Obligations écologiques dans les marchés publics au Bénin
Obligations écologiques dans les marchés publics au Bénin
C’est dans cette logique que la commande publique prend une importance particulière. En
effet, les marchés publics représentent dans la plupart des pays entre 15 % et 30 % du produit
intérieur brut. Ils constituent non seulement un instrument de satisfaction des besoins
collectifs, mais aussi un levier stratégique pour orienter les choix de production et de
consommation. Au-delà de leur rôle économique, les marchés publics peuvent servir d’outil de
gouvernance écologique. En imposant des clauses environnementales aux titulaires de contrats,
les États orientent la demande publique vers des biens, services et travaux plus respectueux de
l’environnement. Autrement dit, chaque marché public peut devenir un instrument de lutte
contre la pollution, de promotion des énergies renouvelables, d’encouragement à la gestion
durable des déchets et de préservation de la biodiversité. L’intégration des obligations
écologiques dans les marchés publics s’inscrit ainsi dans une perspective de développement
durable, où l’économie, le social et l’environnement sont interdépendants.
Ainsi reformulé, le sujet amène à interroger la réalité de la prise en compte des obligations
écologiques dans l’exécution des marchés publics au Bénin. Il s’agit de se demander si ces
obligations sont réellement intégrées dans les contrats, si elles sont respectées par les
prestataires et, surtout, si les organes de contrôle en assurent effectivement la mise en œuvre.
L’analyse ne se limite donc pas à une étude formelle des textes, mais s’élargit à l’examen des
pratiques, des contraintes et des perspectives. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’un
sujet de droit positif, mais également d’une réflexion critique sur l’effectivité et l’avenir de
l’intégration environnementale dans la commande publique béninoise.
La délimitation du sujet s’impose avec rigueur. D’abord, l’étude se concentre exclusivement sur
le contexte béninois, sans ignorer pour autant l’influence des instruments juridiques
internationaux et régionaux tels que les directives de l’UEMOA ou les engagements pris par le
Bénin dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Ensuite, l’analyse porte sur la phase
d’exécution des marchés publics, car c’est à ce moment précis que les obligations écologiques
doivent être respectées dans les faits. L’étude ne porte donc pas principalement sur la
procédure de passation, même si celle-ci peut conditionner l’exécution. Enfin, l’approche
choisie privilégie les aspects écologiques de la commande publique, en laissant de côté les
autres considérations – sociales, économiques ou de gouvernance – sauf lorsqu’elles
interagissent directement avec les préoccupations environnementales.
L’intérêt d’un tel sujet est multiple. Sur le plan théorique, il enrichit le débat doctrinal en
croisant deux branches du droit souvent étudiées séparément : le droit de l’environnement et
le droit des marchés publics. Leur articulation révèle des enjeux nouveaux et ouvre des
perspectives inédites pour la doctrine. Sur le plan pratique, il apporte des outils d’analyse aux
praticiens du droit et de l’administration publique, en leur permettant de comprendre les
mécanismes à renforcer pour assurer une exécution plus respectueuse de l’environnement. Sur
le plan juridique, il permet d’évaluer la pertinence des textes existants, de mettre en lumière
leurs insuffisances et de proposer des réformes adaptées au contexte béninois. Sur le plan
économique, il met en évidence le rôle des marchés publics comme moteur de l’économie
verte, capable de stimuler l’innovation et de créer des emplois durables. Enfin, sur le plan
environnemental, il démontre que la protection de la nature n’est pas une contrainte
paralysante, mais une opportunité pour repenser le développement national dans une logique
de durabilité.
L’histoire du droit nous enseigne que la question environnementale est relativement récente
dans les préoccupations juridiques. Pendant longtemps, le droit s’est borné à protéger la
propriété privée et à favoriser l’exploitation des ressources naturelles. La nature était perçue
comme un simple réservoir de richesses à exploiter. Il a fallu attendre la seconde moitié du XXᵉ
siècle pour que la conscience écologique prenne corps dans les systèmes juridiques. La
Conférence de Stockholm de 1972 a marqué une étape fondatrice en reconnaissant pour la
première fois au niveau international le droit de l’homme à un environnement sain. La
Déclaration de Rio de 1992 a consolidé cette dynamique en consacrant les principes de
développement durable et de précaution. L’Accord de Paris de 2015 a, quant à lui, placé la lutte
contre les changements climatiques au cœur de l’agenda mondial. Au niveau africain, la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée en 1981 a consacré, en son article 24, le
droit des peuples à un environnement satisfaisant et globalement propice à leur
développement. L’UEMOA, par ses directives sur la commande publique, a intégré des
considérations environnementales dans le cadre communautaire, incitant les États membres à
adapter leur législation.
La philosophie du droit permet de mieux comprendre cette évolution. Elle montre que le droit
n’est pas un simple instrument technique de régulation, mais aussi le reflet des valeurs et des
choix d’une société. En intégrant les obligations écologiques dans les marchés publics, le droit
exprime une conception nouvelle du rôle de l’État : celui d’un garant non seulement des
intérêts présents, mais aussi des générations futures. Cette philosophie repose sur l’idée de
solidarité intergénérationnelle et sur la conviction que l’environnement est un bien commun,
dont la préservation est une responsabilité collective. Elle traduit également une mutation de la
conception de la souveraineté, désormais partagée avec les engagements internationaux en
matière de climat et de biodiversité.
C’est dans ce cadre que s’inscrit la problématique suivante : dans quelles mesures les
obligations écologiques sont-elles effectivement prises en compte dans l’exécution des marchés
publics au Bénin, et quelles perspectives permettent d’en garantir l’intégration efficiente ?
Cette problématique invite à évaluer la réalité de la mise en œuvre des prescriptions
environnementales, à identifier les obstacles qui en limitent l’efficacité et à proposer des pistes
d’amélioration pour l’avenir.
La justification d’un tel travail se comprend aisément. Le Bénin est confronté à des défis
environnementaux majeurs : avancée de la désertification dans le Nord, inondations
récurrentes dans le Sud, pression démographique et urbanisation rapide, pollution liée aux
déchets plastiques, surexploitation des ressources forestières et halieutiques. Dans ce contexte,
les marchés publics, qui représentent une part importante des dépenses publiques, ne peuvent
rester à l’écart de la lutte contre la dégradation environnementale. Ils constituent un levier
stratégique pour orienter le développement dans une perspective durable. Analyser l’effectivité
des obligations écologiques dans leur exécution n’est donc pas un simple exercice académique,
mais une nécessité pour renforcer la gouvernance environnementale, améliorer la qualité des
infrastructures et garantir la durabilité des investissements publics.
C’est pourquoi ce travail s’organise autour de deux grands axes. Dans un premier temps, il
mettra en évidence que la mise en œuvre des obligations écologiques dans l’exécution des
marchés publics béninois demeure encore balbutiante(|), marquée par des insuffisances
normatives, institutionnelles et pratiques qui en limitent la portée. Dans un second temps, il
proposera des pistes pour une intégration effective et prospective de ces obligations (||), à
travers le renforcement du cadre juridique, l’amélioration des mécanismes de contrôle et
l’adoption de bonnes pratiques contractuelles, afin que la commande publique béninoise
devienne un véritable moteur de développement durable.
Première partie : Une mise en œuvre encore balbutiante des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois
Chapitre 1 : Le cadre juridique et institutionnel des obligations écologiques dans les marchés
publics
L’intégration des obligations écologiques dans l’exécution des marchés publics ne peut être
comprise qu’à la lumière du cadre juridique et institutionnel qui les sous-tend. En effet, la
commande publique, longtemps considérée uniquement comme un instrument de satisfaction
des besoins collectifs et de promotion de l’investissement public, est aujourd’hui repensée
comme un levier de développement durable. Cette mutation trouve son origine dans l’essor du
droit de l’environnement et dans l’émergence de nouveaux standards internationaux qui
imposent aux États d’intégrer les préoccupations écologiques dans leurs politiques publiques.
Le Bénin n’est pas resté en marge de cette dynamique, puisqu’il a progressivement élaboré un
arsenal normatif et institutionnel destiné à encadrer l’intégration des impératifs
environnementaux dans la gestion contractuelle. L’étude de ce cadre suppose d’abord de
s’arrêter sur les fondements juridiques de l’intégration environnementale, à savoir l’ensemble
des textes constitutionnels, législatifs et réglementaires qui structurent l’action publique en
matière de marchés publics et qui consacrent la protection de l’environnement comme une
exigence incontournable (Section 1). Mais ces normes ne sauraient être effectives sans des
acteurs chargés de les mettre en œuvre et de veiller à leur respect. C’est pourquoi il importe
également d’examiner les acteurs institutionnels et opérationnels ainsi que leurs prérogatives,
afin de comprendre le rôle des autorités contractantes, des organes de régulation et de
contrôle, des ministères compétents, mais aussi des opérateurs économiques dans la
réalisation des objectifs écologiques assignés à la commande publique (Section 2). Ce chapitre
s’attachera donc à mettre en évidence, d’une part, les bases juridiques de l’intégration
environnementale dans les marchés publics et, d’autre part, les institutions et acteurs qui en
assurent l’effectivité, afin de dégager la cohérence et les limites du dispositif béninois.
L’intégration des considérations écologiques dans les marchés publics béninois s’appuie sur un
cadre juridique à la fois externe et interne. D’une part, le Bénin est soumis à des engagements
internationaux et régionaux qui l’incitent à orienter sa commande publique vers des objectifs
de durabilité, notamment à travers les conventions internationales relatives à l’environnement
et les normes issues des organisations communautaires comme l’UEMOA (Paragraphe 1).
D’autre part, ces prescriptions trouvent leur concrétisation dans l’ordre interne grâce à la
Constitution, aux lois et règlements relatifs à la protection de l’environnement ainsi qu’au Code
des marchés publics, qui intègrent explicitement la dimension écologique dans les procédures
contractuelles (Paragraphe 2). L’étude de cette section consistera donc à examiner
successivement ces deux catégories de fondements juridiques afin de mettre en évidence leur
complémentarité dans l’encadrement de la commande publique.
L’exigence d’intégration des considérations écologiques dans les marchés publics béninois
trouve en grande partie son origine dans les engagements internationaux souscrits par l’État. Le
Bénin, à l’instar de nombreux pays en développement, a progressivement ratifié une série de
conventions, accords et traités multilatéraux qui consacrent la protection de l’environnement
comme un impératif mondial. Ces engagements ne constituent pas de simples déclarations
politiques, mais imposent des obligations juridiques et pratiques dont la mise en œuvre doit
nécessairement irriguer l’ensemble des politiques publiques, y compris la commande publique.
En effet, les marchés publics représentent une part significative du produit intérieur brut et
constituent un instrument de gouvernance économique à travers lequel l’État peut orienter les
choix de développement. À ce titre, leur utilisation pour atteindre les objectifs
environnementaux fixés au niveau international apparaît comme une déclinaison concrète de la
responsabilité de l’État béninois sur la scène mondiale.
Dès les années 1970, le Bénin a été associé au mouvement de reconnaissance planétaire de la
question environnementale, marqué notamment par la Conférence de Stockholm de 1972 sur
l’environnement humain. Si cette conférence n’a pas produit d’obligations contraignantes, elle
a consacré le principe selon lequel la protection de l’environnement est un enjeu universel et
partagé par l’ensemble de l’humanité. C’est dans la continuité de cet élan qu’a émergé, vingt
ans plus tard, le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, qui a donné naissance à
plusieurs instruments internationaux majeurs auxquels le Bénin a adhéré. La Convention-cadre
des Nations Unies sur les changements climatiques, ratifiée par le Bénin en 1994, constitue à
cet égard une étape déterminante. Elle impose aux États signataires de développer et d’adopter
des politiques de réduction des gaz à effet de serre, ainsi que de mettre en place des stratégies
d’adaptation aux effets du dérèglement climatique. Dans une logique de transposition, cela
signifie que le Bénin a le devoir d’orienter ses marchés publics vers des solutions techniques
respectueuses du climat : choix de matériaux à faible empreinte carbone, recours à des
procédés de construction économes en énergie, promotion d’infrastructures durables, etc. Les
obligations climatiques issues de cet accord ne peuvent donc être tenues pour abstraites ; elles
doivent se concrétiser dans des pratiques de commande publique.
L’Accord de Paris de 2015, auquel le Bénin est également partie, a renforcé ce dispositif en
fixant des objectifs chiffrés et en plaçant au cœur des politiques publiques la lutte contre le
réchauffement climatique. Ce traité incite les États à adopter des mesures transversales qui ne
se limitent pas aux politiques environnementales stricto sensu, mais qui s’étendent aussi aux
finances publiques et aux instruments économiques. Dans cette perspective, les marchés
publics deviennent un levier stratégique de mise en œuvre : par les cahiers des charges qu’elles
élaborent et par les critères de sélection des entreprises, les autorités contractantes sont
appelées à faire des choix cohérents avec les engagements climatiques. Un projet public qui
ignorerait ces impératifs risquerait non seulement de contrevenir aux obligations
internationales du Bénin, mais également d’amoindrir la crédibilité du pays dans les
négociations multilatérales.
Le Bénin a également souscrit à d’autres instruments normatifs, tels que la Convention de Bâle
sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et leur élimination.
L’adhésion à cet accord implique pour l’État de mettre en place des mécanismes rigoureux de
gestion des déchets afin d’éviter toute importation ou traitement non conforme aux standards
internationaux. Or, de nombreux marchés publics portent sur la collecte, le transport ou le
traitement des déchets ; ils doivent donc intégrer ces normes afin de garantir que les
opérations financées par l’État respectent les exigences internationales. De même, les
engagements du Bénin dans le cadre du Protocole de Montréal relatif aux substances
appauvrissant la couche d’ozone renforcent l’obligation d’exiger, dans les contrats publics,
l’usage de produits et technologies compatibles avec la protection atmosphérique.
environnementales dans les marchés publics, en évitant que ces dernières ne soient perçues
comme de simples innovations unilatérales, mais plutôt comme des traductions nécessaires de
normes universellement reconnues. Enfin, ils constituent un levier diplomatique et
économique, car le respect des obligations internationales permet au pays de bénéficier de
financements climatiques et environnementaux, ainsi que de l’appui technique de partenaires
internationaux.
