effet facilitant la transmission virale par aérosols.
Une telle séquence aurait pu être intégrée
lors d’expériences de mutagénèse couramment réalisées en virologie.
Cette deuxième hypothèse est soutenue par un faisceau de faits et d’arguments, sans
qu’elle soit étayée par des preuves. L’ensemble des arguments circonstanciels a été rapporté
récemment par une commission bipartisane de la chambre des représentants des Etats-Unis
(15), selon laquelle l'Institut de Virologie de Wuhan (WIV) menait des études de gain de
fonction (gain of function, GOF) en collaboration avec des équipes américaines sur des
coronavirus afin de comprendre les mécanismes de franchissement de barrière d’espèces.
Selon ce rapport, le WIV programmait aussi des études de GOF sur des bétacoronavirus de
chauve-souris distincte. Leur projet consistait en l’insertion de la séquence du site de clivage
par la furine dans celle de la protéine spike de coronavirus, afin d’en étudier les conséquences
sur l’infection de souris humanisées. Les conditions de sécurité biologique à Wuhan pour ce
type de travail (BSL2 voire BSL3) sembleraient avoir été manifestement limitées et
insuffisantes (15). L’hypothèse d’une infection initiale consécutive à un évènement indésirable
(accident ou incident) lié à la recherche doit donc être en toute rigueur examinée. Trois
possibilités existent à cet égard : une contamination du personnel lors de la collecte
d’échantillons (16), ou une contamination en laboratoire lors de l’étude d’un virus naturel, ou
une contamination par un virus recombinant ou génétiquement modifié (17).
- Les risques liés aux manipulations génétiques de virus : Les progrès de la biologie
moléculaire rendent plus faciles les manipulations génétiques des virus. Il est maintenant
possible d’induire des modifications de gènes, par insertion, par délétion, ou par mutations
provoquant des modifications phénotypiques tels que la capacité à infecter un nouvel hôte ou
à augmenter la pathogenèse. Les expériences de GOF en biologie sont parfois dans la mesure
où elles permettent parfois des applications innovantes, dont certaines sont bénéfiques (18).
L’objectif n’est pas d’empêcher leur utilisation, ni de bloquer les chercheurs à développer des
programmes innovants.
- La fréquence et la sophistication des manipulations génétiques sur des virus : Les
possibilités de manipulations génétiques en virologie sont très nombreuses et facilement
accessibles, notamment du fait de la taille restreinte des génomes viraux. Il est possible
provoquer des GOF (Gain of Function) ou des pertes de fonctions LOF (Loss of Function). Par
exemple, il est possible de synthétiser des virus infectieux à partir de leur séquence génétique,
de construire des virus chimériques, d’échanger les gènes impliqués dans l’attachement de
virus aux cellules, ou de modifier des gènes impliqués dans le pouvoir pathogène (19). Les
virus peuvent ensuite être cultivés sur des lignées cellulaires humaines, ou infecter des souris
transgéniques humanisées. Cela peut accélérer la sélection de virus capables de franchir la
barrière d’espèce. Ces types de techniques ont été couramment utilisées dans des recherches
sur les coronavirus. Les scientifiques du WIV ont par exemple créé des virus chimères en
combinant différents coronavirus de type SRAS (Annexe 4).
Par ailleurs, les risques ont considérablement augmenté du fait que ces avancées
technologiques peuvent être associées à de puissants outils informatiques (incluant des outils
de type Alphafold) et/ou à de l’IA dont les limites sont difficiles à entrevoir (20). Mal utilisée, en
l’absence de contrôle et de prise en considération de la maitrise des risques (21, 22) l’IA peut
produire de nouveaux risques en virologie et avoir de graves conséquences sur le plan éthique
et/ou de santé publique.
- Les risques liés aux cultures cellulaires : Les passages successifs de virus
génétiquement modifiés ou non, peuvent induire une atténuation jusqu’à produire une souche
vaccinale sans pouvoir pathogène. Au contraire, les cultures de virus dans des cellules
humaines peuvent sélectionner des variants plus infectieux. Des expériences en présence
ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE, 16 rue Bonaparte - 75272 Paris cedex 06 8
Tél. : +33 (0)1 42 34 57 70
Site : [Link] / Twitter : @Acadmed
CONTACT PRESSE : Virginie Gustin +33 (0)6 62 52 43 42 [Link]@[Link]