Université 20 aout 1955 – Skikda
Faculté de Technologie
Département de Génie des Procédés
MASTER 2 Ingénierie et gestion de l’eau
Module : Filières de production d’eaux potables/eaux de process /Dessalement de l’eau de mer
Année : 2024/2025
CHAPITRE II : EAUX DE PROCESS
Filières de traitement.
Application à quelques industries
Introduction : L’industrie recouvre une gamme d’utilisations de l’eau extrêmement variables, tant
en quantité qu’en qualité. Cette consommation d’eau varie selon les pays et les secteurs d’activité :
toute l’eau utilisée par l’industrie n’est pas forcément consommée, elle peut parfois être rejetée dans
le milieu après avoir servi.
Il n’existe pas de qualité intrinsèque d’une eau, mais des qualités d’eau qui permettent de satisfaire
tel ou tel usage. La qualité de l’eau sera d’autant plus poussée que l’eau va être en contact avec un
produit fabriqué très sensible (cas de l’industrie pharmaceutique ou de la fabrication des semi-
conducteurs). Pour qualifier cette eau, on va généralement trouver les termes suivants:
eaux industrielles pour le transport et le lavage des matières premières et pour les circuits de
refroidissement ;
eaux de fabrication ou de processus pour la production de vapeur, les lavages des
équipements, certaines actions de dissolution, mise en suspension et/ou dilution des produits
eau de qualité potable bien entendu dans tout le secteur de l’agroalimentaire, mais aussi dans
ceux de la cosmétique et de la chimie fine ;
eau ultrapure qui est utilisée en électronique et en industrie pharmaceutique.
1. Filières de traitement :
La description de l’agencement des procédés unitaires en filières de traitement et des applications
dans diverses industries d’une façon exhaustive, est évidemment impossible. Il faudra donc se limiter
aux cas les plus classiques, qui peuvent comporter :
Préparation d’une eau claire et stable
Préparation d’une eau de qualité potable
Traitement beaucoup plus poussé
1.1 Préparation d’une eau claire et stable
Certains usages ne réclament qu’une eau débarrassée de tout ou partie de ses matières en suspension,
inertes ou vivantes, et stable à divers points de vue, c’est-à-dire non susceptible :
de manifester des postprécipitations en cours d’utilisation ;
de provoquer des interférences avec les matériaux de stockage et de distribution, du fait de
phénomènes de corrosion ou d’entartrage ;
de subir des phénomènes de reviviscence bactérienne, algale ou animale, ce qui suppose en
même temps l’absence de substances chimiques susceptibles de servir de nutriments
(orthophosphates, nitrates) ou de réagir avec les produits désinfectants (exemple : ammonium
et chlore).
En revanche, la pollution dissoute peut ne pas constituer un problème dans cette catégorie d’usages.
Dans de tels cas, les filières recommandées sont très différentes suivant que la ressource est une eau
superficielle ou une eau souterraine :
1.1.1. La ressource=> Eaux superficielles
Ce sont les eaux des rivières et des lacs naturels ou artificiels. Elles contiennent :
des matières en suspension inertes (matières naturellement décantables et colloïdes stables
induisant une turbidité permanente) ;
des êtres vivants microscopiques (virus, bactéries, microalgues, micro-invertébrés) ;
des macromolécules colorées (acides humiques).
A. Clarification : Ces eaux doivent subir un traitement global de clarification qui interviendra
sur tous ces paramètres et qui, en fonction des caractéristiques les plus défavorables de l’eau
brute et de l’objectif de qualité fixé pour l’eau traitée, pourra être :
soit une simple filtration sans réactifs ;
soit une filtration directe (sur sable ou milieu bicouche) après coagulation-floculation ;
soit un traitement complet de coagulation – floculation – décantation ou flottation à air dissous
– filtration sur sable ; sur certaines eaux, une telle filière doit être précédée d’un prétraitement
approprié (exemple : tamisage, dessablage, débourbage...).
B. Stabilité biologique : par une chloration, qui peut elle-même se subdiviser en une
préchloration au début (si la présence de trihalométhanes (THM) et autres sous-produits dans
l’eau traitée ne pose pas de problème) et une postchloration à la fin de la filière ; si l’eau doit
être envoyée dans un réseau complexe à long temps de séjour, cette action chimique peut être
complétée ou remplacée par une élimination biologique du carbone organique dissous
biodégradable (CODB) dans un affinage par ozone (O3 )+ filtration sur charbon actif granulé
CAG.
C. Stabilité chimique :
soit par une neutralisation finale de l’agressivité carbonique,
soit par une reminéralisation en début ou en fin de filière,
soit par une décarbonatation à la chaux qui peut être combinée ou consécutive à la
clarification,
le choix dépendant des caractéristiques de l’eau brute et du type d’utilisation de l’eau traitée.