Toutefois, si les engagements internationaux constituent un socle normatif solide, leur mise en
œuvre effective reste encore embryonnaire. En pratique, les clauses environnementales sont
souvent absentes ou insuffisamment détaillées dans les marchés publics béninois. Les autorités
contractantes manquent de formation spécialisée pour traduire les prescriptions
internationales en exigences contractuelles précises, et les entreprises elles-mêmes sont
rarement préparées à satisfaire des standards écologiques exigeants. De ce fait, l’influence
réelle des engagements internationaux sur la commande publique demeure limitée, ce qui
justifie de parler d’une mise en œuvre balbutiante. Néanmoins, ces instruments internationaux
tracent une feuille de route incontournable : ils constituent une boussole juridique et politique
qui oriente la commande publique béninoise vers une plus grande durabilité, à condition que
les acteurs nationaux s’approprient pleinement les obligations qui en découlent.
L’ancrage des obligations écologiques dans les marchés publics béninois ne se limite pas aux
engagements internationaux universels. Il trouve également une partie de sa justification dans
les normes et prescriptions régionales issues de l’Union Économique et Monétaire Ouest-
Africaine (UEMOA) et de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO). Ces deux organisations régionales, dont le Bénin est membre, jouent un rôle
structurant dans l’harmonisation des règles relatives à la commande publique et dans la
diffusion d’une culture de durabilité au sein des États membres. Leur action repose sur la
conviction que l’intégration économique et le développement durable ne sauraient s’opérer
sans une gestion rationnelle des ressources naturelles et une commande publique alignée sur
les standards environnementaux.
L’UEMOA, en tant qu’union économique et monétaire, a très tôt identifié la commande
publique comme un levier stratégique de bonne gouvernance et de développement
économique. Dès 2005, l’organisation a adopté une directive relative aux procédures de
passation, d’exécution et de règlement des marchés publics et des délégations de service
public, qui constitue un cadre de référence pour l’ensemble des huit États membres. Bien que
cette directive ait principalement visé la transparence, la concurrence et l’efficacité de la
dépense publique, elle a ouvert la voie à une réflexion sur l’intégration des considérations
environnementales dans la commande publique. En effet, le préambule de ce texte rappelle
que la politique d’harmonisation doit contribuer à un développement durable de l’espace
communautaire. À ce titre, l’UEMOA encourage l’insertion de critères qualitatifs dans les appels
d’offres, parmi lesquels figurent progressivement des exigences écologiques telles que
l’utilisation rationnelle de l’énergie, la gestion durable des ressources ou encore la limitation
des nuisances environnementales.
Il n’en demeure pas moins que l’UEMOA et la CEDEAO fournissent un cadre de légitimation et
d’harmonisation essentiel. Les prescriptions régionales rappellent aux États membres, dont le
Bénin, que la commande publique ne peut être réduite à un simple mécanisme d’achat, mais
doit être envisagée comme un instrument de développement durable et d’intégration
régionale. Elles constituent ainsi une base normative et politique qui, bien qu’encore
perfectible dans sa traduction nationale, oriente progressivement le Bénin vers une prise en
compte plus affirmée des obligations écologiques dans ses marchés publics.
Au plan national, le Bénin dispose d’un cadre légal et réglementaire visant à intégrer la
dimension écologique dans les marchés publics. Ce cadre repose à la fois sur les dispositions du
Code des marchés publics(A) et sur des textes sectoriels spécifiques(B) qui renforcent la prise
en compte des obligations environnementales.
L’entrée en vigueur de la loi n° 2020-26 du 29 septembre 2020 portant Code des marchés
publics au Bénin marque une étape notable dans la modernisation de la commande publique
nationale, en particulier pour l’intégration des exigences environnementales. Ce dispositif, tout
en conservant les grands principes de transparence, d’efficacité budgétaire et de compétitivité,
introduit des leviers juridiques concrets permettant aux autorités contractantes d’inscrire
systématiquement des considérations écologiques dans leurs processus de passation et
d’exécution des marchés publics .
Une disposition particulièrement innovante figure parmi les plus pragmatiques : l’introduction
de la prise en compte des coûts liés aux externalités environnementales sur l'ensemble du cycle
de vie du produit, du service ou de l’ouvrage. Cet article autorise l’évaluation des offres en
intégrant, de manière monétaire et vérifiable, les coûts relatifs aux émissions de gaz à effet de
serre, ainsi que d'autres pollutions ou coûts d'atténuation du changement climatique . Cette
procédure, lorsqu'elle est utilisée, doit s’appuyer sur des critères objectifs, accessibles à tous les
soumissionnaires, et prévus dès le dossier d’appel d’offres (DAO), y compris la méthode de
calcul employée . Bien que l’article exact ne soit pas numéroté dans notre source secondaire, il
s’agit d’une avancée majeure qui légitime, au niveau national, l’intégration d’un principe de
durabilité environnementale véritablement mesuré dans les marchés publics.
Enfin, le Code introduit également des dispositions générales permettant l’inscription, dans les
cahiers des charges, de clauses spécifiques. Il autorise, par exemple, l’insertion d'exigences
techniques en faveur de la durabilité (comme l’utilisation de matériaux recyclés ou peu
énergivores) et de critères de performance environnementale pouvant être sanctionnés en cas
de non-respect. Ces éléments renforcent la possibilité juridique pour les autorités de passer de
la simple prise en compte — « envisager » — à une intégration systématique et contractuelle
des impératifs écologiques dans leurs marchés.
Une innovation concrète, portée par l’article relatif aux coûts du cycle de vie : cette mesure,
rare dans les législations régionales ou africaines, permet une évaluation plus holistique des
offres, privilégiant les solutions durables plutôt que les prix les plus bas à court terme.
Un langage encore prudent : les mentions du Code restent souvent à l’état d’« incitation » ou
de prise en compte, sans transformer les obligations environnementales en exigences
impératives. Cela exprime une volonté politique de viser la durabilité, avec une marge
d’appréciation laissée aux autorités contractantes.
Des opportunités à consolider : pour que ces dispositions produisent pleinement leurs effets, il
est nécessaire de renforcer la formation des acheteurs publics, de prévoir des guides
méthodologiques pour l’évaluation du cycle de vie, et de diffuser des modèles de cahiers de
charges intégrant ces clauses environnementales.
Une transition vers une commande verte progressive : le Code n° 2020-26 offre une base
juridique solide pour l’intégration de l’environnement dans les marchés publics. Son application
effective dépendra de l’appropriation de ces dispositions par les acteurs publics et privés, dans
un contexte où les pratiques habituelles privilégient le coût immédiat et la rapidité d’exécution.
En complément du Code des marchés publics adopté par la loi n° 2020-26 du 29 septembre
2020, le Bénin dispose d’un ensemble de textes sectoriels qui viennent consolider la prise en
compte des exigences environnementales dans la commande publique. Ces normes, souvent
issues du droit de l’environnement, du droit de l’urbanisme, du droit de l’énergie ou encore du
droit agricole, constituent un cadre juridique transversal qui s’impose aux autorités
contractantes et qui influe sur la conception, la passation et l’exécution des marchés publics.
Leur importance réside dans le fait qu’elles traduisent, à l’échelle nationale, les engagements
internationaux du Bénin en matière de développement durable et d’écologie, en les intégrant
dans des domaines stratégiques de l’action publique.
Un texte majeur en la matière est la loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin (loi
n° 98-030 du 12 février 1999). Elle constitue la charpente du droit de l’environnement béninois
et consacre, à son article 2, le droit de toute personne à un environnement sain et équilibré.
Elle impose également à l’État et aux collectivités territoriales une obligation de protection et
de gestion rationnelle des ressources naturelles. L’article 69 de cette loi rend obligatoire la
réalisation d’une étude d’impact environnemental (EIE) pour tout projet ou programme de
développement susceptible d’avoir un effet sur l’environnement. Or, nombre de marchés
publics concernent directement de tels projets, qu’il s’agisse d’infrastructures routières,
d’ouvrages hydrauliques, de constructions publiques ou de projets industriels. De ce fait, l’EIE
devient une exigence préalable et un instrument incontournable qui conditionne la régularité et
la validité de plusieurs procédures de passation de marchés publics. En rendant ces études
obligatoires, la loi-cadre fait du respect de l’environnement une étape intégrée dans
l’élaboration même des dossiers d’appel d’offres. Ainsi, au-delà de la simple incitation contenue
dans le Code des marchés publics, il existe une obligation légale sectorielle qui s’impose
directement aux autorités contractantes.
À cette loi s’ajoute le Code foncier et domanial (loi n° 2013-01 du 14 août 2013), qui, bien
qu’orienté principalement vers la gestion des terres, introduit des considérations
environnementales dans l’aménagement et l’utilisation du sol. Ce texte exige que les opérations
de lotissement, d’urbanisme et de construction tiennent compte des contraintes
environnementales, notamment la préservation des zones protégées, des cours d’eau et des
zones sensibles. Ainsi, lorsqu’un marché public concerne la réalisation d’ouvrages immobiliers
ou d’infrastructures, l’autorité contractante doit obligatoirement veiller à ce que les cahiers des
charges respectent ces prescriptions, sous peine d’illégalité. Par ce biais, la commande publique
devient un vecteur indirect mais puissant de protection de l’environnement.
Dans le domaine énergétique, la loi n° 2020-05 du 1er avril 2020 relative à l’électricité mérite
une attention particulière. Elle insiste sur la promotion des énergies renouvelables et sur
l’efficacité énergétique, en vue de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de limiter les
émissions polluantes. Cette loi, combinée avec la stratégie nationale de développement des
énergies renouvelables, incite les acheteurs publics à privilégier, dans leurs appels d’offres, des
équipements économes en énergie (lampadaires solaires, générateurs hybrides, bâtiments
basse consommation, etc.). L’introduction progressive de ces exigences dans les DAO traduit
une volonté politique de faire de la commande publique un levier de transition énergétique. De
plus, elle s’accorde avec le principe du coût du cycle de vie consacré dans le Code des marchés
publics de 2020, qui permet de valoriser financièrement les performances énergétiques et
écologiques des offres.
La loi n° 2018-18 du 13 juin 2018 sur la gestion des déchets solides et assimilés en République
du Bénin constitue un autre instrument sectoriel essentiel. Elle impose aux collectivités
territoriales et aux opérateurs économiques de mettre en place des mécanismes de collecte, de
tri et de valorisation des déchets. Dans le cadre des marchés publics, cette loi a des implications
directes. Tout marché relatif à la construction, à l’entretien ou à la fourniture d’équipements
doit prévoir des clauses de gestion des déchets générés par l’exécution du contrat. Par
exemple, les marchés de travaux publics doivent inclure des dispositions relatives au traitement
des gravats et résidus de chantier, tandis que les marchés de fournitures électroniques peuvent
intégrer des exigences concernant le recyclage des batteries ou des composants usagés. Ainsi,
cette loi sectorielle transforme les impératifs environnementaux en obligations contractuelles
tangibles.
Enfin, au-delà de ces textes législatifs, il existe plusieurs décrets et arrêtés d’application qui
viennent préciser les conditions d’intégration des considérations écologiques dans les marchés
publics. À titre d’exemple, le décret n° 2021-201 du 14 avril 2021 portant modalités de
réalisation et de validation des études d’impact environnemental et social détaille la procédure
par laquelle les projets soumis à appel d’offres doivent obligatoirement être évalués avant
l’attribution des marchés. Ces règlements sont déterminants, car ils traduisent les principes
généraux en obligations opérationnelles, et s’imposent directement aux services de passation
des marchés.
En somme, si le Code des marchés publics de 2020 a posé une base générale en introduisant la
notion de coût du cycle de vie et en permettant l’intégration de critères écologiques, ce sont
bien les textes sectoriels — droit de l’environnement, droit de l’eau, droit des déchets, droit
foncier, droit de l’énergie — qui donnent un contenu opérationnel à cette exigence. Ils
imposent des obligations précises aux acheteurs publics et confèrent à la commande publique
une fonction éminemment écologique. Ces textes constituent donc le complément
indispensable sans lequel les ambitions environnementales du Code des marchés publics
demeureraient largement théoriques.
Au-delà des textes juridiques, l’effectivité des obligations écologiques dans les marchés publics
dépend étroitement des acteurs chargés de leur mise en œuvre. En pratique, plusieurs
intervenants se partagent cette responsabilité. Les institutions publiques – autorités
contractantes, organes de régulation et de contrôle, ministères compétents – définissent les
orientations et veillent au respect des normes écologiques dans les procédures contractuelles
(Paragraphe 1). À leurs côtés, les opérateurs privés, principalement les titulaires de marchés,
sont appelés à intégrer dans l’exécution des prestations les exigences environnementales
prévues par les cahiers de charges (Paragraphe 2). L’analyse de cette section mettra donc en
évidence la diversité des acteurs impliqués ainsi que leurs prérogatives respectives, afin de
mieux comprendre leur rôle dans l’opérationnalisation des objectifs écologiques assignés à la
commande publique.
Paragraphe 1 : Les organes publics intervenant dans l’exécution des marchés publics
Plusieurs organes publics interviennent dans l’exécution des marchés publics au Bénin et jouent
un rôle déterminant dans l’intégration des exigences environnementales. Il s’agit tant des
autorités contractantes(A), responsables de la mise en œuvre des clauses écologiques, que des
organes de régulation et de contrôle(B) chargés de veiller au respect de ces obligations.
Les autorités contractantes occupent une place centrale dans la mise en œuvre des obligations
écologiques au sein des marchés publics béninois. En tant qu’initiatrices et responsables de la
passation des contrats, elles détiennent la capacité de traduire les prescriptions légales et
réglementaires en actions concrètes qui influencent directement la durabilité des projets
publics. Le Code des marchés publics de 2020 leur confère explicitement la responsabilité de
définir les besoins, d’élaborer les cahiers de charges et d’évaluer les offres, ce qui fait d’elles les
acteurs principaux dans l’intégration des critères environnementaux dès la conception des
marchés. Leur rôle dépasse donc le simple choix économique : elles sont investies d’une
fonction stratégique qui relie l’efficacité des dépenses publiques à la protection de
l’environnement et au respect des engagements nationaux et internationaux du Bénin.
Dans la pratique, l’insertion des exigences écologiques dans les cahiers de charges constitue la
première étape clé du rôle des autorités contractantes. Cette démarche suppose une
connaissance approfondie des textes régissant l’environnement et la commande publique,
notamment le Code des marchés publics de 2020 et les textes sectoriels. Les autorités doivent
identifier les impacts potentiels des projets sur l’environnement et définir des spécifications
techniques adaptées, telles que l’utilisation de matériaux durables, la réduction de la
consommation énergétique, la limitation des nuisances sonores et atmosphériques, ou encore
la gestion appropriée des déchets générés par le projet. L’intégration de ces exigences dès la
phase de conception est fondamentale, car elle conditionne la sélection des opérateurs
économiques capables de répondre aux standards écologiques et garantit que les offres
retenues soient conformes aux objectifs de développement durable.
