Il est un silence rare, précieux, qui ne se trouve plus guère dans le monde moderne.
Ce
n'est pas l'absence de bruit, mais une présence apaisée. C'est le silence d'une forêt
profonde en début d'après-midi, où le seul son est le craquement lointain d'une
branche sous le poids d'un invisible animal, ou le souffle du vent qui caresse la cime
des arbres. Dans ce silence, l'oreille se met à percevoir des fréquences oubliées : le
bourdonnement d'un insecte, le battement de son propre cœur. C'est un silence qui
n'est pas vide, mais plein, un cocon de tranquillité où la pensée peut enfin s'étirer sans
être immédiatement happée par une sollicitation extérieure.
À l'opposé, il y a le bruit des villes, cette symphonie cacophonique et incessante. C'est
un tissu sonore dense, composé de couches superposées. En fond, le ronronnement
permanent de la circulation, un grondement bas et continu qui est à la ville ce que le
bourdonnement des lignes électriques est à la campagne. Par-dessus, les stridences
des sirènes, les claquements secs des portières, les éclats de voix des passants, la
musique s'échappant d'un café. Ce bruit n'est pas une absence de sens ; il est le pouls
même de la vie urbaine, sa respiration haletante. On s'y habitue, au point de ne plus
l'entendre consciemment, mais il modèle notre humeur, notre niveau de stress, notre
façon d'être. Le défi moderne est peut-être de trouver des poches de ce premier silence
au cœur même du tumulte, des moments de grâce où le bruit se retire, ne serait-ce
qu'un instant, pour laisser place à un souffle, à un soupir de tranquillité.