1.1.2. La ressource=> Eaux souterraines
Dans ce domaine, le premier acte de traitement réside dans une bonne protection et une exploitation
raisonnée des nappes d’eau souterraine. Généralement claires à l’émergence, ces eaux peuvent, en
l’absence de traitement, engendrer des désordres par suite de la présence de Fe2+, Mn2+, H2S
(précipitations d’oxydes de fer et de manganèse ou de soufre colloïdal, respectivement). En outre,
elles peuvent présenter une forte agressivité carbonique et des chiffres élevés de dureté, sels d’acides
forts, ammonium, nitrates, silice, etc.
Très souvent, il faudra leur appliquer un traitement spécifique de tel ou tel des éléments qui viennent
d’être cités. Les plus importants sont décrits ci-après.
A. Déferrisation-démanganisation
Dans beaucoup d’eaux souterraines, on trouve du fer et du manganèse à l’état réduit dissous (ions
Fe2+ et Mn2+) à cause de l’absence d’oxygène dissous.
Par voie traditionnelle : de telles eaux subissaient un traitement conventionnel physico-
chimique en deux étapes :
oxydation chimique par l’oxygène de l’air et éventuellement oxydation complémentaire du
manganèse par un oxydant plus fort (O3, ClO2, KMnO4) ;
filtration des précipités formés au cours de l’oxydation : Fe(OH)3 et MnO2.
La filière était donc essentiellement constituée d’une aération, suivie d’une filtration sur sable
Par voie biologique : Il a été découvert que dans des conditions d’oxydation
limitée, permettant de se placer à la frontière entre les formes réduites (dissoutes) et les formes
oxydées (précipitées) du fer et du manganèse, des bactéries spécifiques se développaient et
catalysaient l’oxydation de ces deux métaux, grâce à la sécrétion d’enzymes ou de polymères
extracellulaires. En même temps, les précipités formés étaient plus compacts et, par conséquent,
moins colmatants. Il en a découlé une nouvelle génération de stations. L’une des caractéristiques
essentielles de ces traitements biologiques réside dans la rapidité de l’oxydation du fer et du
manganèse, catalysée par l’action bactérienne. Il en résulte que, contrairement aux procédés
conventionnels, cette oxydation peut être réalisée pendant la filtration, ce qui permet de supprimer :
les tours d’oxydation dans les installations sous pression ;
les bassins de contact (parfois 1 heure de temps de séjour) entre aération ouverte et filtration
dans les installations gravitaires ;
les réactifs chimiques pour la démanganisation.
Les autres avantages de ces procédés sont :
vitesses de filtration élevées (15 à 50 m3 · h−1 · m−2), permettant de réaliser des stations très
compactes ;
possibilité de choisir un sable plus gros, ce qui compense l’influence de la vitesse sur la perte
de charge ;
forte capacité de rétention du fer et du manganèse (exprimée en kg · m−2 retenus entre deux
lavages, cette capacité est environ cinq fois plus forte que dans les traitements physico-
chimiques) ;
lavage économique : environ cinq fois moins d’eau de lavage qu’en traitement physico-
chimique ; possibilité de laver à l’eau brute dans certains cas ;
boues plus faciles à épaissir et à déshydrater ;
forte réduction des coûts d’investissement (− 40 % en moyenne) et d’exploitation (− 50 à − 80
%).
En revanche, ces traitements biologiques impliquent certaines contraintes :
temps d’ensemencement : de quelques jours en déferrisation biologique, il passe à plusieurs
semaines pour la démanganisation biologique ;
présence simultanée de fer et de manganèse : les conditions de potentiel redox respectivement
favorables au développement des bactéries du fer et du manganèse étant très différentes, il est
en général nécessaire de prévoir alors deux étages de filtration (voir un exemple sur la figure) :
• un premier étage de déferrisation biologique,
• un deuxième étage de démanganisation biologique, mais dont le dimensionnement doit aussi
prendre la nitrification en considération si l’eau brute contient de l’ammonium.
Figure : Station de déferrisation et démanganisation biologiques en deux étages
B. Élimination de l’ammonium :
L’ion peut être éliminé :
par voie physico-chimique : chloration au point critique procédé coûteux et générateur de
sous-produits chlorés ;
par voie biologique autotrophe (nitrification) sur matériau filtrant,
après aération si nécessaire ; au-delà d’une certaine limite (environ 1,5 mg par litre d’eau brute), il
faut installer un biofiltre aéré, suivi par une filtration de finition (vitesse maximale : 10 à 15 m · h-1) ;
C. Élimination de l’H2S :
Trois types de procédés sont envisageables.