Au-delà de la définition des besoins, les autorités contractantes ont également un rôle
déterminant dans l’évaluation et l’attribution des marchés. Le Code de 2020 leur permet de
pondérer les critères environnementaux dans l’évaluation des offres, conformément au
principe du coût global ou du cycle de vie. Cela signifie que le prix ne constitue plus le seul
facteur décisif : une offre présentant une meilleure performance écologique peut être
privilégiée, même si elle est légèrement plus coûteuse. Cette disposition vise à promouvoir une
approche de long terme, où la durabilité et l’efficacité environnementale deviennent des
indicateurs aussi importants que le coût immédiat ou la qualité technique classique. En ce sens,
les autorités contractantes jouent un rôle de régulateur interne, orientant le marché public vers
la durabilité et la responsabilité écologique.
Le rôle des autorités ne se limite pas à la passation : il s’étend également à l’exécution et au
suivi des marchés. Elles sont responsables de veiller à ce que les clauses environnementales
prévues dans les contrats soient respectées, en supervisant les travaux, en effectuant des
contrôles réguliers et en demandant des rapports sur la performance environnementale.
L’insertion de clauses spécifiques, telles que l’obligation de fournir des certificats de conformité
environnementale ou de respecter les standards d’efficacité énergétique, confère aux autorités
un levier concret pour sanctionner les manquements et inciter au respect des engagements. Ce
suivi garantit que les exigences écologiques ne restent pas théoriques, mais deviennent des
obligations contraignantes qui façonnent la mise en œuvre des projets.
Enfin, les autorités contractantes jouent un rôle pédagogique et d’impulsion dans la culture
écologique des marchés publics. En valorisant les pratiques durables et en favorisant les
opérateurs responsables, elles contribuent à diffuser progressivement une conscience
environnementale parmi tous les acteurs de la commande publique. Cette fonction est
particulièrement importante dans un contexte où la priorité économique et la limitation des
coûts dominent souvent les décisions. Par leur action, les autorités contractantes peuvent
transformer la commande publique en un levier de transition écologique, démontrant que
l’efficacité des dépenses et la protection de l’environnement sont des objectifs
complémentaires et non antagonistes.
Ainsi, les autorités contractantes apparaissent comme les acteurs pivots de l’intégration des
obligations écologiques dans les marchés publics béninois. Leur rôle stratégique couvre
l’ensemble du cycle de vie du marché : de la conception et la formulation des besoins, à
l’évaluation des offres, jusqu’au suivi et au contrôle de l’exécution. Leur engagement effectif
conditionne en grande partie le succès de la mise en œuvre des normes environnementales et
la concrétisation des objectifs de développement durable inscrits dans le Code de 2020 et les
textes sectoriels.
Les organes de contrôle a priori et a posteriori, tels que les cellules de contrôle interne au sein
des ministères et la Direction nationale du contrôle des marchés publics, jouent également un
rôle crucial. Leur mission consiste à vérifier, à différents stades du processus, que les marchés
respectent les obligations prévues par la loi. En matière d’environnement, ils peuvent s’assurer
que les cahiers des charges intègrent les exigences écologiques, que les offres respectent les
standards imposés, et que l’exécution des travaux ne déroge pas aux prescriptions légales. Le
contrôle a posteriori permet de constater les manquements et de sanctionner, le cas échéant,
les acteurs négligents ou récalcitrants, ce qui renforce la crédibilité et la légitimité du dispositif.
La simple existence de ces organes exerce un effet incitatif, encourageant les autorités
contractantes et les opérateurs économiques à se conformer aux normes écologiques dès la
conception du marché.
Par ailleurs, les institutions environnementales telles que l’Agence Béninoise pour
l’Environnement (ABE) constituent un complément indispensable à cette régulation. Chargée de
l’instruction et de la validation des études d’impact environnemental, l’ABE intervient comme
intermédiaire entre la législation environnementale et la pratique des marchés publics. Aucun
projet public susceptible d’avoir un impact écologique significatif ne peut avancer sans son avis.
Cette fonction lui confère un rôle de contrôle effectif, garantissant que les obligations légales en
matière d’environnement sont respectées avant l’attribution et l’exécution des marchés. L’ABE
collabore ainsi avec l’ARMP et les autorités contractantes pour s’assurer que les critères
environnementaux ne se limitent pas à une formalité mais deviennent des éléments concrets
de décision et d’exécution.
Enfin, la synergie entre ces différents organes — ARMP, cellules de contrôle, ABE, et services
sectoriels spécialisés — est un facteur clé de succès. La coordination permet d’identifier les
insuffisances, de corriger les pratiques et de renforcer la culture de conformité. Les organes de
régulation et de contrôle ne se contentent donc pas de constater les manquements : ils
accompagnent, sensibilisent et outillent les acteurs, créant ainsi un écosystème institutionnel
favorable à l’intégration des impératifs écologiques. Cette dynamique est essentielle, car elle
assure que les textes, qu’ils soient généraux ou sectoriels, ne restent pas lettre morte et
contribuent réellement à la transformation écologique de la commande publique béninoise.
En somme, les organes de régulation et de contrôle sont les piliers de l’effectivité des
obligations environnementales dans les marchés publics. Leur action combinée de supervision,
d’accompagnement et de sanction permet d’assurer que les normes ne se limitent pas à des
prescriptions abstraites mais trouvent une traduction pratique et mesurable dans la
conception, l’attribution et l’exécution des marchés. Ils garantissent ainsi la cohérence et la
crédibilité du dispositif juridique et institutionnel, et jouent un rôle déterminant dans la
transition vers une commande publique durable et respectueuse de l’environnement.
Les opérateurs économiques et les autres parties prenantes jouent un rôle clé dans l’intégration
des obligations écologiques. Les titulaires des marchés publics doivent respecter les
prescriptions environnementales(A), tandis que la société civile et les ONG(B) assurent un suivi
et un contrôle citoyen, contribuant ainsi à la vigilance écologique.
Les titulaires des marchés publics, qu’il s’agisse d’entreprises nationales ou de consortiums
internationaux, occupent une place essentielle dans la mise en œuvre effective des obligations
écologiques au Bénin. Leur rôle dépasse largement la simple exécution des travaux ou la
fourniture de biens et services. Ils deviennent de véritables acteurs de la durabilité,
responsables de la traduction concrète des normes légales et contractuelles en pratiques
opérationnelles sur le terrain. Le Code des marchés publics de 2020, ainsi que les textes
sectoriels pertinents en matière d’environnement, imposent aux titulaires une série
d’obligations explicites et contraignantes, allant de la conception à l’exécution et au suivi des
marchés. Ces obligations reflètent la volonté de l’État béninois de faire de la commande
publique un instrument stratégique de protection environnementale et de transition
écologique.
Dès la phase de préparation des offres, les titulaires doivent démontrer leur capacité à intégrer
des critères environnementaux dans leurs propositions. Cela implique la présentation de
documents attestant de la conformité à certaines normes, comme les certificats de
performance énergétique, les plans de gestion des déchets, ou les systèmes de maîtrise des
émissions polluantes. L’évaluation des offres, guidée par le principe du coût global ou du cycle
de vie consacré par le Code de 2020, oblige les opérateurs économiques à anticiper les impacts
environnementaux de leurs prestations sur l’ensemble de leur durée, et non uniquement sur le
coût immédiat. Par exemple, une entreprise soumissionnant pour la construction d’un bâtiment
public doit calculer non seulement le prix initial, mais également l’impact énergétique,
l’utilisation de matériaux recyclés et la production de déchets sur toute la durée d’utilisation de
l’ouvrage. Cette approche transforme profondément la manière dont les titulaires conçoivent
leurs offres et favorise l’adoption de solutions durables et innovantes.
Pendant l’exécution du marché, le titulaire est tenu de respecter scrupuleusement les clauses
environnementales prévues au contrat. Cela inclut la gestion adéquate des déchets, la
limitation des nuisances pour les riverains, la protection des ressources naturelles et le respect
des normes sectorielles telles que celles relatives à l’eau, aux sols et aux espaces protégés. Le
Code de 2020 et les textes sectoriels comme la loi-cadre sur l’environnement ou la loi sur la
gestion des déchets solides donnent un fondement juridique précis à ces obligations, assorti de
sanctions en cas de non-respect. Les titulaires doivent donc mettre en place des dispositifs de
suivi interne, documenter leurs actions et fournir des rapports réguliers aux autorités
contractantes, qui elles-mêmes sont responsables du contrôle et de l’évaluation de la
conformité.
Outre le respect strict des clauses, les titulaires ont également un rôle proactif dans la
promotion de l’innovation écologique. L’intégration de techniques de construction basse
consommation, l’utilisation de matériaux écologiques, la réduction des émissions de CO₂, ou
encore l’adoption de systèmes de recyclage des déchets sont autant de pratiques qui peuvent
être valorisées dans l’évaluation des offres. Ces initiatives vont au-delà du simple respect des
obligations légales et contribuent à créer une dynamique de marché où la compétitivité se
mesure aussi en termes de performance environnementale. Dans ce cadre, les titulaires
deviennent des partenaires actifs de l’État et des collectivités pour atteindre les objectifs
nationaux de développement durable et de transition énergétique.
En somme, les titulaires de marchés publics ne sont pas de simples exécutants ; ils constituent
des acteurs centraux de l’intégration écologique, dont le rôle couvre la conception, l’exécution,
le suivi et l’innovation. Leur engagement effectif est déterminant pour traduire les ambitions
juridiques et institutionnelles en résultats concrets, permettant ainsi à la commande publique
béninoise de contribuer réellement au développement durable et à la protection de
l’environnement.
La société civile et les organisations non gouvernementales (ONG) constituent des acteurs clés
dans l’intégration effective des obligations environnementales dans les marchés publics
béninois. Leur rôle dépasse la simple observation ou critique externe : elles interviennent à
différents niveaux, contribuant à la transparence, à la responsabilisation et à la diffusion de la
culture écologique. Dans un contexte où la mise en œuvre des normes environnementales peut
être entravée par des contraintes techniques, financières ou institutionnelles, la vigilance et
l’accompagnement de ces acteurs s’avèrent indispensables pour garantir que les engagements
légaux et contractuels ne demeurent pas théoriques.
Enfin, la collaboration entre la société civile et les organes publics peut prendre la forme de
partenariats institutionnels pour le suivi environnemental. Dans certains cas, les ONG sont
impliquées dans la conception et la mise en œuvre de tableaux de bord, de systèmes de
reporting et d’indicateurs de performance écologique, permettant un suivi rigoureux et continu
des impacts environnementaux des marchés publics. Cette coopération renforce la qualité de la
gouvernance environnementale, tout en garantissant que les engagements légaux et
contractuels soient effectivement traduits en résultats tangibles.
Ainsi, la société civile et les ONG ne sont pas de simples observateurs externes mais des
partenaires actifs et stratégiques de l’État et des titulaires de marché. Leur action combinée de
surveillance, d’expertise, de sensibilisation et de pression citoyenne contribue de manière
significative à l’efficacité de l’intégration des obligations écologiques, garantissant que la
commande publique béninoise devienne un levier concret de protection de l’environnement et
de promotion du développement durable.
Chapitre 2 : Les limites constatées dans l’application effective des obligations écologiques
Si le cadre juridique et institutionnel des marchés publics béninois offre des bases pour
l’intégration des préoccupations environnementales, leur application effective demeure
confrontée à de nombreuses limites. En réalité, l’existence de normes et la désignation
d’acteurs compétents ne suffisent pas à garantir une prise en compte systématique des
impératifs écologiques. Des dysfonctionnements persistent tant au stade de la conception et de
la passation des marchés qu’au moment de leur exécution et du suivi. Ces difficultés révèlent
non seulement une faiblesse de l’appropriation des règles par les autorités contractantes et les
opérateurs économiques, mais aussi un manque de moyens techniques et institutionnels pour
en assurer l’effectivité.
De plus, même lorsque certaines clauses environnementales sont insérées, leur exécution et
leur suivi posent de réels obstacles. Les titulaires de marchés tendent parfois à les considérer
comme secondaires, tandis que les structures chargées du contrôle manquent souvent de
moyens pour vérifier leur respect effectif. Le suivi environnemental souffre également d’un
déficit de coordination institutionnelle, de ressources financières limitées et d’une absence de
mécanismes de sanction réellement dissuasifs. Cette situation contribue à fragiliser la portée
pratique des obligations écologiques, qui risquent de demeurer davantage déclaratives
qu’opérationnelles (Section 2).L’analyse de ce chapitre mettra donc en lumière, d’une part, les
insuffisances observées dans la conception et la passation des marchés, et, d’autre part, les
obstacles rencontrés dans leur exécution et leur suivi environnemental. Elle permettra de
mieux comprendre les causes structurelles et fonctionnelles des difficultés d’application, afin
d’ouvrir la voie à une réflexion sur les mécanismes d’amélioration de l’intégration écologique
dans la commande publique.
L’intégration des préoccupations écologiques devrait se traduire dès la conception des marchés
publics, à travers des clauses claires et des critères de sélection adaptés. Or, dans la pratique
béninoise, cette phase reste marquée par d’importantes limites. Les dossiers d’appel d’offres
contiennent rarement des dispositions environnementales précises, ce qui affaiblit leur
caractère contraignant (Paragraphe 1). Par ailleurs, la sélection et l’attribution des marchés
reposent encore largement sur le critère du prix, au détriment de considérations écologiques,
créant ainsi des lacunes dans le choix des opérateurs (Paragraphe 2). Cette section analysera
donc ces deux insuffisances majeures qui réduisent la portée pratique des obligations
environnementales dans la commande publique.
L’intégration des clauses environnementales dans les marchés publics béninois demeure encore
limitée. Cette situation se traduit par des spécifications techniques vertes souvent absentes ou
insuffisantes(A) et par un déficit d’exigences concernant la certification et la performance
écologique des prestataires(B).
