LA RHETORIQUE
TABLE DES MATIÈRES
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Dédicace
Introduction - Pour une rhétorique partagée
I - Une exigence démocratique
1 - Les citoyens, décrypteurs du discours
2 - Les citoyens, producteurs de discours
3 - La rhétorique démocratique
II - Un dilemme éthique
1 - L'éthique fondée sur les moyens de la conviction
2 - L'éthique fondée sur la fin de la conviction
3 - L'éthique individualiste de la conviction
4 - La rhétorique éthique
Chapitre 1 - Comprendre la rhétorique
I - Une brève histoire de la discipline
1 - Les adversaires : Platon et Descartes
2 - Un défenseur : Aristote
Introduction
Pour une rhétorique partagée
La rhétorique a mauvaise réputation. Pour les uns, elle évoque un savoir
effrayant, l’art sombre de la manipulation, le secret damné des avocats et
des politiciens. Pour d’autres, elle serait au contraire une discipline
vieillotte, l’étude obsessionnelle des figures de style, le plaisir coupable des
libraires et des professeurs de français. Accusée d’être à la fois toute-
puissante et insignifiante, dangereuse et poussiéreuse, la rhétorique a fini
par faire consensus. Contre elle.
Et pourtant. Au-delà des fantasmes et des préjugés, il est temps de
considérer la rhétorique pour ce qu’elle est : l’art de présenter notre pensée
de la manière la plus pertinente possible, afin d’en faciliter l’acceptation par
nos auditeurs et nos interlocuteurs. Ainsi définie, la rhétorique est partout.
Dans les réunions professionnelles comme dans les dîners de famille. Dans
les spots publicitaires comme dans les bavardages amicaux. Dans les
entretiens d’embauche comme dans les rendez-vous galants. Pas un jour ne
passe sans que nous l’utilisions ou la subissions. Convaincre notre
compagne ou notre compagnon de nous accompagner à un dîner ennuyeux,
c’est de la rhétorique. Convaincre notre patron de nous accorder une
augmentation, c’est de la rhétorique. Convaincre des électeurs de gliss
II - Vers une définition
La rhétorique, c’est donc l’art de convaincre. À première vue, rien de
plus élémentaire. Mais comment définir, exactement, la conviction ? Où se
situent ses frontières avec les autres domaines dont elle semble proche :
l’éloquence, la négociation et, même, la manipulation ? Voilà toutes les
questions qu’il nous faut, avant tout autre chose, élucider. En commençant
par le commencement : dire de la rhétorique ce qu’elle n’est pas.
1 - DE LA STYLISTIQUE ?
Au milieu du XX
e siècle, Chaïm Perelman réhabilite la rhétorique
comme véritable art de convaincre. Elle continue pourtant, à ce jour, d’être
ramenée au stéréotype de ce qu’elle a longtemps incarné : l’étude
obsessionnelle des figures de style. Si bien que, lorsque l’on évoque la
rhétorique, nos interlocuteurs s’attendent à être assaillis de mots barbares
tels que « épanalepses, zeugmes ou chleuasmes ». Ils n’ont qu’en partie
raison.
Il est vrai que les figures de style sont des outils fréquemment mobilisés
par la rhétorique. Mais elles ne sont que cela, justement : des outils. Au
contraire de la stylistique, la rhétorique ne s’intéresse pas à l’étude littéraire
pour elle-même. Peu importe, au fond, d’être capable de distinguer une
métonymie d’une synecdoque, une allitération d’une assonance. Ce qui
compte, pour nous, c’est de connaître les effets argumentatifs produits par
ces figures. Comprendre en quoi elles ont un impact sur les auditeurs. La
rhétorique utilise les procédés stylistiques, mais ne s’y réduit pas. Elle les
mobilise au profit d’un projet bien spécifique : convaincre.
2 - DE L’ÉLOQUENCE ?
Le début du XXI
e siècle a été marqué par un retour en grâce de
l’éloquence. Longtemps, elle fut cantonnée au monde des avocats, pratiquée
dans les tribunaux et travaillée par de jeunes étudiants en droit. Depuis,
documentaires, films et émissions de télévision l’ont révélée au grand
public. Il n’y a désormais plus une université qui ne dispose de son club de
débat. Les lycées, les collèges et même les écoles primaires investissent
progressivement l’oralité. Quant à l’univers professionnel, des formations à
la prise de parole en public aux concours de pitch, il a lui aussi développé
sa propre vision de l’art oratoire. Mais si éloquence et rhétorique possèdent
des points de convergence, elles ne recouvrent pas exactement les mêmes
réalités.