Gate
Réglages - Schémas - Utilisations Pratiques - Utilisations Spéciales - Références
Introduction
L’Expander (en France on utilise souvent le mot francisé : expanseur, mais je
resterai au mot anglais) à l’encontre d’un compresseur (qui agit sur la partie
haute du gain) sert à maîtriser la dynamique d’un signal dans le bas du gain
(généralement là où se trouve le bruit résiduel).
La dynamique est l’étendue du signal le plus faible au signal le plus fort.
Le fonctionnement basique d’un expander est très simple. Il réduit plus ou moins
(selon les réglages) le signal en dessous d’un certain seuil, ce qui a comme effet
l’éloignement du bruit résiduel du signal utile !
Le gate fonctionne comme un interrupteur automatique qui coupe le signal dès
qu’il se trouve en dessous d’un certain seuil (threshold).
Le gate ou noise-gate (porte de bruit) est utilisé surtout pour les instruments
percussifs et pour un nettoyage radical, tandis que l’expander sert pour le
traitement des signaux plus délicats comme la voix ou le mix.
Les réglages qu’on trouve généralement sur un expander/gate sont :
THRESHOLD - règle le seuil (en décibel) en dessous duquel l’expander
commence à travailler ou en dessous duquel le gate se ferme.
RANGE ou RATIO - règle le taux d’expansion. Un taux (ratio=relatif) de
"1: infini" correspond à Gate. Dans le cas d’un affichage en dB
(range=fixe), celui-ci indique simplement la réduction fixe en dB du signal
quand il est en dessous du threshold. On peut considérer qu’à partir de 60
dB, le signal est coupé (gate).
ATTACK – le temps que le gate mettra pour s’ouvrir. On ne trouve
pratiquement jamais ce paramètre réglable. Il est fixe (et son temps
dépend de la qualité de l’appareil et de ses composants) et devrait être le
plus rapide possible (quelques microsecondes au plus).
Sur les appareils sophistiqués, ce réglage peut servir à couper les attaques
(débuts) d’un signal pour des effets spéciaux (effet de violon par exemple)
HOLD – règle le temps pendant lequel le gate restera ouvert, après que le
signal est retombé en dessous le threshold. (Uniquement disponible pour le
gate)
RELEASE - règle le temps que le gate mettra pour se fermer une fois, le
temps HOLD écoulé. (Uniquement disponible pour le gate)
FILTER (réglage) – il s’agit d’un filtre (bandpass ou paramétrique selon les
options disponibles), qui permet de piloter le déclenchement de
l’expansion ou du gate par une seule bande de fréquence de fréquence du
signal et non pas par la totalité. Très utile pour affiner les réglages.
MONITOR – fonctionne avec le FILTER pour écouter la bande de fréquence
qu’on est en train de régler
FILTER (bouton) – sert à mettre en route ou by passer la fonction FILTER
COUPLE ou STEREO - sert à coupler les deux canaux pour une utilisation
en stéréo, pour empêcher de faire sauter le son d’un côté à l’autre. Dans
ce cas, seulement les réglages du canal gauche seront actifs et piloteront
les deux canaux simultanément.
On trouve également des LEDs qui indiquent la réduction en décibel
(souvent à l’envers c’est-à-dire, le zéro se trouve à droite) et surtout trois
(parfois quatre) LED’s, très important pour indiquer l’état et l’action du
gate.
La Led rouge à gauche indique que le gate est fermé (aucun son ne
passe)
La Led jaune au milieu indique que le gate est ouvert est en position hold
ou release – dans le cas de quatre Led’s on trouve ici deux Led distincts
pour les deux états.
La Led verte à droite indique que le gain du signal est au-dessus du
réglage threshold
SCHÉMAS
Petit rappel du fonctionnement d’un compresseur
Tout signal dépassant le THRESHOLD (0
dB dans notre exemple)
est compressé au taux (RATIO) reglé.
Ainsi, avec une RATIO de 2 :1 et un
THRESHOLD de 0 dB un signal de 10 dB
à l’entrée n'aura plus que 5 dB à la
sortie.
En réglage LIMITEUR le gain de sortie ne
dépassera plus les 0 dB.
En mode SOFTKNEE la compression
commencera un peu avant le point de
threshold et amorcera une courbe au
lieu d’un angle subit.
Admettons, que notre système (console,ampli etc.) commence à
saturer sérieusement à partir de + 4 dB (un convertisseur
numérique sature déjà à 0 dB), on règle donc le gain à ce que le
signal ne dépasse jamais les 4 dB.
Avec le Threshold à 0 dB et une ratio de 4:1 on ne compresse que
légèrement les peaks du signal et on pourra ensuite de nouveau
remonter la totalité du signal jusqu’aux 4 dB.