L’un des obstacles majeurs à l’intégration effective des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois réside dans l’absence ou la faiblesse des spécifications techniques
vertes dès la phase de conception des marchés. Malgré les avancées légales introduites par le
Code des marchés publics de 2020, qui prévoit la possibilité d’inclure des critères
environnementaux dans les cahiers des charges, la réalité sur le terrain montre que ces
dispositions sont souvent peu exploitées ou appliquées de manière limitée. Les cahiers des
charges restent fréquemment centrés sur les aspects économiques et techniques traditionnels,
tels que le coût, la qualité et le délai d’exécution, tandis que les exigences environnementales
sont reléguées au second plan ou formulées de manière vague, sans indicateurs précis de
performance écologique.
Cette faiblesse se manifeste d’abord dans le niveau de précision des spécifications. Les cahiers
des charges devraient idéalement définir des standards mesurables, tels que des limites
précises d’émission de CO₂, des taux minimum de recyclage de matériaux, ou des normes de
consommation énergétique. Dans la pratique, il arrive que les clauses environnementales se
résument à des formulations générales du type « respecter la réglementation
environnementale » ou « limiter les impacts sur l’environnement », sans fournir d’éléments
concrets permettant d’évaluer la performance des offres. Cette absence de clarté rend difficile
la sélection d’offres réellement durables et limite la capacité des autorités contractantes à
sanctionner les manquements.
maîtrise technique des enjeux environnementaux, ont tendance à se concentrer sur les aspects
financiers et procéduraux, négligeant l’intégration systématique des critères verts. Cette
situation entraîne une grande variabilité dans l’application des exigences environnementales et
limite leur effectivité globale.
Un autre facteur aggravant est la faible harmonisation entre les textes légaux et les pratiques
sectorielles. Alors que certaines lois sectorielles imposent des standards spécifiques (gestion
des déchets, efficacité énergétique, protection des zones sensibles), leur traduction en clauses
applicables dans les marchés publics reste incomplète. Par exemple, un marché de construction
publique peut exiger une étude d’impact environnemental conformément à la loi-cadre sur
l’environnement, mais le cahier des charges ne détaillera pas les mesures techniques à
respecter, telles que le type de matériaux, le recyclage des déchets ou les solutions d’économie
d’énergie. Ce décalage entre la loi et la pratique contractuelle réduit la portée réelle des
obligations écologiques.
Enfin, la capacité technique limitée des autorités contractantes joue un rôle important dans
cette faiblesse. L’élaboration de spécifications techniques vertes exige des compétences
spécialisées en environnement, en ingénierie durable et en gestion des impacts écologiques,
compétences qui ne sont pas toujours disponibles dans les services publics responsables des
marchés. La conséquence directe est la formulation de clauses superficielles, insuffisantes pour
orienter le comportement des titulaires vers des pratiques réellement durables. Le manque de
formation et d’outils pratiques renforce ce déficit, accentuant les risques que les marchés
publics ne contribuent pas efficacement à la protection de l’environnement.
Un second obstacle majeur à l’intégration effective des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois réside dans le déficit d’exigences en matière de certification et de
performance écologique. Alors que le Code des marchés publics de 2020 et les textes sectoriels
établissent un cadre général pour la prise en compte des critères environnementaux, la réalité
montre que peu de marchés imposent des certifications ou des standards précis permettant de
garantir le respect effectif des obligations écologiques. Cette absence de mécanismes de
Par ailleurs, le suivi de la performance écologique pendant l’exécution du marché est lui aussi
insuffisamment encadré. Les contrats devraient idéalement inclure des indicateurs de suivi, tels
que la quantité de déchets recyclés, la consommation d’énergie, le respect des seuils
d’émission ou l’utilisation de matériaux certifiés. Dans la pratique, ces indicateurs sont souvent
absents ou peu détaillés, ce qui limite l’efficacité des contrôles effectués par les autorités
contractantes et les organes de régulation comme l’ARMP ou l’ABE. Cette situation crée un vide
opérationnel : même lorsque les clauses environnementales sont insérées dans le contrat, leur
suivi reste partiel et non systématique, réduisant l’impact réel des obligations écologiques sur le
terrain.
Les critères environnementaux restent trop peu pris en compte lors de la sélection et de
l’attribution des marchés publics au Bénin. Leur pondération dans les appels d’offres est
marginale(A), et les indicateurs permettant de suivre les engagements écologiques dès la phase
d’évaluation font souvent défaut(B).
A – Une pondération marginale des critères environnementaux dans les appels d’offres
Un des principaux obstacles à l’intégration effective des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois réside dans la pondération marginale accordée aux critères
environnementaux lors de la sélection et de l’évaluation des offres. Bien que le Code des
marchés publics de 2020 permette d’intégrer des critères liés à l’environnement et à la
durabilité, la pratique montre que ces critères sont souvent minorés au profit de considérations
financières et techniques classiques. Cette situation limite considérablement l’impact réel des
politiques environnementales et empêche les marchés publics de jouer pleinement leur rôle de
levier de transition écologique.
Lors de l’élaboration des appels d’offres, les autorités contractantes sont responsables de
définir les critères d’attribution et leur pondération respective. Dans de nombreux cas, la part
attribuée aux aspects environnementaux reste très faible, souvent symbolique, par rapport aux
critères financiers, techniques ou de délai. Par exemple, un projet de construction publique
peut attribuer 70 à 80 % de la note globale au prix et à la qualité technique, tandis que les
critères environnementaux ne représentent que 5 à 10 %. Cette marginalisation reflète une
perception selon laquelle la durabilité constitue un « plus » facultatif plutôt qu’un impératif
central. Elle traduit également des difficultés pratiques : les autorités contractantes peuvent
manquer de compétences techniques pour évaluer correctement les aspects
environnementaux ou ne pas disposer d’outils fiables pour mesurer la performance écologique
des offres.
Par ailleurs, cette pondération marginale reflète aussi des priorités économiques et sociales
souvent conflictuelles avec les impératifs environnementaux. Dans un contexte où les
ressources publiques sont limitées et où la pression pour respecter les délais et le coût est
forte, les autorités contractantes peuvent percevoir l’intégration écologique comme un facteur
de complexité ou de coût supplémentaire. La conséquence est une tendance à minimiser la
note environnementale pour favoriser les offres les moins chères ou les plus rapides, réduisant
ainsi l’effet structurant de la durabilité sur les décisions de marché.
En résumé, la pondération marginale des critères environnementaux dans les appels d’offres
constitue un frein systémique à l’intégration des obligations écologiques. Elle limite l’impact des
textes législatifs, réduit la motivation des titulaires à adopter des pratiques durables et fragilise
la cohérence globale du dispositif de commande publique écologique. Pour surmonter cet
obstacle, il est nécessaire de renforcer la part attribuée aux critères environnementaux,
d’adopter des méthodologies d’évaluation précises et de sensibiliser les autorités contractantes
sur l’importance stratégique de la durabilité dans la conception et la sélection des marchés
publics.
Un des obstacles les plus significatifs à l’intégration effective des obligations écologiques dans
les marchés publics béninois réside dans l’absence ou l’insuffisance d’indicateurs précis
permettant de suivre et d’évaluer les engagements environnementaux dès la phase
d’évaluation des offres. Alors que le Code des marchés publics de 2020 et les textes sectoriels
connexes autorisent l’insertion de critères environnementaux dans les appels d’offres, ces
critères restent souvent difficiles à mesurer ou à comparer en pratique. En l’absence d’outils
fiables et standardisés, la durabilité des propositions est peu valorisée et sa prise en compte
dans le processus décisionnel reste marginale.
Les indicateurs de suivi sont essentiels pour plusieurs raisons. Premièrement, ils permettent de
quantifier la performance écologique des offres. Une simple mention de respect des normes
environnementales ou une déclaration générale d’utilisation de matériaux durables ne suffisent
pas pour juger objectivement la qualité écologique d’une proposition. Des indicateurs précis –
par exemple, le pourcentage de matériaux recyclés utilisés, le volume d’émissions évitées,
l’efficacité énergétique du projet ou la capacité de gestion des déchets – permettent aux
autorités contractantes de comparer les offres de manière transparente et équitable. Sans ces
repères, la durabilité reste un critère abstrait, difficile à intégrer dans la pondération et
l’évaluation finale des offres.
Même lorsque les clauses écologiques sont prévues, leur mise en œuvre effective rencontre de
nombreux obstacles. Ces limites tiennent d’abord à des contraintes structurelles, telles que
l’insuffisance de moyens techniques, financiers et institutionnels pour assurer un contrôle
efficace de l’exécution des marchés (Paragraphe 1). Elles sont également aggravées par des
difficultés liées au contexte socio-économique, marqué par la recherche du moindre coût, la
faible sensibilisation des opérateurs et parfois la pression des réalités économiques qui
relèguent les exigences environnementales au second plan (Paragraphe 2). L’analyse de cette
section permettra ainsi de mieux comprendre les freins pratiques qui compromettent le suivi
environnemental des marchés publics au Bénin.
La mise en œuvre effective des obligations écologiques dans les marchés publics béninois se
heurte à des contraintes structurelles. Celles-ci se traduisent par un déficit de compétences
techniques chez les acteurs publics et privés(A), ainsi que par des moyens financiers et
matériels insuffisants pour assurer un contrôle efficace(B).
L’un des obstacles majeurs à l’exécution effective des obligations écologiques dans les marchés
publics béninois est le déficit de compétences techniques tant du côté des acteurs publics que
des titulaires de marchés. La réussite de l’intégration des critères environnementaux dépend en
effet de la capacité des différents intervenants à comprendre, appliquer et contrôler les
exigences liées à la durabilité, à la performance énergétique, à la gestion des déchets et à la
protection des ressources naturelles. Sans cette expertise, même les dispositions les mieux
conçues dans le Code des marchés publics de 2020 ou dans les textes sectoriels risquent de
rester lettre morte.
Du côté des autorités contractantes, la planification et la conception des marchés nécessitent
des compétences spécifiques en environnement et en ingénierie durable. La définition des
cahiers des charges, l’élaboration des critères de performance écologique et l’évaluation des
offres exigent une maîtrise technique pointue, qui dépasse souvent la simple connaissance des
procédures administratives ou financières. Or, la formation initiale et continue des
fonctionnaires en charge des marchés publics ne comporte pas toujours de modules spécialisés
sur la durabilité, les normes environnementales ou les méthodes de suivi écologique. Cette
lacune entraîne une faible intégration des critères verts dans les documents contractuels, une
pondération marginale des exigences écologiques et des difficultés à évaluer correctement les
offres des titulaires. Le manque de compétences techniques contribue également à la
formulation de spécifications trop générales ou imprécises, qui ne permettent pas de vérifier la
conformité ou d’encourager l’innovation durable.
Du côté des titulaires de marchés, le déficit de compétences techniques se manifeste par une
incapacité à répondre efficacement aux exigences environnementales. Même lorsque les
cahiers des charges contiennent des critères précis, certaines entreprises manquent de savoir-
faire ou d’expertise pour concevoir et mettre en œuvre des solutions durables. Par exemple, la
mise en place de systèmes de gestion des déchets, l’usage de matériaux recyclables, l’adoption
de procédés à faible consommation énergétique ou la mise en œuvre de techniques de
construction écologique nécessitent des connaissances spécialisées que toutes les entreprises
ne possèdent pas. Cette situation conduit à des offres peu conformes ou à des exécutions
partielles des obligations écologiques, fragilisant la crédibilité du dispositif.
Troisièmement, cette insuffisance de moyens se traduit par une capacité limitée à appliquer les
sanctions prévues en cas de manquement. Le Code des marchés publics de 2020 prévoit des
mécanismes de sanction et des dispositifs correctifs, mais leur mise en œuvre exige des
ressources pour documenter les violations, conduire des enquêtes techniques et engager les
procédures nécessaires. Lorsque ces moyens font défaut, les sanctions restent souvent
théoriques et n’ont pas l’effet dissuasif attendu. Cela contribue à une certaine permissivité et
peut inciter certains titulaires à négliger les aspects environnementaux, sachant que le risque
de contrôle et de pénalisation est faible.
En outre, l’insuffisance des moyens financiers et matériels affecte la capacité à assurer un suivi
continu et participatif. Les tableaux de bord, systèmes de reporting et indicateurs de
performance environnementale nécessitent des ressources pour être collectés, analysés et
communiqués régulièrement aux parties prenantes. L’absence de moyens empêche la mise en
place d’un suivi structuré, limitant la transparence et la redevabilité des actions. Les ONG et la
société civile, bien qu’elles puissent soutenir le contrôle externe, rencontrent elles aussi des
obstacles lorsque les données officielles manquent ou sont peu fiables.
Enfin, cette situation a un impact sur l’incitation à la conformité et à l’innovation. Les titulaires,
conscients que le contrôle est limité et que les sanctions sont difficiles à appliquer, peuvent se
limiter aux exigences minimales ou adopter des solutions peu durables. L’effet structurant des
marchés publics comme levier de transition écologique est ainsi affaibli. Pour que les
obligations environnementales produisent des résultats concrets, il est donc indispensable que
les autorités contractantes disposent des moyens nécessaires pour évaluer, vérifier et
sanctionner efficacement, tout en encourageant les initiatives vertes.
L’un des principaux obstacles à l’intégration effective des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois réside dans le conflit fréquent entre les priorités économiques et les
exigences environnementales. Dans un contexte marqué par des ressources financières
limitées, des besoins socio-économiques pressants et des contraintes de développement, les
autorités contractantes et les décideurs sont souvent confrontés à des arbitrages où la
durabilité environnementale est reléguée au second plan. Cette tension crée un déséquilibre
entre les ambitions légales en matière d’écologie et la réalité opérationnelle sur le terrain,
réduisant la portée concrète des obligations environnementales prévues par le Code des
marchés publics de 2020 et les textes sectoriels.
Premièrement, la pression sur les coûts constitue un facteur déterminant. Dans la conception et
l’attribution des marchés publics, le prix reste généralement le critère dominant. Les projets
doivent respecter des budgets souvent contraints, ce qui pousse les autorités contractantes à
privilégier les offres les moins coûteuses. Or, l’intégration de critères environnementaux peut
engendrer des coûts supplémentaires, liés par exemple à l’utilisation de matériaux écologiques,
à la mise en place de systèmes de gestion des déchets, ou à l’adoption de procédés
énergétiquement efficaces. Dans ce contexte, les solutions durables, jugées plus onéreuses,
peuvent être écartées ou pondérées faiblement dans les décisions d’attribution, malgré leur
conformité avec les normes environnementales et les engagements légaux.