Élimination physique par stripage (aération) :
L’aération à l’air libre (cascade, pulvérisation, bullage...) n’est envisageable que pour de faibles
concentrations en H2S car le rendement d’élimination n’est pas de 100 % (sauf à pH très acide) ; en
outre, l’évacuation de l’H2S à l’atmosphère pose des problèmes d’environnement (odeur, toxicité) et
impose d’installer un système de lavage du gaz de stripage, avec action d’un oxydant (eau de Javel ou
ozone).
Une aération forcée dans un réacteur aéré type éliminateur de CO2 serait plus efficace, mais
poserait les mêmes problèmes pour le voisinage et imposerait souvent une remise à l’équilibre calco-
carbonique de l’eau traitée ; elle n’est donc pas de pratique courante.
Procédés chimiques
Les oxydants chimiques (autres que l’oxygène de l’air, dont l’action est relativement lente) sont
efficaces, mais difficiles à maîtriser : en fonction des conditions du traitement (pH, Eh...), le terme de
l’oxydation peut être le soufre élémentaire, l’ion sulfate ou des composés intermédiaires. Les
proportions stoechiométriques théoriques, en g d’oxydant par g d’H2S, sont les suivantes :
Procédés biologiques
En milieu faiblement aéré, des sulfobactéries sont capables de catalyser, par voie enzymatique,
l’oxydation d’HS en soufre élémentaire. Les vitesses de réaction et d’ensemencement des filtres sont
aussi rapides que dans le cas de la déferrisation biologique; la conception du traitement est la même :
injection d’air en ligne et filtration ; la vitesse de filtration peut être choisie entre 10 et 20 m3/h.m2
Remarque :
Si du fer est simultanément présent, il peut être ensuite éliminé par voie biologique dans la même
couche filtrante.
Si une eau contient simultanément H2S, Fe2+, Mn2+ et , on peut concevoir deux stades de traitement
biologique en série :
élimination biologique de H2S, puis de Fe2+, dans un premier étage de filtration après
aération ménagée ;
élimination biologique de , puis de Mn2+, dans un deuxième étage de filtration après
aération intensive et ajustement éventuel du pH.
1.2. Préparation d’une eau de qualité potable
1.2.1. La ressource=> Eaux superficielles :
A. Traitements conventionnels :
En début de filière, le traitement est le même que dans le cadre du paragraphe 1.1.1 :
les eaux doivent subir un traitement global de clarification qui interviendra sur tous ces
paramètres et qui, en fonction des caractéristiques les plus défavorables de l’eau brute et de
l’objectif de qualité fixé pour l’eau traitée, pourra être :
soit une simple filtration sans réactifs ;
soit une filtration directe (sur sable ou milieu bicouche) après coagulation-floculation ;
soit un traitement complet de coagulation – floculation + décantation ou flottation à air dissous
+ filtration sur sable ; sur certaines eaux, une telle filière doit être précédée d’un prétraitement
approprié (exemple : tamisage, dessablage, débourbage...).
L’eau obtenue peut encore contenir des micropolluants minéraux (métaux lourds) et/ou organiques à
l’état dissous, présenter des goûts et odeurs désagréables, renfermer des organismes pathogènes, etc.
Pour toutes les eaux industrielles qui réclament une qualité égale, voire supérieure à celle d’une eau
potable, il faut alors ajouter aux traitements précédents une étape d’affinage, généralement
constituée :
d’une ozonation, conçue simultanément pour une oxydation et/ou une destruction des
matières organiques naturelles et de tous les polluants, et pour une désinfection complète de
l’eau (conditions classiques : 0,4 mg · L−1 d’ozone résiduel pendant 4 min de contact) ;
suivie d’une filtration sur charbon actif en grains (CAG), lequel peut aussi être utilisé à des
fins de déchloration.
On peut noter que lorsqu’une ozonation est introduite au sein d’une filière de traitement d’eau
superficielle, on a intérêt à remplacer le chlore en préoxydation par une préozonation (un peu moins
efficace pour améliorer l’élimination des micro-algues planctoniques, mais elle ne forme pas de
trihalométhanes comme le chloroforme) ; le chlore est alors réservé à une simple désinfection finale
de sécurité.
S’il n’y a pas eu d’ozonation dans la filière, il faut concevoir une désinfection efficace en fin de
traitement par :
le chlore ou le dioxyde de chlore, pendant un temps de contact de 0,5 à 1 heure, dans un
bassin où la circulation de l’eau aura été spécialement étudiée par modélisation
et/ou un traitement aux rayons UV, technique en plein développement dans tous les domaines
du traitement de l’eau.
B. Application des techniques membranaires :
Tout ou partie de ces filières conventionnelles de clarification/affinage peut désormais être remplacé
par des traitements sur membranes, ce qui permet un grand nombre de combinaisons possibles.