Le signal sera plus fort sans saturer ; les passages forts sortirant
atténués et les passages à faible gain seront plus fort qu’avant.
En réglage Limiteur tous les peaks seront radicalement coupés !
Le fonctionnement de l’Expander est proche de celui d’un Compresseur
Un EXPANDER agit en dessous du seuil
de THRESHOLD, et non pas au-dessus
comme c’est le cas du compresseur.
Ainsi, avec une RATIO de 1 :2 et un
THRESHOLD de -40 dB, un signal de – 50
dB se verra diminué de 20 dB et n’aura
donc que –60 dB à la sortie (avec une
ratio de 1:4 il tombera à –80 dB)
En réglage GATE, le gain de sortie sera "-
infini", donc pas de signal à la sortie !
L’expander est souvent utilisé pour éloigner le souffle du signal
utile. Les schémas ci-dessus illustrent le fonctionnement. Une
partie du signal (bleu) est avalé par le souffle résiduel (rouge) du
système de sonorisation ou d’enregistrement etc.(fig1)
En réglant le threshold sur le seuil du souffle (dans notre exemple –
50 dB) et en affectant une légère expansion (de, disons 1:2), on
diminuera de quelques dB’s tout le signal qui se trouve en dessous
de ce seuil.(fig2)
On remarquera que les parties bleues, couvertes par le souffle
avant le traitement, se trouvent toujours dans le souffle après
l’expansion (eh oui, il n’y a pas de miracle), mais on aura quand
même gagné quelques dB de signal utile en plus, tout en
s’éloignant du souffle dans les passages les plus calmes...!!
Avec un ratio de 1:infini, ou en réglage gate, tout signal
descendant en dessous du seuil (threshold) est rigoureusement
coupé (fig3)
QUELQUES EXEMPLES D’UTILISATION PRATIQUES
Il est pratiquement impossible de donner des exemples de réglages concrets,
comme je l’ai fait pour la compression, du fait que ces réglages changent
énormément d’un cas à l’autre, dépendant de la nature du signal original et de
son gain, du gain du souffle etc.
Général
Le gate et l’expander peuvent être utilisés avant ou après la compression selon
ce qu’on veut obtenir. Pour les signaux complexes comme la voix et quand il
s’agit de supprimer un peu le souffle et de regagner un peu de dynamique après
une forte compression, il est mieux de compresser d’abord et d’expanser
ensuite.
Explication : La compression augmente automatiquement le souffle car une fois
qu’on aura compressé le gain dépassant le threshold, on augmentera l’ensemble
du signal donc le souffle avec.
Un expander branché à la suite et savamment dosé repoussera de nouveau le
souffle vers le bas sans cependant toucher au haut de la bande dynamique.
Il y a une autre raison d’opter pour un tel enchaînement. Le souffle n’est pas
présent dans sa totalité dès le départ mais s’additionne d’étage en étage, de
traitement en traitement et c’est pour cette raison qu’il est plus raisonnable de
placer l’Expander en fin de chaîne et le Compresseur au début quand il n’y a
encore que très peu de souffle.
Pour les instruments rythmiques où l’on utilise le gate pour couper le son
superflu, il est plus judicieux de placer le gate en début de chaîne pour disposer
dès le départ d’un signal épuré au maximum ce qui facilitera nettement le
traitement en aval.
L’expander est une partie intégrante des processeurs de Réduction de Bruit qui
utilisent des filtres et des procédés assez compliqués pour séparer le bruit du
signal utile. Le principe basique est d’ajouter d’abord un bruit blanc (souffle) bien
spécifique (et reconnaissable) au son, d’appliquer une bonne dose d’expansion
et d’enlever de nouveaux le bruit précédemment ajouté (qui emporte avec lui
une bonne partie du bruit résiduel) par des filtres. Ceci est bien sûr une version
très simplifiée des faits réels.
Les bons processeurs réducteurs de bruit sont très chers mais aussi très
efficaces. Les gadgets d’entrée de gamme comme un Denoiser de Behringer ne
servent à rien à part vous coûter pas cher - certes, mais des euros quand même
Sidechain
Il s’agit d’une entrée jack stéréo supplémentaire. Elle a pour fonction de
permettre de piloter l’action du gate par une source extérieure.
En branchant une source ici (boîte à rythme, grosse-caisse, ou n’importe quel
signal dynamique) le signal déclenchera l’action du gate qui sera appliquée sur
le signal de l’entrée normale.