Deuxièmement, les délais d’exécution constituent un autre facteur de conflit. Les impératifs
économiques et sociaux exigent souvent que les projets soient réalisés rapidement pour
répondre à des besoins pressants tels que la construction d’infrastructures,
l’approvisionnement en biens ou la prestation de services essentiels. L’application rigoureuse
des standards environnementaux peut, dans certains cas, rallonger les délais, nécessiter des
études préalables ou impliquer des procédés plus complexes. Face à cette pression temporelle,
les autorités contractantes peuvent être tentées de réduire l’importance des critères
écologiques afin de ne pas compromettre l’achèvement des projets, au détriment de la
durabilité et de la protection environnementale.
En résumé, les priorités économiques souvent en conflit avec les impératifs environnementaux
constituent un frein majeur à l’exécution effective des obligations écologiques. Elles influencent
la conception, la sélection et l’attribution des marchés, réduisent l’incitation à adopter des
solutions durables et limitent la valorisation de la durabilité dans la gestion publique.
Un obstacle majeur à l’intégration effective des obligations écologiques dans les marchés
publics béninois est le faible niveau de sensibilisation et de culture écologique parmi les acteurs
concernés, qu’il s’agisse des autorités contractantes, des titulaires de marchés ou des citoyens
et organisations impliqués dans le suivi. Malgré l’existence de textes législatifs et
réglementaires, tels que le Code des marchés publics de 2020 et diverses lois sectorielles sur
l’environnement, la durabilité et les pratiques écologiques ne sont pas suffisamment ancrées
dans les habitudes et les pratiques professionnelles. Ce déficit de sensibilisation limite la
compréhension, l’appropriation et l’application concrète des obligations écologiques dans le
cycle des marchés publics.
D’abord, parmi les autorités contractantes, le niveau de sensibilisation reste insuffisant. Les
fonctionnaires en charge de la préparation et de l’exécution des marchés publics disposent
rarement de formation spécialisée sur les enjeux environnementaux, les standards écologiques
ou les techniques de suivi de performance. Cette lacune se traduit par une faible intégration
des critères écologiques dans les cahiers des charges, une pondération marginale lors de
l’évaluation des offres et une supervision limitée pendant l’exécution des contrats. Même
lorsque la législation prévoit des obligations environnementales précises, l’absence de culture
écologique et d’appropriation des enjeux conduit à des pratiques formelles plutôt que réelles,
où le respect de l’environnement devient un critère secondaire, souvent négligé au profit de la
rapidité et de la réduction des coûts.
Ensuite, du côté des titulaires de marchés, la culture écologique est également limitée. Les
entreprises, surtout les petites et moyennes structures locales, manquent souvent de
connaissance sur les techniques durables, les normes internationales et les certifications
environnementales. Cette absence de maîtrise technique et de sensibilisation rend difficile
l’adoption de pratiques responsables, même lorsque celles-ci sont stipulées dans les contrats.
Les entreprises peuvent se contenter de déclarations générales ou d’initiatives ponctuelles pour
se conformer aux exigences, plutôt que de mettre en place des stratégies systématiques de
gestion écologique. Ce déficit réduit la capacité des marchés publics à impulser des
comportements durables et freine l’émergence d’une économie verte locale.
Par ailleurs, la sensibilisation limitée s’étend aux organes de régulation et de contrôle, comme
l’ARMP ou les services sectoriels chargés de la surveillance environnementale. Même avec les
textes législatifs appropriés, l’efficacité de ces organes dépend de leur compréhension des
enjeux environnementaux et de leur capacité à appliquer les normes, à contrôler la conformité
et à sanctionner les manquements. L’insuffisance de culture écologique peut conduire à des
contrôles superficiels, à des évaluations subjectives et à un faible effet dissuasif sur les titulaires
de marchés, renforçant la perception que les obligations écologiques sont optionnelles.
Ce processus implique, d’une part, l’optimisation des instruments normatifs, afin de rendre les
règles plus claires, plus précises et mieux adaptées aux réalités de la commande publique
béninoise. Il s’agit notamment de renforcer la place des clauses environnementales dans les
dossiers d’appel d’offres, de préciser les critères de sélection tenant compte de la durabilité, et
d’améliorer les textes existants afin d’assurer leur cohérence avec les engagements
internationaux et régionaux (Section 1). D’autre part, ce renforcement suppose une
consolidation des capacités institutionnelles des acteurs chargés de la régulation, du contrôle et
du suivi des marchés publics. Sans des structures dotées de compétences techniques, de
ressources financières suffisantes et d’une meilleure coordination, l’effectivité des obligations
écologiques restera compromise (Section 2).
Ainsi, ce chapitre mettra en évidence les deux axes complémentaires qui conditionnent l’avenir
de la commande publique durable au Bénin : une amélioration des normes applicables et une
montée en puissance des institutions en charge de leur mise en œuvre.
Pour assurer une intégration effective et prospective des obligations écologiques dans
l’exécution des marchés publics au Bénin, il est impératif de renforcer le cadre juridique
interne. Une approche fondamentale consiste à réviser les dispositions nationales afin
d’intégrer des standards environnementaux contraignants, transformant les obligations légales
en impératifs opérationnels tangibles. Bien que le Code des marchés publics de 2020 constitue
une avancée significative en matière de régulation des marchés et offre la possibilité d’inclure
des critères environnementaux, son application reste limitée par la souplesse relative des textes
et l’absence de standards obligatoires précis. La révision des textes nationaux doit donc viser à
fixer des exigences claires, mesurables et sanctionnables, garantissant que la durabilité ne soit
plus facultative mais une obligation incontournable pour tous les acteurs.
La première étape de cette révision consiste à identifier les lacunes existantes dans la législation
actuelle. Les articles du Code des marchés publics de 2020, tels que l’article 30 relatif aux
critères d’évaluation des offres et l’article 52 sur l’insertion des clauses contractuelles,
prévoient l’intégration de considérations environnementales, mais la formulation reste souvent
générale et non contraignante. Par exemple, le texte indique que les offres doivent « tenir
compte des aspects de durabilité » sans définir précisément ce qui constitue une performance
écologique acceptable, ni fixer de seuils minimaux obligatoires. Cette imprécision juridique
permet aux acteurs de contourner les exigences environnementales ou de les appliquer de
manière superficielle. La révision des dispositions nationales doit donc viser à transformer ces
formulations vagues en obligations claires et normées, définissant les exigences minimales de
performance environnementale pour chaque type de marché.
Par ailleurs, la révision des textes doit intégrer des mécanismes de contrôle et de sanction
précis. L’expérience a montré que l’absence de sanctions ou de mesures correctives crédibles
réduit l’efficacité des obligations écologiques. En fixant clairement les conséquences en cas de
non-conformité – telles que des pénalités financières, la résiliation du marché ou l’inéligibilité
future aux appels d’offres – le cadre juridique devient un outil réel de dissuasion et de
responsabilisation. La révision devrait également prévoir des obligations de suivi et de
reporting, garantissant que les engagements environnementaux ne restent pas des déclarations
formelles, mais donnent lieu à une vérification objective et continue.
Pour assurer une intégration effective et prospective des obligations écologiques dans les
marchés publics béninois, il est essentiel que le cadre juridique interne soit aligné sur les
meilleures pratiques internationales. Bien que le Bénin ait déjà ratifié plusieurs conventions
environnementales et adopté des textes régionaux comme ceux de l’UEMOA et de la CEDEAO,
la transposition concrète de ces normes dans le Code des marchés publics et les
réglementations sectorielles reste incomplète. L’alignement avec les standards internationaux
permet non seulement de renforcer la rigueur et l’efficacité des obligations écologiques, mais
aussi d’assurer la crédibilité, la transparence et la compétitivité des marchés publics à l’échelle
internationale.
L’alignement juridique commence par une analyse comparative des textes nationaux et
internationaux. Les normes internationales, telles que les directives de l’Union européenne sur
les marchés publics durables, les standards ISO (ISO 14001, ISO 50001), et les recommandations
des institutions financières internationales (Banque mondiale, BAD), offrent des lignes
directrices claires sur l’intégration de critères environnementaux et sociaux. Elles définissent
des obligations mesurables, des méthodes d’évaluation standardisées et des mécanismes de
suivi et de sanction qui permettent de transformer la durabilité en critère concret et
opérationnel. En comparant ces standards avec les dispositions actuelles du Code des marchés
publics béninois, les autorités peuvent identifier les lacunes et les domaines nécessitant un
renforcement ou une adaptation, tels que la définition des indicateurs de performance
écologique, la pondération des critères environnementaux et l’établissement de sanctions
proportionnelles aux manquements.
Un autre aspect crucial est l’adaptation des meilleures pratiques internationales au contexte
local. Il ne s’agit pas de copier mécaniquement les normes étrangères, mais de les
contextualiser afin qu’elles soient applicables aux contraintes économiques, techniques et
sociales du Bénin. Par exemple, certaines technologies de réduction des émissions ou
d’économie d’énergie peuvent être coûteuses et difficilement accessibles pour les entreprises
locales. L’alignement juridique doit donc prévoir des standards ambitieux mais réalistes,
accompagnés de mesures incitatives pour faciliter la mise en œuvre, telles que des subventions,
des programmes de formation, ou des partenariats techniques avec des experts internationaux.
Cette approche permet de concilier la rigueur des normes internationales avec la capacité
opérationnelle des acteurs locaux, assurant ainsi un équilibre entre ambition écologique et
faisabilité économique.
En résumé, l’alignement du cadre juridique interne sur les meilleures pratiques internationales
constitue une étape stratégique pour renforcer l’intégration des obligations écologiques dans
les marchés publics. Il permet de combler les lacunes existantes, de contextualiser les standards
internationaux pour le contexte béninois, de renforcer la transparence, d’accroître l’accès aux
financements et de stimuler l’innovation durable. Un tel alignement transforme les obligations
légales en outils opérationnels, garantissant que les marchés publics deviennent des leviers
concrets de développement durable et de transition écologique au Bénin.
Pour renforcer l’efficacité des obligations écologiques, l’introduction d’outils à la fois incitatifs
et coercitifs s’avère nécessaire. Cela concerne d’une part les mécanismes de primes et
avantages pour les opérateurs respectueux de l’environnement(A), et d’autre part les sanctions
applicables en cas de non-respect des clauses écologiques(B).
Pour promouvoir l’intégration effective des obligations écologiques dans les marchés publics
béninois, il ne suffit pas de renforcer les normes et les sanctions ; il est également essentiel de
mettre en place des mécanismes incitatifs qui récompensent les entreprises et les acteurs
publics adoptant des pratiques durables. Les mécanismes de primes et d’avantages destinés
aux opérateurs écologiquement responsables constituent un levier stratégique capable de
transformer les obligations environnementales en opportunités économiques, favorisant ainsi
l’innovation et la conformité volontaire. Ces dispositifs permettent de créer un climat où la
performance écologique devient un critère valorisé et recherché dans l’attribution et
l’exécution des marchés publics.
Les formes de primes et d’avantages peuvent varier selon les besoins et les ressources
disponibles. Elles peuvent inclure des réductions de caution, des bonifications financières sur le
montant du marché, l’octroi de points supplémentaires lors de l’évaluation des offres, ou
encore des avantages en termes de visibilité et de reconnaissance officielle. Ces récompenses
renforcent la motivation des entreprises à investir dans des solutions durables, en montrant
que la durabilité peut être rentable et valorisée dans le processus concurrentiel. De plus, elles
créent un effet d’émulation entre les opérateurs, favorisant la diffusion des meilleures
pratiques et l’adoption progressive de standards écologiques élevés dans l’ensemble des
marchés publics.
L’efficacité des obligations écologiques dans les marchés publics repose non seulement sur la
définition de critères et d’incitations positives, mais également sur la mise en place de sanctions
crédibles et dissuasives. Le non-respect des clauses environnementales peut compromettre la
durabilité des projets, engendrer des impacts négatifs sur l’environnement et affaiblir la
confiance dans la gestion publique. Pour cette raison, les sanctions représentent un levier
indispensable pour garantir que les engagements écologiques ne restent pas lettre morte et
que les titulaires de marchés soient tenus responsables de leurs performances
environnementales.
Dans le contexte béninois, le Code des marchés publics de 2020 constitue le fondement
juridique permettant d’appliquer des sanctions en cas de manquement. Les articles 52 et 57
prévoient des dispositions relatives à l’insertion de clauses spécifiques dans les marchés et à
l’exécution rigoureuse des obligations contractuelles. Toutefois, les sanctions
environnementales sont encore peu détaillées et rarement appliquées de manière
systématique. Une révision ou une interprétation pragmatique du Code est donc nécessaire
pour intégrer explicitement les conséquences liées à la non-conformité écologique, en fixant
des mesures proportionnées à la gravité des manquements et en garantissant un traitement
équitable pour tous les opérateurs.
Les sanctions peuvent revêtir plusieurs formes. Les pénalités financières sont parmi les mesures
les plus utilisées : elles peuvent prendre la forme de retenues sur le montant du marché, de
pénalités journalières pour retard ou de réduction de la rémunération en fonction de la non-
conformité constatée. Ce type de sanction agit directement sur l’intérêt économique de
l’entreprise et constitue un signal clair que le non-respect des obligations environnementales
entraîne un coût tangible. Les pénalités doivent toutefois être proportionnées et justifiées par
des indicateurs précis de performance écologique afin d’éviter toute contestation et d’assurer
leur efficacité.
Outre les sanctions financières, il est également crucial de prévoir des mesures administratives.
Celles-ci peuvent inclure la suspension partielle ou totale de l’exécution du marché, la
résiliation du contrat pour faute grave, ou l’exclusion temporaire ou définitive de l’opérateur
des futurs appels d’offres. Ces mesures renforcent la pression sur les titulaires pour respecter
les clauses environnementales et envoient un message clair que la conformité écologique est
Le contrôle et le suivi sont essentiels pour que ces sanctions soient effectives. L’absence de
mécanismes de vérification rigoureux rend les sanctions inopérantes, car il devient difficile
d’établir objectivement la non-conformité. La mise en place d’audits réguliers, de tableaux de
bord de suivi et de systèmes de reporting environnemental permet de collecter des preuves
tangibles, d’évaluer la performance réelle et de justifier l’application des sanctions. Cela
garantit également la transparence et la légitimité du processus, limitant les risques de litiges et
de contestations.