Eau brute ne nécessitant qu’une clarification :
Pour les eaux peu chargées, choix entre soit une coagulation et une filtration directe (sur sable
ou sur milieu bicouche), soit une microfiltration (MF) ou une ultrafiltration (UF),
éventuellement précédées d’une coagulation.
Pour les eaux plus chargées (en MES, matières organiques, microalgues planctoniques...), choix
entre les filières :
o décantation ou flottation à air dissous (FAD) + filtration sur sable ;
o décantation ou FAD + MF ou UF ;
o décantation ou FAD + filtration sur sable + MF ou UF.
Eau brute réclamant une clarification et un affinage :
Suivant la qualité de l’eau et les conditions locales, la filière classique : décantation ou FAD + filtration
sur sable + (ozonation éventuelle) + filtration sur CAG ; peut être comparée avec diverses
combinaisons possibles, par exemple :
décantation ou FAD + filtration sur sable ou bicouche + nanofiltration (NF) + post-traitement
(réajustement des conditions d’équilibre calcocarbonique) ;
décantation ou FAD + MF ou UF (constituant le prétraitement de la NF) + NF + post-traitement.
Dans tous les cas, la filière se termine par une désinfection de sécurité si l’eau traitée alimente un
réseau.
1.2.2. La ressource=> Eaux souterraines :
Les éléments indésirables évoqués dans ce qui suit concernent généralement les eaux profondes, en
s’ajoutant à ceux habituellement posés par la présence de fer, manganèse, ammonium ou H 2S ( partie
1.1.2)
A. Élimination des nitrates : L’ion peut être éliminé :
par voie physico-chimique : fixation sur résines anioniques (dénitratation) régénérées par du
chlorure de sodium ou du bicarbonate de sodium ;
par voie biologique : dénitrification hétérotrophe (donc avec introduction d’un aliment
organique, pouvant être l’éthanol, l’acide acétique, etc.) dans un biofiltre anoxique, suivie d’une
aération ouverte et d’une filtration sur CAG.
B. Élimination de l’arsenic : L’arsenic est présent dans les eaux naturelles sous deux formes :
arséniate [As(V)], ionisée (anions et ) ;
arsénite [(As(III)], non ionisée (H3AsO3) et 10 fois plus toxique.
Quels que soient les procédés d’élimination de l’arsenic envisagés, l’arsenic (V) est plus facilement
éliminé que l’arsenic (III) ; on procédera donc en général à une oxydation préliminaire, par injection
de chlore, de dioxyde de chlore, de KMnO4 ou d’ozone. L’épuration des eaux contaminées par l’arsenic
est réalisable grâce à de nombreuses techniques dont les rendements sont satisfaisants. On peut citer
entre autres les techniques suivantes :
Techniques de précipitation et coprécipitation
La coagulation par le sulfate d’alumine, le chlorure ferrique ou le sulfate ferrique permet d’obtenir
des rendements d’élimination de l’arsenic de 50 à 95 %.
Techniques d’adsorption
La technique la plus courante utilise comme matériau adsorbant l’oxyhydroxyde de fer. Il est aussi
possible de faire percoler l’eau à traiter sur de l’alumine activée, divers oxydes de fer, du dioxyde de
manganèse ou du CAG.
Précipitation à la chaux
La chaux hydrolysée se combine avec l’acide carbonique de l’eau pour former du carbonate de calcium
; celui-ci joue le rôle d’agent adsorbant pour l’élimination
de l’arsenic.
Procédés membranaires
Les membranes de nanofiltration (NF) et d’osmose inverse (OI) ont été expérimentées pour
l’abattement de l’arsenic. Pour ces deux types de membranes, des taux de rejet de l’arsenic de 96 à 99
% ont été obtenus.
C. Élimination du fluor : Il s’agit d’obtenir une concentration résiduelle en F− de l’ordre de 1
mg · L−1 à partir d’eaux naturelles pouvant en contenir jusqu’à 10 mg · L −1, rarement
davantage. théoriquement plusieurs procédés sont envisageables:
(coagulation-floculation avec des doses élevées de sulfate d’aluminium ;
adoucissement à la chaux avec précipitation de magnésie à partir de pH 11-12 ;
filtration sur phosphate tricalcique ;
traitement par membranes OI ou NF,
pratiquement, la filtration sur alumine activée est la technique la plus utilisée dans l'industrie ; le
produit est régénéré par la soude et l’acide sulfurique ; on peut fixer de 0,3 à 4,5 kg d’ion F− par m3 de
matériau entre 2 régénérations.
1.3. Traitement beaucoup plus poussé
Pour de nombreuses industries, les traitements précédents ne sont qu’un préalable à des traitements
de finition par adoucissement, décarbonatation, déminéralisation par échangeur d’ions et/ou
membranes, dégazage, stérilisation UV, etc. Quelques exemples, relatifs à diverses industries, en
seront traités dans les sujets de recherche qui vous ont été assignés.