vectorielle, dont le vecteur X3 = 0
z 1
est une base.
4. Les dimensions des sous-espaces propres sont égales aux multiplicités des valeurs
propres correspondantes : dim E1 = 2 = m(1), dim E2 = 1 = m(2). La matrice A
est donc diagonalisable.
5. Dans la base (X1 , X2 , X3 ), l’endomorphisme représenté par A (dans la base cano-
nique) a pour matrice
1 0 0
D= 0
.
1 0
0 0 2
Autrement dit, si on note P la matrice de passage dont les vecteurs colonnes sont
X1 , X2 et X3 , c’est-à-dire
1 0 0
P =
0 ,
1 0
−1 1 1
alors P −1 AP = D.
1.4.6 Preuves
Il nous reste à prouver la proposition 1.7 et le théorème 1.2 de la section 1.4.3. Rappelons
l’énoncé de la proposition 1.7.
1 ≤ dim Eλ ≤ m(λ).
Démonstration. Tout d’abord, par définition d’une valeur propre et d’un sous-espace
propre, on a dim Eλ ≥ 1. Notons p = dim Eλ et (e1 , . . . , ep ) une base de Eλ . On complète
cette base en une base (e1 , . . . , ep , ep+1 , . . . , en ) de E. Dans cette base, la matrice de f est
de la forme
λIp C
A= .
0 B
Cela prouve que (λ − X)p divise χf (X) et donc, par définition de la multiplicité d’une
racine, on a m(λ) ≥ p. ■
Démonstration.
— =⇒. Supposons f diagonalisable et notons λ1 , . . . , λr ses valeurs propres et m(λ1 ), . . . , m(λr )
leurs multiplicités respectives dans χf (X). Comme f est diagonalisable, alors il
existe une base B dans laquelle la matrice de f est une matrice diagonale D. Notons
ni le nombre de fois où λi apparaît dans la diagonale de D. On a alors
r
(λi − X)ni .
Y
χf (X) = χD (X) =
i=1
Cela prouve que χf (X) est scindé sur K et que m(λi ) = ni pour tout 1 ≤ i ≤ r.
Notons F = Eλ1 + · · · + Eλr . On sait que les sous-espaces propres sont en somme
directe d’après le théorème 1.1, donc F = Eλ1 ⊕ · · · ⊕ Eλr . Ainsi, par la proposition
1.2, dim F = ri=1 dim Eλi = ri=1 m(λi ) = deg χf = dim E. On en conclut que
P P
Pour chaque 1 ≤ i ≤ r, on note Bi une base de Eλi . Soit B = ri=1 Bi . Alors B est
S
une base de E (puisque c’est une base de F ). Les vecteurs de Eλi sont des vecteurs
propres. Ainsi, il existe une base de E formée de vecteurs propres de f , ce qui prouve
que f est diagonalisable.
■
1.5 Trigonalisation
Nous allons montrer que toute matrice, dont le polynôme caractéristique est scindé, est
semblable à une matrice triangulaire.
1.5.1 Trigonalisation
On rappelle qu’une matrice A = (ai,j )1≤i,j≤n est triangulaire supérieure si ai,j = 0 dès
que i > j :
a1,1 a1,2 · · · a1,n
..
..
0 a2,2 . .
A= .
.. .. ..
. . . an−1,n
0 ··· 0 an,n
Les coefficients sous la diagonale sont tous nuls. Ceux sur la diagonale ou au-dessus
peuvent être nuls ou pas.
Définition 1.9. — Une matrice A ∈ Mn (K) est trigonalisable sur K s’il existe une
matrice inversible P ∈ Mn (K) inversible telle que P −1 AP soit triangulaire supé-
rieure.
— Un endomorphisme f de E est trigonalisable s’il existe une base de E dans laquelle
la matrice de f soit triangulaire supérieure.
On rappelle qu’un polynôme est scindé sur K s’il se décompose en produit de facteurs
linéaires dans K[X].
1.5.2 Preuve
Démonstration.
— =⇒. Si f est trigonalisable, il existe une base de E dans laquelle la matrice de f
s’écrit
a a1,2 · · · a1,n
1,1
..
0 ...
a2,2 .
A=
.
.. .. .
.
. . . an−1,n
0 ··· 0 an,n
On a alors n
Y
χf (X) = χA (X) = (ai,i − X),
i=1
1.5.3 Exemple
Exemple 1.21. Soit
1 4 −2
A=
0 ∈ M3 (R).
6 −3
−1 4 0
Démontrons que A est trigonalisable sur R et trouvons une matrice P telle que P −1 AP
soit triangulaire supérieure.
1. Commençons par calculer le polynôme caractéristique de A :
1−X 4 −2
χA (X) = 0 6−X −3 = · · · = (3 − X)(2 − X)2 .
−1 4 −X
Comme χA est scindé sur R, la matrice est trigonalisable sur R. (Nous verrons plus
tard si elle est diagonalisable ou pas.)
2. Les racines du polynôme caractéristique sont les réels 3 (avec la multiplicité 1), et
2 (avec la multiplicité 2).
x + 4y − 2z = 3x
v ∈ E3 ⇐⇒ Av = 3v ⇐⇒ 6y − 3z = 3y ⇐⇒ x = y = z.
−x + 4y = 3z
Av3 = A(0, 0, 1) = (−2, −3, 0) = −2(−3v1 +v2 −v3 )−3(4v1 −v2 ) = −6v1 +v2 +2v3 .