Par ailleurs, l’efficacité des sanctions est renforcée lorsqu’elles sont associées à des mesures
incitatives. Par exemple, la combinaison de primes pour la conformité et de pénalités pour la
non-conformité crée un système équilibré qui valorise les bonnes pratiques et dissuade les
manquements. Ce double mécanisme favorise une culture proactive de durabilité, où les
acteurs sont motivés à anticiper et à intégrer les exigences environnementales plutôt que de
réagir uniquement pour éviter les sanctions.
L’effectivité des obligations écologiques dans les marchés publics ne dépend pas uniquement
de la qualité des normes, mais aussi de la capacité des institutions à les mettre en œuvre. Or,
les limites observées révèlent une insuffisance de compétences, de moyens et de synergie
entre les acteurs concernés. Le renforcement des capacités institutionnelles apparaît dès lors
comme un impératif. Cela suppose, d’une part, la formation et la spécialisation des acteurs, afin
que les autorités contractantes, les organes de régulation et les opérateurs économiques
disposent des connaissances techniques nécessaires à l’intégration des exigences
environnementales (Paragraphe 1). D’autre part, il s’agit de promouvoir une meilleure
coordination et coopération institutionnelle, afin d’éviter les chevauchements de compétences,
de renforcer la complémentarité entre structures et d’assurer un suivi efficace des obligations
écologiques (Paragraphe 2). Cette section mettra ainsi en évidence les conditions
institutionnelles indispensables pour consolider la durabilité de la commande publique au
Bénin.
A – La formation continue des autorités contractantes sur les achats publics durables
La réussite de l’intégration des obligations écologiques dans les marchés publics béninois
dépend en grande partie des compétences et de la sensibilisation des autorités contractantes,
chargées de concevoir, attribuer et suivre les marchés. Dans ce contexte, la formation continue
sur les achats publics durables apparaît comme un levier stratégique indispensable pour
transformer les intentions légales en pratiques opérationnelles concrètes. Sans une maîtrise
approfondie des enjeux environnementaux et des standards applicables, les autorités
contractantes risquent de limiter l’impact des clauses écologiques à des formulations
théoriques, au détriment de l’efficacité et de la durabilité des projets.
Enfin, la formation continue peut jouer un rôle clé dans la diffusion de l’innovation et des
meilleures pratiques internationales. Les programmes de formation peuvent inclure des
exemples de marchés publics durables réussis à l’étranger, des normes ISO adaptées, ainsi que
des techniques innovantes pour améliorer la performance écologique des projets. L’exposition
à ces pratiques encourage l’adaptation et l’innovation locale, permettant aux autorités
contractantes de dépasser les exigences minimales et de contribuer activement à la transition
écologique nationale.
En résumé, la formation continue des autorités contractantes sur les achats publics durables est
un levier stratégique pour renforcer les compétences, la sensibilisation et l’efficacité du
contrôle environnemental. Elle permet non seulement de maîtriser les aspects techniques et
réglementaires, mais aussi d’instaurer une culture de durabilité, d’améliorer la coopération
interinstitutionnelle et de stimuler l’innovation. Sans un programme de formation structuré et
régulier, les efforts de mise en œuvre des obligations écologiques restent fragiles et risquent de
produire des résultats limités, malgré l’existence d’un cadre légal favorable.
Pour garantir l’intégration effective des obligations écologiques dans les marchés publics, il ne
suffit pas de former les autorités contractantes ; il est également essentiel de fournir un appui
technique aux entreprises titulaires de marchés. Cet accompagnement constitue un levier
stratégique pour surmonter les obstacles techniques, financiers et organisationnels qui limitent
la capacité des opérateurs économiques à répondre aux exigences environnementales et à
adopter des pratiques durables dans la conception, l’exécution et le suivi des projets.
L’un des principaux objectifs de cet appui technique est de faciliter l’appropriation des
standards écologiques. Les entreprises locales, en particulier les petites et moyennes
structures, peuvent manquer de connaissance ou de maîtrise des normes environnementales
applicables dans les marchés publics, qu’il s’agisse du Code des marchés publics de 2020, des
directives sectorielles ou des standards internationaux comme ISO 14001. L’appui technique
consiste donc à fournir des conseils pratiques, des guides méthodologiques, et des formations
spécifiques sur la manière d’intégrer les critères de durabilité dans les offres et les plans
d’exécution. Cela permet aux entreprises de mieux comprendre les exigences, de réduire les
erreurs et d’augmenter la qualité et la conformité de leurs prestations.
Par ailleurs, l’appui technique peut jouer un rôle dans l’optimisation des coûts liés à la
durabilité. L’adoption de pratiques écologiques est souvent perçue comme coûteuse, ce qui
constitue un frein à leur mise en œuvre. L’assistance technique permet d’identifier des
solutions économiquement viables, de planifier les investissements environnementaux et de
proposer des alternatives adaptées aux contraintes budgétaires. De cette manière, l’intégration
des standards écologiques ne devient pas un obstacle financier, mais un facteur d’innovation et
de compétitivité pour l’entreprise.
En résumé, l’appui technique aux entreprises pour répondre aux exigences écologiques est un
élément clé de la stratégie d’intégration des obligations environnementales dans les marchés
publics béninois. Il permet de combler les lacunes techniques, de faciliter l’appropriation des
standards, de renforcer le suivi et la traçabilité, d’optimiser les coûts et de développer une
culture écologique durable au sein des opérateurs économiques. Associé à la formation des
autorités contractantes et à l’instauration de mécanismes incitatifs et coercitifs, cet appui
contribue à transformer les obligations légales en pratiques concrètes et efficaces, favorisant
ainsi une transition écologique réelle et mesurable dans le domaine des marchés publics.
L’efficacité de l’intégration des obligations écologiques repose également sur une coordination
et une coopération institutionnelles renforcées. Cela implique d’une part de créer une synergie
entre les organes de régulation, les ministères et les collectivités locales(A), et d’autre part de
développer des partenariats avec les acteurs non étatiques pour assurer un suivi
environnemental efficace(B).
L’intégration effective des obligations écologiques dans les marchés publics au Bénin ne peut se
limiter à la seule initiative des autorités contractantes ou des entreprises titulaires de marchés.
Elle exige une coordination structurée et une coopération active entre les différents organes de
régulation, ministères sectoriels et collectivités locales, afin d’assurer une cohérence dans
l’application des normes, un suivi rigoureux et une harmonisation des pratiques. La synergie
entre ces acteurs est donc un levier stratégique essentiel pour renforcer la mise en œuvre des
obligations environnementales et garantir que les marchés publics contribuent réellement à la
durabilité et au développement écologique du pays.
Tout d’abord, la coordination permet de clarifier les rôles et responsabilités de chaque acteur.
Dans le système béninois, l’ARMP (Autorité de Régulation des Marchés Publics) joue un rôle
central dans la régulation et le contrôle des marchés, tandis que les ministères sectoriels
définissent les normes techniques et environnementales applicables, et les collectivités locales
supervisent l’exécution des projets sur le terrain. Une synergie efficace consiste à établir des
mécanismes de communication et de collaboration qui définissent clairement les prérogatives
de chaque acteur, évitent les chevauchements ou les conflits de compétences, et facilitent le
suivi des obligations écologiques de manière cohérente et harmonisée. Cette clarté
institutionnelle est fondamentale pour réduire les failles dans l’application des normes et
assurer une responsabilisation effective.
Un autre aspect important de cette synergie est l’harmonisation des procédures et des outils de
suivi. Les différents acteurs peuvent utiliser des tableaux de bord communs, des systèmes de
reporting standardisés et des indicateurs environnementaux uniformisés pour évaluer la
performance des marchés publics. Cette harmonisation facilite la comparaison des résultats, la
détection rapide des écarts et la prise de décisions correctives. Elle permet également
d’instaurer une culture commune de suivi et d’évaluation, où les données collectées sont
fiables, objectives et utilisables par tous les partenaires institutionnels, renforçant ainsi la
transparence et la crédibilité du dispositif.
L’intégration effective des obligations écologiques dans les marchés publics béninois ne peut se
limiter à l’action des autorités publiques. Il est désormais reconnu que la participation des
acteurs non étatiques, tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les associations
environnementales, les universités et les experts indépendants, est un facteur déterminant
pour assurer le suivi, le contrôle et la valorisation des bonnes pratiques environnementales. Ces
partenariats permettent de renforcer la transparence, d’accroître l’efficacité de la supervision
et de stimuler une culture de responsabilité écologique partagée entre le secteur public, le
secteur privé et la société civile.
Tout d’abord, le partenariat avec les acteurs non étatiques offre une expertise technique
complémentaire. Les ONG et les instituts de recherche disposent souvent de compétences
spécialisées dans des domaines tels que l’évaluation de l’impact environnemental, la gestion
des ressources naturelles, le suivi de la biodiversité ou l’analyse de la performance énergétique
des projets. En intégrant ces compétences au dispositif de suivi des marchés publics, les
autorités peuvent bénéficier de diagnostics plus précis, de recommandations pratiques et
d’analyses indépendantes, qui contribuent à une meilleure évaluation des engagements
écologiques et à la mise en œuvre de mesures correctives adaptées. Cette expertise externe
permet de pallier les limites de compétences parfois observées au sein des organes publics ou
des entreprises.
Ensuite, ces partenariats favorisent la transparence et la reddition de comptes. Les acteurs non
étatiques peuvent jouer le rôle de vigie, en vérifiant que les clauses environnementales inscrites
dans les marchés sont effectivement respectées et en signalant tout manquement ou risque
écologique. La publication des rapports d’évaluation réalisés par des partenaires indépendants
crée une pression positive sur les titulaires de marchés et les autorités contractantes, les
incitant à respecter les normes écologiques et à améliorer continuellement leurs pratiques. Cela
renforce la confiance du public, des bailleurs de fonds et des partenaires internationaux dans la
gestion des marchés publics au Bénin.
Le partenariat avec les acteurs non étatiques permet également de développer des mécanismes
d’évaluation participative et collaborative. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des audits
internes ou des contrôles administratifs, les autorités peuvent instaurer des comités de suivi
incluant des représentants d’ONG, d’universités et d’associations professionnelles. Ces comités
peuvent contribuer à l’élaboration de critères de performance, à la vérification des indicateurs
environnementaux et à l’analyse des résultats, garantissant ainsi une approche plus complète
et équilibrée. La participation citoyenne et l’expertise indépendante complètent le contrôle
institutionnel et augmentent la fiabilité des évaluations.
Enfin, ces partenariats sont essentiels pour anticiper les enjeux futurs et intégrer l’innovation.
Les acteurs non étatiques sont souvent à la pointe des nouvelles méthodes de gestion durable,
des technologies vertes et des pratiques innovantes dans la protection de l’environnement.
Leur implication dans le suivi des marchés publics permet d’identifier précocement les solutions
adaptées au contexte béninois, de proposer des ajustements aux standards nationaux et
d’inciter les entreprises à adopter des pratiques plus durables et innovantes. Cela contribue à
créer un cercle vertueux où la supervision, l’innovation et l’amélioration continue se renforcent
mutuellement.
En résumé, le partenariat avec les acteurs non étatiques pour le suivi environnemental
constitue un pilier indispensable de l’intégration effective des obligations écologiques dans les
marchés publics. Il combine expertise technique, transparence, sensibilisation, évaluation
participative et anticipation des enjeux futurs, renforçant ainsi l’efficacité et la crédibilité du
dispositif. En mobilisant la société civile et les experts indépendants, le Bénin peut transformer
les marchés publics en véritables instruments de développement durable et garantir que les
engagements environnementaux ne restent pas théoriques, mais se traduisent en résultats
concrets et mesurables.
Dans cette perspective, l’un des premiers enjeux réside dans l’intégration systématique de
critères environnementaux dans les différentes étapes des marchés publics. Il ne s’agit plus de
traiter la dimension écologique comme un aspect secondaire, mais de la placer au cœur des
cahiers de charges, des dossiers d’appel d’offres et des procédures d’évaluation des offres.
Cette systématisation doit permettre de garantir que les choix opérés, qu’il s’agisse de travaux,
de fournitures ou de services, répondent à des exigences de durabilité et de préservation des
ressources naturelles (Section 1). Mais au-delà de l’introduction des critères, encore faut-il
assurer un suivi effectif de leur respect. C’est là qu’intervient la nécessité d’un dispositif de
suivi-évaluation et de gouvernance environnementale, apte à mesurer la conformité des
prestations, à sanctionner les manquements et à instaurer une culture de responsabilité dans la
gestion de la commande publique.
Ainsi, ce chapitre se propose de mettre en lumière les deux piliers complémentaires qui
conditionnent l’efficacité de la commande publique durable : d’une part, une intégration
systématique des critères écologiques dans la conception et la passation des marchés, et
d’autre part, un mécanisme de suivi-évaluation et de gouvernance capable d’en garantir
l’application réelle et durable.
L’une des conditions essentielles pour rendre effective la prise en compte des obligations
écologiques dans les marchés publics est l’insertion explicite et constante de critères
environnementaux tout au long du processus contractuel. En pratique, cela suppose d’abord de
renforcer les spécifications techniques et critères d’attribution, en prévoyant des exigences
claires dès la rédaction des cahiers de charges et en intégrant des critères de durabilité dans
l’évaluation des offres (Paragraphe 1). Ensuite, il est nécessaire d’assurer la cohérence entre
ces exigences et la phase d’exécution, grâce à une contractualisation assortie de mécanismes
de contrôle permettant de vérifier effectivement le respect des engagements pris par les
titulaires des marchés (Paragraphe 2). L’étude de cette section montrera ainsi comment une
intégration systématique des critères environnementaux peut contribuer à transformer la
commande publique en un véritable outil de durabilité.
L’efficacité de l’intégration écologique dans les marchés publics repose sur des spécifications
techniques précises et des critères d’attribution adaptés. Cela passe d’une part par l’élaboration
de cahiers des charges incluant des standards écologiques mesurables(A), et d’autre part par
une pondération significative des critères environnementaux dans les grilles d’évaluation(B).
L’intégration effective des obligations écologiques dans l’exécution des marchés publics repose
sur une planification rigoureuse et précise dès la phase de conception des marchés. L’un des
instruments centraux de cette planification est le cahier des charges, document contractuel qui
définit les exigences techniques et environnementales auxquelles doivent répondre les offres
des opérateurs économiques. L’élaboration de cahiers des charges intégrant des standards
écologiques mesurables constitue donc un levier stratégique pour garantir que les
engagements environnementaux ne se limitent pas à des intentions générales, mais se
traduisent en obligations concrètes, vérifiables et évaluables tout au long du cycle d’exécution
du marché.