Exemple : si vous branchez une grosse caisse sur l’entrée sidechain et de la
musique sur l’entrée normale vous allez pouvoir déclencher l’ouverture du gate
avec la GC. C’est-à-dire dès qu’on tape sur la GC le gate ouvre et laisse passer la
musique ; tant que vous ne tapez pas le gate reste fermé et la musique ne passe
pas. Un effet qui est aussi utilisé en discothèque ou pour la techno. On appelle
cela du triggering.
Laissez libre cours à votre imagination et à votre intuition pour explorer toutes
les possibilités.
Le Filtre
Le filtre a un rôle assez important pour régler le gate ou l’expander. On peut en
effet cibler la fréquence typique d’un instrument visé.
Si par exemple vous avez du mal à régler les gates de deux toms voisins car
chaque micro capte trop de son du tom voisin, vous pouvez ruser avec les filtres
en les réglant sur des médiums par exemple (2 à 3 kHz). Dans ce cas, le gate
sera déclenché uniquement par les fréquences en question. Or les micros
dynamique et cardioïde ont tendance à bien atténuer ces fréquences quand elles
ne viennent pas pile d’en face. Le gain-déclencheur du micro voisin sera donc
bien atténué et le tout sera plus facile à régler. Il va de soi que le filtre n’agit
qu’internement et n’a pas d’influence sur le son en soi !
Autre exemple : vous voulez extraire une caisse claire d’une prise complète et
déjà mixée de batterie. En réglant le gate ordinairement celui-ci va s’ouvrir non
seulement pour le son de caisse claire mais aussi pour la grosse-caisse et des
coups forts des toms. En réglant le filtre avec patience sur la fréquence typique
de la caisse claire (c’est-à-dire des harmoniques haut-médiums spécifiques) on
arrive à faire en sorte que le gate s’ouvre uniquement pour le son de caisse
claire, même s’il y a d’autres sons plus forts.
Dans un mix général, on pourra utiliser la fonction du filtre pour mieux cibler
l’action de l’expander sur les hautes fréquences (souffle) ou la voix par exemple,
tout en excluant un déclenchement par les fréquences graves.
La Batterie
C’est ici que les Gates seront presque indispensables !
On utilise le gate surtout sur les toms et la grosse-caisse mais rarement
sur la caisse claire (sauf pour les effets spéciaux) car il agit trop
abruptement et risque d’enlever des petits détails qu’un batteur utilise
dans un jeu en finesse (petites frappes, frisement du tapis, roulements sur
la peau etc). Personnellement j’ai complètement abandonné l’utilisation
d’un gate sur la CC en live mais en studio, il est toujours largement utilisé.
Le réglage du gate influe largement sur le son obtenu. Il servira surtout à
éliminer les harmoniques tournantes des peaux qui résonnent (qui n’a pas
déjà eu affaire à ces fréquences qui tournent et vrombissent dès que le
batteur frappe son tom-floor?) et d’autre part à empêcher le micro de
prendre autre chose que le son du fût auquel il est assigné.
La caisse claire qui bave dans le micro de la grosse-caisse est un exemple
qui fait suer tout le monde car le son (déjà réglé) de la CC change dès
qu’on ouvre le micro de GC ; et en même temps on a du mal à régler le
kick de la bombe (2 à 3 kHz) sans de nouveau influer sur le son de la CC…
c’est le bordel !
On commence toujours par régler le threshold de sorte que le gate ouvre
seulement quand on tape sur le fût en question et qu’il reste fermé quand
on tape sur son voisin. C’est un poil tatillon et ça demande une certaine
finesse dans les doigts. Avec un gate bas de gamme ce sera plus difficile
encore…
Une fois qu’on a réglé le seuil correctement on ajuste le hold et le release
et c’est ici qu’on influe sur le son qu’on va obtenir. Avec ces réglages au
plus court on ne gardera que l’attaque du son. Ça n’est même plus un son
mais un signal sec, précis et puissant qui pourra servir de base pour bâtir
(avec des effets compression, eq, reverbe etc) des sons hyper-puissants
(mais un peu artificiels quand même)
En pratique on réglera le Hold à quelques centièmes ou dixièmes de
secondes avec un Release de 0,05 à 0,1 sec pour récupérer plus ou moins
d’harmoniques qui sont très importantes pour la texture et la couleur du
son.
Pour la grosse-caisse on enchaînera ensuite un compresseur/limiteur pour
gonfler le son au maximum.
La Guitare
Les guitaristes font souvent un rafut de la mort que ce soit sur scène ou en
studio, avec des amplis boostés à fond, une dizaine de pédales - gros
moteurs de souffle et des lampes qui signalent leur présence et état de
fatigue à ceux qui ne veulent pas l’entendre; bref, c’est la mer (les Bretons
sauront de quoi je parle).