Tout d’abord, il est essentiel de définir des standards écologiques clairs et quantifiables.
Contrairement aux formulations vagues ou génériques, les standards doivent préciser des
critères mesurables tels que la consommation maximale d’énergie, le taux minimal de
matériaux recyclés à utiliser, le niveau acceptable de pollution générée ou la quantité de
déchets à traiter selon des normes prédéterminées. Ces indicateurs doivent être adaptés au
type de marché et au contexte technique et économique béninois. Par exemple, un marché de
construction pourrait exiger que 30 % des matériaux proviennent de sources recyclées ou que
l’efficacité énergétique des installations respecte un certain seuil. En rendant ces exigences
mesurables, le cahier des charges devient un outil opérationnel permettant de contrôler
objectivement la conformité des offres et des prestations.
Ensuite, les cahiers des charges doivent préciser les méthodes et procédures de suivi et de
vérification. La performance écologique ne peut être évaluée correctement sans un cadre
méthodologique clair. Les cahiers des charges doivent donc inclure des instructions sur la
manière dont les indicateurs environnementaux seront mesurés, les périodicités des contrôles,
les outils de reporting à utiliser et les responsabilités de chaque partie prenante. Cette précision
permet aux autorités contractantes de disposer d’un cadre fiable pour vérifier la conformité et
aux opérateurs de comprendre exactement ce qui est attendu d’eux, réduisant ainsi les risques
d’interprétation divergente ou de non-conformité involontaire.
Un autre élément clé est l’adaptation des exigences environnementales au contexte local. Les
standards doivent tenir compte des ressources disponibles, des contraintes techniques,
économiques et sociales et des spécificités des différents secteurs d’activité. Il s’agit de trouver
un équilibre entre ambition écologique et faisabilité opérationnelle, afin que les exigences
soient contraignantes mais réalistes. Cette contextualisation est essentielle pour éviter que les
marchés publics deviennent inaccessibles aux opérateurs locaux, tout en maintenant des
objectifs environnementaux ambitieux et conformes aux bonnes pratiques internationales.
Par ailleurs, l’élaboration des cahiers des charges doit favoriser l’innovation et la recherche de
solutions durables. En définissant des critères environnementaux clairs mais laissant une marge
de manœuvre pour la créativité, les autorités contractantes encouragent les entreprises à
proposer des solutions innovantes, économes en ressources et respectueuses de
l’environnement. Cela peut inclure l’usage de nouvelles technologies, de matériaux alternatifs,
de procédés moins polluants ou de systèmes de gestion des déchets plus performants. Un
cahier des charges bien conçu devient ainsi un outil d’émulation et de progrès, stimulant
l’adoption de meilleures pratiques écologiques à grande échelle.
Enfin, l’élaboration de cahiers des charges intégrant des standards écologiques mesurables
contribue à assurer la transparence et la comparabilité des offres. Les critères clairement
définis permettent d’évaluer les propositions de manière objective, de comparer les
performances environnementales des candidats et de sélectionner les offres les plus conformes
aux exigences légales et durables. Cela réduit les risques de favoritisme ou d’interprétation
arbitraire et installe une culture de responsabilité et de redevabilité dans la gestion des
marchés publics.
L’intégration des obligations écologiques dans les marchés publics ne peut se limiter à
l’inclusion de clauses dans les cahiers des charges. Pour être véritablement efficace, elle doit
être renforcée par une pondération significative des critères environnementaux dans les grilles
d’évaluation des offres. Cette approche transforme les exigences environnementales en
facteurs décisifs dans le processus de sélection, assurant que les opérateurs économiques
prennent ces critères au sérieux et que les projets financés respectent effectivement les
standards de durabilité.
La première étape consiste à identifier les critères environnementaux pertinents selon le type
de marché. Ces critères peuvent inclure la consommation énergétique des équipements,
l’utilisation de matériaux recyclables, la gestion des déchets, la réduction des émissions
polluantes ou la performance des infrastructures en termes de durabilité. Chaque critère doit
être défini de manière claire et mesurable afin de permettre une évaluation objective. Par
exemple, dans un marché de construction, il peut s’agir du pourcentage de matériaux recyclés
utilisés, du respect d’une norme d’efficacité énergétique ou de la capacité à minimiser l’impact
sur la biodiversité locale. La précision des critères est essentielle pour que la pondération
reflète réellement l’importance de la durabilité dans la décision finale.
Une fois les critères définis, il est nécessaire de leur attribuer une pondération significative dans
l’évaluation globale des offres. Dans de nombreux marchés publics, les critères
environnementaux sont souvent considérés comme secondaires, avec une faible influence sur
la note finale par rapport aux critères financiers ou techniques. Pour remédier à cette situation,
les autorités doivent établir des grilles d’évaluation où les performances écologiques
représentent une proportion substantielle de la notation globale. Cela crée une incitation
directe pour les opérateurs à investir dans des pratiques durables et à proposer des solutions
respectueuses de l’environnement, car leur score et leur chance de remporter le marché
dépendent désormais de leur conformité écologique.
Cette approche doit également être accompagnée d’un suivi rigoureux de l’exécution. Il ne
suffit pas de noter la performance écologique au moment de l’attribution. Les critères
environnementaux doivent être vérifiés pendant toute la durée du marché, en s’appuyant sur
des rapports, des audits et des contrôles réguliers. La pondération initiale dans l’évaluation des
offres doit être cohérente avec les mécanismes de suivi et de sanction, garantissant que les
promesses environnementales se traduisent en résultats concrets et mesurables.
La prise en compte des obligations écologiques ne saurait être effective sans une
contractualisation rigoureuse et un contrôle suivi de l’exécution. Cela implique à la fois
l’insertion de clauses de performance environnementale vérifiables(A) et la réalisation d’audits
réguliers complétés par une évaluation en fin de marché(B).
L’intégration des obligations écologiques dans les marchés publics ne peut se limiter à
l’inclusion de clauses dans les cahiers des charges. Pour être véritablement efficace, elle doit
être renforcée par une pondération significative des critères environnementaux dans les grilles
d’évaluation des offres. Cette approche transforme les exigences environnementales en
facteurs décisifs dans le processus de sélection, assurant que les opérateurs économiques
prennent ces critères au sérieux et que les projets financés respectent effectivement les
standards de durabilité.
La première étape consiste à identifier les critères environnementaux pertinents selon le type
de marché. Ces critères peuvent inclure la consommation énergétique des équipements,
l’utilisation de matériaux recyclables, la gestion des déchets, la réduction des émissions
polluantes ou la performance des infrastructures en termes de durabilité. Chaque critère doit
être défini de manière claire et mesurable afin de permettre une évaluation objective. Par
exemple, dans un marché de construction, il peut s’agir du pourcentage de matériaux recyclés
utilisés, du respect d’une norme d’efficacité énergétique ou de la capacité à minimiser l’impact
sur la biodiversité locale. La précision des critères est essentielle pour que la pondération
reflète réellement l’importance de la durabilité dans la décision finale.
Une fois les critères définis, il est nécessaire de leur attribuer une pondération significative dans
l’évaluation globale des offres. Dans de nombreux marchés publics, les critères
environnementaux sont souvent considérés comme secondaires, avec une faible influence sur
la note finale par rapport aux critères financiers ou techniques. Pour remédier à cette situation,
les autorités doivent établir des grilles d’évaluation où les performances écologiques
représentent une proportion substantielle de la notation globale. Cela crée une incitation
directe pour les opérateurs à investir dans des pratiques durables et à proposer des solutions
respectueuses de l’environnement, car leur score et leur chance de remporter le marché
dépendent désormais de leur conformité écologique.
L’efficacité de cette pondération repose également sur une méthodologie transparente et
objective. Chaque critère doit être assorti de barèmes précis et de seuils quantitatifs pour éviter
les évaluations subjectives. Par exemple, un critère d’efficacité énergétique pourrait être noté
selon le pourcentage de réduction des consommations par rapport à une norme de référence,
tandis qu’un critère de gestion des déchets pourrait être évalué en fonction du pourcentage de
déchets recyclés. Cette transparence réduit le risque de contestation, renforce la crédibilité du
processus et garantit que la performance écologique est évaluée de manière juste et
comparable entre les candidats.
Cette approche doit également être accompagnée d’un suivi rigoureux de l’exécution. Il ne
suffit pas de noter la performance écologique au moment de l’attribution. Les critères
environnementaux doivent être vérifiés pendant toute la durée du marché, en s’appuyant sur
des rapports, des audits et des contrôles réguliers. La pondération initiale dans l’évaluation des
offres doit être cohérente avec les mécanismes de suivi et de sanction, garantissant que les
promesses environnementales se traduisent en résultats concrets et mesurables.
Les audits réguliers ont pour premier objectif de suivre en temps réel la performance
environnementale des marchés. Ils permettent d’identifier rapidement les écarts par rapport
aux standards fixés dans les cahiers des charges et les clauses contractuelles. Par exemple, dans
un projet de construction, un audit peut mesurer la consommation énergétique, le volume de
déchets générés et recyclés, la qualité des matériaux utilisés, ainsi que le respect des normes de
gestion de l’eau et des sols. Ces contrôles fréquents garantissent que les titulaires respectent
les obligations écologiques dès le début de l’exécution du marché, réduisant le risque que des
non-conformités s’accumulent et deviennent irréversibles.
Un autre rôle majeur des audits est la prévention des risques et la correction proactive des
manquements. Contrairement à un contrôle final unique, les audits périodiques permettent
d’intervenir dès que des écarts sont constatés, en imposant des mesures correctives avant que
le projet ne soit achevé. Cette approche proactive favorise l’efficacité et la conformité, tout en
limitant les coûts liés aux remédiations tardives et aux pénalités. Elle incite également les
entreprises à adopter une gestion rigoureuse et continue de la performance écologique, car
elles savent que leur respect des obligations est surveillé de manière systématique.
L’évaluation en fin de marché, quant à elle, permet de mesurer l’impact global des actions
environnementales et de tirer des enseignements pour les projets futurs. Cette évaluation
consiste à comparer les résultats obtenus aux objectifs définis dans le cahier des charges et à
analyser les indicateurs de performance tels que la réduction des émissions, l’efficacité
énergétique, la gestion des déchets et l’utilisation de matériaux durables. Les conclusions de
cette évaluation fournissent un retour d’expérience précieux, permettant aux autorités et aux
opérateurs de capitaliser sur les réussites et d’identifier les points à améliorer pour renforcer la
durabilité des prochains marchés publics.
Ces mécanismes de suivi doivent être associés à des outils et méthodes rigoureuses pour
garantir leur fiabilité. Les audits peuvent être réalisés par des équipes internes formées à la
gestion environnementale, mais il est souvent recommandé de recourir à des auditeurs
indépendants ou à des partenaires non étatiques spécialisés, tels que des ONG ou des instituts
de recherche. L’utilisation de protocoles standardisés, de check-lists détaillées et de systèmes
de reporting numériques permet de collecter des données fiables, objectives et comparables.
Cette rigueur méthodologique renforce la crédibilité des audits et de l’évaluation finale, ainsi
que la légitimité des décisions et sanctions éventuelles.
Par ailleurs, les audits et l’évaluation finale jouent un rôle stratégique dans la transparence et la
reddition de comptes. La publication des résultats, qu’il s’agisse de rapports internes ou de
synthèses accessibles au public, permet aux citoyens, aux partenaires et aux bailleurs de fonds
de constater concrètement les performances écologiques des marchés publics. Cette
transparence favorise la confiance dans la gestion publique, valorise les opérateurs performants
et incite à une amélioration continue des pratiques environnementales dans tous les projets.
En résumé, les audits réguliers et l’évaluation en fin de marché constituent des outils essentiels
pour assurer la mise en œuvre effective des obligations écologiques. Ils permettent un suivi
continu, la correction proactive des manquements, la mesure des résultats, la transparence, la
responsabilisation des opérateurs et la capitalisation des bonnes pratiques. Combinés aux
clauses de performance environnementale vérifiables et aux critères pondérés dans
l’évaluation des offres, ces mécanismes renforcent significativement l’efficacité et l’impact des
marchés publics béninois en matière de durabilité et de protection de l’environnement.
L’efficacité des obligations écologiques dans les marchés publics dépend de l’existence d’un
dispositif de suivi rigoureux. Sans contrôle, les engagements contractuels risquent de rester
théoriques. D’où la nécessité de mettre en place des outils et indicateurs de suivi adaptés,
capables de mesurer la conformité des prestations aux exigences écologiques (Paragraphe 1).
Mais ce suivi doit également s’inscrire dans une dynamique de gouvernance tournée vers
l’avenir, en intégrant les perspectives de développement durable et en favorisant la
transparence, la responsabilisation et l’innovation (Paragraphe 2). Cette section analysera ainsi
le rôle central du suivi-évaluation dans la consolidation d’une commande publique
respectueuse de l’environnement.
La mise en œuvre effective des obligations écologiques dans les marchés publics ne peut se
limiter à l’insertion de clauses contractuelles ou à l’évaluation ponctuelle de la performance des
opérateurs. Pour garantir un suivi systématique, rigoureux et continu, il est indispensable de
développer des tableaux de bord et des systèmes de reporting environnemental adaptés aux
besoins des autorités contractantes, des organes de contrôle et des partenaires externes. Ces
outils constituent un instrument stratégique pour centraliser les informations, mesurer les
performances, identifier les écarts et prendre des décisions éclairées afin d’assurer la durabilité
des projets financés par l’État.
Les tableaux de bord environnementaux servent d’abord à organiser et synthétiser les données
issues du suivi des marchés publics. Ils permettent de regrouper, de manière claire et
structurée, toutes les informations relatives aux indicateurs écologiques définis dans les cahiers
des charges et les contrats. Ces indicateurs peuvent inclure la consommation énergétique, la
gestion des déchets, l’utilisation de matériaux durables, la réduction des émissions polluantes
ou la préservation de la biodiversité. En centralisant ces données, les tableaux de bord offrent
une vision globale et actualisée de la performance environnementale de l’ensemble des
marchés publics, facilitant ainsi l’analyse et la comparaison entre projets et secteurs.
Ensuite, les tableaux de bord et systèmes de reporting permettent un suivi en temps réel et une
réactivité accrue. Grâce à la collecte régulière d’informations, les autorités contractantes
peuvent détecter rapidement les écarts par rapport aux normes prévues et intervenir dès les
premières anomalies. Cette réactivité est essentielle pour corriger les pratiques, ajuster les
procédures et éviter que des non-conformités mineures ne deviennent des manquements
structurels. Les systèmes numériques de reporting, notamment, facilitent la saisie, le
traitement et l’analyse des données, améliorant la rapidité et la fiabilité des informations
disponibles pour la prise de décision.
Un autre rôle fondamental de ces outils est la transparence et la communication des résultats.
Les tableaux de bord et systèmes de reporting peuvent être partagés avec différents acteurs :
autorités supérieures, ministères sectoriels, collectivités locales, opérateurs économiques, ONG
et même citoyens. Cette transparence contribue à renforcer la responsabilité et l’engagement
de chacun, en valorisant les bonnes pratiques et en mettant en lumière les performances
écologiques insuffisantes. Elle instaure également un climat de confiance et de crédibilité
autour de la gestion des marchés publics et de la mise en œuvre des politiques
environnementales.
B – Les évaluations périodiques pour mesurer l’impact écologique des marchés publics
La mise en œuvre des obligations écologiques dans les marchés publics ne se limite pas à
l’inscription de clauses environnementales ou au suivi des indicateurs via des tableaux de bord.
Pour garantir une réelle efficacité et un impact durable, il est indispensable de procéder à des
évaluations périodiques permettant de mesurer de manière continue les effets des projets sur
l’environnement. Ces évaluations constituent un outil stratégique pour s’assurer que les
engagements contractuels se traduisent en résultats concrets, pour identifier les ajustements
nécessaires et pour orienter les politiques publiques vers une amélioration continue des
pratiques.
Les évaluations périodiques permettent avant tout de vérifier la conformité avec les standards
écologiques définis dans les cahiers des charges et les contrats. Elles consistent à comparer les
performances observées avec les objectifs fixés initialement, en s’appuyant sur des indicateurs
précis et mesurables tels que la consommation d’énergie, le taux de recyclage des matériaux, la
réduction des émissions polluantes ou encore la préservation de la biodiversité. Cette
démarche offre une vision réaliste et objective de l’impact environnemental des projets,
permettant d’identifier rapidement les écarts et de mettre en place des actions correctives
ciblées.
Un avantage clé des évaluations périodiques est la possibilité de procéder à des ajustements en
cours d’exécution. Contrairement à une évaluation finale, qui intervient à la clôture du marché,
ces examens réguliers permettent d’anticiper les problèmes et de rectifier les pratiques avant
qu’elles ne deviennent critiques. Par exemple, si un audit périodique révèle une consommation
d’eau ou d’énergie supérieure aux normes prévues, les autorités et les opérateurs peuvent
mettre en place des mesures correctives telles que l’adoption de technologies plus efficaces ou
la modification des procédures de travail. Cette approche proactive contribue à améliorer la
performance environnementale globale et à réduire les impacts négatifs sur l’écosystème.
Les évaluations périodiques jouent également un rôle crucial dans la capitalisation des bonnes
pratiques et le partage de connaissances. En analysant les résultats de plusieurs projets sur une
période donnée, il est possible d’identifier les méthodes, technologies ou stratégies les plus
efficaces en matière de durabilité. Ces informations peuvent ensuite être utilisées pour enrichir
les cahiers des charges futurs, former les autorités contractantes et les opérateurs
économiques, et orienter les politiques publiques vers des solutions innovantes et adaptées au
contexte local. Cette démarche favorise un apprentissage continu et une amélioration
progressive de l’efficacité environnementale des marchés publics.
Par ailleurs, ces évaluations renforcent la transparence et la reddition de comptes. Les résultats
peuvent être communiqués aux ministères, collectivités locales, partenaires techniques et
financiers, ainsi qu’à la société civile. Cette transparence permet de renforcer la confiance des
parties prenantes, d’inciter les opérateurs à respecter les engagements écologiques et de
valoriser les initiatives performantes. Elle crée un environnement dans lequel la performance
environnementale est reconnue et récompensée, contribuant à l’émergence d’une culture
durable et responsable dans la gestion des marchés publics.
Enfin, les évaluations périodiques constituent un outil stratégique pour anticiper les enjeux
futurs liés aux transitions écologique et énergétique. En observant les tendances, les réussites
et les difficultés rencontrées, les autorités peuvent mieux planifier les interventions futures,
ajuster les standards, renforcer les dispositifs de suivi et préparer le cadre réglementaire aux
défis émergents. Cela permet d’intégrer progressivement les marchés publics dans une
stratégie nationale de développement durable, où l’écologie et l’efficacité économique se
conjuguent pour générer des bénéfices durables pour la société et l’environnement.
En résumé, les évaluations périodiques pour mesurer l’impact écologique des marchés publics
sont un instrument indispensable pour garantir la mise en œuvre effective des obligations
environnementales. Elles permettent de vérifier la conformité, de corriger les écarts, de
capitaliser sur les bonnes pratiques, de renforcer la transparence et d’anticiper les enjeux
futurs. Associées aux tableaux de bord, aux audits et aux clauses contractuelles vérifiables, elles
contribuent à instaurer une gouvernance environnementale rigoureuse, à transformer les
engagements légaux en résultats concrets et à faire des marchés publics béninois un outil réel
de promotion du développement durable et de protection de l’environnement.
Les marchés publics peuvent devenir un levier stratégique du développement durable au Bénin.
Cela passe par leur intégration dans la stratégie nationale de développement durable(A) et par
l’anticipation des enjeux futurs liés aux transitions écologique et énergétique(B).
Pour que les obligations écologiques dans les marchés publics produisent un impact significatif,
il est impératif que ces marchés soient pleinement intégrés dans la stratégie nationale de
développement durable du Bénin. Cette intégration implique que les projets financés par l’État
et les collectivités locales soient conçus, exécutés et évalués non seulement sur la base de
critères économiques et techniques, mais également selon des objectifs environnementaux et
sociaux cohérents avec les plans nationaux de durabilité. En alignant les marchés publics sur les
priorités de la stratégie nationale, le Bénin peut transformer ses politiques contractuelles en
leviers concrets de protection de l’environnement et de transition écologique.
L’intégration commence par l’alignement des objectifs des marchés publics sur les orientations
de la stratégie nationale. Le Bénin, à travers ses programmes de développement durable et ses
engagements internationaux, s’est fixé des priorités telles que la protection de la biodiversité,
la promotion de l’efficacité énergétique, la réduction des émissions polluantes et la gestion
durable des ressources naturelles. Chaque marché public, qu’il concerne les infrastructures, les
services ou les fournitures, doit être conçu de manière à contribuer directement ou
indirectement à ces objectifs. Par exemple, un marché de construction d’infrastructures
publiques peut intégrer l’usage de matériaux recyclés, l’installation de systèmes économes en
énergie et la préservation des espaces naturels environnants. Cette cohérence assure que les
investissements publics ne sont pas dissociés des objectifs de durabilité nationale.
Un autre aspect clé est l’intégration des marchés publics dans la planification budgétaire et
sectorielle. Les investissements publics doivent être priorisés et orientés vers les projets qui
contribuent le plus aux objectifs de durabilité. Cela implique que les autorités contractantes
tiennent compte non seulement du coût financier et de l’impact économique, mais aussi de
l’impact écologique et social des marchés. Une telle approche stratégique garantit que chaque
franc dépensé par l’État ou les collectivités locales contribue effectivement au développement
durable, maximisant l’efficacité et la valeur ajoutée des marchés publics.
Enfin, l’intégration des marchés publics dans la stratégie nationale favorise la diffusion de la
culture de durabilité et la responsabilisation de tous les acteurs. En inscrivant les marchés
publics dans le cadre d’une stratégie globale, les autorités, les opérateurs économiques et la
société civile sont sensibilisés à l’importance de la durabilité, comprennent mieux les objectifs
environnementaux et sont incités à adopter des pratiques responsables. Cette démarche
contribue à transformer les marchés publics en un véritable levier de changement, où la
protection de l’environnement devient une composante essentielle de la planification, de
l’exécution et de l’évaluation des projets publics.
Ensuite, il est crucial d’adapter les standards et les critères des marchés publics pour anticiper
ces évolutions. Les cahiers des charges et les clauses contractuelles doivent inclure des
références aux meilleures pratiques internationales et aux normes émergentes, tout en restant
compatibles avec le contexte technique et économique local. Cette anticipation permet de
préparer les opérateurs économiques à répondre aux exigences futures et d’inciter l’adoption
de solutions durables innovantes. Par exemple, les critères environnementaux peuvent évoluer
pour inclure la neutralité carbone, la résilience aux changements climatiques ou l’intégration de
technologies renouvelables.
Enfin, cette anticipation contribue à aligner les marchés publics sur une vision stratégique de
développement durable à long terme. Elle permet de créer un cercle vertueux où chaque projet
public devient un vecteur de transition écologique, énergétique et technologique. En anticipant
les enjeux futurs, les autorités contractantes et les opérateurs économiques peuvent planifier
des investissements durables, intégrer les innovations et réduire les risques environnementaux,
tout en soutenant les objectifs nationaux de résilience et de développement durable.
En résumé, l’anticipation des enjeux futurs liés aux transitions écologique et énergétique est un
levier stratégique pour assurer la durabilité et l’efficacité des marchés publics béninois. Elle
implique l’identification des tendances, l’adaptation des critères et des standards, le
renforcement des capacités, la flexibilité des dispositifs de suivi et l’intégration dans une vision
nationale de développement durable. Grâce à cette démarche proactive, les marchés publics
deviennent non seulement un instrument de gestion économique, mais également un moteur
de transformation écologique et énergétique, contribuant à préparer le Bénin aux défis
environnementaux et énergétiques de demain.
CONCLUSION
L’analyse des obligations écologiques dans l’exécution des marchés publics au Bénin permet de
dégager des enseignements significatifs quant à l’état actuel de la commande publique et aux
défis liés à l’intégration du développement durable dans le processus contractuel. La
problématique posée, à savoir dans quelle mesure ces obligations sont effectivement prises en
compte et quelles perspectives permettent d’assurer leur intégration efficiente, a conduit à
examiner à la fois les insuffisances pratiques et normatives qui caractérisent la mise en œuvre
actuelle et les pistes susceptibles de renforcer l’efficacité du système. L’étude a ainsi permis de
montrer que, malgré l’existence d’un cadre juridique relativement élaboré et de directives
institutionnelles favorables, la prise en compte des exigences environnementales dans les
marchés publics béninois demeure encore limitée et souffre de plusieurs contraintes
structurelles et opérationnelles.
En premier lieu, la mise en œuvre des obligations écologiques se heurte à des insuffisances
normatives et institutionnelles. Bien que le Code des marchés publics et le Code de
l’environnement prévoient la possibilité d’insérer des clauses environnementales dans les
contrats publics, ces textes restent souvent généraux et manquent de précisions
opérationnelles quant aux modalités concrètes de contrôle et d’application. Les cahiers des
charges, lorsqu’ils mentionnent des exigences écologiques, se contentent fréquemment
d’énoncés formulés de manière vague, laissant une large marge d’interprétation aux titulaires
de marchés. Cette situation se traduit par une application inégale et parfois inexistante de ces
obligations, certaines entreprises se limitant à une conformité superficielle pour répondre aux
exigences administratives sans véritablement intégrer les pratiques durables dans leurs
prestations. La faiblesse des mécanismes de suivi et de contrôle aggrave cette situation. Les
autorités de tutelle et les organismes de contrôle manquent souvent de moyens matériels,
financiers et humains pour inspecter efficacement les chantiers, évaluer la conformité
environnementale des prestations et sanctionner les manquements. En conséquence, une
partie des marchés publics est exécutée en décalage avec les objectifs de durabilité, ce qui
compromet la contribution réelle de la commande publique à la protection de l’environnement.
Par ailleurs, des facteurs externes viennent renforcer ces difficultés. La faible sensibilisation des
acteurs aux enjeux environnementaux, la priorité accordée aux coûts et aux délais par rapport
aux performances écologiques, ainsi que la limitation des capacités techniques des entreprises
locales constituent autant d’obstacles à l’intégration effective des obligations écologiques. De
même, la coordination insuffisante entre les différentes institutions publiques impliquées –
ministères, collectivités territoriales, agences spécialisées – entraîne des doublons, des lacunes
dans le suivi et parfois des conflits de compétence. Cette situation met en évidence un
paradoxe : la volonté politique et normative de promouvoir le développement durable est
manifeste, mais elle se heurte à des réalités pratiques qui entravent sa concrétisation.
La seconde partie de l’étude a mis en lumière les perspectives permettant d’améliorer cette
intégration et de rendre les obligations écologiques réellement effectives. Parmi les solutions
envisagées, le renforcement du cadre juridique apparaît comme prioritaire. Il s’agirait d’insérer
dans le Code des marchés publics des dispositions plus contraignantes et plus détaillées sur les
exigences environnementales, accompagnées de sanctions explicites pour les titulaires qui ne
s’y conforment pas. L’adoption de normes sectorielles spécifiques pour certains types de
marchés, telles que les travaux d’infrastructures ou les services publics sensibles, permettrait
également de mieux encadrer les pratiques et de réduire l’ambiguïté dans l’application des
obligations. Parallèlement, la formation et la sensibilisation des acteurs – fonctionnaires
chargés du contrôle, maîtres d’ouvrage et prestataires – sont essentielles pour développer des
compétences et une culture de la durabilité au sein de la commande publique. Une meilleure
compréhension des enjeux écologiques et des pratiques vertueuses favorisera une mise en
œuvre plus rigoureuse et proactive des obligations.
En conclusion, l’étude démontre que si les obligations écologiques sont désormais reconnues et
intégrées dans le corpus juridique béninois relatif aux marchés publics, leur application
effective demeure encore incomplète et insuffisante. La mise en œuvre balbutiante constatée
résulte d’un ensemble de facteurs : insuffisances normatives, faiblesse des moyens de contrôle,
limites techniques et culturelles des acteurs, ainsi que coordination institutionnelle imparfaite.
Toutefois, l’analyse montre également que des solutions concrètes existent pour dépasser ces
difficultés. Le renforcement du cadre juridique, la formation des acteurs, la mise en place de
mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux, ainsi que l’intégration stratégique de la
dimension environnementale dans la planification et l’exécution des marchés, constituent
autant de leviers permettant d’assurer une intégration efficiente des obligations écologiques.