Quand le guitariste en question est au sommet de son expression
artistique et nous envoie un riff de 130 dB dans la gueule, il y n’a aucun
problème de souffle mais de Dieu, quand il s’arrête de jouer la tempête se
lève.
Un gate bien réglé reposera les oreilles et les nerfs de tout le monde,
surtout avec une sono d’une vingtaine de kW’s…Mais il faudra faire
attention de bien le régler pour ne pas couper le son accidentellement
dans les passages plus cools et joués tout en finesse !
Le gate inséré dans la tranche de console fera son affaire pour la sono
et/ou un éventuel enregistrement mais ne changera rien pour la mer sur
scène. Beaucoup de guitaristes adaptent aujourd’hui un noise-gate (ça
existe en petite pédale) directement dans l’enchaînement de leurs effets,
en général en bout de chaîne juste avant de rentrer dans l’ampli. Bien
entendu, presque tous les processeurs multi-effets pour guitaristes
hébergent aujourd’hui un circuit "noise-gate".
La Voix
Pour la voix, on n’utilisera jamais de gate (sauf pour les effets spéciaux)
car il coupe trop sec et cela déforme la voix (les voyelles mais surtout les
syllabes qui ne ressemblent à plus rien quand on leur enlève ne serait-ce
qu’une infime partie de son).
On utilisera donc de préférence un expander réglé au petit poil, en finesse
et avec patience.
Comme je l’ai dit plus haut, il est impossible de donner un réglage par
défaut car il faut vraiment l’adapter à chaque cas particulier. Commencez
avec un threshold assez bas et un Ratio du genre 1 :1,5. Si vous trouvez
des réglages satisfaisants, montez légèrement ces deux paramètres, tout
en faisant attention de ne pas avaler les chuchotements et passages bas
de la voix.
Le traitement de la voix va toujours de pair avec de la compression qui
sera appliquée avant l’expansion.
Donc : Micro=>Preamp=>Compression=>Deesseur=>EQ=> Expansion
=>console ou enregistreur
Le Mix
L’expander fait partie des outils de Mastering mais pour cela il y a des
processeurs spécialisés qui ont des réglages plus fins et adaptés au besoin
d’une telle complexité qu’est un mix complet.
UTILISATIONS SPÉCIALES
Un gate peut servir à découper le son rythmiquement en petites séquences. Ce
procédé est beaucoup utilisé dans la musique électronique. Le principe est très
simple. Une source rythmique (grosse-caisse, boîte à rythme, etc…) pilote via
l’entrée "sidechain" d’un gate le matériel sonore qui est branché sur son entrée.
Selon les réglages du Gate (Threshold, Hold et Release en l’occurrence) on aura
à la sortie un signal découpé et rythmé. Très intéressant quand on traite des
nappes de synthé ou autres sons longs.
On parle également de triggering car avec un simple gate, on peut obtenir des
signaux basiques : on/off qui pourront servir de leur côté à piloter d’autres
processeurs.
Le gate sert également à produire des breaks absolument surprenants.
Réglé assez raide, il coupera le son pile et net dès que le son baisse
Un autre truc très intéressant consiste à sortir des extraits de son d’un
enregistrement pour les traiter et les réinjecter ensuite.
Exemple : Vous avez une piste de batterie ou de caisse claire. Avec un gate (en
hardware ou en plug-in) réglé très rigoureusement sur la caisse claire, vous allez
extraire une petite partie du son, par exemple l’attaque plus quelques centièmes
de seconde de Hold avec un release au plus court, et vous enregistrez cela sur
une autre piste dans la même séance (sur la même bande). Après un traitement
de feu (égalisation, reverbe ou tout autre effet) vous remixez ce son avec
l’original !
Toujours pour la caisse claire, vous pourriez raccourcir le son en réglant le gate
assez raide et y coller ensuite une très grosse reverbe très courte...
Votre caisse claire n’aura pas fini de vous étonner… !!
Un vaste champ d’utilisation pour le gate est le domaine des effets. C’est pour
piloter ou maîtriser les effets qu’on l’utilise. L’exemple le plus connu est la
reverbe dont on coupe volontairement les traînées de son pour n’en garder que
la réverbération initiale (qui comporte le plus d’énergie et de couleur) pour
colorer les instruments rythmiques. Phil Collins en a usé et abusé sur la caisse
claire et ce son typique est aujourd’hui devenu un standard incontournable.
Très surprénant aussi : une reverbe + gate avec inversement du son (un effet de
diable, facilement réalisable avec un ordinateur.
Mais ça ne se limite pas à la reverbe. Le Delay ou des effets de modulation
peuvent être traités de la même façon. Un Flanger ou un Phasing par exemple
peuvent être coupés en séquences au lieu d’onduler mollement.